Résultats : 90 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 239-240
SUR LA FAVORABLE audience que Le Roy a donnée à Mademoiselle de Scudery.
Début :
Les Sages, ce dit-on, n'admirent jamais rien ; [...]
Mots clefs :
Sapho, Audience, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA FAVORABLE audience que Le Roy a donnée à Mademoiselle de Scudery.
SUR LA FAVORABLE
audience que le Roy adonnée
à Mademoiselle de Scudery.
Es Sages, ce dit-on, n'admirent
Maisla ſage Sapho, qui voit &Sçait
:
Sibien
240 MERCURE
Jusques où peut monter lavertu con-
Sommée,
N'a pûfoutenir l'entretien
Duplus grand de nos Roys, dont la
gloire eftfemée
Iusqu'aux derniers Climats où va
la Renomméc,
Sans admirer l'éclat de tant de majesté;
Ny voir tant de lumiere auce tant
debonté,
Sans en estre charmée.
Princes, queſavaleur a vaincus &
Soumis
Etqu'unjaloux dépit afaitſes Ennemis;
Venez voirde plus pres tantde vertus
firares;
Et s'il vous parle un jour, vousferez
bien barbares,
Sivous n'estesdeses amis .
audience que le Roy adonnée
à Mademoiselle de Scudery.
Es Sages, ce dit-on, n'admirent
Maisla ſage Sapho, qui voit &Sçait
:
Sibien
240 MERCURE
Jusques où peut monter lavertu con-
Sommée,
N'a pûfoutenir l'entretien
Duplus grand de nos Roys, dont la
gloire eftfemée
Iusqu'aux derniers Climats où va
la Renomméc,
Sans admirer l'éclat de tant de majesté;
Ny voir tant de lumiere auce tant
debonté,
Sans en estre charmée.
Princes, queſavaleur a vaincus &
Soumis
Etqu'unjaloux dépit afaitſes Ennemis;
Venez voirde plus pres tantde vertus
firares;
Et s'il vous parle un jour, vousferez
bien barbares,
Sivous n'estesdeses amis .
Fermer
2
p. 198-199
« Apres que le Roy eut donné à Mademoiselle de Scudéry, [...] »
Début :
Apres que le Roy eut donné à Mademoiselle de Scudéry, [...]
Mots clefs :
Sapho, Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Apres que le Roy eut donné à Mademoiselle de Scudéry, [...] »
Apres que le Roy eut
donné à Mademoiſelle de
Scudéry , la Penfion dont je
vous parlay il y a deux mois,
elle alla luy en faire fes reGALANT.
199
•
mercîmens. Sa Majefté l'écouta,
& l'entretint avec cet
air affable qui luy eft fi ordinaire,
& qu'Elle accorde fi
bien avec fa grandeur. C'eſt
ce qu'on appelle Audience ,
& furquoy les Vers que vous
allez lire ont efté faits . Ils
font de Madame de Plabuif
fon , qui ayant une eſtime
tres - particuliere pour cette
Illuftre Sapho de noſtre Sie.
cle , luy en a voulu donner
des marques par ce galant
& ingénieux Ouvrage.
donné à Mademoiſelle de
Scudéry , la Penfion dont je
vous parlay il y a deux mois,
elle alla luy en faire fes reGALANT.
199
•
mercîmens. Sa Majefté l'écouta,
& l'entretint avec cet
air affable qui luy eft fi ordinaire,
& qu'Elle accorde fi
bien avec fa grandeur. C'eſt
ce qu'on appelle Audience ,
& furquoy les Vers que vous
allez lire ont efté faits . Ils
font de Madame de Plabuif
fon , qui ayant une eſtime
tres - particuliere pour cette
Illuftre Sapho de noſtre Sie.
cle , luy en a voulu donner
des marques par ce galant
& ingénieux Ouvrage.
Fermer
3
p. 200-202
A MADEMOISELLE DE SCUDERY, Sur l'Audience que le Roy luy a donnée.
Début :
Le Dieu, de qui l'éclat embellit tout le monde, [...]
Mots clefs :
Sapho, Audience, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERY, Sur l'Audience que le Roy luy a donnée.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY
,
Sur l'Audience que le Roy
luy a donnée.
L
E Dieu , de qui l'éclat embellia
tout le monde,
Unjour eftantforty du vaftefein de
l'onde,
Brillant de millefeux,
Abandonnefon Char, & defcend an
Parnaffe.
Mules, leur dit le Dieu , déguiſezmoy
de
grace,
Oftez-moy ces rayons, bruniſſez
mes cheveux ,
Je veux tromper Sapho, cette
admirable Fille.
GALANT. 201
Une Muſe auffitoft, & l'ajuste , &
l'habille;
Mais cet air tout divin, ces graces,
ces apas,
Quoy que bien déguisé, ne le quitterent
pas.
Alors dans un Palais , brillant &
magnifique,
Apollon enfecret, d'un air doux &
charmant,
Maispourtant héroïque ,
De l'illuftre Sapho reçeut le compliment.
Quellefut defon coeur l'agreable furprife!
Le plus puissant des Dieux, pour la
voir,fe déguife;
pût tromperfesyeux , maisjamais
fon efprit
Ne s'y méprits
D'un plaifir inconnu le charme inexplicable,
202 MERCURE
La fit fe récrier, Mortels audacieux
,
Malheur à vos apas , quand on a
veu les Dieux ,
On ne trouve plus rien d'aimable.
DE SCUDERY
,
Sur l'Audience que le Roy
luy a donnée.
L
E Dieu , de qui l'éclat embellia
tout le monde,
Unjour eftantforty du vaftefein de
l'onde,
Brillant de millefeux,
Abandonnefon Char, & defcend an
Parnaffe.
Mules, leur dit le Dieu , déguiſezmoy
de
grace,
Oftez-moy ces rayons, bruniſſez
mes cheveux ,
Je veux tromper Sapho, cette
admirable Fille.
GALANT. 201
Une Muſe auffitoft, & l'ajuste , &
l'habille;
Mais cet air tout divin, ces graces,
ces apas,
Quoy que bien déguisé, ne le quitterent
pas.
Alors dans un Palais , brillant &
magnifique,
Apollon enfecret, d'un air doux &
charmant,
Maispourtant héroïque ,
De l'illuftre Sapho reçeut le compliment.
Quellefut defon coeur l'agreable furprife!
Le plus puissant des Dieux, pour la
voir,fe déguife;
pût tromperfesyeux , maisjamais
fon efprit
Ne s'y méprits
D'un plaifir inconnu le charme inexplicable,
202 MERCURE
La fit fe récrier, Mortels audacieux
,
Malheur à vos apas , quand on a
veu les Dieux ,
On ne trouve plus rien d'aimable.
Fermer
4
p. 73-78
EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Début :
Monsieur l'Evesque d'Heliopolis a présenté les Lettres qu'il [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Audience, Trône, François Pallu, Artus de Lionne, Barcalon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
Fermer
Résumé : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Le 22 décembre 1682, le roi de Siam a accordé une audience à un représentant du roi de France, suivant le protocole habituel avec la présentation de lettres. Le lendemain, une audience privée a été organisée en présence du baron de Lyonne. Le roi de Siam a exprimé une marque d'estime envers la nation française et une considération particulière envers le représentant français. Le 11 octobre, ce dernier s'est rendu au palais royal, où il a été installé dans un endroit couvert de tentes, entouré de mandarins, tandis que les ambassadeurs de Damby étaient placés plus loin. Le roi de Siam, assis sur son trône richement décoré, a reçu une présentation du représentant français par le baron. Il a posé des questions sur le roi de France et ses conquêtes. En réponse, une grande robe d'honneur a été offerte au représentant français, qui a effectué les révérences appropriées. Les ambassadeurs de Damby ont été reçus avec moins d'honneur. Le roi de Siam a ordonné la construction d'une église pour les évêques français près du séminaire et a prévu une aumône pour les ambassadeurs attendus du roi de France. Il a également fait fabriquer de la vaisselle d'argent pour leur service. Le baron a offert au représentant français une grande maison en bois construite dans son enclos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 304-309
Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy de Siam estant en peine de l'arrivée des Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi de Siam, Envoyés, Pays, Marquis, Audience, Compagnie des Indes orientales, Révérences, Ambassadeurs, Ambassade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Le Roy de Siam eftant en
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
Fermer
Résumé : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
En 1684, le roi de Siam, préoccupé par la perte d'un vaisseau transportant des ambassadeurs envoyés en 1680, désigna deux officiers pour négocier un accord commercial avec la Compagnie des Indes Orientales. Il demanda également à l'évêque de Metollopolis d'inclure le missionnaire M. Vachet dans la délégation. Les envoyés, Okonne Pichay Valhiten et Khonne Pichise On ay tri, accompagnés de six autres Siamois et d'un interprète, partirent le 25 janvier 1685 sur un vaisseau anglais. Après un passage en Angleterre, ils arrivèrent à Calais, puis furent conduits à Paris aux frais du roi de France. Le marquis de Seignelay les accueillit et écouta leurs propositions commerciales. Ils exprimèrent la joie du roi de Siam pour la naissance du duc de Bourgogne et mentionnèrent la construction d'une maison et d'une église pour les chrétiens. Le marquis de Seignelay assura que le roi de France était prêt à envoyer une ambassade en retour, espérant la conversion du roi de Siam au christianisme pour renforcer leur amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 208-225
Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay point douté que vous ne fussiez contente du second Article [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Officiers, Repas, Marquis, Audience, Prince, Galeries, Compliments, Conquêtes, Carrosses, Saint-Cloud, Jardins, Réception, Cérémonie, Peuple, Amitié, Discours, Admiration, Bénédictions du ciel, Sa Majesté, Bonté, Adoration, Opéra, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Je n'ay point douté que vous
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
En octobre, deux mandarins envoyés par le roi de Siam sont arrivés à Calais avec six domestiques. Ils ont été accueillis par le major de la place et ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où ils ont reçu des honneurs militaires et civils. Leur interprète était le fils d'un Portugais né à Siam. Malgré leur sobriété alimentaire, ils ont été bien traités et ont pu observer diverses cérémonies et lieux prestigieux. À Paris, les mandarins ont rencontré plusieurs personnalités françaises, dont les marquis de Seignelay et de Vachet. Ils ont exprimé leur admiration pour la France et ont été impressionnés par la grandeur et la richesse des lieux visités, tels que le Palais-Royal, Chantilly et Versailles. Ils ont également assisté à des représentations théâtrales et à des cérémonies religieuses. La mission des mandarins était de s'informer sur les ambassadeurs envoyés par le roi de Siam à la cour française, présumés perdus. Ils ont rencontré le ministre Colbert de Croissy, qui leur a transmis les condoléances du roi de France et a exprimé le désir de renforcer les liens entre les deux royaumes. Ils ont également été reçus par le roi de France, qui les a honorés malgré leur statut non officiel d'ambassadeurs. Pendant leur séjour, les mandarins ont été surpris par le froid et la neige, éléments inconnus dans leur pays. Ils ont également été impressionnés par la liberté de parole et la diversité des gens en France. Avant leur départ, ils ont pris congé des ministres Colbert de Croissy et Seignelay. Une lettre sera envoyée en février pour discuter des préfets, des actions qu'ils ont entreprises et reçues, ainsi que de leur départ. Cette lettre mentionnera également le départ de Monsieur le Chevalier de Chaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 289-297
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Apres quatre grands Article de Siam, qui ont remply une [...]
Mots clefs :
Siam, Mandarins, Départ, Ambassadeur extraordinaire, Mr le Chevalier de Chaumont, Piété, Épée, Instruire, Audience, Navires, Présents, Miroirs, Chandeliers, Lustres, Fusils, Draps, Tapis, Habits, Meubles, Portrait du roi, Pièces d'or, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Apres quatre grands Articles
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
En février 1685, le roi de France a nommé M. le Chevalier de Chaumont ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Siam. Chaumont a été choisi pour sa sagesse, son exemplarité, ainsi que pour ses qualités militaires et chrétiennes. Avant son départ, il a consulté des voyageurs expérimentés et a écrit à M. de Saint-Martin de Caen pour obtenir des conseils. Il a également sélectionné M. de l'Abrasseau-Bourreau comme secrétaire. Quelques jours après leur dernière audience avec M. de Croissy, les mandarins de Siam ont quitté la France. Ils doivent être défrayés sur leur route aux dépens du roi. Leur embarquement se fera à bord du navire royal 'L'Oiseau', escorté par la frégate 'La Maligne'. Chaumont emporte avec lui divers présents du roi de France destinés au roi de Siam. Ces présents incluent des miroirs, des chandeliers, des fusils, des brocards, des tapis, des habits brodés, des portraits du roi de France et des médailles. Ces objets reflètent la volonté du roi de France de renforcer les relations diplomatiques et commerciales avec le Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 186-202
Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Début :
Comme la Renommée répand par tout les grandes Nouvelles [...]
Mots clefs :
République de Gênes, Articles, Majestés, Pape, Sénateurs, Marquis, Doge, Grâces, Monarque, Hommage, Victoire, Piété, Justice, Prince, Envoyé extraordinaire, Gouverneur, Lettre, Audience, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Comme la Renommée ré
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
Fermer
Résumé : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les accords conclus entre le roi de France et la République de Gênes. Les termes de ces accords ont rapidement été divulgués. Le roi a attendu pour en parler afin de s'assurer que les articles soient clarifiés et ratifiés. Ces accords augmentent la gloire du roi, non seulement par l'hommage de Gênes, mais aussi par sa décision de se contenter des satisfactions offertes, bien qu'il aurait pu espérer plus par la force de ses armes. Par piété et justice, le roi a refusé de troubler l'Italie, déjà engagée contre l'ennemi du nom chrétien. Il a signé un pouvoir le 9 du mois précédent pour rétablir la paix en Europe. Informé par le nonce du pape, le roi a autorisé Colbert de Croissy à accepter et signer les articles avec le marquis de Marini, représentant de Gênes. Les conditions imposées à Gênes incluent l'envoi du Doge et de quatre sénateurs en France pour témoigner de leur soumission, le désarmement de quatre galères, le retour à la neutralité envers la France et l'Espagne, le paiement de cent mille écus au comte de Fiesque, et la restitution des biens aux Français. Gênes a également accepté de congédier les troupes espagnoles et de réduire ses galères au nombre qu'elles étaient trois ans auparavant. En échange, le roi a accepté que Gênes contribue à la réparation des églises endommagées par les bombardements. Les articles ont été signés le 12 du mois précédent, ratifiés par le roi le 3 du mois en cours, et par Gênes le 25 février.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 140-145
Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Début :
Le ving-huit du mois passé Mr le Comte Bagliani, Envoyé [...]
Mots clefs :
Comte de Bagliani, Envoyé extraordinaire, Audience, Décès, Duchesse de Mantoue, Mariage, Enfants, Seigneurie, Marquis, Empereur, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le vingt - huit du mois .
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
Fermer
Résumé : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le 28 du mois, M. le Comte Bagliani, Envoyé Extraordinaire du Duc de Mantoue, a informé le Roi de la mort d'Isabelle Claire d'Autriche, fille de Léopold d'Autriche et Archiduchesse d'Innsbruck. Elle était la Duchesse douairière de Mantoue et avait épousé en 1649 Charles III de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, décédé le 14 août 1665. Leur union a donné naissance à Ferdinand-Charles de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, né en 1651 et marié en 1670 à Isabelle de Gonzague, fille de Ferdinand de Gonzague, Prince de Guastalla, et de Marguerite d'Este-Modène. La Maison de Gonzague possède Mantoue depuis plusieurs générations. Louis de Gonzague, fils de Guy, obtint la seigneurie de Mantoue en 1327. Ses descendants portèrent le titre de Vicaire de l'Empire jusqu'à Jean-François, qui devint Marquis de Mantoue en 1433. Frédéric II de Gonzague, allié de François Ier puis de l'Empereur Charles Quint, reçut le titre de Duc en 1530. La ville de Mantoue, située au milieu du lac formé par le fleuve Mincio, fut prise le 18 juillet 1630 par Colalto, général de l'Empereur Ferdinand II.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 233-235
Départ de l'Envoyé d'Alger, [titre d'après la table]
Début :
Ma dernière Lettre contient tant de choses curieuses touchant [...]
Mots clefs :
Hadgi Mehemet, Alger, Audience, Marquis, Présents, Charme, Envoyé , Mecque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Départ de l'Envoyé d'Alger, [titre d'après la table]
Ma derniere Lettre con
ient tantde choſes curieufess
touchant Hadgi Mehemet,
Envoyé du Dey d'Alger, que
je n'ay plus rien à vous en di .
re , finon qu'il eſt party de
Auril 1685 L
234 MERCURE
2
puis quelques jours , aprés
avoir pris fon Audience de
congé de M'le Marquis de
Seignelay , & receu dela part
du Roy une Chaîne & une
Medaille d'Or , & quelques
autres Préfens , dont Mehemet
Chelebi fon Fils a eſté
auſli regalé. S'ils avoienteſté
charmez de la Perſonne du
Roy , ils n'ont pas eftémoins
fatisfaits de fa liberalité , & de
tout ce qu'ils ont veu d'extraordinaire
& de ſurprenant en
France. Je ſçay que je vous
ay dit que cet Envoyé avoit
efté à la Mecque , &comme
GALANT. 235
nous avons peu de Relations
de ce Pays- là , je fatisferois
dés aujourd'huy à l'envie que
vous me marquez avoir d'apprendre
ce qu'il en a raconté,
ſi cet article n'eſtoit trop
long pour luy pouvoir donner
place dans une Lettre
auſſi avancée que celle- cy.
