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1
p. 26-46
A MADAME la Marquise de **
Début :
Le Vendredy premier jour de l'An, les Comédiens de l'Hôtel / Puis que vous souhaitez, Madame, que je vous mande des [...]
Mots clefs :
Hôtel de Bourgogone, Phèdre, Théâtre français et italien, Opéra, Corneille, Racine, Lully, Banboches, Quinault, Habits
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME la Marquise de **
Le Vendredy premier
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
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Résumé : A MADAME la Marquise de **
Le 1er janvier, les Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne présentèrent la première représentation de 'Phèdre' de Jean Racine. La Troupe du Roi opposa, le dimanche suivant, sa propre version de 'Phèdre', écrite par Pradon. Une lettre adressée à une personne de qualité rend compte de ces deux pièces et des spectacles sur les théâtres français et italien depuis le début de l'année jusqu'à la fin du carnaval. La lettre souligne les différences entre les deux 'Phèdre'. La pièce de Racine met en scène une Phèdre amoureuse du fils de son mari, tandis que celle de Pradon présente une Phèdre aimant le fils d'un homme qu'elle n'a pas encore épousé. L'auteur de la lettre estime que traiter le sujet d'une femme qui lutte contre ses sentiments incestueux nécessite un grand maître, critiquant Pradon pour n'avoir pas abordé ce thème de manière adéquate. La lettre mentionne également la réapparition du 'Festin de Pierre' de Molière, réécrit en vers par Corneille le jeune. Cette version a supprimé certaines scènes délicates. La pièce a été très bien accueillie, mais sa représentation a été interrompue à cause du Jubilé. L'auteur explique l'origine du titre 'Festin de Pierre' et mentionne des représentations à Versailles pendant l'automne précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 238-279
Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Début :
Le Royaume de Siam a plus de trois cens lieües de [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Grands seigneurs, Siamois, Talapoins, Siam, Porte, Peuple, Idoles, Fruits, Terre, Corps, Hommes, Prince, Dieux, Ville, Mer, Maisons, Moeurs, Éléphants, Étrangers, Figure, Fruit, Habits, Officiers, Royaume, Orient, Rivière, Eaux, Chair, Écorce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
Fermer
Résumé : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama s'étend sur plus de trois cents lieues du nord au sud et est bordé par le Pégu au nord, la mer du Gange au sud, le petit État de Malaca à l'ouest, et les montagnes à l'est, qui le séparent de la Camboye et de Laros. Situé jusqu'au dix-huitième degré de latitude septentrionale, le royaume est avantageusement situé entre deux mers, facilitant les échanges avec les pays voisins grâce à l'étendue de ses côtes, qui mesurent cinq à six cents lieues de tour. Le royaume est divisé en onze provinces gouvernées par des gouverneurs nommés par le roi. La province de Siam est la principale et donne son nom au royaume ainsi qu'à la ville capitale, située sur la rivière de Menan, qui provient du lac de Chiamay et permet aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de Siam, malgré la distance de plus de soixante lieues de la mer. La capitale est bien fortifiée et construite sur l'eau, semblable à Venise, et abrite une grande diversité de nations parlant jusqu'à vingt langues différentes. Le pays est fertile grâce aux inondations causées par les pluies durables de trois à quatre mois, qui noient les campagnes et favorisent la culture du riz, le principal aliment des Siamois. Malgré cette fertilité, de nombreuses terres restent incultes faute de main-d'œuvre ou par la paresse des habitants. Les plaines et forêts servent de refuge à divers animaux sauvages. Le royaume est riche en fruits, notamment le durion, les jacquiers, les mangoustans, la manque et l'areca, ce dernier étant utilisé pour ses propriétés digestives et socialement important dans les échanges de civilité. Les Siamois sont de peau olivâtre, ont un nez court et un naturel doux et affable. Ils valorisent le repos et délèguent le travail à leurs esclaves. Leur mode de vie est marqué par une pauvreté tranquille, et ils se vêtent simplement, souvent pieds nus. Les maisons sont construites sur pilotis pour se protéger des inondations. La nourriture principale est le riz et les fruits, bien que la viande soit consommée occasionnellement. Les Siamois n'ont pas d'exercices physiques ou intellectuels spécifiques et leur médecine repose sur des remèdes traditionnels et la magie. Le gouvernement est monarchique et bien régulé, avec un roi absolu qui consulte parfois les grands seigneurs pour les décisions importantes. Le roi se montre rarement au peuple et est entouré d'une garde de trois cents hommes. Il a de nombreuses concubines et se déplace de manière majestueuse, soit par terre avec des éléphants, soit par eau avec des galères ornées. Les cérémonies royales visent à maintenir la vénération du peuple pour la majesté royale. À la mort du roi, son frère aîné ou son fils aîné lui succède, jamais une fille. Le royaume est ouvert aux étrangers, qui peuvent s'y établir ou commercer librement, à condition de respecter l'État. Chaque nation étrangère a un chef et un protecteur particulier pour prévenir les désordres. Les étrangers doivent renouveler annuellement leur serment de fidélité au roi lors d'une cérémonie solennelle. Le royaume permet la pratique de toutes les religions, attirant ainsi de nombreux étrangers dont la présence est bénéfique pour le commerce. Les Siamois croient en une pluralité de dieux et estiment que chaque divinité exige des cultes différents. Cette diversité rend difficile leur conversion à d'autres religions. Ils reconnaissent la validité de la religion chrétienne mais refusent de rejeter les autres croyances, estimant que toutes honorent les dieux. Les Siamois possèdent de nombreuses idoles de grande taille, souvent dorées et placées dans des temples somptueux et solides, similaires aux églises. Ces temples comportent des galeries avec des idoles de diverses figures et des portes dorées. Les sacrifices aux dieux sont accompagnés de torches, de fleurs et de feux d'artifice. Les Talapoins, ou sacrificateurs, sont nombreux et portent des habits jaunes distinctifs. Ils vivent en communauté, jeûnent souvent et se consacrent à la prière et aux offrandes. Les femmes religieuses, vêtues de blanc, peuvent quitter leur vie monastique à leur convenance. Les Siamois croient en la survie de l'âme après la mort et amassent des trésors pour l'au-delà. Les funérailles sont magnifiques et durent parfois une année entière, avec des cérémonies élaborées et des feux d'artifice. Les mariages parmi les riches sont somptueux mais sans cérémonies religieuses. Les biens sont partagés entre les Talapoins, le roi et les enfants après la mort du propriétaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 188-262
Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Ce jeune Prince s'estant fait donner un jour la Clef [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Comte, Angleterre, Duc, Troupes, Colonnel, Peuple, Matelot, Ennemis, Noblesse, Vaisseaux, Gentilhomme, Fidélité, Obstacles, Seigneur, Commissaires, Habits, Royaume, Rivière, Général, Crainte, Avantage, Succès, Décès, Héritiers, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Ce
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
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Résumé : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la fuite et les tentatives de restauration du Duc d'York, futur Jacques II, et du Prince de Galles, futur Charles II. Le Duc d'York, déguisé, s'échappe d'Angleterre et parvient à embarquer malgré les réticences d'un marinier qui reconnaît son ordre de la Jarretière. Le Prince de Galles, après son évasion, suscite une révolte en Angleterre et en Écosse, mais est démasqué par le chevalier Dishinton. En 1648, Charles II tente de rallier des vaisseaux hollandais et anglais pour libérer son père, Charles Ier, mais échoue face à la résistance et à une tempête. Charles Ier est exécuté en 1649, et Charles II, proclamé roi en Écosse, cherche à venger son père. Il envoie chercher le marquis de Montrose, qui est capturé et exécuté malgré ses efforts pour rejoindre Charles II. Ce dernier, malgré les obstacles, continue ses tentatives pour restaurer la monarchie. Le texte décrit également les événements entourant le règne de Charles II en Écosse. Le roi obtient des États écossais l'autorisation de lever seize mille hommes de pied et six mille chevaux. Les commandants nommés incluent le comte de Leven pour l'infanterie et Holborne pour la cavalerie, avec Montgomery et Lefley comme adjoints. Charles II est nommé généralissime. Cependant, les troupes écossaises sont défaites par Cromwell à la bataille de Copperfpec, subissant de lourdes pertes. Cette défaite refroidit les États écossais, qui imposent des restrictions au roi et cherchent à limiter son pouvoir. Malgré ces difficultés, Charles II est couronné roi d'Écosse le 4 janvier 1651 à l'abbaye de Schoone. Après son couronnement, il marche vers l'Angleterre avec son armée, mais est finalement défait à la bataille de Worcester le 22 août 1651. Forcé de fuir, il se cache dans diverses maisons et forêts, notamment dans le célèbre 'Chêne Royal'. Avec l'aide de fidèles sujets comme George Pendrille et Milord Wilmot, il parvient à échapper à ses poursuivants et à se mettre en sécurité. Le texte relate également la fuite du roi Jacques II, déguisé en domestique, accompagné de la demoiselle Lane, vers Bristol. Déguisé grâce à un mélange d'écorces de noix et d'autres drogues, le roi parvient à éviter la reconnaissance. Leur chemin est marqué par plusieurs incidents, comme la perte d'un fer de cheval du roi, qui doit être remplacé, et des rencontres avec des cavaliers envoyés pour l'arrêter. Grâce à l'aide de fidèles sujets, dont Jean Pope et Milord Wilmot, le roi parvient à éviter les obstacles et à se cacher chez divers nobles, tels que le colonel Windhams et M. Hides. Après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver un vaisseau, le roi s'embarque finalement à Britemhsthed en Suffolk et arrive à Fécamp en Normandie. Le voyage se déroule sans encombre, et le roi est reconnu par le capitaine du vaisseau, Tetershall. À Rouen, le roi change d'habits et se rend à Paris pour attendre les révolutions politiques. Le texte mentionne également la mort d'Olivier Cromwell et la restauration de la monarchie avec le retour du roi, proclamé par le Parlement et accueilli triomphalement à Londres. Le roi est couronné en 1661 et épouse Catherine de Portugal. Il lutte contre les factieux et remporte des victoires contre les Hollandais. Le texte se termine par la description de la mort du roi en février 1685, après une nuit d'inquiétudes et de souffrances. Le roi laisse plusieurs enfants naturels, dont Jacques Scott, duc de Monmouth, et Charles Lenox, duc de Richemont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 289-297
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Apres quatre grands Article de Siam, qui ont remply une [...]
Mots clefs :
Siam, Mandarins, Départ, Ambassadeur extraordinaire, Mr le Chevalier de Chaumont, Piété, Épée, Instruire, Audience, Navires, Présents, Miroirs, Chandeliers, Lustres, Fusils, Draps, Tapis, Habits, Meubles, Portrait du roi, Pièces d'or, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Apres quatre grands Articles
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
En février 1685, le roi de France a nommé M. le Chevalier de Chaumont ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Siam. Chaumont a été choisi pour sa sagesse, son exemplarité, ainsi que pour ses qualités militaires et chrétiennes. Avant son départ, il a consulté des voyageurs expérimentés et a écrit à M. de Saint-Martin de Caen pour obtenir des conseils. Il a également sélectionné M. de l'Abrasseau-Bourreau comme secrétaire. Quelques jours après leur dernière audience avec M. de Croissy, les mandarins de Siam ont quitté la France. Ils doivent être défrayés sur leur route aux dépens du roi. Leur embarquement se fera à bord du navire royal 'L'Oiseau', escorté par la frégate 'La Maligne'. Chaumont emporte avec lui divers présents du roi de France destinés au roi de Siam. Ces présents incluent des miroirs, des chandeliers, des fusils, des brocards, des tapis, des habits brodés, des portraits du roi de France et des médailles. Ces objets reflètent la volonté du roi de France de renforcer les relations diplomatiques et commerciales avec le Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
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Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 187-212
Suite des Actions du Roy, qui n'ont pu avoir place dans le Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Quoy que j'ay commencé ma Lettre par un grand nombre [...]
Mots clefs :
Actions, Roi, Revue de la garde, Régiments, Habits, Gratification, Soldats, Officiers, Conquérant, Amour du roi, Ouvrages, Mendiants, Déclaration, Bonté, Succès, Punition, Règlement, Ateliers, Détention, Peines, Bien du peuple, Gardiens, Bannissement, Condamnation , Justice, Arrêts, Voies d'eau, Exploitation, Eaux et forêts, Marine, Arrêt du Conseil d'État, Compagnie des Indes, Naufrages, Intendants, Ordres, Dettes, Créancier, Remboursement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Actions du Roy, qui n'ont pu avoir place dans le Prélude, [titre d'après la table]
Quoy quej'aye commencé
ma Lettre par ungrand nom
bre d'Actions du Roy , &
que je me propoſe ſouvent
Qij
188 MERCURE.
de n'en parler que dans ce
commencement , le nombre
en eſt neanmoins quelquefois
ſi grand en un ſeul mois,
que je me trouve obligé de
rompre cette régle , & de
mettre encore dans le Corps
de ma Lettre , un de ces Articles
à la maniere du Prélude
, qui en contiennent
pluſieurs autres. C'eſt un de
ceux- là que vous allez voir.
Lors que le Roy fit la Reveuë
du Régiment de ſes.
Gardes Françoiſes , dont je
vous ay parlé en vous mar
quant la propreté de leurs
+
GALANT. 189
Habits , ainſi que la magni.
ficence de ceux de leurs Officiers
, Sa Majefté donna des
gratifications à tous les Capitaines
qui avoient des Soldats
dans leur Compagnie
audelà du nombre compler,
On remarqua que ce Mo
narque avoit pris ce jour- là
un Habit pareil à ceux des
Officiers. Il n'y a rien qui
foit plus capable de gagner
les coeurs , que des manieres
auſſi obligeantes que celleslà
. Ce que je dis eft fi vray,
que quand les grands Conquérans
vouloient autrefois
190 MERCURE
s'acquérir les eſprits des Nations
qu'ils avoient ſoûmiſes,
ils paroiffoient devant les
Peuples avec les Habits or
dinaires à ces Nations . On
fçait que le Roy n'a beſoin
'd'aucun de ces moyens pour
"fe faire aimer ; mais il eſt fr
naturellement porté à faire
des chofes obligeantes pour
fes Sujets , qu'il les fait fans
avoir d'autre veue que celle
de leur montrer qu'il les aime
; & en effet , quand on
eſt auſſi aimable , auffi puif
fant, & auffi redouté que ce
Monarque , on n'eſt obligé
L
GALANT. 191
à nuls égards , de quelque
nature , & pour qui que ce
foit que ce puiffe eftre. Ce
grand Prince , qui ſe couche
rarement ſans avoir fait
des heureux , donna, ces
jours paffez une gratification
de cent mille livres à M² le
Maréchal de Humieres , en
confideration des ſervices
qu'il en a receus .
Je vous ay parlé au commencement
de cette Lettre
de divers Ouvrages entrepris
pour donner moyen de travailler
à ceux , qui ſans cela
manqueroient de ſubſiſtan192
MERCURE
ce. Vous connoiſtrez par la
Déclaration du Roy concernant
L'ordre des Ateliers publics ,
la punition des Mandians valides
, & Faineants , que c'eſt
ſeulement à Sa Majesté que
tant de malheureux doivent
cette grace. Le ſujet de cette
Déclaration eſt amplement
expliqué dans les paroles
ſuivantes qui luy ſervent de
Prélude. La bonté que nous
avons pour tous nos Sujets nous
engageant à procurer les moyens
de gagner leur vie à ceux qui
ont la volonté de s'employer aux
Ouvrages dont ils font capabless
1
GALANT. 193
le bon ordre que nous defirons
maintenirdans notre Royaume
, obligeant de contraindre à
travailler ceux qui parfaineantise
&par déreglement ne veulent
pasſeſervir utilement pour
eux , & pour leur Patrie , des
forces qu'il a plû à Dieu de leur
donner , Nous avons fait commencer
differens Ouvrages dans
les Provinces de nostre Etat ,
Nous avons appris avec beaucoup
de plaifir le fuccés que ces
entrepriſes ont eu juſques à cette
heure ; & comme il est juste que
ceux de nos Sujets de noſtre bonne
Ville de Paris , &de ses envi-
Avril 1685. R
194 MERCURE
rons , qui n'ont pas de Métier,
reçoivent la mesme grace , &
que rien ne peut estre plus effi
cace poury maintenir une bonne
Police , que d'occuper ainſi les
Faineants que sa grandeuryattire
, Nous avons ordonnéà nos
chers & bien amez les Prevoft
des Marchands ,
squi
Echevins
d'icelle , d'y faire continuer les
Ouvrages qui ont esté commen
cez pour ſon embelliffement ,
ſa commodité. Mais comme il
feroit impoffible que ce deſſein pust
réussir auſſi avantageusement que
nous defirons , fi nous n'établiſ
fions un ordre certain pour fon
GALANT. 195
execution ; d'ailleurs la pareffe
de ceux qui ne voudroient
pas y travailler dans un temps
où nous leurprocurons les moyens
de le faire avec utilité , meritant
encore une punition plus
fevere , nous avons estimé neceffaire
d'y pourvoirpar un Reglement
, qui aura lieu ſeule.
ment durant que les Ateliers
Publics feront ouverts. Ce Reglement
qui eſt expliqué fort
au long aprés ce Prélude ,
porte, Que tous Mandians valliiddeess,,
qquuooyy qu'ils ayent unMé..
tier, &tous Faineants & Va
gabonds,Sans Métier &fans
Rij
196 MERCURE
Employ , qui ne font pas natifs
de Paris, & de douze lieuës aux
environs , feront obligez de fe
retirer dans leur païs poury travailler
dans les Ateliers que l'on
ya établis د ou ailleurs , aux
Ouvrages dont ils feront capables
, à peine d'estre enfermez
durant un mois dans les Maifons
de Bicêtre de la Salpêtriere
pour la premiere fois , &
pour la seconde des Galeres durant
cinq ans , & du foüet
du carquan à l'égard des Femmes
,qui feront âgez les uns &
les autres de quinze ans of au
deſſus , & du foüet & d'une
i
GALANT. 197
plus longue détention dans les
mesmes Maiſons de Bicêtre
de la Salpétriere , pour les Garçons
& les Filles qui auront moins
de quinze ans. Il eſt enjoint
par le meſme Reglement à
tous Mandians valides , tant
Hommes & Femmes , qu'Enfans
au deffus de douze ans ,
natifs de Paris , & de douze
lieuës aux environs , ou qui s'y
font habituez depuis trois ans,
er qui auront la ſanté & la
force neceffaire pour travailler
aux Ouvrages Publics , ſoir
qu'ils ayent un Métier , foit
qu'ils n'en ayent pas , d'aller
RRi.iijij,
198 MERCURE
fier
bravailler aux Ateliers qui ont
efté ouverts , de s'enrolerà cet
effet fur le Registre quifera tenu
en l'Hostel de Ville par leGrefou
autre Officier commis
pour cela , avec défenſe à ceux
qui feront enrôlez de vaquer par
la Ville durant les heures qui
feront reglées pour le travail,
ny de quitter les Ateliers fans
un congé exprés de l'Officier préposé,
à peine pour les Contrevenans
, &c. Ces peines font
amplement expliquées , &
empefcheront qu'on ne voye
à l'avenir ce grand nombre
de Mandians dont on eſtoit
accablé.
i
GALANT. 199
)
Sa Majesté veillant ſans
ceſſe au bien de ſes Peuples,
a auſſi donné un Arreſt du
Confeil d'Estat concernant
le Contrôle des Exploits.
