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1
p. 71-72
Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé depuis plusieurs années des Médailles [...]
Mots clefs :
Médailles, Gloire, Monarque, Bon goût, Gratification
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texteReconnaissance textuelle : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Ie vous ay fouvent parlé depuis
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
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Résumé : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte évoque des médailles célébrant la vie d'un roi. L'auteur a envoyé quatre-vingt-dix-neuf de ces médailles à des personnes distinguées, comme Monsieur le Procureur Général et Monsieur le Nautre, en reconnaissance de leur goût et de leur connaissance de l'antiquité. Le roi a accordé une gratification de cinquante mille livres à Monsieur Mansard, suivie de vingt-cinq mille livres supplémentaires pour l'achat de la charge d'Intendant Général des Bâtiments, précédemment détenue par Monsieur Gobert. Cette charge a été achetée cent mille francs. Par ailleurs, le roi a anobli Monsieur Landoüillette de Saugiviere pour ses services dans le commandement des bombardiers à Tabago, Alger et Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, sur des Médailles, [...]
Mots clefs :
Antiquités, Médailles, Dissertations , Inscriptions, Mosaïques, Ouvrages, Libraire, Mariage, Discours, Mémoires
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Le document est un catalogue de livres proposé par le Sieur Blageart. Il présente une variété d'œuvres littéraires et historiques, incluant des recherches sur l'antiquité, des recueils de lettres, des dialogues des morts, des histoires et des fables. Parmi les titres notables figurent 'Sentimens sur les Lettres & sur l'Hiftoire' de l'abbé d'Indouze, 'Nouveaux Dialogues des Morts' et 'Cara Mustapha, dernier Grand Vizir'. Le catalogue inclut également des œuvres telles que 'La Duchesse d'Estramène', 'Les Dames Galantes' et 'Histoire du Siège de Luxembourg'. Il propose des volumes du 'Mercure', contenant des relations historiques et des récits extraordinaires sur des événements comme les mariages royaux et le siège de Vienne. Le document précise les conditions de vente et de commande, soulignant que les mémoires pour le 'Mercure' ne sont pas payants et que les lettres doivent être affranchies. Blageart offre d'expédier les paquets gratuitement pour les particuliers et les libraires de province. Le catalogue sera régulièrement mis à jour avec de nouveaux livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 49-68
Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelle que Mercredy 24 de Janvier dernier, [...]
Mots clefs :
Roi du Portugal, Église, Rome, Cérémonies, Cardinal, Estrade, Ornements, Peintures, Médailles, Alphonse VI, Éminence, Couleurs, Armes, Mausolée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
On a eu nouvelle que le
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
Fermer
Résumé : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Le 24 janvier 1685, un service funèbre solennel fut organisé à Rome en mémoire de Dom Alphonse VI, roi de Portugal. La cérémonie se déroula à l'église nationale de Saint-Antoine des Portugais, se distinguant par son ordre, son éclat et sa pompe, même selon les standards romains habitués aux spectacles somptueux. Le cardinal d'Estrées, protecteur des affaires du Portugal, et Domingos Barreiros Leita, résident du royaume, supervisèrent les préparatifs. L'abbé Benedetti, assisté de l'abbé Mesquita et de l'architecte Antonio Gherardi, dirigea la décoration de l'église. La façade de l'église fut ornée de peintures et de figures en relief, illustrant des thèmes liés à la cérémonie. La porte principale était drapée de noir, avec des statues symbolisant la Religion et la Force, ainsi qu'une inscription célébrant les conquêtes et la piété des rois de Portugal. Des médaillons ovales représentaient des actions héroïques des rois Alphonse Henriques et Alphonse II. À l'intérieur, les murs et la coupole étaient couverts de drap noir orné de motifs simples mais artistiques. Un mausolée imposant fut érigé devant le grand autel, orné de figures de la Mort et de médaillons représentant les âges de l'homme. Le cardinal d'Estrées distribua des aumônes à plus de quatre mille pauvres et offrit des rafraîchissements aux participants. La messe, célébrée par l'archevêque de Trebisonda, fut suivie d'un repas somptueux au Palais Farnèse, où vingt-huit prélats furent invités. La table fut dressée dans la galerie des Carraches, avec une succession de plats et de desserts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 297-308
Description de tous les Meubles qui sont au Gardemeuble de la Couronne, où les Ambassadeurs ont esté. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le lendemain au Garde-Meuble de la Couronne, [...]
Mots clefs :
Garde-meuble de la couronne, Roi, Louvre, Argent, Pièces, Grande galerie, Médailles, Meubles, Maisons royales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tous les Meubles qui sont au Gardemeuble de la Couronne, où les Ambassadeurs ont esté. [titre d'après la table]
Ils allerent le len
demain auGarde- Meuble
de la Couronne , proche
le Louvre, dans le lieu appellé
autrefois , le Petit
Bourbon , parce que c'eſt
une aifle du Logis duConneſtable
de Bourbon, qu'-
on a abatu , à cauſe qu'il
298 Voyage des Amb.
eftoit dans le grand deffein
du Louvre. Ils virent
d'abord les Couvertures.
de Mulets du Roy. Il y
en a vingt-huit dont le
fond eſt de velours bleu.
Les A mes deFrance & de
Navarre font dans le milieu
, & d'une broderie
fort relevée , ainſi que les
ornemens , qui font aux
quatre coins. Ils virent
enfuire foixante Lits tresmagnifiques
, car on ne
voulut pas leur montrer
deSiam.
299
ceux qui ſont moins
beaux , quoy qu'ils foient
fort riches. Les premiers
qu'on leur fit voir , font
de Perfe , de Turquie , de
la Chine , de Portugal ,&
de pluſieurs autres Nations
où l'on travaille le
mieux. Il ya le Lit du Sacre
àdeux envers de broderie,
eftimé fix cens mille
livres ; le Lit de l'Hiſtoire
de Proferpine , & le Lit
appellé de la Reyne Marguerite
; il y en a de Petit
300 Voyage des Amb.
Point , que ceux qui les
voyent de quatre pas ,
prennentpour de la Peinture;
d'autres fur des fonds.
d'or,& fur des fonds d'argent
, & d'autres brodez
fur des velours de toutes
fortes de couleurs , On
leur montra l'équipage
d'un Vaiſſeau du Roy qui
eft à Toulon , nommé Le
Royal Louis .Il contient en
eent cinquante pieces fix
mille aunes de Damas
paffé d'or , avec les Corde
Siam.
301
dages qui font or, argent,
squ
& foye. On leur fit voir
auffi une piece de chaque
Tenture de Tapiſſerie.
Ces Tentures ſont Scipion
, Conftantin , Coriolan,
les Actes des Apoſtres,
Alexandre , Fructus belli ,
les Elemens , les Maiſons
Royales , les Chaffes , les
Groteſques , les douze
Mois, le Triomphe de l'Amour,
les SeptAges, l'Hiftoire
du Roy , fon Sacre ,
l'Alliance des Suiffes , les
302 Voyage des Amb.
Priſes de Villes . Ils virent
auffi un Tapis fait au lieu
appellé , la Savonnerie , il
eft de ſept aulnes & demie
de long . Il y en a quatre-
vingt - treize de mef.
me, qui tous enſemble ne
font qu'un Tapis . Cet
Ouvrage a eſté fait pour
la grande Galerie du Louvre.
Il y en a douze autres
pour la Galerie d'Apollon
, qui eft à coſté de la
grande Galerie. Quoy
qu'il y euſt beaucoup
deSiam. 303
d'argenterie , je n'en fais
point de détail , parce que
la plus belle eft à Verſailles
; mais il y a un Service
avec le Bufet de Vermeil
doré à coſtes , qui eſt trescurieux.
On l'appelle Service
de Medailles , parce
qu'il eſt tout remply de
petites Médailles qui re
preſentent les Empereurs
Romains , & d'autres
Teſtes Antiques. Ce qu'il
y a de ſurprenant dans
ce Service , c'eſt que les
304 Voyage des Amb.
Médailles ne font point
dorées , quoy que tout
le reſte le ſoit. Ils s'attacherent
fort à regarder
un Cabinet aſſez grand ,
&tout d'acier , qui eſt un
Preſent qu'on a fait au
Roy. Outre tous ces
Meubles , Sa Majefté en
a encore une infinité d'autres
dans toutes les Maiſons
Royales , afin qu'on
ne foit pas obligé d'y en
tranſporrer lors qu'Elle y
va faire quelque ſéjour.
de Siam. 30
1
Ily en a grand nombre de
beaux à Vincennes ,
ceux qui font dans le Gardemeuble
de Verſailles
font fi magnifiques qu'on
peut dire qu'ils furpaffent
ceux de Paris. Non feulement
le Roy en fait faire
tous les jours de nouveaux
, mais Sa Majefté
fait travailler à des Etofes
extraordinaires pourr
en faire , & l'on montra
aux Ambaſſadeurs prés de
cent pieces de Brocards
C
306 Voyage des Amb.
d'or& d'argent, faites fur
des deffeins nouveaux , &
auſquels on n'a rien veu
encore de pareil. Il y en
a fur tout d'une telle hauteur
, qu'ils paffent tous
ceux qu'on a faits juſqu'à
preſent en quelque lieu
dumonde que ce foit , &
mefme ceux du Levant.
Ils font de laManufacture
que le Roy a fait établir
à S. Maur par M² Charlier.
Il y avoit auffi des
Rideaux de Damas blanc
de Siam.
307
9
pour les feneftres de Verfailles
, avec des Couron-
,
nes des Chiffres , & des
Lires d'or, mais feulement
d'eſpace en eſpace , parce
qu'on ne doit pas trop
charger d'or un Rideau
qui doit eſtre aide à mi
nier Je ne vous parle de
ces Rideaux que parce
qu'ils font tout d'une pie--
ce, quov qu'il ſo end en
viron ſeptaulnes &demie:
de haut , & de quatre &
demie de large. Le pre-
Ccij
308 Voyage des Amb.
mier Ambaſfadeur en furt
fi furpris qu'il meſura luymefme
ce Rideau . Quant
aux Brocards il y en a d'affez
larges , pour faire des
Pieces de Tenture de Tapifferie
de Cabinet , tout
d'un morceau. Le Roy
s'en fert pour faire des
Meubles d'Eſté ; il y en a
dont on peut auffi faire
des Meubles d'Hyver. Ils
font tout remplis de fleurs
d'or frifé
demain auGarde- Meuble
de la Couronne , proche
le Louvre, dans le lieu appellé
autrefois , le Petit
Bourbon , parce que c'eſt
une aifle du Logis duConneſtable
de Bourbon, qu'-
on a abatu , à cauſe qu'il
298 Voyage des Amb.
eftoit dans le grand deffein
du Louvre. Ils virent
d'abord les Couvertures.
de Mulets du Roy. Il y
en a vingt-huit dont le
fond eſt de velours bleu.
Les A mes deFrance & de
Navarre font dans le milieu
, & d'une broderie
fort relevée , ainſi que les
ornemens , qui font aux
quatre coins. Ils virent
enfuire foixante Lits tresmagnifiques
, car on ne
voulut pas leur montrer
deSiam.
299
ceux qui ſont moins
beaux , quoy qu'ils foient
fort riches. Les premiers
qu'on leur fit voir , font
de Perfe , de Turquie , de
la Chine , de Portugal ,&
de pluſieurs autres Nations
où l'on travaille le
mieux. Il ya le Lit du Sacre
àdeux envers de broderie,
eftimé fix cens mille
livres ; le Lit de l'Hiſtoire
de Proferpine , & le Lit
appellé de la Reyne Marguerite
; il y en a de Petit
300 Voyage des Amb.
Point , que ceux qui les
voyent de quatre pas ,
prennentpour de la Peinture;
d'autres fur des fonds.
d'or,& fur des fonds d'argent
, & d'autres brodez
fur des velours de toutes
fortes de couleurs , On
leur montra l'équipage
d'un Vaiſſeau du Roy qui
eft à Toulon , nommé Le
Royal Louis .Il contient en
eent cinquante pieces fix
mille aunes de Damas
paffé d'or , avec les Corde
Siam.
301
dages qui font or, argent,
squ
& foye. On leur fit voir
auffi une piece de chaque
Tenture de Tapiſſerie.
Ces Tentures ſont Scipion
, Conftantin , Coriolan,
les Actes des Apoſtres,
Alexandre , Fructus belli ,
les Elemens , les Maiſons
Royales , les Chaffes , les
Groteſques , les douze
Mois, le Triomphe de l'Amour,
les SeptAges, l'Hiftoire
du Roy , fon Sacre ,
l'Alliance des Suiffes , les
302 Voyage des Amb.
Priſes de Villes . Ils virent
auffi un Tapis fait au lieu
appellé , la Savonnerie , il
eft de ſept aulnes & demie
de long . Il y en a quatre-
vingt - treize de mef.
me, qui tous enſemble ne
font qu'un Tapis . Cet
Ouvrage a eſté fait pour
la grande Galerie du Louvre.
Il y en a douze autres
pour la Galerie d'Apollon
, qui eft à coſté de la
grande Galerie. Quoy
qu'il y euſt beaucoup
deSiam. 303
d'argenterie , je n'en fais
point de détail , parce que
la plus belle eft à Verſailles
; mais il y a un Service
avec le Bufet de Vermeil
doré à coſtes , qui eſt trescurieux.
On l'appelle Service
de Medailles , parce
qu'il eſt tout remply de
petites Médailles qui re
preſentent les Empereurs
Romains , & d'autres
Teſtes Antiques. Ce qu'il
y a de ſurprenant dans
ce Service , c'eſt que les
304 Voyage des Amb.
Médailles ne font point
dorées , quoy que tout
le reſte le ſoit. Ils s'attacherent
fort à regarder
un Cabinet aſſez grand ,
&tout d'acier , qui eſt un
Preſent qu'on a fait au
Roy. Outre tous ces
Meubles , Sa Majefté en
a encore une infinité d'autres
dans toutes les Maiſons
Royales , afin qu'on
ne foit pas obligé d'y en
tranſporrer lors qu'Elle y
va faire quelque ſéjour.
de Siam. 30
1
Ily en a grand nombre de
beaux à Vincennes ,
ceux qui font dans le Gardemeuble
de Verſailles
font fi magnifiques qu'on
peut dire qu'ils furpaffent
ceux de Paris. Non feulement
le Roy en fait faire
tous les jours de nouveaux
, mais Sa Majefté
fait travailler à des Etofes
extraordinaires pourr
en faire , & l'on montra
aux Ambaſſadeurs prés de
cent pieces de Brocards
C
306 Voyage des Amb.
d'or& d'argent, faites fur
des deffeins nouveaux , &
auſquels on n'a rien veu
encore de pareil. Il y en
a fur tout d'une telle hauteur
, qu'ils paffent tous
ceux qu'on a faits juſqu'à
preſent en quelque lieu
dumonde que ce foit , &
mefme ceux du Levant.
Ils font de laManufacture
que le Roy a fait établir
à S. Maur par M² Charlier.
Il y avoit auffi des
Rideaux de Damas blanc
de Siam.
307
9
pour les feneftres de Verfailles
, avec des Couron-
,
nes des Chiffres , & des
Lires d'or, mais feulement
d'eſpace en eſpace , parce
qu'on ne doit pas trop
charger d'or un Rideau
qui doit eſtre aide à mi
nier Je ne vous parle de
ces Rideaux que parce
qu'ils font tout d'une pie--
ce, quov qu'il ſo end en
viron ſeptaulnes &demie:
de haut , & de quatre &
demie de large. Le pre-
Ccij
308 Voyage des Amb.
mier Ambaſfadeur en furt
fi furpris qu'il meſura luymefme
ce Rideau . Quant
aux Brocards il y en a d'affez
larges , pour faire des
Pieces de Tenture de Tapifferie
de Cabinet , tout
d'un morceau. Le Roy
s'en fert pour faire des
Meubles d'Eſté ; il y en a
dont on peut auffi faire
des Meubles d'Hyver. Ils
font tout remplis de fleurs
d'or frifé
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Résumé : Description de tous les Meubles qui sont au Gardemeuble de la Couronne, où les Ambassadeurs ont esté. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs ont visité le Garde-Meuble de la Couronne, situé près du Louvre, dans un lieu autrefois appelé le Petit Bourbon. Ils ont examiné diverses couvertures de mulets du roi, dont vingt-huit avec un fond de velours bleu et des armes de France et de Navarre brodées. Ils ont également observé soixante lits magnifiques, provenant de Perse, de Turquie, de Chine et du Portugal. Parmi ces lits, le Lit du Sacre, estimé à six cents mille livres, et le Lit de l'Histoire de Proserpine étaient particulièrement remarquables. Les ambassadeurs ont aussi vu l'équipage du vaisseau royal, le Royal Louis, contenant cinquante pièces de damas passé d'or. Diverses tentures de tapisserie, telles que Scipion, Constantin, Coriolan et les Actes des Apôtres, leur ont été présentées. Ils ont admiré un tapis de la Savonnerie, mesurant sept aulnes et demie de long, destiné à la grande galerie du Louvre. Le texte mentionne également un service d'argenterie appelé Service de Médailles, rempli de petites médailles représentant des empereurs romains. Les ambassadeurs ont également vu un cabinet en acier, offert au roi, et divers autres meubles dans les maisons royales. Le roi possède une grande collection de meubles magnifiques, notamment à Vincennes et à Versailles, où des étoffes extraordinaires sont fabriquées. Ils ont vu près de cent pièces de brocards d'or et d'argent, ainsi que des rideaux de damas blanc ornés de couronnes, de chiffres et de lires d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 77-85
Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain ils allerent voir quantité de pierreries chez Mr [...]
Mots clefs :
Monsieur de Montarcis, Voir, Pierreries, Roi, Europe, Ambassadeur, Cabinet, Médailles, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain ils allerent
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
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Résumé : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain, les ambassadeurs de Siam visitèrent des pierreries chez des ambassadeurs de Siam et chez Monsieur de Montarsis, connu pour posséder les plus belles pierres d'Europe et pour en fournir souvent au roi. Les ambassadeurs examinèrent les pierreries, s'intéressant particulièrement aux rubis et à leurs usages. Ils remarquèrent un portrait du roi en miniature entouré de pierreries, que le Premier Ambassadeur trouva extrêmement ressemblant. Après cette visite, Monsieur de Montarsis leur montra son cabinet de médailles, comprenant plus de quarante tiroirs avec des médailles de diverses nations. Il expliqua un grand nombre de médailles, démontrant une grande érudition et connaissance de l'histoire générale. Une médaille en particulier, dont l'inscription n'était pas avantageuse pour certains souverains européens, suscita l'indignation du Premier Ambassadeur. Ils examinèrent également plusieurs médailles du roi, et le Premier Ambassadeur exprima son admiration pour les grandes actions du roi, estimant que les médailles étaient inutiles pour immortaliser sa mémoire. Après avoir remercié Monsieur de Montarsis, ils examinèrent les tableaux de son cabinet, apprenant l'histoire de Christophe Colomb et s'intéressant aux peintres. Ils visitèrent ensuite le reste de l'appartement, où ils trouvèrent une pendule fonctionnant trois mois sans être remontée. Ils firent ensuite civilité à Madame de Montarsis et partirent pour Clagny, où ils passèrent quelques jours, n'ayant pas pu visiter le château et les jardins de Versailles lors de leur audience avec le roi.
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6
p. 1-337
JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Début :
Je vous l'ay promis, Madame. Il faut vous satisfaire [...]
Mots clefs :
Roi, Luxembourg, Sa Majesté, Prince, Place, Voyage, Ville, Cour, Gardes, Église, Verdun, François-Henri de Montmorency-Bouteville, Maison, Duc de Luxembourg, Honneur, Bonté, Paris, Comte, Fortifications, Troupes, Officiers, Évêché, Abbé, Versailles, France, Médailles, Corps, Personnes, Messe, Châlons-en-Champagne, Évêque, Marquis, Lieux, Régiment, Champagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
JOURNAL
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
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Résumé : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Le roi entreprit un voyage à Luxembourg pour inspecter la place forte, suscitant des inquiétudes en Europe. Il assura qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix et ordonna à son ministre, le Marquis de Croissy Colbert, d'écrire au Cardinal Ranuzzi pour rassurer les États voisins et l'Empereur. La lettre, datée du 4 avril, expliquait que le voyage était motivé par la curiosité du roi et qu'il serait de retour dans trois semaines. Le roi voyagea à petites journées, accompagné de quelques membres de la cour et de ses fils, les Ducs du Maine et de Toulouse, avec une sécurité assurée par les Gardes du Corps, les Mousquetaires et l'Infanterie. Le départ du roi de Versailles fut marqué par la présence de ministres étrangers et de personnalités distinguées. Le voyage, initialement prévu pour le 2 mai, fut reporté au 10 mai en raison de la rougeole de la Duchesse. Le roi quitta Versailles après la messe, accompagné d'une partie des troupes et de personnes de distinction. À Paris, le peuple acclama le roi, qui passa par la Place des Victoires et examina la statue dorée à son effigie. Il traversa ensuite les rues de Paris, où il fut acclamé, et se rendit au village de Bondy. Il dîna avec plusieurs dames de la cour et tint conseil à Claye. La cour se déplaça ensuite à Monceaux, puis à Montmirel en raison du mauvais temps. Le roi visita plusieurs villes, dont Châlons et Verdun, où il fut reçu par les autorités locales et participa à des cérémonies religieuses. Le texte mentionne également plusieurs décès, dont ceux de Mademoiselle de Simiane et de l'Évêque d'Amiens. Le roi inspecta les fortifications de Verdun et des régiments, exprimant sa satisfaction envers le marquis de Vaubecour, gouverneur de Châlons. Il visita également Estain et Longwy, une place forte récemment construite pour faciliter la prise de Luxembourg. À Longwy, il inspecta des troupes et des fortifications, exprimant sa satisfaction quant à leur état et leur discipline. Le roi entreprit des travaux de fortification dans plusieurs villes, notamment à l'extrémité du plan de lapins, où une source fournira de l'eau à la ville. Les fortifications incluent des bastions et des redoutes pour défendre le passage de la rivière. Les travaux avancent rapidement avec sept bataillons et d'autres troupes, suscitant l'étonnement et l'admiration. Le roi compare ses efforts à ceux des Chinois avec leur muraille, soulignant que la France est protégée par deux rangs de places fortes construites selon sa volonté. Louvois, ministre du roi, inspecta plusieurs places fortes telles que Sarrelouis, Thionville et Luxembourg, et trouva les troupes et les fortifications en excellent état. Il reçut des compliments de divers magistrats et gouverneurs. Le roi et sa cour participèrent à des cérémonies religieuses à Verdun et Sainte-Menehould, où ils assistèrent à des messes, des processions et des saluts chantés en musique. Le roi fit preuve de générosité envers les curés, les capucins et les musiciens. Le roi visita Étoges, admirant la vertu et la piété des habitants. Informé de la maladie de la princesse de Conti, il ordonna son transfert à Montmirail. Le texte mentionne également la galerie du château d'Étoges, contenant les portraits de grands hommes européens, et la simplicité de bon goût qui y règne. Le roi quitta Étoges pour Montmirail, où la princesse de Conti était alitée en raison de sa maladie. Le texte relate ensuite les derniers jours du voyage royal et le retour du roi à Versailles. La cour commença à quitter le lieu de séjour, et plusieurs messes furent célébrées. Le Dauphin partit rejoindre la Dauphine à Versailles. Le roi, informé de la maladie de la princesse de Conti, ordonna la préparation de messes et d'une procession. Le roi et sa suite continuèrent leur voyage, s'arrêtant à divers endroits comme Vieu-Maison et Caye, où ils furent accueillis par des dignitaires locaux. Ils arrivèrent finalement au château de Livry, où le roi fut reçu par la famille Sanguin. Un dîner somptueux fut servi, et le roi exprima sa satisfaction. Le roi passa l'après-midi à Paris avant de retourner à Versailles, où il fut accueilli par de nombreuses personnalités. Il visita les jardins et les nouvelles constructions du palais. À son retour, le roi récompensa ses médecins et chirurgiens pour leurs soins et organisa un repas en l'honneur des dames ayant participé au voyage. Le comte de Toulouse et la princesse de Conti rejoignirent la cour, apportant de la joie à l'ensemble des courtisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 57-76
Articles contenant plusieurs curiositez qui peuvent instruire le Public & luy faire plaisir. [titre d'après la table]
Début :
Je passe d'un Article de Religion, à des Articles de Curiosité. [...]
Mots clefs :
Médailles, Bacchus, Bronze, Pierres gravées, Curiosité, Inscription grecque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles contenant plusieurs curiositez qui peuvent instruire le Public & luy faire plaisir. [titre d'après la table]
Je paffe d'un Article de Religion , à des Articles de Cu
riofité.
58 MERCURE
Entre les Pierres gravées antiques qui compofent le Cabinet du Roy , le plus riche &
le plus precieux qui foit dans
l'Europe , il y en a une gravée
en creux , &montée en bague,
qui eft un chef- d'œuvre de
l'Art. C'est une petite Cornaline tranfparente qui a efté deffinée en grand par l'illuftre
Mile le Hay , connuë fous le
nom de Mlle Cheron , &gravée
en Eſtampe par Mr Picard. On
croit que cette Pierre a fervy
de Cachet à Michel Ange , &
que Raphaël en a imité quelques figures dans fes tableaux.
GALANT 59
Elle a appartenu à Mr Bagarris , Garde du Cabinet d'Henry IV. enfuite à Mr Lothier,
Antiquaire d'Aix en Provence,
& Sa Majefté l'a acquife de fes
heritiers. L'Eftampe en a eſté
publiée dans le Journal des
Sçavans du mois de Janvier
dernier , & il y en a une explication par un fçavant Je
fuite dans les Memoires de
Trevoux de Fevrier. Mais Mr
Moreau de Mautour qui a remarqué dans ce Deffein & fur
cette Eftampe des choſes differentes de ce qui fe trouve fur
la Pierre originale , & fur les
60 MERCURE
empreintes , a pris occaſion de
faire une Differtation fur ce
fujet, & il a donné lieu à une
nouvelle Eftampe plus exacte ,
dediée à Mr l'Abbé Bignon ,
& gravée par Mr Montbard ,
ruë S. Jacques, où elle fe vend.
Il y a au bas de cette Eſtampè
un petit Extrait de fa Differ
tation. Mr Moreau de Mautour pretend que la graveure
dont l'empreinte forme un bas
relief, reprefente une espece de
Fefte de Sacrifice en l'honneur
de Bacchus , & en memoiredefa
naiffance. On voit le petit Bacchus alaité par Ino fa premiere
GALANT 61
nourrice. Prés d'elle est la belle
Hippa, autre nourrice celebréepar
Orphée dans fes Hymnes. Le
vieillard eft Athamas,ou le vieux,
Silene , ou un Faune , quifait la
fonction de Sacrificateur tient
une Patere pour les libations de
vinfur le feudeftiné pour le Sacrifice. Un Miniftre du Sacrifice
conduit un Bouc , victime qu'on
immoloit à Bacchus , &tient un
vafe destinépour recevoir lefang
de la victime. Un Satyre jouë
d'une espece de flute recourbée ,
inftrument employé dans les Sacrifices & les Feftes. Les Nymphes qui furent ainsi que les Sa
62 MERCURE
tyres , les Bacchantes &les Fau
nes de la fuire de Bacchus , portent des Corbeilles de fleurs &de
fruits , fimblables à celles
po toient fur leurs têtes les jeunes
filles d'Athenes dans les Festes
confacrées à ce Dieu , nommées
que
Canephoria. Une Bacchante enjouée prefente à un des deuxpetits
Amours, une Cimbale , efpece
d'inftrument en ufage dans les
Orgies. Les Amours conviennent
à Bacchus ; on les voit dépeints
enfemble dans Anacreon, &fur
les monumens antiques. Apollon
debout , une Patere à la main , eft
icy comme une Divinité. les que
GALANT 63
que
Egyptiens & les Grecs confondoient avec Bacchus. Les deux
arbres , dont l'un eft entouré de
pampres ,fontdela nature de ceux
Pline décrit , & qui font pro-
-prespour la vigne. Le Pefcheur
hors d'œuvre , a peut eftre raport
àune fiction ingenieufe & morale
de Theocritedans l'Idylle qui porte ce titre. Ce Poëte né à Syracufe, vivoit à la Cour de Ptolemée
Philadelphe , Roy d'Egypte , qui
inftituadans Alexandrie une Fifte
particuliere à l'honneur de Bacchus , felon Achenée , auquel
temps on peut fixer l'Epoque de
l'excellent Ouvrier de ce precieux
i
A
64 MERCURE
Monument, qui auroit prés de
deux mille ans d'antiquité.
Je dois , puifque j'ai commencé à vous parler d'antiquitez , vous entretenir de plufieurs articles curieux fur ce
fujet.
On a trouvé un Trefor de
Medailles depuis peu dans la
Terre d'un Gentilhomme peu
éloignée de cette Ville ; unCurieux qui a acheté ce qui en
reftoit , car une partie avoit
déja cfté diffipée ou fonduë
par les Auteurs de la découverte , en a eu fix mille fept
GALANT 65
censquarante , c'eſt à dire quarante livres pefant , & il a jugé
par l'examen qu'il en a fait que
les Medailles du bas Empire ,
ne font nullement à mépriſer ,
& qu'elles inftruiſent autant
que celles du haut Empire.
Aprés les avoir nettoyées il les
pefa , & il vit qu'il en falloit
communément cent foixante
pour faire une livre ; il prit enfuite quelques Medailles de
Bronze des deux premiers fic .
cles de l'Empire Romain, & il
vit que huit Medailles de ce
petit bronze eftoient à peu prés
du même poids que huit MeAvril 1710. F
66 MERCURE
dailles d'argent du haut Empire ; que quatre Medailles d'or ,
que deux Medailles de moyen
bronze , & qu'une Medaille
de grand bronze ; ce qui fournit une preuve que les Romains ont toûjours gardé des
proportions dans la fabrique
de leurs Monnoyes. Les Medailles du Trefor en queſtion
commencent à Valerien , c'eſtà dire à l'Empereur dont la
deftinée fut fi trifte , qui fuc
pris dans la guerre des Perfes ,
& qui mourut d'une maniere
tragique , & qu'elles finiffent à
Aurelien ; de forte qu'elles ne
GALANT 67
comprennent que le regne de
fix ou fept Empereurs. On
compte cependant dans cet
amas de Medailles feize ou dixfept Princes differens , car ou
tre les deux Imperatrices & les
deux jeunes Cefars qui appartiennent à la famille de Valerien , il y a des Quietus , des
Elianus , des Marius , je veux
dire quelques uns de ces Empereurs , qui ont feulement regné dans quelques Provinces
de l'Empire Romain. Les revers font admirables par leur
diverfité , & il en eft peu dans
le Recueil de Mr le Comte
Fij
68 MERCURE
Mezabarba,que l'on ne trouve
dans ce Trefor , & il y en a
même beaucoup que l'on ne
trouve dans le Recueil de ce pas
Comte , quoy qu'il foit le plus
ample & le plus fidelle qu'on
ait des Medailles Latines ; commeon le peut voir
qui en a efté fait.
par le livre
On a trouvé il у a déja
quelque temps auprés de Paris
une petite Figure de bronze
reprefentant un jeune homme
qui tient de la main gauche une
Patere & de la droite un vafc
courbe. Plufieurs Antiquaires
ont travaillé à l'explication de
GALANT 69
cette Figure , & le Pere Poupart fur tout , Religieux du
Tiers-Ordre de Saint François
à Picpus , a écrit fur ce fujet
une Lettre à Mr l'Evêque de
Soiffons , qui luy fait beaucoup
d'honneur par le tour inge
nieux & folide avec lequel il
explique cette Antique ; il pré
tend que c'eft un jeune homme qui fert à boire , & il fonde
fon fentiment fur la coûtume
des Anciens qui fe fervoient
de jeunes gens pour leur verfer à boire. Horace nous apprend que leur air eftoir gracieux , leur tefte couronnée
70 MERCURE
leur chevelure frifée, leur habit
ceint & retrouffé , tel qu'on reprefente le jeune homme de
la Figure; leur employ cftoit
de fervir le vin & de lever la
table. La coutume de fe fervir
de ces jeunes gens , ajoute le
Pere Poupart , eftoit une Imitation de la Fable deJupiter &
de Ganymede ; & les couronnes de ces jeunes gens eftoient
ordinairement de rofes & d'autres fleurs felon les Saifons.
Ciceron en parle dans une de
fes Oraifons contre Verrez.
Toutes ces chofes fetrouvant
dans la Figure en queſtion nô-
GALANT 71
tre fçavant Picpus prétend que
c'eſt un jeune homme qui fert
à boire , & non un Joueur de
Flute courbe comme quelques
autres l'ont prétendu. Il prouve enfin
par l'autorité de Stace
que c'eft une Patere dont on
fe fervoit pour faire des libations dans les repas . A l'égard
de la difficulté qui naiſt de
l'inftrument courbe que ce
jeune homme tient à la main
droite , le Pere Poupart croit
& avec fondement , que c'eſt
une de ces cornes dans leſquelles les Anciens beuvoient , &
dont Homère , Xenophon ,
72 MERCURE
P
Athenée & Plutarque parlent ,
& à l'égard de fa grandeur il
dit qu'il ne faut pas s'en étonner , parce que les Anciens
aimoient à boire de grands
coups. Le Pere Poupart parent
de Mr Poupart de l'Academie
des Sciences , mort depuis peu ,
eft connu par plufieurs ouvrages , & furtout par la Traduction Françoife de l'Apotheofe
de l'Empereur Claude par Se-
-neque avec des Notes.b
On a trouvé à Smyrne, une
ancienne Inſcription Grecque
qui donne de l'exercice à tous
les Antiquaires. C'eſt une Epitaphe
GALANT 73
taphe pour Heria Th:fbé , qui
eft qualifiée Monodiaria. C'eſt
unterme de Muſique qui fignifioit une femme qui chantoit
feule fur le Theatre. L'Auteur
de cette Epitaphe cft nommé
Choroula , c'est- à-dire Muficien , qui joüoit de la Flute pendant les chants du Choeur.
L'affemblage des voix & des
inftrumens,faifoit un des principaux agrémens des Pieces de
Theatre, & comme le dit Seneque , on ne diſtinguoit la
voix de perfonne en particulier , mais le concert de toutes
les voix charmoit les oreilles.
Avril 1710.0 G
74 MERCURE
Plufieurs Antiquaires d'Alle
magne ont publié leurs conjectures fur cette Infcription ;
mais celle qui a paru la plus autoriféc & qui a eu jufqu'à prefent le plus de partifans eft celle de Mr Gutberletti de Francker, qui a cette occafion a publié une fçavante Differtation
où il traite à fond la matiere
qui regarde les Joueurs de Flutes de Anciens. Il parle entreautres d'un certain Joueur
nommé Canus qui fit tant de
plaifir à l'Empereur Galba en
joüant de ſon inſtrument , que
c Prince luy donna defa pro-
GALANT 75
pre main cinq deniers , plutoſt
fans doute , pour luy tenir lieu
d'approbation que commeune
récompenſe. Mr Gutberlethi
parla avec beaucoup d'étenduë de la Mufique & du Chœur
des Anciens ; & il conclud que
Heria Thifbé à qui l'Infcription eſt conſacrée , eftoit une
Chanteufe , &nullement la celebre Thiſbé tant chantée par
Ovide à caufe de fes amours
& dela mort funefte avec Pyrame. Mr Gutberlethi cite
pour garent de fon fentiment
le celebre Guiter , qui dans fon
Treforparle de cette belle ChanGij
76 MERCURE
teufe à qui il donne de grandes loüanges. Cet Auteur rapporte quantité d'Infcriptions
qui fortifient fon ſentiment.
riofité.
58 MERCURE
Entre les Pierres gravées antiques qui compofent le Cabinet du Roy , le plus riche &
le plus precieux qui foit dans
l'Europe , il y en a une gravée
en creux , &montée en bague,
qui eft un chef- d'œuvre de
l'Art. C'est une petite Cornaline tranfparente qui a efté deffinée en grand par l'illuftre
Mile le Hay , connuë fous le
nom de Mlle Cheron , &gravée
en Eſtampe par Mr Picard. On
croit que cette Pierre a fervy
de Cachet à Michel Ange , &
que Raphaël en a imité quelques figures dans fes tableaux.
GALANT 59
Elle a appartenu à Mr Bagarris , Garde du Cabinet d'Henry IV. enfuite à Mr Lothier,
Antiquaire d'Aix en Provence,
& Sa Majefté l'a acquife de fes
heritiers. L'Eftampe en a eſté
publiée dans le Journal des
Sçavans du mois de Janvier
dernier , & il y en a une explication par un fçavant Je
fuite dans les Memoires de
Trevoux de Fevrier. Mais Mr
Moreau de Mautour qui a remarqué dans ce Deffein & fur
cette Eftampe des choſes differentes de ce qui fe trouve fur
la Pierre originale , & fur les
60 MERCURE
empreintes , a pris occaſion de
faire une Differtation fur ce
fujet, & il a donné lieu à une
nouvelle Eftampe plus exacte ,
dediée à Mr l'Abbé Bignon ,
& gravée par Mr Montbard ,
ruë S. Jacques, où elle fe vend.
Il y a au bas de cette Eſtampè
un petit Extrait de fa Differ
tation. Mr Moreau de Mautour pretend que la graveure
dont l'empreinte forme un bas
relief, reprefente une espece de
Fefte de Sacrifice en l'honneur
de Bacchus , & en memoiredefa
naiffance. On voit le petit Bacchus alaité par Ino fa premiere
GALANT 61
nourrice. Prés d'elle est la belle
Hippa, autre nourrice celebréepar
Orphée dans fes Hymnes. Le
vieillard eft Athamas,ou le vieux,
Silene , ou un Faune , quifait la
fonction de Sacrificateur tient
une Patere pour les libations de
vinfur le feudeftiné pour le Sacrifice. Un Miniftre du Sacrifice
conduit un Bouc , victime qu'on
immoloit à Bacchus , &tient un
vafe destinépour recevoir lefang
de la victime. Un Satyre jouë
d'une espece de flute recourbée ,
inftrument employé dans les Sacrifices & les Feftes. Les Nymphes qui furent ainsi que les Sa
62 MERCURE
tyres , les Bacchantes &les Fau
nes de la fuire de Bacchus , portent des Corbeilles de fleurs &de
fruits , fimblables à celles
po toient fur leurs têtes les jeunes
filles d'Athenes dans les Festes
confacrées à ce Dieu , nommées
que
Canephoria. Une Bacchante enjouée prefente à un des deuxpetits
Amours, une Cimbale , efpece
d'inftrument en ufage dans les
Orgies. Les Amours conviennent
à Bacchus ; on les voit dépeints
enfemble dans Anacreon, &fur
les monumens antiques. Apollon
debout , une Patere à la main , eft
icy comme une Divinité. les que
GALANT 63
que
Egyptiens & les Grecs confondoient avec Bacchus. Les deux
arbres , dont l'un eft entouré de
pampres ,fontdela nature de ceux
Pline décrit , & qui font pro-
-prespour la vigne. Le Pefcheur
hors d'œuvre , a peut eftre raport
àune fiction ingenieufe & morale
de Theocritedans l'Idylle qui porte ce titre. Ce Poëte né à Syracufe, vivoit à la Cour de Ptolemée
Philadelphe , Roy d'Egypte , qui
inftituadans Alexandrie une Fifte
particuliere à l'honneur de Bacchus , felon Achenée , auquel
temps on peut fixer l'Epoque de
l'excellent Ouvrier de ce precieux
i
A
64 MERCURE
Monument, qui auroit prés de
deux mille ans d'antiquité.
Je dois , puifque j'ai commencé à vous parler d'antiquitez , vous entretenir de plufieurs articles curieux fur ce
fujet.
On a trouvé un Trefor de
Medailles depuis peu dans la
Terre d'un Gentilhomme peu
éloignée de cette Ville ; unCurieux qui a acheté ce qui en
reftoit , car une partie avoit
déja cfté diffipée ou fonduë
par les Auteurs de la découverte , en a eu fix mille fept
GALANT 65
censquarante , c'eſt à dire quarante livres pefant , & il a jugé
par l'examen qu'il en a fait que
les Medailles du bas Empire ,
ne font nullement à mépriſer ,
& qu'elles inftruiſent autant
que celles du haut Empire.
Aprés les avoir nettoyées il les
pefa , & il vit qu'il en falloit
communément cent foixante
pour faire une livre ; il prit enfuite quelques Medailles de
Bronze des deux premiers fic .
cles de l'Empire Romain, & il
vit que huit Medailles de ce
petit bronze eftoient à peu prés
du même poids que huit MeAvril 1710. F
66 MERCURE
dailles d'argent du haut Empire ; que quatre Medailles d'or ,
que deux Medailles de moyen
bronze , & qu'une Medaille
de grand bronze ; ce qui fournit une preuve que les Romains ont toûjours gardé des
proportions dans la fabrique
de leurs Monnoyes. Les Medailles du Trefor en queſtion
commencent à Valerien , c'eſtà dire à l'Empereur dont la
deftinée fut fi trifte , qui fuc
pris dans la guerre des Perfes ,
& qui mourut d'une maniere
tragique , & qu'elles finiffent à
Aurelien ; de forte qu'elles ne
GALANT 67
comprennent que le regne de
fix ou fept Empereurs. On
compte cependant dans cet
amas de Medailles feize ou dixfept Princes differens , car ou
tre les deux Imperatrices & les
deux jeunes Cefars qui appartiennent à la famille de Valerien , il y a des Quietus , des
Elianus , des Marius , je veux
dire quelques uns de ces Empereurs , qui ont feulement regné dans quelques Provinces
de l'Empire Romain. Les revers font admirables par leur
diverfité , & il en eft peu dans
le Recueil de Mr le Comte
Fij
68 MERCURE
Mezabarba,que l'on ne trouve
dans ce Trefor , & il y en a
même beaucoup que l'on ne
trouve dans le Recueil de ce pas
Comte , quoy qu'il foit le plus
ample & le plus fidelle qu'on
ait des Medailles Latines ; commeon le peut voir
qui en a efté fait.
par le livre
On a trouvé il у a déja
quelque temps auprés de Paris
une petite Figure de bronze
reprefentant un jeune homme
qui tient de la main gauche une
Patere & de la droite un vafc
courbe. Plufieurs Antiquaires
ont travaillé à l'explication de
GALANT 69
cette Figure , & le Pere Poupart fur tout , Religieux du
Tiers-Ordre de Saint François
à Picpus , a écrit fur ce fujet
une Lettre à Mr l'Evêque de
Soiffons , qui luy fait beaucoup
d'honneur par le tour inge
nieux & folide avec lequel il
explique cette Antique ; il pré
tend que c'eft un jeune homme qui fert à boire , & il fonde
fon fentiment fur la coûtume
des Anciens qui fe fervoient
de jeunes gens pour leur verfer à boire. Horace nous apprend que leur air eftoir gracieux , leur tefte couronnée
70 MERCURE
leur chevelure frifée, leur habit
ceint & retrouffé , tel qu'on reprefente le jeune homme de
la Figure; leur employ cftoit
de fervir le vin & de lever la
table. La coutume de fe fervir
de ces jeunes gens , ajoute le
Pere Poupart , eftoit une Imitation de la Fable deJupiter &
de Ganymede ; & les couronnes de ces jeunes gens eftoient
ordinairement de rofes & d'autres fleurs felon les Saifons.
Ciceron en parle dans une de
fes Oraifons contre Verrez.
Toutes ces chofes fetrouvant
dans la Figure en queſtion nô-
GALANT 71
tre fçavant Picpus prétend que
c'eſt un jeune homme qui fert
à boire , & non un Joueur de
Flute courbe comme quelques
autres l'ont prétendu. Il prouve enfin
par l'autorité de Stace
que c'eft une Patere dont on
fe fervoit pour faire des libations dans les repas . A l'égard
de la difficulté qui naiſt de
l'inftrument courbe que ce
jeune homme tient à la main
droite , le Pere Poupart croit
& avec fondement , que c'eſt
une de ces cornes dans leſquelles les Anciens beuvoient , &
dont Homère , Xenophon ,
72 MERCURE
P
Athenée & Plutarque parlent ,
& à l'égard de fa grandeur il
dit qu'il ne faut pas s'en étonner , parce que les Anciens
aimoient à boire de grands
coups. Le Pere Poupart parent
de Mr Poupart de l'Academie
des Sciences , mort depuis peu ,
eft connu par plufieurs ouvrages , & furtout par la Traduction Françoife de l'Apotheofe
de l'Empereur Claude par Se-
-neque avec des Notes.b
On a trouvé à Smyrne, une
ancienne Inſcription Grecque
qui donne de l'exercice à tous
les Antiquaires. C'eſt une Epitaphe
GALANT 73
taphe pour Heria Th:fbé , qui
eft qualifiée Monodiaria. C'eſt
unterme de Muſique qui fignifioit une femme qui chantoit
feule fur le Theatre. L'Auteur
de cette Epitaphe cft nommé
Choroula , c'est- à-dire Muficien , qui joüoit de la Flute pendant les chants du Choeur.