C'eft ce qui m'oblige à le referver
pour le mois prochain.
ient tantde choſes curieufess
touchant Hadgi Mehemet,
Envoyé du Dey d'Alger, que
je n'ay plus rien à vous en di .
re , finon qu'il eſt party de
Auril 1685 L
234 MERCURE
2
puis quelques jours , aprés
avoir pris fon Audience de
congé de M'le Marquis de
Seignelay , & receu dela part
du Roy une Chaîne & une
Medaille d'Or , & quelques
autres Préfens , dont Mehemet
Chelebi fon Fils a eſté
auſli regalé. S'ils avoienteſté
charmez de la Perſonne du
Roy , ils n'ont pas eftémoins
fatisfaits de fa liberalité , & de
tout ce qu'ils ont veu d'extraordinaire
& de ſurprenant en
France. Je ſçay que je vous
ay dit que cet Envoyé avoit
efté à la Mecque , &comme
GALANT. 235
nous avons peu de Relations
de ce Pays- là , je fatisferois
dés aujourd'huy à l'envie que
vous me marquez avoir d'apprendre
ce qu'il en a raconté,
ſi cet article n'eſtoit trop
long pour luy pouvoir donner
place dans une Lettre
auſſi avancée que celle- cy.
C'eft ce qui m'oblige à le referver
pour le mois prochain.
Fermer
Résumé : Départ de l'Envoyé d'Alger, [titre d'après la table]
La lettre relate l'arrivée et le départ de Hadji Mehmet, envoyé du Dey d'Alger, qui a quitté Aurillac le 23 avril 1685 après avoir pris congé du marquis de Seignelay. Mehmet et son fils Chelebi ont reçu des présents du roi, incluant une chaîne et une médaille d'or. Bien qu'ils aient admiré la personne du roi, ils n'ont pas été pleinement satisfaits par sa générosité ni par les merveilles observées en France. La lettre mentionne également un voyage de Mehmet à La Mecque, mais les détails de ses récits seront rapportés le mois suivant en raison de leur longueur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 289-373
Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Début :
Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes, [...]
Mots clefs :
Doge, Sénateurs, Gênes, Majesté, Audience, Carosse, Armes, Marquis, Sérénité, Duc, Gloire, Gentilhommes, Cour, Grandeur, Beauté, Galerie, Appartement, Officiers, Princes, Cérémonies, Versailles, Jardins, Visites, Mérite, Ornements, Couleurs, Discours, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 1-7
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je vous l'ay dit bien des fois, Madame. L'Eloge du Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Éloges, Auguste monarque, Prince chrétien, Audience, Religion, Levant, Missionnaires, Pays ottomans, Gloire, Conquêtes, Édits, Déclarations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
E vous l'ay dit bien des
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
Fermer
Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte vante les mérites du roi de France, décrit comme un monarque auguste et pieux. Ses exploits sont nombreux et remarquables, notamment ses démarches auprès du sultan ottoman pour garantir la tranquillité et la promotion de la religion catholique dans les États ottomans. Le roi a obtenu des commandements et des lettres de la Porte ottomane pour protéger les marchands français, les millionnaires, les églises catholiques, ainsi que les religieux au Saint-Sépulcre et à Bethléem. Ces actions sont saluées pour leur éclat et leur mérite, malgré les envies et calomnies. En France, le roi favorise l'augmentation des catholiques par la douceur et en appliquant la justice contre ceux qui s'opposent aux édits royaux. Sous son règne, de nombreux religionnaires sont revenus dans le giron de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 112-120
Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Bullion, Fils de Mr de Bonnelles Commandeur [...]
Mots clefs :
Marquis, Ministre, Garde des sceaux, Promotion, Charges, Gouverneur, Éloge, Serment, Audience, Conseillers, Discours, Alliances, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
M' le Marquis de Bullion
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
Fermer
Résumé : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
En juin 1685, le Marquis de Bullion a été installé comme Prévôt de Paris. Fils du Commandeur des Ordres du Roi et petit-fils du ministre d'État et Garde des Sceaux, il a été nommé à cette charge par le Roi. Accompagné de personnalités de haut rang, il s'est rendu au Palais pour présenter ses lettres de provision au Premier Président et prêter serment. Il a ensuite pris place au banc des Sénéchaux et Baillifs du Royaume. Avec M. de Nesmond, quatrième Président, et deux conseillers au Parlement, il s'est dirigé vers le Châtelet pour son installation officielle. Après un discours de M. Bignon, Avocat du Roi, le Marquis de Bullion a pris sa place officielle. La cérémonie s'est achevée par un dîner somptueux organisé par le Marquis de Bullion, auquel ont participé divers dignitaires et dames invités par Madame de Bullion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 197-253
Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Début :
On ne peut porter plus haut la gloire de son Souverain, [...]
Mots clefs :
Souverain, Ambassade , Mr de Guilleragues, Constantinople, Grand vizir, Audience, Seigneurs, Officiers, Ministre, Gloire, Sérail, Empire, Honneur, Prudence, Cérémonie, Religion, Coutume, Maître, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
On ne peut porter plus haug
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
Fermer
Résumé : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Monsieur de Guilleragues, ambassadeur de France à Constantinople, a accompli une mission diplomatique notable sous le règne de Louis XIV, connu comme le 'Grand'. La renommée de Louis XIV facilitait les concessions en faveur de la religion catholique. Guilleragues est décédé peu après une audience avec le Grand Seigneur, satisfait d'avoir servi l'Église, son prince et sa patrie. En juin 1685, lors d'une audience à Andrinople, Guilleragues a insisté pour être reçu dans une chambre spécifique et a participé à une cérémonie solennelle, vêtu richement. Il a pris place sur un tabouret face à la porte, une innovation par rapport aux usages précédents où les ambassadeurs restaient debout. En novembre 1685, il a assisté à une autre audience avec le Grand Seigneur ottoman, où il a observé les procédures judiciaires et a prononcé un discours. Le Grand Seigneur lui a permis de poser des questions, une marque de respect inhabituelle. Quelques jours plus tard, Guilleragues a demandé une audience de congé, qui lui a été accordée le 29 janvier avec la même pompe que la première fois. Il a reçu trente vestes et trente chevaux. Le 26 février, il a quitté Andrinople avec des chevaux et des chariots fournis par le Grand Vizir. À son retour à Constantinople, il a été accueilli par Madame l'Ambassadrice et sa fille, mais est décédé cinq jours plus tard d'une apoplexie. Sa mort a été profondément regrettée par les habitants de Constantinople, y compris les Turcs, qui ont témoigné de leur affliction. Le Grand Vizir a exprimé ses condoléances et assuré que les affaires resteraient sous son autorité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 164-181
Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
Début :
M. de la Haye, choisi par Sa Majesté, pour succeder à [...]
Mots clefs :
M. de la Haye, Ambassade de Venise, Sénat, Cour de France, Ornements, Gondoles, Cortège, Compliments, Chevalier, Palais, Musique, Audience, Discours, Banquets, Décors, Ambassadeur du Levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye , choifi
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye a été nommé ambassadeur de France à Venise, succédant à M. Amelot. Le 8 juillet, il a informé le Sénat vénitien via M. Menault et a embarqué dans une gondole somptueuse accompagnée de soixante sénateurs, dont M. Jules Asserino Giustiniani, ancien ambassadeur de la République à la cour de France. Le cortège, composé de plusieurs gondoles ornées et de gentilshommes, s'est dirigé vers l'île du Saint-Esprit. À son arrivée, M. de la Haye a été accueilli par les Cordeliers et divers représentants diplomatiques. Le lendemain, M. Giustiniani et les sénateurs ont rendu visite à M. de la Haye pour une audience officielle, puis se sont dirigés au Palais de Saint-Marc. M. de la Haye y a présenté une lettre du roi au Doge, qui a répondu avec vénération et estime. Ensuite, M. de la Haye a prononcé une harangue au Sénat avant de se retirer. Lors d'une visite officielle ultérieure, M. de la Haye, accompagné de M. le Chevalier Giustiniani, a été conduit dans la Chambre d'Audience où il a salué les sénateurs et invité son cortège à dîner. Le repas, servi avec magnificence, comprenait quatre tables, quatre services, et une abondance de vins et liqueurs. Un buffet d'argenterie et une table de fleurs, fruits et confitures françaises avaient été préparés. Après le dîner, des musiciens ont joué et des rafraîchissements ont été distribués, la fête se terminant à quatre heures du matin sans incident. M. de la Haye est l'ancien ambassadeur au Levant et a été impliqué dans plusieurs négociations d'État avec les princes d'Allemagne. Il est le fils de feu M. de la Haye, ancien ambassadeur à Constantinople. Sa femme, Louise de Montholon, appartient à une famille illustre de Bourgogne, connue pour ses grands hommes, dont des gardes des sceaux, présidents au Parlement, conseillers d'État, et un ambassadeur en Suisse. La famille est alliée à plusieurs maisons nobles, telles que Silly, Thoulongeon, Aubusson, et Ganay.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 205-206
Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, que l'Assemblée generale du Clergé de [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Prélats, Députés, Audience, Versailles, Cérémonies, Marquis, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
J'ay oublié de vous dire ,
que l'Affemblée generale du
Clergé de France a finy les
Seances qu'elle tenoit à Saint
Germain en Laye, & que les
Prelats & les Deputez qui la
compofoient , allerent à Verfailles
le 21. du dernier mois ,
206 MERCURE
prendre leur Audience
de
Congé du Roy. M. le Marquis
de Blainville
, Grand
Maiſtre des Ceremonies
, &
M. de Saintot Maiftre des
Ceremonies
, les y conduifi
rent , & ils furent preſentez
par M. le Marquis de Segnelay
Secretaire
d'Eftat , qui
avoit efté les prendre dans
leur Sale. M. le Coadjuteur
de Rouen porta la parole
avec un fuccés qui répondit
à tout ce que cette Illuftre
Affemblée
en pouvoit attendre.
que l'Affemblée generale du
Clergé de France a finy les
Seances qu'elle tenoit à Saint
Germain en Laye, & que les
Prelats & les Deputez qui la
compofoient , allerent à Verfailles
le 21. du dernier mois ,
206 MERCURE
prendre leur Audience
de
Congé du Roy. M. le Marquis
de Blainville
, Grand
Maiſtre des Ceremonies
, &
M. de Saintot Maiftre des
Ceremonies
, les y conduifi
rent , & ils furent preſentez
par M. le Marquis de Segnelay
Secretaire
d'Eftat , qui
avoit efté les prendre dans
leur Sale. M. le Coadjuteur
de Rouen porta la parole
avec un fuccés qui répondit
à tout ce que cette Illuftre
Affemblée
en pouvoit attendre.
Fermer
Résumé : Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
L'Assemblée générale du Clergé de France a terminé ses séances à Saint-Germain-en-Laye et s'est déplacée à Versailles le 21 du mois précédent pour saluer le roi. Les prélats et députés, accompagnés par le marquis de Blainville et M. de Saintot, ont été reçus par le marquis de Ségnelay. Le Coadjuteur de Rouen a prononcé un discours apprécié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 266-272
Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Wielopolski Grand Chancelier & Ambassadeur Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Comte de Wielopolski, Grand Chancelier, Ambassadeur extraordinaire, Pologne, Maréchal, Roi de France, Princes, Gentilshommes, Carrosse, Audience, Château, Magnificence, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Mr leComte deWielopolfKi
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Le comte de Wielopolfki, Grand Chancelier et Ambassadeur extraordinaire de Pologne, est arrivé à Paris incognito environ un mois avant sa présentation officielle. Le 17 du mois, il a fait une entrée publique à Fontainebleau, accompagné de notables français tels que le maréchal duc de Duras et Monsieur de Bonneuil. Son cortège comprenait vingt-quatre estafiers, douze pages à cheval, deux trompettes, deux gardes vêtus à la polonaise, et plusieurs gentilshommes en habits français. Il a été conduit à son appartement où il a reçu des compliments au nom du roi, de la dauphine, de Monsieur, et de Madame. Le 18 au matin, il a eu sa première audience publique avec le roi dans le cabinet royal, en présence de toute la maison royale, escorté par le comte de Marfan et Monsieur de Bonneuil. À son arrivée au château, il a été accueilli par divers corps de gardes et officiers. Le 10, il a eu une audience particulière avec le roi. Le 21, il est retourné à Paris après avoir été traité avec magnificence par les officiers du roi durant son séjour à Fontainebleau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 209-221
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Quelques mesures qu'on prenne pour venir à bout [...]
Mots clefs :
Neveux, Audience, Vieillard, Riche, Entreprise, Amoureux, Mariages, Obstacles, Demoiselle, Prisonnier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Quelques mefures qu'on
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Un homme riche et âgé, sans enfants malgré deux mariages, perd sa seconde épouse à l'âge de trente ans. Ses neveux, inquiets qu'il ne se remarie et ait des héritiers, tentent de l'en empêcher. Ils découvrent qu'il projette d'épouser une jeune fille de vingt ans et sabotent ce projet. Pour l'empêcher de se remarier ailleurs, ils s'emparent de ses biens et l'emprisonnent sous divers prétextes. Malgré ses tentatives pour intenter un procès, il reste incarcéré pendant deux ans. Durant sa détention, il reçoit la visite de quelques amis et d'une jeune demoiselle curieuse de voir une prison. Touchée par ses malheurs, elle promet d'utiliser ses relations au Parlement pour l'aider. Elle lui rend plusieurs visites, renforçant ainsi leur lien. Grâce à ses interventions, il obtient une audience et gagne son procès. Libéré, il exprime sa gratitude à la demoiselle en lui offrant une partie de ses biens. Elle refuse, mais il insiste et lui propose de l'épouser et de lui léguer toute sa fortune. Elle accepte, et ils se marient rapidement. Les neveux sont désespérés, surtout lorsqu'ils apprennent que la nouvelle épouse est enceinte, éliminant ainsi toute chance pour eux d'hériter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 306-307
Audiance donnée à l'Envoyé extraordinaire de l'Empereur. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Lobkovits, Envoyé extraordinaire de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Comte de Lobkovits, Envoyé extraordinaire, Audience, Versailles, Ambassadeurs, Compliments, Roi de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance donnée à l'Envoyé extraordinaire de l'Empereur. [titre d'après la table]
M' le Comte de Lobkovits,
Envoyé extraordinaire de
l'Empereur, a eufa premiere
Audiance du Roy à Verfailles.
Il y fut conduit par Mª de
GALANT. 307
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, dans les Caroffes
de Sa Majesté, & fuivy de
plufieurs des fiens fort magnifiques.
Sa livrée eftoit tres
riche , & les habits de fes Pages
& de fes Eftafiers eftoient
garnis de deux galons d'ar
gent , aux deux coftez d'un
galon de velours . Cet Envoyé
avoit un Jufte- au- corps
enrichy de pierreries , avec
un Cordon de diamans , &
une groffe attache au retrouffis
de fon Chapeau. Il fit fon
Compliment auRoy en Lan
gue Françoife.
Envoyé extraordinaire de
l'Empereur, a eufa premiere
Audiance du Roy à Verfailles.
Il y fut conduit par Mª de
GALANT. 307
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, dans les Caroffes
de Sa Majesté, & fuivy de
plufieurs des fiens fort magnifiques.
Sa livrée eftoit tres
riche , & les habits de fes Pages
& de fes Eftafiers eftoient
garnis de deux galons d'ar
gent , aux deux coftez d'un
galon de velours . Cet Envoyé
avoit un Jufte- au- corps
enrichy de pierreries , avec
un Cordon de diamans , &
une groffe attache au retrouffis
de fon Chapeau. Il fit fon
Compliment auRoy en Lan
gue Françoife.
Fermer
Résumé : Audiance donnée à l'Envoyé extraordinaire de l'Empereur. [titre d'après la table]
Le comte de Lobkovitz, envoyé de l'Empereur, a rencontré le Roi à Versailles. Accompagné de Madame de Galant, Bonneuil et des domestiques richement vêtus, il portait un justaucorps orné de pierreries et un cordon de diamants. Il a adressé un compliment au Roi en français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 299-323
Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je ne croyois pas qu'en fermant ma Lettre, je vous [...]
