Résultats : 2587 textes (indexation en cours)
Détail
Liste
1151
p. 14-23
Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Début :
Entre tous ceux qui employent les talens où ils excellent, [...]
Mots clefs :
Talents, Mr. Vander Meulen, Actions du Roi, Portraits, Combats, Sièges, Pinceau, Gloire, Gravure, Estampes
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texteReconnaissance textuelle : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Entre tous ceux qui employent
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
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Résumé : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Le texte met en avant les talents exceptionnels de M. Vander Meulen, un peintre renommé pour sa capacité à représenter avec précision les actions militaires et les événements publics. À la différence de nombreux artistes célèbres pour leurs portraits, Vander Meulen se distingue par son aptitude à dépeindre des scènes complexes telles que les combats, les sièges et les entrées publiques. Ses œuvres sont appréciées pour leur exactitude et leur réalisme, sans recourir à la fiction. Il a été sélectionné pour immortaliser les conquêtes du roi, dont plusieurs tableaux sont exposés dans des palais prestigieux comme Marly et Versailles. De plus, il a fait graver ses dessins par des graveurs compétents afin de permettre aux étrangers d'en bénéficier également. Le texte mentionne diverses œuvres récentes de Vander Meulen, incluant des vues de villes et de batailles, telles que l'arrivée du roi devant Douai, l'entrée de la reine à Arras, et la prise de Dole. Ces estampes, disponibles à Paris, sont louées pour leur beauté et leur grandeur, convenant parfaitement à l'ornementation de galeries et de grandes salles. Vander Meulen prévoit de poursuivre la production de nouvelles œuvres pour documenter les conquêtes du roi et enrichir les maisons royales de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1152
p. 23-27
Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Début :
Si par ces Estampes on voit ce que le Roy a fait [...]
Mots clefs :
Agrandissement, Embellissement, Paris, Ouvrage, Description, Édifices, Beauté, Remparts, Éloges, Bonté
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texteReconnaissance textuelle : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
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Résumé : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Paris Ancien & Nouveau' publié chez le Sieur Girard décrit la fondation, les agrandissements et la population de Paris. Il est structuré en trois volumes et présente les églises, communautés, collèges, palais, hôtels, maisons particulières, rues et places notables de la ville. Le livre met en avant les nombreux travaux réalisés sous le règne du roi, tels que la reconstruction des portes de la ville, l'embellissement des remparts, l'élargissement des rues, la création de nouvelles fontaines, la construction de quais, et l'établissement d'hôpitaux pour les pauvres et les mendiants. Le souverain a également veillé au logement et à la subsistance des invalides. Les transformations urbaines illustrent la bienveillance et la grandeur du roi envers ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1153
p. 27-37
LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
Début :
J'aurois dequoy faire plusieurs Volumes ce mois cy, / Monsieur, Il n'est point de Province en France où la Religion Prétenduë [...]
Mots clefs :
Province, Religion prétendue réformée, Dauphiné, Guillaume Farel, Ministre, Protestants, Calvinisme, Éloquence, Temples, Huguenots, Démolition, Piété, Roi, Ecclésiastiques, Dieu, Obstination, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
J'aurois dequoy faire
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
Le texte aborde la situation de la religion réformée en Dauphiné, notamment à Grenoble. Trois facteurs principaux expliquent la forte présence du protestantisme dans cette région : la présence de ministres protestants influents comme Guillaume Farel, l'influence de chefs protestants puissants tels que le Baron des Adrets, le Marquis de Monbrun et le Connétable de Lesdiguières, ainsi que la présence de sectes vaudoises. À Grenoble, les huguenots avaient érigé un temple après avoir détruit plusieurs églises, malgré les édits royaux. En 1671, le roi ordonna la démolition de ce temple en raison de sa proximité avec des lieux catholiques. Cependant, le temple fut reconstruit près des murailles de la ville, perturbant les activités religieuses et éducatives des catholiques voisins. Pour résoudre ce problème, le roi envoya des commissaires, incluant l'intendant de la province et un noble protestant, afin d'examiner la situation. Une visite du temple fut organisée, durant laquelle des prières catholiques furent chantées, perturbant les activités des couvents et collèges voisins. Cette expérience mit en lumière l'impact négatif du temple sur les activités catholiques. Les huguenots craignaient la démolition de leur temple, mais certains espéraient leur conversion. Le texte se conclut par une prière pour la conversion des protestants et une louange au roi pour ses efforts en faveur de la réunion des religions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1154
p. 37-53
LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Début :
Le mesme Mr Allard m'a fait encore l'honneur de m'adresser / Monsieur, Toute la Terre admireroit la facilité que vous avez [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Pronostic, Henry IV, Sr de la Riviere, Illustre monarque, Destinée , M. de Sully, Mémoires, Disparition de l'hérésie, Louis le Grand, Prince, Naissance, Science, Religion romaine, Grandes actions, Futur, Difficultés, Temples, Conversions, Huguenots, Erreur, Horoscope, Constellations, Prophéties
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
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Résumé : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
La lettre du 28 avril 1685 discute du pronostic du sieur de la Rivière, médecin du roi Henri IV, concernant l'avenir de la religion protestante en France. Elle souligne la facilité avec laquelle le destinataire loue le monarque pour ses actions justes et pieuses. Les mémoires de Maximilien de Béthune, duc de Sully, incluent un pronostic de la Rivière prédisant la fin de la religion protestante sous Louis XIV, publié dans le second volume des mémoires imprimé à Amsterdam. La lettre mentionne la naissance du dauphin en 1601 et la curiosité du roi Henri IV concernant ce pronostic. La Rivière révèle que le dauphin vivrait plus longtemps que son père mais soutiendrait les huguenots. Henri IV, comprenant que la Rivière était protestant, met fin à la conversation. La lettre note que plusieurs auteurs des mémoires de Sully étaient protestants, ce qui rend le pronostic moins suspect. Elle évoque également la publication d'un livre dans une ville protestante et les assurances données par Henri IV aux Huguenots, se demandant si elles ont été respectées sous Louis XIII. Louis XIII a réduit le nombre de temples protestants et favorisé les conversions, entraînant la décadence des affaires des Huguenots. La Rivière avait prédit que Louis XIV agirait plus sévèrement envers les huguenots. Le texte critique les tentatives des réformés de trouver des explications favorables à cet entretien et suggère que la Rivière aurait pu prédire de grands événements mais a préféré se taire. Il aborde aussi la question de la science des horoscopes, exprimant des doutes sur leur capacité à prédire les actions futures. La Rivière avait tracé l'horoscope de Louis XIV, prédisant sa répression de l'hérésie et la situation sous le règne de son petit-fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1155
p. 54-60
Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez, Madame, que par ce qui est rapporté dans cette [...]
Mots clefs :
Hérésie, Conversions, Châtillon-Coligny, Édit, Privilèges, Prêcher, Temple, Prétendus réformés, Destructions, Arrêts, Controverse, Outrages, Louis le Grand, Extermination
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texteReconnaissance textuelle : Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Vous voyez, Madame, quer
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
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Résumé : Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements relatifs à la religion réformée en France, particulièrement à Châtillon-sur-Loing. À la naissance de Louis XIII, des signes annonçaient les futures actions de Louis XIV contre l'hérésie. En 1563, un édit autorisa les gentilshommes à organiser des prêches chez eux. Gaspard de Coligny, petit-fils de l'amiral, déplaça ces prêches en ville en 1615 et acquit un jardin pour y construire un temple en 1619. Avant cela, les prêches se déroulaient dans la maison du seigneur, qui finançait principalement le ministre. Le roi, par un arrêt du Conseil d'État du 12 février, interdit l'exercice public de la religion réformée à Châtillon-sur-Loing et ordonna la démolition du temple. Cet arrêt illustre les mesures de Louis XIV contre les temples réformés, s'inspirant de la piété de rois antérieurs comme Saint Louis, qui avait éliminé les faux dieux et prophètes.
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1156
p. 60-77
Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Début :
Il y a lieu d'esperer qu'il en sera bien tôt tout à fait banny. [...]
Mots clefs :
Montélimar, Troubles, Prétendus réformés, Temple, Louis le Grand, Ennemis de la religion, Évêque de Valence, Hérésie, Démolition, Édits, Consistoire, Ordonnance, Procès, Muraille, Croix, Cérémonie royale, Inscriptions, Louanges au roi, Conversions
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texteReconnaissance textuelle : Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Il y a lieu d'efperer qu'il en
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
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Résumé : Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Le texte relate la démolition du temple protestant de Montélimar, situé dans la province de Dauphiné, une région marquée par des troubles religieux. En 1599, le connétable de Lesdiguières fit construire ce temple, financé par lui-même et des particuliers, qui resta debout près d'un siècle. Sous le règne de Louis XIV, connu pour son zèle envers la religion catholique, le temple fut démoli. L'évêque Daniel de Cosnac, nommé par le roi, joua un rôle clé dans cette destruction. Un procès fut intenté contre le ministre du temple, Chirou, et une femme relaps, Amabile Chaufin, menant à l'interdiction du protestantisme à Montélimar. Le temple fut rasé en août 1685 et ses fondations détruites en septembre suivant. Une croix fut érigée à sa place et bénie par l'évêque de Valence en avril 1686. En mai 1685, une nouvelle cloche dédiée au Chapitre fut bénie à Montélimar en présence de M. d'Herbigny. Les religieux offrirent leur ancienne cloche, qui fut enterrée. La nouvelle cloche fut remise par M. Remond, chanoine, avec M. Fargier comme parrain et Madame de Combeaumont comme marraine. Cette dame, convertie depuis environ quatre ans, est reconnue pour sa piété et son zèle pour la religion catholique. À l'arrivée de l'évêque, M. Baile, lieutenant général, prononça un discours élogieux, et M. du Claux, président à l'élection, fut complimenté pour son mérite. Après une prédication de M. Faure, une procession se dirigea vers le temple, accompagnée par les cloches sonnant. Le comte de Virville, gouverneur de Montélimar, organisa une réception et aligna la bourgeoisie et la garnison de la citadelle pour saluer l'évêque. Après la bénédiction, l'évêque reçut l'abjuration d'une femme et d'un gentilhomme, et une messe solennelle fut chantée par la musique des villes voisines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1157
p. 78-80
« La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
Début :
La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...]
Mots clefs :
Édifice, Hérésie, Rébellion, Erreur, Imposteurs, Pasteur, Vérité, Ministre, Évêque de Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
La Démolition du Temple
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
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Résumé : « La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
L'abbé du Claux, chanoine de Sainte-Croix de Montélimar, relate la démolition du Temple de Montélimar, construit après la destruction d'un ancien édifice par l'hérésie et la rébellion. Malgré les prédictions des pasteurs, le Temple a été démoli. L'évêque de Valence, Daniel, a triomphé du mensonge, appelant les peuples à ne pas être surpris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1158
p. 80-83
A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Début :
Les Vers qui suivent sont du jeune Gentilhomme dont je vous / Illustre & grand Prélat, dont la sagesse exquise [...]
Mots clefs :
Prélat, Église, Ennemis, Religion, Hérésie, Édits, Triomphe, Montélimar, Hérétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Les Vers qui fuivent font
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
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Résumé : A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Le texte comprend une lettre et un poème adressés à l'évêque de Valence. La lettre évoque un ouvrage galant sur un jeune gentilhomme, Iris, Damon et Célimène, apprécié par le destinataire. Le poème loue l'évêque pour son zèle religieux et son rôle dans la régulation du peuple face aux ennemis. Il met en avant sa vigilance contre l'hérésie et son soutien aux édits royaux. Pendant que Louis XIV mène des campagnes militaires, telles que la conquête de Luxembourg, l'évêque prépare un triomphe spirituel en démolissant un temple hérétique à Montélimar. L'hérétique, conscient de sa défaite imminente, s'attend à succomber. Le poème exprime l'espoir de voir d'autres miracles grâce à la piété inébranlable de l'évêque, qui ne craint pas les obstacles, comme en témoignent les nombreux temples détruits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1159
p. 83-85
« Le mesme adresse ces autres Vers aux Prétendus Reformez, / Calviniste obstiné dans ta Secte rebelle, [...] »
Début :
Le mesme adresse ces autres Vers aux Prétendus Reformez, / Calviniste obstiné dans ta Secte rebelle, [...]
Mots clefs :
Calvinistes, Secte, Faux zèle, Temple, Peine, Sacrifice, Conquête, Démolition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mesme adresse ces autres Vers aux Prétendus Reformez, / Calviniste obstiné dans ta Secte rebelle, [...] »
Le mefme adreffe ces autres
Vers aux Prétendus Reformez
, fur la démolition de
leur Temple.
C
Alvinifte obftiné dans ta Secte
rebelle, a
Ceffepour le Seigneur de l'armer d'un
faux zéle,
Ouvre les yeux enfin ; ton culte luy
déplaist,
Pour abatre ton Temple il a donné
SplArrest, Songs
S'il paroistprononcépar une bouche
bumaine,
84 MERCURE
Le Ciel pourte punir en ordonna la
peine,
Erne l'auroit pasfait, fidans ce triſte
lieu
Turendois les honneurs que l'on doit
an vray Dieu.
Mais ne te trompe pas ; pour le rendre
propice,
Tel qu'il l'offritluy- mefme ilfaut un
Sacrifice.
C'estpar là qu'on luy plaist, &res
Chants languiffans
Ne luy tiennent point lieu
nyd'encens.
ny d'Aurel
Qui te retient le bras, quandilfaut
qu'il s'apprefter
A renverser ce Temple, autrefois ta
Conquefte?? new windo vod
Frape fans t'émouvoir, tous delais feroient
vains, to
Il estjufte aujourd'huy qu'il tombepar
tes mains,
GALANT 85
Et que ton Heréfie oùſe joint le blafpheme
Parjespropres Enfansfe détruife ellemefme.
