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1
p. 122-129
Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Début :
Une fort aimable Fille, aussi spirituelle que bien faite, demeurant [...]
Mots clefs :
Galant, Fille, Entrevue, Amant, Gazette de Hollande, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Une fort aimable fille, auſſi
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
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Résumé : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune femme spirituelle et charmante, élevée en Gascogne mais résidant à Paris. Elle rencontre un homme de qualité chez une amie commune, qui est charmé par sa vivacité et son accent gascon. Ils se voient fréquemment sans se déclarer leurs sentiments, profitant de sorties et de divertissements. Un jour, en lisant la Gazette de Hollande, la jeune femme exprime son désir de voir son nom dans un article similaire. L'homme, épris, lui assure qu'il peut réaliser ce souhait. Elle lui demande de s'expliquer clairement et comprend qu'il s'agit d'une demande en mariage. Il obtient le consentement du père de la jeune femme et l'épouse quatre jours plus tard. La noce est célébrée en présence de cent personnes de qualité, marquant ainsi le premier mariage depuis Pâques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 5-6
« Si les Bergers seuls avoient l'avantage de trouver l'heure [...] »
Début :
Si les Bergers seuls avoient l'avantage de trouver l'heure [...]
Mots clefs :
Fortune, Amant, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : « Si les Bergers seuls avoient l'avantage de trouver l'heure [...] »
Si les Bergers ſeuls avoient l'avantage de trouver toûjours l'heure qu'on ſouhaite auffi- toſt qu'on commence d'aimer,
on quiteroit ſouvent des Palais
pour venir habiter leurs Ca- banes ; & la plupart de ceux que la Fortune ſemble avoir mis au deſſus des ſouhaits , ſe
croiroient malheureux, & por- teroient envie à leur bonheur.
Il n'eſt rien qu'un Amantbien paffionné ne fit pour toucher l'objet dont ileſt charmé. Rien ne tient dans un cœur plus
GALANT. 5
fortement que l'Amour , & le Madrigalqui fuit fait voir qu'il ſe trouve des Amans qui ne veulent pas guérir de leurs bleffures.
on quiteroit ſouvent des Palais
pour venir habiter leurs Ca- banes ; & la plupart de ceux que la Fortune ſemble avoir mis au deſſus des ſouhaits , ſe
croiroient malheureux, & por- teroient envie à leur bonheur.
Il n'eſt rien qu'un Amantbien paffionné ne fit pour toucher l'objet dont ileſt charmé. Rien ne tient dans un cœur plus
GALANT. 5
fortement que l'Amour , & le Madrigalqui fuit fait voir qu'il ſe trouve des Amans qui ne veulent pas guérir de leurs bleffures.
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Résumé : « Si les Bergers seuls avoient l'avantage de trouver l'heure [...] »
Le texte évoque la capacité des bergers à trouver l'heure propice à l'amour, rendant leur condition enviable. L'amour passionné incite à tout entreprendre pour séduire. Les amants refusent de guérir de leurs blessures émotionnelles, révélées par les poèmes d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 216-226
MAXIMES D'AMOUR.
Début :
Quoy qu'on fasse passer l'Amour pour la plus violente / Nous voulons qu'un Amant se declare luy-mesme, [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Coeur, Lois, Déclaration, Roman, Théâtre, Méthode, Secret
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texteReconnaissance textuelle : MAXIMES D'AMOUR.
Quoyqu'onfaffe paffer l'A- mour pour la plus violente de
1
Nij
150 LE MERCURE
que
toutes les Paffions ; il faut que laGloire ait quelque choſe de beaucoup plus fort, puisqu'el- le oblige les plus honneſtes Gens à preferer les fatigues aux plaifirs , & qu'elle les ar- rache fans peine de cequi leur eſt le plus cher, pour les pré- cipiter dans les occafions les plus redoutables. Il eſt vray l'éloignement de ce qu'on aime,n'eſt pas également ſen- fible àtout le monde. Il y en a
qui ne trouvent rien de plus inutile que d'en foûpirer , &
j'enconnois quelques uns qui s'accomodent admirablement
bien des maximes qu'on nous a données là -deſſus depuis quelque temps. Elles ont eſté faites en faveur d'une aimable
-Perſonne qui recevant tous les jours des reproches de ce
GALANT. Fer qu'elle n'aimoit pas , demanda enfin des Regles qui ne luy laiſſaſſent aucun embarras das l'engagement qu'on cherchoit àluy faire prendre. Ces Vers luy furent envoyez un peu apres. Je ne vous enpuis dire l'Autheur. Il nous a voulucacher ſon nom , quoy qu'il n'y ait que de la gloire pour luy à les avoüer.
MAXIMES
N
D'AMOUR.
"
Ous voulons qu'un Amant se declare luy- mesme ,
Etquefanstrop contester,
Dés qu'il a juré qu'il aime Onn'enpuiffeplus douter.
Parune injuste défiance,
Liij
152 LE MERCVRE •Etfur vin doutemalfondé,
Qui laffent d'un Amanttoute lapatience,
On perd ſouvent un Cœur qu'on au roit poffedé.
Ladéclaration unefois eftantfaite ,
Chacun de son costé la doit tenir t
andress
fe
Plus l'Amour est caché,plus il ade
douceur.
Ilfaut aimer&fe taire
Vneflamesans mystere Ne chatouille point un Cœur.
Apres qu'on s'est promis les plus tem dres amours
On doit vivre en paiſible &douce intelligende Ets'il arrive que l'absence Viennedecereposinterrompre lecours Il n'en fautpas aimer avse moinsde constantan, Quit Mais il est bon qu'on se dispense Deces tristes languours on t'on passe fes jours,
GALANT. 153 Lorsque deſe revoir on meurt d'imPatience;
Car enfin àquoy bon gémir jusqu'au
retour? L
En aura-t- on eu moins d'amour
Pour n'avoir pas pousé des soupirs dans les nues?
Non, aimer de la forte eft da ſtile
ancien
Adeplus douces loix nos mœurs fost descenduës ,
Etje tiens qu'à leprendre bien Lespeines en amour ſont des peines perduës ,
Dés que la belle n'en voit rien.
-Ilfaut , quand cét Amour s'explique,
Que ce foit averenjoiement,
Etqu'il laiſſe le ton tragique PourleTheatre &le Roman.
Iln'est rien deplusfalutaire Pour un Amant,que de railler.
L'Amour est un Enfant dont le babil
Sçait plaire ,
On l'écoute avec
veut parler,
joyee autant qu'il
154 LE MERCVRE Maisdés qu'ilcrie on lefait taire.
Nousſuivrons toûjours laméthode Decacher noftre paffion ,
Ne trouvant rienplus incommode Qu'unAmantdeprofeſſion.
Onrit quand on le voit dansfon cha grin extrême Semettre avec empreſſement DerriereleFauteñildela Beautéqu'il
aime,
Pourtuy parler tout-bas de fon cruel
tourment.. Chacun ſe divertit d'une amour fi
publique;
Enbonne&tendre politique,
UnAmant bien censé no doit paroître Amant
Qu'à ce qu'il aimeseulement.
Quejamais noſtre humeurtrabiſſant
nostre flame,
Ne faſſedécouvrir le ſecret denostre
ame.. Quejamais nosRivaux ne liſent dans
nosyeux.
GALANT. 155 Ce qui doit demeurer toûjours mysterieux.
Autrefois un Amant eust passé pour volage ,
S'il eust veu ſon Iris fans changer de couleur.
Maintenant, Dieu mercy,ny rougeur,
nypâleur ,
Chez les Gens de bon goût ne font plus en usage.
L'Amour vent du fecret ; sa joye &
Sadouleur Doivent eſtre dans noſtre cœur ,
Etnonpasfur nostre visage.
Ledeffeindeceſſer de vivre,
Si-toſt qu'onse voit maltraité De quelque inhumaine Beauté,
N'est pas ànostre avis un deffein fort àsuivre.
Auſſi nous abrogeons l'usage des poi- fons,
Defendons pour jamais les funestes Youpronsst Banniſſons tous les mots de rage dhumeursfombres
156 LE MERCVRE Retenant ſeulement le Silence &ler
Ombres.
Pour employer dans nos Chansons.
Que l'Amant àla Maistreſſe,
Ny la Maistreffe à l'Amant ,
Nedemandent jamais trop d'éclaircif- Sement ,
Quelque chagrin qui lespreffe.
Ilfautunpeudebonnefoy Pour estre heureux dans l'amoureux
mistere.
*le veux vous croire , croyez-moy,
C'est le mieux que nous puiffions
fuir.
Fuyonsfur tout lacuriofité,
En amouril n'est rien de pire. Toujours elle fait voir quelque infi
delité,
Etje connois telAmant quiſoupire D'avoir appris certaine verité Qu'on n'avoit pas voulu luy dire.
Enfindenos amours nouvelles Banniſſons les transports jaloux,
Ona tant deplaisir àse croirefidelles.
GALANT. 157 Aquoy bon se vouloir priver d'un bienfidoux?
Est-il fottiſe égale à la foibleſſe ex- tréme
D'unAmant toûjours alarmé ,
Qui malgré les ſermens de laBelle qu'il aime,
Cherche àse convaincre luy meſm
1
Nij
150 LE MERCURE
que
toutes les Paffions ; il faut que laGloire ait quelque choſe de beaucoup plus fort, puisqu'el- le oblige les plus honneſtes Gens à preferer les fatigues aux plaifirs , & qu'elle les ar- rache fans peine de cequi leur eſt le plus cher, pour les pré- cipiter dans les occafions les plus redoutables. Il eſt vray l'éloignement de ce qu'on aime,n'eſt pas également ſen- fible àtout le monde. Il y en a
qui ne trouvent rien de plus inutile que d'en foûpirer , &
j'enconnois quelques uns qui s'accomodent admirablement
bien des maximes qu'on nous a données là -deſſus depuis quelque temps. Elles ont eſté faites en faveur d'une aimable
-Perſonne qui recevant tous les jours des reproches de ce
GALANT. Fer qu'elle n'aimoit pas , demanda enfin des Regles qui ne luy laiſſaſſent aucun embarras das l'engagement qu'on cherchoit àluy faire prendre. Ces Vers luy furent envoyez un peu apres. Je ne vous enpuis dire l'Autheur. Il nous a voulucacher ſon nom , quoy qu'il n'y ait que de la gloire pour luy à les avoüer.
MAXIMES
N
D'AMOUR.
"
Ous voulons qu'un Amant se declare luy- mesme ,
Etquefanstrop contester,
Dés qu'il a juré qu'il aime Onn'enpuiffeplus douter.
Parune injuste défiance,
Liij
152 LE MERCVRE •Etfur vin doutemalfondé,
Qui laffent d'un Amanttoute lapatience,
On perd ſouvent un Cœur qu'on au roit poffedé.
Ladéclaration unefois eftantfaite ,
Chacun de son costé la doit tenir t
andress
fe
Plus l'Amour est caché,plus il ade
douceur.
Ilfaut aimer&fe taire
Vneflamesans mystere Ne chatouille point un Cœur.
Apres qu'on s'est promis les plus tem dres amours
On doit vivre en paiſible &douce intelligende Ets'il arrive que l'absence Viennedecereposinterrompre lecours Il n'en fautpas aimer avse moinsde constantan, Quit Mais il est bon qu'on se dispense Deces tristes languours on t'on passe fes jours,
GALANT. 153 Lorsque deſe revoir on meurt d'imPatience;
Car enfin àquoy bon gémir jusqu'au
retour? L
En aura-t- on eu moins d'amour
Pour n'avoir pas pousé des soupirs dans les nues?
Non, aimer de la forte eft da ſtile
ancien
Adeplus douces loix nos mœurs fost descenduës ,
Etje tiens qu'à leprendre bien Lespeines en amour ſont des peines perduës ,
Dés que la belle n'en voit rien.
-Ilfaut , quand cét Amour s'explique,
Que ce foit averenjoiement,
Etqu'il laiſſe le ton tragique PourleTheatre &le Roman.
Iln'est rien deplusfalutaire Pour un Amant,que de railler.
L'Amour est un Enfant dont le babil
Sçait plaire ,
On l'écoute avec
veut parler,
joyee autant qu'il
154 LE MERCVRE Maisdés qu'ilcrie on lefait taire.
Nousſuivrons toûjours laméthode Decacher noftre paffion ,
Ne trouvant rienplus incommode Qu'unAmantdeprofeſſion.
Onrit quand on le voit dansfon cha grin extrême Semettre avec empreſſement DerriereleFauteñildela Beautéqu'il
aime,
Pourtuy parler tout-bas de fon cruel
tourment.. Chacun ſe divertit d'une amour fi
publique;
Enbonne&tendre politique,
UnAmant bien censé no doit paroître Amant
Qu'à ce qu'il aimeseulement.
Quejamais noſtre humeurtrabiſſant
nostre flame,
Ne faſſedécouvrir le ſecret denostre
ame.. Quejamais nosRivaux ne liſent dans
nosyeux.
GALANT. 155 Ce qui doit demeurer toûjours mysterieux.
Autrefois un Amant eust passé pour volage ,
S'il eust veu ſon Iris fans changer de couleur.
Maintenant, Dieu mercy,ny rougeur,
nypâleur ,
Chez les Gens de bon goût ne font plus en usage.
L'Amour vent du fecret ; sa joye &
Sadouleur Doivent eſtre dans noſtre cœur ,
Etnonpasfur nostre visage.
Ledeffeindeceſſer de vivre,
Si-toſt qu'onse voit maltraité De quelque inhumaine Beauté,
N'est pas ànostre avis un deffein fort àsuivre.
Auſſi nous abrogeons l'usage des poi- fons,
Defendons pour jamais les funestes Youpronsst Banniſſons tous les mots de rage dhumeursfombres
156 LE MERCVRE Retenant ſeulement le Silence &ler
Ombres.
Pour employer dans nos Chansons.
Que l'Amant àla Maistreſſe,
Ny la Maistreffe à l'Amant ,
Nedemandent jamais trop d'éclaircif- Sement ,
Quelque chagrin qui lespreffe.
Ilfautunpeudebonnefoy Pour estre heureux dans l'amoureux
mistere.
*le veux vous croire , croyez-moy,
C'est le mieux que nous puiffions
fuir.
Fuyonsfur tout lacuriofité,
En amouril n'est rien de pire. Toujours elle fait voir quelque infi
delité,
Etje connois telAmant quiſoupire D'avoir appris certaine verité Qu'on n'avoit pas voulu luy dire.
Enfindenos amours nouvelles Banniſſons les transports jaloux,
Ona tant deplaisir àse croirefidelles.
GALANT. 157 Aquoy bon se vouloir priver d'un bienfidoux?
Est-il fottiſe égale à la foibleſſe ex- tréme
D'unAmant toûjours alarmé ,
Qui malgré les ſermens de laBelle qu'il aime,
Cherche àse convaincre luy meſm
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Résumé : MAXIMES D'AMOUR.
Le texte explore la prééminence de la gloire sur l'amour, affirmant que la quête de gloire incite les individus à privilégier les défis aux plaisirs et à sacrifier ce qui leur est cher. Il se penche ensuite sur les maximes de l'amour, en énonçant plusieurs principes fondamentaux. Un amant doit se déclarer lui-même sans susciter de méfiance, car une défiance injustifiée peut entraîner la perte de l'être aimé. Une fois la déclaration faite, chacun doit la respecter. L'amour caché est perçu comme plus doux, et il est conseillé d'aimer en silence. L'absence ne doit pas affaiblir la constance de l'amour, bien que les tristesses soient à éviter. L'amour doit être exprimé avec joie plutôt qu'avec tragédie. Il est recommandé de cacher sa passion et de ne pas la rendre publique. Les signes extérieurs de l'amour, tels que la rougeur ou la pâleur, sont déconseillés. Les désespoirs excessifs et les poisons sont interdits. La curiosité en amour est jugée néfaste, car elle révèle souvent des infidélités. Enfin, les transports jaloux doivent être évités pour préserver la fidélité et le bonheur dans l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 59-63
L'HORLOGE DES AMANS.
Début :
Il s'en fait beaucoup d'autres dans le monde dont / Apres la declaration [...]
Mots clefs :
Occasion, Heure, Amant, Désirs, Entreprise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HORLOGE DES AMANS.
l s'en
fait beaucoup d'autres dans le monde dont on ne ditmot, &il
n'eſt point de Belle qui n'ait fon heure dangereuſe quand les A- mans s'attachentàl'obſerver. Les
Prudes meſmes ne s'en fauvent
pas. Voyez ce qu'un Expert ſur cette matiere en a ingénieuſe-- ment écritdepuis peu..
38 LE MERCVRE
L'HORLOGE DES AMANS..
APres la declaration
Qui marque une ſincere & tendre paſſion,
Quandla Belle devient reſvenſe,
L'occaſionſe montre heureuse ;
Etsi l' Amant a de l'esprit ,
Il endoitfairefon profit.
L'heure où l'Amantse racommode Eft toûjours une beure commode ,
On veut se racquiter du temps qu'on a
perdu,
Et la Belle estant appaisée ,
Lecœurpoursemontrer de bonnefoyredu,
Nousrendtoute entrepriſe aisée,
Ce moment ſi chery des Hommes &des Dieux,
Eft en Chiffres d'amour écrit dedans les
yeux Decellepourqui l'on foûpire,
Etbien heureux qui l'y peut lire.
GALANT. 39
Vne Femme dansle couroux.
Oùla met un Mary jaloux ,
Aux deſirs d'un Amant est rarement cruelle.
L'occafion deſevanger Eſt une occaſion trop belle ,
Et l'heure du Dépit , l'eſt ſouvent diu Berger.
Siparmy la réjoüiffance
D'une Feste donnée en quelque beau Iar- din
Celle que vousaimez lors que moins on ypense,
S'éclipse &disparoiſt ſoudain ,
Suivez-la , l'amourſe declare ,
Ce n'est pasfansdeſſein que la Belles'égare.
UneFiere veut du respect,
Cherche dansſa conduite un Amant cir- confpect ,
Et qui contre lamédiſance Entous lieuxprenne sa defence;
Son honneurſauvéde ces coups
Sedefendra mal contrevous..
40 LE MERCVRE
Cellequele chagrin dévore ,
Qui ne vit que dans un grand düeil ,
Etd'une cendre qu'elle adore
Semble n'aimer que le cercüeil ,
Quoyqu'onla croyeinconfolable ,
N'estpastoûjours inexorable .
La douleur n'estant point vertu,
Nefournit quedefoibles armes ,
Et l'amour est mal combatu
Par la langueur &par les larmes.
Comme ſouvent la peine irrite le defir,
Pour objet de vos vœux s'il vous plaist dechoisir Quelque Prade à vos yeux aimable,
Nevous allarmezpoint deſa grandefroi- -deur
Parvossoins, vosrespects montrez luy voſtre ardeur,
Et laiſſez faire au temps , il la rendra traitable ,
Elle ne croira pas en avoir moinsd'hon--
neur
Pour donner à l'amour uneplace en fon foncœur..
fait beaucoup d'autres dans le monde dont on ne ditmot, &il
n'eſt point de Belle qui n'ait fon heure dangereuſe quand les A- mans s'attachentàl'obſerver. Les
Prudes meſmes ne s'en fauvent
pas. Voyez ce qu'un Expert ſur cette matiere en a ingénieuſe-- ment écritdepuis peu..
38 LE MERCVRE
L'HORLOGE DES AMANS..
APres la declaration
Qui marque une ſincere & tendre paſſion,
Quandla Belle devient reſvenſe,
L'occaſionſe montre heureuse ;
Etsi l' Amant a de l'esprit ,
Il endoitfairefon profit.
L'heure où l'Amantse racommode Eft toûjours une beure commode ,
On veut se racquiter du temps qu'on a
perdu,
Et la Belle estant appaisée ,
Lecœurpoursemontrer de bonnefoyredu,
Nousrendtoute entrepriſe aisée,
Ce moment ſi chery des Hommes &des Dieux,
Eft en Chiffres d'amour écrit dedans les
yeux Decellepourqui l'on foûpire,
Etbien heureux qui l'y peut lire.
GALANT. 39
Vne Femme dansle couroux.
Oùla met un Mary jaloux ,
Aux deſirs d'un Amant est rarement cruelle.
L'occafion deſevanger Eſt une occaſion trop belle ,
Et l'heure du Dépit , l'eſt ſouvent diu Berger.
Siparmy la réjoüiffance
D'une Feste donnée en quelque beau Iar- din
Celle que vousaimez lors que moins on ypense,
S'éclipse &disparoiſt ſoudain ,
Suivez-la , l'amourſe declare ,
Ce n'est pasfansdeſſein que la Belles'égare.