Mots clefs :
Chevalier de Chaumont, Siam, Roi, France, Roi de Siam, Dignité, Monarque, Ordre, Ambassadeur, Siamois, Audience, Favori, Prince, Chine, Brest, Ambassadeurs, Palais, Temps, Princesse, Nouvelles, Canon, Cap de Bonne-Espérance, Gloire, Santé du roi, Éléphants, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
Fermer
Résumé : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage et la mission diplomatique du Chevalier de Chaumont, ambassadeur de France au Siam. Parti de Brest le 3 mars de l'année précédente avec deux navires, il arriva à Versailles le 24 juin, après avoir parcouru 12 000 lieues en moins de 15 mois et demi. Son itinéraire inclut le passage du Tropique du Cancer, du Cap de Bonne Espérance, ainsi que des escales à Batavia et au Siam. À son arrivée, le roi de Siam avait préparé des maisons et des mandarins pour l'accueillir et lui offrit une audience solennelle avec des honneurs exceptionnels, permettant à Chaumont et à ses gentilshommes de rester assis tandis que la cour était prosternée. Le roi de Siam manifesta une grande admiration pour le roi de France et ses actions, demandant des nouvelles de la famille royale française et offrant des présents somptueux. Chaumont visita également des places fortes et permit à un ingénieur de vérifier les fortifications. Il était accompagné de six jésuites, experts en mathématiques et astronomie, destinés à la Chine pour y établir le christianisme. Impressionné par leurs connaissances, le roi de Siam offrit de leur construire une église et une maison. Le roi de Siam, veuf, a une fille, la princesse Reine, qui règne souverainement sur trois grandes provinces. Chaumont reçut la première dignité du royaume, devenant Oya, et fut dispensé de certaines prosternations. Il refusa une partie des meubles du palais mais offrit des présents, dont un miroir à la princesse Reine. Il quitta le Siam avec l'admiration de la cour et du peuple, accompagné par le favori du roi jusqu'à son embarquement. Les ambassadeurs siamois, au nombre de trois, l'accompagnèrent en France avec une suite de cinquante personnes, apportant des présents pour le roi de France et la maison royale. Chaumont arriva à Brest le 19 juin, marquant une grande diligence navale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 59-110
« Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Début :
Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Éléphants, Constantin Phaulkon, Mandarins, Audience, Manière, Royaume, Pères, Palais, Évêque, Chine, Pagode, Éléphant, Argent, Ballons, Lettre, Maison, Hommes, Présent, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Cette Harangue fur interpretée
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
Fermer
Résumé : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Le texte relate un voyage au Siam (actuelle Thaïlande) et les interactions avec le roi de Siam et les dignitaires locaux. Un ambassadeur français est reçu en audience par le roi de Siam, qui accepte une lettre du roi de France après un moment de tension. Le roi de Siam, âgé de cinquante-cinq ans, est décrit comme un monarque courageux, politique, magnifique et libéral. Il est vêtu richement, portant une couronne de diamants et des vêtements ornés d'or et de pierres précieuses. L'audience se déroule dans une salle richement décorée, avec des mandarins prosternés. L'ambassadeur visite ensuite le palais, y voyant des éléphants et des objets précieux, et reçoit des présents conformément à la coutume locale. Le roi de Siam s'intéresse aux nouvelles de la cour de France et aux récentes conquêtes, notamment celle du Luxembourg. Il exprime sa satisfaction des victoires françaises et de la paix en Europe. L'ambassadeur assiste à divers événements, y compris des combats d'éléphants, des visites de pagodes et des réjouissances pour l'avènement du roi de Portugal. Il participe également à un festin organisé par Monsieur Conftans, où des spectacles de théâtre et de marionnettes sont présentés. Le roi de Siam visite une pagode, accompagné d'une procession en barques décorées. Le texte décrit également une cérémonie où le roi du Siam, accompagné de 140 bateaux dorés, chacun avec 185 rameurs, change de bateau et offre un prix au bateau arrivant premier au palais. La rivière est remplie de bateaux de particuliers venus voir le roi. Le soir, un feu d'artifice célèbre le couronnement du roi d'Angleterre, suivi de tirs de canon toute la journée. Le roi se rend ensuite à Louvo, une maison de plaisance, où le narrateur assiste à un combat d'éléphants. Le roi offre des sabres et des chaînes en or aux capitaines français Vaudricourt et Joyeuse en signe de distinction. Le narrateur reçoit un vase d'or appelé Boffette, une marque d'honneur équivalente au Cordon bleu en France. Il reçoit également des porcelaines, des paravents, des tapis, et un crucifix en or et en tambacq. Le roi du Siam demande au narrateur de visiter les fortifications et de proposer des améliorations. Le narrateur rencontre des jésuites, dont les pères Fontenay, Tachart, et Gerbillon, qui sont chargés de faire des observations mathématiques en Chine. Le roi, impressionné par leurs compétences, leur offre des présents et propose de construire des observatoires et des églises. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par certains compagnons du narrateur lors de leur retour en bateau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 145-171
Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Début :
Comme les Ambassadeurs n'avoient pas encore eu Audience, ils [...]
Mots clefs :
Paris, France, Chine, Maladie du roi, Roi, Audience, Procession, Abbé de La Mothe, Office, Ambassadeurs, Entrer, Manger, Église, Parlement, Monde, Lettre, Femmes, Religion, Jardins, Père de La Chaise, Hôtel des ambassadeurs, Église de Notre-Dame de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Comme les Ambaſsadeurs
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
Fermer
Résumé : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, en attente de leur audience avec le roi de France, décidèrent de ne pas apparaître en public avant cette rencontre et demandèrent que personne ne les voie manger. Ils furent invités à assister à la procession annuelle de l'Assomption à Notre-Dame, où ils furent accueillis par l'abbé de la Mothe. La foule les obligea à se rendre directement à l'église. À l'intérieur, ils montrèrent un grand intérêt pour l'architecture de l'église, posant des questions sur sa hauteur et sa largeur et exprimant le désir d'obtenir un plan. Ils furent également impressionnés par la musique et l'orgue, posant des questions détaillées à l'abbé de la Mothe. Après l'office, ils observèrent attentivement les différences dans les habits des dignitaires et reçurent plusieurs d'entre eux avec honneur. Les ambassadeurs étaient très reconnaissants et curieux, posant des questions sur divers aspects de la religion et des cérémonies. Ils offrirent du bétel à l'abbé de la Mothe, expliquant ses bienfaits. Après la procession, ils s'agenouillèrent devant l'autel de la Vierge, déclarant qu'ils auraient aimé assister à d'autres offices. Ils employèrent quatre secrétaires pour noter toutes leurs observations. Le second ambassadeur, ayant été en mission en Chine, compara les deux pays, notant que la France semblait aussi peuplée que la Chine, bien qu'il n'ait pas vu de femmes en Chine. Il trouva les jardins français plus beaux que ceux de la Chine. Les ambassadeurs rencontrèrent plusieurs personnes distinguées et leur firent des marques d'affection, malgré leur résolution de ne pas manger en public avant l'audience royale. Ils étaient également intéressés par la composition des mets français et voulurent tout apprendre sur les arts et coutumes de France. Ils plantèrent même des arbres dans le jardin de leur hôtel pour ne rien oublier. Lorsqu'ils furent sur le point d'avoir audience, le roi tomba malade, et ils redoublèrent leurs instances pour ne voir personne, montrant un profond respect pour leur souverain. La lettre qu'ils devaient remettre au roi de France était placée dans trois boîtes emboîtées, la dernière en or, et était écrite sur une lame d'or. Ils faisaient des inclinations profondes chaque fois qu'ils passaient devant cette lettre. Malgré l'absence de talapoins en France, ils pratiquaient leur religion en se mettant à genoux et en touchant le sol avec leur tête. Ils méditaient sur les devoirs familiaux et amicaux, considérant la vertu comme la sainteté suprême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 171-225
Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy estant guery de la Fiévre-quarte, dont il [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Siam, Trône, Audience, Ambassadeur, Ambassadeurs, Gardes du corps, Prince, Galerie, Duc de La Feuillade, Dauphin, Gardes de la porte, Suisses, Bonnets, Fleurs, Inclinations, Religion, Parler, France, Officiers, Versailles, Gardes françaises, Louvre, Trompettes, Compliments, Cérémonies, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Le Roy estant guery de
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Après sa guérison de la fièvre quarte, le roi de France annonça qu'il recevrait les ambassadeurs siamois le 1er septembre. Le maréchal Duc de la Feuillade, accompagné de M. de Bonneuil et M. Giraut, se rendit à leur hôtel pour les escorter. Durant le trajet vers Versailles, les ambassadeurs discutèrent de la religion des Siamois, soulignant que chaque religion peut sembler ridicule à ceux qui en ignorent les détails. À Versailles, les ambassadeurs furent accueillis par des gardes en uniforme et traversèrent plusieurs cours avant d'être conduits dans la salle de descente. Ils refusèrent de déjeuner mais se préparèrent en mettant leurs bonnets de dignité ornés de couronnes d'or et de rubis. Escortés par plusieurs dignitaires, ils furent conduits à l'escalier du roi. La lettre du roi de Siam, portée par douze Suisses, fut accompagnée de tambours et de trompettes. Les ambassadeurs traversèrent les cours remplies de monde, montèrent l'escalier au son des fanfares et firent des inclinations profondes en entrant dans la galerie. Le roi, vêtu d'un habit brodé de pierreries, était entouré de princes et de grands officiers. Après la harangue de l'ambassadeur, traduite par l'abbé de Lionne, le roi reçut la lettre debout et découvert. Il demanda des nouvelles du roi de Siam et de la reine, puis invita l'ambassadeur à faire des propositions. Les ambassadeurs se retirèrent en faisant des inclinations et en marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voir le roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la beauté et la richesse des appartements royaux. Ils furent invités à un dîner somptueux, avec une table décorée de fleurs et de nombreux plats. Après le repas, ils rencontrèrent le Dauphin, qui répondit favorablement à leurs compliments. Ils rendirent également visite au duc de Bourgogne, au duc d'Anjou, et au duc de Berry, en leur adressant des compliments appropriés. Ils rencontrèrent également Monsieur et Madame, exprimant leur admiration pour leurs exploits et leur union avec le roi. Tout au long de leur visite, les ambassadeurs montrèrent une grande déférence et furent reçus avec des honneurs égaux pour toute la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 232-235
Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. ils furent conduits au Palais de Luxembourg par [...]
Mots clefs :
Princesse, Audience, Ambassadeurs, Mademoiselle d'Orléans, Palais du Luxembourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5.ils furent conduits
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
Fermer
Résumé : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5, les ambassadeurs de Siam furent conduits au Palais de Luxembourg par M. de Bonneüil pour une audience avec Mademoiselle d'Orléans. La cour de la Grande Duchesse était très nombreuse et brillante, avec de nombreuses princesses, duchesses et autres dames qualifiées présentes pour accompagner Mademoiselle d'Orléans. Le premier ambassadeur souligna le mérite de Mademoiselle d'Orléans, capable d'attirer les ambassadeurs indépendamment de l'obligation liée au sang royal. L'ambassadeur exprima sa satisfaction quant à la réponse de Mademoiselle d'Orléans, tant pour le roi de Siam que pour ses ambassadeurs. Il fut également impressionné par les honneurs qu'elle leur accorda, notamment en les reconduisant sans qu'ils aient à tourner le dos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 338-339
Audience donnée par Monsieur le Duc de Bourbon aux mesmes Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ensuite chez Monsieur le Duc de Bourbon, qui [...]
Mots clefs :
Duc de Bourbon, Louis III de Bourbon-Condé, Audience, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Monsieur le Duc de Bourbon aux mesmes Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Ils allerent enfuite chez
Monfieur le Duc de Bourbon
, qui répondit a leur
compliment , qu'il contribuëroit
de tout fon pouvoir
à l'amitié quele Roy
de Siam luy témoignoit .
Comme il eſtoit déja tard,
parce que l'Audience avoit
efté fort longue chez
Monfieur le Duc , leur
de Siam.
339
conversation fut cour
Elle roula fur les fatigues
de leur Voyage. Ils furent
reçeus chez ce Prince en
entrant & en fortant , de
même qu'ils l'avoient efte
chez Monfieur le Duc.
Monfieur le Duc de Bourbon
, qui répondit a leur
compliment , qu'il contribuëroit
de tout fon pouvoir
à l'amitié quele Roy
de Siam luy témoignoit .
Comme il eſtoit déja tard,
parce que l'Audience avoit
efté fort longue chez
Monfieur le Duc , leur
de Siam.
339
conversation fut cour
Elle roula fur les fatigues
de leur Voyage. Ils furent
reçeus chez ce Prince en
entrant & en fortant , de
même qu'ils l'avoient efte
chez Monfieur le Duc.
Fermer
26
p. 308
« Pendant qu'ils ont esté à Versailles, ils ont eu une Audience [...] »
Début :
Pendant qu'ils ont esté à Versailles, ils ont eu une Audience [...]
Mots clefs :
Audience, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant qu'ils ont esté à Versailles, ils ont eu une Audience [...] »
Pendant qu'ils ont eſté à
des Amb. de Siam . 295
Verſailles , ils ont eu une Audience
particuliere du Roy.
Elle fut aſſez longue , & c'eſt
tout ce que l'on peut & que
l'on doit dire ſur cet article.
des Amb. de Siam . 295
Verſailles , ils ont eu une Audience
particuliere du Roy.
Elle fut aſſez longue , & c'eſt
tout ce que l'on peut & que
l'on doit dire ſur cet article.
Fermer
27
p. 308-314
Audience donnée par Madame la Dauphine, avec le Compliment que les Ambassadeurs ont fait à cette Princesse, [titre d'après la table]
Début :
Madame la Dauphine estant en couche lorsqu'ils eurent leur [...]
Mots clefs :
Audience, Dauphine, Princesse, Reine, Roi, Princes, Présents, Marie-Anne de Bavière, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Madame la Dauphine, avec le Compliment que les Ambassadeurs ont fait à cette Princesse, [titre d'après la table]
Madame la Dauphine ef
tant en couche lorſqu'ils eurent
leur premiere Audience
du Roy , celle qu'elle devoit
leur donner fut remiſe jufqu'au
temps qu'ils reviendroient
à Verſailles. Le jour
qu'ils eurent l'honneur d'aller
chez cette Princeſſe , ils la
trouverent dans ſon Lit avec
un des - habillé magnifique.
Ce Lit eſtoit preſque tout
couvert d'un tres-beau Point
Bb ij
296 Suite du Voyage
4
de France, ſur lequel on avoit
mis de riches Carreaux. Plufieurs
Princeſſes & Ducheffes
avec un grand nombre des
principales Dames de la Cour,
toutes magnifiquement parées
& avec des habits garnis de
pierreries , faifoient un cercle
autour de ce Lit. Les Ambaf-
•ſadeurs & leur ſuite s'eſtant
approchez de Madame la
Dauphine , de la même maniere
& avec le même reſpect
qu'ils s'eſtoient approchez du
Roy le jour qu'ils eurent leur
premiere Audience de Sa Majeſté
, le premier Ambaſſadeur
commença ſon Compli
des Amb. de Siam. 197
ment , dont voicy le ſujet. 11
dit , Que la Princeffe Reyne de
Siam s'estant fait informer de
tout ce qui regardoit la Maiſon
Ruyale , & de tous les Princes
Princeſſes de cette Auguste
Maison , avoit sçû que Madame
la Dauphine goûtoit une joye
parfaite avec le Fils unique du
Roy ; Qu'on luy avoit appris le
grand merite qui la faisoit diftinguer
par elle - mesme
qu'elle estoit déja diftinguée par
Sa naiſſance ; Qu'elle avoit en
un royal plaisir d'apprendre que
le Ciel luy avoit donné des
Princes qui faisoient l'esperance
,
autant
de la France , & qu'elle la prioit
Bb iij
298 Suite duVoyage
J
de les faire élever , dans le defir
d'entretenir toûjours une parfaite
correspondance entre les deux
Royaume , afin que cette royale
amitié fuſt éternelle. Il ajoûta,
Que les Preſens qu'il avoit apportez
de la part de la Princeffe
Reyne n'estoient que des échantillons
, & qu'il avoit déja prié
Monsieur Torfde le dire àMadamela
Dauphine , afin que cette
Princeſſe ayant marqué ceux qui
luy plairoient le plus , la Princeffe
Reyné eust lieu de luy envoyer
des choses qui luy seroient agrea
bles.
Madame la Dauphine répondit
d'un air & d'une ma
desAmb. de Siam.
299
niere qui charma les Ambaf
fadeurs . Elle fit d'abord un
éloge de la Princeſſe Reyne,
& dit aprés , Qu'elle laremercioit
de ſes Preſens ; Qu'elle les
avoit veus , &qu'elle les trouvoit
fort beaux ; Qu'elle ne
manqueroit pas d'instruire les
Princes ſes Enfans fuivant les
intentions de cette Princeffe ; &&
ayant enſuite regardé Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, elle dit : Qu'ily en avoit
un qui estoit déja en âge de répondre
par luy- mesme. Ce Prince
fit alors un ſigne de téte ,
&confirma par là ce queMadame
la Dauphine venoit de
Bb iiij
300 Suitedu Voyage
dire. Cette Princeffe conti
nua , & dit : Que pour les deux
autres , il faloit que la Princeffe
Reyne tes reçût elle-mefme pour
caution . Madame la Dauphine
aprés avoir répondu au
Compliment qu'on luy venoit
de faire de la part de la
Princeſſe Reyne , fit des honneſtetez
aux Ambaſſadeurs
&leur dit des chofes fort obligeantes
.
tant en couche lorſqu'ils eurent
leur premiere Audience
du Roy , celle qu'elle devoit
leur donner fut remiſe jufqu'au
temps qu'ils reviendroient
à Verſailles. Le jour
qu'ils eurent l'honneur d'aller
chez cette Princeſſe , ils la
trouverent dans ſon Lit avec
un des - habillé magnifique.