Vers aux Prétendus Reformez
, fur la démolition de
leur Temple.
C
Alvinifte obftiné dans ta Secte
rebelle, a
Ceffepour le Seigneur de l'armer d'un
faux zéle,
Ouvre les yeux enfin ; ton culte luy
déplaist,
Pour abatre ton Temple il a donné
SplArrest, Songs
S'il paroistprononcépar une bouche
bumaine,
84 MERCURE
Le Ciel pourte punir en ordonna la
peine,
Erne l'auroit pasfait, fidans ce triſte
lieu
Turendois les honneurs que l'on doit
an vray Dieu.
Mais ne te trompe pas ; pour le rendre
propice,
Tel qu'il l'offritluy- mefme ilfaut un
Sacrifice.
C'estpar là qu'on luy plaist, &res
Chants languiffans
Ne luy tiennent point lieu
nyd'encens.
ny d'Aurel
Qui te retient le bras, quandilfaut
qu'il s'apprefter
A renverser ce Temple, autrefois ta
Conquefte?? new windo vod
Frape fans t'émouvoir, tous delais feroient
vains, to
Il estjufte aujourd'huy qu'il tombepar
tes mains,
GALANT 85
Et que ton Heréfie oùſe joint le blafpheme
Parjespropres Enfansfe détruife ellemefme.
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Résumé : « Le mesme adresse ces autres Vers aux Prétendus Reformez, / Calviniste obstiné dans ta Secte rebelle, [...] »
Le poème s'adresse aux 'Prétendus Réformés' concernant la démolition de leur temple. Il exhorte Alviniste, fidèle à sa secte rebelle, à reconnaître que son culte déplaît au Seigneur. Le ciel a ordonné une peine pour punir cette pratique, car elle rend des honneurs indus à un faux dieu. Pour apaiser le Seigneur, un sacrifice authentique est nécessaire, car les chants et les encens sont insuffisants. Le poème incite à agir promptement pour détruire le temple, décrit comme une conquête passée, et à ne pas tarder, car il est juste qu'il tombe aujourd'hui par leurs propres mains. L'hérésie, associée au blasphème, doit être détruite par leurs propres enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1160
p. 85-86
« Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Début :
Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...]
Mots clefs :
Douleurs, Frères, Malheur, Prélat, Édits, Églises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Un Illuftre, connu & eftimé
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
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Résumé : « Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Une figure illustre française, connue pour ses œuvres galantes, intervient sur la démolition d'un temple. Elle exprime sa compréhension des douleurs des frères concernés. Un prélat zélé combat depuis trente ans, sa renommée croît tandis qu'il afflige ses adversaires. Il met en garde ces derniers sur les risques encourus et la chute de leurs bastions. Les temples finiront par les écraser, les forçant à vivre dans les églises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1161
p. 86-89
« Je ne sçaurois finir cet Article sans vous faire part d'un / Dans une certaine Province [...] »
Début :
Je ne sçaurois finir cet Article sans vous faire part d'un / Dans une certaine Province [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Prince, Prêches, Ministre, Artisans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne sçaurois finir cet Article sans vous faire part d'un / Dans une certaine Province [...] »
Je ne fçaurois finir cet Article
fans vous faire part d'un
Madrigal qui enferme une
GALANT. 87
Réponse auffi jufte que fpirituelle
, faite par un Miniftre
de la Religion Prétendue Reformée
dans le Païs des Sevenes
, Homme fort estimé
parmy ceux de fon Party,
mais qui a fait voir une fi
délité particuliere pour fon
Prince en toutes fortes d'oc
cafions , quelque préoccupation.
qu'il ait pour la Reli
gion qu'il profeffe . Le Madrigal
explique le Fair.
D
Ans unecertaine Province,
Où nôtre incomparble Prince
Souffre excor ceux qu'on dit Reformez
Prétendus,
88 MERCURE
Où les Preſches publics ne font pas défendus,
Shah
En un Lieu qu'on a veupeufouvent
dans l'Hiftoire,
Il arriva debat dedans le Confiftoire.
L'on reçoit dans ce Corps des Gens de
Matout état, 23 809
Le petit Artifan, tout comme l'Avocat,
Et mefme à cet honneur la force du fufrage
Mieux que la pieté peut frayerle paf
-Aquagang supleup enollap
Cependant un Tailleur ayant esté
nommé,
Ce choix par quelques- uns nefutpas
confirmé.
&
Sur ce Fait , au lieu de Sentences
Le Miniftre est prie de dire ce qu'il
penfe.
Mes Freres, répond - il, le party le
meilleur ,
kn&
GALANT
89
Malgré des Oppofans les raifons
Smalconçues ,TUO4
C'eft de recevoir le Tailleur ,
Nos Affaires font découfuës.
fans vous faire part d'un
Madrigal qui enferme une
GALANT. 87
Réponse auffi jufte que fpirituelle
, faite par un Miniftre
de la Religion Prétendue Reformée
dans le Païs des Sevenes
, Homme fort estimé
parmy ceux de fon Party,
mais qui a fait voir une fi
délité particuliere pour fon
Prince en toutes fortes d'oc
cafions , quelque préoccupation.
qu'il ait pour la Reli
gion qu'il profeffe . Le Madrigal
explique le Fair.
D
Ans unecertaine Province,
Où nôtre incomparble Prince
Souffre excor ceux qu'on dit Reformez
Prétendus,
88 MERCURE
Où les Preſches publics ne font pas défendus,
Shah
En un Lieu qu'on a veupeufouvent
dans l'Hiftoire,
Il arriva debat dedans le Confiftoire.
L'on reçoit dans ce Corps des Gens de
Matout état, 23 809
Le petit Artifan, tout comme l'Avocat,
Et mefme à cet honneur la force du fufrage
Mieux que la pieté peut frayerle paf
-Aquagang supleup enollap
Cependant un Tailleur ayant esté
nommé,
Ce choix par quelques- uns nefutpas
confirmé.
&
Sur ce Fait , au lieu de Sentences
Le Miniftre est prie de dire ce qu'il
penfe.
Mes Freres, répond - il, le party le
meilleur ,
kn&
GALANT
89
Malgré des Oppofans les raifons
Smalconçues ,TUO4
C'eft de recevoir le Tailleur ,
Nos Affaires font découfuës.
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Résumé : « Je ne sçaurois finir cet Article sans vous faire part d'un / Dans une certaine Province [...] »
Le texte relate la réaction d'un ministre de la religion réformée dans le pays des Sevenes face à une situation politique. Dans une province où le prince tolère les réformés, un tailleur a été nommé dans un corps ouvert à diverses personnes, mais sa nomination n'a pas été confirmée. Interrogé sur cette affaire, le ministre affirme qu'il est préférable d'accepter le tailleur malgré les oppositions et les raisons mal conçues, car cela serait bénéfique pour leurs intérêts. Le ministre est connu pour sa loyauté envers son prince, bien qu'il ait des préoccupations religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1162
p. 89-91
BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
Début :
Tout le monde est si fort charmé du Roy, que ceux / Ne soyez pas surprise, adorable Cliemene, [...]
Mots clefs :
Climène, Louis, Prince, Hélicon, Apollon, Armes, Lois
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texteReconnaissance textuelle : BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
Tout le monde eft fi fort
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
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Résumé : BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
En mai 1685, le roi Louis XIV suscitait une admiration telle que même les poètes galants semblaient ne pouvoir écrire que pour lui. Un sonnet de Monsieur de Grammont, adressé à une dame, illustrait ce phénomène. Intitulé 'Bouts-rimés', le poème exprimait la difficulté de créer des vers pour une autre personne alors que le roi occupait toutes les pensées. L'auteur confessait avoir en vain tenté de solliciter sa muse pour composer un sonnet dédié à une certaine Climène. Il expliquait que Louis XIV monopolisait toute son inspiration, rendant impossible toute autre entreprise poétique. Le sonnet se concluait par l'idée que les charmes de la dame triomphaient partout, tout comme les armes du roi, et que ce dernier était né pour inspirer loyauté et admiration.
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1163
p. 91-98
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé il y a déja quelques années de divers Jeux [...]
Mots clefs :
Jeux, Villes, Jeux floraux, Jeunesse, Poésie, Mémoire, Fleur, Prix, Vers
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texteReconnaissance textuelle : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
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Résumé : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Les Jeux Floraux sont une tradition toulousaine célébrée au début du mois de mai. Ils consistent en des récitations de poèmes variés sur trois jours, suivies d'un vote pour couronner le meilleur poète avec une couronne de laurier. Les femmes peuvent participer mais ne reçoivent pas de prix pour éviter le favoritisme. Clémence, une dame de qualité, institua les Jeux Fleureaux les 1er et 3 mai, léguant des biens à Toulouse pour créer quatre fleurs de vermeil : l'églantine, le souci, la violette et l'œillet. Ces prix, valant quinze pistoles chacun, récompensent les jeunes poètes et les enfants. La cérémonie inclut une messe solennelle et un dîner pour les notables. Les œuvres sont jugées par un président et quatre conseillers du parlement. Les participants doivent écrire un essai et un sonnet se terminant par un vers imposé, comme 'Quiconque espère en Dieu n'est jamais confondu'.
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1164
p. 98-100
SONNET DE Mr BROÜILHET DU ROCQ Qui remporta l'Eglantine.
Début :
Vous ne serez pas fâchée sans doute de voir ce que / L'orgueilleux Ottoman, pour reparer l'outrage [...]
Mots clefs :
Orgueil, Outrage, Honte, Ciel, Carnage, Ennemi, Vengeance, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET DE Mr BROÜILHET DU ROCQ Qui remporta l'Eglantine.
Vous ne ferez pas fâchée
fans doute de voir ce que
firent là- deffus ceux qui eurent
les trois Prix.
SONNET
DE M' BROUILHET DU ROCQ
Qui remporta l'Eglantine.
C'eſt le Viennois qui parle.
' Orgueilleux Ottoman , pour repourreparer
l'outrage
Qui le couvrit de bonte aux pieds de
V
nos Ramparts,
GALANT. 99
Contre nous puillamment s'arme de
toutes partsiy
Mais le Cielde nouveau détruirafon
ouvrage.
$2
Qu'il médite enfecret un horrible
carnage, 6
Il a beau dans fon fiel empoisonner
fes Dards;
En vain pour regagner fes riches
Etendarts
Dans fa fureur extréme il met touten
ufage.
S&
Ce cruel Ennemy nous veut charger de
Fers,
Et lefunefte état defon dernier revers
Nous réponddes effets d'une entiere
vangeance.
I ij
100 MERCURE
S2
A nos vives douleurs le Seigneur s'eft
rendu,
En luy feul deformais mettons noftre
espérance,
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
fans doute de voir ce que
firent là- deffus ceux qui eurent
les trois Prix.
SONNET
DE M' BROUILHET DU ROCQ
Qui remporta l'Eglantine.
C'eſt le Viennois qui parle.
' Orgueilleux Ottoman , pour repourreparer
l'outrage
Qui le couvrit de bonte aux pieds de
V
nos Ramparts,
GALANT. 99
Contre nous puillamment s'arme de
toutes partsiy
Mais le Cielde nouveau détruirafon
ouvrage.
$2
Qu'il médite enfecret un horrible
carnage, 6
Il a beau dans fon fiel empoisonner
fes Dards;
En vain pour regagner fes riches
Etendarts
Dans fa fureur extréme il met touten
ufage.
S&
Ce cruel Ennemy nous veut charger de
Fers,
Et lefunefte état defon dernier revers
Nous réponddes effets d'une entiere
vangeance.
I ij
100 MERCURE
S2
A nos vives douleurs le Seigneur s'eft
rendu,
En luy feul deformais mettons noftre
espérance,
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
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Résumé : SONNET DE Mr BROÜILHET DU ROCQ Qui remporta l'Eglantine.
Un Viennois adresse un sonnet à un 'Orgueilleux Ottoman' après un affront. L'Ottoman prépare une attaque, mais le ciel semble contrarier ses plans. Ses efforts pour empoisonner ses armes sont vains. L'ennemi veut soumettre les siens par la force, mais ceux-ci répondent avec vengeance. Le poème exprime la confiance en Dieu face aux douleurs et affirme que l'espérance en Lui ne déçoit jamais.
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1165
p. 100-102
SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
Début :
Renonçons aux plaisirs, sortons du précipice ; [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Démon, Douceurs, Crime, Dieu, Plaisirs, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
SONNET
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
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Résumé : SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
Le sonnet de M. de Raymond, 'Qui remporta le Soucy', décrit une descente dans le péché suivie d'un retour à la grâce divine. Le poète renonce aux plaisirs criminels pour rechercher des biens éternels et fait du Seigneur sa seule gloire. Il affirme ne plus se laisser séduire par les amours profanes et rappelle que ceux qui espèrent en Dieu ne sont jamais déçus.
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1166
p. 102-103
SONNET DE Mr D'ABBATIA, Qui remporta la Violete.
Début :
D'Un bonheur apparent les fragiles appas [...]
Mots clefs :
Bonheur, Appas, Vagabonds, Mer, Espoir, Calme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET DE Mr D'ABBATIA, Qui remporta la Violete.
SONNET
DE MAD'ABBATIA ,
Qui remporta la Violete .
Un bonheur apparent les fra-'
D
giles
appas
Entrainoientaleur gré mon ame vaga
bonde;
l'ay voguéjusqu'icy furune Merprofonde,
Etj'ay trouvé par tout des écueils fur
mespas.