UneFiere veut du respect,
Cherche dansſa conduite un Amant cir- confpect ,
Et qui contre lamédiſance Entous lieuxprenne sa defence;
Son honneurſauvéde ces coups
Sedefendra mal contrevous..
40 LE MERCVRE
Cellequele chagrin dévore ,
Qui ne vit que dans un grand düeil ,
Etd'une cendre qu'elle adore
Semble n'aimer que le cercüeil ,
Quoyqu'onla croyeinconfolable ,
N'estpastoûjours inexorable .
La douleur n'estant point vertu,
Nefournit quedefoibles armes ,
Et l'amour est mal combatu
Par la langueur &par les larmes.
Comme ſouvent la peine irrite le defir,
Pour objet de vos vœux s'il vous plaist dechoisir Quelque Prade à vos yeux aimable,
Nevous allarmezpoint deſa grandefroi- -deur
Parvossoins, vosrespects montrez luy voſtre ardeur,
Et laiſſez faire au temps , il la rendra traitable ,
Elle ne croira pas en avoir moinsd'hon--
neur
Pour donner à l'amour uneplace en fon foncœur..
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Résumé : L'HORLOGE DES AMANS.
Le texte explore diverses stratégies pour gérer les situations amoureuses. Il souligne que toute femme peut être observée et que les amants doivent saisir les opportunités favorables. Après une déclaration sincère, l'amant doit profiter de l'instant où la belle est réceptive, notamment lors de la réconciliation, moment propice où elle est apaisée et prête à montrer sa bonne foi. Les femmes en colère, souvent cruelles, peuvent être apaisées par la réjouissance d'une fête. Si une femme aimée disparaît, l'amant doit la suivre, car elle ne s'égare pas sans raison. Une femme fière cherche respect et défense contre la médisance, et son honneur se défend mal contre un amant dévoué. Enfin, une femme dévorée par le chagrin, bien que semblant inébranlable, peut être touchée par l'amour. L'amant doit montrer son ardeur avec soin et respect, laissant le temps rendre la femme aimée plus traitable sans qu'elle perde son honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 110-135
Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Début :
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans, l'esprit [...]
Mots clefs :
Veuve, Marquis, Vieillard, Banquier, Homme, Amant, Carosse, Amour, Balcon, Jalousies, Chevaux, Rival, Garderobe, Cocher
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans ,
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
3
70 LE MERCVRE deménagertrois Amansque des raiſons d'intereſt ou de vanité
luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
E
que blonde , & un Rabat d'un
Point
GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
D
74 LE MERCVRE
Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
7
lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
Div
80 LE MERCVRE
qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
GALANT. 81
tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
84 LE MERCURE
dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
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GALANT. 85
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du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
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luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
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que blonde , & un Rabat d'un
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GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
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Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
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lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
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qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
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tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
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dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
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du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
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Résumé : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Le texte relate une situation impliquant une jeune veuve et ses trois amants. La veuve, réputée pour sa beauté et son esprit, a sélectionné des amants aux caractères distincts. Le premier est un jeune marquis, séduisant et aimable, mais financièrement démuni. Le second est un ancien banquier, riche et libéral, mais âgé. Le troisième est un conseiller au Parlement, honnête et sans traits de caractère particuliers. Un soir, la veuve attend la visite du conseiller, mais le vieillard et le marquis apparaissent de manière inattendue. Le vieillard se cache sur un balcon après avoir été surpris par l'arrivée du marquis. Ce dernier, après une discussion avec la veuve, menace le banquier. Une violente tempête survient, aggravant la situation. La veuve, inquiète de l'arrivée imminente du conseiller, doit trouver une solution pour se débarrasser des deux autres amants. Elle persuade le vieillard de se déguiser en cocher pour reconduire le marquis chez lui. Le conseiller, ignorant les événements, arrive finalement et s'entretient avec la veuve. Le vieillard, après avoir joué le rôle de cocher, doit rentrer chez lui à pied, ne recevant qu'un demi-louis pour sa peine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 89-116
Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay, Madame, que ces témoignages de joye & de [...]
Mots clefs :
Amour, Iris, Apollon, Indifférent, Conversion, Aimer, Livres, Lecture, Vers, Ecolière, Coeur, Madame, Aimable, Apprendre, Esprit, Lettre, Pétrarque, Laure, Amant, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Je ſçay , Madame , que ces témoignages de joye & de ref- pect rendus à ce grand Mini- ſtre , n'auront rien de ſurpre
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
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Résumé : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Le texte décrit la transformation amoureuse d'un homme initialement connu pour son indifférence et son détachement philosophique. Cet homme rencontre une jeune femme cultivée et aimable, ce qui marque le début de leur relation. Leur lien se renforce à travers des échanges littéraires et des poèmes. La jeune femme, après avoir écrit des vers, reçoit des lettres d'Apollon et d'Amour, chacun affirmant être l'inspirateur de ses poèmes. Après réflexion, elle reconnaît l'influence d'Apollon sur ses vers tout en admettant l'impact d'Amour. Le texte se conclut par une comparaison avec l'histoire de Pétrarque et Laure, soulignant la beauté poétique de cette intrigue amoureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 216-220
BRUNAUT, MATOU BANAL DES environs d'Argentan, A L'AIMABLE GRISETE, CHATE DE MADAME DES HOULIERES,
Début :
C'est une étrange chose que l'amour. Il ne cause pas / Attendant l'autre jour une tendre aventure, [...]
Mots clefs :
Chatte, Mercure, Amant, Pièces galantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRUNAUT, MATOU BANAL DES environs d'Argentan, A L'AIMABLE GRISETE, CHATE DE MADAME DES HOULIERES,
C'est une étrange chofe
que l'amour. Il ne cauſe pas.
216 MERCVRE
feulement du fracas parmy
les Hommes, il tourmente
jufqu'aux Animaux, &l'aimable Chate Grifete pour
laquelle tant de beaux Efprits ont fait les galantes
Pieces que vous avez leuës
dans l'Extraordinaire du
Quartier d'Octobre, n'a pas
borné fes conqueftes à Paris. Le bruit de fon mérite
a efté plus loin, & voicy ce
qu'on luy écrit d'aupres
d'Argentan. La Lettre eft
au nom du Matou Brunaut,
àqui M' d'Abloville a prêté
ces Vers.
BRVNAVT
GALANT. 217
5252552225222523
BR V NAVT,
MATOU BANAL DES
environs d'Argentan,
A L'AIMABLE
GRISETE.
CHATE DE MADAME
DES HOULIERES,
A
Ttendant l'autre jour une
tendre avanture,
Affis aupres d'une Maſure,
oùje traitois d'heures tous lesmo
mens
Qui retardoient lafin de mes tour
mens,
Grifete, j'appris duMercure
Vos aimables miaulemens.
Avril1679. T
ན
218 MERCVRE
S&
Ils mefirent bientoft abandonner la
place, ces si
Et malgréla neige &la glace,
Concevoir le deffein de me rendre à
Paris. 800Set $25
M
In Chat qui pour vous voir veut
quiterfon Pats,and rahzinK
Par lafaifon qu'ilfait, méritequelque grace,
Voudriez- vous luy marquer du
mépris?
25
Itfuis de qualités je nefens point
le Drille,
On peutfans vanité compter ma Famille
dans
-DesChats Héros de Pere en Fits,
Les Rodilards, les Rominagrobis,
De tout temps ont passé pour eftre
fort habiles
Afaire laguerre aux Souris.
GALANT 219
NulleChate ences lieux ne m'aparu
Tygraffes
Si la beauté,fi la tendreſſe,
Pouvoientme contenter, mon fort
feroit biendoux, p md5
Maisdes Chats baftis comme nous,
Demandent de l'efprit, de la délicateffe,
Et tout cela n'eftque chez vous.
$2
Tatam'allarmepeu; quoyqu'ilfcaché
bien dire,
Bien raifonner, bien rimer,
écrire,
bien
Iln'eft, engros comme endétail,
Bonqu'à faire un Chat de Serrail,
Sonconfeil vaut beaucoup, mais c'eft
lors qu'on veutrire,
Peude chofequefon travail.
Tij
220 MERCVRE
S&
Tous les autres Matous de vostre
voifinage
Amon abord changeront de langages
Entr'autres Dom Gris & Mitins
Certain Renault, certain Blondin,
Renonceront pour jamais au fromagen
Quandje voudray prendre mon
air mutin.
Cecyn'eftpoint par Gafconnades
S'ils veulent avec moy venir à la
gourmade,
Ils verrontcomeun ChatNormad
Qui s'eftdeclare voftre Amant,
Scait mettre enjeu l'eftafilade,
Pourpoffeder un objetfi charmant
que l'amour. Il ne cauſe pas.
216 MERCVRE
feulement du fracas parmy
les Hommes, il tourmente
jufqu'aux Animaux, &l'aimable Chate Grifete pour
laquelle tant de beaux Efprits ont fait les galantes
Pieces que vous avez leuës
dans l'Extraordinaire du
Quartier d'Octobre, n'a pas
borné fes conqueftes à Paris. Le bruit de fon mérite
a efté plus loin, & voicy ce
qu'on luy écrit d'aupres
d'Argentan. La Lettre eft
au nom du Matou Brunaut,
àqui M' d'Abloville a prêté
ces Vers.
BRVNAVT
GALANT. 217
5252552225222523
BR V NAVT,
MATOU BANAL DES
environs d'Argentan,
A L'AIMABLE
GRISETE.
CHATE DE MADAME
DES HOULIERES,
A
Ttendant l'autre jour une
tendre avanture,
Affis aupres d'une Maſure,
oùje traitois d'heures tous lesmo
mens
Qui retardoient lafin de mes tour
mens,
Grifete, j'appris duMercure
Vos aimables miaulemens.
Avril1679. T
ན
218 MERCVRE
S&
Ils mefirent bientoft abandonner la
place, ces si
Et malgréla neige &la glace,
Concevoir le deffein de me rendre à
Paris. 800Set $25
M
In Chat qui pour vous voir veut
quiterfon Pats,and rahzinK
Par lafaifon qu'ilfait, méritequelque grace,
Voudriez- vous luy marquer du
mépris?
25
Itfuis de qualités je nefens point
le Drille,
On peutfans vanité compter ma Famille
dans
-DesChats Héros de Pere en Fits,
Les Rodilards, les Rominagrobis,
De tout temps ont passé pour eftre
fort habiles
Afaire laguerre aux Souris.
GALANT 219
NulleChate ences lieux ne m'aparu
Tygraffes
Si la beauté,fi la tendreſſe,
Pouvoientme contenter, mon fort
feroit biendoux, p md5
Maisdes Chats baftis comme nous,
Demandent de l'efprit, de la délicateffe,
Et tout cela n'eftque chez vous.
$2
Tatam'allarmepeu; quoyqu'ilfcaché
bien dire,
Bien raifonner, bien rimer,
écrire,
bien
Iln'eft, engros comme endétail,
Bonqu'à faire un Chat de Serrail,
Sonconfeil vaut beaucoup, mais c'eft
lors qu'on veutrire,
Peude chofequefon travail.
Tij
220 MERCVRE
S&
Tous les autres Matous de vostre
voifinage
Amon abord changeront de langages
Entr'autres Dom Gris & Mitins
Certain Renault, certain Blondin,
Renonceront pour jamais au fromagen
Quandje voudray prendre mon
air mutin.
Cecyn'eftpoint par Gafconnades
S'ils veulent avec moy venir à la
gourmade,
Ils verrontcomeun ChatNormad
Qui s'eftdeclare voftre Amant,
Scait mettre enjeu l'eftafilade,
Pourpoffeder un objetfi charmant
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Résumé : BRUNAUT, MATOU BANAL DES environs d'Argentan, A L'AIMABLE GRISETE, CHATE DE MADAME DES HOULIERES,
Le texte raconte l'histoire de Brunaut, un chat habitant près d'Argentan, qui s'éprend de Grifete, une célèbre chatte parisienne. Inspiré par les récits de ses exploits et de sa beauté, Brunaut décide de partir pour Paris malgré le froid hivernal. Dans une lettre, Brunaut vante ses propres qualités et celles de sa famille, connue pour ses compétences en chasse aux souris. Il admire Grifete non seulement pour sa beauté et sa tendresse, mais aussi pour son esprit et sa délicatesse. Brunaut exprime sa volonté de se battre contre d'autres chats pour prouver son amour et sa bravoure. Il conclut en affirmant que son dévouement et ses compétences en font un amant digne de Grifete.
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8
p. 10-15
EGLOGUE.
Début :
Je n'attendray point que vous m'ayez fait connoistre / Assise au bord de la Seine [...]
Mots clefs :
Génie, Bergère, Amant, Bocage, Nymphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE.
Je n'attendray point que
vous m'ayez fait connoistre
le plaisir que vous aura infailliblementcausé
la lecture
de l'Idille de Madame
des Houlieres, employé
dans la premiere Partie de
cette Lettre, pour vous envoyer
un autre Ouvrage
de cette illustre Personne.
En voicy un Pastoral, dont
les Vers aisez, doux & naturels
, vous feront admirer
de plus en plus la beauté
de son Génie.
EGLOGUE.
ASjifi AH berd de la Seine
SurlefAnchtnt d'un CofteAN,
La Bergere Celtmcne
Laisepaijtreson Troupeau.
Il defeend dans /4 Prairie
SeAns quelle daignefinger le Loup peurramanger
SaBrebis la plmchérie.
Lesouvenir d'fin Berger
Jguc la Fortune cruelle
Force à vivre cloiçnê d'¿lic
Dtids un Climat EtfllrJlJr,
Cause la langueur mortelle
-..!!i Iny fait tout né^ligcY.
Tantojl cédantalaferce
Defis amoureux transports,
Elle grave sur l'etorce
Des Arbriffeaux de ces bords,
Puisse durer, puisse croistre
L'ardeur de mon jeune Amant,
Comme feront sur ce Hestre
Ces marques de mon tourment!
Tantost misant sur lefahlt
Le ??cmd'Acar:te & le fien,
Elle trouve infoportable
'u,'$ Zephirimpitoyable
En !/l/!,"t n'en laisse rien.
Quelle cruelle avanrurc,
1/ r A Dit- elle avec un forpir,
Si ce qu'a faitle Zéphir
M'est un veritable augure,
Que de si tendres amours,
Ne dureront pas toújours!
Je briferois ma Musete
S'il estoit un Iin posteur,
Et du fer de ma Houlete
Je me percerois le coeur.
A ces mots, elle repajjè
Dans sen esprit alarmé,
L'eir,A-str,ziis,l'estrit, I.-i
Î)
t,,ace
L'airyles
traits, l'ejlrit, lagrâce
De ce Berger trop atmr.
Les Op/caux de ce Bocare
SSceti,.'i-,iffnntptpootturrécccoouûteterrÓ
Ce qu'UsC'entendentchanter
Du beau Berger qui Rengage.
Ils voudraient le répeter,
Max leurplu& tendreramage
JNe~la fiauroit imiter. cette trijie Amante
Ne voit sur lherbe Îlaj/aldc
ïvlcjth'cr d'heureux Amans,
Qu'eue nesi reprefcote
Combien Cabsence d'Acante
Luycousse de doux immens.
Jamais des Bergersne viennent
De ces bords délicieux
Ou Jes dcfiwsleretiennent7
J$ueson amour curieux
Ne s'informeJices Lieux
OntdesNymphes assez, belles
Pourfaire des Infdclier.
Enfin millefois lejour
Bile veut, elle appréhendé
Tout ce que craiht &demande
Le'(pl)u"s violent amour. doitplaindre uneBergere
Si pÚlc a sdidrm.ir!
Tourqucy du plaisir etaimer
Faut-ilsefaire une affaire?
Jjjhtels Bergers en font autant
Daï;J £heureuxfiecle où nomjomwcs?
Mante quelle aime tant
Elflns -doute un Jnconfinnt
Comme tow les autres Hlmmts.
vous m'ayez fait connoistre
le plaisir que vous aura infailliblementcausé
la lecture
de l'Idille de Madame
des Houlieres, employé
dans la premiere Partie de
cette Lettre, pour vous envoyer
un autre Ouvrage
de cette illustre Personne.
En voicy un Pastoral, dont
les Vers aisez, doux & naturels
, vous feront admirer
de plus en plus la beauté
de son Génie.
EGLOGUE.
ASjifi AH berd de la Seine
SurlefAnchtnt d'un CofteAN,
La Bergere Celtmcne
Laisepaijtreson Troupeau.
Il defeend dans /4 Prairie
SeAns quelle daignefinger le Loup peurramanger
SaBrebis la plmchérie.
Lesouvenir d'fin Berger
Jguc la Fortune cruelle
Force à vivre cloiçnê d'¿lic
Dtids un Climat EtfllrJlJr,
Cause la langueur mortelle
-..!!i Iny fait tout né^ligcY.
Tantojl cédantalaferce
Defis amoureux transports,
Elle grave sur l'etorce
Des Arbriffeaux de ces bords,
Puisse durer, puisse croistre
L'ardeur de mon jeune Amant,
Comme feront sur ce Hestre
Ces marques de mon tourment!
Tantost misant sur lefahlt
Le ??cmd'Acar:te & le fien,
Elle trouve infoportable
'u,'$ Zephirimpitoyable
En !/l/!,"t n'en laisse rien.
Quelle cruelle avanrurc,
1/ r A Dit- elle avec un forpir,
Si ce qu'a faitle Zéphir
M'est un veritable augure,
Que de si tendres amours,
Ne dureront pas toújours!
Je briferois ma Musete
S'il estoit un Iin posteur,
Et du fer de ma Houlete
Je me percerois le coeur.
A ces mots, elle repajjè
Dans sen esprit alarmé,
L'eir,A-str,ziis,l'estrit, I.-i
Î)
t,,ace
L'airyles
traits, l'ejlrit, lagrâce
De ce Berger trop atmr.
Les Op/caux de ce Bocare
SSceti,.'i-,iffnntptpootturrécccoouûteterrÓ
Ce qu'UsC'entendentchanter
Du beau Berger qui Rengage.
Ils voudraient le répeter,
Max leurplu& tendreramage
JNe~la fiauroit imiter. cette trijie Amante
Ne voit sur lherbe Îlaj/aldc
ïvlcjth'cr d'heureux Amans,
Qu'eue nesi reprefcote
Combien Cabsence d'Acante
Luycousse de doux immens.
Jamais des Bergersne viennent
De ces bords délicieux
Ou Jes dcfiwsleretiennent7
J$ueson amour curieux
Ne s'informeJices Lieux
OntdesNymphes assez, belles
Pourfaire des Infdclier.
Enfin millefois lejour
Bile veut, elle appréhendé
Tout ce que craiht &demande
Le'(pl)u"s violent amour. doitplaindre uneBergere
Si pÚlc a sdidrm.ir!
Tourqucy du plaisir etaimer
Faut-ilsefaire une affaire?
Jjjhtels Bergers en font autant
Daï;J £heureuxfiecle où nomjomwcs?
Mante quelle aime tant
Elflns -doute un Jnconfinnt
Comme tow les autres Hlmmts.
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Résumé : EGLOGUE.
La lettre mentionne l'envoi d'un ouvrage pastoral et partage une idylle de Madame des Houlières. L'histoire met en scène Célimène, une bergère surveillant son troupeau. Elle se remémore un berger éloigné, ce qui cause sa langueur et son désespoir. Célimène exprime ses sentiments amoureux et ses craintes à travers des vers doux et naturels. Elle grave ses tourments sur les arbres et se plaint du zéphyr, qu'elle voit comme un mauvais présage. Elle envisage même le suicide si son amant est infidèle. Ses chants résonnent dans la vallée, touchant les autres bergers. Célimène se lamente sur l'absence de son amant et s'interroge sur les tourments de l'amour. Elle se demande si les bergers de son époque connaissent encore les plaisirs de l'amour.
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9
p. 29-35
PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Début :
Le mot de Chien est pris fort souvent pour un terme de mépris ; / Bonjour & bonne anné à ma belle Maistresse. [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Coeur, Chien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Le mot de Chien eft pris fort
fouvent pour un terme de mépris
; & quand on dit d'un Ouvrage
, c'est un Ouvrage de Chien,
on n'a pas deffein de le loüer.
Cependant les Vers qui ſuivent
fontun langage de Chien , & cc
langage vaut bien qu'on l'écoute.
Vous en jugerez.
B 3
30 MERCURE
PETONNE
A MADEMOISELLE CH …..
B
ETRENNES.
On iour & bonne anné à mø
belle Maiftreffe.