Cet Arreft porte , Que Sa
Majesté ayant esté informée que
quelques Commis an Controle
Pretendote
prétendoientse faire payer deux
droits de Contrôle pour chaque
Exploit de Saifie & Execution
de meubles qui font faites à la
requeſte des Receveurs des Tailles
, &des Collecteurs des Paroiſſes
; l'un pour la fignification
à celuy fur lequel la Saifie
a esté faite , l'autre pour
;
Riiij
200 MERCURE
celle qui se fait au Gardien de
ces meubles , Elle défend tresexpreffément
à Maistre Jean
Fauconnet, Fermier genéral des
Domaines , ſes Procureurs ,Commis
& Préposez , de percevoir
qu'un ſeul droit de Contrôle pour
chaque procés verbal de Saifie
Execution de Meubles
pour la fignification faite à la
Partie ſaiſie , que pour celle qui
Sera faite au Gardien & Dépoſitaire
de ces mesmes Meubles.
7
د
tant
Comme pluſieurs ne s'abſtiennent
de mal faire que
1
1
:
GALANT. 201
1
par la crainte qu'ils ont d'être
punis , la honte d'eſtre
condamnez à quelque peine
feroit peu capable de les
retenir , fi cette peine leur
ſembloit facile à éviter. 11
n'y a que celle du Bannifſement
qu'on trouve moyen
de ne fubir pas dans ſonentiere
rigueur. Ceux qui y
ſont condamnez ſont peu
reguliers à garder leur ban ;
& afin de remedier à cer
abus , il a eſtéordonné qu'a.
pres
prés leur condamnation on
leur liroit à l'avenir la Décla
ration du Roy , du 31. May
202. MERCURE
1682. faite fur ce ſujet : ce qui
fait connoiftre que ce Monarque
ne s'applique pas
moins à faire obſerver ce
que la Juſtice a reglé, qu'à
la faire rendre.
Il a auſſi paru depuis peu un
'Arrest du Conseil d'Estat touchant
la Vente & Exploitation
des Bois de haute- Fuſtaye appar
tenans aux Particuliers. Voicy
le commencement de cet
Arreft. Le Roy estant informé
qu'au préjudice de l' Article III.
duTitre des Bois appartenans aux
Particuliers , de l'Ordonnance de
l'année 1669. concernant lesEaux
GALANT. 203
à
Forests , &de l'Arrestdu 9..
Novembre 1683. portant défenſes
à ceux qui poffedent des Bois de
haute-Fuftaye fituezà fix lieuës
des Rivieres navigables ,
quinze lieuës de la Mer , de
les vendre & faire exploiter ,
qu'ils n'en ayent donné avis fix
mois auparavant au Contrôleur
genéral des Finances , & au
Grand - Maistredes Eaux &
Forests , aux peines portées par
ladite Ordonnance &Arreft, la
pluſpart des Proprietaires desBois
de haute-Fuftaye fituez à cette
distance de la Mer des Ri.
vieres navigables , les vendent,
204 MERCURE
qui
&les font exploiter ſans en don
ner avis , ce fait qu'on a de
la peine à trouver des bois propres
pour la conſtruction des
Vaiſſeaux dans les Ports &
Arcenaux de Marine de SaMajesté,
&que d'un autre costé les
Proprietaires deflits Bois qui
veulent executer l'Ordonnance
ne ſpachant pas précisément à
quoy elle les engage , font fouvent
troublez dans la vente &
exploitation de leurs Bois par les
obstacles qu'y apportent les Offi
ciers de la Marine , ou ceux des
Eaux & Forests , & estant
neceſſaire d'y pourvoir, Sa MaGALANT.
205
jesté , &c. Quoy que dans
la ſuite de l'Arreſt tout ſoit
reglé d'une maniere avantageuſe
pour la Marine , les
Particuliers qui ont des Bois
de haute- Fuſtaye ne laiſſent
pas d'avoir lieu d'eſtre contens.
Ainſi le Roy a trouvé
moyen de ſatisfaire au bien
de l'Estat ſans chagriner le
Particulier.
On a publié un autre Arreſt
du Conſeil d'Eftat , concernant
les Engagiſtes , Ufufruitiers
, & autres qui pof.
ſedent des Bois dépendans du
Domaine de Sa Majesté , à
206 MERCURE
titre de conceffion ou d'alienation.
Il porte , Que conformément
à l'Ordonnance de 1669.
ils ne pourront faire abatre à
l'avenir aucuns Bois de Fuſtaye.
ny Baliveaux fur Taillis , ny
aucuns autres Arbres , ſous quelque
prétexte que ce soit , qu'en
vertu de Lettres Patentes regi
ftrées aux Parlemens (t) aux
Chambres des Comptes , fur les
avis Procés verbaux des
Grands Maistres des Eaux &
Forests.
Il y a eu une nouvelle Déclaration
, qui regarde la
Compagnie des Indes Orien
GALANT. 207
tales. Je vous ay déja parlé
de pluſieurs choſes ſur ce
meſme ſujer. Cette derniere
Déclaration en eſt une ſuite,
& fait connoiftre que le Roy
continuë de s'intereſſer pour
le bien de ſon Eftat en genéral
, & pour celuy de ſes
Sujets en particulier.
Sa Majeſte fait encore paroiſtre
ſes ſoins pour la tranquillité
de ſon Peuple , par
-l'Arreſt du Conseil d'Eſtat
rendu le 8. de ce mois , fur
ce qu'elle a eſté informée
qu'il arrive journellement des
Naufrages deBarques & au
208 MERCURE
tres Bâtimens fur la Riviere
du Roſne , cauſez par des
Arbres qui ſe détachent des
Ifies & Iflots, qui ſe ſont formez
le long de cette Riviere
pat les Courans & les changemens
de Lits ; mefme qu'-
une Barque chargée de bleds,
deſtinez pour les Vivres de
Marine , a fait naufrage depuis
peu prés de Viviers. Pour
empefcher de ſemblables accidens
, Il est ordonné aux Particuliers
& Proprietaires de ces
Isles & Islots formez le long de
laRiviere du Rofne, dans l'étenduë
des Provinces de Languedoc,
1
GALANT. 209
Provence , & Dauphine , de
faire ôrer les gros Arbres quise
détacheront des Isles & Islots
qui leur appartiennent , énforte
que la Navigation n'enfoit pas
interrompuë ; & en cas de Naufrages
, &autres accidens caufez
parle détachement de ces Arbres,
les Confuls & Communautez
des lieux , vis-à- vis desquels ces
Isles & Slots sont fituez , en
demeureront reſponſables en leurs
propres & privez noms.
L'Arreft qui fuit , donné à
Verſailles le 14. de ce mois ,,
n'eſt pas moins utile aux Su--
jets du Roy. Ce Monarque
Avril 1685. S
210 MERCURE
ayant employé les Intendans.
&Commiſſaires départis pour
l'execution de fes ordres dans
les Provinces & Generalitez
du Royaume , à travailler à
la verification & liquidation
des Dettes deuës par les Vil
les& Communautez , en forteque
la plus grande partie
de ces Dettes qui estoient
tres- confiderables , fe trouvent
prefque aquitées , il eſt
arrivé que quelques Créan-
*ciers qui ont receu le rembourſement
de ce qui leur
eſtoit dû en tout ou en partie,
ſont venus tout de nouGALANT.
211
veau demander le payement
de leurs Créances; & par une
intelligence pratiquée avec
les Officiers des Villes &
Communautez , ont recelé
&cachéles Quittances, Comptes
, & autres Pieces qui
auroient pû ſervir à décou
vrir cette fraude. Sa Majeſté
avertie de ce defordre , a ordonnéQiue
les Créanciers , ou
autres estant en leurs draits , qui
demanderont aux Communautez
le payement des Dettes ,
tres choses à eux deuës , dont ils
auront este rembourſez ſuivant
lés Arrests de liquidation ,
au
;
:
S
Sij
212 MERCURE
qui auront esté paſſées en la dé
penſe des Comptes qui ont esté
rendus , des revenus & affaires
des Communautez auſquelles la
demande en ſera faite , feront
condamnez à la peine du quadruple
au profit desdites Communautez
, par les Intendans
Commiffaires départis dans les
Provinces & Genéralitez du
Royaume, &contraints au payement
comme pour les deniers&
affaires de Sa Majesté,ſans que
cette peine du quadruple puiſſe
estre réduite ny moderée pour
quelque cause
cefoit.
ma Lettre par ungrand nom
bre d'Actions du Roy , &
que je me propoſe ſouvent
Qij
188 MERCURE.
de n'en parler que dans ce
commencement , le nombre
en eſt neanmoins quelquefois
ſi grand en un ſeul mois,
que je me trouve obligé de
rompre cette régle , & de
mettre encore dans le Corps
de ma Lettre , un de ces Articles
à la maniere du Prélude
, qui en contiennent
pluſieurs autres. C'eſt un de
ceux- là que vous allez voir.
Lors que le Roy fit la Reveuë
du Régiment de ſes.
Gardes Françoiſes , dont je
vous ay parlé en vous mar
quant la propreté de leurs
+
GALANT. 189
Habits , ainſi que la magni.
ficence de ceux de leurs Officiers
, Sa Majefté donna des
gratifications à tous les Capitaines
qui avoient des Soldats
dans leur Compagnie
audelà du nombre compler,
On remarqua que ce Mo
narque avoit pris ce jour- là
un Habit pareil à ceux des
Officiers. Il n'y a rien qui
foit plus capable de gagner
les coeurs , que des manieres
auſſi obligeantes que celleslà
. Ce que je dis eft fi vray,
que quand les grands Conquérans
vouloient autrefois
190 MERCURE
s'acquérir les eſprits des Nations
qu'ils avoient ſoûmiſes,
ils paroiffoient devant les
Peuples avec les Habits or
dinaires à ces Nations . On
fçait que le Roy n'a beſoin
'd'aucun de ces moyens pour
"fe faire aimer ; mais il eſt fr
naturellement porté à faire
des chofes obligeantes pour
fes Sujets , qu'il les fait fans
avoir d'autre veue que celle
de leur montrer qu'il les aime
; & en effet , quand on
eſt auſſi aimable , auffi puif
fant, & auffi redouté que ce
Monarque , on n'eſt obligé
L
GALANT. 191
à nuls égards , de quelque
nature , & pour qui que ce
foit que ce puiffe eftre. Ce
grand Prince , qui ſe couche
rarement ſans avoir fait
des heureux , donna, ces
jours paffez une gratification
de cent mille livres à M² le
Maréchal de Humieres , en
confideration des ſervices
qu'il en a receus .
Je vous ay parlé au commencement
de cette Lettre
de divers Ouvrages entrepris
pour donner moyen de travailler
à ceux , qui ſans cela
manqueroient de ſubſiſtan192
MERCURE
ce. Vous connoiſtrez par la
Déclaration du Roy concernant
L'ordre des Ateliers publics ,
la punition des Mandians valides
, & Faineants , que c'eſt
ſeulement à Sa Majesté que
tant de malheureux doivent
cette grace. Le ſujet de cette
Déclaration eſt amplement
expliqué dans les paroles
ſuivantes qui luy ſervent de
Prélude. La bonté que nous
avons pour tous nos Sujets nous
engageant à procurer les moyens
de gagner leur vie à ceux qui
ont la volonté de s'employer aux
Ouvrages dont ils font capabless
1
GALANT. 193
le bon ordre que nous defirons
maintenirdans notre Royaume
, obligeant de contraindre à
travailler ceux qui parfaineantise
&par déreglement ne veulent
pasſeſervir utilement pour
eux , & pour leur Patrie , des
forces qu'il a plû à Dieu de leur
donner , Nous avons fait commencer
differens Ouvrages dans
les Provinces de nostre Etat ,
Nous avons appris avec beaucoup
de plaifir le fuccés que ces
entrepriſes ont eu juſques à cette
heure ; & comme il est juste que
ceux de nos Sujets de noſtre bonne
Ville de Paris , &de ses envi-
Avril 1685. R
194 MERCURE
rons , qui n'ont pas de Métier,
reçoivent la mesme grace , &
que rien ne peut estre plus effi
cace poury maintenir une bonne
Police , que d'occuper ainſi les
Faineants que sa grandeuryattire
, Nous avons ordonnéà nos
chers & bien amez les Prevoft
des Marchands ,
squi
Echevins
d'icelle , d'y faire continuer les
Ouvrages qui ont esté commen
cez pour ſon embelliffement ,
ſa commodité. Mais comme il
feroit impoffible que ce deſſein pust
réussir auſſi avantageusement que
nous defirons , fi nous n'établiſ
fions un ordre certain pour fon
GALANT. 195
execution ; d'ailleurs la pareffe
de ceux qui ne voudroient
pas y travailler dans un temps
où nous leurprocurons les moyens
de le faire avec utilité , meritant
encore une punition plus
fevere , nous avons estimé neceffaire
d'y pourvoirpar un Reglement
, qui aura lieu ſeule.
ment durant que les Ateliers
Publics feront ouverts. Ce Reglement
qui eſt expliqué fort
au long aprés ce Prélude ,
porte, Que tous Mandians valliiddeess,,
qquuooyy qu'ils ayent unMé..
tier, &tous Faineants & Va
gabonds,Sans Métier &fans
Rij
196 MERCURE
Employ , qui ne font pas natifs
de Paris, & de douze lieuës aux
environs , feront obligez de fe
retirer dans leur païs poury travailler
dans les Ateliers que l'on
ya établis د ou ailleurs , aux
Ouvrages dont ils feront capables
, à peine d'estre enfermez
durant un mois dans les Maifons
de Bicêtre de la Salpêtriere
pour la premiere fois , &
pour la seconde des Galeres durant
cinq ans , & du foüet
du carquan à l'égard des Femmes
,qui feront âgez les uns &
les autres de quinze ans of au
deſſus , & du foüet & d'une
i
GALANT. 197
plus longue détention dans les
mesmes Maiſons de Bicêtre
de la Salpétriere , pour les Garçons
& les Filles qui auront moins
de quinze ans. Il eſt enjoint
par le meſme Reglement à
tous Mandians valides , tant
Hommes & Femmes , qu'Enfans
au deffus de douze ans ,
natifs de Paris , & de douze
lieuës aux environs , ou qui s'y
font habituez depuis trois ans,
er qui auront la ſanté & la
force neceffaire pour travailler
aux Ouvrages Publics , ſoir
qu'ils ayent un Métier , foit
qu'ils n'en ayent pas , d'aller
RRi.iijij,
198 MERCURE
fier
bravailler aux Ateliers qui ont
efté ouverts , de s'enrolerà cet
effet fur le Registre quifera tenu
en l'Hostel de Ville par leGrefou
autre Officier commis
pour cela , avec défenſe à ceux
qui feront enrôlez de vaquer par
la Ville durant les heures qui
feront reglées pour le travail,
ny de quitter les Ateliers fans
un congé exprés de l'Officier préposé,
à peine pour les Contrevenans
, &c. Ces peines font
amplement expliquées , &
empefcheront qu'on ne voye
à l'avenir ce grand nombre
de Mandians dont on eſtoit
accablé.
i
GALANT. 199
)
Sa Majesté veillant ſans
ceſſe au bien de ſes Peuples,
a auſſi donné un Arreſt du
Confeil d'Estat concernant
le Contrôle des Exploits.
Cet Arreft porte , Que Sa
Majesté ayant esté informée que
quelques Commis an Controle
Pretendote
prétendoientse faire payer deux
droits de Contrôle pour chaque
Exploit de Saifie & Execution
de meubles qui font faites à la
requeſte des Receveurs des Tailles
, &des Collecteurs des Paroiſſes
; l'un pour la fignification
à celuy fur lequel la Saifie
a esté faite , l'autre pour
;
Riiij
200 MERCURE
celle qui se fait au Gardien de
ces meubles , Elle défend tresexpreffément
à Maistre Jean
Fauconnet, Fermier genéral des
Domaines , ſes Procureurs ,Commis
& Préposez , de percevoir
qu'un ſeul droit de Contrôle pour
chaque procés verbal de Saifie
Execution de Meubles
pour la fignification faite à la
Partie ſaiſie , que pour celle qui
Sera faite au Gardien & Dépoſitaire
de ces mesmes Meubles.