Sa
Le Ciel m'a préfervé de mille affreux
trépas
GALANT. 103
C'est en luyfeul auffi que mon espoirfe
fonde.
Depuis qu'il m'a fait voir les vanitez
du Monde,
Fe le vois à toute heure, & je ne lefuis
pas.
Se
Dans ce funefte état ma déplorable vie
De troubles violens fut toujours pour-
Suivie,
Mais le calme à la fin vient de m'eftre
rendu.
$2
Seigneur, je le vois bien, tabonté me
l'envoye,
C'est pour aller au Ciel une agréable
voye.
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu.
DE MAD'ABBATIA ,
Qui remporta la Violete .
Un bonheur apparent les fra-'
D
giles
appas
Entrainoientaleur gré mon ame vaga
bonde;
l'ay voguéjusqu'icy furune Merprofonde,
Etj'ay trouvé par tout des écueils fur
mespas.
Sa
Le Ciel m'a préfervé de mille affreux
trépas
GALANT. 103
C'est en luyfeul auffi que mon espoirfe
fonde.
Depuis qu'il m'a fait voir les vanitez
du Monde,
Fe le vois à toute heure, & je ne lefuis
pas.
Se
Dans ce funefte état ma déplorable vie
De troubles violens fut toujours pour-
Suivie,
Mais le calme à la fin vient de m'eftre
rendu.
$2
Seigneur, je le vois bien, tabonté me
l'envoye,
C'est pour aller au Ciel une agréable
voye.
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu.
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Résumé : SONNET DE Mr D'ABBATIA, Qui remporta la Violete.
Le poète décrit un parcours spirituel marqué par les dangers terrestres. Après avoir été attiré par les apparences trompeuses, il trouve refuge en Dieu. Sauvé de nombreux périls, il place désormais son espoir en Dieu, qui lui a révélé les vanités du monde. Il trouve la paix grâce à la bonté divine et affirme que ceux qui espèrent en Dieu ne sont jamais déçus.
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1167
p. 104-108
« Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Début :
Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...]
Mots clefs :
Jeux floraux, Essais, Juges, Prix, Fleurs, Assemblée, Cérémonie, Pièces
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texteReconnaissance textuelle : « Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Ces divers Effays à la fin
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
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Résumé : « Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Le texte relate une cérémonie littéraire où des auteurs présentent des essais pour des prix. Après la délibération des juges, une collation est offerte aux juges et aux jeunes ayant reçu des vers. La cérémonie se poursuit dans une grande salle avec une statue de marbre blanc de Dame Clemence. Les Capitouls et des membres du Parlement prennent place, et le président prononce une harangue. Un huissier appelle ensuite le lauréat du prix de l'Églantine, qui reçoit sa récompense des mains du chef du consistoire de la ville, accompagné d'acclamations et de fanfares. Le vainqueur est ensuite escorté chez lui par ses amis et des gardes de l'hôtel de ville. Les lauréats des prix de la Violette et du Souci reçoivent également des honneurs similaires et organisent un banquet pour leurs amis le jour de la Trinité, se promenant en carrosse avec une suite fournie par la ville. Les Capitouls de Toulouse portent des robes spécifiques pour l'occasion. Les maîtres aux Jeux Fleureaux, ayant obtenu les trois fleurs, peuvent participer aux assemblées et voter pour les prix. Les candidats présentent diverses pièces, dont un Chant Royal.
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1168
p. 109-115
LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
Début :
On a beau du Destin mépriser la puissance, [...]
Mots clefs :
Destin, Valeur, Prudence, Héros, Ambition, Rois, Prince, Vainqueur, Paix, Honneur, Alexandre, Soldats, Exploits, Espérance, Ennemis, Lauriers, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
LA DEFAITE
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
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Résumé : LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
Le texte décrit la défaite de Porus, roi des Indes, face à Alexandre le Grand lors d'une bataille sur les bords de l'Hydaspe. Cette confrontation est marquée par une grande violence, avec des eaux remplies de cadavres et l'engagement d'éléphants. Alexandre, animé par une noble espérance, surmonte les dangers et triomphe finalement. Porus, presque sans défense et entouré de morts, est vaincu. Le récit utilise cette bataille comme une allégorie pour célébrer les victoires du roi Louis, comparé à Alexandre, notamment en Flandre.
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1169
p. 115-118
BALADE Servant de Reponse à celle que Madame des Houlieres a faite sur les mesmes Rimes.
Début :
A Tous chagrins les Maris sont sujets, [...]
Mots clefs :
Femme, Jadis, Désirs, Hymen, Inconstance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE Servant de Reponse à celle que Madame des Houlieres a faite sur les mesmes Rimes.
BALADE
Servant de Reponfe à celle que
Madame des Houlieres a faite.
fur les mefmes Rimes..
A
Fous chagrinsles Marisfont
fujets,
Cette Sentence en ma tefte eft'écrite. I
Ils ont toujours mille remordsfecrets,,
Femmen'aplus que la mine benite,
Toujours en trouble avec elle onba
bite,
Brefon ne voitque Ménagesmaudits ;
Carà telpointl'inconftance eft venues
Kij
H6 MERCURE
Queloyauté dansl'Hymen eftperdue,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
S&
On ventavoirHabits, Meubles, Van
lets,
LeSexe au Luxe attache le mérite..
De coqueter les defirs indifcrets
Onttoutgaftésla Grande, la Petite,
Partout Pais, foitjeune, on decrépite,
Aimeà charmer; Galansſont applaudis,
PauvreMaryfevoitpaffer pour Grue,
Afes dépens faveur est obtenue.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
Se
Ieunes Beautez nous tendentdesfilets
Mais évitons cette engeance maudite.
Nefçait-onpasqueparmy tels Objets
L'un veut tromper, l'autrefefélicite
GALANT. 117
D'avoirfçûfaire àpropos l. Hypocrite?
Nous paffons tous pour de francs
Etourdis;
Maïs fi prés d'eux jamais on s'ha- "!
bitue,
Pour le Contrai qu'on n'ait aucune
veuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
$2
Dans l'Hymenée on von horribles s
Faits, F
EnVille, anx Champ's , par tour orles
débite.
Plutoft que vivre avecEfprits coquets,
Sil'on m'encroit, ilfautfefaire Hermite.
Nepensez pas qu'à ce deſſeinj'invite
Parcequejay mes defirs refroidis
118 MERCURE
Ou que je fuis de quelque humeur
bourrue,
Non ; c'est, mafoy, quejeune, &que
chenuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
ENVOY VOY.
CherLicidas,fonge à tes intéreſts; I
Epargne- toy de triftes camouflets.
Defuivre Iris enfin difcontiue.
Ignores-tu qu'au Siécle d'Amadis
De maint CroiffantFamille eftoitpours.
7
-
veuë?
Apire étatla chofe estparvenuë.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoir
jadis.
Servant de Reponfe à celle que
Madame des Houlieres a faite.
fur les mefmes Rimes..
A
Fous chagrinsles Marisfont
fujets,
Cette Sentence en ma tefte eft'écrite. I
Ils ont toujours mille remordsfecrets,,
Femmen'aplus que la mine benite,
Toujours en trouble avec elle onba
bite,
Brefon ne voitque Ménagesmaudits ;
Carà telpointl'inconftance eft venues
Kij
H6 MERCURE
Queloyauté dansl'Hymen eftperdue,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
S&
On ventavoirHabits, Meubles, Van
lets,
LeSexe au Luxe attache le mérite..
De coqueter les defirs indifcrets
Onttoutgaftésla Grande, la Petite,
Partout Pais, foitjeune, on decrépite,
Aimeà charmer; Galansſont applaudis,
PauvreMaryfevoitpaffer pour Grue,
Afes dépens faveur est obtenue.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
Se
Ieunes Beautez nous tendentdesfilets
Mais évitons cette engeance maudite.
Nefçait-onpasqueparmy tels Objets
L'un veut tromper, l'autrefefélicite
GALANT. 117
D'avoirfçûfaire àpropos l. Hypocrite?
Nous paffons tous pour de francs
Etourdis;
Maïs fi prés d'eux jamais on s'ha- "!
bitue,
Pour le Contrai qu'on n'ait aucune
veuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
$2
Dans l'Hymenée on von horribles s
Faits, F
EnVille, anx Champ's , par tour orles
débite.
Plutoft que vivre avecEfprits coquets,
Sil'on m'encroit, ilfautfefaire Hermite.
Nepensez pas qu'à ce deſſeinj'invite
Parcequejay mes defirs refroidis
118 MERCURE
Ou que je fuis de quelque humeur
bourrue,
Non ; c'est, mafoy, quejeune, &que
chenuë,
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoit
jadis.
ENVOY VOY.
CherLicidas,fonge à tes intéreſts; I
Epargne- toy de triftes camouflets.
Defuivre Iris enfin difcontiue.
Ignores-tu qu'au Siécle d'Amadis
De maint CroiffantFamille eftoitpours.
7
-
veuë?
Apire étatla chofe estparvenuë.
Femme n'eft plus ce qu'elle eftoir
jadis.
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Résumé : BALADE Servant de Reponse à celle que Madame des Houlieres a faite sur les mesmes Rimes.
Le texte est une réponse à une œuvre de Madame des Houlières, utilisant les mêmes rimes. L'auteur exprime son mécontentement envers les femmes, affirmant qu'elles ont changé par rapport au passé. Il critique plusieurs comportements négatifs : les remords secrets, l'inconstance et l'attachement au luxe. Les femmes sont décrites comme coquettes et hypocrites, cherchant à charmer et à obtenir des faveurs. L'auteur conseille de se méfier des jeunes beautés et d'éviter ces comportements. Il mentionne également les horreurs commises dans le mariage et les désirs refroidis. Il conclut en exhortant Licidas à se protéger des tristesses amoureuses et à se rappeler que les femmes ne sont plus ce qu'elles étaient autrefois.
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1170
p. 119-126
L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
Début :
Un certain jour Maistre Epervier [...]
Mots clefs :
Épervier, Perdrix, Marier, Oiseaux, Hymen, Amant, Malheur, Honneur, Sanglots, Famille, Gendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
LEPERVIER
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
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Résumé : L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
La fable relate l'histoire de Maître Épervier, qui souhaite épouser Dame Perdrix. Il envoie un jeune Perdreau demander sa main. Le père de Dame Perdrix, bien qu'honoré, refuse en raison des conflits entre Éperviers et Perdrix. Cependant, il accepte finalement pour éviter les combats futurs. Le mariage a lieu, mais la vie conjugale est marquée par la violence de l'Épervier. Dame Perdrix informe son père de cette situation. Confronté, l'Épervier réagit avec arrogance, poussant le père à fuir, laissant sa fille à son triste sort. L'Épervier continue de chasser les Perdrix. La morale de la fable est que les parents doivent choisir un gendre en fonction de la qualité de son cœur plutôt que de la vanité ou de l'intérêt, afin d'éviter les divorces et les malheurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1171
p. 126-128
AIR NOU[VE]AU.
Début :
Je ne doute point, Madame, que toutes ces Piéces / Si l'Hyver vous tenez vos passions secretes, [...]
Mots clefs :
Hiver, Printemps, Oiseaux, Empire amoureux, Destin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOU[VE]AU.
Je ne doute point , Madame
, que toutes ces Piéces
ne vous donnent une
eftime particuliere pour les
Mufes Touloulaines . Il y a
beaucoup de feu , & un tour
fort naturel, dans ce qui part
Y
21.
2
publiez
au Prin =
#
discret-tes tes Pour
n
+
sirs contraire
o
GALANT. 127
d'elles ; & j'efpere que de
temps en temps je pourray
vous procurer le plaifir de
voir leurs productions .
En voicy une d'un de nos
Illuftres en Mufique. Quand
elle n'en feroit pas , vous l'aimeriez
par la beauté des paroles.
AIR NOUEVAU.
STPH
Il Hyver vous tenez vos paſſions:
fecretes,
Vous les publicz au Printemps.
Petits Oyfeaux, quand vous estes
contens,
Vos ardeurs nefont plus difcretes.
Pour moy, dans l'Empire amoureux
Liiij
128 MERCURE
Je meplains du Destin à mes defirs
contraire;
Mais fi j'estois heureux ,
Je fçaurois bien metaire.
, que toutes ces Piéces
ne vous donnent une
eftime particuliere pour les
Mufes Touloulaines . Il y a
beaucoup de feu , & un tour
fort naturel, dans ce qui part
Y
21.
2
publiez
au Prin =
#
discret-tes tes Pour
n
+
sirs contraire
o
GALANT. 127
d'elles ; & j'efpere que de
temps en temps je pourray
vous procurer le plaifir de
voir leurs productions .
En voicy une d'un de nos
Illuftres en Mufique. Quand
elle n'en feroit pas , vous l'aimeriez
par la beauté des paroles.
AIR NOUEVAU.
STPH
Il Hyver vous tenez vos paſſions:
fecretes,
Vous les publicz au Printemps.
Petits Oyfeaux, quand vous estes
contens,
Vos ardeurs nefont plus difcretes.
Pour moy, dans l'Empire amoureux
Liiij
128 MERCURE
Je meplains du Destin à mes defirs
contraire;
Mais fi j'estois heureux ,
Je fçaurois bien metaire.
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Résumé : AIR NOU[VE]AU.
L'auteur admire les pièces des Muses Touloulaines pour leur style naturel et leur intensité. Il souhaite partager régulièrement leurs œuvres. La lettre présente 'Air Nouveau', une pièce musicale louée pour sa musique et ses paroles. Cette œuvre compare les passions humaines aux saisons et exprime une plainte contre le destin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1172
p. 128-157
Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis de vous faire part de ce qu'Hadgi [...]