Je viens un peu matin , i’aymes rai.
fons aufft.
Auiourd'huy mille Amans vont
aborder icy;
Fay voulu prévenir la preffe..
Tous viennent à deffein de ſe voir
étrenne ,
Tous vousferont quelques demandes
vaines ;
·Pour moy , ie veux pour mes Etrennes
,
GALANT.
3F
Le volage Bichon , que vous me retencz.
L'Ingrat me donne mille peines .
Vous riez ? hélas ! fi jamais
D'un bel amour voftre coeur brûle,
La demande
que je vous fais
Ne vous paroiftra pas tout- à-fait
ridicule.
Son premier feu , mes yeux l'ont
allumé
;
Pour rendre fa flame eternelle ,
Je me flatois d'eftre affez belle ;
Mais de mes foibles traits avois
trop préfumé,
Depuis qu'à vos baifers il s'eft ac
tumé ..
Atoutes mes faveurs je le trouve
rebelle , ·
En vainpar un tendre abeyment
J'appelle ce perfide Amant ;
Il ne daigne pas , l'infidelle
Me confoler d'un regard feulement.
B 4
32
MERCURE
Quefaut ildonc que je devienne?
Fut- il jamais plus malheureufe
Chienne ?
Vous tenez tous le jour Bichon entre
vos bras ,
Ilcouche la nuit dans vos draps,
Pendant
que la trifte Petonne
A de mortels chagrins jour & nuit
s'abandonne.
Eft- ce que lapitié ne vous touchera
Pas ?
Par grace, ma belle Maîtreffe ,
Place ailleurs voftre tendreffe ,
Aujourd'huy mille Amans , je vous
l'ay déja dit ,
De voftre coeur viendront chercher
les routes.
Il faudroit une fois pour toutes
A faire unjufte choix appliquer vôtre
efprit.
L'un va vous étaler fes amoureufes
peines ;
Un autre en Amoureux tranfi.
GALANT.
33
Vous pouffera des foûpirs à douzaines
;
Et vous entendre celuy - cy
Vanter le doux poids de fes
chaînes .
L'autre,par un difcours qu'ils croira
bien tourné,
Sur tous voudra la préference ,
Mais s'il faut là- deffus dire ce que
je pense ,
N'écoute que l'Amant borné;
Luy Seut vous aime plus que
tres ensemble ,
les au-
Je l'examine chaque jour.
Croyez- moy, ma Maîtresse , en matiere
d'amour
K
Je ne fuis pas fi befte qu'il vous
femble.
D'abord que je le vois entrer
Je me campe fur une Chaife .
D'où regardant fort à mon aiſe ,
Je tâche de tout penéirer.
Plus de millefois jay pris garde
B S
'34
• MERCURE
Que le pauvre Enfant vous regarde
Avec de certains yeux panchez
Dont les coeurs les plus fiers devroient
eftre touchez.
Vous, à voftre ouvrage aſſiduë ,
Pleine pour luy de cruauté ,
Vous empefchez que voſtre veuë
Nefe tourne de fan cofté;
Mais malgré vostre dureté ,
Voicy de fon amour la preuve convaincante
C'est vous qui regle ſon humeur.
Eftes- vous trifte ? il eft refveur;
Ileft content fi vous eftes contente.
Il n'est qu'un feul endroit qu'il ne
peut imiter.
Vous ne l'aimez pas , il vous aime.
Si parfesfoins il peut le mériter,
N'en ferez - vous pas bien de
mefme ?
Vous repondre à tout cecy »
Queſon eſperance eft bornée..
GALANT.
35
Ah, que vous eftes obstinée ?
Et celle de Bichon l'eft - ellepas auffi?
Cependant le Fripon vous baife.
L'autre enrage dans fapeau.
Il eft vray que Bichon eft beau;
Mais la bouche,ne vous déplaife,
Vaut bienpour le moins le muſeau .
Par cet avis que ie vous donne
Satisfaites à vos defirs ;
Laiffez Bichon à la pauvre Petonne,
Prenez l'Amant borné pour vos
menus plaifirs.
fouvent pour un terme de mépris
; & quand on dit d'un Ouvrage
, c'est un Ouvrage de Chien,
on n'a pas deffein de le loüer.
Cependant les Vers qui ſuivent
fontun langage de Chien , & cc
langage vaut bien qu'on l'écoute.
Vous en jugerez.
B 3
30 MERCURE
PETONNE
A MADEMOISELLE CH …..
B
ETRENNES.
On iour & bonne anné à mø
belle Maiftreffe.
Je viens un peu matin , i’aymes rai.
fons aufft.
Auiourd'huy mille Amans vont
aborder icy;
Fay voulu prévenir la preffe..
Tous viennent à deffein de ſe voir
étrenne ,
Tous vousferont quelques demandes
vaines ;
·Pour moy , ie veux pour mes Etrennes
,
GALANT.
3F
Le volage Bichon , que vous me retencz.
L'Ingrat me donne mille peines .
Vous riez ? hélas ! fi jamais
D'un bel amour voftre coeur brûle,
La demande
que je vous fais
Ne vous paroiftra pas tout- à-fait
ridicule.
Son premier feu , mes yeux l'ont
allumé
;
Pour rendre fa flame eternelle ,
Je me flatois d'eftre affez belle ;
Mais de mes foibles traits avois
trop préfumé,
Depuis qu'à vos baifers il s'eft ac
tumé ..
Atoutes mes faveurs je le trouve
rebelle , ·
En vainpar un tendre abeyment
J'appelle ce perfide Amant ;
Il ne daigne pas , l'infidelle
Me confoler d'un regard feulement.
B 4
32
MERCURE
Quefaut ildonc que je devienne?
Fut- il jamais plus malheureufe
Chienne ?
Vous tenez tous le jour Bichon entre
vos bras ,
Ilcouche la nuit dans vos draps,
Pendant
que la trifte Petonne
A de mortels chagrins jour & nuit
s'abandonne.
Eft- ce que lapitié ne vous touchera
Pas ?
Par grace, ma belle Maîtreffe ,
Place ailleurs voftre tendreffe ,
Aujourd'huy mille Amans , je vous
l'ay déja dit ,
De voftre coeur viendront chercher
les routes.
Il faudroit une fois pour toutes
A faire unjufte choix appliquer vôtre
efprit.
L'un va vous étaler fes amoureufes
peines ;
Un autre en Amoureux tranfi.
GALANT.
33
Vous pouffera des foûpirs à douzaines
;
Et vous entendre celuy - cy
Vanter le doux poids de fes
chaînes .
L'autre,par un difcours qu'ils croira
bien tourné,
Sur tous voudra la préference ,
Mais s'il faut là- deffus dire ce que
je pense ,
N'écoute que l'Amant borné;
Luy Seut vous aime plus que
tres ensemble ,
les au-
Je l'examine chaque jour.
Croyez- moy, ma Maîtresse , en matiere
d'amour
K
Je ne fuis pas fi befte qu'il vous
femble.
D'abord que je le vois entrer
Je me campe fur une Chaife .
D'où regardant fort à mon aiſe ,
Je tâche de tout penéirer.
Plus de millefois jay pris garde
B S
'34
• MERCURE
Que le pauvre Enfant vous regarde
Avec de certains yeux panchez
Dont les coeurs les plus fiers devroient
eftre touchez.
Vous, à voftre ouvrage aſſiduë ,
Pleine pour luy de cruauté ,
Vous empefchez que voſtre veuë
Nefe tourne de fan cofté;
Mais malgré vostre dureté ,
Voicy de fon amour la preuve convaincante
C'est vous qui regle ſon humeur.
Eftes- vous trifte ? il eft refveur;
Ileft content fi vous eftes contente.
Il n'est qu'un feul endroit qu'il ne
peut imiter.
Vous ne l'aimez pas , il vous aime.
Si parfesfoins il peut le mériter,
N'en ferez - vous pas bien de
mefme ?
Vous repondre à tout cecy »
Queſon eſperance eft bornée..
GALANT.
35
Ah, que vous eftes obstinée ?
Et celle de Bichon l'eft - ellepas auffi?
Cependant le Fripon vous baife.
L'autre enrage dans fapeau.
Il eft vray que Bichon eft beau;
Mais la bouche,ne vous déplaife,
Vaut bienpour le moins le muſeau .
Par cet avis que ie vous donne
Satisfaites à vos defirs ;
Laiffez Bichon à la pauvre Petonne,
Prenez l'Amant borné pour vos
menus plaifirs.
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Résumé : PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Le poème 'Étrennes' est adressé à une demoiselle par une chienne nommée Petonne. Petonne exprime son amour pour sa maîtresse et sa jalousie envers un autre chien, Bichon, qui semble préféré. Elle décrit les attentions et les souffrances de l'amant rejeté, contrastant avec les faveurs accordées à Bichon. Petonne observe les comportements de Bichon et note qu'il imite les humeurs de la maîtresse, sauf en ce qui concerne l'amour. Elle conclut en demandant à la maîtresse de considérer l'amour sincère de l'amant borné et de laisser Bichon à Petonne. Le poème utilise un langage familier et des jeux de mots pour exprimer les émotions et les désirs des personnages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 66-67
AIR NOUVEAU.
Début :
On fait des Hyvers comme des Printemps. En voicy un / Par vos cris, mes petits Moutons, [...]
Mots clefs :
Mouton, Hiver, Saison, Plaine, Amant
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texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Le texte compare les saisons aux émotions humaines, notamment la douleur de la séparation amoureuse. Il décrit des 'petits Moutons' contraints de quitter leurs vallées en hiver. Une femme exprime une tristesse plus grande, doutant de retrouver son amant au printemps. Le poème souligne la douleur de l'absence et l'incertitude de la réconciliation.
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11
p. 81-88
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Je réserve la suite de ce Traité pour le prochain Extraordinaire, / Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses, Fortune, Amour, Amant, Service, Loisirs, Liberté, Obstacle, Honnête homme, Mort, Autel, Ami, Générosité
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte extrait du 'Mercure Galant' explore les sentiments amoureux à travers une série de questions et de réponses. Il compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les sentiments sont immédiatement reçus et récompensés, et celui d'un amant qui, après une longue attente, voit enfin son amour réciproque. Le texte soutient que le second type de bonheur est plus satisfaisant, car un plaisir surprenant est un double plaisir. Le texte examine également l'impact de la liberté et des obstacles dans une relation amoureuse. La facilité de se voir fréquemment peut entraîner l'indifférence ou même le mépris, tandis que les difficultés peuvent renforcer l'amour. Il met en garde contre l'inconstance du cœur humain, qui peut être facilement attiré par la nouveauté. Le texte aborde aussi la question de la moralité en amour. Il affirme qu'il est excusable d'être esclave de sa passion, mais inacceptable de commettre des lâchetés ou des crimes pour elle. Il souligne l'importance de la complaisance dans les relations, tout en la bornant par les règles du devoir et de l'honneur. Enfin, le texte relate une anecdote sur un homme mourant qui montre plus d'amitié pour l'ami dont il éloigne la présence pour éviter de l'affliger. Cette anecdote illustre la profondeur des sentiments et la considération pour autrui, même dans les moments les plus difficiles.
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12
p. 157-163
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont [...]
Mots clefs :
Sentiments, Fortune, Amant, Bonheur, Beauté, Martyre, Plaisirs, Larmes, Amour, Liberté, Voeux, Passion, Coeur, Agonie, Raison, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte, extrait du Mercure Galant de 1685, explore divers sentiments amoureux et dilemmes moraux. L'auteur compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les désirs sont immédiatement satisfaits et celui qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement son amour réciproque. Il préfère le bonheur immédiat, trouvant peu d'attrait à un amour longuement attendu. L'auteur évoque ensuite sa relation avec Sylvie, exprimant son désir de voir sa reconnaissance sans délai. Il compare cette situation à son amour pour Philis, qu'il voyait librement mais sans empressement, contrairement à maintenant où les obstacles augmentent ses désirs. Il réfléchit sur la nature de l'amour, affirmant qu'un amant est troublé et que la passion est plus forte lorsqu'elle est contrariée. Il se demande si un homme est excusable de sacrifier son honneur pour l'amour, concluant qu'il ne le serait pas. Enfin, l'auteur utilise une métaphore de la mort pour illustrer la difficulté de choisir entre deux amis en fin de vie, soulignant que son cœur s'intéresse davantage à Licidas, malgré la présence de Damon. Il conclut que son choix est dicté par l'utilité et la crainte de blesser Licidas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 236-237
PLAISIR D'UN AMANT. SONNET.
Début :
Se broüiller quelques fois avec l'Objet qu'on aime, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Amant, Fidélité, Engagement
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texteReconnaissance textuelle : PLAISIR D'UN AMANT. SONNET.
PLAISIRS D'UN AMANT..
SE
SONNET.
E brouiller quelquefois avec l'Objet
qu'on aime,
Et fe raccommoder dans le meſme moment,
Feindre de temps en temps un fondain
changement,
Et dans le fonds du coeur eftre toûjours le
mefme.
ទ
Emprunter de Bacchus la puiſſance ſu
préme,
Paroistre aux yeux de tous un infidellee
Amants
du Mercure Galant.. 237
Affecter au dehors un autre engagement,.
Et garder an dedans une tendreſſe ex--
tréme.
€3
Paffer des jours entiersfans vifiter Cloris,
Luy
celer le beau feu dont onfe fent épris,,
La regarderfouvent avec indiférence,
*3
S'appliquer tout entier à tromper lesfaloux,
Inftruirepar autruyCloris defa foufrance,
Ge font-la de l'amour les plaifirs les plus
doux.
SE
SONNET.
E brouiller quelquefois avec l'Objet
qu'on aime,
Et fe raccommoder dans le meſme moment,
Feindre de temps en temps un fondain
changement,
Et dans le fonds du coeur eftre toûjours le
mefme.
ទ
Emprunter de Bacchus la puiſſance ſu
préme,
Paroistre aux yeux de tous un infidellee
Amants
du Mercure Galant.. 237
Affecter au dehors un autre engagement,.
Et garder an dedans une tendreſſe ex--
tréme.
€3
Paffer des jours entiersfans vifiter Cloris,
Luy
celer le beau feu dont onfe fent épris,,
La regarderfouvent avec indiférence,
*3
S'appliquer tout entier à tromper lesfaloux,
Inftruirepar autruyCloris defa foufrance,
Ge font-la de l'amour les plaifirs les plus
doux.
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Résumé : PLAISIR D'UN AMANT. SONNET.
Le sonnet 'PLAISIRS D'UN AMANT' décrit un amant qui alterne entre brouilles et réconciliations avec sa bien-aimée. Il feint des changements d'humeur et utilise l'ivresse pour paraître infidèle. Extérieurement indifférent, il cache un ardent désir pour Cloris. Son objectif est de tromper les apparences et de révéler sa souffrance à travers autrui. Ces actions représentent les plaisirs les plus doux de l'amour.
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14
p. 262-263
IV.
Début :
C'est aimer foiblement d'aimer sans jalousie. [...]
Mots clefs :
Aimer, Jalousie, Âme, Coeur, Amant, Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : IV.
IV .
C'Eftaimerfoiblementd'aimerſansjalonfie.
Sans raison quelquefois une ame en eft
faifie,
Mais quelquefois auffi l'on ne fe trompe
pas,
Quand le coeur eft épris d'un objet plein
d'appas.
Le Berger Alcidonremply defa Mai
treſſe
du Mercure Galant.
263
Soupçonnant qu'un Rival partagefa tendreffe,
Voulant s'en éclaircir aformé le deffein
D'examiner de prés quel ferafon deftin.
Je veux, dit le Berger, me mettre enfentinelle
Auprés dela Maifon d'Iris mon Infidelle ..
Je m'y rendray de nuit, car c'eft dans ce
moment
Que pour cacherfaflame on reçoit un
Amant,
J'auray pour me conduire une Sourde
Lanterne
Si je ne la ſurprens, je veux que l'on me
berne.
DE LA GIRAULDIERE
Ruë Maubué .
C'Eftaimerfoiblementd'aimerſansjalonfie.
Sans raison quelquefois une ame en eft
faifie,
Mais quelquefois auffi l'on ne fe trompe
pas,
Quand le coeur eft épris d'un objet plein
d'appas.
Le Berger Alcidonremply defa Mai
treſſe
du Mercure Galant.
263
Soupçonnant qu'un Rival partagefa tendreffe,
Voulant s'en éclaircir aformé le deffein
D'examiner de prés quel ferafon deftin.
Je veux, dit le Berger, me mettre enfentinelle
Auprés dela Maifon d'Iris mon Infidelle ..
Je m'y rendray de nuit, car c'eft dans ce
moment
Que pour cacherfaflame on reçoit un
Amant,
J'auray pour me conduire une Sourde
Lanterne
Si je ne la ſurprens, je veux que l'on me
berne.
DE LA GIRAULDIERE
Ruë Maubué .
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Résumé : IV.
Le poème 'C'Eftaimerfoiblementd'aimersansjalonfie' de La Giraudière, publié dans le Mercure Galant, relate l'amour du Berger Alcidon pour Iris. Alcidon, jaloux, se rend secrètement chez Iris de nuit pour vérifier ses soupçons de trahison. Il utilise une lanterne sourde pour éviter d'être vu. L'auteur réside rue Maubué.
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15
p. 319-318
QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
Début :
Quand on obtient facilement [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Vérité, Beauté, Mépris, Sensible, Raisonnement
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texteReconnaissance textuelle : QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour , celle
d'un Amant dont les foins font receus
d'abord agréablement , & prefque auffi
toft recompenfez ; ou le bonheur de
celuy, qui apres avoir aimé quelque
temps fans efpérance , trouve enfin le
coeur de fa Maiftreffe fenfible.
Q
Vand on obtient facilement
Une jeune Beauté qu'on aime,
L'amour d'abord fuft- il extréme,
Dans lafuite l'on eft fatisfait rarements
Maisplus, avant la récompenfe ,
Un Amant voit de réfiftance,
Et plus il a de peine à pouvoir obtenir
L'Objet qui caufefon martire,
a
Plus leplaifir eft grand quand il peut par-
Ventr
A lapoffeffion de celle qu'il defire.
Oronte & Licidas prouveront mieux que
moy
)
Ddij
316 Extraordinaire
.
Cette Verité que j'avance.
Le premier dés l'abord uit recevoirfafox
allAvec prompta reconnoiffance,
Et la jeune Cloris qu'il voulut rechercher
Fut bien-toft mife enfa puiffance;
On la vit enfin s'attacher :
A get Amant dont le mérite
Eftoit accompagné d'une fage conduire.
Leur Hymen s'accomplit ; & le moment
fatal
Quidevoit caufer leur divorce,
Se couvrant à leurs yeux d'une fubtile
amorce,
Voulutfairefon coup dés le jourNuptial.
Cloris dans le Feftin vit paroiftxe Nicandre
Qui la regardoit d'un oeil tendre,
Elle devintfenfible , & répondant des
yeux
Afon muet langage,
Elle devint bientoft volage ,
Etne fit que chercher le moment précieux
Afin depouvoir entendre
du Mercure Galant.
317
Une déclaration
Quefit l'amoureux Nicandre
Defafollepaffion .
Elle oublia bien- toft cette foy conjugate`
Qu'elle devoit garder meſme malgré la
mort,
Et d'une ame inconftante, infidelle, inégale,
Elle fit éprouverun effroyablefort
Afon Epoux le pauvre Oronte,
Quine la trouva plus qu'un objet defa
bonte.
La haine & la rigueur, l'opprobre & le
mépris,
'
Furent dorénavant les Prix
Dont il vitque certe Infidelle
Voulutrécompenferſon amour &fonzile.
Mais au contraire Licidas.
Que l'on vit millefoss invoquer le trépas,
Nepouvant rendre Iris fenfible
Aux tendres mouvemens qui partoient de
fon cours
318 Extraordinaire
C
Employant tout le foin poffible
Afinde luy caufer unepareille ardeur,
Apres avoirfouffert , pleuré, priéfans ceffe
Cecher objet de fa tendreffe,
byer
Arriva ce jour bienheureux
Qu'il vit récompenferfesvoeux. 70
Depuis ce temps leur amour mutuelles
Paroift auxyeux de tous devoir eftre éter
nelle.
"Ainfi donc je conclus de cé raiſonnement ."
Que d'un amour trop prompt il naift d'é
trangesfuites;
Où quand il n'eft formé qu'apres plufieurs
poursuites,
Rarement on n'en voit qu'un bon évenement;
Et qu'enfin pour avoir toûjours l'ame contente,
Laderniere Fortune eft plusfatisfaisante.
la plus fatisfaifante en Amour , celle
d'un Amant dont les foins font receus
d'abord agréablement , & prefque auffi
toft recompenfez ; ou le bonheur de
celuy, qui apres avoir aimé quelque
temps fans efpérance , trouve enfin le
coeur de fa Maiftreffe fenfible.
Q
Vand on obtient facilement
Une jeune Beauté qu'on aime,
L'amour d'abord fuft- il extréme,
Dans lafuite l'on eft fatisfait rarements
Maisplus, avant la récompenfe ,
Un Amant voit de réfiftance,
Et plus il a de peine à pouvoir obtenir
L'Objet qui caufefon martire,
a
Plus leplaifir eft grand quand il peut par-
Ventr
A lapoffeffion de celle qu'il defire.
Oronte & Licidas prouveront mieux que
moy
)
Ddij
316 Extraordinaire
.
Cette Verité que j'avance.
Le premier dés l'abord uit recevoirfafox
allAvec prompta reconnoiffance,
Et la jeune Cloris qu'il voulut rechercher
Fut bien-toft mife enfa puiffance;
On la vit enfin s'attacher :
A get Amant dont le mérite
Eftoit accompagné d'une fage conduire.
Leur Hymen s'accomplit ; & le moment
fatal
Quidevoit caufer leur divorce,
Se couvrant à leurs yeux d'une fubtile
amorce,
Voulutfairefon coup dés le jourNuptial.
Cloris dans le Feftin vit paroiftxe Nicandre
Qui la regardoit d'un oeil tendre,
Elle devintfenfible , & répondant des
yeux
Afon muet langage,
Elle devint bientoft volage ,
Etne fit que chercher le moment précieux
Afin depouvoir entendre
du Mercure Galant.
317
Une déclaration
Quefit l'amoureux Nicandre
Defafollepaffion .
Elle oublia bien- toft cette foy conjugate`
Qu'elle devoit garder meſme malgré la
mort,
Et d'une ame inconftante, infidelle, inégale,
Elle fit éprouverun effroyablefort
Afon Epoux le pauvre Oronte,
Quine la trouva plus qu'un objet defa
bonte.
La haine & la rigueur, l'opprobre & le
mépris,
'
Furent dorénavant les Prix
Dont il vitque certe Infidelle
Voulutrécompenferſon amour &fonzile.
Mais au contraire Licidas.
Que l'on vit millefoss invoquer le trépas,
Nepouvant rendre Iris fenfible
Aux tendres mouvemens qui partoient de
fon cours
318 Extraordinaire
C
Employant tout le foin poffible
Afinde luy caufer unepareille ardeur,
Apres avoirfouffert , pleuré, priéfans ceffe
Cecher objet de fa tendreffe,
byer
Arriva ce jour bienheureux
Qu'il vit récompenferfesvoeux. 70
Depuis ce temps leur amour mutuelles
Paroift auxyeux de tous devoir eftre éter
nelle.
"Ainfi donc je conclus de cé raiſonnement ."
Que d'un amour trop prompt il naift d'é
trangesfuites;
Où quand il n'eft formé qu'apres plufieurs
poursuites,
Rarement on n'en voit qu'un bon évenement;
Et qu'enfin pour avoir toûjours l'ame contente,
Laderniere Fortune eft plusfatisfaisante.
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Résumé : QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
Le texte examine deux types de fortunes en amour. La première concerne un amant dont les vœux sont rapidement exaucés. La seconde décrit un amant qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement sa maîtresse s'adoucir. Le texte affirme que l'amour facilement obtenu peut devenir extrême au début mais se raréfie ensuite. À l'inverse, un amour obtenu après résistance et peine procure un plaisir plus grand. L'exemple d'Oronte illustre la première fortune. Oronte reçoit promptement l'affection de Cloris, qu'il épouse. Cependant, Cloris devient infidèle dès le jour des noces, causant une grande souffrance à Oronte. Licidas incarne la seconde fortune. Après avoir souffert et prié sans cesse, Licidas voit enfin ses vœux récompensés. Son amour pour Iris, après de nombreuses poursuites, devient mutuel et éternel. Le texte conclut que la fortune la plus satisfaisante est celle où l'amour naît après plusieurs poursuites, plutôt qu'un amour trop prompt qui peut mener à des suites étranges.
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15
16
p. 319
QUESTION A DECIDER.
Début :
Si un Courtisan trompé dans ses [e]sperances, est plus à plaindre [...]
Mots clefs :
Questions, Amant, Courtisan, Infidélité, Prodigalité, Avarice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION A DECIDER.
QUESTIONS A DECIDER,
Si un Courtiſan trompé dans
fes fperances , eft plus à plaindre
qu'un Amant paffionné qui
ne peut toucher le coeur de la
Perfonne qu'il aime,
II.
Si l'infidelité d'une Maiftreffe
infidele, peut autorifer un Amant
trahy à eſtre indiſcret.
III.
Si la Prodigalité eft moins condamnable
que l'Avariće.
IV..
On demande l'origine des
Bombes.
Si un Courtiſan trompé dans
fes fperances , eft plus à plaindre
qu'un Amant paffionné qui
ne peut toucher le coeur de la
Perfonne qu'il aime,
II.
Si l'infidelité d'une Maiftreffe
infidele, peut autorifer un Amant
trahy à eſtre indiſcret.
III.
Si la Prodigalité eft moins condamnable
que l'Avariće.
IV..
On demande l'origine des
Bombes.
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17
p. 116-117
II.
Début :
Non, l'esprit n'est plus de saison, [...]
Mots clefs :
Esprit, Saison, Perruque, Hommes, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
II. NOn, ierpr;tn'efl plus defaison,
Les Belles rien font au,-un- copte,
Elles luypréfèrentsans honte
tJn Homme qui ria pas feulement la
raVon.
Tourveu qu'ilaitJAir du beau Monde,
Et qu'il rçache bien grimacer,
Sous la Perruque brune ou blonde,,
BellemontrelefaitpllJfèr.
Vn simant de ce carattere
SçaitadmirAbtementJe taire;
Sabeflife le ren idiferet,
Et cefl tout ce qu'on veut dans tAmoureux
mistere,
Tointdeplaisir, s'ilrieflfecret.
DnHommed'espritaucontraireEflfujet
àfairedes P*frs,
Et toncraint qu'à tout l'Vnivers,
Il nefajJe récitd'unesecrette affaire.
• Enfin ilse voit éprisé,
Lors qu'un Sot eftfAvorifé.
DIEREVILLE.
Les Belles rien font au,-un- copte,
Elles luypréfèrentsans honte
tJn Homme qui ria pas feulement la
raVon.
Tourveu qu'ilaitJAir du beau Monde,
Et qu'il rçache bien grimacer,
Sous la Perruque brune ou blonde,,
BellemontrelefaitpllJfèr.
Vn simant de ce carattere
SçaitadmirAbtementJe taire;
Sabeflife le ren idiferet,
Et cefl tout ce qu'on veut dans tAmoureux
mistere,
Tointdeplaisir, s'ilrieflfecret.
DnHommed'espritaucontraireEflfujet
àfairedes P*frs,
Et toncraint qu'à tout l'Vnivers,
Il nefajJe récitd'unesecrette affaire.
• Enfin ilse voit éprisé,
Lors qu'un Sot eftfAvorifé.
DIEREVILLE.
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Résumé : II.
Le texte critique les 'Belles' de la haute société, qui privilégient les hommes capables de dissimuler leurs émotions et de se conformer aux attentes sociales. Ces hommes, maîtrisant l'art de la manipulation, sont admirés pour leur silence et leur indifférence. Les hommes d'esprit, eux, craignent la révélation de leurs secrets et se sentent aimés seulement lorsque des individus stupides sont favorisés.
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18
p. 117-118
III.
Début :
On dit que depuis le Carême [...]
Mots clefs :
Perruque, Amant, Plaire, Galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
N dit que depuisleCarême
Celimenefait voir unesagesse (xtrtme
Et ejuelle neveut plUl qu'on luyparled'4~
meur.
MonpawreRivall'antre jour,
La Perrtique-poudrée,& la barbe bien
faite,
Enfin comme un Amant qui veutfairefit,
coury
Mettoit toNtfin esprit à luy conterfleurette.
Jamais discours nefutplus touchant que i,
fien,
Sansqu'ilenpufî obtenir rien.
Ce quifgavoit jadis IHYplAire
Nefaisoit plus que l'irriter.
Vn changement a[es voeuxsicontraire
Entre les dents lefaifoit bien pester
Mais il nepûtse rebuter.
Ilvoulut voirla,fin de ce miflere,
Deufl-ilsefaire encor plusmaltraiter.
Ce qu'il craint arrive,deforte
Pue badinant comme autrefois,
La Belle contre luy s'emporte,
Et l'égrlltigne avec[es doigts
L'obligeant au plus vitea regagnerU
porte.
Queltraitementpourun Galant?
Fyd-un Amourjiviolent;
De la main de cette Cruelle
le ne veux point eflre blltH;
Ainsije croy quesavertu
Mf varendre aussifage auelle.
Lemesme,
N dit que depuisleCarême
Celimenefait voir unesagesse (xtrtme
Et ejuelle neveut plUl qu'on luyparled'4~
meur.
MonpawreRivall'antre jour,
La Perrtique-poudrée,& la barbe bien
faite,
Enfin comme un Amant qui veutfairefit,
coury
Mettoit toNtfin esprit à luy conterfleurette.
Jamais discours nefutplus touchant que i,
fien,
Sansqu'ilenpufî obtenir rien.
Ce quifgavoit jadis IHYplAire
Nefaisoit plus que l'irriter.
Vn changement a[es voeuxsicontraire
Entre les dents lefaifoit bien pester
Mais il nepûtse rebuter.
Ilvoulut voirla,fin de ce miflere,
Deufl-ilsefaire encor plusmaltraiter.
Ce qu'il craint arrive,deforte
Pue badinant comme autrefois,
La Belle contre luy s'emporte,
Et l'égrlltigne avec[es doigts
L'obligeant au plus vitea regagnerU
porte.
Queltraitementpourun Galant?
Fyd-un Amourjiviolent;
De la main de cette Cruelle
le ne veux point eflre blltH;
Ainsije croy quesavertu
Mf varendre aussifage auelle.
Lemesme,
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Résumé : III.
Pendant le Carême, N tente de séduire Célimène avec des discours touchants, mais elle le repousse. Lors d'une ultime rencontre, elle le griffe, le blessant. N décide alors de se venger en devenant aussi cruel qu'elle.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 180-185
AVIS DONNÉ A MADEMOISELLE ........... de l'infidelité que luy faisoit sont Amant.
Début :
On croit peut tout ce qu'on nous dit [...]
Mots clefs :
Secret, Vérité, Âme, Injustice, Crime, Jalousie, Coeur, Amant, Charme, Clémence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DONNÉ A MADEMOISELLE ........... de l'infidelité que luy faisoit sont Amant.
AVIS DONNE' A MADEMOISELLE
de l'infidelit que
1iiy faisoit son Amant. ONcroit peu tout ce qu'on nomdit.
Contre le cher Objet de mftre tendre
flâme, -
Et la Vérité mesme, à convaincre mftre
Ame,
:AHrqjt bien de la peine, &feroitfmr
créditNoflrecoeur
en secret qui pour luy s'interesse,
NsUl dit que ceftpeut-eifreunpiege qui
luydresse
P'n fourbe, un calomniateur,
Quetoutsoncrimeefifonmalheur,
Quon luy fait injuflice,& qu'a tort
on l'accuse.
Nom foupfonnonsfowvent le Dénonciateur,
Ou de haine, ou d'envie, ou de jaloufc
rufeÔ
Nous le jugeonstoujours trop credule*,
r. l'erreur
D'uneapparence, ou vaine, outràmpeu*
Je
, ou cotifttfe.
Tout eji fufpecl, tout efl abus
On le , juge innocent p&rcequ'on lefouhaitte,
On demande une preuve & plus claire
-& plus nette , On se flatteon balance,en doute tout
au plus,
.duplus hommede biennotre foy, se rifuft;,
Et de ce crime enfin
}
malgrénous anvaincus,
Vn resse de tendresse on l'ébfiiut, ou t'ex~
cufe®. 0- Jeneconnaisquetroplepéril cfutje cours,
Mdis bien plus que la peur vofire imereft
me touche,
Et ne pouvant de quelques jours
Vousfaireentendre par ma èmche
Uinconfiancede€Udamû,
- .:'
J'ay crû qu'an moins parcette Lettre
se dévots au plîetofi vous en donner "V
Et que vous pouviez, me permettra
Cette petite liberté,
Qu'après toutje ne prens que pour vofire
fervtce.
Heureux dans mon dessein pourveu qu'il
reussisse!
Cependantjemefuisflatté
Que mon zele ardent & sincere,
Et mesmea voftrecoeurutile&faiutaire,
N'aveit rien qui dufi vous diplairl
4Vy qui pufi contremoy vouscar.fer du
dépit.
J$olcy donc, belle Iris, ce secret a'importance
Et le v,eritable recit
Defaprodigieufe & nouvelleinconfiance- CT Tantofiriennesi si doux, rien si beau
que vos yeux,
Tantofi cefont vos 'blonds cheveux
R.i meritent cette louange;
TantofifiIon en croit cet infidelleAmanti
Voflre teint efi celuy d'un Angeil ; revienne dans un moment,
Par un contrairesentiment
* Il dira qu'il n'efi rien qui vAillel
Et vofireport & vofire taille;
Aujourd'huyvefire belle humeur
L?enchante& luy ravit, le coeur;
Ce fera demain autre chose,
Il voudra me/me que la Rose
N'aitpoint f(u'àvcftre ce brillant coloris
bouche; que le lys
Y,usle cede dabord, & confesseà
honte
Quevofireblancheur le fUrTnDnt
yous diray-je ce quil me dit
Lundy matindevostre espritt
Ce ntjlo't que delicilteffi.
Quelumiere
} que politesse
Que , complaisance
, que douceur,
Et le foir changeant de langage>
Que rien negalotvostre coeur>
Quifourfes vrais stmis estoit plein de
chaleur; •'Que le tour de vostre visage
Avoit je ne sçay quels appas
Que toutes les autres n'ont pas.
Helas! mon cher Tircis, ajoûta-t-il tllcore
, -Que la charmante Iris que j'aime, que
j'adore,
A de grace en ce qu'elle fait!
Mais pour achever ce Portrait
Qui me semble peu digne d'elle,
Ah! quefon Ame estgrande! Ah! qu'-
elle est bonne & belle! m
Enfincest ainsi chaque jour
Que ce trop aimable volage
Entre vous mesmese partage,
Et que tous vosappasl'engageans tout à :
tour,
Il change & d'objet &- d'amour.
Hê bien, Iris, hé bien d'une telle incon--
fiance
Que dit tout bas vofirecouroux?
Le zele qui m'attache a vous,
Devvitilgarder le silence ?
Ma;! je le dis encor, tout criminel qu'il 4
On a peine à punir un coupable qui
pla-fl1- El le coeur en secret qui veut son iJmo-
-
cence, 1 Pesant soncrime & son amour, ttant de feux dans la balance
Qu'avec cette prompte ajfifls.nce
Le Baffm qui levait se rab/ffe à [on.
-tour
YIS le cossé de la clrmttJce.
de l'infidelit que
1iiy faisoit son Amant. ONcroit peu tout ce qu'on nomdit.
Contre le cher Objet de mftre tendre
flâme, -
Et la Vérité mesme, à convaincre mftre
Ame,
:AHrqjt bien de la peine, &feroitfmr
créditNoflrecoeur
en secret qui pour luy s'interesse,
NsUl dit que ceftpeut-eifreunpiege qui
luydresse
P'n fourbe, un calomniateur,
Quetoutsoncrimeefifonmalheur,
Quon luy fait injuflice,& qu'a tort
on l'accuse.
Nom foupfonnonsfowvent le Dénonciateur,
Ou de haine, ou d'envie, ou de jaloufc
rufeÔ
Nous le jugeonstoujours trop credule*,
r. l'erreur
D'uneapparence, ou vaine, outràmpeu*
Je
, ou cotifttfe.
Tout eji fufpecl, tout efl abus
On le , juge innocent p&rcequ'on lefouhaitte,
On demande une preuve & plus claire
-& plus nette , On se flatteon balance,en doute tout
au plus,
.duplus hommede biennotre foy, se rifuft;,
Et de ce crime enfin
}
malgrénous anvaincus,
Vn resse de tendresse on l'ébfiiut, ou t'ex~
cufe®. 0- Jeneconnaisquetroplepéril cfutje cours,
Mdis bien plus que la peur vofire imereft
me touche,
Et ne pouvant de quelques jours
Vousfaireentendre par ma èmche
Uinconfiancede€Udamû,
- .:'
J'ay crû qu'an moins parcette Lettre
se dévots au plîetofi vous en donner "V
Et que vous pouviez, me permettra
Cette petite liberté,
Qu'après toutje ne prens que pour vofire
fervtce.
Heureux dans mon dessein pourveu qu'il
reussisse!
Cependantjemefuisflatté
Que mon zele ardent & sincere,
Et mesmea voftrecoeurutile&faiutaire,
N'aveit rien qui dufi vous diplairl
4Vy qui pufi contremoy vouscar.fer du
dépit.
J$olcy donc, belle Iris, ce secret a'importance
Et le v,eritable recit
Defaprodigieufe & nouvelleinconfiance- CT Tantofiriennesi si doux, rien si beau
que vos yeux,
Tantofi cefont vos 'blonds cheveux
R.i meritent cette louange;
TantofifiIon en croit cet infidelleAmanti
Voflre teint efi celuy d'un Angeil ; revienne dans un moment,
Par un contrairesentiment
* Il dira qu'il n'efi rien qui vAillel
Et vofireport & vofire taille;
Aujourd'huyvefire belle humeur
L?enchante& luy ravit, le coeur;
Ce fera demain autre chose,
Il voudra me/me que la Rose
N'aitpoint f(u'àvcftre ce brillant coloris
bouche; que le lys
Y,usle cede dabord, & confesseà
honte
Quevofireblancheur le fUrTnDnt
yous diray-je ce quil me dit
Lundy matindevostre espritt
Ce ntjlo't que delicilteffi.
Quelumiere
} que politesse
Que , complaisance
, que douceur,
Et le foir changeant de langage>
Que rien negalotvostre coeur>
Quifourfes vrais stmis estoit plein de
chaleur; •'Que le tour de vostre visage
Avoit je ne sçay quels appas
Que toutes les autres n'ont pas.
Helas! mon cher Tircis, ajoûta-t-il tllcore
, -Que la charmante Iris que j'aime, que
j'adore,
A de grace en ce qu'elle fait!
Mais pour achever ce Portrait
Qui me semble peu digne d'elle,
Ah! quefon Ame estgrande! Ah! qu'-
elle est bonne & belle! m
Enfincest ainsi chaque jour
Que ce trop aimable volage
Entre vous mesmese partage,
Et que tous vosappasl'engageans tout à :
tour,
Il change & d'objet &- d'amour.
Hê bien, Iris, hé bien d'une telle incon--
fiance
Que dit tout bas vofirecouroux?
Le zele qui m'attache a vous,
Devvitilgarder le silence ?
Ma;! je le dis encor, tout criminel qu'il 4
On a peine à punir un coupable qui
pla-fl1- El le coeur en secret qui veut son iJmo-
-
cence, 1 Pesant soncrime & son amour, ttant de feux dans la balance
Qu'avec cette prompte ajfifls.nce
Le Baffm qui levait se rab/ffe à [on.
-tour
YIS le cossé de la clrmttJce.
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Résumé : AVIS DONNÉ A MADEMOISELLE ........... de l'infidelité que luy faisoit sont Amant.
L'auteur écrit à Iris pour l'informer de l'infidélité de son amant. Il reconnaît la difficulté de croire à une telle trahison et la nécessité de preuves pour convaincre le cœur. Incapable de révéler cette information directement, il choisit de le faire par lettre, espérant que son geste sera bien accueilli. L'auteur décrit l'inconstance de l'amant, qui alterne entre compliments et critiques envers Iris, la comparant tour à tour à une rose et à un lys. Il demande à Iris comment elle réagit à cette situation et note que, malgré les fautes de l'amant, il est ardu de le punir lorsque le cœur souhaite son innocence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 202-203
XVIII.
Début :
Quoy ! dans le temps que le Dieu Mars [...]
Mots clefs :
Mars, Mercure, Dieux, Quenouille, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVIII.
XVIII.
QVoy! dans le temps que le Dieu
Aiars
1M'-enrolle fousfes Etendars,
Pour me faire porter & la pique &
Cépée;
Mercure veut-ilminfulter,
Venant ce mois me presenter
Yne Quenouille encor couverte de poupée?
Qu'il la porte, s'ilveut, a quelqu'autre
qu'à moy Je , ne veux point de ce rsgale;
Et s'il trouve quelqr/ltn qui prenne cet
employ,
Ce doit eflre i'Am.fnt d'une nouvelle
Omphale.
ALCIDOR, du Havre,
QVoy! dans le temps que le Dieu
Aiars
1M'-enrolle fousfes Etendars,
Pour me faire porter & la pique &
Cépée;
Mercure veut-ilminfulter,
Venant ce mois me presenter
Yne Quenouille encor couverte de poupée?
Qu'il la porte, s'ilveut, a quelqu'autre
qu'à moy Je , ne veux point de ce rsgale;
Et s'il trouve quelqr/ltn qui prenne cet
employ,
Ce doit eflre i'Am.fnt d'une nouvelle
Omphale.
ALCIDOR, du Havre,
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21
p. 232-241
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Si un Mary qui découvre que la Personne qu'il a épousée, [...]
Mots clefs :
Époux, Passion, Femme, Amant, Mariage, Malheur, Amour, Destin, Coeur, Aimer, Liberté, Voeux, Fidélité, Bonheur, Douleur, Tombeaux, Histoire antique, Obsèques, Architecture, Défunts, Sépulture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux thèmes principaux : la fidélité conjugale et l'origine des tombeaux. En ce qui concerne la fidélité conjugale, il compare deux situations : celle d'un mari apprenant une passion passée de son épouse pour un autre homme avant le mariage, et celle d'un mari découvrant l'infidélité de son épouse après le mariage. Le texte conclut que le premier mari est plus à plaindre, bien que les deux soient malheureux. Il souligne également la nature inévitable de l'amour et de l'infidélité, affirmant que l'amour peut survenir à tout moment et que l'infidélité cause une douleur profonde. Sur le plan historique, le texte traite de l'origine des tombeaux. Il attribue aux Égyptiens l'invention des monuments funéraires magnifiques, tels que les pyramides et les obélisques. Il mentionne aussi les sépulcres des Hébreux en Judée, en Palestine et en Idumée. Les Égyptiens accordaient une grande importance à la sépulture, comme en témoigne l'exemple d'Abraham, qui demanda un tombeau pour lui-même, sa femme Sara et sa descendance. Cette pratique fut ensuite adoptée par d'autres peuples, y compris les Grecs et les Romains, et se répandit parmi tous les humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 285-2[89]
SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Début :
Si un Courtisan trompé dans ses esperances, est plus à plaindre [...]
Mots clefs :
Amant, Coeur, Amour, Courtisan, Tromperie, Passion, Héros, Chagrin, Maîtresse, Maux, Trahison, Beauté, Indiscrétion, Prodigalité, Avarice, Secourir, Misérables
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
SENTIMENS. s-V'll
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
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Résumé : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Dans cet extrait du 'Mercure Galant', l'auteur compare la déception d'un courtisan à celle d'un amant passionné, jugeant le courtisan plus à plaindre car ses espoirs ne se réalisent jamais. Il exprime son chagrin face à l'indifférence de sa bien-aimée, Iris, qui le traite avec mépris. Le texte aborde ensuite l'infidélité en amour, justifiant l'indiscrétion de l'amant trahi tout en soulignant que les secrets amoureux doivent rester inviolables. L'auteur condamne l'avarice, qu'il considère comme un grand vice, décrivant l'avare comme quelqu'un qui accumule des trésors sans les partager, même pour aider les nécessiteux. À l'inverse, il voit la prodigalité comme une générosité née d'une grandeur d'âme, bien que les excès puissent être nuisibles. Enfin, il avoue son incapacité à soutenir cette prodigalité face à une beauté cruelle qui favorise ses rivaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. [302]-[303]
QUESTIONS A DECIDER.
Début :
I. D'où vient que plusieurs Maris qui ont de tres belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Questions, Maris, Femmes, Beauté, Laideur, Maîtresse, Amant, Orgues
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texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS A DECIDER.
gVESTIONS A DECIDER.
D I. 'Où vient que plusieurs
Maris qui ont de tres-belles
Femmes, en aimentsouvent,
non feu1lemen.t de beaucoup moins belles, mais meime de treslaides.
ir.
Lequel donne plus de joye, de
se faire aimer d'une belle Fiere
qui semble n'avoir aucun panchant
pour l'amour, ou de regagner
le coeur d'une Maistressejustement
irritée, & dent la haine
pour nous paroistinvincible.
III.
Si un Amant peut voir continuellement
sa Maistresse sans s'ennuyer.
IV.
On demande quelle estrougir
ne des Orgues.
D I. 'Où vient que plusieurs
Maris qui ont de tres-belles
Femmes, en aimentsouvent,
non feu1lemen.t de beaucoup moins belles, mais meime de treslaides.
ir.
Lequel donne plus de joye, de
se faire aimer d'une belle Fiere
qui semble n'avoir aucun panchant
pour l'amour, ou de regagner
le coeur d'une Maistressejustement
irritée, & dent la haine
pour nous paroistinvincible.
III.
Si un Amant peut voir continuellement
sa Maistresse sans s'ennuyer.
IV.
On demande quelle estrougir
ne des Orgues.
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Résumé : QUESTIONS A DECIDER.
Le texte pose quatre questions sur les relations amoureuses. Il s'interroge sur les préférences masculines pour des femmes moins attrayantes, compare le plaisir d'être aimé par une belle femme indifférente à celui de reconquérir une maîtresse en colère, et demande si un amant peut voir continuellement sa maîtresse sans s'ennuyer. Il mentionne également la plus haute note des orgues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 119-126
L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
Début :
Un certain jour Maistre Epervier [...]
Mots clefs :
Épervier, Perdrix, Marier, Oiseaux, Hymen, Amant, Malheur, Honneur, Sanglots, Famille, Gendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
LEPERVIER
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .
་
àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
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Résumé : L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.
La fable relate l'histoire de Maître Épervier, qui souhaite épouser Dame Perdrix. Il envoie un jeune Perdreau demander sa main. Le père de Dame Perdrix, bien qu'honoré, refuse en raison des conflits entre Éperviers et Perdrix. Cependant, il accepte finalement pour éviter les combats futurs. Le mariage a lieu, mais la vie conjugale est marquée par la violence de l'Épervier. Dame Perdrix informe son père de cette situation. Confronté, l'Épervier réagit avec arrogance, poussant le père à fuir, laissant sa fille à son triste sort. L'Épervier continue de chasser les Perdrix. La morale de la fable est que les parents doivent choisir un gendre en fonction de la qualité de son cœur plutôt que de la vanité ou de l'intérêt, afin d'éviter les divorces et les malheurs.
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25
p. 169-181
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait depuis peu de temps un Mariage, par [...]
Mots clefs :
Mariage, Sexagénaire, Demoiselle, Fortune, Passion, Présents, Dégoût, Ornements, Froideur, Vengeance, Amant, Coeur, Noces, Modération, Église, Refus, Vieillard, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il s'eft fait depuis peu de
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte relate deux histoires distinctes impliquant un mariage entre un homme âgé et une jeune femme. Dans la première histoire, un homme sexagénaire souhaite épouser une jeune femme et obtient l'accord de ses parents. Cependant, la jeune femme hésite en raison de la différence d'âge. Convaincue par ses amis, elle accepte. Le contrat de mariage est rédigé, mais la jeune femme est déçue par les conditions. Elle demande un collier de perles pour tester son influence. Bien que le vieillard promette de l'acheter, il tarde à le faire, ce qui provoque une froideur chez elle. Après trois semaines, il finit par acheter le collier. La jeune femme feint alors de l'aimer davantage, mais refuse de dire 'oui' lors de la cérémonie, invoquant la promesse non tenue. Malgré les explications du vieillard, elle révèle la véritable raison de son comportement. Dans la seconde histoire, un vieillard surnomme la jeune femme 'la Belle' et lui offre un collier de perles. Il affirme que son geste n'est pas motivé par l'amour, mais par le désir de domination. Convaincue par les arguments du vieillard, la Belle accepte le présent et prononce un engagement formel. Leur mariage, conclu pour des perles, se révèle heureux. La Belle adapte son comportement à celui de son mari, influençant toutes ses décisions et obtenant tous ses désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 1-16
VERS LIBRES.
Début :
On n'a point encore proposé de Question plus difficile / L'Ambition & l'Amour [...]
Mots clefs :
Question, Courtisan, Amant, Amour, Ambition, Ouvrage, Auteur, Tromperie, Complaisance, Tircis, Dorilas, Tourments, Dispute, Ombre, Coeur, Douleur, Âme, Tendresse, Ardeur , Heureux, Faiblesse, Fourberie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES.
,séde,/[ssion plus
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
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Résumé : VERS LIBRES.
Le texte examine la comparaison entre l'amour et l'ambition, deux passions intenses génératrices de souffrances. Un recueil de pièces anonymes, où l'auteur se dissimule derrière un acronyme, traite de cette question. Dans le poème 'Vers Libres', Mercure interroge la distinction entre ces deux passions. Tircis, un amant passionné, et Dorilas, un ambitieux, débattent de leurs souffrances respectives. Tircis affirme que la douleur d'un amour non réciproque est extrême, tandis que Dorilas soutient que les déceptions ambitieuses, souvent sabotées par des intrigants, sont tout aussi douloureuses. Les Muses sont sollicitées pour trancher le débat. Tircis décrit les tourments secrets de l'amour non partagé, tandis que Dorilas évoque les alarmes constantes de l'âme assoiffée de gloire. Tircis met en avant la douceur et la délicatesse de l'amour, alors que Dorilas vante les efforts nobles et les transports de la gloire. Le débat reste ouvert, chaque passion ayant ses propres souffrances et plaisirs. Tircis et Dorilas discutent ensuite de leurs dilemmes personnels. Tircis, épris d'Amarillis, exprime sa douleur face à son amour non partagé et compare ses souffrances à celles d'un courtisan déçu. Dorilas est déchiré entre son ambition et son amour pour une autre personne, reconnaissant que son attachement à l'ambition le rend malheureux. Ils comparent leurs souffrances : Tircis souffre de langueur amoureuse, tandis que Dorilas est consumé par la rage et l'ambition. Le texte se conclut par une réflexion sur la nature de leurs maux, soulignant que les tourments de Tircis sont peut-être plus incurables, tandis que ceux de Dorilas sont plus aigus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 16-18
SONNET.
Début :
Les deux Réponses qui suivent à deux Questions du / Si un Amant qui est trahi par sa Maitresse, [...]
Mots clefs :
Amant, Maîtresse, Amour, Bergère, Mort, Trahison, Honneur, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Les deux Reponjes qui JuiveM À
deux guefions du XXIX.Extraordinaire,
font de M. Magnin,
dont je vom ay envoyé tant de
beaux Ouvrages à U gloire de SA
'-JJajel".
Si un Amant qui est trahi par sa
Maistresse, est en droit de publier
ses faveurs.
SONNET.
JEtaimois, tu leifçais, je taimois tert »
drement ;
Tu connoiffiis mon coeur, il efloitfifidelle,
Hors toy ,nulle Bergere a mes yeux nel - toitbelle,
Et ne pouvoit pretendre a m'avoirpour
AmAnt.
Jetefiuivoispartout, fAbfenc d'un mo.;-
ment
Efloit a mon amour une mort eternelle ;
Jamais enfin, jamais, tu t'en fiouviens j
cruelle,
Vn Berger amoureux naimasiconfiant-*
mont-
Et tu mofies trahir,perfide! a cet ou* trage
J.:/q!:'a,:! devrait A ller le transport de ma
r.{(!( !
Après celay dtvrois-je encortcménager?
Mais ne crains point quicy le courroux
me furmente,
J'estimeplus l'honneur de ne mepointvav.
Ier>
Ruelefoible plalfîrde te couvrirde honte.
deux guefions du XXIX.Extraordinaire,
font de M. Magnin,
dont je vom ay envoyé tant de
beaux Ouvrages à U gloire de SA
'-JJajel".
Si un Amant qui est trahi par sa
Maistresse, est en droit de publier
ses faveurs.
SONNET.
JEtaimois, tu leifçais, je taimois tert »
drement ;
Tu connoiffiis mon coeur, il efloitfifidelle,
Hors toy ,nulle Bergere a mes yeux nel - toitbelle,
Et ne pouvoit pretendre a m'avoirpour
AmAnt.
Jetefiuivoispartout, fAbfenc d'un mo.;-
ment
Efloit a mon amour une mort eternelle ;
Jamais enfin, jamais, tu t'en fiouviens j
cruelle,
Vn Berger amoureux naimasiconfiant-*
mont-
Et tu mofies trahir,perfide! a cet ou* trage
J.:/q!:'a,:! devrait A ller le transport de ma
r.{(!( !
Après celay dtvrois-je encortcménager?
Mais ne crains point quicy le courroux
me furmente,
J'estimeplus l'honneur de ne mepointvav.
Ier>
Ruelefoible plalfîrde te couvrirde honte.
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Résumé : SONNET.
La lettre évoque deux ouvrages de M. Magnin dédiés à Sa Majesté et discute de la publication des faveurs d'un amant trahi. Le sonnet exprime la douleur d'un amant fidèle trahi subitement. Il choisit de préserver son honneur sans se venger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
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29
p. 297-300
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Iris, Âme, Laideur, Joie, Amant, Amour
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
JUELTOUTES LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
O'aùvient que plusieurs Maris,
quiontde très-bellesFemmes,
en aiment fouvent, non seulement
de beaucoup moins belles,
maismesmedetres-laides. Edemeure d'accord avec vous, belle
W ,IrIS
Qu'on voit tous les jours des Maris
Posseder de tres-belles Femmes,
xlEt cependant aimer avec beaucoup dar"
deur
Des objets die qui la laideur
\1Êien'loin'de les charmer, & d'enflamer
lettrs ames,
Devroient a leurs jeuxsafre peur.
(De ce gÓujl dépravé dans- tampnr eux
empire, 1
Vom demandez,la catife ? Ht bien, fm
vais la dir.
Quoy que le défautfoit en mus,
'.AH beausexetoûioursilfautrendreiisflicc,
* C'efique ces Hommes-lafont foux,
Et n'aiment rien que parcaprice,
Je rrien rapporte a tous.
Maissi vous voulez, un Epoux |
Qui fo:t toujours fidelle & tendrer
Le Ciel masa;t ainsîpour vouss
Irie, vous riavez, qu-' a< meprendre. a<
Lequel donne plus de joye de féal
faire aimer d'une Belle fiere
qui sèmblen'avoiraucun pan--c
chant pour l'amour, ou de re..-
gagner le coeur d'une MaîtreC-3
fè justement irritée, & dontla
haine nous paroist invincible.. DEpais que je me fuis Attiré voflrew
haine.
Et que/'aymérité vos plus cruels mêpris&x
l'ay voulu, trop aimable Iris
Formerailleurs , une autre chaine.
Vhilis est mon objet
,
ses Attraits mont
charmé.
Elle efloitfiere
,
înltcæ/fible,
Et cependant aysceu la rendrefifenjîhle,
Quejefuis pres cTen eflre aimé.
Cependant, aimable Bevgeret Dans le temps que iedesespere
?epouvoir de mes jours regagner vofire
coeur,
rrite contre moydune jufie colere;
lelasp!lsai jie rpoeuv.ois recommencer de
Avogreoeil mon premier vainqueur,
J.eflimeroisplus selsimerotspluscceebboonnhheeuurr
Que toute autre conquefieàfaire*.
Si un Amant peut voir conti--1
nud lement la Maîtrelf fan¡'<il
s'ennuyer.
LOrs quun Amant
Aime bien tendrement,
uluprès de sa Silvie
Parlant deses amours, Ilpeut eflre toujours
Sansqu'il s'ennuye.
Dans un doux Entretien
De l'amoureux mdrtire,
Le temps ne dure rien,
On a tropa se Jill.
Tourmoy lors que je fuis auprès de m* t
Beauté,
Je plljJè sans ennuy les plus longs jours v riEsté
A luy témoigner que je faimei
Charmé de vivre fous sa loy,
Mêlas! s'il netenoit qu'a moy
J'y passerois les nuits de mefrne.
DlEREYIIL{.
JUELTOUTES LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
O'aùvient que plusieurs Maris,
quiontde très-bellesFemmes,
en aiment fouvent, non seulement
de beaucoup moins belles,
maismesmedetres-laides. Edemeure d'accord avec vous, belle
W ,IrIS
Qu'on voit tous les jours des Maris
Posseder de tres-belles Femmes,
xlEt cependant aimer avec beaucoup dar"
deur
Des objets die qui la laideur
\1Êien'loin'de les charmer, & d'enflamer
lettrs ames,
Devroient a leurs jeuxsafre peur.
(De ce gÓujl dépravé dans- tampnr eux
empire, 1
Vom demandez,la catife ? Ht bien, fm
vais la dir.
Quoy que le défautfoit en mus,
'.AH beausexetoûioursilfautrendreiisflicc,
* C'efique ces Hommes-lafont foux,
Et n'aiment rien que parcaprice,
Je rrien rapporte a tous.
Maissi vous voulez, un Epoux |
Qui fo:t toujours fidelle & tendrer
Le Ciel masa;t ainsîpour vouss
Irie, vous riavez, qu-' a< meprendre. a<
Lequel donne plus de joye de féal
faire aimer d'une Belle fiere
qui sèmblen'avoiraucun pan--c
chant pour l'amour, ou de re..-
gagner le coeur d'une MaîtreC-3
fè justement irritée, & dontla
haine nous paroist invincible.. DEpais que je me fuis Attiré voflrew
haine.
Et que/'aymérité vos plus cruels mêpris&x
l'ay voulu, trop aimable Iris
Formerailleurs , une autre chaine.
Vhilis est mon objet
,
ses Attraits mont
charmé.
Elle efloitfiere
,
înltcæ/fible,
Et cependant aysceu la rendrefifenjîhle,
Quejefuis pres cTen eflre aimé.
Cependant, aimable Bevgeret Dans le temps que iedesespere
?epouvoir de mes jours regagner vofire
coeur,
rrite contre moydune jufie colere;
lelasp!lsai jie rpoeuv.ois recommencer de
Avogreoeil mon premier vainqueur,
J.eflimeroisplus selsimerotspluscceebboonnhheeuurr
Que toute autre conquefieàfaire*.
Si un Amant peut voir conti--1
nud lement la Maîtrelf fan¡'<il
s'ennuyer.
LOrs quun Amant
Aime bien tendrement,
uluprès de sa Silvie
Parlant deses amours, Ilpeut eflre toujours
Sansqu'il s'ennuye.
Dans un doux Entretien
De l'amoureux mdrtire,
Le temps ne dure rien,
On a tropa se Jill.
Tourmoy lors que je fuis auprès de m* t
Beauté,
Je plljJè sans ennuy les plus longs jours v riEsté
A luy témoigner que je faimei
Charmé de vivre fous sa loy,
Mêlas! s'il netenoit qu'a moy
J'y passerois les nuits de mefrne.
DlEREYIIL{.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
Le texte aborde les paradoxes de l'amour conjugal, soulignant que certains hommes préfèrent des femmes moins attrayantes à leurs épouses belles. Il explore les motivations derrière l'attirance pour une femme laide plutôt qu'une belle. Le narrateur suggère que l'amour véritable et la fidélité peuvent émerger dans des situations inattendues, comme gagner l'affection d'une femme fière ou irritée. Il exprime son admiration pour une femme nommée Iris, malgré ses cruels mépris, et avoue avoir réussi à la rendre sensible à son amour. Le narrateur compare également la joie de reconquérir un amour perdu à celle de conquérir une nouvelle personne. Enfin, il met en avant que l'amour véritable permet de passer du temps sans s'ennuyer, même dans les moments les plus longs, contrairement à la monotonie ressentie par un amant indifférent.
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30
p. 88-92
RONDEAU.
Début :
Si l'on peut aimer sans être estre jaloux. / SAns jalousie & sans tourment [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Rival, Haine, Amant, Décès, Maîtresse, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Si l'on peut aimer fans eftre jaloux
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
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31
p. 322
QUESTIONS A DECIDER.
Début :
I. SI un Amant doit plûtost souhaiter de mourir éloigné, [...]
Mots clefs :
Amant, Maîtresse, Laideur, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS A DECIDER.
QUESTIONS A DECIDER.
Souha
I.
I un Amant doit plûtoft
fouhaiter de mourir éloigné
, qu'en prefence de fa Maîtreffe.
I I.
la
D'où vient qu'on voit que
plufpart des laides Femmes ont
plus'd'efprit que les Belles.
III.
Pourquoy on rend plus d'honpeur
aux Gens Mariez qu'à
ceux qui ne le font pas.
Souha
I.
I un Amant doit plûtoft
fouhaiter de mourir éloigné
, qu'en prefence de fa Maîtreffe.
I I.
la
D'où vient qu'on voit que
plufpart des laides Femmes ont
plus'd'efprit que les Belles.
III.
Pourquoy on rend plus d'honpeur
aux Gens Mariez qu'à
ceux qui ne le font pas.
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32
p. 342-343
« La premiere Enigme du dernier mois avoit esté faite sur les Moucherons qui [...] »
Début :
La premiere Enigme du dernier mois avoit esté faite sur les Moucherons qui [...]
Mots clefs :
Moucherons, Or, Ambassadeurs de Siam, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La premiere Enigme du dernier mois avoit esté faite sur les Moucherons qui [...] »
La première Enig me du dernier mois
avoir efté faite fur les Adouchzrons qui
naiflent du vin
,
& qui entourant les
tonneaux des qu’ilsen font pleins,tâchent
de les percer. Elle a efté expliquée dans
Ton vray feus par la jeune Beauté d’Arras
,
regretée des Ambaladeurs de Siam.
Ceux qui ont expliqué la féconde fut
l'Or qui enettoitle vray Cens, font Mrs
C. F. Lourdet ; le grand Tribardeut
François,dela Tour d’argent à V. Cleante
de Sarrelouis
; la Menageredu bon &
gros Gafcon de la Cour
-,
l’Aimable Jivote
aux airs langoureux de la rue des
Follez S. Germain ; la Belle & inhumaine
Confeillere de la rue des Gentilshommes
de Quimper
,
âgée de 12. ans, & la Belle
Indolente delà rue desJ efuites delà melme
Ville. Voicy les noms de ceux qui
GALANT. 343
ont trouvé le vray fens de l’une & de
l’autre. Mrs Blary de Montauban
,
Avo
cat au Parlement 3 Bertonville de la rue
S, Bon ; l’Amant inconnu de la Blonde
le Rheims ; Meriel, Maiftre à chanter à
Caën;l‘Interprete Academique, l’Amant
le la Belle Hortenfede la rue S. Martin ;
Amant berné ,& l’Amant de la Potière
l’étain de la rue de la Monnoye.
avoir efté faite fur les Adouchzrons qui
naiflent du vin
,
& qui entourant les
tonneaux des qu’ilsen font pleins,tâchent
de les percer. Elle a efté expliquée dans
Ton vray feus par la jeune Beauté d’Arras
,
regretée des Ambaladeurs de Siam.
Ceux qui ont expliqué la féconde fut
l'Or qui enettoitle vray Cens, font Mrs
C. F. Lourdet ; le grand Tribardeut
François,dela Tour d’argent à V. Cleante
de Sarrelouis
; la Menageredu bon &
gros Gafcon de la Cour
-,
l’Aimable Jivote
aux airs langoureux de la rue des
Follez S. Germain ; la Belle & inhumaine
Confeillere de la rue des Gentilshommes
de Quimper
,
âgée de 12. ans, & la Belle
Indolente delà rue desJ efuites delà melme
Ville. Voicy les noms de ceux qui
GALANT. 343
ont trouvé le vray fens de l’une & de
l’autre. Mrs Blary de Montauban
,
Avo
cat au Parlement 3 Bertonville de la rue
S, Bon ; l’Amant inconnu de la Blonde
le Rheims ; Meriel, Maiftre à chanter à
Caën;l‘Interprete Academique, l’Amant
le la Belle Hortenfede la rue S. Martin ;
Amant berné ,& l’Amant de la Potière
l’étain de la rue de la Monnoye.
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Résumé : « La premiere Enigme du dernier mois avoit esté faite sur les Moucherons qui [...] »
Le texte relate la résolution d'une énigme concernant des vols de vin par percement de tonneaux, élucidée au cours du dernier mois. L'explication de cette énigme est présentée dans 'Ton vray feus' par une jeune femme d'Arras, regrettée par les Ambaladeurs de Siam. Plusieurs individus ont contribué à résoudre cette énigme, notamment Mrs C. F. Lourdet, François de la Tour d’argent, Cleante de Sarrelouis, la ménagère du bon et gros gafcon de la Cour, la Jivote de la rue des Folles Saint-Germain, la conseillère de la rue des Gentilshommes de Quimper, âgée de 12 ans, et l'Indolente de la rue des Jésuites de la même ville. Les personnes ayant trouvé la solution incluent Mrs Blary de Montauban, avocat au Parlement, Bertonville de la rue Saint-Bon, l'Amant inconnu de la Blonde de Reims, Meriel, maître à chanter à Caen, l'Interprète Académique, l'Amant de la Belle Hortense de la rue Saint-Martin, l'Amant berné, et l'Amant de la Potière de l'étain de la rue de la Monnoye.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 98-108
EPITHALAME.
Début :
L'Ouvrage qui suit a paru icy trop agreable, pour ne me [...]
Mots clefs :
Nuit, Coeur, Doux, Amant, Beauté, Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME.
L'Ouvrage qui fuit a paru
icy trop agreable , pour neme
pas donner lieu de croire que
la lecture vous divertira. Ie
neſçay point le nom de l'Auteur.
1
EPITHALA ME.
Allons,ma Muse, accordans
nous
;
GALANT. 69
Voicyla grande&fameuse iournée,
Où nous devons publier l'Hymenée
De la Beauté pour qui nos chants
furent fi doux.
C'est cet objet charmant , dont la
tailledivine ,
Avec mille talens divers ,
Fait depuis fi long-temps le ſujet
demes Vers;
En un mot ,c'est mon Heroïne.
Cette nouvelle t'interdit .
Taſurpriſe paroist extrême ;
Fen ay paru cent fois plus étonné
moy- mesme ,
Quand un petit Amourm'enafait
lerecit.
Cct Enfant tout aimable avec ſa
treffe blonde ,
(Je ne sçay pas comment dans ma
chambre introduir )
Eſt venu m'éveiller au milieu de la
nuit ,
Tandis que je dormois dans une
paix profonde ;
70
MERCVRE
है
Il m'afait le discours qui fuit
D'un airle plus galantdu monde.
Ie viens icy mal àpropos
Vous troubler , m'a-t- il dit , dans
voſtre doux repos .
Le ſçay que je vous importune',
Mais vous le pardonnerezbien.
Lors que je vous diray que lacharmante
Brune,
Qui fait de vostre efprit le plus
doux entretien ,
Vient d'engager ſon coeur dans le
Sacrélien.
Cecoeur quiparoiſſoit peu tendre ,
Qu'on croyoit exempt de defirs ,
Sepâme dans les douxplaifirs
Que de l'Hymen on peut atten.
dre.
Le viens d'eſtretémoindeſes tendres
ardeurs.
Mille Amours comme moy voltigeansſurſa
couche ,
GALANT .
71
Comme un Effaind' Abeillesfur
des fleurs,
Taloux de voirprodiguerſes faveurs
A l'heureux Amant qui la touche ,
S'efforcent en volant d'attraper fur
Sa bouche ,
Mesmes plaisirs,mesmes douceurs.
A l'envy tout tâche àleurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que le jour ;
On prendroit l'Amant pour l'Amour
,
Et la Maiſtreſſe poursa Mere.
Nous qui fuivons par tout les pas
De ces Divinitezſuprèmes ,
Nous nous y tromperions nous
mesmes
Tant ces deux Amansont d'appas ,
Nevous voyant point de lafeste ,
I'ay quittéles Amours, les Graces
&les Ieux ,
Pour venir icy teste à teste
Fous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux.
72
MERCURE
Si de leurs doux accords le recit
vous éveille ,
Et cauſe en vostre coeur du trouble
&de l'effroy
i
,
Que leDieu qui fait qu'on fommeille
Vous rende viſite après moy.
22
En achevant cette parole
Cet Enfant fi mignon ,si bean ,
Prend ſoin de tirer monrideau ,
Metournele dos , & s'envole.
Aprés un tel difcours , belas!
Pouvois-ve être un momenttran
quille?
Vainement lesommeilm'auroit tendules
bras ,
f
Sespavots n'avoient rien pour moy
que d'inutile.
Mestroubles estoient exceffifs ,
De moment en momentje crois qu'on
melutine ,
Mes ennuis deviennent plus vifs,
Avec
GALANT..
73
Avec peine je m'imagine ,
Que l'on marieuneHeroine
Sans d'éclatans préparatifs .
Je croy pour m'outrager que la nuit
Se prolonge ,
Mon esprit veut fortir de cette ob-
Scurité,
Le jour vient enfin ,je me plonge
Dans de nouveaux soupçons dont je
fuis agité ,
MonSoucys'augmente & me ronge,
Et tout ce que j'ay crun'eſtre la nuit .
qu'un fonge ,
Elt le jour une verité.
le vais voir la Beauté de mille at
traits pourveuë ,
Qui cauſe mes ennuis & monem.
perſſement ,
Et quand je ſuis entré dansſon appartement
Cequi frape d'abord ma verë
Et le Portrait defon Amant.
Avril 1688 . D
74
>
MERCURE
ilme paroist toutfier deſavictoire,
Et contraint de baiſſer les yeux.
Ie ne puis plus douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentantſes defirs , ne l'ait com
bléde gloire ,
Ie paſſe plus avant , & dans la
chambre entré ,
De cette Beauté qu'il adore ,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
est penetré ,
Defon bonheur charmant m'inſtrui-
Sent mieux encore.
Elle veut en vain le celer ,
Tout ſçait mieux quefa bouche en
ellem'en parler,
Elle paroitfi fort embarassée;
Que leſoin qu'elle prend de le diffi
muler ,
Nefert qu'à trabirſapensée ,
A découvrir le feu dont fon coeur
Sçait bruler,
Et comme la nuit s'est passée.
GALANT.
75
Ie demeure auprés d'elle interdit &
reſveur ,
Moins agitéd'amourque de colere.
Quoy !m'avoir caché cemistere ,
Quand j'aurois deu sçavoir lesfecretsdefon
coeur!
Que ne puis - ie à mon tour me
taire!
Maisbelas ! bien loin de lefaire,
T'explique tout en ſa faveur ,
Et jeſçay que dans certe affaire,
Elleavoulum'épargner la douleur
De la voir dans les bras defon beureuxvainqueur.
Tandis que tant defoins &de veilles
l'accufent
De trop d'ingratitude& de mépris
pourmoy,
IeSens pourtant je ne sçayquoy
Qui parlentpour elle ,& l'excu
Sent ,
Malgré son traitement fi dur &
fi cruel ,
D2
76 MERCVRE
Ienepuism'empécher dans l'ardeur
qui m'anime ,
Deluy marquer encor l'excés de mon
estime ,
Etrendre par mes chants ce jour
plusfolemnel.
e
Mais toyque ie vis toujours prefte
De mefeconder au befoin ,
MaMufe tu ne prens nul foin
De celebrer pour elle unefi grande
Feste?
C'est un crime d'estre muet,
Sur unesi belle matiere ; ....
Sans fonger à ce qu'on nous fait ,
Rempliffons bien noſtre carriere .
Nous avons trop bien commencé ,
Pourne pas achever de mesmes
Et bien ou malrécompensé
Vn grand coeur doit avoir une con-
Stance extréme.
Ayant dessentimensfidoux
Pourune Beautéfi cruelle ,
と
GALANT.
77
Elle n'aura pas lien defe plaindre
de nous ,
Et nous pourrons nous plaindre
a
T
Que le ciel donc puiſſe à jamais
Benir des noeuds ftpleins d'attraits ,
Et que deces Amans l'unà l'autre
fidelle
L'ardeur chaquejour renouvelle!
Que tout previenne leurs defirs ,
Et malgré les jaloux d'unefi douce
wie;
A
Qu'elle ne ſoit jamaisfuivie
Que des Graces , des Ris des Ieux ,
&des Pla (irs.
icy trop agreable , pour neme
pas donner lieu de croire que
la lecture vous divertira. Ie
neſçay point le nom de l'Auteur.
1
EPITHALA ME.
Allons,ma Muse, accordans
nous
;
GALANT. 69
Voicyla grande&fameuse iournée,
Où nous devons publier l'Hymenée
De la Beauté pour qui nos chants
furent fi doux.
C'est cet objet charmant , dont la
tailledivine ,
Avec mille talens divers ,
Fait depuis fi long-temps le ſujet
demes Vers;
En un mot ,c'est mon Heroïne.
Cette nouvelle t'interdit .
Taſurpriſe paroist extrême ;
Fen ay paru cent fois plus étonné
moy- mesme ,
Quand un petit Amourm'enafait
lerecit.
Cct Enfant tout aimable avec ſa
treffe blonde ,
(Je ne sçay pas comment dans ma
chambre introduir )
Eſt venu m'éveiller au milieu de la
nuit ,
Tandis que je dormois dans une
paix profonde ;
70
MERCVRE
है
Il m'afait le discours qui fuit
D'un airle plus galantdu monde.
Ie viens icy mal àpropos
Vous troubler , m'a-t- il dit , dans
voſtre doux repos .
Le ſçay que je vous importune',
Mais vous le pardonnerezbien.
Lors que je vous diray que lacharmante
Brune,
Qui fait de vostre efprit le plus
doux entretien ,
Vient d'engager ſon coeur dans le
Sacrélien.
Cecoeur quiparoiſſoit peu tendre ,
Qu'on croyoit exempt de defirs ,
Sepâme dans les douxplaifirs
Que de l'Hymen on peut atten.
dre.
Le viens d'eſtretémoindeſes tendres
ardeurs.
Mille Amours comme moy voltigeansſurſa
couche ,
GALANT .
71
Comme un Effaind' Abeillesfur
des fleurs,
Taloux de voirprodiguerſes faveurs
A l'heureux Amant qui la touche ,
S'efforcent en volant d'attraper fur
Sa bouche ,
Mesmes plaisirs,mesmes douceurs.
A l'envy tout tâche àleurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que le jour ;
On prendroit l'Amant pour l'Amour
,
Et la Maiſtreſſe poursa Mere.
Nous qui fuivons par tout les pas
De ces Divinitezſuprèmes ,
Nous nous y tromperions nous
mesmes
Tant ces deux Amansont d'appas ,
Nevous voyant point de lafeste ,
I'ay quittéles Amours, les Graces
&les Ieux ,
Pour venir icy teste à teste
Fous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux.
72
MERCURE
Si de leurs doux accords le recit
vous éveille ,
Et cauſe en vostre coeur du trouble
&de l'effroy
i
,
Que leDieu qui fait qu'on fommeille
Vous rende viſite après moy.
22
En achevant cette parole
Cet Enfant fi mignon ,si bean ,
Prend ſoin de tirer monrideau ,
Metournele dos , & s'envole.
Aprés un tel difcours , belas!
Pouvois-ve être un momenttran
quille?
Vainement lesommeilm'auroit tendules
bras ,
f
Sespavots n'avoient rien pour moy
que d'inutile.
Mestroubles estoient exceffifs ,
De moment en momentje crois qu'on
melutine ,
Mes ennuis deviennent plus vifs,
Avec
GALANT..
73
Avec peine je m'imagine ,
Que l'on marieuneHeroine
Sans d'éclatans préparatifs .
Je croy pour m'outrager que la nuit
Se prolonge ,
Mon esprit veut fortir de cette ob-
Scurité,
Le jour vient enfin ,je me plonge
Dans de nouveaux soupçons dont je
fuis agité ,
MonSoucys'augmente & me ronge,
Et tout ce que j'ay crun'eſtre la nuit .
qu'un fonge ,
Elt le jour une verité.
le vais voir la Beauté de mille at
traits pourveuë ,
Qui cauſe mes ennuis & monem.
perſſement ,
Et quand je ſuis entré dansſon appartement
Cequi frape d'abord ma verë
Et le Portrait defon Amant.
Avril 1688 . D
74
>
MERCURE
ilme paroist toutfier deſavictoire,
Et contraint de baiſſer les yeux.
Ie ne puis plus douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentantſes defirs , ne l'ait com
bléde gloire ,
Ie paſſe plus avant , & dans la
chambre entré ,
De cette Beauté qu'il adore ,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
est penetré ,
Defon bonheur charmant m'inſtrui-
Sent mieux encore.
Elle veut en vain le celer ,
Tout ſçait mieux quefa bouche en
ellem'en parler,
Elle paroitfi fort embarassée;
Que leſoin qu'elle prend de le diffi
muler ,
Nefert qu'à trabirſapensée ,
A découvrir le feu dont fon coeur
Sçait bruler,
Et comme la nuit s'est passée.
GALANT.
75
Ie demeure auprés d'elle interdit &
reſveur ,
Moins agitéd'amourque de colere.
Quoy !m'avoir caché cemistere ,
Quand j'aurois deu sçavoir lesfecretsdefon
coeur!
Que ne puis - ie à mon tour me
taire!
Maisbelas ! bien loin de lefaire,
T'explique tout en ſa faveur ,
Et jeſçay que dans certe affaire,
Elleavoulum'épargner la douleur
De la voir dans les bras defon beureuxvainqueur.
Tandis que tant defoins &de veilles
l'accufent
De trop d'ingratitude& de mépris
pourmoy,
IeSens pourtant je ne sçayquoy
Qui parlentpour elle ,& l'excu
Sent ,
Malgré son traitement fi dur &
fi cruel ,
D2
76 MERCVRE
Ienepuism'empécher dans l'ardeur
qui m'anime ,
Deluy marquer encor l'excés de mon
estime ,
Etrendre par mes chants ce jour
plusfolemnel.
e
Mais toyque ie vis toujours prefte
De mefeconder au befoin ,
MaMufe tu ne prens nul foin
De celebrer pour elle unefi grande
Feste?
C'est un crime d'estre muet,
Sur unesi belle matiere ; ....
Sans fonger à ce qu'on nous fait ,
Rempliffons bien noſtre carriere .
Nous avons trop bien commencé ,
Pourne pas achever de mesmes
Et bien ou malrécompensé
Vn grand coeur doit avoir une con-
Stance extréme.
Ayant dessentimensfidoux
Pourune Beautéfi cruelle ,
と
GALANT.
77
Elle n'aura pas lien defe plaindre
de nous ,
Et nous pourrons nous plaindre
a
T
Que le ciel donc puiſſe à jamais
Benir des noeuds ftpleins d'attraits ,
Et que deces Amans l'unà l'autre
fidelle
L'ardeur chaquejour renouvelle!
Que tout previenne leurs defirs ,
Et malgré les jaloux d'unefi douce
wie;
A
Qu'elle ne ſoit jamaisfuivie
Que des Graces , des Ris des Ieux ,
&des Pla (irs.
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Résumé : EPITHALAME.
Un poème narratif relate comment un poète est réveillé par un petit Amour (Cupidon), qui lui révèle le mariage imminent de son héroïne. Le poète est d'abord surpris et troublé par cette nouvelle. Cupidon décrit ensuite la nuit de noces de l'héroïne avec son amant, mettant en avant l'intensité de leur passion. Cette révélation empêche le poète de trouver le sommeil, le laissant agité par des soupçons et des inquiétudes. Le lendemain, il constate que l'héroïne est effectivement mariée et observe les signes de sa nuit passionnée. Initialement en colère, il finit par comprendre et pardonner l'héroïne, reconnaissant sa douleur de ne pas avoir pu lui confier son secret. Le poète décide alors de célébrer ce mariage, invitant sa muse à l'accompagner pour maintenir une constance et une fidélité dans ses sentiments, même face à une beauté cruelle. Il souhaite finalement que les amants soient bénis et heureux ensemble, entourés de grâce et de joie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 143-150
SONGE D'IRIS.
Début :
Toutes les productions d'esprit de Madame des / Que tu reviens diligemment ! [...]
Mots clefs :
Amant, Épouse, Muses, Sommeil, Songe, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONGE D'IRIS.
Toutes les productions
d'esprit de Madame des
[ Houlieres sont si recherchées
que je croy toujours que
vous les avez,si-tost qu'il
en court une copie. C'est ce
qui m'a empesché de vous
envoyer plûtostle Songe que
vous me demandez. Cette
Dame est admirable, & dans
ses pensées, & dansla maniere de les exprimer.
SONGE D'IRIS.
QVe fit reviens diligemment!
Ne cejjeras-tu point
,
impatients
Aurore,
v De courir après Illn Amant ?
x Non)
k
*
Non,je te parle vainement. 1
Demain tu reviendras encore ;
Lttjfl de ton Vieillard tu cherches
tous p~yj Icsjours
Ce Chtlffiltr qui fait moinsde
compte
De lafolle ardeur qui te dompte,
Que de la dépouille d'un Ours.
Tun'es pas lafeuleDeejJe
jQue CAmour ait forcée à recevoir
si. loy.
Diane & Sentis comme toy,
Tour deJImples Mortels ont eu de U
t:;:dyf/}.
Ii '1 :.-
Mais enfin, si leurs cœurs se font
Lift charmer,
Leurs Amans ont brttlé pourelles
e
Toy feule entre les Immortelles
N'as jamaisseeu te faire aimer.
PourJauvcr £honneur de tes charmes,
Les frJufls, cesscavantes Sæurs,
Nous ont imposésur les larmes
.f.?!J'dIt sortir de ton lit tu répans
sur les fleurs.
Ce neftpointton Fils mort qui caufc
tes douleurs,
Vn trait plus cutfant sa blesée.
Le mépris que Cephale a
fait de tes
faveurs,
Toujourspresent à ta pensée,
C'eif ce qui faitcouler tespleurs.
Elle faitplus encor, cette Troupequi
t'aime ;
Elle dit que l'éclat vermeil,
Dontonvoit l'orientsi peindreX
ton réveil,
Vient dtsRoses que ta main for.c
Dans la carriere du Soleil.
Jj)uelconte! Si le Cielprend la cot4-
leur des Roses
Lors eue tuvi Lors quetuviens ens ouvrir la barriere barrière
du jour, [tu t'expojès.
C'eif que le Ciel qui voit la honte oh
Rourit pour toy de ton amour.
Dans quelque autre Mortel plus
jaloux que Cephale,
£)uenas-tu trouvédes appas
Il euji moinsfaçonnésur la foy
conjugale.
Ordinairementicy-bas
La plus lelle Epousen'ejl pas
Vnedangereuje Rivale.
Contente entre ses bras de ton heureux dessin, -
Tu nauroispasy des Mers oh le Soleil se plonge
y
Fait firtir ton Charfmatin Et ,
achcvfmonSonge.
"lu L'as interrompu par ton cruel
retour
Bar:s l'endroit leplus agreable.
Je croyonseîfre>helas ! dansuncharmantIiioiir.
Oùsur un vertga'{!n,de cent larcins
coupable,
Je vojyois à mes pieds£Amant le
plus aimable,
Le plus plein de reJiJtfl, c" le plus
plein d'amour.
Lesommeilme rendoit, ce mefimble3 moins jicre)
Et quand ton vif éclat a
frjpé ma
paupiere,
Jljuroitdem'aimer jusqua son
dernier jour.
Pour la perte d'une chimcre
Ne me reproche point que jefuis
trop de bruit.
Jefç.iy
que la raifou conduit
A lie regreter points ie ~yp(?/~) 01J ot,, ne;-,e regretet
guere
Un faux bien qui dans l'air s',,';'"
vole avec la nuit.
Mt s, rcjîexion importune 1
Ou trouve-t-on desbicm certains*
£>ue rien y~~ n'arrache ~\7~6' de~<.~ smains,> t
,
Etceux de la Nature
,
r ccux de la
fortune,
0!Jt (ont-ils qttt J^uefont-ils cfts que desfongcsvatns?
T2
/'-i Tout ce tempsqu'un bon Songe
dure,
Si nous fln/ni:'s ir/fflcoûtens
Des biensquenousdevaisàfachuce impoflure
,
G)rte S'HSe({oient vrais (;,;' l (¡)/'rt"
lfans,
Peut-on les perdre sans mur*
mure?
Helas! n'efl-ce donc point une beureussAventure
Pour qui laisse au devoir conduire
tousJes pas,
De pouvoir,sans blcffer la vertu
la plus pure.
Ecoutersur un lit de fleurs d;" de
verdure
Vn Amant qui ne déplaijl pas?
A ces mots fin depit ceffint dellre
le maiflre,
Lajeune Irisse teut >pouffa quelques soupirs
y
Rougit
y
& se livra peut- eflre
A de dangereux souvenirs,
d'esprit de Madame des
[ Houlieres sont si recherchées
que je croy toujours que
vous les avez,si-tost qu'il
en court une copie. C'est ce
qui m'a empesché de vous
envoyer plûtostle Songe que
vous me demandez. Cette
Dame est admirable, & dans
ses pensées, & dansla maniere de les exprimer.
SONGE D'IRIS.
QVe fit reviens diligemment!
Ne cejjeras-tu point
,
impatients
Aurore,
v De courir après Illn Amant ?
x Non)
k
*
Non,je te parle vainement. 1
Demain tu reviendras encore ;
Lttjfl de ton Vieillard tu cherches
tous p~yj Icsjours
Ce Chtlffiltr qui fait moinsde
compte
De lafolle ardeur qui te dompte,
Que de la dépouille d'un Ours.
Tun'es pas lafeuleDeejJe
jQue CAmour ait forcée à recevoir
si. loy.
Diane & Sentis comme toy,
Tour deJImples Mortels ont eu de U
t:;:dyf/}.
Ii '1 :.-
Mais enfin, si leurs cœurs se font
Lift charmer,
Leurs Amans ont brttlé pourelles
e
Toy feule entre les Immortelles
N'as jamaisseeu te faire aimer.
PourJauvcr £honneur de tes charmes,
Les frJufls, cesscavantes Sæurs,
Nous ont imposésur les larmes
.f.?!J'dIt sortir de ton lit tu répans
sur les fleurs.
Ce neftpointton Fils mort qui caufc
tes douleurs,
Vn trait plus cutfant sa blesée.
Le mépris que Cephale a
fait de tes
faveurs,
Toujourspresent à ta pensée,
C'eif ce qui faitcouler tespleurs.
Elle faitplus encor, cette Troupequi
t'aime ;
Elle dit que l'éclat vermeil,
Dontonvoit l'orientsi peindreX
ton réveil,
Vient dtsRoses que ta main for.c
Dans la carriere du Soleil.
Jj)uelconte! Si le Cielprend la cot4-
leur des Roses
Lors eue tuvi Lors quetuviens ens ouvrir la barriere barrière
du jour, [tu t'expojès.
C'eif que le Ciel qui voit la honte oh
Rourit pour toy de ton amour.
Dans quelque autre Mortel plus
jaloux que Cephale,
£)uenas-tu trouvédes appas
Il euji moinsfaçonnésur la foy
conjugale.
Ordinairementicy-bas
La plus lelle Epousen'ejl pas
Vnedangereuje Rivale.
Contente entre ses bras de ton heureux dessin, -
Tu nauroispasy des Mers oh le Soleil se plonge
y
Fait firtir ton Charfmatin Et ,
achcvfmonSonge.
"lu L'as interrompu par ton cruel
retour
Bar:s l'endroit leplus agreable.
Je croyonseîfre>helas ! dansuncharmantIiioiir.
Oùsur un vertga'{!n,de cent larcins
coupable,
Je vojyois à mes pieds£Amant le
plus aimable,
Le plus plein de reJiJtfl, c" le plus
plein d'amour.
Lesommeilme rendoit, ce mefimble3 moins jicre)
Et quand ton vif éclat a
frjpé ma
paupiere,
Jljuroitdem'aimer jusqua son
dernier jour.
Pour la perte d'une chimcre
Ne me reproche point que jefuis
trop de bruit.
Jefç.iy
que la raifou conduit
A lie regreter points ie ~yp(?/~) 01J ot,, ne;-,e regretet
guere
Un faux bien qui dans l'air s',,';'"
vole avec la nuit.
Mt s, rcjîexion importune 1
Ou trouve-t-on desbicm certains*
£>ue rien y~~ n'arrache ~\7~6' de~<.~ smains,> t
,
Etceux de la Nature
,
r ccux de la
fortune,
0!Jt (ont-ils qttt J^uefont-ils cfts que desfongcsvatns?
T2
/'-i Tout ce tempsqu'un bon Songe
dure,
Si nous fln/ni:'s ir/fflcoûtens
Des biensquenousdevaisàfachuce impoflure
,
G)rte S'HSe({oient vrais (;,;' l (¡)/'rt"
lfans,
Peut-on les perdre sans mur*
mure?
Helas! n'efl-ce donc point une beureussAventure
Pour qui laisse au devoir conduire
tousJes pas,
De pouvoir,sans blcffer la vertu
la plus pure.
Ecoutersur un lit de fleurs d;" de
verdure
Vn Amant qui ne déplaijl pas?
A ces mots fin depit ceffint dellre
le maiflre,
Lajeune Irisse teut >pouffa quelques soupirs
y
Rougit
y
& se livra peut- eflre
A de dangereux souvenirs,
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Résumé : SONGE D'IRIS.
Le texte présente une correspondance et un poème intitulé 'Songe d'Iris'. L'auteur de la lettre admire les œuvres de Madame des Houlières, les jugeant admirables par leurs pensées et leur expression. Il explique avoir été empêché d'envoyer plus tôt le poème en raison de la rareté des copies des productions de cette dame. Le poème 'Songe d'Iris' est un dialogue entre Iris et l'Aurore. Iris reproche à l'Aurore son impatience à revenir chaque matin, cherchant un amant qui ne valorise pas son amour. Elle évoque d'autres figures mythologiques, comme Diane et Sémélé, contraintes par l'amour. Iris exprime sa douleur face au mépris de Cephale et aux larmes qu'elle verse. Le poème se termine par un songe interrompu par le retour de l'Aurore, où Iris se voyait aimée par un amant idéal. Iris regrette la perte de ce rêve et se questionne sur la nature éphémère des biens et des plaisirs. Elle conclut en se demandant s'il n'est pas heureux de pouvoir écouter un amant sans faillir à la vertu, même dans un songe. À la fin du poème, Iris soupire et rougit, se livrant à des souvenirs dangereux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 3-12
EPITRE aux Anonimes.
Début :
J'ay receu les vostres sur mes premiers Mercures, c'est-à-dire [...]
Mots clefs :
Anonymes, Public, Réponse, Mercure, Article, Portrait, Lettres, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE aux Anonimes.
EPITRE
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
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Résumé : EPITRE aux Anonimes.
L'auteur de l'épître a reçu plus de six cents lettres anonymes en trois mois, mais ne peut répondre à toutes. Il décide de publier ses réponses dans un article intitulé 'Réponses aux Anonimes' à la fin de chaque volume, permettant aux correspondants de se reconnaître par des noms supposés et des références à leurs lettres. Il exprime sa gratitude et son respect pour tous les correspondants, y compris une personne de haut rang ayant répondu incognito. Parmi les réponses, l'auteur s'adresse à 'L'Amant Poëte', suggérant de retravailler son portrait en vers pour toucher un public plus large. Il mentionne également 'L'Inconnu de Lyon', qui a envoyé des mémoires sur un procès impliquant une fille ayant deux mères, sans détailler les circonstances pour éviter toute indiscrétion. L'auteur reconnaît que certaines réponses peuvent sembler obscures, mais demande de les excuser au nom de ceux qui travaillent pour le public. Il espère que chacun trouvera dans le livre un passage compensant l'ennui éventuel ressenti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 258-259
REPONSE. Par Mr de Gi**.
Début :
La jalousie des Amants dure moins que celle des Maris, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Mari, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par Mr de Gi**.
On a demandé enquoy
font différentes
la jaîoufïedun Maiy,
&C la jalousie d'un A-*j
mant.
*LA jalousie des A
mantsdure moins que
Celle des Maris, carun
Amant ell gueri de sa
jalouiîe en cédantdaimer
;mais un Mary ne
peut se guerir de sa jalousse
qu'en cessant d'estre
jaloux.
font différentes
la jaîoufïedun Maiy,
&C la jalousie d'un A-*j
mant.
*LA jalousie des A
mantsdure moins que
Celle des Maris, carun
Amant ell gueri de sa
jalouiîe en cédantdaimer
;mais un Mary ne
peut se guerir de sa jalousse
qu'en cessant d'estre
jaloux.
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37
p. 259-260
REPONSE. Par le Marquis de **.
Début :
La jalouse fureur anime les Espoux, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Mari, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par le Marquis de **.
REPONSE.
l!ar le Marquis de* *
Lajalousefureur antme
les Espoux,
L'Amant est accablé de
Jessoupçonsjalouxy
Sursafemme un Mary
cherche à punir
l'offense ;
Et l'Amant sur luymesme
exercesa
vengeance.
l!ar le Marquis de* *
Lajalousefureur antme
les Espoux,
L'Amant est accablé de
Jessoupçonsjalouxy
Sursafemme un Mary
cherche à punir
l'offense ;
Et l'Amant sur luymesme
exercesa
vengeance.
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38
p. 260-261
REPONSE. Par Me de **.
Début :
Les Amants sont plus fols dans leur jalousie que les [...]
Mots clefs :
Jalousie, Mari, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par Me de **.
REPONSE.
Par Aie de**,
Les Amanrs font
plus fols dans leur jalousseque
les Mans,
car l'Amant jaloux épouse
quelques fois;
mais le Mary jaloux se -
dcmarieroics'il pouvoit.
- Les Maris font fols
de souffrir si impatiemment
un mal qu'ils ne
peuvent e-rn peschers &
les Amants font fols
de s'affliger d'un mal - dont ils peuvent sedé-
Jivrer.
Par Aie de**,
Les Amanrs font
plus fols dans leur jalousseque
les Mans,
car l'Amant jaloux épouse
quelques fois;
mais le Mary jaloux se -
dcmarieroics'il pouvoit.
- Les Maris font fols
de souffrir si impatiemment
un mal qu'ils ne
peuvent e-rn peschers &
les Amants font fols
de s'affliger d'un mal - dont ils peuvent sedé-
Jivrer.
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39
p. 262-263
REPONSE. Par Mr de Chen...
Début :
La jalousie des Maris est plus soupçonneuse ; celle des Amants [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amant, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par Mr de Chen...
REPONSE.
ParMrdeChen.
La jalousie des Maris
est plus soupçonneuse;
celle desAmants
est plus capricieuse.
Les jalousies des Maris
sont souvent mieux
fondées que celle des
Amants;& par con sequent
celles des Amai^
ts fontplus bizarres
&: plus injustes,car
ilestplusvray-semblaible
, vertuà part,qu'- uneMaiftrelfeloitfidel*
le qu'une Femme.
ParMrdeChen.
La jalousie des Maris
est plus soupçonneuse;
celle desAmants
est plus capricieuse.
Les jalousies des Maris
sont souvent mieux
fondées que celle des
Amants;& par con sequent
celles des Amai^
ts fontplus bizarres
&: plus injustes,car
ilestplusvray-semblaible
, vertuà part,qu'- uneMaiftrelfeloitfidel*
le qu'une Femme.
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40
p. 263-264
REPONSE. Par M. de la M.
Début :
Souvent la jalousie esteint l'amour des Maris, & ne [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amant, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par M. de la M.
REPONSE.
Par M. de la M.
Souvent la jalousieesteint
l'amour des
Maris; &C ne fait au
contraire qu augmenter
celuy des Amants. (LcursCceurs sont des brasiers
ardents
jettcZj-j de l'eaujamriers,
craindre
Mais l'amourd'unEpoux
ressemble aux
feux mourants
Qu'unegoutte d'eaupeut
esteindre.
Par M. de la M.
Souvent la jalousieesteint
l'amour des
Maris; &C ne fait au
contraire qu augmenter
celuy des Amants. (LcursCceurs sont des brasiers
ardents
jettcZj-j de l'eaujamriers,
craindre
Mais l'amourd'unEpoux
ressemble aux
feux mourants
Qu'unegoutte d'eaupeut
esteindre.
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41
p. 264-265
REPONSE. Par Licidas.
Début :
La jalousie des Amants est ordinairement plus delicate, & plus [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amant, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par Licidas.
REPONSE. -
Par LicidvU.
La jalousie des Amants
est ordinairement
plus delicate, &
plus discrette: celle des
Marisestplus grossiere&
plus brutale; elle
est gravée par des rides
sur leur front: celle des
Amants respectueux , n'est gravée que dans
leur coeur.
Par LicidvU.
La jalousie des Amants
est ordinairement
plus delicate, &
plus discrette: celle des
Marisestplus grossiere&
plus brutale; elle
est gravée par des rides
sur leur front: celle des
Amants respectueux , n'est gravée que dans
leur coeur.
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42
p. 265-266
REPONSE. Par M. P**
Début :
De l'Amant au Mary, voicy la difference, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amant, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par M. P**
REPONSE.
Par M. P **
De l'Amantau Mary,
voicy la différence,
Dans leurjalouse extravagance
• L'un ifl jaloux de fort
- honneur,
Vautre tft jaloux des
droits du coeur.
Par M. P **
De l'Amantau Mary,
voicy la différence,
Dans leurjalouse extravagance
• L'un ifl jaloux de fort
- honneur,
Vautre tft jaloux des
droits du coeur.
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43
p. 266-267
REPONSE. Par M. des **
Début :
La jalousie en general n'est plus gueres à la [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amant, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. Par M. des **
REPONSE.
ParM,des* *
La 0 jalousieen géné-
,
ral n'est plus gueres à
la mode ni dans les Aniantsni
dans les Maris.
-
,
Les Amants sont à
Jprefent si vifs dans leur
pourfuÍre, & si inconstants
dans leur bonheur,
qu'ils n'ont pas
le tem ps d'estre jaloux.
A l'égard des Maris,
s'il yen. a beaucoup
qui le soyent
,
il y en
a peu qui le paroissent.
Si l'Epoux inquiet riofè
pluslepavotfin>
C'cfiqutletfparmynous»
honteuxdesorejaloux
Etqu'il n'estplus honteux
d'avoirsujet de l'estre,
loisiren
huit jours de répondre
à cette Question.
Je vous donneray
le mois prochain
le reste des réponses
qu'on m'envoyera
ParM,des* *
La 0 jalousieen géné-
,
ral n'est plus gueres à
la mode ni dans les Aniantsni
dans les Maris.
-
,
Les Amants sont à
Jprefent si vifs dans leur
pourfuÍre, & si inconstants
dans leur bonheur,
qu'ils n'ont pas
le tem ps d'estre jaloux.
A l'égard des Maris,
s'il yen. a beaucoup
qui le soyent
,
il y en
a peu qui le paroissent.
Si l'Epoux inquiet riofè
pluslepavotfin>
C'cfiqutletfparmynous»
honteuxdesorejaloux
Etqu'il n'estplus honteux
d'avoirsujet de l'estre,
loisiren
huit jours de répondre
à cette Question.
Je vous donneray
le mois prochain
le reste des réponses
qu'on m'envoyera
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Résumé : REPONSE. Par M. des **
Le texte aborde la jalousie dans les relations amoureuses et matrimoniales, notant qu'elle est moins courante. Les amants, vifs et inconstants, n'ont pas le temps d'être jaloux. Parmi les maris, nombreux sont jaloux mais peu l'avouent ouvertement. Il n'est plus honteux d'avoir des raisons de l'être. Le texte mentionne aussi un délai de huit jours pour répondre à une question et promet des réponses supplémentaires le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 184-191
LETTRE de Dunkerque. GENEROSITÉ d'un jeune Amant.
Début :
Cleante fils aîné d'un riche Marchand de Dunquerque, estoit [...]
Mots clefs :
Amant, Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Dunkerque. GENEROSITÉ d'un jeune Amant.
LETTRE
de Dunkerque.
GENEROSITÉ
d'un jeune Amant.
Cleante fils aîné d'un rithe
Marchand de Dunquerque
, eftoit devenu amoureux à
Paris de lajeune Mabille qui
navoit pas de bien. Son pere
luy écrivit plufieurs fois que
s'il ne revenoit , il feroit fon
cadet Dorillas heritier de tout
~fon bien . Cleante ne voulutjaGALANT.
185
mais quitter Mabille qu'il ne
l'euft épousée. Mais elle qui ne
vouloit point l'époufer que ce
pere n'y confentit , employoit à
Dunquerque desparens qu'elle
yavoit , pour tafcher de l´y refoudre,
cependant remettoit
Cleante de jour en jour ,
fans ofer luy faire connoiftre
qu'elle ne l'aimoit pas affez
pour l'épouser avec dix mille
écus , qui eftoit ce qu'il pouvoit
efperer du bien de fa mere que
fon pere ne pouvoit luy offer.
Pendant tous ces délais le pere
de Cleante meurt irrité contre
cet aifné , il donna en mourant
Février 1711 Q
186 MERCURE
a
tout au Cadet. Des queCleante
avoit fçu la maladie de fon pere
, il avoit pris la pofte. Mais
il arriva trop tard à Dunquerque
. Il n'y fut que huitjours
pourrendre les derniers de voirs.
fon pere ; enfuite ayantpris
en Lettres de Change les 30 .
mil livres qu'on n'avoit pu luy
ofter , ilrevint à Paris pour les
offrir à Mabille en arrivant
à fa porte , on luy dit qu'elle logeoit
dans une grande Maifon
qui eftoit dans la mefme rue
on ne luy dit rien autre chofe.
Il alla à cette maiſonfort
eſtonné d'un changement fi
a
GALANT 187
prompt , mais il fut bien plus
furpris encore , quand eſtant entré
dans cette porte qu'il trouva
ouverte, il vit Mabille en habit
doré , conduite par un homme
affez âgé qui luy aidoit à
monter dans un Car ffe tout
neuf.Il demanda à unLaquais
qui eftoit cet homme . On luy
repondit que c'eftoit Monfieur
qui menoit Madame difner en
famille , parce qu'il eftoit marié
depuis deux jours. Dorillas
penfa mourir de douleur. Il partit
des le lendemain pourDunquerque
. Il mitpar desespoirfes
dix mil écusfur un Vaiſſeau à
Q ij
188 MERCURE
la groffe avanture , & s'em
barqua dans le Vaiffeau. Il a
efté aſſez heureux pour gagner
en trois ans quatre cent mil livres.
Il revint l'Automne der
niere à Paris pour regler quel
ques affaires pourfon negoce. I
avoit tafché d'oublier Mabille,
mais fortant lejour de la Touf
faints du Sermon desF.fuites.
il futbienfurpris de voir Ma
bille en deueil , en affez mau .
vais équipage , & qui parroiffoit
fort afligée. Elle fut hon
teufe de le rencontrer , mais il´
voulutlaremener chez elle , ou
elle luy conta que l'hommeGALANT
. 189
d'affaire qu'elle avoit épousé
eftoit mort fort endetié , qu'il
ne luy reftoit qu'une Terre de
vingt mil écus ou environ ,fur
quoy elle avoit peine à vivre
avec deux enfans , parce qu'un
M.de..à qui elle devoit vingt
milfrancs , luy avoitfait fai-
~for cette Terre; elle verfa beaucoup
de larmes, & luy dit plu
fieurs raifons qui l'avoientfor
cé à ce mariage. Cleante enfut
fort attendri , &l'alla voir
pendant quinze jours fans luy
parler de rienzelle crut fesfeux
rallumez, & ne defefperoit pas
qu'il ne l'époufaftimais un ma190
MERCURE
tin elle le vit arriver àfa porté
avec une Chaife de pofte , il
entra dans fa Chambre , &
luy dit qu'il n'avoit resté quin
ze jours à Paris que pour degagerfa
Terre , & qu'il venoit
de payer vingt mil livres
à M.. dont la quitance & les
papiers eftoient dans unfac qu'il
mit fur la table de Mabille
aprés quoy il l'embraſſa , luy
difant qu'il ne vouloit pas qu'-
une perfonne qu'il avoit aimés,
fut tout-à -fait dans le befoin ,
qu'eftant perfuadé auffi qu'elle
ne l'avoit jamais aiméfincerement
, il nela verroit defa vie,
GALANT . 191
& ne fe marieroit jamais.
Mabille que tout cecy rendoit
immobile , n'euft pas la force
de répondre , & Cleante monta
en Chaife pour retourner à
Dunquerque. Mais en partant
il luy dit de bien obferver les
papiers qui eftoient dans lefac ,
& qu'elle y luft dans le moment
qu'ilferoit party uneLettre
qu'elley trouveroit. Mabille
refta feule les yeux en larmes
, prit lefac qu'elle trouva
fortpefant. Il y avoit dedans
&
mille Louis d'or
que
Cleante
avoit ainfi cachez , pour luy
efpargner la confufion de les
recevoir de luy.
de Dunkerque.
GENEROSITÉ
d'un jeune Amant.
Cleante fils aîné d'un rithe
Marchand de Dunquerque
, eftoit devenu amoureux à
Paris de lajeune Mabille qui
navoit pas de bien. Son pere
luy écrivit plufieurs fois que
s'il ne revenoit , il feroit fon
cadet Dorillas heritier de tout
~fon bien . Cleante ne voulutjaGALANT.
185
mais quitter Mabille qu'il ne
l'euft épousée. Mais elle qui ne
vouloit point l'époufer que ce
pere n'y confentit , employoit à
Dunquerque desparens qu'elle
yavoit , pour tafcher de l´y refoudre,
cependant remettoit
Cleante de jour en jour ,
fans ofer luy faire connoiftre
qu'elle ne l'aimoit pas affez
pour l'épouser avec dix mille
écus , qui eftoit ce qu'il pouvoit
efperer du bien de fa mere que
fon pere ne pouvoit luy offer.
Pendant tous ces délais le pere
de Cleante meurt irrité contre
cet aifné , il donna en mourant
Février 1711 Q
186 MERCURE
a
tout au Cadet. Des queCleante
avoit fçu la maladie de fon pere
, il avoit pris la pofte. Mais
il arriva trop tard à Dunquerque
. Il n'y fut que huitjours
pourrendre les derniers de voirs.
fon pere ; enfuite ayantpris
en Lettres de Change les 30 .
mil livres qu'on n'avoit pu luy
ofter , ilrevint à Paris pour les
offrir à Mabille en arrivant
à fa porte , on luy dit qu'elle logeoit
dans une grande Maifon
qui eftoit dans la mefme rue
on ne luy dit rien autre chofe.
Il alla à cette maiſonfort
eſtonné d'un changement fi
a
GALANT 187
prompt , mais il fut bien plus
furpris encore , quand eſtant entré
dans cette porte qu'il trouva
ouverte, il vit Mabille en habit
doré , conduite par un homme
affez âgé qui luy aidoit à
monter dans un Car ffe tout
neuf.Il demanda à unLaquais
qui eftoit cet homme . On luy
repondit que c'eftoit Monfieur
qui menoit Madame difner en
famille , parce qu'il eftoit marié
depuis deux jours. Dorillas
penfa mourir de douleur. Il partit
des le lendemain pourDunquerque
. Il mitpar desespoirfes
dix mil écusfur un Vaiſſeau à
Q ij
188 MERCURE
la groffe avanture , & s'em
barqua dans le Vaiffeau. Il a
efté aſſez heureux pour gagner
en trois ans quatre cent mil livres.
Il revint l'Automne der
niere à Paris pour regler quel
ques affaires pourfon negoce. I
avoit tafché d'oublier Mabille,
mais fortant lejour de la Touf
faints du Sermon desF.fuites.
il futbienfurpris de voir Ma
bille en deueil , en affez mau .
vais équipage , & qui parroiffoit
fort afligée. Elle fut hon
teufe de le rencontrer , mais il´
voulutlaremener chez elle , ou
elle luy conta que l'hommeGALANT
. 189
d'affaire qu'elle avoit épousé
eftoit mort fort endetié , qu'il
ne luy reftoit qu'une Terre de
vingt mil écus ou environ ,fur
quoy elle avoit peine à vivre
avec deux enfans , parce qu'un
M.de..à qui elle devoit vingt
milfrancs , luy avoitfait fai-
~for cette Terre; elle verfa beaucoup
de larmes, & luy dit plu
fieurs raifons qui l'avoientfor
cé à ce mariage. Cleante enfut
fort attendri , &l'alla voir
pendant quinze jours fans luy
parler de rienzelle crut fesfeux
rallumez, & ne defefperoit pas
qu'il ne l'époufaftimais un ma190
MERCURE
tin elle le vit arriver àfa porté
avec une Chaife de pofte , il
entra dans fa Chambre , &
luy dit qu'il n'avoit resté quin
ze jours à Paris que pour degagerfa
Terre , & qu'il venoit
de payer vingt mil livres
à M.. dont la quitance & les
papiers eftoient dans unfac qu'il
mit fur la table de Mabille
aprés quoy il l'embraſſa , luy
difant qu'il ne vouloit pas qu'-
une perfonne qu'il avoit aimés,
fut tout-à -fait dans le befoin ,
qu'eftant perfuadé auffi qu'elle
ne l'avoit jamais aiméfincerement
, il nela verroit defa vie,
GALANT . 191
& ne fe marieroit jamais.
Mabille que tout cecy rendoit
immobile , n'euft pas la force
de répondre , & Cleante monta
en Chaife pour retourner à
Dunquerque. Mais en partant
il luy dit de bien obferver les
papiers qui eftoient dans lefac ,
& qu'elle y luft dans le moment
qu'ilferoit party uneLettre
qu'elley trouveroit. Mabille
refta feule les yeux en larmes
, prit lefac qu'elle trouva
fortpefant. Il y avoit dedans
&
mille Louis d'or
que
Cleante
avoit ainfi cachez , pour luy
efpargner la confufion de les
recevoir de luy.
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Résumé : LETTRE de Dunkerque. GENEROSITÉ d'un jeune Amant.
La lettre relate l'histoire de Cleante, fils aîné d'un riche marchand de Dunkerque, et de son amour pour Mabille, une jeune femme sans fortune. Le père de Cleante menace de léguer son héritage à son cadet, Dorillas, si Cleante ne revient pas de Paris. Cleante refuse de quitter Mabille sans l'épouser, mais elle hésite à accepter sans le consentement du père. Pendant ces délais, le père de Cleante décède et laisse tout à Dorillas. Cleante, après avoir appris la maladie de son père, revient trop tard à Dunkerque. Il découvre ensuite que Mabille s'est mariée avec un homme plus âgé et est désormais riche. Déçu, Cleante investit dix mille écus dans un vaisseau et fait fortune en trois ans. De retour à Paris, il rencontre Mabille veuve et endettée. Touchée par sa situation, Cleante paie ses dettes et lui laisse mille Louis d'or avant de repartir pour Dunkerque, convaincu que Mabille ne l'avait jamais aimé sincèrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 217-xi
AVANTURE du Carnaval dernier.
Début :
Plusieurs personnes d'une mesme famille s'estoient assemblées pour [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Carnaval, Cavalier, Mariage, Fidélité, Infidélité, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE du Carnaval dernier.
AVANTURE
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
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Résumé : AVANTURE du Carnaval dernier.
Le texte raconte une aventure amoureuse et stratégique centrée autour d'un mariage arrangé. Une famille se rassemble pour discuter d'un mariage imminent. La fille, vêtue de manière négligée, explique qu'elle n'a pas pris soin de son apparence car elle a rencontré le cavalier la veille sans attirer son attention. Le cavalier arrive et avoue son honnêteté et son manque d'intérêt pour le mariage, mais promet de bien traiter la fille s'il doit l'épouser. La fille, bien que d'apparence ordinaire, est intelligente et a un plan. Elle se rend à un bal déguisée en sultane, charmant ainsi le cavalier. Ce dernier, malgré ses efforts pour résister, finit par tomber amoureux de la sultane sans reconnaître la fille. La mère de la fille organise une mascarade pour révéler la vérité. Lors de cette mascarade, la fille, toujours déguisée, danse avec le cavalier, qui est troublé par sa beauté. La mère révèle finalement l'identité de la sultane, provoquant une surprise et une révélation émotionnelle. La fille, démasquée, montre son amour et son intelligence, réussissant à conquérir le cœur du cavalier.
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46
p. 103-107
STANCES.
Début :
Arrestez, jeune Bergere, [...]
Mots clefs :
Amant, Bergère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES.
Arreftez , jeune Bergere ,
Je fuis un Amant fincere ,
Un Amant vous fait il peur
Je n'ay qu'un mot à
v
dire
Ff.iiij
104 PIECES
Ec tout ce que je deſire ,
C'eft de vous tirer d'erreur
Le temps vous pourfait fans
ceffe ,
L'éclat de voſtre jeuneffe ,
Sera bientoft effacé ,
Le temps détruir toutes
chofes ,
Et l'on ne voit plus de
rofes ,
Quand le Printemps eſt paſ
fé.
Les plus fombres nuits finif-
21 fent ,
Leurs ombres s'évanoüiffent,
1
FUGITIVES . ros
Et rendent bien toft le jour s
Mais quand l'aimable jeu
neffe
A fait place à la vielleffe ,
Elle ignore le retour.
L'éclat des fleurs naturelles,
Fait l'ornement de nos Belles
,
On prife leur nouveauté ;
Mais au bout d'une journée,
Cette heureufe déftinée ,
Finit avec leur beauté !
Vos attraits belle Silvie,
Ne mettront point voſtre
for vice
106
PIECES
Hors des atteintes du fort ,
Il vous proméne fans ceffe ,
Du bel âge à la vieilleffe ;
De la vicilleffe à la mort.
-
Ainfi foyez moins volage ;
Er puis qu'avec le bel âge ,
Le plaifir paffe & s'enfuit ,
Quittez voftre indifference ,
La nuit à grands pas s'avan-
CC
Profitez du jour qui luit.
Un peu de tendre folie ,
Fait d'une Fille jolie ,
Le plaifir & le bonheur
;
Et dans le déclin de l'âge ,,
FUGITIVES. 107
Un dehors fier & fauvage.
Luy rend la gloire & l'honneur
.
Par cette leçon fidelle ,
Tircis prefloit une belle ,
D'avoir pitié de fon mal
Son Difcours la rendit fage
Mais elle n'en fit ufage ,
Qu'au profit de fon Rival .
Arreftez , jeune Bergere ,
Je fuis un Amant fincere ,
Un Amant vous fait il peur
Je n'ay qu'un mot à
v
dire
Ff.iiij
104 PIECES
Ec tout ce que je deſire ,
C'eft de vous tirer d'erreur
Le temps vous pourfait fans
ceffe ,
L'éclat de voſtre jeuneffe ,
Sera bientoft effacé ,
Le temps détruir toutes
chofes ,
Et l'on ne voit plus de
rofes ,
Quand le Printemps eſt paſ
fé.
Les plus fombres nuits finif-
21 fent ,
Leurs ombres s'évanoüiffent,
1
FUGITIVES . ros
Et rendent bien toft le jour s
Mais quand l'aimable jeu
neffe
A fait place à la vielleffe ,
Elle ignore le retour.
L'éclat des fleurs naturelles,
Fait l'ornement de nos Belles
,
On prife leur nouveauté ;
Mais au bout d'une journée,
Cette heureufe déftinée ,
Finit avec leur beauté !
Vos attraits belle Silvie,
Ne mettront point voſtre
for vice
106
PIECES
Hors des atteintes du fort ,
Il vous proméne fans ceffe ,
Du bel âge à la vieilleffe ;
De la vicilleffe à la mort.
-
Ainfi foyez moins volage ;
Er puis qu'avec le bel âge ,
Le plaifir paffe & s'enfuit ,
Quittez voftre indifference ,
La nuit à grands pas s'avan-
CC
Profitez du jour qui luit.
Un peu de tendre folie ,
Fait d'une Fille jolie ,
Le plaifir & le bonheur
;
Et dans le déclin de l'âge ,,
FUGITIVES. 107
Un dehors fier & fauvage.
Luy rend la gloire & l'honneur
.
Par cette leçon fidelle ,
Tircis prefloit une belle ,
D'avoir pitié de fon mal
Son Difcours la rendit fage
Mais elle n'en fit ufage ,
Qu'au profit de fon Rival .
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Résumé : STANCES.
Le texte est une série de stances poétiques adressées à une jeune bergère. L'auteur, se présentant comme un amant sincère, l'exhorte à apprécier sa jeunesse et sa beauté avant qu'elles ne disparaissent. Il met en garde contre le passage inexorable du temps, qui efface la jeunesse et la beauté, comparant cette transformation à la fin des nuits sombres et à la fin de la beauté des fleurs. L'auteur souligne que la jeunesse et la beauté sont éphémères, tandis que la vieillesse et la mort sont inévitables. Il encourage la jeune bergère à profiter du moment présent et à ne pas être indifférente, car la jeunesse et le plaisir passent rapidement. L'auteur conclut en racontant l'histoire de Tircis, qui a tenté de convaincre une belle de sa sincérité, mais sans succès, car elle a préféré son rival.
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47
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
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Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
Fermer
Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
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p. 16-22
STANCE.
Début :
Arrestez, jeune Bergere, [...]
Mots clefs :
Amant, Âge, Vieillesse
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texteReconnaissance textuelle : STANCE.
STANCE.
ARrestez, jeune Bergere,
Je fuis un amant sincere,
Un amant vous fait-il
peur?
Je
Je n'ay qu'un mot à
vous dire,
Et tout ce que je desire
Estde vous tirer d'erreur.
Le tems vous pourfait
sans celle,
L'éclat de vôtre jeunch Te Sera bien-tôteffacé,.
ILé tems détruit toutes
4
choses;
Et l'on ne voit plus de
roses
Quand le Printems cflr
pasle.
Les plus sombres nuits
finissent,
Leurs ombres s'évanouifTent,
Et rendent bien-tôt le
jour,
Mais quand l'aimable
jeunesse
A fait place à la vieillesse,
Elle ignore le retour.
L'éclat des fleurs naturelles
Fait l'ornement de nos
belles,
On priseleurnouveauté.
Mais au1bout d'une journée
Cette heureuse destinée
Finit avec leur beauté:.
Vos attraits, Eellé Silviev
- - Ne mettrontpoi•nt votrevie
Hors des atteintes du
fort.
Il vous promene sans
cesse
Du bel âge à la vieillesse
De la vieillesse à la
mort,
Ainsi soyez moins volage.
Et puisqu'avec le bel
age
Le plaisir paffe& s'ertfuit,
Quittez vôtre indifference,
La nuit à grands pas s'avance
Profitez du jour qui
luit.
Un peu de tendre folie
Fait d'une fille jolie
Leplaisir & le bonheur,
Et dans le déclin de
13 age
Un dehors fier& fau..
vage
Lui rend la gloire &
l'honneur.
Par cette leçon fidelle
Tircis pressoit une belle
D'avoir pitié de son
mal;
Son discours la rendit
sage:
Mais elle n'en fit usage
Qu'au profit de son rival.
ARrestez, jeune Bergere,
Je fuis un amant sincere,
Un amant vous fait-il
peur?
Je
Je n'ay qu'un mot à
vous dire,
Et tout ce que je desire
Estde vous tirer d'erreur.
Le tems vous pourfait
sans celle,
L'éclat de vôtre jeunch Te Sera bien-tôteffacé,.
ILé tems détruit toutes
4
choses;
Et l'on ne voit plus de
roses
Quand le Printems cflr
pasle.
Les plus sombres nuits
finissent,
Leurs ombres s'évanouifTent,
Et rendent bien-tôt le
jour,
Mais quand l'aimable
jeunesse
A fait place à la vieillesse,
Elle ignore le retour.
L'éclat des fleurs naturelles
Fait l'ornement de nos
belles,
On priseleurnouveauté.
Mais au1bout d'une journée
Cette heureuse destinée
Finit avec leur beauté:.
Vos attraits, Eellé Silviev
- - Ne mettrontpoi•nt votrevie
Hors des atteintes du
fort.
Il vous promene sans
cesse
Du bel âge à la vieillesse
De la vieillesse à la
mort,
Ainsi soyez moins volage.
Et puisqu'avec le bel
age
Le plaisir paffe& s'ertfuit,
Quittez vôtre indifference,
La nuit à grands pas s'avance
Profitez du jour qui
luit.
Un peu de tendre folie
Fait d'une fille jolie
Leplaisir & le bonheur,
Et dans le déclin de
13 age
Un dehors fier& fau..
vage
Lui rend la gloire &
l'honneur.
Par cette leçon fidelle
Tircis pressoit une belle
D'avoir pitié de son
mal;
Son discours la rendit
sage:
Mais elle n'en fit usage
Qu'au profit de son rival.
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Résumé : STANCE.
Le poème 'STANCE' est une œuvre lyrique adressée à une jeune bergère. L'amant, sincère et désespéré, tente de la convaincre de l'aimer. Il met en garde contre la fugacité de la jeunesse et de la beauté, soulignant que le temps détruit tout, y compris la beauté des roses et la jeunesse. Il compare la vie à un cycle où les nuits sombres finissent et laissent place au jour, mais où la jeunesse, une fois perdue, ne revient pas. Il exhorte la bergère à ne pas être volage et à profiter du présent, car le plaisir passe rapidement avec l'âge. L'amant, nommé Tircis, espère que son discours rendra la jeune fille sage et qu'elle aura pitié de son amour. Cependant, elle utilise cette sagesse pour favoriser son rival.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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