Ce Lit eſtoit preſque tout
couvert d'un tres-beau Point
Bb ij
296 Suite du Voyage
4
de France, ſur lequel on avoit
mis de riches Carreaux. Plufieurs
Princeſſes & Ducheffes
avec un grand nombre des
principales Dames de la Cour,
toutes magnifiquement parées
& avec des habits garnis de
pierreries , faifoient un cercle
autour de ce Lit. Les Ambaf-
•ſadeurs & leur ſuite s'eſtant
approchez de Madame la
Dauphine , de la même maniere
& avec le même reſpect
qu'ils s'eſtoient approchez du
Roy le jour qu'ils eurent leur
premiere Audience de Sa Majeſté
, le premier Ambaſſadeur
commença ſon Compli
des Amb. de Siam. 197
ment , dont voicy le ſujet. 11
dit , Que la Princeffe Reyne de
Siam s'estant fait informer de
tout ce qui regardoit la Maiſon
Ruyale , & de tous les Princes
Princeſſes de cette Auguste
Maison , avoit sçû que Madame
la Dauphine goûtoit une joye
parfaite avec le Fils unique du
Roy ; Qu'on luy avoit appris le
grand merite qui la faisoit diftinguer
par elle - mesme
qu'elle estoit déja diftinguée par
Sa naiſſance ; Qu'elle avoit en
un royal plaisir d'apprendre que
le Ciel luy avoit donné des
Princes qui faisoient l'esperance
,
autant
de la France , & qu'elle la prioit
Bb iij
298 Suite duVoyage
J
de les faire élever , dans le defir
d'entretenir toûjours une parfaite
correspondance entre les deux
Royaume , afin que cette royale
amitié fuſt éternelle. Il ajoûta,
Que les Preſens qu'il avoit apportez
de la part de la Princeffe
Reyne n'estoient que des échantillons
, & qu'il avoit déja prié
Monsieur Torfde le dire àMadamela
Dauphine , afin que cette
Princeſſe ayant marqué ceux qui
luy plairoient le plus , la Princeffe
Reyné eust lieu de luy envoyer
des choses qui luy seroient agrea
bles.
Madame la Dauphine répondit
d'un air & d'une ma
desAmb. de Siam.
299
niere qui charma les Ambaf
fadeurs . Elle fit d'abord un
éloge de la Princeſſe Reyne,
& dit aprés , Qu'elle laremercioit
de ſes Preſens ; Qu'elle les
avoit veus , &qu'elle les trouvoit
fort beaux ; Qu'elle ne
manqueroit pas d'instruire les
Princes ſes Enfans fuivant les
intentions de cette Princeffe ; &&
ayant enſuite regardé Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, elle dit : Qu'ily en avoit
un qui estoit déja en âge de répondre
par luy- mesme. Ce Prince
fit alors un ſigne de téte ,
&confirma par là ce queMadame
la Dauphine venoit de
Bb iiij
300 Suitedu Voyage
dire. Cette Princeffe conti
nua , & dit : Que pour les deux
autres , il faloit que la Princeffe
Reyne tes reçût elle-mefme pour
caution . Madame la Dauphine
aprés avoir répondu au
Compliment qu'on luy venoit
de faire de la part de la
Princeſſe Reyne , fit des honneſtetez
aux Ambaſſadeurs
&leur dit des chofes fort obligeantes
.
Fermer
Résumé : Audience donnée par Madame la Dauphine, avec le Compliment que les Ambassadeurs ont fait à cette Princesse, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam eurent leur première audience avec le roi de France, mais celle avec la Dauphine fut reportée en raison de son accouchement. Lors de leur visite suivante, ils trouvèrent la Dauphine alitée, entourée de princesses et de duchesses. Le premier ambassadeur souligna la joie de la Dauphine avec le fils unique du roi et son mérite reconnu. Il mentionna les présents apportés par la princesse reine de Siam, qui n'étaient que des échantillons, et exprima le désir de maintenir une correspondance entre les deux royaumes. La Dauphine répondit avec grâce, remerciant la princesse reine pour ses présents et affirmant qu'elle instruirait ses enfants selon les intentions de la princesse. Elle nota que le duc de Bourgogne était en âge de répondre par lui-même, ce qu'il confirma d'un signe de tête. Pour les deux autres princes, elle suggéra que la princesse reine se porte elle-même caution. La Dauphine conclut en adressant des paroles obligeantes aux ambassadeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 314-315
Audiences données par Madame la Duchesse, & Madame de Bourbon, [titre d'après la table]
Début :
Ils eurent ensuite Audience de Madame la Duchesse, & de [...]
Mots clefs :
Audience, Madame la Duchesse, Duchesse de Bourbon, Anne de Bavière, Louise-Françoise de Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiences données par Madame la Duchesse, & Madame de Bourbon, [titre d'après la table]
Ils eurent enſuite Audience
de Madame la Ducheffe ,
& de Madame la Ducheffe
de Bourbon , auſquelles ils
marquerent que le Roy de Siam
leur avoit ordonnè de les voir ;
des Amb. de Siam.
301
& leur Compliment roula fur
cét ordre , ſur leur naiſſance ,
& fur les loüanges qui étoient
deuës à leurs Perſonnes. Madame
la Ducheffe de Bourbon
ſe trouva chez Madame
la Ducheffe , & demeura afſiſe
ſur le pied de ſon Lit pendant
l'audience .
de Madame la Ducheffe ,
& de Madame la Ducheffe
de Bourbon , auſquelles ils
marquerent que le Roy de Siam
leur avoit ordonnè de les voir ;
des Amb. de Siam.
301
& leur Compliment roula fur
cét ordre , ſur leur naiſſance ,
& fur les loüanges qui étoient
deuës à leurs Perſonnes. Madame
la Ducheffe de Bourbon
ſe trouva chez Madame
la Ducheffe , & demeura afſiſe
ſur le pied de ſon Lit pendant
l'audience .
Fermer
29
p. 327-343
Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils ont fait à Versailles, ils ont [...]
Mots clefs :
Audiences, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Audience, Ordres, Plaisir, Flandres, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils ont
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant leur séjour à Versailles, les ambassadeurs du Siam ont rencontré à plusieurs reprises le marquis de Seignelay, qui les a également reçus à Clagny. Des audiences cérémonielles et des entretiens ont été organisés pour discuter des affaires. Les ambassadeurs ont exprimé leur gratitude envers Seignelay pour ses bons offices et les ordres donnés en leur faveur. Seignelay a assuré les ambassadeurs qu'il avait agi selon les ordres du roi de France pour veiller à leur bien-être. Les ambassadeurs ont loué l'intendant Decluzeaux à Brest et Monsieur Torf, ainsi que la prudence et la disposition favorable de Seignelay, qui renforcerait l'amitié entre les deux rois. Seignelay a répondu que l'amitié entre les rois s'accroîtrait, car le roi de France se plairait toujours à faire ce qui serait agréable au roi de Siam. Il a mentionné son intervention en leur faveur pour suivre les ordres du roi et par considération pour le roi de Siam. Les ambassadeurs ont marqué leur extrême reconnaissance et ont remercié Seignelay pour la bonne réception des mandarins deux ans auparavant. Une collation magnifique a été servie, à laquelle ont participé Madame la Princesse d'Espinoy et plusieurs duchesses. Lors d'une visite de Seignelay chez les ambassadeurs, ils ont discuté d'affaires en privé après avoir renvoyé leur entourage et les curieux. Les ambassadeurs ont ensuite rendu visite à Seignelay, qui les a informés qu'il n'aurait pas été présent sans l'ordre du roi. Ils ont discuté de la magnificence de Versailles, l'ambassadeur soulignant que seules les beautés dispersées dans l'Orient ne pouvaient égaler celles de Versailles. Seignelay a expliqué que Versailles était le plus bel endroit d'Europe et que son règne avait porté la magnificence à un niveau sans précédent, tout en menant une guerre glorieuse contre plusieurs puissances européennes. Seignelay a également parlé du voyage des ambassadeurs pour voir les conquêtes du roi, réduit à la Flandre pour éviter les fatigues d'une saison difficile. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir toutes les conquêtes, malgré les froids auxquels ils n'étaient pas habitués. Seignelay leur a conseillé de prendre des précautions contre le froid. Le texte mentionne également des détails sur le voyage des ambassadeurs à Versailles, leurs activités à Paris, et les réceptions qu'ils ont reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 64-68
Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Début :
Comme ils avoient esté aux Audiances des Princes & Princesses [...]
Mots clefs :
Audience, Ambassadeurs, Princes, Princesses, Louise-Christine de Savoie-Carignan, Écuyer, Gentilshommes, Mesdemoiselles de Soissons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Comme ils avoient eſté
aux Audiances des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
le rang que leur donne la
naiſlance , ils n'avoient encore
pû aller chez Madame
laPrinceſſe deCarignan, pardes
Amb . de Siam. 65
ceque ce n'eſtoit qu'à leur ſecond
Voyage de Verſailles
qu'ils avoient eu Audiance de
Madame la Dauphine & des
autres Princes & Princeſſes ,
dont je vous ay parlé. Ils allerent
chez Madame de Carignan
avec leurs Bonnets de
Ceremonie, qui font les marques
de leur dignité. Mª de
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, & M Girault
les y conduiſirent. Ils furent
receus à la deſcente de leur
Carroſſe par l'Ecuyer de cette
Princeffe,accompagné de pluſieurs
Gentilhommes, & aprés
F
66 III . P. du Voyage
les complimens qui ſe font
ordinairementdepart&d'autre,
en de pareilles occafions,
ceux qui les avoient receus
monterent avec eux. On leur
fit traverſer pluſieurs Salles
remplies de monde , & ils
trouverent à la porte de la
chambre de Madame de Carignan
Meſdamoiſelles de
Soiffons qui les receurent &
les conduiſirent juſqu'à la
ruelle du Lit de cette Princeſſe.
Les Ambaſſadeurs aprés
les trois reverences qu'ils ont
accoûtumé de faire , & dont
je vous ay ſouvent parlé, s'é
des Amb. de Siam. 67
tant affis vis-à-vis de Madame
de Carignan , qui estoit
fur fon Lit , le premier Ambaſſadeur
luy fit un compliment
dans lequel il marqua
l'ordre qu'il avoit de voir tous
les Princes & Princeſſes de fon
rang , & le plaisir qu'il avoit à
l'executer. Cette Princeffe
ayant répondu à ce compli
ment , leur parla de la longueur
de leur Voyage , & de
quelques endroits de Paris, &
aprés une converſation d'un
demy quart-d'heure , ils fortirent
, & furent encore accompagnez
juſques hors la
Fij
68 III. P. duVoyage
porte de la chambre , par
Meſdemoiselles de Soiffons ;
en cet endroit les Ambaſladeurs
leur firent un compliment
pour les remercier. Elles
rentrerent , & les Ambaſſadeurs
pourſuivirent leur chemin
, toûjours accompagnez
de l'Ecuyer& des Gentilhommes
qui les avoient reçûs , &
qui les reconduifirent juſqu'à
leur Carroffe, où les Ambaſſadeurs
les remercierent.
aux Audiances des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
le rang que leur donne la
naiſlance , ils n'avoient encore
pû aller chez Madame
laPrinceſſe deCarignan, pardes
Amb . de Siam. 65
ceque ce n'eſtoit qu'à leur ſecond
Voyage de Verſailles
qu'ils avoient eu Audiance de
Madame la Dauphine & des
autres Princes & Princeſſes ,
dont je vous ay parlé. Ils allerent
chez Madame de Carignan
avec leurs Bonnets de
Ceremonie, qui font les marques
de leur dignité. Mª de
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, & M Girault
les y conduiſirent. Ils furent
receus à la deſcente de leur
Carroſſe par l'Ecuyer de cette
Princeffe,accompagné de pluſieurs
Gentilhommes, & aprés
F
66 III . P. du Voyage
les complimens qui ſe font
ordinairementdepart&d'autre,
en de pareilles occafions,
ceux qui les avoient receus
monterent avec eux. On leur
fit traverſer pluſieurs Salles
remplies de monde , & ils
trouverent à la porte de la
chambre de Madame de Carignan
Meſdamoiſelles de
Soiffons qui les receurent &
les conduiſirent juſqu'à la
ruelle du Lit de cette Princeſſe.
Les Ambaſſadeurs aprés
les trois reverences qu'ils ont
accoûtumé de faire , & dont
je vous ay ſouvent parlé, s'é
des Amb. de Siam. 67
tant affis vis-à-vis de Madame
de Carignan , qui estoit
fur fon Lit , le premier Ambaſſadeur
luy fit un compliment
dans lequel il marqua
l'ordre qu'il avoit de voir tous
les Princes & Princeſſes de fon
rang , & le plaisir qu'il avoit à
l'executer. Cette Princeffe
ayant répondu à ce compli
ment , leur parla de la longueur
de leur Voyage , & de
quelques endroits de Paris, &
aprés une converſation d'un
demy quart-d'heure , ils fortirent
, & furent encore accompagnez
juſques hors la
Fij
68 III. P. duVoyage
porte de la chambre , par
Meſdemoiselles de Soiffons ;
en cet endroit les Ambaſladeurs
leur firent un compliment
pour les remercier. Elles
rentrerent , & les Ambaſſadeurs
pourſuivirent leur chemin
, toûjours accompagnez
de l'Ecuyer& des Gentilhommes
qui les avoient reçûs , &
qui les reconduifirent juſqu'à
leur Carroffe, où les Ambaſſadeurs
les remercierent.
Fermer
Résumé : Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Lors de leur second voyage à Versailles, les ambassadeurs de Siam furent reçus par Madame la Princesse de Carignan. Ils portaient leurs bonnets de cérémonie et furent introduits par Madame de Bonneuil et Monsieur Girault. À leur arrivée, ils furent accueillis par l'écuyer de la princesse et plusieurs gentilshommes. Après les compliments d'usage, ils traversèrent des salles remplies de monde, guidés par Mesdemoiselles de Soiffons, jusqu'à la ruelle du lit de la princesse. Ils effectuèrent les trois révérences habituelles et s'assirent face à la princesse. Le premier ambassadeur lui adressa un compliment, exprimant l'ordre qu'il avait de rencontrer les princes et princesses de son rang. La princesse répondit en parlant de la longueur de leur voyage et de certains endroits de Paris. Après une conversation d'un demi-quart d'heure, les ambassadeurs prirent congé et furent reconduits jusqu'à la porte de la chambre par Mesdemoiselles de Soiffons. Ils remercièrent ces demoiselles avant de poursuivre leur chemin, accompagnés par l'écuyer et les gentilshommes, jusqu'à leur carrosse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 324-331
Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Début :
Comme on a souhaitté d'avoir une Estampe du Thrône, [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Trône, Roi, Duc, Audience, France, Premier ambassadeur, Second ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Comme on a ſouhaitté d'avoir
une Eſtampe du Thrône ,
!
des Amb de Siam. 225
dans lequel Sa Majeſté a donné
Audience au bout de la
Galerie de Verſailles , & de
toute l'argenterie qui l'accompagnoit
, on en envoye une
gravée d'aprés le deſſein du
plus fameux Peintre que la
France ait aujourd'huy. Cette
Eſtampe fera connoître dans
les Climats les plus reculés ,
que ce qu'on y publie de la
magnificence du Roy eſt veritable
, & les Ambaſſadeurs
de Siam en pourront confirmer
la verité. Les Lettres
qu'on y voit gravées , marquent
les Places du Roy , des
326 III . P. du Voyage
Princes,de la Maiſon Royale,
& des grands Officiers de Sa
Majefté. Voicy l'ordre qu'on
a crû devoir obſerver pour les
faire connoître .
A Le Roy.
B Monseigneur le Dauphin.
C Monfieur.
D Menfieur le Duc de
Chartres.
E Monfieur le Duc
د
preſent Monfieur le Prince.
à
F Monfieur le Duc de
Bourbon.
G Monfieur le Duc du
Mayne.
H Monfieur le Comte de
des Amb . de Siam. 327
Thouloufe .
I Male Grand Maistre de
la Garderobe .
☑ Mrs les premiers Gentilshommes
de la Chambre.
Les Chifres marquent la
place des Ambaſſadeurs pendant
l'Audience , & de ceux
qui les accompagnoient.
1. Le premier Ambaſſadeur.
2. Le ſecond Ambaſſadeur.
3. Le troifiéme Ambaſſa
deur.
4. M le Maréchal de la
Feüillade. Il avoit rang à
329 III . P. du Voyage
1
cette Audience , parce que
les Maréchaux de France eftant
nommez chacun à leur
tour pour recevoir les Ambaſſadeurs
Extraordinaires ,
fuivant cét ordre M de la
Feüillade accompagnoit les
Ambaſſadeurs . Il eſtoit entre
le premier & le ſecond ; mais
quoy que ce fuſt ſa place , il
ne les coupoit pas tout- à-fait
devant le Roy.
5. M le Maréchal Duc
de Luxembourg. Il eſtoit directement
derriere le premier
Ambaſſadeur , en qualité de
Capitaine des Gardes du
des Amb. de Siam. 329
1
Corps en Quartier, qui avoit
reçû les Ambaſſadeurs à la
porte de la Salle des Gardes,
& qui les avoit conduits jafqu'au
pied du Trône du
Roy .
6. Me de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs.
7. M Torf, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy , nommé pour aller recevoir
les Ambaſſadeurs lorf
qu'ils furent entrez en France,
& pour les accompagner jufqu'à
leur rembarquement .
8. M l'Abbé de Lionne.
Ec
330 III. P. duVoyage
Il n'avoit de rang en cette
Ceremonie , que parce qu'il
y ſervoit d'Interprete. Aprés
avoir interpreté tout haut
la Harangue de l'Ambaſſadeur
, il monta juſqu'auprés
du Roy , pour entendre la
réponſe de Sa Majefté.
9. M Giraut , dont la
place n'eſt pas tout-à- fait fixée
, & dont les foins l'obligent
à eſtre tantôt d'un côté,
& tantôt d'un autre.
10. Six Mandarins .
11. Ceux qui portoient les
marques de dignité des Ambaffadeurs.
desAmb. de Siam. 337
Il y avoit encore pluſieurs
Suivans , mais ils estoient
plus éloignez , & n'eftoient
pas dans cette enceinte.