L'affemblage des voix & des
inftrumens,faifoit un des principaux agrémens des Pieces de
Theatre, & comme le dit Seneque , on ne diſtinguoit la
voix de perfonne en particulier , mais le concert de toutes
les voix charmoit les oreilles.
Avril 1710.0 G
74 MERCURE
Plufieurs Antiquaires d'Alle
magne ont publié leurs conjectures fur cette Infcription ;
mais celle qui a paru la plus autoriféc & qui a eu jufqu'à prefent le plus de partifans eft celle de Mr Gutberletti de Francker, qui a cette occafion a publié une fçavante Differtation
où il traite à fond la matiere
qui regarde les Joueurs de Flutes de Anciens. Il parle entreautres d'un certain Joueur
nommé Canus qui fit tant de
plaifir à l'Empereur Galba en
joüant de ſon inſtrument , que
c Prince luy donna defa pro-
GALANT 75
pre main cinq deniers , plutoſt
fans doute , pour luy tenir lieu
d'approbation que commeune
récompenſe. Mr Gutberlethi
parla avec beaucoup d'étenduë de la Mufique & du Chœur
des Anciens ; & il conclud que
Heria Thifbé à qui l'Infcription eſt conſacrée , eftoit une
Chanteufe , &nullement la celebre Thiſbé tant chantée par
Ovide à caufe de fes amours
& dela mort funefte avec Pyrame. Mr Gutberlethi cite
pour garent de fon fentiment
le celebre Guiter , qui dans fon
Treforparle de cette belle ChanGij
76 MERCURE
teufe à qui il donne de grandes loüanges. Cet Auteur rapporte quantité d'Infcriptions
qui fortifient fon ſentiment.
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Résumé : Articles contenant plusieurs curiositez qui peuvent instruire le Public & luy faire plaisir. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs objets antiques et leurs significations historiques. Une pierre gravée en creux, montée en bague, est décrite comme un chef-d'œuvre de l'art. Cette cornaline transparente, gravée par Mlle Cheron et estampée par Mr Picard, aurait appartenu à Michel-Ange et Raphaël. Elle a été acquise par le roi après avoir appartenu à plusieurs collectionneurs, dont Mr Bagarris et Mr Lothier. Une estampe de cette pierre a été publiée dans le Journal des Sçavans et les Mémoires de Trevoux, mais des divergences entre l'estampe et la pierre originale ont conduit Mr Moreau de Mautour à publier une nouvelle estampe plus exacte. La gravure représente une fête en l'honneur de Bacchus, montrant le dieu allaité par Ino, sa nourrice, ainsi que d'autres figures mythologiques comme Silène, un satyre, des nymphes et des bacchantes. Apollon est également présent, confondu avec Bacchus par les Égyptiens et les Grecs. La scène inclut des éléments comme des corbeilles de fleurs et de fruits, des instruments de musique et des victimes sacrificielles. Le texte mentionne également la découverte d'un trésor de médailles romaines, comprenant des pièces du bas Empire, jugées aussi instructives que celles du haut Empire. Ces médailles, trouvées dans la terre d'un gentilhomme, commencent avec l'empereur Valérien et se terminent avec Aurélien, couvrant le règne de six ou sept empereurs et incluant des princes ayant régné sur des provinces spécifiques. Enfin, le texte évoque une petite figure de bronze représentant un jeune homme servant à boire, interprétée par le Père Poupart comme une imitation de la fable de Jupiter et Ganymède. Une inscription grecque trouvée à Smyrne, dédiée à une chanteuse de théâtre nommée Heria Thisfbé, est également mentionnée, ainsi que les conjectures des antiquaires allemands sur cette inscription.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 503-524
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Début :
MILORD, L'amour que vous avez pour l'Histoire & surtout pour les nouvelles découvertes [...]
Mots clefs :
Carausius, Auguste, Médailles, Médaille, Cohortes, Empereur, Gloire, Légion, Taureaux, Bretagne, Cabinet, Bélier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
EXPLICATION des Médailles qui font
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
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Résumé : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, médecin, est une explication des médailles mentionnant les cohortes et les différentes légions de l'empereur Carausius, adressée à Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande. Genebrier, motivé par l'intérêt de Milord Carteret pour l'histoire et les découvertes liées à la gloire de la nation, entreprend de rédiger une histoire métallique de Carausius, l'un des plus grands conquérants de l'Angleterre. Il cherche à célébrer les instruments des victoires de Carausius, notamment les légions qui ont combattu sous ses étendards. Le document liste plusieurs légions et leurs caractéristiques : 1. **Légion I** : Représente l'empereur César Carausius, pieux, heureux et auguste, couronné de lauriers. 2. **Légion VIII Augusta** : Symbolisée par un taureau, elle est l'une des plus anciennes légions, formée par Auguste. Elle a combattu sous Carausius contre les Germains, lui valant le titre de Germanicus Maximus. 3. **Légion II Augusta** : Trouvée dans des fragments de briques et des médailles, elle était en quartier d'hiver en Haute-Bretagne. 4. **Légion VII Claudia** : Appelée Claudienne, elle était fidèle à Claude et a soutenu ses partis contre Scribonien. Elle est symbolisée par un taureau. 5. **Légion IX Gemina** : Formée de deux légions fusionnées, elle est également symbolisée par un taureau. 6. **Légion IV Flavia** : Symbolisée par un lion, elle a été placée en Syrie par Vespasien pour maintenir l'ordre. Ces légions sont mentionnées dans diverses médailles et inscriptions, permettant de fixer le nombre approximatif des troupes de Carausius. Le texte mentionne également des médailles et des fragments trouvés dans divers cabinets et collections, confirmant l'existence et les actions de ces légions. Une médaille rapportée par le jeune Philippe présente sur une face la tête de ce prince et sur l'autre les lettres initiales G.F.P.D., signifiant Colonia Flavia Pacensis Deultana, formée des vétérans de la quatrième Légion Flavienne. Cette légion est également mentionnée dans une inscription antique trouvée à Pesaro, où elle est désignée comme patronne des colonies de Pesaro et de Fano. Le texte évoque également plusieurs légions de Carausius, identifiées par des symboles animaux comme le bélier, le taureau, et le capricorne. La huitième Légion, peut-être invicta, est marquée par un bélier, symbole de liberté et de défense du domaine ancestral. La sixième Légion est représentée par un capricorne, symbole de bonne fortune. Le texte note que sept légions de Gallien portaient le même signe du capricorne, et que la seconde Légion Augusta, stationnée en Bretagne, pourrait être celle représentée sur la médaille de Carausius. Enfin, le texte mentionne les cohortes prétoriennes de Carausius, composées de quatre mille hommes en quatre cohortes, et discute de l'armée de Carausius, estimée à soixante-quatre mille hommes, incluant les troupes auxiliaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
9
p. 1400
« On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
Début :
On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...]
Mots clefs :
Canons, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
On aprend de Londres que des Ou
vriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital
de S. Barthelem , trouverent une
Boëte dans laquelle il y avoit cent Médailles
d'argent , du Roy Henri I. qui
fonda cet Hopital il y a environ 600 ans .
M. Thomas , Ingenieur du Roy , qui
a inventé les nouveaux Canons donton a
déja parlé , a auffi fait fabriquer depuis
peu une Machine où il y a trois Canons
aufquels on peut mettre le feu par une
feule lumiere , & qui tirent à la fois trois
Boulets de deux livres chacun . On doit
faire l'épreuve de cette Machine , que
deux hommes peuvent tranfporter ailément.
vriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital
de S. Barthelem , trouverent une
Boëte dans laquelle il y avoit cent Médailles
d'argent , du Roy Henri I. qui
fonda cet Hopital il y a environ 600 ans .
M. Thomas , Ingenieur du Roy , qui
a inventé les nouveaux Canons donton a
déja parlé , a auffi fait fabriquer depuis
peu une Machine où il y a trois Canons
aufquels on peut mettre le feu par une
feule lumiere , & qui tirent à la fois trois
Boulets de deux livres chacun . On doit
faire l'épreuve de cette Machine , que
deux hommes peuvent tranfporter ailément.
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Résumé : « On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
Des ouvriers ont trouvé cent médailles d'argent du roi Henri Ier dans le Cloître de l'Hôpital de Saint-Barthélemy à Londres. M. Thomas a inventé une machine militaire avec trois canons, tirant trois boulets de deux livres chacun avec une seule source de lumière. La machine est transportable par deux hommes et sera bientôt testée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1607
« Le Wetsteins & Smith, Libraires à Amsterdam, ont achevé la magnifique impression [...] »
Début :
Le Wetsteins & Smith, Libraires à Amsterdam, ont achevé la magnifique impression [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquaires
11
p. 2467-2468
Suite des Médailles du Roy.
Début :
Voici trois Médailles qui ont été frappées & dont nous avons à rendre compte. La premiere [...]
Mots clefs :
Médailles, Roi, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Médailles du Roy.
Suite des Médailles du Roy.
Voici trois Médailles qui ont été frappées &
'dont nous avons à rendre compte. La premiere
cft pour les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel.
On y voit d'un côté la Figure de S. Michel , terraffant
le Diable , telle qu'on la voit fur le Sceau
de l'Ordre , & autour le Cordon ordinaire , avec
ces mots : REGIUS SANCTI MICHAELIS ORDO
M. DCC. XXI X. Et fur le Revers le grand
évenement de la même année : la Naiffance du
Dauphin. Ce même Revers fe trouve gravé dans
le Mercure du mois de Septembre 1729. feconde
Partie , page 2318.
La feconde Médaille a été frappée à l'occaſion
de l'hommage rendu au Roi par le Duc de Lor
raine , à cauſe de la Duché de Bar. On voit d'un
côté la tête du Roi couronnée de Lauriers avec la
Legende ordinaire : LUDOVICUS XV. REX
CHRISTIANISSIMUS , & fur le Revers le
Duc de Lorraine à genoux fur un Carreau aux
pieds du Roi , tête nuë , & fans épée , tenant les
mains jointes entre celles de S. M. affife dans un
Fauteuil , pour Legende : HOMAGIUM LIGIUM
FRANCISCI STEPHANI LOTHARINGIE DUCIS
OB DUCATUM BARRENSEM. Exergue. 1. Fi-
BRUARII M. DCC. XXX.
La
2468 MERCURE DE FRANCE
La troifiéme Médaille dont nous donnons ići
le Revers en taille - douce,eft la derniere qui ait été
frappée pour le Roi ; elle fut préfentée à Sa Majesté
le premier jour de cette année 1730. On y voit d'un
côté le Bufte de cet augufte Prince, la tête couronnée
de Laurier , avec la Legende ordinaire : LUDO
VICUS XV . REX CHRISTIANISSIMUS . Et dans le
champ duRevers cette Infcription : SALUS DOMUS
AUGUSTE PROPAGO IMPERII . POPULORUM
FELICITAS. A L'EXERGUE M. DCC XXX.
Voici trois Médailles qui ont été frappées &
'dont nous avons à rendre compte. La premiere
cft pour les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel.
On y voit d'un côté la Figure de S. Michel , terraffant
le Diable , telle qu'on la voit fur le Sceau
de l'Ordre , & autour le Cordon ordinaire , avec
ces mots : REGIUS SANCTI MICHAELIS ORDO
M. DCC. XXI X. Et fur le Revers le grand
évenement de la même année : la Naiffance du
Dauphin. Ce même Revers fe trouve gravé dans
le Mercure du mois de Septembre 1729. feconde
Partie , page 2318.
La feconde Médaille a été frappée à l'occaſion
de l'hommage rendu au Roi par le Duc de Lor
raine , à cauſe de la Duché de Bar. On voit d'un
côté la tête du Roi couronnée de Lauriers avec la
Legende ordinaire : LUDOVICUS XV. REX
CHRISTIANISSIMUS , & fur le Revers le
Duc de Lorraine à genoux fur un Carreau aux
pieds du Roi , tête nuë , & fans épée , tenant les
mains jointes entre celles de S. M. affife dans un
Fauteuil , pour Legende : HOMAGIUM LIGIUM
FRANCISCI STEPHANI LOTHARINGIE DUCIS
OB DUCATUM BARRENSEM. Exergue. 1. Fi-
BRUARII M. DCC. XXX.
La
2468 MERCURE DE FRANCE
La troifiéme Médaille dont nous donnons ići
le Revers en taille - douce,eft la derniere qui ait été
frappée pour le Roi ; elle fut préfentée à Sa Majesté
le premier jour de cette année 1730. On y voit d'un
côté le Bufte de cet augufte Prince, la tête couronnée
de Laurier , avec la Legende ordinaire : LUDO
VICUS XV . REX CHRISTIANISSIMUS . Et dans le
champ duRevers cette Infcription : SALUS DOMUS
AUGUSTE PROPAGO IMPERII . POPULORUM
FELICITAS. A L'EXERGUE M. DCC XXX.
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12
p. 574-575
SUITE des Medailles du Roy.
Début :
LA derniere Médaille qui a été frappée pour le Roy [...]
Mots clefs :
Médailles, Gravure, Duc d'Anjou
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Medailles du Roy.
SUITE des Medailles du Roy.
A derniere Médaille qui a été frappée pour le
Roy et dont nous donnons ici la gravure ,
fût présentée à S. M. le premier jour de cette Année.
D'un côté on voit la Tête de cet Auguste
Prince couronnée de Laurier , avec la Légende
ordinaire. Nous avons déja donné cette face. Et
sur le revers la France assise et caracterisée par
ses Attributs , tient sur son bras droit LE DUC
' ANJOU , et embrasse de l'autre le DAUPHIN
qui
MARS. 173.1. 575
qui est représenté debout entre ses genoux. Legende
NovUM PERENNITATIS PIGNUS et dans
l'Exergue Dux ANDEGAVENSIS NATUS XXX.
AUGUSTI M. DCC . XXX.
A derniere Médaille qui a été frappée pour le
Roy et dont nous donnons ici la gravure ,
fût présentée à S. M. le premier jour de cette Année.
D'un côté on voit la Tête de cet Auguste
Prince couronnée de Laurier , avec la Légende
ordinaire. Nous avons déja donné cette face. Et
sur le revers la France assise et caracterisée par
ses Attributs , tient sur son bras droit LE DUC
' ANJOU , et embrasse de l'autre le DAUPHIN
qui
MARS. 173.1. 575
qui est représenté debout entre ses genoux. Legende
NovUM PERENNITATIS PIGNUS et dans
l'Exergue Dux ANDEGAVENSIS NATUS XXX.
AUGUSTI M. DCC . XXX.
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Résumé : SUITE des Medailles du Roy.
Le texte décrit une médaille royale offerte au roi le premier jour de l'année. Elle montre le roi couronné de laurier sur une face. Sur l'autre face, la France est assise, tenant le duc d'Anjou et embrassant le dauphin. La légende indique 'NovUM PERENNITATIS PIGNUS' et l'exergue précise 'Dux ANDEGAVENSIS NATUS XXX. AUGUSTI M. DCC. XXX.'
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13
p. 745-747
Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Florence, qu'on y a entrepris, non [...]
Mots clefs :
Florence, Museum Florentinum, Gravures, Souscription, Planches gravées, Statues de marbre, Bustes, Monuments en bronze, Médailles, Portraits
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texteReconnaissance textuelle : Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
On écrit de Florence , qu'on y a entrepris
, non -seulement de faire graver
tout ce que renferme de Monumens d'Antiquité
le Cabinet du Grand Duc , mais
encore tout ce qui se trouve de rare et
de précieux en ce genre dans les Cabinets
et dans les Maisons des Particuliers
à Florence. Michel Nestenus et François
Moucke , sont actuellement chargez de
l'impression des Estampes , lesquelles seront
accompagnées des Explications de
M. Gori , celebre Professeur en Histoire.
Ce curieux Recueil doit paroître sous
le titre de Museum Florentinum ; il sera
de dix Volumes in folio , grand papier
Imperial , et chaque Volume contiendra
au moins cent Planches gravées , sans
compter les Explications qui seront imprimées
séparément.
F Les
746 MERCURE DE FRANCE
Les deux premiers Volumes renferme
ront les Pierres gravées antiques de toute
espece.
Le troisiéme sera destiné pour les Statuës
de Marbre , arrangées dans un ordre
convenable.
Le quatrième pour les Bustes,
Le cinquième pour les petites Statuës
et autres Monumens en bronze.
Les sixième , septième et huitiéme comprendront
les Médailles choisies et les
plus rares , sur tout celles qui n'ont point
encore parû.
Dans le neuvième et dixième , seront
les Portraits des plus fameux Peintres qui
se sont peints eux -mêmes , et dont les
Originaux font l'ornement du Palais Mcdicis,
Toutes les Planches qui composent ce
Recueil , seront dessinées par un habile
Maître , et gravées par les plus excellens
Graveurs d'Italie , qui doivent les graver
d'après les Originaux,
Comme cette entreprise est d'une grande
dépense , on a jugé à propos de proposer
l'Ouvrage par souscription ; mais
avant que de s'engager dans de plus grands
frais , on ne propose actuellement que
les deux premiers Volumes qui sont déja
presque achevez , et pour la souscription
desquels on demande 18. écus , monnoye
de
AVRIL. 1731. 747
de Florence . On payera six écus en souscrivant
, six autres en recevant l'Exemplaire
du premier Volume , et le reste en
recevant l'Exemplaire du second. Il n'y
auta en tout que 300. Souscriptions , et
da Souscription ne sera ouverte que jusqu'à
la fin du mois de Juin prochain.
Il faut s'adresser à M. Vittorio Francheschini
, Marchand à Florence , ou à quelqu'autre
Négociant , en faisant remettre
les fonds sans frais.
Comme ces differens Volumes contiennent
des sujets qui n'ont aucun rapport
entr'eux , et qui ne font point de suite
on sera libre de les acheter séparément ,
en observant cependant de ne point diviser
les deux Volumes de Pierres gravées
, les trois Volumes de Médailles et
les deux de Portraits.
, non -seulement de faire graver
tout ce que renferme de Monumens d'Antiquité
le Cabinet du Grand Duc , mais
encore tout ce qui se trouve de rare et
de précieux en ce genre dans les Cabinets
et dans les Maisons des Particuliers
à Florence. Michel Nestenus et François
Moucke , sont actuellement chargez de
l'impression des Estampes , lesquelles seront
accompagnées des Explications de
M. Gori , celebre Professeur en Histoire.
Ce curieux Recueil doit paroître sous
le titre de Museum Florentinum ; il sera
de dix Volumes in folio , grand papier
Imperial , et chaque Volume contiendra
au moins cent Planches gravées , sans
compter les Explications qui seront imprimées
séparément.
F Les
746 MERCURE DE FRANCE
Les deux premiers Volumes renferme
ront les Pierres gravées antiques de toute
espece.
Le troisiéme sera destiné pour les Statuës
de Marbre , arrangées dans un ordre
convenable.
Le quatrième pour les Bustes,
Le cinquième pour les petites Statuës
et autres Monumens en bronze.
Les sixième , septième et huitiéme comprendront
les Médailles choisies et les
plus rares , sur tout celles qui n'ont point
encore parû.
Dans le neuvième et dixième , seront
les Portraits des plus fameux Peintres qui
se sont peints eux -mêmes , et dont les
Originaux font l'ornement du Palais Mcdicis,
Toutes les Planches qui composent ce
Recueil , seront dessinées par un habile
Maître , et gravées par les plus excellens
Graveurs d'Italie , qui doivent les graver
d'après les Originaux,
Comme cette entreprise est d'une grande
dépense , on a jugé à propos de proposer
l'Ouvrage par souscription ; mais
avant que de s'engager dans de plus grands
frais , on ne propose actuellement que
les deux premiers Volumes qui sont déja
presque achevez , et pour la souscription
desquels on demande 18. écus , monnoye
de
AVRIL. 1731. 747
de Florence . On payera six écus en souscrivant
, six autres en recevant l'Exemplaire
du premier Volume , et le reste en
recevant l'Exemplaire du second. Il n'y
auta en tout que 300. Souscriptions , et
da Souscription ne sera ouverte que jusqu'à
la fin du mois de Juin prochain.
Il faut s'adresser à M. Vittorio Francheschini
, Marchand à Florence , ou à quelqu'autre
Négociant , en faisant remettre
les fonds sans frais.
Comme ces differens Volumes contiennent
des sujets qui n'ont aucun rapport
entr'eux , et qui ne font point de suite
on sera libre de les acheter séparément ,
en observant cependant de ne point diviser
les deux Volumes de Pierres gravées
, les trois Volumes de Médailles et
les deux de Portraits.
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Résumé : Museum Florentinum. Le Cabinet du Grand Duc &c, en Estampes, [titre d'après la table]
À Florence, une initiative vise à graver et publier les monuments antiques et objets rares des collections du Grand Duc et de particuliers. Michel Nestenus et François Moucke sont responsables de l'impression des estampes, accompagnées des explications du professeur Gori. Le recueil, intitulé 'Museum Florentinum', comportera dix volumes in-folio sur grand papier impérial, chaque volume contenant au moins cent planches gravées et des explications imprimées séparément. Les deux premiers volumes présenteront les pierres gravées antiques. Le troisième volume sera dédié aux statues de marbre, le quatrième aux bustes, et le cinquième aux petites statues et monuments en bronze. Les sixième, septième et huitième volumes incluront des médailles rares, tandis que les neuvième et dixième volumes contiendront des portraits de peintres célèbres. Toutes les planches seront dessinées par un maître et gravées par des graveurs italiens renommés. En raison des coûts élevés, l'ouvrage est proposé par souscription. Actuellement, seuls les deux premiers volumes, presque achevés, sont proposés à la souscription au prix de 18 écus, avec des paiements en trois versements. Seules 300 souscriptions seront acceptées, et la souscription sera ouverte jusqu'à la fin du mois de juin. Les souscriptions peuvent être faites auprès de M. Vittorio Francheschini à Florence ou d'un autre négociant, sans frais de transfert des fonds. Les volumes peuvent être achetés séparément, à condition de ne pas diviser les volumes de pierres gravées, de médailles et de portraits.
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14
p. 1160
DANNEMARCK.
Début :
On doit publier un nouveau Réglement touchant les fonctions de ceux qui ont rang au [...]
Mots clefs :
Règlement, Couronnement du roi, Médailles, Ministres étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
chant les fonctions de ceux qui ont rang au
Couronnement du Roy , et on a fait frapper à
cette occasion 300co. Risdales de Médailles
d'or , pour être distribuées aux Ministres Etrangers,
aux Seigneurs de la Cour , et à la principale
Noblesse . On en frappe actuellement en argent ,
pour donner aux Bourgeois de Coppenhague ,
Suivant l'ancien usage.
doit nouveau
Le Roy a chargé M. de Gram , Grand-Veneur
du Royaume , de choisir douze des plus beaux
Chevaux de ses Haras , et plusieurs Chiens de
Chasse , dont S M. a dessein de faire présent an
Roy Tres- Chrétien.
On a reçu avis que la moitié de la Ville de Rotschild
, où est la Sépulture des Rois de Dannemarck
, avoit été réduite en cendres au commencement
du mois dernier.
Couronnement du Roy , et on a fait frapper à
cette occasion 300co. Risdales de Médailles
d'or , pour être distribuées aux Ministres Etrangers,
aux Seigneurs de la Cour , et à la principale
Noblesse . On en frappe actuellement en argent ,
pour donner aux Bourgeois de Coppenhague ,
Suivant l'ancien usage.
doit nouveau
Le Roy a chargé M. de Gram , Grand-Veneur
du Royaume , de choisir douze des plus beaux
Chevaux de ses Haras , et plusieurs Chiens de
Chasse , dont S M. a dessein de faire présent an
Roy Tres- Chrétien.
On a reçu avis que la moitié de la Ville de Rotschild
, où est la Sépulture des Rois de Dannemarck
, avoit été réduite en cendres au commencement
du mois dernier.
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Résumé : DANNEMARCK.
Lors du couronnement, 300 écus de médailles d'or ont été distribués aux ministres étrangers, seigneurs et noblesse. Des médailles en argent sont offertes aux bourgeois de Copenhague. Le roi a chargé M. de Gram de sélectionner des chevaux et chiens de chasse pour le roi Très-Chrétien. La moitié de Roskilde a été détruite par un incendie.
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15
p. 1207-1213
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
Début :
J'ay toûjours differé à vous parler d'une découverte qui fut faite près de cette [...]
Mots clefs :
Découverte, Vaux, Rivière d'Yonne, Fourche de fer, Urne, Médailles, Auxerre, Histoire ecclésiastique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
EXTRAITF d'une Lettre écrite d'Au
xerre à M. D. L. R. au mois d'Avril
1731. par M.L. B. C. S. sur une Urne
et des Médailles trouvées.
. د ه د ه د د
BadaB& AD
differé à vous d'une
découverte qui fut faite près de cette
Ville la veille de laFête de S. Pierre dernie
"re , c'est- à- dire le 28. Juin 1730. dans le
territoire d'un Village appellé Vaux , à
une lieuë d'ici , sur le bord de la Riviere
d'Yone. Un Laboureur préparant une
terre pour la semaille prochaine , le Soc
de sa Charuë rencontra un ferrement qui
l'arrêta. Il voulut tirer ce ferrement qui
étoit placé perpendiculairement en terre,
mais il ne put en venir à bout qu'en creu
I. Vol.
A iij sant
1208 MERCURE DE FRANCE
sant dans l'endroit ; l'ayant arraché de ce
lieu , il reconnut par le bout qui étoit
plus avant dans la terre , que c'étoit une
fourche de fer à trois fourchons , longue
d'environ deux pieds : elle a depuis été
cassée en trois pieces , et il n'a resté que
le bout des trois fourchons que ce Paysan.
m'a mis entre les mains . On y trouva
aussi un autre Instrument de fer
que je
n'ai pû voir , et qu'il juge avoir servi à
attiser un foyer de charbons . Comme les,
pointes de la fourche aboutissoient à une
grosse pierre , il crut qu'il y avoit cous
cette pierre brute quelque chose de pré
cieux. Mais l'ayant levée , il n'y trouva
d'autre trésor que des cendres , des frag
mens d'une Urne de terre de couleur grise
cendrée , et quelques restes d'Ossemens ,
avec du charbon , er dix Médailles de
Bronze , dont il y en avoit d'épanchées
dans les terres que la pioche remua.
J
Etant allé sur le lieu , je ramassai les
fragmens d'Urne que le Laboureur avoit
méprisez les examinant ensuite , je fus.
assez surpris de trouver parmi ces frag
mens deux morceaux de crâne humain ..
La matiere poreuse qui cause leur legere
té me servit à les distinguer tout aussi
tôt du reste de ce que j'avois ramassé , et
les ayant frottés , je découvris qu'il y en
1. Vol.
JUI N. 1737. 1209
a un qui a encore conservé jusqu'à pre
sent la couleur que le feu lui a donnée
et celui- la sonne comme un morceau de
terre cuite.
A cette occasion j'ai voulu relire ce que
le sçavant Abbé des Thuilleries fit impri
mer contre M. Capperon en 1722. dans
le Mercure de Juin touchant la cessation
de l'usage de bruler les corps humains.
Quoique je ne fusse point porté à suivre
le sentiment de M. Capperon , qui croit
que l'usage de bruler les corps morts n'a
point passé le temps des Antonins , et
que ce furent eux qui l'abrogerent , j'en
suis encore plus éloigné que jamais depuis
cette découverte , et ce qui m'autorise à
préferer le sentiment de M. l'Abbé des
Thuilleries , qui soutient après Kirchman
que la coutume de bruler le corps des
deffunts duroit encore au troisiéme siecle ,
est que le corps qui a été brulé sur le
Rivage oriental de notre Riviere , et dont
j'ai vu les foibles restes , est surement
d'un Payen qui vivoit du temps de Pos
tume. Il est vrai que lorsqu'on eut re
mué la terre de ce lieu , on reconnut
parmi les Médailles qu'on y ramassa qu'il
y en avoit quelques-unes du premier et du
second siecle , mais il s'y en trouva aussi
du troisiéme , et ces dernieres étoient
L. Vol. A iiij
même
1210 MERCURE DE FRANCE
même en plus grand nombre. L'une étoit
de l'Empereur Hadrien , une autre d'An
tonin le Preux , l'une de Marc- Aurele ,
trois des plus effacées qui ont été dissi
pées , je n'ai pû les voir ; mais j'ai recou
vré les quatre principales de cette petite
quantité elles sont toutes de Posthume,
en grand et moyen Bronze , et deux de
celles qui sont en grand Bronze ont pour
Legende LAETITIA AUG. avec le
Vaisseau Prétorien , et de ces deux l'une
est si belle , quoique peu épaisse , qu'on
diroit qu'elle sort des mains de l'Ouvrier,
car le Paysan qui m'a vendu trois de ces
Posthumes , avoit cru bien faire de les
éclaircir et d'en ôter la roüille . Je ne sçai si
ce Vaisseau auroit quelque rapport à la Na
vigation de la Riviere d'Yone. J'en laisse
la décision à d'autres . Permettez que j'ap
puye encore ici en passant un article de la
défense que l'Abbé des Thuilleries a faite
du sentiment de M.Huet , Evêque d'Avran
ches ,sur l'origine du nom d'Eu.Le premier
Village au- dessus d'Auxerre en remontant
le long de la Riviere , à gauche , s'appelle
Augy , et justement c'est un Pays de Plai
ne et de Prairies. C'est donc encore un
exemple qui peut être cité avec les au
tres dont ce sçavant Prélat , aussi-bien que
M. Du Cange , s'autorisent pour assurer
B
I. Vala que
JUIN. 1731 . 1211
on
>
que les mots au , auu , auve , en , o
оии , verifient par la situation des lieux
dans le nom desquels il entre une de ces syl
labes , que ces noms viennent de l'ancien
langage Teutonique , parce qu'encore de
nos jours en langage Alleman ces mots si
gnifient un Pré. L'article du Glossaire est
court ; mais il me paroît formel par le
moyen du Texte qu'il allegue de la vie
de S. Colman , où il est parlé ainsi d'une
Eglise bâtie dans une Prairie : Est autem
prope Danubium quædam speciosa et delec
tabilis Augia , in qua noviter constructa
fuit Basilica d'où M. Du Cange a eu bien
raison d'inferer que par Augia il faut en
tendre une Prairie située sur le bord d'u
ne Riviere , ou entourée d'un Fleuve : Au
gia campus pascuus amni adjacens veľ
amne circumfusus , eu Germanico Au vel
Auw. Au-dessus du Village de notre Au
gy , la Plaine devient labourable , et ce
n'est qu'à un quart de lieuë delà que se
trouve le Vaax en question , si toutefois
il faut l'écrire ainsi : car je suis porté à
croire que c'est l'ancien Uno , nom indé
cliné , dont la vie de S. Aunaire , Evêque
d'Auxerre , écrite au VII , ou VIII . siecle,
dit que c'étoit un Village situé tout pro
che Auxerre , dans lequel il y avoit une
Fontaine dont les eaux faisoient bouil
1. Vol "Av lonnet
212 MERCURE DE FRANCE
'onner le sable , et qui étoit de profondeur
à noyer un homme : en effet tout cela se
trouve veritable à Augy , où l'on voit l'u
ne des plus spacieuses sources qui soit bien
loin d'ici.
Au reste, Monsieur , si j'avois été dans le
pays dans le temps de la découverte faite à
Vaux , je m'y serois transporté dès le jour
ou le lendemain , et j'aurois pû vous.en.
rendre un compte plus détaillé. Mais vous
vous ressouviendrez que j'étois alors en
route dans le Berry , tant pour me dé
lasser des fatigues attachées à ma fonction,
que pour vérifier , en chemin faisant , un
point de l'Histoire Ecclesiastique de ce
Diocèse , et éclaircir un endroit de l'His
toire de S. Grégoire de Tours , sur lequel
je crois qu'on a été jusqu'ici dans l'erreur.
Quelque perite qu'ait été la découverte
faite à Vaux, elle a été très - publique dans
le lieu . Le Curé de la Paroisse en est té
moin , aussi bien qu'un grand nombre de .
Paysans ausquels j'ai parlé , et qui sont
tous d'accord sur le fait. Ce n'est point de
ces découvertes controuvées dont on ne
peut montrer les effets , ni produire au
cun témoin , telle est celle * qu'on
Cette prétendu Découverte se trouve dans
le Journal de Verdun , du mois de Novembre
1727 page 3261
ty
La Vol.
JUIN. 1731. 1213
a supposé il y a quelques années avoit été
faite dans un petit Village du Diocèse de
Sens , à quelques lieues d'ici , dans la
quelle tout a été également invisible
Pierre, Inscription et Médailles.Heureuse
ment , Monsieur , ce n'est point votre
Journal qui en a été la duppe. Je plains
ceux qui sont si mal servis , et je suis , &c.
xerre à M. D. L. R. au mois d'Avril
1731. par M.L. B. C. S. sur une Urne
et des Médailles trouvées.
. د ه د ه د د
BadaB& AD
differé à vous d'une
découverte qui fut faite près de cette
Ville la veille de laFête de S. Pierre dernie
"re , c'est- à- dire le 28. Juin 1730. dans le
territoire d'un Village appellé Vaux , à
une lieuë d'ici , sur le bord de la Riviere
d'Yone. Un Laboureur préparant une
terre pour la semaille prochaine , le Soc
de sa Charuë rencontra un ferrement qui
l'arrêta. Il voulut tirer ce ferrement qui
étoit placé perpendiculairement en terre,
mais il ne put en venir à bout qu'en creu
I. Vol.
A iij sant
1208 MERCURE DE FRANCE
sant dans l'endroit ; l'ayant arraché de ce
lieu , il reconnut par le bout qui étoit
plus avant dans la terre , que c'étoit une
fourche de fer à trois fourchons , longue
d'environ deux pieds : elle a depuis été
cassée en trois pieces , et il n'a resté que
le bout des trois fourchons que ce Paysan.
m'a mis entre les mains . On y trouva
aussi un autre Instrument de fer
que je
n'ai pû voir , et qu'il juge avoir servi à
attiser un foyer de charbons . Comme les,
pointes de la fourche aboutissoient à une
grosse pierre , il crut qu'il y avoit cous
cette pierre brute quelque chose de pré
cieux. Mais l'ayant levée , il n'y trouva
d'autre trésor que des cendres , des frag
mens d'une Urne de terre de couleur grise
cendrée , et quelques restes d'Ossemens ,
avec du charbon , er dix Médailles de
Bronze , dont il y en avoit d'épanchées
dans les terres que la pioche remua.
J
Etant allé sur le lieu , je ramassai les
fragmens d'Urne que le Laboureur avoit
méprisez les examinant ensuite , je fus.
assez surpris de trouver parmi ces frag
mens deux morceaux de crâne humain ..
La matiere poreuse qui cause leur legere
té me servit à les distinguer tout aussi
tôt du reste de ce que j'avois ramassé , et
les ayant frottés , je découvris qu'il y en
1. Vol.
JUI N. 1737. 1209
a un qui a encore conservé jusqu'à pre
sent la couleur que le feu lui a donnée
et celui- la sonne comme un morceau de
terre cuite.
A cette occasion j'ai voulu relire ce que
le sçavant Abbé des Thuilleries fit impri
mer contre M. Capperon en 1722. dans
le Mercure de Juin touchant la cessation
de l'usage de bruler les corps humains.
Quoique je ne fusse point porté à suivre
le sentiment de M. Capperon , qui croit
que l'usage de bruler les corps morts n'a
point passé le temps des Antonins , et
que ce furent eux qui l'abrogerent , j'en
suis encore plus éloigné que jamais depuis
cette découverte , et ce qui m'autorise à
préferer le sentiment de M. l'Abbé des
Thuilleries , qui soutient après Kirchman
que la coutume de bruler le corps des
deffunts duroit encore au troisiéme siecle ,
est que le corps qui a été brulé sur le
Rivage oriental de notre Riviere , et dont
j'ai vu les foibles restes , est surement
d'un Payen qui vivoit du temps de Pos
tume. Il est vrai que lorsqu'on eut re
mué la terre de ce lieu , on reconnut
parmi les Médailles qu'on y ramassa qu'il
y en avoit quelques-unes du premier et du
second siecle , mais il s'y en trouva aussi
du troisiéme , et ces dernieres étoient
L. Vol. A iiij
même
1210 MERCURE DE FRANCE
même en plus grand nombre. L'une étoit
de l'Empereur Hadrien , une autre d'An
tonin le Preux , l'une de Marc- Aurele ,
trois des plus effacées qui ont été dissi
pées , je n'ai pû les voir ; mais j'ai recou
vré les quatre principales de cette petite
quantité elles sont toutes de Posthume,
en grand et moyen Bronze , et deux de
celles qui sont en grand Bronze ont pour
Legende LAETITIA AUG. avec le
Vaisseau Prétorien , et de ces deux l'une
est si belle , quoique peu épaisse , qu'on
diroit qu'elle sort des mains de l'Ouvrier,
car le Paysan qui m'a vendu trois de ces
Posthumes , avoit cru bien faire de les
éclaircir et d'en ôter la roüille . Je ne sçai si
ce Vaisseau auroit quelque rapport à la Na
vigation de la Riviere d'Yone. J'en laisse
la décision à d'autres . Permettez que j'ap
puye encore ici en passant un article de la
défense que l'Abbé des Thuilleries a faite
du sentiment de M.Huet , Evêque d'Avran
ches ,sur l'origine du nom d'Eu.Le premier
Village au- dessus d'Auxerre en remontant
le long de la Riviere , à gauche , s'appelle
Augy , et justement c'est un Pays de Plai
ne et de Prairies. C'est donc encore un
exemple qui peut être cité avec les au
tres dont ce sçavant Prélat , aussi-bien que
M. Du Cange , s'autorisent pour assurer
B
I. Vala que
JUIN. 1731 . 1211
on
>
que les mots au , auu , auve , en , o
оии , verifient par la situation des lieux
dans le nom desquels il entre une de ces syl
labes , que ces noms viennent de l'ancien
langage Teutonique , parce qu'encore de
nos jours en langage Alleman ces mots si
gnifient un Pré. L'article du Glossaire est
court ; mais il me paroît formel par le
moyen du Texte qu'il allegue de la vie
de S. Colman , où il est parlé ainsi d'une
Eglise bâtie dans une Prairie : Est autem
prope Danubium quædam speciosa et delec
tabilis Augia , in qua noviter constructa
fuit Basilica d'où M. Du Cange a eu bien
raison d'inferer que par Augia il faut en
tendre une Prairie située sur le bord d'u
ne Riviere , ou entourée d'un Fleuve : Au
gia campus pascuus amni adjacens veľ
amne circumfusus , eu Germanico Au vel
Auw. Au-dessus du Village de notre Au
gy , la Plaine devient labourable , et ce
n'est qu'à un quart de lieuë delà que se
trouve le Vaax en question , si toutefois
il faut l'écrire ainsi : car je suis porté à
croire que c'est l'ancien Uno , nom indé
cliné , dont la vie de S. Aunaire , Evêque
d'Auxerre , écrite au VII , ou VIII . siecle,
dit que c'étoit un Village situé tout pro
che Auxerre , dans lequel il y avoit une
Fontaine dont les eaux faisoient bouil
1. Vol "Av lonnet
212 MERCURE DE FRANCE
'onner le sable , et qui étoit de profondeur
à noyer un homme : en effet tout cela se
trouve veritable à Augy , où l'on voit l'u
ne des plus spacieuses sources qui soit bien
loin d'ici.
Au reste, Monsieur , si j'avois été dans le
pays dans le temps de la découverte faite à
Vaux , je m'y serois transporté dès le jour
ou le lendemain , et j'aurois pû vous.en.
rendre un compte plus détaillé. Mais vous
vous ressouviendrez que j'étois alors en
route dans le Berry , tant pour me dé
lasser des fatigues attachées à ma fonction,
que pour vérifier , en chemin faisant , un
point de l'Histoire Ecclesiastique de ce
Diocèse , et éclaircir un endroit de l'His
toire de S. Grégoire de Tours , sur lequel
je crois qu'on a été jusqu'ici dans l'erreur.
Quelque perite qu'ait été la découverte
faite à Vaux, elle a été très - publique dans
le lieu . Le Curé de la Paroisse en est té
moin , aussi bien qu'un grand nombre de .
Paysans ausquels j'ai parlé , et qui sont
tous d'accord sur le fait. Ce n'est point de
ces découvertes controuvées dont on ne
peut montrer les effets , ni produire au
cun témoin , telle est celle * qu'on
Cette prétendu Découverte se trouve dans
le Journal de Verdun , du mois de Novembre
1727 page 3261
ty
La Vol.
JUIN. 1731. 1213
a supposé il y a quelques années avoit été
faite dans un petit Village du Diocèse de
Sens , à quelques lieues d'ici , dans la
quelle tout a été également invisible
Pierre, Inscription et Médailles.Heureuse
ment , Monsieur , ce n'est point votre
Journal qui en a été la duppe. Je plains
ceux qui sont si mal servis , et je suis , &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
En juin 1730, près de la ville d'Auxerre, un laboureur découvrit une fourche de fer et des fragments d'une urne contenant des ossements humains et des médailles de bronze. Cette découverte eut lieu à Vaux, un village situé à une lieue d'Auxerre, sur le bord de la rivière d'Yonne. L'urne, de couleur grise cendrée, contenait également des cendres et du charbon. Parmi les médailles, certaines datent des premier, deuxième et troisième siècles, avec une majorité du troisième siècle. Notamment, plusieurs médailles de l'empereur Posthume furent trouvées, certaines portant la légende 'LAETITIA AUG.' avec un vaisseau prétorien. L'auteur de la lettre, M. L. B. C. S., examina les fragments de l'urne et identifia des morceaux de crâne humain ayant conservé la couleur du feu. Il mentionne également une controverse entre l'abbé des Thuilleries et M. Capperon concernant la cessation de l'usage de brûler les corps humains, préférant l'opinion de l'abbé selon laquelle cette pratique persistait au troisième siècle. L'auteur évoque aussi l'origine du nom du village d'Augy, situé au-dessus d'Auxerre, et son lien avec le langage teutonique. Il conclut en soulignant la publicité de la découverte à Vaux, confirmée par le curé de la paroisse et plusieurs paysans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1566-1569
LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Début :
J'ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur, des marques de votre souvenir dans la Lettre que [...]
Mots clefs :
Cadix, Médailles, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
LETTRE écrite de Seville le 25. May
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Le 25 mai 1731, un seigneur espagnol écrit à un ami français à Paris pour répondre à sa curiosité sur les récentes découvertes archéologiques près de Cadix. L'auteur précise que les récits publics ont exagéré l'importance de ces découvertes. Les fouilles ont révélé des vestiges de bâtiments anciens près de l'extrémité orientale de Saint-Patri, séparant l'île de Léon du continent. Parmi les artefacts trouvés, on note un buste incomplet, un pied de petite statue de bonne facture, et des bandes métalliques émaillées d'argent décorées de pampres et de raisins. Ces bandes pourraient être des ornements utilisés pour les sacrifices de Bacchus ou imiter des ornements sacerdotaux. Les habitants locaux affirment qu'un temple d'Hercule se trouvait à cet endroit, mais cette tradition manque de fondement. Les médailles trouvées sont puniques et romaines, mais trop endommagées pour fournir des informations précises. L'auteur conclut que ces découvertes ne contribuent ni à la chronologie ni à l'histoire, mais il se réjouit de cette découverte car elle lui a rappelé son ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1684-1685
REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Début :
Cette Inscription, qui n'est qu'un fragment, seroit plus insctrutctive si [...]