7
د
tant
Comme pluſieurs ne s'abſtiennent
de mal faire que
1
1
:
GALANT. 201
1
par la crainte qu'ils ont d'être
punis , la honte d'eſtre
condamnez à quelque peine
feroit peu capable de les
retenir , fi cette peine leur
ſembloit facile à éviter. 11
n'y a que celle du Bannifſement
qu'on trouve moyen
de ne fubir pas dans ſonentiere
rigueur. Ceux qui y
ſont condamnez ſont peu
reguliers à garder leur ban ;
& afin de remedier à cer
abus , il a eſtéordonné qu'a.
pres
prés leur condamnation on
leur liroit à l'avenir la Décla
ration du Roy , du 31. May
202. MERCURE
1682. faite fur ce ſujet : ce qui
fait connoiftre que ce Monarque
ne s'applique pas
moins à faire obſerver ce
que la Juſtice a reglé, qu'à
la faire rendre.
Il a auſſi paru depuis peu un
'Arrest du Conseil d'Estat touchant
la Vente & Exploitation
des Bois de haute- Fuſtaye appar
tenans aux Particuliers. Voicy
le commencement de cet
Arreft. Le Roy estant informé
qu'au préjudice de l' Article III.
duTitre des Bois appartenans aux
Particuliers , de l'Ordonnance de
l'année 1669. concernant lesEaux
GALANT. 203
à
Forests , &de l'Arrestdu 9..
Novembre 1683. portant défenſes
à ceux qui poffedent des Bois de
haute-Fuftaye fituezà fix lieuës
des Rivieres navigables ,
quinze lieuës de la Mer , de
les vendre & faire exploiter ,
qu'ils n'en ayent donné avis fix
mois auparavant au Contrôleur
genéral des Finances , & au
Grand - Maistredes Eaux &
Forests , aux peines portées par
ladite Ordonnance &Arreft, la
pluſpart des Proprietaires desBois
de haute-Fuftaye fituez à cette
distance de la Mer des Ri.
vieres navigables , les vendent,
204 MERCURE
qui
&les font exploiter ſans en don
ner avis , ce fait qu'on a de
la peine à trouver des bois propres
pour la conſtruction des
Vaiſſeaux dans les Ports &
Arcenaux de Marine de SaMajesté,
&que d'un autre costé les
Proprietaires deflits Bois qui
veulent executer l'Ordonnance
ne ſpachant pas précisément à
quoy elle les engage , font fouvent
troublez dans la vente &
exploitation de leurs Bois par les
obstacles qu'y apportent les Offi
ciers de la Marine , ou ceux des
Eaux & Forests , & estant
neceſſaire d'y pourvoir, Sa MaGALANT.
205
jesté , &c. Quoy que dans
la ſuite de l'Arreſt tout ſoit
reglé d'une maniere avantageuſe
pour la Marine , les
Particuliers qui ont des Bois
de haute- Fuſtaye ne laiſſent
pas d'avoir lieu d'eſtre contens.
Ainſi le Roy a trouvé
moyen de ſatisfaire au bien
de l'Estat ſans chagriner le
Particulier.
On a publié un autre Arreſt
du Conſeil d'Eftat , concernant
les Engagiſtes , Ufufruitiers
, & autres qui pof.
ſedent des Bois dépendans du
Domaine de Sa Majesté , à
206 MERCURE
titre de conceffion ou d'alienation.
Il porte , Que conformément
à l'Ordonnance de 1669.
ils ne pourront faire abatre à
l'avenir aucuns Bois de Fuſtaye.
ny Baliveaux fur Taillis , ny
aucuns autres Arbres , ſous quelque
prétexte que ce soit , qu'en
vertu de Lettres Patentes regi
ftrées aux Parlemens (t) aux
Chambres des Comptes , fur les
avis Procés verbaux des
Grands Maistres des Eaux &
Forests.
Il y a eu une nouvelle Déclaration
, qui regarde la
Compagnie des Indes Orien
GALANT. 207
tales. Je vous ay déja parlé
de pluſieurs choſes ſur ce
meſme ſujer. Cette derniere
Déclaration en eſt une ſuite,
& fait connoiftre que le Roy
continuë de s'intereſſer pour
le bien de ſon Eftat en genéral
, & pour celuy de ſes
Sujets en particulier.
Sa Majeſte fait encore paroiſtre
ſes ſoins pour la tranquillité
de ſon Peuple , par
-l'Arreſt du Conseil d'Eſtat
rendu le 8. de ce mois , fur
ce qu'elle a eſté informée
qu'il arrive journellement des
Naufrages deBarques & au
208 MERCURE
tres Bâtimens fur la Riviere
du Roſne , cauſez par des
Arbres qui ſe détachent des
Ifies & Iflots, qui ſe ſont formez
le long de cette Riviere
pat les Courans & les changemens
de Lits ; mefme qu'-
une Barque chargée de bleds,
deſtinez pour les Vivres de
Marine , a fait naufrage depuis
peu prés de Viviers. Pour
empefcher de ſemblables accidens
, Il est ordonné aux Particuliers
& Proprietaires de ces
Isles & Islots formez le long de
laRiviere du Rofne, dans l'étenduë
des Provinces de Languedoc,
1
GALANT. 209
Provence , & Dauphine , de
faire ôrer les gros Arbres quise
détacheront des Isles & Islots
qui leur appartiennent , énforte
que la Navigation n'enfoit pas
interrompuë ; & en cas de Naufrages
, &autres accidens caufez
parle détachement de ces Arbres,
les Confuls & Communautez
des lieux , vis-à- vis desquels ces
Isles & Slots sont fituez , en
demeureront reſponſables en leurs
propres & privez noms.
L'Arreft qui fuit , donné à
Verſailles le 14. de ce mois ,,
n'eſt pas moins utile aux Su--
jets du Roy. Ce Monarque
Avril 1685. S
210 MERCURE
ayant employé les Intendans.
&Commiſſaires départis pour
l'execution de fes ordres dans
les Provinces & Generalitez
du Royaume , à travailler à
la verification & liquidation
des Dettes deuës par les Vil
les& Communautez , en forteque
la plus grande partie
de ces Dettes qui estoient
tres- confiderables , fe trouvent
prefque aquitées , il eſt
arrivé que quelques Créan-
*ciers qui ont receu le rembourſement
de ce qui leur
eſtoit dû en tout ou en partie,
ſont venus tout de nouGALANT.
211
veau demander le payement
de leurs Créances; & par une
intelligence pratiquée avec
les Officiers des Villes &
Communautez , ont recelé
&cachéles Quittances, Comptes
, & autres Pieces qui
auroient pû ſervir à décou
vrir cette fraude. Sa Majeſté
avertie de ce defordre , a ordonnéQiue
les Créanciers , ou
autres estant en leurs draits , qui
demanderont aux Communautez
le payement des Dettes ,
tres choses à eux deuës , dont ils
auront este rembourſez ſuivant
lés Arrests de liquidation ,
au
;
:
S
Sij
212 MERCURE
qui auront esté paſſées en la dé
penſe des Comptes qui ont esté
rendus , des revenus & affaires
des Communautez auſquelles la
demande en ſera faite , feront
condamnez à la peine du quadruple
au profit desdites Communautez
, par les Intendans
Commiffaires départis dans les
Provinces & Genéralitez du
Royaume, &contraints au payement
comme pour les deniers&
affaires de Sa Majesté,ſans que
cette peine du quadruple puiſſe
estre réduite ny moderée pour
quelque cause
cefoit.
Fermer
8
p. 1-13
Les Ambassadeurs vont à l'Abbaye de Dénin. Description de cette Abbaye, & ce qui s'y passe. [titre d'après la table]
Début :
J'AY finy la troisiéme Partie du Voyage des Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Abbaye de Denain, Chanoinesses, Roi, Dames, Abbesse, Habits, Chapitre, Toile, Corps, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs vont à l'Abbaye de Dénin. Description de cette Abbaye, & ce qui s'y passe. [titre d'après la table]
de Valenciennes.
Comme M² de Ma
A
2 IV. P. du Voyage
galotti , Gouverneur de cette
Place , leur avoit parlé des
Chanoineſſes de Denin , qui
ſont ſur le chemin de Doüay
où ils alloient , ils s'arreſterent
à cette Abbaye pour les
voir. Le Chapitre de Denin
a eſté fondé par Saint Aldebert
Comte d'Oftre-van , &
Sainte Reine ſa Femme , qui
eſtoit Niepce du Roy Pepin.
Ils eurent dix filles qui toutes
ont eſté canoniſées. L'ainée
nommée Renfroye a eſté la
premiere Abbeffe , & eft Patronne
de Denin. Ils donnerent
tous leurs biens à leurs
des Amb. de Siam. 3
filles , qui furent les premieres
Chanoineſſes , mais dans la
ſuitte du temps , on a perdu
une partie du bien , & la Souveraineté
du Comté d'Oftrevan
qui eſt au Roy , comme
Cotede Hainaut. Les Chanoineſſes
confervent ſeulement le
titre de Comteſſes d'Oſtrevan.
LeChapitre eſt compoféde 18.
Dames Chanoineſſes. Il n'y a
preſentement que 14. places
remplies par Meſd. de Tenre
monde , de Marq, de la Pierre,
de la Hamet , de Merigny , de
Bouvigny,de Nedonchel,de la
Sies , de Mache ,de Naudion,
Aij
4 IV P. du Voyage
de Lans , de Vaudregrac , de
Pergues -Vignacourt , & du
Bellay. Il n'y a que cette derniere
qui ſoit Françoiſe. Les
autres font des meilleures
Maiſons des Païs-bas & de
Picardie , & elles font toutes
preuve de Nobleſſe de 8. quartiers
, avec beaucoup plus d'exactitude
que les Chevaliers
de Malthe . Les quatre autres
places font vacantes. Le Service
ſe fait avec une entiere
regularité , & l'on y dit l'Office
Romain. Les habits des
Chanoineſſes font blancs, une
jupe blanche , avec une bordes
Amb. de Siam. 5
dure de petit gris en bas , un
furplis de toile fine , dont les
manehes &le corps font faits
comme des corps de robe ,
bordé de velours noir , & un
grandmanteau doublé d'Hermine
toute blanche ; celuy de
l'Abbeſſe eſt moucheté . Elles
ont deux voiles de gaze blanche,
mais eftroits& plus courts
que
que ceux des Religieuſes des
Convents , & un petit couvrechef.
Tous les voiles font
d'une toile claire & empefée,
qui fait comme une maniere
de couronne. Les jours de Feftes
folemnelles , elles portent
A iij
6 IV. P. du Voyage
de grandes manches auffi longues
& larges que celles de
P'habit de S.Benoiſt. Chacune
eft coëffée ſous ſon voile comme
il luy plaiſt , mais fans rubans
; elles ont de petits mouchoirs
de toile de ſoye. Il n'y
a point preſentement d'Abbeffe,
& le Roy par des confiderations
particulieres , a
conſenty que les Dames ne
procedaſſent à aucune élection.
Le revenu qui appartient
à l'Abbeffe , doit eftre
employé à payer les dettes qui
ont eſté faites pendant les
Guerres. Quand l'Abbeſſe eſt
des Amb. de Siam. 7
morte , & qu'il en faut élire
une nouvelle , c'eſt toûjours
une des Dames de la maiſon .
L'Intendant & le Gouverneur
de la Province ſe doivent
trouver à l'élection . Chaque
Chanoineſſe a trois voix qu'elle
donne à qui elle veut. On
en élit trois , & le Roy choifit
celle qu'il luy plaift. Elle
ne fait aucun voeu non ,plus
que les autres Chanoineſſes.
Lors qu'elles viennent à ſemarier
, elles ne font que remerqu'on
leur a fait. Les mariacier
le Chapitre de l'honneur
ges ne ſe font jamais dans la
Aiiij
8 IV. P. du Voyage
Maiſon. Quand ces Dames
font leurs preuves , on fait jurer
dans l'Egliſe un Gentilhomme
que les quartiers de
la nouvelle Chanoineſſe ſont
nobles , & qu'il les connoiſt ,
aprés quoy elle ſe met à genoux
,& demande pour l'amour
de Dieu , de la Vierge ,
& de Sainte Remfroye , le
pain de la Maiſon qu'on luy
accorde , & on luy met deux
grands pains entre les mains
qu'elle fait diftribuer
Pauvres . Les Dames font
quatre années d'école aprés
leur reception. C'eſt ce qu'on
aux
A
des Amb. de Siam. 9
appelle faire Rigoureuse dans
lesChapitres d'Hommes.Pendant
ces quatre ans , elles ne
peuvent ny manquer au
Choeur , ny fortir la Maiſon.
Aprés cela elles ont deux mois
tous les ans à s'aller promener.
Les jeunes Chanoineſſes demeurent
chez les Anciennes ,
que l'on appelle Aînées , &
leur payent penſion. Il y en a
quatre qui prennent connoifſance
des affaires , & auſquelles
l'on s'adreſſe quand il n'y
a pas d'Abbeffe . Čes Chanoineffes
qui ſortoient de l'Office,
receurent en Corps les
10 IV. P. du Voyage
Ambaſſadeurs à la porte de
leur Convent ; la nouveauté
de leurs habits les ſurprit d'abord.
On les conduifit dans la
maiſon de la plus ancienne ,
où ils confidererent fort ces
habits qui ont quelque chofe
de tres-agreable & de tres
majestueux. Ils dirent qu'ils
n'en avoient point encore veu de
plus beaux , & que les habits
blancs convenoient mieux aux
Dames que ceux de toute autre
couleur , enfin ce blanc leur
plût tout-à-fait , parce que
leur Talapoins font veſtus de
blanc. On leur expliqua tou
des Amb. de Siam. 11
tes les regles de ce Convent
qu'ils trouverent fort commodes.
Ils dirent que ces Chanoineſſes
avoient des avantages
bien plus confiderables que les autres
Religieuses , & que si elles
estoient en leur Pais , elles feroient
mariées ſi-toſt qu'elles auroient
l'âge ou le mariage ſe permet.
Ces Chanoineſſes voulurent
les regaler , mais ils ne
prirent que du Thé, parce que
l'heure de leur dîner approchoit.
Ils s'arrêterent pour cet
effetà unVillage nomé Creon,
où le Maiſtre d'Hoſtel qui a
foin de leur Table , les ſervir
12 IV. P du Voyage
à l'ordinaire, c'eſt à dire qu'ils
y trouverent un repas auffi
ſomptueux que dans les meilleures
Villes. On prit enſuite
le chemin de Doüay. C'eſt
une Ville trés-forte ſur la riviere
de Scarpe. On croit
qu'elle estoit la Capitale du
Pays des Cattuaques , dont
parle Cefar dans ſes Commentaires
; & qu'Aſcanalde,
Officier du RoyClovis,y fonda
l'Egliſe de Noftre- Dame,
dans le cinquiéme fiecle. Elle.
a deux Collegiales . Il y aUniverſité
, qui y fut fondée en
1563. par Philippes II. Roy
des Anb. de Siam. 13
d'Eſpagne, à l'inſtance du Pape
Pie IV. Le Roy la prit en
1667. & elle luy fut cedée l'année
ſuivante par laPaix d'Aixla-
Chapelle.
Comme M² de Ma
A
2 IV. P. du Voyage
galotti , Gouverneur de cette
Place , leur avoit parlé des
Chanoineſſes de Denin , qui
ſont ſur le chemin de Doüay
où ils alloient , ils s'arreſterent
à cette Abbaye pour les
voir. Le Chapitre de Denin
a eſté fondé par Saint Aldebert
Comte d'Oftre-van , &
Sainte Reine ſa Femme , qui
eſtoit Niepce du Roy Pepin.
Ils eurent dix filles qui toutes
ont eſté canoniſées. L'ainée
nommée Renfroye a eſté la
premiere Abbeffe , & eft Patronne
de Denin. Ils donnerent
tous leurs biens à leurs
des Amb. de Siam. 3
filles , qui furent les premieres
Chanoineſſes , mais dans la
ſuitte du temps , on a perdu
une partie du bien , & la Souveraineté
du Comté d'Oftrevan
qui eſt au Roy , comme
Cotede Hainaut. Les Chanoineſſes
confervent ſeulement le
titre de Comteſſes d'Oſtrevan.
LeChapitre eſt compoféde 18.
Dames Chanoineſſes. Il n'y a
preſentement que 14. places
remplies par Meſd. de Tenre
monde , de Marq, de la Pierre,
de la Hamet , de Merigny , de
Bouvigny,de Nedonchel,de la
Sies , de Mache ,de Naudion,
Aij
4 IV P. du Voyage
de Lans , de Vaudregrac , de
Pergues -Vignacourt , & du
Bellay. Il n'y a que cette derniere
qui ſoit Françoiſe. Les
autres font des meilleures
Maiſons des Païs-bas & de
Picardie , & elles font toutes
preuve de Nobleſſe de 8. quartiers
, avec beaucoup plus d'exactitude
que les Chevaliers
de Malthe . Les quatre autres
places font vacantes. Le Service
ſe fait avec une entiere
regularité , & l'on y dit l'Office
Romain. Les habits des
Chanoineſſes font blancs, une
jupe blanche , avec une bordes
Amb. de Siam. 5
dure de petit gris en bas , un
furplis de toile fine , dont les
manehes &le corps font faits
comme des corps de robe ,
bordé de velours noir , & un
grandmanteau doublé d'Hermine
toute blanche ; celuy de
l'Abbeſſe eſt moucheté . Elles
ont deux voiles de gaze blanche,
mais eftroits& plus courts
que
que ceux des Religieuſes des
Convents , & un petit couvrechef.
Tous les voiles font
d'une toile claire & empefée,
qui fait comme une maniere
de couronne. Les jours de Feftes
folemnelles , elles portent
A iij
6 IV. P. du Voyage
de grandes manches auffi longues
& larges que celles de
P'habit de S.Benoiſt. Chacune
eft coëffée ſous ſon voile comme
il luy plaiſt , mais fans rubans
; elles ont de petits mouchoirs
de toile de ſoye. Il n'y
a point preſentement d'Abbeffe,
& le Roy par des confiderations
particulieres , a
conſenty que les Dames ne
procedaſſent à aucune élection.
Le revenu qui appartient
à l'Abbeffe , doit eftre
employé à payer les dettes qui
ont eſté faites pendant les
Guerres. Quand l'Abbeſſe eſt
des Amb. de Siam. 7
morte , & qu'il en faut élire
une nouvelle , c'eſt toûjours
une des Dames de la maiſon .