On auroit donné les Por
traits des Ambaſſadeurs
mais le ſieur Hainzelman
les a fi bien gravez, qu'on a
crû qu'il eſtoit impoſſible de
les mieux faire .
une Eſtampe du Thrône ,
!
des Amb de Siam. 225
dans lequel Sa Majeſté a donné
Audience au bout de la
Galerie de Verſailles , & de
toute l'argenterie qui l'accompagnoit
, on en envoye une
gravée d'aprés le deſſein du
plus fameux Peintre que la
France ait aujourd'huy. Cette
Eſtampe fera connoître dans
les Climats les plus reculés ,
que ce qu'on y publie de la
magnificence du Roy eſt veritable
, & les Ambaſſadeurs
de Siam en pourront confirmer
la verité. Les Lettres
qu'on y voit gravées , marquent
les Places du Roy , des
326 III . P. du Voyage
Princes,de la Maiſon Royale,
& des grands Officiers de Sa
Majefté. Voicy l'ordre qu'on
a crû devoir obſerver pour les
faire connoître .
A Le Roy.
B Monseigneur le Dauphin.
C Monfieur.
D Menfieur le Duc de
Chartres.
E Monfieur le Duc
د
preſent Monfieur le Prince.
à
F Monfieur le Duc de
Bourbon.
G Monfieur le Duc du
Mayne.
H Monfieur le Comte de
des Amb . de Siam. 327
Thouloufe .
I Male Grand Maistre de
la Garderobe .
☑ Mrs les premiers Gentilshommes
de la Chambre.
Les Chifres marquent la
place des Ambaſſadeurs pendant
l'Audience , & de ceux
qui les accompagnoient.
1. Le premier Ambaſſadeur.
2. Le ſecond Ambaſſadeur.
3. Le troifiéme Ambaſſa
deur.
4. M le Maréchal de la
Feüillade. Il avoit rang à
329 III . P. du Voyage
1
cette Audience , parce que
les Maréchaux de France eftant
nommez chacun à leur
tour pour recevoir les Ambaſſadeurs
Extraordinaires ,
fuivant cét ordre M de la
Feüillade accompagnoit les
Ambaſſadeurs . Il eſtoit entre
le premier & le ſecond ; mais
quoy que ce fuſt ſa place , il
ne les coupoit pas tout- à-fait
devant le Roy.
5. M le Maréchal Duc
de Luxembourg. Il eſtoit directement
derriere le premier
Ambaſſadeur , en qualité de
Capitaine des Gardes du
des Amb. de Siam. 329
1
Corps en Quartier, qui avoit
reçû les Ambaſſadeurs à la
porte de la Salle des Gardes,
& qui les avoit conduits jafqu'au
pied du Trône du
Roy .
6. Me de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs.
7. M Torf, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy , nommé pour aller recevoir
les Ambaſſadeurs lorf
qu'ils furent entrez en France,
& pour les accompagner jufqu'à
leur rembarquement .
8. M l'Abbé de Lionne.
Ec
330 III. P. duVoyage
Il n'avoit de rang en cette
Ceremonie , que parce qu'il
y ſervoit d'Interprete. Aprés
avoir interpreté tout haut
la Harangue de l'Ambaſſadeur
, il monta juſqu'auprés
du Roy , pour entendre la
réponſe de Sa Majefté.
9. M Giraut , dont la
place n'eſt pas tout-à- fait fixée
, & dont les foins l'obligent
à eſtre tantôt d'un côté,
& tantôt d'un autre.
10. Six Mandarins .
11. Ceux qui portoient les
marques de dignité des Ambaffadeurs.
desAmb. de Siam. 337
Il y avoit encore pluſieurs
Suivans , mais ils estoient
plus éloignez , & n'eftoient
pas dans cette enceinte.
On auroit donné les Por
traits des Ambaſſadeurs
mais le ſieur Hainzelman
les a fi bien gravez, qu'on a
crû qu'il eſtoit impoſſible de
les mieux faire .
Fermer
Résumé : Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Le texte décrit une estampe représentant le trône et l'audience accordée par le roi de France aux ambassadeurs de Siam dans la galerie de Versailles. Réalisée par un peintre célèbre, cette estampe vise à montrer la magnificence royale dans les régions éloignées. Elle inclut des lettres indiquant les places des membres de la famille royale, des princes, de la maison royale et des grands officiers. L'ordre des places est détaillé : le roi, le Dauphin, Monsieur (frère du roi), Monsieur le Duc de Chartres, Monsieur le Duc de Bourbon, Monsieur le Duc du Maine, Monsieur le Comte de Toulouse, Monsieur le Duc de Mayenne, le Grand Maistre de la Garderobe, et les premiers Gentilshommes de la Chambre. Les chiffres marquent les positions des ambassadeurs et de leur suite. Les ambassadeurs sont accompagnés par des personnalités telles que le Maréchal de la Feuillade, le Maréchal Duc de Luxembourg, l'Introducteur des Ambassadeurs, et l'interprète, l'Abbé de Lionne. L'estampe inclut également des mandarins et des porteurs de marques de dignité, bien que les portraits des ambassadeurs n'aient pas été ajoutés en raison de la qualité des gravures existantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 287-316
Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Début :
Ils retournerent à Versailles deux jours aprés pour prendre leur [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Ambassadeurs, Audience de congé, Audiences, Harangues, Prince, Maître, Duc, France, Majesté, Qualités, Duc, Congé, Apprendre, Admiration, Honneur, Audience, Vertus, Amitié, Ordres, Orient, Roi de Siam, Ciel, Retour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Ils retournerent àVerſailles
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
Fermer
Résumé : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam retournèrent à Versailles deux jours après leur première audience pour prendre congé du roi. Lors de cette audience, l'ambassadeur et le duc de la Feuillade discutèrent des figures de bronze en France et des métaux utilisés à Siam. Le duc affirma sa maîtrise en fonte des métaux. La conversation porta ensuite sur les émotions de l'ambassadeur, qui exprima sa joie à l'idée de voir le roi et sa tristesse à l'idée de partir, mais aussi sa détermination à raconter les magnificences et les vertus du roi de France au roi de Siam. L'audience de congé se déroula avec les mêmes cérémonies que la première audience. L'ambassadeur fit un compliment en siamois, traduit par l'abbé de Lionne. Il demanda la permission de retourner auprès de leur roi, exprimant l'impatience de ce dernier d'apprendre le succès de l'ambassade et les merveilles à raconter. Les ambassadeurs soulignèrent les qualités extraordinaires du roi de France, sa majesté, sa douceur et son affabilité, et exprimèrent leur admiration et leur reconnaissance. Après cette harangue, qui reçut de grands applaudissements, les ambassadeurs eurent seize autres audiences le même jour, commençant par celle de Monseigneur. Ils adressèrent des compliments à divers membres de la famille royale, louant leurs qualités et exprimant leur admiration. Ils promirent de rapporter ces compliments et ces admiractions à leur roi et de publier les vertus du roi de France dans l'Orient. Les ambassadeurs rencontrèrent également Mademoiselle d'Orléans, Madame la Princesse, Monsieur le Duc, Madame la Princesse de Conti et Monsieur le Prince de Conti. Les compliments échangés reflétaient l'affection pour le roi de Siam et l'estime pour les ambassadeurs. Le même jour, ils prirent congé de Monsieur de Croissy, qui parla de la religion chrétienne de manière éloquente et persuasive, suscitant l'admiration des présents. Ils se rendirent également chez Monsieur de Seignelay, qui les complimenta sur la réputation qu'ils emportaient de France avant de discuter d'affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 130-147
Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Tachard ouvrit la boëte, & en ayant tiré la [...]
Mots clefs :
Sa Sainteté, Père Tachard, Roi de Siam, Présents, Mandarins, Siam, Pape, Lettre, Présent, Ministre, Audience, Cardinaux, Rome, Gardes, Genoux, Tonkinois, Orient, Chrétiens, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
de Siatn, illa
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
Fermer
Résumé : Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
Le texte décrit des échanges diplomatiques entre le roi de Siam et le pape Innocent XI. Le roi de Siam, via le père Tachard, souhaite maintenir des relations amicales avec les princes européens. Il mentionne avoir reçu un bref pontifical et un présent du pape, ainsi que l'envoi d'ambassadeurs pour renforcer ces liens. En l'absence de nouvelles de ces ambassadeurs, le roi envoie le père Tachard comme envoyé extraordinaire pour rétablir la communication et protéger les chrétiens dans ses États. Lors de l'audience papale, les mandarins siamais offrent des présents au pape, qui les accepte et s'informe sur le royaume de Siam. Diverses cérémonies et visites suivent, incluant une fête aux cardinaux et des visites des églises et palais de Rome. Le pape accorde une audience finale où il offre des médailles et des bénédictions. Les visiteurs explorent ensuite les aspects culturels et religieux de Rome avant de prendre congé. Le texte mentionne également le retour d'une délégation française de Rome, portant des présents pour le roi de Siam, tels que des chevaux, des confitures, des essences, des reliques saintes, et des cordiaux. Le pape offre au père Tachard divers objets précieux et indulgences. Le 7 janvier, les mandarins et les Toll-quinois quittent Rome pour Civitavecchia. Le père Tachard part le 9 janvier avec un bref papal scellé dans une boîte d'or. De retour en France, la délégation est reçue par le roi, qui forme une compagnie de cent gardes pour le roi de Siam, commandée par M. d'Éragny. La Compagnie des Indes, satisfaite de son commerce, rentre également avec la délégation. Monsieur renvoie de nombreux présents au roi de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 263-282
« De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Début :
De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...]
Mots clefs :
Roi, Duc, Lieutenant, Abbaye, Extraordinaire, Marquis, Audience, Évêque, Échevins, Duc de Lorraine, Famille royale, Parlement, Fête, Princesse, Paris, Versailles, Madrid, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
DeParule
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
Fermer
Résumé : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Le document relate divers événements survenus entre juin et août. Le 18 juin, Mlle de Rohan a épousé le Prince de Bergh. Le 20 juin, des lettres de Bayonne ont annoncé l'arrivée d'une flûte hollandaise chargée de sucre, d'indigo, de cacao et d'autres marchandises, estimées à cent mille écus. Le 24 juin, le Cardinal de Noailles a été reçu Doyen d'Honneur de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. En Espagne, le 16 juin, le roi a envoyé des officiers prendre des villes et des convois. Le 30 juin, l'Archevêque d'Alby a été reçu à l'Académie Française. Le 6 juillet, le Baron de Huart a pris la ville de Naval. La nuit du 7 au 8 juillet, Don Juan de Montenegro a pris la ville de Miranda de Duero. Le 26 juillet, le roi a nommé Monsieur de Brindelet Lieutenant Général de ses Armées. Le 18 juillet, Jean le Camus, Maître des Requestes, est décédé à l'âge de 74 ans. Le 6 août, Alamanno Salviati, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu son audience de congé. Le même jour, Creffer, nommé Envoyé en Angleterre, est mort d'apoplexie. Le 9 août, le Duc d'Harcourt a été reçu Pair de France. Le 12 août, le Marquis de Lamberti, Envoyé Extraordinaire du Duc de Lorraine, a eu sa première audience publique. Le 13 août, les députés des États de Languedoc ont été reçus par le roi. Le 15 août, une procession a eu lieu pour la fête de l'Assomption de la Vierge. Le 17 août, le roi a attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Le 18 août, les nouveaux échevins ont prêté serment. Le 19 août, Agostino Cusani, Nonce ordinaire du Pape, et le Marquis de Lamberti ont eu leurs audiences de congé. Le 20 août, Charles Bernardin Gigault, Marquis de Bessons, est décédé. Le 25 août, les académies française, des sciences et des médailles et inscriptions ont célébré la fête de Saint Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 79-87
Entrée de Milord Duc de Shrewsbury, Ambassadeur Extraordinaire de la Reine de la Grande Bretagne.
Début :
Mylord Duc de Shrewsbury, Ambassadeur Extraordinaire, et Grand Chambellan de la Maison [...]
Mots clefs :
Duc de Shrewsbury, Ambassadeur, Versailles, Cérémonie, Audience, Gardes du corps, Carrosse du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de Milord Duc de Shrewsbury, Ambassadeur Extraordinaire de la Reine de la Grande Bretagne.
Entrée de Milord Duc de
Shrewsbury
,
Ambassadeur
Extraordinaire de la Freine
de la Grandt Bretagne.
Mylord DucShrewfbury,
Ambassadeur Extraordinaire,
&Grand Chambellan
de ta Maison de la Reine de
la Grande Bretagne fit son
Entrée publique e*n cettc
Ville le 11 May.
Le Maréchal d'Estrées &
le Chevalier de Sainctot,lntroducteur
des Ambassadeurs,
furent le prendre dans
les Carosses du Roy, à la
Raquette.
Ordre de la Marche.
Le Carosse de l'Introducteur.
Le Carosse du Maréchal
d'Estrées,précédé de ses
Ecuyers & de quatre Pages
àcheval.
Deux Couriers de la Reine
de la Grande Bretagne à
cheval.
Ving t- quatre Valets de
pieds de l'Ambassadeur.
Son Escuyer, & six Pages
à cheval.
Le Carosse du Roy, dans lequel
étoient l' Ambassadeur,
le Maréchal d'Estrées & le
Chevalier de Saincto)t.
Ccluy de Monseigneur le
Duc de Berry.
Ccluy de Madame la
Duchesse de Berry.
Celuy de M~mc.
Ceux de Monsieur la
Duc d'Orleans & de Madame
la Duchesse d'Orleans.
Celuy de la Princesse de
Condé.
LeCarosse de la Duchesse
de Bourbon.
Celuy de la Princesse de
Conti Douairiere,
Ceux de la Princesse de
Conti &duPrince de Conti.
Ceux du Duc du Mayne
& de la Duchesse du Maync
Celuy de la Duchesse de
Vendôme.
Celuy du Gonut de Toulouse,
Ensuite fuivoiert les Carosses
de l'Ambassadeur qui
étoient des plus magnifiques,
suivis de ceux de plusieurs
SeigneursAnglois, & de
celuy du sieur Prior, Plenipotentiaire
de la Reine de la
Grande Bretagne.
Sitost qu'il fut arrivé à
l'Hostel des Ambassadeurs
Extraordinaires, il sur complimenté
de la part du Roy
parle Duc dela Tremoille,
premier Gentil-hommedela
Chambre de Sa Majesté.
De la part deMonseigneur
le Duc de Berry par le Marquis
de Bethune premier
Gentil-homme de sa Chambre.
De la part de Madame
la Duchesse de Berry par le
Comte de Sautnery son premier
Maistre d'Hostel.
De la part de Madame,
par le Marquis de Mortagnc
son premier Ecuyer.
De la part de Monsieur le
Duc d'Orleans par le Marquis
de Simianne son premier
Gentil-homme de la
Chambre.
1
-
De 1« part de Madame la
Duchesse d Oi leans, par le
Marquis de Saint Pierre son
premier Escuyer.
Le 13. le Prince Charles
de Lorraine, & le Chevalier
de Sainctot, allcrcnt prendreMylord
Duc de Shrewfbury
à l'Hostel des Ambassadeurs
Extraordinaires dans
le Carosse du Roy, & le conduisirent
à Verfailles à sa première
Audiance publique.
Il trouva à son arr ivée les
compagnies des Gardes Françoises
& Suisses fous les armes,
& lesGardes dela
porte & ceux de laPrevoisité.
Il fut reçû par le Marquis
de Dreux Grand Maistre
des Ccrémonies & par le
sieur des GrangesMaistre des Cérémonies, >
Les Cent
-
Suisses étoient
en habit de cérémonie, la
Hallebarde à la main, & par
le DJC de Charost Capitaine
des Gardes du Corps qui
étoient en haye & fous les
armes, à la porte & en dedans
de la Sallc des Gardes.
Apres quoyil fut conduit
aux Audiances de Monseigncur
le Dauphin, de Monseigneur
le Ducde Berry, de
Madame la Dchcftcdc Berry
,
de Madame, & de Monifcur
& Madame la Duchesse
d'Orléans,
Il fut traité magnifiquement
avec tous les Seigneurs
& Gentils-hommes de sa
fuite, pur les Officiers du
Roy, &reconduitàl'Hostel
des Ambassadeurs Extraordinaires
par le Chevalier de
Sainctot, dans le Carosse de
Sa Majesté.
Shrewsbury
,
Ambassadeur
Extraordinaire de la Freine
de la Grandt Bretagne.
Mylord DucShrewfbury,
Ambassadeur Extraordinaire,
&Grand Chambellan
de ta Maison de la Reine de
la Grande Bretagne fit son
Entrée publique e*n cettc
Ville le 11 May.
Le Maréchal d'Estrées &
le Chevalier de Sainctot,lntroducteur
des Ambassadeurs,
furent le prendre dans
les Carosses du Roy, à la
Raquette.
Ordre de la Marche.
Le Carosse de l'Introducteur.
Le Carosse du Maréchal
d'Estrées,précédé de ses
Ecuyers & de quatre Pages
àcheval.
Deux Couriers de la Reine
de la Grande Bretagne à
cheval.
Ving t- quatre Valets de
pieds de l'Ambassadeur.
Son Escuyer, & six Pages
à cheval.
Le Carosse du Roy, dans lequel
étoient l' Ambassadeur,
le Maréchal d'Estrées & le
Chevalier de Saincto)t.
Ccluy de Monseigneur le
Duc de Berry.
Ccluy de Madame la
Duchesse de Berry.
Celuy de M~mc.
Ceux de Monsieur la
Duc d'Orleans & de Madame
la Duchesse d'Orleans.
Celuy de la Princesse de
Condé.
LeCarosse de la Duchesse
de Bourbon.
Celuy de la Princesse de
Conti Douairiere,
Ceux de la Princesse de
Conti &duPrince de Conti.