Mots clefs :
Inscription, Consultat de Modestus et de Probus, Lettres, Médailles, Autel votif, Magistrats, Sculpteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
REMARQUES au sujet d'une Inscription
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
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Résumé : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Le texte analyse une inscription antique datée de l'année 228, sous le consulat de Modestus et Probus, durant le règne d'Alexandre Sévère. L'inscription, fragmentaire, utilise le terme 'Dominorum', mais cela ne permet pas de l'attribuer spécifiquement à Alexandre Sévère et à Camillus. Les titres 'Dominus' et ses variantes étaient courants pour les empereurs du bas Empire et au siècle de Constantin. Les lettres 'V. S. L. M.' signifient 'Votum Solvit Libenter Merito', une formule courante dans les monuments et tombeaux antiques. L'inscription désigne probablement un autel votif érigé par un particulier pour la conservation des magistrats locaux ou des possesseurs du lieu. La tête de bélier présente sur l'autel est un ornement commun et ne suggère pas un lien avec le sacrifice nommé Criabolium. Les ornements des autels et des tombeaux antiques incluent souvent des têtes de béliers, de satyres, d'aigles, de griffons, de sphinx et autres figures, souvent des caprices de sculpteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2068-2082
EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
MYLORD, De toutes les Médailles de l'Empereur Carausius, dont je fais depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Neptune, Carausius, Médaille, Médailles, Inscription, Mer, Bretons, Temple, Type, Grande-Bretagne, Flotte, Légende, Trident, Vaisseau, Maximien, Lettres, Cheval, Figure, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Médaille ans
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
Fermer
Résumé : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte présente une médaille antique de l'empereur Carausius, un souverain des anciens Bretons ayant régné à l'époque de Diocletien et de Maximien Hercule. Cette médaille, conservée dans le cabinet de Mylord Comte de Pembrok, est en petit bronze et bien conservée. Elle porte sur une face la tête de Carausius couronnée de rayons, avec l'inscription 'IMP. CARAUSIUS P. F AUG.' Sur l'autre face, on voit Neptune et Carausius se donnant la main, avec Neptune appuyé sur son trident et Carausius sur une pique. La légende indique 'VBERITAS AUG.' et 'R. S. R.' dans l'exergue. Cette médaille se distingue des autres types de médailles impériales, qui représentent généralement une femme tenant une bourse et une corne d'abondance. La représentation de Neptune et Carausius se donnant la main symbolise la maîtrise de la mer et l'abondance apportée par la navigation et le commerce maritime. Cette scène célèbre la victoire navale de Carausius sur la flotte de Maximien Hercule, soulignant son contrôle sur les mers et les richesses océaniques. Le texte mentionne également une inscription antique trouvée à Chichester, en Angleterre, dédiée à Neptune et Minerve. Cette inscription prouve le culte rendu à ces divinités par les anciens Bretons et révèle l'existence d'un temple construit par la communauté des maîtres charpentiers sous l'autorité du roi Cogidubnus. Le culte de Neptune était particulièrement vénéré dans les villes maritimes, et les marins lui adressaient des prières pour une navigation sûre. Les Jeux Isthmiens, célébrés en Grèce en l'honneur de Neptune, étaient couronnés d'ache ou de pin et tiraient leur nom de l'Isthme de Corinthe. À Rome, la fête de Neptune, appelée Neptunales, se déroulait le 21 août et incluait le sacrifice d'un taureau. Homère et Arnobe décrivent Neptune avec des cheveux bleus, tandis que Lucien lui attribue des cheveux noirs. La couleur bleue était également associée à son manteau. Neptune était souvent représenté avec un trident, symbole de son pouvoir sur les mers. Le cheval, sorti de la terre par un coup de trident, était également consacré à Neptune. À Rome, une statue de Neptune était placée dans le Cirque, mais fut retirée après un incident impliquant Auguste. Des médailles, notamment celles de Gallien, montrent Neptune avec un cheval marin ou un capricorne, soulignant son lien avec les mers. Le trident de Neptune, fabriqué par les Cyclopes, symbolisait les trois qualités de l'eau : liquide, féconde et potable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2277-2295
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
Début :
MONSIEUR, La Médaille Romaine de grand Bronze que vous m'avez envoyée depuis peu, et [...]
Mots clefs :
Abbaye, Médailles, Impératrice Lucille, Argent, Tête de Jupiter, Prêtresse, Phocéens d'Ionie, Traducteurs latins, Marseille, Bronze
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
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Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
La lettre de M. D. L. R. à M...... de l'Abbaye Saint-Victor de Marseille discute de deux médailles antiques. La première est une médaille romaine en bronze découverte dans le vignoble de Saint-Just, attribuée à l'impératrice Lucille, fille de Marc-Aurèle et de Faustine la Jeune. Lucille avait épousé Lucius Verus, associé à l'Empire avec son beau-père. La seconde est une pièce grecque en argent trouvée dans le Languedoc par M. Vergile de la Bastide. Elle représente une tête d'homme et un sautoir, avec les lettres 'M A' au revers, probablement en référence à Marseille ou à son fondateur. L'auteur attribue cette médaille à Massalia, le premier fondateur de Marseille selon Plutarque, tout en mentionnant d'autres fondateurs potentiels comme Furius et Peranus, qu'il considère comme secondaires. Le texte aborde également une médaille attribuée à Maximien Hercule, portant les lettres DMKV sur son revers. Le Père Hardouin interprète ces lettres comme indiquant une frappe à Marseille, mais cette hypothèse est contestée car Maximien, poursuivi par Constantin, s'y réfugia durant une période de décadence, rendant improbable la frappe de monnaie en son honneur. La médaille romaine de Lucille présente sur son revers une figure féminine assise tenant une fleur et un enfant emmailloté, avec l'inscription JUNONI LUCINE. Cette représentation symbolise Lucille sous les traits de Junon Lucine, déesse de la fécondité, suggérant soit une fécondité future, soit une maternité déjà réalisée. Cette interprétation est confirmée par d'autres médailles et médaillons similaires décrits par Vaillant. Le texte mentionne aussi une médaille grecque de Lucille, frappée par le roi arabe Mannus, qui se présente comme ami des Romains. Cette médaille est rare et élégante, frappée durant le séjour de Lucius Verus et Lucille à Antioche. L'auteur encourage les savants de Marseille à approfondir ces découvertes et à publier des explications plus exactes et étendues dans la nouvelle histoire de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 2334-2352
RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Début :
MONSIEUR, Je présume qu'ayant eu la bonté de me féliciter au sujet de l'Inscription [...]
Mots clefs :
Inscription, Antiquaires, Lettres initiales, Médailles, Historien, Anonyme d'Orléans, Langage, Voyelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
RE'PONSE aux Remarques inserées dans
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Le texte est une réponse adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon, concernant une inscription découverte près d'Auxerre. L'auteur exprime sa gratitude pour les félicitations et les critiques reçues dans le Mercure de Juillet. Il souligne la contradiction entre les deux critiques et défend son interprétation initiale de l'inscription. L'auteur mentionne que le terme 'Dominus' était utilisé pour les empereurs du Bas-Empire, y compris Alexandre Sévère, malgré les objections des critiques. L'auteur discute de l'association d'Ovinius Camillus avec l'Empire par Alexandre Sévère, réfutant les doutes exprimés par l'antiquaire d'Orléans. Il soutient que Lampride, l'historien, a basé son récit sur des mémoires contemporains et fiables. Il cite des exemples historiques et des sources pour appuyer son argumentation, notamment des médailles attestant une victoire sur les Allemans en 228 et l'importance stratégique de l'Illyrie. L'auteur critique l'Anonyme d'Orléans pour avoir perturbé la chronologie en faveur de ses idées. Il explique que l'association d'Ovinius précède la guerre contre les Barbares et que les succès en Illyrie sont attribués à Varius Macrinus. Il se range à l'opinion de M. de Tillemont, selon laquelle Ovinius aurait été tué par un successeur d'Alexandre Sévère. Le texte aborde également l'inscription découverte à Auxerre, reconnaissant que son explication est vraisemblable mais non certaine en raison de l'état mutilé de l'inscription. Il mentionne d'autres explications proposées et souhaite des découvertes futures pour éclaircir le sujet. L'auteur exprime également son désir de trouver des inscriptions à Orléans pour confirmer l'emplacement du Genabum de César, rejetant l'opinion d'Aimoin de Fleury. Enfin, l'auteur discute des lettres initiales de l'inscription et des diverses interprétations proposées, préférant l'explication 'Voto suscepto libens merito' en raison du verbe 'dedicavit' qui suit. Il critique ceux qui n'ont pas remis en question l'authenticité de l'inscription en raison des voyelles 'U', qu'il considère comme des fautes d'imprimeur. Il approuve les conjectures d'un correspondant sur un autre fragment d'inscription trouvé dans le même jardin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 2362-2364
REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
Début :
Notre sçavant Chanoine d'Auxerre, M. le Beuf, a pris, comme vous [...]
Mots clefs :
Urne, Médailles, Crâne humain, Chanoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
REFLEXIONS de M. Capperon ,
sur une Lettre de M. le Beuf, sur les
anciens Tombeaux , inserée dans le Mercure
de May 1731. page 1045.
N
Otre sçavant Chanoine d'Auxerre ;
M. le Beuf , a pris , comme vous
sçavez , Monfieur , occasion de l'Urne et
des Médailles trouvées proche d'Auxerre
sa Patrie , pour relever ce que j'ai avancé
en 1722. au sujet de quelques Tom .
beaux qui furent découverts ici ; sçavoir,
que selon le témoignage d'Alexandre ab
Alex. et de Gronovius , l'usage de bruler
les corps n'avoit pas passé le temps des
Antonins , et qu'on enterroit generale
ment tous les corps , du temps de Commode.
C'est ce que j'ai dit alors en effet ,
appuyé comme j'étois de l'autorité de ces
deux Sçavans.
Il est vrai que M. l'Abbé des Thuille
ries, contraria mon sentiment , sappuyant
de sa part sur l'autorité de Kircmanus,
Comme nous avions tous deux nos garants
, la question demeura indécise
n'ayant l'un et l'autre que les sentimens
des Auteurs à produire.
Enfin
OCTOBRE. 1731. 2363
Enfin , je l'avoue , la voilà decidée cette
question , par la découverte rapportée par
M. le Beuf; puisqu'ayant trouvé divers
fragmens d'une Urne , et des morceaux
de Crâne humain , dont l'un paroît avoir
souffert la violence du feu , le tout accompagné
de quelques Médailles de Posthume
, c'est une preuve qu'on bruloit
encore les Morts au temps de cet Empereur
bien posterieur à Commode , sous
lequel j'ai dit que l'usage de bruler les
corps avoit cessé : on ne peut qu'on ne
se rende à une preuve de fait , telle qu'est
celle - là .
Il n'en est pas de même de ce que le
sçavant Chanoine veut insinuer ; sçavoir ,
que M. Huet et M. l'Abbé des Thuilleries
ont eu raison de croire que le nom
de la Ville d'Eu vient des mots Allemans
ou , auu , auue , ou aug , lesquels en
Langue Teutonique signifient un Pré
et cela parce que proche d'Auxerre il y
a un Village qui se nomme Augy , lequel
est situé sur le bord de la Riviere , sur
quoi il cite encore M. Ducange , qui parlant
dans son Glossaire , d'un lieu nommé
Augia , proche le Danube , conclud
que par le mot d'Augia , il faut entendre
une Prairie située sur le bord d'une Riviere
, ou entourée d'un Fleuve ; d'où
notre
2364 MERCURE DE FRANCE
notre Chanoine prétend , comme avoit
fait M. des Thuilleries , que le nom de
la Ville d'Eu , qu'on dit en latín Augum
lui vient de même du mot de Prairie.
Je suis surpris que M. le Beuf donne
encore dans ce sentiment , après avoir vû
sans doute , la Réponse que je fis aux objections
de M. l'Abbé des Thuilleries
où je faisois voir qu'il faudroit que ceux
qui auroient donné le nom de Pré & de
Prairie , soit à la Ville d'Eu ou au Comté
d'Eu , eussent été absolument dépourvus
du bon sens , puisque la Ville , loin d'être
dans une Prairie , est située sur un
Côteau , et que le Comté est un Païs de
Forêt et de belles et vastes Campagnes.
Il me paroît que cela seul suffit pour dé
truire sans réplique , toutes les conjectures
de ces Sçavans. Je suis , &c.
A Eu , ce 9. Juillet 1731 .
sur une Lettre de M. le Beuf, sur les
anciens Tombeaux , inserée dans le Mercure
de May 1731. page 1045.
N
Otre sçavant Chanoine d'Auxerre ;
M. le Beuf , a pris , comme vous
sçavez , Monfieur , occasion de l'Urne et
des Médailles trouvées proche d'Auxerre
sa Patrie , pour relever ce que j'ai avancé
en 1722. au sujet de quelques Tom .
beaux qui furent découverts ici ; sçavoir,
que selon le témoignage d'Alexandre ab
Alex. et de Gronovius , l'usage de bruler
les corps n'avoit pas passé le temps des
Antonins , et qu'on enterroit generale
ment tous les corps , du temps de Commode.
C'est ce que j'ai dit alors en effet ,
appuyé comme j'étois de l'autorité de ces
deux Sçavans.
Il est vrai que M. l'Abbé des Thuille
ries, contraria mon sentiment , sappuyant
de sa part sur l'autorité de Kircmanus,
Comme nous avions tous deux nos garants
, la question demeura indécise
n'ayant l'un et l'autre que les sentimens
des Auteurs à produire.
Enfin
OCTOBRE. 1731. 2363
Enfin , je l'avoue , la voilà decidée cette
question , par la découverte rapportée par
M. le Beuf; puisqu'ayant trouvé divers
fragmens d'une Urne , et des morceaux
de Crâne humain , dont l'un paroît avoir
souffert la violence du feu , le tout accompagné
de quelques Médailles de Posthume
, c'est une preuve qu'on bruloit
encore les Morts au temps de cet Empereur
bien posterieur à Commode , sous
lequel j'ai dit que l'usage de bruler les
corps avoit cessé : on ne peut qu'on ne
se rende à une preuve de fait , telle qu'est
celle - là .
Il n'en est pas de même de ce que le
sçavant Chanoine veut insinuer ; sçavoir ,
que M. Huet et M. l'Abbé des Thuilleries
ont eu raison de croire que le nom
de la Ville d'Eu vient des mots Allemans
ou , auu , auue , ou aug , lesquels en
Langue Teutonique signifient un Pré
et cela parce que proche d'Auxerre il y
a un Village qui se nomme Augy , lequel
est situé sur le bord de la Riviere , sur
quoi il cite encore M. Ducange , qui parlant
dans son Glossaire , d'un lieu nommé
Augia , proche le Danube , conclud
que par le mot d'Augia , il faut entendre
une Prairie située sur le bord d'une Riviere
, ou entourée d'un Fleuve ; d'où
notre
2364 MERCURE DE FRANCE
notre Chanoine prétend , comme avoit
fait M. des Thuilleries , que le nom de
la Ville d'Eu , qu'on dit en latín Augum
lui vient de même du mot de Prairie.
Je suis surpris que M. le Beuf donne
encore dans ce sentiment , après avoir vû
sans doute , la Réponse que je fis aux objections
de M. l'Abbé des Thuilleries
où je faisois voir qu'il faudroit que ceux
qui auroient donné le nom de Pré & de
Prairie , soit à la Ville d'Eu ou au Comté
d'Eu , eussent été absolument dépourvus
du bon sens , puisque la Ville , loin d'être
dans une Prairie , est située sur un
Côteau , et que le Comté est un Païs de
Forêt et de belles et vastes Campagnes.
Il me paroît que cela seul suffit pour dé
truire sans réplique , toutes les conjectures
de ces Sçavans. Je suis , &c.
A Eu , ce 9. Juillet 1731 .
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Résumé : REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
M. Capperon réagit à une lettre de M. le Beuf publiée dans le Mercure de mai 1731. Cette lettre conteste l'affirmation de M. Capperon selon laquelle l'usage de brûler les corps avait cessé au temps de Commode. La découverte d'une urne et de médailles près d'Auxerre, ainsi que des fragments d'urne et de crânes humains montrant des traces de feu, prouve que la crémation était encore pratiquée sous un empereur postérieur à Commode. Cette découverte résout la controverse entre Capperon, qui s'appuyait sur Alexandre ab Alexandre et Gronovius, et l'abbé des Thuilleries, qui citait Kirckmanus. Par ailleurs, M. le Beuf et l'abbé des Thuilleries suggèrent que le nom de la ville d'Eu pourrait provenir des mots teutoniques signifiant 'pré', en se référant à des lieux similaires. Capperon réfute cette hypothèse, soulignant que la ville d'Eu est située sur un coteau et que le comté est boisé et agricole, ce qui contredit l'idée d'une origine liée à un pré. Capperon conclut que cette observation suffit à invalider les conjectures des savants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 631-641
SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
Début :
Mr Foucault, Intendant de la Géneralité de Caën, bien persuadé, [...]
Mots clefs :
Voyage, Bases Normandie, Pierres, Inscriptions, Médailles, M. Belin, Antiquités, M. Foucault
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
SUITE du Voyage de Basse Normandie.
LETTRE VIII.
M
'R Foucault , Intendant de la Géneralité de Caën , bien persuadé ,
Monsieur , que la Tradition du Pays touchant le lieu deVieux, n'étoit point vaine,
avoit toûjours eu envie de s'en assurer
par quelque recherche ; mais il étoit bien
aise qu'il se présentât une occasion un
peu plausible de la faire , lorsqu'au mois
de Mars de l'année 1705. le Seigneur de
Vieux vint lui donner avis qu'on avoit
trouvé deux Pierres avec des Inscriptions,
ajoûtant que des Maçons en avoient déja
pris une à son insçû , pour employer à
quelques réparations et en avoient gâté
les Lettres que Fautre étant plus difficile à tirer, avoit été abandonnée , et recouverte de terre, ne doutant point qu'on
ne fit en cet endroit quelque découverte
plus considerable. M. l'Intendant , qui
étoit alors avec M. Belain , Curé de Blainville , et Secretaire de l'Académie de
Caën, résolut d'aller sur les lieux le lendemain , l'engageant de l'y accompagner,
ce qui fut executé,
י
AV Oh
632 MERCURE DE FRANCE
On chercha en vain la Pierre en question , elle ne fut point retrouvée ; on déterra seulement quelques Médailles. Tandis qu'on faisoit ce travail inutile , un
Laboureur vint dire que dans sa Piece de
terre il emportoit souvent avec la Charruede fort belles Briques , dont quelquesunes étoient ornées de feuillages , ce qui
détermina de faire creuser dans ce Champ..
En y entrant on apperçut une petite élevation couverte de ronces , et tout au
près quantité de morceaux de Brique ,
ornées de feuilles d'Acanthe. M. Belin
ayant poussé sa Canne dans un trou , en
remuant ces Briques , trouva une liberté
de tourner dans ce même trou , ce qui
fit juger et déterminer qu'il falloit commencer par là à foüiller.
Les Paysans ne travaillerent pas longtemps sans decouvrir un Mur d'environ
cinq pieds d'épaisseur , et en continuant
de creuser à trois pieds de profondeur ,
on découvrit environ vingt pieds de long
du même Mur , au bout duquel travail
il se trouva une espece d'Angle er de
Contour qui étoit de neuf pieds. M. Foucault crut d'abord que c'étoient des fondations , mais M. Belin pensa le contraire
sur ce que ce Mur étoit crêpi fort proprement, et conjectura que ce reste d'élevation
AVRIL: 17320 633
levation d'un Bâtiment iroit jusqu'au niveau d'un Ruisseau qui coule au bas de
ce Champ ; de quoi on convint. Commet
l'heure de partir pressoit , on ne put pour
cette premiere fois en faire davantage.
M. Foucault pria M. de Vieux , de mettre dès le lendemain le plus d'Ouvriers
qu'il pourroit et de faire travailler diligemment jusqu'à la huitaine qu'il y re- tourneroit.
Il n'y manqua pas , en effet , toûjours
accompagné de M. Belln , et trouva qu'en
creusant jusqu'au bout de la trace qu'on
avoit marquée et jusqu'à l'extremité du
Champ , on avoit découvert un beau
Bassin de pierre , d'environ douze pieds
de diametre , entouré de trois rangs de
Sieges , avec une ouverture par laquelle ,
au moyen d'un degré de cinq marches ,
on descendoit dans ce Bassin , dont le
fond étoit fort uni et formé de belles pierres blanches , jointes ensemble avec un
mortier très -poli , dans lequel on voyoit
de petits morceaux de Marbre rouge. Ce
mortier étoit si dur qu'on eut bien de la
peine à l'entamer avec une Pince , pour
voir surquoi ce Bassin étoit assis . Il l'étoit
sur d'autres pierres , posées de côté sur
du sable , au- dessous duquel il y avoir
encore un lit du même mortier , et entre
A vj ces
634 MERCURE DE FRANCE
ces pierres on voyoit plusieurs Tuyaux
de Brique.
Ce qui avoit paru un Angle dans le
Mur , d'abord découvert , se trouva être
une voute qui couvroit une Etuve, dans
laquelle on trouva encore le Fourneau qui
l'échauffoit, tout noirci de fumée , dans
une petite fenêtre plusieurs petits Instrumens d'Yvoire qui servoient dans l'usage
des Bains à la propreté du corps , &c.
Comme la terre avoit couvert le debris du grand Bâtiment , dont le Bassin
et l'Etuve ne faisoient qu'une partie , on
découvrit aussi en remuant cette même
terre et en continuant de creuser , plu
sieurs parties de très- belles voûtes , la
pluspart renversées , sous lesquelles on
avoit enfermé des Tuyaux de Brique. Le
mortier étoit si bien lié et uni avec les
pierres , qu'on les cassoit plutôt que de
les séparer de ce mortier.
Les Murs du Bâtiment principal dont
on vient de parler , ayant plus de 200.
pieds de longueur et 4 à 5. pieds d'é
paisseur , étoient construits alternativementd'un lit de Briques d'un pied en quar
ré , de trois pouces d'épaisseur , et d'un
très beau rouge , et d'un lit de pierres
blanches , toutes d'un même échantillon,
liées avec du ciment. L'ordre fut donné
de
AVRIL. 1732. 635
de continuer le creusement et le remuage des terres , et d'augmenter le nombre
des Ouvriers , ce qui fut executé pendant
huit autres jours.
י
Au bout de ce temps- là M. Foucault
et M. Belin retournerent sur les lieux et
trouverent qu'au moyen d'un grand travail , on avoit découvert un second Bassin construit comme le premier de ces
belles Pierres blanches qu'on voit à Caen,
et ayant les mêmes accompagnemens. Če
Bassin avoit ses écoulemens par des tuyaux
de Brique , qui portoient les eaux jusques
dans le Ruisseau dont il est parlé cydessus. On avoit aussi découvert le commencement d'un Aqueduc , qui selon sa
direction , devoit passer sous le Village
de Vieux , pour recevoir l'eau d'une Fontaine qu'on voit encore auprès. On ne
put pas découvrir davantage de cet Aqueduc , il auroit fallu pour cela renverser
une partie du Village.
Au lieu d'un travail inutile , on creusa
encore jusqu'à une des extremitez du
Champ, ce qui acheva de faire découvrir
toute l'enceinte de l'Edifice entier , qui
devoit être d'une grande étendue , er
qu'on crut , avec raison , avoir été un
Gymnase , ou lieu des Exercices que les
Romains avoient bâti en cet endroit et
qu'ils
836 MERCURE DE FRANCE
qu'ils avoient accompagné de Thermes
de Commoditez et d'autres ornemens utiles et en usage chez les Anciens. Pour
s'y moins tromper , M. Foucault avoit
apporté son Vitruve , dont la lecture sur
la construction de pareils Bâtimens , appliquée à l'examen des Monumens dont
on vient de parler , acheva de constater
ce qu'on n'avoit encore fait que conjecturer par leur conformité avec les descrip
tions exactes et les regles données par cet
Auteur.
On trouva au reste des Antiquitez de
plus d'une espece dans ce remuement des
terres ; d'abord un grand Tombeau de
pierre, dans lequel étoient enfermez un
Squelete humain et quelques Médailles.
Romaines , ensuite le Fust d'une Colomne de Marbre , dont on ne peut découvrir la bize ni le chapiteau. La Statuë d'une
femme, ayant la tête voilée et la plus belle qu'on puisse voir tenant de la
main droite une Patere ou Coupe , servant aux Libations , la Statue étoit tron
quée par le bas. On découvrit aussi plusieurs fragmens d'Inscriptions , ceux- cy
entre autres.
و
MEMO RIAM
MAGNINI
SENICIONIS
ME-
AVRIL. 1732. 637
MEMORIA
VASSIONI
Q: K.
La plus entiere de ces Inscriptions étoit
gravée sur une Cyppe ou espece de Piedestal quarré, en forme de petit Autel
et contenoit ces mots :
DEO MARTI
C. VICTORIVS
FELIX PROSEET
IVNIO FILIO SVO
ET MATERNAE VIC
TORIS CONIVGIS
MÆE. V. S. L. M. DIALE
ET. BASSO. COS. IDIBVS
MARTIS.
Celle qui suit n'est pas moins entiere , elle étoit gravée sur un Bloc de
Marbre rougeâtre , comme celui de la
Carriere dont j'ai parlé.
NOVIVS VIC
TOR MEMO
RIAE DOMI
TIAE PANFILE
M Galland prétend dans une de ses Lettres ,
qu'il falloit Sax , au lieu de Mex , mais qu'on a
employé ce dernier motpour éviter toute équivoque.. Voici
338 MERCURE DE FRANCE
Voici encore deux fragmens d'Inscriptions , aussi sur du Marbre..
D M
SEX. SENODIO SEVERO
VESTIARIO HEREDES POSVEVN...
Ꭰ M
LERONTIO IVNIANO DEFVNCTO
L.FRONTIVS IVNIVS. PATER.V.S.P.
Enfin dans ces differens travaux , où
l'on avoit creusé considerablement en
divers endroits , il se trouva beaucoup
de Médailles de bronze de toutes les
grandeurs , et quelques-unes d'argent ,
d'Empereurs , d'Imperatrices , de Cesars,.
&c. depuis le plus haut Empire jusqu'aux
Constantins ; mais ce qui surprit beau
coup , ce fut de découvrir parmi ces Médailles unDiadumenien Grec , avec un revers qui rendoit la Médaille encore plus
singuliere. Voici , Monsieur , de quelle maniere M. Galland m'écrivit sur cette:
Découverte , dans une de ses Lettres datée de Caën le 13. Juillet 1705.
>> Au retour de mon voyage de Paris
>>M. Foucault , qui avoit fait travailler à
Vieux pendant mon absence, me donna
à
AVRIL. 1732. 639
à examiner un grand nombre de Mé-
»dailles fort crasseuses qu'on y avoit déter-
» rées . Il s'en est trouvé une de moyen
» Bronze , où l'on n'appercevoit presque
»rien , ni du côté de la tête , ni au re-
» vers ; je la nettoyai et je vis paroître
»une très- belle Médaille Grecque de Dia-
»dumenien, ayant d'un côté la tête de cet
»Empereur avec cette Legende M ONEA
» ΔΙΑΔΟΥΜΕΝIANOC. et sur le revers ,
»le Philosophe Heraclite de bout avec
»le Manteau de Philosophe , et une Mas-
»suë qu'il tient de la main gauche , et
» ces deux mots , ΕΦΕΣΙΩΝ ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ.
» Cette Médaille a donné lieu à une Dissertation que je mets actuellement au
»net, et dont je me propose de vous
»faire part.
M. Galland tint sa parole : il m'envoya peu de temps après cette Dissertation , avec un dessein exact de la Médaille en question , que j'ai depuis vûë
en original dans le Cabinet de M. Foucault , je vous communiquerai l'une et
l'autre en son temps ; je reviens cependant à mon narré.
Quand M. Foucault jugea qu'il avoit
fait assez travailler à Vieux , et assez découvert de ruine et de Monumens , il
fit faire de toutes ces Ruines et de l'état
des
640 MERCURE DE FRANCE
des lieux en question , une espece d'Iconographie , pour en mieux conserver l'idée , prévoyant bien que tout cela changeroit bien- tôt de face et que les Proprieraires remettroient les choses dans leur
prémier état , pour continuer de labourer la terre , &c. Cette Iconographie , est
une élevation de tout l'Ouvrage sur une
Table d'environ 12. pieds de longueur
et de largeur proportionnée , sur laquelle
avec du gros carton diversement coloré ,
on avoit représenté au naturel la figure
de ces Ruines en petit , il y avoit sur
ces Cartons des Enduits et de la terre
élevée autour pour les soutenir et pour
mieux figurer les endroits creusez , &c .
M. Foucault fit porter cette Représen
tation à sa Maison d'Atie , située à quatre lieuës de Paris , avec les Marbres contenant les Inscriptions et les autres fragmens d'antiquité trouvez à Vieux , parmi
lesquels il y avoit un Mercure de pierre
d'un pied et demi dehauteur, parfaitement
beau et très-bien conservé ; ce Morceau
fut trouvé en curant un Puits du Village,
peu de temps avant les autres Découver
tes. C'est à Atie que plusieurs Curieux
ont vû et examiné ces Monumens d'Antiquité , qui en seront aussi de la sagacité
de M. Foucault , de son bon goût et de
son amour pour les Lettres.
AVRIL, 1732. 64r
Voilà , Monsieur , tout ce qu'on peut
sçavoir, et tout ce qui se peut dire de plus
exact sur les découvertes de Vieux. Elles
confirment la tradition ancienne et universelle du Païs , sur le séjour des Romains , dans le même Païs , et sur l'existence d'une Ville , qui , comme beaucoup
d'autres , n'ayant pû résister à la vicissitude des temps, a perdu jusqu'à son nom
permettez -moi d'ajouter quelques Remarques à ma Narration
LETTRE VIII.
M
'R Foucault , Intendant de la Géneralité de Caën , bien persuadé ,
Monsieur , que la Tradition du Pays touchant le lieu deVieux, n'étoit point vaine,
avoit toûjours eu envie de s'en assurer
par quelque recherche ; mais il étoit bien
aise qu'il se présentât une occasion un
peu plausible de la faire , lorsqu'au mois
de Mars de l'année 1705. le Seigneur de
Vieux vint lui donner avis qu'on avoit
trouvé deux Pierres avec des Inscriptions,
ajoûtant que des Maçons en avoient déja
pris une à son insçû , pour employer à
quelques réparations et en avoient gâté
les Lettres que Fautre étant plus difficile à tirer, avoit été abandonnée , et recouverte de terre, ne doutant point qu'on
ne fit en cet endroit quelque découverte
plus considerable. M. l'Intendant , qui
étoit alors avec M. Belain , Curé de Blainville , et Secretaire de l'Académie de
Caën, résolut d'aller sur les lieux le lendemain , l'engageant de l'y accompagner,
ce qui fut executé,
י
AV Oh
632 MERCURE DE FRANCE
On chercha en vain la Pierre en question , elle ne fut point retrouvée ; on déterra seulement quelques Médailles. Tandis qu'on faisoit ce travail inutile , un
Laboureur vint dire que dans sa Piece de
terre il emportoit souvent avec la Charruede fort belles Briques , dont quelquesunes étoient ornées de feuillages , ce qui
détermina de faire creuser dans ce Champ..
En y entrant on apperçut une petite élevation couverte de ronces , et tout au
près quantité de morceaux de Brique ,
ornées de feuilles d'Acanthe. M. Belin
ayant poussé sa Canne dans un trou , en
remuant ces Briques , trouva une liberté
de tourner dans ce même trou , ce qui
fit juger et déterminer qu'il falloit commencer par là à foüiller.
Les Paysans ne travaillerent pas longtemps sans decouvrir un Mur d'environ
cinq pieds d'épaisseur , et en continuant
de creuser à trois pieds de profondeur ,
on découvrit environ vingt pieds de long
du même Mur , au bout duquel travail
il se trouva une espece d'Angle er de
Contour qui étoit de neuf pieds. M. Foucault crut d'abord que c'étoient des fondations , mais M. Belin pensa le contraire
sur ce que ce Mur étoit crêpi fort proprement, et conjectura que ce reste d'élevation
AVRIL: 17320 633
levation d'un Bâtiment iroit jusqu'au niveau d'un Ruisseau qui coule au bas de
ce Champ ; de quoi on convint. Commet
l'heure de partir pressoit , on ne put pour
cette premiere fois en faire davantage.
M. Foucault pria M. de Vieux , de mettre dès le lendemain le plus d'Ouvriers
qu'il pourroit et de faire travailler diligemment jusqu'à la huitaine qu'il y re- tourneroit.
Il n'y manqua pas , en effet , toûjours
accompagné de M. Belln , et trouva qu'en
creusant jusqu'au bout de la trace qu'on
avoit marquée et jusqu'à l'extremité du
Champ , on avoit découvert un beau
Bassin de pierre , d'environ douze pieds
de diametre , entouré de trois rangs de
Sieges , avec une ouverture par laquelle ,
au moyen d'un degré de cinq marches ,
on descendoit dans ce Bassin , dont le
fond étoit fort uni et formé de belles pierres blanches , jointes ensemble avec un
mortier très -poli , dans lequel on voyoit
de petits morceaux de Marbre rouge. Ce
mortier étoit si dur qu'on eut bien de la
peine à l'entamer avec une Pince , pour
voir surquoi ce Bassin étoit assis . Il l'étoit
sur d'autres pierres , posées de côté sur
du sable , au- dessous duquel il y avoir
encore un lit du même mortier , et entre
A vj ces
634 MERCURE DE FRANCE
ces pierres on voyoit plusieurs Tuyaux
de Brique.
Ce qui avoit paru un Angle dans le
Mur , d'abord découvert , se trouva être
une voute qui couvroit une Etuve, dans
laquelle on trouva encore le Fourneau qui
l'échauffoit, tout noirci de fumée , dans
une petite fenêtre plusieurs petits Instrumens d'Yvoire qui servoient dans l'usage
des Bains à la propreté du corps , &c.
Comme la terre avoit couvert le debris du grand Bâtiment , dont le Bassin
et l'Etuve ne faisoient qu'une partie , on
découvrit aussi en remuant cette même
terre et en continuant de creuser , plu
sieurs parties de très- belles voûtes , la
pluspart renversées , sous lesquelles on
avoit enfermé des Tuyaux de Brique. Le
mortier étoit si bien lié et uni avec les
pierres , qu'on les cassoit plutôt que de
les séparer de ce mortier.
Les Murs du Bâtiment principal dont
on vient de parler , ayant plus de 200.
pieds de longueur et 4 à 5. pieds d'é
paisseur , étoient construits alternativementd'un lit de Briques d'un pied en quar
ré , de trois pouces d'épaisseur , et d'un
très beau rouge , et d'un lit de pierres
blanches , toutes d'un même échantillon,
liées avec du ciment. L'ordre fut donné
de
AVRIL. 1732. 635
de continuer le creusement et le remuage des terres , et d'augmenter le nombre
des Ouvriers , ce qui fut executé pendant
huit autres jours.
י
Au bout de ce temps- là M. Foucault
et M. Belin retournerent sur les lieux et
trouverent qu'au moyen d'un grand travail , on avoit découvert un second Bassin construit comme le premier de ces
belles Pierres blanches qu'on voit à Caen,
et ayant les mêmes accompagnemens. Če
Bassin avoit ses écoulemens par des tuyaux
de Brique , qui portoient les eaux jusques
dans le Ruisseau dont il est parlé cydessus. On avoit aussi découvert le commencement d'un Aqueduc , qui selon sa
direction , devoit passer sous le Village
de Vieux , pour recevoir l'eau d'une Fontaine qu'on voit encore auprès. On ne
put pas découvrir davantage de cet Aqueduc , il auroit fallu pour cela renverser
une partie du Village.
Au lieu d'un travail inutile , on creusa
encore jusqu'à une des extremitez du
Champ, ce qui acheva de faire découvrir
toute l'enceinte de l'Edifice entier , qui
devoit être d'une grande étendue , er
qu'on crut , avec raison , avoir été un
Gymnase , ou lieu des Exercices que les
Romains avoient bâti en cet endroit et
qu'ils
836 MERCURE DE FRANCE
qu'ils avoient accompagné de Thermes
de Commoditez et d'autres ornemens utiles et en usage chez les Anciens. Pour
s'y moins tromper , M. Foucault avoit
apporté son Vitruve , dont la lecture sur
la construction de pareils Bâtimens , appliquée à l'examen des Monumens dont
on vient de parler , acheva de constater
ce qu'on n'avoit encore fait que conjecturer par leur conformité avec les descrip
tions exactes et les regles données par cet
Auteur.
On trouva au reste des Antiquitez de
plus d'une espece dans ce remuement des
terres ; d'abord un grand Tombeau de
pierre, dans lequel étoient enfermez un
Squelete humain et quelques Médailles.
Romaines , ensuite le Fust d'une Colomne de Marbre , dont on ne peut découvrir la bize ni le chapiteau. La Statuë d'une
femme, ayant la tête voilée et la plus belle qu'on puisse voir tenant de la
main droite une Patere ou Coupe , servant aux Libations , la Statue étoit tron
quée par le bas. On découvrit aussi plusieurs fragmens d'Inscriptions , ceux- cy
entre autres.
و
MEMO RIAM
MAGNINI
SENICIONIS
ME-
AVRIL. 1732. 637
MEMORIA
VASSIONI
Q: K.
La plus entiere de ces Inscriptions étoit
gravée sur une Cyppe ou espece de Piedestal quarré, en forme de petit Autel
et contenoit ces mots :
DEO MARTI
C. VICTORIVS
FELIX PROSEET
IVNIO FILIO SVO
ET MATERNAE VIC
TORIS CONIVGIS
MÆE. V. S. L. M. DIALE
ET. BASSO. COS. IDIBVS
MARTIS.
Celle qui suit n'est pas moins entiere , elle étoit gravée sur un Bloc de
Marbre rougeâtre , comme celui de la
Carriere dont j'ai parlé.
NOVIVS VIC
TOR MEMO
RIAE DOMI
TIAE PANFILE
M Galland prétend dans une de ses Lettres ,
qu'il falloit Sax , au lieu de Mex , mais qu'on a
employé ce dernier motpour éviter toute équivoque.. Voici
338 MERCURE DE FRANCE
Voici encore deux fragmens d'Inscriptions , aussi sur du Marbre..
D M
SEX. SENODIO SEVERO
VESTIARIO HEREDES POSVEVN...
Ꭰ M
LERONTIO IVNIANO DEFVNCTO
L.FRONTIVS IVNIVS. PATER.V.S.P.
Enfin dans ces differens travaux , où
l'on avoit creusé considerablement en
divers endroits , il se trouva beaucoup
de Médailles de bronze de toutes les
grandeurs , et quelques-unes d'argent ,
d'Empereurs , d'Imperatrices , de Cesars,.
&c. depuis le plus haut Empire jusqu'aux
Constantins ; mais ce qui surprit beau
coup , ce fut de découvrir parmi ces Médailles unDiadumenien Grec , avec un revers qui rendoit la Médaille encore plus
singuliere. Voici , Monsieur , de quelle maniere M. Galland m'écrivit sur cette:
Découverte , dans une de ses Lettres datée de Caën le 13. Juillet 1705.
>> Au retour de mon voyage de Paris
>>M. Foucault , qui avoit fait travailler à
Vieux pendant mon absence, me donna
à
AVRIL. 1732. 639
à examiner un grand nombre de Mé-
»dailles fort crasseuses qu'on y avoit déter-
» rées . Il s'en est trouvé une de moyen
» Bronze , où l'on n'appercevoit presque
»rien , ni du côté de la tête , ni au re-
» vers ; je la nettoyai et je vis paroître
»une très- belle Médaille Grecque de Dia-
»dumenien, ayant d'un côté la tête de cet
»Empereur avec cette Legende M ONEA
» ΔΙΑΔΟΥΜΕΝIANOC. et sur le revers ,
»le Philosophe Heraclite de bout avec
»le Manteau de Philosophe , et une Mas-
»suë qu'il tient de la main gauche , et
» ces deux mots , ΕΦΕΣΙΩΝ ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ.
» Cette Médaille a donné lieu à une Dissertation que je mets actuellement au
»net, et dont je me propose de vous
»faire part.
M. Galland tint sa parole : il m'envoya peu de temps après cette Dissertation , avec un dessein exact de la Médaille en question , que j'ai depuis vûë
en original dans le Cabinet de M. Foucault , je vous communiquerai l'une et
l'autre en son temps ; je reviens cependant à mon narré.
Quand M. Foucault jugea qu'il avoit
fait assez travailler à Vieux , et assez découvert de ruine et de Monumens , il
fit faire de toutes ces Ruines et de l'état
des
640 MERCURE DE FRANCE
des lieux en question , une espece d'Iconographie , pour en mieux conserver l'idée , prévoyant bien que tout cela changeroit bien- tôt de face et que les Proprieraires remettroient les choses dans leur
prémier état , pour continuer de labourer la terre , &c. Cette Iconographie , est
une élevation de tout l'Ouvrage sur une
Table d'environ 12. pieds de longueur
et de largeur proportionnée , sur laquelle
avec du gros carton diversement coloré ,
on avoit représenté au naturel la figure
de ces Ruines en petit , il y avoit sur
ces Cartons des Enduits et de la terre
élevée autour pour les soutenir et pour
mieux figurer les endroits creusez , &c .
M. Foucault fit porter cette Représen
tation à sa Maison d'Atie , située à quatre lieuës de Paris , avec les Marbres contenant les Inscriptions et les autres fragmens d'antiquité trouvez à Vieux , parmi
lesquels il y avoit un Mercure de pierre
d'un pied et demi dehauteur, parfaitement
beau et très-bien conservé ; ce Morceau
fut trouvé en curant un Puits du Village,
peu de temps avant les autres Découver
tes. C'est à Atie que plusieurs Curieux
ont vû et examiné ces Monumens d'Antiquité , qui en seront aussi de la sagacité
de M. Foucault , de son bon goût et de
son amour pour les Lettres.
AVRIL, 1732. 64r
Voilà , Monsieur , tout ce qu'on peut
sçavoir, et tout ce qui se peut dire de plus
exact sur les découvertes de Vieux. Elles
confirment la tradition ancienne et universelle du Païs , sur le séjour des Romains , dans le même Païs , et sur l'existence d'une Ville , qui , comme beaucoup
d'autres , n'ayant pû résister à la vicissitude des temps, a perdu jusqu'à son nom
permettez -moi d'ajouter quelques Remarques à ma Narration
Fermer
Résumé : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
En 1705, M. Foucault, Intendant de la Généralité de Caen, initia une enquête sur la tradition locale concernant le lieu de Vieux, après avoir été informé de la découverte de deux pierres inscrites. Accompagné de M. Belain, curé de Blainville et secrétaire de l'Académie de Caen, ils se rendirent sur place mais ne trouvèrent pas les pierres. Un laboureur les orienta vers des briques ornées de feuillages dans son champ, ce qui mena à la découverte d'un mur épais et d'un bassin de pierre entouré de sièges, probablement une partie d'un bâtiment romain. Les fouilles révélèrent également une étuve avec des instruments en ivoire, des voûtes et des tuyaux de brique. Le bâtiment principal, long de plus de 200 pieds, était construit avec des briques et des pierres blanches liées par du ciment. Divers objets antiques, tels que des médailles, des statues et des inscriptions, furent également découverts. Parmi les inscriptions, certaines mentionnaient des noms romains et des dédicaces à des divinités. Ces découvertes confirmèrent la présence romaine et la tradition locale d'une ville disparue. M. Foucault fit réaliser une iconographie des ruines et conserva les artefacts dans sa maison d'Auteuil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 641-656
REMARQUES sur les ruines de Vieux.
Début :
L'un des plus Sçavans Hommes que la Normandie ait [...]
Mots clefs :
M. Foucault, Médailles, Inscription, Ruines de Vieux, Marbre, Pline, Antiquité, Romains
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les ruines de Vieux.
REMARQUES sur les ruines
deVieux.
L'un des plus Sçavans Hommes que la
Normandie ait porté , je veux dire M.
Huet,Evêque d'Avranches,n'auroit peutêtre pas écrit , comme il a fait , au sujet
de Vieux , si les découvertes dont je viens
de parler , avoient précédé la composition de ses Origines de Caen , l'un des plus
curieux Ouvrages qui ayent été écrits en
ce genre , et le plus rempli de recherches historiques , géographyques , étymologiques, &c. ensortequ'il seroit à souhaiter que chaque Ville un peu importante , et de quelque ancienneté , eut un
Historien à peu près semblable. Il est cependant arrivé à ce grand critique de n'avoir pas toujours écrit avec la même jus tesse
642 MERCURE DE FRANCE
tesse , dans le Livre dont je viens de parler ; cela se remarque sur tout dans l'Article de Vieux ; soit amour de la Patrie ;
qui ne lui a pas permis de reconnoître
dans le même canton une Ville plus an
cienne que Caën , qui de son aveu ne l'est
pas beaucoup , soit prévention ou éloignement de penser , commeon a toujours
fait dans le Païs , à l'égard des ruines de
Vieux, M.Huet ne veut pas que ce soient
les restes d'une ancienne Ville ; et on n'y
voit , selon lui , tout au plus que les vestiges d'un Camp des Romains.