Mots clefs :
Mecque, Pèlerins, Muraille, Pierres, Seigneur, Sultan, Caverne, Kiaabe, Mahomet, Vénération, Le Caire, Voyage, Chameaux, Sépulcre, Montagne, Désert
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texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
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Résumé : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Le texte relate les récits d'Hadgi Mehmet, envoyé du Dey d'Alger, concernant La Mecque, une ville sacrée de l'Arabie Déserte interdite aux non-musulmans. Chaque année, cinq caravanes, provenant du Caire, de Damas, des Maghrébins, de Perse et des Indes, se rendent à La Mecque pour des motifs religieux et commerciaux. La caravane du Caire, composée de cent mille pèlerins, traverse des déserts ardents et manque souvent d'eau potable. Les pèlerins chantent des versets du Coran et se dépouillent à l'approche de La Mecque, portant des sandales par respect. La Mecque est décrite comme une ville de la taille de Marseille, entourée de montagnes, avec la Kaaba au centre. La Kaaba, apportée par l'ange Gabriel à Abraham, mesure cinq brasses de hauteur, quinze pas de longueur et onze ou douze de largeur. Elle est recouverte de soieries rouges et blanches à l'intérieur et de soie noire à l'extérieur, et protégée par une muraille. Les pèlerins effectuent sept fois le tour de la Kaaba et touchent la Pierre Noire, considérée comme sainte. Les étoffes de la Kaaba sont renouvelées annuellement lors du petit Bairam. Après ces rites, les pèlerins se rendent à Minnet pour sacrifier des moutons et se dirigent vers le mont Arafat pour prier et obtenir le pardon divin. Le sultan Scherif, descendant de Mahomet, dirige spirituellement et temporellement La Mecque. Le texte mentionne également des lieux sacrés liés à Mahomet, comme une caverne près de La Mecque et son sépulcre à Médine, orné de pierres précieuses. Le tombeau de Mahomet repose à trois degrés de terre en marbre blanc, contrairement à certaines croyances.
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1173
p. 157-161
PLAINTE POUR UN MOUTON à sa Bergere.
Début :
Quoy que les Moutons soient doux, ils se plaignent / Bergere, il n'est rien moins que beau [...]
Mots clefs :
Bergère, Hameau, Mouton, Rude, Ennui, Chien, Toison d'or, Amour, Mutineries, Bergeries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE POUR UN MOUTON à sa Bergere.
Quoy que les Moutons
foient doux , ils ſe plaignent
quelquefois . Les Vers qui
fuivent nous le font connoître.
Ils font de M ' Vignier
de Richelieu.
158 MERCURE
7
PLAINTE
POUR UN MOUTON
à fa
Bergere .
B Ergere, il n'est rien moins que
De s'enfermerdans le Hameau,
Quand voftre Mouton tout en nage
Est couru des Chiens du Village,
Et vient pour fe fauver chez vous
De ces Chiens pires que
des Loups.
En vain il bêle, en vain il gratte,
En vain il s'écorche la patte,
Vous aviez enjoint à Ñannon
De n'ouvrirpoint à ce Mouton.
Depuis un traitement fi rude
Plein d'ennuy, plein d'inquiétude,
On croit à le voir qu'il estfou.
Sans manger le quart defonfou,
GALANT.
159
Il ne fait que tourner fans ceffe,
Tant fon petit coeur est en preffe,
Et pour vous le dire entre nous,
Je nene fçay s'il n'est pointjaloux,
Car vousfçavez bien qu'une Beste ,
Commel'Homme amartelen tefte.
Ilcraint , & non pasfans raison,
Qu'estantfur l'arriere Saifon,
Cela veutdire defon âge,
Sa Bergere ne foit volage.
Mais qu'elle ne s'y trompepas ,
Unvieux Mouton , fors en un cas,
Doit l'emporterprés d'une Belle,
Surjeane Mouton fans cervelleż
Et je fuis bien feur que Buscon ,
S'ilvoyoit un autre Mouton,
Fapperoit d'une telle forte,
Qu'il luyferoit paffer laporte
Beaucoup plus vite que le pas ,
Quand vous ne le voudriez pas.
Ce Chien vous aime, il estfidelle,
160 MERCURE
Mais de voir une Amour nouvelle,
Eust- il du Mouton de Colches
La Toifon d'or deffus le dos,
Ily feroit entrer fagrife,
Et cela n'estpoint apocrife.
Alors quelfracas , quel conflit,
S'il approchoit de voftre Lit
Dans le temps que Dame Pareffe
Ou quelque petitefoibleſſe,
Vous retiennent à ruminer,
Sans pouvoir vous déterminer,
l'entens à quiter voftre Couche,
Où comme ailleurs toûjours farouche,
Vousferiez enrager l'Amour,
S'ilvousyfurprenoit unjour!
C'est là qu'imitant fa Maistreffe,
Auffi Tygre qu'elle est Tygreffe,
N'eftantpoint defes Dépendans,
Il le mordroit à belles dents.
Je croy de plus, que vostre Chatte
Feroitfor devoir de fa patte,
GALANT.: 161
En miolant d'un trife ton ,
Al'aspect de ce fin Monton.
Pour le voftre perdez l'envie
De le changer de voſtre vies
Puis que vousfçavez ce qu'il vaut
Traitez- le toujours comme ilfaut;
Autrement la mutinerie
Se mettant dans la Bergerie,
Bergere, Les Chiens & les Chats
Vous laifferoient piller & mangerpar
les Rats.
foient doux , ils ſe plaignent
quelquefois . Les Vers qui
fuivent nous le font connoître.
Ils font de M ' Vignier
de Richelieu.
158 MERCURE
7
PLAINTE
POUR UN MOUTON
à fa
Bergere .
B Ergere, il n'est rien moins que
De s'enfermerdans le Hameau,
Quand voftre Mouton tout en nage
Est couru des Chiens du Village,
Et vient pour fe fauver chez vous
De ces Chiens pires que
des Loups.
En vain il bêle, en vain il gratte,
En vain il s'écorche la patte,
Vous aviez enjoint à Ñannon
De n'ouvrirpoint à ce Mouton.
Depuis un traitement fi rude
Plein d'ennuy, plein d'inquiétude,
On croit à le voir qu'il estfou.
Sans manger le quart defonfou,
GALANT.
159
Il ne fait que tourner fans ceffe,
Tant fon petit coeur est en preffe,
Et pour vous le dire entre nous,
Je nene fçay s'il n'est pointjaloux,
Car vousfçavez bien qu'une Beste ,
Commel'Homme amartelen tefte.
Ilcraint , & non pasfans raison,
Qu'estantfur l'arriere Saifon,
Cela veutdire defon âge,
Sa Bergere ne foit volage.
Mais qu'elle ne s'y trompepas ,
Unvieux Mouton , fors en un cas,
Doit l'emporterprés d'une Belle,
Surjeane Mouton fans cervelleż
Et je fuis bien feur que Buscon ,
S'ilvoyoit un autre Mouton,
Fapperoit d'une telle forte,
Qu'il luyferoit paffer laporte
Beaucoup plus vite que le pas ,
Quand vous ne le voudriez pas.
Ce Chien vous aime, il estfidelle,
160 MERCURE
Mais de voir une Amour nouvelle,
Eust- il du Mouton de Colches
La Toifon d'or deffus le dos,
Ily feroit entrer fagrife,
Et cela n'estpoint apocrife.
Alors quelfracas , quel conflit,
S'il approchoit de voftre Lit
Dans le temps que Dame Pareffe
Ou quelque petitefoibleſſe,
Vous retiennent à ruminer,
Sans pouvoir vous déterminer,
l'entens à quiter voftre Couche,
Où comme ailleurs toûjours farouche,
Vousferiez enrager l'Amour,
S'ilvousyfurprenoit unjour!
C'est là qu'imitant fa Maistreffe,
Auffi Tygre qu'elle est Tygreffe,
N'eftantpoint defes Dépendans,
Il le mordroit à belles dents.
Je croy de plus, que vostre Chatte
Feroitfor devoir de fa patte,
GALANT.: 161
En miolant d'un trife ton ,
Al'aspect de ce fin Monton.
Pour le voftre perdez l'envie
De le changer de voſtre vies
Puis que vousfçavez ce qu'il vaut
Traitez- le toujours comme ilfaut;
Autrement la mutinerie
Se mettant dans la Bergerie,
Bergere, Les Chiens & les Chats
Vous laifferoient piller & mangerpar
les Rats.
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Résumé : PLAINTE POUR UN MOUTON à sa Bergere.
Le texte est une plainte poétique adressée à une bergère au sujet de son mouton. Ce dernier, poursuivi par des chiens, cherche refuge auprès d'elle, mais elle refuse de l'accueillir sur ordre de l'annonciateur. Le mouton, affolé et inquiet, semble fou et ne mange plus. Le narrateur suggère que le mouton pourrait être jaloux, craignant l'infidélité de la bergère. Il compare un mouton âgé à un jeune mouton sans cervelle, affirmant que le premier a plus de valeur. Le chien Buscon, bien que fidèle, pourrait laisser entrer un autre mouton par jalousie, provoquant des conflits. La bergère est mise en garde contre les conséquences négatives de changer son mouton, car cela pourrait entraîner une mutinerie parmi les animaux, rendant la bergerie vulnérable aux rats.
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1174
p. 161-194
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Début :
Voicy un troisiéme Entretien de Mr B. Vous y trouverez tant / Depuis nostre dernier entretien, j'ay pris un plaisir singulier [...]
Mots clefs :
Lambert, Belorond, Dialogue, Relations, Morale, Philosophie, Philosophes, Sciences, Réflexions, Pythagore, Peuples, Esprit, Indes, Curiosité, Médecine, Géométrie, Silence, Arithmétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Voicy un troifiéme Entre
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
En mai 1685, Belorond et Lambret débattent de récits extraordinaires rapportés dans diverses relations. Belorond affirme leur véracité, citant des exemples de personnes ayant survécu sans manger, comme Alexandre Beneicus et un prêtre à Rome. Lambret, bien qu'il mette en garde contre la crédulité excessive, reconnaît la nécessité de ne pas rejeter systématiquement ces récits. Ils évoquent des explications possibles, telles que l'évitement d'un animal suédois ou la consommation de fruits spécifiques. Un autre texte décrit des coutumes observées chez les peuples du Canada en 1657 et 1658, incluant la cicatrisation et la peinture du visage, l'esthétique des cheveux, et les habitudes alimentaires. Ces pratiques sont en déclin en raison de l'influence française. Le texte mentionne également des pratiques culturelles variées, comme l'importance de la main gauche chez les Japonais, les mariages précoces des filles en Inde, et la prédominance féminine dans le clergé à Formose. Le texte se concentre également sur Pythagore, philosophe de Samos, connu pour ses vastes connaissances en morale, politique, physique, médecine, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Pythagore est décrit comme un homme érudit, ayant voyagé pour acquérir des connaissances. Il a contribué à divers domaines scientifiques et philosophiques, notamment en médecine, physique, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Malgré ses contributions, il refusa le titre de sage, se contentant de celui de philosophe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1175
p. 194-196
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Messire Paul Phelipeaux Seigneur de Pontchartrain Président en la Chambre [...]
Mots clefs :
Paul Phelipeaux, Seigneur, Père, Fils, Dame, Veuve, Marquis, Duchesse, Conseiller du Roy, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Meffire Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles .
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Récemment, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Meffire Paul Phelipeaux, Seigneur de Pontchartrain, Président à la Chambre des Comptes, est décédé à 72 ans. Il était fils de Monsieur de Pontchartrain, Secrétaire d'État, et père de Monsieur de Pontchartrain, Premier Président au Parlement de Bretagne. Dame Françoise de Sesmaisons, veuve de Meffire Guy de Laval, Marquis de la Plesse, et mère de Madame la Duchesse de Roquelaure, est morte le lendemain. Messire Jean Godefroy, Conseiller du Roi et Maître en la Chambre des Comptes de Paris, est décédé quelques jours plus tard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1176
p. 196-197
« Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...] »
Début :
Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...]
Mots clefs :
Statue de Vénus, Arles, Représentation, Figure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...] »
Je vous ay tant de fois parlé
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
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1177
p. 197-275
Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Début :
Il y a long-temps qu'on préparoit tout ce qui estoit [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Comte, Armes, Couronne, Édouard, Fils, Marquis, Baron, Archevêques, Autel, Seigneurs, Royaume, Cérémonie, Procession, Noblesse, Majesté, Sceptre, Dignité, Vicomte, Prince, Hérauts, Chapelle, Croix, Ornements, Palais, Héritiers, Velours, Habits, Couronnement, Charge, Prières, Acclamations, Services, Duc, Clercs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
Fermer
Résumé : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation et le déroulement du couronnement du roi d'Angleterre, initialement prévu pour le 23 avril selon l'ancien calendrier, soit le 3 avril selon le calendrier actuel. Environ 170 seigneurs, classés par rang hiérarchique incluant princes du sang, ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, furent convoqués. Le jour du couronnement, le roi et la reine se rendirent au palais de Westminster, où ils prirent place sous un dais. Divers objets royaux furent remis par le duc de Grafton au duc d'Ormond, et les insignes royaux furent apportés en procession par le doyen et les chanoines de Westminster. Le texte mentionne également l'histoire des rois d'Angleterre, soulignant l'unification des sept royaumes de l'île de Bretagne et les conflits avec les Danois. Édouard, fils d'Ethelred, monta sur le trône après avoir trouvé refuge en France et épousa Edgite, fille de Godwin. Édouard mourut le 4 janvier 1066 et fut canonisé par le pape Alexandre III. La cérémonie de couronnement de Jacques II est détaillée : une procession de Westminster Hall à l'église, la demande de l'archevêque de Cantorbéry à l'assemblée, l'onction avec de l'huile sainte, la remise des symboles de pouvoir, et le couronnement avec la couronne de Saint Édouard. Les nobles et les rois d'armes mettent leurs bonnets et couronnes, et le canon annonce la couronne du roi à la ville. Après le serment et l'offrande, les pairs rendent hommage au roi, et des médailles sont distribuées au peuple. La reine Marie est ensuite couronnée, suivie d'un banquet à Westminster Hall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1178
p. 275-283
Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Paris passa l'année derniere un Contract avec [...]