L'Intendant & le Gouverneur
de la Province ſe doivent
trouver à l'élection . Chaque
Chanoineſſe a trois voix qu'elle
donne à qui elle veut. On
en élit trois , & le Roy choifit
celle qu'il luy plaift. Elle
ne fait aucun voeu non ,plus
que les autres Chanoineſſes.
Lors qu'elles viennent à ſemarier
, elles ne font que remerqu'on
leur a fait. Les mariacier
le Chapitre de l'honneur
ges ne ſe font jamais dans la
Aiiij
8 IV. P. du Voyage
Maiſon. Quand ces Dames
font leurs preuves , on fait jurer
dans l'Egliſe un Gentilhomme
que les quartiers de
la nouvelle Chanoineſſe ſont
nobles , & qu'il les connoiſt ,
aprés quoy elle ſe met à genoux
,& demande pour l'amour
de Dieu , de la Vierge ,
& de Sainte Remfroye , le
pain de la Maiſon qu'on luy
accorde , & on luy met deux
grands pains entre les mains
qu'elle fait diftribuer
Pauvres . Les Dames font
quatre années d'école aprés
leur reception. C'eſt ce qu'on
aux
A
des Amb. de Siam. 9
appelle faire Rigoureuse dans
lesChapitres d'Hommes.Pendant
ces quatre ans , elles ne
peuvent ny manquer au
Choeur , ny fortir la Maiſon.
Aprés cela elles ont deux mois
tous les ans à s'aller promener.
Les jeunes Chanoineſſes demeurent
chez les Anciennes ,
que l'on appelle Aînées , &
leur payent penſion. Il y en a
quatre qui prennent connoifſance
des affaires , & auſquelles
l'on s'adreſſe quand il n'y
a pas d'Abbeffe . Čes Chanoineffes
qui ſortoient de l'Office,
receurent en Corps les
10 IV. P. du Voyage
Ambaſſadeurs à la porte de
leur Convent ; la nouveauté
de leurs habits les ſurprit d'abord.
On les conduifit dans la
maiſon de la plus ancienne ,
où ils confidererent fort ces
habits qui ont quelque chofe
de tres-agreable & de tres
majestueux. Ils dirent qu'ils
n'en avoient point encore veu de
plus beaux , & que les habits
blancs convenoient mieux aux
Dames que ceux de toute autre
couleur , enfin ce blanc leur
plût tout-à-fait , parce que
leur Talapoins font veſtus de
blanc. On leur expliqua tou
des Amb. de Siam. 11
tes les regles de ce Convent
qu'ils trouverent fort commodes.
Ils dirent que ces Chanoineſſes
avoient des avantages
bien plus confiderables que les autres
Religieuses , & que si elles
estoient en leur Pais , elles feroient
mariées ſi-toſt qu'elles auroient
l'âge ou le mariage ſe permet.
Ces Chanoineſſes voulurent
les regaler , mais ils ne
prirent que du Thé, parce que
l'heure de leur dîner approchoit.
Ils s'arrêterent pour cet
effetà unVillage nomé Creon,
où le Maiſtre d'Hoſtel qui a
foin de leur Table , les ſervir
12 IV. P du Voyage
à l'ordinaire, c'eſt à dire qu'ils
y trouverent un repas auffi
ſomptueux que dans les meilleures
Villes. On prit enſuite
le chemin de Doüay. C'eſt
une Ville trés-forte ſur la riviere
de Scarpe. On croit
qu'elle estoit la Capitale du
Pays des Cattuaques , dont
parle Cefar dans ſes Commentaires
; & qu'Aſcanalde,
Officier du RoyClovis,y fonda
l'Egliſe de Noftre- Dame,
dans le cinquiéme fiecle. Elle.
a deux Collegiales . Il y aUniverſité
, qui y fut fondée en
1563. par Philippes II. Roy
des Anb. de Siam. 13
d'Eſpagne, à l'inſtance du Pape
Pie IV. Le Roy la prit en
1667. & elle luy fut cedée l'année
ſuivante par laPaix d'Aixla-
Chapelle.
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Résumé : Les Ambassadeurs vont à l'Abbaye de Dénin. Description de cette Abbaye, & ce qui s'y passe. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam à l'abbaye de Denin, située sur le chemin de Douai. Cette abbaye, fondée par Saint Aldebert et Sainte Reine, nièce du roi Pépin, abritait dix religieuses toutes canonisées. La première abbesse, Renfroye, est la patronne de Denin. Les chanoinesses de l'abbaye, au nombre de quatorze, proviennent des meilleures familles des Pays-Bas et de Picardie et doivent prouver une noblesse de huit quartiers. Leur habit est blanc, avec des accessoires spécifiques pour les jours de fêtes solennelles. Actuellement, l'abbaye n'a pas d'abbesse, et le roi a interdit toute élection. Les chanoinesses suivent un régime de vie régulier, incluant des périodes d'école et de promenade. Lors de leur réception, elles doivent prouver leur noblesse et distribuer du pain aux pauvres. Les ambassadeurs furent impressionnés par leurs habits et leurs règles de vie, les trouvant avantageuses comparées à d'autres religieuses. Après leur visite à Denin, les ambassadeurs se rendirent à Douai, une ville forte située sur la rivière Scarpe. Douai est connue pour son université, fondée en 1563 par Philippe II d'Espagne et cédée à la France en 1668.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 306-326
Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si inconstant que la Mode, & quoy que [...]
Mots clefs :
Mode, Habits, Éventails à la siamoise, Poches, Modes, Habit, Étoffe, Corps, Galon, Usage, Nouvelle, Argent, Agréable, Justaucorps, Inconstant, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Rien n'est si inconstant
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
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Résumé : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte aborde l'inconstance de la mode en France, notant que les tendances changent fréquemment, rendant difficile leur suivi. Les modes sont nombreuses et instables, et il est essentiel d'être à la mode pour éviter de paraître ridicule ou avare. Cependant, s'y conformer excessivement peut également devenir ridicule. Les modes estivales sont arrivées tardivement, poussant beaucoup à se faire confectionner des habits d'été en drap fin. La tendance récente la plus constante a été celle des culottes d'une étoffe différente de celle des justaucorps, mais cette mode commence à évoluer. Les justaucorps actuels sont plus larges au bas, avec des manches à boutons et plates, et des revers légèrement réduits. Les poches, appelées poches de chasse, sont variées et bizarres, avec des coupes et des ornements différents. Les étoffes à la mode incluent les ras de Siam, de Queue, de Bec et de Castor, avec des couleurs verdâtres bannies et des teintes de muse clair et café en usage. Les habits sont doublés de petits taffetas d'Angleterre glacés et jaspez, assortis aux étoffes des habits. Les habits distingués sont ornés de galons d'or ou d'argent, avec des broderies en or passé. Les vestes à la mode sont en étoffe nouvelle, avec des fonds de gros de Tours rayés d'or et des fleurs d'or à l'Indienne. Les cravates sont toujours en col avec des plis gros, et les chapeaux gris sont peu à la mode. Les habits unis avec des boutons de la même couleur que le tissu sont également en vogue. Les justaucorps des personnes de qualité sont souvent ornés de galons d'or ou d'argent. Les manteaux des femmes sont en gros taffetas de couleur, avec des galons et des rubans. Les dames portent des guimpes et des éventails à fond d'or et d'argent, avec des figures de la Chine. Les colliers de perles sont gros et fins, et les souliers sont à l'Angloise, avec des gants glacés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 73-89
MARIAGES.
Début :
Le courier qui portoit les dispenses des mariages de M. [...]
Mots clefs :
Princes, Princesses, Versailles, Habits, Diamants, Cérémonies, Aumôniers, Cour
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le courier qui portoit les
dispenses des mariages de
M. le Duc avec Mademoiselle
de Conti, & de M. le
Prince de Conti avec Mademoiselle
de Bourbon, arriva
de Rome à Versailles le
4.Juillet, a dix heures du
matin. Sa Majeste declara
sur le soir qu'on feroit les
fiançailles le 8. a six heures
dusoir, & les mariages le
9. à onze heures & demie
du matin. Le Samedi au soir
M.le Duc de Berry & Ma..
dame la Duchesse de Berry,
tous les Princes & Prin
cesses y vinrent vefus magnifiquement
Le Roy portoit
ce jourlà un habit de
pluye d'or ; M. le Due de-
Berry en portoit un des
pluye d'argent. Madame lat
Duchesse de Berryavoitun
habit d'une étoffe d'ortout
parsemé de perles & de dia..,
mans, & sa coëfure en ecoiû
touce remplie, Sa Majeur
lui ayant envoyé le 6. roures
les pierreries de la Cou-j
ronne pour s'en parer; to
l'on assure qu'elle en portoit
pour plus de dix-huit
millions. M.le Due & M.le
Prince de Conti portoient
un habit & un manteau d'é.
toffed'or;Mademoiselle de
Bourbon & Mademoiselle
de Conti avoient des habits
d'étoffe d'or, avec une
mante de la même e'toffc,
dont les queues etoient teespar por- • Mademoiselle de
Charolois ôc Mademoiselle
de la Rochcfuryon,&:quan.
tité d'agraffes de diamans;
leurs coëfures en etoient
toutes brillantes. La cercmonie
fut faire dans le cabiner
du Roy par M.le Cardinal
de Rohan grand Aumônier,
en presence du Curé
de Versailles. Le lendemain
9. a onze heures trois
quarts, M.le Due de Berry
(é renditaucabinet duRoy,
revêtu d'un habit d'étoffe
d'argent; ensuite Madame
la DuchessedeBerry, dont
l'habit, qui étoit aussi d'étoffe
d'argent, & la coëfure
ébloüissoient les yeux par
le grand nombre de diamans
dont ils étoient remplis.
Son colier & ses pendeloques
étoient d'un prix
inestimable
;
sa jupe etoit
couverte d'un poinr d'Espagne
d'argent Les fiancez
étoient habillez de même
que lc jour precedent: rhais
les habits des fiancées éroient
d'étosse d'argent, de
même que ceux des autres
Princes & Princesses du
sang. M. le Duc de Berry
avoit la Toison d'or & la
Croix du Saint Esprit,toutes
couvertes de diamans;
il en avoit un d'une grosseur
prodigieuse au chapeau.
M.leDuc d'Orleans
étoit rrés magnifique; Madame
la Duchesse d'Orleans
avoit une coëfure de
trés-bon goût, route parsemée
de diamans trés-brillans,
de même que son ha- ]
bit &ses pendeloques dcj
grand prix. Les habits de
tous les Princes & Princesses
du Sang, aussi-bien que
ceux de tous les Seigneurs
& Dames de la Cour, répondoient
à la magnificent
ce de ceux dont je viens de
vous faire le détail. Le Roy,
accompagné de tous les
Princes & Princesses du
Sang, traversa la galerie &
eus les appartemens, qui
étoient remplis d'une infilice
de personnes qui s'y
étoient renduës de Paris:
& étant arrivé à la Chapele,
aprés avoir fait sa priere
sur son prie- Dieu, il alla auprés
du marchepied de l'autel,
où les fancez & fiancées
étoient a genoux sur
des carreaux de velours,
M. le Duc étant à la droite
avec la Princesse son épouse,&
M.le Prince de ~Conci
à la gauche avec la Princesse
son épouse. M.le Cardinal,
qui étoit assis avec
la mitre & la crosse, commeÍlça
la ceremonie, pendant
laquelle Sa Majestedemeura
debout, & a la fin
Elle se remit sur son prie-
Dieu, ayant au-devant sur
la droite M. l'Abbé d'Entragues,
M.l'Abbe de Choiseul,
M. l'Abbé deMaulevrier,
M. l'Abbé duCambout
, tous quatre ses Aumoniers
;
sur la gauche etoient
M.le Cardinal Gualtieri,
M.Ie Cardinal de Polignac,
& quatre Evêques,
tous en camail & en roichcc;
un peu au-dessus du
Roy, sur la droite M.le Duc
deBerry étoit à genoux sur
IUn carreau de velours,ayant
a son côté M. l'Abbé Berard,
un de ses Aumôniers.
immediatement aprés le
Roy sur la gauche Madame
la Duchesse de Berry
etoit a genoux sur un carreau
de velours, ayant à
son côté M. l'Abbé deCastres
&: M. l'Abbé Rouget,
tous deux ses Aumoniers.
Au-dessous de M. le Duc
de Berry étoit M. le Duc
d'Orleans,ayant a son côté
M.l'AbbédeTressan&M.
l'Abbé Malet
, tous deux
ses Aumôniers. Madame la
Duchesse d'Orleans venoit
ensuite, ayant à son cote
M. l'Abbé Genest, un de
ses Aumoniers. Tous les
Princes & Princesses du
Sang étoient placez ensuite,
chacun felon son rang,
excepté Madame,quiétoit
en haut dans la tribune. A<
droite & à gauche derriere
les Princes étoient placez
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour. A la fin de
la Messe le grand Maître;
des Ceremonies porta le
pegiftre sur le prie Dieu ;
le
oy signa, ensuiteM. le
Duc de Berry, Madame la
Duchesse de Berry, Malame
la Princesse, Madaa
Duchesse, M. le Duc &
Madame la Duchesse son
épouse, Madame la Prinresse
de Conri,M.le Prince
de Conti & Madame la
Princesse de Conti son épouse.
Tous ces Princes se
rendirent le nlêrne soir à
dix heures dans l'antichambre
du Roy, où se fitla
noce sur une table en long
de vingt trois couvcrts. Le
Roy étoit place tout seul atf
bour de la cable, ayantà sa
droite M. le Duc de Berry
à sa gauche Madame la Duc
chesse de Berry, & enfuie
Madame, M. le Duc d'OrJ
leans, Madame la Duch.
fie d'Orleans, M.le Duc
de Charrres, qui ne s'etoit
pas trouve a la ceremonie
du mariage
,
Madame la
princesse, Madame la Duchesse,
M. le Duc dc Madame
la Duchesse de Bourbon
,M.le Comte de Charolois,
Mademoiselle de
Charolois, Mademoiselle
Jde Clermont, Madame la
Princesse de Conti, M. lc
Prince de Conti & Madame
la Princesse de Conti,
Mademoiselle de laRoc heuryon,
M.le Duc duMaine,
Madame la Duchesse
du Maine, M. le Prince de
Dombes,M.le Comte d'Eu,
M. le Comte de Toulouse,
tous placez chacun selon on
rang. A la fin du soupé
on
entra dans le cabinet du
Roy) d'ou son ressortit peu
apres pour aller chez Madame
laPrincesse,qui avoit
fait preparer deux appartemens
pour les nouveaux
mariez. Le Roy donna
la chemise aux deux
Princes, & Madame la Duchesse
de Berry aux deux
Princesses. Le lendemain les
Roy,M.le Dauphin, M. les
Duc de Berry, Madame la
Duchesse de Berry, tous les
Princes, Princesses, Sei
gneurs & Dames de la Cou
rendirent visite aux nouveaux
mariez. Les deux
Princesses reçûrent toutes
les visites habillées,coësées,
& affiles sur leur lit,
ayant derriere des car- reaux. Le II. elles rendirent
leurs visites. Madame la
Duchesse fit pressent à sa brû
d'une bourse dans laquelle
il y avoit vingc mille livres
enor,& d'une corbeille où
il y avoit en rubans ou autres
bijoux pour quarante
mille livres
: Madame la
Princesse de Conti donna à
sa brû une boëte d'or
,
dans
laquelle il y avoit des pendeloques
estimées dix mille
écus.
Le Roy a donné cent
cinquante mille livres à
chacun des deux Princes, 3c
cent mille livres à chacune des
deux Princesses.
On oublioit de dire que M le
Due, Madame laDuchesse, M.
le Prince de Conti, Madame la
Princesse de Conti allerent à
l'offrande, renant chacun un
cierge a la main, & à chaque
cierge il yavoit 25.louis d'or.
Commeje me suis engagé
de ne dóner aucunes loüan-
-
ges de moy-meme aux pieces
de merite, je me conren--
terai de vous dire que les
vers suivans ont eu beaucoup
de succés à la Cour. Je:
laisse aux personnes qui ondfa du
du goût pour la Poësie, à juger
de la valeur de cet ouvrage,
plein de juftcflfe, qui
a cce lû avec bien des agrémens
pour l'auteur.
Le courier qui portoit les
dispenses des mariages de
M. le Duc avec Mademoiselle
de Conti, & de M. le
Prince de Conti avec Mademoiselle
de Bourbon, arriva
de Rome à Versailles le
4.Juillet, a dix heures du
matin. Sa Majeste declara
sur le soir qu'on feroit les
fiançailles le 8. a six heures
dusoir, & les mariages le
9. à onze heures & demie
du matin. Le Samedi au soir
M.le Duc de Berry & Ma..
dame la Duchesse de Berry,
tous les Princes & Prin
cesses y vinrent vefus magnifiquement
Le Roy portoit
ce jourlà un habit de
pluye d'or ; M. le Due de-
Berry en portoit un des
pluye d'argent. Madame lat
Duchesse de Berryavoitun
habit d'une étoffe d'ortout
parsemé de perles & de dia..,
mans, & sa coëfure en ecoiû
touce remplie, Sa Majeur
lui ayant envoyé le 6. roures
les pierreries de la Cou-j
ronne pour s'en parer; to
l'on assure qu'elle en portoit
pour plus de dix-huit
millions. M.le Due & M.le
Prince de Conti portoient
un habit & un manteau d'é.
toffed'or;Mademoiselle de
Bourbon & Mademoiselle
de Conti avoient des habits
d'étoffe d'or, avec une
mante de la même e'toffc,
dont les queues etoient teespar por- • Mademoiselle de
Charolois ôc Mademoiselle
de la Rochcfuryon,&:quan.
tité d'agraffes de diamans;
leurs coëfures en etoient
toutes brillantes. La cercmonie
fut faire dans le cabiner
du Roy par M.le Cardinal
de Rohan grand Aumônier,
en presence du Curé
de Versailles. Le lendemain
9. a onze heures trois
quarts, M.le Due de Berry
(é renditaucabinet duRoy,
revêtu d'un habit d'étoffe
d'argent; ensuite Madame
la DuchessedeBerry, dont
l'habit, qui étoit aussi d'étoffe
d'argent, & la coëfure
ébloüissoient les yeux par
le grand nombre de diamans
dont ils étoient remplis.