Il est inutile d'entrer icy dans un détail des raisons , ou plutôt des conjectures que rapporte ce Sçavant Ecrivain`,
pour ne point reconnoître une Ville ancienne dans les ruines de Vieux , parce
que ces raisons tombent d'elles- mêmes
depuis les monumens qui y ont été découverts , avant, durant et après les Recherches de M. Foucault ; monumens qui
ne peuvent convenir qu'à une Ville et
à une Ville considérable.
Le plus remarquable de ces monumens ,
et qui fait icy , selon moy , une démons
tration ; c'est , sans doute, le fameux Marbre de Joigny , trouvé à Vieux , il y a déja
bien des années. Ce Marbre, tout à-fait
semblable à celui dela Carriere deVieux ;
est
AVRIL 1732 843
est , comme je l'ai dit ailleurs , le Piédestal , sur lequel étoit élevée la Statuë de
T. SENNIUS SOLENNIS , Grand-Prêtre Gaulois , Homme des plus distinguez dans sa
Nation , lequel étoit originaire de la cité
des Viducassiens. Cette Cité est nommée trois fois dans la longue Inscription , gravée sur le Piédestal dont je vous
ai envoyé une coppie, avec ma Ive Lettre, en sorte qu'on ne peut se refuser à
une preuve si évidente.
M. Huet qui a senti la force de cette
preuve , a cru l'affoiblir , en disant que
quoique ce Marbre soit semblable à celui de
Vieux , il peut bien avoir été tiré de quelqu'autre Carriere de Marbre pareil , qui
aura depuis été épuisée ou recouverte et abandonnée. Tout le Marbre blanc ne vient pas
de Paros, Je vous laisse , Monsieur , à juger de la solidité de ce raisonnement ; et
en attendant , on peut , je crois , s'en raporter au témoignage de quantité de
personnes éclairées , qui ont vu le Piédestal de Torigny , et qui l'ayant comparé
à plusieurs Marbres , tirez de la Carriere
de Vieux entr'autres , avec les Colomnes
qui sont dans les Eglises de S. Jean et des
Carmes de Caen, assurent toutes que c'est
la même nature , la même qualité , &c.
Il est vrai que tout le Marbre blanc ne
vient
344 MERCURE DE FRANCE
-
vient pas de Paros ; mais il est aussi vrai
que comme nos Connoisseurs , nos Marbriers même , distinguent fort bien le
Marbre de cette Isle , d'avec les autres.
Marbres blancs par la difference du grain,
du poli , de la dureté , &c. On peut distinguer de même le Marbre rougeâtre et
veiné , de Vieux , d'avec les autres Marbres de pareille espece. Celui de Vieux a
cela de particulier , que le poli n'en est nullement beau.
>
Quant au témoignage de l'Inscription,
notre sçavant Prélat y répond en disant
que: Civitas viducassium , signifie là
comme en cent autres lieux des anciens
un Peuple , et non une Ville, Mais je ne
sçai si cette interpretation éludera un témoignage si formel ; on peut bien accorder que Viducasses , est le nom d'un Peuple; mais les Peuples ayant bâti les Villes,
ausquelles ils ont donné des noms particuliers , il est communément arrivé que
dans la suite ces noms particuliers ont
cessé d'être usitez , et qu'on n'a employé
dans le discours que le nom du Peuple
qui les avoit bâties, où dont elles avoient
été capitales. C'est ce qu'on peut reconnoître par la lecture de César , de Pline
de Ptolomée, &c. chez lesquels les noms
de nos Villes d'aujourd'hui,sont des noms
de
AVRIL 1732 645
1
de Peuples , de Nations. Les Viducassiens
ou une partie de ce Peuple ont donc construit la Cité dont il s'agit icy. Il est vrai
que nous ne sçavons pas le nom particulier qu'ils lui donnerent , aussi parfaite
ment que nous sçavons que la Capitale
des Lexoviens s'appelloit Neomagus ; mais
les Monumens trouvez en ce même lieu ,
témoignent évidemment que c'étoit une
Ville ; et les termes de la fameuse Inscription de T. S. Solennis , déterminent à
croire que c'étoit une Ville des Viducassiens.
Au reste , Monsieur , quand je vous
ai dit , en vous envoyant cette Inscription , qu'elle ne se trouvenulle part dans
les differens , Recueils imprimez , je n'ai
pas parlé avec exactitude ; je l'ai depuis
trouvée moi-même , dans le Recueil de
M. Spon , intitulé : Miscellanea erudite
Antiquitatis , &c. 1. vol. fol. Lyon, 1685.
à la page 82. Mais elle y est rapportée
tres-imparfaitement , sur une coppie envoyée à M. Spon , qui ne contenoit que
ce qui se trouve sur les deux côtez du
Piedestal , et rien du tout de ce qui est
gravé sur la face , et qui est pourtant le
plus remarquable et le plus instructif de
ce Monument. J'aurai occasion de vous
en parler encore une fois , mais revenons
à M. Huet,
Cet
45 MERCURE DE FRANCE
Cet habile Ecrivain oppose le silence
'des Historiens , celui de Ptolomée , de
Itineraire d'Antonin , et des Tables de
Peutinger , à ceux qui veulent que Vieux
ait été la Ville des Viducassiens , et qui
outre la tradition du Païs , citent un Passage de Pline , dont je vais parler. Mais on
peut lui répondre avec fondement , que
nous n'avons pas tous les Historiens et
tous les Géographes anciens , que nous
n'avons pas les Ouvrages entiers de tous
ceux qui restent , et que ceux- cy ont encore fait bien des omissions , ce qui ne
peut jamais former qu'un Argument négatif; Argument qui tombe à la vûë des
Monumens découverts à Vieux.
Le silence , au reste , de Ptolomée , est
icy fort mal allégué , puisqu'il est du
moins certain que ce fameux Géographe
liv. 11. chap. 8. en traitant de la Gaule
Lyonnoise: Celto Galatia Lugdunensis situs ; et faisant l'énumeration des Peuples
qui bordent l'Ocean depuis la Seine jusqu'au fond de la basse Bretagne , à l'endroit appellé alors Gobeum Promontorium ,
met parmi ces Peuples , Biducenses , qui
est la même chose que s'il avoit mis viducenses , lequel terme de Biducenses ou
Viducenses , a une égale analogie avec
Vieux , comme Viducasses,
Le
AVRIL 1732% 847.
Le passage de Pline se trouve dans le
18 ch. du 4 liv. M. Huet le rapporte et
en jugé de cette maniere : » Ceux qui
» veulent , dit-il , que Vieux ait été une
Ville , se fondent sur ce Passage de Pli
>> ne , où il met entre les Peuples de la
» Gaule Lyonnoise , Parrhisios , Trecasses,
» Andegavos , Viducasses, Vadicasses;d'où
ils inferent que ces derniers , désignant
» les Peuples du Bessin , les Viducasses
marquent la Ville de Vieux... Mais il
» est tres- probable que dans le Passage de
» Pline , Viducasses ou Fadicasses , sont
» un même nom , qui signifie le Bessin
* et qu'un de ces mots est une diverse
» leçon de l'autre , qui a passé de la mar-
» ge dans le texte , comme il est arrivé
» dans une infinité de lieux des anciens
» Autheurs. De plus , Pline marque des
» Peuples en cet endroit , et non pas des » Villes.
Avant que de réfléchir sur cette Critique de M. Huet , il est bon d'observer
que le Passage de Pline est different dans
toutes les Editions que j'ai vûës , de celui
qu'on vient de lire ; mais pour ne point
entrer icy dans un détail ennuyeux des
Variations , et de différentes leçons qu'on
trouve sur ce sujet , je me contente de
rapporterce même Passage , pris dans l'EB dition
18 MERCURE DE FRANCE
dition du P. Hardouin , la plus récente , et
qu'on a lie de croire la plus correcte de toutes , l'Auteur ayant consulté les meilleurs Manuscrits , et n'ayant ignoré aucunes des Editions imprimées. Or ce Påssage est tel : Parisi , Trecosse's, Andegavi,
Viducasses , Bodiocasses , &c. Par ce der
nier terme , toute la probabilité de M.
Huet disparoît ; on ne croira jamais en
effet que Bodiocasses et Viducasses ne sont
qu'un même nom , qui signifie le Bessin ,
&c. Bodiocasses peut le signifier fort naturellement , et beaucoup mieux que Vadicasses , ainsi toute la conjecture du sçavant Prélat devient plus ingénieuse que
solide.
J'ai répondu cy- dessus à ce qu'il ajoute , qu'en cet endroit Pline marque des
Peuples et non pas des Villes , au sujet de
l'interprétation qu'il donne au terme de
Civitas Viducassium , de l'Inscription de
Torigny trouvée à Vieux ; ainsi , Monsieur,au lieu d'une répetition inutile,jeme
contente de remarquer icy que le P. Hardouin , dans une Note qu'il a faite sur
Pendroit de Pline , dont nous venons de
parler , reconnoît que Ptolomée a parlé
des Viducassiens ; mais on ne sçait sur
quelle autorité il place , comme il fait ,
ce Peuple dans la Basse- Bretagne , et les
recon-
AVRIL 1132 649
reconnoît pour les Fondateurs de la Ville
de Dinan; l'idée en doit paroître singuliere aux bas Normands , sur tout depuis
les Découvertes de Vieux,
la
On voit cependant , que selon les anciens Auteurs , les Viducassiens étoient
un Peuple de la Gaule Lyonnoise, et que
ce Peuple étoit où est Vieux , ou aux environs , vers le Midy et le Couchant..
L'Inscription de Torigny confirme ces
autoritez. Il est plus que probable par
circonstance du lieu où cette Inscription
a été trouvée , que la Ville en question ,
étoit assise sur le Terrain , dont le Village de Vieux , occupe encore une partie
entre la Riviere d'Orne , appellée O'λiva
dans Ptolomée et celle d'Odon.
- Vous sçavez , Monsieur , qu'après la
conquête des Gaules par les Romains
les Monumens publics ne furent plus
gueres érigez dans ce Païs , que dans la
Langue , et selon l'usage et le génie des
Vainqueurs Outre l'Inscription Romaine, dont je viens de parler , qui est toute à la gloire d'un Prêtre Gaulois , vous
avez vû dans ma Lettre , qu'on a trouvé
dans le même lieu , d'autres Inscriptions
Romaines , qui , en prouvant cet usage ,
prouvent aussi que les Romains ont été
long- temps les Maîtres de la Ville des ViBij ducas-
*
750 MERCURE DE FRANCE
ducassiens. Celle qui commence ainsi :
DEOMARTI, &c.indique assez le bas Empire et la décadence des Arts. Plusieurs
Lettres y sont mal formées , et sur tout
les Lettres A. L. o. M. Galland la croïoit
environ dutemps de Claude le Gothique,
mortvers 271.11 croïoit aussi qu'il y avoit
là un Temple dédié au Dieu Mars. Des
deux Consuls , Dialis et Bassus , sommez
dans l'Inscription , le nom dupremier ne
se trouve point, dans les Fastes que nous avons. On en voit du nom du second
Bassus , sous plusieurs Empereurs , mênie
du haut Empire. Il est vrai que dans les
Fastes , les noms des Consuls subrogez ou
substituez sont souvent omis. Le Consul
Dialis , de l'Inscription , étoit peut-être
de cette espece. Au reste, l'ignorant ouvrier a gravé sur le Marbre DIALÆ, au lieu de DIALE. Ce même nom se lit
dans Gruter , 8 Inscript. Edit. de 1707.
pag. 307.
12 ران .
Les autres Inscriptions , quoique mutilées , marquent une plus hauteAntiquité,
par la beauté et par la correction des caracteres ; on y voit les noms de quelques
anciennes Familles Romaines ; entre- autres des Familles Domitia , Novia , Comu
ficia , &c.
Je crois que vous trouverez juste l'obser-
AVRIL. 17523
servation de M. G. au sujet du mot MEMORIA , qui se trouve dans les deux Fragmens d'Inscription , cy devant rapportez ; il signifie là la même chose que Monumentum et Sepulcrum ; on le trouve en
effet, employé en ce sens dans Suetone, qui
dit qu'Othon , avant que de se donner la
mort , laissa le soin de sa Sépulture et de
ses Funérailles à Messaline. Commendans ,
Reliquias suas et Memoriam.
Ce Sçavant Antiquaire pensoit aussi
que Magninus Senecio , dont le nom est
gravé dans l'un de ces Fragmens , pouvoit
bien être le fils et le descendant de ce Senecion , dont parle assez plaisamment le
Rhereur Sénéque , lequel étoit surnommé Grandio, par Sobriquet, à cause de son
affectation ridicule pour tout ce qui
étoit grand dans les choses deson usage
les plus communes. Grands. Vases à boire,
grands Souli rs , grosses Figures , grands
Esclaves , et jusqu'à sa Maîtresse , qui tenoit du Colosse. Le surnom de Magninus
de l'Inscription , ne revient pas mal à célui de Grandio.
La grande quantité de Médailles trouvées à Vieux , et celles qu'on y déterre
tous les jours , méritent une attention
particuliere ; elles démontrent concurBiij remment
652 MERCURE DE FRANCE
•
remment avec les Inscriptions et les autres Monumens , découverts au même
lieu , que les Romains ont été long- tems
en possession dela Ville des Viducassiens.
Ces Médailles , comme je l'ai déja observé , sont depuis les premiers Empereurs
jusqu'aux enfans de Constantin. On peut
donc raisonnablement présumer quecette
Ville a subsisté jusques dans le rv siécle ;
on pourroit former des conjectures
moins solides sur les causes et le temps
plus précis de sa destruction ; circonstances omises par les Historiens ; mais je
ne m'engagerai point dans cette recherche aussi pénible qu'inftuctueuse.
Je me dispense aussi d'examiner si la
Ville de Caen a été bâtie , comme quelques-uns le prétendent , des ruines de
celle des Viducassiens , ou de Vieux. M.
Huet tient pour la négative et soutient
que Caën , du temps de Charles le Chauve , c'est- à- dire , vers 840. n'étoit guéres
plus qu'un Village.
Je finis mes Remarques , en observant
que ce Sçavant Homme , malgré la prevention dont j'ai parlé , semble revenir
au sentiment qu'il a prétendu combattre
au sujet des ruines de Vieux: Voici com
ment il s'exprime , après avoir beaucoup
discouru là-dessus.
»IL
AVRIL. 17321 653
Il est donc beaucoup plus apparent ,
"par tous ces Monumens d'antiquité, qué
» Vieux étoit autrefois un Camp des Ro
»mains , placé sur la Riviere d'Orne ,
» pour y conserver un passage ,
tendant
» vers le Païs ( a ) d'Hiesmes. Ce Camp
» ayant été fixé en ce lieu , donna l'occa-
» sion et le loisir aux Soldats d'y bâtir des
» Maisons , et un Aqueduc , pour leur
در
commodité , dont il reste des ruines.
» La même chose est arrivée en plusieurs
» autres endroits et quelquefois ces .
Camps sont devenus Villes , et quoi-
»que Villes , ils ont retenu le nom de
» Camps , témoin la Ville de Constance ,
qui étoit dans le commencement le
Camp de Constantius Chlorus , Pere de
»Constantin le Grend , et qui dans la suite est devenu une Ville celebre et floris-
» sante. Témoin encore la Ville de Cou
» tance, qui quoique Ville, s'appelle com-
» me la premiere : Constantia Castra. Cela
» se confirme encore par ce grand chemin
» pavé , qui alloit du Bessin dans l'Hies- "
» mois , et qui passe par Vieux-, bâti dơ
» Brique , ainsi que l'Aqueduc.
C'est toujours beaucoup de convenir
que Vieux a pu être une Ville , dont un
( a ) Le Païs d'Hiesmes est un Canton qui comprend une partie du Diocèse de Bayeux.
Biiij Camp
64 MERCURE DE FRANCE
Camp des Romains ait été l'origine. Pour
moi , je croirois plutôt le contraire ; sçavoir , qu'auprès de la Ville Gauloise des
Viducassiens , les Romains la trouvant
bien située , suivant leurs veuës , &c. auroient établi un de leurs Camps , conjecture que j'abandonne encore à votre critique , et que je n'entreprens pas de sou- tenir..
Outre l'aveu que nous venons de remarquer de la part de M. Huet, il n'est
pas indifferent de rapporter icy ce qu'il
nous apprend dans le même chapitre sur
la dénomination de Vieux. Vieux , dit it ,
est appellée Vedioca et Veoca , dans les
vieux titres de l'Abbaye de Fontenay. I
est assez incertain , continue - t- il , si
Veoca et Vedioca ont été formez du mot
de Vieux, ou Vieca de Vedioca, et de Veoce. Le nom de Bayeux ne vient pas de
Bajoca, mais de Biducasses , &c. je ne le
suivrai pas dans le reste de cette discussion étymologique , où notre Auteur ne
dit rien , ce me semble , de solide , n'apprend qu'à douter et ne fait que conjec- turer.
Mais vous me prévenez sans doute icy ,
Monsieur , sur le nom de Vedioca , pour
signifier Vieux , qui se trouve dans les
titres d'une ancienne Abbaye voisine.; et
vous.
AVRIL 1732. 655
vous m'allez dire qu'on ne peut guéres
méconnoître dans ce nom les Biducenses de Ptolomée , et les Badiocasses de
Pline , et le Civitas viducassium de l'Inscription trouvée à Vieux. Votre réfléxion
est juste , et me dispense d'examiner si le
nom de Vieux , ne viendroit point de Vetera Castra ; en supposant dans ce lieu ,
avec M. Huet , un Camp des Romains ';
ou de Ve , du Latin , Vadum , un Gué ;
supposant encore qu'il y en avoit un dans
le même lieu , lequel mot , Ve , s'exprimoit autrefois par Vien ; comme pour
André, on disoit Andrieu , c. toutes
conjectures des plus frivoles , qui ne méritoient pas de sortir d'une pareille plume, et qui tombent d'elles - mêmes par ce que vous venez de voir.
On peut , ce me semble , conclure de
toutes ces observations , que la Ville des
Viducassiens dont deux anciens Ecrivains
ont parlé , étoit située à peu près dans le
terrain , dont le Village de Vieux occupe
aujourd'hui une partie , entre les Rivie
res d'Orne et d'Odon , et que les ruines découvertes dans ce terrain sont celles de
cette ancienne Ville , qu'elle a été considérable du temps que les Romains l'ont
occupée , comme il paroît sur tout par les
beaux restes de son Gymnase , et des acBy com-
656 MERCURE DE FRANCE
compagnemens de cet Edifice public ,
( qu'on n'en voyoit de pareils que dans
les bonnes Villes ) et par les autres Monumens dont on a parlé ; que cette Ville
étoit avantageusement située , à cause des
deux Rivieres , dont l'une lui donnoit la
communication avec la Mer Oceane , l'éloignement n'étant que d'environ 5 lieuës;
que la même Ville devoit être florissante
par le commerce et par la communication qu'elle pouvoit avoir avec les Nations les plus éloignées.
La Médaille Grecque de Diaduménien
en est une preuve indirecte, et cette preu
ve est fortifiée par d'autres Médailles
Grecques et de fabrique étrangere , par
rapport aux Romains , découvertes depuis au même lieu , dont j'espere de vous
entretenir dans une autre Lettre. Celle- cy
s'est allongée beaucoup plus que je ne
croyois ; je soumets à vos lumieres tout ce
qu'elle renferme , et je suis,Monsieur, &c.
deVieux.
L'un des plus Sçavans Hommes que la
Normandie ait porté , je veux dire M.
Huet,Evêque d'Avranches,n'auroit peutêtre pas écrit , comme il a fait , au sujet
de Vieux , si les découvertes dont je viens
de parler , avoient précédé la composition de ses Origines de Caen , l'un des plus
curieux Ouvrages qui ayent été écrits en
ce genre , et le plus rempli de recherches historiques , géographyques , étymologiques, &c. ensortequ'il seroit à souhaiter que chaque Ville un peu importante , et de quelque ancienneté , eut un
Historien à peu près semblable. Il est cependant arrivé à ce grand critique de n'avoir pas toujours écrit avec la même jus tesse
642 MERCURE DE FRANCE
tesse , dans le Livre dont je viens de parler ; cela se remarque sur tout dans l'Article de Vieux ; soit amour de la Patrie ;
qui ne lui a pas permis de reconnoître
dans le même canton une Ville plus an
cienne que Caën , qui de son aveu ne l'est
pas beaucoup , soit prévention ou éloignement de penser , commeon a toujours
fait dans le Païs , à l'égard des ruines de
Vieux, M.Huet ne veut pas que ce soient
les restes d'une ancienne Ville ; et on n'y
voit , selon lui , tout au plus que les vestiges d'un Camp des Romains.
Il est inutile d'entrer icy dans un détail des raisons , ou plutôt des conjectures que rapporte ce Sçavant Ecrivain`,
pour ne point reconnoître une Ville ancienne dans les ruines de Vieux , parce
que ces raisons tombent d'elles- mêmes
depuis les monumens qui y ont été découverts , avant, durant et après les Recherches de M. Foucault ; monumens qui
ne peuvent convenir qu'à une Ville et
à une Ville considérable.
Le plus remarquable de ces monumens ,
et qui fait icy , selon moy , une démons
tration ; c'est , sans doute, le fameux Marbre de Joigny , trouvé à Vieux , il y a déja
bien des années. Ce Marbre, tout à-fait
semblable à celui dela Carriere deVieux ;
est
AVRIL 1732 843
est , comme je l'ai dit ailleurs , le Piédestal , sur lequel étoit élevée la Statuë de
T. SENNIUS SOLENNIS , Grand-Prêtre Gaulois , Homme des plus distinguez dans sa
Nation , lequel étoit originaire de la cité
des Viducassiens. Cette Cité est nommée trois fois dans la longue Inscription , gravée sur le Piédestal dont je vous
ai envoyé une coppie, avec ma Ive Lettre, en sorte qu'on ne peut se refuser à
une preuve si évidente.
M. Huet qui a senti la force de cette
preuve , a cru l'affoiblir , en disant que
quoique ce Marbre soit semblable à celui de
Vieux , il peut bien avoir été tiré de quelqu'autre Carriere de Marbre pareil , qui
aura depuis été épuisée ou recouverte et abandonnée. Tout le Marbre blanc ne vient pas
de Paros, Je vous laisse , Monsieur , à juger de la solidité de ce raisonnement ; et
en attendant , on peut , je crois , s'en raporter au témoignage de quantité de
personnes éclairées , qui ont vu le Piédestal de Torigny , et qui l'ayant comparé
à plusieurs Marbres , tirez de la Carriere
de Vieux entr'autres , avec les Colomnes
qui sont dans les Eglises de S. Jean et des
Carmes de Caen, assurent toutes que c'est
la même nature , la même qualité , &c.
Il est vrai que tout le Marbre blanc ne
vient
344 MERCURE DE FRANCE
-
vient pas de Paros ; mais il est aussi vrai
que comme nos Connoisseurs , nos Marbriers même , distinguent fort bien le
Marbre de cette Isle , d'avec les autres.
Marbres blancs par la difference du grain,
du poli , de la dureté , &c. On peut distinguer de même le Marbre rougeâtre et
veiné , de Vieux , d'avec les autres Marbres de pareille espece. Celui de Vieux a
cela de particulier , que le poli n'en est nullement beau.
>
Quant au témoignage de l'Inscription,
notre sçavant Prélat y répond en disant
que: Civitas viducassium , signifie là
comme en cent autres lieux des anciens
un Peuple , et non une Ville, Mais je ne
sçai si cette interpretation éludera un témoignage si formel ; on peut bien accorder que Viducasses , est le nom d'un Peuple; mais les Peuples ayant bâti les Villes,
ausquelles ils ont donné des noms particuliers , il est communément arrivé que
dans la suite ces noms particuliers ont
cessé d'être usitez , et qu'on n'a employé
dans le discours que le nom du Peuple
qui les avoit bâties, où dont elles avoient
été capitales. C'est ce qu'on peut reconnoître par la lecture de César , de Pline
de Ptolomée, &c. chez lesquels les noms
de nos Villes d'aujourd'hui,sont des noms
de
AVRIL 1732 645
1
de Peuples , de Nations. Les Viducassiens
ou une partie de ce Peuple ont donc construit la Cité dont il s'agit icy. Il est vrai
que nous ne sçavons pas le nom particulier qu'ils lui donnerent , aussi parfaite
ment que nous sçavons que la Capitale
des Lexoviens s'appelloit Neomagus ; mais
les Monumens trouvez en ce même lieu ,
témoignent évidemment que c'étoit une
Ville ; et les termes de la fameuse Inscription de T. S. Solennis , déterminent à
croire que c'étoit une Ville des Viducassiens.
Au reste , Monsieur , quand je vous
ai dit , en vous envoyant cette Inscription , qu'elle ne se trouvenulle part dans
les differens , Recueils imprimez , je n'ai
pas parlé avec exactitude ; je l'ai depuis
trouvée moi-même , dans le Recueil de
M. Spon , intitulé : Miscellanea erudite
Antiquitatis , &c. 1. vol. fol. Lyon, 1685.
à la page 82. Mais elle y est rapportée
tres-imparfaitement , sur une coppie envoyée à M. Spon , qui ne contenoit que
ce qui se trouve sur les deux côtez du
Piedestal , et rien du tout de ce qui est
gravé sur la face , et qui est pourtant le
plus remarquable et le plus instructif de
ce Monument. J'aurai occasion de vous
en parler encore une fois , mais revenons
à M. Huet,
Cet
45 MERCURE DE FRANCE
Cet habile Ecrivain oppose le silence
'des Historiens , celui de Ptolomée , de
Itineraire d'Antonin , et des Tables de
Peutinger , à ceux qui veulent que Vieux
ait été la Ville des Viducassiens , et qui
outre la tradition du Païs , citent un Passage de Pline , dont je vais parler. Mais on
peut lui répondre avec fondement , que
nous n'avons pas tous les Historiens et
tous les Géographes anciens , que nous
n'avons pas les Ouvrages entiers de tous
ceux qui restent , et que ceux- cy ont encore fait bien des omissions , ce qui ne
peut jamais former qu'un Argument négatif; Argument qui tombe à la vûë des
Monumens découverts à Vieux.
Le silence , au reste , de Ptolomée , est
icy fort mal allégué , puisqu'il est du
moins certain que ce fameux Géographe
liv. 11. chap. 8. en traitant de la Gaule
Lyonnoise: Celto Galatia Lugdunensis situs ; et faisant l'énumeration des Peuples
qui bordent l'Ocean depuis la Seine jusqu'au fond de la basse Bretagne , à l'endroit appellé alors Gobeum Promontorium ,
met parmi ces Peuples , Biducenses , qui
est la même chose que s'il avoit mis viducenses , lequel terme de Biducenses ou
Viducenses , a une égale analogie avec
Vieux , comme Viducasses,
Le
AVRIL 1732% 847.
Le passage de Pline se trouve dans le
18 ch. du 4 liv. M. Huet le rapporte et
en jugé de cette maniere : » Ceux qui
» veulent , dit-il , que Vieux ait été une
Ville , se fondent sur ce Passage de Pli
>> ne , où il met entre les Peuples de la
» Gaule Lyonnoise , Parrhisios , Trecasses,
» Andegavos , Viducasses, Vadicasses;d'où
ils inferent que ces derniers , désignant
» les Peuples du Bessin , les Viducasses
marquent la Ville de Vieux... Mais il
» est tres- probable que dans le Passage de
» Pline , Viducasses ou Fadicasses , sont
» un même nom , qui signifie le Bessin
* et qu'un de ces mots est une diverse
» leçon de l'autre , qui a passé de la mar-
» ge dans le texte , comme il est arrivé
» dans une infinité de lieux des anciens
» Autheurs. De plus , Pline marque des
» Peuples en cet endroit , et non pas des » Villes.
Avant que de réfléchir sur cette Critique de M. Huet , il est bon d'observer
que le Passage de Pline est different dans
toutes les Editions que j'ai vûës , de celui
qu'on vient de lire ; mais pour ne point
entrer icy dans un détail ennuyeux des
Variations , et de différentes leçons qu'on
trouve sur ce sujet , je me contente de
rapporterce même Passage , pris dans l'EB dition
18 MERCURE DE FRANCE
dition du P. Hardouin , la plus récente , et
qu'on a lie de croire la plus correcte de toutes , l'Auteur ayant consulté les meilleurs Manuscrits , et n'ayant ignoré aucunes des Editions imprimées. Or ce Påssage est tel : Parisi , Trecosse's, Andegavi,
Viducasses , Bodiocasses , &c. Par ce der
nier terme , toute la probabilité de M.
Huet disparoît ; on ne croira jamais en
effet que Bodiocasses et Viducasses ne sont
qu'un même nom , qui signifie le Bessin ,
&c. Bodiocasses peut le signifier fort naturellement , et beaucoup mieux que Vadicasses , ainsi toute la conjecture du sçavant Prélat devient plus ingénieuse que
solide.
J'ai répondu cy- dessus à ce qu'il ajoute , qu'en cet endroit Pline marque des
Peuples et non pas des Villes , au sujet de
l'interprétation qu'il donne au terme de
Civitas Viducassium , de l'Inscription de
Torigny trouvée à Vieux ; ainsi , Monsieur,au lieu d'une répetition inutile,jeme
contente de remarquer icy que le P. Hardouin , dans une Note qu'il a faite sur
Pendroit de Pline , dont nous venons de
parler , reconnoît que Ptolomée a parlé
des Viducassiens ; mais on ne sçait sur
quelle autorité il place , comme il fait ,
ce Peuple dans la Basse- Bretagne , et les
recon-
AVRIL 1132 649
reconnoît pour les Fondateurs de la Ville
de Dinan; l'idée en doit paroître singuliere aux bas Normands , sur tout depuis
les Découvertes de Vieux,
la
On voit cependant , que selon les anciens Auteurs , les Viducassiens étoient
un Peuple de la Gaule Lyonnoise, et que
ce Peuple étoit où est Vieux , ou aux environs , vers le Midy et le Couchant..
L'Inscription de Torigny confirme ces
autoritez. Il est plus que probable par
circonstance du lieu où cette Inscription
a été trouvée , que la Ville en question ,
étoit assise sur le Terrain , dont le Village de Vieux , occupe encore une partie
entre la Riviere d'Orne , appellée O'λiva
dans Ptolomée et celle d'Odon.
- Vous sçavez , Monsieur , qu'après la
conquête des Gaules par les Romains
les Monumens publics ne furent plus
gueres érigez dans ce Païs , que dans la
Langue , et selon l'usage et le génie des
Vainqueurs Outre l'Inscription Romaine, dont je viens de parler , qui est toute à la gloire d'un Prêtre Gaulois , vous
avez vû dans ma Lettre , qu'on a trouvé
dans le même lieu , d'autres Inscriptions
Romaines , qui , en prouvant cet usage ,
prouvent aussi que les Romains ont été
long- temps les Maîtres de la Ville des ViBij ducas-
*
750 MERCURE DE FRANCE
ducassiens. Celle qui commence ainsi :
DEOMARTI, &c.indique assez le bas Empire et la décadence des Arts. Plusieurs
Lettres y sont mal formées , et sur tout
les Lettres A. L. o. M. Galland la croïoit
environ dutemps de Claude le Gothique,
mortvers 271.11 croïoit aussi qu'il y avoit
là un Temple dédié au Dieu Mars. Des
deux Consuls , Dialis et Bassus , sommez
dans l'Inscription , le nom dupremier ne
se trouve point, dans les Fastes que nous avons. On en voit du nom du second
Bassus , sous plusieurs Empereurs , mênie
du haut Empire. Il est vrai que dans les
Fastes , les noms des Consuls subrogez ou
substituez sont souvent omis. Le Consul
Dialis , de l'Inscription , étoit peut-être
de cette espece. Au reste, l'ignorant ouvrier a gravé sur le Marbre DIALÆ, au lieu de DIALE. Ce même nom se lit
dans Gruter , 8 Inscript. Edit. de 1707.
pag. 307.
12 ران .
Les autres Inscriptions , quoique mutilées , marquent une plus hauteAntiquité,
par la beauté et par la correction des caracteres ; on y voit les noms de quelques
anciennes Familles Romaines ; entre- autres des Familles Domitia , Novia , Comu
ficia , &c.
Je crois que vous trouverez juste l'obser-
AVRIL. 17523
servation de M. G. au sujet du mot MEMORIA , qui se trouve dans les deux Fragmens d'Inscription , cy devant rapportez ; il signifie là la même chose que Monumentum et Sepulcrum ; on le trouve en
effet, employé en ce sens dans Suetone, qui
dit qu'Othon , avant que de se donner la
mort , laissa le soin de sa Sépulture et de
ses Funérailles à Messaline. Commendans ,
Reliquias suas et Memoriam.
Ce Sçavant Antiquaire pensoit aussi
que Magninus Senecio , dont le nom est
gravé dans l'un de ces Fragmens , pouvoit
bien être le fils et le descendant de ce Senecion , dont parle assez plaisamment le
Rhereur Sénéque , lequel étoit surnommé Grandio, par Sobriquet, à cause de son
affectation ridicule pour tout ce qui
étoit grand dans les choses deson usage
les plus communes. Grands. Vases à boire,
grands Souli rs , grosses Figures , grands
Esclaves , et jusqu'à sa Maîtresse , qui tenoit du Colosse. Le surnom de Magninus
de l'Inscription , ne revient pas mal à célui de Grandio.
La grande quantité de Médailles trouvées à Vieux , et celles qu'on y déterre
tous les jours , méritent une attention
particuliere ; elles démontrent concurBiij remment
652 MERCURE DE FRANCE
•
remment avec les Inscriptions et les autres Monumens , découverts au même
lieu , que les Romains ont été long- tems
en possession dela Ville des Viducassiens.
Ces Médailles , comme je l'ai déja observé , sont depuis les premiers Empereurs
jusqu'aux enfans de Constantin. On peut
donc raisonnablement présumer quecette
Ville a subsisté jusques dans le rv siécle ;
on pourroit former des conjectures
moins solides sur les causes et le temps
plus précis de sa destruction ; circonstances omises par les Historiens ; mais je
ne m'engagerai point dans cette recherche aussi pénible qu'inftuctueuse.
Je me dispense aussi d'examiner si la
Ville de Caen a été bâtie , comme quelques-uns le prétendent , des ruines de
celle des Viducassiens , ou de Vieux. M.
Huet tient pour la négative et soutient
que Caën , du temps de Charles le Chauve , c'est- à- dire , vers 840. n'étoit guéres
plus qu'un Village.
Je finis mes Remarques , en observant
que ce Sçavant Homme , malgré la prevention dont j'ai parlé , semble revenir
au sentiment qu'il a prétendu combattre
au sujet des ruines de Vieux: Voici com
ment il s'exprime , après avoir beaucoup
discouru là-dessus.
»IL
AVRIL. 17321 653
Il est donc beaucoup plus apparent ,
"par tous ces Monumens d'antiquité, qué
» Vieux étoit autrefois un Camp des Ro
»mains , placé sur la Riviere d'Orne ,
» pour y conserver un passage ,
tendant
» vers le Païs ( a ) d'Hiesmes. Ce Camp
» ayant été fixé en ce lieu , donna l'occa-
» sion et le loisir aux Soldats d'y bâtir des
» Maisons , et un Aqueduc , pour leur
در
commodité , dont il reste des ruines.
» La même chose est arrivée en plusieurs
» autres endroits et quelquefois ces .
Camps sont devenus Villes , et quoi-
»que Villes , ils ont retenu le nom de
» Camps , témoin la Ville de Constance ,
qui étoit dans le commencement le
Camp de Constantius Chlorus , Pere de
»Constantin le Grend , et qui dans la suite est devenu une Ville celebre et floris-
» sante. Témoin encore la Ville de Cou
» tance, qui quoique Ville, s'appelle com-
» me la premiere : Constantia Castra. Cela
» se confirme encore par ce grand chemin
» pavé , qui alloit du Bessin dans l'Hies- "
» mois , et qui passe par Vieux-, bâti dơ
» Brique , ainsi que l'Aqueduc.
C'est toujours beaucoup de convenir
que Vieux a pu être une Ville , dont un
( a ) Le Païs d'Hiesmes est un Canton qui comprend une partie du Diocèse de Bayeux.
Biiij Camp
64 MERCURE DE FRANCE
Camp des Romains ait été l'origine. Pour
moi , je croirois plutôt le contraire ; sçavoir , qu'auprès de la Ville Gauloise des
Viducassiens , les Romains la trouvant
bien située , suivant leurs veuës , &c. auroient établi un de leurs Camps , conjecture que j'abandonne encore à votre critique , et que je n'entreprens pas de sou- tenir..
Outre l'aveu que nous venons de remarquer de la part de M. Huet, il n'est
pas indifferent de rapporter icy ce qu'il
nous apprend dans le même chapitre sur
la dénomination de Vieux. Vieux , dit it ,
est appellée Vedioca et Veoca , dans les
vieux titres de l'Abbaye de Fontenay. I
est assez incertain , continue - t- il , si
Veoca et Vedioca ont été formez du mot
de Vieux, ou Vieca de Vedioca, et de Veoce. Le nom de Bayeux ne vient pas de
Bajoca, mais de Biducasses , &c. je ne le
suivrai pas dans le reste de cette discussion étymologique , où notre Auteur ne
dit rien , ce me semble , de solide , n'apprend qu'à douter et ne fait que conjec- turer.
Mais vous me prévenez sans doute icy ,
Monsieur , sur le nom de Vedioca , pour
signifier Vieux , qui se trouve dans les
titres d'une ancienne Abbaye voisine.; et
vous.
AVRIL 1732. 655
vous m'allez dire qu'on ne peut guéres
méconnoître dans ce nom les Biducenses de Ptolomée , et les Badiocasses de
Pline , et le Civitas viducassium de l'Inscription trouvée à Vieux. Votre réfléxion
est juste , et me dispense d'examiner si le
nom de Vieux , ne viendroit point de Vetera Castra ; en supposant dans ce lieu ,
avec M. Huet , un Camp des Romains ';
ou de Ve , du Latin , Vadum , un Gué ;
supposant encore qu'il y en avoit un dans
le même lieu , lequel mot , Ve , s'exprimoit autrefois par Vien ; comme pour
André, on disoit Andrieu , c. toutes
conjectures des plus frivoles , qui ne méritoient pas de sortir d'une pareille plume, et qui tombent d'elles - mêmes par ce que vous venez de voir.
On peut , ce me semble , conclure de
toutes ces observations , que la Ville des
Viducassiens dont deux anciens Ecrivains
ont parlé , étoit située à peu près dans le
terrain , dont le Village de Vieux occupe
aujourd'hui une partie , entre les Rivie
res d'Orne et d'Odon , et que les ruines découvertes dans ce terrain sont celles de
cette ancienne Ville , qu'elle a été considérable du temps que les Romains l'ont
occupée , comme il paroît sur tout par les
beaux restes de son Gymnase , et des acBy com-
656 MERCURE DE FRANCE
compagnemens de cet Edifice public ,
( qu'on n'en voyoit de pareils que dans
les bonnes Villes ) et par les autres Monumens dont on a parlé ; que cette Ville
étoit avantageusement située , à cause des
deux Rivieres , dont l'une lui donnoit la
communication avec la Mer Oceane , l'éloignement n'étant que d'environ 5 lieuës;
que la même Ville devoit être florissante
par le commerce et par la communication qu'elle pouvoit avoir avec les Nations les plus éloignées.
La Médaille Grecque de Diaduménien
en est une preuve indirecte, et cette preu
ve est fortifiée par d'autres Médailles
Grecques et de fabrique étrangere , par
rapport aux Romains , découvertes depuis au même lieu , dont j'espere de vous
entretenir dans une autre Lettre. Celle- cy
s'est allongée beaucoup plus que je ne
croyois ; je soumets à vos lumieres tout ce
qu'elle renferme , et je suis,Monsieur, &c.
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Résumé : REMARQUES sur les ruines de Vieux.
Le texte traite des ruines de Vieux, une ville en Normandie, et des débats historiques concernant son ancienneté et son importance. M. Huet, évêque d'Avranches, dans son ouvrage 'Origines de Caen', ne reconnaît pas Vieux comme une ancienne ville, y voyant plutôt les vestiges d'un camp romain. L'auteur conteste cette vision en se basant sur plusieurs monuments découverts à Vieux, notamment le marbre de Joigny, un piédestal de statue dédié à T. Sennius Solennis, un grand-prêtre gaulois des Viducassiens. Cette inscription mentionne trois fois la cité des Viducassiens, prouvant ainsi l'existence d'une ville ancienne. Huet tente de minimiser cette preuve en suggérant que le marbre pourrait provenir d'une autre carrière. L'auteur réfute cette hypothèse en soulignant que des experts peuvent distinguer le marbre de Vieux par ses caractéristiques spécifiques. Le texte aborde également le silence des historiens anciens comme Ptolémée et l'Itinéraire d'Antonin concernant Vieux, mais note que ces silences ne sont pas concluants face aux preuves matérielles. L'auteur cite un passage de Pline qui mentionne les Viducassiens et conteste l'interprétation de Huet selon laquelle ce terme désignerait simplement un peuple et non une ville. Le texte mentionne diverses inscriptions romaines et médailles trouvées à Vieux, témoignant de la présence romaine prolongée dans la ville des Viducassiens. Ces découvertes confirment l'importance historique de Vieux et contredisent l'opinion de Huet. Les médailles trouvées sur le site permettent de dater la présence romaine jusqu'aux enfants de Constantin, soit au IVe siècle. La ville de Caen, quant à elle, n'était qu'un village au temps de Charles le Chauve, vers 840. L'auteur refuse de spéculer sur la destruction de la ville des Viducassiens, un sujet omis par les historiens. Il mentionne également les débats sur l'origine de Caen, certains affirmant qu'elle aurait été construite à partir des ruines de la ville des Viducassiens ou de Vieux. Des vestiges comme un aqueduc et un chemin pavé soutiennent l'hypothèse que Vieux aurait pu devenir une ville. L'auteur conclut que la ville des Viducassiens était située dans la région actuelle de Vieux, entre les rivières d'Orne et d'Odon, et qu'elle était prospère grâce à sa situation stratégique et à son commerce. Des médailles grecques et étrangères découvertes sur place renforcent cette conclusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 772-774
LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
Début :
MESSIEURS, L'honneur que j'ai d'être Membre de [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Médailles, Directeur, Académie impériale de peinture et de sculpture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
LETTRE écrite à l'Académie Royale
de Peinture et de Sculpture , par M.VanSchuppen , Peintre du Roy , et Conseiller
de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpti-·
re , de laquelle il est Directeur.
MESSIEURS,
L'honneur que j'ai d'être Membre de votre it
lustre Académie , me fait un devoir de vous informer de l'avancement de celle de Vienne. J'ai
été exact à vous apprendre que S. M. I. dans la
vue de contribuer au progrès des Arts Liberaux ,
ayant résolu de rétablir l'Académie publique de
Peinture et de Sculpture , telle qu'elle étoit du
temps de l'Empereur Joseph , m'avoit honoré de
la place de Directeur , avec les attributions des
Privileges, Prérogativés et Immunitez y annexés.
J'ai depuis conduit cette Académie avec succès;
mais elle n'avoit point encore de forme et manquoit de bien des choses. Cependant l'Empereur
qui aime les Beaux- Arts et qui en connoît l'agrément et l'utilité , s'en étant déclaré le Protecteur , j'ai fait de très humbles remontrances pour
obtenir un Logement et des augmentations qui
m'ont été accordés. L'Académie occupe présentement une maison convenable , qu'il m'a été
permis de choisir dans le plus beau quartier de la
Ville , et pour laquelle on paye cinq mille livres;
elle en a autant pour son entretien , avec quaran- te voyes de bois pour le chauffage ; ensorte que
la dépense de notre Académie passe quatorze mille
NERVA
AVC
mille
AVRIL. 1732. 773
mille francs , sans comprendre les appointemens
duDirecteur , qui ont été augmentés jusqu'a cinq
mille livres , non- plus que ceux du Secretaire ,
qui sont aujourd'hui de dix- huit cens livres. Ita
aussi été frappé des Médailles pour les Prix ,
elles ont d'un côté la tête de l'Empereur , avec
cette Legende , IMP. CAES. CAROLUS VI. P. FEL.