Mots clefs :
Éloge du roi, Université, Couronne, Recteur, Discours, Panégyrique, Prélats, Gloire, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
La Ville de Paris paffa l'an
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
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Résumé : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
En 1684, la Ville de Paris a signé un accord avec l'Université pour organiser un éloge public annuel du roi, le 15 mai, jour de son avènement au trône. La première édition a eu lieu le 15 mai 1685, prononcée par Monsieur Berthe, recteur et prieur de la Maison et Société de Sorbonne. La cérémonie s'est déroulée à l'École extérieure de Sorbonne, en présence de prélats, religieux, personnalités judiciaires et politiques, dont l'archevêque de Paris et plusieurs évêques. Les échevins de la ville ont assisté avec un cortège impressionnant. La cérémonie incluait un portrait du roi et un buste de Varin. Plus de deux cents docteurs et régents étaient présents. Berthe a loué l'initiative de la Ville de Paris et a justifié les titres de 'Grand' et 'Très-Chrétien' du roi, concluant par des vœux pour sa conservation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1179
p. 283-286
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Les Conversions qui se font toûjours en tres-grand nombre, [...]
Mots clefs :
Conversions, Religion, Ministre, Normandie, Prétendus réformés, Abjurations, Archevêque, Calvinisme, Nouveau catholique, Seigneurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Les Converfions qui fe
font toûjours en tres- grand
nombre , font une preuve du
zele du Roy pour ce qui regarde
la Religion. Celle de-
M' l'Arpent , Miniftre de laa
Ville de Sez en Normandie,,
eft remarquable. Aprés a
voir profeffé fon Miniftere
pendant plus de vingt cinq
A a ij
284 MERCURE
•
ans parmy les Prétendus Reformez
, il a connu fon erreur
, & il en fit Abjuration le
Dimanche 20. du dernier
mois , dans l'Eglife de noftre-
Dame , entre les mains de
M' l'Archevefque
de Paris.
Le Vendredy fuivant , il fut
preſenté au Roy par ce grand
Prelat. Sa Majefté
luy marqua
qu'Elle voyoit avec beaucoup
de plaifir qu'il euft pris le
bon Party , & qu'Elle fouhai
toit avec ardeur que tous fes
autres Sujets de laReligion de
Calvin fuffent dans la mefme
voye, à quoy Elle travailloit de
GALANT. 289
tout fon pouvoir . Elle l'affeura
à fon égard qu'Elle prendroit
foin de luy. Dans le mefme
temps M l'Archevefque prefenta
au Roy M' Deschef .
nes , Lieutenant Genéral des
Eaux & Forefts d'Alençon ,
qui avoit fort contribué au
changement de ce nouveau
Catholique. Ce Prince luy
dit avec beaucoup de bonté,
qu'il luy feroit plaifir de continuer
, & qu'il fe fouviendroit
des fervices qu'il rendroit à
VEglife.
On a eu avis que le Lundy
7. de ce mois M' le Mar-
J
286 MERCURE
quis de Verac avoit auffi abjuré
entre les mains de M
l'Eveſque de Poitiers . C'、:ï
un des plus grands Seigneur
de cette Province .
font toûjours en tres- grand
nombre , font une preuve du
zele du Roy pour ce qui regarde
la Religion. Celle de-
M' l'Arpent , Miniftre de laa
Ville de Sez en Normandie,,
eft remarquable. Aprés a
voir profeffé fon Miniftere
pendant plus de vingt cinq
A a ij
284 MERCURE
•
ans parmy les Prétendus Reformez
, il a connu fon erreur
, & il en fit Abjuration le
Dimanche 20. du dernier
mois , dans l'Eglife de noftre-
Dame , entre les mains de
M' l'Archevefque
de Paris.
Le Vendredy fuivant , il fut
preſenté au Roy par ce grand
Prelat. Sa Majefté
luy marqua
qu'Elle voyoit avec beaucoup
de plaifir qu'il euft pris le
bon Party , & qu'Elle fouhai
toit avec ardeur que tous fes
autres Sujets de laReligion de
Calvin fuffent dans la mefme
voye, à quoy Elle travailloit de
GALANT. 289
tout fon pouvoir . Elle l'affeura
à fon égard qu'Elle prendroit
foin de luy. Dans le mefme
temps M l'Archevefque prefenta
au Roy M' Deschef .
nes , Lieutenant Genéral des
Eaux & Forefts d'Alençon ,
qui avoit fort contribué au
changement de ce nouveau
Catholique. Ce Prince luy
dit avec beaucoup de bonté,
qu'il luy feroit plaifir de continuer
, & qu'il fe fouviendroit
des fervices qu'il rendroit à
VEglife.
On a eu avis que le Lundy
7. de ce mois M' le Mar-
J
286 MERCURE
quis de Verac avoit auffi abjuré
entre les mains de M
l'Eveſque de Poitiers . C'、:ï
un des plus grands Seigneur
de cette Province .
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs conversions religieuses en France. Monsieur l'Arpent, ministre à Sez en Normandie, a renoncé au protestantisme après plus de vingt-cinq ans de service parmi les réformés. Il a abjuré le dimanche 20 du mois précédent dans l'église Notre-Dame de Paris, devant Monseigneur l'Archevêque de Paris. Le lendemain, il a été présenté au roi, qui a exprimé sa satisfaction et son souhait de voir d'autres protestants se convertir au catholicisme. Le roi a également remercié Monsieur Deschenes, Lieutenant Général des Eaux et Forêts d'Alençon, pour son rôle dans cette conversion. De plus, Monsieur le Marquis de Verac, un grand seigneur de la province de Poitiers, a également abjuré entre les mains de Monseigneur l'Évêque de Poitiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1180
p. 286-287
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Vigny, Lieutenant Genéral de l'Artillerie, & Lieutenant [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Colonel, Mademoiselle , Fille aînée, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
M' de Vigny , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
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Résumé : Mariage, [titre d'après la table]
Le texte évoque M. de Vigny, Lieutenant Général de l'Artillerie et Lieutenant Colonel commandant le Régiment des Fusiliers Bombardiers du Roy. Il souligne ses mérites lors des sièges de Valenciennes, Cambrai et Luxembourg. Il mentionne aussi le décès de Mademoiselle Piques, fille de M. Piques, Conseiller à la Cour des Aydes et résident en Suède sous la Reine Christine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1181
p. 287-288
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un second Printemps. Il est encore / Ce qui fait le Printemps, [...]
Mots clefs :
Printemps, Oiseaux, Naissance, Zéphire, Peines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vous envoye un fecond
Printemps
. Ileft encore d'un
tres-fçavant Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
CEE quifait le Printemps,
N'eft pas toujours la naiſſante ver
dure,
288 MERCURE
1
Petits Oyfeaux , ce nefont point vos
chants,
6
Ny des Zephirs le doux mur
mure;
"May , Philis , s'il eft quelque
temps
Où vous fogez fenfible aux peines
quej'endure,
C'est pour may Philis , je vous
jure,
Ce quifait le Printemps.
Printemps
. Ileft encore d'un
tres-fçavant Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
CEE quifait le Printemps,
N'eft pas toujours la naiſſante ver
dure,
288 MERCURE
1
Petits Oyfeaux , ce nefont point vos
chants,
6
Ny des Zephirs le doux mur
mure;
"May , Philis , s'il eft quelque
temps
Où vous fogez fenfible aux peines
quej'endure,
C'est pour may Philis , je vous
jure,
Ce quifait le Printemps.
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1182
p. 288-289
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Je viens d'apprendre la mort de Messire Jean de Fieux, [...]
Mots clefs :
Décès, Messire, Seigneur, Dame, Veuve, Conseiller du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Je viens d'apprendre la
mort de Meffire Jean de
Fieux , Seigneur de Bos,
Lieutenant de Roy de Nancy
, arrivée depuis peu de
jours , auffi bien que celle de
Dame Madeleine Thibault.
Elle
GALANT. 289
Elle eftoit veuve de Meffire
Edouard de Ligny, Seigneur
de Rantilly , Confeiller du
Roy en les Confeils ,' & Treforier
de fes Parties Cafuel
Jes.
mort de Meffire Jean de
Fieux , Seigneur de Bos,
Lieutenant de Roy de Nancy
, arrivée depuis peu de
jours , auffi bien que celle de
Dame Madeleine Thibault.
Elle
GALANT. 289
Elle eftoit veuve de Meffire
Edouard de Ligny, Seigneur
de Rantilly , Confeiller du
Roy en les Confeils ,' & Treforier
de fes Parties Cafuel
Jes.
Fermer
1183
p. 289-373
Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Début :
Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes, [...]
Mots clefs :
Doge, Sénateurs, Gênes, Majesté, Audience, Carosse, Armes, Marquis, Sérénité, Duc, Gloire, Gentilhommes, Cour, Grandeur, Beauté, Galerie, Appartement, Officiers, Princes, Cérémonies, Versailles, Jardins, Visites, Mérite, Ornements, Couleurs, Discours, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1184
p. 373-376
Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
Début :
La Quenoüille estoit le vray mot de la premiere des deux [...]
Mots clefs :
Énigme, Liste de noms, Réponses, Quenouille, Écrevisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
La Quenouille eftoit le vray mot
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
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Résumé : Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
Le texte décrit les solutions apportées à deux énigmes publiées dans la revue 'Mercure'. La première énigme, dont le mot était 'Quenouille', a été résolue par plusieurs individus, incluant Messieurs de Lhôpital, Boileau, le Cadet de la Rue de Richelieu, Ageron, et P. Carrier de Rouen, ainsi que divers autres messieurs et demoiselles tels que l'Abbé H. Leger de la Verbiffonne, Sorbiere, Vallée de Dinan, Guerin, Dannony, Legros Campagnard, le Capitaine de Forêts, et plusieurs autres. La seconde énigme, avec le mot 'Écrevisse', a été résolue par Messieurs Jeanfon de Berné, Promoteur et ancien Chanoine de Troyes, Tassu de Couldreau, Écolier au Mans, De la Faye, l'Aimable la Chapelle Poitevine, le Beau Colin de la Rue de la Harpe, et la Femme sans Regret en Vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1185
p. 376-377
ENIGME.
Début :
Je vous en envoye deux nouvelles. La premiere est de Mr de / Je suis si merveilleux aux yeux de tous les Hommes, [...]
Mots clefs :
Flux et reflux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous en envoye deux nouvelles.
La premiere eft de M' de
Grammont de Richelieu.
ENIGME.
E fuis fi merveilleux aux yeux de tous
Qu'au temps paffé comme au Siecle où
Si nous formes,
"On n'a pû concevoir mes fecrets mouvemens.
Le corps qui me gouverne est tout plein
d'inconftance.
Je fuis regle pourtant ; & quandfur mon
tus effence.
Je faisfaire aux Docteur's mille raiſonne
mens
Qui n'ont aucune reſſemblance,
GALANT 377
"
Fe partage leursfentimens.
Mais on a beau chercher les caufes de mon
Eftre,
Onne sçauroitjamais pleinement me con-- ~
noiftre,
Jefuis le Fleau fatal des Efprits curieuxs
Ainft , de m'obfcurcir lapeine eft inutile:
Quand je découvrirois mon nom au plus
babile,
ΓΙΟ
Ilne m'en connoiftrait pas mieuxolat
La premiere eft de M' de
Grammont de Richelieu.
ENIGME.
E fuis fi merveilleux aux yeux de tous
Qu'au temps paffé comme au Siecle où
Si nous formes,
"On n'a pû concevoir mes fecrets mouvemens.
Le corps qui me gouverne est tout plein
d'inconftance.
Je fuis regle pourtant ; & quandfur mon
tus effence.
Je faisfaire aux Docteur's mille raiſonne
mens
Qui n'ont aucune reſſemblance,
GALANT 377
"
Fe partage leursfentimens.
Mais on a beau chercher les caufes de mon
Eftre,
Onne sçauroitjamais pleinement me con-- ~
noiftre,
Jefuis le Fleau fatal des Efprits curieuxs
Ainft , de m'obfcurcir lapeine eft inutile:
Quand je découvrirois mon nom au plus
babile,
ΓΙΟ
Ilne m'en connoiftrait pas mieuxolat
Fermer
1186
p. 377-378
AUTRE ENIGME.
Début :
Quoy que je sois assez petit, [...]
Mots clefs :
Rat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME .
Voy que jefois affezpetit,
Je faisfuir biendes Gens, fi- toft que jema
montre,
Et par tout remply d'aperit,
ກາ
Je me nourris fans choix de ce que je com
contre 297mong st100 song
Le bas âge toujours fait crier apresfay
Lorsqu ilfait des Préfens de may
Pour mefaire périr, quand ma mort fe
propofe
Onfefert du plus noir moyençəl 2015
May1685 Iroha T52 motion
378 MERCURE
Et cependant je fuis fi peu de chofe,
Qu'en certains cas qui me prend , ne
prendrien.