Son colier & ses pendeloques
étoient d'un prix
inestimable
;
sa jupe etoit
couverte d'un poinr d'Espagne
d'argent Les fiancez
étoient habillez de même
que lc jour precedent: rhais
les habits des fiancées éroient
d'étosse d'argent, de
même que ceux des autres
Princes & Princesses du
sang. M. le Duc de Berry
avoit la Toison d'or & la
Croix du Saint Esprit,toutes
couvertes de diamans;
il en avoit un d'une grosseur
prodigieuse au chapeau.
M.leDuc d'Orleans
étoit rrés magnifique; Madame
la Duchesse d'Orleans
avoit une coëfure de
trés-bon goût, route parsemée
de diamans trés-brillans,
de même que son ha- ]
bit &ses pendeloques dcj
grand prix. Les habits de
tous les Princes & Princesses
du Sang, aussi-bien que
ceux de tous les Seigneurs
& Dames de la Cour, répondoient
à la magnificent
ce de ceux dont je viens de
vous faire le détail. Le Roy,
accompagné de tous les
Princes & Princesses du
Sang, traversa la galerie &
eus les appartemens, qui
étoient remplis d'une infilice
de personnes qui s'y
étoient renduës de Paris:
& étant arrivé à la Chapele,
aprés avoir fait sa priere
sur son prie- Dieu, il alla auprés
du marchepied de l'autel,
où les fancez & fiancées
étoient a genoux sur
des carreaux de velours,
M. le Duc étant à la droite
avec la Princesse son épouse,&
M.le Prince de ~Conci
à la gauche avec la Princesse
son épouse. M.le Cardinal,
qui étoit assis avec
la mitre & la crosse, commeÍlça
la ceremonie, pendant
laquelle Sa Majestedemeura
debout, & a la fin
Elle se remit sur son prie-
Dieu, ayant au-devant sur
la droite M. l'Abbé d'Entragues,
M.l'Abbe de Choiseul,
M. l'Abbé deMaulevrier,
M. l'Abbé duCambout
, tous quatre ses Aumoniers
;
sur la gauche etoient
M.le Cardinal Gualtieri,
M.Ie Cardinal de Polignac,
& quatre Evêques,
tous en camail & en roichcc;
un peu au-dessus du
Roy, sur la droite M.le Duc
deBerry étoit à genoux sur
IUn carreau de velours,ayant
a son côté M. l'Abbé Berard,
un de ses Aumôniers.
immediatement aprés le
Roy sur la gauche Madame
la Duchesse de Berry
etoit a genoux sur un carreau
de velours, ayant à
son côté M. l'Abbé deCastres
&: M. l'Abbé Rouget,
tous deux ses Aumoniers.
Au-dessous de M. le Duc
de Berry étoit M. le Duc
d'Orleans,ayant a son côté
M.l'AbbédeTressan&M.
l'Abbé Malet
, tous deux
ses Aumôniers. Madame la
Duchesse d'Orleans venoit
ensuite, ayant à son cote
M. l'Abbé Genest, un de
ses Aumoniers. Tous les
Princes & Princesses du
Sang étoient placez ensuite,
chacun felon son rang,
excepté Madame,quiétoit
en haut dans la tribune. A<
droite & à gauche derriere
les Princes étoient placez
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour. A la fin de
la Messe le grand Maître;
des Ceremonies porta le
pegiftre sur le prie Dieu ;
le
oy signa, ensuiteM. le
Duc de Berry, Madame la
Duchesse de Berry, Malame
la Princesse, Madaa
Duchesse, M. le Duc &
Madame la Duchesse son
épouse, Madame la Prinresse
de Conri,M.le Prince
de Conti & Madame la
Princesse de Conti son épouse.
Tous ces Princes se
rendirent le nlêrne soir à
dix heures dans l'antichambre
du Roy, où se fitla
noce sur une table en long
de vingt trois couvcrts. Le
Roy étoit place tout seul atf
bour de la cable, ayantà sa
droite M. le Duc de Berry
à sa gauche Madame la Duc
chesse de Berry, & enfuie
Madame, M. le Duc d'OrJ
leans, Madame la Duch.
fie d'Orleans, M.le Duc
de Charrres, qui ne s'etoit
pas trouve a la ceremonie
du mariage
,
Madame la
princesse, Madame la Duchesse,
M. le Duc dc Madame
la Duchesse de Bourbon
,M.le Comte de Charolois,
Mademoiselle de
Charolois, Mademoiselle
Jde Clermont, Madame la
Princesse de Conti, M. lc
Prince de Conti & Madame
la Princesse de Conti,
Mademoiselle de laRoc heuryon,
M.le Duc duMaine,
Madame la Duchesse
du Maine, M. le Prince de
Dombes,M.le Comte d'Eu,
M. le Comte de Toulouse,
tous placez chacun selon on
rang. A la fin du soupé
on
entra dans le cabinet du
Roy) d'ou son ressortit peu
apres pour aller chez Madame
laPrincesse,qui avoit
fait preparer deux appartemens
pour les nouveaux
mariez. Le Roy donna
la chemise aux deux
Princes, & Madame la Duchesse
de Berry aux deux
Princesses. Le lendemain les
Roy,M.le Dauphin, M. les
Duc de Berry, Madame la
Duchesse de Berry, tous les
Princes, Princesses, Sei
gneurs & Dames de la Cou
rendirent visite aux nouveaux
mariez. Les deux
Princesses reçûrent toutes
les visites habillées,coësées,
& affiles sur leur lit,
ayant derriere des car- reaux. Le II. elles rendirent
leurs visites. Madame la
Duchesse fit pressent à sa brû
d'une bourse dans laquelle
il y avoit vingc mille livres
enor,& d'une corbeille où
il y avoit en rubans ou autres
bijoux pour quarante
mille livres
: Madame la
Princesse de Conti donna à
sa brû une boëte d'or
,
dans
laquelle il y avoit des pendeloques
estimées dix mille
écus.
Le Roy a donné cent
cinquante mille livres à
chacun des deux Princes, 3c
cent mille livres à chacune des
deux Princesses.
On oublioit de dire que M le
Due, Madame laDuchesse, M.
le Prince de Conti, Madame la
Princesse de Conti allerent à
l'offrande, renant chacun un
cierge a la main, & à chaque
cierge il yavoit 25.louis d'or.
Commeje me suis engagé
de ne dóner aucunes loüan-
-
ges de moy-meme aux pieces
de merite, je me conren--
terai de vous dire que les
vers suivans ont eu beaucoup
de succés à la Cour. Je:
laisse aux personnes qui ondfa du
du goût pour la Poësie, à juger
de la valeur de cet ouvrage,
plein de juftcflfe, qui
a cce lû avec bien des agrémens
pour l'auteur.
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Résumé : MARIAGES.
Le courrier apportant les dispenses pour les mariages de M. le Duc avec Mademoiselle de Conti et de M. le Prince de Conti avec Mademoiselle de Bourbon est arrivé à Versailles le 4 juillet. Le roi a annoncé que les fiançailles auraient lieu le 8 juillet à 18 heures et les mariages le 9 juillet à 11 heures 30. Le 8 juillet, les fiançailles ont été célébrées en présence de tous les princes et princesses, magnifiquement vêtus. Le roi portait un habit de pluie d'or, tandis que M. le Duc de Berry portait un habit de pluie d'argent. Madame la Duchesse de Berry était parée de pierreries de la couronne, évaluées à plus de dix-huit millions. Les fiancés et les autres princes portaient des habits d'étoffe d'or ou d'argent, ornés de diamants. Le 9 juillet, les mariages ont été célébrés dans le cabinet du roi par M. le Cardinal de Rohan. Les fiancés et les autres princes étaient habillés de manière similaire à la veille, mais avec des habits d'étoffe d'argent. La cérémonie s'est déroulée en présence de nombreux seigneurs et dames de la cour. Après la messe, le roi et les princes ont signé le registre. Le soir, un banquet a été organisé dans l'antichambre du roi, suivi de visites aux nouveaux mariés. Le roi et Madame la Duchesse de Berry ont offert des présents aux couples. Le roi a également fait des dons financiers aux princes et princesses. Les mariés ont assisté à l'offrande, chacun tenant un cierge avec 25 louis d'or.
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11
p. 236-237
Cas de conscience. [titre d'après la table]
Début :
Cas de conscience. J'ay pensé me faire un scrupule [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cas de conscience. [titre d'après la table]
Cas de confciense. J'ay
pensé me faire un scrupule
d'annoncer au Public un Tailleur,
même un Tailleur extra^
ordinaire, cependant je m'y
fuis déterminé en faveur dela
nouveauté du cas.
,
- Le sieur le Pelletier,Maistre ;
Tailleur d'Habits, s'estavisé
d'un expedient utile,commode
,
&gascon si l'on veut. Il
a seul le secret de faire des habits.
sans envers, habits doubles
, ou portans leurs Surtouts,
de quelque étoffe que
ce soit, & de quelque maniere
qu'on les puisse souhaiter. Sa
demeure est ruë S. Marrin ;
cul de sac S Fiacre, chez Mr
Caboche, Marchand Chapelier,
vis à-vis S. Mederic.
pensé me faire un scrupule
d'annoncer au Public un Tailleur,
même un Tailleur extra^
ordinaire, cependant je m'y
fuis déterminé en faveur dela
nouveauté du cas.
,
- Le sieur le Pelletier,Maistre ;
Tailleur d'Habits, s'estavisé
d'un expedient utile,commode
,
&gascon si l'on veut. Il
a seul le secret de faire des habits.
sans envers, habits doubles
, ou portans leurs Surtouts,
de quelque étoffe que
ce soit, & de quelque maniere
qu'on les puisse souhaiter. Sa
demeure est ruë S. Marrin ;
cul de sac S Fiacre, chez Mr
Caboche, Marchand Chapelier,
vis à-vis S. Mederic.
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Résumé : Cas de conscience. [titre d'après la table]
Le texte traite d'un dilemme concernant la promotion d'un tailleur exceptionnel, le sieur Le Pelletier. Ce dernier a inventé une méthode pour créer des habits sans envers, doubles ou portant leurs surts, quelle que soit l'étoffe. Sa boutique est située rue Saint-Martin, cul-de-sac Saint-Fiacre, chez Monsieur Caboche, marchand chapelier, en face de Saint-Médéric.
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12
p. 2624-2628
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, au sujet des anciens Réglemens sur les habits & sur la dépense de bouche, dont il est fait mention dans le Mercure de Septembre 1730.
Début :
Le Public doit vous sçavoir gré, Messieurs, de ce qu'à l'occasion des [...]
Mots clefs :
Règlement, Henri II, Charles IX, Luxe, Habits, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, au sujet des anciens Réglemens sur les habits & sur la dépense de bouche, dont il est fait mention dans le Mercure de Septembre 1730.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
, au fujet des anciens Réglemens fur
les habits & fur la dépense de bouche
dont il eft fait mention dans le Mercure
de Septembre 1730,
E Public doit vous fçavoir gré
Meffieurs , de ce qu'à l'occafion des
modes actuellement en ufage dans les
habillemens , vous lui faites part des Reglemens
quefirent autrefois les Rois Henri
II. & Charles IX. pour reprimer le
luxe qui regnoit de leur tems , & pour
empêcher que les conditions & differens
I. Vol,
Etats
DECEMBRE. 1736. 2623
Etats ne fuflent confondus ; ce font des
Ordonnances qui ne fçauroient être trop
connues dans notre fiecle. En paffant
yous déclarez affez votre fentiment fur
les paniers des Dames , & vous l'aviez
déja fait en 1728. mais le petit coup que
vous leur donnez ne fera jamais capable
de les faire tomber . Il en fera comme de
ces eaux qui s'enflent à mesure qu'on les
frappe peut-être auffi qu'à force de s'enfler
il leur arrivera la même choſe qu'à
la Grenouille de la Fable ; il n'en faut
pas tout à fait defefperer.
On voit une infinité d'anciennes repréfentations
de Dames & de Demoiselles
aux vitrages des Eglifes & dans les Tapifferies
gothiques de deux à trois censt
ans ; mais je ne crois pas qu'il s'y en tronve
aucune habillée de la maniere dont eft
celle que vous avez fait graver . Une chofe
qui doit embaraffer ceux qui écrivent
en Latin l'Hiftoire des François & de
leurs ufages , eft le terme qu'ils employeront
pour fignifier cette forte d'habillement.
En vain le chercheroient- ils dans
les Ecrivains du fiecle d'Augufte. Je le
leur donne même à choisir parmi les quatre
cent mots ou environ que le Gloffaire
de la moyenne & bafle Latinité
rapporte à l'article de re veftiaria ; on
croit quelquefois avoir trouvé le mot
D iij fpe- 1. Vol
2626 MERCURE DE FRANCE
Specifique , & lorfque l'on a recours au
paffage d'où il eft tiré , on découvre que
ce qu'on prenoit pour un habit de femme
eft un habit d'homme . C'est ce que
j'ai reconnu au mot jupa qui m'avoit
frappé. En effet plufieurs perfonnes foutiennent
que les habits des hommes ont
été autrefois bien plus variés , plus amples
& plus fuperbes qu'ils ne font communément
, & que le luxe n'eft refté que
dans ceux des femmes. Permettez encore
M M. qu'à l'occafion de ce Catalogue
des anciens habits je vous dife ce qui m'eft
venu en penſée ; il ne feroit peut - être
pas inutile qu'à mesure que vous ferez
préfent au Public d'une nouvelle Eftampe
des modes courantes , quelqu'un d'entre
vous y ajoutât,pour la fatisfaction de ceux
qui font plus curieux des chofes paffées
que des prefentes , un petit éclairciffement
fur ces anciens habillemens ; la matiere
pourroit quelquefois réjouir les efprits
les plus mélancoliques . Pour moi ,
qui ne fuis pas moins curieux de connoître
les Reglemens qui ont été faits
pour moderer la dépenfe de la table que
ceux qui répriment le luxe des habits ou
qui en aboliffent certaines formes , je
fouhaiterois auffi très fort en voir une
compilation imprimée au bout de notre
Apicius François , ce feroit là fa place
I. Vol. naturelle
DECEMBRE . 1730. 2627
naturelle ; vous comprenez de quel Livre
je veux parler. Ce qui a irrité ma curio
fité fur cet article c'eft la lecture que je
viens de faire par hazard d'une Ordonnance
du Roi Philippe le Hardi de l'an
279. émanée à Paris dans fon Lit de
Juſtice , & rapportée en ces termes par
la Chronique de Rouen donnée par le
Pere Labbe : Statutum fuit in Parlamento
Parifiis à Domino Rege Philippo , & ejus
Baronibus , quod nullus poffit dare in fuo
convivio cum potagio præter duo fercula cum
quodam interferculo : & fuit poena appofita
contra omnes fuper hoc delinquentes. Voilà
un Reglement pour tous les Sujets du
Roi , défenſe d'avoir avec le potage au
delà de deux plats , avec un plat d'entremets.
La même défenſe fut réïterée
aux Gens d'Eglife dans un Concile de
Rheims au bout de quelques années ,
encore n'y eft il point fait mention d'entremets
: Statuimus , dit le Canon 5. de
ce Concile tenu en 1304. ut omnes &fingala
perfona Ecclefiaftica Remenfis Provin
cia in fingulis conviviis fint contente potagio
& duobus ferculis , nifi magnitudo perfonarumfupervenientium
aliud requirat. J'ai
traduit le mot ferculum par celui de plat ,
& je ne crois pas qu'on puiffe l'entendre
autrement , parceque s'il falloit rendre
mot par celui de fervice , le Roi ni le
I. Vol. D iiij Conr
2628 MERCURE DE FRANCE
Concile n'auroient pas impofé une grande
mortification en ordonnant de fe contenter
de trois fervices dans chaque repas,
puifqu'à chacun des trois fervices on peut
mettre cinq , fix , dix , douze , quinze
& vingt plats differens. Je fuis & c.
**
V
LA
Ce 13. Novembre 1730.
, au fujet des anciens Réglemens fur
les habits & fur la dépense de bouche
dont il eft fait mention dans le Mercure
de Septembre 1730,
E Public doit vous fçavoir gré
Meffieurs , de ce qu'à l'occafion des
modes actuellement en ufage dans les
habillemens , vous lui faites part des Reglemens
quefirent autrefois les Rois Henri
II. & Charles IX. pour reprimer le
luxe qui regnoit de leur tems , & pour
empêcher que les conditions & differens
I. Vol,
Etats
DECEMBRE. 1736. 2623
Etats ne fuflent confondus ; ce font des
Ordonnances qui ne fçauroient être trop
connues dans notre fiecle. En paffant
yous déclarez affez votre fentiment fur
les paniers des Dames , & vous l'aviez
déja fait en 1728. mais le petit coup que
vous leur donnez ne fera jamais capable
de les faire tomber . Il en fera comme de
ces eaux qui s'enflent à mesure qu'on les
frappe peut-être auffi qu'à force de s'enfler
il leur arrivera la même choſe qu'à
la Grenouille de la Fable ; il n'en faut
pas tout à fait defefperer.
On voit une infinité d'anciennes repréfentations
de Dames & de Demoiselles
aux vitrages des Eglifes & dans les Tapifferies
gothiques de deux à trois censt
ans ; mais je ne crois pas qu'il s'y en tronve
aucune habillée de la maniere dont eft
celle que vous avez fait graver . Une chofe
qui doit embaraffer ceux qui écrivent
en Latin l'Hiftoire des François & de
leurs ufages , eft le terme qu'ils employeront
pour fignifier cette forte d'habillement.