AUG. PATER. ARTIUM. et au Revers , Minerve
assise , tenant une Corne d'abondance , d'où il
sort des Médailles pour récompenser la Peinture
et la Sculpture , désignées par deux Enfans , dont
Pun tient des Pinceaux avec une Palette , et lautre un Compas , mesurant une Statue , on lit
autour AUGUSTA DONA MINERVA. En voici
l'empreinte en taille- douce.
La premiere distribution de ces Médailles , an
nombre de quatre ; sçavoir , deux d'or et deux
d'argent , se fit publiquement le jour de l'Octave
de S. Charles , Patron de l'Empereur , au bruit des Trompettes et des Timbales. L'Assemblée
fut très- nombreuse , notre Vice- Protecteur M. le
Comte d'Althan , Sur- Intendant des Bâtimens ,
et M. le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier , s'y trouverent avec les Ministres et les personnes les plus considerables de la Cour. L'Empereur a voulu voir les Ouvrages de Peinture et
de Sculpture qui ont remporté ces Prix , et j'ai
eu l'honneur de présenter à S. M. 1. les Eleves
qui les ont faits.
Je vous dois , Messieurs , ce détail , puisque
c'est dans votre sçavante Ecole que j'ai puisé les Principes de la Peinture , et que c'est l'honneur
d'être d'une Académie aussi celebre , qui m'a fait
connoître à la Cour de Vienne, et qui m'a pro- curé la Direction de la nouvelle Académie Imperiale de Peinture et de Sculpture. Je vous deGiiij mande
774 MERCURE DE FRANCE
mande la continuation de votre affection , et j'espere que vous voudrez bien me l'accorder , personne n'étant avec plus de respect et de veneration, Messieurs, Votre très-humble et très- obéissant serviteur, J. VAN-SCHUPPEN.
A Vienne le 9. de Janvier 1732.
de Peinture et de Sculpture , par M.VanSchuppen , Peintre du Roy , et Conseiller
de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpti-·
re , de laquelle il est Directeur.
MESSIEURS,
L'honneur que j'ai d'être Membre de votre it
lustre Académie , me fait un devoir de vous informer de l'avancement de celle de Vienne. J'ai
été exact à vous apprendre que S. M. I. dans la
vue de contribuer au progrès des Arts Liberaux ,
ayant résolu de rétablir l'Académie publique de
Peinture et de Sculpture , telle qu'elle étoit du
temps de l'Empereur Joseph , m'avoit honoré de
la place de Directeur , avec les attributions des
Privileges, Prérogativés et Immunitez y annexés.
J'ai depuis conduit cette Académie avec succès;
mais elle n'avoit point encore de forme et manquoit de bien des choses. Cependant l'Empereur
qui aime les Beaux- Arts et qui en connoît l'agrément et l'utilité , s'en étant déclaré le Protecteur , j'ai fait de très humbles remontrances pour
obtenir un Logement et des augmentations qui
m'ont été accordés. L'Académie occupe présentement une maison convenable , qu'il m'a été
permis de choisir dans le plus beau quartier de la
Ville , et pour laquelle on paye cinq mille livres;
elle en a autant pour son entretien , avec quaran- te voyes de bois pour le chauffage ; ensorte que
la dépense de notre Académie passe quatorze mille
NERVA
AVC
mille
AVRIL. 1732. 773
mille francs , sans comprendre les appointemens
duDirecteur , qui ont été augmentés jusqu'a cinq
mille livres , non- plus que ceux du Secretaire ,
qui sont aujourd'hui de dix- huit cens livres. Ita
aussi été frappé des Médailles pour les Prix ,
elles ont d'un côté la tête de l'Empereur , avec
cette Legende , IMP. CAES. CAROLUS VI. P. FEL.
AUG. PATER. ARTIUM. et au Revers , Minerve
assise , tenant une Corne d'abondance , d'où il
sort des Médailles pour récompenser la Peinture
et la Sculpture , désignées par deux Enfans , dont
Pun tient des Pinceaux avec une Palette , et lautre un Compas , mesurant une Statue , on lit
autour AUGUSTA DONA MINERVA. En voici
l'empreinte en taille- douce.
La premiere distribution de ces Médailles , an
nombre de quatre ; sçavoir , deux d'or et deux
d'argent , se fit publiquement le jour de l'Octave
de S. Charles , Patron de l'Empereur , au bruit des Trompettes et des Timbales. L'Assemblée
fut très- nombreuse , notre Vice- Protecteur M. le
Comte d'Althan , Sur- Intendant des Bâtimens ,
et M. le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier , s'y trouverent avec les Ministres et les personnes les plus considerables de la Cour. L'Empereur a voulu voir les Ouvrages de Peinture et
de Sculpture qui ont remporté ces Prix , et j'ai
eu l'honneur de présenter à S. M. 1. les Eleves
qui les ont faits.
Je vous dois , Messieurs , ce détail , puisque
c'est dans votre sçavante Ecole que j'ai puisé les Principes de la Peinture , et que c'est l'honneur
d'être d'une Académie aussi celebre , qui m'a fait
connoître à la Cour de Vienne, et qui m'a pro- curé la Direction de la nouvelle Académie Imperiale de Peinture et de Sculpture. Je vous deGiiij mande
774 MERCURE DE FRANCE
mande la continuation de votre affection , et j'espere que vous voudrez bien me l'accorder , personne n'étant avec plus de respect et de veneration, Messieurs, Votre très-humble et très- obéissant serviteur, J. VAN-SCHUPPEN.
A Vienne le 9. de Janvier 1732.
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Résumé : LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
Dans une lettre à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, M. Van-Schuppen, Peintre du Roi et Conseiller, informe de l'avancement de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture de Vienne, dont il est Directeur. L'Empereur Charles VI a restauré cette Académie pour promouvoir les Arts Libéraux et a nommé Van-Schuppen à sa tête avec divers privilèges. L'Académie a obtenu un logement approprié à Vienne et des fonds pour son entretien et le chauffage. Les salaires du Directeur et du Secrétaire ont été augmentés. Des médailles ont été créées pour récompenser les lauréats en peinture et sculpture, avec des légendes honorant l'Empereur et les arts. La première distribution de ces médailles a eu lieu publiquement en présence de dignitaires et de l'Empereur, qui a montré son intérêt pour les œuvres primées. Van-Schuppen exprime sa gratitude envers l'Académie Royale pour les principes acquis et l'honneur de diriger l'Académie de Vienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 976-977
SUITE des Médailles du Roy.
Début :
Depuis la derniere Médaille dont nous avons donné la gravure [...]
Mots clefs :
Médailles, Gravure, Pont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Médailles du Roy.
SUITE des Médailles du Roy.
Depuis la derniere Médaille dont nous
avons donné la gravure dans le Mercure
du mois de Mars 1731. frappée au sujet
de la Naissance DU DUC D'ANJOU , on en
a frappé deux autres , dont nous nous
faisons un devoir de parler et d'illustrer
ce Livre , par la représentation des deux
differens Revers , qui sont autant de Monumens Historiques du glorieux Regne
de S. M. Nous nous dispensons d'en donner la Face, parce que c'est la même qui
a déja paru sur les derniers Médailles ,
c'est- à-dire , la Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Laurier , avec la Lé
gende ordinaire.
Le Revers de la premiere de ces deux
Médailles , représente le magnifique Pont
que le Roy a fait construire à Compiégne , ville de Picardie , située au conAuent des Rivieres d'Oise & d'Aisne, avec
cette Légende : COMPENDIUM ORNATUM
ET LOCUPLETATUM; et dans l'Exergue :
PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC.
XXX .
Dans le Revers de l'autre Médaille , on
NOC
MORNATUA
MPENDIUM
PAX
SARA
ET
LOCUPLE!
PLETATU
PONTE NOVO 1SARE IMPOSITO MDCC XXX.
PROVI
META NOVIS
OPERIBUS MUNITA MDCCXXXIL
DA
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1732. 1977
voit Minerve assise et environnée des
principaux attributs de la Prudence et de
la Paix, qui remet au génie de l'Architec
ture Militaire le Plan des nouvelles Fortifications de Mets , avec ces mots : Pax
PROVIDA. L'Exergue contient cette Inscription : METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.
Depuis la derniere Médaille dont nous
avons donné la gravure dans le Mercure
du mois de Mars 1731. frappée au sujet
de la Naissance DU DUC D'ANJOU , on en
a frappé deux autres , dont nous nous
faisons un devoir de parler et d'illustrer
ce Livre , par la représentation des deux
differens Revers , qui sont autant de Monumens Historiques du glorieux Regne
de S. M. Nous nous dispensons d'en donner la Face, parce que c'est la même qui
a déja paru sur les derniers Médailles ,
c'est- à-dire , la Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Laurier , avec la Lé
gende ordinaire.
Le Revers de la premiere de ces deux
Médailles , représente le magnifique Pont
que le Roy a fait construire à Compiégne , ville de Picardie , située au conAuent des Rivieres d'Oise & d'Aisne, avec
cette Légende : COMPENDIUM ORNATUM
ET LOCUPLETATUM; et dans l'Exergue :
PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC.
XXX .
Dans le Revers de l'autre Médaille , on
NOC
MORNATUA
MPENDIUM
PAX
SARA
ET
LOCUPLE!
PLETATU
PONTE NOVO 1SARE IMPOSITO MDCC XXX.
PROVI
META NOVIS
OPERIBUS MUNITA MDCCXXXIL
DA
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1732. 1977
voit Minerve assise et environnée des
principaux attributs de la Prudence et de
la Paix, qui remet au génie de l'Architec
ture Militaire le Plan des nouvelles Fortifications de Mets , avec ces mots : Pax
PROVIDA. L'Exergue contient cette Inscription : METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.
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Résumé : SUITE des Médailles du Roy.
Le texte évoque deux médailles royales frappées après celle célébrant la naissance du duc d'Anjou en mars 1731. Ces médailles commémorent des réalisations du règne du roi. La première médaille représente un pont construit à Compiègne, ville de Picardie située à la confluence des rivières Oise et Aisne. La légende de cette médaille est 'COMPENDIUM ORNATUM ET LOCUPLETATUM' et l'exergue indique 'PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC. XXX.' La seconde médaille montre Minerve, déesse de la Prudence et de la Paix, remettant au génie de l'architecture militaire le plan des nouvelles fortifications de Metz. La légende de cette médaille est 'PAX PROVIDA' et l'exergue 'METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.' Les deux médailles partagent la même face, représentant la tête du roi couronnée de laurier avec la légende ordinaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 1011-1014
Médailles mises au Pont de Compiegne, Ceremonie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Dubois, Directeur Géneral des Ponts et Chaussées, toujours attentif [...]
Mots clefs :
Pont, Compiègne, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Médailles mises au Pont de Compiegne, Ceremonie, &c. [titre d'après la table]
M. Dubois , Directeur Géneral des
Ponts et Chaussées , toujours attentif à
tout ce qui peut contribuer à l'embelissement des Maisons Royales et à l'utilité
publique, ayant présenté au Roi il y a
deux ans le dessein d'un Pont , pour la
Hv partic
1012 MERCURE DE FRANCE
partie septentrionale de la Ville de Compiegne,sur la riviere d'Oyse qui en arrose
les murailles de ce côté- là , S.M.l'aprouva,
et voulut poser la premiere pierre duPont en attendant de mettre l'année suivante
dans une des Piles qui soutient une des
Arches de ce somptueux Edifice , des Médailles d'Or , d'Argent et de Bronze ;
mais une maladie épidemique qui regnoit,
dans la ville et aux environs de Compiegne , ayant interrompu le voyage, que
S. M. avoit résolu d'y faire , cette céremonie fut suspendue jusqu'au 11 du présent mois. Voicy comment elle se fit.
Après le Salut , le Roi se rendit au nou
veau Pont , accompagné des principauxSeigneurs de sa Cour , et d'une affluenceextraordinaire de peuple ; étant descendu
de Carosse au bord de la Riviere , M. Dubois alla recevoir S. M. dans une gondole
magnifique et la conduisit à la pile du
Pont où la céremonie devoit se faire. On
avoit fait dresser un échafaut trés - propre
sur lequel on avoit placé une table avec
un tapis : c'est là que M. Dubois avoit
mis la boëte de bois de cedre , dans laquel
le il y avoit six grandes Médailles , une
d'Or , deux d'Argent et trois de Bronze ,
laquelle fut présentée au Roi par M. Dubois, qui après l'avoir reprise des mains de
S. M.
M A Y. 1732. 1013
S.M. la ferma et la mit dans une autre boëte de plomb , laquelle fut soudée en presence duRoi, après quoi cette double boëte fut encore présentée à S.M. qui la plaça
dans le lieu destiné, et pour la couvrir arrangea elle - même des cales et du ciment
avec une petite truelle d'argent que M.
Dubois lui présenta , autour d'une grosse pierre qui y fut posée ; ensuite S.
M. pressa les cales avec un petit marteau
d'Argent que M. Dubois avoit fait faire
exprès.
Cela fait , le Roi suivi des mêmes Seigneurs rentra dans la gondole , et ayant
traversé la riviere , il vit du bord la manœuvre d'une excellente gruë , qui servoit à vouter la derniere Arche du Pont
du côté de la Campagne : elle parutà S. M.
aussi hardie que magnifique. "
Ensuite le Roi ayant repassé la riviere ,
s'avança à pied vers la ville pour voir
l'emplacement d'une porte d'un dessein
admirable qui doit être faite pour con
duire au Pont , et dont le plan qu'en a
tracé le sieur de la Hitte , Inspecteur Général des Ponts er Chaussées , fut fort ap
prouvé par le Roi , ainsi que tout ce qu'il
avoit vu au Pont : après quoi S. M. et toute sa suite se rendirent au Cours où
étoit un détachement de cent hommes du
Hvj Regi
1014 MERCURE DE FRANCE
Regiment de Bourgogne : le Roi leur fit
donner 15 Louis , S. M. en avoit fait donner autant aux Ouvriers du Pont. Après cela le Roi monta en Carosse et arriva au
Château , fort satisfait du zele M. Du- que
bois fait patoître dans toutes les occasions
où il s'agit de remplir les devoirs de sa
Charge.
Ponts et Chaussées , toujours attentif à
tout ce qui peut contribuer à l'embelissement des Maisons Royales et à l'utilité
publique, ayant présenté au Roi il y a
deux ans le dessein d'un Pont , pour la
Hv partic
1012 MERCURE DE FRANCE
partie septentrionale de la Ville de Compiegne,sur la riviere d'Oyse qui en arrose
les murailles de ce côté- là , S.M.l'aprouva,
et voulut poser la premiere pierre duPont en attendant de mettre l'année suivante
dans une des Piles qui soutient une des
Arches de ce somptueux Edifice , des Médailles d'Or , d'Argent et de Bronze ;
mais une maladie épidemique qui regnoit,
dans la ville et aux environs de Compiegne , ayant interrompu le voyage, que
S. M. avoit résolu d'y faire , cette céremonie fut suspendue jusqu'au 11 du présent mois. Voicy comment elle se fit.
Après le Salut , le Roi se rendit au nou
veau Pont , accompagné des principauxSeigneurs de sa Cour , et d'une affluenceextraordinaire de peuple ; étant descendu
de Carosse au bord de la Riviere , M. Dubois alla recevoir S. M. dans une gondole
magnifique et la conduisit à la pile du
Pont où la céremonie devoit se faire. On
avoit fait dresser un échafaut trés - propre
sur lequel on avoit placé une table avec
un tapis : c'est là que M. Dubois avoit
mis la boëte de bois de cedre , dans laquel
le il y avoit six grandes Médailles , une
d'Or , deux d'Argent et trois de Bronze ,
laquelle fut présentée au Roi par M. Dubois, qui après l'avoir reprise des mains de
S. M.
M A Y. 1732. 1013
S.M. la ferma et la mit dans une autre boëte de plomb , laquelle fut soudée en presence duRoi, après quoi cette double boëte fut encore présentée à S.M. qui la plaça
dans le lieu destiné, et pour la couvrir arrangea elle - même des cales et du ciment
avec une petite truelle d'argent que M.
Dubois lui présenta , autour d'une grosse pierre qui y fut posée ; ensuite S.
M. pressa les cales avec un petit marteau
d'Argent que M. Dubois avoit fait faire
exprès.
Cela fait , le Roi suivi des mêmes Seigneurs rentra dans la gondole , et ayant
traversé la riviere , il vit du bord la manœuvre d'une excellente gruë , qui servoit à vouter la derniere Arche du Pont
du côté de la Campagne : elle parutà S. M.
aussi hardie que magnifique. "
Ensuite le Roi ayant repassé la riviere ,
s'avança à pied vers la ville pour voir
l'emplacement d'une porte d'un dessein
admirable qui doit être faite pour con
duire au Pont , et dont le plan qu'en a
tracé le sieur de la Hitte , Inspecteur Général des Ponts er Chaussées , fut fort ap
prouvé par le Roi , ainsi que tout ce qu'il
avoit vu au Pont : après quoi S. M. et toute sa suite se rendirent au Cours où
étoit un détachement de cent hommes du
Hvj Regi
1014 MERCURE DE FRANCE
Regiment de Bourgogne : le Roi leur fit
donner 15 Louis , S. M. en avoit fait donner autant aux Ouvriers du Pont. Après cela le Roi monta en Carosse et arriva au
Château , fort satisfait du zele M. Du- que
bois fait patoître dans toutes les occasions
où il s'agit de remplir les devoirs de sa
Charge.
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Résumé : Médailles mises au Pont de Compiegne, Ceremonie, &c. [titre d'après la table]
M. Dubois, Directeur Général des Ponts et Chaussées, proposa au Roi la construction d'un pont dans la partie septentrionale de Compiègne, sur la rivière d'Oyse. Le Roi approuva le projet et prévoyait de poser la première pierre, mais une épidémie interrompit le voyage royal. La cérémonie eut lieu le 11 mai 1732. Le Roi, accompagné de seigneurs et d'une grande affluence de peuple, se rendit au nouveau pont. M. Dubois, à bord d'une gondole, conduisit le Roi à la pile du pont. Une boîte en bois de cèdre contenant six médailles fut présentée au Roi, qui la plaça dans une boîte de plomb soudée en sa présence. Le Roi scella ensuite la boîte dans la pile du pont à l'aide d'une truelle et d'un marteau d'argent. Il observa la manœuvre d'une grue pour voûter la dernière arche et traversa la rivière pour voir l'emplacement d'une porte. Le Roi fit don de 15 Louis aux ouvriers et à un détachement du régiment de Bourgogne, puis retourna au château, satisfait du zèle de M. Dubois.
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27
p. 1709-1734
DEFFENSE d'un Trait Historique de Lampride sur Ovinius Camillus, adressée à M. Bouhier, President au Parlement de Dijon.
Début :
Il a dû vous paroître, Monsieur, par ce que j'ai [...]
Mots clefs :
Trait historique, Lampride, Ovinius Camillus, Association, Histoire, Empereur, Alexandre, Médailles, Lois, Xiphilin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE d'un Trait Historique de Lampride sur Ovinius Camillus, adressée à M. Bouhier, President au Parlement de Dijon.
DEFFENS E d'un Trait Historique
de Lampride sur Ovinius Camillus ,
adressée à M. Bouhier , President an
Parlement de Dijon.
Ice
La dû vous paroître , Monsieur , par
ce que j'ai dit dans les Mercures de
May et d'Octobre 1731. pages 1052. et
2347. que je n'ai point prétendu que
l'explication que j'ai donnée du PRO
SALUTE DOMINORUM , de l'Inscription
trouvée proche notre Ville , fût la seule
et unique qu'on pût en donner. J'ai toûjours attendu qu'on détruisît solidement
ce que j'ai avancé sur la foi de M. de
Tillemont , dès le lendemain que cette
découverte fut faite , et avant que d'avoir eu le loisir de feüilleter les immenses
Recueils d'Inscriptions qui peuvent servir à mettre la verité dans un plus grand
jour. Un Curieux d'Orleans , qui ne se
fait connoître que sous ces deux Lettres
initiales D. P. a enfin trouvé au bout de
quelques mois après la publication de
ma Lettre , que l'on pouvoit entendre ce
DOMINORUM , d'autre que d'Alexandre
Severe et Ovinius , joints ensemble , etil
"
1710 MERCURE DE FRANCE.
il écrit non seulement qu'on le peut ,
mais qu'on le doits et qu'il est impossible
que cette domination ou cet Empire commun attribué à deux Princes convienne
à ces deux-là. Ce qu'il y a d'étonnant
dans son Ecrit imprimé dans le dernier
Mercure , est que pour faire tomber nécessairement les vœux contenus dans notre Inscription sur la prosperité d'Alexandre et de Mammée sa Mere , il persiste à vouloir qu'on regarde comme faux
tout ce que Lampride rapporte de l'association d'Ovinius à l'Empire. Il peut trouver en moi un Lecteur assez docile pour
embrasser l'explication qu'il donne du termeDominorum , comme étant plus aisée à
sauver; mais il ne s'ensuivra pas de- làqueje
doive croire qu'Ovinius est une chimere,
et que tout ce que Lampride en rapporte
est une fible. L'autorité de Lampride est
trop bien établie, pour qu'on puisse révoquer en doute un fait qu'il arevêtu detous
les motifs de credibilité qu'on peut exiger pour l'appui d'un évenement extraor
dinaire. En passant donc à M. P. que ce
fut pour la prosperité de Mammée et
d'Alexandre , que le Monument en question fut érigé , il n'en faut point conclure pour cela que l'association d'Ovinius soit une fiction de quelqueModerne,
A O UST. 1732. 1711
et une invention de quelque Manu- facture d'Ecrivains. Tout ce qu'il pour
ra inferer de ce que je lui accorde , est
que M. Tillemont n'a pas toûjours.
bien examiné les choses avant que de les
assurer, et que quelquefois on peut se
tromper lorsqu'on s'en rapporte trop vîte à son jugement. J'avoueray donc que cet
Historien , tout judicieux qu'il étoit , a
manqué de preuves suffisantes fixer pour l'association d'Ovinius à l'an 223. mais
j'ajoûte bien plus , qu'il ne s'est pas exprimé bien exactement lorsqu'il a dit qu'il
ya dans l'Histoire de cette Association des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable. On entrevoit que ce grave Historien a
voulu insinuer seulement que cette association a eu quelques circonstances qui
tiennent du comique , ce que je ne nie
pass mais des circonstances , pour › pour être
comiquès , n'empêchent point le fond
de l'Evenement d'être très- réel. M. de
Tillemont l'a crû tel , puisqu'il a
ployé un article entier de ses Notes pour
en fixer l'époque, Alexandre s'est comporté comme il a dû faire dans la conjoncture où il se trouvoit ; et c'est un
des traits de politique les mieux jouez ,
que celui qui est rapporté par Lampride.
Comme M. P. d'Orleans traite de fable
emtout
1712 MERCURE DE FRANCE
*
tout le récit de Lampride , le point de
difficulté qui nous sépare ne consiste plus
que dans la verification de ce récit que
je soutiens sincere et non controuvé ni
fabriqué à plaisir. Il ne sera plus fait
mention entre nous de l'Inscription d'Auxerre ; mais seulement de cette question
de fait que l'Inscription a occasionnée.
Quelles que soient les louanges qu'il me
donne dans ses deux Ecrits , je ne m'en
laisse point éblouir , et je fais gloire d'être mis au rang des Lecteurs les plus crédules et que la lecture de Lampride ne révolte point , lorsque je m'y trouve dans la compagnie d'une personne aussi profondément versée dans ces matieres que
vous l'êtes. Vous avez eu la bonté de me
faire part de ce que vous opposeriez à
M. P. si c'étoit à vous qu'il eût affaire :
vous allez juger , Monsieur , si j'en ai
fait usage suivant vos intentions , et si
ce que j'ai découvert depuis par une lecture attentive de Lampride , et que j'ai
joint à vos Observations , n'est pas suffisant pour convaincre quiconque n'éxigera point des preuves métaphisiques ou
d'un genre superieur.
Les preuves exterieures de l'Association
d'Ovinius à l'Empire par Alexandre ,
consistent à assurer l'autorité de Lampride
A O UST. 1732. 1713
pride qui le rapporte. Il est inutile de
repeter ce que j'en ai dit dans le Mercure d'Octobre , page 2337. On y voit
les précautions que cet Historien à prises
pour constater la chose ; et vouloir en
douter c'est comme si l'on soutenoit que
tout ce que les Historiens d'aujourd'hui
rapportent de la vie du Roy Henry IV.
sur la foi des Memoires de ses Courti
sans ou de ses Generaux d'Armées , n'est
pas assez appuyé pour être crû , et qu'il
faut qu'ils produisent ces Memoires tels
qu'ils ont été rédigez dans le Cabinet ou
sous les Tentes. Comme nous nous contentons des Extraits qu'on nous donne
aujourd'hui de ces Memoires , de même
dans le siecle de Constantin , on n'exigea
point de Lampride , qu'il joignit à sa vie
d'Alexandre les Memoires qu'en avoient
redigé séparément Septimius , Encolpius,
Acolius , &c. on se contenta des Extraits
qu'il en fit et qu'il ajusta à son style ,
qui est fort simple et fort coupé. Son
dessein étant d'exposer à Constantin
quel fut le caractere des Princes plutôt
que d'entreprendre une Histoire suivie ,
il ne faut pas être surpris qu'il ne tire
des amples Memoires qu'il avoit , qu'un
simple Sommaire qui présente plutôt l'état des mœurs , les maximes et la conduite
1714 MERCURE DE FRANCE
duite de ce Prince , qu'un détail circons→
tancié de ses campagnes C'est l'idée qu'il
faut se faire de Limpride , comme de
quelques autres qui ont compilé les
actions de certains Empereurs , à dessein de donner une idée de Fur caractere On voit par son narré qu'il avoit
sous les yeux les cinq ou six A teurs qui
avoient écrit uniquement sur Alexandre,
et même qu'il tiroir d'Herodien ce qu'il
jugeoit à propos , le refutant lorsqu'il
étoit necessaire. Il n'est point étonnant
après cela que cet Auteur et ses semblables ayent quelques deffiuts ; mais ces
deffauts ne sont pas essentiels. Les Ecrivains de cette espece pechent ordinaire- ment par le manque d'ordre et de méthode. Ils tombent dans des redites ;
mais avec tout cela ils n'écrivent rien de
faux ; ils promettent de s'étendre sur certaines choses , et ils l'oublient ensuite ,
ou ne les font qu'effleurer. Lampride est
précisement dans ce cas-là , au jugement
de Vopisque , dans la vie de l'Empereur
Probus. Il y paroît dans le rang
qui ont transmis l'Histoire à la posterité
non tam disertè quam verè. Laissant l'élegance et l'emphase , il a écrit avec simplicité , mais avec verité. Il ne rapporte
point non- plus les faits par ordre chrode ceux
nologi-
A OUST 1732. 1715
nologique , mais suivant qu'ils se sont
présentez à sa plume , en traçant les traits.
qui caract risent l'Empereur Alexandre.
On ne l'accuse point comme Herodien ,
d'avoir composé les Harangues qu'il met
dans la bouche des Empereurs , ni les
Lettres qu'il leur fait éc ire ; il rapporte
le peu de paroles que le Prince a prononcées ; et s'il ne les rapporte pas diserè ,
du moins on doit dire qu'il les rapporte
verè. Il n'est pas éloquent ; mais il est
fidele. C'est de l'une de ces courtes Harangues que j'espere, Monsieur , tirer cydessous la preuve du temps auquel a été
faite l'Association d'Ovinius.
L'autorité de Lampride étant suffisamment à couvert , malgré le décri dans lequel l'Ecrivain d'Orléans voudroit la mettre , il faut maintenant faire voir que
l'Histoire de l'Association d'Ovinius n'a
rien d'incroyable en elle même , et qu'au
contraire elle est revêtuë de circonstances
qui s'accordent très- fort avec la situation
où Alexandre se trouva. Loin qu'Alexan
dre Sevére fut un Prince puissant , etque
tout fut paisible de son temps , au point
que se le figure M. P. il n'y a gueres eu
d'Empereur plus traversé par ses propres
Sujets , et qui ait essuyé plus de soulévemens. Il est certain que ce jeune Prince
avoit
1716 MERCURE DE FRANCE
avoit par lui- même un bon caractere et
d'excellentes inclinations, qui le portoient
aux grandes choses. Mais sa mere l'avoit
élevé dans une dépendance servile , à laquelle il n'eut pas la force de se soustraire. Ainsi on peut dire que c'étoit elle qui
gouvernoit sous le nom de son fils. Fecit
cuncta cum matre , ut et illa videretur pariter imperare , dit Lampride ; et plus bas :
Egit omnia ex consilio matris. C'est pour
cela que l'Empereur Julien en ses Césars,
lui fait ce reproche amer : Pauvre sot , qui
maître de l'Empire , n'a pas eu l'esprit de
gouverner tes propres Sujets , mais a remis
tes trésors entre les mains de ta mere ! Un des
traits les plus marquez de cette dépendance de sa mere , fut la foiblesse avec laquelle il souffrit l'indigne procédé qu'elle
garda envers sa femme et son beau pere.
Si ce Prince eut été si puissant que le dit
M. P. auroit-on vû arriver sous ses yeux
le meurtre d'Ulpien son favori, et Prefet
du Prétoire , par les Soldats de la Garde
Prétorienne , sans qu'il osât s'élever alors
contre cet attentat ? Loin de punir aussitôt le principal auteur , il lui donne la
Préfecture d'Egypte , en attendant qu'il se sente assez fort pour s'en venger. Depuis cette mort les Prétoriens ne lui obéïrent plus qu'à regret ; leur haine se porta contre
AO.UST. 1732 1717
contre Dion , son Collegue de l'an 229.
et elle éclata si fort que ce Consul n'eut
pas le courage de paroître dans Rome
avec les marques de sa dignité; et il fallut
que l'Empereur lui conseillât de s'en éloigner , pour éviter leur fureur. Dira- t- on
après cela que ce Prince fut regardé comme Puissant , et que son regne fut fort
paisible? Ce n'est pas encore tout; un
nomméTaurin et un autre particulier ,
appellé Urane ( a ) , furent élevez à l'Empire par les armées d'Orient. Un troisiéme, nommé Antonin , fut pareillement
proclamé Auguste , par les Prétoriens. Il
est vrai que ces personnages refuserent la
dignité qu'on leur offroit ; mais ce n'en
est pas moins une preuve que le regne
d'Alexandre ne fut pas si paisible que le
prétend M. P. Peut- être que pour ne rien
rabattre de ses prétentions , il soutiendra que ces proclamations ne se trouvant
marquées que dans le jeune Victor et dans
Zozyme, elles ne meritent aucune créance.Acela je réponds que comme ces deux
Ecrivains vivoient dans un siecle peu
éloigné de celui d'Alexandre , il ne faut
point douter qu'il n'eussent devant eux
les Mémoires de quelques uns des cinq ou
( a ) Je croirai , si l'on veut , que Taurin et Urane aété le même ; rien n'empêche de lesdistinguer.
six
1718 MERCURE DE FRANCE
amis
six Auteurs qui avoient écrit les évenemens du regne de ce Prince , et dont l'éloignement des temps nous a privez Au
reste , ce que Dion rapporte de lui - même
personnellen ent , marque assez l'appré- hension où Al xandre étoit de voir ses
rsécutez ; et peut être aussi de se P
voir lui- même livré au caprice des Soldats. Or je demande si avec de tels soupçons , un Prince peut passer pour avoir
tou ours mené une vie tranquille , si on
peut dire que son regne a été paisible, et
que lui même gouvernoit ses Sujets avec
puissance et empire.
Si donc l'on trouve du foible dans la
maniere dont il se conduit , pour écarter ce qui se tramoit en faveur d'Ovinius,
P'on pourroit l'attribuer aux con eils timides de sa mere : Mais non ; il semble
au contraire que ce fut un trait de prudence qui le fit agir ainsi, Les Prétoriens,
dont l'autorité étoit enracinée dansRome,
avoient conçu une telle haine contre
Mammée , et par conséquent contre son
fils , que tout éroit à craindre de leur
part. Dès qu'ils croyoient voir dans le Sénat quelque Sujet propre à être élevé à
l'Empire , ou , pour mieux dire , à condescendre à leurs volontez , ils ne manquoient pas de ménager des pratiques
sour
D
AOUST. 1732. 1719
sourdes , pour faire déclarer Rome en sa
faveur. Ovinius convenoit apparemment
à leur dessein , et il se trouva disposé à
y concourir. Alexandre en étant averti ,
crut le prévenir , non en se défaisant de
lui , à force ouverte , mais en faisant semblant d'entrer dans les vûës des Prétoriens , jusqu'à ce qu'il trouvât le moment
favorable de perdre son concurrent.Ayant
été averti d'un remuëment , de la part de
certains Barbares , il se servi. de cette occasion pour faire connoître à toute l'armée jusqu'où s'étendoit la force et la vigueur de cet homme si désiré . Il l'associa
donc à l'Empire , avec quelqu'une au
moins des solemnitez ordinaires ; mais
pour le faire en même temps tomber
dans le mépris , et montrer combien il
étoit peu digne de lui être con paré ; il
lui proposa d aller avec lui à la guerre
qui se présentoit à faire contre les Barbares , prévoïant bien qu'il n'oseroit le lui
refuser , mais que délicat comme il étoit,
il ne pourroit jamais résister aux fatigues
dont il lui donneroit l'exemple , et que
son entreprise tourneroit à sa confusion.
En effet , la chose réüssit , comme Aléxandre l'avoit prévû , et par là l'Empereur se vit délivré d'un ennemi qui cassa
d'être dangereux dès qu'il commença à
·
être.
1720 MERCURE DE FRANCE
être méprisé. Ce tour de politique est- il
donc si ridicule et si hors de vrai-semblance que l'assure le Critique d'Orleans?
Pour moi j'y vois toutes chose admirablement bien concertées , pour venir à bout
de décrier Ovinius ; et cela me rappelle le
souvenir d'un artifice assez semblable dont
usa , quelques années auparavant, l'Empereur Septime- Severe, à l'égard d'Albin.
Ce Prince voïant qu'Albin qui descendoit d'une ancienne Maison , étoit aimé
du Sénat, n'osant l'attaquer à force ouverte , fit mine de vouloir l'associer à
l'Empire , et lui écrivit à cet effet des Lettres très-affectueuses en apparence ; mais
en même- temps il chargea secretement
ceux qui les lui porterent de sa part,de se
défaire adroitement de lui; et s'il n'y réüssit pas , ce ne fut pas sa faute. Je pourrois aussi produire d'autres exemples de
tours de politique plus semblables à celui
qu'employa Alexandre , et aussi plus récens. Mais je croi m'être assez étendu sur
cet article , pour persuader à mon adversaire que ce n'est pas sans fondement que
je regarde l'expedient rapporté par Lampride , comme ayant été réellement et
véritablement mis en usage. J'avouë, avec
lui , qu'il n'y a aucune apparence qu'Alexandre cut voulu dans de pareilles circons-
AOUST. 1732. 1721
Constances abandonner à Ovinius , la conduite de son armée; c'eut été le comble de
l'imprudence. Aussi n'est-ce pas le sens
qu'il faut donner au texte de l'Historien .
Monsieur de Tillemont l'a induit en erreur , par la traduction qu'il a faite de ce
texte Latin , en ces termes : Alexandre
offrit à ( Ovinius Camillus de l'y mener
avec lui , s'il n'aimoit mieux y aller lui
seul. Dans ce texte,ainsi conçu ; vel ipsum
si vellet, ire, vel ut secum proficisceretur, bortatus est , la particule vel, doit être prise
non disjonctivement , mais conjonctivement c'est-à- dire pour et , comme dans
une infinité d'autres endroits des Auteurs de l'Histoire Auguste. Monsieur de
Saumaise l'a remarqué plusieurs fois , et
entr'autres sur Lampride, par cette petite
notte; (vel pro et ; quod sexcentis locis apud
hos autores observavimus ) ( a ) Icy P'Hi
torien en a usé de la sorte , d'autant pl
volontiers que la répetition de la part.
cule et qu'il avoit employée peu aupara
vant , et qui revient peu après , auroi
été trop désagréable. ( b ) Lampride a
donc seulement donné à entendre qu'Alexandre invita Ovinius à aller à la Guer-
( a ) Edition de 1620. pag. 184.
(b) Voyez le Mercure d'Oct. 1731. pag. 2338.
C
1722 MERCURE DE FRANCE
re contre les Barbares , et même à faire
le voyage avec lui.
Je n'étois aucunementobligé de désigner
l'habitation de ces Peuples , lorsque je fis
ma premiere Lettre adressée aux Auteurs
du Mercure, dans le mois de May dernier,
n'y d'ajouter dant la seconde , pour plus
grande explication, que l'expedition Ġermanique , qui suivit l'association , se rapportoit à celle où Varius Macrinus se signala dans Pillyrie; et j'aurois pû me borner au simple texte de Lampride , qui ne
les nomme qu'en général , sous le nom
de Barbares. Mais m'étant reposé sur
l'exactitude qu'on attribuë à M. de Tillemont , j'ai cru avec lui, qu'il s'agissoit de
l'expédition qui se fit par Alexandre,contre les Germains , dont le triomphe qui
suivit est marqué chez Occo , sur une
Médaille d'argent en ces deux mots DE
GERMANIS , avec cette note chronologique TR. P. VIII.cos. III. La Victoire étant
rapportée à l'an 229. de Jesus- Christ , il étoit assez naturel de croire que la guerre
cut pû commencer en 228. c'est ce qui
-me déterminoit à faire partir en cette
année Ovinius avec Alexandre. Mais depuis , j'ai fait réfléxion sur un discours
fit Alexandre à ses Soldats étant à An- que
tioche l'an 233 , lorsqu'il les conduisoit
contre
AAOUST. 1732 1723
contre la Perse L'Empereur voulant éteindre les semences de sédition qui se formoient dans son armée, rappella à ses anciens Soldats l'usage qu'on leur avoit enseigné de faire de leur voix , d'abord
contre les Sarmates , ensuite contre les
Germains , et enfin contre les Perses ,
ajoutant qu'il étoit étonnant qu'ils voulussent s'en servir contre celui qui leur
fournissoit la nourriture,les vétemens, &c.
Qui in concione estis , leur dit- il , vocem in
bello cantra hostem , non contra Imperatorem
vestrum necessariam , certè Campidoctores
vestri hanc vos docuerunt contra Sarmatas et
Germanos ac Persas emittere , non contra eum
qui acceptam à Provincialibus annonam ,
qui vestem , qui stipendia vobis attribuit.
Monsieur de Tillemont n'ayant traduit
dans notre langue qu'une partie de ce dis- cours , n'a pas fait sentir que les Sarmates
ysont nommez en premier lieu , et les
Germains ensuite. Ce fut donc l'occasion.
de l'irruption des uns ou des autres de ces
Barbares qu'Alexandre saisit , pour convaincre les Soldats , combien ils se connoissoient peu en vrai mérite , lorsqu'ils
marquoient quelque inclination d'obéïrà
Ovinius. L'Empereur qui étoit jeune , af
fecta apparemment d'aller exprès à pied,
afin de faire succomber son concurrent
Cij Sous
1924 MERCURE DE FRANCE
sous la fatigue, et il en vint à bout en peu
de jours. Comme il est évidenr qu'Alexandre dans le discours qu'il tint à ses
Troupes , les faisoit ressouvenir par ordre des temps de toutes les Campagnes
qu'ils avoient faites; il est necessaire de
placer celle de Sarmatie la premiere ; et
par consequent comme celle de Germanie est de l'an 229 , au plus tard ; on doit
celle que qui se fit contre les
Sarmates a dû être aussi au plus tard l'an
convenir
228.
On ne peut pas assurer si Alexandre
alla en personne jusques dans la Sarmatie; c'est un fait qu'Acolius auroit sans
doute éclairci par le moyen de son livre
des Voyages de cet Empereur. Mais ses
Mémoires étant perdus , on doit se contenter de sçavoir simplement que la premiere guerre que cet Empereur eut à soutenir, fut contre ces peuples. Il seroit fort
à propos , je l'avoue , que quelque Médaille vint au secours de la notice que je
prétends tirer en faveur de cette guerre
Sarmatique , du discours qu'Alexandre
tint à ses Soldats , de méme que nous en
avons une qui constate celle de Germanie. Mais il ne faut point désesperer d'en
trouver quelquejour où la victoire sur les
Sarmates sera rapportée à l'une des 6 premieres
AOUST. 1732 1725
,
mieres années du regne d'Alexandre ,
pourvû que l'on soit plus soigneux de les
conserver , que ne l'a été un Orfévre de
notre Ville , qui au mois de Juin dernier,
en ayant acheté d'un passant un grand
nombre d'argent , du regne de cet Empereur et des autres Princes qui lui succederent , les fondit une demie - heure
après, sans qu'on ait pû en sauver qu'une
seule d'Alexandre. Ces monumens,moins
sujets aux accidens que les livres, peuvent
suppléer en quelque sorte , à ce que nous
- sçaurions plus en détail , si nous avions
en original les Memoites que Septimius ,
Acolus , Encolpe , Gargilius-Martialis
Marius Maximus , Aurele- Philippe et
encore d'autres témoins oculaires avoient
dressés touchant le regne de cet Empereur. Cette guerre Sarmatique s'offre icy
d'autant plus à propos,avant celle de Germanie , que plus elle sera rapprochée du
regne d'Alexandre , plus on sera fondé à
suivre l'explication que Saumaise a donnée au texte de Lampride , et à dire avec
lui que ce fat Alexandre même qui donna ordre de tuer Ovinius dans l'une de
ses terres , où il demeuroit depuis long- temps,
et à ne pas rejetter , sans necessité , cette
mort sur l'Empereur suivants tutum ad
Willas suas irepræcepit in quibus DIU VIXIT,
C iij
K
sed
1726 MERCURE DE FRANCE
sed post , jussu Imperatoris occisus est. Depuis la remarque que vous , Monsieur ,
m'avez fait faire , après Saumaise , que
tout Historien qui dit simplement l'Ēmpereur , entend celui dont il écrit l'histoire , et non son successeur; je ne panche
plus en aucune maniere pour le sentiment que M. de Tillemont insinuë.
M. P. d'Orleans a proposé le silence de
deux Ecrivains contemporains à Alexandre ; sçavoir , Dion et Hérodien , comme
un grand argument contre l'histoire de
l'association d'Ovinius, Mais il faut d'abord retrancher de ce nombre l'Historien
Dion , pour plusieurs considerations. La
premiere est , que nous avons perdu le
livre de son histoire, qui comprenoit une
partie duregne d'Alexandre; car nous n'en
avons qu'un abregé des plus succincts ,
fait par Xiphilin , lequel a retranché ce
qui lui a plus la seconde est , que si
l'association d'Ovinius s'est faite dans le
temps que Dion a renfermé dans son Histoire , c'est-à-dire , avant l'an 229 , comme je n'en doute aucunement , Xiphilin
a voulu la comprendre sous ces termes
generaux qui se trouvent dans son abregé: Per id tempus multe rebelliones facta
sunt à multis quarum aliquot , quum fuissent formidolosa , repressa ac restrincta sunt.
Les
AOUST. 1732. 1727
Les sourdes pratiques d'Ovinius pour par
venir à l'Empire, sontsans doute du nom
bre de ces rebellions dangereuses qui furent réprimées par Alexandre. Can Ovinius rebellare voluisset tyrannidem affecians,
dit Lampride.
ро
Qu'importe , en effet , de quel moyen
on se serve pour réussir à étouffer une rebellion formée secretement , force ou
adresse , pourvu qu'on parvienne au bur
qu'on s'est proposé. Alexandre usa de
litique, de même qu'il venoit de faire unt
peu auparavant , incontinent après le
meurtre d'Ulpien son favori. Le même
Dion dit que la raison pour laquelle Epagathe , Auteur de ce meurtre , ne fut
point puni sur le champ et pourquoi
l'Empereur parut dissimuler la peine que
lui faisoit cette action , fut la crainte qu'il
eut d'exciter une émotion dans Rome.
Epagathus qui Vlpiano magna ex parte
causa necis fuerat , missus est in Ægyptum,
ut Præfectus ejus Provincia , ne forte si de eo
Rome supplicium sumptum esset , tumultus
aliquis connectaretur; atque inde reductus in
Cretam , condemnatus est. Per id tempus , et
le reste , comme cy- dessus.