Voy que jefois affezpetit,
Je faisfuir biendes Gens, fi- toft que jema
montre,
Et par tout remply d'aperit,
ກາ
Je me nourris fans choix de ce que je com
contre 297mong st100 song
Le bas âge toujours fait crier apresfay
Lorsqu ilfait des Préfens de may
Pour mefaire périr, quand ma mort fe
propofe
Onfefert du plus noir moyençəl 2015
May1685 Iroha T52 motion
378 MERCURE
Et cependant je fuis fi peu de chofe,
Qu'en certains cas qui me prend , ne
prendrien.
Fermer
1187
p. 378-380
Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point encore parlé d'un Sermon extraordinaire [...]
Mots clefs :
Sermon, Pèlerins, Messe, Enfants, Abbé, Assemblée, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Je ne vous ay point encore parlé
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
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Résumé : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Le texte relate un sermon annuel exceptionnel organisé par la confrérie des Pèlerins de Jérusalem, qui se déroule le dimanche de Quasimodo à l'église des Cordeliers. Cet événement comprend une grande messe chantée en grec, suivie d'un sermon également en grec, prononcé par un jeune écolier distingué pour ses progrès académiques. Parmi les précédents orateurs figurent Messieurs de Lamogion et Talon. Cette année, l'abbé Barentin, fils de Monsieur Barentin, Premier Président du Grand Conseil, a été choisi. Son sermon a été salué pour sa grâce et ses talents oratoires. Une nombreuse assemblée de personnes de marque était présente et en a été charmée. De plus, le fils aîné de Monsieur de Barentin, âgé de quatorze ans, a brillamment répondu lors de sa première année de philosophie au Collège d'Harcourt, illustrant ainsi les qualités exceptionnelles de la famille.
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1188
p. 380
« Je vous envoye une Traduction nouvelle de la seconde Philippique [...] »
Début :
Je vous envoye une Traduction nouvelle de la seconde Philippique [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une Traduction nouvelle de la seconde Philippique [...] »
Je vous envoye une Traduction
nouvelle de la feconde Philippique de
Ciceron, faite par M ' Gillet Avo.
cat au Parlement. Il a confervé
toutes les beautez de l'Original,
& pce n'eft pas une petite gloire
pour luy , puis que cerre Piéce
paffe pour le Chefd'oeuvre de ce
grand Maistre de l'Eloquence,
Jefuis, Madame , voftre , & c) ;
omo ob siAND IMA Nuo tiev
-2017 A Paris de 31. "MAY 1685.
nouvelle de la feconde Philippique de
Ciceron, faite par M ' Gillet Avo.
cat au Parlement. Il a confervé
toutes les beautez de l'Original,
& pce n'eft pas une petite gloire
pour luy , puis que cerre Piéce
paffe pour le Chefd'oeuvre de ce
grand Maistre de l'Eloquence,
Jefuis, Madame , voftre , & c) ;
omo ob siAND IMA Nuo tiev
-2017 A Paris de 31. "MAY 1685.
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1189
s. p.
« ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
Début :
ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cing fols en Parchemin.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cing fols en Parchemin.
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1190
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
On donnera dans peu de jours une seconde Relation du [...]
Mots clefs :
Carrousels, Public, Fête, Spectacle, Noblesse, Chevaliers, Généalogie, Poésie, Planches
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texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
A U
LECTEUR..
N donnera dans
peu de jours une
feconde Relation
du Carroufel. Cét avis doit
Surprendre aprés celle qu'on
a déja veuë , qui a non
Leulement efte trouvée
ā шij
AU LECTEUR .
fort exacte , mais quifuivant
les marques éclatantes
qu'on en a , & qui ont
paru aux yeux du Public,
dans le lieu mefme où la
Fefte s'eft paffée , a eu le
bon- heur de plaire . La Relation
eftoit jufte , les Mémoires
venoient de bon
Lieu , 5 elle avoit eftéfaite
par des ordres qui inspirent
aux moins habiles un defir
de bien faire, fort propre à
leur faire prendre pour le
travail cette chaleur vive
AU LECTEUR .
qui fait toujours reuſſir;
mais comme ce zele ne fait
pas tout faire , il ne sçauroit
empefcher , non feulement
qu'il ne ſe gliffe beaucoup
de fautes d'Impreffion
, dans un Ouvrage
qu'on eft obligé de donner
fans le polir, à caufe de la
precipitation avec laquelle
on travaille , mais encore
qu'il n'y manque beaucoup
de chofes , foit parce qu'on
n'a pas le temps de les recueillir
toutes , foit parce
a iiij
AU LECTEUR.
qu'il fe fait des augmentations
& des changemens
dans ce qui regardela pom
pe de la Fefte , ou dans ce
qui en concerne l'ordre.
Cette derniere raifon a fait
entreprendre une feconde
Partie du Carroufel , afin
quebeaucoup decirconstan
ces qui meritent d'eftre
fceues , ne foient pas enfevelies
pour jamais .
D'ailleurs le Public ayant
trouvé parmy les Perfonnes
qui compofoient
ce maAU
LECTEUR.
gnifique Spectacle , plu
fieurs noms de Chevaliers
qui luy estoient inconnus,
parce qu'il eftoit remply de
beaucoup dejeune Noblef
fe , qui nefait que de com
mencer à paroiftre à la
Cour , & dont la plupart
ont des noms de Comtez,
& de Marquifats , au lieu
deleur noms de Famille , ce
qui empefche de les recon-.
noiſtre , on a creu devoir
apprendre au Publicce qu'il
fouhaite defçavoir. Ainfi
AU LECTEUR.
l'on parlera dans cette feconde
Partie du Carroufel,
des Maifons de tous les
Chevaliers , mais fans s'étendre
furleur Genealogie.s
On mettra feulement leurs
noms de Famille, avec ceux:
des Peres & des Meres,
les emplois qu'ils ont les
noms de leurs Gouverne
mens , Terres , Seigneuries,
Baronnies Comtez, Marquifats
& Duchez ,
dans quelles Provinces
tout cela eft fitués de forte
AU LECTEUR .
qu'en lifant fort peu de li
gnes , on pourra connoiftre
à fond la plus grande partie
de la Nobleffe de France
, ce qui fera fort curieux;
rien n'ayant encore efté
traité fi exactement
, ny en
fi peu de paroles fur les matieres
de cette nature . Commedans
la premiere Relation
il n'y avoit point de
Madrigaux furles Devifes
d'un affez grand nombre
de Chevaliers qui les
avoient données trop tard,
AU LECTEUR .
an les trouvera dans cette
feconde , & mefme il y en
aura de nouveaux furceux
qui ont changé de Devifes,
quoy qu'on en ait déja fait
fur celles qu'ils ont quit--
tées.
On trouvera auffi danscette
feconde Relation qua- ·
tre grandes Planches , qui
reprefenteront
tout le Carrousel.
On verra dans la premiere
les deux Quadrilles
fur deux lignes oppofées:
AU LECTEUR .
dans l'Avant - court de
Versailles , & leur Marche
dans les deux Courts .
La Comparfe fera dans
lafeconde.
La troifiéme reprefentera
l'ordre où eftoient les
Chevaliers & leur fuite
pendantles Courfes.
La quatriéme fera voir
les deux Quadrilles en ordre
de Bataille , & oppofées
l'une à l'autre dans la
Carriere , avant que d'en
fortir.
AU LECTEUR .
Quoy que cette Relation
faffe un Volume plus gros
que la premiere , elle ne contiendra
pourtant rien que
de nouveau
ε ce qiri
eft dans l'une ne fera
point repeté dans l'autres
deforte que les deux livres
enfemble feront une exacte
entiere Relation du Carroufel,
& quoy que la feconde
deuft fe vendre plus
cher à caufe des quatre
Planches qui font fort
grandes , le Libraire averAU
LECTEUR .
tit qu'il la donnera pour
trente fols , en confidera
tion du bon accueil que le
Public a fait à la premiere.
Ces Relations n'ont point
eftédonnées dans les Mercures
, parce qu'on avoit ordre
de faire la premiere
pour eftre diftribuée le jour
que fe fit le Carrousel ,
qu'il falloit imprimer laſeconde
de la mefme grandeur,
afin qu'on puft les gar
der & les faire relier touAU
LECTEUR.
tes deux enfemble. D'ail
leurs il auroit eftéimpoffible
de mettre dans le Mercure
quatre grandes Planches
gniferont dans cettefecon
de Relation.
LECTEUR..
N donnera dans
peu de jours une
feconde Relation
du Carroufel. Cét avis doit
Surprendre aprés celle qu'on
a déja veuë , qui a non
Leulement efte trouvée
ā шij
AU LECTEUR .
fort exacte , mais quifuivant
les marques éclatantes
qu'on en a , & qui ont
paru aux yeux du Public,
dans le lieu mefme où la
Fefte s'eft paffée , a eu le
bon- heur de plaire . La Relation
eftoit jufte , les Mémoires
venoient de bon
Lieu , 5 elle avoit eftéfaite
par des ordres qui inspirent
aux moins habiles un defir
de bien faire, fort propre à
leur faire prendre pour le
travail cette chaleur vive
AU LECTEUR .
qui fait toujours reuſſir;
mais comme ce zele ne fait
pas tout faire , il ne sçauroit
empefcher , non feulement
qu'il ne ſe gliffe beaucoup
de fautes d'Impreffion
, dans un Ouvrage
qu'on eft obligé de donner
fans le polir, à caufe de la
precipitation avec laquelle
on travaille , mais encore
qu'il n'y manque beaucoup
de chofes , foit parce qu'on
n'a pas le temps de les recueillir
toutes , foit parce
a iiij
AU LECTEUR.
qu'il fe fait des augmentations
& des changemens
dans ce qui regardela pom
pe de la Fefte , ou dans ce
qui en concerne l'ordre.
Cette derniere raifon a fait
entreprendre une feconde
Partie du Carroufel , afin
quebeaucoup decirconstan
ces qui meritent d'eftre
fceues , ne foient pas enfevelies
pour jamais .
D'ailleurs le Public ayant
trouvé parmy les Perfonnes
qui compofoient
ce maAU
LECTEUR.
gnifique Spectacle , plu
fieurs noms de Chevaliers
qui luy estoient inconnus,
parce qu'il eftoit remply de
beaucoup dejeune Noblef
fe , qui nefait que de com
mencer à paroiftre à la
Cour , & dont la plupart
ont des noms de Comtez,
& de Marquifats , au lieu
deleur noms de Famille , ce
qui empefche de les recon-.
noiſtre , on a creu devoir
apprendre au Publicce qu'il
fouhaite defçavoir. Ainfi
AU LECTEUR.
l'on parlera dans cette feconde
Partie du Carroufel,
des Maifons de tous les
Chevaliers , mais fans s'étendre
furleur Genealogie.s
On mettra feulement leurs
noms de Famille, avec ceux:
des Peres & des Meres,
les emplois qu'ils ont les
noms de leurs Gouverne
mens , Terres , Seigneuries,
Baronnies Comtez, Marquifats
& Duchez ,
dans quelles Provinces
tout cela eft fitués de forte
AU LECTEUR .
qu'en lifant fort peu de li
gnes , on pourra connoiftre
à fond la plus grande partie
de la Nobleffe de France
, ce qui fera fort curieux;
rien n'ayant encore efté
traité fi exactement
, ny en
fi peu de paroles fur les matieres
de cette nature . Commedans
la premiere Relation
il n'y avoit point de
Madrigaux furles Devifes
d'un affez grand nombre
de Chevaliers qui les
avoient données trop tard,
AU LECTEUR .
an les trouvera dans cette
feconde , & mefme il y en
aura de nouveaux furceux
qui ont changé de Devifes,
quoy qu'on en ait déja fait
fur celles qu'ils ont quit--
tées.
On trouvera auffi danscette
feconde Relation qua- ·
tre grandes Planches , qui
reprefenteront
tout le Carrousel.
On verra dans la premiere
les deux Quadrilles
fur deux lignes oppofées:
AU LECTEUR .
dans l'Avant - court de
Versailles , & leur Marche
dans les deux Courts .
La Comparfe fera dans
lafeconde.
La troifiéme reprefentera
l'ordre où eftoient les
Chevaliers & leur fuite
pendantles Courfes.
La quatriéme fera voir
les deux Quadrilles en ordre
de Bataille , & oppofées
l'une à l'autre dans la
Carriere , avant que d'en
fortir.
AU LECTEUR .
Quoy que cette Relation
faffe un Volume plus gros
que la premiere , elle ne contiendra
pourtant rien que
de nouveau
ε ce qiri
eft dans l'une ne fera
point repeté dans l'autres
deforte que les deux livres
enfemble feront une exacte
entiere Relation du Carroufel,
& quoy que la feconde
deuft fe vendre plus
cher à caufe des quatre
Planches qui font fort
grandes , le Libraire averAU
LECTEUR .
tit qu'il la donnera pour
trente fols , en confidera
tion du bon accueil que le
Public a fait à la premiere.
Ces Relations n'ont point
eftédonnées dans les Mercures
, parce qu'on avoit ordre
de faire la premiere
pour eftre diftribuée le jour
que fe fit le Carrousel ,
qu'il falloit imprimer laſeconde
de la mefme grandeur,
afin qu'on puft les gar
der & les faire relier touAU
LECTEUR.
tes deux enfemble. D'ail
leurs il auroit eftéimpoffible
de mettre dans le Mercure
quatre grandes Planches
gniferont dans cettefecon
de Relation.
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Résumé : AU LECTEUR.