En vain le chercheroient- ils dans
les Ecrivains du fiecle d'Augufte. Je le
leur donne même à choisir parmi les quatre
cent mots ou environ que le Gloffaire
de la moyenne & bafle Latinité
rapporte à l'article de re veftiaria ; on
croit quelquefois avoir trouvé le mot
D iij fpe- 1. Vol
2626 MERCURE DE FRANCE
Specifique , & lorfque l'on a recours au
paffage d'où il eft tiré , on découvre que
ce qu'on prenoit pour un habit de femme
eft un habit d'homme . C'est ce que
j'ai reconnu au mot jupa qui m'avoit
frappé. En effet plufieurs perfonnes foutiennent
que les habits des hommes ont
été autrefois bien plus variés , plus amples
& plus fuperbes qu'ils ne font communément
, & que le luxe n'eft refté que
dans ceux des femmes. Permettez encore
M M. qu'à l'occafion de ce Catalogue
des anciens habits je vous dife ce qui m'eft
venu en penſée ; il ne feroit peut - être
pas inutile qu'à mesure que vous ferez
préfent au Public d'une nouvelle Eftampe
des modes courantes , quelqu'un d'entre
vous y ajoutât,pour la fatisfaction de ceux
qui font plus curieux des chofes paffées
que des prefentes , un petit éclairciffement
fur ces anciens habillemens ; la matiere
pourroit quelquefois réjouir les efprits
les plus mélancoliques . Pour moi ,
qui ne fuis pas moins curieux de connoître
les Reglemens qui ont été faits
pour moderer la dépenfe de la table que
ceux qui répriment le luxe des habits ou
qui en aboliffent certaines formes , je
fouhaiterois auffi très fort en voir une
compilation imprimée au bout de notre
Apicius François , ce feroit là fa place
I. Vol. naturelle
DECEMBRE . 1730. 2627
naturelle ; vous comprenez de quel Livre
je veux parler. Ce qui a irrité ma curio
fité fur cet article c'eft la lecture que je
viens de faire par hazard d'une Ordonnance
du Roi Philippe le Hardi de l'an
279. émanée à Paris dans fon Lit de
Juſtice , & rapportée en ces termes par
la Chronique de Rouen donnée par le
Pere Labbe : Statutum fuit in Parlamento
Parifiis à Domino Rege Philippo , & ejus
Baronibus , quod nullus poffit dare in fuo
convivio cum potagio præter duo fercula cum
quodam interferculo : & fuit poena appofita
contra omnes fuper hoc delinquentes. Voilà
un Reglement pour tous les Sujets du
Roi , défenſe d'avoir avec le potage au
delà de deux plats , avec un plat d'entremets.
La même défenſe fut réïterée
aux Gens d'Eglife dans un Concile de
Rheims au bout de quelques années ,
encore n'y eft il point fait mention d'entremets
: Statuimus , dit le Canon 5. de
ce Concile tenu en 1304. ut omnes &fingala
perfona Ecclefiaftica Remenfis Provin
cia in fingulis conviviis fint contente potagio
& duobus ferculis , nifi magnitudo perfonarumfupervenientium
aliud requirat. J'ai
traduit le mot ferculum par celui de plat ,
& je ne crois pas qu'on puiffe l'entendre
autrement , parceque s'il falloit rendre
mot par celui de fervice , le Roi ni le
I. Vol. D iiij Conr
2628 MERCURE DE FRANCE
Concile n'auroient pas impofé une grande
mortification en ordonnant de fe contenter
de trois fervices dans chaque repas,
puifqu'à chacun des trois fervices on peut
mettre cinq , fix , dix , douze , quinze
& vingt plats differens. Je fuis & c.
**
V
LA
Ce 13. Novembre 1730.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, au sujet des anciens Réglemens sur les habits & sur la dépense de bouche, dont il est fait mention dans le Mercure de Septembre 1730.
Dans une lettre datée de décembre 1736, adressée aux auteurs du Mercure, l'auteur exprime sa gratitude pour la publication des anciens règlements des rois Henri II et Charles IX, visant à réprimer le luxe vestimentaire et à maintenir la distinction entre les classes sociales. L'auteur commente les paniers portés par les dames, estimant que les critiques ne suffiront pas à les faire disparaître. Il mentionne des représentations anciennes de femmes dans les vitraux et les tapisseries, soulignant la difficulté de trouver un terme latin approprié pour décrire les habits modernes des femmes. L'auteur observe que les habits masculins étaient autrefois plus variés et luxueux. Il suggère aux auteurs du Mercure d'enrichir leurs publications en ajoutant des éclaircissements sur les anciens habits. Il manifeste également un intérêt pour les règlements concernant la dépense de bouche, citant une ordonnance de Philippe le Hardi en 1279 qui limitait les plats servis lors des repas. Une défense similaire fut réitérée lors d'un concile de Reims en 1304 pour les personnes ecclésiastiques. L'auteur traduit le terme 'ferculum' par 'plat' et estime que cette restriction n'imposait pas une grande mortification.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 137-146
SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique remit au Théâtre le 3. [...]
Mots clefs :
Callirhoé, Opéra, Académie royale de musique, Ballet, Actes, Décoration, Rôles, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
SPECTACLE S
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
Fermer
Résumé : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie en musique 'Callirhoé', dont le poème est de M. Roy et la musique de M. Destouches, Surintendant de la Musique du Roi. Cette œuvre a été jouée pour la première fois le 27 décembre 1712 et a connu un succès éclatant. Le prologue célèbre la victoire de Denain et la paix, avec des personnages comme la Victoire et Astrée. L'intrigue principale suit Callirhoé, princesse de Calydon, qui doit se marier avec Coresus malgré son amour pour Agenor, que l'on croyait mort. Agenor réapparaît, mais Callirhoé doit se conformer aux attentes de sa mère et de son peuple. La pièce est marquée par des conflits émotionnels et des révélations dramatiques, notamment l'interruption du mariage par l'apparition d'Agenor et la menace de sacrifice divin. La tragédie se conclut par le sacrifice de Coresus, qui permet à Callirhoé et Agenor de se réunir. L'opéra est salué pour son exécution, ses décors, ses costumes et ses ballets, notamment ceux du sieur Blondy et un pas de trois dansé par le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 1128-1135
EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
Début :
Nous avons déja donné dans d'autres Mercures, les Extraits [...]
Mots clefs :
M. de Réaumur, Teigne des feuilles, Membranes, Espèces, Substance, Fourreau, Habits, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
EXTRAIT du Memoire de M.. de·
Raumur, lû à l'Assemblée publique de·
Académie Royale des Sciences , du 23
Avril dernier,sur la Teigne des feuilles,
des A bres.
Ous avons déja donné dans d'autres
ercures, les Extraits des deux Mé..
mones de M. de Reaumur , sur ces Insectes industrieux qui , comme nous
naissent nuds , et qui , comine nous , sçavent se faire de veritables habits. Ceux
2
I.Vol.
dont
JUIN. 1732. II29
dont les procedez y sont décrits , sont
les Teignes des Laines et des Pelleteries.
M. de Reaumur , après avoir expliqué
l'art avec lequel elles travaillent les fourreaux qui les couvrent , a cherché et a
trouvé des moyens surs d'arrêter les désordres qu'elles font dans les Etoffes de
Laines de toute espece , et dans les Fou- fures.
Le troisiéme Memoire et celui dont
il s'agit à présent , a pour objet des
Teignes qui ne sont pas aussi à craindre que les premieres , mais qui ne sont
pas moins admirables par leur industrie.
Elles se tiennent sur les arbres ; elles sont
ordinairement appliquées contre le dessous de leurs feuilles ; elles sont logées:
dans des especes d'Etuis de couleur de
feuille seche , ce qui fait qu'on remarque rarement ces Etuits , quoi qu'ils
soient assez communs , et longs de sept à
huit lignes. Un grand nombre d'especes.
d'arbres , citez dans le Memoire , nourrissent differentes especes de Teignes.
Mais il n'est point d'arbres où elles soient
plus communes que sur les Ormes ; les
fourreaux de celles-cy sont des plus remarquables pour leur forme; ils ont quelque ressemblance avec celle de l'exterieur
de divers Poissons , tels que les Carpes..
L.. Vol Lai D vj
1130 MERCURE DE FRANCE
A
,
La partie superieure du fourreau , celle
qui est tout du long du dessous du dos de
l'Insecte , est ornée de dentellures , faites
et posées à peu près comme les aillerons
que divers Poissons portent sur leur dos.
Le fourreau a une ouverture à chaque
bout celle par où l'Insecte fait sortir
sa tête et ses jambes quand il veut marcher , est circulaire ; là , le fourreau est cilindrique et un peu recourbé vers le
ventre , l'autre bout est applati ; il est
composé de lames plates , qui par leurs
contours imitent les queues de Poisson.
Ces lames n'y sont qu'appliquées l'une contre l'autre , elles s'écartent l'une de
l'autre , toutes les fois, que l'Insecte veut
jetter ses excremens ; il avance son der
riere entr'elles pour les forcer de s'entr'ouvrir , il se retire lorsqu'il a dardé
ses excrémens , et aussi- tôt les deux lames se raprochent par leur ressort.
>
Par tout où la Teigne va , elle porte
son fourreau avec elle ; lors même qu'elle
marche , il n'y a que sa tête et ses jambes qui en soient proches , qui sont à découvert. On ne peut voir marcher cet
Insecte avec une espece d'habit si singuier par la forme et la matiere dont la
ualité ne paroît pas aisée à reconnoître ,
sans quelque envie de sçavoir comment.
1. Vol. il
JUIN. 17322 1131
il le fair et de quoi il le fait, M. de Reaumur ayoüe que toutes ses conjectures ne
lui ont pû faire deviner en quoi consistent les procedez de cet Insecte , que ce
n'est qu'après l'avoir dépouillé en certaines circonstances favorables et après l'a- voir mis dans la necessité de se vétir
qu'il a reconnu l'art avec lequel il prépare l'étoffe convenable et avec lequel il
la met en œuvre ; mais pour pouvoir
faire entendre comment il s'habille , il
faut avoir expliqué comment il se nourrit.
La Teigne vit de feuilles , mais elle
ne les ronge pas de part en part , comme
font tant d'autres Insectes ; elle laisse même leur forme à celles dont elle tire son
aliment. Une feuille d'Orme , par exemple , quoique mince , est composée de
deux membranes , entre lesquelles est
renfermée une substance charnuë ; la Teigne ne se nourrit que de cette substance
charnue. Quand elle veut manger , elle
fait sortir sa tête de son fourreau , et avec
deux crochets dont elle est armée , elle
perce la membrane du dessous de la feüille; elle détache toute la substance charnuë qui est vis - à - vis le trou circulaire.
qu'elle a commencé ; elle la mange à mesure qu'elle la détache ; mais elle ne creuse
ce trou que jusqu'à la membrane superieu1. Vol re ,
#132 MERCURE DE FRANCE
re ; elle laisse celle-cy saine et entiere.
Quand elle a avancé jusques-là sa tête
elle la recourbe et commence à miner
entre les deux membranes ; elle détacher
la substance charnuë qui est entre celles
du côté où la tête s'est dirigée , et en
même temps elle écarte les deux membranes l'une de l'autre beaucoup plus.
qu'elles ne le sont naturellement ; par là
elle's'y fait une place où la tête puisse
être contenue , et être en état d'aller miner plus loin. Ainsi successivement elle:
mine dans tout le contour du trou , et
toûjours de plus loin en plus loins à
mesure qu'elle avance plus loin dans
la feuille , une plus grande partie du
corps est hors du fourreau , et se trouve entre deux membranes.
Pendant que diverses Teignes étoient
ainsi occupées à manger , et cramponnées
entre les deux membranes de la feuille ,
M. de Reaumur a retiré promptement
leurs fourreaux ; ainsi surprises , elles se
sont trouvées hors d'état d'y rentrer , elles ont donc été dépouillées sans qu'on
leur ait fait aucun autre mal et mises dans
la necessité de se vétir.
Une Teigne ainsi nuë , tâte à droit et
à gauche tout autour du trou , pour
chercher son habit ; après avoir tâté in- utilement "
L. Vel..
JUIN. 1732. 1133
utilement , elle prend le parti de conti
nuer de miner entre les deux membranes , afin d'y faire une place où elle puisse être contenuë toute entiere. A force:
de miner , de manger et d'écarter les
deux membranes , elle se trouve dans peu
entierement logće entr'elles . La voilà déja
à couvert ; et ayant des alimens tout autour de soi , bien- tôt elle recommence à
miner , et cela parce qu'en minant elle
prépare l'étoffe necessaire pour se faire:
un habit. Les portions de membranes
d'où toute la substance charnüe a été détachée , sont cette étoffe ; il n'en faut pass
de grandes pieces pour couvrir une Teigne , il en faut pourtant plus que l'état
actuel de son corps ne semble le demander, pour n'avoir pas à recommencer si
souvent ; elle fait chaque habit une fois
plus grand que le corps qu'il doit couvrir..
Les morceaux de membranes ainsi préparez, dégagez dè toute substance char
nue , sont pour elle ce qu'est pour un
Tailleur une piece de drap , et un Tailleur ne s'y prendroitpas autrement qu'elle va faire. Son habit doir être composé
de deux pieces égales et semblables , les
pieces employées à faire le devant ou le
derriere de nos juste-au- corps n'ont pas
des figures plus contournées , et contour
J. Volo. néest
1134 MERCURE DE FRANCE
nées plus bizarement , que chacune de
celles de l'habit de la Teigne. Elle les
coupe pourtant l'une et l'autre aussi régulierement que si elle étoir conduite par
un patron, elle semble nous vouloir prouver qu'elle a l'idée de leur figure ; c'est
avec les deux Serres qu'elle a au- dessous
de la tête qu'elle les coupe.
Après que les deux pieces ont été coupées , elles restent encore dans la feuille,
elles y tiennent par de petits engrainemens ; il ne s'agit plus que de les assembler et elles sont en place pour cela ,
étant l'une vis-à- vis l'autre. L'art de coudre n'est pas connu des Teignes , mais
elles sçavent filer. Les fils nouvellement
sortis de la filiore , sont gluants , ils se
collent aisément aux corps contre lesquels
ils sont appliquez. C'est avec ces fils
gluants qu'elle réunit les bords d'une des
pieces avec ceux de l'autre , par tout où
ils doivent être assemblez; ces endroits
se trouvent par la suite au dessus du dos
et au dessous du ventre ; la réunion en
est si bien faite , que quoi qu'on sçache
les endroits où elle a été faite , on ne peut
les reconnoître même avec la loupe.
Enfin, quand les deux pieces de l'habit
sont assemblées , la Teigne frotte leurs
surfaces interieures avec sa tête pour les
. 1. Vol. anir
JUIN. 1732. 1135
unir , pour les lisser ; ensuite elle les fortifie par une doublure de Soye. Alors
l'habit est fini , elle les desengraine de
l'espece d'établis où il est resté. Jusqueslà elle se met à marcher et l'emporte
avec soi sur une autre feüille où elle va
prendre de la nourriture. Il faudroit rapporter le Memoire de M. de Reaumur ,
tout au long pour faire entendre les differentes manieres dont les Teignes s'y pren-,
nent pour faire leurs habits en differentes
circonstances , lorsqu'elles se les font de
bon gré , ou lorsqu'elles se les font après
y avoir été forcées ; pour expliquer en
quel cas elles se font des habits neufs ,
et combien de fois en leur vie ; comment
elles réparent quelquefois les déchirures
ou les morceaux emportez. En quoi les
habits des differentes especes de Teignes
different entierement , et pour apprendre le reste de leur Histoire ; c'est dans
le Memoire même , lorsqu'il sera imprimé, qu'on lira tous ces faits , qui sont des
plus singuliers que fournisse l'Histoire
naturelle des Insectes , quelque féconde
qu'elle soit en merveilles.
Raumur, lû à l'Assemblée publique de·
Académie Royale des Sciences , du 23
Avril dernier,sur la Teigne des feuilles,
des A bres.
Ous avons déja donné dans d'autres
ercures, les Extraits des deux Mé..
mones de M. de Reaumur , sur ces Insectes industrieux qui , comme nous
naissent nuds , et qui , comine nous , sçavent se faire de veritables habits. Ceux
2
I.Vol.
dont
JUIN. 1732. II29
dont les procedez y sont décrits , sont
les Teignes des Laines et des Pelleteries.
M. de Reaumur , après avoir expliqué
l'art avec lequel elles travaillent les fourreaux qui les couvrent , a cherché et a
trouvé des moyens surs d'arrêter les désordres qu'elles font dans les Etoffes de
Laines de toute espece , et dans les Fou- fures.
Le troisiéme Memoire et celui dont
il s'agit à présent , a pour objet des
Teignes qui ne sont pas aussi à craindre que les premieres , mais qui ne sont
pas moins admirables par leur industrie.
Elles se tiennent sur les arbres ; elles sont
ordinairement appliquées contre le dessous de leurs feuilles ; elles sont logées:
dans des especes d'Etuis de couleur de
feuille seche , ce qui fait qu'on remarque rarement ces Etuits , quoi qu'ils
soient assez communs , et longs de sept à
huit lignes. Un grand nombre d'especes.
d'arbres , citez dans le Memoire , nourrissent differentes especes de Teignes.
Mais il n'est point d'arbres où elles soient
plus communes que sur les Ormes ; les
fourreaux de celles-cy sont des plus remarquables pour leur forme; ils ont quelque ressemblance avec celle de l'exterieur
de divers Poissons , tels que les Carpes..
L.. Vol Lai D vj
1130 MERCURE DE FRANCE
A
,
La partie superieure du fourreau , celle
qui est tout du long du dessous du dos de
l'Insecte , est ornée de dentellures , faites
et posées à peu près comme les aillerons
que divers Poissons portent sur leur dos.
Le fourreau a une ouverture à chaque
bout celle par où l'Insecte fait sortir
sa tête et ses jambes quand il veut marcher , est circulaire ; là , le fourreau est cilindrique et un peu recourbé vers le
ventre , l'autre bout est applati ; il est
composé de lames plates , qui par leurs
contours imitent les queues de Poisson.