Quelque année que l'on choisisse entre les six premieres du regne d'Alexandre,
pour placer la mort d'Ulpien , il est évi- C iiij dent
7728 MERCURE DE FRANCE
dent que la rebellion d'Ovinius ne tarda
gueres à suivre cet évenement. On doit
aussi placer vers ce temps-là les procla
mations des autres Augustes dont j'ai parlé plus hauts et le texte de Dion le demande.
A l'égard d'Herodien , ce n'est rien
moins qu'un Auteur exact , suivant les
Critiques et suivant M. de Tillemont
même. Aussi le reprend-il très-souvent ;
ainsi sans entrer dans le détail, qu'il mesoit
permis de renvoyer M. P: à la table de
son troisiéme volume de l'Histoire des
Empereurs. Lampride pareillement , qui
avoit l'ouvrage d'Herodien sous les yeux,
en faisant la vie d'Alexandre , est obligé
de le corriger , lorqu'il contredit les Annales de la Ville de Rome , et tous les
Auteurs contemporains , qui étoient plus
à portée que lui d'examiner les démar
ches de cet Empereur , et sa maniere de
vivre. Cet Historien Grec a pû être mieux
informé de quelques- unes des choses qui
se passerent en Orient , mais il n'eut pas
les mêmes facilitez pour apprendre tout
ce qui arriva dans l'Occident. Il en raconta des Histoires autrement qu'elles n'étoient , et il en obmit plusieurs qui ne
vinrent point à sa connoissance , même
de celles qui regardent l'Orient.
S'il
AOUST. 1732. 1729
S'il falloit n'admettre que ce qu'il a inseré dans son Ouvrage , il faudroit effacer
de la vie d'Alexandre la révolte des Troupes de Mésopotamie , contre Flavius Heracleon , leur Commandant, dont Dion a
parlé; il ne faudroit rien croire du meurtre d'Ulpien, rapporté par le même Dion.
Si Herodlen a obmis l'association d'Ovinius , il a aussi passé sous silence la victoire sur les Germains, remportée en 229,
dont les Médailles ont conservé la mémoire ; il n'a pas fait là moindre men--
tion du triomphe glorieux d'Alexandre ,
au retour de la guerre de Perse. Loin de
cela ,on croiroit à le lire , que l'Empëreur confus de n'avoir pû vaincre Arta--
xerxes , vola brusquement d'Antioche sur
les bords du Rhin ,, pour l'éxpédition
d'Allemagne ; confectoque celeriter itinere
consistit ad Rheni ripas. Il ne dit rien non
plus de l'élevation de Taurin et d'Urane
à l'Empire. Faut-il donc s'étonner s'il en a
fait autant d'Ovinius.
Je ne m'étendrai point à refuter la proposition extraordinaire par laquelle M. P.
avance,qu'à moins que les faits que Lam--
pride a tirés des Historiens contemporains
d'Alexandre , ne se rencontrent ailleurs ;
on est toujours bien reçu à les rejetter.
Javoiie que ce principe est très- commode
G. v pour
1730 MERCURE DE FRANCE
pour n'admettre que ce que l'on veut. Il
suffit de l'exposer , pour faire voir à quel
dégré d'incrédulité il conduiroit les Lecteurs , s'ils en étoient susceptibles , et il
n'est pas difficile de prévoir qu'après l'avoir admis , à l'égard des Historiens du
Paganisme,on pourroit bien l'étendre sur
d'autres , d'une importance bien plus
grande. Je suis donc d'avis, comme vous,
Monsieur , que loin de rejetter le témoignage des Auteurs réunis ensemble , dans
la compilation de l'Histoire Auguste ,
tout imparfaits qu'ils sont; la raison veut
qu'on y ajoute foy , comme à toute autre
Histoire , à moins qu'il n'y ait des motifs
très-pressans de s'en écarter, et des objections qui soient sans replique.
La derniere objection de M. P. contre
l'association d'Ovinius à l'Empire , consiste en ce qu'il ne se trouve aucune Médaille qui fasse mention de lui,ni aucune
Loy où son nom soit marqué. Mais fait- il
attention , que selon l'Historien sur lequel nous nous fondons , cette association fut de très peu de durée , et qu'Ovinius fatigué du métier de la guerre , au
bout de trois ou quatre jours de marche,
abdiqua l'Empireset qu'Alexandre l'ayant
aussi- tôt confié à des Soldats , de la fidèlité desquels il étoit très-sûr,le fit conduire
dans
AOUST. 1732. 1731
dans ses terres, où il vécut en simple particulier. Quoiqu'on ne puisse gueres dou
ter qu'il n'y ait eu quelques Médailles
à l'occasion de l'association d'Ovinius
il n'est pas extraordinaire qu'il ne s'en
trouve point aujourd'hui. Combien y en
a-t-il eu qui n'existent plus , et combien
n'en reste- t- il pas encore à découvrir? On
donne communément trois femmes à Alexandre Severe ; où sont les Médailles des
deux dernieres ? Où est celle qui fut sans
doure frappée pour le triomphe de cet
Empereur. L'Histoire ne nous apprend- elle pas que certaines personnes ont porté le titre d'Empereur , sans qu'il en reste
des Médailles, ou du moins dont on n'en a
que de tres douteuses. Tel est un Jotapianus , un Lucius - Priscus , un JuliusValens , un Perpenna- Lucinianus, un Firmius , &c. S'il ne se trouve point de Médailles de tous les Princes dont l'Histoire
fait mention , il faut aussi avouer que les
Médailles nous ont conservé le nom de
quelques Princes , qui sans cela ne seroient point connus, les Livres qui en
pouvoient traiter ayant été perdus. Tel
est un Pacatianus , un Nigrianus, une Bar
bia Orbiana , &c. On ne peut donc point
conclure avec certitude, qu'un Prince n'a
point existé , de ce qu'on ne trouve poinɛ Cvj son
1732 MERCURE DE FRANCE
son nom sur les Médailles qu'on a aujourd'hui,ou qu'il ne paroît pas dans les Hitsoriens ,parce qu'on a perdu beaucoupde mo
numens en l'un et en l'autre genre. On peut
encore moins le conclure de ce que son
nom n'est dans aucune Loy. Cette raison
est des plus frivoles dans l'affaire d'Ovinius. Il peut se faire qu'il n'y ait eu aucune
Loy expédiée , du moins qui soit parve
nue jusqu'à nous , pendant le court inter valle de son association. Si donc il se rencontre des vuides considérables , sans promulgation de Loix , pendant les années ,
à l'une desquelles on est obligé de fixer
cette association , l'argument de M. P.
n'est d'aucun poids , et il tombe de luimême.
nuë
Quoique jaye accordé à M.P. qu'une
Inscription votive, de l'an 228. qui porte
ces mots: Pre salute Dominorum, pourroit
s'entendre plus naturellement de l'Im
pératrice Mammée , avec son fils ; je n'abandonne point cependant tout-à- fait la
part qu'Ovinius peut avoir dans ce nom
bre plurier; parce qu'à la lecture de Dion,
tout abregé qu'il est par Xiphilin ; on
voit clairement que la mort d'Ulpien n'a
pas dû précéder de beaucoup de temps le
Consular du même Dion , qui fut sûrement l'an 229. Il faut donc mettre certe
mort
A' O UST. 、 1732. 1733
mort vers la fin de l'an 227 , ou au commencement de 228. Or comme , selon le
même Dion , l'intervalle entre ces deux
époques fut celui pendant lequel se for- merent diverses rebellions : Multa rebelLiones à multis celle d'Ovinius ayant été
l'une des plus dangereuses, il paroît qu'on
doit toujours la rapporter à l'an 228 ; et que
par conséquent son association seroit du
même-temps, et sous le Consulat de Mcdeste et Probus. C'est ce qu'il faut esperer
que la postérité verra un jour éclairci par
les Médailles , dont on fera la découverte, ou par d'autres monumens plus en- tiers que n'est celui d'Auxerre. Au reste
cet Ovinius-Camillus estsi peu une chime
re et unpersonnage fabriqué par Lampride, ou par quelque Ecrivain posterieur
selon le jugement de Tristan , que ce celebre Antiquaire le croit fils d'un autre
Ovinius-Tertullus , Président de la Mysie inférieure , auquel fut adressé un Réscrit très-connu dans le Droit , et qui a
fait donner le nom de : Ad Senatus Consulium Tertullianum , au tit . 17 du 38 liv.
du Digeste. Les Deux Empereurs qui y
sont nommez , sont Septime Sévére , et
Caracalla , son fils ; et le Jurisconsulte ,
qui cite le Réscrit, n'est autre que le fameux Ulpien , dont j'ai déja parlé plu- sieurs
1734 MERCURE DE FRANCE
sieurs fois. Je vous ai , Monsieur , l'obligation de cette remarque , qui n'est pas
icy hors de propos , et qui fait voir en
même- temps, qu'en lisant les Loix, vous
ne perdez aucun des fruits qu'on en peut
tirer pour la littérature. Comme les Livres du Droit sont moins suspects de
falsification que les Livres d'Histoire ,
j'espere que mon Adversaire aura assez
d'équité pour ne pas prétendre que la
généalogie , indiquée par Tristan , pêche
jusques dans sa source. Il faut qu'il convienne au moins que le nom d'Ovinius
ne se rencontre guéres ailleurs qu'en ces
-deux endroits. De mon côté , si le tout
est controuvé et fabriqué à plaisir , j'avouerai que la manufacture d'Ecrivains ,
Imaginée par quelques modernes , a eu
des correspondances admirablement bien
soûtenues par tout l'Occident , pour y
faire trouver en tous lieux , dans le Corps
du Droit , un Ovinius- Tertullus , Pere
environ l'an 200 , et dans la compila
tion de l'histoire Auguste , un OviniusCamillus , fils , l'an 228. ou environ.
AAuxerre , ce 26 May 1732
de Lampride sur Ovinius Camillus ,
adressée à M. Bouhier , President an
Parlement de Dijon.
Ice
La dû vous paroître , Monsieur , par
ce que j'ai dit dans les Mercures de
May et d'Octobre 1731. pages 1052. et
2347. que je n'ai point prétendu que
l'explication que j'ai donnée du PRO
SALUTE DOMINORUM , de l'Inscription
trouvée proche notre Ville , fût la seule
et unique qu'on pût en donner. J'ai toûjours attendu qu'on détruisît solidement
ce que j'ai avancé sur la foi de M. de
Tillemont , dès le lendemain que cette
découverte fut faite , et avant que d'avoir eu le loisir de feüilleter les immenses
Recueils d'Inscriptions qui peuvent servir à mettre la verité dans un plus grand
jour. Un Curieux d'Orleans , qui ne se
fait connoître que sous ces deux Lettres
initiales D. P. a enfin trouvé au bout de
quelques mois après la publication de
ma Lettre , que l'on pouvoit entendre ce
DOMINORUM , d'autre que d'Alexandre
Severe et Ovinius , joints ensemble , etil
"
1710 MERCURE DE FRANCE.
il écrit non seulement qu'on le peut ,
mais qu'on le doits et qu'il est impossible
que cette domination ou cet Empire commun attribué à deux Princes convienne
à ces deux-là. Ce qu'il y a d'étonnant
dans son Ecrit imprimé dans le dernier
Mercure , est que pour faire tomber nécessairement les vœux contenus dans notre Inscription sur la prosperité d'Alexandre et de Mammée sa Mere , il persiste à vouloir qu'on regarde comme faux
tout ce que Lampride rapporte de l'association d'Ovinius à l'Empire. Il peut trouver en moi un Lecteur assez docile pour
embrasser l'explication qu'il donne du termeDominorum , comme étant plus aisée à
sauver; mais il ne s'ensuivra pas de- làqueje
doive croire qu'Ovinius est une chimere,
et que tout ce que Lampride en rapporte
est une fible. L'autorité de Lampride est
trop bien établie, pour qu'on puisse révoquer en doute un fait qu'il arevêtu detous
les motifs de credibilité qu'on peut exiger pour l'appui d'un évenement extraor
dinaire. En passant donc à M. P. que ce
fut pour la prosperité de Mammée et
d'Alexandre , que le Monument en question fut érigé , il n'en faut point conclure pour cela que l'association d'Ovinius soit une fiction de quelqueModerne,
A O UST. 1732. 1711
et une invention de quelque Manu- facture d'Ecrivains. Tout ce qu'il pour
ra inferer de ce que je lui accorde , est
que M. Tillemont n'a pas toûjours.
bien examiné les choses avant que de les
assurer, et que quelquefois on peut se
tromper lorsqu'on s'en rapporte trop vîte à son jugement. J'avoueray donc que cet
Historien , tout judicieux qu'il étoit , a
manqué de preuves suffisantes fixer pour l'association d'Ovinius à l'an 223. mais
j'ajoûte bien plus , qu'il ne s'est pas exprimé bien exactement lorsqu'il a dit qu'il
ya dans l'Histoire de cette Association des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable. On entrevoit que ce grave Historien a
voulu insinuer seulement que cette association a eu quelques circonstances qui
tiennent du comique , ce que je ne nie
pass mais des circonstances , pour › pour être
comiquès , n'empêchent point le fond
de l'Evenement d'être très- réel. M. de
Tillemont l'a crû tel , puisqu'il a
ployé un article entier de ses Notes pour
en fixer l'époque, Alexandre s'est comporté comme il a dû faire dans la conjoncture où il se trouvoit ; et c'est un
des traits de politique les mieux jouez ,
que celui qui est rapporté par Lampride.
Comme M. P. d'Orleans traite de fable
emtout
1712 MERCURE DE FRANCE
*
tout le récit de Lampride , le point de
difficulté qui nous sépare ne consiste plus
que dans la verification de ce récit que
je soutiens sincere et non controuvé ni
fabriqué à plaisir. Il ne sera plus fait
mention entre nous de l'Inscription d'Auxerre ; mais seulement de cette question
de fait que l'Inscription a occasionnée.
Quelles que soient les louanges qu'il me
donne dans ses deux Ecrits , je ne m'en
laisse point éblouir , et je fais gloire d'être mis au rang des Lecteurs les plus crédules et que la lecture de Lampride ne révolte point , lorsque je m'y trouve dans la compagnie d'une personne aussi profondément versée dans ces matieres que
vous l'êtes. Vous avez eu la bonté de me
faire part de ce que vous opposeriez à
M. P. si c'étoit à vous qu'il eût affaire :
vous allez juger , Monsieur , si j'en ai
fait usage suivant vos intentions , et si
ce que j'ai découvert depuis par une lecture attentive de Lampride , et que j'ai
joint à vos Observations , n'est pas suffisant pour convaincre quiconque n'éxigera point des preuves métaphisiques ou
d'un genre superieur.
Les preuves exterieures de l'Association
d'Ovinius à l'Empire par Alexandre ,
consistent à assurer l'autorité de Lampride
A O UST. 1732. 1713
pride qui le rapporte. Il est inutile de
repeter ce que j'en ai dit dans le Mercure d'Octobre , page 2337. On y voit
les précautions que cet Historien à prises
pour constater la chose ; et vouloir en
douter c'est comme si l'on soutenoit que
tout ce que les Historiens d'aujourd'hui
rapportent de la vie du Roy Henry IV.
sur la foi des Memoires de ses Courti
sans ou de ses Generaux d'Armées , n'est
pas assez appuyé pour être crû , et qu'il
faut qu'ils produisent ces Memoires tels
qu'ils ont été rédigez dans le Cabinet ou
sous les Tentes. Comme nous nous contentons des Extraits qu'on nous donne
aujourd'hui de ces Memoires , de même
dans le siecle de Constantin , on n'exigea
point de Lampride , qu'il joignit à sa vie
d'Alexandre les Memoires qu'en avoient
redigé séparément Septimius , Encolpius,
Acolius , &c. on se contenta des Extraits
qu'il en fit et qu'il ajusta à son style ,
qui est fort simple et fort coupé. Son
dessein étant d'exposer à Constantin
quel fut le caractere des Princes plutôt
que d'entreprendre une Histoire suivie ,
il ne faut pas être surpris qu'il ne tire
des amples Memoires qu'il avoit , qu'un
simple Sommaire qui présente plutôt l'état des mœurs , les maximes et la conduite
1714 MERCURE DE FRANCE
duite de ce Prince , qu'un détail circons→
tancié de ses campagnes C'est l'idée qu'il
faut se faire de Limpride , comme de
quelques autres qui ont compilé les
actions de certains Empereurs , à dessein de donner une idée de Fur caractere On voit par son narré qu'il avoit
sous les yeux les cinq ou six A teurs qui
avoient écrit uniquement sur Alexandre,
et même qu'il tiroir d'Herodien ce qu'il
jugeoit à propos , le refutant lorsqu'il
étoit necessaire. Il n'est point étonnant
après cela que cet Auteur et ses semblables ayent quelques deffiuts ; mais ces
deffauts ne sont pas essentiels. Les Ecrivains de cette espece pechent ordinaire- ment par le manque d'ordre et de méthode. Ils tombent dans des redites ;
mais avec tout cela ils n'écrivent rien de
faux ; ils promettent de s'étendre sur certaines choses , et ils l'oublient ensuite ,
ou ne les font qu'effleurer. Lampride est
précisement dans ce cas-là , au jugement
de Vopisque , dans la vie de l'Empereur
Probus. Il y paroît dans le rang
qui ont transmis l'Histoire à la posterité
non tam disertè quam verè. Laissant l'élegance et l'emphase , il a écrit avec simplicité , mais avec verité. Il ne rapporte
point non- plus les faits par ordre chrode ceux
nologi-
A OUST 1732. 1715
nologique , mais suivant qu'ils se sont
présentez à sa plume , en traçant les traits.
qui caract risent l'Empereur Alexandre.
On ne l'accuse point comme Herodien ,
d'avoir composé les Harangues qu'il met
dans la bouche des Empereurs , ni les
Lettres qu'il leur fait éc ire ; il rapporte
le peu de paroles que le Prince a prononcées ; et s'il ne les rapporte pas diserè ,
du moins on doit dire qu'il les rapporte
verè. Il n'est pas éloquent ; mais il est
fidele. C'est de l'une de ces courtes Harangues que j'espere, Monsieur , tirer cydessous la preuve du temps auquel a été
faite l'Association d'Ovinius.
L'autorité de Lampride étant suffisamment à couvert , malgré le décri dans lequel l'Ecrivain d'Orléans voudroit la mettre , il faut maintenant faire voir que
l'Histoire de l'Association d'Ovinius n'a
rien d'incroyable en elle même , et qu'au
contraire elle est revêtuë de circonstances
qui s'accordent très- fort avec la situation
où Alexandre se trouva. Loin qu'Alexan
dre Sevére fut un Prince puissant , etque
tout fut paisible de son temps , au point
que se le figure M. P. il n'y a gueres eu
d'Empereur plus traversé par ses propres
Sujets , et qui ait essuyé plus de soulévemens. Il est certain que ce jeune Prince
avoit
1716 MERCURE DE FRANCE
avoit par lui- même un bon caractere et
d'excellentes inclinations, qui le portoient
aux grandes choses. Mais sa mere l'avoit
élevé dans une dépendance servile , à laquelle il n'eut pas la force de se soustraire. Ainsi on peut dire que c'étoit elle qui
gouvernoit sous le nom de son fils. Fecit
cuncta cum matre , ut et illa videretur pariter imperare , dit Lampride ; et plus bas :
Egit omnia ex consilio matris. C'est pour
cela que l'Empereur Julien en ses Césars,
lui fait ce reproche amer : Pauvre sot , qui
maître de l'Empire , n'a pas eu l'esprit de
gouverner tes propres Sujets , mais a remis
tes trésors entre les mains de ta mere ! Un des
traits les plus marquez de cette dépendance de sa mere , fut la foiblesse avec laquelle il souffrit l'indigne procédé qu'elle
garda envers sa femme et son beau pere.
Si ce Prince eut été si puissant que le dit
M. P. auroit-on vû arriver sous ses yeux
le meurtre d'Ulpien son favori, et Prefet
du Prétoire , par les Soldats de la Garde
Prétorienne , sans qu'il osât s'élever alors
contre cet attentat ? Loin de punir aussitôt le principal auteur , il lui donne la
Préfecture d'Egypte , en attendant qu'il se sente assez fort pour s'en venger. Depuis cette mort les Prétoriens ne lui obéïrent plus qu'à regret ; leur haine se porta contre
AO.UST. 1732 1717
contre Dion , son Collegue de l'an 229.
et elle éclata si fort que ce Consul n'eut
pas le courage de paroître dans Rome
avec les marques de sa dignité; et il fallut
que l'Empereur lui conseillât de s'en éloigner , pour éviter leur fureur. Dira- t- on
après cela que ce Prince fut regardé comme Puissant , et que son regne fut fort
paisible? Ce n'est pas encore tout; un
nomméTaurin et un autre particulier ,
appellé Urane ( a ) , furent élevez à l'Empire par les armées d'Orient. Un troisiéme, nommé Antonin , fut pareillement
proclamé Auguste , par les Prétoriens. Il
est vrai que ces personnages refuserent la
dignité qu'on leur offroit ; mais ce n'en
est pas moins une preuve que le regne
d'Alexandre ne fut pas si paisible que le
prétend M. P. Peut- être que pour ne rien
rabattre de ses prétentions , il soutiendra que ces proclamations ne se trouvant
marquées que dans le jeune Victor et dans
Zozyme, elles ne meritent aucune créance.Acela je réponds que comme ces deux
Ecrivains vivoient dans un siecle peu
éloigné de celui d'Alexandre , il ne faut
point douter qu'il n'eussent devant eux
les Mémoires de quelques uns des cinq ou
( a ) Je croirai , si l'on veut , que Taurin et Urane aété le même ; rien n'empêche de lesdistinguer.
six
1718 MERCURE DE FRANCE
amis
six Auteurs qui avoient écrit les évenemens du regne de ce Prince , et dont l'éloignement des temps nous a privez Au
reste , ce que Dion rapporte de lui - même
personnellen ent , marque assez l'appré- hension où Al xandre étoit de voir ses
rsécutez ; et peut être aussi de se P
voir lui- même livré au caprice des Soldats. Or je demande si avec de tels soupçons , un Prince peut passer pour avoir
tou ours mené une vie tranquille , si on
peut dire que son regne a été paisible, et
que lui même gouvernoit ses Sujets avec
puissance et empire.
Si donc l'on trouve du foible dans la
maniere dont il se conduit , pour écarter ce qui se tramoit en faveur d'Ovinius,
P'on pourroit l'attribuer aux con eils timides de sa mere : Mais non ; il semble
au contraire que ce fut un trait de prudence qui le fit agir ainsi, Les Prétoriens,
dont l'autorité étoit enracinée dansRome,
avoient conçu une telle haine contre
Mammée , et par conséquent contre son
fils , que tout éroit à craindre de leur
part. Dès qu'ils croyoient voir dans le Sénat quelque Sujet propre à être élevé à
l'Empire , ou , pour mieux dire , à condescendre à leurs volontez , ils ne manquoient pas de ménager des pratiques
sour
D
AOUST. 1732. 1719
sourdes , pour faire déclarer Rome en sa
faveur. Ovinius convenoit apparemment
à leur dessein , et il se trouva disposé à
y concourir. Alexandre en étant averti ,
crut le prévenir , non en se défaisant de
lui , à force ouverte , mais en faisant semblant d'entrer dans les vûës des Prétoriens , jusqu'à ce qu'il trouvât le moment
favorable de perdre son concurrent.Ayant
été averti d'un remuëment , de la part de
certains Barbares , il se servi. de cette occasion pour faire connoître à toute l'armée jusqu'où s'étendoit la force et la vigueur de cet homme si désiré . Il l'associa
donc à l'Empire , avec quelqu'une au
moins des solemnitez ordinaires ; mais
pour le faire en même temps tomber
dans le mépris , et montrer combien il
étoit peu digne de lui être con paré ; il
lui proposa d aller avec lui à la guerre
qui se présentoit à faire contre les Barbares , prévoïant bien qu'il n'oseroit le lui
refuser , mais que délicat comme il étoit,
il ne pourroit jamais résister aux fatigues
dont il lui donneroit l'exemple , et que
son entreprise tourneroit à sa confusion.
En effet , la chose réüssit , comme Aléxandre l'avoit prévû , et par là l'Empereur se vit délivré d'un ennemi qui cassa
d'être dangereux dès qu'il commença à
·
être.
1720 MERCURE DE FRANCE
être méprisé. Ce tour de politique est- il
donc si ridicule et si hors de vrai-semblance que l'assure le Critique d'Orleans?
Pour moi j'y vois toutes chose admirablement bien concertées , pour venir à bout
de décrier Ovinius ; et cela me rappelle le
souvenir d'un artifice assez semblable dont
usa , quelques années auparavant, l'Empereur Septime- Severe, à l'égard d'Albin.
Ce Prince voïant qu'Albin qui descendoit d'une ancienne Maison , étoit aimé
du Sénat, n'osant l'attaquer à force ouverte , fit mine de vouloir l'associer à
l'Empire , et lui écrivit à cet effet des Lettres très-affectueuses en apparence ; mais
en même- temps il chargea secretement
ceux qui les lui porterent de sa part,de se
défaire adroitement de lui; et s'il n'y réüssit pas , ce ne fut pas sa faute. Je pourrois aussi produire d'autres exemples de
tours de politique plus semblables à celui
qu'employa Alexandre , et aussi plus récens. Mais je croi m'être assez étendu sur
cet article , pour persuader à mon adversaire que ce n'est pas sans fondement que
je regarde l'expedient rapporté par Lampride , comme ayant été réellement et
véritablement mis en usage. J'avouë, avec
lui , qu'il n'y a aucune apparence qu'Alexandre cut voulu dans de pareilles circons-
AOUST. 1732. 1721
Constances abandonner à Ovinius , la conduite de son armée; c'eut été le comble de
l'imprudence. Aussi n'est-ce pas le sens
qu'il faut donner au texte de l'Historien .
Monsieur de Tillemont l'a induit en erreur , par la traduction qu'il a faite de ce
texte Latin , en ces termes : Alexandre
offrit à ( Ovinius Camillus de l'y mener
avec lui , s'il n'aimoit mieux y aller lui
seul. Dans ce texte,ainsi conçu ; vel ipsum
si vellet, ire, vel ut secum proficisceretur, bortatus est , la particule vel, doit être prise
non disjonctivement , mais conjonctivement c'est-à- dire pour et , comme dans
une infinité d'autres endroits des Auteurs de l'Histoire Auguste. Monsieur de
Saumaise l'a remarqué plusieurs fois , et
entr'autres sur Lampride, par cette petite
notte; (vel pro et ; quod sexcentis locis apud
hos autores observavimus ) ( a ) Icy P'Hi
torien en a usé de la sorte , d'autant pl
volontiers que la répetition de la part.
cule et qu'il avoit employée peu aupara
vant , et qui revient peu après , auroi
été trop désagréable. ( b ) Lampride a
donc seulement donné à entendre qu'Alexandre invita Ovinius à aller à la Guer-
( a ) Edition de 1620. pag. 184.
(b) Voyez le Mercure d'Oct. 1731. pag. 2338.
C
1722 MERCURE DE FRANCE
re contre les Barbares , et même à faire
le voyage avec lui.
Je n'étois aucunementobligé de désigner
l'habitation de ces Peuples , lorsque je fis
ma premiere Lettre adressée aux Auteurs
du Mercure, dans le mois de May dernier,
n'y d'ajouter dant la seconde , pour plus
grande explication, que l'expedition Ġermanique , qui suivit l'association , se rapportoit à celle où Varius Macrinus se signala dans Pillyrie; et j'aurois pû me borner au simple texte de Lampride , qui ne
les nomme qu'en général , sous le nom
de Barbares. Mais m'étant reposé sur
l'exactitude qu'on attribuë à M. de Tillemont , j'ai cru avec lui, qu'il s'agissoit de
l'expédition qui se fit par Alexandre,contre les Germains , dont le triomphe qui
suivit est marqué chez Occo , sur une
Médaille d'argent en ces deux mots DE
GERMANIS , avec cette note chronologique TR. P. VIII.cos. III. La Victoire étant
rapportée à l'an 229. de Jesus- Christ , il étoit assez naturel de croire que la guerre
cut pû commencer en 228. c'est ce qui
-me déterminoit à faire partir en cette
année Ovinius avec Alexandre. Mais depuis , j'ai fait réfléxion sur un discours
fit Alexandre à ses Soldats étant à An- que
tioche l'an 233 , lorsqu'il les conduisoit
contre
AAOUST. 1732 1723
contre la Perse L'Empereur voulant éteindre les semences de sédition qui se formoient dans son armée, rappella à ses anciens Soldats l'usage qu'on leur avoit enseigné de faire de leur voix , d'abord
contre les Sarmates , ensuite contre les
Germains , et enfin contre les Perses ,
ajoutant qu'il étoit étonnant qu'ils voulussent s'en servir contre celui qui leur
fournissoit la nourriture,les vétemens, &c.
Qui in concione estis , leur dit- il , vocem in
bello cantra hostem , non contra Imperatorem
vestrum necessariam , certè Campidoctores
vestri hanc vos docuerunt contra Sarmatas et
Germanos ac Persas emittere , non contra eum
qui acceptam à Provincialibus annonam ,
qui vestem , qui stipendia vobis attribuit.
Monsieur de Tillemont n'ayant traduit
dans notre langue qu'une partie de ce dis- cours , n'a pas fait sentir que les Sarmates
ysont nommez en premier lieu , et les
Germains ensuite. Ce fut donc l'occasion.
de l'irruption des uns ou des autres de ces
Barbares qu'Alexandre saisit , pour convaincre les Soldats , combien ils se connoissoient peu en vrai mérite , lorsqu'ils
marquoient quelque inclination d'obéïrà
Ovinius. L'Empereur qui étoit jeune , af
fecta apparemment d'aller exprès à pied,
afin de faire succomber son concurrent
Cij Sous
1924 MERCURE DE FRANCE
sous la fatigue, et il en vint à bout en peu
de jours. Comme il est évidenr qu'Alexandre dans le discours qu'il tint à ses
Troupes , les faisoit ressouvenir par ordre des temps de toutes les Campagnes
qu'ils avoient faites; il est necessaire de
placer celle de Sarmatie la premiere ; et
par consequent comme celle de Germanie est de l'an 229 , au plus tard ; on doit
celle que qui se fit contre les
Sarmates a dû être aussi au plus tard l'an
convenir
228.
On ne peut pas assurer si Alexandre
alla en personne jusques dans la Sarmatie; c'est un fait qu'Acolius auroit sans
doute éclairci par le moyen de son livre
des Voyages de cet Empereur. Mais ses
Mémoires étant perdus , on doit se contenter de sçavoir simplement que la premiere guerre que cet Empereur eut à soutenir, fut contre ces peuples. Il seroit fort
à propos , je l'avoue , que quelque Médaille vint au secours de la notice que je
prétends tirer en faveur de cette guerre
Sarmatique , du discours qu'Alexandre
tint à ses Soldats , de méme que nous en
avons une qui constate celle de Germanie. Mais il ne faut point désesperer d'en
trouver quelquejour où la victoire sur les
Sarmates sera rapportée à l'une des 6 premieres
AOUST. 1732 1725
,
mieres années du regne d'Alexandre ,
pourvû que l'on soit plus soigneux de les
conserver , que ne l'a été un Orfévre de
notre Ville , qui au mois de Juin dernier,
en ayant acheté d'un passant un grand
nombre d'argent , du regne de cet Empereur et des autres Princes qui lui succederent , les fondit une demie - heure
après, sans qu'on ait pû en sauver qu'une
seule d'Alexandre. Ces monumens,moins
sujets aux accidens que les livres, peuvent
suppléer en quelque sorte , à ce que nous
- sçaurions plus en détail , si nous avions
en original les Memoites que Septimius ,
Acolus , Encolpe , Gargilius-Martialis
Marius Maximus , Aurele- Philippe et
encore d'autres témoins oculaires avoient
dressés touchant le regne de cet Empereur. Cette guerre Sarmatique s'offre icy
d'autant plus à propos,avant celle de Germanie , que plus elle sera rapprochée du
regne d'Alexandre , plus on sera fondé à
suivre l'explication que Saumaise a donnée au texte de Lampride , et à dire avec
lui que ce fat Alexandre même qui donna ordre de tuer Ovinius dans l'une de
ses terres , où il demeuroit depuis long- temps,
et à ne pas rejetter , sans necessité , cette
mort sur l'Empereur suivants tutum ad
Willas suas irepræcepit in quibus DIU VIXIT,
C iij
K
sed
1726 MERCURE DE FRANCE
sed post , jussu Imperatoris occisus est. Depuis la remarque que vous , Monsieur ,
m'avez fait faire , après Saumaise , que
tout Historien qui dit simplement l'Ēmpereur , entend celui dont il écrit l'histoire , et non son successeur; je ne panche
plus en aucune maniere pour le sentiment que M. de Tillemont insinuë.
M. P. d'Orleans a proposé le silence de
deux Ecrivains contemporains à Alexandre ; sçavoir , Dion et Hérodien , comme
un grand argument contre l'histoire de
l'association d'Ovinius, Mais il faut d'abord retrancher de ce nombre l'Historien
Dion , pour plusieurs considerations. La
premiere est , que nous avons perdu le
livre de son histoire, qui comprenoit une
partie duregne d'Alexandre; car nous n'en
avons qu'un abregé des plus succincts ,
fait par Xiphilin , lequel a retranché ce
qui lui a plus la seconde est , que si
l'association d'Ovinius s'est faite dans le
temps que Dion a renfermé dans son Histoire , c'est-à-dire , avant l'an 229 , comme je n'en doute aucunement , Xiphilin
a voulu la comprendre sous ces termes
generaux qui se trouvent dans son abregé: Per id tempus multe rebelliones facta
sunt à multis quarum aliquot , quum fuissent formidolosa , repressa ac restrincta sunt.
Les
AOUST. 1732. 1727
Les sourdes pratiques d'Ovinius pour par
venir à l'Empire, sontsans doute du nom
bre de ces rebellions dangereuses qui furent réprimées par Alexandre. Can Ovinius rebellare voluisset tyrannidem affecians,
dit Lampride.
ро
Qu'importe , en effet , de quel moyen
on se serve pour réussir à étouffer une rebellion formée secretement , force ou
adresse , pourvu qu'on parvienne au bur
qu'on s'est proposé. Alexandre usa de
litique, de même qu'il venoit de faire unt
peu auparavant , incontinent après le
meurtre d'Ulpien son favori. Le même
Dion dit que la raison pour laquelle Epagathe , Auteur de ce meurtre , ne fut
point puni sur le champ et pourquoi
l'Empereur parut dissimuler la peine que
lui faisoit cette action , fut la crainte qu'il
eut d'exciter une émotion dans Rome.
Epagathus qui Vlpiano magna ex parte
causa necis fuerat , missus est in Ægyptum,
ut Præfectus ejus Provincia , ne forte si de eo
Rome supplicium sumptum esset , tumultus
aliquis connectaretur; atque inde reductus in
Cretam , condemnatus est. Per id tempus , et
le reste , comme cy- dessus.
Quelque année que l'on choisisse entre les six premieres du regne d'Alexandre,
pour placer la mort d'Ulpien , il est évi- C iiij dent
7728 MERCURE DE FRANCE
dent que la rebellion d'Ovinius ne tarda
gueres à suivre cet évenement. On doit
aussi placer vers ce temps-là les procla
mations des autres Augustes dont j'ai parlé plus hauts et le texte de Dion le demande.
A l'égard d'Herodien , ce n'est rien
moins qu'un Auteur exact , suivant les
Critiques et suivant M. de Tillemont
même. Aussi le reprend-il très-souvent ;
ainsi sans entrer dans le détail, qu'il mesoit
permis de renvoyer M. P: à la table de
son troisiéme volume de l'Histoire des
Empereurs. Lampride pareillement , qui
avoit l'ouvrage d'Herodien sous les yeux,
en faisant la vie d'Alexandre , est obligé
de le corriger , lorqu'il contredit les Annales de la Ville de Rome , et tous les
Auteurs contemporains , qui étoient plus
à portée que lui d'examiner les démar
ches de cet Empereur , et sa maniere de
vivre. Cet Historien Grec a pû être mieux
informé de quelques- unes des choses qui
se passerent en Orient , mais il n'eut pas
les mêmes facilitez pour apprendre tout
ce qui arriva dans l'Occident. Il en raconta des Histoires autrement qu'elles n'étoient , et il en obmit plusieurs qui ne
vinrent point à sa connoissance , même
de celles qui regardent l'Orient.
S'il
AOUST. 1732. 1729
S'il falloit n'admettre que ce qu'il a inseré dans son Ouvrage , il faudroit effacer
de la vie d'Alexandre la révolte des Troupes de Mésopotamie , contre Flavius Heracleon , leur Commandant, dont Dion a
parlé; il ne faudroit rien croire du meurtre d'Ulpien, rapporté par le même Dion.
Si Herodlen a obmis l'association d'Ovinius , il a aussi passé sous silence la victoire sur les Germains, remportée en 229,
dont les Médailles ont conservé la mémoire ; il n'a pas fait là moindre men--
tion du triomphe glorieux d'Alexandre ,
au retour de la guerre de Perse. Loin de
cela ,on croiroit à le lire , que l'Empëreur confus de n'avoir pû vaincre Arta--
xerxes , vola brusquement d'Antioche sur
les bords du Rhin ,, pour l'éxpédition
d'Allemagne ; confectoque celeriter itinere
consistit ad Rheni ripas. Il ne dit rien non
plus de l'élevation de Taurin et d'Urane
à l'Empire. Faut-il donc s'étonner s'il en a
fait autant d'Ovinius.
Je ne m'étendrai point à refuter la proposition extraordinaire par laquelle M. P.
avance,qu'à moins que les faits que Lam--
pride a tirés des Historiens contemporains
d'Alexandre , ne se rencontrent ailleurs ;
on est toujours bien reçu à les rejetter.
Javoiie que ce principe est très- commode
G. v pour
1730 MERCURE DE FRANCE
pour n'admettre que ce que l'on veut. Il
suffit de l'exposer , pour faire voir à quel
dégré d'incrédulité il conduiroit les Lecteurs , s'ils en étoient susceptibles , et il
n'est pas difficile de prévoir qu'après l'avoir admis , à l'égard des Historiens du
Paganisme,on pourroit bien l'étendre sur
d'autres , d'une importance bien plus
grande. Je suis donc d'avis, comme vous,
Monsieur , que loin de rejetter le témoignage des Auteurs réunis ensemble , dans
la compilation de l'Histoire Auguste ,
tout imparfaits qu'ils sont; la raison veut
qu'on y ajoute foy , comme à toute autre
Histoire , à moins qu'il n'y ait des motifs
très-pressans de s'en écarter, et des objections qui soient sans replique.
La derniere objection de M. P. contre
l'association d'Ovinius à l'Empire , consiste en ce qu'il ne se trouve aucune Médaille qui fasse mention de lui,ni aucune
Loy où son nom soit marqué. Mais fait- il
attention , que selon l'Historien sur lequel nous nous fondons , cette association fut de très peu de durée , et qu'Ovinius fatigué du métier de la guerre , au
bout de trois ou quatre jours de marche,
abdiqua l'Empireset qu'Alexandre l'ayant
aussi- tôt confié à des Soldats , de la fidèlité desquels il étoit très-sûr,le fit conduire
dans
AOUST. 1732. 1731
dans ses terres, où il vécut en simple particulier. Quoiqu'on ne puisse gueres dou
ter qu'il n'y ait eu quelques Médailles
à l'occasion de l'association d'Ovinius
il n'est pas extraordinaire qu'il ne s'en
trouve point aujourd'hui. Combien y en
a-t-il eu qui n'existent plus , et combien
n'en reste- t- il pas encore à découvrir? On
donne communément trois femmes à Alexandre Severe ; où sont les Médailles des
deux dernieres ? Où est celle qui fut sans
doure frappée pour le triomphe de cet
Empereur. L'Histoire ne nous apprend- elle pas que certaines personnes ont porté le titre d'Empereur , sans qu'il en reste
des Médailles, ou du moins dont on n'en a
que de tres douteuses. Tel est un Jotapianus , un Lucius - Priscus , un JuliusValens , un Perpenna- Lucinianus, un Firmius , &c. S'il ne se trouve point de Médailles de tous les Princes dont l'Histoire
fait mention , il faut aussi avouer que les
Médailles nous ont conservé le nom de
quelques Princes , qui sans cela ne seroient point connus, les Livres qui en
pouvoient traiter ayant été perdus. Tel
est un Pacatianus , un Nigrianus, une Bar
bia Orbiana , &c. On ne peut donc point
conclure avec certitude, qu'un Prince n'a
point existé , de ce qu'on ne trouve poinɛ Cvj son
1732 MERCURE DE FRANCE
son nom sur les Médailles qu'on a aujourd'hui,ou qu'il ne paroît pas dans les Hitsoriens ,parce qu'on a perdu beaucoupde mo
numens en l'un et en l'autre genre. On peut
encore moins le conclure de ce que son
nom n'est dans aucune Loy. Cette raison
est des plus frivoles dans l'affaire d'Ovinius. Il peut se faire qu'il n'y ait eu aucune
Loy expédiée , du moins qui soit parve
nue jusqu'à nous , pendant le court inter valle de son association. Si donc il se rencontre des vuides considérables , sans promulgation de Loix , pendant les années ,
à l'une desquelles on est obligé de fixer
cette association , l'argument de M. P.
n'est d'aucun poids , et il tombe de luimême.
nuë
Quoique jaye accordé à M.P. qu'une
Inscription votive, de l'an 228. qui porte
ces mots: Pre salute Dominorum, pourroit
s'entendre plus naturellement de l'Im
pératrice Mammée , avec son fils ; je n'abandonne point cependant tout-à- fait la
part qu'Ovinius peut avoir dans ce nom
bre plurier; parce qu'à la lecture de Dion,
tout abregé qu'il est par Xiphilin ; on
voit clairement que la mort d'Ulpien n'a
pas dû précéder de beaucoup de temps le
Consular du même Dion , qui fut sûrement l'an 229. Il faut donc mettre certe
mort
A' O UST. 、 1732. 1733
mort vers la fin de l'an 227 , ou au commencement de 228. Or comme , selon le
même Dion , l'intervalle entre ces deux
époques fut celui pendant lequel se for- merent diverses rebellions : Multa rebelLiones à multis celle d'Ovinius ayant été
l'une des plus dangereuses, il paroît qu'on
doit toujours la rapporter à l'an 228 ; et que
par conséquent son association seroit du
même-temps, et sous le Consulat de Mcdeste et Probus. C'est ce qu'il faut esperer
que la postérité verra un jour éclairci par
les Médailles , dont on fera la découverte, ou par d'autres monumens plus en- tiers que n'est celui d'Auxerre. Au reste
cet Ovinius-Camillus estsi peu une chime
re et unpersonnage fabriqué par Lampride, ou par quelque Ecrivain posterieur
selon le jugement de Tristan , que ce celebre Antiquaire le croit fils d'un autre
Ovinius-Tertullus , Président de la Mysie inférieure , auquel fut adressé un Réscrit très-connu dans le Droit , et qui a
fait donner le nom de : Ad Senatus Consulium Tertullianum , au tit . 17 du 38 liv.
du Digeste. Les Deux Empereurs qui y
sont nommez , sont Septime Sévére , et
Caracalla , son fils ; et le Jurisconsulte ,
qui cite le Réscrit, n'est autre que le fameux Ulpien , dont j'ai déja parlé plu- sieurs
1734 MERCURE DE FRANCE
sieurs fois. Je vous ai , Monsieur , l'obligation de cette remarque , qui n'est pas
icy hors de propos , et qui fait voir en
même- temps, qu'en lisant les Loix, vous
ne perdez aucun des fruits qu'on en peut
tirer pour la littérature. Comme les Livres du Droit sont moins suspects de
falsification que les Livres d'Histoire ,
j'espere que mon Adversaire aura assez
d'équité pour ne pas prétendre que la
généalogie , indiquée par Tristan , pêche
jusques dans sa source. Il faut qu'il convienne au moins que le nom d'Ovinius
ne se rencontre guéres ailleurs qu'en ces
-deux endroits. De mon côté , si le tout
est controuvé et fabriqué à plaisir , j'avouerai que la manufacture d'Ecrivains ,
Imaginée par quelques modernes , a eu
des correspondances admirablement bien
soûtenues par tout l'Occident , pour y
faire trouver en tous lieux , dans le Corps
du Droit , un Ovinius- Tertullus , Pere
environ l'an 200 , et dans la compila
tion de l'histoire Auguste , un OviniusCamillus , fils , l'an 228. ou environ.