Le texte annonce la publication imminente d'une seconde relation détaillée concernant le Carrousel, un événement festif. Cette nouvelle édition a pour objectif de rectifier les erreurs et les omissions présentes dans la première relation, publiée peu après l'événement. Elle apporte des informations complémentaires sur les participants, incluant des jeunes nobles dont les noms de famille sont désormais révélés afin de faciliter leur identification. La seconde relation intègre également des madrigaux supplémentaires et des planches illustrant diverses phases du Carrousel. Le volume est plus conséquent et coûteux en raison des illustrations, mais sera proposé à un prix réduit en tenant compte de l'accueil positif réservé à la première édition. Les relations n'ont pas été publiées dans les Mercures en raison de contraintes de format et de distribution.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1191
p. 1-7
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je vous l'ay dit bien des fois, Madame. L'Eloge du Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Éloges, Auguste monarque, Prince chrétien, Audience, Religion, Levant, Missionnaires, Pays ottomans, Gloire, Conquêtes, Édits, Déclarations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
E vous l'ay dit bien des
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte vante les mérites du roi de France, décrit comme un monarque auguste et pieux. Ses exploits sont nombreux et remarquables, notamment ses démarches auprès du sultan ottoman pour garantir la tranquillité et la promotion de la religion catholique dans les États ottomans. Le roi a obtenu des commandements et des lettres de la Porte ottomane pour protéger les marchands français, les millionnaires, les églises catholiques, ainsi que les religieux au Saint-Sépulcre et à Bethléem. Ces actions sont saluées pour leur éclat et leur mérite, malgré les envies et calomnies. En France, le roi favorise l'augmentation des catholiques par la douceur et en appliquant la justice contre ceux qui s'opposent aux édits royaux. Sous son règne, de nombreux religionnaires sont revenus dans le giron de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1192
p. 7-23
Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Début :
Ce sont Abjurations de toutes parts, & vous serez sans doute [...]
Mots clefs :
Abjurations, Conversions, Religion prétendue réformée, Béarn, Roi, Édit, Déclarations, Temples, Religionnaires, Province, Erreur, Calvinisme, Ministres, Religion romaine, Missionnaires, Évêque, Hérésie, Familles, Auguste monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Ce font Abjurations
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
Fermer
Résumé : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Entre mars et mai, une vague de conversions au catholicisme a eu lieu en Béarn, une région traditionnellement réformée. En février, le roi avait publié un édit réduisant les lieux de culte réformés de vingt à cinq. Maître Foucault Galant, commissaire royal, a supervisé la démolition des temples non autorisés et l'arrestation de plusieurs ministres réformés. Cette répression a encouragé de nombreux réformés à se convertir au catholicisme, soutenus par des missionnaires jésuites et capucins. Par exemple, à Maslac, plus de soixante familles se sont converties en trois jours, et à Garlin, plus de trois cents personnes après une dispute théologique avec l'évêque de Lescar. Le mouvement s'est intensifié, atteignant près de douze cents conversions, incluant des enfants. Des conversions massives ont également été observées à Pontac et Pardic. À Lagor, plus de cinquante chefs de familles ont demandé à rejoindre l'Église catholique, entraînant la conversion de 131 familles sur 137. Six familles ont souhaité être instruites par les Capucins avant de se convertir. Ces conversions se sont faites sans violence, attribuées au zèle du monarque, dont la vertu et l'éclat ont convaincu les plus réticents. Les habitants ont comparé favorablement les méthodes du roi aux méthodes coercitives de la reine Jeanne, qui avait imposé la religion réformée par la force. En trois mois, 660 familles, soit plus de quatre mille personnes, se sont converties au catholicisme dans le Béarn.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1193
p. 23-59
LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
Début :
Mr Gilbert, Gentilhomme de Die en Dauphiné, apres avoir fait plusieurs / MONSIEUR MON CHER FRERE, Je croy que vous ne serez [...]
Mots clefs :
Conversions, Prétendus réformés, Dauphiné, Die, Abjuration, Ministre, Religion catholique, Difficulté, Réformateurs, Protestants, Erreurs, Unité de l'Église, Autorité, Confession, Calvin, Luther, Dieu, Culte, Désolation, Écriture, Concile, Secte, Controverse, Sacrements, Martyrs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
FM Gilbert, Gentilhomme
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
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Résumé : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
François-Michel Gilbert, ancien ministre protestant de Die en Dauphiné, relate sa conversion au catholicisme après une longue réflexion. Dans une lettre à son frère aîné, M. de Salieres, il explique que ses sentiments l'orientaient déjà vers le catholicisme, mais qu'il avait hésité en raison de ses préjugés et de son éducation protestante. Gilbert critique la Réforme protestante, jugeant la séparation des protestants injustifiée et les comparant aux donatistes. Il reproche aux réformateurs protestants l'absence de mission divine et de miracles, ainsi que leurs divisions et violences internes. Il dénonce également l'abolition de pratiques recommandées par l'Écriture et les saints Pères, comme l'abstinence et le célibat. Gilbert critique Martin Luther et ses successeurs, les accusant d'être motivés par l'orgueil et la vanité plutôt que par un véritable désir de réforme spirituelle. Il reproche aux réformateurs leur manque de respect envers l'Église catholique, qu'ils devraient considérer comme leur mère spirituelle, et leur ouverture des cloîtres pour satisfaire leur désir de leadership. Bien qu'il reconnaisse la corruption et l'ignorance de l'Église, il affirme que les réformateurs auraient dû attendre les remèdes divins sans usurper un droit divin. Il souligne que l'Église s'est réformée selon le modèle des premiers siècles et invite les protestants à revenir dans son sein. Le texte pose des questions rhétoriques sur la résistance de l'Église aux portes de l'enfer et critique les protestants pour leur manque de continuité historique et leur association avec des hérétiques. Il insiste sur l'importance de l'interprétation des Écritures par l'Église, considérée comme infaillible et souveraine. Gilbert mentionne également la nécessité de soumettre ses interprétations personnelles aux décisions de l'Église et aborde des questions de discipline ecclésiastique, comme la communion sous les deux espèces. Enfin, il exhorte son interlocuteur à réfléchir sérieusement à ces questions et à consulter des livres pour mieux comprendre.
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1194
p. 59-64
Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Début :
Comme on pourroit perdre une partie du fruit que l'Eglise [...]
Mots clefs :
Religion catholique, Ennemis de la foi, Religion prétendue réformée, Temples, Ministres, Consistoire, Arrêts, Déclarations, Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Comme on pourroit perdre
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
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Résumé : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Le roi a pris diverses mesures pour empêcher la persistance de la religion réformée dans les régions où elle est interdite. Malgré les interdictions et la démolition des temples, certains ministres réformés continuaient d'exercer clandestinement. En réponse, le roi a émis des arrêts en juillet 1682 et mai 1683, interdisant aux ministres et prophètes de résider dans ces lieux ou à moins de six lieues de distance. Cependant, l'exercice de la religion réformée persistant dans certains endroits, le roi a publié un nouvel arrêt le 30 avril, ordonnant aux ministres et prophètes de s'éloigner d'au moins trois lieues des lieux où l'exercice public de la religion réformée avait cessé en raison de procédures judiciaires. Cette mesure reste en vigueur jusqu'à ce que les juges compétents décident autrement.
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1195
p. 64-66
Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ne s'applique pas seulement à tout ce qui peut [...]
Mots clefs :
Sujets, Roi, Paix, Europe, Cour d'Espagne, Chrétienté, Ministre, Actions publiques, Monarque, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Le Roy ne s'applique pas
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
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Résumé : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
En juin 1685, le roi s'efforce d'assurer le bien-être spirituel et temporel de ses sujets. Il œuvre tant pour leur salut éternel que pour leur prospérité terrestre. La paix en Europe est une priorité, et le roi prend des initiatives pour la préserver. Il envoie des émissaires à la cour d'Espagne pour éviter une guerre, épargnant ainsi des souffrances à la Chrétienté. De plus, ses ministres en Hollande interviennent pour prévenir un conflit, protégeant l'Europe de nouveaux désastres. Ces actions diplomatiques sont fréquemment saluées dans les discours publics et les panégyriques.
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1196
p. 66-67
Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Début :
Ce fut dans une pareille occasion que Mr le Procureur [...]
Mots clefs :
Procureur général, Discours, Sa Majesté, Charme, Louanges infinies, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Ce fut dans une pareille
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
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Résumé : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Le Procureur Général a prononcé un discours excellent, louant les mérites du Roi. Sa voix exceptionnelle captiva l'audience. Il souligna les grandes actions royales dignes de louanges infinies. Il s'engagea à traiter des sujets appropriés, évitant les éloges excessifs. Il affirma que seuls les hommes de caractère, de probité et de mérite peuvent distribuer des éloges justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1197
p. 67-69
Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Début :
Lors que les Particuliers font éclater le zele qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Zèle, Monarque, Panégyriques , Gloire, Assemblée, Vérité, Acclamations, Prince, Grandeur, Statues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Lors que les Particuliers
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
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Résumé : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Les populations expriment leur enthousiasme pour un grand monarque via des panégyriques et des acclamations. Elles souhaitent ériger des statues pour témoigner de leur respect. À Grenoble, les échevins demandent au roi la permission de construire une statue dans la principale place publique. Le roi accepte, approuvant ainsi l'ardeur des habitants.
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1198
p. 69-71
Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il est difficile de s'employer pour la gloire de ce Prince [...]
Mots clefs :
Gloire, Prince, Soleil, Devise, Astre, Balance, Univers, Saison
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texteReconnaissance textuelle : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Il eft difficile de s'employer
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
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Résumé : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Le texte compare le roi au Soleil à travers les œuvres de Monsieur Magnin. Une devise montre le Soleil dans le signe de la Balance avec la phrase 'Orbem inde gubernat'. Le Soleil, malgré les changements terrestres, reste constant, régule les saisons et commande l'univers, équilibrant ainsi les destinées.
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1199
p. 71-74
LA FAUVETE A SAPHO
Début :
Ces Vers me font souvenir de ceux que vous m'avez / Plus vîte qu'une Hyrondelle, [...]
Mots clefs :
Hirondelle, Amours, Troupeaux, Demi-dieux, Crime, Humilité, Doge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUVETE A SAPHO
Ces Vers me font fouvenir
de ceux que vous m'avez
demandez de Mademoiſelle
de Scudery. Le trop de matiere
m'empefcha de vous les
envoyer la derniere fois .
72 MERCURE
LA FAUVETE
A SAPHO
En arrivant à fon petit Bois felon
fa coûtume, le Avril 1685.
15
Pieviens avec les beaux jours,.
Lus vite qu'une Hyrondelle,
Comme Fauvete fidelle,
Avant le mois des Amours.
SS
Jay trouvé fur mon paffage
Un Spectaclefort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage,
C'est le Doge & fon Troupeau..
$ 2
Quoy, luy dis-je , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux!
Ony, dit- il, par la clémence
Du plus grand des Demy -Dieux.
Son
GALANT 73
Sa
Son coeur toujours magnanime,
Ne pouvant fe démentir,
Feut oublier noftre crime,
Voyant noftre repentir.
$2
Ab ! m'écriay-je ravie,
Ce Heros par fon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie) 200
Et de luy mefme eft vainqueur.
Sa
Dieux ! quel bon -hour eft le vostre
D'aller recevoirfa loy!
Ie n'en voudrois jamais d'autre,
Mais ce bien n'eft pas pour moy.
$2
C'eft affez que ma Maiftreffe,
Souffre que mafoible voix
Chante & rechantefans ceffe,
Qu'ileft le Phoenix des Rois.
Juin 1685.
G
74 MERCURE
Sa
Allez , Doge , allez fans peine
Luy rendre grace à genoux;
La République Romaine
En cuft fait autant que vous.
de ceux que vous m'avez
demandez de Mademoiſelle
de Scudery. Le trop de matiere
m'empefcha de vous les
envoyer la derniere fois .
72 MERCURE
LA FAUVETE
A SAPHO
En arrivant à fon petit Bois felon
fa coûtume, le Avril 1685.
15
Pieviens avec les beaux jours,.
Lus vite qu'une Hyrondelle,
Comme Fauvete fidelle,
Avant le mois des Amours.
SS
Jay trouvé fur mon paffage
Un Spectaclefort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage,
C'est le Doge & fon Troupeau..
$ 2
Quoy, luy dis-je , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux!
Ony, dit- il, par la clémence
Du plus grand des Demy -Dieux.
Son
GALANT 73
Sa
Son coeur toujours magnanime,
Ne pouvant fe démentir,
Feut oublier noftre crime,
Voyant noftre repentir.
$2
Ab ! m'écriay-je ravie,
Ce Heros par fon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie) 200
Et de luy mefme eft vainqueur.
Sa
Dieux ! quel bon -hour eft le vostre
D'aller recevoirfa loy!
Ie n'en voudrois jamais d'autre,
Mais ce bien n'eft pas pour moy.
$2
C'eft affez que ma Maiftreffe,
Souffre que mafoible voix
Chante & rechantefans ceffe,
Qu'ileft le Phoenix des Rois.
Juin 1685.
G
74 MERCURE
Sa
Allez , Doge , allez fans peine
Luy rendre grace à genoux;
La République Romaine
En cuft fait autant que vous.
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Résumé : LA FAUVETE A SAPHO
En avril et juin 1685, une correspondance poétique relate une rencontre avec le Doge de Venise et sa troupe en France. L'auteur compare son arrivée rapide à celle d'une hirondelle au printemps. Le Doge justifie sa présence par la clémence de 'Louis XIV', surnommé le 'plus grand des Demi-Dieux', dont la générosité pardonne aux repentants. L'auteur exprime son admiration pour ce souverain et la joie de recevoir sa loyauté, bien que ce bonheur ne lui soit pas destiné. Elle évoque également sa maîtresse, qualifiée de 'Phoenix des Rois', à qui elle doit constamment chanter. Enfin, l'auteur invite le Doge à remercier la République Romaine pour ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1200
p. 74-85
ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
Début :
Madame des Houlieres ne s'est pas teuë sur cette Arrivée / Le croiras-tu, LOUIS ? à ta gloire attentive, [...]