Ces lames n'y sont qu'appliquées l'une contre l'autre , elles s'écartent l'une de
l'autre , toutes les fois, que l'Insecte veut
jetter ses excremens ; il avance son der
riere entr'elles pour les forcer de s'entr'ouvrir , il se retire lorsqu'il a dardé
ses excrémens , et aussi- tôt les deux lames se raprochent par leur ressort.
>
Par tout où la Teigne va , elle porte
son fourreau avec elle ; lors même qu'elle
marche , il n'y a que sa tête et ses jambes qui en soient proches , qui sont à découvert. On ne peut voir marcher cet
Insecte avec une espece d'habit si singuier par la forme et la matiere dont la
ualité ne paroît pas aisée à reconnoître ,
sans quelque envie de sçavoir comment.
1. Vol. il
JUIN. 17322 1131
il le fair et de quoi il le fait, M. de Reaumur ayoüe que toutes ses conjectures ne
lui ont pû faire deviner en quoi consistent les procedez de cet Insecte , que ce
n'est qu'après l'avoir dépouillé en certaines circonstances favorables et après l'a- voir mis dans la necessité de se vétir
qu'il a reconnu l'art avec lequel il prépare l'étoffe convenable et avec lequel il
la met en œuvre ; mais pour pouvoir
faire entendre comment il s'habille , il
faut avoir expliqué comment il se nourrit.
La Teigne vit de feuilles , mais elle
ne les ronge pas de part en part , comme
font tant d'autres Insectes ; elle laisse même leur forme à celles dont elle tire son
aliment. Une feuille d'Orme , par exemple , quoique mince , est composée de
deux membranes , entre lesquelles est
renfermée une substance charnuë ; la Teigne ne se nourrit que de cette substance
charnue. Quand elle veut manger , elle
fait sortir sa tête de son fourreau , et avec
deux crochets dont elle est armée , elle
perce la membrane du dessous de la feüille; elle détache toute la substance charnuë qui est vis - à - vis le trou circulaire.
qu'elle a commencé ; elle la mange à mesure qu'elle la détache ; mais elle ne creuse
ce trou que jusqu'à la membrane superieu1. Vol re ,
#132 MERCURE DE FRANCE
re ; elle laisse celle-cy saine et entiere.
Quand elle a avancé jusques-là sa tête
elle la recourbe et commence à miner
entre les deux membranes ; elle détacher
la substance charnuë qui est entre celles
du côté où la tête s'est dirigée , et en
même temps elle écarte les deux membranes l'une de l'autre beaucoup plus.
qu'elles ne le sont naturellement ; par là
elle's'y fait une place où la tête puisse
être contenue , et être en état d'aller miner plus loin. Ainsi successivement elle:
mine dans tout le contour du trou , et
toûjours de plus loin en plus loins à
mesure qu'elle avance plus loin dans
la feuille , une plus grande partie du
corps est hors du fourreau , et se trouve entre deux membranes.
Pendant que diverses Teignes étoient
ainsi occupées à manger , et cramponnées
entre les deux membranes de la feuille ,
M. de Reaumur a retiré promptement
leurs fourreaux ; ainsi surprises , elles se
sont trouvées hors d'état d'y rentrer , elles ont donc été dépouillées sans qu'on
leur ait fait aucun autre mal et mises dans
la necessité de se vétir.
Une Teigne ainsi nuë , tâte à droit et
à gauche tout autour du trou , pour
chercher son habit ; après avoir tâté in- utilement "
L. Vel..
JUIN. 1732. 1133
utilement , elle prend le parti de conti
nuer de miner entre les deux membranes , afin d'y faire une place où elle puisse être contenuë toute entiere. A force:
de miner , de manger et d'écarter les
deux membranes , elle se trouve dans peu
entierement logće entr'elles . La voilà déja
à couvert ; et ayant des alimens tout autour de soi , bien- tôt elle recommence à
miner , et cela parce qu'en minant elle
prépare l'étoffe necessaire pour se faire:
un habit. Les portions de membranes
d'où toute la substance charnüe a été détachée , sont cette étoffe ; il n'en faut pass
de grandes pieces pour couvrir une Teigne , il en faut pourtant plus que l'état
actuel de son corps ne semble le demander, pour n'avoir pas à recommencer si
souvent ; elle fait chaque habit une fois
plus grand que le corps qu'il doit couvrir..
Les morceaux de membranes ainsi préparez, dégagez dè toute substance char
nue , sont pour elle ce qu'est pour un
Tailleur une piece de drap , et un Tailleur ne s'y prendroitpas autrement qu'elle va faire. Son habit doir être composé
de deux pieces égales et semblables , les
pieces employées à faire le devant ou le
derriere de nos juste-au- corps n'ont pas
des figures plus contournées , et contour
J. Volo. néest
1134 MERCURE DE FRANCE
nées plus bizarement , que chacune de
celles de l'habit de la Teigne. Elle les
coupe pourtant l'une et l'autre aussi régulierement que si elle étoir conduite par
un patron, elle semble nous vouloir prouver qu'elle a l'idée de leur figure ; c'est
avec les deux Serres qu'elle a au- dessous
de la tête qu'elle les coupe.
Après que les deux pieces ont été coupées , elles restent encore dans la feuille,
elles y tiennent par de petits engrainemens ; il ne s'agit plus que de les assembler et elles sont en place pour cela ,
étant l'une vis-à- vis l'autre. L'art de coudre n'est pas connu des Teignes , mais
elles sçavent filer. Les fils nouvellement
sortis de la filiore , sont gluants , ils se
collent aisément aux corps contre lesquels
ils sont appliquez. C'est avec ces fils
gluants qu'elle réunit les bords d'une des
pieces avec ceux de l'autre , par tout où
ils doivent être assemblez; ces endroits
se trouvent par la suite au dessus du dos
et au dessous du ventre ; la réunion en
est si bien faite , que quoi qu'on sçache
les endroits où elle a été faite , on ne peut
les reconnoître même avec la loupe.
Enfin, quand les deux pieces de l'habit
sont assemblées , la Teigne frotte leurs
surfaces interieures avec sa tête pour les
. 1. Vol. anir
JUIN. 1732. 1135
unir , pour les lisser ; ensuite elle les fortifie par une doublure de Soye. Alors
l'habit est fini , elle les desengraine de
l'espece d'établis où il est resté. Jusqueslà elle se met à marcher et l'emporte
avec soi sur une autre feüille où elle va
prendre de la nourriture. Il faudroit rapporter le Memoire de M. de Reaumur ,
tout au long pour faire entendre les differentes manieres dont les Teignes s'y pren-,
nent pour faire leurs habits en differentes
circonstances , lorsqu'elles se les font de
bon gré , ou lorsqu'elles se les font après
y avoir été forcées ; pour expliquer en
quel cas elles se font des habits neufs ,
et combien de fois en leur vie ; comment
elles réparent quelquefois les déchirures
ou les morceaux emportez. En quoi les
habits des differentes especes de Teignes
different entierement , et pour apprendre le reste de leur Histoire ; c'est dans
le Memoire même , lorsqu'il sera imprimé, qu'on lira tous ces faits , qui sont des
plus singuliers que fournisse l'Histoire
naturelle des Insectes , quelque féconde
qu'elle soit en merveilles.
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Résumé : EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
Le mémoire de M. de Reaumur, présenté à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences le 23 avril précédent, traite des teignes des feuilles et des arbres. Reaumur, ayant déjà étudié les teignes des laines et des pelleteries, se concentre ici sur celles des arbres, notamment celles des ormes. Ces teignes, bien que moins nuisibles, sont remarquables par leur industrie. Les teignes des arbres vivent souvent sous les feuilles, dans des étuis de couleur feuille sèche, mesurant sept à huit lignes de long. Ces fourreaux sont ornés de dentellures et imitent la forme de certains poissons. Les teignes portent leur fourreau en marchant, ne laissant apparaître que leur tête et leurs pattes. Reaumur observe que les teignes se nourrissent de la substance charnue des feuilles sans les détruire entièrement. Elles percent les membranes des feuilles avec des crochets pour accéder à cette substance. Pour étudier leur processus de fabrication des fourreaux, Reaumur a dépouillé les teignes et les a observées en train de se revêtir. Les teignes préparent l'étoffe de leur fourreau en minant entre les membranes des feuilles, détachant la substance charnue. Elles coupent ensuite des morceaux de membranes pour former deux pièces égales, qu'elles assemblent avec des fils gluants. Elles lissent et renforcent leur fourreau avec une doublure de soie avant de le détacher et de le porter sur une autre feuille. Le mémoire de Reaumur détaille les différentes manières dont les teignes fabriquent leurs fourreaux et d'autres aspects de leur histoire naturelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2883-2893
Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 14 Décembre l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragédie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Isis, Opéra, Théâtre, Décorations, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 14 Décembre l'Académie Royale de
Musique remitau Théatre la Tragédie d'Isis. La grande réputation de Mrs de Lully
et Quinault , Auteurs de cet Opéra , en
doivent toujours garantir le succès ; le
II. Vol.
Gv Public
2884 MERCURE DE FRANCE
Public l'a revûë avec beaucoup de satisfaction.
Le Théatre représente au Prologue le
Palais de la Renommée ; la suite de cette
Déesse à cent voix , chante cés Vers :
Publions en tous lieux ,
Du plus grand des Heros la valeur triom
phante ;
Que la Terre et les Cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée anime sa suite à chanter
le Heros de la France , et s'exprime
ainsi :
C'est lui dont les Dieux ont fait choix ,
Pour faire le bonheur de l'Empire François ;
En vain pourle troubler tout s'unit , tout cons
pire s
C'est en vain que l'envie a ligué tant de Rois ;
Heureux l'Empire
Qui suit ses loix !
Neptune ,
annoncé par les Tritons
vient au Palais de la Renommée , et dit
à la gloire du Heros qu'on celébre :
Mon Empire a servi de Théatre à la Guerre ;
Publiez des Exploits nouveaux;
II. Vol C'est
DECEMBRE. 1732. 2885
C'est le même Vainqueur si fameux sur là terre ,
Qui triomphe encor sur les eaux.
La Renommée chante avec Neptune
ces quatre Vers :
Celebrez
Celebrons son grand nom sur la Terre et sus
l'Onde
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes
Mers ,
Qu'il vole jusqu'au bout du monde ;
Qu'il dure autant que l'Univers.
Apollon , les Muses et les beaux Arts
viennent se joindre à cette Fête , et se
préparent à aller faire entendre leurs
chants dans une auguste Cour. La Renommée finit le Prologue par ces Vers à
la gloire du Vainqueur :
Ennemis de la paix , tremblez :
Vous le verrez bien-tôt courir à la victoire :
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.
Ce Prologue a été très- applaudi ; la
Dile Antier qui le commence et qui le fi.
nit , n'y a pas peu contribué.
Au premier Acte le Théatre représente
de riantes Prairies , où le Fleuve Inachus
II. Vol. G vj ser-
2886 MERCURE DE FRANCE
serpente. Hierax , frere d'Argus et Amant
d'Io , fille d'Inachus , se plaint de l'inconstance de sa Maitresse. Pirante , son
ami , paroît surpris de sa tristesse , dans
le temps qu'il va posseder l'objet de son
amour ; Hierax lui répond :
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême ,
De cet amour naissant qui répondoit au mien ;
Son changement paroît en dépit d'elle- même ;
Je ne le connoîs que trop bien ;
Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ;
Mais son cœur ni ses yeux ne m'en disent plus
rien.
Dans la suite de cette Scene , qui est
sans contredit la plus belle de la Piece ,
le même Hierax s'exprime ainsi :
Ce fut dans ces Vallons , où par mille détours ,
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur son charmant Rivage ,
Que sa fille volage ,
Me promit de m'aimer toûjours :
Le Zéphir fut témoin , l'Onde fut attentive ,
Quand la Nymphe jurâ de ne changer jamais ;
Mais le Zéphir leger et l'Onde fugitive ,
Ont enfin emporté les sermens qu'elle a faits.
Io se deffend le mieux qu'elle peut de
ΙΙ. vol. l'in-
DECEMBRE. 1732 2887
l'inconstance qu'Hierax lui reproche , elle
le prie de differer son Hymen de quelques jours , attendu un songe qu'elle a
fait ; elle ajoûte qu'il n'a point à se plaindre de quelque préference , puisqu'aucun
de ses Rivaux ne l'emporte sur lui , il
lui répond tendrement :
Le mal de mes Rivaux, n'égale point ma peine ;
La douce illusion d'une esperance vaïne ,
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur.
Aucun d'eux, comme moi, n'a perdu votre cœur
Commeeux, à votre humeur sévere ,
Je ne suis point accoûtumé ,
Quel tourment de cesser de plaire ,
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé!
Hierax quitte Io , pour lui épargner
un fâcheux entretien ; lo dissimule moins
en parlant à Mycene , sa Confidente ; elle
lui avoue qu'Hierax se plaint avec justice;
puisque Jupiter est son Rival ; elle ajoûte
qu'elle se deffend autant qu'elle peut contre l'amour du plus grand des Dieux.
Mycene quitte la place à Mercure , qui
descend et qui annonce aux Peuples queJupiter vient les rendre heureux ; il parle un
autre langage à Io, à qui il fait tout l'honneur de la prochaine arrivée de Jupiter ;
la Nymphe tâche encore de se deffendre
f II. Fol
2888 MERCURE DE FRANCE
en faveur d'Hierax. Jupiter descend des
Cieux les Peuples s'assemblent pour lui
témoigner leur reconnoissance , &c. Cette
Fête finit le premier Acte.
Au second Acte , le Théatre est obscurci par des nuages qui l'environnent
de tous côtez ; lo ne sçait à quoi attri♣
buer cet évenement ; Jupiter la vient
rassurer , et lui dit et lui dit que c'est pour trom- per les yeux jaloux de Junon , qu'un nuage l'environne ; il la presse de répondre
son amour , elle ne fait que peu de
résistance , et n'a plus d'autre recours que
la fuite.
Mercure vient avertir Jupiter du danger qui menace ses nouvelles amours ; il
lui dit qu'il vient de voir Iris , et que
sans doute Junon n'est pas loin. Jupiter
allarmé , lui dit d'amuser Iris , et va pourvoir à la seureté d'Io.
La Scene entre Mercure et Iris est
très-legerement écrite , c'est la derniere.
dans ce goût badin que Quinault ait osé
mettre dans ses Tragédies Lyriques ; il
a bien senti que cette sorte de Comique
y étoit déplacée. Rien n'est plus élegant
que la Scene qui suit le Dialogue de Mercure et d'Iris , elle est entre Junon
et Iris ; en voici deux fragmens : c'est
Junon qui Parle de Jupiter.
II- Vol. Nos;
DECEMBRE. 1732. 2889
Non, non; je ne suis point une crédule Epouse,
Qu'on puisse tromper aisément ;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter Amant,
Ou de Junon jalouse ,
Il est Maître des Cieux , la Terre suit sa loi
Sous sa toute-puissance, il faut que tout échisse
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice ,
Tout Jupiter qu'il est , il est moins fort que
inoi , &c. ...
L'Amour , cet amour infidelle ,
Qui du plus haut des Cieux l'appelle ,
Fait que tout lui rit- ici bas ;
Près d'une Maitresse nouvelle .
1
Dans le fond des Deserts , on trouve des appas
Et le Ciel même ne plaît pas ,
Avec une Epouse immortelle.
Quoique les Vers cités jusqu'ici , soient
les plus beaux de la Piece , nous en aurions encore à inserer dans cet Extrait ,
qui satisferoient la curiosité du Lecteurs
mais pour éviter la prolixité sur un Opera
fort connu, hous nous contenterons de
suivre l'action théatrale.
Jupiter arrive ; il demande à Junon
quel dessin l'appelle en ces lieux , attendu qu'elle devoit se rendre dans les
Jardins d'Hébé , pour embellir sa Cour
d'une nouvelle Nymphe ; Junon lui as11. Vol sure
2890 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle ne le suivra pas plus loin ,
et qu'elle vient lui demander une nouvelle marque.de son amour. Jupiter lui
promet de lui tout accorder , elle lui
demande la fille d'Inachus ; Jupiter ne
peut se retracter ; il ordonne à Mercure
d'aller tout disposer au gré de la Reine
des Cieux ; ici le Théatre change et répresente les Jardins d'Hébé ; les Nymphes
de cette Déesse qui préside à la Jeunesse,
font la Fête de cet Acte; Io est présentée
à Hébé , pour être un des plus beaux
ornemens de sa Cour.
•
Le Théatre représente au troisiéme
'Acte , un lieu solitaire , qui sert de demeure à Argus , auprès d'un Lac. Argus
annonce à lo que Junon l'a commise à sa
garde. Io se plaint de l'oubli de Jupiter.
Hierax veut entrer dans le lieu où Argus enferme lo ; Argus s'y oppose, et lui
apprend que Jupiter est son Rival.
Mercure , déguisé en Berger , vient à
la tête d'une Troupe qu'il a disposée à
servir l'amour du plus puissant des Dieux.
Il fait entendre à Argus que c'est par l'ordre de Pan qu'on va celebrer une fête en
l'honneur de Syrinx , que ce Dieu des
Bois a tendrement aimée ; Argus lui répond qu'il veutbien se prêter à leurs jeux
Innocens ; la Représentation de cette peII. Vol. tite
DECEMBRE. 1732 2890
tite Tragedie l'endort. Mercure se sert
de cet heureux moment de sommeil pour
enlever Io ; mais Hierax qui est present
ne dort pas ; il éveille Argus ; ils implorent tous deux l'assistance de Junon.
Mercure fait éprouver sa vengeance à Argus et à Hierax ; d'un coup de Caducée ,
il donne la mort à Argus et transforme
Hierax en Oyseau de Proye. Junon descend des Cieux. Mercure se retire et laisse
la malheureuse lo au pouvoir de sa jalouse Rivale. La Furie Erynnis évoquée
par Junon sort des Enfers ; Junon lui ordonne d'exercer ses plus cruelles barbaries sur sa nouvelle victime ; elle rend la
vie à Argus , qui changé en Paon , vient
se placer sur le devant du Char de Junon
et se met aux pieds de cette jalouse
Déesse.