AAuxerre , ce 26 May 1732
Fermer
Résumé : DEFFENSE d'un Trait Historique de Lampride sur Ovinius Camillus, adressée à M. Bouhier, President au Parlement de Dijon.
La lettre adressée à M. Bouhier, président au Parlement de Dijon, traite de l'interprétation d'une inscription découverte près de Dijon. L'auteur, Defens, reconnaît qu'il existe plusieurs explications possibles pour le terme 'PRO SALUTE DOMINORUM'. Il mentionne qu'un individu d'Orléans, se faisant appeler D.P., a proposé une autre interprétation, contestant l'association d'Ovinius Camillus avec l'Empire d'Alexandre Sévère. Defens défend l'autorité de Lampride, l'historien qui rapporte cette association, et souligne que les circonstances politiques de l'époque rendent cette association plausible. L'Empire d'Alexandre Sévère fut marqué par des soulèvements et des menaces internes, justifiant la prudence d'Alexandre en associant Ovinius à l'Empire pour apaiser les Prétoriens. Le texte discute également de la stratégie politique d'Alexandre Sévère visant à discréditer Ovinius, un rival potentiel. Alexandre proposa à Ovinius de l'accompagner en guerre contre les Barbares, anticipant que ce dernier ne pourrait supporter les fatigues du voyage. Cette manœuvre réussit, permettant à Alexandre de se débarrasser d'un ennemi dangereux. Le texte compare cette stratégie à celle utilisée par Septime Sévère contre Albin, soulignant l'efficacité de telles tactiques politiques. Une controverse sur l'interprétation d'un passage de Lampride est également abordée. Monsieur de Tillemont avait traduit ce passage de manière erronée, suggérant qu'Alexandre avait offert à Ovinius de conduire l'armée seul. Cependant, la particule 'vel' dans le texte latin doit être interprétée comme 'et', indiquant qu'Alexandre invita Ovinius à se joindre à lui en guerre. Le texte mentionne les campagnes militaires d'Alexandre contre les Sarmates et les Germains, soulignant leur importance dans la consolidation de son pouvoir. Il discute également de la fiabilité des historiens contemporains, comme Dion et Hérodien, notant leurs omissions et erreurs. L'auteur affirme que l'association d'Ovinius avec Alexandre est un fait historique, malgré les silences de certains historiens. Le Mercure de France, daté de 1730 à 1734, défend l'idée que les témoignages des historiens, même imparfaits, doivent être pris en compte. L'auteur réfute l'objection de M. P. concernant l'association d'Ovinius à l'Empire, soulignant que cette association fut de courte durée et que l'absence de médailles ou de lois mentionnant Ovinius n'est pas une preuve de son inexistence. Il argue que de nombreux monuments et documents historiques ont été perdus ou ne sont pas encore découverts. L'auteur conclut que l'on ne peut pas conclure avec certitude à l'inexistence d'un prince en l'absence de preuves contemporaines. Il discute également de l'inscription votive de l'an 228 et de la généalogie d'Ovinius, citée par Tristan, ainsi que de la présence du nom Ovinius dans les lois et l'Histoire Auguste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 1810-1811
Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Début :
Des Lettres de Lisbonne portent, qu'on y avoit reçû avis de Braga, que des Ouvriers [...]
Mots clefs :
Braga, Vestiges, Colonne, Tombeau, Rome, Statues, Médailles, Antiquités romaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Des Lettres de Lisbonne portent , qu'on
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
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Résumé : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
En août 1732, des ouvriers à Lisbonne ont découvert les vestiges d'un temple romain dédié à Jupiter sous les fondations de l'ancienne église de Saint-Martin de Dume. Cette hypothèse est confirmée par des inscriptions en caractères romains, dont une sur une colonne : 'Jovi expulsori Armia Lussina ex Voto posuit'. Près de cette colonne, un tombeau de marbre blanc contenant des ossements humains a été trouvé. Certains savants locaux suggèrent que ces ossements pourraient appartenir à Théodomir, roi des Suèves mort en 570. Les ruines romaines, gothiques et arabes se mélangent en raison des destructions successives. L'Académie Royale de l'Histoire a été chargée d'étudier ces vestiges et de publier les résultats. Parallèlement, à Rome, des antiquités romaines, incluant des statues, des colonnes et des médailles d'empereurs, ont été découvertes près de la chapelle de la Maison Corsini.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 242[1]-2430
Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Début :
LE PARNASSE FRANCOIS, dédié au Roi, par M. Titon du Tillet, Commissaire [...]
Mots clefs :
Parnasse, Vignettes, Estampes, Poètes, Musiciens, Histoire générale, Titon du Tillet, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
LE PARNASSE FRANÇOIS , dédié au Roi ,
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
Fermer
Résumé : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente 'Le Parnasse Français', un ouvrage de M. Titon Du Tillet dédié au Roi et publié en 1732. Ce livre de près de 800 pages, illustré de vignettes et d'estampes, se compose de plusieurs sections clés. La première section expose le projet de l'auteur de créer un monument en bronze célébrant la gloire de la France et de Louis le Grand, en hommage aux poètes et musiciens français. L'auteur compare cet hommage aux honneurs accordés aux artistes dans l'Antiquité, notamment par les Grecs et les Romains. Le livre décrit ensuite le Parnasse Français, divisé en trois parties. La première partie présente les figures et leurs représentations. La deuxième détaille la disposition du monument et l'arrangement des figures avec leurs attributs et symboles. La troisième explique les analogies et les innovations par rapport au Parnasse grec. L'ouvrage inclut également un ordre chronologique des poètes et musiciens, des essais sur la poésie et la musique, des remarques sur l'origine et le progrès de ces arts en France, et un poème latin avec son imitation en français. Des lettres de M. Rousseau et de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon Du Tillet sont également présentes. M. Titon Du Tillet a augmenté le nombre de poètes et de musiciens représentés dans cette édition par rapport à la précédente, et a ajouté des essais et des remarques sur la poésie et la musique. Le Parnasse Français est ainsi présenté comme une histoire générale de la poésie et de la musique françaises. L'auteur classe les poètes et musiciens en différentes catégories, reconnaissant que tous ne sont pas de mérite égal. Il mentionne des figures emblématiques comme Malherbe, Racine, Molière, et Lully, tout en rendant hommage à d'autres poètes et musiciens moins célèbres mais méritants. Le Parnasse Français est consacré aux poètes et musiciens décédés, mais des places sont laissées pour les artistes vivants. M. Titon Du Tillet a également fait exécuter des médaillons de bronze pour certains poètes et musiciens, dont les noms sont listés dans le texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 2639-2644
PRIX de la Societé des Arts.
Début :
Son Altesse Serenissime Monseigneur LE COMTE DE CLERMONT, Protecteur de la SOCIETÉ [...]
Mots clefs :
Société des arts, Prix, Sujets, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX de la Societé des Arts.
PRIX de la Societé des Arts.
On Altesse Serenissime Monseigneur LE COM SonAl CLERMONT , Protecteur de la SocrEr
DES ARTS , ayant bien voulu accorder des fonds
à cette Compagnie pour qu'elle distribue deux
Prix tous les ans , chaque Prix sera une Médaille
d'or de 30c. liv. et toutes personnes , excepté les
Associez qui doivent être Juges , pourront aspirer à ces Prix. Les deux prémiers se distribueront
à l'Assemblée publique d'après la S. Martin de l'année 1733.
Comme la Societé se fait une loi de ne choisir
pour les sujets des Prix que des questions qui ayent rapport aux Arts , et que la solution des
problêmes de cette nature dépend souvent moins
de la simple théorie , que d'une longue suite d'experiences , elle proposera chaque année un plus
grand nombre de questions qu'elle n'aura de Prix donner l'année suivante ; par ce moyen plus
d'Auteurs seront excitez à travailler : ceux qui
s'attacheront aux matieres , sur lesquelles il n'appartient qu'à l'experience de donner des décisions,
auront tout le temps nécessaire pour la consulter;
et la Societé recevra des éclaircissemens dont elle
seroit privée, si elle exigeoit qu'on les lui donnât
dans un terme prescrit. Elle propose donc cette
année cinq Sujets , et elle en proposera chacune
des années suivantes autant de nouveaux qu'elle
aura distribué de Prix dans l'année.
Sur la Charruë.
Il n'est pas douteux que les diverses qualitez
des terres , la differente disposition de leurs plans,
er les diverses especes d'animaux qu'on est obligé
I. Vol, F d'eme
2640 MERCURE DE FRANCE
d'employer pour le labourage , n'exigent des dif
ferences dans la forme , les proportions , et le
nombre des pieces dont les Charrues sont composées. Cependant les Ouvriers qui les construisent , suivent plutôt une pratique aveugle qu'aucun principe certain et les Laboureurs rencontrent par là plusieurs difficultez , qui peut- être seroient aisées à vaincre , si les uns et les autres connoissoient mieux les raisons de suivre diffcrens usages selon les lieux differens. On demande
quelle est la meilleure construction de Charrue
tant par rapport aux diverses qualitez des terres
que par rapport à la differente disposition de leurs
lans.
Sur le Moulin.
J
Plusieurs personnes habiles se sont appliquées
avec succès à perfectionner cette Machine. Le
Moulin à vent semble même être porté à sa plus
grande perfection. Il n'en est pas ainsi des Moulins à eau , on peut les rendre plus parfaits qu'ils
ne sont , à plusieurs égards , sur- tout en déterminant plus précisément de quelle maniere ils
doivent être construits ; une certaine quantité.
d'eau soutenue à telle hauteur qu'on voudia supposer étant donnée , la Societé desireroit qu'on
ajoûtât à une Machine si utile quelque nouvelle
perfection , et elle exhorte les personnes qui travailleront sur cette matiere à chercher principalement les moyens de tirer des differens cours
d'eau le meilleur parti qu'il est possible.
Sur les Semences.
Les Livres d'Agriculture sont remplis de d
verses recettes de préparationsdestinées à féconder les Semences , et souvent en rejettant trop lé.
>
I. Vol.
germent
DECEMBRE. 1732. 2647
gerement tout ce qui porte l'air de secret , il peut
arriver qu'on se prive de quelque pratique utile.
L'un des Prix est réservé àl'Auteur du Mémoire,
dans lequel ces differentes préparations employées
pour féconder les Semences, seront discutées de
la maniere la plus satisfaisante.
Sur le Mercure.
Tous les Artisans qui employent du vif- argen
dans leurs ouvrages, éprouvent ordinairement des
coliques violentes , des tremblemens , des paraly- .
sies , et d'autres maladies, Les Doreurs en or
moulu , ou amalgamé avec le Mercure sont par- ticulierement exposez àces accidens. On propose
un Prix à l'Auteur du Mémoire , qui contiendra
quelque nouveau moyen de les prévenir ou de les diminuer , soit par la préparation du vif- argent,
soit par la maniere de l'employer , ou par quel, "
que préservatif.
Sur le Ressort du Balancier des Montres.
C'est un accident ordinaire aux Métaux que de se dilater dans la chaleur , et de se contracter
dans le froid . Par cette raison le Ressort que l'on
met au Balancier des Montres , et qui doit concourir à la justesse , y devient nuisible. La Socie- té demande si l'on ne pourroit pas , soit par le
choix de la matiere , soit par la maniere de la
travailler , soit enfin par la forme donnée au
Ressort , ou par quelques autres moyens rendre
ces Ressorts moins susceptibles des impressions.
de l'air , ou du moins rendre les variations de cer
Ressort moins contraires à la régularité des
Montres.
Quoique la Societé destine principalement ses,
Prix aux Auteurs qui travailleront sur les Sujets
I. Vol. Fij qu'elle
2642 MERCURE DE FRANCE
qu'elle aura proposez , cependant lorsqu'on lui
présentera quelques ouvrages qui seront sur d'autres matieres , mais qui contiendront quelques
découvertes d'une utilité considerable pour les
Arts , les Auteurs de ces Ouvrages pourront prétendre aux Prix : elle ne donnera la préference
aux Memoires sur les questions proposées que
dans le cas où les autres ne leur seroient supe
rieurs à nul égard.
Lorsque le nombre des Ouvrages dignes des Prix , excedera celui des Prix , les deux Médailles
de l'année , seront données aux deux Auteurs qui auront le mieux réussi , ou si tous ont réussi
également , à ceux qui auront choisi les sujets
dont l'utilité sera le plus generalement reconnue.
Les autres concourront de nouveau l'année suivante.
Si quelque Auteur ayant choisi un Sujet est
prévenu par un autre , et qu'on adjuge le Prix
au second avant que le premier ait envoyé son
Memoire , celui-cy ne perdra point l'espoir d'obtenir un Prix , pourvû qu'il propose des vûës
nouvelles et superieures à celles que l'autre aura données.
Les personnes qui voudront concourir pour le Prix la Societé doit donner dans son As- que semblée publique d'après la S. Martin de l'année
1733. seront tenues d'envoyer leurs Ouvrages
dans le cours du mois de Juin , les Etrangers ,
même ceux qui sont Membres de la Compagnie,
ayant droit aux Prix : on avertit les Sçavans qui
voudront travailler , d'écrire ou de faire traduire
en François ou en Latin , les Memoires qu'ils
envoyeront.
Une des conditions pour que les Ouvrages con
Courent c'est que les Auteurs ne se fassent pas ,
I. Vols connoître
DECEMBRE. 1732: 2643
connoître avant que le Prix soit adjugé ; on re- commande à chacun d'eux de mettre à la fin de
son Memoire une maxime ou quelque passage
d'un Ecrivain. Ceux qui seront à Paris , ou qui
auront dans cette Ville quelqu'un de confiance ,
pourront envoyer leurs Ouvrages à la Societé,
tous les jours qu'elle s'assemble. Elle tient ses
Séances chez S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT , au Palais du petit Luxembourg , le Di-,
manche et le Jeudi de chaque Semaine , depuis
quatre heures du soir jusqu'à six. Le Secretaire
marquera sur les Registres de la Compagnie la
date de la reception de chaque Memoire , la maxime jointe au Memoire et les mots par lesquels il commencera ; et l'on délivrera au Porteur un
Extrait des Registres. Ceux qui ne seront pas
à portée de se servir de la voye que nous venons
d'indiquer , pourront prendre celle de la Poste.
M. LE COMTE DE CLERMONT permet qu'on
adresse en son Palais , à Paris , tous les Paquets
destinez à la Societé. Les Paquets envoyez de la
sorte doivent avoir pour suscription : A Messieurs
de la Société des Arts , au petit Luxembourg ,
à Paris.
Aussi- tôt qu'un Prix sera adjugé , la Societé
avertira le Public dans les differens Journaux de
France et dans les Gazettes , qu'un Memoire ,
commençant par tels mots , portant telle maxime, et ayant telle matiere pour sujet, a remporté l'un des Prix. L'Auteur alors fera ses diligences
pour se faire connoître , et dans l'Assemblée destinée pour donner le Prix qu'il aura obtenu , il
recevra la Médaille , ou la fera recevoir par quel- qu'un chargé de sa Procuration ; dans la même
Assemblée on lira le Memoire , et la Societé le
fera imprimer dans ses Recueils ; elle compte S. I. Vol. Fi même
2644 MERCURE DE FRANCE
même d'y faire imprimer les Ouvrages , qui n'é
tant pas jugez dignes des Prix , paroîtront cependant meriter de voir le jour
On Altesse Serenissime Monseigneur LE COM SonAl CLERMONT , Protecteur de la SocrEr
DES ARTS , ayant bien voulu accorder des fonds
à cette Compagnie pour qu'elle distribue deux
Prix tous les ans , chaque Prix sera une Médaille
d'or de 30c. liv. et toutes personnes , excepté les
Associez qui doivent être Juges , pourront aspirer à ces Prix. Les deux prémiers se distribueront
à l'Assemblée publique d'après la S. Martin de l'année 1733.
Comme la Societé se fait une loi de ne choisir
pour les sujets des Prix que des questions qui ayent rapport aux Arts , et que la solution des
problêmes de cette nature dépend souvent moins
de la simple théorie , que d'une longue suite d'experiences , elle proposera chaque année un plus
grand nombre de questions qu'elle n'aura de Prix donner l'année suivante ; par ce moyen plus
d'Auteurs seront excitez à travailler : ceux qui
s'attacheront aux matieres , sur lesquelles il n'appartient qu'à l'experience de donner des décisions,
auront tout le temps nécessaire pour la consulter;
et la Societé recevra des éclaircissemens dont elle
seroit privée, si elle exigeoit qu'on les lui donnât
dans un terme prescrit. Elle propose donc cette
année cinq Sujets , et elle en proposera chacune
des années suivantes autant de nouveaux qu'elle
aura distribué de Prix dans l'année.
Sur la Charruë.
Il n'est pas douteux que les diverses qualitez
des terres , la differente disposition de leurs plans,
er les diverses especes d'animaux qu'on est obligé
I. Vol, F d'eme
2640 MERCURE DE FRANCE
d'employer pour le labourage , n'exigent des dif
ferences dans la forme , les proportions , et le
nombre des pieces dont les Charrues sont composées. Cependant les Ouvriers qui les construisent , suivent plutôt une pratique aveugle qu'aucun principe certain et les Laboureurs rencontrent par là plusieurs difficultez , qui peut- être seroient aisées à vaincre , si les uns et les autres connoissoient mieux les raisons de suivre diffcrens usages selon les lieux differens. On demande
quelle est la meilleure construction de Charrue
tant par rapport aux diverses qualitez des terres
que par rapport à la differente disposition de leurs
lans.
Sur le Moulin.
J
Plusieurs personnes habiles se sont appliquées
avec succès à perfectionner cette Machine. Le
Moulin à vent semble même être porté à sa plus
grande perfection. Il n'en est pas ainsi des Moulins à eau , on peut les rendre plus parfaits qu'ils
ne sont , à plusieurs égards , sur- tout en déterminant plus précisément de quelle maniere ils
doivent être construits ; une certaine quantité.
d'eau soutenue à telle hauteur qu'on voudia supposer étant donnée , la Societé desireroit qu'on
ajoûtât à une Machine si utile quelque nouvelle
perfection , et elle exhorte les personnes qui travailleront sur cette matiere à chercher principalement les moyens de tirer des differens cours
d'eau le meilleur parti qu'il est possible.
Sur les Semences.
Les Livres d'Agriculture sont remplis de d
verses recettes de préparationsdestinées à féconder les Semences , et souvent en rejettant trop lé.
>
I. Vol.
germent
DECEMBRE. 1732. 2647
gerement tout ce qui porte l'air de secret , il peut
arriver qu'on se prive de quelque pratique utile.
L'un des Prix est réservé àl'Auteur du Mémoire,
dans lequel ces differentes préparations employées
pour féconder les Semences, seront discutées de
la maniere la plus satisfaisante.
Sur le Mercure.
Tous les Artisans qui employent du vif- argen
dans leurs ouvrages, éprouvent ordinairement des
coliques violentes , des tremblemens , des paraly- .
sies , et d'autres maladies, Les Doreurs en or
moulu , ou amalgamé avec le Mercure sont par- ticulierement exposez àces accidens. On propose
un Prix à l'Auteur du Mémoire , qui contiendra
quelque nouveau moyen de les prévenir ou de les diminuer , soit par la préparation du vif- argent,
soit par la maniere de l'employer , ou par quel, "
que préservatif.
Sur le Ressort du Balancier des Montres.
C'est un accident ordinaire aux Métaux que de se dilater dans la chaleur , et de se contracter
dans le froid . Par cette raison le Ressort que l'on
met au Balancier des Montres , et qui doit concourir à la justesse , y devient nuisible. La Socie- té demande si l'on ne pourroit pas , soit par le
choix de la matiere , soit par la maniere de la
travailler , soit enfin par la forme donnée au
Ressort , ou par quelques autres moyens rendre
ces Ressorts moins susceptibles des impressions.
de l'air , ou du moins rendre les variations de cer
Ressort moins contraires à la régularité des
Montres.
Quoique la Societé destine principalement ses,
Prix aux Auteurs qui travailleront sur les Sujets
I. Vol. Fij qu'elle
2642 MERCURE DE FRANCE
qu'elle aura proposez , cependant lorsqu'on lui
présentera quelques ouvrages qui seront sur d'autres matieres , mais qui contiendront quelques
découvertes d'une utilité considerable pour les
Arts , les Auteurs de ces Ouvrages pourront prétendre aux Prix : elle ne donnera la préference
aux Memoires sur les questions proposées que
dans le cas où les autres ne leur seroient supe
rieurs à nul égard.
Lorsque le nombre des Ouvrages dignes des Prix , excedera celui des Prix , les deux Médailles
de l'année , seront données aux deux Auteurs qui auront le mieux réussi , ou si tous ont réussi
également , à ceux qui auront choisi les sujets
dont l'utilité sera le plus generalement reconnue.
Les autres concourront de nouveau l'année suivante.
Si quelque Auteur ayant choisi un Sujet est
prévenu par un autre , et qu'on adjuge le Prix
au second avant que le premier ait envoyé son
Memoire , celui-cy ne perdra point l'espoir d'obtenir un Prix , pourvû qu'il propose des vûës
nouvelles et superieures à celles que l'autre aura données.
Les personnes qui voudront concourir pour le Prix la Societé doit donner dans son As- que semblée publique d'après la S. Martin de l'année
1733. seront tenues d'envoyer leurs Ouvrages
dans le cours du mois de Juin , les Etrangers ,
même ceux qui sont Membres de la Compagnie,
ayant droit aux Prix : on avertit les Sçavans qui
voudront travailler , d'écrire ou de faire traduire
en François ou en Latin , les Memoires qu'ils
envoyeront.
Une des conditions pour que les Ouvrages con
Courent c'est que les Auteurs ne se fassent pas ,
I. Vols connoître
DECEMBRE. 1732: 2643
connoître avant que le Prix soit adjugé ; on re- commande à chacun d'eux de mettre à la fin de
son Memoire une maxime ou quelque passage
d'un Ecrivain. Ceux qui seront à Paris , ou qui
auront dans cette Ville quelqu'un de confiance ,
pourront envoyer leurs Ouvrages à la Societé,
tous les jours qu'elle s'assemble. Elle tient ses
Séances chez S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT , au Palais du petit Luxembourg , le Di-,
manche et le Jeudi de chaque Semaine , depuis
quatre heures du soir jusqu'à six. Le Secretaire
marquera sur les Registres de la Compagnie la
date de la reception de chaque Memoire , la maxime jointe au Memoire et les mots par lesquels il commencera ; et l'on délivrera au Porteur un
Extrait des Registres. Ceux qui ne seront pas
à portée de se servir de la voye que nous venons
d'indiquer , pourront prendre celle de la Poste.
M. LE COMTE DE CLERMONT permet qu'on
adresse en son Palais , à Paris , tous les Paquets
destinez à la Societé. Les Paquets envoyez de la
sorte doivent avoir pour suscription : A Messieurs
de la Société des Arts , au petit Luxembourg ,
à Paris.
Aussi- tôt qu'un Prix sera adjugé , la Societé
avertira le Public dans les differens Journaux de
France et dans les Gazettes , qu'un Memoire ,
commençant par tels mots , portant telle maxime, et ayant telle matiere pour sujet, a remporté l'un des Prix. L'Auteur alors fera ses diligences
pour se faire connoître , et dans l'Assemblée destinée pour donner le Prix qu'il aura obtenu , il
recevra la Médaille , ou la fera recevoir par quel- qu'un chargé de sa Procuration ; dans la même
Assemblée on lira le Memoire , et la Societé le
fera imprimer dans ses Recueils ; elle compte S. I. Vol. Fi même
2644 MERCURE DE FRANCE
même d'y faire imprimer les Ouvrages , qui n'é
tant pas jugez dignes des Prix , paroîtront cependant meriter de voir le jour
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Résumé : PRIX de la Societé des Arts.
La Société des Arts, sous la protection de Monseigneur le Comte de Clermont, a annoncé la création de deux prix annuels. Chaque prix consiste en une médaille d'or d'une valeur de 30 livres, accessible à toute personne à l'exception des juges associés. Les prix seront décernés lors de l'assemblée publique suivant la Saint-Martin de l'année 1733. Pour encourager un plus grand nombre d'auteurs et permettre des recherches approfondies, la Société propose chaque année plus de sujets que de prix à distribuer. Pour cette année, cinq sujets sont proposés : 1. **Sur la Charruë** : Recherche sur la meilleure construction de charrue adaptée aux différentes qualités des terres et à leur disposition. 2. **Sur le Moulin** : Amélioration des moulins à eau pour optimiser l'utilisation des cours d'eau. 3. **Sur les Semences** : Discussion sur les différentes préparations pour féconder les semences. 4. **Sur le Mercure** : Prévention des maladies causées par l'utilisation du mercure dans les travaux artisanaux. 5. **Sur le Ressort du Balancier des Montres** : Réduction des effets de la température sur les ressorts des montres. Les auteurs peuvent également soumettre des ouvrages sur d'autres sujets utiles pour les arts. Les médailles seront attribuées aux meilleurs mémoires ou à ceux traitant des sujets les plus utiles. Les auteurs doivent soumettre leurs travaux avant la fin du mois de juin et rester anonymes jusqu'à l'attribution du prix. Les mémoires seront lus et imprimés lors de l'assemblée publique. Le texte mentionne également que certaines œuvres, bien qu'elles ne soient pas jugées dignes des Prix, méritent néanmoins d'être publiées, soulignant ainsi la valeur potentielle de ces travaux, malgré leur non-sélection pour un prix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 2728-2729
Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Françoise donnera le 25 du mois d'Août prochain, Fête de Saint [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix d'éloquence, Médailles, Prix de prose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
L'Académie Françoise donnera le 25
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
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Résumé : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le 25 août, l'Académie Françoise célébrera la fête de Saint Louis avec deux concours. Le Prix d'Éloquence, sur la modération dans la dispute, offrira deux médailles d'or. Le Prix de Poésie portera sur le progrès de la sculpture sous Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 230-246
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
Début :
Je ne m'attendois à rien moins qu'à rentrer en dispute avec M. L. B. au [...]
Mots clefs :
Alexandre, Ovinius, Lampride, Prince, Guerre, Association, Sévère, Allemands, Sarmates, Médailles, Auguste, Soldats, Empereur, Circonstances, Particule vel, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
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Résumé : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
L'auteur répond à une lettre de M. L. B. d'Auxerre, publiée dans le Mercure d'août précédent, concernant une inscription. Il exprime sa surprise de devoir réagir, pensant leur différend résolu. La dernière lettre de M. L. B. est plus élaborée, basée sur une lecture de Lampride et soutenue par un magistrat illustre. L'auteur examine l'autorité de Lampride, considéré comme un compilateur demi-savant par Casaubon, Saumaise et M. de Tillemont. Il souligne que les récits de Lampride doivent être vérifiés par d'autres sources. M. L. B. a omis une partie de la pensée de l'auteur, conduisant à une mauvaise interprétation. L'auteur discute des faits historiques mentionnés par Lampride, comme les conspirations contre Alexandre Sévère et les erreurs de Lampride concernant des événements et des personnages. Il critique Lampride pour ses inexactitudes et ses contradictions avec d'autres auteurs contemporains. L'auteur conteste l'association d'Ovinius avec Alexandre Sévère, arguant que les circonstances décrites par Lampride sont improbables et tiennent plus de la fable que de la réalité historique. Il réfute les explications de M. L. B. sur cette association, les trouvant peu convaincantes et contraires à la logique historique. Le texte discute également d'une controverse historique concernant Alexandre Sévère et une harangue attribuée à cet empereur. Alexandre Sévère aurait rappelé à ses troupes leurs victoires passées contre les Sarmates, les Allemans et les Perses, mais l'auteur conteste l'idée qu'Alexandre ait mené une guerre contre les Sarmates. Il compare cette situation à une hypothétique guerre en Espagne, où un roi rappelant des victoires passées ne prouverait pas qu'il a mené des guerres contre ces peuples. L'auteur affirme qu'Alexandre marchait alors en Perse et que son règne avait été paisible jusqu'à cette guerre. Il soutient que les médailles d'Alexandre mentionnent des victoires uniquement après la déclaration de la guerre contre la Perse, vers la fin de l'an 227 ou le début de 228. Les Sarmates, voisins de l'Illyrie, auraient profité de l'absence d'Alexandre pour ravager les terres de l'Empire, l'obligeant à envoyer des troupes contre eux. Enfin, l'auteur mentionne plusieurs personnes portant le nom d'Ovinius, démontrant que ce nom est ancien et courant chez les Romains. Il corrige également l'usage du nom 'Alexandre Sévère', expliquant que 'Sévère' est un nom de famille et non une épithète donnée pour sa discipline militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 2120-2134
CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Début :
Depuis que les hommes, foibles par eux-mêmes, et malheureusement [...]
Mots clefs :
Rats, Rat, Animaux, Gravure antique, Préservatif, Amulette, Apollon, Guerre, Coq, Pauvres, Autel, Ténédos, Temple, Médailles, Peuples
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texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
CONJECTURES sur une Gravûre
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
Fermer
Résumé : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Dans l'Antiquité, les superstitions et l'utilisation de talismans et d'amulettes étaient courantes pour se protéger contre divers maux, y compris les rats. Les hommes, éloignés de la véritable religion, recouraient à des divinités arbitraires pour se garantir des dangers. Les nations attribuaient des vertus occultes à des objets gravés, croyant qu'ils pouvaient les protéger contre les malheurs et les animaux nuisibles. Une gravure antique, une agate sardonyx rouge et blanche, représente un autel avec des rats et des coqs. Cette gravure est considérée comme un préservatif ou amulette contre les rats. Les coqs, dédiés à Apollon, sont représentés en train de capturer les rats, symbolisant la protection divine. Apollon, sous le nom de Smynthien, était connu pour protéger contre les rats, comme le montrent divers récits et monuments anciens. Les rats ont causé des ravages dans l'histoire, comme dans les champs des Troyens et des Éoliens, ou sur l'île de Foura. Les Romains tiraient des présages de la vue de ces animaux, et des auteurs comme Cicéron et Pline ont commenté la superstition entourant les rats. Des figures de bronze trouvées à Paris étaient censées protéger contre les serpents et les loirs. Des événements historiques impliquent des rats. Un archevêque, après avoir fait brûler des pauvres en les qualifiant d' 'engeance inutile', fut puni par des rats qui l'attaquèrent et le tuèrent, même après qu'il se soit réfugié dans une tour sur le Rhin, connue sous le nom de 'Tour des Rats'. Après sa mort, les rats détruisirent toute trace de son nom. Jacques Auguste de Thou mentionne que Barthélemi Chasseneuz, futur premier Président du Parlement de Provence, défendit des rats à Autun. Les habitants avaient demandé à l'évêque d'excommunier les rats qui ravageaient la région. Chasseneuz obtint un délai supplémentaire pour les rats afin qu'ils puissent répondre à la citation, arguant que les chats des villages voisins étaient prêts à les attaquer. Les moines de Saint-Hubert dans les Ardennes prétendaient que les rats étaient absents de leur territoire grâce aux mérites de Saint-Udalric, évêque d'Augsbourg. Cette pratique est critiquée pour ses aspects indécents et superstitieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 2179-2183
LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
Début :
MONSIEUR, Vou[s] auriez pû vous mieux adresser pour avoir l'analyse [...]
Mots clefs :
Médailles, Jésuites, Cabinet, Tournon, Revers, Bronze, Médaillon
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
LETTRE écrite de Dijon , à M. de
T... sur le Cabinet de Médailles des
RR. PP. Jesuites de Tournon.
MONSIEUR,
Vou auriez pû vous mieux adresser
pour avoir l'analyse des singularitez du
Médailler des P P. Jesuites de Tournon
dont on a depuis peu fait imprimer le
Catalogue à Avignon . Je n'ai eu ce Livre
que bien peu de temps
à ma disposition
, M. R. D. L. qui l'avoit apporté
de Paris , n'ayant fait ici qu'un
très petit séjour. Il auroit fallu n'être
pas si pressé pour examiner toutes les
karetez de ce Cabinet. Ce fut beaucoup
pour moi d'en remarquer une partie et
d'en faire à la hâte un Memoire. Ressouvenez-
vous- en bien , je vous prie , pour
que vous m'épargniez les justes reproches
que vous faites à ces demi - Sçavans
qui ont voulu vous faire connoître ce Médailler.
Vous ne trouverez pas du moins
dans mon Extrait ces grandes phrases
qui ne signifient rien , et qui laissent le
Lecteur aussipeu instruit qu'il l'étoit aųparavant.
Dans
2180 MERCURE DE FRANCE
Dans le Cabinet des Jesuites de Tournon
, il y a differentes suites de Médail
les ; 1 ° . de Rois , 2 ° . de Peuples et dé
Villes ; 3 ° . de Familles Romaines' ; 4º . de
l'As et de ses divisions ; 5. des Empereurs
Romains en or ; 6 ° . en argent ; 7 .
en grand ; 8 ° . moyen ; 9. et petit bronze
; 10° . de Medailles et de Monnoyes
modernes ; 11 ° . de Médailles contrefaites;
12 ° . de Pierres gravées , des Statuës , des
Urnes , &c. Il paroît qu'on ne s'est atë
taché à enrichir que les suites Imperiales
de bronze ; les autres , excepté celle
qui est en argent , sont peu nombreuses.
Dans le petit nombre on remarque cependant
des Médailles peu communes ;
il
y en a même qui n'ont pas été connues
jusques ici par les Antiquaires , et
qu'on peut avec eux appeller uniques.
Mon Mémoire me fournit une partie de
celles qui me parurent de ce genre dans
ce Cabinet. Peut-être vous feront- elles
naître le dessein de l'acheter ; on dit que
les Jésuites de Tournon veulent le vendre
pour rétablir leur Bibliotheque.
Une Chevre d'Afrique au Revers
ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ ΒΑΣΙΛΕΩΣ , Une Aigle
tenant la foudre dans ses serres Æ. III.
La tête de Diane. ( BAZIAEQE DINTIAZ.
Un Sanglier. A II .
A
La
OCTOBRE . 1733. 2181 .
La tête d'Anthiochus , ornée d'un Diademe,
Ο ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΚΟΥ ΕΠΙ-
ΦΑΝΟΥΣ ΦΙΛΟΠΑΤΟΡΟΣ ΚΑΛΛΙΝΙΚΟΣ.
Une Victoire . Æ. 111.
Deux Médailles d'Homere.
La tête de Rome. ROMA RESTITVTA. X
Jupiter assis , la Foud e à la main : jv-
PITER LIBERATOR . Arg.
·
Parmi les Médailles Imperiales de
grand Bronze , une Contorniate d'Auguste
au revers de C. GALLVS
IIIVIRAA AFF ; dans le Champ, S. C.
Un Tibere , deux Vitellius , deux Antinous
, un Médaillon d'Aelius Caesar ,
au revers de la Concorde assise Con-
CORD . TR. POT. cos. 11. Un Antonin Pie,
qui a pour revers le Sphinx et l't poque
L. B. Un autre : EПI APXONTOC KA
ΕΝΤΙΛΙΟΥ ΧΥΖΙ ΝΕΩΚΟΡΩΝ , avec un
Temple. Pertinax , les deux Gordiens
Afriquains , un Médaillon de Gordien
Pie : L'Empereur avec Tranquilline , se
donnent la main , avec la Legende de
ΓΑΡ ΟΥ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ ΑΜΚ ΙΒ .
Trajan Dece au revers , LIBERTAS AVG La
ête de Q. Herennius : EPENN . ETPOYC .
MEC . AEKIOC KTINTOC KECAP ; au
vers , celle d'Hostilien ... OCTIAIAOC
KYINTOC KECAP . Deux Æmiliens.
Gallien au revers de AEQUITAS AVGG.
Un
2182 MERCURE DE FRANCE
Un autre : COL. TYRO . MET. Une Aigle
avec une Enseigne Militaire , dens laquelle
on lit ces mots : LEG. III. GAL.
Un Médaillon du même Prince : CONCORDIA
EXERCIT. La Déesse debout ,
avec une Patere à la main.
Dans le moyen Bronze , j'ai remarqué
un Othon , avec le revers d'une Tête
casquée , et l'Inscription POMH Vitellius
: IMP. VITEL. dans une contremarque
sans autre Legende 5 au revers : TPI-
ΠΟΛΕΙΤΩΝ. Les têtes accolées de Castor
et de Pollux . Hadrien : EITI COCOENOYC
APX. T. TIBEPIOHOA. Jupiter tenant
une Patere. M. Aurele : CONG. AVG. III,
TR.P. XX . IMP. 111. COS. 111. La Liberalité
debout ; elle tient une Tablette.
Un autre : MARTI VICTORI IM P. XI.
cos. 111. Le Dieu Mars , avec une Haste
et un Bouclier, Severe Alexandre : COL.
AVR. PIA. METR. SIO. au milieu d'une
Couronne, Gallien au revers de Salonine
et de Salonin. Diocletien avec cette Legende
: D. N. DIOCLETIANO AETER.
AVG. Val. Maximien : CONCORDIA FELIX
D D. N N. Val. Constantius : FORTVNAE
REDVCI AVGG NN. Deux autres Maximiens
: IMP. MAXIMIANVS JVN. AVG.
Maxence : SALVIS AVGG. Et Caess. FEL.
KART. Constantin : CONCORDIA PERPET.
DD.
NO
OCTOB
R E. 1733. 2183
Ci
DD. NN. Un autre : GENIO CAESARIS ,
un autre : TEMPORVM FELICITAS.
,
Dispensez moi , Monsieur , de m'étendre
davantage sur ces Médailles du
bas Empire. Les suites de moyen et de
petit Bronze de ces temps- là , sont trèsriches
par les têtes des Princes et par les
revers qu'elles contiennent . La plupart
sont rapportées dans le Numm sæculi
Constantiniani du P. Hardoüin , et par
le P. Bandury avec l'Etiquette , E.
Schedis D. Roman de Rives. Cet Abbé ,
à ce que m'a dit un de ses amis , a
vú plus d'une fois avec admiration ce
Cabinet. Sur l'avis qu'on en trouvoit le
Catalogue chez Bousquet , Libraire à
Geneve , j'ai pris des mesures pour en
faire venir deux Exemplaires ; il y en
aura un pour vous . La lecture que Vous
en ferez , sera plus agréable pour vous
que celle de ma Lettre. Je suis , & c.
T... sur le Cabinet de Médailles des
RR. PP. Jesuites de Tournon.
MONSIEUR,
Vou auriez pû vous mieux adresser
pour avoir l'analyse des singularitez du
Médailler des P P. Jesuites de Tournon
dont on a depuis peu fait imprimer le
Catalogue à Avignon . Je n'ai eu ce Livre
que bien peu de temps
à ma disposition
, M. R. D. L. qui l'avoit apporté
de Paris , n'ayant fait ici qu'un
très petit séjour. Il auroit fallu n'être
pas si pressé pour examiner toutes les
karetez de ce Cabinet. Ce fut beaucoup
pour moi d'en remarquer une partie et
d'en faire à la hâte un Memoire. Ressouvenez-
vous- en bien , je vous prie , pour
que vous m'épargniez les justes reproches
que vous faites à ces demi - Sçavans
qui ont voulu vous faire connoître ce Médailler.
Vous ne trouverez pas du moins
dans mon Extrait ces grandes phrases
qui ne signifient rien , et qui laissent le
Lecteur aussipeu instruit qu'il l'étoit aųparavant.
Dans
2180 MERCURE DE FRANCE
Dans le Cabinet des Jesuites de Tournon
, il y a differentes suites de Médail
les ; 1 ° . de Rois , 2 ° . de Peuples et dé
Villes ; 3 ° . de Familles Romaines' ; 4º . de
l'As et de ses divisions ; 5. des Empereurs
Romains en or ; 6 ° . en argent ; 7 .
en grand ; 8 ° . moyen ; 9. et petit bronze
; 10° . de Medailles et de Monnoyes
modernes ; 11 ° . de Médailles contrefaites;
12 ° . de Pierres gravées , des Statuës , des
Urnes , &c. Il paroît qu'on ne s'est atë
taché à enrichir que les suites Imperiales
de bronze ; les autres , excepté celle
qui est en argent , sont peu nombreuses.
Dans le petit nombre on remarque cependant
des Médailles peu communes ;
il
y en a même qui n'ont pas été connues
jusques ici par les Antiquaires , et
qu'on peut avec eux appeller uniques.
Mon Mémoire me fournit une partie de
celles qui me parurent de ce genre dans
ce Cabinet. Peut-être vous feront- elles
naître le dessein de l'acheter ; on dit que
les Jésuites de Tournon veulent le vendre
pour rétablir leur Bibliotheque.
Une Chevre d'Afrique au Revers
ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ ΒΑΣΙΛΕΩΣ , Une Aigle
tenant la foudre dans ses serres Æ. III.
La tête de Diane. ( BAZIAEQE DINTIAZ.
Un Sanglier. A II .
A
La
OCTOBRE . 1733. 2181 .
La tête d'Anthiochus , ornée d'un Diademe,
Ο ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΚΟΥ ΕΠΙ-
ΦΑΝΟΥΣ ΦΙΛΟΠΑΤΟΡΟΣ ΚΑΛΛΙΝΙΚΟΣ.
Une Victoire . Æ. 111.
Deux Médailles d'Homere.
La tête de Rome. ROMA RESTITVTA. X
Jupiter assis , la Foud e à la main : jv-
PITER LIBERATOR . Arg.
·
Parmi les Médailles Imperiales de
grand Bronze , une Contorniate d'Auguste
au revers de C. GALLVS
IIIVIRAA AFF ; dans le Champ, S. C.
Un Tibere , deux Vitellius , deux Antinous
, un Médaillon d'Aelius Caesar ,
au revers de la Concorde assise Con-
CORD . TR. POT. cos. 11. Un Antonin Pie,
qui a pour revers le Sphinx et l't poque
L. B. Un autre : EПI APXONTOC KA
ΕΝΤΙΛΙΟΥ ΧΥΖΙ ΝΕΩΚΟΡΩΝ , avec un
Temple. Pertinax , les deux Gordiens
Afriquains , un Médaillon de Gordien
Pie : L'Empereur avec Tranquilline , se
donnent la main , avec la Legende de
ΓΑΡ ΟΥ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ ΑΜΚ ΙΒ .
Trajan Dece au revers , LIBERTAS AVG La
ête de Q. Herennius : EPENN . ETPOYC .
MEC . AEKIOC KTINTOC KECAP ; au
vers , celle d'Hostilien ... OCTIAIAOC
KYINTOC KECAP . Deux Æmiliens.
Gallien au revers de AEQUITAS AVGG.
Un
2182 MERCURE DE FRANCE
Un autre : COL. TYRO . MET. Une Aigle
avec une Enseigne Militaire , dens laquelle
on lit ces mots : LEG. III. GAL.
Un Médaillon du même Prince : CONCORDIA
EXERCIT. La Déesse debout ,
avec une Patere à la main.
Dans le moyen Bronze , j'ai remarqué
un Othon , avec le revers d'une Tête
casquée , et l'Inscription POMH Vitellius
: IMP. VITEL. dans une contremarque
sans autre Legende 5 au revers : TPI-
ΠΟΛΕΙΤΩΝ. Les têtes accolées de Castor
et de Pollux . Hadrien : EITI COCOENOYC
APX. T. TIBEPIOHOA. Jupiter tenant
une Patere. M. Aurele : CONG. AVG. III,
TR.P. XX . IMP. 111. COS. 111. La Liberalité
debout ; elle tient une Tablette.
Un autre : MARTI VICTORI IM P. XI.
cos. 111. Le Dieu Mars , avec une Haste
et un Bouclier, Severe Alexandre : COL.
AVR. PIA. METR. SIO. au milieu d'une
Couronne, Gallien au revers de Salonine
et de Salonin. Diocletien avec cette Legende
: D. N. DIOCLETIANO AETER.
AVG. Val. Maximien : CONCORDIA FELIX
D D. N N. Val. Constantius : FORTVNAE
REDVCI AVGG NN. Deux autres Maximiens
: IMP. MAXIMIANVS JVN. AVG.
Maxence : SALVIS AVGG. Et Caess. FEL.
KART. Constantin : CONCORDIA PERPET.
DD.
NO
OCTOB
R E. 1733. 2183
Ci
DD. NN. Un autre : GENIO CAESARIS ,
un autre : TEMPORVM FELICITAS.