Ceux du Duc du Mayne
& de la Duchesse du Maync
Celuy de la Duchesse de
Vendôme.
Celuy du Gonut de Toulouse,
Ensuite fuivoiert les Carosses
de l'Ambassadeur qui
étoient des plus magnifiques,
suivis de ceux de plusieurs
SeigneursAnglois, & de
celuy du sieur Prior, Plenipotentiaire
de la Reine de la
Grande Bretagne.
Sitost qu'il fut arrivé à
l'Hostel des Ambassadeurs
Extraordinaires, il sur complimenté
de la part du Roy
parle Duc dela Tremoille,
premier Gentil-hommedela
Chambre de Sa Majesté.
De la part deMonseigneur
le Duc de Berry par le Marquis
de Bethune premier
Gentil-homme de sa Chambre.
De la part de Madame
la Duchesse de Berry par le
Comte de Sautnery son premier
Maistre d'Hostel.
De la part de Madame,
par le Marquis de Mortagnc
son premier Ecuyer.
De la part de Monsieur le
Duc d'Orleans par le Marquis
de Simianne son premier
Gentil-homme de la
Chambre.
1
-
De 1« part de Madame la
Duchesse d Oi leans, par le
Marquis de Saint Pierre son
premier Escuyer.
Le 13. le Prince Charles
de Lorraine, & le Chevalier
de Sainctot, allcrcnt prendreMylord
Duc de Shrewfbury
à l'Hostel des Ambassadeurs
Extraordinaires dans
le Carosse du Roy, & le conduisirent
à Verfailles à sa première
Audiance publique.
Il trouva à son arr ivée les
compagnies des Gardes Françoises
& Suisses fous les armes,
& lesGardes dela
porte & ceux de laPrevoisité.
Il fut reçû par le Marquis
de Dreux Grand Maistre
des Ccrémonies & par le
sieur des GrangesMaistre des Cérémonies, >
Les Cent
-
Suisses étoient
en habit de cérémonie, la
Hallebarde à la main, & par
le DJC de Charost Capitaine
des Gardes du Corps qui
étoient en haye & fous les
armes, à la porte & en dedans
de la Sallc des Gardes.
Apres quoyil fut conduit
aux Audiances de Monseigncur
le Dauphin, de Monseigneur
le Ducde Berry, de
Madame la Dchcftcdc Berry
,
de Madame, & de Monifcur
& Madame la Duchesse
d'Orléans,
Il fut traité magnifiquement
avec tous les Seigneurs
& Gentils-hommes de sa
fuite, pur les Officiers du
Roy, &reconduitàl'Hostel
des Ambassadeurs Extraordinaires
par le Chevalier de
Sainctot, dans le Carosse de
Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Entrée de Milord Duc de Shrewsbury, Ambassadeur Extraordinaire de la Reine de la Grande Bretagne.
Le 11 mai, le duc de Shrewsbury, ambassadeur extraordinaire de la reine de Grande-Bretagne, fit son entrée publique dans une ville française. Il fut accueilli par le maréchal d'Estrées et le chevalier de Sainctot, qui le conduisirent dans les carrosses du roi. La procession inclut des carrosses de divers nobles français, ainsi que ceux de l'ambassadeur et des seigneurs anglais. À l'hôtel des ambassadeurs, il fut complimenté par plusieurs représentants de la cour. Le 13 mai, le prince Charles de Lorraine et le chevalier de Sainctot accompagnèrent l'ambassadeur à Versailles pour sa première audience publique. Il fut accueilli par les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que par les Gardes de la porte et de la prévôté. L'ambassadeur fut reçu par le marquis de Dreux et le sieur des Granges, et il rencontra plusieurs membres de la famille royale. Il fut ensuite reconduit à son hôtel par le chevalier de Sainctot dans le carrosse du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 57-63
DEVISES.
Début :
La Province de Bourgogne ayant coûtume de faire fraper des [...]
Mots clefs :
Bourgogne, Jetons, Emblèmes, Devises, Médaille, Gouverneur, Saisons, Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISES.
DEVISES.
La Province de Bourgogne
ayant coûtume de
faire fraper des jettons tous
les trois ans, a presque toûjours
rempli le revers d'emblêmes
ou de devises, dont
les unes rendoienttémoignage
de son zele pour le
service du Roy;les autres
faisoient connoîtrel'avantage
que cette Province recevoit
de la protection de
l'illustreMaison de Condé:
enfin quelques unes par
des allegories ingenieuses
marquant les principaux
évenemens arrivez dans le
Royaume pendant latriennalité,
il ne peut rien arri- , ver de plus considerable à
cette Province
, que l'en-.
trée de Son Altesse Serenissimepour
la premiere
fois dans son Gouverne
ment, d'autant plus remarquable,
que Monseigneur
le Duc est le cinquiéme
Prince de pere en fils qui
a eu cette place.
C'est ce qui a donné l'idée
d'en fraper une medaille
à deux revers. Dans
l'un le Prince paroîtra à
cheval, vêtu à la Romaine,
sans étriers, couronné de
laurier, suivi de gardes à
pied, & faisant son entrée
dans la Capitale de la Province
, avec ce mot dans
l-'exergue:Adventus.
Et pour legende:
- Burgundis felicia Jk-c-U
propagat.
Dans l'autre revers le bonheur
public y fera repre"
senté par quatre petits ensans
qui designeront les
quatre saisons. Le Printem
ps portera des fleurs,
l'Estéunefaucille, l'Automne
des fruits & un lievre,
& l'Hyver tiendra d'unemainuninstrumentpour
prendre des oiseaux, &des
l'autre les oiseaux qu'ila
pris.
Pour legende :
Condiades quintus genus AltfXJ
à sanguineRegum.
Et dans l'exergue:
Burgundioe Comitia.
Burgundis feliciaoecla
propagat.
Condiades genus alto à
sanguine Regum.
Le 10. Juin1713. les Deputez
des Etats de Bourgogne,
qui font M.l'Abbé de
Roquette pour le Clergé,
le Marquis de Lassé pour laNoblesse,&M. de laForêt,
Maire de Montbart,
pour le tiers état, eurent
audience du Roy, étant presentez
par Son Altesse Serenissime
Monseigneur le
Duc, Gouverneur de Ian
Province, & par Monsieur
le Marquis de laVrilliere,
Ministre & Secretaire d'Etat;
étant conduits pan
Monsieur le Marquis de:
Dreux, grand Maître des
Ceremonies, & par Monsieur
Desgranges Maitres
des Ceremonies; & TAbbee
Roquecte porta la parole
II y a plusieurs mariages
de con fideratiotm
done on n'a point parle
cemois-ci, parce quo'
n'a pas eu le loisir de
s'informer des circonstances
necessaires ; en
en parlera dans le niois
prochain.
La Province de Bourgogne
ayant coûtume de
faire fraper des jettons tous
les trois ans, a presque toûjours
rempli le revers d'emblêmes
ou de devises, dont
les unes rendoienttémoignage
de son zele pour le
service du Roy;les autres
faisoient connoîtrel'avantage
que cette Province recevoit
de la protection de
l'illustreMaison de Condé:
enfin quelques unes par
des allegories ingenieuses
marquant les principaux
évenemens arrivez dans le
Royaume pendant latriennalité,
il ne peut rien arri- , ver de plus considerable à
cette Province
, que l'en-.
trée de Son Altesse Serenissimepour
la premiere
fois dans son Gouverne
ment, d'autant plus remarquable,
que Monseigneur
le Duc est le cinquiéme
Prince de pere en fils qui
a eu cette place.
C'est ce qui a donné l'idée
d'en fraper une medaille
à deux revers. Dans
l'un le Prince paroîtra à
cheval, vêtu à la Romaine,
sans étriers, couronné de
laurier, suivi de gardes à
pied, & faisant son entrée
dans la Capitale de la Province
, avec ce mot dans
l-'exergue:Adventus.
Et pour legende:
- Burgundis felicia Jk-c-U
propagat.
Dans l'autre revers le bonheur
public y fera repre"
senté par quatre petits ensans
qui designeront les
quatre saisons. Le Printem
ps portera des fleurs,
l'Estéunefaucille, l'Automne
des fruits & un lievre,
& l'Hyver tiendra d'unemainuninstrumentpour
prendre des oiseaux, &des
l'autre les oiseaux qu'ila
pris.
Pour legende :
Condiades quintus genus AltfXJ
à sanguineRegum.
Et dans l'exergue:
Burgundioe Comitia.
Burgundis feliciaoecla
propagat.
Condiades genus alto à
sanguine Regum.
Le 10. Juin1713. les Deputez
des Etats de Bourgogne,
qui font M.l'Abbé de
Roquette pour le Clergé,
le Marquis de Lassé pour laNoblesse,&M. de laForêt,
Maire de Montbart,
pour le tiers état, eurent
audience du Roy, étant presentez
par Son Altesse Serenissime
Monseigneur le
Duc, Gouverneur de Ian
Province, & par Monsieur
le Marquis de laVrilliere,
Ministre & Secretaire d'Etat;
étant conduits pan
Monsieur le Marquis de:
Dreux, grand Maître des
Ceremonies, & par Monsieur
Desgranges Maitres
des Ceremonies; & TAbbee
Roquecte porta la parole
II y a plusieurs mariages
de con fideratiotm
done on n'a point parle
cemois-ci, parce quo'
n'a pas eu le loisir de
s'informer des circonstances
necessaires ; en
en parlera dans le niois
prochain.
Fermer
Résumé : DEVISES.
La Province de Bourgogne frappait des jettons tous les trois ans, souvent ornés d'emblèmes ou de devises. Ces devises reflétaient le zèle de la province pour le service du roi, les avantages tirés de la protection de la Maison de Condé, ou les principaux événements survenus dans le royaume. Un événement notable fut l'entrée du Duc de Bourgogne dans son gouvernement de la province, marqué par la frappe d'une médaille à deux revers. Sur le premier revers, le prince apparaît à cheval, vêtu à la romaine, couronné de laurier, suivi de gardes à pied, avec l'inscription 'Adventus' et la légende 'Burgundis felicia Jk-c-U propagat'. Sur le second revers, le bonheur public est représenté par quatre enfants symbolisant les quatre saisons, avec la légende 'Condiades quintus genus AltfXJ à sanguine Regum' et l'exergue 'Burgundioe Comitia'. Le 10 juin 1713, les députés des États de Bourgogne, représentant le clergé, la noblesse et le tiers état, eurent audience du roi en présence du Duc de Bourgogne et du Marquis de la Vrilliere. L'Abbé de Roquette porta la parole au nom des députés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 94-114
Nouvelles.
Début :
Les lettres de Hambourg du 28. Janvier portent qu'il [...]
Mots clefs :
Roi, Commissaires, Ambassadeurs, Grand vizir, Tsar, Constantinople, Audience, Camp, Sultan, Andrinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles.
Nouvelles.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Fermer
Résumé : Nouvelles.
Au début de l'année 1717, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Tonningen, un convoy a été établi pour quinze jours sous la surveillance des commissaires du roi de Danemark. À Berlin, le roi de Prusse préparait une armée de cinquante mille hommes, tandis qu'un régiment de dragons de Holstein-Gottorp entrait à Stetin. À Stockholm, les États du Royaume se sont réunis le 28 décembre en présence de la princesse Ulrique Éléonore. Le comte de Horn a ouvert la session en appelant à l'union et à la conservation du Royaume. Les conférences avec la princesse et le Sénat ont commencé le 30 décembre, et le général Lieven est parti rencontrer le roi de Suède. À Andrinople, les ambassadeurs du Czar ont été reçus par le Grand Vizir, qui a promis de leur obtenir une audience avec le Sultan pour la ratification d'un traité. Le Sultan est ensuite parti pour Constantinople, où il est arrivé le 4 janvier. Les ambassadeurs moscovites et polonais, accompagnés du résident de la Cour de Vienne, ont suivi le 10 janvier. Le Grand Vizir a été étranglé et ses biens confisqués. À Vienne, les États de l'Autriche inférieure ont repris leurs séances le 12 janvier. Le Conseil Aulique a été rétabli le 15 janvier avec trente conseillers. Plusieurs régiments, dont un de cuirassiers du prince Charles de Neubourg, se sont dirigés vers la Hongrie. À Madrid, le roi a nommé Don Guillen de Gusman Major de Sarragosse. Le marquis de Thoüy et d'autres officiers se sont rendus en Aragon pour commander un corps d'armée. En Catalogne, Nebot a été envoyé à Majorque et des troubles ont été réprimés à Villafranca de Panades et dans un village près de Cardonne. Une flotte chargée d'artillerie et de provisions est arrivée à Tarragonne avant de naviguer vers Barcelone. À Londres, plusieurs changements de personnel ont eu lieu dans les charges et les emplois. Le comte de Lexington est revenu de sa mission en Espagne et a été reçu par la reine. Des nominations ont été faites pour les juges des appellations des jugements de l'Excise et pour le Gouvernement de la Province de Maryland. À Bruxelles, le différend entre le roi de Prusse et les États de Brabant a été résolu pour une somme de quatre-vingt mille écus. Les ambassadeurs des Provinces Unies ont été reçus à Paris et à Versailles par le roi, le dauphin, et d'autres membres de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Fermer
39
p. 27-28
« Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Début :
Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...]
Mots clefs :
Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Mais comme tout ce
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
Fermer
Résumé : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Le texte discute de la poésie et de son origine. L'auteur trouve la création de vers épuisante mais intéressante. Il propose d'explorer l'origine du mois de février, qu'il juge curieuse et utile. Il invite les lecteurs à évaluer cet intérêt en poursuivant la lecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
40
p. 8-49
Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Début :
Trouvez bon, Monsieur, qu'en retour de ces nouvelles écrites [...]
Mots clefs :
Prince, Ambassadeur, Roi, Marquis, Gentilshommes, Ministre, Carosse, Princes, Prince du Piémont, Honneur, Audience, Palais, Armes, Dame, Comte, Maître des cérémonies, Chevaux, Turin, Gouverneur, Sang, Ambassadrice, Ministre, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Fermer
41
p. 171-175
Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Début :
On lût ensuite l'Edit du Roy, portant suppression de la Chambre [...]
Mots clefs :
Édit, Chambre de justice, Déclarations, Finances, Conseil, Arrêts, Condamnation , Comptes, Prince de Conty, Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
On lût enfuite l'Edit du Roy ,
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
Fermer
42
p. 85-92
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Les Turcs s'étans tenus tranquiles jusqu'au troisiéme de May, formerent [...]
Mots clefs :
Turcs, Escadre, Navigation, vaisseaux impériaux, Attaque, Feu, Canon, Chrétiens, Ottomans, Provisions, Armée hongroise, Artillerie, Prince, Camp, Audience, Investiture, Conseillers, Cérémonies, Envoyé , Impératrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
JOURNAL DE HONGRIE.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
Fermer
43
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
Fermer
44
p. 91-116
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 26 Juin, Madame de Vantadour accompagnée de Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Commissaires, Procès, Conseillers, Régent, Assemblées, Parlement, Délibération, Roi, Audience, Édits, Révocation, Déclaration, Ordre de succession, Cérémonies, Requêtes, Comtes, Duc, Grands officiers de la couronne, Nominations, Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
Fermer
45
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
46
p. 110-117
« Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Début :
Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...]
Mots clefs :
Parlement, Députés, Articles, Affaires d'État, Audience, Édits, Administration des finances, Conseil, Déclaration, Pensions, Exemption, Révocation, Bénéfice, Remboursement, Rente viagère, Domaine de la couronne, Intérêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Le 8 , le Parlement fut prorogé par
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
Fermer
47
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
Fermer
48
p. 2077-2082
« Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
Début :
Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...]
Mots clefs :
Roi, Audience, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
Es Religieufes du Monaftere de l'Ave
Maria de Paris ont celebré pendant
huit jours avec beaucoup de folemnité la
Fête de la Canonifation de S. Jacques de
la Marche , & de S. François de Solano,
Religieux de l'Obfervance de S. François.
Le Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
alla y chanter la Meffe le 21. du mois.
dernier pour l'ouverture de l'Octave.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les cerémonies accoutumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S.Denis le Service.
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi Louis XIV .
L'Evêque de Grenoble y officia pontificalement
, & le Duc du Maine , le Prince
de Dombes & le Comte de Toulouſe Y
affifterent , ainfi que plufieurs Seigneurs
de la Cour.
Le 13. Août au foir , le Roi alla pofer
Hv
la
2078 MERCURE DE FRANCE
Ja premiere pierre du nouveau Pont qu'on
conftruit fur la Riviere d'Oyſe , vis-à-vis
le Château de Compiegne. M. Dubois
Directeur General des Fonts & Chauffées,
préfenta à S. M. un marteau & une truelle
d'argent & du mortier dans un baffin
pour cette cerémonie.
>
Le 2. Septembre , le Roi de Sardaigne
Victor Amedée II. fit avertir tous les
Princes , les Chevaliers de l'Ordre de
l'Annonciade , les Miniftres , les Secretaires
d'Etat , l'Archevêque de Turin , ›
le Grand Chancelier , les Premiers Préfi
dens , les Generaux & toutes les perfonnes
qui font dans les principaux Emplois
de la Cour , de la Guerre & de la
Juftice , de fe trouver le lendemain à
trois heures après midi au Château de Rivoli.