Mots clefs :
Héros, Gloire, Doge, Roi, Louis, Siècle, France, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
adame des Houlieres ne
s'eft pas teuë fur cette Arrivée du Doge en France. Un
Evenement fi peu ordinaire
luy adonné lieu d'adrefferune
Ode au Roy. Elle a eu le
mefme fuccez que tous fes
autres Ouvrages, ce qui fait
connoiftre que fon talent eft
également heureux en toute
forte de genres d'écrire.
GALANT. 75
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES.
AU ROY...
E croiras tu , LOUIS ? à ta
Legloire attentive,
Pour t'immortalifer, j'ay voulu mille
fois
Te chantercouronné de Lauriers &
d'olive,
Et millefois ma Lyre a languyfous
mes doigts.
Un Heros audeffin des Heros de la
Fable,
Eftpourqui le célebre un Heros redoutable,
Gij
76 MERCURE
Contrequi cent Nochers à mes yeux
ontbrifé.
Oiy, depuis que tu cours de victoire
en victoire,
Le Dieu qui des grands nomsfait durerla memoire,
Se feroit luy-meſme épuisé.
Se
Rejette donc , grand Roy, furunejufte crainte
Malenteur à parler de tesfaits inouis.
Impofons- nous , difois-je , une fage
contrainte,
N'immolons point magloire à celle de
LOUIS.
Quedirois-je en chantantfa valeur
triomphante,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
mainfçavante
Avantmoy n'ait tracé defideles Tableaux?
GALANT. 77
Mais à quoy mon efpritſe laiſſe- t- il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
Toûjours des miracles nouveaux?
Sa
Duformidable Rhin le merveilleux
Paßage,
Endixjours la Comtépriſe aufort
des Hyvers,
L'Algérienforcé de rompre l'efclavage.
Des Chrétiens gemiffansfous le poids
defesfers,
Luxembourgaffervy fous cette Lop.
commune,
Sembloientavoir pour toyfatigué la
Fortune,
T
Onne concevoit rien de plus beau , de
plusdoux.
Güj
78 MERCURE
Cependant, dans les murs de ton fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au mi- lieu des Batailles,
Des Souverains à tes genoux.
$2
Ah! que de defefpoir , d'étonnement,
d'envie
Ce grand évenementjettera dans les
cœurs,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie!
De combien voudroient- ilspayerde
telshonneurs?
Maisleurs fouhaitsfont vains ; ces
éclatantesmarques.
N'illuftrerontjamais le Nom de ces
Monarques,
Grandsparle titrefeul dont ils font
revétus.
Toy quipourun Heros as tout ce qu'on
demande,
GALANT. 79
Toyqui les paffes tous, ilfaut quebe
Cielrende
Ta gloire égale à tes vertus,
Sa
Teldans un Siecle heureux on vit rea
gner Augufte,
Son nomfutadoré decent Peuples
divers.
Il eftoit comme toy,fage, intrépide,,
jufte,
Ettufais comme luy trembler tour
l'Univers.
Commetoytriomphantfur laTerre &
furl'onde,
Luy-mefme fe vainquit , donna la
paix au Monde,
Cultivales beaux Arts, fitrevivre les
Loix.
Maistre detous les coursdansfafuper
be Ville,
G iiij
80 MERCURE
Au milieu d'une Cour magnifiques
tranquille,
Afesgenoux il vit des Roys.
S&
Abondante en Amis , plus abondante
encore
Enhonneurs, entrefors, en Vaiffeaux,
en Guerriers,
Genes jusqu'au rivage où fe leve
l'Aurore.
Fit redouterfon Nom, & cücillit des Lauriers of
Cefertile Pays, fource de tant de
baines ,
Oùregnalebeau Sang qui coule dans
tes veines,
Naples , a veufes champsparfon or
envahis,
Et de lafage Ville époufe de Neptune,
Ses efforts auroient pu renverser la
fortune,
GALANT: 81
Silefortneles euft trahis.
$2
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
jufte Eloge,
Que des Siecles paffezfa gloire a mcrité,
Son Senatrefufoit de t'envoyerfon
Doge,
Implorerle pardondefa témerité;
Mais l'affreuxfouvenir de l'état déplorable,
Où n'agueres l'a mis ton couroux redoutable,
Aforcéfon orgueil àne plus contefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te voit
réfoudre,
Elie craint que ta main ne reprenne la
foudre,
A quirien ne peut réſiſter.
S&
Quelle gloire pour toy ! quel plaifir
pourla France,
82 MERCURE
Devangeraujourd'huyfur ces Ambi
tieux,
Les divers attentats qu'avec tant
d'infolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux!
•Accoûtumez àvoir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs tre
fors , leurgenie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penfoient t'accablerfous lefaix
des intrigues,
Et n'ontfait queremplirpar d'impuiffantesligues
Ce que les deftins t'ontpromis.
S&
Ainfi, quanddes Hyvers les terribles
orages
Centraignentun grand Fleuve àfor
tir defes bords
GALANT. 83
Dece Fleuve irrité, fameuxparfes
ravages,
Oncroitparune Digue arrefter les
efforts;
Maisbien loin quefon onde àce frein
s'accoûtume,
Sacolere s'accroift, ilmugit , il écume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe aujourd'huy,
Et plusfort que la Digue àſon cours
oppofée,
Elle n'eftfurla Rive où l'on l'avoit
pofée
Qu'unnouveau triomphepour luy.
Sa
Noncontent de vangertes Ayeux &
ta gloire,
Tudomptesl'Heréfie , elle expire à tes
yeux,
Tufais defon débrista plus chere.vi
Etoire,
84 MERCURE
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tule dois ; leursfaveurs , diverses,
continuës,
Famaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalementqu'elles le fontfurtoy.
Quoyque le Diademe ait de grand,
d'agréable,
Desprefens dontaux Cieux on te voit
redevable
Lemoindre eft de t'avoirfait Roy.
25
Mais le Dogeparoift ; que Genes la
Superbe
Eft uncharmant fpectacle attachée à.
ton Char!
Confuſe d'avoir veufes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe furtoy porter un feul regard,
"
GALANT. 85
Tongrandcœur eft touché des foupirs
qu'ellepouffe,
Tnrendras ,jele voy , fafortune plus
douce;
Millefois tes bontez ont bornétes
Exploits.
Tuverrois l'Universfoûmis à ta
puiſſance,
Sidepuis vingtmoiſſons , de ta fenle
clemence
Tu n'avois écouté la noix.
s'eft pas teuë fur cette Arrivée du Doge en France. Un
Evenement fi peu ordinaire
luy adonné lieu d'adrefferune
Ode au Roy. Elle a eu le
mefme fuccez que tous fes
autres Ouvrages, ce qui fait
connoiftre que fon talent eft
également heureux en toute
forte de genres d'écrire.
GALANT. 75
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES.
AU ROY...
E croiras tu , LOUIS ? à ta
Legloire attentive,
Pour t'immortalifer, j'ay voulu mille
fois
Te chantercouronné de Lauriers &
d'olive,
Et millefois ma Lyre a languyfous
mes doigts.
Un Heros audeffin des Heros de la
Fable,
Eftpourqui le célebre un Heros redoutable,
Gij
76 MERCURE
Contrequi cent Nochers à mes yeux
ontbrifé.
Oiy, depuis que tu cours de victoire
en victoire,
Le Dieu qui des grands nomsfait durerla memoire,
Se feroit luy-meſme épuisé.
Se
Rejette donc , grand Roy, furunejufte crainte
Malenteur à parler de tesfaits inouis.
Impofons- nous , difois-je , une fage
contrainte,
N'immolons point magloire à celle de
LOUIS.
Quedirois-je en chantantfa valeur
triomphante,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
mainfçavante
Avantmoy n'ait tracé defideles Tableaux?
GALANT. 77
Mais à quoy mon efpritſe laiſſe- t- il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
Toûjours des miracles nouveaux?
Sa
Duformidable Rhin le merveilleux
Paßage,
Endixjours la Comtépriſe aufort
des Hyvers,
L'Algérienforcé de rompre l'efclavage.
Des Chrétiens gemiffansfous le poids
defesfers,
Luxembourgaffervy fous cette Lop.
commune,
Sembloientavoir pour toyfatigué la
Fortune,
T
Onne concevoit rien de plus beau , de
plusdoux.
Güj
78 MERCURE
Cependant, dans les murs de ton fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au mi- lieu des Batailles,
Des Souverains à tes genoux.
$2
Ah! que de defefpoir , d'étonnement,
d'envie
Ce grand évenementjettera dans les
cœurs,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie!
De combien voudroient- ilspayerde
telshonneurs?
Maisleurs fouhaitsfont vains ; ces
éclatantesmarques.
N'illuftrerontjamais le Nom de ces
Monarques,
Grandsparle titrefeul dont ils font
revétus.
Toy quipourun Heros as tout ce qu'on
demande,
GALANT. 79
Toyqui les paffes tous, ilfaut quebe
Cielrende
Ta gloire égale à tes vertus,
Sa
Teldans un Siecle heureux on vit rea
gner Augufte,
Son nomfutadoré decent Peuples
divers.
Il eftoit comme toy,fage, intrépide,,
jufte,
Ettufais comme luy trembler tour
l'Univers.
Commetoytriomphantfur laTerre &
furl'onde,
Luy-mefme fe vainquit , donna la
paix au Monde,
Cultivales beaux Arts, fitrevivre les
Loix.
Maistre detous les coursdansfafuper
be Ville,
G iiij
80 MERCURE
Au milieu d'une Cour magnifiques
tranquille,
Afesgenoux il vit des Roys.
S&
Abondante en Amis , plus abondante
encore
Enhonneurs, entrefors, en Vaiffeaux,
en Guerriers,
Genes jusqu'au rivage où fe leve
l'Aurore.
Fit redouterfon Nom, & cücillit des Lauriers of
Cefertile Pays, fource de tant de
baines ,
Oùregnalebeau Sang qui coule dans
tes veines,
Naples , a veufes champsparfon or
envahis,
Et de lafage Ville époufe de Neptune,
Ses efforts auroient pu renverser la
fortune,
GALANT: 81
Silefortneles euft trahis.
$2
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
jufte Eloge,
Que des Siecles paffezfa gloire a mcrité,
Son Senatrefufoit de t'envoyerfon
Doge,
Implorerle pardondefa témerité;
Mais l'affreuxfouvenir de l'état déplorable,
Où n'agueres l'a mis ton couroux redoutable,
Aforcéfon orgueil àne plus contefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te voit
réfoudre,
Elie craint que ta main ne reprenne la
foudre,
A quirien ne peut réſiſter.
S&
Quelle gloire pour toy ! quel plaifir
pourla France,
82 MERCURE
Devangeraujourd'huyfur ces Ambi
tieux,
Les divers attentats qu'avec tant
d'infolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux!
•Accoûtumez àvoir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs tre
fors , leurgenie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penfoient t'accablerfous lefaix
des intrigues,
Et n'ontfait queremplirpar d'impuiffantesligues
Ce que les deftins t'ontpromis.
S&
Ainfi, quanddes Hyvers les terribles
orages
Centraignentun grand Fleuve àfor
tir defes bords
GALANT. 83
Dece Fleuve irrité, fameuxparfes
ravages,
Oncroitparune Digue arrefter les
efforts;
Maisbien loin quefon onde àce frein
s'accoûtume,
Sacolere s'accroift, ilmugit , il écume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe aujourd'huy,
Et plusfort que la Digue àſon cours
oppofée,
Elle n'eftfurla Rive où l'on l'avoit
pofée
Qu'unnouveau triomphepour luy.
Sa
Noncontent de vangertes Ayeux &
ta gloire,
Tudomptesl'Heréfie , elle expire à tes
yeux,
Tufais defon débrista plus chere.vi
Etoire,
84 MERCURE
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tule dois ; leursfaveurs , diverses,
continuës,
Famaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalementqu'elles le fontfurtoy.
Quoyque le Diademe ait de grand,
d'agréable,
Desprefens dontaux Cieux on te voit
redevable
Lemoindre eft de t'avoirfait Roy.
25
Mais le Dogeparoift ; que Genes la
Superbe
Eft uncharmant fpectacle attachée à.
ton Char!
Confuſe d'avoir veufes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe furtoy porter un feul regard,
"
GALANT. 85
Tongrandcœur eft touché des foupirs
qu'ellepouffe,
Tnrendras ,jele voy , fafortune plus
douce;
Millefois tes bontez ont bornétes
Exploits.
Tuverrois l'Universfoûmis à ta
puiſſance,
Sidepuis vingtmoiſſons , de ta fenle
clemence
Tu n'avois écouté la noix.
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Résumé : ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
Madame des Houlières a écrit une ode en l'honneur du roi Louis, suite à un événement marquant. Cette œuvre a connu un succès comparable à ses autres écrits, illustrant ainsi son talent diversifié. L'ode célèbre les victoires du roi et son influence durable. Elle évoque plusieurs exploits militaires et diplomatiques, tels que la traversée du Rhin, la soumission de l'Algérien et la victoire sur le Luxembourg. Madame des Houlières exprime également l'admiration des souverains étrangers et la jalousie des rois face à la gloire de Louis. Elle compare le roi à Auguste, mettant en avant ses vertus et ses triomphes. L'ode se conclut par la soumission de Gênes, qui implore le pardon du roi après avoir été vaincue par sa puissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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