,
Dispensez moi , Monsieur , de m'étendre
davantage sur ces Médailles du
bas Empire. Les suites de moyen et de
petit Bronze de ces temps- là , sont trèsriches
par les têtes des Princes et par les
revers qu'elles contiennent . La plupart
sont rapportées dans le Numm sæculi
Constantiniani du P. Hardoüin , et par
le P. Bandury avec l'Etiquette , E.
Schedis D. Roman de Rives. Cet Abbé ,
à ce que m'a dit un de ses amis , a
vú plus d'une fois avec admiration ce
Cabinet. Sur l'avis qu'on en trouvoit le
Catalogue chez Bousquet , Libraire à
Geneve , j'ai pris des mesures pour en
faire venir deux Exemplaires ; il y en
aura un pour vous . La lecture que Vous
en ferez , sera plus agréable pour vous
que celle de ma Lettre. Je suis , & c.
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Résumé : LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
La lettre, rédigée à Dijon, s'adresse à M. de T... et présente une analyse du Cabinet de Médailles des Jésuites de Tournon. L'auteur exprime son regret de n'avoir eu que peu de temps pour examiner le catalogue, récemment imprimé à Avignon. Il décrit diverses collections de médailles présentes dans le cabinet, incluant des séries de rois, de peuples et de villes, de familles romaines, de l'as et de ses divisions, ainsi que des médailles d'empereurs romains en or, argent et bronze. Le cabinet comprend également des médailles modernes et contrefaites. Certaines pièces sont particulièrement rares et uniques, jamais décrites par les antiquaires. L'auteur mentionne la présence de pierres gravées, statues et urnes. Parmi les médailles spécifiques notées figurent celles de Ptolémée, Antiochus, Homère, et plusieurs empereurs romains. Le cabinet possède aussi des médailles impériales de grand bronze, incluant des contorniates d'Auguste et des pièces de Tibère, Vitellius, Antonin le Pieux, et d'autres empereurs. L'auteur suggère que les Jésuites de Tournon envisagent de vendre le cabinet pour rétablir leur bibliothèque. Il conclut en précisant qu'il a commandé des exemplaires du catalogue pour M. de T... et pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 5-11
MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
Début :
Tout le monde sçait les differentes explications que les Antiquaires [...]
Mots clefs :
Gratien, Médailles, Fils, Empereur, Prince, Famille, Temps, Médaille, Constantin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
MEDAILLES de l'Empereur Gratien
surlesquelles il estnommé AVGG AVG.
Out le monde sçait les differentes
Texplications que les Antiquaires
ont données aux Médailles de Gratien
qui ont pour Legende du côté de la tête
D. N GRATIANVS AVGG AVG. aussi sans
vouloir les repeter ici , je me contenterai
de dire que ceux qui ont expliqué les
Lettres AVGG AVG. qui su vent le nom du
Prince , par AVGVSTORVM AVGVSTVS.
me paroissent avoir donné dans la verible
leçon .
En effet cette explication se presente
d'elle- même la premiere à l'esprit , par
la
MERCURE DE FRANCE
la conformité qu'elle a avec l'usage constant
des Antiquaires , qui ont toujours
rendu l'AVGG des monumens anciens par
le plurier du mot AVGVSTVS . quand les
deux GG sont suivis , ainsi qu'ils le sont
dans les Médailles de Gratien ; car ceux
qui les ont crû separez se sont trompeż,
et ont pris pour des points certaines petites
queües , ou cedilles attachées à ces G
en cette maniere Ç . c'est ainsi du moins
qu'ils sont formez sur la Médaille de
Gratien que j'ai parmi les miennes .
1
Ces & à queue, pour le dire en passant,
ne sont pas rares sur les Monumens anciens
, on les y rencontre dans tous les
temps. J'ai une Médaille d'argent d'Auguste
, avec le Capricorne au revers où
le & du mot AVGVSTVS qui en fait la Légende
est de cette façon ; et l'on en voit
un pareil sur un poids du temps d'Honorius
qui étoit à M. Foucault , * enfin
ils sont ordinaires sur les Monnoyes Gottiques
, si l'on s'en rapporte à l'Alphabet
que Bouteroüe nous a donné dans ses
Recherches curieuses des Monnoyes de France.
Mais en approuvant qu'on lise sur la
Médaille de Gratien , Augustorum Augustus
, je ne sçaurois être du sentiment de
L'Antiquité du P. Montfaucon. Planche XIV.
du Tome III.
ceux
JANVIER 1734. 7
ceux qui expliquent ces termes par Augus
te qui domine sur d'autres Augustes , cela par
rapport à Valentinien le jeune et à
Théodose , dont Gratien avoit genereusement
consenti à recevoir le premier
pour Collegue et s'étoit associé le second.
Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez
souvent des dénominations semblables.
prises dans le sens qu'on donne à celle
que j'examine ici ; et sans en chercher des
preuves ailleurs que dans les Médailles ,
quelques Rois des Parthes , d'Armenie
et du Bosphore sont appellez sur leurs
Médailles , Rois des Rois . BAZIA ENE
و
ΒΑΣΙΛΕΩΝ . ΑΡΣΑΚΟΥ . ΤΙΓΡΑΝΟΥΣ ,
APNAKOY . Mais ces titres fastueux , en
longtems avant eux et qui subsistent enusage
core aujourd'hui parmi les Rois de
l'Orient, ne conviennent gueres à un Prince
sage et modeste , tel
l'Histoire
que
nous represente Gratien ; aussi de toutes
les Explications de la Médaille de ce
Prince , celle - ci a été la moins suivie.
Je ne sçai si je me trompe , mais il
me semble que pour donner un sens convenable
à Augustorum Augustus , il ne
faut que sous-entendre le mot de Filius
ce qui voudra dire alors que Gratien Auguste
lui-même est fils de Peres Augustes.Les
noms de Parenté et d'alliance , comme
chacun
MERCURE DE FRANCE
chacun çait , sont assez souvent negli
gez sur les Médailles . Témoins ces exemples
ΚΑΙΣΑΡ . ΣΕΒΑΣΤΟΣ ΣΕΒΑΣΤΟΥ.
·
DOMITIA . AVGVSTA . IMP. DOMIT. CLEOPATRAE,
REGINAE REGVM FILIORVM REGVM.
où les noms de Fils, de Femme et de Mere
sont sous -entendus.
Ceci posé , il s'agit d'examiner ce qui
peut avoir engagé Gratien à prendre un
titre pareil. Ce Prince étoit fils d'un
Empereur , mais d'une famille nouvelle.
Son Grand- pere étoit un Soldat de fortune
qui s'étoit élevé par son mérite jusqu'à
commander les Armées d'Angleterre
, et avoit par ses emplois applani
à Valentinien son fils le chemin de l'Empire
, où il parvint après la mort de
Jovien. Quelque brillante que soit la
pourpre,Gratien en épousant Constantia ,
fille posthume de l'Empereur Constantius,
et la derniere de la maison de Constantin
sembloit encore en rehausser
l'éclat. La famille des Flaves étoit alors
ce qu'avoient été autrefois celles des Cesars
et des Antonins ; aimée , respectée ,
adorée même , le nom en étoit précieux,
aussi le premier soin de Jovien après
avoir été revêtu de la pourpre , fut de se
donner le nom de Flavius , pour persuader
en quelque maniere qu'il étoit de
?
cette
JANVIER 1734.
cette famille , à laquelle cependant il étoit
étranger ; son exemple fut suivi par Valentinien
son successeur ; et Gratien , રે
leur exemple , se trouve avec le même
nom dans quelques Inscriptions qu'on
peut voir dans les Mélanges de Spon . Les
Empereurs suivans encherirent encore
sur cet usage , en ajoutant à leur nom
celui de Constantin . D. N. HERACLIO.
CONST.
Gratien par son mariage justifioit le
nom de Flavius qu'il avoit pris ; il lui
devenoit propre ; et son alliance l'attachant
à tout ce que Rome reconnoissoit
alors de plus grand , il étoit naturel de
publier ces avantages. Pouvoit- il donc le
faire d'une maniere plus noble, plus juste,
er en même temps plus convenable au
Monument que nous examinons , qu'en
s'appellant par une espece d'antonomase
Fils des Augustes. Cette façon indeterminée
de s'exprimer avoit encore cela de
propre , qu'elle sembloit égaler la famille
de Gratien à celle de Constantin , et en
confondre , pour ainsi dire , la Noblesse
AVGG. AVG .
C'est donc à ce Mariage de Gratien
avec Constantia qu'il faut fixer l'époque
de la Médaille , l'an 375. de J. C. immédiatement
après la mort de Valentinien
B avant
MERCURE DE FRANCE.
avant que Gratien eut consenti à parta
ger l'Empire avec son Frere , et long
temps avant qu'il songeât à Théodose .
Dans cette Hypothese , il est aisé de
donner l'explication des revers qu'on
trouve aux Medailles de Gratien où il est
appellé AVGG. AVG. Ce Prince , quoique
déja Auguste , commence un nouveau
Regne à la mort de son Pere ; ce nouveau
Kegne reçoit un éclat considerable par
l'alliance que l'Empereur vient de contracter
, GLORIA. NOVI . SAECVLI . la gloire
en rejaillit sur les peuples , charmez de
voir , pour ainsi dire , renaître la famille
de Constantin, et les commander GLORIA
ROMANORVM. Rien n'assure davantage la
tranquillité des Etats , que les Enfans qui
naissent à ceux qui les gouvernent ; on
en espere de la nouvelle Imperatrice
SECVRITAS REIPVBLICAE. Enfin la Ville
de Rome comme la Capitale de l'Empire,
congratule son Empereur sur cet évenement
, VRBS ROMA.
On me demandera peut -être pourquoi
Gratien ne s'appella pas toujours Augustorum
Augustus , je réponds que ce titre
une fois connu devenoit inutile dans la
suite. Outre que Gratien ayant peu de
temps après consenti à recevoir pour
Collégué son jeune Frere , il ne devoit
plus
JANVIER . 1734. 17
plus y avoir de différence dans les titres
de ces deux Augustes , qui devant être
égaux , ne pouvoient en prendre aucun
de distingué, quelque légitime qu'il fut,
qui ne devint en quelque façon injurieux
à l'autre.
A Orleans , ce 30.
Avril 1733 .
surlesquelles il estnommé AVGG AVG.
Out le monde sçait les differentes
Texplications que les Antiquaires
ont données aux Médailles de Gratien
qui ont pour Legende du côté de la tête
D. N GRATIANVS AVGG AVG. aussi sans
vouloir les repeter ici , je me contenterai
de dire que ceux qui ont expliqué les
Lettres AVGG AVG. qui su vent le nom du
Prince , par AVGVSTORVM AVGVSTVS.
me paroissent avoir donné dans la verible
leçon .
En effet cette explication se presente
d'elle- même la premiere à l'esprit , par
la
MERCURE DE FRANCE
la conformité qu'elle a avec l'usage constant
des Antiquaires , qui ont toujours
rendu l'AVGG des monumens anciens par
le plurier du mot AVGVSTVS . quand les
deux GG sont suivis , ainsi qu'ils le sont
dans les Médailles de Gratien ; car ceux
qui les ont crû separez se sont trompeż,
et ont pris pour des points certaines petites
queües , ou cedilles attachées à ces G
en cette maniere Ç . c'est ainsi du moins
qu'ils sont formez sur la Médaille de
Gratien que j'ai parmi les miennes .
1
Ces & à queue, pour le dire en passant,
ne sont pas rares sur les Monumens anciens
, on les y rencontre dans tous les
temps. J'ai une Médaille d'argent d'Auguste
, avec le Capricorne au revers où
le & du mot AVGVSTVS qui en fait la Légende
est de cette façon ; et l'on en voit
un pareil sur un poids du temps d'Honorius
qui étoit à M. Foucault , * enfin
ils sont ordinaires sur les Monnoyes Gottiques
, si l'on s'en rapporte à l'Alphabet
que Bouteroüe nous a donné dans ses
Recherches curieuses des Monnoyes de France.
Mais en approuvant qu'on lise sur la
Médaille de Gratien , Augustorum Augustus
, je ne sçaurois être du sentiment de
L'Antiquité du P. Montfaucon. Planche XIV.
du Tome III.
ceux
JANVIER 1734. 7
ceux qui expliquent ces termes par Augus
te qui domine sur d'autres Augustes , cela par
rapport à Valentinien le jeune et à
Théodose , dont Gratien avoit genereusement
consenti à recevoir le premier
pour Collegue et s'étoit associé le second.
Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez
souvent des dénominations semblables.
prises dans le sens qu'on donne à celle
que j'examine ici ; et sans en chercher des
preuves ailleurs que dans les Médailles ,
quelques Rois des Parthes , d'Armenie
et du Bosphore sont appellez sur leurs
Médailles , Rois des Rois . BAZIA ENE
و
ΒΑΣΙΛΕΩΝ . ΑΡΣΑΚΟΥ . ΤΙΓΡΑΝΟΥΣ ,
APNAKOY . Mais ces titres fastueux , en
longtems avant eux et qui subsistent enusage
core aujourd'hui parmi les Rois de
l'Orient, ne conviennent gueres à un Prince
sage et modeste , tel
l'Histoire
que
nous represente Gratien ; aussi de toutes
les Explications de la Médaille de ce
Prince , celle - ci a été la moins suivie.
Je ne sçai si je me trompe , mais il
me semble que pour donner un sens convenable
à Augustorum Augustus , il ne
faut que sous-entendre le mot de Filius
ce qui voudra dire alors que Gratien Auguste
lui-même est fils de Peres Augustes.Les
noms de Parenté et d'alliance , comme
chacun
MERCURE DE FRANCE
chacun çait , sont assez souvent negli
gez sur les Médailles . Témoins ces exemples
ΚΑΙΣΑΡ . ΣΕΒΑΣΤΟΣ ΣΕΒΑΣΤΟΥ.
·
DOMITIA . AVGVSTA . IMP. DOMIT. CLEOPATRAE,
REGINAE REGVM FILIORVM REGVM.
où les noms de Fils, de Femme et de Mere
sont sous -entendus.
Ceci posé , il s'agit d'examiner ce qui
peut avoir engagé Gratien à prendre un
titre pareil. Ce Prince étoit fils d'un
Empereur , mais d'une famille nouvelle.
Son Grand- pere étoit un Soldat de fortune
qui s'étoit élevé par son mérite jusqu'à
commander les Armées d'Angleterre
, et avoit par ses emplois applani
à Valentinien son fils le chemin de l'Empire
, où il parvint après la mort de
Jovien. Quelque brillante que soit la
pourpre,Gratien en épousant Constantia ,
fille posthume de l'Empereur Constantius,
et la derniere de la maison de Constantin
sembloit encore en rehausser
l'éclat. La famille des Flaves étoit alors
ce qu'avoient été autrefois celles des Cesars
et des Antonins ; aimée , respectée ,
adorée même , le nom en étoit précieux,
aussi le premier soin de Jovien après
avoir été revêtu de la pourpre , fut de se
donner le nom de Flavius , pour persuader
en quelque maniere qu'il étoit de
?
cette
JANVIER 1734.
cette famille , à laquelle cependant il étoit
étranger ; son exemple fut suivi par Valentinien
son successeur ; et Gratien , રે
leur exemple , se trouve avec le même
nom dans quelques Inscriptions qu'on
peut voir dans les Mélanges de Spon . Les
Empereurs suivans encherirent encore
sur cet usage , en ajoutant à leur nom
celui de Constantin . D. N. HERACLIO.
CONST.
Gratien par son mariage justifioit le
nom de Flavius qu'il avoit pris ; il lui
devenoit propre ; et son alliance l'attachant
à tout ce que Rome reconnoissoit
alors de plus grand , il étoit naturel de
publier ces avantages. Pouvoit- il donc le
faire d'une maniere plus noble, plus juste,
er en même temps plus convenable au
Monument que nous examinons , qu'en
s'appellant par une espece d'antonomase
Fils des Augustes. Cette façon indeterminée
de s'exprimer avoit encore cela de
propre , qu'elle sembloit égaler la famille
de Gratien à celle de Constantin , et en
confondre , pour ainsi dire , la Noblesse
AVGG. AVG .
C'est donc à ce Mariage de Gratien
avec Constantia qu'il faut fixer l'époque
de la Médaille , l'an 375. de J. C. immédiatement
après la mort de Valentinien
B avant
MERCURE DE FRANCE.
avant que Gratien eut consenti à parta
ger l'Empire avec son Frere , et long
temps avant qu'il songeât à Théodose .
Dans cette Hypothese , il est aisé de
donner l'explication des revers qu'on
trouve aux Medailles de Gratien où il est
appellé AVGG. AVG. Ce Prince , quoique
déja Auguste , commence un nouveau
Regne à la mort de son Pere ; ce nouveau
Kegne reçoit un éclat considerable par
l'alliance que l'Empereur vient de contracter
, GLORIA. NOVI . SAECVLI . la gloire
en rejaillit sur les peuples , charmez de
voir , pour ainsi dire , renaître la famille
de Constantin, et les commander GLORIA
ROMANORVM. Rien n'assure davantage la
tranquillité des Etats , que les Enfans qui
naissent à ceux qui les gouvernent ; on
en espere de la nouvelle Imperatrice
SECVRITAS REIPVBLICAE. Enfin la Ville
de Rome comme la Capitale de l'Empire,
congratule son Empereur sur cet évenement
, VRBS ROMA.
On me demandera peut -être pourquoi
Gratien ne s'appella pas toujours Augustorum
Augustus , je réponds que ce titre
une fois connu devenoit inutile dans la
suite. Outre que Gratien ayant peu de
temps après consenti à recevoir pour
Collégué son jeune Frere , il ne devoit
plus
JANVIER . 1734. 17
plus y avoir de différence dans les titres
de ces deux Augustes , qui devant être
égaux , ne pouvoient en prendre aucun
de distingué, quelque légitime qu'il fut,
qui ne devint en quelque façon injurieux
à l'autre.
A Orleans , ce 30.
Avril 1733 .
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Résumé : MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
Le texte examine les médailles de l'empereur Gratien, sur lesquelles il est désigné par la légende AVGG AVG. L'auteur explore diverses interprétations proposées par les antiquaires et conclut que la meilleure explication est 'Augustorum Augustus', signifiant 'Auguste des Augustes'. Cette interprétation est soutenue par l'usage constant des antiquaires de rendre AVGG par le pluriel du mot AVGVSTVS. Certaines interprétations erronées considèrent les lettres GG comme des points ou des cedilles, mais l'auteur fournit des exemples de médailles anciennes où ces caractères sont présents. Il rejette l'idée que Gratien se proclame dominant sur d'autres Augustes, comme Valentinien le Jeune et Théodose, car cela ne correspond pas à son caractère modeste. L'auteur propose que 'Augustorum Augustus' signifie que Gratien est le fils d'Augustes, soulignant que les noms de parenté sont souvent sous-entendus sur les médailles. Il explique que Gratien, issu d'une famille nouvelle, a épousé Constantia, fille de Constantin, ce qui a rehaussé son éclat. La famille des Flaves, à laquelle Gratien appartenait par mariage, était respectée et adorée. L'époque de la médaille est fixée à l'année 375, juste après la mort de Valentinien et avant que Gratien ne partage l'Empire avec son frère. Les revers des médailles de Gratien, où il est appelé AVGG AVG, marquent le début d'un nouveau règne caractérisé par l'alliance avec Constantia, apportant gloire et sécurité à l'Empire.
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37
p. 273-276
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
Début :
Vers le commencement du mois d'Octobre dernier, des Massons [...]
Mots clefs :
Médailles, Haut-Empire, Médailles romaines, Orléans, Sévère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans ,
le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais
l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur
des Médailles Romaines , nouvellement
découvertes.
V
Ers le commencement du mois
-d'Octobre dernier , des Massons
travaillant dans une Maison de Campagne
, auprès du Bourg de Paté , en Beauce
, à cinq lieues d'Orleans , trouverent
dans la démolition d'un Mur , un Pot de
terre qu'ils briserent , et qui se trouva
rempli de Médailles Impériales de Grand
Bronze , lequel y avoit été mis vers l'an-
244. de Jesus- Christ , suivant les conjectures
que j'exposerai plus bas.
Le Maître de la Maison s'en étant emparé
les apporta
à Orleans
, et les vendit au poids à un Artisan
, qui les auroit
fon- duës , comme
il est arrivé
à tant d'autres
pareilles
découvertes
; mais en ayant
été
averti
, j'ai sauvé
tout ce qui pouvoit
y avoir
de bon , pour le faire entrer
en par-
D iij tie
174 MERCURE DE FRANCE
tie dans une suite de Médailles de Grand
Bronze.
Il y avoit dans cette quantité de Médailles
, des Têtes , depuis Galba jusqu'à
Philippe inclusivement , ce qui fait à peu
près le milieu du haut Empire. Le nombre
en étoit de vingt- cinq ; sçavoir : Galba
, Vespasien, Titus , Domitien , Nerva,
Trajan , Adrien , Sabine, Elius , Antonin
, M. Aurele, les deux Faustines Verus,
Lucille , Commode , Crispine , Albin , Sept.
Severe, Julie , Alexandre , Mammée , Max.
Casar , Gordien le jeune et Philippe le pere.
Je remarquai que ces Médailles du
haut Empire jusqu'à Severe , étoient bien
plus usées que les dernieres , non par le
verni , ou les autres altérations que la rerre
peut causer ; mais par l'usage qu'on en
avoit,sans doute , fait dans le commerce
ce qui pourroit prouver , ce me semble,
assez bien que sous un Empereur toutes
les monnoyes de ses Prédecesseurs avoient
également cours , comme celles qui étoient
frappées à son coin , et fabriquées sous son
Regne ; en effet, quels interêts les Peuples
auroient ils eus dans des temps de Guerre
ou d'autres calamite z publiques , de
cacher dans la terre ou ailleurs , de, Pićces
qui ne leur auroient été d'aucun usage
, et dont la perte qu'ils craignoient
sans
FEV VIER 1734 275
sans doute ) leur devoit être indifférente ?
On pourra m'objecter que si dans tous
les temps du Haut Empire , les Piéces fabriquées
sous le Regne d'Auguste , ont
eu le même cours ; ( cela s'entend , avec
les augmentations et les diminutions que
les contre marques nous font sentir )
pourquoi trouve -t on aujourd'hui dans
les Cabinets tant de Médailles d'une
beauté et d'un relief si parfait, qu'il semble
qu'elles ne viennent que d'être frapples
? C'est donc une preuve , du moins
un fort indice qu'elles n'ont pas toujours
été dans le commerce , sur tout pendant
plusieurs siecles.
Cette objection ne peut , à mon avis ,
rien faire contre le sentiment que la nouvelle
découverte favorise ; on peut fortbien
y répondre , en disant que chez les
Romains et chez les autres Peuples de
leur Domination , il s'est trouvé dans
tous les temps des Curieux , qui ont pris
soin de conserver les Piéces,quoique souvent
fabriquées de leurs temps , qui étoient
d'un travail parfait ; ainsi que bien des
Gens conservent aujourd'hui des Monnoyes
parfaites de Varin et d'autres habiles
Maîtres . En effet , ce n'étoit pas seulement
à Rome où se fabriquoient des Médailles
achevées ; il y avoit dans les Gau-
D iiij
lcs
276 MERCURE DE FRANCE
les , sous Gallien , les plus grands Maitres
qui ayent jamais été , et on peut voir dans
la belle suite d'or de M. du Vau , à Paris ,
des Postumes , des Victorius et des Tetricus
d'un travail si exquis , que les plus belles
Médailles du Haut Empire n'en approchent
pas. C'est , je crois , cette perfection
de l'Art , qui a engagé les Curieux
de tous les temps à nous transmettre ce
qu'ils ont jugé de plus beau , et à nous le
faire passer, pour ainsi dire , de main en
main.
Je reviens à notre découverte , sur laquelle
j'ai déja remarqué que plus les Médailles
approchent du Regne de Philippe
et plus elles ont de conservation. Les
Sept. Severe , les Alexandre , et les Têtes
suivantes sont d'une grande beauté ; et
comme il ne s'est trouvé qu'une Médaille
de Philippe le Pere , qui a encore co
que nous appellons le Rude du Coin , on
peut conjecturer que ce petit trésor avoit
été caché au commencement de son Empire
; et cela avec d'autant plus de vraisemblance
, que le revers , qui est ANNONA
AUG. est une des premieres Médailles
que le Sénat lui ait fait frapper , après
qu'il eût reconnu ce Ménotrier du jeune
Gordien pour Empereur.
le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais
l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur
des Médailles Romaines , nouvellement
découvertes.
V
Ers le commencement du mois
-d'Octobre dernier , des Massons
travaillant dans une Maison de Campagne
, auprès du Bourg de Paté , en Beauce
, à cinq lieues d'Orleans , trouverent
dans la démolition d'un Mur , un Pot de
terre qu'ils briserent , et qui se trouva
rempli de Médailles Impériales de Grand
Bronze , lequel y avoit été mis vers l'an-
244. de Jesus- Christ , suivant les conjectures
que j'exposerai plus bas.
Le Maître de la Maison s'en étant emparé
les apporta
à Orleans
, et les vendit au poids à un Artisan
, qui les auroit
fon- duës , comme
il est arrivé
à tant d'autres
pareilles
découvertes
; mais en ayant
été
averti
, j'ai sauvé
tout ce qui pouvoit
y avoir
de bon , pour le faire entrer
en par-
D iij tie
174 MERCURE DE FRANCE
tie dans une suite de Médailles de Grand
Bronze.
Il y avoit dans cette quantité de Médailles
, des Têtes , depuis Galba jusqu'à
Philippe inclusivement , ce qui fait à peu
près le milieu du haut Empire. Le nombre
en étoit de vingt- cinq ; sçavoir : Galba
, Vespasien, Titus , Domitien , Nerva,
Trajan , Adrien , Sabine, Elius , Antonin
, M. Aurele, les deux Faustines Verus,
Lucille , Commode , Crispine , Albin , Sept.
Severe, Julie , Alexandre , Mammée , Max.
Casar , Gordien le jeune et Philippe le pere.
Je remarquai que ces Médailles du
haut Empire jusqu'à Severe , étoient bien
plus usées que les dernieres , non par le
verni , ou les autres altérations que la rerre
peut causer ; mais par l'usage qu'on en
avoit,sans doute , fait dans le commerce
ce qui pourroit prouver , ce me semble,
assez bien que sous un Empereur toutes
les monnoyes de ses Prédecesseurs avoient
également cours , comme celles qui étoient
frappées à son coin , et fabriquées sous son
Regne ; en effet, quels interêts les Peuples
auroient ils eus dans des temps de Guerre
ou d'autres calamite z publiques , de
cacher dans la terre ou ailleurs , de, Pićces
qui ne leur auroient été d'aucun usage
, et dont la perte qu'ils craignoient
sans
FEV VIER 1734 275
sans doute ) leur devoit être indifférente ?
On pourra m'objecter que si dans tous
les temps du Haut Empire , les Piéces fabriquées
sous le Regne d'Auguste , ont
eu le même cours ; ( cela s'entend , avec
les augmentations et les diminutions que
les contre marques nous font sentir )
pourquoi trouve -t on aujourd'hui dans
les Cabinets tant de Médailles d'une
beauté et d'un relief si parfait, qu'il semble
qu'elles ne viennent que d'être frapples
? C'est donc une preuve , du moins
un fort indice qu'elles n'ont pas toujours
été dans le commerce , sur tout pendant
plusieurs siecles.
Cette objection ne peut , à mon avis ,
rien faire contre le sentiment que la nouvelle
découverte favorise ; on peut fortbien
y répondre , en disant que chez les
Romains et chez les autres Peuples de
leur Domination , il s'est trouvé dans
tous les temps des Curieux , qui ont pris
soin de conserver les Piéces,quoique souvent
fabriquées de leurs temps , qui étoient
d'un travail parfait ; ainsi que bien des
Gens conservent aujourd'hui des Monnoyes
parfaites de Varin et d'autres habiles
Maîtres . En effet , ce n'étoit pas seulement
à Rome où se fabriquoient des Médailles
achevées ; il y avoit dans les Gau-
D iiij
lcs
276 MERCURE DE FRANCE
les , sous Gallien , les plus grands Maitres
qui ayent jamais été , et on peut voir dans
la belle suite d'or de M. du Vau , à Paris ,
des Postumes , des Victorius et des Tetricus
d'un travail si exquis , que les plus belles
Médailles du Haut Empire n'en approchent
pas. C'est , je crois , cette perfection
de l'Art , qui a engagé les Curieux
de tous les temps à nous transmettre ce
qu'ils ont jugé de plus beau , et à nous le
faire passer, pour ainsi dire , de main en
main.
Je reviens à notre découverte , sur laquelle
j'ai déja remarqué que plus les Médailles
approchent du Regne de Philippe
et plus elles ont de conservation. Les
Sept. Severe , les Alexandre , et les Têtes
suivantes sont d'une grande beauté ; et
comme il ne s'est trouvé qu'une Médaille
de Philippe le Pere , qui a encore co
que nous appellons le Rude du Coin , on
peut conjecturer que ce petit trésor avoit
été caché au commencement de son Empire
; et cela avec d'autant plus de vraisemblance
, que le revers , qui est ANNONA
AUG. est une des premieres Médailles
que le Sénat lui ait fait frapper , après
qu'il eût reconnu ce Ménotrier du jeune
Gordien pour Empereur.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
En octobre 1733, des maçons travaillant près du bourg de Paté, en Beauce, découvrirent un pot de terre contenant des médailles impériales en bronze datées de l'an 244. Ces médailles couvraient la période de Galba à Philippe, incluant des empereurs tels que Vespasien, Titus, Trajan et Adrien. Le propriétaire de la maison vendit les médailles à un artisan, mais M. Beauvais en sauva certaines pour les ajouter à sa collection de médailles en bronze. M. Beauvais observa que les médailles du Haut Empire jusqu'à Septime Sévère étaient plus usées, ce qui suggérait qu'elles circulaient encore à cette époque. En revanche, les médailles plus récentes étaient mieux conservées, probablement parce qu'elles avaient été cachées par des collectionneurs. La découverte comprenait des médailles de grande beauté, notamment celles de Septime Sévère et d'Alexandre. Une seule médaille de Philippe le Père fut trouvée, indiquant que le trésor avait été caché au début de son règne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 1378-1384
CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
Début :
Nous avons été instruits un peu tard de cette cérémonie ; mais [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Bordeaux, Statue du roi, Roi, Ville, Place royale, Écuyer, Statue, Sous-maire, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
CEREMONIE faite à Bordeaux ;
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
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Résumé : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
En 1733, une cérémonie a été organisée à Bordeaux pour la pose de la première pierre du piédestal d'une statue équestre du roi. Cette cérémonie, dont le procès-verbal est conservé aux archives de l'Hôtel de Ville, a été orchestrée par plusieurs dignitaires, notamment le sous-maire Joseph de Segur et l'intendant Claude Boucher. La ville de Bordeaux, située à l'embouchure de la Garonne, a entrepris cette construction pour honorer le roi et embellir la ville. La statue, en bronze, a été réalisée par M. Lemoine de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. La cérémonie a commencé par une procession suivie de salves d'artillerie. Un coffre contenant des médailles commémoratives a été enterré sous la première pierre. Ces médailles, gravées par M. Duvivier, représentent la nouvelle Place Royale et la statue équestre du roi. La cérémonie s'est conclue par un feu d'artifice et des distributions d'argent au peuple. Cette initiative visait à célébrer la royauté et à marquer l'importance de Bordeaux dans le royaume.
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39
p. 152
MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
Début :
D'un côté, la tête du Roi, avec cette inscription : [...]
Mots clefs :
Médailles, Église de Saint-Sulpice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
MEDAILLE pour la Place que l'on
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
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40
p. 163-166
MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
Début :
TRESOR ROYAL. Un grand fleuve qui se divise en plusieurs [...]
Mots clefs :
Jetons, Médailles, Trésor royal, Parties casuelles, Maison de la reine, Madame la Dauphine, Chambre aux deniers, Marine, Guerres, Artillerie, Colonies françaises en Amérique, Bâtiments du roi, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Affaires de la chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
MÉDAILLES.
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
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Résumé : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
En 1755, des médailles et jetons ont été émis pour diverses institutions et maisons royales françaises. Chaque médaille possède une légende et un exergue spécifiques. Pour le Trésor Royal, la médaille montre un fleuve se divisant en canaux, avec la légende 'Divifus prodeft' et l'exergue 'Trésor royal'. La médaille des Parties Casuelles représente des greffes sur un arbre effepé, avec la légende 'Carpent tua poma nepotes' et l'exergue 'Parties casuelles'. La Maison de la Reine est illustrée par des lys plantés symétriquement, avec la légende 'Novum ex ferie decus' et l'exergue 'Maison de la Reine'. La Maison de Madame la Dauphine présente un soleil formant trois autres soleils, symbolisant le Dauphin et les Ducs de Bourgogne et de Berry, avec la légende 'Cali Decus' et l'exergue 'Maison de Madame la Dauphine'. La Chambre aux Deniers montre une table avec des sacs d'argent défaits et des pièces monnoyées, avec la légende 'Regali fuppetit ufui' et l'exergue 'Chambre aux Deniers'. L'Extraordinaire des Guerres illustre deux chevaliers armés joutant dans une lice, avec la légende 'Et ludus in armis' et l'exergue 'Extraordinaire des guerres'. L'Ordinare des Guerres montre un cheval couché levant fièrement la tête, avec la légende 'Dum ad pralia furgat' et l'exergue 'Ordinare des Guerres'. La Marine représente Jason rapportant la toison d'or, avec la légende 'Juvat nunc parta tueri' et l'exergue 'Marine'. Les Colonies Françaises en Amérique montrent le navire Argo avec des peaux de castor suspendues, avec la légende 'Non vilius aures' et l'exergue 'Colonies françoises en Amérique'. Les Bâtimens du Roi présentent Minerve tenant des instruments d'architecture, avec la légende 'Condit quas incolet ades' et l'exergue 'Bâtimens du Roi'. L'Artillerie illustre des canons liés par des branches d'olivier, avec la légende 'Va quibus has rupiffe catenas contigerit' et l'exergue 'Artillerie'. Enfin, les Menus Plaisirs et Affaires de la Chambre montrent les muses Thespiscore, Melpomène et Thalie, avec la légende 'Latitia lacrymaque decora' et l'exergue 'Argenterie & menus plaifirs'.
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41
p. 187-189
ITALIE.
Début :
Aussi-tôt que le Pape fut mort, le Cardinal Colonne, Camerlingue de [...]
Mots clefs :
Rome, Mort du Pape, Benoit XIV, Églises, Vatican, Cortège, Chapelle, Médailles, Inscription, Bulle pontificale, Élection pontificale, Cardinaux
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME ,
Auffi-tôt
le 13 Mai.
que le Pape fut mort , le Cardinal Coi
lonne , Camerlingue de l'Eglife & Majordôme du
188 MERCURE DE FRANCE:
palais Apoftolique , fe tranſporta dans le palais
Quirinal à l'appartement du Saint Pere , pour faire
la reconnoiffance du corps , & on lui remit l'Anneau
du Pécheur. Peu de temps après , la groffe
cloche du Capitole annonça la mort du Pontife ,
& enfuite toutes les cloches des Eglifes fonnerent.
Le lendemain 6 Mai , le corps du Saint Pere fut
ouvert , embaumé , & expofè fur un lit de parade
en habits pontificaux. Le foir à dix heures , on le
transféra du Quirinal au Vatican , & la marche fe
fit dans cet ordre : une compagnie de Chevaux-
Légers ; les trompettes fonnant en fourdine ; quarante
Eftafiers , & Valets d'écurie tenant des flam
beaux ; le Capitaine des Gardes Suiffes , & le Maître
des Cérémonies à cheval ; le corps du Pape
dans une fuperbe litiere découverte , les Gardes
Suiffes aux deux côtés , & les Pénitenciers de Saint
Pierre portant chacun un flambeau ; fept pieces
de canon ; une autre compagnie de Chevaux-
Légers & les Cuiraffiers , ayant leurs trompettes
& timbales drapées. Quand le convoi fut arrivé ,
le corps fut levé de la litiere & porté dans la Chapelle
Sixtine. Là , le Majordôme lui ôta le chapeau
Papal , & y fubftitua la thiarre . Le 7 ,
corps fut tranfporté à Saint Pierre dans la Chapelle
du Saint- Sacrement , & le peuple fut admis à
lui baifer les pieds. Le y au foir , le corps du Pape
fut mis dans un cercueil de bois de cedre , avec
une bourfe de velours cramoifi , où il y avoit 17
médailles d'or , 17 d'argent , & 17 de bronze. Ces
médailles , dont le nombre répond à celui des années
du Pontificat de Benoît XIV , repréfentent
d'un côté fon portrait & de Pautre les principales
actions de fon regne . Le cercueil de cedre fut embotté
dans une autre caifle de bois , & celle ci
dans un coffre de plomb avec cette infeription
le
JUILLET. 1758.
189
fimple : D. O. M. Benedictus XIV. Pont. Max,
Lambertinus Bononienfis. Vixit Annos LXXXIII.
Menfem I. Dies III. In fummo Pontificatu Ann,
XVII. Menf. VIII. Dies XVII. Obiit V Nonas
Maii. Anno M. DCC. LVIII. Des dix Congréga
tions qui doivent précéder l'entrée des Cardinaux
au Conclave , il s'en eft tenu jufqu'à préfent qua
tre. Dans la premiere qui fe tint le jour du décès
du Pontife , on lut la Bulle concernant l'élection
des Papes ; le Dataire & le Secretaire des Brefs
remirent au Saré College la caffette des Brefs
fignés & non expédiés ; le ſceau des Bulles & l'Anneau
du Pécheur furent rompus. Dans une autre
Congrégation , le Gouverneur de cette Ville fut
confirmé dans fa charge , & deux Orateurs furent
nommés , l'un pour faire l'Oraiſon funebre du
défunt Pontife , l'autre pour prononcer le Dif
cours touchant l'élection d'un Pape. Le Cardinal
d'Argenvilliers a obtenu la permiffion de refter
20 jours dans fon appartement au Quirinal , pour
rétablir fa fanté. Quoique pendant la vacance du
Saint Siege , les foldats du Capitole ayent feuls le
droit de garder les portes de la Ville , on a par
tagé cette fonction entr'eux & les foldats Corfes,
fans avoir égard aux proteftations des premiers,
Les prifonniers élargis à l'occafion de la mort du
Pape , commencent commettre du défordre ;
c'eſt pourquoi le Gouverneur a ordonné aux habi,
tans d'avoir toutes les nuits de la lumiere aux fenêtres
de leurs maiſons.
Des cinquante- cinq Cardinaux qui compoſent
aujourd'hui le Sacré College , il n'y a plus qu'une
feule créature du Pape Clément XI , une feule d'Innocent
XIII , une feule de Benoît XIII , & neuf de
Clément XII. Tous les autres ont été créés par
Benoît XIV , & il a laiffé quinze chapeaux vacaps .
DE ROME ,
Auffi-tôt
le 13 Mai.
que le Pape fut mort , le Cardinal Coi
lonne , Camerlingue de l'Eglife & Majordôme du
188 MERCURE DE FRANCE:
palais Apoftolique , fe tranſporta dans le palais
Quirinal à l'appartement du Saint Pere , pour faire
la reconnoiffance du corps , & on lui remit l'Anneau
du Pécheur. Peu de temps après , la groffe
cloche du Capitole annonça la mort du Pontife ,
& enfuite toutes les cloches des Eglifes fonnerent.
Le lendemain 6 Mai , le corps du Saint Pere fut
ouvert , embaumé , & expofè fur un lit de parade
en habits pontificaux. Le foir à dix heures , on le
transféra du Quirinal au Vatican , & la marche fe
fit dans cet ordre : une compagnie de Chevaux-
Légers ; les trompettes fonnant en fourdine ; quarante
Eftafiers , & Valets d'écurie tenant des flam
beaux ; le Capitaine des Gardes Suiffes , & le Maître
des Cérémonies à cheval ; le corps du Pape
dans une fuperbe litiere découverte , les Gardes
Suiffes aux deux côtés , & les Pénitenciers de Saint
Pierre portant chacun un flambeau ; fept pieces
de canon ; une autre compagnie de Chevaux-
Légers & les Cuiraffiers , ayant leurs trompettes
& timbales drapées. Quand le convoi fut arrivé ,
le corps fut levé de la litiere & porté dans la Chapelle
Sixtine. Là , le Majordôme lui ôta le chapeau
Papal , & y fubftitua la thiarre . Le 7 ,
corps fut tranfporté à Saint Pierre dans la Chapelle
du Saint- Sacrement , & le peuple fut admis à
lui baifer les pieds. Le y au foir , le corps du Pape
fut mis dans un cercueil de bois de cedre , avec
une bourfe de velours cramoifi , où il y avoit 17
médailles d'or , 17 d'argent , & 17 de bronze. Ces
médailles , dont le nombre répond à celui des années
du Pontificat de Benoît XIV , repréfentent
d'un côté fon portrait & de Pautre les principales
actions de fon regne . Le cercueil de cedre fut embotté
dans une autre caifle de bois , & celle ci
dans un coffre de plomb avec cette infeription
le
JUILLET. 1758.
189
fimple : D. O. M. Benedictus XIV. Pont. Max,
Lambertinus Bononienfis. Vixit Annos LXXXIII.
Menfem I. Dies III. In fummo Pontificatu Ann,
XVII. Menf. VIII. Dies XVII. Obiit V Nonas
Maii. Anno M. DCC. LVIII. Des dix Congréga
tions qui doivent précéder l'entrée des Cardinaux
au Conclave , il s'en eft tenu jufqu'à préfent qua
tre. Dans la premiere qui fe tint le jour du décès
du Pontife , on lut la Bulle concernant l'élection
des Papes ; le Dataire & le Secretaire des Brefs
remirent au Saré College la caffette des Brefs
fignés & non expédiés ; le ſceau des Bulles & l'Anneau
du Pécheur furent rompus. Dans une autre
Congrégation , le Gouverneur de cette Ville fut
confirmé dans fa charge , & deux Orateurs furent
nommés , l'un pour faire l'Oraiſon funebre du
défunt Pontife , l'autre pour prononcer le Dif
cours touchant l'élection d'un Pape. Le Cardinal
d'Argenvilliers a obtenu la permiffion de refter
20 jours dans fon appartement au Quirinal , pour
rétablir fa fanté. Quoique pendant la vacance du
Saint Siege , les foldats du Capitole ayent feuls le
droit de garder les portes de la Ville , on a par
tagé cette fonction entr'eux & les foldats Corfes,
fans avoir égard aux proteftations des premiers,
Les prifonniers élargis à l'occafion de la mort du
Pape , commencent commettre du défordre ;
c'eſt pourquoi le Gouverneur a ordonné aux habi,
tans d'avoir toutes les nuits de la lumiere aux fenêtres
de leurs maiſons.
Des cinquante- cinq Cardinaux qui compoſent
aujourd'hui le Sacré College , il n'y a plus qu'une
feule créature du Pape Clément XI , une feule d'Innocent
XIII , une feule de Benoît XIII , & neuf de
Clément XII. Tous les autres ont été créés par
Benoît XIV , & il a laiffé quinze chapeaux vacaps .
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Résumé : ITALIE.
Le 13 mai, après la mort du pape, le cardinal Colonna, en tant que Camerlingue, se rendit au palais Quirinal pour reconnaître le corps et reçut l'Anneau du Pécheur. La mort du pontife fut annoncée par les cloches des églises. Le 14 mai, le corps du pape fut embaumé et exposé en habits pontificaux. Le 15 mai, il fut transféré au Vatican, escorté par divers gardes et pénitenciers, puis placé dans la Chapelle Sixtine. Le 16 mai, le corps fut exposé à la Chapelle du Saint-Sacrement à Saint-Pierre, où le peuple put baiser ses pieds. Le 17 mai, le corps fut placé dans un cercueil de cèdre contenant des médailles représentant les actions du règne de Benoît XIV, puis dans une caisse de bois et un coffre de plomb avec une inscription. Quatre congrégations se tinrent avant le conclave, durant lesquelles l'Anneau du Pécheur et le sceau des bulles furent détruits, et des nominations furent faites. Pendant la vacance du Saint-Siège, des désordres furent commis par des prisonniers libérés, nécessitant des mesures de sécurité. Le Sacré Collège comptait 55 cardinaux, avec 15 chapeaux vacants.
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