Le Roi tint un Confeil d'Etat à
l'heure qu'il avoit marquée ; il y déclara
qu'il faifoit une abdication generale de fon
Royaume & de fes Etats en faveur du
Prince du Piémont , fon fils , & ayant
fait entrer tous ceux qu'il avoit mandés ,
un Secretaire d'Etat lut à haute voix l'Acte
d'Abdication . Le Roi Victor fit enfuite
un Difcours auffi digne de la grandeur
d'ame de ce Prince que propre à attendrir
& à confoler tous ceux qui étoient
préfens. Il devoit partir de Rivoli le 4.
pour
1
SEPTEMBRE. 1730. 2079
pour fe retirer au Château de Chamberi ,
que ce Prince a choisi pour y faire fon
féjour.
Le 7. le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , eut
une audience particuliere du Roi , dans
dans laquelle il notifia à S. M. l'abdication
que le Roi Victor Amedée II . a faite le
3. de ce mois de fes Royaumes & Etats
& de l'avenement du Roi Charles Emanuel
, fon fils , à la Couronne.
Le s. de ce mois , M. Horace Walpool,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
d'Angleterre , eut une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il donna part
à S. M. de la mort de la Princeffe Benedictine
Henriette Philippine , Ducheffe
Douairiere de Brunfwick Hanover. Il fut
conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffa
deurs.
Le ro . le Roi prit le deuil pour la mort
de cette Princeffe , que S. M. quitta le 18.
Le 8. Fête de la Nativité de la Vierge ,"
ily eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries. M. Mouret fit chanter le Motet
Exaltabo te, Deus, de M. de la Lande,
les S Blavet & Guignon executerent une
Sonnate fur le Violon & la Flute qui fut
très2080
MERCURE DE FRANCE :
très-applaudie. La Dle Petit- Pas chanta
un Motet à deux voix , de la compofition
de M. le Maire , avec autant de legereté
que de préciſion , les Sieurs Aubert
& Senaillé joüerent une Sonnate à
deux Violons , qui fut executée avec une
très-grande jufteffe , les Diler Erremens
& le Maure chanterent un Motet à
deux voix , qui fut très - applaudi . Le
fieur Guignon joüa feul un Concerto avec
cette vivacité que tout le monde lui :
connoît , & le Concert fut terminé
par
le Te Deum de M. de la Lande , avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une Symphonie
de Violons , Hautbois , Timballes
, & Trompettes , de la compofition
de M. Mouret.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Tour de Cordoüan , vacante par la
mort du fieur Defnaut , au fieur Binet
Meftre de Camp de Cavalerie , premier
Valet de la Garde- Robe de Sa Majefté.
Le Roi a donné le Régiment de la
Saarre , au Comte de Boimeux , Meſtre
de Camp du Régiment des Landes , &
S. M. a accordé celui des Landes au
Marquis de Brun.
Le 10. l'Abbé de Menou de Charnifay ,
nommé à l'Evêché de la Rochelle , fut
Sacre
SEPTEMBRE . 1730. 2081
Sacré dans la Cha pelle de l'Archevêché ;
par l'Archevêque de Bordeaux , affifté
des Evêques de Chartres & de Saintes , &
le 17. il prêta Serment de Fidelité entre
les mains du Roi.
L'Affemblée du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députez
qui la compofoient , fe rendirent à Verfailles
le 17 de ce mois , & ils curent
Audience du Roi avec les honneurs qu'on
rend au Clergé , quand il eft en Corps
& avec les Cerémonies obfervées lorfque
les mêmes Députez allerent rendre leurs
refpects à S. M. le 7 de Juin dernier. Le
Cardinal de Fleury , Miniftre d'Etat , &
Premier Président de l'Affemblée , étoit
à leur tête ; & l'Evêque de Nifmes porta
la parole.
Le 19 , le Lord Waldgrave , Ambaffadeur
Extraordinaire duRoi d'Angleterre,
arriva à Versailles avec M. Horace Walpool
, auffi Ambaffadeur Extraordinaire,
auquel il fuccede. Ils eurent Audience
particuliere du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin , étant conduits
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
t
Le 21 , l'Abbé de l'Ifle du Gaft , nommé
2082 MERCURE DE FRANCE
?
mé par le Roi à l'Evêché de Limoges
fut facré dans la Chapelle de l'Archevêché
,, pár l'Archevêque de Paris , affifſté
des Evêques de Marleille & de Chartres.
Il prêta Serment de fidelité entre les
mains du Roi le 24 .
Le même jour 21. l'Evêque de Bethléem
fit avec beaucoup de folemnité la
cerémonie de la Confécration & Dédicace
de l'Eglife des Recollets de Verfailles
fondée par le feu Roi Louis XIV. ils en
avoient obtenu auparavant la permiffiondu
Roi ; le Duc de Noailles , Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps , & Gouverneur de Verſailles
affifta à cette cerémonie de la part de
S. M.
Le 25. la Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, pour
le rembourſement
des
Actions
, fut
tirée
en la
maniere
accoutumée
à l'Hôtel
de
la
Compagnie
; on a
publié
la Lifte
des
numeros
des
Actions
&
dixièmes
d'Actions
qui
feront
rembourfez
, faifant
en tout
le nombre
de
300.
Actions
.
Maria de Paris ont celebré pendant
huit jours avec beaucoup de folemnité la
Fête de la Canonifation de S. Jacques de
la Marche , & de S. François de Solano,
Religieux de l'Obfervance de S. François.
Le Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
alla y chanter la Meffe le 21. du mois.
dernier pour l'ouverture de l'Octave.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les cerémonies accoutumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S.Denis le Service.
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi Louis XIV .
L'Evêque de Grenoble y officia pontificalement
, & le Duc du Maine , le Prince
de Dombes & le Comte de Toulouſe Y
affifterent , ainfi que plufieurs Seigneurs
de la Cour.
Le 13. Août au foir , le Roi alla pofer
Hv
la
2078 MERCURE DE FRANCE
Ja premiere pierre du nouveau Pont qu'on
conftruit fur la Riviere d'Oyſe , vis-à-vis
le Château de Compiegne. M. Dubois
Directeur General des Fonts & Chauffées,
préfenta à S. M. un marteau & une truelle
d'argent & du mortier dans un baffin
pour cette cerémonie.
>
Le 2. Septembre , le Roi de Sardaigne
Victor Amedée II. fit avertir tous les
Princes , les Chevaliers de l'Ordre de
l'Annonciade , les Miniftres , les Secretaires
d'Etat , l'Archevêque de Turin , ›
le Grand Chancelier , les Premiers Préfi
dens , les Generaux & toutes les perfonnes
qui font dans les principaux Emplois
de la Cour , de la Guerre & de la
Juftice , de fe trouver le lendemain à
trois heures après midi au Château de Rivoli.
Le Roi tint un Confeil d'Etat à
l'heure qu'il avoit marquée ; il y déclara
qu'il faifoit une abdication generale de fon
Royaume & de fes Etats en faveur du
Prince du Piémont , fon fils , & ayant
fait entrer tous ceux qu'il avoit mandés ,
un Secretaire d'Etat lut à haute voix l'Acte
d'Abdication . Le Roi Victor fit enfuite
un Difcours auffi digne de la grandeur
d'ame de ce Prince que propre à attendrir
& à confoler tous ceux qui étoient
préfens. Il devoit partir de Rivoli le 4.
pour
1
SEPTEMBRE. 1730. 2079
pour fe retirer au Château de Chamberi ,
que ce Prince a choisi pour y faire fon
féjour.
Le 7. le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , eut
une audience particuliere du Roi , dans
dans laquelle il notifia à S. M. l'abdication
que le Roi Victor Amedée II . a faite le
3. de ce mois de fes Royaumes & Etats
& de l'avenement du Roi Charles Emanuel
, fon fils , à la Couronne.
Le s. de ce mois , M. Horace Walpool,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
d'Angleterre , eut une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il donna part
à S. M. de la mort de la Princeffe Benedictine
Henriette Philippine , Ducheffe
Douairiere de Brunfwick Hanover. Il fut
conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffa
deurs.
Le ro . le Roi prit le deuil pour la mort
de cette Princeffe , que S. M. quitta le 18.
Le 8. Fête de la Nativité de la Vierge ,"
ily eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries. M. Mouret fit chanter le Motet
Exaltabo te, Deus, de M. de la Lande,
les S Blavet & Guignon executerent une
Sonnate fur le Violon & la Flute qui fut
très2080
MERCURE DE FRANCE :
très-applaudie. La Dle Petit- Pas chanta
un Motet à deux voix , de la compofition
de M. le Maire , avec autant de legereté
que de préciſion , les Sieurs Aubert
& Senaillé joüerent une Sonnate à
deux Violons , qui fut executée avec une
très-grande jufteffe , les Diler Erremens
& le Maure chanterent un Motet à
deux voix , qui fut très - applaudi . Le
fieur Guignon joüa feul un Concerto avec
cette vivacité que tout le monde lui :
connoît , & le Concert fut terminé
par
le Te Deum de M. de la Lande , avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une Symphonie
de Violons , Hautbois , Timballes
, & Trompettes , de la compofition
de M. Mouret.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Tour de Cordoüan , vacante par la
mort du fieur Defnaut , au fieur Binet
Meftre de Camp de Cavalerie , premier
Valet de la Garde- Robe de Sa Majefté.
Le Roi a donné le Régiment de la
Saarre , au Comte de Boimeux , Meſtre
de Camp du Régiment des Landes , &
S. M. a accordé celui des Landes au
Marquis de Brun.
Le 10. l'Abbé de Menou de Charnifay ,
nommé à l'Evêché de la Rochelle , fut
Sacre
SEPTEMBRE . 1730. 2081
Sacré dans la Cha pelle de l'Archevêché ;
par l'Archevêque de Bordeaux , affifté
des Evêques de Chartres & de Saintes , &
le 17. il prêta Serment de Fidelité entre
les mains du Roi.
L'Affemblée du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députez
qui la compofoient , fe rendirent à Verfailles
le 17 de ce mois , & ils curent
Audience du Roi avec les honneurs qu'on
rend au Clergé , quand il eft en Corps
& avec les Cerémonies obfervées lorfque
les mêmes Députez allerent rendre leurs
refpects à S. M. le 7 de Juin dernier. Le
Cardinal de Fleury , Miniftre d'Etat , &
Premier Président de l'Affemblée , étoit
à leur tête ; & l'Evêque de Nifmes porta
la parole.
Le 19 , le Lord Waldgrave , Ambaffadeur
Extraordinaire duRoi d'Angleterre,
arriva à Versailles avec M. Horace Walpool
, auffi Ambaffadeur Extraordinaire,
auquel il fuccede. Ils eurent Audience
particuliere du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin , étant conduits
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
t
Le 21 , l'Abbé de l'Ifle du Gaft , nommé
2082 MERCURE DE FRANCE
?
mé par le Roi à l'Evêché de Limoges
fut facré dans la Chapelle de l'Archevêché
,, pár l'Archevêque de Paris , affifſté
des Evêques de Marleille & de Chartres.
Il prêta Serment de fidelité entre les
mains du Roi le 24 .
Le même jour 21. l'Evêque de Bethléem
fit avec beaucoup de folemnité la
cerémonie de la Confécration & Dédicace
de l'Eglife des Recollets de Verfailles
fondée par le feu Roi Louis XIV. ils en
avoient obtenu auparavant la permiffiondu
Roi ; le Duc de Noailles , Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps , & Gouverneur de Verſailles
affifta à cette cerémonie de la part de
S. M.
Le 25. la Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, pour
le rembourſement
des
Actions
, fut
tirée
en la
maniere
accoutumée
à l'Hôtel
de
la
Compagnie
; on a
publié
la Lifte
des
numeros
des
Actions
&
dixièmes
d'Actions
qui
feront
rembourfez
, faifant
en tout
le nombre
de
300.
Actions
.
Fermer
Résumé : « Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
En août et septembre 1730, plusieurs événements historiques notables ont eu lieu. Les Religieuses du Monastère de l'Ave Maria de Paris ont célébré pendant huit jours la canonisation de Saint Jacques de la Marche et de Saint François de Solano. Le Chapitre de l'Église métropolitaine a ouvert l'octave le 21 août. Le 1er septembre, un service solennel a été organisé à l'Abbaye Royale de Saint-Denis pour le repos de l'âme du roi Louis XIV, en présence de l'évêque de Grenoble et de plusieurs nobles. Le 13 août, le roi a posé la première pierre d'un nouveau pont sur la rivière Oise, face au Château de Compiègne, en présence de M. Dubois, Directeur Général des Ponts et Chaussées. Le 2 septembre, le roi de Sardaigne, Victor-Amédée II, a annoncé son abdication en faveur de son fils, le Prince du Piémont, lors d'un conseil d'État au Château de Rivoli. Cette abdication a été notifiée au roi de France par l'ambassadeur du roi de Sardaigne le 7 septembre. Le même mois, l'ambassadeur d'Angleterre a informé le roi de la mort de la princesse Henriette Philippine, Duchesse douairière de Brunswick Hanover. Le 8 septembre, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries, avec des œuvres de M. de la Lande, Blavet, Guignon, et d'autres musiciens. Le roi a accordé divers gouvernements militaires et régiments à plusieurs nobles. L'abbé de Menou de Charnisay a été sacré évêque de La Rochelle et a prêté serment de fidélité au roi. L'Assemblée du Clergé a rendu hommage au roi à Versailles. Le 19 septembre, le Lord Waldgrave, nouvel ambassadeur d'Angleterre, a été reçu à Versailles. Le 21 septembre, l'abbé de l'Île du Gast a été sacré évêque de Limoges et a prêté serment de fidélité. La même journée, l'évêque de Bethléem a consacré l'église des Récollets de Versailles, fondée par le roi Louis XIV. Enfin, le 25 septembre, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour le remboursement des actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
49
p. 598-599
POLOGNE.
Début :
L'Envoyé des Tartares qui eut le []9 Février à Warsovie [...]
Mots clefs :
Pologne, Envoyé , Audience, Investiture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
'Envoyé des Tartares qui eut le 9. Eévrier à
Warsovie son audience de congé du Roi , partit
le lendemain après qu'on lui eut remis la Lettre
du S. M. en réponse à celle du Kam son
Maître. Le Roi lui a fait présent de trois Montres
d'or , de trois paires de Pistolets et d'un fort
beau Fusil : le Régimentaire de la Couronne lui
a aussi fait présent d'une Montre d'or et d'un
Habit ; et on lui a donné un grand Coffre avec
de magnifiques présens pour le Kam.
Le
MARS. 1731. 599
Le 21. l'Envoyé du Grand-Seigneur cut sa
premiere audience publique du Roi , à laquelle il
fut conduit par M. de Sollokub , Grand Veneur
du Duché de Lithuanie, Le Roi le reçut dans la
grande Salle d'Audience , ayant à sa droite le
Grand Maréchal de la Couronne , et le Vice-
Chancelier â sa gauche ; les Senateurs formoient
un cercle devant S. M. et ils étoient assis et cou-*
verts. L'Envoyé après avoir baisé le bord de
l'habit du Roi , remit à S. M. ses Lettres de
Créance , signées de la main du Grand - Seigneur :
il se plaça ensuite sur un Carreau vis - à- vis du
Roi , et il lui fit un Compliment de la part de
S. H. auquel le Vice-Chancelier répondit au nom
de S. M. l'Envoyé se leva ensuite , et ayant salué
le Roi , il fut conduit par le Régimentaire de la
Couronne dans une grande Salle où il fut traité
magnifiquement par les Officiers de S. M. Pendant
le repas le Grand -Maréchal lui porta la
santé du G. S. et l'Envoyé lui porta celle du
Roi ; aprés quoi il fut reconduit au Palais du feu
Grand Trésorier de la Couronne , où le Roi le
fera traiter pendant tout le temps que cet Envoyé :
demeurera à Varsovie.
Le 24. le Ministre- Plenipotentiaire du Duc
Ferdinand de Curlande , reçut des mains du Roi
P'Investiture de ce Duché , avec les ceremonies
ordinaires. S. M. a depuis envoyé à ce Duc le Cordon
de l'Agle blanc.
'Envoyé des Tartares qui eut le 9. Eévrier à
Warsovie son audience de congé du Roi , partit
le lendemain après qu'on lui eut remis la Lettre
du S. M. en réponse à celle du Kam son
Maître. Le Roi lui a fait présent de trois Montres
d'or , de trois paires de Pistolets et d'un fort
beau Fusil : le Régimentaire de la Couronne lui
a aussi fait présent d'une Montre d'or et d'un
Habit ; et on lui a donné un grand Coffre avec
de magnifiques présens pour le Kam.
Le
MARS. 1731. 599
Le 21. l'Envoyé du Grand-Seigneur cut sa
premiere audience publique du Roi , à laquelle il
fut conduit par M. de Sollokub , Grand Veneur
du Duché de Lithuanie, Le Roi le reçut dans la
grande Salle d'Audience , ayant à sa droite le
Grand Maréchal de la Couronne , et le Vice-
Chancelier â sa gauche ; les Senateurs formoient
un cercle devant S. M. et ils étoient assis et cou-*
verts. L'Envoyé après avoir baisé le bord de
l'habit du Roi , remit à S. M. ses Lettres de
Créance , signées de la main du Grand - Seigneur :
il se plaça ensuite sur un Carreau vis - à- vis du
Roi , et il lui fit un Compliment de la part de
S. H. auquel le Vice-Chancelier répondit au nom
de S. M. l'Envoyé se leva ensuite , et ayant salué
le Roi , il fut conduit par le Régimentaire de la
Couronne dans une grande Salle où il fut traité
magnifiquement par les Officiers de S. M. Pendant
le repas le Grand -Maréchal lui porta la
santé du G. S. et l'Envoyé lui porta celle du
Roi ; aprés quoi il fut reconduit au Palais du feu
Grand Trésorier de la Couronne , où le Roi le
fera traiter pendant tout le temps que cet Envoyé :
demeurera à Varsovie.