Les deux derniers Actes ne roulent que
sur les divers supplices que la Furie fait
éprouver à Io. Cette infortunée Rivale
de l'Epouse de Jupiter est traînée des
Climats glacez aux Climats brûlans ;
elle se précipite dans la Mer,pour y trouver la fin de ses peines , et l'impitoyable
Erynnis l'en retire ; elle est enfin transportée à l'Antre fatal, où les Parques font
leur séjour. Elle leur demande la mort.
Ces trois inexorables Déïtez lui annonII. Vol. cent
2892 MERCURE DE FRANCE
cent qu'elle ne peut voir finir ses malheurs qu'en fléchissant la colere de Junon. Io invoque Jupiter. Ce Maître des
Dieux vient la consoler, mais il lui décla
re que depuis qu'il l'a soumise au pouvoir de la jalouse Reine des Cieux , il ne
peut la secourir qu'elle n'y consente ; il
ajoute que plus il l'aime , et plus il irrite
son implacable ennemie. Io le conjure
tendrement de l'aimer assez , pour contraindre sa redoutable Rivale à lui donner la mort. Junon vient enfin ; Jupiter la presse de se contenter des maux qu'elle
a faits à lo; Junon ne consent à vaincre są
vengeance qu'après que Jupiter aura vaincu son amour. Jupiter le lui promet; il
en jure par le Styx. Après le serment
Junon appaisée ordonne à la Furie de
ne plus tourmenter lo,et de rentrer dans
les Enfers. Junon consent qu'Io soit mise au rang des Divinitez que l'Univers adore ; les Dieux descendent des Cieux pour
recevoir cette nouvelle Déesse et pour
l'associer à leur gloire ; les Egyptiens
chez qui cette derniere action se passe
viennent celebrer son Apothéose et la reconnoissent pour leur Divinité tutelaire ,
sous le nom d'Isis.
Voilà quelle est cette Tragedie sur laquelle on a porté differens jugemens. On II. Vol. con-
DECEMBRE. 1732 2893
convient que la Musique en est tresbelle , et la versification tres- élegante ;
mais on n'y sent point cet interêt , qui
doit être l'ame de tous les Ouvrages de
Théatre; on rend pourtant juftice à Quinault ; il y a mis tout ce qui a dépendu
de lui , et si l'on a quelque chose à lui reprocher , c'est le choix du sujet qui ne
peut rien offrir que de triste et de desagréable.
Au reste cet Opera est tres-bien remis et tres-bien executé ; le sieur Chassé
qui est chargé du Rôle d'Hierax , et de
celui de Pan , s'en acquitte tres-bien et
merite parfaitement les applaudissemens
du public , de même que la De Antier ,
dans le rôle de Junon ; la Dlle le Maure
a toujours ces sons charmans , et cette
action naturelle qui la rendent si chere
aux Spectateurs. Elle joue le principal
Rôle.
Les Décorations et les Habits répon
dent à la magnificence du Spectacle , et
le Ballet figuré par le S Blondi est tresbien entendu et tres varié, La Dlle Ca
margo et le S Dupré , &c. y brillent à
leur ordinaire.
Musique remitau Théatre la Tragédie d'Isis. La grande réputation de Mrs de Lully
et Quinault , Auteurs de cet Opéra , en
doivent toujours garantir le succès ; le
II. Vol.
Gv Public
2884 MERCURE DE FRANCE
Public l'a revûë avec beaucoup de satisfaction.
Le Théatre représente au Prologue le
Palais de la Renommée ; la suite de cette
Déesse à cent voix , chante cés Vers :
Publions en tous lieux ,
Du plus grand des Heros la valeur triom
phante ;
Que la Terre et les Cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée anime sa suite à chanter
le Heros de la France , et s'exprime
ainsi :
C'est lui dont les Dieux ont fait choix ,
Pour faire le bonheur de l'Empire François ;
En vain pourle troubler tout s'unit , tout cons
pire s
C'est en vain que l'envie a ligué tant de Rois ;
Heureux l'Empire
Qui suit ses loix !
Neptune ,
annoncé par les Tritons
vient au Palais de la Renommée , et dit
à la gloire du Heros qu'on celébre :
Mon Empire a servi de Théatre à la Guerre ;
Publiez des Exploits nouveaux;
II. Vol C'est
DECEMBRE. 1732. 2885
C'est le même Vainqueur si fameux sur là terre ,
Qui triomphe encor sur les eaux.
La Renommée chante avec Neptune
ces quatre Vers :
Celebrez
Celebrons son grand nom sur la Terre et sus
l'Onde
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes
Mers ,
Qu'il vole jusqu'au bout du monde ;
Qu'il dure autant que l'Univers.
Apollon , les Muses et les beaux Arts
viennent se joindre à cette Fête , et se
préparent à aller faire entendre leurs
chants dans une auguste Cour. La Renommée finit le Prologue par ces Vers à
la gloire du Vainqueur :
Ennemis de la paix , tremblez :
Vous le verrez bien-tôt courir à la victoire :
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.
Ce Prologue a été très- applaudi ; la
Dile Antier qui le commence et qui le fi.
nit , n'y a pas peu contribué.
Au premier Acte le Théatre représente
de riantes Prairies , où le Fleuve Inachus
II. Vol. G vj ser-
2886 MERCURE DE FRANCE
serpente. Hierax , frere d'Argus et Amant
d'Io , fille d'Inachus , se plaint de l'inconstance de sa Maitresse. Pirante , son
ami , paroît surpris de sa tristesse , dans
le temps qu'il va posseder l'objet de son
amour ; Hierax lui répond :
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême ,
De cet amour naissant qui répondoit au mien ;
Son changement paroît en dépit d'elle- même ;
Je ne le connoîs que trop bien ;
Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ;
Mais son cœur ni ses yeux ne m'en disent plus
rien.
Dans la suite de cette Scene , qui est
sans contredit la plus belle de la Piece ,
le même Hierax s'exprime ainsi :
Ce fut dans ces Vallons , où par mille détours ,
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur son charmant Rivage ,
Que sa fille volage ,
Me promit de m'aimer toûjours :
Le Zéphir fut témoin , l'Onde fut attentive ,
Quand la Nymphe jurâ de ne changer jamais ;
Mais le Zéphir leger et l'Onde fugitive ,
Ont enfin emporté les sermens qu'elle a faits.
Io se deffend le mieux qu'elle peut de
ΙΙ. vol. l'in-
DECEMBRE. 1732 2887
l'inconstance qu'Hierax lui reproche , elle
le prie de differer son Hymen de quelques jours , attendu un songe qu'elle a
fait ; elle ajoûte qu'il n'a point à se plaindre de quelque préference , puisqu'aucun
de ses Rivaux ne l'emporte sur lui , il
lui répond tendrement :
Le mal de mes Rivaux, n'égale point ma peine ;
La douce illusion d'une esperance vaïne ,
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur.
Aucun d'eux, comme moi, n'a perdu votre cœur
Commeeux, à votre humeur sévere ,
Je ne suis point accoûtumé ,
Quel tourment de cesser de plaire ,
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé!
Hierax quitte Io , pour lui épargner
un fâcheux entretien ; lo dissimule moins
en parlant à Mycene , sa Confidente ; elle
lui avoue qu'Hierax se plaint avec justice;
puisque Jupiter est son Rival ; elle ajoûte
qu'elle se deffend autant qu'elle peut contre l'amour du plus grand des Dieux.
Mycene quitte la place à Mercure , qui
descend et qui annonce aux Peuples queJupiter vient les rendre heureux ; il parle un
autre langage à Io, à qui il fait tout l'honneur de la prochaine arrivée de Jupiter ;
la Nymphe tâche encore de se deffendre
f II. Fol
2888 MERCURE DE FRANCE
en faveur d'Hierax. Jupiter descend des
Cieux les Peuples s'assemblent pour lui
témoigner leur reconnoissance , &c. Cette
Fête finit le premier Acte.
Au second Acte , le Théatre est obscurci par des nuages qui l'environnent
de tous côtez ; lo ne sçait à quoi attri♣
buer cet évenement ; Jupiter la vient
rassurer , et lui dit et lui dit que c'est pour trom- per les yeux jaloux de Junon , qu'un nuage l'environne ; il la presse de répondre
son amour , elle ne fait que peu de
résistance , et n'a plus d'autre recours que
la fuite.
Mercure vient avertir Jupiter du danger qui menace ses nouvelles amours ; il
lui dit qu'il vient de voir Iris , et que
sans doute Junon n'est pas loin. Jupiter
allarmé , lui dit d'amuser Iris , et va pourvoir à la seureté d'Io.
La Scene entre Mercure et Iris est
très-legerement écrite , c'est la derniere.
dans ce goût badin que Quinault ait osé
mettre dans ses Tragédies Lyriques ; il
a bien senti que cette sorte de Comique
y étoit déplacée. Rien n'est plus élegant
que la Scene qui suit le Dialogue de Mercure et d'Iris , elle est entre Junon
et Iris ; en voici deux fragmens : c'est
Junon qui Parle de Jupiter.
II- Vol. Nos;
DECEMBRE. 1732. 2889
Non, non; je ne suis point une crédule Epouse,
Qu'on puisse tromper aisément ;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter Amant,
Ou de Junon jalouse ,
Il est Maître des Cieux , la Terre suit sa loi
Sous sa toute-puissance, il faut que tout échisse
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice ,
Tout Jupiter qu'il est , il est moins fort que
inoi , &c. ...
L'Amour , cet amour infidelle ,
Qui du plus haut des Cieux l'appelle ,
Fait que tout lui rit- ici bas ;
Près d'une Maitresse nouvelle .
1
Dans le fond des Deserts , on trouve des appas
Et le Ciel même ne plaît pas ,
Avec une Epouse immortelle.
Quoique les Vers cités jusqu'ici , soient
les plus beaux de la Piece , nous en aurions encore à inserer dans cet Extrait ,
qui satisferoient la curiosité du Lecteurs
mais pour éviter la prolixité sur un Opera
fort connu, hous nous contenterons de
suivre l'action théatrale.
Jupiter arrive ; il demande à Junon
quel dessin l'appelle en ces lieux , attendu qu'elle devoit se rendre dans les
Jardins d'Hébé , pour embellir sa Cour
d'une nouvelle Nymphe ; Junon lui as11. Vol sure
2890 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle ne le suivra pas plus loin ,
et qu'elle vient lui demander une nouvelle marque.de son amour. Jupiter lui
promet de lui tout accorder , elle lui
demande la fille d'Inachus ; Jupiter ne
peut se retracter ; il ordonne à Mercure
d'aller tout disposer au gré de la Reine
des Cieux ; ici le Théatre change et répresente les Jardins d'Hébé ; les Nymphes
de cette Déesse qui préside à la Jeunesse,
font la Fête de cet Acte; Io est présentée
à Hébé , pour être un des plus beaux
ornemens de sa Cour.
•
Le Théatre représente au troisiéme
'Acte , un lieu solitaire , qui sert de demeure à Argus , auprès d'un Lac. Argus
annonce à lo que Junon l'a commise à sa
garde. Io se plaint de l'oubli de Jupiter.
Hierax veut entrer dans le lieu où Argus enferme lo ; Argus s'y oppose, et lui
apprend que Jupiter est son Rival.
Mercure , déguisé en Berger , vient à
la tête d'une Troupe qu'il a disposée à
servir l'amour du plus puissant des Dieux.
Il fait entendre à Argus que c'est par l'ordre de Pan qu'on va celebrer une fête en
l'honneur de Syrinx , que ce Dieu des
Bois a tendrement aimée ; Argus lui répond qu'il veutbien se prêter à leurs jeux
Innocens ; la Représentation de cette peII. Vol. tite
DECEMBRE. 1732 2890
tite Tragedie l'endort. Mercure se sert
de cet heureux moment de sommeil pour
enlever Io ; mais Hierax qui est present
ne dort pas ; il éveille Argus ; ils implorent tous deux l'assistance de Junon.
Mercure fait éprouver sa vengeance à Argus et à Hierax ; d'un coup de Caducée ,
il donne la mort à Argus et transforme
Hierax en Oyseau de Proye. Junon descend des Cieux. Mercure se retire et laisse
la malheureuse lo au pouvoir de sa jalouse Rivale. La Furie Erynnis évoquée
par Junon sort des Enfers ; Junon lui ordonne d'exercer ses plus cruelles barbaries sur sa nouvelle victime ; elle rend la
vie à Argus , qui changé en Paon , vient
se placer sur le devant du Char de Junon
et se met aux pieds de cette jalouse
Déesse.
Les deux derniers Actes ne roulent que
sur les divers supplices que la Furie fait
éprouver à Io. Cette infortunée Rivale
de l'Epouse de Jupiter est traînée des
Climats glacez aux Climats brûlans ;
elle se précipite dans la Mer,pour y trouver la fin de ses peines , et l'impitoyable
Erynnis l'en retire ; elle est enfin transportée à l'Antre fatal, où les Parques font
leur séjour. Elle leur demande la mort.
Ces trois inexorables Déïtez lui annonII. Vol. cent
2892 MERCURE DE FRANCE
cent qu'elle ne peut voir finir ses malheurs qu'en fléchissant la colere de Junon. Io invoque Jupiter. Ce Maître des
Dieux vient la consoler, mais il lui décla
re que depuis qu'il l'a soumise au pouvoir de la jalouse Reine des Cieux , il ne
peut la secourir qu'elle n'y consente ; il
ajoute que plus il l'aime , et plus il irrite
son implacable ennemie. Io le conjure
tendrement de l'aimer assez , pour contraindre sa redoutable Rivale à lui donner la mort. Junon vient enfin ; Jupiter la presse de se contenter des maux qu'elle
a faits à lo; Junon ne consent à vaincre są
vengeance qu'après que Jupiter aura vaincu son amour. Jupiter le lui promet; il
en jure par le Styx. Après le serment
Junon appaisée ordonne à la Furie de
ne plus tourmenter lo,et de rentrer dans
les Enfers. Junon consent qu'Io soit mise au rang des Divinitez que l'Univers adore ; les Dieux descendent des Cieux pour
recevoir cette nouvelle Déesse et pour
l'associer à leur gloire ; les Egyptiens
chez qui cette derniere action se passe
viennent celebrer son Apothéose et la reconnoissent pour leur Divinité tutelaire ,
sous le nom d'Isis.
Voilà quelle est cette Tragedie sur laquelle on a porté differens jugemens. On II. Vol. con-
DECEMBRE. 1732 2893
convient que la Musique en est tresbelle , et la versification tres- élegante ;
mais on n'y sent point cet interêt , qui
doit être l'ame de tous les Ouvrages de
Théatre; on rend pourtant juftice à Quinault ; il y a mis tout ce qui a dépendu
de lui , et si l'on a quelque chose à lui reprocher , c'est le choix du sujet qui ne
peut rien offrir que de triste et de desagréable.
Au reste cet Opera est tres-bien remis et tres-bien executé ; le sieur Chassé
qui est chargé du Rôle d'Hierax , et de
celui de Pan , s'en acquitte tres-bien et
merite parfaitement les applaudissemens
du public , de même que la De Antier ,
dans le rôle de Junon ; la Dlle le Maure
a toujours ces sons charmans , et cette
action naturelle qui la rendent si chere
aux Spectateurs. Elle joue le principal
Rôle.
Les Décorations et les Habits répon
dent à la magnificence du Spectacle , et
le Ballet figuré par le S Blondi est tresbien entendu et tres varié, La Dlle Ca
margo et le S Dupré , &c. y brillent à
leur ordinaire.
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Résumé : Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 14 décembre, l'Académie Royale de Musique présenta l'opéra 'Isis' au théâtre, écrit par Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault, deux auteurs déjà célèbres. Le public accueillit favorablement la pièce. Le prologue se déroule au Palais de la Renommée, où la déesse et sa suite chantent les exploits d'un héros français. Neptune, accompagné des Tritons, célèbre les victoires de ce héros sur terre et sur mer. Apollon, les Muses et les beaux-arts se joignent à la fête, et la Renommée conclut en annonçant une victoire prochaine du héros. Dans le premier acte, la scène représente des prairies traversées par le fleuve Inachus. Hierax, frère d'Argus et amant d'Io, se plaint de l'inconstance de sa maîtresse. Io, fille d'Inachus, avoue finalement que Jupiter est son rival. Mercure annonce l'arrivée de Jupiter, qui vient rendre les peuples heureux. Io tente de résister à l'amour de Jupiter mais finit par fuir. Le second acte commence par un nuage qui obscurcit le théâtre. Jupiter rassure Io en expliquant que cela trompe Junon. Mercure avertit Jupiter du danger que représente Junon. Junon découvre la trahison de Jupiter et exige Io. Jupiter doit céder et ordonne à Mercure de préparer tout pour Junon. Io est présentée à Hébé dans les jardins d'Hébé. Le troisième acte se déroule près d'un lac, où Argus garde Io. Hierax veut entrer, mais Argus l'en empêche et révèle que Jupiter est son rival. Mercure, déguisé en berger, endort Argus et enlève Io. Junon descend des cieux et ordonne à la Furie Erynnis de tourmenter Io. Les deux derniers actes décrivent les supplices infligés à Io par la Furie. Io est traînée à travers divers climats, se précipite dans la mer, et est finalement conduite à l'antre des Parques. Elle invoque Jupiter, qui lui explique qu'il ne peut la secourir sans le consentement de Junon. Junon finit par apaiser sa vengeance après que Jupiter jure de vaincre son amour. Io est alors reconnue comme une divinité sous le nom d'Isis par les Égyptiens. L'opéra est bien exécuté, avec des décors magnifiques et des performances remarquables des acteurs, notamment le sieur Chassé, la De Antier, et la Dlle le Maure. La musique et la versification sont très appréciées, bien que l'intérêt dramatique soit jugé insuffisant.
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