Le 24. le Ministre- Plenipotentiaire du Duc
Ferdinand de Curlande , reçut des mains du Roi
P'Investiture de ce Duché , avec les ceremonies
ordinaires. S. M. a depuis envoyé à ce Duc le Cordon
de l'Agle blanc.
Fermer
Résumé : POLOGNE.
En février 1731, un envoyé des Tartares a été reçu en audience de congé par le roi de Pologne à Varsovie. Le roi lui a remis une lettre de réponse pour le Kam, ainsi que des présents incluant trois montres d'or, trois paires de pistolets et un fusil. Le Régimentaire de la Couronne a également offert une montre d'or, un habit et un coffre de présents pour le Kam. En mars 1731, le 21, l'envoyé du Grand-Seigneur a eu sa première audience publique avec le roi de Pologne. Accompagné par M. de Sollokub, Grand Veneur du Duché de Lithuanie, il a été reçu dans la grande salle d'audience en présence des sénateurs. Après avoir remis ses lettres de créance, il a prononcé un compliment auquel le Vice-Chancelier a répondu au nom du roi. L'envoyé a ensuite été logé au palais du feu Grand Trésorier de la Couronne. Le 24 mars, le ministre plénipotentiaire du Duc Ferdinand de Curlande a reçu l'investiture du duché des mains du roi, accompagnée des cérémonies ordinaires. Par la suite, le roi a envoyé au duc le cordon de l'Aigle blanc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
50
p. 798-803
Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Début :
Le 8 Avril, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape [...]
Mots clefs :
Abbé, Officiers, Nonce, Duc, Duchesse, Audience, Langes bénits, Damas bleu, Syndics, Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Le 8 Avril , l'Abbé Lanti , Nonce Extraordinaire
du Pape , fit son Entrée publique
à Paris. Le Prince de Guise , et
M. Hebert , Introducteur des Ambassa→
deurs , allerent le prendre dans les Carosses
du Roi et de la Reine , au Convent de
Picpus , d'où la marche se fit en cet ordre :
Le Caroffe de l'Introducteur , ceux du
Prince de Guise , précedez de son Ecuyer
et de ses Pages à cheval ; un Suiffe du Nonce
à cheval ; les Estafiers du Nonce à
pied quatre Officiers , l'Ecuyer et quatre
Pages à cheval ; le Carosse du Roi , à
côté duquel marchoient la Livrée du Prince
, et celle de M. Hebert ; le Caroffe de
la Reine et celui de Madame la Duchessed'Orleans
, Douairiere , ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Princesse
de Conty , seconde Doüairiere , de
la Princesse de Conty , troisiéme Douairierc
>
9.
AVRIL 1731 799
riere , du Prince de Conty , du Duc et de
la Duchesse du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte et de
la Comtesse de Toulouse et celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux ; Ministre
et Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : et à une
distance de 30 à 40 pas , les quatre Caros-
.ses du Nonce.
Après qu'il fut arrivé à son Hôtel , il
fut complimenté de la part du Roy par le
Duc de Tresmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre ; de la de la Reine ,
part
par le Marquis de Villacerf , son premier
Maître d'Hôtel , et de la part de Madame
la Duchesse d'Orleans le Marquis
de Crevecoeur , son premier Ecuyer.
2
, par
Le 10 , le Prince de Guise et M. Hebert ,
allerent prendre le Nonce Extraordinaire
du Pape en son Hôtel , et le conduisirent
dans les Carosses du Roi et de la Reine à
Versailles où il eut sa premiere Audience
publique du Roi. Il trouva à son
passage , dans l'avant- cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses , en haye et sous les armes , les
Tambours appellant , et dans la Cour , les
Gardes de la Porte et ceux de la Prévôté
aussi en haye et sous les armes , à leurs
postes ordinaires. Il fut reçû au bas de l'escalier
par le Grand- Maître et le Maître
Hii des
800 MERCURE DE FRANCE
des Cérémonies ; les cent Suisses étant sur
l'escalier en habit de cérémonie , la Hallebarde
à la main , et à la porte et en dedans
de la Salle des Gardes , par le Duc
de Bethune , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye et sous les
armes.
Après l'Audience , le Roi passa dans
son Cabinet , où il fut suivi par le Nonce,
et S. M. vit les langes benits par le Pape ,
pour Monseigneur le Dauphin , qui sont
très- riches , et dont l'ouvrage est d'une
grande beauté. Ces Langes consistent en
trois langes , dont deux sont de drap écarlate
, brodez d'or en plein des deux côtez
, avec des fleurs de Lys , des Couronnes
et des Dauphins ; le troisième est de
Moire bleue et argent , brodé d'or , et
doublé de drap d'or : la bande est de même
étoffe , et brodée d'or avec des perles :
Les Chemises , Mouchoirs , &c. sont par
douzaines , et garnis des plus belles dantelles
d'Angleterre et de Malines , avec
une grande Couverture de Moire bleu et
argent , brodée d'or , avec des Trophées
et Attributs de l'Eglise : la Couverture
pour mettre sur le Berceau est de pareille
étoffe ; et brodée de même , ainsi que deux
grands oreillers de satin bleu brodé , dont
les glands sont d'or trait : la Corbeille dans
laquelle étoit le linge , est faite en forme
de
·
AVRIL. 1731. 801 ·
de Châsse , doublée de Damas bleu , brodé
d'or , et le tout enfermé dans deux
grands coffres de velours cramoisi , brodé
à galons d'or , dont les pieds , les ances et
les fermetures sont d'argent massif.
Le Nonce fut conduit à l'Audience de
la Reine , avec les mêmes cérémonies.
S. M. s'étant rendue chez Monseigneur
le Dauphin , le Nonce y alla , et dans
Audience qu'il eut de Monseigneur le
Dauphin , il lui présenta de la
part da
Pape , les Langes bénits par S. S. Après
avoir été traité par les Officiers du Roi ,
il fut reconduit à son Hôtel par M. Hebert
, dans les Carosses de L. M. avec les
cérémonies accoûtumées.
Le 20. les Députez des Etats de Bourgogne
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies , et par M. Desgranges , Maî
tre des Cérémonies. Ils furent présentez
à S. M. par le Duc de Bourbon ; Gouverneur
de la Province , et par le Comte de
Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit composée de l'Abbé Moreau.
Doyen du Chapitre de l'Eglise Cathedrale
d'Auxerre pour le Clergé , qui porta
la
parole ; du Comte de Guitaud pour la
Noblesse et de M. Barrault , Maire de
Hy la
802 MERCURE DE FRANCE.
rs.
la Ville d'Autun , pour le Tiers Etat ; de
M. de Blancey , Secretaire de M. de Montigny
, Trésorier , et de M Ribou et Baron
, Syndics des Provinces de Bresse et
de Pugey. Ils furent conduits ensuite à
l'Audience de la Reine , et à celle de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le
Duc d'Anjou , et de Mesdames de France.
>
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée
, à l'Hôtel de la Compagnie . La Liste
des Numero gagnans des Actions et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été rendue publique , faisant
en tout le nombre de 294 Actions ..
,
La Loterie établie par Arrêt du Conseil
du 29 Août dernier , pour le remboursement
des dettes de la Province de Languedoc
, fut tirée à Nismes dans la Grande
Salle des Etats , en présence des Commissaires
de S. M. et de l'Assemblée desdits
Etats les 9. 11 et 13 Janvier dernier..
Les arrérages ont été payez pour les trois.
premiers mois de cette année , avec le
remboursement des Capitaux à Bureau
ouvert , à Paris , à Toulouse , et à Monpellier.
On a imprimé ici la Liste des remboursemens
qui ont été faits par le Tré-
"
sorier
AVRIL. 1731. 803
sorier des Etats de ladite Province , suivant
les Numero gagnans de la Loterie.
Il paroît par cette Liste que la totalité
des Billets qui ont été tirez dans les trois
Séances est de 814. pour le remboursement
de 800932 livres 12 sols , huit deniers
, sur laquelle somme il a été retenu
12 pour cent , conformément à l'Arrêt
du 29 Août 1730.
M. Jeard , Premier Secretaire du Marquis
de Villeneuve , Ambassadeur de
France à Constantinople , après avoir
abordé à Toulon , et y avoir fait quarantaine
, arriva à Versailles au commencement
de ce mois , chargé d'une Lettre
du Grand Seigneur , dans laquelle Sa
Hautesse donne part au Roi de son Avenement
au Trône de ses Ancêtres , et d'une
Lettre du Grand Visir pour S. M. Il
fut présenté au Roi par le Cardinal de
Fleury , et il en fut reçû avec beaucoup
de bonté , après avoir rendu à Son Eminence
, une Lettre du Grand Visir.
du Pape , fit son Entrée publique
à Paris. Le Prince de Guise , et
M. Hebert , Introducteur des Ambassa→
deurs , allerent le prendre dans les Carosses
du Roi et de la Reine , au Convent de
Picpus , d'où la marche se fit en cet ordre :
Le Caroffe de l'Introducteur , ceux du
Prince de Guise , précedez de son Ecuyer
et de ses Pages à cheval ; un Suiffe du Nonce
à cheval ; les Estafiers du Nonce à
pied quatre Officiers , l'Ecuyer et quatre
Pages à cheval ; le Carosse du Roi , à
côté duquel marchoient la Livrée du Prince
, et celle de M. Hebert ; le Caroffe de
la Reine et celui de Madame la Duchessed'Orleans
, Douairiere , ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Princesse
de Conty , seconde Doüairiere , de
la Princesse de Conty , troisiéme Douairierc
>
9.
AVRIL 1731 799
riere , du Prince de Conty , du Duc et de
la Duchesse du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte et de
la Comtesse de Toulouse et celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux ; Ministre
et Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : et à une
distance de 30 à 40 pas , les quatre Caros-
.ses du Nonce.
Après qu'il fut arrivé à son Hôtel , il
fut complimenté de la part du Roy par le
Duc de Tresmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre ; de la de la Reine ,
part
par le Marquis de Villacerf , son premier
Maître d'Hôtel , et de la part de Madame
la Duchesse d'Orleans le Marquis
de Crevecoeur , son premier Ecuyer.
2
, par
Le 10 , le Prince de Guise et M. Hebert ,
allerent prendre le Nonce Extraordinaire
du Pape en son Hôtel , et le conduisirent
dans les Carosses du Roi et de la Reine à
Versailles où il eut sa premiere Audience
publique du Roi. Il trouva à son
passage , dans l'avant- cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses , en haye et sous les armes , les
Tambours appellant , et dans la Cour , les
Gardes de la Porte et ceux de la Prévôté
aussi en haye et sous les armes , à leurs
postes ordinaires. Il fut reçû au bas de l'escalier
par le Grand- Maître et le Maître
Hii des
800 MERCURE DE FRANCE
des Cérémonies ; les cent Suisses étant sur
l'escalier en habit de cérémonie , la Hallebarde
à la main , et à la porte et en dedans
de la Salle des Gardes , par le Duc
de Bethune , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye et sous les
armes.
Après l'Audience , le Roi passa dans
son Cabinet , où il fut suivi par le Nonce,
et S. M. vit les langes benits par le Pape ,
pour Monseigneur le Dauphin , qui sont
très- riches , et dont l'ouvrage est d'une
grande beauté. Ces Langes consistent en
trois langes , dont deux sont de drap écarlate
, brodez d'or en plein des deux côtez
, avec des fleurs de Lys , des Couronnes
et des Dauphins ; le troisième est de
Moire bleue et argent , brodé d'or , et
doublé de drap d'or : la bande est de même
étoffe , et brodée d'or avec des perles :
Les Chemises , Mouchoirs , &c. sont par
douzaines , et garnis des plus belles dantelles
d'Angleterre et de Malines , avec
une grande Couverture de Moire bleu et
argent , brodée d'or , avec des Trophées
et Attributs de l'Eglise : la Couverture
pour mettre sur le Berceau est de pareille
étoffe ; et brodée de même , ainsi que deux
grands oreillers de satin bleu brodé , dont
les glands sont d'or trait : la Corbeille dans
laquelle étoit le linge , est faite en forme
de
·
AVRIL. 1731. 801 ·
de Châsse , doublée de Damas bleu , brodé
d'or , et le tout enfermé dans deux
grands coffres de velours cramoisi , brodé
à galons d'or , dont les pieds , les ances et
les fermetures sont d'argent massif.
Le Nonce fut conduit à l'Audience de
la Reine , avec les mêmes cérémonies.
S. M. s'étant rendue chez Monseigneur
le Dauphin , le Nonce y alla , et dans
Audience qu'il eut de Monseigneur le
Dauphin , il lui présenta de la
part da
Pape , les Langes bénits par S. S. Après
avoir été traité par les Officiers du Roi ,
il fut reconduit à son Hôtel par M. Hebert
, dans les Carosses de L. M. avec les
cérémonies accoûtumées.
Le 20. les Députez des Etats de Bourgogne
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies , et par M. Desgranges , Maî
tre des Cérémonies. Ils furent présentez
à S. M. par le Duc de Bourbon ; Gouverneur
de la Province , et par le Comte de
Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit composée de l'Abbé Moreau.
Doyen du Chapitre de l'Eglise Cathedrale
d'Auxerre pour le Clergé , qui porta
la
parole ; du Comte de Guitaud pour la
Noblesse et de M. Barrault , Maire de
Hy la
802 MERCURE DE FRANCE.
rs.
la Ville d'Autun , pour le Tiers Etat ; de
M. de Blancey , Secretaire de M. de Montigny
, Trésorier , et de M Ribou et Baron
, Syndics des Provinces de Bresse et
de Pugey. Ils furent conduits ensuite à
l'Audience de la Reine , et à celle de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le
Duc d'Anjou , et de Mesdames de France.
>
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée
, à l'Hôtel de la Compagnie . La Liste
des Numero gagnans des Actions et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été rendue publique , faisant
en tout le nombre de 294 Actions ..
,
La Loterie établie par Arrêt du Conseil
du 29 Août dernier , pour le remboursement
des dettes de la Province de Languedoc
, fut tirée à Nismes dans la Grande
Salle des Etats , en présence des Commissaires
de S. M. et de l'Assemblée desdits
Etats les 9. 11 et 13 Janvier dernier..
Les arrérages ont été payez pour les trois.
premiers mois de cette année , avec le
remboursement des Capitaux à Bureau
ouvert , à Paris , à Toulouse , et à Monpellier.
On a imprimé ici la Liste des remboursemens
qui ont été faits par le Tré-
"
sorier
AVRIL. 1731. 803
sorier des Etats de ladite Province , suivant
les Numero gagnans de la Loterie.
Il paroît par cette Liste que la totalité
des Billets qui ont été tirez dans les trois
Séances est de 814. pour le remboursement
de 800932 livres 12 sols , huit deniers
, sur laquelle somme il a été retenu
12 pour cent , conformément à l'Arrêt
du 29 Août 1730.
M. Jeard , Premier Secretaire du Marquis
de Villeneuve , Ambassadeur de
France à Constantinople , après avoir
abordé à Toulon , et y avoir fait quarantaine
, arriva à Versailles au commencement
de ce mois , chargé d'une Lettre
du Grand Seigneur , dans laquelle Sa
Hautesse donne part au Roi de son Avenement
au Trône de ses Ancêtres , et d'une
Lettre du Grand Visir pour S. M. Il
fut présenté au Roi par le Cardinal de
Fleury , et il en fut reçû avec beaucoup
de bonté , après avoir rendu à Son Eminence
, une Lettre du Grand Visir.
Fermer
Résumé : Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Le 8 avril 1731, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accueilli par le Prince de Guise et M. Hebert, Introducteur des Ambassadeurs, et transporté dans les carrosses du Roi et de la Reine depuis le couvent de Picpus. La procession comprenait divers carrosses de la famille royale, des nobles et du Nonce. À son arrivée à son hôtel, il fut complimenté par des représentants du Roi, de la Reine et de la Duchesse d'Orléans. Le 10 avril, le Prince de Guise et M. Hebert conduisirent le Nonce à Versailles pour sa première audience publique avec le Roi. À son passage dans l'avant-cour du château, il fut accueilli par les Compagnies des Gardes Françaises et Suisses en armes. Après l'audience, le Roi montra au Nonce les langes bénits par le Pape pour le Dauphin, richement ornés et brodés. Le Nonce fut ensuite conduit à l'audience de la Reine et du Dauphin, où il présenta les langes bénits. Le 20 avril, les députés des États de Bourgogne eurent audience du Roi, conduits par le Marquis de Dreux et M. Desgranges. Ils furent présentés par le Duc de Bourbon et le Comte de Florentin. La délégation comprenait des représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état. Ils furent ensuite conduits aux audiences de la Reine, du Dauphin, du Duc d'Anjou et de Mesdames de France. Le 25 avril, la loterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie. La liste des numéros gagnants fut rendue publique, totalisant 294 actions. La loterie pour le remboursement des dettes de la Province de Languedoc fut également tirée à Nîmes en janvier. Les arrérages pour les trois premiers mois de l'année furent payés, ainsi que le remboursement des capitaux à Paris, Toulouse et Montpellier. M. Jeard, Premier Secrétaire du Marquis de Villeneuve, Ambassadeur de France à Constantinople, arriva à Versailles au début du mois. Il apportait des lettres du Grand Seigneur et du Grand Visir, annonçant l'accession au trône du Grand Seigneur. Il fut présenté au Roi par le Cardinal de Fleury et reçut une lettre du Grand Visir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer