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1
p. 243-249
« Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Début :
Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...]
Mots clefs :
Roi, Ennemis, Place, Europe, Saint Omer, Valenciennes
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texteReconnaissance textuelle : « Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Le commence par celle de Mon- fieur le Prefident Nicolaï ; & ce
que je prétens vous en dire,
n'eſt ny ſa Harangue , ny un Extrait, ny meſmeun fragment,
c'eſt moins que tour cela , & il ne doit ſervir qu'à vous faire concevoir une legere idée de quelques-unes de ſes penſées..Il a dit au Roy , en parlant de Valenciennes, qu'on ne pouvoit affez admirer qu'il euſt pris en fi peu de jours une des plus grandesVilles, qui pût marquer La puiſſance deſesEnnemis:une Villevaſte parſon étenduë , fie- redeſes Privileges, orgueilleuſe par ſes Boulevarts , forte par la
valeur & le nombre de ſes Ci
160 LE MERCVRE
toyens , fameuſe par fon Com- merce , & redoutable par nos pertes. Il a adjoûté à tout cela qu'on ſçavoit affez de quelle forte le Roy s'eſtoit rendu maî- tre de cette puiſſante Place , &
que de la maniere que les cho- fes s'eſtoient paffées,on ne pour- voittrop loüer lagrande bonté,
&la prudence de Sa Majesté,
qui par un ſeulmot de ſabouche avoit defendu cette Ville
du plus grand malheur qu'elle puſt craindre, &dont elle n'a- voit pû eſtre garantie par un million de bras , & par tant de Princes intereſſez à ſa défenſe.
Il a fait voir encor qu'on avoit adimiré fur tout , que dans un temps où l'on ne pouvoit faire 'un pas dans l'Europe ſans trou- verquelque Ennemyde la Fra- ce,leRoyavoireõquis trois Pla-
GALANT. гыг
cesdontlaforcen'étoitque trop connuë , &que s'il avoit trouvé des Ennemis, il ſembloirque ce n'euſt eſté que pour ſervir de matiere àfon triomphe ; Qu'on lui avoit veu fecourir parſa pru- dence & par une prevoyance merveilleufe, les lieux, où if ne
pouvoitſetrouver enPerſonne,
eny envoyant le puiſſant Se- cours qu'il leur fit recevoir,
quand il ſçeut que les Ennemis amaffez en fi grand nombre,ve- noientpour jetter de nouvelles forces dans S. Omer ; Que fes Armes avoient eſté victoricufes, fous la conduite d'un Prince
qui ne voit riendans le monde au deffus de luy, foit par fa naif- fance, foitpar fon merite & fes grandes vertus , que ſon ſeul Souverain. Il a dit encor d'une
manierequiacharmé tous ceux
162 LE MERCVRE
qui l'ont entendu , quependant que toute l'Europe eſtoit enfe- veliedans unprofond fommeil,
Sa Majesté ſeule veilloit, lagloi- re & le bien de ſon Royaume luytenant les yeux ouverts , &
que les Ennemis n'eſtoient re- venus de ceprofond affoupiffe- ment , que pour voir enmeſme temps leurs pertes , & fervir à
fontriomphe
que je prétens vous en dire,
n'eſt ny ſa Harangue , ny un Extrait, ny meſmeun fragment,
c'eſt moins que tour cela , & il ne doit ſervir qu'à vous faire concevoir une legere idée de quelques-unes de ſes penſées..Il a dit au Roy , en parlant de Valenciennes, qu'on ne pouvoit affez admirer qu'il euſt pris en fi peu de jours une des plus grandesVilles, qui pût marquer La puiſſance deſesEnnemis:une Villevaſte parſon étenduë , fie- redeſes Privileges, orgueilleuſe par ſes Boulevarts , forte par la
valeur & le nombre de ſes Ci
160 LE MERCVRE
toyens , fameuſe par fon Com- merce , & redoutable par nos pertes. Il a adjoûté à tout cela qu'on ſçavoit affez de quelle forte le Roy s'eſtoit rendu maî- tre de cette puiſſante Place , &
que de la maniere que les cho- fes s'eſtoient paffées,on ne pour- voittrop loüer lagrande bonté,
&la prudence de Sa Majesté,
qui par un ſeulmot de ſabouche avoit defendu cette Ville
du plus grand malheur qu'elle puſt craindre, &dont elle n'a- voit pû eſtre garantie par un million de bras , & par tant de Princes intereſſez à ſa défenſe.
Il a fait voir encor qu'on avoit adimiré fur tout , que dans un temps où l'on ne pouvoit faire 'un pas dans l'Europe ſans trou- verquelque Ennemyde la Fra- ce,leRoyavoireõquis trois Pla-
GALANT. гыг
cesdontlaforcen'étoitque trop connuë , &que s'il avoit trouvé des Ennemis, il ſembloirque ce n'euſt eſté que pour ſervir de matiere àfon triomphe ; Qu'on lui avoit veu fecourir parſa pru- dence & par une prevoyance merveilleufe, les lieux, où if ne
pouvoitſetrouver enPerſonne,
eny envoyant le puiſſant Se- cours qu'il leur fit recevoir,
quand il ſçeut que les Ennemis amaffez en fi grand nombre,ve- noientpour jetter de nouvelles forces dans S. Omer ; Que fes Armes avoient eſté victoricufes, fous la conduite d'un Prince
qui ne voit riendans le monde au deffus de luy, foit par fa naif- fance, foitpar fon merite & fes grandes vertus , que ſon ſeul Souverain. Il a dit encor d'une
manierequiacharmé tous ceux
162 LE MERCVRE
qui l'ont entendu , quependant que toute l'Europe eſtoit enfe- veliedans unprofond fommeil,
Sa Majesté ſeule veilloit, lagloi- re & le bien de ſon Royaume luytenant les yeux ouverts , &
que les Ennemis n'eſtoient re- venus de ceprofond affoupiffe- ment , que pour voir enmeſme temps leurs pertes , & fervir à
fontriomphe
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Résumé : « Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Le Président Nicolaï a prononcé un discours sur la prise de Valenciennes par le roi. Valenciennes est décrite comme une grande ville, fière de ses privilèges et de ses boulevards, forte par ses citoyens et célèbre pour son commerce. Le roi a rapidement conquis cette place puissante et a évité à la ville un grand malheur par un simple ordre. Nicolaï mentionne également que le roi a conquis trois places fortes en Europe malgré la présence d'ennemis, utilisant sa prudence et sa prévoyance pour secourir des lieux où il ne pouvait être présent. Les armes du roi ont été victorieuses sous la conduite d'un prince qui ne reconnaît que le roi au-dessus de lui, que ce soit par naissance, mérite ou grandes vertus. Enfin, Nicolaï souligne que tandis que toute l'Europe était endormie, le roi veillait sur la gloire et le bien de son royaume, permettant aux ennemis de se réveiller pour constater leurs pertes et contribuer à son triomphe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 317-331
Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que je vous ay dit bien [...]
Mots clefs :
Roi, André Boureau-Deslandes, M. Cornuet, Siam, Roi de Siam, Terre, Présents, Lettre, Pavillon, Ambassadeurs, François Baron, Indes, France, Pays, Europe
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
C'eft avec railon, Madame
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
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Résumé : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
En 1680, des ambassadeurs du roi de Siam furent envoyés en France pour reconnaître la grandeur et les conquêtes du roi de France. Le baron, directeur général de la Compagnie Royale de France dans les Indes, mit à disposition un vaisseau pour transporter les ambassadeurs. Ce vaisseau, commandé par M. Cornuet et transportant M. Dellandes, arriva en septembre 1680. Dellandes, choisi pour sa bonne mine et son éducation, portait une lettre et des présents du roi de France. À leur arrivée, ils demandèrent la permission de saluer un pavillon, ce qui fut accordé. Dellandes remarqua un pavillon républicain et insista pour en hisser un royal, ce qui entraîna une salve d'artillerie échangée entre le vaisseau et la forteresse. Dellandes et Cornuet furent ensuite conduits à une maison préparée pour eux. En septembre, trois mandarins vinrent accompagner la lettre et les présents à la cour. Dellandes, accompagné de soldats français, fut reçu par les ministres du roi de Siam. L'audience dura plus d'une heure, durant laquelle Dellandes répondit aux questions sur la France et son monarque. Le roi de Siam, impressionné par les présents, notamment des lustres de cristal et des pièces d'artillerie, décida d'envoyer trois ambassadeurs en France. Ces ambassadeurs, incluant un grand mandarin expérimenté, partirent pour Bantam mais manquèrent le vaisseau Soleil d'Orient. Ils étaient attendus en septembre 1681 sur ce même vaisseau. Le roi de Siam, anticipant des conflits avec une puissance européenne, cherchait à s'allier avec la France. Ses titres incluent 'Roi des Rois' et 'Maître des Eaux', et ses États s'étendent sur plus de trois cents lieues dans les Indes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 242-282
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir satisfait vostre curiosité dans une de mes Lettres, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Roi de France, Envoyés, Monarque, Présents, Prince, Vaisseau, Bâtiment, Londres, Royaume, Majesté, Remèdes, Argent, Sujets, Missionnaires, Nations, Europe, Gloire, Banten, Amitié, Angleterre, Voyage, États, Religion, Hommes, Peuples, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Le texte décrit les interactions entre les missionnaires français, appelés Millionnaires, et le roi de Siam. Ces missionnaires, établis au Siam, ont gagné la faveur des habitants en distribuant des remèdes et en soignant les malades sans demander de paiement, ce qui a favorisé l'expansion de la religion catholique dans le royaume. Le roi de Siam, intrigué par ces missionnaires, a découvert qu'ils étaient financés par des missions en France et des donations de particuliers. Impressionné par cette générosité, il a développé une haute estime pour le roi de France. Cependant, la perte d'un vaisseau chargé de présents pour le roi de France a contrarié le roi de Siam. Malgré cet incident, il a décidé d'envoyer de nouveaux envoyés à Paris à bord d'un petit bâtiment anglais. Ces envoyés, choisis parmi les officiers de la maison royale et exempts de certaines taxes, avaient pour missions de s'informer du sort du premier ambassadeur, de solliciter des moyens pour renforcer l'amitié entre les deux couronnes, et de féliciter le roi de France pour la naissance du Duc de Bourgogne. Le roi de Siam a également demandé à un missionnaire, M. Vachet, de les accompagner et de rapporter fidèlement ses observations sur la cour et les États français. Pour éviter que les présents destinés aux ministres français ne soient taxés en Angleterre, le roi de Siam a pris des mesures appropriées et a fourni à M. Vachet un habit de satin pour les audiences. Malgré les tentatives de sabotage par des nations jalouses, les envoyés ont finalement quitté Londres à bord d'un vaisseau anglais pour se rendre à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
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Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1-13
Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Quelque éclat qui ait accompagné le grand nombre de Victoires [...]
Mots clefs :
Victoires, Europe, Roi de France, Gloire, Admiration, Actions, Monarque, Sujets, Ministres, Affaires, Bonté, Arrêt du conseil, Malheureux, Éloges, Louis le Grand, Devises, Inscriptions, Dictionnaire, Palais de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
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Résumé : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
En mai 1685, le roi Louis XIV a accordé une remise annuelle de plus de sept cent mille livres pendant trois ans à plusieurs fermiers généraux, démontrant ainsi sa générosité. Cette décision, examinée personnellement par le roi pour garantir son équité, concernait plus de quarante personnes mentionnées dans un arrêt du Conseil d'État. La réputation du roi est souvent comparée à celle des grands princes de l'histoire, comme le montre l'ouvrage 'Parallèle de Louis le Grand avec les autres Princes qui ont été surnommés Grands' par M. de Verton. Un dictionnaire historique des conquêtes du roi de 1643 à 1679 témoigne également de ses réalisations. Louis XIV est décrit comme modeste face aux éloges, préférant être moins loué. Le texte évoque également des inscriptions poétiques destinées à orner les palais de Versailles et du Louvre, soulignant la supériorité du roi sur la nature et l'art. Une inscription anonyme, destinée au Louvre, est portée par une figure allégorique de la Renommée tenant le portrait du roi et une trompette. Les vers de cette inscription comparent la grandeur et la majesté du roi à celles des empereurs romains, affirmant : 'Monde, viens voir ce que je vois, Et ce que le Soleil admire, Rome dans un Palais, dans Paris un Empire, Et tous les Césars dans un Roy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 64-66
Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ne s'applique pas seulement à tout ce qui peut [...]
Mots clefs :
Sujets, Roi, Paix, Europe, Cour d'Espagne, Chrétienté, Ministre, Actions publiques, Monarque, Panégyrique
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texteReconnaissance textuelle : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Le Roy ne s'applique pas
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
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Résumé : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
En juin 1685, le roi s'efforce d'assurer le bien-être spirituel et temporel de ses sujets. Il œuvre tant pour leur salut éternel que pour leur prospérité terrestre. La paix en Europe est une priorité, et le roi prend des initiatives pour la préserver. Il envoie des émissaires à la cour d'Espagne pour éviter une guerre, épargnant ainsi des souffrances à la Chrétienté. De plus, ses ministres en Hollande interviennent pour prévenir un conflit, protégeant l'Europe de nouveaux désastres. Ces actions diplomatiques sont fréquemment saluées dans les discours publics et les panégyriques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 185-325
Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Début :
Je viens au détail du Voyage de Mr le Chevalier [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier de Chaumont, Siam, Ambassadeur, Hollandais, Mandarins, Eau, Roi de Siam, Terre, Vaisseau, Pays, Banten, Bord, Canon, Tigre, Mer, Rivière, Batavia, Maisons, Côte, Royaume, Constance, Abbé, Vaisseaux, Cap, Général, Gouverneur, Loge, France, Pagode, Frégate, Malades, Europe, Indes, Siamois, Ballon, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Je viensau détail du VoyaJ.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
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Résumé : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage du Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, vers le roi de Siam, accompagné de l'Abbé de Choisy. Ils embarquent à Brest le 3 mars sur le vaisseau 'L'Oiseau' et la frégate 'La Maligne'. La traversée jusqu'à la ligne équatoriale se déroule sans incident, marquée par des exercices de piété quotidiens. Chaumont refuse de jurer sur les Évangiles lors de la cérémonie du baptême équatorial et paie pour éviter cette obligation. Le voyage continue jusqu'au Cap de Bonne Espérance, où ils font escale pour se ravitailler et soigner les malades. Le Cap est décrit comme un lieu bien fortifié avec un jardin luxuriant et des habitants locaux appelés Cafres, vivant de manière primitive. Les Hollandais y ont établi une forteresse et des habitations. Après sept jours, ils repartent vers Batavia, mais la traversée est plus difficile. Ils arrivent à Java, une île dont les habitants prétendent descendre des Chinois. Ils font escale à Bantam, où les Hollandais contrôlent le royaume après une guerre civile. Enfin, ils atteignent Batavia, où ils restent sept jours pour soigner les malades. Batavia est décrite comme une ville bien située et protégée. Le texte mentionne également les conflits entre les Hollandais, les Anglais, et les Indiens dans les Indes orientales au début du XVIIe siècle. En 1619, les Indiens profitent de la mauvaise entente entre les Hollandais et les Anglais pour se libérer de la domination hollandaise. Une bataille navale entre les flottes anglaise et hollandaise a lieu le 2 janvier 1619, et les Hollandais reprennent le fort de Batavia après six mois de siège. Ils consolident leur position en construisant des fortifications et en établissant des relations commerciales avec les Chinois, les Japonais, et les Siamois. À Siam, l'ambassadeur est accueilli avec magnificence et loge dans des maisons neuves et richement meublées. Il reçoit des saluts canoniques et est traité avec honneur. Il rencontre des dignitaires siamois et présente la lettre du roi de France de manière solennelle. La salle de l'audience est richement décorée, et le roi du Siam exprime sa joie de recevoir les marques d'estime et d'amitié du roi de France. L'ambassadeur visite également plusieurs pagodes, dont une contenant une grande idole d'or endommagée lors d'une guerre contre Pegu. Il observe les éléphants du roi et une pièce de canon de fonte. Des réjouissances sont organisées pour célébrer le couronnement du roi de Portugal. Le roi de Siam mène une vie réglée, se levant tôt pour donner l'aumône et recevoir des audiences. Le texte se termine par la mention de la visite de l'ambassadeur à Louvo, une maison de plaisance du roi, et promet une seconde partie avec d'autres nouvelles sur le royaume de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 77-85
Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain ils allerent voir quantité de pierreries chez Mr [...]
Mots clefs :
Monsieur de Montarcis, Voir, Pierreries, Roi, Europe, Ambassadeur, Cabinet, Médailles, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain ils allerent
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
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Résumé : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain, les ambassadeurs de Siam visitèrent des pierreries chez des ambassadeurs de Siam et chez Monsieur de Montarsis, connu pour posséder les plus belles pierres d'Europe et pour en fournir souvent au roi. Les ambassadeurs examinèrent les pierreries, s'intéressant particulièrement aux rubis et à leurs usages. Ils remarquèrent un portrait du roi en miniature entouré de pierreries, que le Premier Ambassadeur trouva extrêmement ressemblant. Après cette visite, Monsieur de Montarsis leur montra son cabinet de médailles, comprenant plus de quarante tiroirs avec des médailles de diverses nations. Il expliqua un grand nombre de médailles, démontrant une grande érudition et connaissance de l'histoire générale. Une médaille en particulier, dont l'inscription n'était pas avantageuse pour certains souverains européens, suscita l'indignation du Premier Ambassadeur. Ils examinèrent également plusieurs médailles du roi, et le Premier Ambassadeur exprima son admiration pour les grandes actions du roi, estimant que les médailles étaient inutiles pour immortaliser sa mémoire. Après avoir remercié Monsieur de Montarsis, ils examinèrent les tableaux de son cabinet, apprenant l'histoire de Christophe Colomb et s'intéressant aux peintres. Ils visitèrent ensuite le reste de l'appartement, où ils trouvèrent une pendule fonctionnant trois mois sans être remontée. Ils firent ensuite civilité à Madame de Montarsis et partirent pour Clagny, où ils passèrent quelques jours, n'ayant pas pu visiter le château et les jardins de Versailles lors de leur audience avec le roi.
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9
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 225-228
« Quoy que ce soit une chose fort extraordinaire de voir [...] »
Début :
Quoy que ce soit une chose fort extraordinaire de voir [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs de Siam, France, Europe, Esprit, Soin, Cour de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Quoy que ce soit une chose fort extraordinaire de voir [...] »
Quoy que ce foit une chofe
fort extraordinaire de voir
des Ambaffadeurs de Siam
enFrance,on n'a pas dû neanmoins
en eftre furpris , puis
que fous un Regne auffi merveilleux
que celuy du Roy ,
on ne voit que des chofes furprenantes
. Quelques honneurs
que l'on ait rendus à
ces Ambaffadeurs , on n'a
rien fait au delà de ceux que
l'uſage a établis , mais eſtant
226 MERCURE
venus de fort loin , on ne
doit pas s'étonner s'rls ont
fouhaité de voir ce qui ne
fçauroit eftre inconnu à la
pluſpart des Princes de l'Europe
, & des Souverains meſ
me . Vous fçavez , Madame ,
que l'ufage s'y est étably de
venir voirla Cour de France,
& faire fes exercices à Paris,
Ainfi il fe trouve rarement
qu'il y ait quelque chofe qui
n'ait pas efté veu par des
Ambaffadeurs
d'Europe
. Il
n'en eftoit pas de mefme de
ceux de Siam , à qui tout ce
qu'il y a de rare & de curieux
GALANT. 227
en France devoit eftre nouveau
. C'est ce qui les a portez
à demander à le voir ; &
comme en l'examinant , ils
ont fait paroiftre beaucoup
d'efprit & de bon gouſt , on
leur a montré avec grand
foin tout ce qui meritoit d'aftre
veu. Ce foin qu'on a cu
de fatisfaire leur curiofité , a
donné lieu à mes quatre Volumes
de leur Amhaffade , où
tout ce qu'ils ont vû eft exactement
décrit , & tout ce
qu'ils ont dit , marqué juſqu'à
la moindre parole . S'ils
ont charmé tout le monde
228 MERCURE
par leur efprit & par leur
honnefteté pendant le fejour
qu'ils ont fait en France , l'éloignement
des lieux ne leur
a rien fait oublier de leurs
engageantes manieres . On le
peut voir par
la Lettre qui
fuit , écrite à M' Torf , du
Cap de Bonne Efperance . En
voi y la traduction tres - fidelle
.
fort extraordinaire de voir
des Ambaffadeurs de Siam
enFrance,on n'a pas dû neanmoins
en eftre furpris , puis
que fous un Regne auffi merveilleux
que celuy du Roy ,
on ne voit que des chofes furprenantes
. Quelques honneurs
que l'on ait rendus à
ces Ambaffadeurs , on n'a
rien fait au delà de ceux que
l'uſage a établis , mais eſtant
226 MERCURE
venus de fort loin , on ne
doit pas s'étonner s'rls ont
fouhaité de voir ce qui ne
fçauroit eftre inconnu à la
pluſpart des Princes de l'Europe
, & des Souverains meſ
me . Vous fçavez , Madame ,
que l'ufage s'y est étably de
venir voirla Cour de France,
& faire fes exercices à Paris,
Ainfi il fe trouve rarement
qu'il y ait quelque chofe qui
n'ait pas efté veu par des
Ambaffadeurs
d'Europe
. Il
n'en eftoit pas de mefme de
ceux de Siam , à qui tout ce
qu'il y a de rare & de curieux
GALANT. 227
en France devoit eftre nouveau
. C'est ce qui les a portez
à demander à le voir ; &
comme en l'examinant , ils
ont fait paroiftre beaucoup
d'efprit & de bon gouſt , on
leur a montré avec grand
foin tout ce qui meritoit d'aftre
veu. Ce foin qu'on a cu
de fatisfaire leur curiofité , a
donné lieu à mes quatre Volumes
de leur Amhaffade , où
tout ce qu'ils ont vû eft exactement
décrit , & tout ce
qu'ils ont dit , marqué juſqu'à
la moindre parole . S'ils
ont charmé tout le monde
228 MERCURE
par leur efprit & par leur
honnefteté pendant le fejour
qu'ils ont fait en France , l'éloignement
des lieux ne leur
a rien fait oublier de leurs
engageantes manieres . On le
peut voir par
la Lettre qui
fuit , écrite à M' Torf , du
Cap de Bonne Efperance . En
voi y la traduction tres - fidelle
.
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Résumé : « Quoy que ce soit une chose fort extraordinaire de voir [...] »
Le texte relate l'arrivée d'ambassadeurs de Siam en France, un événement notable mais attendu compte tenu de la renommée du royaume français. Les honneurs accordés aux ambassadeurs respectaient les traditions établies. Ces derniers, venus de loin, désiraient découvrir des aspects connus des princes européens. Selon la coutume, ils visitèrent la cour de France et participèrent à des activités à Paris. Pour eux, tout ce qui était rare et curieux en France était nouveau. Ils demandèrent à voir ces éléments, démontrant un esprit et un goût appréciables. Leur curiosité fut satisfaite, et leurs observations et paroles furent consignées dans quatre volumes relatant leur ambassade. Leur séjour en France fut marqué par leur esprit et leur honnêteté, qualités qu'ils conservèrent même après leur départ, comme le montre une lettre traduite fidèlement, écrite depuis le Cap de Bonne Espérance à Monsieur Torf.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 224-225
AU ROY.
Début :
Voicy un autre Madrigal sur cette mesme défaite. Il est / LOUIS, que vous imitez bien [...]
Mots clefs :
Louis, Europe, Guerre, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy un autre Madrigal
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
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Résumé : AU ROY.
Le madrigal de Madame des Houlières compare le roi à Ovide, le décrivant comme un justicier indépendant et vengeur des rois outragés. Le roi punit les coupables ayant plongé l'Europe dans la guerre, mais agit avec clémence et cherche à amener ses ennemis à la paix. Il exerce son influence sur les bords du Pô, du Rhin et de la Meuse.
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12
p. 49-97
Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Début :
Tout le monde est persuadé de l'antiquité de l'illustre [...]
Mots clefs :
Généalogie, Maison de Montmorency, Noces, Origine, Alliances, France, Angleterre, Duc, Comte, Roi, Femme, Duchesse, Empereur, Branches, Armes, Mémoire, Paris, Royaume, Europe, Occident, Église, Guerre, Honneur, Seigneurs de Montmorency
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Discours nouveausur ïoriginey
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
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Résumé : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Le texte traite de la Maison de Montmorency, une des plus anciennes et illustres familles du Royaume de France, reconnue comme les premiers Barons Chrétiens avec le cri de guerre 'Dieu aide au premier Chrétien'. La révolution des siècles passés et la négligence des historiens ont obscurci les vieux titres et l'origine exacte de cette maison. André Duchesne est l'historien ayant le plus contribué à sa connaissance, retraçant sa postérité depuis Bouchard I, vivant en 954. Deux opinions principales existent sur son origine : la première attribue son origine à Lisbius, un noble gaulois converti par saint Denis, tandis que la seconde la rattache à Lisoie, un grand baron francique converti par saint Remy. La Maison de Montmorency a toujours revendiqué les qualités de premier Chrétien et de premier Baron Chrétien, marquant ainsi son ancienne et illustre origine. La succession depuis Lisbius ou Lisoie n'a pas pu être conservée jusqu'à nos jours. Duchesne commence l'histoire de cette Maison à Bouchard I, et Chevillard ajoute des ancêtres supplémentaires pour montrer les alliances illustres contractées par la famille. Les armes de la Maison de Montmorency ont évolué, passant d'une croix de gueules sur fond d'or à une croix cantonnée de seize aiglettes d'azur. La Maison s'est séparée en plusieurs branches, certaines éteintes, mais le nom de Montmorency a été conservé jusqu'à aujourd'hui. Les alliances de la Maison de Montmorency sont extrêmement prestigieuses, incluant des mariages avec des membres des familles royales de France, d'Angleterre, et d'autres maisons nobles. Les alliances plus récentes incluent des mariages avec des membres de la Maison de Condé et de la Maison de Luxembourg. La Maison de Montmorency compte de nombreux Grands Officiers du Royaume de France, tels que des Sénéchaux, Connétables, Maréchaux, Amiraux, Maîtres de la Maison du Roi, Chambellans, Bouteillers, et Pannetiers. Plusieurs membres ont également été Ducs et Duchesses. La famille a produit des dignitaires ecclésiastiques, dont un Archevêque Duc de Reims et des Évêques. Saint Thibaud de Montmorency, Seigneur de Marly, est un membre notable, ayant participé à la croisade et fondé l'abbaye des Vaux de Cernay. La valeur et le courage des Seigneurs de Montmorency sont soulignés, notamment à travers l'exemple d'Anne de Montmorency, Duc, Pair, Maréchal, Connétable et Grand Maître de France, qui mourut glorieusement après avoir commandé l'armée royale à la bataille de Saint-Denis. La mémoire de ce grand chef de guerre fut honorée par une pompe funèbre magnifiquement organisée par le roi Charles IX.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 121-147
Discours sur l'Ordre de la Toison d'Or.
Début :
L'Ordre de la Toison d'Or a été institué par Philippe [...]
Mots clefs :
Ordre de la Toison d'Or, Espagne, Roi, Chevaliers, Bourgogne, Europe, Princes, Empereurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'Ordre de la Toison d'Or.
Discourssurl'Ordre de lA
Toisôn d'O,. L Ordrede laToison
d'Or aété institué
par PhilippeleBon,Duc
de Bourgogne , en la
ville de Bruges en Flandres, le 10.Janvier 1425.
le même jour qu'il épousa Isabeau de Portugal
sa troisiéme femme, il fit
au premier chapitre 24.
Chevaliers
Il y a
plusieurs opinions sur ce qui donna
occasion au Duc Philippe d'insti uer cer Ordre.
La première, que ce fut :
en mémoire du vaillant
Cedtoti,lequ,el avec trois
<
cent hommes combattit
une infinité de Madianites,& délivra le peuple
Israël: La feconde,qu'il
le fit en memoire des
grands revenus qu'il tiroit du trafic & marchandise des laines des
Pays-bas, pleins d'excellens pâturages pour noUrirlebétail à laine.
Il yenaunetroisiéme
qui est une galanterie t'
plusieurs auteurs le racôtcnt ainsi, & difèntque
le Duc Philippe étant
passionément amoureux
& aimé d'une Dame de
Bruges, entra un matin
chez elle, accompagné
de quelques familiers
courtisàs,& qu'ilsvirent
furfatoilete tout un côté
de ses cheveux blonds
dorez qu'elle avoittodus
pour faire des ouvrages
en cheveux, pour marquer sa passion à son Amant mant>;l'autre autrecôté cote dec
cheveux quilui restoit
ayant fait rire ces courtisans, fâchée de cette
rencontre, elle en rougit de colere, & le Duc
l'ayant appaifée par ses
caresses,lui fit ferment
que ceux qui s'étoient
moqué de satoison n'auroient pas l'honneurd'un
Ordrequ'ildefïgnoitdetablir pour l'amourd'elle. Voila les termes qui
font dans Favin&dans
Paliot, du moins si cela
n'a de lavérité, il est cer-
tain que ce Prince eut
quantité demaîtresses,
puisque de ses amours il
a
laissé huit bâtards &
six bâtardes.
Cet Ordre est un des
plus beaux & des plus
illustrer qui soyent en
Europe, il a
toujours
ere rempli par des Seigneurs de très- grande
distinction.LeDuc Philippe le Bon a
donc été
son infiitureur, & le premier Chef,Charles Duc
de Bourgogne son Fils
en a
été le fecond
,
Sç
comme il mourut sans
posterité masculine
,
n'ayanr laisse qu'une fille
unique, Marie Duchesse de Bourgogne, Comtesse de Flandres, &
Dame de tous les Paysbas
,
ayant hérité des
grands biens du Duc son
pere, elle épousa Maximilien, Archiducd'Autriche,RoidesRomai ns,
& depuis Empereur. Ce
mariage lui apporta le
Comtéde Flandre & la
Souveraineté des Paysbas, &le titre de Chef
& Souverain, Grand
Maître de la Toison
d'Or
5
duquel il fut le
troisiéme grand-Maître.
Il celebra sonpremier
chapitre en la ville de
Bruges en 1478. il ne
laissa qu'un fils, Philippe, Archiduc d'Autriche, qui ayantépousé
Jeanne, Reine & heri-
tiere de Castille, de
Leon & d'Arragon, par
ce mariage il devint
Roy d'Espagne, & étoit
Comte de Flandres, &
Souverain des Pays-bas
par samere, connu fous
le nom de Philippe I.
Roy d'Espagne:la mort
de son pere le rendit le
quatrième Chef, Se
grand-Maître dei'Ordre
de la Toison d'Or, &
en tint son premier chapitre en la ville de Ma-
lines en Flandres en
149ïSon fils Charles I. fut
Roy d'Espagne & Souverain des Pays
-
bas
après sa mort; depuis
fut élft Empereur des
Romains cinquième du
nom:ilfutlecinquiéme
Chef, & grand-Maître
de l'Ordre de la Toison
d'Or, comme Souverain
des Pays-bas. Ses successeurs Roys d'Espagne
ont aussi été Souverains
des Pays-bas; &C en cette
qualité ont été tous
grands Maîtres de la
Toison d'Or, & l'ont
conféré aux autres Princes Souverains, &
grands Seigneurs. Charles V. tint son premier
chapitre de l'Ordre en la
ville deBruxellesen1516.
& en augmenta le nombre jusques àcinquante,
n'ayant d'abord étéque
vingt-quatre lorsdel'institution par le Duc de
Bourgogne Philippe le
Bon. Charles V. ayantfait l'abdication de ses
Etatsà son fils Philippe
II. tint son premier chapitre de l'Ordre de la
Toison d'Or, comme
sixiéme Chef &
grand Maître, en la ville
d'Anvers en 1554. Philippe III. son fils lui ayant
succedé en tous sesEtats
fut le septiéme grand
Maîtrede l'Ordre, puis
étant mort en 1632. son
fils Philippe IV. comme
son successèur, fut
le huitième grand Maître:à samortil laissaà
son fils CharlesII. la
Couronne d'Espagne
,
la Souverainetédes
Pays-bas, & la grande
Maîtrisede l'Ordre, duquel il fut le neuviéme
grand Maître: mais ce
Prince, étant d'une fanté
trés-faible, mourut sans
posterité le I. Novembre 1700. laissant pour
son successeur par son
testament Philippe de
France, Duc d'Anjou,
second fils de Louis
Dauphin de France, &
de Marie- Anne Victoire,Duchesse de Bavière, petit -fils du Roy
Loüis X IV. dit Je
Grand,Roy deFrance&
de Navarre. Cette mort
du Roy CharlesII. a
donné la guerre à toute
l'Europe, à cause, des
prétentions &interêts
detous les Princes: mais
Philippe V. ne laisse pas
d'être reconnu de plusieurs Potentats pour
Roy d'Espagne, & Souverain des Pays-bas; Se
en cette qualitéest le
dixième grand Maître
de l'Ordre de laToison
d'Orainsides10. grands
Maîtres&Chefsdecet
ordre il yen a
deux Ducs
de Bourgogne,dont le
premier étoit l'instituteur, un Empereur &
-
septRoys d'Espagnede
fuite.
La splendeur & la
pureté de cet Ordre par
sa noblesse,&c parl'exactitude que ses grands
Maîtres ont prise à n'y
point recevoir que des
Princes, & des Seigneurs trés-distinguez,
a
été causé que les plus
grands Princes de l'Europe ont tenu à honneur
d'en être ornez: tous les
Empereurs de la Maison
d'Au-
d'Autriche ( depuis leur
alliance avec Marie de
Bourgogne) au nombre
de douze, en ont été re- vêtus; trois Roys de
France, sçavoir François
I. FrançoisII. & Charles IX. l'ont recû. Alfonce V. Roy d'Arragon, Jean II. Roy d'Arragon & de Navarre,
Ferdinand le Catolique
Roy d'Arragon, de Castille & de Leon) &
Ferdinand Roy de Na- -
pies, l'ont eû: troisRoys
d'Angleterre l'ont accepté 5
sçavoir Edouard
IV. Henry VII. &
Henry VIII. Louis Roy
de Hongrie & de Bohême, Emanuel & Jean
III. Rois de Portugal,
Jacques V. Roy d'Ecosse,Chretienne11. Roy
de Danemarck., Sigismond I. SigismondIII.
& Vladislas Sigismond,
Rois de Pologne & de
Suede l'ont aussi eûi ainsi
trente têtes couronnees
des plus grands Princes
de l'Europe, on fait honneur aux Chefs de cet
Ordre de le recevoir de
leurs mains, ou du moins
par leurs Ambassadeurs,
sans compterdes Ducs
de Savoye
,
des Electeurs de Baviere, de Saxe, de Brandebourg, des
grands Ducs de Toscane, & quantitéd'autres
PrincesSouverains de
l'Europe, & les plus
grands Seigneurs tant
de France) des Païs-bas,
d'Espagne
,
d'Allemagne, d'Italie, & de tous
les autres Royaumes:
aussi ceux qui reçoivent
à present cet honneur
doivent le regarder comme un des plus grands
qu'ils puissent recevoir.
Le Colier de cet Ordre est composé de doubles fusils alternez, entre
lesquels est une pierre à
,
fusil étincelante de feu,
lesquels fusils sont attachez par depetitschaînons les uns aux autres,
qui forment un collier
émaillé suivant l'art, au
bas duquel pend par
trois petits-chaînons une
Toison d'Or; ces fusils
font joints ensemble representans comme deux
doublesB9, font lettres
qui signifient Bourgogne, lescailloux qui
sont entre-mêlez marquent les Armes des
anciens Rois de Bourgogne du noble sangde
France(selonFavm )Ces
cailloux qui sont étincelans de feu étoit la devise
du Duc de Bourgogne,
quiavoit pourarme,ante
ferit quàmstammamicet.
Philippe le Bon, Duc
de Bourgogne, institua
son Ordre
en l'honneur
de Dieu, fous la protection de la très -
sainte
Vierge, & choisit pour
Patron saint Aiidxc:il
ordonna qu'aux trois
jours de la solemnité de
sa Feste les Chevaliers
s'habil lerooient de trois
habits differens, le premier jour d'écarlate avec
des orfrais en broderie
d'or, comme le Collier,
pour leur faireconnoître
que le, Ciel ne s'acquiert
que par l'effusion de
sang, & martyre pour
maintenir la foy Catlio,
lique le second jour de
noir pour marquer le
(
deuil des Chevalierstrépassez;&letroisiémejour
de damas blanc, en figne & marque de la
pureré del'ame,que tout
Chevalier doit avoir en
toutes les actions de sa
vie, &dans tous sesdéportemens.
L'Em )
pereur Charles
V.ordonna que les Chevaliers dudit Ordreportassent aux Festessolemnelles & dans la fenuë
deschapitres,la foutanne
de
de toile d'argent, & pardessus le manteau de velours cramoisi rouge, &
le mantelet ou chaperon
de velours violet,&dessus icelui le grand colier
d'or; & aux autres jours
simplement un ruban de
tasetas de foye rouge,avec la Toison d'or,
Plusieurs ont traité de
l'Ordre de la Toison
d'or; & entr'autres André Favin, Avocat au
Parlement de Paris, en
son Theatre d'Honneur
& de Chevalerie, en fait
une ample defeription.
Mais ce qu'ily a
de plus
beau, est un livre imprimé à Bruxelles en 1667.
fait par Jean-Baptiste
, Maurice, Heraut,&Roi
d'Armes de Sa Majesté
Catholique,intitulé, le
Blason des Armoiries de
tous les Chevaliers de
HOrdre de la Toisond'or,
depuis son institution)
dans lequeltes Statuts
de l'Ordre y
font imprimez en soixante-six articles.; après quoi les armes y
font trcs-bien gravées avec leurs ornemens sans supports, seulement le timbre & les
cimiers. Il feroit à souhaiter que l'on fist la continuation qui est à faire
depuis rimprefliôAêc ce
livre.
Toisôn d'O,. L Ordrede laToison
d'Or aété institué
par PhilippeleBon,Duc
de Bourgogne , en la
ville de Bruges en Flandres, le 10.Janvier 1425.
le même jour qu'il épousa Isabeau de Portugal
sa troisiéme femme, il fit
au premier chapitre 24.
Chevaliers
Il y a
plusieurs opinions sur ce qui donna
occasion au Duc Philippe d'insti uer cer Ordre.
La première, que ce fut :
en mémoire du vaillant
Cedtoti,lequ,el avec trois
<
cent hommes combattit
une infinité de Madianites,& délivra le peuple
Israël: La feconde,qu'il
le fit en memoire des
grands revenus qu'il tiroit du trafic & marchandise des laines des
Pays-bas, pleins d'excellens pâturages pour noUrirlebétail à laine.
Il yenaunetroisiéme
qui est une galanterie t'
plusieurs auteurs le racôtcnt ainsi, & difèntque
le Duc Philippe étant
passionément amoureux
& aimé d'une Dame de
Bruges, entra un matin
chez elle, accompagné
de quelques familiers
courtisàs,& qu'ilsvirent
furfatoilete tout un côté
de ses cheveux blonds
dorez qu'elle avoittodus
pour faire des ouvrages
en cheveux, pour marquer sa passion à son Amant mant>;l'autre autrecôté cote dec
cheveux quilui restoit
ayant fait rire ces courtisans, fâchée de cette
rencontre, elle en rougit de colere, & le Duc
l'ayant appaifée par ses
caresses,lui fit ferment
que ceux qui s'étoient
moqué de satoison n'auroient pas l'honneurd'un
Ordrequ'ildefïgnoitdetablir pour l'amourd'elle. Voila les termes qui
font dans Favin&dans
Paliot, du moins si cela
n'a de lavérité, il est cer-
tain que ce Prince eut
quantité demaîtresses,
puisque de ses amours il
a
laissé huit bâtards &
six bâtardes.
Cet Ordre est un des
plus beaux & des plus
illustrer qui soyent en
Europe, il a
toujours
ere rempli par des Seigneurs de très- grande
distinction.LeDuc Philippe le Bon a
donc été
son infiitureur, & le premier Chef,Charles Duc
de Bourgogne son Fils
en a
été le fecond
,
Sç
comme il mourut sans
posterité masculine
,
n'ayanr laisse qu'une fille
unique, Marie Duchesse de Bourgogne, Comtesse de Flandres, &
Dame de tous les Paysbas
,
ayant hérité des
grands biens du Duc son
pere, elle épousa Maximilien, Archiducd'Autriche,RoidesRomai ns,
& depuis Empereur. Ce
mariage lui apporta le
Comtéde Flandre & la
Souveraineté des Paysbas, &le titre de Chef
& Souverain, Grand
Maître de la Toison
d'Or
5
duquel il fut le
troisiéme grand-Maître.
Il celebra sonpremier
chapitre en la ville de
Bruges en 1478. il ne
laissa qu'un fils, Philippe, Archiduc d'Autriche, qui ayantépousé
Jeanne, Reine & heri-
tiere de Castille, de
Leon & d'Arragon, par
ce mariage il devint
Roy d'Espagne, & étoit
Comte de Flandres, &
Souverain des Pays-bas
par samere, connu fous
le nom de Philippe I.
Roy d'Espagne:la mort
de son pere le rendit le
quatrième Chef, Se
grand-Maître dei'Ordre
de la Toison d'Or, &
en tint son premier chapitre en la ville de Ma-
lines en Flandres en
149ïSon fils Charles I. fut
Roy d'Espagne & Souverain des Pays
-
bas
après sa mort; depuis
fut élft Empereur des
Romains cinquième du
nom:ilfutlecinquiéme
Chef, & grand-Maître
de l'Ordre de la Toison
d'Or, comme Souverain
des Pays-bas. Ses successeurs Roys d'Espagne
ont aussi été Souverains
des Pays-bas; &C en cette
qualité ont été tous
grands Maîtres de la
Toison d'Or, & l'ont
conféré aux autres Princes Souverains, &
grands Seigneurs. Charles V. tint son premier
chapitre de l'Ordre en la
ville deBruxellesen1516.
& en augmenta le nombre jusques àcinquante,
n'ayant d'abord étéque
vingt-quatre lorsdel'institution par le Duc de
Bourgogne Philippe le
Bon. Charles V. ayantfait l'abdication de ses
Etatsà son fils Philippe
II. tint son premier chapitre de l'Ordre de la
Toison d'Or, comme
sixiéme Chef &
grand Maître, en la ville
d'Anvers en 1554. Philippe III. son fils lui ayant
succedé en tous sesEtats
fut le septiéme grand
Maîtrede l'Ordre, puis
étant mort en 1632. son
fils Philippe IV. comme
son successèur, fut
le huitième grand Maître:à samortil laissaà
son fils CharlesII. la
Couronne d'Espagne
,
la Souverainetédes
Pays-bas, & la grande
Maîtrisede l'Ordre, duquel il fut le neuviéme
grand Maître: mais ce
Prince, étant d'une fanté
trés-faible, mourut sans
posterité le I. Novembre 1700. laissant pour
son successeur par son
testament Philippe de
France, Duc d'Anjou,
second fils de Louis
Dauphin de France, &
de Marie- Anne Victoire,Duchesse de Bavière, petit -fils du Roy
Loüis X IV. dit Je
Grand,Roy deFrance&
de Navarre. Cette mort
du Roy CharlesII. a
donné la guerre à toute
l'Europe, à cause, des
prétentions &interêts
detous les Princes: mais
Philippe V. ne laisse pas
d'être reconnu de plusieurs Potentats pour
Roy d'Espagne, & Souverain des Pays-bas; Se
en cette qualitéest le
dixième grand Maître
de l'Ordre de laToison
d'Orainsides10. grands
Maîtres&Chefsdecet
ordre il yen a
deux Ducs
de Bourgogne,dont le
premier étoit l'instituteur, un Empereur &
-
septRoys d'Espagnede
fuite.
La splendeur & la
pureté de cet Ordre par
sa noblesse,&c parl'exactitude que ses grands
Maîtres ont prise à n'y
point recevoir que des
Princes, & des Seigneurs trés-distinguez,
a
été causé que les plus
grands Princes de l'Europe ont tenu à honneur
d'en être ornez: tous les
Empereurs de la Maison
d'Au-
d'Autriche ( depuis leur
alliance avec Marie de
Bourgogne) au nombre
de douze, en ont été re- vêtus; trois Roys de
France, sçavoir François
I. FrançoisII. & Charles IX. l'ont recû. Alfonce V. Roy d'Arragon, Jean II. Roy d'Arragon & de Navarre,
Ferdinand le Catolique
Roy d'Arragon, de Castille & de Leon) &
Ferdinand Roy de Na- -
pies, l'ont eû: troisRoys
d'Angleterre l'ont accepté 5
sçavoir Edouard
IV. Henry VII. &
Henry VIII. Louis Roy
de Hongrie & de Bohême, Emanuel & Jean
III. Rois de Portugal,
Jacques V. Roy d'Ecosse,Chretienne11. Roy
de Danemarck., Sigismond I. SigismondIII.
& Vladislas Sigismond,
Rois de Pologne & de
Suede l'ont aussi eûi ainsi
trente têtes couronnees
des plus grands Princes
de l'Europe, on fait honneur aux Chefs de cet
Ordre de le recevoir de
leurs mains, ou du moins
par leurs Ambassadeurs,
sans compterdes Ducs
de Savoye
,
des Electeurs de Baviere, de Saxe, de Brandebourg, des
grands Ducs de Toscane, & quantitéd'autres
PrincesSouverains de
l'Europe, & les plus
grands Seigneurs tant
de France) des Païs-bas,
d'Espagne
,
d'Allemagne, d'Italie, & de tous
les autres Royaumes:
aussi ceux qui reçoivent
à present cet honneur
doivent le regarder comme un des plus grands
qu'ils puissent recevoir.
Le Colier de cet Ordre est composé de doubles fusils alternez, entre
lesquels est une pierre à
,
fusil étincelante de feu,
lesquels fusils sont attachez par depetitschaînons les uns aux autres,
qui forment un collier
émaillé suivant l'art, au
bas duquel pend par
trois petits-chaînons une
Toison d'Or; ces fusils
font joints ensemble representans comme deux
doublesB9, font lettres
qui signifient Bourgogne, lescailloux qui
sont entre-mêlez marquent les Armes des
anciens Rois de Bourgogne du noble sangde
France(selonFavm )Ces
cailloux qui sont étincelans de feu étoit la devise
du Duc de Bourgogne,
quiavoit pourarme,ante
ferit quàmstammamicet.
Philippe le Bon, Duc
de Bourgogne, institua
son Ordre
en l'honneur
de Dieu, fous la protection de la très -
sainte
Vierge, & choisit pour
Patron saint Aiidxc:il
ordonna qu'aux trois
jours de la solemnité de
sa Feste les Chevaliers
s'habil lerooient de trois
habits differens, le premier jour d'écarlate avec
des orfrais en broderie
d'or, comme le Collier,
pour leur faireconnoître
que le, Ciel ne s'acquiert
que par l'effusion de
sang, & martyre pour
maintenir la foy Catlio,
lique le second jour de
noir pour marquer le
(
deuil des Chevalierstrépassez;&letroisiémejour
de damas blanc, en figne & marque de la
pureré del'ame,que tout
Chevalier doit avoir en
toutes les actions de sa
vie, &dans tous sesdéportemens.
L'Em )
pereur Charles
V.ordonna que les Chevaliers dudit Ordreportassent aux Festessolemnelles & dans la fenuë
deschapitres,la foutanne
de
de toile d'argent, & pardessus le manteau de velours cramoisi rouge, &
le mantelet ou chaperon
de velours violet,&dessus icelui le grand colier
d'or; & aux autres jours
simplement un ruban de
tasetas de foye rouge,avec la Toison d'or,
Plusieurs ont traité de
l'Ordre de la Toison
d'or; & entr'autres André Favin, Avocat au
Parlement de Paris, en
son Theatre d'Honneur
& de Chevalerie, en fait
une ample defeription.
Mais ce qu'ily a
de plus
beau, est un livre imprimé à Bruxelles en 1667.
fait par Jean-Baptiste
, Maurice, Heraut,&Roi
d'Armes de Sa Majesté
Catholique,intitulé, le
Blason des Armoiries de
tous les Chevaliers de
HOrdre de la Toisond'or,
depuis son institution)
dans lequeltes Statuts
de l'Ordre y
font imprimez en soixante-six articles.; après quoi les armes y
font trcs-bien gravées avec leurs ornemens sans supports, seulement le timbre & les
cimiers. Il feroit à souhaiter que l'on fist la continuation qui est à faire
depuis rimprefliôAêc ce
livre.
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Résumé : Discours sur l'Ordre de la Toison d'Or.
L'Ordre de la Toison d'Or a été fondé par Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, à Bruges en Flandres, le 10 janvier 1425, jour de son mariage avec Isabeau de Portugal. Le premier chapitre comptait 24 chevaliers. Plusieurs raisons expliquent sa création, notamment en mémoire de Judas Maccabée, en souvenir des revenus du trafic des laines des Pays-Bas, ou à la suite d'un incident galant impliquant Philippe le Bon. Cet ordre est l'un des plus prestigieux d'Europe, composé de seigneurs de grande distinction. Philippe le Bon en fut le premier grand-maître, suivi par son fils Charles, Duc de Bourgogne. Après la mort de Charles sans héritier mâle, sa fille Marie, Duchesse de Bourgogne, épousa Maximilien d'Autriche, qui devint le troisième grand-maître. Leur fils Philippe, connu sous le nom de Philippe I, Roi d'Espagne, fut le quatrième grand-maître. Les successeurs de Philippe I, tous Rois d'Espagne et Souverains des Pays-Bas, continuèrent à diriger l'Ordre. Charles Quint, cinquième grand-maître, augmenta le nombre de chevaliers à cinquante. Philippe V, Roi d'Espagne, fut le dixième grand-maître. La splendeur et la pureté de cet ordre sont dues à la noblesse de ses membres et à l'exactitude des grands-maîtres à n'y admettre que des princes et des seigneurs distingués. Le collier de l'Ordre est composé de doubles fusils alternés avec des pierres étincelantes, symbolisant les armes des anciens Rois de Bourgogne. Philippe le Bon institua l'Ordre en l'honneur de Dieu, sous la protection de la Vierge, et choisit saint André comme patron. L'Ordre possède des statuts détaillés et des armoiries gravées, décrites dans un livre imprimé à Bruxelles en 1667.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 263-264
NOUVEAU JEU du Porte-Enseigne.
Début :
Où sont les principales Nations de l'Europe, avec les Armoiries [...]
Mots clefs :
Jeu, Porte-enseigne, Europe, Carte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU JEU du Porte-Enseigne.
duPorteEnseigne.
Oùsont fa»pcTpopafet
Nacibm, derËurope, 4V©i
les Armoiries, la Carte, &
la Capitale de chaque
Nation.
Une description des
principaux Etats, du Blason & de la Religion des
Peuples. Dressé& gravé par
Liebaux, Geografe.
4. Ce Jeu s'apprend facilement;sçaVoir, la Geografie,
le Blason, &laReligion des
Peuples,& ce, plus en huit
jours que les plus habiles
Maîtres ne peuvent faire en
six mois. Il demeure à Paris
ruë S. Jacques, à la Colombe Royale, prés S. Yves
Oùsont fa»pcTpopafet
Nacibm, derËurope, 4V©i
les Armoiries, la Carte, &
la Capitale de chaque
Nation.
Une description des
principaux Etats, du Blason & de la Religion des
Peuples. Dressé& gravé par
Liebaux, Geografe.
4. Ce Jeu s'apprend facilement;sçaVoir, la Geografie,
le Blason, &laReligion des
Peuples,& ce, plus en huit
jours que les plus habiles
Maîtres ne peuvent faire en
six mois. Il demeure à Paris
ruë S. Jacques, à la Colombe Royale, prés S. Yves
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15
p. 25-70
LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
Début :
Vous croyez, Monsieur, que tous les soûpirs sont reservez pour [...]
Mots clefs :
Soupirs, Europe, France, Couronne, Empereur, Guerre, Paix, Monarchie, Puissances, Autriche, Hollande, Espagne, États du Royaume, Renonciations, Alliance, Projet, Intérêts, Testament, Tranquilité, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
LETTREA M.
-
le Marquis de***
Sur un Livre intitulé, Les
Soûpirs de l'Europe.
VOus croyez,Monsieur,
que tous les soûpirs sont
reservez pour l'amour, &
qu'il n'y a que le beau sexe
qui ait droit d'en exiger.
Je vous envoye un livre
nouveau qui vous apprendra que l'Europe loûfirc
aprésd'autres objets. Cest
a vous, Monsieur, à juger
si l'auteur est bien fondé à
faire joüer le personnage
d'Heraclite à la plus belle
partie du monde: mais prenez garde de rire dans le
temps que les autres sont
affligez; ce seroit un manque de charité de ne se pas
conformer au precepte de
saint Paul, qui veut qu'on
pleure avec ceux qui pleurent.
L'objet qui excite les [où.
pirs de l'Europe, est la Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement
sur le projet d'une paix génerale. Vous ferez surpris,
Monsieur, qu'on fasse soûpirer l'Europe à rafpeél:
d'un projet de paix, dans
le temps que tous les peuples concourent par leurs
vœux à obtenir du Ciel ce
qui fait le bonheur de la
terre.
La Reine de la Grande
Bretagne, plus sensible aux
vrais malheurs de l'Europe
qu'à ses pretendus soûpirs,
ayant enfin ouvert les yeux
sur les motifs qui ont, mis
la Chrétienté en combus-
tion, a reconnu que les desfeins ambitieux de deux
Puissances ont produit cet
embrasèmenr, ceux de la
Maison d'Autriche d'un côté
y
& ceux des Etats Generaux des Provinces Unies
de l'autre.
L'habileté de ces deux
Puissances avoir trouvé le
fecrer d'armer pour leur
querelle une partie desPrinces de l'Europe, pour combattre le chimérique projet de la Monarchie universelle dont elles accufoienr
la France,pendanr que dans
leurs trairez publics & secrets elles ne pensoient
qu'à leur agrandissement
particulier
,
aux dépens du
bien des autres Princes qui
s'étoientliguez avec elles.
Bien des années s'étoient
écoulées, sans que le voile
qui cachoit cet artifice eût
été tiré. Deux grands Capitaines en tenoient les
deux bouts, & empêchoient
par leurs soins que la PuiC
sance qui fournissoit leplus
à l'entretien de la guerre,
& qui y
prositoit le moins,
ne pût découvrir le myC.
tere de l'Empereur & des
Hollandois.
Ce n'est pas une chose
nouvelle de voir la Maison
d'Autriche attentive à son
agrandissement
:
mais c'en
est une de voir les principaux membres de l'Empire
travailler à leur propre deftruction.
Les Hollandois n'ont pas
moins manifesté leur ambition, quoy qu'ils l'ayent
conduite d'une maniere
plus couverte. Personne n'ignore que depuis l'établissement de leur Souverai-
netéparles secours des Rois
de France Henry IV. Louis
XIII. & LouisXIV.il n'y a
pas de partie dans le monde
où ils ne soient parvenus à
fonder leur domination,
fous pretexte de leur commerce
,
& même aux dépens de ceux qui sont aujourd'hui leurs plus grands
amis ôc leurs plus chers alliez.
e Pendant que l'Espagne a
été comme en brassiere sous
le regne de Charles II. les
Hollandois ont profité d-e
cet état d'impuissance pour
augmenter leur barriere-,
& tirer avantage du négoce des Indes Occidentales. Depuis ce temps-là il
ne paroît aucun traité, soit
de commerce, foit de guerre, danslequel les Etats Géneraux n'ayent glisse des
clauses nouvelles à leur
avantage ;
& c'estsapolitique dangereuse qui vient
d'êtredémarquée, c'est ce
manege qui vient d'engager la Reine d'Angleterre
& le nouveau Ministere a
ouvrir les yeux sur les véritables intérêts de leur na-
tion, en écoutant avec plus
de sagesse que ceux qui
gouvernent la Hollande,
les proportions du Roy de
France, quoique beaucoup
inférieures à celles que ce
Prince avoit fait presenter
à la Haye en 1709. &à Gertruidemberg en 1710.
Le systême de la grande
alliance n'a étéque d'en,
gager la Maison d'Autriche dans de si grandes entreprises, afin qu'après la
paix demeurant Titulaire
des Pays-Bas, & ne se trouvant pas en état de rem-
bourser les avances de la
Hollande,ilsalûtlaisser à
cette République, par engagemenr, les meilleures
places de ces Provinces qui
auroient eu le même fort
que la ville de Mastricht
& qui jointes à la barriere,
qu'on pretendoit de la France
,
auroit rendu dans la
fuite lesHollandoisSouverains des dix-sept Provinces. Ajoutez à cela que si
l'Empereur etoit devenu
maître de l'Espagne & des
Indes, ce Prince n'étant pas
en etat de faire le com-
merce de la mer, il auroit
étécontraint de s'enrapporter à eux, & par ce
moyen ils auroient éloigné
toute autre nation du com.
merce de l'Amerique.
Voila, Monsieur, la découverte que laReine d'Angleterre & son nouveau Ministere ont faite, qui devient pour les Hollandois
un veritable sujet de soûpirer.
L'Auteur du livre des
soûpirs de l'Europe auroit
parlé plus juste s'il avoit intitulé son ouvrage, les soû-
pirs de la Hollande, en
comparant les négociations d'Utrecht avec celles
de la Haye & deGertruidemberg
,
& en reflechissant sur les suites sacheuses
de la victoire de IJenain)
la prise de Marchiennes,
magasin de toute leur campagne, de la levée du siege
de Landreci, de la conquête de Douay
,
de celle
du Quesnoy, du renversement de toutes leurs grandes esperances, ôc de n'être pas en sûreté au milieu
de leur domination; eux qui
deux mois auparavant se
vantoient de mettre Paris
fous contribution, & de
faire hyverner leurs troupes au milieu de la France.
Le livre auquel jerépons
n'a pour fondement que la
renonciation de MarieTherese d'Autriche à la
Couronne d'Espagne. C'est
une piece produite au procés après l'arrêt rendu.
L'affaireestdecidée, Philippe V. restera sur le Trône d'Espagne, l'Angleterre
le reconnoît.
Tous ceux qui liront la
Harangue de la Reine à
son Parlement sans prévention, feront surpris du
mauvais sens que les alliez
donnent à cette déclaration
:
mais ils le feront encore davantage des efforts
que fait l'Auteur des Soûpirs, pour persuader au Public que les alliez n'ont jamais eu la moindre connoissance des projets de la
Reine touchant la paix generale.
Cet auteur a
oublié que
le livre de la conduite des
alliez a
désavoue son dis-
cours, puisque depuis un
an ils n'ont pas cessé de faire
agir leurs émissaires en Angleterre.
Si après toutes ces tentatives instructueuses on
veut faire semblant d'ignorer un fait rendu public
par des communications (ï
solemnelles, on veut prendre le monde pour dupe; il
est permis de ne les pas approuver: maisil est honceux de soûtenir qu'on ne
l'a pas sçû.
Dans les principes de
l'Empereur & des Etats Ge-
neraux le droit sur les Couronnes ne doit plus être réglé ni sur la proximité du
sang, ni sur lestitres les plus
autentiques, mais seulement sur ce qui peut convenir à l'intérêt de la Cour
de Vienne & des Hollandois:il leur suffira de craindre ragrandissement d'une
Puissance, pour armer toute
l'Europe contre un Prince
que la nature declare, &
que la Providence établit
héritier de ses ancêtres.
Dans une justice reglée
où l'équité decide, & non
la
la violence, il seroit aisé de
faire connoître que les Couronnes d'Espagne appartiennent légitimement à
Philippe V. & dans un pays
sensé où la raison gouverne, & non la passion, il ieroit aisé de démontrer qu'-
on ne peur les lui arracher.
La premiere se prouve,
parce que ses droits sont
fondez sur la nature, sur la
loy du pays, sur la coûtume
,
& sur le testament de
Charles II. confirmé par le
suffrage de tous les Etats
de la Monarchie, à qui,
selon l'auteur des Soûpirs,
il appartient de confirmer,
ou d'infirmer toutes disposrtions faites par les Rois
d'Espagne.L'Empereurn'opose à de si justes titres que
Ia- renonciation de MarieTherese d'Autriche,filleaînée de Philippe IV. maisil
y a
long-temps qu'on afait
toucher au doigt la nullité
de cet acte, & il suffit de
renvoyer aux livres imprimez celui qui voudra sçavoir & approfondir cette
matiere.Pourmoy, qui n'en
veux dire qu'un mot, mais
unmot peremptoire, je me
,
contenterai des mêmes argumens que l'auteur des
Soupirsemployepour prouver que si la renonciation
de MarieTheresed'Autriche est bonne, le testament deCharles II.estbon,
& que si le testament est
nul, la renonciation est encore plus nulle; par consequent ledroit naturel, le
droit du fang étant du côté
de Philippe V.la Couronne
d'Espagne lui appartient incontestablement
-,
donc la
guerre qu'on lui faitest injuste. - Dij
Car si par les remarques
de l'auteur des Soûpirs, p.
1 26. les Rois d'Espagne ne
possedant point le Royaume ex domino, ne peuvent
ni vendre, ni donner, ni
aliener leurs peuples comme un troupeau de moutons, par une même consequence les Rois d'Espagne peuvent encore moins
obliger leurs enfans à vendre, a
ceder,&àfaire quelque alienation que ce soit
des droits naturels qu'ils
ont sur la Couronne.
L'auteur rapporte plu-
sieurs exemples qui prouvent que tous actes qui
n', ., 1 ont point été approuvez
par les Etats du Royaume
n'ont jamais eu leur effet.
L'Empereur ne peut disconvenir ( & toute l'Europe
en est témoin) que le sesia..
ment de Charles II. n'ait
été approuve par tous les
Etats du Royaume d'Espagne,puisque d'abord après
la mort de Charles II. il y
eut une deputation solemnelle enFrance, pour prier
le Roy d'accorderà FEfpagne le Ducd'Anjou, fuu
vant la derniere volonté de
Charles II.
L'Empereur doit avouer
encore qu'avec toutes les
forces des alliez, & toutes
les profperitez imaginables,
il n'a jamais pu se faire reconnoîtreRoyparces peuples, quoyqu'il ait été deux
fois maître de Madrid.
Je voudrois donc bien
que l'auteur des Soûpirs
nous dît quel titre il fautavoir pour être legitimement Roy d'Espagne. Est-,
ce la loy du pays ?
elleest.
pour nous. Est-cel'usage ?
ilest pour nous. Est-ce un
testament ? nous l'avons.
Est-ce l'acclamation des
peuples? certainement nul
autreque Philippe V. ne
s'en peut vanter; elle a
été
universelle a son avenement, elle a
duré trois ans
entiers sans aucune contradiction. Cen'est qu'à force
d'intrigues qu'on lui a
débauché dans la fuite quelques sujets, convaincus par
là derébellion manifeste,
puis qu'ils ont violé leurs
premiers sermens.
Mais pourquoy l'auteur,
dans sa vaste érudition, ôc
dans le reüeil des pieces
qu'il rapporte
,
ne dit-il pas
un seul mot des testamens
fameux de Charles-Quint
& de Philippe second ? C'est
qu'ils l'égorgent, & qu'il
n'est pas payé pour alleguer
la vérité contre l'intention
de ceux qui le font écrire.
Or ces deux testamens renferment une substitution
graduelle lX. perpétuelle de
la Couronne d'Espagne, en
preferant les mâles aux
femelles, & au défaut des
mâles, les fillesaînées aux
cadet-
cadettes dans toute leur
posterité. Je dis donc: Ou
la successiond'Espagne doit
être reglée par les dispositions des Rois, ou elle ne
peut l'être que par le droit
du sang;enunmot oucette
Couronne elt alienable, ou
elle ne l'est pas: si elle effc
alienable, lasubstitution étant faite par les anciens
Rois de la Maison d'Autriche, leurs descendans n'ont
pû la changer; par consequent ni testamens posterieurs, ni renonciations, ni
autres dispositions quelcon-
ques ne peuvenc la détruire.
L'aureur est tropgrandJurisconsulte pour ignorer les
premiers élemens du Droit.
Si laCouronne n'estpasalienable, les testamens de
Charles-Quint & de Philippe II. ajoutez.y, si vous
voulez, celui deCharles Il
etoient inutiles, puis qu'ils
ne disent que ce que la loy
disoit avant eux: mais les
rciramens de Philippe III.
&de Philippe IV. contraires à la loy, sont nuls de
plein droit, & les renonciations d'Anne & deMarie.
Therese, contraires à la
loy,sont nulles de plein,
droit auili"; par consequent
les testamens des trois Monarques, par lesquels Philippe V. est appellé, ne sont
bons& respectables qu'autantqu'ils sont conformes
à laloyfondamentale de
TEcac: d'oùil s'enfuit que
-il Philippe IV. & MarieTherese safille avoient eu
la moindre autorité pour
exclure quelqu'un de leurs
descendans
,
contre toute
forte de justice, Charles II.
n'enavoit pas moins pour
les rétablir dansl'ordre de
la justicemême. Si le pere
a
ptt faire un mal
,
le fils à
plus forte raison a
pu le reparer;& voila precisément
en quoy la disposition de
Charles11. a
été legitime,
c'cft qu'elle a
remis les cho-
* ses dans leur état naturel;
c'est qu'elle a marqué en
quoy les renonciations étoient valables, je veux dire
dans le point d'incompatibilité de deux Couronnes:
& en quoy elles ne l'étoient
pas, je veux dire dans l'ex..
clusion du scul & veritable
,
héritier.
Ainsi Philippe V. ne vient
pas à la Couronne du droit
de la grandmere, ni du
droit de son bisayeul maternel
,
mais du sien propre. Il ne les represente
point pour être tenu de leurs
faits
;
il vient comme ap,
pellé par les loix,par le sang,
par la nature. CharlesII.
ne l'a pas proprement institué
;
il n'a fait que le désigner encre les vrais successeurs, parce que les autres
étoient destinez à porter la
Couronne de France, &c
qu'il convenoitpour le bien
des deux Royaumes, qu'ils
cussent deux Rois separez.
Voila ce qui s'appelle des
raisons ausquelles je défie
l'auteur en question de répondre autrement que par
des soûpirs: mais ce qu'il y
a
de plus curieux dans foii»
livre,c'est qu'après être
convenu des principes, il;
nie toutesles conséquences.
Les dispositions personnelles, selon lui, sont des chansons:mais les renonciations.
font des loix fondamental
les, comme si les renonciationsnetoient pas des dis-
goûtions personnelles.
Je voudrois bien lui de^
mander si les Cortes en 1618.
avoient plus d'autorité pour
renverserles anciennes, que
les Cortes en 1709. en avoient pour s'y conformer.
Les premieres ont exclules
enfans d'Anne, les fecondes ontjuré que Philippe V.
&[on filsétaient les veritables Rois. Si les premieres
ont pû faire une loy ,les lecondes en ont pu faire une
aussi. Quelle différence y
at-il donc entrç les deux?
C'estque la loy pretendue
de 1618. etoitcontradictoire
aux loix irrevocables de la
Monarchie, & que celles
de 1709. n'en croient que le
renouvellement & l'application. Remarquez en paffane) je vous prie
,
avec
quelle affectation les PrincesAurtrichiensont prissoin
de faire toujours renoncer
les Princesses qui pouvoient
porter ailleurs des droitssur
l'EÍpagne) Anne, MarieTherese
,
l'Archiduchesse
Electrice de Baviere; & jamais celles qui pouvoient la
porter dansla branche d'Al..
lemagne. Ne voit-on pas
que c'étoit uniquement
pourfixer ce patrimoine
chez eux,3malgréOles regles
qu'ilsleur avoient données,
la reconnoissant feminine
pour leur Maison
,
&masculine pourle reste du monde. C'étoir faire violence à
la nature ôc forcer la Providence
;
aussi, comme
vous voyez, la Providence
s'en est moquée, & la nature a
repris le dessus. Rien
n'est donc plus solidement
établi que le droit de Philippe V. & rien de plus mal
fondé que la prétention de
l'Empereur. Ilme reste à
prouver que laplus folle de
toutesles chimeresferoit de
s'obstiner au détrônement
de ce Roy,
Que n'a-t- on point fait
pour en venir à bout?combien de fang répandu?combien de trésors dissipezpour.
arriver à
ce but tant desiré,
par toutes les Puissances liguées?Esperet-on de plus
grandssuccés que ceux qui
nont servià rien? Tant que lesEspagnols feront fideles,
on gagneroit vingt batailles!.
de Sarragosse, on prendroit
vingt fois Madrid
,
qu'il
faudroir se retirer & s'enfuir.
Les alliez ont été sur
l'Espagne, comme les Chymisses sur la pierre philo-,
sophale;ilsonttoûjourscrû
la tenir, elle leur a
toûjours
échapé;la premiere matiere leur manquoit, c'est;
le cœur des peuples.
Mais, me dira l'auteur
des Soûpirs, vous accusez
donc laReine de s'être flatée mal à propos, lors qu'-
ellea déclarétantdefois
à son Parlement qu'il faloit
continuer la guerre jusqu'à
ce qu'on eût mis laMaison
d'Autriche en possession del'Espagne & des Indes?
Je répons à cela qn'il faut
distinguer.
1. Pendant que
l'Empereur Joseph étoit encore plein de vie, on pouvoirregarder les deux branches de cette Maison comme separées,de la même
façon qu'on regardeaujourd'hui celle de Bourbon: mais depuis sa mort,
sansensans mâles, tout eflr
sur unemême tête; & quoy
qu'en dise l'auteur avec ses
calculs frivoles, tant de
puissance entre les mains
d'un seul Prince, pour le
moins aussi fier & aussi ambitieux qu'aucun de ses predecesseurs, seroit enorme.
La Reine a
donc grande
raiion de penser differemment depuis le mois d'Avril 1711.2. L'experienceapprend quelque chose en ce
monde.Pouvoit-on deviner d'abord que Philippe
V. se feroit tellement aimer
de ses sujets, qu'il trouve,
roit toujours en eux des
ressources contre les plus
grands revers de la fortune,& que son rival neseroit
jamais moins maîtrede l'Espagne que lors qu'il en occuperoit la Capitale? Ce
sont des évenemens si merveilleux, qu'il faut les avoir
éprouvez pour les croirez
mais les éprouver deux fois,
sans les croire,c'est un aveuglement.
Nous n'avons plus qu'une choie à examiner,si l'Europe doit plutôt soûpirer
d'une paix
faite
sur le plan
de la Reine, que d'une
guerre éternelle faite sur le
,plan des Imperiaux & des
Hollandois.
Passons le lieu commun, f
qui dit qu'une
mauvaise paix vaut mieux
quunebonne guerre::
mais voyons un moment
avec l'auteur si la paix
qu'on veut faire n'estpas
meilleure que la guerre
qu'on veut continuer.
Mais si elle est mauvaise,
les hautsalliez ont eu
grand tort quand ilsont
fait en 1701. leur traitéde
la grande alliance
; car ils
ont par ce projet de pai:c
tour ce qu'ils souhaitoient
alors, & tout ce qu'ils se
sont propoiez de plus avantageux en prenant les armes. C'est proprement dans
retraite que la Reine de la
Grande Brctagne a
puisé les
articles de la satisfaction.
commune. Si l'Empereur &
les Hollandois n'ont pas eu
foin de leurs intérêts dans
un temps où rien ne les empêchoit de stipuler tout ce
qu'ils voutoient,c'est à
eux
seuls qu'ils doivent s'en
prendre: mais, dit l'auteur,
ils
ont eu depuis bien plus d'apperit,& ils pleureront si, on
ne les contente pas; ils se
sont flatez d'enlever une
Couronne, & de partager
l'autre. Ici je veux lui faire
une derniere question,& le
prier avec tous les écrivains
de libelles contre la France, de vouloir bien me définir,une fois pour tout,
sur quel pied on doit regarder cette Couronne. Ils
entreprennent ordinairement d'établir deux choses
contr'elle. La premiere;
qu'il fautabsolument dé-
truire sa puissance; !a~-
conde, qu'on lepeut facilement. Ces deux suppositions leur paroissent necessaires pour exciteren même temps la haine &,ree..
perancer: mais malheureusement ils tombent dans
une contradiction puerile;
car pour prouver l'une, ils
disent que la France a
des
forces redoutables, des tréfors infinis, & que si l'on n'y
prend garde, elle va tout
engloutir. Pour prouver
l'autre,ils disent que la
France cft aux abois, qu",.,
elle n'a plus qu'un souffle de
vie ,& qu'il ne faut qu'un
coup de collier pour la mettre à bas. Celane s'accorde
point, & il est aisé de leur
répondre.Sielleestsifoible,
pourquoy la craignez-vous
tant? si elleest si forte, comment l'abattrez-vous? Les
sages, qui n'aiment pas l'exaggeration, se contentent
de dire là dessus une chose
qui est vraye; c'est que la
France estassezpuissante
pour resister aux plus
grands effortsde ses ennemis, & qu'elle nel'est pas
assez pour attenter à la Ii.
berté de tout le monde. Si
elle a
songé às'étendre il y
a quarante ou cinquante
ans, c'est que Paris étoit un
peu trop prés de sa frontiere. Le PrinceEugene en
conviendra, puis qu'enassiegeant Landrecy
,
il promettoit à son armée de U
faire hyverner dansl'Isle de
France, & que le Major ge-:-
neral Grovestein avoir déja
marqué les logis. Ce n'est
donc pas avoir une ambition demesurée
,
que de
vouloir couvrir son Royau-
me par le côté qui le serre
le plus: mais c'en est une
que de vouloir posseder en
même temps l'Allemagne,
les Pays-Bas', la Hongrie,
la Boheme, l'Italie, l'Espagne, & les Indes.
Concluons donc, qu'une
guerre qui ne serviroit, en
reüssissant, qu'à doubler le
Domaine des Hollandois,
& qu'à quadrupler celui de
l'Empereur
,
& qui pourroir, en ne reüssissant pas,
donner à la France plus d'Etats qu'elle n'en veut ellemême, est une guerre qu'il
cft temps de finir;qu'au;
contraire une paix qui laisse
les deux grandes Maisons
dans un juste équilibre, &
qui rend àl'Europeaffligée
par tant de. malheurs une
tranquilité parfaire, -
ne peut
faire soûpirer que les perturbateurs durepos public.:
ôcles ennemis du genre hu*
main. Je suis, &c.
De Valenciennes le 8.
d'Oflobrc i711
-
le Marquis de***
Sur un Livre intitulé, Les
Soûpirs de l'Europe.
VOus croyez,Monsieur,
que tous les soûpirs sont
reservez pour l'amour, &
qu'il n'y a que le beau sexe
qui ait droit d'en exiger.
Je vous envoye un livre
nouveau qui vous apprendra que l'Europe loûfirc
aprésd'autres objets. Cest
a vous, Monsieur, à juger
si l'auteur est bien fondé à
faire joüer le personnage
d'Heraclite à la plus belle
partie du monde: mais prenez garde de rire dans le
temps que les autres sont
affligez; ce seroit un manque de charité de ne se pas
conformer au precepte de
saint Paul, qui veut qu'on
pleure avec ceux qui pleurent.
L'objet qui excite les [où.
pirs de l'Europe, est la Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement
sur le projet d'une paix génerale. Vous ferez surpris,
Monsieur, qu'on fasse soûpirer l'Europe à rafpeél:
d'un projet de paix, dans
le temps que tous les peuples concourent par leurs
vœux à obtenir du Ciel ce
qui fait le bonheur de la
terre.
La Reine de la Grande
Bretagne, plus sensible aux
vrais malheurs de l'Europe
qu'à ses pretendus soûpirs,
ayant enfin ouvert les yeux
sur les motifs qui ont, mis
la Chrétienté en combus-
tion, a reconnu que les desfeins ambitieux de deux
Puissances ont produit cet
embrasèmenr, ceux de la
Maison d'Autriche d'un côté
y
& ceux des Etats Generaux des Provinces Unies
de l'autre.
L'habileté de ces deux
Puissances avoir trouvé le
fecrer d'armer pour leur
querelle une partie desPrinces de l'Europe, pour combattre le chimérique projet de la Monarchie universelle dont elles accufoienr
la France,pendanr que dans
leurs trairez publics & secrets elles ne pensoient
qu'à leur agrandissement
particulier
,
aux dépens du
bien des autres Princes qui
s'étoientliguez avec elles.
Bien des années s'étoient
écoulées, sans que le voile
qui cachoit cet artifice eût
été tiré. Deux grands Capitaines en tenoient les
deux bouts, & empêchoient
par leurs soins que la PuiC
sance qui fournissoit leplus
à l'entretien de la guerre,
& qui y
prositoit le moins,
ne pût découvrir le myC.
tere de l'Empereur & des
Hollandois.
Ce n'est pas une chose
nouvelle de voir la Maison
d'Autriche attentive à son
agrandissement
:
mais c'en
est une de voir les principaux membres de l'Empire
travailler à leur propre deftruction.
Les Hollandois n'ont pas
moins manifesté leur ambition, quoy qu'ils l'ayent
conduite d'une maniere
plus couverte. Personne n'ignore que depuis l'établissement de leur Souverai-
netéparles secours des Rois
de France Henry IV. Louis
XIII. & LouisXIV.il n'y a
pas de partie dans le monde
où ils ne soient parvenus à
fonder leur domination,
fous pretexte de leur commerce
,
& même aux dépens de ceux qui sont aujourd'hui leurs plus grands
amis ôc leurs plus chers alliez.
e Pendant que l'Espagne a
été comme en brassiere sous
le regne de Charles II. les
Hollandois ont profité d-e
cet état d'impuissance pour
augmenter leur barriere-,
& tirer avantage du négoce des Indes Occidentales. Depuis ce temps-là il
ne paroît aucun traité, soit
de commerce, foit de guerre, danslequel les Etats Géneraux n'ayent glisse des
clauses nouvelles à leur
avantage ;
& c'estsapolitique dangereuse qui vient
d'êtredémarquée, c'est ce
manege qui vient d'engager la Reine d'Angleterre
& le nouveau Ministere a
ouvrir les yeux sur les véritables intérêts de leur na-
tion, en écoutant avec plus
de sagesse que ceux qui
gouvernent la Hollande,
les proportions du Roy de
France, quoique beaucoup
inférieures à celles que ce
Prince avoit fait presenter
à la Haye en 1709. &à Gertruidemberg en 1710.
Le systême de la grande
alliance n'a étéque d'en,
gager la Maison d'Autriche dans de si grandes entreprises, afin qu'après la
paix demeurant Titulaire
des Pays-Bas, & ne se trouvant pas en état de rem-
bourser les avances de la
Hollande,ilsalûtlaisser à
cette République, par engagemenr, les meilleures
places de ces Provinces qui
auroient eu le même fort
que la ville de Mastricht
& qui jointes à la barriere,
qu'on pretendoit de la France
,
auroit rendu dans la
fuite lesHollandoisSouverains des dix-sept Provinces. Ajoutez à cela que si
l'Empereur etoit devenu
maître de l'Espagne & des
Indes, ce Prince n'étant pas
en etat de faire le com-
merce de la mer, il auroit
étécontraint de s'enrapporter à eux, & par ce
moyen ils auroient éloigné
toute autre nation du com.
merce de l'Amerique.
Voila, Monsieur, la découverte que laReine d'Angleterre & son nouveau Ministere ont faite, qui devient pour les Hollandois
un veritable sujet de soûpirer.
L'Auteur du livre des
soûpirs de l'Europe auroit
parlé plus juste s'il avoit intitulé son ouvrage, les soû-
pirs de la Hollande, en
comparant les négociations d'Utrecht avec celles
de la Haye & deGertruidemberg
,
& en reflechissant sur les suites sacheuses
de la victoire de IJenain)
la prise de Marchiennes,
magasin de toute leur campagne, de la levée du siege
de Landreci, de la conquête de Douay
,
de celle
du Quesnoy, du renversement de toutes leurs grandes esperances, ôc de n'être pas en sûreté au milieu
de leur domination; eux qui
deux mois auparavant se
vantoient de mettre Paris
fous contribution, & de
faire hyverner leurs troupes au milieu de la France.
Le livre auquel jerépons
n'a pour fondement que la
renonciation de MarieTherese d'Autriche à la
Couronne d'Espagne. C'est
une piece produite au procés après l'arrêt rendu.
L'affaireestdecidée, Philippe V. restera sur le Trône d'Espagne, l'Angleterre
le reconnoît.
Tous ceux qui liront la
Harangue de la Reine à
son Parlement sans prévention, feront surpris du
mauvais sens que les alliez
donnent à cette déclaration
:
mais ils le feront encore davantage des efforts
que fait l'Auteur des Soûpirs, pour persuader au Public que les alliez n'ont jamais eu la moindre connoissance des projets de la
Reine touchant la paix generale.
Cet auteur a
oublié que
le livre de la conduite des
alliez a
désavoue son dis-
cours, puisque depuis un
an ils n'ont pas cessé de faire
agir leurs émissaires en Angleterre.
Si après toutes ces tentatives instructueuses on
veut faire semblant d'ignorer un fait rendu public
par des communications (ï
solemnelles, on veut prendre le monde pour dupe; il
est permis de ne les pas approuver: maisil est honceux de soûtenir qu'on ne
l'a pas sçû.
Dans les principes de
l'Empereur & des Etats Ge-
neraux le droit sur les Couronnes ne doit plus être réglé ni sur la proximité du
sang, ni sur lestitres les plus
autentiques, mais seulement sur ce qui peut convenir à l'intérêt de la Cour
de Vienne & des Hollandois:il leur suffira de craindre ragrandissement d'une
Puissance, pour armer toute
l'Europe contre un Prince
que la nature declare, &
que la Providence établit
héritier de ses ancêtres.
Dans une justice reglée
où l'équité decide, & non
la
la violence, il seroit aisé de
faire connoître que les Couronnes d'Espagne appartiennent légitimement à
Philippe V. & dans un pays
sensé où la raison gouverne, & non la passion, il ieroit aisé de démontrer qu'-
on ne peur les lui arracher.
La premiere se prouve,
parce que ses droits sont
fondez sur la nature, sur la
loy du pays, sur la coûtume
,
& sur le testament de
Charles II. confirmé par le
suffrage de tous les Etats
de la Monarchie, à qui,
selon l'auteur des Soûpirs,
il appartient de confirmer,
ou d'infirmer toutes disposrtions faites par les Rois
d'Espagne.L'Empereurn'opose à de si justes titres que
Ia- renonciation de MarieTherese d'Autriche,filleaînée de Philippe IV. maisil
y a
long-temps qu'on afait
toucher au doigt la nullité
de cet acte, & il suffit de
renvoyer aux livres imprimez celui qui voudra sçavoir & approfondir cette
matiere.Pourmoy, qui n'en
veux dire qu'un mot, mais
unmot peremptoire, je me
,
contenterai des mêmes argumens que l'auteur des
Soupirsemployepour prouver que si la renonciation
de MarieTheresed'Autriche est bonne, le testament deCharles II.estbon,
& que si le testament est
nul, la renonciation est encore plus nulle; par consequent ledroit naturel, le
droit du fang étant du côté
de Philippe V.la Couronne
d'Espagne lui appartient incontestablement
-,
donc la
guerre qu'on lui faitest injuste. - Dij
Car si par les remarques
de l'auteur des Soûpirs, p.
1 26. les Rois d'Espagne ne
possedant point le Royaume ex domino, ne peuvent
ni vendre, ni donner, ni
aliener leurs peuples comme un troupeau de moutons, par une même consequence les Rois d'Espagne peuvent encore moins
obliger leurs enfans à vendre, a
ceder,&àfaire quelque alienation que ce soit
des droits naturels qu'ils
ont sur la Couronne.
L'auteur rapporte plu-
sieurs exemples qui prouvent que tous actes qui
n', ., 1 ont point été approuvez
par les Etats du Royaume
n'ont jamais eu leur effet.
L'Empereur ne peut disconvenir ( & toute l'Europe
en est témoin) que le sesia..
ment de Charles II. n'ait
été approuve par tous les
Etats du Royaume d'Espagne,puisque d'abord après
la mort de Charles II. il y
eut une deputation solemnelle enFrance, pour prier
le Roy d'accorderà FEfpagne le Ducd'Anjou, fuu
vant la derniere volonté de
Charles II.
L'Empereur doit avouer
encore qu'avec toutes les
forces des alliez, & toutes
les profperitez imaginables,
il n'a jamais pu se faire reconnoîtreRoyparces peuples, quoyqu'il ait été deux
fois maître de Madrid.
Je voudrois donc bien
que l'auteur des Soûpirs
nous dît quel titre il fautavoir pour être legitimement Roy d'Espagne. Est-,
ce la loy du pays ?
elleest.
pour nous. Est-cel'usage ?
ilest pour nous. Est-ce un
testament ? nous l'avons.
Est-ce l'acclamation des
peuples? certainement nul
autreque Philippe V. ne
s'en peut vanter; elle a
été
universelle a son avenement, elle a
duré trois ans
entiers sans aucune contradiction. Cen'est qu'à force
d'intrigues qu'on lui a
débauché dans la fuite quelques sujets, convaincus par
là derébellion manifeste,
puis qu'ils ont violé leurs
premiers sermens.
Mais pourquoy l'auteur,
dans sa vaste érudition, ôc
dans le reüeil des pieces
qu'il rapporte
,
ne dit-il pas
un seul mot des testamens
fameux de Charles-Quint
& de Philippe second ? C'est
qu'ils l'égorgent, & qu'il
n'est pas payé pour alleguer
la vérité contre l'intention
de ceux qui le font écrire.
Or ces deux testamens renferment une substitution
graduelle lX. perpétuelle de
la Couronne d'Espagne, en
preferant les mâles aux
femelles, & au défaut des
mâles, les fillesaînées aux
cadet-
cadettes dans toute leur
posterité. Je dis donc: Ou
la successiond'Espagne doit
être reglée par les dispositions des Rois, ou elle ne
peut l'être que par le droit
du sang;enunmot oucette
Couronne elt alienable, ou
elle ne l'est pas: si elle effc
alienable, lasubstitution étant faite par les anciens
Rois de la Maison d'Autriche, leurs descendans n'ont
pû la changer; par consequent ni testamens posterieurs, ni renonciations, ni
autres dispositions quelcon-
ques ne peuvenc la détruire.
L'aureur est tropgrandJurisconsulte pour ignorer les
premiers élemens du Droit.
Si laCouronne n'estpasalienable, les testamens de
Charles-Quint & de Philippe II. ajoutez.y, si vous
voulez, celui deCharles Il
etoient inutiles, puis qu'ils
ne disent que ce que la loy
disoit avant eux: mais les
rciramens de Philippe III.
&de Philippe IV. contraires à la loy, sont nuls de
plein droit, & les renonciations d'Anne & deMarie.
Therese, contraires à la
loy,sont nulles de plein,
droit auili"; par consequent
les testamens des trois Monarques, par lesquels Philippe V. est appellé, ne sont
bons& respectables qu'autantqu'ils sont conformes
à laloyfondamentale de
TEcac: d'oùil s'enfuit que
-il Philippe IV. & MarieTherese safille avoient eu
la moindre autorité pour
exclure quelqu'un de leurs
descendans
,
contre toute
forte de justice, Charles II.
n'enavoit pas moins pour
les rétablir dansl'ordre de
la justicemême. Si le pere
a
ptt faire un mal
,
le fils à
plus forte raison a
pu le reparer;& voila precisément
en quoy la disposition de
Charles11. a
été legitime,
c'cft qu'elle a
remis les cho-
* ses dans leur état naturel;
c'est qu'elle a marqué en
quoy les renonciations étoient valables, je veux dire
dans le point d'incompatibilité de deux Couronnes:
& en quoy elles ne l'étoient
pas, je veux dire dans l'ex..
clusion du scul & veritable
,
héritier.
Ainsi Philippe V. ne vient
pas à la Couronne du droit
de la grandmere, ni du
droit de son bisayeul maternel
,
mais du sien propre. Il ne les represente
point pour être tenu de leurs
faits
;
il vient comme ap,
pellé par les loix,par le sang,
par la nature. CharlesII.
ne l'a pas proprement institué
;
il n'a fait que le désigner encre les vrais successeurs, parce que les autres
étoient destinez à porter la
Couronne de France, &c
qu'il convenoitpour le bien
des deux Royaumes, qu'ils
cussent deux Rois separez.
Voila ce qui s'appelle des
raisons ausquelles je défie
l'auteur en question de répondre autrement que par
des soûpirs: mais ce qu'il y
a
de plus curieux dans foii»
livre,c'est qu'après être
convenu des principes, il;
nie toutesles conséquences.
Les dispositions personnelles, selon lui, sont des chansons:mais les renonciations.
font des loix fondamental
les, comme si les renonciationsnetoient pas des dis-
goûtions personnelles.
Je voudrois bien lui de^
mander si les Cortes en 1618.
avoient plus d'autorité pour
renverserles anciennes, que
les Cortes en 1709. en avoient pour s'y conformer.
Les premieres ont exclules
enfans d'Anne, les fecondes ontjuré que Philippe V.
&[on filsétaient les veritables Rois. Si les premieres
ont pû faire une loy ,les lecondes en ont pu faire une
aussi. Quelle différence y
at-il donc entrç les deux?
C'estque la loy pretendue
de 1618. etoitcontradictoire
aux loix irrevocables de la
Monarchie, & que celles
de 1709. n'en croient que le
renouvellement & l'application. Remarquez en paffane) je vous prie
,
avec
quelle affectation les PrincesAurtrichiensont prissoin
de faire toujours renoncer
les Princesses qui pouvoient
porter ailleurs des droitssur
l'EÍpagne) Anne, MarieTherese
,
l'Archiduchesse
Electrice de Baviere; & jamais celles qui pouvoient la
porter dansla branche d'Al..
lemagne. Ne voit-on pas
que c'étoit uniquement
pourfixer ce patrimoine
chez eux,3malgréOles regles
qu'ilsleur avoient données,
la reconnoissant feminine
pour leur Maison
,
&masculine pourle reste du monde. C'étoir faire violence à
la nature ôc forcer la Providence
;
aussi, comme
vous voyez, la Providence
s'en est moquée, & la nature a
repris le dessus. Rien
n'est donc plus solidement
établi que le droit de Philippe V. & rien de plus mal
fondé que la prétention de
l'Empereur. Ilme reste à
prouver que laplus folle de
toutesles chimeresferoit de
s'obstiner au détrônement
de ce Roy,
Que n'a-t- on point fait
pour en venir à bout?combien de fang répandu?combien de trésors dissipezpour.
arriver à
ce but tant desiré,
par toutes les Puissances liguées?Esperet-on de plus
grandssuccés que ceux qui
nont servià rien? Tant que lesEspagnols feront fideles,
on gagneroit vingt batailles!.
de Sarragosse, on prendroit
vingt fois Madrid
,
qu'il
faudroir se retirer & s'enfuir.
Les alliez ont été sur
l'Espagne, comme les Chymisses sur la pierre philo-,
sophale;ilsonttoûjourscrû
la tenir, elle leur a
toûjours
échapé;la premiere matiere leur manquoit, c'est;
le cœur des peuples.
Mais, me dira l'auteur
des Soûpirs, vous accusez
donc laReine de s'être flatée mal à propos, lors qu'-
ellea déclarétantdefois
à son Parlement qu'il faloit
continuer la guerre jusqu'à
ce qu'on eût mis laMaison
d'Autriche en possession del'Espagne & des Indes?
Je répons à cela qn'il faut
distinguer.
1. Pendant que
l'Empereur Joseph étoit encore plein de vie, on pouvoirregarder les deux branches de cette Maison comme separées,de la même
façon qu'on regardeaujourd'hui celle de Bourbon: mais depuis sa mort,
sansensans mâles, tout eflr
sur unemême tête; & quoy
qu'en dise l'auteur avec ses
calculs frivoles, tant de
puissance entre les mains
d'un seul Prince, pour le
moins aussi fier & aussi ambitieux qu'aucun de ses predecesseurs, seroit enorme.
La Reine a
donc grande
raiion de penser differemment depuis le mois d'Avril 1711.2. L'experienceapprend quelque chose en ce
monde.Pouvoit-on deviner d'abord que Philippe
V. se feroit tellement aimer
de ses sujets, qu'il trouve,
roit toujours en eux des
ressources contre les plus
grands revers de la fortune,& que son rival neseroit
jamais moins maîtrede l'Espagne que lors qu'il en occuperoit la Capitale? Ce
sont des évenemens si merveilleux, qu'il faut les avoir
éprouvez pour les croirez
mais les éprouver deux fois,
sans les croire,c'est un aveuglement.
Nous n'avons plus qu'une choie à examiner,si l'Europe doit plutôt soûpirer
d'une paix
faite
sur le plan
de la Reine, que d'une
guerre éternelle faite sur le
,plan des Imperiaux & des
Hollandois.
Passons le lieu commun, f
qui dit qu'une
mauvaise paix vaut mieux
quunebonne guerre::
mais voyons un moment
avec l'auteur si la paix
qu'on veut faire n'estpas
meilleure que la guerre
qu'on veut continuer.
Mais si elle est mauvaise,
les hautsalliez ont eu
grand tort quand ilsont
fait en 1701. leur traitéde
la grande alliance
; car ils
ont par ce projet de pai:c
tour ce qu'ils souhaitoient
alors, & tout ce qu'ils se
sont propoiez de plus avantageux en prenant les armes. C'est proprement dans
retraite que la Reine de la
Grande Brctagne a
puisé les
articles de la satisfaction.
commune. Si l'Empereur &
les Hollandois n'ont pas eu
foin de leurs intérêts dans
un temps où rien ne les empêchoit de stipuler tout ce
qu'ils voutoient,c'est à
eux
seuls qu'ils doivent s'en
prendre: mais, dit l'auteur,
ils
ont eu depuis bien plus d'apperit,& ils pleureront si, on
ne les contente pas; ils se
sont flatez d'enlever une
Couronne, & de partager
l'autre. Ici je veux lui faire
une derniere question,& le
prier avec tous les écrivains
de libelles contre la France, de vouloir bien me définir,une fois pour tout,
sur quel pied on doit regarder cette Couronne. Ils
entreprennent ordinairement d'établir deux choses
contr'elle. La premiere;
qu'il fautabsolument dé-
truire sa puissance; !a~-
conde, qu'on lepeut facilement. Ces deux suppositions leur paroissent necessaires pour exciteren même temps la haine &,ree..
perancer: mais malheureusement ils tombent dans
une contradiction puerile;
car pour prouver l'une, ils
disent que la France a
des
forces redoutables, des tréfors infinis, & que si l'on n'y
prend garde, elle va tout
engloutir. Pour prouver
l'autre,ils disent que la
France cft aux abois, qu",.,
elle n'a plus qu'un souffle de
vie ,& qu'il ne faut qu'un
coup de collier pour la mettre à bas. Celane s'accorde
point, & il est aisé de leur
répondre.Sielleestsifoible,
pourquoy la craignez-vous
tant? si elleest si forte, comment l'abattrez-vous? Les
sages, qui n'aiment pas l'exaggeration, se contentent
de dire là dessus une chose
qui est vraye; c'est que la
France estassezpuissante
pour resister aux plus
grands effortsde ses ennemis, & qu'elle nel'est pas
assez pour attenter à la Ii.
berté de tout le monde. Si
elle a
songé às'étendre il y
a quarante ou cinquante
ans, c'est que Paris étoit un
peu trop prés de sa frontiere. Le PrinceEugene en
conviendra, puis qu'enassiegeant Landrecy
,
il promettoit à son armée de U
faire hyverner dansl'Isle de
France, & que le Major ge-:-
neral Grovestein avoir déja
marqué les logis. Ce n'est
donc pas avoir une ambition demesurée
,
que de
vouloir couvrir son Royau-
me par le côté qui le serre
le plus: mais c'en est une
que de vouloir posseder en
même temps l'Allemagne,
les Pays-Bas', la Hongrie,
la Boheme, l'Italie, l'Espagne, & les Indes.
Concluons donc, qu'une
guerre qui ne serviroit, en
reüssissant, qu'à doubler le
Domaine des Hollandois,
& qu'à quadrupler celui de
l'Empereur
,
& qui pourroir, en ne reüssissant pas,
donner à la France plus d'Etats qu'elle n'en veut ellemême, est une guerre qu'il
cft temps de finir;qu'au;
contraire une paix qui laisse
les deux grandes Maisons
dans un juste équilibre, &
qui rend àl'Europeaffligée
par tant de. malheurs une
tranquilité parfaire, -
ne peut
faire soûpirer que les perturbateurs durepos public.:
ôcles ennemis du genre hu*
main. Je suis, &c.
De Valenciennes le 8.
d'Oflobrc i711
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Résumé : LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
La lettre du Marquis de*** examine les tensions politiques en Europe, telles que décrites dans le livre 'Les Soupirs de l'Europe'. L'auteur de la lettre réfute l'idée que les 'soupirs' de l'Europe soient uniquement dus à l'amour, affirmant qu'ils résultent des ambitions des grandes puissances. La Reine d'Angleterre a reconnu que les guerres en Europe sont le fruit des ambitions de la Maison d'Autriche et des États Généraux des Provinces Unies, qui cherchent à étendre leur influence au détriment des autres princes. La lettre critique la politique de la Maison d'Autriche et des Hollandais, soulignant leur ambition et leur manipulation des autres nations. Elle révèle que la Reine d'Angleterre et son nouveau ministère ont découvert les véritables intérêts des Hollandais, qui visent à dominer les Pays-Bas et le commerce des Indes. La lettre conteste la guerre contre Philippe V pour le trône d'Espagne, affirmant que ses droits sont légitimes et fondés sur la loi du pays, la coutume et le testament de Charles II. L'auteur de la lettre argue que les testaments de Charles-Quint et Philippe II établissent une succession masculine, et que les renonciations d'Anne et de Marie-Thérèse sont nulles. Il conclut que Philippe V est le légitime héritier du trône d'Espagne, appelé par les lois, le sang et la nature. Le texte discute également des conflits dynastiques et des droits successoraux en Espagne, mettant en lumière les contradictions dans les arguments de l'auteur des 'Soupirs'. Il critique les renonciations personnelles et les lois fondamentales, soulignant que les Cortes de 1618 et de 1709 ont toutes deux légitimé leurs décisions, bien que contradictoires. Il souligne également les manœuvres des Princes Autrichiens pour maintenir leur influence en Espagne, malgré les règles de succession. Le texte défend le droit de Philippe V au trône d'Espagne, affirmant que les efforts des puissances alliées pour le détrôner ont échoué en raison du soutien des Espagnols. Il compare les alliances européennes à des Chimères, incapables de contrôler l'Espagne sans le soutien des peuples. L'auteur distingue les périodes avant et après la mort de l'Empereur Joseph, notant que la concentration de pouvoir entre les mains d'un seul prince est dangereuse. Il critique les calculs frivoles de l'auteur des 'Soupirs' et souligne l'importance de l'expérience et du soutien populaire. Enfin, le texte examine la question de la paix versus la guerre, affirmant que la paix proposée par la Reine est préférable à une guerre éternelle. Il critique les contradictions dans les arguments des ennemis de la France, qui la décrivent tour à tour comme faible et puissante. L'auteur conclut que la guerre ne servirait qu'à augmenter les domaines de l'Empereur et des Hollandais, tandis qu'une paix équilibrée apporterait la tranquillité à l'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 259-273
RENONCIATION de Monseigneur le Duc de BERRY à la Couronne d'Espagne.
Début :
Charles fils de France, Duc de Berry, d'Alençon, d'Angoulesme, etc. [...]
Mots clefs :
Renonciation, France, Espagne, Philippe, Équilibre, Maison, Succession, Europe
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texteReconnaissance textuelle : RENONCIATION de Monseigneur le Duc de BERRY à la Couronne d'Espagne.
RENONCIATION
de Monseigneur le Duc de
BERRY a la Couronne
d'Espagne.
CHarles fils de France;
Duc de Berry, d'Alençon,
d'Angoulesme,&c. A tous
les Roys, Princes, & Republiques
: Sçavoir faisons
que toutes les Puissances do
l'Europe le trouvant presque
ruinées à loccafion
des presentes guerres qui
ont porté la desolation
dans les Provinces fronde..
res, & plusieurs autres parties
des plus puissantes Monarchies,
on est convenu
dans les Congrez & Traittez
de paix qui senegocient
avec la Grande Bretagne,
d'establir un équilibre &
des limites politiques entre
les Royaumes dont les in-»
terestontesté ,& sontencore
le triste sujet d'une
sanglante dispute de tenie,
pour maxime fondamentale
de la conservation de
cette paix, que l'on pourvoit
à ce que les forces de
ces Royaumes ne soient
point à craindre,&ne pua:
sent causer aucune jalousie,
ce que l'on a creu ne pouvoir
establir plus solidement
qu'en lesempefefunt
de s'eitendre.
Pour cet effet le Roy
nostre très-honoréSeigneur
& Ayeul, & le Roy
d'Espagne nostre tres-cher
Frere, sont convenus avec
la Reine de la Grande Brc;,
tagne ,
qu'il fera fait des
renonciations réciproques
par tous les Princes presents
& futurs de la Couronne
de France , & d'Espagne
à tous droits qui
peuvent appartenir à chacun
d'eux sur la succession
de l'un ou de l'autre Royaume,
pour maintenirl'équilibre
qu'on veut mettre
dans l'Europe, & partant
à particulariser tous les cas
preveus de l'union; il a esté
nuHi convenu & accordé
entrele Roy très- Chreffien
nostre tres-honoré SeK
gneur & Ayeul
,
le Roy
Philippe V. nostre Frère,
& la Reine de la Grande
Bretagne, que ledit Roy
Philippe renoncera pour
luy & pour tous ses descendants
à l'esperance de
succeder à la Couronne de
France
, que de nostre coCi
té nous renoncerons aussi
pour nous 6c nos descendants
à la Couronne d'EL:
pagne;que le Duc d'Orleans
nostre cher oncle fera
la mesme chose,desorté
que toutes les lignes de
France & d'Espagne respectivement
feront excluses
pour tousjours de tous
les droits que les lignes de
France pourroient avoir à
la Couronne d'Espagne,&
les lignes d'Espagne à la
Couronne de France, Se
enfin quel'onempeschera
que fous prétextedesdites
renonciations,nisous quelque
autre prétexte que ce
soit la Maison d'Austriche
n'exerce les prétentions
qu'elle pourroit avoir à la
successiond'Efpâgnejdaii-:
tintqu'en unifiant cette
Monarchie auxPays&Estats
tats héréditaires de cette
Maison
,
elle seroit trop
formidable aux autres Puit:
fances quisontentre deux,
ce qui détruiroit l'égalité
qu'on establit aujourd'hui,
pour établir plus parfaitement
la paix de la Chrestienté
qui est la fin qu'on
se propose par cet équilibre
politique en éloignant
toutescesbranches,appellant
à la Couronne d'Espagne
au deffaut des lignes
du Roy Philippe nostre
Frere
,
la Maison du Duc
deSavoye qui descend de
l'infante Catherine fille de
Philippe second, ayant esté
confideré qu'en faisant
ainsi succeder immédiatement
ladite Maison de San
voye,on peut establir comme
dans son centre cette
égalité& cet équilibre entre
les trois Puissances.
Voulant donc concourir
par nostre desistement
de tous nos droits pour
nous,nos successeurs
, &
nos descendants, àestablir
le repos universel de l'Europe,
parce que nous croyons
que ce moyen est le
plus seur dans les terribles
circonstances de ce temps,
nous avons resolu de renoncer
à la succession de
la Couronne d'Espagne, &
afin que cette resolution
aietoutsoneffet nous nous
declarons & tenons maintenant,
nous, nos enfants
& descendants pour exclus
&inhabiles absolument&à
jamais à succeder à la Couronncdfpagne
; nous
voulons & consentons
pour nous, nos enfants &
de[cendants,que des maintenant&
pour tousjours on
nous tienne - nous &eux
en consequence des Presentes
, pour exclus & inhabiles,
de mesme que tous
les descendants de la Maisond'Auftriche,
qui comme
il a esté rapporté &
supposé
,
doivent estre exclus
en quelque degré que
nousnoustrouvions les uns
les autres, que par cette
raison le Royaume d'Espagne
soit censé devolu à
qui la succession doit en
te l cas estre devoluë &
transférée en quelque
temps que ce soit , nous
ni nos descendants ne devons
plus estre considerez
comme ayant aucun fondement
de representation
active ou passive
, ou faisant
une consideration de
ligne effective ou contentieuse
de substance
,
fang
ou qualitez, ni mesme tirer
droit de nostre descendance.
Nous renonçons
pareillement au droit
qui nous peut appartenir à
nous & à nos descendants
en vertu du testament du
Roy Charles II. qui nonobstant
ce qui est rapportécy
dessus nous appelle à
la succession de la Couronne
d'Espagne, la ligne
de Philippe V. venant à
manquer, nous nous desistons
donc de ce droit.
& y renonçons pour nous
& nos enfans & nos descendants
, promettons &
nous obligeons pour nous
& nos enfans & nos descendants
de nous employer
de tout nostre pouvoir
pour faire accomplir
ce présent Adet sans permettre
nisouffrir que directement
ni indirectement
on revienne contre,
soiten cout/bic en partie;&
pour plus grande seureté
de ce que nous disons Se
promettons pour nous si
nos enfans,&nos descendants,
nous jurons solemnellement
sur les Evangiles
contenus au Mitrel)
sur lequel nous mettons
la main droite que nous
le garderons
,
maintiendrons
& accomplirons en
tout & par tout, nous ne
demanderons jamais de
nous en faire relever, &
nous faisons d'abondant
cet autre ferment que celui-
cy subsistera & demeurera
tousjours, quelques
dispenses qu'on puisse nous
accorder
, nous jurons &
promettons aussi que nous
n'avons fait ni ferons ni en
public,ni en particulier, ni
en secrét, de protestation
contraire qui puisse empescher
ce qui est contenu
en ces Presentes ou en diminuer
la force.
En foy dequoi
,
& pour
ces Presentes authentiques
elles ont estépassees pardevant
Meilleurs Alexandre
le Fevre, & Anthoine
le Moyne Conseiller du
Roy, Notaires Gardes Notes
de Sa Majesté, & Gardes-
scelsauChasteletdeParis,
soussignez, lesquels ont
tous délivré le presentActe.
de Monseigneur le Duc de
BERRY a la Couronne
d'Espagne.
CHarles fils de France;
Duc de Berry, d'Alençon,
d'Angoulesme,&c. A tous
les Roys, Princes, & Republiques
: Sçavoir faisons
que toutes les Puissances do
l'Europe le trouvant presque
ruinées à loccafion
des presentes guerres qui
ont porté la desolation
dans les Provinces fronde..
res, & plusieurs autres parties
des plus puissantes Monarchies,
on est convenu
dans les Congrez & Traittez
de paix qui senegocient
avec la Grande Bretagne,
d'establir un équilibre &
des limites politiques entre
les Royaumes dont les in-»
terestontesté ,& sontencore
le triste sujet d'une
sanglante dispute de tenie,
pour maxime fondamentale
de la conservation de
cette paix, que l'on pourvoit
à ce que les forces de
ces Royaumes ne soient
point à craindre,&ne pua:
sent causer aucune jalousie,
ce que l'on a creu ne pouvoir
establir plus solidement
qu'en lesempefefunt
de s'eitendre.
Pour cet effet le Roy
nostre très-honoréSeigneur
& Ayeul, & le Roy
d'Espagne nostre tres-cher
Frere, sont convenus avec
la Reine de la Grande Brc;,
tagne ,
qu'il fera fait des
renonciations réciproques
par tous les Princes presents
& futurs de la Couronne
de France , & d'Espagne
à tous droits qui
peuvent appartenir à chacun
d'eux sur la succession
de l'un ou de l'autre Royaume,
pour maintenirl'équilibre
qu'on veut mettre
dans l'Europe, & partant
à particulariser tous les cas
preveus de l'union; il a esté
nuHi convenu & accordé
entrele Roy très- Chreffien
nostre tres-honoré SeK
gneur & Ayeul
,
le Roy
Philippe V. nostre Frère,
& la Reine de la Grande
Bretagne, que ledit Roy
Philippe renoncera pour
luy & pour tous ses descendants
à l'esperance de
succeder à la Couronne de
France
, que de nostre coCi
té nous renoncerons aussi
pour nous 6c nos descendants
à la Couronne d'EL:
pagne;que le Duc d'Orleans
nostre cher oncle fera
la mesme chose,desorté
que toutes les lignes de
France & d'Espagne respectivement
feront excluses
pour tousjours de tous
les droits que les lignes de
France pourroient avoir à
la Couronne d'Espagne,&
les lignes d'Espagne à la
Couronne de France, Se
enfin quel'onempeschera
que fous prétextedesdites
renonciations,nisous quelque
autre prétexte que ce
soit la Maison d'Austriche
n'exerce les prétentions
qu'elle pourroit avoir à la
successiond'Efpâgnejdaii-:
tintqu'en unifiant cette
Monarchie auxPays&Estats
tats héréditaires de cette
Maison
,
elle seroit trop
formidable aux autres Puit:
fances quisontentre deux,
ce qui détruiroit l'égalité
qu'on establit aujourd'hui,
pour établir plus parfaitement
la paix de la Chrestienté
qui est la fin qu'on
se propose par cet équilibre
politique en éloignant
toutescesbranches,appellant
à la Couronne d'Espagne
au deffaut des lignes
du Roy Philippe nostre
Frere
,
la Maison du Duc
deSavoye qui descend de
l'infante Catherine fille de
Philippe second, ayant esté
confideré qu'en faisant
ainsi succeder immédiatement
ladite Maison de San
voye,on peut establir comme
dans son centre cette
égalité& cet équilibre entre
les trois Puissances.
Voulant donc concourir
par nostre desistement
de tous nos droits pour
nous,nos successeurs
, &
nos descendants, àestablir
le repos universel de l'Europe,
parce que nous croyons
que ce moyen est le
plus seur dans les terribles
circonstances de ce temps,
nous avons resolu de renoncer
à la succession de
la Couronne d'Espagne, &
afin que cette resolution
aietoutsoneffet nous nous
declarons & tenons maintenant,
nous, nos enfants
& descendants pour exclus
&inhabiles absolument&à
jamais à succeder à la Couronncdfpagne
; nous
voulons & consentons
pour nous, nos enfants &
de[cendants,que des maintenant&
pour tousjours on
nous tienne - nous &eux
en consequence des Presentes
, pour exclus & inhabiles,
de mesme que tous
les descendants de la Maisond'Auftriche,
qui comme
il a esté rapporté &
supposé
,
doivent estre exclus
en quelque degré que
nousnoustrouvions les uns
les autres, que par cette
raison le Royaume d'Espagne
soit censé devolu à
qui la succession doit en
te l cas estre devoluë &
transférée en quelque
temps que ce soit , nous
ni nos descendants ne devons
plus estre considerez
comme ayant aucun fondement
de representation
active ou passive
, ou faisant
une consideration de
ligne effective ou contentieuse
de substance
,
fang
ou qualitez, ni mesme tirer
droit de nostre descendance.
Nous renonçons
pareillement au droit
qui nous peut appartenir à
nous & à nos descendants
en vertu du testament du
Roy Charles II. qui nonobstant
ce qui est rapportécy
dessus nous appelle à
la succession de la Couronne
d'Espagne, la ligne
de Philippe V. venant à
manquer, nous nous desistons
donc de ce droit.
& y renonçons pour nous
& nos enfans & nos descendants
, promettons &
nous obligeons pour nous
& nos enfans & nos descendants
de nous employer
de tout nostre pouvoir
pour faire accomplir
ce présent Adet sans permettre
nisouffrir que directement
ni indirectement
on revienne contre,
soiten cout/bic en partie;&
pour plus grande seureté
de ce que nous disons Se
promettons pour nous si
nos enfans,&nos descendants,
nous jurons solemnellement
sur les Evangiles
contenus au Mitrel)
sur lequel nous mettons
la main droite que nous
le garderons
,
maintiendrons
& accomplirons en
tout & par tout, nous ne
demanderons jamais de
nous en faire relever, &
nous faisons d'abondant
cet autre ferment que celui-
cy subsistera & demeurera
tousjours, quelques
dispenses qu'on puisse nous
accorder
, nous jurons &
promettons aussi que nous
n'avons fait ni ferons ni en
public,ni en particulier, ni
en secrét, de protestation
contraire qui puisse empescher
ce qui est contenu
en ces Presentes ou en diminuer
la force.
En foy dequoi
,
& pour
ces Presentes authentiques
elles ont estépassees pardevant
Meilleurs Alexandre
le Fevre, & Anthoine
le Moyne Conseiller du
Roy, Notaires Gardes Notes
de Sa Majesté, & Gardes-
scelsauChasteletdeParis,
soussignez, lesquels ont
tous délivré le presentActe.
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Résumé : RENONCIATION de Monseigneur le Duc de BERRY à la Couronne d'Espagne.
Le texte relate la renonciation du Duc de Berry à la couronne d'Espagne. Les guerres en Europe ont causé des ravages dans plusieurs provinces et monarchies, incitant les puissances à négocier la paix et à établir un équilibre politique. Pour éviter les jalousies et les disputes, le Roi de France, le Roi d'Espagne et la Reine de Grande-Bretagne ont convenu de renonciations réciproques. Le Roi Philippe V renonce à la couronne de France, tandis que le Duc de Berry renonce à la couronne d'Espagne, ainsi que tous leurs descendants. Cette décision vise à empêcher la Maison d'Autriche d'exercer des prétentions sur la succession espagnole, ce qui pourrait perturber l'équilibre européen. En cas de défaut de succession, la Maison de Savoie est appelée à succéder. Le Duc de Berry déclare solennellement qu'il et ses descendants sont exclus de la succession espagnole et renoncent à tous leurs droits, y compris ceux issus du testament du Roi Charles II. Cette renonciation est jurée et garantie par un acte notarié.
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17
p. 71-72
« O donnera dans le Mercure du mois prochain un Extrait tres [...] »
Début :
O donnera dans le Mercure du mois prochain un Extrait tres [...]
Mots clefs :
Traité de paix et de commerce, France, Angleterre, États-généraux, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « O donnera dans le Mercure du mois prochain un Extrait tres [...] »
0 donnera dans le
Mercure du mois prochain
un Extrait tresabbregé
de tous les Arcs
ticles des autres Traitez
de Paix & de Commerce
entre la France & tous
les nouveaux Alliez,
comme on a donné ceux
des Trairez avec l'Angleterre
£>C les Estats Generaux
, avec quelques
détails particuliers sur
cette matiere qui fait à
present l'attention de
toute l'Europe.
Mercure du mois prochain
un Extrait tresabbregé
de tous les Arcs
ticles des autres Traitez
de Paix & de Commerce
entre la France & tous
les nouveaux Alliez,
comme on a donné ceux
des Trairez avec l'Angleterre
£>C les Estats Generaux
, avec quelques
détails particuliers sur
cette matiere qui fait à
present l'attention de
toute l'Europe.
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18
p. 45-55
Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Début :
Milords & Messieurs, J'ai beaucoup de satisfaction de me [...]
Mots clefs :
Paix, Parlement, Chambre des pairs, Succession protestante, Peuple, Europe, Reine d'Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Harangue de la Reine d'An
gleterre à fon Parlement le
13. Mars 1714 .
Milords & Meffieurs ,
les
J'ai beaucoup de fatisfaction
de me voir , à l'ouverture
de ce Parlement ,
en état de vous dire
que
ratifications des traitez de
paix & de commerce avec
Ï'Eſpagne font échangées.
Par e paix mes ſujets
feront mieux en état que
jamais d'augmenrer & d'é46
MERCURE
tendre leur
negoce ; les
avantages
qui ne leur é
toient que tolerez
, leur font
prefentement
affurez
par
ce traité , & tous les Marchands
de la Grande Bretagne
en jouiront également
fans diftinction .
Il a plû à Dieu de benir
mes efforts pour obtenir
une paix honorable & avantageuſe
à mon peuple & à
la plus grande partie de
mes alliez ; il ne fera rien
omis de ce qui eſt en mon
pouvoir pour la rendre univerfelle
, & je me perfuade
GALANT.
47
qu'avec vôtre affiftance ,
mon entrepriſe pourra contribuer
à rétablir le repos
de
l'Europe.
En attendant , je me rejoüis
avec mes ſujets de le
voir delivré d'une guerre
ruïneufe , & entré dans une
paix dont les bons effets ne
peuvent être troublez que
par des divifions inteftines.
Les plus fages & les plus
grands d'entre mes predeceffeurs
faifoient leur gloire
de tenir la balance de l'Europe
, & de la maintenir
égale , en fourniſſant au
48 MERCURE
poids lors qu'il étoit necef
faire ; par cette conduite ils
ont enrichi le Royaume ,
& fe font rendus redoutables
à leurs ennemis & utiles
à leurs amis . J'ai agi ſur
les mêmes principes , & je
ne doute point que mes fucceffeurs
ne fuivent ces mê.
mes exemples.
Nôtre fituatió nous montre
affez quel eft nôtre veritable
interêt . Ce pays ne
peut fleurir que par
que par le commerce
, & il fera trés formidable
par la juſte application
de nos forces fur mer.
MefGALANT.
49%
Meffieurs de la Chambre
des
Communes ,
J'ai
donné ordre qu'on
vous expofe des choles qui
vous feront voir quelle a
été vôtre fituation à la conclufion
de cette paix , vous
ferez par là mieux en état
de juger des fecours qui
font
neceffaires. Je ne vous
on
demande que pour le
fervice de cette année , &
pour l'acquit des dettes que
vous trouverez raiſonna
bles & juftes, funny weete
Mars
1714.
E
so MERCURE
Milords & Meffieurs ,
Je vois par la joye fi generale
du rétabliſſement de
ma fanté & de mon arrivée
en cette ville , avec com ..
bien d'ardeur mon peuple
répond à la tendre affection
que j'ai toûjours euë pour
lui.
Je voudrois qu'on cût)
travaillé à faire fupprimer ,
comme je l'ai fouvent defiré
, ces écrits feditieux &
ces pernicieuſes infinua
tions par où des mal- intenGALANT.
tionnez ont lçû affoiblir le
credit public & faire fouffrir
l'innocent .
Il y en a qui font prevenus
jufqu'au point de malice
de vouloir infinuer que
la Succeffion Proteftante
dans la Maifon d'Hanovre
eft en danger fous mon regne.
Ceux qui travaillent de
la forte à effrayer les efprits
imaginaires , n'ont en vûë
que de troubler la tranquilité
prefente , & de nous
attirer des maux réels .
Aprés tout ce que j'ai fair
Eij
52
MERCURE
pour la fûreté de nôtre Re-:
ligion & de nos libertez , &
pour la tranfmettre à la pofterité
, je ne puis parler de
ces procedez fans quelque
émotion , & je compte que
vous demeurerez tous d'accord
avec moy que les at
tentats pour affoiblir mon
autorité , ou pour me rendre
la poffeffion de la couronne
penible , ne peuvent
jamais être des moyens
propres à fortifier la Succeffion
Proteftante.
J'ai fait , & je continuërai
de faire de mon mieux
GALANT.
53
pour le bien de tous mes
fujets ; faifons nos efforts
pour unir tous nos differens
, non pas en nous écartant
de la conftitution
de
nôtre Egliſe & de nôtre
Etat , mais en obfervant
nous-mêmes les loix , & en
·les faifant obferver
aux autres
.
Une longue guerre a non
feulement appauvri le public
, quoy qu'elle ait enrichi
quelques particuliers :
mais elle a encore alteré
beaucoup le gouvernement
même.
E iij
$4
MERCURE
Que vôtre plus grand ſoin
foit de profiter de la conjoncture
pour établir des fondemens
propres à vous relever
de ces defordres.
Le dernier Parlement a
concouru avec moy pour
faire la paix , que ce foit
l'honneur de celui - ci de
m'aider à obtenir les fruits
propres à nous attirer des
benedictions non feulement
dans le fiecle prefent
, mais encore à la der
niere pofterité.
Auffitôt que Sa Majeſté
GALANT.
SS
eut ceffé de parler, la Chambre
des Pairs refolut de lui
preſenter une Adreſſe pour
l'en remercier. Les Communes
en firent autant
& nommerent un Comité
pour la dreffer.
gleterre à fon Parlement le
13. Mars 1714 .
Milords & Meffieurs ,
les
J'ai beaucoup de fatisfaction
de me voir , à l'ouverture
de ce Parlement ,
en état de vous dire
que
ratifications des traitez de
paix & de commerce avec
Ï'Eſpagne font échangées.
Par e paix mes ſujets
feront mieux en état que
jamais d'augmenrer & d'é46
MERCURE
tendre leur
negoce ; les
avantages
qui ne leur é
toient que tolerez
, leur font
prefentement
affurez
par
ce traité , & tous les Marchands
de la Grande Bretagne
en jouiront également
fans diftinction .
Il a plû à Dieu de benir
mes efforts pour obtenir
une paix honorable & avantageuſe
à mon peuple & à
la plus grande partie de
mes alliez ; il ne fera rien
omis de ce qui eſt en mon
pouvoir pour la rendre univerfelle
, & je me perfuade
GALANT.
47
qu'avec vôtre affiftance ,
mon entrepriſe pourra contribuer
à rétablir le repos
de
l'Europe.
En attendant , je me rejoüis
avec mes ſujets de le
voir delivré d'une guerre
ruïneufe , & entré dans une
paix dont les bons effets ne
peuvent être troublez que
par des divifions inteftines.
Les plus fages & les plus
grands d'entre mes predeceffeurs
faifoient leur gloire
de tenir la balance de l'Europe
, & de la maintenir
égale , en fourniſſant au
48 MERCURE
poids lors qu'il étoit necef
faire ; par cette conduite ils
ont enrichi le Royaume ,
& fe font rendus redoutables
à leurs ennemis & utiles
à leurs amis . J'ai agi ſur
les mêmes principes , & je
ne doute point que mes fucceffeurs
ne fuivent ces mê.
mes exemples.
Nôtre fituatió nous montre
affez quel eft nôtre veritable
interêt . Ce pays ne
peut fleurir que par
que par le commerce
, & il fera trés formidable
par la juſte application
de nos forces fur mer.
MefGALANT.
49%
Meffieurs de la Chambre
des
Communes ,
J'ai
donné ordre qu'on
vous expofe des choles qui
vous feront voir quelle a
été vôtre fituation à la conclufion
de cette paix , vous
ferez par là mieux en état
de juger des fecours qui
font
neceffaires. Je ne vous
on
demande que pour le
fervice de cette année , &
pour l'acquit des dettes que
vous trouverez raiſonna
bles & juftes, funny weete
Mars
1714.
E
so MERCURE
Milords & Meffieurs ,
Je vois par la joye fi generale
du rétabliſſement de
ma fanté & de mon arrivée
en cette ville , avec com ..
bien d'ardeur mon peuple
répond à la tendre affection
que j'ai toûjours euë pour
lui.
Je voudrois qu'on cût)
travaillé à faire fupprimer ,
comme je l'ai fouvent defiré
, ces écrits feditieux &
ces pernicieuſes infinua
tions par où des mal- intenGALANT.
tionnez ont lçû affoiblir le
credit public & faire fouffrir
l'innocent .
Il y en a qui font prevenus
jufqu'au point de malice
de vouloir infinuer que
la Succeffion Proteftante
dans la Maifon d'Hanovre
eft en danger fous mon regne.
Ceux qui travaillent de
la forte à effrayer les efprits
imaginaires , n'ont en vûë
que de troubler la tranquilité
prefente , & de nous
attirer des maux réels .
Aprés tout ce que j'ai fair
Eij
52
MERCURE
pour la fûreté de nôtre Re-:
ligion & de nos libertez , &
pour la tranfmettre à la pofterité
, je ne puis parler de
ces procedez fans quelque
émotion , & je compte que
vous demeurerez tous d'accord
avec moy que les at
tentats pour affoiblir mon
autorité , ou pour me rendre
la poffeffion de la couronne
penible , ne peuvent
jamais être des moyens
propres à fortifier la Succeffion
Proteftante.
J'ai fait , & je continuërai
de faire de mon mieux
GALANT.
53
pour le bien de tous mes
fujets ; faifons nos efforts
pour unir tous nos differens
, non pas en nous écartant
de la conftitution
de
nôtre Egliſe & de nôtre
Etat , mais en obfervant
nous-mêmes les loix , & en
·les faifant obferver
aux autres
.
Une longue guerre a non
feulement appauvri le public
, quoy qu'elle ait enrichi
quelques particuliers :
mais elle a encore alteré
beaucoup le gouvernement
même.
E iij
$4
MERCURE
Que vôtre plus grand ſoin
foit de profiter de la conjoncture
pour établir des fondemens
propres à vous relever
de ces defordres.
Le dernier Parlement a
concouru avec moy pour
faire la paix , que ce foit
l'honneur de celui - ci de
m'aider à obtenir les fruits
propres à nous attirer des
benedictions non feulement
dans le fiecle prefent
, mais encore à la der
niere pofterité.
Auffitôt que Sa Majeſté
GALANT.
SS
eut ceffé de parler, la Chambre
des Pairs refolut de lui
preſenter une Adreſſe pour
l'en remercier. Les Communes
en firent autant
& nommerent un Comité
pour la dreffer.
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Résumé : Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Le 13 mars 1714, la reine d'Angleterre annonce au Parlement l'échange des ratifications des traités de paix et de commerce avec l'Espagne. Cette paix permet aux sujets britanniques d'améliorer et d'étendre leur commerce, offrant des avantages à tous les marchands sans distinction. La reine exprime sa satisfaction d'avoir obtenu une paix honorable et avantageuse pour son peuple et ses alliés, et elle s'engage à œuvrer pour une paix universelle avec l'aide du Parlement. Elle se réjouit de la fin d'une guerre ruineuse et de l'entrée dans une paix dont les bénéfices pourraient être troublés par des divisions internes. La reine rappelle que ses prédécesseurs ont enrichi le royaume en maintenant l'équilibre européen et en utilisant leurs forces maritimes. Elle souligne que le véritable intérêt de la nation réside dans le commerce et la puissance navale. Elle ordonne également de présenter aux Communes des comptes détaillant leur situation à la conclusion de la paix, afin de juger des secours nécessaires pour l'année en cours et le paiement des dettes. La reine condamne les écrits séditieux et les influences pernicieuses visant à affaiblir le crédit public et à nuire aux innocents. Elle dénonce ceux qui cherchent à troubler la tranquillité en semant la peur concernant la succession protestante dans la maison d'Hanovre. Elle appelle à l'union et au respect des lois pour renforcer la succession protestante et le bien-être de tous ses sujets. Enfin, elle encourage le Parlement à profiter de la conjoncture pour rétablir les désordres causés par la longue guerre et à obtenir les fruits de la paix pour les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 8-84
LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Début :
Je réponds à cela, que je prie le Lecteur de ne pas / Il y a quelques années qu'étant à S. Malo, un de [...]
Mots clefs :
Moscovie, Hommes, Mer, Histoire, Naufrage, Terre, Yeux, Navire, Maison, Aventures, Vieillard, Femmes, Cap, Navires, Vents, Europe, Peuples, Dieu, Repas, Commerce des Indes orientales, Norvège, Lapons, Vie, Peuples, Climat, Animaux, Amour, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Je reponds à cela, que
je priele Lecteur de ne pas
s'impatienter; & pour commencer
a m'acquitter avec
lui, je vais l'entretenir des
avantures de la Moscovite
& du Lapon, que j'ai promises
le mois dernier. Cependant
je le prie de me
permettre de changer le
titre de cette histoire; quoique
ces deux personnages
y jouent un rôle merveilleux
,ils n'en sont pas néanmoins
les principaux acteurs
: ainsi je croy qu'on
ne me disputera pas la liberté
de la donner fous cet
autre titre.
LE NAUFRAGE
au port.
I HISTOIRE. L y a quelques années
qu'étant à S. Malo, un de
mes amis vint un jour me
trouver, pour me prier
de l'accompagner jusqu'au
Cap *, où étoient deux vais-
* C'est un Promontoire ou pointe
de terre fort élevé à cinq lirsÚs de
S. Malo. Il y a une radeassez,
bonne, où j'amarent ordinairement
les navires qui vont à lamer, eu
qui en reviennent.
seaux qui dévoient profiter
du premier beau temps
pour mettre à la voile pour
la mer du Sud. Plusieurs de
ses amis & des miensetoient
à bord, & nous voulions
les embrasser encore une
fois avant qu'ils appareillassent.
Il etoit huit heures
du matin, le ciel était fort
clair, la chaloupe nous attendoit,
le vent étoit frais,
& les matelots commençoient
a jurer après nous,
parce qu'ils apprehendoient
que nous ne perdissions
une si belle marée,
lors qu'enfin nous nous embarquâmes
pour nous rendre
au Cap,où nous arrivâmes.
en moins d'une heure
& demie. Nos amis, qui
étoient les principaux Officiers
de ces vaisseaux, char:
mez de cette derniere vitice,
nous firent la meilleure
chere qu'ils purent.
Nous avions à peine resté
r
deux heures table,oùnous
commencions a nous mettre
en train, lorsque nous
entendîmes crier, Navire,
navire. Le vent aussitôt
changea, le ciel& la mer
s'obscurcirent, la pluye
,
la grêle, le connerré, &
les nuës, nous environnerent.
Quoique nous eussions
nos quatre ancres à la
mer,nos pilotes ne laisserent
pas de prendre des mesures
contre l'orage.Cependant
nousattendîmes patiemmét,
le verre à lamain;
&en gens que de pareils
dangersn'effrayent gueres,
tout ce qu'il en pourroit
arriver. Enfin au bout de
deux heures le vent se calma,
& le temps s'éclairit.
Mais il n'est rien d'affreux
comme l'horriblespectacle
que le retour de la lumière
offritànos yeux. Des coffres,
des cordages, des
mâts ,des planches,des
hommes,des semmes,ensintoute
l'image d'un frageépouvantablnea.u-
LesOfficiers des navires
quiétoient à l'ancre ordonnerent
à l'instant à tous
leurs matelots de mettre
toutes les chaloupes à lamer,
pour secourir, autant
qu'ilseroit possible, les malheureuxqui
perissoient
Leur zele eutun succés
assez favorable, & peu
d'hommes perirent. On
porta à bord tous ceux qui
avoient nagé avec assez
de vigueur pour attendre
le secours des matelots:
on lesdéshabilla aussitôt,
& on les jetta sur des lits,
après leur avoir fait rendre
l'eau qu'ils avoient bue.
Où suis. je, grand Dieu!
où suis-je, dit l'un de ces
hommes environ deux heures
après qu'on l'eut sauvé?
n'ai je affronté tant de perils,
n'ai
-
je brave tant de
foisla mort, que pour per-
dre au milieu du port ce
quej'avois de plus cher au
monde? Cruelsqui m'avez
sauvé avec tant d'inhumanité,
rendez-moy à ceperside
element qui vient d'enfgaliotutir
l'objet le plus parqui
fût dans la nature.
A ces mots nous nous approchâmes
du malheureux
dont nous venions d'entendre
les plaintes. Vous êtes,
lui dit aussitôt nôtre Capitaine,
avec des hommes
qui n'ont consulté que leur
inclination pour vous sauver
, &a qui vous êtes redevadevable
de la vie qu'ils vous
ont renduë. Oui, repritil,
en gemissant, je fuis avec
des hommes plus barbares
que les Scythes les plus
cruels; pourquoy ravissezvous
à la mort un miserable
qui ne doit plus songer qu'à
mourir? Non.malheureuse
Julie, non, ne me reprochez
pas un indigne retour
àla vie; vôtre mort va bientôt
être vangée par la mienne.
Cette Julie, dit le Capitaine,
en adressant la parole
à un de ses Officiers, ne seroit-
elle pas une de ces deux
femmes qui sont sur vôtre
lit? Que dites-vous,Monsieur,
reprit cet amant desesperé
? vos gens ont- ils [au.
vé deux femmes? Oui,répondit
le Capitaine. Ah si
cela est, dit-ilaussitôt,Julie
n'est pas morte. A l'instant
il se jetta à bas du lit,
& passa au quadre où l'on
avoir mis les deux femmes
qu'on avoit sauvées comme
lui.
Elles avoient les bras se
le visage écorc hez
,
elles
etoient pâles, désigurees 6e
assoupies. Non, dit-il, après
avoir touché ses mains,6j
plein des transports de ta
joye, non ma Julie n'est pas
morte. Je vous dois encore
une fois la vie,Messieurs,
&mille fois davantage. La
tendre Julie, que ses paroles,
ses soûpirs & ses embrassemens
éveillerent, ouvrit
les yeux, & jettant des
regards pleins de tristesse
& de langueur sur tous les
objets dont elle étoit environnée
,elle reconnut enfin
son heureux amant,qui
échauffoit avec sa bouche
ses froides mains, qu'il arrofoit
en même temps de't
ses larmes. |
Alors nôtre Capitaine la
fit changer de lit,&lafit
porter sur le sien, où elle
reçue. plus commodément
tous les autres secours dont
elle eut besoin.
* Cependant on nous
avertit
que le souper étoit prêt.
Le Capitaine pria le Cavalier,
à qui il ne restoit plus
que le souvenir de son naufrage,
de se mettre à table
à côté de lui. Dés qu'ils furent
atable, nous nous pla-;
çâmes où le fort nous mit..
Ce repas ne fut pas si long
que celui du matin: mais
il fut certainement plus
agreable par le récit des rares
avantures que nous entendîmes.
Le nom & le portraitdu
Heros de cette histoire font
des circonstances & des ornemens
necessaires au dé.
tail que j'en vais faire.
Louis-Alexandre de Nerval
, natifde Montréal,sur
la riviere de saine Laurent,
dans le Canada, est un jeune
homme qui peut avoir
à present environ trentedeux
ou trente-trois ans. Il
est peu d'hommes en Europe
qui soient mieux faits
que lui. Son visage est noble
& regulierement beau,
son air. est simple, tendre
&.naturel; il a beaucoup
d'esprit sans étude, il est
vaillant & robuste autant
qu'un homme le puisseêtre:
enfindans quelque endroit
du monde qu'il soit, il sera
toujours regardé. comme
un de ces mortels que la
fortune semble être obligée
de preferer aux aucres.Il
avoit vingt-sixou vingtsept
ans.,lors qu'échapédu
naufrage dont jeviens de
parler
,
il nous conta à la
fin de nôtre souperles avantures
qu'on va lire.
Il y a huir ans, nous dit- que mon pere,Andréde
Nerval, qui étoit un des
plus riches habitans du Canada,
tomba malade de la
maladie dont il est mort. Il
attendit qu'il fût à l'extremité
pour faireentre cinq
enfans qu'il avoir& dont
je fuis l'aîné, un partage
égal de tous ses biens. ille
neôe le lendemain il mourut.
J'eus environ la valeur
de cent mille francs en
terre & en argent pour ma
part. Dés que je me vis le
maître de mon bien, je resolus
, pour l'augmenter,
de faire un commerce qui
pût bientôtm'enrichircomme
lui. J'équipai une fregate
de vingt canons, je
levai une troupe de braves
gens du pays, & je me mis
à la mer avec la meilleure
volonté du monde. Mes
premieres couriesfurent
assez heureuses
; je m'embarquaydeux
fois, deux
fois
fois je retournay dans ma
patrie avec de nouvelles
richesses. La troisième la
fortune nous trahir. J'avois
pris la route de Plaisance
où les ) vents contraires ôc
les grands courans m'obligerent
à relâcher
,
après
avoir été battu de la tempête
pendant près de trois.
semaines. Là j'appris que
quelques navires Hollandois
avoient déja pris pour
leur pêche des moluës la
route du grand ban de
Terre Neuve.Quoique je
sçusse bien qu'il n'y avoic
rien à gagner avec ces Pêcheurs
, je m'imaginai cependant
qu'il ne tenoit qu'à
moy de faire quelque action
déclat,&que secondé
d'une fregate legere qui
étoit avec moy, rien ne
feroit plus facile que de
ruïner leur pêche & leur
commerce pour cetteannée.
Ainsi je donnai tête;
baissée dans ce dessein, qui
eut les plus malheureuses
fuites du monde.
Huit jours après que je 1
fus sorti de Plaisance, après
avoir longtemps combattu,
les vents & les marées, je
tombai (sans pouvoir jamais
l'éviter) au milieu
d'une flote Angloise corn,'
posée de trois gros vaisseaux
qui alloienc chercher des
peaux & des fourrures sur
les confins de la Laponie
de Norvege. Mes deux fregates
marchoient à merveille
: mais les Anglois
avoient le vent sur nous. Ils
mirent toutes leurs voiles
dehors
,
& deux heures
avant la nuit ils nous joignirent.
Dabord ils me
saluerentd'une bordée de
canonssipleine, que je ne-1-
pus leur en rendre qu'line,
quireüssit fort prés
avoir brisémongrandhunier
,monmâcd.arcimbnc,
ôc m'avoir tuéplusieurs
hommes, ils me mirent sur lecôté."Mevpjftfltainsi
hors d'étatde.mer,4çferf?j
dre, je fis amener toutes
mesvoiles, &j'aimaimieux
me rendre, que voir perir
tout mon eql11page.jc:11!ifl
LeCapitaine Anglois,
qui m'avoit si maltraité, fit ;
mettre sa chaloupe & fbn;
canot à la mer;j'en fisautant
de mon côté, parce
que l'eau nous gagnoit de
toutes parts,& je me rendis
avec tout mon monde
à son bord
: mais des qu'il
Ueut vu ma frégate couler
bas, & qu'illui étoit impôt
sible de profiter du moins
des vivres que j'avois embarquées,
& dont il commençoit
à avoir besoin, il
ne songea plus qu'à se défaire
de nous; & le quatrième
jour de sa victoire
il nous mit à terre sur une
mauvaise plage, qui est
entre le Cap Noir & Tiribiri.
Il eutnéanmoins la
consideration de nous sa,
re donner des fusils avec,
un quintal de poudre ëc
autant de plomb, pour
nous aider à subsister de
nôtrechasle
,
jusqu'à ce
qu'il plût à Dieu nous tirer
de la misere où nous allions
vraifemblablemenc être incessamment
réduits. I
Alors nous partageâmes!
entre nos chasseurs la mu-1
nition dont l'Anglois nous
avoir fait present,& donc
la prise dema secondefregare
le pouvoit dedomma- j
ger dereste.
Je gagnai aussitôt avec
ma troupe ( qui fuffisoic
pour faire la conquête de
tout cet affreux pays ) le
coin d'un grand bois, qui
était à trois quarts de lieue
de la mer. Là nous choisîmes
chacun un gros arbre
pour nous en faire chacun
une maison
; & tous mes
gens
assemblez autour de
moy, j'établis, pour leur
iûretécomme pour la mienne,
la même discipline
qu'on fait observer aux
troupes les mieux réglées.
Un jour m'etant emporté
à la fuite d'un jeune ours
avec trois de mes camarades
dans cette noire forêt,
dont nous habitions
une des extremitez,j'apperçus
des tourbillons d'une
épaisse fumée, dont l'odeur
nous surprit. Nous approchâmes
sans bruit du lieu
d'où elle sortoit; & après
avoir fait environ deux cent
pas avec beaucoup de peine
, nous découvrîmes un
terrain assez cultivé; &un
peu plus loin, au milieu
d'une hauteur environnée
d'une grande quantité d'arbres
qu'on y avoir plantez.
une petite maison de char.
pente bâtie avec tout l'art
imaginable. Nous pénétrames
encore plus avant;&
aprèsavoir consideré attentivement
tous les environs
de cet édifice extraordinaire,,
nous conclûmes
qu'il étoit impossîble que
ce bâtiment ne fût voisin
de quelque ville.
Cependant, toutes nos
reflexipns faites, nous nous
trouvâmes à la porte de
cette habiration, où nous
prêtâmes attentivementl'oreille,
pour essayer de comprendre
quelque chose aux
sons de voix que nous entendions
:mais on ne peut
jamais être plus surpris que
nous le fûmes. Je vis, à la
faveur d'un trou qui étoic
à cette porte, une grande
femme étenduë sur un lit,
dressé à la hauteur d'un de-
- .t J s. mi pied de terre, couvert
des plus belles peaux qui
soient dans toute la Norvège.
Sesvêtemens étoient
de la mêmeétoffe ;
sa tête,
dont la beauté est un vrai
chef-d'oeuvre de la nature,
étoit négligemment appuyée
sur son bras droit;
son sein croit à demi découvert,
& toute son attitude
exprimoit sa langueur.
Elle chantoit alors admirablement
& en bon François
ces paroles, que je n'oublirai
jamais.
~IO -, T'*f.1 us CllITlUiS j/MJ tCftl«ji»
je riétois aimable : Je t'ai crû, maintenant tu
méprises mes feux.
Ah !qu'il me plaît,cruel, de
te voirmiserable
Autant que tufus amoureux.
Elle eut à peine cesse de
chanter, que je vis un homme,
habillé de la tête aux
pieds d'une riche fourrure
de marrhe zibeline. Il se
promenoir à grands pas
dans cette chambre, &
aprés plusieurs gestes qui
témoignaient sa douleur,
il lui chanta ce couplet à
son tour.
Quoy
,
malheureux!d'une infidelle
- J'aimerois encor la beauté!
Non, mon coeur méprise,
cruelle,
Jusqu'à ton infidelité.
Ces paroles furentsuivies
de reproches que nous ne
jugeâmes pas a propos d'éçpurer,
de peur d'être furpris
à cette porte si restions nous y plus longtemps;
nous crûmes au contraire
devoirnous en éloigner,
f charmez decettedécouverte
, & nous allâmes à
cent pas de cette maison
[ tirer uncoup de fusil, pour
| nous faire reconnoître plus
civilement des gens que
nous venions d'entendre.
Le bruit quefitcecoup
; mit aussitôt l'alarme dans
tout le pays. A l'instant
nous vîmes sortir de plusieurs
petites huttes presque
ensevelies dans la terre, ôc
que nous n'aurions jamais
fongé à prendre pour des
retraites d'hommes, au
moins un bataillon de pygmées.
Ces marmousets étoient
si petits,quechacun
de nous en auroit pu mettre
unedemi-douzaine à califourchon
sur le canon de
son fusil, & les emportet
sur l'épaulesansêtre trop
char-géi.
Ce font là precisément
les peuples qu'on appelle
des Lapons de Norvege.
Cette espece est si plaifanre,
que nous ne pûmes
pas nous empêcher de rire
de bon coeur des efforts
qu'ils faisoient pour nous
environner. Leurs peines
& leurs pas étoient accompagnez
de cris aigus, qui
attirerent vers nous leurs
femmes, qui étoient aussi
courtes qu'eux. Ainsi nous
étions, sans nous en appercevoir,
au milieu d'une
des plus grandes villes du
pays.
Cependant nous vïmcs.
sortir à la fin, de ccttcra
maison de charpente ou
nous nous étions arrêtez
trois hommes faits comme
les autres hommes. ( Cet
.édifice étoit assurément le
plus superbe Palais detoute
cette partie septentrionale
de l'Europe. ) Ces Meilleurs
étoient armez d'arcs & de
fleches, & si bienvêtus des
peaux d'ours &de chevres
dont ils étoient couverts,
qu'à peine nous leur voyiôs
les yeux.
Que cherchez
- vous
nous
nous dit l'un d'eux, dans
ces climats épouvantables ?
&
-
quel malheureux destin
vous aconduits en ces lieux?
Nôtre sort,lui répondist
je, n'est pas encore si deplorable
que vous le dites,
puisque nous avons le bonheur
de trouver en vous des
hommes qui nous entendent
;& ilme paroît à vôtre
langage, qui est François
comme le nôtre, que tout
ce que nous .pourrions
maintenant vous dire de
nôtre fortune,n'a rien qui -la
vôtre. Nous sommes, reprit
celui qui m'avoit parlé,
étrangers comme vous en
cette contrée: mais nous y
devons à un naufrage, que
nous avons fait sous d'heureux
auspices,le plus tranquile
écablissement du
monde. Venez avec nous
dans cette maison, & soyez
persuadez que nous employerons
tous nos soins à
reparer, autant que nous
le pourrons, le malheur du
vôtre.Nous leur rendîmes
mille graces de l'accueil
favorable qu'ils nous faisoient,
& nous les suivîmes
jusques chez eux, au milieu
d'une troupe de ces mirmir
dons, qui se dressoient de
toutes leurs forces sur la
pointe de leurs pieds pour
.,,
nous baiser par respect les
genoux.
Dés que nous fûmes
arrivez à la porte de cette
imaifon, la Dame que j'a-
'vois vue par un trou parut
là nos yeux. Jamais rien de
Iplus. beau ne s'étoitoffert à
tma vûe. Quel astre impittoyable
vous reduit
, nous
)dit-elle) à l'affreuse necessité
de venir mandier ici
les secours de l'hospitatité?
& quelle étoile favorable
nous procure en même
temps le bonheur de vous
offrir un azile > Entrez. Si
j'é*tois Calprenede ou Vaumo- ries, je serois dire ici de belles
choses à mon Heros. Il entra
cependant,sansrien dire à, la
Dame de ce château; il en
fut quitte pour une profonde
reverence.
Nous avions à peine traversé
la premiere chambre
de cette maison, continua
Nerval, que nous vîmes
dans une autre, qui n'en
étoit separée que par une
cloison de sapin, une centainede
Lapons & de Lapones
qui travailloient à
apprêter des peaux de bêtes.
Quittez cet ouvrage,leur
dit en leur langage la Dame
qui nous menoit,êc
hâtez vous de nous preparer
quelque choie à manger.
Ce peloton de petites
creatures se remua aussitôt
comme un essain d'abeilles,
& disparut en un moment.
Alors le Chanteur quej'avois
entendu entra d'unair
fort triste, &après avoir
salué sa Souveraine & nous,
il nous dit: Vous ne voyez
rien ici, Messieurs, qui ne
vous étonne, j'en fuis per- r dl. , suadé: mais comme nous
avons sans doute des choses
extraordinaires à nous raconcer
de part & d'autre, asseyons
nous sur ces peaux,
& en attendant qu'on nous
apporte à manger, apprenez-
nous, s'il vous plaît,
quel bizarre accident vous
ajetté sur ces bords;nous
vous rendrons ensuiteavantures
pour avantures. Je
contai aussitôt à cette nouvelle
compagnie ce que je
vous ai déja dit de ma fortune,
& l'on nous servit.
Ce repas fut composé de
laitages, de fruits, de legumes
& de viandes, sans
pain.
Une grande fille Moscovite,
originaire d'Astracan,
& qui servoit laDame
qui nous recevoir si bien,
s'assit à côté de moy pour
dîner avec nous. A la droite
elle avoir un outre plein du
jus d'un certain arbre dont
la liqueur est merveilleuse,
& à sa gauche un autre outre
plein d'eau, pour temperer
l'ardeur de l'autre
liqueur. Chaque fois que
nousvoulions boire elle
prenoit la peine de nous en
verser proprement. dans
une grande tasse de bois.
Cette fille, s'appelle Barnaga.
{1
- J
Dés que nôtredîner sur
fini, nôtrehôtesse, dont
lescharmescommençoient
à m'enyvrer autant &plus
que la liqueur que Barnaga
nous avoit fait boire, nous
? ;,. dit
-'ditqu'il étoit bien juste
qu'elle nous contât à son
>- tour ce qui lui étoit arrivé
f de plus extraordinaire dans
[ un pays où peu de gens
Vaviferoienc de chercher
[ des avantures. Nous la remerciâmes
de cette faveur,
& nous la priâmes de ne
nous dérober aucune circonstance
de son histoire.
-.
Elle nous dit qu'elle étoit
d'Hambourg,ville anfeat.
tique de la mer d'Alle nagne;
qu'elles'appelloi JulieStroffen
, fille de Cesar
;
Stroffen
; que son pere étoit
undes plusriçhes negocians-
de toute c.ç\Ce -irççjjj
que la tendressequ'elle.avoit
euë pour le Chevalier
de. (en nous montrée le
Chanteur dont j'avais par.
lé) avoit caulé tous les malheurs
de la vie; que son
pere n'avoit pas voulu.consentir
qu'elle l'épousât; que
l'amour & le desespoir les
avoient determinez às'enfuirensemble;
qu'en sa [au..
vant, ils avaient; rencontré
unnavire Angloisquialloit
dans le Nord; qu'illesavoit
pri~, qu'enfin après avoir
été battus pendant deux
jours d'une- furieusetempête
,ils étoienr venus se
briser entre le Cap Noir &;
Tiribiri. ,,-
,
Elle passa legerementsur
tous cesarticles:lais dés
qu'elle fut à celui deson
naufrage:Redoublez vôtre
attention', Messieurs,nous
dit-elle,reparti-vous
aurécit des plus éronnantes
choseskkrcfidnde'.
Onm'eutàpeine traînée
surlerivagé,que j'ouvris
les yeux. Le premier objet
qui s'offrità ma vûefutun
vieillard venerable qui (xér
moinde nôtre naufrage j
faisoit des voeux pour nôtre salut. - "ZVZ*'J3 i'3$
Nousn'étions , çç>mme
Vousinous, voyez;Aencôre,
nquaecuinfqréachgapee.zodeLC"c,9
- Des que ce bonvieillard
fut assezprès denouspopj:
nous parler:Malheureux,
nous dit- il, quevous ferie4
à plaindre-/fije:néeroyoiç
pas que leCiel, qui vous
envoyé sansdoute icipour
tdllue iftermer les Yeux--aco;l- mespasVversyous,
pour vous,prolonger! les
jours que sa bonté vous
laisse.Aussitôt s'approchant
de nous (car nous avions
tous également besoin de
secours )il nous fitavaler
plusieurs gouttes d'un baume
divin, dont la prompte
vertu: nous délivra sur le
champ des mainsdela
mort qui nousmenaçoit
encore Cet elixir n'eut pas
plutôt fait son effet,qu'il
nous dit : Arrachez-vous,
mes enfans, si vous pouvez,
du sableoùvous êtes
ensevelis, Vous n'avez pas
,de)temps a perdre, &> la
mer,à qui lereflux àravi
saproye, vous engloutira
infailliblement: dans. une
heure,si vous negagnez
pasnincessamment, cetrocher
qui fert de limite à sa
fureur.. Là frayeur que cet
avertissement nous causa
opera sur nous pfefque aussi
efficacement que le remede
qu'il nous avoir donné. Il
metendit la main pour
m'aider à me lever; & la
nature, plus forte en-ces
Messieurs qu'enmoy , fit
pourleur salut ce que l'as
sistance du vieillard laiqoit
pour le mien. <,: ;HIi Ilétoit en effet bienTemps
que nous nous sauvassions
>
&je ne puis encore me rap
peller ce funeste jour, sans;
me representer toutel'horreur
d'un si grand danger.
Nous avions à peine gagné
le faîte de ce recl-wr,,
qui n'étoitqu'à deux cent
pas denous, (lorsque nous
étions encore étendus sur
la vaze ) que nous vîmes
des montagnes d'eau venir
fondre avec violence jusqu'au-
pied de nôtre azile.
Reprenezmaintenant courage,
voyageurs infortunez,
nous dit notre vieillard,
vous n'avez déformais
plus rien à craindre; &si
vous pouvez m'accompa*-
gner jusqu'à ma petite mai--
son
,
je vous y procurerai
tous les secours dont peuvent
avoir besoin des malheureux
comme vous.
Nous le suivîmes, tremblans
de froid & mouillez
jusquaux os.
Dés que nous fûmes arrivez
chez lui, il fit étendre
danscette sallequi est
lamême que celleoùnous
| sommes)une grande quan
tité de peaux,sur lesquelles
nous nous couchâmes a prés
avoir quitte nos habits-,ôc:
en mêmetemps il ordonnai
à Barnaga
,
qui le servoit
r alors, &:. qui me sert aujourd'hui
, de prendre uniquement
soin;demoy ôc
de lui laisser celui des compagnons
de mon in forrune.
Le lendemainnous nous
trouvâmes si bien remise
que nous dînâmes avec lui.
A la fin du repas nous lui
contâmes nôtre histoire,
&en revanche il nous conta
la sienne. Je ne douce point
que, vous ne souhaitiez
ardemment l'entendre.
Je fuis, nous dit-il, nati:
d'Archangel. Cette ville est
dediée à saint Michel Ar.
change. L'on y fait presque
tout le commerce du Nord
Mon nom est Saxadero. Ja
étéainsi nommé
,. parce
qu'on me trouva sur ui
rocher peu de jours apré
ma naissance. Des paysan
qui me ramasserent mi
mirententre les mains d'u
Prêtre Grec qui demeuroi
â une journéed'Archangel.
Ce bon homme qui depuis
wingt ans qu'il étoit marie
n'avoit pu avoir d'enfans,
fut ravi du present que ces
paysans lui firent. Ilm'éleva
ravec autant de foin & de
nendresse que si j'avoiseétè
Sonpropre fils. J'appris fous
lui plusieurs Langues, &
route la formule de la Reilligion
des Grecs, qu'il enseignoit
& qu'il professoit
d'une maniéré exemplaire.
J'avois plus de 40. ans lors
qu'il mourut,& je n'étois
pas encoreassez fage pour •
profiter' desconseils
< retraité&de moderation
qu'il m'avoit donnez pe
dant savie.
,"J.c Ileuta- peinelles- ye
.fermez, qu'emporté j
mon temperament, je
mis entête de courir
monde. Je resolus de
,-
tr
verser1 par terre toute.
Tartarie & laMoscoviei
de me rendre àCaminiel
..oùle-Czar nôtre Emperc
étoit alors; Ce voyag
quoiqueterrible &lon
- me parut encore fort cet
lorsque je fus arrivé à C
minietz,d'où je partis
quinze jours après, pour
me rendre à Constantinoole,
après avoirlaisséderrdiereemBoytouutllge
Raoyraiumee
-'
Mon intention étoit de
asser en Asie, &daller
en Egypte m'instruire des
mysteres -,,-.des loix, des
listoires :$c des, religions,
Hes peuples de l'Orient.Je
xroyois y trouver parmi les
aristes débris des anciens
monumens de la vanité des
hommes,quelques vestiges
de l'élévation de ces genies
qui en avoient si long
temps imposé à cour l'un
vers. Mais jei me détour.
bientôt du succes de m
curiosite, & je ne trouv.
chez ces mortelsque: de
restes depyramides &.'(1
tombeaux
s
des rochers
des antres, des fleuves,de
animaux feroces, & rie
dans leur espritquipûtm
retracer laplus foibleima
ge de leur ancienne gran
deur. Àinsi je retournai su
mes pas,jepris la route-d
l'Europe,&je trouvaiheu
reusement i-- Constantino
ple un navire qui me porta
sen Italie, & delà en France,
qui est la feule partie du
monde où je croy que des
hommespuissentvivreavec
toutes les douceurs &tous
les agremens de la vie :mais
malheureusement la forune
ne me permettoit pas
calors de métablirune patrie
dans le sein de cet Empire.
Je me vis ainsi. forcé de me
soûmettre à la rigueur de
monétoile, & de passer en
Hollande, poury profiter
des premiers navires qui
mettroient à la voile ppur
levoyagé du Nord.
,: : EnarrivantàAmsterdat
j'entrouvai un prêt a partii
je m'y embarquai & la me
& les vents nousserviren
à merveille. De la d'Allemagne me nous entra
mes danscelle de Dane
mark, & parle Sund dan
la mer Baltique, d'où nou
perietrâmes jusqu'au son
du Golfe de Riga,oùja
chevaima navigation, pou me rendre par rerre àPles
koovv, où le Czar étoit
alors avec son armée. « Huit ou dix jours âpre:
mon
mon arrivée, je ne sçaià
quelle occasion je lui fus
presenté
, comme un homime
que tant de voyages rendoient extraordinaire
chez des peuples quine
>connoissent dautre terre&
d'autres climats què
-- d'autresclimatsqueceux
qu'ils habitent. Ce Prince me reçut de lamaniéré du
monde la plus généreuse;
& après m'avoir assuréplusieurs
fois du plaisir que lui
feroit mon attachement f.
sa personne,il m'hônorade
tant de titres &de tant de
charges, que le fardeau
m'en parut bientôt insupportable.
Je netois point
courcitan,&je pouvois encore
moinsle. devenir. Le
lait sauvage que j'avoissuccé,
la manière dont on m'avoit
élevé;&le grand air
que j'avois respiré dans tous
les climats dumonde , ne
m'avoient donné aucunes
leçons du personnage que je
devois joüer.On s'apperçut
bientôt de la dureté de mes
moeurs,on se dégoûta de me
voir dans une place que
d'autres pouvaient remplir
mieux quemoy; & enfin,au
; bout de quelques années,
une chûte precipitée fut
l'ouvrage de mon élevation.
[ Je me rendis alors la justice
> que meritoit ma disgrace,
,&. je convins en moymême
> quela douceur & lapolitesse
étoient l'appanage des
hommesquiveulent vivre
dans la societé de leurs paireils.
Il n'en fut cependant
ni plus ni moins, & je fus
obligé
, pour me rendre
iincessammentau lieu de
mon exil., de m'en retourmer
par ou j'etois venu. Cest ici le sejour qui me
fut destiné. Le navire qu
m'y amena me mit à terre
avec un valet fidele qui ne
voulut point me quitter
On me donna des armes
de la poudre, du plomb
&des grains pour ense,
mencer les terres qu'il me
plairoit de choisir pour m
liibfiftance ; ôc cespetit
peuples,mon valet &Bar
naga, que je trouvai heu
reusement ici,*
m'aideren
bâtir la petitemaison ou
nous sommes. Lavantur
qui a jette cette fille su
ces bords est si extraordinaire,
que le récit que vous
en allezentendresera infailliblement
le plusbel
ornement de cette histoire.
La Moscovite Barnaga,
de la ville d'?~M~~ peut
avoir environ trente ans. M
y en a prés de quatre qu'-
elle est dans cettecontree,
où elle vit dans la compagnie
des Lapons Norvegiens
comme si elle étoit
leur Reine. Avant de venir
en cepaïs,elle vivoitàAstra.
candans le sein de sa famille,
occupeeàtous les ouvrages
ausquelsune Elles'occupe
naturellement chezses parens,
lorsqueleplus spirituel&
leplus sçnvant,des
Lapons de ce Royaume s'avisa
de vouloir voyager. 1.1
- On dit ici tant de choses
merveilleuses de ce petit
homme, qu'on assure qu'il
avoit un Gnome particulier
qui le proregeoir. D'autres
disent qu'il enéroit un luimême.
Ce qu'il ya de plus
constant; selon moy, c'est
qu'ilavoir une connoissance
parfaite de tous les
secrets & de toutes les verus
naturcllesqui sontdans
les simples, & qu'il employoit
les plus fiers animaux
de ces deserts à tous
les usages qu'illui plaisoit.
Un jour, dis- je, (e sentant
i)..len humeur de voyager !> arrêta dans ces
forêts
une Renne. *, à qui il dit à
* Plusieursvoyagesdu NordpAr.
lent des qualitez de cetanimal, qui
yest
à peuprés dela taille d'un Cerf.
On lui dit à l'oreilleoù l'onveut
l'envoyer, ou bien le nom des lieux
où l'on veut aller avrjr lui.Aussitôt
ilva par-tout avec unevitesse admirable
, sans suivre aucune route. Éon
instinct seulle guide
,
-& il n'y a ni
fleuves, ni precipices
,
ni montagnes
qui l'arrêtent. Il sertcommunément
à tirer les trainaux.
l'oreille qu'ilvouloit se pro
mener dans l'Empire de
Tartares &dans la Moscc
vie. Cet animal docile reçu
son secret,&l'emmena pa
tout où il voulut aller. En
fin étant arrivé à Astracan
il alla loger chez la mer
de Barnaga, où ilse trouv
si content des bons traite
mensqu'onlui fit, que pa
reconnoissance,ou par in
clination il devint amou
reux de cette fille.
LeLapon ne pouvan
contenirtout le feu qui
devoroit,s'avisa de lui faire
an jour une ample déclaration
de sa tendresse. Barnagase
moqua de lui. Le
tmraégperiasàduentceetltpeofiinllte,qlu'o'uilresolut
de s'en vanger.Voici
commeil s'y prit.
Il affecta de ne lui plus
parler d'amour, & de ne
plus s'attacher qu'à caresser
à Renne qui faisoit chaque
jour presence de
Barnaga Ôc
de
sa
mere,
tous
les tours de souplesse imaginables.
Il se persuadaavec
raison que cette jeune fille
ne pourroit pas s'empêcher
àd'essayer cette monture; qui il avoit eu la precau
tion de dire tout cequ'il y
avoit à faire,si cela arrivoit.
Barnaga, charméede
cet animal, avoit plusieur
fois prié le fin Lapon dele
lui donner:mais il avoit
toujours affecté de ne pouvoir
lui faire un si grand sa
crifice; Enfin irritée de ses
refus, elle avoir resolu de ledérober, & de lui dire
qu'ils'étoit perdu dans les
bois voisins. Un jour pour
cet effet, elle se fit suivre
parla Renne jusqu'à un
quart de lieuë de la ville, où
le voyant seule, elle voulut
monter cet animal, qui se
mit a genoux comme un
chameau pour la recevoir
plus commodément: mais
elle fut à peine sur son dos,
qu'il l'emporta presque à
travers les airs, tant il avoit
de vîtesse & de legereté.
Quoyqu'il y ait un chemin
infini d'ici à Astracan, il
l'amena en trois jours dans
ce defert, où son amant le
rendit aussitôt qu'elle. Il
l'épousa presque en même
tempsavec toutes les ceremoniesdupays
,que
vous conterayune auti
fois. Il a depuisle jour
sesnoves,vécu tpujou
~v~~Uç.~ns la plusgra~
deuniondu mpad|;,& tP8
de mêmeavec eux. Ceper
dant depuis trois mois
Lapon a disparu,sans qu'o
sçache pourquoy, ni où
estallé, & personneici
sçait de ses nouvelles. Ba
~nagoem~'enoparutconsole &- coeur qu'il nerevienneja
mais. rti>,>u£iaaaoî
Lediscours de ce bon
dvierilolaridt- f.inÎt en cet 7en: nit- en"' - Vieillard finirencet!eenn^ Nous luifîmes chacun
nos remercimens de la peine
qu'il avoit prisede nous
conter tant de choses extraordinaires,
& nous le
priâmes de nous dire si
nous ne pourrions pas trouvercinq
de ses Rennes pour
nous remettre dans quelque
partie de l'Europe plus
habitable que celle où nous
étions. Non, mes enfans,
nous dit-il,je peux vous
donner aucune instruction
làdessus,& je vousjur
que je n'ai pas vu un seul d
ces animaux depuis que j
, fuis ici:mais au nomd
Dieu ne me quittez pa
que je ne sois mort ;dan
quarante mois je ne sera
plus. Dés que vous maure
renduà la terre, il viendr
quelque
- navire surcette
côte , dont le Capitain
charitable vous recevr
dans son bord , & voustre
menera dans les lieux o
vous avez tantd'impatience
de vous revoir. Il y a plu
de six semaines que ce fag
vieillard est mort, & nous
n'avons encore vu que vous,
qu'une extreme dïsgrace a
jettez sur ce rivage.
i' Le Chevalier de. qui
m'entend, me jura, deux
mois aprés nôtre naufrage,
unefoy éternelle, &m'épousa
en presence de ce
yenerable personnage donc
je viens de vous conter
l'histoire, deBarnaga, qu'-
une tendre sympathie a
fortement attachée à moy
depuis sa mort, & de ces
Messieurs qui sont nos compagnons
d'infortune. Il ya
plus d'un anqu'ils'est mis
danslatête des chagrins&
des jalousies sans fondement,
qui le precipitent
cent fois par jour dans des
abîmes de melancoliedont
rien ne peut leguerir.
Voilace que j'avais;
vous dire de mesavantures
"Au reste, songeons main
tenant auxexpediens qu
-peuvent nous tirer d'ici, &
7mettons touten usagepou
LretôUfncr'; ensemble, dan
•'-•d-esfie'uxefîlinous convien
rfëntmièux queces climat *éfK^âritabtâs*-?jDésque,
Julie eutcesse
de parler, nousnous encourageâmestous
à; travailler
aux moyens de sortir de ce
miserables pays ; &C] après
plusiers proportions.
gues & inutiles , je priai nôître
compagnie de sereposer
sur moydu soin de la délivr.
cCJ de cette région.Je
m'engageai à mettre tout
j: mon monde aprés cet our;
vrage. Je fis couper des ar..
Ë bres, donton ne un grand -nombre de mâts, de pouz
tres,de solives & de planches,
que jedestinaiàla
construction d'un navire. *
Sur ces entrefaites,le Che
valierde. tomba malade
en deux jours il fut à lex~
tremite, & le troisiéme i
mourur. Sa veuve fut long
temps inconsolable desa
perce : cependant mes soins
mes discours, la tendresse
qu'elle étoit perpuadée que
j'avois pour elle, & l'impa.
tience qu'elle avoit de re.
tourner bientôt dans une
meilleure contrée que celle
ou nous étions, (comme je
l'en assurois tous les jours,
lui rendirent bientôt son
embonpoint, ses graces ôc
sa tranquilité.
Des '¡ que nôtre vaisseau
: fut achevé, lesté, & chargé
d'eau, de poissons secs, de
chair salée, de legumes, 6c
de toutes les pauvres den-
1"rees. qui pouvoient. nous
aider à subsisterjusqu'à ce
que nous arrivassions à Plaisance,
nous nous embart
quâmes. Nous y changeâmes
pour des peaux nôtre
»bâtiment contre un autre
meilleur,nous y prîmes du
pain, du biscuit
,
du vin,
de la bierre, & tous les rafraîchissemens
dont nous
avions besoin. Enfin après
avoirvoguéleplusmalheureulement
du monde contre
les vents & la mer, nous
hommes venus,comme
vous le sçavez,Messieurs,
nous brifer ce matin sui
cette côte,& faire,pourain
dire, naufrage au port.
Je ne fais point d'autre:
remarques sur cette histoire
que celles qui sont à la mar
ge , parce que je connoi
ces pays septentrionnau
moins que ceux qui son
plus près du Soleil.
je priele Lecteur de ne pas
s'impatienter; & pour commencer
a m'acquitter avec
lui, je vais l'entretenir des
avantures de la Moscovite
& du Lapon, que j'ai promises
le mois dernier. Cependant
je le prie de me
permettre de changer le
titre de cette histoire; quoique
ces deux personnages
y jouent un rôle merveilleux
,ils n'en sont pas néanmoins
les principaux acteurs
: ainsi je croy qu'on
ne me disputera pas la liberté
de la donner fous cet
autre titre.
LE NAUFRAGE
au port.
I HISTOIRE. L y a quelques années
qu'étant à S. Malo, un de
mes amis vint un jour me
trouver, pour me prier
de l'accompagner jusqu'au
Cap *, où étoient deux vais-
* C'est un Promontoire ou pointe
de terre fort élevé à cinq lirsÚs de
S. Malo. Il y a une radeassez,
bonne, où j'amarent ordinairement
les navires qui vont à lamer, eu
qui en reviennent.
seaux qui dévoient profiter
du premier beau temps
pour mettre à la voile pour
la mer du Sud. Plusieurs de
ses amis & des miensetoient
à bord, & nous voulions
les embrasser encore une
fois avant qu'ils appareillassent.
Il etoit huit heures
du matin, le ciel était fort
clair, la chaloupe nous attendoit,
le vent étoit frais,
& les matelots commençoient
a jurer après nous,
parce qu'ils apprehendoient
que nous ne perdissions
une si belle marée,
lors qu'enfin nous nous embarquâmes
pour nous rendre
au Cap,où nous arrivâmes.
en moins d'une heure
& demie. Nos amis, qui
étoient les principaux Officiers
de ces vaisseaux, char:
mez de cette derniere vitice,
nous firent la meilleure
chere qu'ils purent.
Nous avions à peine resté
r
deux heures table,oùnous
commencions a nous mettre
en train, lorsque nous
entendîmes crier, Navire,
navire. Le vent aussitôt
changea, le ciel& la mer
s'obscurcirent, la pluye
,
la grêle, le connerré, &
les nuës, nous environnerent.
Quoique nous eussions
nos quatre ancres à la
mer,nos pilotes ne laisserent
pas de prendre des mesures
contre l'orage.Cependant
nousattendîmes patiemmét,
le verre à lamain;
&en gens que de pareils
dangersn'effrayent gueres,
tout ce qu'il en pourroit
arriver. Enfin au bout de
deux heures le vent se calma,
& le temps s'éclairit.
Mais il n'est rien d'affreux
comme l'horriblespectacle
que le retour de la lumière
offritànos yeux. Des coffres,
des cordages, des
mâts ,des planches,des
hommes,des semmes,ensintoute
l'image d'un frageépouvantablnea.u-
LesOfficiers des navires
quiétoient à l'ancre ordonnerent
à l'instant à tous
leurs matelots de mettre
toutes les chaloupes à lamer,
pour secourir, autant
qu'ilseroit possible, les malheureuxqui
perissoient
Leur zele eutun succés
assez favorable, & peu
d'hommes perirent. On
porta à bord tous ceux qui
avoient nagé avec assez
de vigueur pour attendre
le secours des matelots:
on lesdéshabilla aussitôt,
& on les jetta sur des lits,
après leur avoir fait rendre
l'eau qu'ils avoient bue.
Où suis. je, grand Dieu!
où suis-je, dit l'un de ces
hommes environ deux heures
après qu'on l'eut sauvé?
n'ai je affronté tant de perils,
n'ai
-
je brave tant de
foisla mort, que pour per-
dre au milieu du port ce
quej'avois de plus cher au
monde? Cruelsqui m'avez
sauvé avec tant d'inhumanité,
rendez-moy à ceperside
element qui vient d'enfgaliotutir
l'objet le plus parqui
fût dans la nature.
A ces mots nous nous approchâmes
du malheureux
dont nous venions d'entendre
les plaintes. Vous êtes,
lui dit aussitôt nôtre Capitaine,
avec des hommes
qui n'ont consulté que leur
inclination pour vous sauver
, &a qui vous êtes redevadevable
de la vie qu'ils vous
ont renduë. Oui, repritil,
en gemissant, je fuis avec
des hommes plus barbares
que les Scythes les plus
cruels; pourquoy ravissezvous
à la mort un miserable
qui ne doit plus songer qu'à
mourir? Non.malheureuse
Julie, non, ne me reprochez
pas un indigne retour
àla vie; vôtre mort va bientôt
être vangée par la mienne.
Cette Julie, dit le Capitaine,
en adressant la parole
à un de ses Officiers, ne seroit-
elle pas une de ces deux
femmes qui sont sur vôtre
lit? Que dites-vous,Monsieur,
reprit cet amant desesperé
? vos gens ont- ils [au.
vé deux femmes? Oui,répondit
le Capitaine. Ah si
cela est, dit-ilaussitôt,Julie
n'est pas morte. A l'instant
il se jetta à bas du lit,
& passa au quadre où l'on
avoir mis les deux femmes
qu'on avoit sauvées comme
lui.
Elles avoient les bras se
le visage écorc hez
,
elles
etoient pâles, désigurees 6e
assoupies. Non, dit-il, après
avoir touché ses mains,6j
plein des transports de ta
joye, non ma Julie n'est pas
morte. Je vous dois encore
une fois la vie,Messieurs,
&mille fois davantage. La
tendre Julie, que ses paroles,
ses soûpirs & ses embrassemens
éveillerent, ouvrit
les yeux, & jettant des
regards pleins de tristesse
& de langueur sur tous les
objets dont elle étoit environnée
,elle reconnut enfin
son heureux amant,qui
échauffoit avec sa bouche
ses froides mains, qu'il arrofoit
en même temps de't
ses larmes. |
Alors nôtre Capitaine la
fit changer de lit,&lafit
porter sur le sien, où elle
reçue. plus commodément
tous les autres secours dont
elle eut besoin.
* Cependant on nous
avertit
que le souper étoit prêt.
Le Capitaine pria le Cavalier,
à qui il ne restoit plus
que le souvenir de son naufrage,
de se mettre à table
à côté de lui. Dés qu'ils furent
atable, nous nous pla-;
çâmes où le fort nous mit..
Ce repas ne fut pas si long
que celui du matin: mais
il fut certainement plus
agreable par le récit des rares
avantures que nous entendîmes.
Le nom & le portraitdu
Heros de cette histoire font
des circonstances & des ornemens
necessaires au dé.
tail que j'en vais faire.
Louis-Alexandre de Nerval
, natifde Montréal,sur
la riviere de saine Laurent,
dans le Canada, est un jeune
homme qui peut avoir
à present environ trentedeux
ou trente-trois ans. Il
est peu d'hommes en Europe
qui soient mieux faits
que lui. Son visage est noble
& regulierement beau,
son air. est simple, tendre
&.naturel; il a beaucoup
d'esprit sans étude, il est
vaillant & robuste autant
qu'un homme le puisseêtre:
enfindans quelque endroit
du monde qu'il soit, il sera
toujours regardé. comme
un de ces mortels que la
fortune semble être obligée
de preferer aux aucres.Il
avoit vingt-sixou vingtsept
ans.,lors qu'échapédu
naufrage dont jeviens de
parler
,
il nous conta à la
fin de nôtre souperles avantures
qu'on va lire.
Il y a huir ans, nous dit- que mon pere,Andréde
Nerval, qui étoit un des
plus riches habitans du Canada,
tomba malade de la
maladie dont il est mort. Il
attendit qu'il fût à l'extremité
pour faireentre cinq
enfans qu'il avoir& dont
je fuis l'aîné, un partage
égal de tous ses biens. ille
neôe le lendemain il mourut.
J'eus environ la valeur
de cent mille francs en
terre & en argent pour ma
part. Dés que je me vis le
maître de mon bien, je resolus
, pour l'augmenter,
de faire un commerce qui
pût bientôtm'enrichircomme
lui. J'équipai une fregate
de vingt canons, je
levai une troupe de braves
gens du pays, & je me mis
à la mer avec la meilleure
volonté du monde. Mes
premieres couriesfurent
assez heureuses
; je m'embarquaydeux
fois, deux
fois
fois je retournay dans ma
patrie avec de nouvelles
richesses. La troisième la
fortune nous trahir. J'avois
pris la route de Plaisance
où les ) vents contraires ôc
les grands courans m'obligerent
à relâcher
,
après
avoir été battu de la tempête
pendant près de trois.
semaines. Là j'appris que
quelques navires Hollandois
avoient déja pris pour
leur pêche des moluës la
route du grand ban de
Terre Neuve.Quoique je
sçusse bien qu'il n'y avoic
rien à gagner avec ces Pêcheurs
, je m'imaginai cependant
qu'il ne tenoit qu'à
moy de faire quelque action
déclat,&que secondé
d'une fregate legere qui
étoit avec moy, rien ne
feroit plus facile que de
ruïner leur pêche & leur
commerce pour cetteannée.
Ainsi je donnai tête;
baissée dans ce dessein, qui
eut les plus malheureuses
fuites du monde.
Huit jours après que je 1
fus sorti de Plaisance, après
avoir longtemps combattu,
les vents & les marées, je
tombai (sans pouvoir jamais
l'éviter) au milieu
d'une flote Angloise corn,'
posée de trois gros vaisseaux
qui alloienc chercher des
peaux & des fourrures sur
les confins de la Laponie
de Norvege. Mes deux fregates
marchoient à merveille
: mais les Anglois
avoient le vent sur nous. Ils
mirent toutes leurs voiles
dehors
,
& deux heures
avant la nuit ils nous joignirent.
Dabord ils me
saluerentd'une bordée de
canonssipleine, que je ne-1-
pus leur en rendre qu'line,
quireüssit fort prés
avoir brisémongrandhunier
,monmâcd.arcimbnc,
ôc m'avoir tuéplusieurs
hommes, ils me mirent sur lecôté."Mevpjftfltainsi
hors d'étatde.mer,4çferf?j
dre, je fis amener toutes
mesvoiles, &j'aimaimieux
me rendre, que voir perir
tout mon eql11page.jc:11!ifl
LeCapitaine Anglois,
qui m'avoit si maltraité, fit ;
mettre sa chaloupe & fbn;
canot à la mer;j'en fisautant
de mon côté, parce
que l'eau nous gagnoit de
toutes parts,& je me rendis
avec tout mon monde
à son bord
: mais des qu'il
Ueut vu ma frégate couler
bas, & qu'illui étoit impôt
sible de profiter du moins
des vivres que j'avois embarquées,
& dont il commençoit
à avoir besoin, il
ne songea plus qu'à se défaire
de nous; & le quatrième
jour de sa victoire
il nous mit à terre sur une
mauvaise plage, qui est
entre le Cap Noir & Tiribiri.
Il eutnéanmoins la
consideration de nous sa,
re donner des fusils avec,
un quintal de poudre ëc
autant de plomb, pour
nous aider à subsister de
nôtrechasle
,
jusqu'à ce
qu'il plût à Dieu nous tirer
de la misere où nous allions
vraifemblablemenc être incessamment
réduits. I
Alors nous partageâmes!
entre nos chasseurs la mu-1
nition dont l'Anglois nous
avoir fait present,& donc
la prise dema secondefregare
le pouvoit dedomma- j
ger dereste.
Je gagnai aussitôt avec
ma troupe ( qui fuffisoic
pour faire la conquête de
tout cet affreux pays ) le
coin d'un grand bois, qui
était à trois quarts de lieue
de la mer. Là nous choisîmes
chacun un gros arbre
pour nous en faire chacun
une maison
; & tous mes
gens
assemblez autour de
moy, j'établis, pour leur
iûretécomme pour la mienne,
la même discipline
qu'on fait observer aux
troupes les mieux réglées.
Un jour m'etant emporté
à la fuite d'un jeune ours
avec trois de mes camarades
dans cette noire forêt,
dont nous habitions
une des extremitez,j'apperçus
des tourbillons d'une
épaisse fumée, dont l'odeur
nous surprit. Nous approchâmes
sans bruit du lieu
d'où elle sortoit; & après
avoir fait environ deux cent
pas avec beaucoup de peine
, nous découvrîmes un
terrain assez cultivé; &un
peu plus loin, au milieu
d'une hauteur environnée
d'une grande quantité d'arbres
qu'on y avoir plantez.
une petite maison de char.
pente bâtie avec tout l'art
imaginable. Nous pénétrames
encore plus avant;&
aprèsavoir consideré attentivement
tous les environs
de cet édifice extraordinaire,,
nous conclûmes
qu'il étoit impossîble que
ce bâtiment ne fût voisin
de quelque ville.
Cependant, toutes nos
reflexipns faites, nous nous
trouvâmes à la porte de
cette habiration, où nous
prêtâmes attentivementl'oreille,
pour essayer de comprendre
quelque chose aux
sons de voix que nous entendions
:mais on ne peut
jamais être plus surpris que
nous le fûmes. Je vis, à la
faveur d'un trou qui étoic
à cette porte, une grande
femme étenduë sur un lit,
dressé à la hauteur d'un de-
- .t J s. mi pied de terre, couvert
des plus belles peaux qui
soient dans toute la Norvège.
Sesvêtemens étoient
de la mêmeétoffe ;
sa tête,
dont la beauté est un vrai
chef-d'oeuvre de la nature,
étoit négligemment appuyée
sur son bras droit;
son sein croit à demi découvert,
& toute son attitude
exprimoit sa langueur.
Elle chantoit alors admirablement
& en bon François
ces paroles, que je n'oublirai
jamais.
~IO -, T'*f.1 us CllITlUiS j/MJ tCftl«ji»
je riétois aimable : Je t'ai crû, maintenant tu
méprises mes feux.
Ah !qu'il me plaît,cruel, de
te voirmiserable
Autant que tufus amoureux.
Elle eut à peine cesse de
chanter, que je vis un homme,
habillé de la tête aux
pieds d'une riche fourrure
de marrhe zibeline. Il se
promenoir à grands pas
dans cette chambre, &
aprés plusieurs gestes qui
témoignaient sa douleur,
il lui chanta ce couplet à
son tour.
Quoy
,
malheureux!d'une infidelle
- J'aimerois encor la beauté!
Non, mon coeur méprise,
cruelle,
Jusqu'à ton infidelité.
Ces paroles furentsuivies
de reproches que nous ne
jugeâmes pas a propos d'éçpurer,
de peur d'être furpris
à cette porte si restions nous y plus longtemps;
nous crûmes au contraire
devoirnous en éloigner,
f charmez decettedécouverte
, & nous allâmes à
cent pas de cette maison
[ tirer uncoup de fusil, pour
| nous faire reconnoître plus
civilement des gens que
nous venions d'entendre.
Le bruit quefitcecoup
; mit aussitôt l'alarme dans
tout le pays. A l'instant
nous vîmes sortir de plusieurs
petites huttes presque
ensevelies dans la terre, ôc
que nous n'aurions jamais
fongé à prendre pour des
retraites d'hommes, au
moins un bataillon de pygmées.
Ces marmousets étoient
si petits,quechacun
de nous en auroit pu mettre
unedemi-douzaine à califourchon
sur le canon de
son fusil, & les emportet
sur l'épaulesansêtre trop
char-géi.
Ce font là precisément
les peuples qu'on appelle
des Lapons de Norvege.
Cette espece est si plaifanre,
que nous ne pûmes
pas nous empêcher de rire
de bon coeur des efforts
qu'ils faisoient pour nous
environner. Leurs peines
& leurs pas étoient accompagnez
de cris aigus, qui
attirerent vers nous leurs
femmes, qui étoient aussi
courtes qu'eux. Ainsi nous
étions, sans nous en appercevoir,
au milieu d'une
des plus grandes villes du
pays.
Cependant nous vïmcs.
sortir à la fin, de ccttcra
maison de charpente ou
nous nous étions arrêtez
trois hommes faits comme
les autres hommes. ( Cet
.édifice étoit assurément le
plus superbe Palais detoute
cette partie septentrionale
de l'Europe. ) Ces Meilleurs
étoient armez d'arcs & de
fleches, & si bienvêtus des
peaux d'ours &de chevres
dont ils étoient couverts,
qu'à peine nous leur voyiôs
les yeux.
Que cherchez
- vous
nous
nous dit l'un d'eux, dans
ces climats épouvantables ?
&
-
quel malheureux destin
vous aconduits en ces lieux?
Nôtre sort,lui répondist
je, n'est pas encore si deplorable
que vous le dites,
puisque nous avons le bonheur
de trouver en vous des
hommes qui nous entendent
;& ilme paroît à vôtre
langage, qui est François
comme le nôtre, que tout
ce que nous .pourrions
maintenant vous dire de
nôtre fortune,n'a rien qui -la
vôtre. Nous sommes, reprit
celui qui m'avoit parlé,
étrangers comme vous en
cette contrée: mais nous y
devons à un naufrage, que
nous avons fait sous d'heureux
auspices,le plus tranquile
écablissement du
monde. Venez avec nous
dans cette maison, & soyez
persuadez que nous employerons
tous nos soins à
reparer, autant que nous
le pourrons, le malheur du
vôtre.Nous leur rendîmes
mille graces de l'accueil
favorable qu'ils nous faisoient,
& nous les suivîmes
jusques chez eux, au milieu
d'une troupe de ces mirmir
dons, qui se dressoient de
toutes leurs forces sur la
pointe de leurs pieds pour
.,,
nous baiser par respect les
genoux.
Dés que nous fûmes
arrivez à la porte de cette
imaifon, la Dame que j'a-
'vois vue par un trou parut
là nos yeux. Jamais rien de
Iplus. beau ne s'étoitoffert à
tma vûe. Quel astre impittoyable
vous reduit
, nous
)dit-elle) à l'affreuse necessité
de venir mandier ici
les secours de l'hospitatité?
& quelle étoile favorable
nous procure en même
temps le bonheur de vous
offrir un azile > Entrez. Si
j'é*tois Calprenede ou Vaumo- ries, je serois dire ici de belles
choses à mon Heros. Il entra
cependant,sansrien dire à, la
Dame de ce château; il en
fut quitte pour une profonde
reverence.
Nous avions à peine traversé
la premiere chambre
de cette maison, continua
Nerval, que nous vîmes
dans une autre, qui n'en
étoit separée que par une
cloison de sapin, une centainede
Lapons & de Lapones
qui travailloient à
apprêter des peaux de bêtes.
Quittez cet ouvrage,leur
dit en leur langage la Dame
qui nous menoit,êc
hâtez vous de nous preparer
quelque choie à manger.
Ce peloton de petites
creatures se remua aussitôt
comme un essain d'abeilles,
& disparut en un moment.
Alors le Chanteur quej'avois
entendu entra d'unair
fort triste, &après avoir
salué sa Souveraine & nous,
il nous dit: Vous ne voyez
rien ici, Messieurs, qui ne
vous étonne, j'en fuis per- r dl. , suadé: mais comme nous
avons sans doute des choses
extraordinaires à nous raconcer
de part & d'autre, asseyons
nous sur ces peaux,
& en attendant qu'on nous
apporte à manger, apprenez-
nous, s'il vous plaît,
quel bizarre accident vous
ajetté sur ces bords;nous
vous rendrons ensuiteavantures
pour avantures. Je
contai aussitôt à cette nouvelle
compagnie ce que je
vous ai déja dit de ma fortune,
& l'on nous servit.
Ce repas fut composé de
laitages, de fruits, de legumes
& de viandes, sans
pain.
Une grande fille Moscovite,
originaire d'Astracan,
& qui servoit laDame
qui nous recevoir si bien,
s'assit à côté de moy pour
dîner avec nous. A la droite
elle avoir un outre plein du
jus d'un certain arbre dont
la liqueur est merveilleuse,
& à sa gauche un autre outre
plein d'eau, pour temperer
l'ardeur de l'autre
liqueur. Chaque fois que
nousvoulions boire elle
prenoit la peine de nous en
verser proprement. dans
une grande tasse de bois.
Cette fille, s'appelle Barnaga.
{1
- J
Dés que nôtredîner sur
fini, nôtrehôtesse, dont
lescharmescommençoient
à m'enyvrer autant &plus
que la liqueur que Barnaga
nous avoit fait boire, nous
? ;,. dit
-'ditqu'il étoit bien juste
qu'elle nous contât à son
>- tour ce qui lui étoit arrivé
f de plus extraordinaire dans
[ un pays où peu de gens
Vaviferoienc de chercher
[ des avantures. Nous la remerciâmes
de cette faveur,
& nous la priâmes de ne
nous dérober aucune circonstance
de son histoire.
-.
Elle nous dit qu'elle étoit
d'Hambourg,ville anfeat.
tique de la mer d'Alle nagne;
qu'elles'appelloi JulieStroffen
, fille de Cesar
;
Stroffen
; que son pere étoit
undes plusriçhes negocians-
de toute c.ç\Ce -irççjjj
que la tendressequ'elle.avoit
euë pour le Chevalier
de. (en nous montrée le
Chanteur dont j'avais par.
lé) avoit caulé tous les malheurs
de la vie; que son
pere n'avoit pas voulu.consentir
qu'elle l'épousât; que
l'amour & le desespoir les
avoient determinez às'enfuirensemble;
qu'en sa [au..
vant, ils avaient; rencontré
unnavire Angloisquialloit
dans le Nord; qu'illesavoit
pri~, qu'enfin après avoir
été battus pendant deux
jours d'une- furieusetempête
,ils étoienr venus se
briser entre le Cap Noir &;
Tiribiri. ,,-
,
Elle passa legerementsur
tous cesarticles:lais dés
qu'elle fut à celui deson
naufrage:Redoublez vôtre
attention', Messieurs,nous
dit-elle,reparti-vous
aurécit des plus éronnantes
choseskkrcfidnde'.
Onm'eutàpeine traînée
surlerivagé,que j'ouvris
les yeux. Le premier objet
qui s'offrità ma vûefutun
vieillard venerable qui (xér
moinde nôtre naufrage j
faisoit des voeux pour nôtre salut. - "ZVZ*'J3 i'3$
Nousn'étions , çç>mme
Vousinous, voyez;Aencôre,
nquaecuinfqréachgapee.zodeLC"c,9
- Des que ce bonvieillard
fut assezprès denouspopj:
nous parler:Malheureux,
nous dit- il, quevous ferie4
à plaindre-/fije:néeroyoiç
pas que leCiel, qui vous
envoyé sansdoute icipour
tdllue iftermer les Yeux--aco;l- mespasVversyous,
pour vous,prolonger! les
jours que sa bonté vous
laisse.Aussitôt s'approchant
de nous (car nous avions
tous également besoin de
secours )il nous fitavaler
plusieurs gouttes d'un baume
divin, dont la prompte
vertu: nous délivra sur le
champ des mainsdela
mort qui nousmenaçoit
encore Cet elixir n'eut pas
plutôt fait son effet,qu'il
nous dit : Arrachez-vous,
mes enfans, si vous pouvez,
du sableoùvous êtes
ensevelis, Vous n'avez pas
,de)temps a perdre, &> la
mer,à qui lereflux àravi
saproye, vous engloutira
infailliblement: dans. une
heure,si vous negagnez
pasnincessamment, cetrocher
qui fert de limite à sa
fureur.. Là frayeur que cet
avertissement nous causa
opera sur nous pfefque aussi
efficacement que le remede
qu'il nous avoir donné. Il
metendit la main pour
m'aider à me lever; & la
nature, plus forte en-ces
Messieurs qu'enmoy , fit
pourleur salut ce que l'as
sistance du vieillard laiqoit
pour le mien. <,: ;HIi Ilétoit en effet bienTemps
que nous nous sauvassions
>
&je ne puis encore me rap
peller ce funeste jour, sans;
me representer toutel'horreur
d'un si grand danger.
Nous avions à peine gagné
le faîte de ce recl-wr,,
qui n'étoitqu'à deux cent
pas denous, (lorsque nous
étions encore étendus sur
la vaze ) que nous vîmes
des montagnes d'eau venir
fondre avec violence jusqu'au-
pied de nôtre azile.
Reprenezmaintenant courage,
voyageurs infortunez,
nous dit notre vieillard,
vous n'avez déformais
plus rien à craindre; &si
vous pouvez m'accompa*-
gner jusqu'à ma petite mai--
son
,
je vous y procurerai
tous les secours dont peuvent
avoir besoin des malheureux
comme vous.
Nous le suivîmes, tremblans
de froid & mouillez
jusquaux os.
Dés que nous fûmes arrivez
chez lui, il fit étendre
danscette sallequi est
lamême que celleoùnous
| sommes)une grande quan
tité de peaux,sur lesquelles
nous nous couchâmes a prés
avoir quitte nos habits-,ôc:
en mêmetemps il ordonnai
à Barnaga
,
qui le servoit
r alors, &:. qui me sert aujourd'hui
, de prendre uniquement
soin;demoy ôc
de lui laisser celui des compagnons
de mon in forrune.
Le lendemainnous nous
trouvâmes si bien remise
que nous dînâmes avec lui.
A la fin du repas nous lui
contâmes nôtre histoire,
&en revanche il nous conta
la sienne. Je ne douce point
que, vous ne souhaitiez
ardemment l'entendre.
Je fuis, nous dit-il, nati:
d'Archangel. Cette ville est
dediée à saint Michel Ar.
change. L'on y fait presque
tout le commerce du Nord
Mon nom est Saxadero. Ja
étéainsi nommé
,. parce
qu'on me trouva sur ui
rocher peu de jours apré
ma naissance. Des paysan
qui me ramasserent mi
mirententre les mains d'u
Prêtre Grec qui demeuroi
â une journéed'Archangel.
Ce bon homme qui depuis
wingt ans qu'il étoit marie
n'avoit pu avoir d'enfans,
fut ravi du present que ces
paysans lui firent. Ilm'éleva
ravec autant de foin & de
nendresse que si j'avoiseétè
Sonpropre fils. J'appris fous
lui plusieurs Langues, &
route la formule de la Reilligion
des Grecs, qu'il enseignoit
& qu'il professoit
d'une maniéré exemplaire.
J'avois plus de 40. ans lors
qu'il mourut,& je n'étois
pas encoreassez fage pour •
profiter' desconseils
< retraité&de moderation
qu'il m'avoit donnez pe
dant savie.
,"J.c Ileuta- peinelles- ye
.fermez, qu'emporté j
mon temperament, je
mis entête de courir
monde. Je resolus de
,-
tr
verser1 par terre toute.
Tartarie & laMoscoviei
de me rendre àCaminiel
..oùle-Czar nôtre Emperc
étoit alors; Ce voyag
quoiqueterrible &lon
- me parut encore fort cet
lorsque je fus arrivé à C
minietz,d'où je partis
quinze jours après, pour
me rendre à Constantinoole,
après avoirlaisséderrdiereemBoytouutllge
Raoyraiumee
-'
Mon intention étoit de
asser en Asie, &daller
en Egypte m'instruire des
mysteres -,,-.des loix, des
listoires :$c des, religions,
Hes peuples de l'Orient.Je
xroyois y trouver parmi les
aristes débris des anciens
monumens de la vanité des
hommes,quelques vestiges
de l'élévation de ces genies
qui en avoient si long
temps imposé à cour l'un
vers. Mais jei me détour.
bientôt du succes de m
curiosite, & je ne trouv.
chez ces mortelsque: de
restes depyramides &.'(1
tombeaux
s
des rochers
des antres, des fleuves,de
animaux feroces, & rie
dans leur espritquipûtm
retracer laplus foibleima
ge de leur ancienne gran
deur. Àinsi je retournai su
mes pas,jepris la route-d
l'Europe,&je trouvaiheu
reusement i-- Constantino
ple un navire qui me porta
sen Italie, & delà en France,
qui est la feule partie du
monde où je croy que des
hommespuissentvivreavec
toutes les douceurs &tous
les agremens de la vie :mais
malheureusement la forune
ne me permettoit pas
calors de métablirune patrie
dans le sein de cet Empire.
Je me vis ainsi. forcé de me
soûmettre à la rigueur de
monétoile, & de passer en
Hollande, poury profiter
des premiers navires qui
mettroient à la voile ppur
levoyagé du Nord.
,: : EnarrivantàAmsterdat
j'entrouvai un prêt a partii
je m'y embarquai & la me
& les vents nousserviren
à merveille. De la d'Allemagne me nous entra
mes danscelle de Dane
mark, & parle Sund dan
la mer Baltique, d'où nou
perietrâmes jusqu'au son
du Golfe de Riga,oùja
chevaima navigation, pou me rendre par rerre àPles
koovv, où le Czar étoit
alors avec son armée. « Huit ou dix jours âpre:
mon
mon arrivée, je ne sçaià
quelle occasion je lui fus
presenté
, comme un homime
que tant de voyages rendoient extraordinaire
chez des peuples quine
>connoissent dautre terre&
d'autres climats què
-- d'autresclimatsqueceux
qu'ils habitent. Ce Prince me reçut de lamaniéré du
monde la plus généreuse;
& après m'avoir assuréplusieurs
fois du plaisir que lui
feroit mon attachement f.
sa personne,il m'hônorade
tant de titres &de tant de
charges, que le fardeau
m'en parut bientôt insupportable.
Je netois point
courcitan,&je pouvois encore
moinsle. devenir. Le
lait sauvage que j'avoissuccé,
la manière dont on m'avoit
élevé;&le grand air
que j'avois respiré dans tous
les climats dumonde , ne
m'avoient donné aucunes
leçons du personnage que je
devois joüer.On s'apperçut
bientôt de la dureté de mes
moeurs,on se dégoûta de me
voir dans une place que
d'autres pouvaient remplir
mieux quemoy; & enfin,au
; bout de quelques années,
une chûte precipitée fut
l'ouvrage de mon élevation.
[ Je me rendis alors la justice
> que meritoit ma disgrace,
,&. je convins en moymême
> quela douceur & lapolitesse
étoient l'appanage des
hommesquiveulent vivre
dans la societé de leurs paireils.
Il n'en fut cependant
ni plus ni moins, & je fus
obligé
, pour me rendre
iincessammentau lieu de
mon exil., de m'en retourmer
par ou j'etois venu. Cest ici le sejour qui me
fut destiné. Le navire qu
m'y amena me mit à terre
avec un valet fidele qui ne
voulut point me quitter
On me donna des armes
de la poudre, du plomb
&des grains pour ense,
mencer les terres qu'il me
plairoit de choisir pour m
liibfiftance ; ôc cespetit
peuples,mon valet &Bar
naga, que je trouvai heu
reusement ici,*
m'aideren
bâtir la petitemaison ou
nous sommes. Lavantur
qui a jette cette fille su
ces bords est si extraordinaire,
que le récit que vous
en allezentendresera infailliblement
le plusbel
ornement de cette histoire.
La Moscovite Barnaga,
de la ville d'?~M~~ peut
avoir environ trente ans. M
y en a prés de quatre qu'-
elle est dans cettecontree,
où elle vit dans la compagnie
des Lapons Norvegiens
comme si elle étoit
leur Reine. Avant de venir
en cepaïs,elle vivoitàAstra.
candans le sein de sa famille,
occupeeàtous les ouvrages
ausquelsune Elles'occupe
naturellement chezses parens,
lorsqueleplus spirituel&
leplus sçnvant,des
Lapons de ce Royaume s'avisa
de vouloir voyager. 1.1
- On dit ici tant de choses
merveilleuses de ce petit
homme, qu'on assure qu'il
avoit un Gnome particulier
qui le proregeoir. D'autres
disent qu'il enéroit un luimême.
Ce qu'il ya de plus
constant; selon moy, c'est
qu'ilavoir une connoissance
parfaite de tous les
secrets & de toutes les verus
naturcllesqui sontdans
les simples, & qu'il employoit
les plus fiers animaux
de ces deserts à tous
les usages qu'illui plaisoit.
Un jour, dis- je, (e sentant
i)..len humeur de voyager !> arrêta dans ces
forêts
une Renne. *, à qui il dit à
* Plusieursvoyagesdu NordpAr.
lent des qualitez de cetanimal, qui
yest
à peuprés dela taille d'un Cerf.
On lui dit à l'oreilleoù l'onveut
l'envoyer, ou bien le nom des lieux
où l'on veut aller avrjr lui.Aussitôt
ilva par-tout avec unevitesse admirable
, sans suivre aucune route. Éon
instinct seulle guide
,
-& il n'y a ni
fleuves, ni precipices
,
ni montagnes
qui l'arrêtent. Il sertcommunément
à tirer les trainaux.
l'oreille qu'ilvouloit se pro
mener dans l'Empire de
Tartares &dans la Moscc
vie. Cet animal docile reçu
son secret,&l'emmena pa
tout où il voulut aller. En
fin étant arrivé à Astracan
il alla loger chez la mer
de Barnaga, où ilse trouv
si content des bons traite
mensqu'onlui fit, que pa
reconnoissance,ou par in
clination il devint amou
reux de cette fille.
LeLapon ne pouvan
contenirtout le feu qui
devoroit,s'avisa de lui faire
an jour une ample déclaration
de sa tendresse. Barnagase
moqua de lui. Le
tmraégperiasàduentceetltpeofiinllte,qlu'o'uilresolut
de s'en vanger.Voici
commeil s'y prit.
Il affecta de ne lui plus
parler d'amour, & de ne
plus s'attacher qu'à caresser
à Renne qui faisoit chaque
jour presence de
Barnaga Ôc
de
sa
mere,
tous
les tours de souplesse imaginables.
Il se persuadaavec
raison que cette jeune fille
ne pourroit pas s'empêcher
àd'essayer cette monture; qui il avoit eu la precau
tion de dire tout cequ'il y
avoit à faire,si cela arrivoit.
Barnaga, charméede
cet animal, avoit plusieur
fois prié le fin Lapon dele
lui donner:mais il avoit
toujours affecté de ne pouvoir
lui faire un si grand sa
crifice; Enfin irritée de ses
refus, elle avoir resolu de ledérober, & de lui dire
qu'ils'étoit perdu dans les
bois voisins. Un jour pour
cet effet, elle se fit suivre
parla Renne jusqu'à un
quart de lieuë de la ville, où
le voyant seule, elle voulut
monter cet animal, qui se
mit a genoux comme un
chameau pour la recevoir
plus commodément: mais
elle fut à peine sur son dos,
qu'il l'emporta presque à
travers les airs, tant il avoit
de vîtesse & de legereté.
Quoyqu'il y ait un chemin
infini d'ici à Astracan, il
l'amena en trois jours dans
ce defert, où son amant le
rendit aussitôt qu'elle. Il
l'épousa presque en même
tempsavec toutes les ceremoniesdupays
,que
vous conterayune auti
fois. Il a depuisle jour
sesnoves,vécu tpujou
~v~~Uç.~ns la plusgra~
deuniondu mpad|;,& tP8
de mêmeavec eux. Ceper
dant depuis trois mois
Lapon a disparu,sans qu'o
sçache pourquoy, ni où
estallé, & personneici
sçait de ses nouvelles. Ba
~nagoem~'enoparutconsole &- coeur qu'il nerevienneja
mais. rti>,>u£iaaaoî
Lediscours de ce bon
dvierilolaridt- f.inÎt en cet 7en: nit- en"' - Vieillard finirencet!eenn^ Nous luifîmes chacun
nos remercimens de la peine
qu'il avoit prisede nous
conter tant de choses extraordinaires,
& nous le
priâmes de nous dire si
nous ne pourrions pas trouvercinq
de ses Rennes pour
nous remettre dans quelque
partie de l'Europe plus
habitable que celle où nous
étions. Non, mes enfans,
nous dit-il,je peux vous
donner aucune instruction
làdessus,& je vousjur
que je n'ai pas vu un seul d
ces animaux depuis que j
, fuis ici:mais au nomd
Dieu ne me quittez pa
que je ne sois mort ;dan
quarante mois je ne sera
plus. Dés que vous maure
renduà la terre, il viendr
quelque
- navire surcette
côte , dont le Capitain
charitable vous recevr
dans son bord , & voustre
menera dans les lieux o
vous avez tantd'impatience
de vous revoir. Il y a plu
de six semaines que ce fag
vieillard est mort, & nous
n'avons encore vu que vous,
qu'une extreme dïsgrace a
jettez sur ce rivage.
i' Le Chevalier de. qui
m'entend, me jura, deux
mois aprés nôtre naufrage,
unefoy éternelle, &m'épousa
en presence de ce
yenerable personnage donc
je viens de vous conter
l'histoire, deBarnaga, qu'-
une tendre sympathie a
fortement attachée à moy
depuis sa mort, & de ces
Messieurs qui sont nos compagnons
d'infortune. Il ya
plus d'un anqu'ils'est mis
danslatête des chagrins&
des jalousies sans fondement,
qui le precipitent
cent fois par jour dans des
abîmes de melancoliedont
rien ne peut leguerir.
Voilace que j'avais;
vous dire de mesavantures
"Au reste, songeons main
tenant auxexpediens qu
-peuvent nous tirer d'ici, &
7mettons touten usagepou
LretôUfncr'; ensemble, dan
•'-•d-esfie'uxefîlinous convien
rfëntmièux queces climat *éfK^âritabtâs*-?jDésque,
Julie eutcesse
de parler, nousnous encourageâmestous
à; travailler
aux moyens de sortir de ce
miserables pays ; &C] après
plusiers proportions.
gues & inutiles , je priai nôître
compagnie de sereposer
sur moydu soin de la délivr.
cCJ de cette région.Je
m'engageai à mettre tout
j: mon monde aprés cet our;
vrage. Je fis couper des ar..
Ë bres, donton ne un grand -nombre de mâts, de pouz
tres,de solives & de planches,
que jedestinaiàla
construction d'un navire. *
Sur ces entrefaites,le Che
valierde. tomba malade
en deux jours il fut à lex~
tremite, & le troisiéme i
mourur. Sa veuve fut long
temps inconsolable desa
perce : cependant mes soins
mes discours, la tendresse
qu'elle étoit perpuadée que
j'avois pour elle, & l'impa.
tience qu'elle avoit de re.
tourner bientôt dans une
meilleure contrée que celle
ou nous étions, (comme je
l'en assurois tous les jours,
lui rendirent bientôt son
embonpoint, ses graces ôc
sa tranquilité.
Des '¡ que nôtre vaisseau
: fut achevé, lesté, & chargé
d'eau, de poissons secs, de
chair salée, de legumes, 6c
de toutes les pauvres den-
1"rees. qui pouvoient. nous
aider à subsisterjusqu'à ce
que nous arrivassions à Plaisance,
nous nous embart
quâmes. Nous y changeâmes
pour des peaux nôtre
»bâtiment contre un autre
meilleur,nous y prîmes du
pain, du biscuit
,
du vin,
de la bierre, & tous les rafraîchissemens
dont nous
avions besoin. Enfin après
avoirvoguéleplusmalheureulement
du monde contre
les vents & la mer, nous
hommes venus,comme
vous le sçavez,Messieurs,
nous brifer ce matin sui
cette côte,& faire,pourain
dire, naufrage au port.
Je ne fais point d'autre:
remarques sur cette histoire
que celles qui sont à la mar
ge , parce que je connoi
ces pays septentrionnau
moins que ceux qui son
plus près du Soleil.
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Résumé : LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Le narrateur s'excuse pour le retard et décide de raconter les aventures de la Moscovite et du Lapon, rebaptisant l'histoire 'Le Naufrage au port'. À Saint-Malo, il accompagne un ami au Cap pour voir des vaisseaux prêts à partir pour la mer du Sud. Un orage éclate, provoquant le naufrage d'un navire. Les survivants, dont un homme désespéré pleurant la perte de sa bien-aimée Julie, sont secourus. Julie est également sauvée et retrouve son amant. L'histoire est celle de Louis-Alexandre de Nerval, un jeune Canadien qui raconte son propre naufrage, sa capture par des Anglais, et sa survie en Laponie. En Laponie, Nerval et ses compagnons découvrent une maison habitée par une femme et un homme chantant en français, exprimant leur douleur amoureuse. Ils se révèlent pour éviter d'être pris pour des espions. Ils rencontrent ensuite des pygmées identifiés comme des Lapons de Norvège, suivis par trois hommes armés d'arcs et de flèches, vêtus de peaux d'ours et de chèvres. Ces hommes parlent français et offrent leur aide. Ils conduisent les narrateurs dans une maison où ils rencontrent Julie Stroffen, originaire d'Hambourg. Elle raconte son histoire : elle s'est enfuie avec le chevalier après que son père a refusé leur mariage. Ils ont survécu à un naufrage grâce à un vieillard nommé Saxadero, qui leur a donné un baume divin. Saxadero raconte son parcours : né à Archangel, il a voyagé à travers la Tartarie, la Moscovie, et l'Asie avant de retourner en Europe. Présenté au Czar, il a été couvert de titres et de charges, mais a été démis de ses fonctions pour son incapacité à s'adapter à la cour. Le narrateur, après avoir reconnu la nécessité de la douceur et de la politesse pour vivre en société, est exilé et doit revenir sur ses pas. Il rencontre Barnaga, une Moscovite de trente ans, vivant avec des Lapons norvégiens depuis quatre ans. Avant son arrivée, elle vivait à Astrakan et fut séduite par un Lapon doté de connaissances exceptionnelles en simples et en animaux. Le Lapon l'enlève et l'épouse, mais disparaît trois mois plus tard, laissant Barnaga inconsolable. Le narrateur et ses compagnons, naufragés, écoutent l'histoire de Barnaga racontée par un vieillard. Ce dernier promet qu'un navire viendra les secourir après sa mort, ce qui se réalise six semaines plus tard. Le Chevalier de meurt deux mois après le naufrage. Sa veuve, Julie, est consolée par le narrateur qui construit un navire pour quitter cette région inhospitalière. Après avoir achevé le navire et navigué contre les vents, ils finissent par échouer sur la côte où ils se trouvent actuellement.
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20
p. 289-296
Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Début :
Je tiendray avec le temps toutes les paroles que j'ay données [...]
Mots clefs :
Europe, Événements, Nouvelles, Affaires, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Je tiendray avec le temps
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
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Résumé : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
L'auteur d'un ouvrage historique expose ses intentions et les sujets qu'il compte aborder. Parmi les événements marquants, il cite la guerre entre les Princes du Nord, le siège de Barcelone, la mort inattendue de la Reine de Grande-Bretagne, et la célébration de Baden. Il souhaite traiter ces sujets avec la solennité requise par l'histoire. L'auteur anticipe des critiques et des préjugés, mais sollicite les conseils du public pour améliorer son travail. Il souligne l'insuffisance des informations disponibles sur les affaires de la Pologne, du Danemark, de la Moscovie, de la Suède et de la Hongrie, et l'importance des lettres et mémoires particuliers pour enrichir son récit. L'ouvrage sera structuré en chapitres, débutant par les origines des événements, et se concentrera sur des faits véridiques sans jugements politiques. En attendant, l'auteur publiera des extraits de lettres reçues.
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21
p. 1074-1086
PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
Début :
Feu M. le Marêchal d'Huxelles, auroit fort souhaité de voir paroître [...]
Mots clefs :
Europe, Sciences, Philosophie, Athées, Traité du Droit Public, Art de commander, Art de civiliser les hommes
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texteReconnaissance textuelle : PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
PROJET
D'un Traité complet du Droit Public.
Eu M. le Maréchal d'Huxelles , au-
Froit fort souhaité de voir paroître
pendant sa vie un Traité du Droit public.
Le besoin qu'il en avoit éprouvé à
la Guerre , dans ses Gouvernemens , et
dans les Conseils du Roy , excitoit son
zéle là - dessus. Il disoit que la litterature
étoit féconde en livres excellens ; mais
que , pour le malheur du monde , le plus
excellent de tous les livres , celui qui devoit
apprendre aux hommes à comman
der et à obeir , étoit encore à désirer.
Entrons ici dans la plainte de ce grand
Ministre. Elle est juste , et peut -être
va-t'elle devenir utile. L'Europe se plaît
à mettre les sciences dans leur plus haut
éclat , et elle ne daigne pas jetter les yeu
sur celle- cy. Les Académies retentissent
des bruits harmonieux de la Philosophie,
de la Medecine , du Droit Civil ; Il est
peu d'Ecoles pour le Droit Public. Les
Sages de tous les tems semblent s'être entendus
à ne nous en donner que de simples
notions ; rien n'est achevé à cet égard
dans
MA Y. 1737. 1075
peu
dans leurs ouvrages. Le grand Legisla
teur , qui a si dignement parlé du Droit
divin , et du Droit humain , n'a touché
que legerement le Droit public; et le
qui lui en est échapé ,forme à peine quelque
partie du Droit particulier des Juifs.
Platon et Aristote ne nous ont pas donné
des Traitez complets de politique. Les
belles parties qu'ils nous en ont laissées ,
font seulement desirer un tout accompli
Leurs maximes d'ailleurs sont souvent
accommodées à leurs tems , à leurs pays ,
à leurs moeurs , et ne portent guére audelà
du Danube , et du Gange. Les Romains
, qui dans les liens de l'Empire ou
de l'alliance , contenoient tous les Peuples
de la Terre devoient à leur gloire
un corps du Droit public , comme ils en
ont donné un excellent du Droit particu
fier. Ils ne manquoient ni de grands Maitres
ni d'habiles Praticiens. Les Scipions
et les Papiniens naissoient chez eux à
l'ombre des faisseaux et des lauriers . Cependant
les Romains ont été steriles sur
le Droit public, et leur zéle si vanté pour
le bien commun , n'a pas excedé les bornes
de la patrie . Les politiques d'aprés
eux , ceux , qui dans la ruine de leur Êmpire
, ont recueilli les restes de leur sagesse
; Les Morus , les Campanelle , les Bodim
1076 MERCURE DE FRANCE .
din , les Grotius , les Puffendorff , tous
ces heritiers de leur sçavoir , se sont contentez
de nous transmettre quelques parties
du Droit public. Nul d'entre- eux ne
nous en a donné le corps achevé. Une prévention
même a resisté chez eux à l'en
treprise ; c'est qu'à l'exemple des Grecs ,
ils se sont asservis aux pays , et aux moeurs.
Le Droit public entre leurs mains est devenu
une politique Européene . Les peuples
éloignés , les voisins , les Turcs même
ont refusé d'y souscrire , et ce qui est
affligeant , les Sauvages n'ont pas été instruits
, et les Athées ( s'il fût jamais des
Athées au monde ) sont demeurés dans
leurs illusions.
Il manque donc à la terre un Traité du
Droit Public , qui soit universel , et que
nul homme ne puisse décliner. Ce Droit
estau- dessus des temps,des lieux , des conjonctures
, des usages. Il part du sein de
la Divinité , et raporte tout à la Divinité,
C'est lui qui nous découvre un premier
Etre invisible à nos sens , visible à nôtre
esprit , qui a tout fait , qui conserve tour
etqui appelle tout à lui . C'est lui qui nous
apprend que la Loi de ce premier Erre
est stable comme l'axe du monde : qu'elle
est douce , interessante , propre à lier les
Nations , les familles , les Personnes ; ca←
pable
MAY. 1731 . 1077
1
pable d'assurer la paix , de prévenir la
discorde , de faire régner le paisible travail
, et le repos laborieux ; propre à concilier
l'homme avec son auteur , et avec
lui même. C'est lui enfin qui dégageant
l'ame du poids de la cupidité , et des passions
, l'éleve à la pureté de son état , et
à la possession du bien souverain.
Ces hautes prérogatives m'ont presque
fait rencherir sur le zéle du Marêchal
d'Huxelles. J'ai souhaité de voir le Droit
public non seulement dans l'état des autres
Sciences ; mais dans un état plus facile
, plus agréable , plus simple ; tel que
les Maîtres du monde , ceux qui peuvent
le devenir , les Magistrats , les personnes
de toutes conditions , de tout sexe , de
tout age , en recherchassent avidement la
connoissance. J'ai attendu ce Chef- d'oeu
vre du celebre M. Domat , qui sembloit
l'avoir promis , et qui étoit si capable de
l'accomplir. Une mort trop prompte nous
l'a enlevé. Mes esperances ont tourné du
côté du Barreau , et de l'Académie , où
la vertu ne céde en rien à la science ; Mais
les Illustres de ces ordres ont été , comme
les Demosténes et les Cicerons , jettés
par leur merite dans le torrent des affaires
; et le Droit public est demeuré.
Ainsi lassé d'attendre , et d'ailleurs persuadé
T078 MERCURE DE FRANCE.
>
suadé par une longue meditation , que
l'ouvrage , quelque grand qu'il paroisse
n'est pas impossible , et que même il est
facile et agreable à quiconque ose l'entreprendre
; je fais moi- même ce que mes
voeux ont long-temps déferé aux autres ,
et j'offre à l'Univers le Traité complet du
Droit Public.
Pour le presenter dignement , je crois
en devoir tirer ici l'Analise , et la faire
passer dans tous les pays , où la raison est
connuë, afin que les sages soient par tout
invitez à m'honorer de leurs avis critiques
, et à me communiquer leurs lumieres,
Le Droit public est l'Art de commander
et d'obéir ; on peut encore le définir Art
de civiliser les hommes et de les conduire au
souverain bien.
Il se divise en quatre parties, la premicre
a pour objet la constitution des Etats ,
et des Ordres qui les composent,
La seconde traite du Gouvernement
interieur des Etats.
La troisième du Gouvernement exterieur.
La quatrième de la Guerre et de la Paix.
PREMIERE
MAY. 1079 1731
Premiere Partie,de la Constitution des Etats,
et des Ordres qui les composent.
1 Chap. L'ordre de l'Univers est là
régle fondamentale du Droit public , et
de la Politique.
2. La destination des hommes dans
l'ordre de l'Univers , est de cultiver la
terre , et d'aspirer au souverain bien.
3. Pour accomplir cette destination ,
les hommes ont besoin de s'unir en so
cieté .
4. Pour s'unir en societé les hommes
sont obligés d'ériger au dessus d'eux une
puissance publique,
5. Droits de la puissance publique sur
les hommes qui l'ont érigée.
6. Ces droits s'étendent sur quelques.
hommes même qui ne l'ont pas érigée.
7. Ressorts de la puissance publique.
8. La puissance publique est déférée à
un seul homme ou à plusieurs ensemble
ou séparement.
9. la puissance publique est déférée à
une femme.
10. Engagemens de celui et de ceux
à qui la puissance publique est déferée ..
11. Engagemens de ceux qui ont déferé
la puissance publique ,, et de leurs
successeurs..
12
1080 MERCURE DE FRANCE
12. Portrait d'un Prince accompli.
13. Portrait d'un sage Citoyen.
14. Le dépôt de la puissance publique
forme un Corps politique appellé Etat.
15. Etat Monarchique.
16. Etat Aristocratique .
17. Etat Démocratique ou populaire .
18. Etat composé.
19. Parallele de ces différens Etats .
20. Splendeur , variation décadence ,
dissolution des Etats.
21. Des Monarques , Rois , Chefs_de
Nations .
22. Des Rois mineurs.
23. De la Tutele , Curatele et éduca
sation des Rois mineurs.
24. De la Régence des Royaumes pendant
la minorité , la maladie , l'absence ,
la détention des Rois .
25. Du pouvoir des Régens .
26. Du Sacre et Couronnement des
Rois.
27. De la majorité des Rois .
28. Du Mariage des Rois .
29. Des Epouses des Rois.
30. Du Mariage des Reines , qui regnent
par elles -mêmes .
31. Des Epoux de ces Reines .
32. De l'union des Rois , et des Reines,
de leur résidence , et du raport de leurs
Etats. 33.
MAY. 17317 1081
.
33. Des Conseils des Rois.
34. Des Ministres des Rois.
35. Des Confidens des Rois.
36. Des Amis et des Favoris des Rois.
37. Des Courtisans.
38. Des Magistrats , Chefs de Républiques
, de leur pouvoir et de leurs personnes.
39. De la veneration due à tous ceux
qui exercent la puissance publique par
eux-mêmes ou par commission.
40. Des égards dûs aux Palais , et à
tous les lieux où s'exerce la puissance
publique.
41. Des infirmitez naturelles et accidentelles
de quelques Rois.
42. Des Absences , Voyages et Caprivité
des Rois.
43. Des Cessions et Abdications des
Rois , et de leur retour à la Couronne .
44. Des Testamens des Rois.
45. De la Mort des Rois.
46. Des Enfans des Rois et des Reines,
et de leur maniere de succeder aux Couronnes
paternelles et maternelles.
47. Des Heritiers Patrimoniaux , Légitimes
, Testamenraires , Directs et Collateraux
des Rois.
48. Des Princes et Princesses du Sang
des Rois.
49.
1082 MERCURE DE FRANCE
49. Des Prêtres.
fo . Des Juges .
51. Des Guerriers.
52. Des Officiers , Vicerbis et Gouverneurs
de Villes et de Provinces.
53. Des Nobles.
54. Des Bourgeois.
55. Des Agriculteurs et Laboureurs.
56. Des Artisans .
57. Des Serviteurs et Esclaves , où il
est démontré , contre les Loix Romaines ,
que l'Esclavage est contraire , non- seulement
au Droit naturel , mais au Droit
des Gens .
Voila exactement l'Analyse de la premiere
Partie dans le sens et l'ordre que je
destine à l'impression , si je ne suis réformé
par quelque judicieux avis . Je ne
donnerai pas les semblables Analyses des
trois autres ies.
Idée de la seconde Partie.
Le Gouvernement interieur des Etats
est le culte de Dieu , la Législation , l'execution
et la dispense des Loix , la Jurisdiction
, la clémence publique , la distribution
des Emplois , des rangs , des dignitez
, des honneurs , des graces ; l'institution
et la destitution des Officiers , la
direction des moeurs , le soin du repos
public ,
MAY. 17318 1083
public , de l'abondance du travail , de
l'Agriculture , du Commerce domestique
et étranger , des chemins , de la Navigation
, de l'industrie , des Monnoyes , du
Patrimoine public , des Subsides , des
Sciences , des Arts , des Métiers, de la santé
, de la décoration , des plaisirs publics.
Idée de la troisième Partie,
Le Gouvernement exterieur consiste
principalement à régir les affaires étrangeres
, à regler les limites , à entretenir
correspondances avec les Puissances Etrangeres
, à négocier avec ces Puissances , à
former des Ligues , des Alliances , des
Mariages , des Traitez de Commerce et
de Neutralité ; à nommer et à instruire
des Ambassadeurs , des Envoyez , des
Consuls , des Résidens , des Agens , des
Procureurs , des Secretaires ; à proteger
les Nations opprimées ; à porter chez les
Peuples barbares ou sauvages ; la connoissance
du Créateur et l'usage de la
raison.
Idée de la quatrième Partie,
Le Droit de la Guerre et de la Paix ,
est le pouvoir de fortifier et munir les
Places , de lever les Milices , de construire
et d'armer les Vaisseaux , de donner
les Sauf-conduits , les Amnisties , les réprésailles
1084 MERCURE DE FRANCE
pré sailles ; de déclarer une Guerre juste
ou injuste , de la dénoncer à l'Ennemi ,
de commander l'Armée , d'exercer les
hostilitez , d'user du droit de conquête ,
de pardonner aux Vaincus, de reconnoître
le Vainqueur , de récompenser les Guerriers
, d'évacuer les Places , de licentier
l'Armée , de proposer , accepter ou refuser
des Préliminaires de Paix , de faire des
Tréves , de donner et recevoir des ôtages,
de négocier , arrêter et executer des conditions
de Paix.
SUR cela je prens la liberté de demander
, 1º . S'il paroît que mon Systême soit
complet , et que toutes les parties du
Droit public y soient exactement renfermées.
2º . Si la division en est juste ; ou s'il
s'en peut imaginer une plus simple , plus
sensible , plus génerale.
3. Les quatre Analyses des quatre premiers
Chapitres cy- dessus , sont des principes
très nouveaux qui paroissent pour
la premiere fois dans la Litterature. Ils
influent sur toutes les parties du Droit
public dont ils sont la source évidente,
Leur plénitude fait naître une infinité de
principes sous ordonnez et des conséquences
aussi graves que lumineuses , qui
·
n'éMAY.
1085 1731.
n'échapperont pas aux hommes accoutu
mez à penser. Ce sont ces hommes que
je consulte singulierement ici , et que je
prie de ne me pas refuser leur sentiment
sur ces quatre Analyses.
4°. Comme mon entreprise est grande
et que je suis en tout sens fort borné , je
prie les Sçavans de m'accorder une libre
entrée dans leurs Cabinets , pour y puiser
les lumières , les conseils , les Livres ,
les Monumens , les Actes , les Memoires
qui peuvent me manquer sur les impor
tantes matieres que je traite , par rapport
seulement à la politique,
5°. J'ay fait et je continuerai de faire
très- volontiers lecture de mes Ouvrages
à ceux qui voudront bien se donner la
peine de les entendre dans mon Cabinet..
Il y en a provision pour une juste critique.
Si mon entreprise est goûtée , je donnerai
la premiere Partie de l'Ouvrage en
un volume in 4. dans l'année prochaine
1732. La seconde en un pareil volume
en 1733. La troisiéme en 1734. La quatrième
et derniere en 1735. et si Dieu
soutient mon zele , j'oserai en 1736 presenter
à Monseigneur le Dauphin le Droit
Public de la France avec ses Preuves,
Heureux si par ce travail je parviens
à glorifier Dieu , à servir mon Roi et à
rendre
"
1086 MERCURE DE FRANCE
rendre aux hommes le tribut d'amour et
de reconnoissance que je confesse leur
devoir .
Par M. Pasquier , Avocat au Parlement
, Conseiller au Conseil Souverain de
Dombes.
D'un Traité complet du Droit Public.
Eu M. le Maréchal d'Huxelles , au-
Froit fort souhaité de voir paroître
pendant sa vie un Traité du Droit public.
Le besoin qu'il en avoit éprouvé à
la Guerre , dans ses Gouvernemens , et
dans les Conseils du Roy , excitoit son
zéle là - dessus. Il disoit que la litterature
étoit féconde en livres excellens ; mais
que , pour le malheur du monde , le plus
excellent de tous les livres , celui qui devoit
apprendre aux hommes à comman
der et à obeir , étoit encore à désirer.
Entrons ici dans la plainte de ce grand
Ministre. Elle est juste , et peut -être
va-t'elle devenir utile. L'Europe se plaît
à mettre les sciences dans leur plus haut
éclat , et elle ne daigne pas jetter les yeu
sur celle- cy. Les Académies retentissent
des bruits harmonieux de la Philosophie,
de la Medecine , du Droit Civil ; Il est
peu d'Ecoles pour le Droit Public. Les
Sages de tous les tems semblent s'être entendus
à ne nous en donner que de simples
notions ; rien n'est achevé à cet égard
dans
MA Y. 1737. 1075
peu
dans leurs ouvrages. Le grand Legisla
teur , qui a si dignement parlé du Droit
divin , et du Droit humain , n'a touché
que legerement le Droit public; et le
qui lui en est échapé ,forme à peine quelque
partie du Droit particulier des Juifs.
Platon et Aristote ne nous ont pas donné
des Traitez complets de politique. Les
belles parties qu'ils nous en ont laissées ,
font seulement desirer un tout accompli
Leurs maximes d'ailleurs sont souvent
accommodées à leurs tems , à leurs pays ,
à leurs moeurs , et ne portent guére audelà
du Danube , et du Gange. Les Romains
, qui dans les liens de l'Empire ou
de l'alliance , contenoient tous les Peuples
de la Terre devoient à leur gloire
un corps du Droit public , comme ils en
ont donné un excellent du Droit particu
fier. Ils ne manquoient ni de grands Maitres
ni d'habiles Praticiens. Les Scipions
et les Papiniens naissoient chez eux à
l'ombre des faisseaux et des lauriers . Cependant
les Romains ont été steriles sur
le Droit public, et leur zéle si vanté pour
le bien commun , n'a pas excedé les bornes
de la patrie . Les politiques d'aprés
eux , ceux , qui dans la ruine de leur Êmpire
, ont recueilli les restes de leur sagesse
; Les Morus , les Campanelle , les Bodim
1076 MERCURE DE FRANCE .
din , les Grotius , les Puffendorff , tous
ces heritiers de leur sçavoir , se sont contentez
de nous transmettre quelques parties
du Droit public. Nul d'entre- eux ne
nous en a donné le corps achevé. Une prévention
même a resisté chez eux à l'en
treprise ; c'est qu'à l'exemple des Grecs ,
ils se sont asservis aux pays , et aux moeurs.
Le Droit public entre leurs mains est devenu
une politique Européene . Les peuples
éloignés , les voisins , les Turcs même
ont refusé d'y souscrire , et ce qui est
affligeant , les Sauvages n'ont pas été instruits
, et les Athées ( s'il fût jamais des
Athées au monde ) sont demeurés dans
leurs illusions.
Il manque donc à la terre un Traité du
Droit Public , qui soit universel , et que
nul homme ne puisse décliner. Ce Droit
estau- dessus des temps,des lieux , des conjonctures
, des usages. Il part du sein de
la Divinité , et raporte tout à la Divinité,
C'est lui qui nous découvre un premier
Etre invisible à nos sens , visible à nôtre
esprit , qui a tout fait , qui conserve tour
etqui appelle tout à lui . C'est lui qui nous
apprend que la Loi de ce premier Erre
est stable comme l'axe du monde : qu'elle
est douce , interessante , propre à lier les
Nations , les familles , les Personnes ; ca←
pable
MAY. 1731 . 1077
1
pable d'assurer la paix , de prévenir la
discorde , de faire régner le paisible travail
, et le repos laborieux ; propre à concilier
l'homme avec son auteur , et avec
lui même. C'est lui enfin qui dégageant
l'ame du poids de la cupidité , et des passions
, l'éleve à la pureté de son état , et
à la possession du bien souverain.
Ces hautes prérogatives m'ont presque
fait rencherir sur le zéle du Marêchal
d'Huxelles. J'ai souhaité de voir le Droit
public non seulement dans l'état des autres
Sciences ; mais dans un état plus facile
, plus agréable , plus simple ; tel que
les Maîtres du monde , ceux qui peuvent
le devenir , les Magistrats , les personnes
de toutes conditions , de tout sexe , de
tout age , en recherchassent avidement la
connoissance. J'ai attendu ce Chef- d'oeu
vre du celebre M. Domat , qui sembloit
l'avoir promis , et qui étoit si capable de
l'accomplir. Une mort trop prompte nous
l'a enlevé. Mes esperances ont tourné du
côté du Barreau , et de l'Académie , où
la vertu ne céde en rien à la science ; Mais
les Illustres de ces ordres ont été , comme
les Demosténes et les Cicerons , jettés
par leur merite dans le torrent des affaires
; et le Droit public est demeuré.
Ainsi lassé d'attendre , et d'ailleurs persuadé
T078 MERCURE DE FRANCE.
>
suadé par une longue meditation , que
l'ouvrage , quelque grand qu'il paroisse
n'est pas impossible , et que même il est
facile et agreable à quiconque ose l'entreprendre
; je fais moi- même ce que mes
voeux ont long-temps déferé aux autres ,
et j'offre à l'Univers le Traité complet du
Droit Public.
Pour le presenter dignement , je crois
en devoir tirer ici l'Analise , et la faire
passer dans tous les pays , où la raison est
connuë, afin que les sages soient par tout
invitez à m'honorer de leurs avis critiques
, et à me communiquer leurs lumieres,
Le Droit public est l'Art de commander
et d'obéir ; on peut encore le définir Art
de civiliser les hommes et de les conduire au
souverain bien.
Il se divise en quatre parties, la premicre
a pour objet la constitution des Etats ,
et des Ordres qui les composent,
La seconde traite du Gouvernement
interieur des Etats.
La troisième du Gouvernement exterieur.
La quatrième de la Guerre et de la Paix.
PREMIERE
MAY. 1079 1731
Premiere Partie,de la Constitution des Etats,
et des Ordres qui les composent.
1 Chap. L'ordre de l'Univers est là
régle fondamentale du Droit public , et
de la Politique.
2. La destination des hommes dans
l'ordre de l'Univers , est de cultiver la
terre , et d'aspirer au souverain bien.
3. Pour accomplir cette destination ,
les hommes ont besoin de s'unir en so
cieté .
4. Pour s'unir en societé les hommes
sont obligés d'ériger au dessus d'eux une
puissance publique,
5. Droits de la puissance publique sur
les hommes qui l'ont érigée.
6. Ces droits s'étendent sur quelques.
hommes même qui ne l'ont pas érigée.
7. Ressorts de la puissance publique.
8. La puissance publique est déférée à
un seul homme ou à plusieurs ensemble
ou séparement.
9. la puissance publique est déférée à
une femme.
10. Engagemens de celui et de ceux
à qui la puissance publique est déferée ..
11. Engagemens de ceux qui ont déferé
la puissance publique ,, et de leurs
successeurs..
12
1080 MERCURE DE FRANCE
12. Portrait d'un Prince accompli.
13. Portrait d'un sage Citoyen.
14. Le dépôt de la puissance publique
forme un Corps politique appellé Etat.
15. Etat Monarchique.
16. Etat Aristocratique .
17. Etat Démocratique ou populaire .
18. Etat composé.
19. Parallele de ces différens Etats .
20. Splendeur , variation décadence ,
dissolution des Etats.
21. Des Monarques , Rois , Chefs_de
Nations .
22. Des Rois mineurs.
23. De la Tutele , Curatele et éduca
sation des Rois mineurs.
24. De la Régence des Royaumes pendant
la minorité , la maladie , l'absence ,
la détention des Rois .
25. Du pouvoir des Régens .
26. Du Sacre et Couronnement des
Rois.
27. De la majorité des Rois .
28. Du Mariage des Rois .
29. Des Epouses des Rois.
30. Du Mariage des Reines , qui regnent
par elles -mêmes .
31. Des Epoux de ces Reines .
32. De l'union des Rois , et des Reines,
de leur résidence , et du raport de leurs
Etats. 33.
MAY. 17317 1081
.
33. Des Conseils des Rois.
34. Des Ministres des Rois.
35. Des Confidens des Rois.
36. Des Amis et des Favoris des Rois.
37. Des Courtisans.
38. Des Magistrats , Chefs de Républiques
, de leur pouvoir et de leurs personnes.
39. De la veneration due à tous ceux
qui exercent la puissance publique par
eux-mêmes ou par commission.
40. Des égards dûs aux Palais , et à
tous les lieux où s'exerce la puissance
publique.
41. Des infirmitez naturelles et accidentelles
de quelques Rois.
42. Des Absences , Voyages et Caprivité
des Rois.
43. Des Cessions et Abdications des
Rois , et de leur retour à la Couronne .
44. Des Testamens des Rois.
45. De la Mort des Rois.
46. Des Enfans des Rois et des Reines,
et de leur maniere de succeder aux Couronnes
paternelles et maternelles.
47. Des Heritiers Patrimoniaux , Légitimes
, Testamenraires , Directs et Collateraux
des Rois.
48. Des Princes et Princesses du Sang
des Rois.
49.
1082 MERCURE DE FRANCE
49. Des Prêtres.
fo . Des Juges .
51. Des Guerriers.
52. Des Officiers , Vicerbis et Gouverneurs
de Villes et de Provinces.
53. Des Nobles.
54. Des Bourgeois.
55. Des Agriculteurs et Laboureurs.
56. Des Artisans .
57. Des Serviteurs et Esclaves , où il
est démontré , contre les Loix Romaines ,
que l'Esclavage est contraire , non- seulement
au Droit naturel , mais au Droit
des Gens .
Voila exactement l'Analyse de la premiere
Partie dans le sens et l'ordre que je
destine à l'impression , si je ne suis réformé
par quelque judicieux avis . Je ne
donnerai pas les semblables Analyses des
trois autres ies.
Idée de la seconde Partie.
Le Gouvernement interieur des Etats
est le culte de Dieu , la Législation , l'execution
et la dispense des Loix , la Jurisdiction
, la clémence publique , la distribution
des Emplois , des rangs , des dignitez
, des honneurs , des graces ; l'institution
et la destitution des Officiers , la
direction des moeurs , le soin du repos
public ,
MAY. 17318 1083
public , de l'abondance du travail , de
l'Agriculture , du Commerce domestique
et étranger , des chemins , de la Navigation
, de l'industrie , des Monnoyes , du
Patrimoine public , des Subsides , des
Sciences , des Arts , des Métiers, de la santé
, de la décoration , des plaisirs publics.
Idée de la troisième Partie,
Le Gouvernement exterieur consiste
principalement à régir les affaires étrangeres
, à regler les limites , à entretenir
correspondances avec les Puissances Etrangeres
, à négocier avec ces Puissances , à
former des Ligues , des Alliances , des
Mariages , des Traitez de Commerce et
de Neutralité ; à nommer et à instruire
des Ambassadeurs , des Envoyez , des
Consuls , des Résidens , des Agens , des
Procureurs , des Secretaires ; à proteger
les Nations opprimées ; à porter chez les
Peuples barbares ou sauvages ; la connoissance
du Créateur et l'usage de la
raison.
Idée de la quatrième Partie,
Le Droit de la Guerre et de la Paix ,
est le pouvoir de fortifier et munir les
Places , de lever les Milices , de construire
et d'armer les Vaisseaux , de donner
les Sauf-conduits , les Amnisties , les réprésailles
1084 MERCURE DE FRANCE
pré sailles ; de déclarer une Guerre juste
ou injuste , de la dénoncer à l'Ennemi ,
de commander l'Armée , d'exercer les
hostilitez , d'user du droit de conquête ,
de pardonner aux Vaincus, de reconnoître
le Vainqueur , de récompenser les Guerriers
, d'évacuer les Places , de licentier
l'Armée , de proposer , accepter ou refuser
des Préliminaires de Paix , de faire des
Tréves , de donner et recevoir des ôtages,
de négocier , arrêter et executer des conditions
de Paix.
SUR cela je prens la liberté de demander
, 1º . S'il paroît que mon Systême soit
complet , et que toutes les parties du
Droit public y soient exactement renfermées.
2º . Si la division en est juste ; ou s'il
s'en peut imaginer une plus simple , plus
sensible , plus génerale.
3. Les quatre Analyses des quatre premiers
Chapitres cy- dessus , sont des principes
très nouveaux qui paroissent pour
la premiere fois dans la Litterature. Ils
influent sur toutes les parties du Droit
public dont ils sont la source évidente,
Leur plénitude fait naître une infinité de
principes sous ordonnez et des conséquences
aussi graves que lumineuses , qui
·
n'éMAY.
1085 1731.
n'échapperont pas aux hommes accoutu
mez à penser. Ce sont ces hommes que
je consulte singulierement ici , et que je
prie de ne me pas refuser leur sentiment
sur ces quatre Analyses.
4°. Comme mon entreprise est grande
et que je suis en tout sens fort borné , je
prie les Sçavans de m'accorder une libre
entrée dans leurs Cabinets , pour y puiser
les lumières , les conseils , les Livres ,
les Monumens , les Actes , les Memoires
qui peuvent me manquer sur les impor
tantes matieres que je traite , par rapport
seulement à la politique,
5°. J'ay fait et je continuerai de faire
très- volontiers lecture de mes Ouvrages
à ceux qui voudront bien se donner la
peine de les entendre dans mon Cabinet..
Il y en a provision pour une juste critique.
Si mon entreprise est goûtée , je donnerai
la premiere Partie de l'Ouvrage en
un volume in 4. dans l'année prochaine
1732. La seconde en un pareil volume
en 1733. La troisiéme en 1734. La quatrième
et derniere en 1735. et si Dieu
soutient mon zele , j'oserai en 1736 presenter
à Monseigneur le Dauphin le Droit
Public de la France avec ses Preuves,
Heureux si par ce travail je parviens
à glorifier Dieu , à servir mon Roi et à
rendre
"
1086 MERCURE DE FRANCE
rendre aux hommes le tribut d'amour et
de reconnoissance que je confesse leur
devoir .
Par M. Pasquier , Avocat au Parlement
, Conseiller au Conseil Souverain de
Dombes.
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Résumé : PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
Le texte présente un projet de traité complet sur le Droit Public, initié par le Maréchal d'Huxelles. Ce projet est motivé par le besoin d'un ouvrage essentiel pour apprendre à commander et à obéir, un besoin ressenti par le Maréchal durant ses expériences militaires, administratives et au sein des conseils royaux. Le texte souligne que, malgré la floraison des sciences, le Droit Public reste négligé. Les grandes figures historiques, telles que les législateurs, philosophes et juristes, n'ont pas fourni de traité complet sur ce sujet, se contentant souvent de notions partielles adaptées à leurs contextes spécifiques. Le Droit Public est décrit comme universel, au-dessus des temps et des lieux, et lié à une divinité. Il vise à civiliser les hommes et à les conduire au souverain bien. Le traité proposé se divise en quatre parties : la constitution des États, le gouvernement intérieur, le gouvernement extérieur et le droit de la guerre et de la paix. La première partie, détaillée dans le texte, couvre des sujets tels que l'ordre de l'univers, la constitution des États, les droits de la puissance publique, et les différents types de gouvernements (monarchique, aristocratique, démocratique, composé). Le texte invite les sages et les savants à critiquer et à enrichir ce projet, promettant de publier les différentes parties du traité entre 1732 et 1736. L'auteur exprime son espoir de voir ce traité adopté et apprécié par les maîtres du monde, les magistrats et toutes les conditions de personnes. Le texte est une dédicace adressée au public de la France. L'auteur exprime son souhait de glorifier Dieu, de servir son roi et de témoigner de son amour et de sa reconnaissance envers les hommes. Il s'agit d'un travail publié en 1086 par les éditions Mercure de France. L'auteur est identifié comme M. Pasquier, avocat au Parlement et conseiller au Conseil Souverain de Dombes.
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22
p. 1870-1871
LETTRE du Roy de France au Primat.
Début :
MON COUSIN, Je vois avec plaisir par votre Lettre du 10. [...]
Mots clefs :
République, Pologne, Sentiments, Gloire, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Roy de France au Primat.
LETTRE du Roy de France au Primat.
MON ON COUSIN ,
Je vois avec plaisir par votre Lettre du 10.
Juin , que la Sérenissime République de Pologne
attend de moi les mêmes sentimens d'amitié dont les
Rois mes prédecesseurs ont toujours cherché à lui
donner des marques les plus distinguées . Animé du
seul amour de la liberté qui est le droit naturel et
fondamental de votre Patrie , vous n'en desirez
pour elle que l'entiere jouissance, et vous lui préparés
une gloire immortelle en annonçant à toute l'Europe
que quelque choix que la Serenissime République
fasse , elle veut toujours observer exactement et religieusement
les Traitez d'Alliance faits et renouvellez
avec ses Voisins . Quel appui et quelle pro¬
tection ne doit pas esperer un Royaume qui se conduis
avec des sentimens aussi purs , et dont il n'est
pas
AOUST. 1732 . 1871
paspermis de douter lors u'un Prélat aussi bien instruit
des Maximes de sa Nation en porte l'assuran
ce aux yeux detoutes les Puissances de l'Europe. Jela
reçois personnellement avec une veritable satisfaction
, et prét à seconder et soutenir en toutes occasions
des principes si justes et si conformes au bon→
heur de la Couronne de Pologne et à la tranquillité
du Nord, j'en ferai avec joye le fondement de la
protection dont j'ai chargé le Marquis de Monti ,
de donner les plus fortes assurances à la Serenissime
Republique . Veville le Seigneur , par une suite
de benedictions qu'il a si souvent et si visiblement
répandues sur la Pologne , inspirer l'esprit d'union
et de concorde , et réunir les suffrages sur un sujet
dont les sentimens lui sorent assez connus pour
qu'elle puisse compter qu'il ne se souviendra que de
ce qu'il devra au bonheur et au maintien de sa
Patrie , aussi-bien qu'à la gloire et à la propaga
tion de notre sainte Foy . Sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , Mon Cousin , en sa sainte et digne
garde. Signé, LOUIS.
Ecrit à Compiegne le 6. Juillet 1733 .
MON ON COUSIN ,
Je vois avec plaisir par votre Lettre du 10.
Juin , que la Sérenissime République de Pologne
attend de moi les mêmes sentimens d'amitié dont les
Rois mes prédecesseurs ont toujours cherché à lui
donner des marques les plus distinguées . Animé du
seul amour de la liberté qui est le droit naturel et
fondamental de votre Patrie , vous n'en desirez
pour elle que l'entiere jouissance, et vous lui préparés
une gloire immortelle en annonçant à toute l'Europe
que quelque choix que la Serenissime République
fasse , elle veut toujours observer exactement et religieusement
les Traitez d'Alliance faits et renouvellez
avec ses Voisins . Quel appui et quelle pro¬
tection ne doit pas esperer un Royaume qui se conduis
avec des sentimens aussi purs , et dont il n'est
pas
AOUST. 1732 . 1871
paspermis de douter lors u'un Prélat aussi bien instruit
des Maximes de sa Nation en porte l'assuran
ce aux yeux detoutes les Puissances de l'Europe. Jela
reçois personnellement avec une veritable satisfaction
, et prét à seconder et soutenir en toutes occasions
des principes si justes et si conformes au bon→
heur de la Couronne de Pologne et à la tranquillité
du Nord, j'en ferai avec joye le fondement de la
protection dont j'ai chargé le Marquis de Monti ,
de donner les plus fortes assurances à la Serenissime
Republique . Veville le Seigneur , par une suite
de benedictions qu'il a si souvent et si visiblement
répandues sur la Pologne , inspirer l'esprit d'union
et de concorde , et réunir les suffrages sur un sujet
dont les sentimens lui sorent assez connus pour
qu'elle puisse compter qu'il ne se souviendra que de
ce qu'il devra au bonheur et au maintien de sa
Patrie , aussi-bien qu'à la gloire et à la propaga
tion de notre sainte Foy . Sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , Mon Cousin , en sa sainte et digne
garde. Signé, LOUIS.
Ecrit à Compiegne le 6. Juillet 1733 .
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Résumé : LETTRE du Roy de France au Primat.
Le roi de France écrit au Primat de Pologne pour exprimer sa satisfaction quant à l'amitié et à la liberté que la République de Pologne souhaite préserver. Il souligne l'importance de la liberté comme droit naturel et fondamental de la Pologne et approuve son désir de jouir pleinement de cette liberté. Le roi salue également l'engagement de la Pologne à respecter les traités d'alliance avec ses voisins. Il se déclare prêt à soutenir et protéger ces principes pour le bonheur de la Couronne de Pologne et la tranquillité du Nord. Le Marquis de Monti est chargé de transmettre ces assurances à la République. Le roi prie pour que l'union et la concorde soient inspirées en Pologne. La lettre est signée Louis et datée du 6 juillet 1733 à Compiègne.
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23
p. 2267-2275
Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 15 de ce mois, on distribua à l'Imprimerie Royale, un imprimé, intitulé : Motifs [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Pologne, Empereur, République, Prince, Cour de Vienne, Armes, Électeur de Saxe, Europe, Liberté, Troupes, Trône, Élection, Couronne, Paix, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
L
E. 1s de ce mois , on distribua à l'Imprimerie
Royale , un imprimé , intitulé : Motifs
des Résolutions du Roy , dont voici la teneur.
LE ROY a donné depuis son avenement à la
Couronne , des preuves éclatantes de sa modération
et de son amour pour la Paix , peut- être
même pourroit-on lui imputer de les avoir portées
trop loin : Cependant il a préféré le repos et
la félicité de ses peuples , à la funeste ambition
d'étendre les Limites de son Empire. Mais la mo,"
dération a ses bornes comme les autres vertus , ét
l'Europe jouiroit encore d'une tranquillité profonde
, si lès Ennemis de la France n'avoient pas
G vj forcé
·
2263 MERCURE DE FRANCE
forcé Sa Majesté à prendre les armes pour def
fendre la dignité de sa Couronne , la gloire de
la Nation Françoise , l'honneur et la liberté de
la Pologne.
*
Depuis que le Thrône de Pologne a été va
cant , le Roy a constamment, respecté la liberte
Polonoise , il n'a rien cxigé d'un peuple libre , et
seul arbitre de son sort. La République elle- mê--
me a imploré son secours, elle a redoublé ses instances
, à mesure que ses allarmes croissoient ,
et qu'elle se voyoit environnée d'armées ennemies
; elle a cherché dans l'équité et dans les for,
ces de Sa Majesté , un azyle toujours ouvert aux
Puissances qui sont menacées d'être opprimées,
Le Roy, a l'exemple de ses Ancêtres , a assuré sa
protection à la Pologne , il l'a déclaré 1 à tous
fes Souverains, mais dans, les termes les plus mesurez
, et avec cette modération digne des grands .
Princes. Il a même , dès les premiers momens.
fait connoître à la Cour de Vienne ce qui pou
voit seul prévenir les troubles en Europe ; et tou--
tes les démarches qu'il a faites depuis , sont autant
de monumens illustres de son amour pour
le maintien de la tranquillité publique..
Une conduite aussi sage n'a pas empêché la
Cour de Vienne , d'éclater contre un Prince né
dans le sein de la Pologne , et attaché au Roy
par des liens aussi étroits. Cette Cour encoura
gée par tant de mesures antérieures , favorables
a ses projets particuliers, a prodigué pour répondre
2 à la déclaration de Sa Majesté , les termes
les plus offensans , et qui devroient être inconnus
entre Princes que leurs Sceptres rendent égaux.Le
Roy n'est point sorti des bornes que sa sagesse
1. Cette declaration est imprimée N. 1.
2.Cette réponse est imprimée N. a.
lui
OCTOBRE 135 2269
lui avoit prefcrites : Il ne s'est point pressé de
tirer la vengeance que demandoit une insulte qui
lui devenoit personnelle ; et si les préparatifs necessaires
ont annoncé son juste ressentiment , il
en a suspendu les effets jusqu'au moment où il
ne lui a plus été possible de conserver la paix
sans blesser la dignité de sa Couronne , et l'honneur
de son Sang..
Peut-on douter que l'interêt personnel de l'Empereur
n'ait décidé de sa conduite , et n'ait dé◄
terminé les engagemens qu'il avoit pris pour dis
poser d'une Couronne indépendante de l'Empi
re , et qui n'étoit pas même encore vacante ID
prétendoit exclure également le Roy. Stanislaa
par le seul motif de ses liaisons avec la Francel'Electeur
de Saxe , parce qu'il paroissoit alors
avoir des interêts opposez à ceux de la Maison
d'Autriche. La mort du Roy Auguste a donné
lieu à de nouveaux projets : Cet Electeur s'est
hâté d'entrer dans toutes les vûës de l'Empereur,
et dès- lors il a cessé de mériter l'exclusion que
çe Prince et la Czarine lui avoient donnée . Cette
exclusion a été levée ; l'on a promis par un nou
veau Traité , d'élever l'Electeur de Saxe sur le
Thrône de Pologne , et les Troupes ennemies se
sont rapprochées de la République , pour la forcer
à souscrire à ces arrangemens ..
Les Polonois ont crú necessaire à leur liberté ,
d'exclure tout Prince étranger de la Couronne
qui étoit vacante. Cette exclusion a été pronon
cée par la Dictte de convocation , et elle a para
si essentielle , qu'elle a été affermie par un serment
solemnel. La Cour de Vienne a voulu franchir
cette nouvelle Barriere ; il n'est rien qu'elle
n'ait tenté pour procurer l'absolution de ce ser
ment ; comme si les interêts , et les projets sans
bor2270
MERCURE DE FRANCE
bornes ; de la Maison d'Autriche , devoient dé
cider d'un engagement, consacré par la Religion.
L'Empereur a redoublé ses efforts ; il avoit annoncé:
Qu'il ne permettroit jamais que Scanis-
» las remontât sur le Throne , sous prétexee de
sa premiere Election , ou de quelqu'autre ma-
» niere que ce fut. Ses Ministres près de la République
ont agi dans une parfaite intelligence
avec ceux de Saxe et de Moscovie ; il ont même
fait trophée de leur union, ils l'ont publiée avec
éclat à Warsovie ; toutes leurs déclarations ont
été faites dans le même esprit , mêmes insultes
au Roy de Pologne , mêmes ordres à la Répu
blique ; les menaces , les intrigues , les supposi
tions les plus calomnieuses, la marche des Troupes
, tout a été concerté entr'eux , tout leur a été
commun. Les Ministres de Saxe et de Moscovie,
fors de l'Election , se sont retirez chez celui de
l'Empereur ; et afin qu'il ne restår plus aucun
doute de leur union , le Ministre de l'Empereur
s'est joint à celui de Moscovie , pour notifier pus
bliquement au Primat l'entrée des Moscovites en
Pologne , et pour montrer à la République as➡
semblée les Fers qu'on lui avoit préparez. 1
"
La Cour de Vienne a -t-elle pu penser en im
poser à l'Europe , et se flatter de dissiper l'oras
ge, en differant de faire entrer ses Troupes en Po
logne , lors même qu'elle détérminoit les Moscovites
à y faire une irruption ? Elle a esperé que
les armes des Moscovites suffiroient pour intimider
et asservir les Polonois et d'ailleurs les
Troupes Imperiales et Saxones'n'étoient- elles
pas toujours sur les Frontieres de la Pologne
prêtes à y entrer pour soutenir leur violence !
** Cette déclaration est imprimée Nutz& A
A
OCTOBR E. 1733. 2271
A tous ces traits , il est difficile de reconnof
tre l'aggresseur. Les Traitez, par lesquels l'Empereur
a voulu disposer en Maître absolu de la
Couronne de Pologne ; l'exclusion qu'il s'est ef-
' forcé de donner sans authorité et sans pouvoir,
à un Prince que ses vertus rendent digne du
Thrône ; les assurances données à l'Electeur de
Saxe, pour le récompenser de sa docilité; la marche
des Troupes Impériales , de concert avec
celles de Saxe et de Moscovie; l'hoftilité que les
Moscovites ont commise dans le temps même de :
l'Election , pour assûrer par la force des armes
l'execution des projets de l'Empereur; cette hostilité
approuvée , et même annoncée par son Mi--
nistre. Toute cette conduite sera à jamais un té---
moignage public que ce Prince est seul autheur
de la guerre ; qu'il a forcé le Roy à prendre les
armes , par l'outrage qu'il a voulu faire à S. M.
et par les violences exercées ou par lui , on de
-son aveu , contre la République de Pologne.
>
Si tous ces efforts ont été inutiles lors de l'E- -
lection , le Roy et le Royaume de Pologne en
sont uniquement redevables à celui à qui seul
appartient de disposer des Couronnes , et qui
tient en ses mains les coeurs des Peuples, comme
ceux des Rois. Le courage des Polonois les a af
franchis de la servitude dans laquelle la Cour
'de Vienne vouloit les précipiter ; mais le Roy
ne peut demander raison qu'à l'Empereur, de son
opposition au rétablissement du Roy de Pologne
, de ses déclarations injurieuses , répandues
dans toute l'Europe par les Ennemis qu'il a suscitez
à la France et à la Pologne qui ne désiroient
que la paix et la liberté , des conseils qu'il
a donnez à la Cour de Russie des esperances
dont il a flatté celle de Saxe ; enfin de tous less
efforts
»
2272 MERCURE DE FRANCE
1
afforts qu'il fait encore pour soûtenir ses premiers
projets.
Envain la Cour de Vienne espere de cacher ses
intrigues aux yeux de l'Europe. On retrouve par
tout ses conseils , ses principes , ses expressions
indécentes , ses desseins formez contre la liberté
Polonoise.
›
Le Prince respectable contre lequel l'Empereur
s'éleve , est le même en qui la plus grande partie
des Souverains de l'Europe , et nommément
P'Empereur Joseph avoient reconnu le sacré
caractere de la Rayauté . L'alliance que le Roy
Stanislas avoit contractée avec le Roy , a changé
les dispositions et le langage de la Cour de Vienne
: Ce Prince est devenu dèslors,selon l'expics
sion des Alliez , un Citoyen proscrit de sa
Patrie . Cette variation auroit de quoi surpren
dre , si l'on n'en voyoit pas le principe dans le
projet que l'Empereur a formé d'offenser S. M.
dans la personne d'un Prince qui lui est cher , er
de se rendre le dispenrateur des Couronnes.
La République de Pologne n'a point de pré-
10gative plus précieuse que celle de disposer de
son Throne , attribut éminent de sa liberté , et
pour la conservation duquel on l'a vu verser son
sang. L'Empereur a voulu y donner atteinte ; il
n'a pas craint de marquer et le Prince qu'il vou
Toit exclure , et celui qu'il vouloit porter sur le
Throne. Il a entrepris de prononcer sans autho
rité , sur ce qui s'étoit passé dans l'intérieur de
la République au sujet de la premiere Election du
Roy de Pologne , il a décidé en Legislateur sou
verain des Loix qui doivent subsister en Pologne,
et des fondemens de la liberté qu'il a voulu ren-.
verser. Le seul menagement qu'il a cû pour elle ,
a été de déguiser ses entreprises sous les appa
rences
OCTOBRE . 1733. 2273
rences d'une protection trompeuse , et sous le
voile d'un prétendu Traité que le tumulte des
armes enfanta avec précipitation , et que la Republique
rendue à elle- même n'a pas crû devoir
suivre .
1
L'Empereur et la Czarine se sont toujours expliquez
à la République , comme on parle à un
Royaume tributaire , ou à une Nation subjugée .
Leurs menaces ont été accompagnées de la marche
de leurs Troupes jusques sur les Frontieres
P'armée Moscovite est entrée en Pologne . afin
de remplir ses engagemens avec l'Empereur , dans
le temps même de l'Election , dans la vue et pour
étouffer par le bruit des armes les Loix et les suf
frages de la République .
Cependant la Nation Polonoise a délibéré sur
l'Election de son Roy , avec cette tranquillité
que la justice seule peut inspirer au milieu des
dangers . Les voeux de la République avoient prévenu
le retour du Roy de Pologne , sa presence
a réuni les esprits , le Champ d'Election n'a retenti
que d'une voix en sa faveur , et cette déliberation
a été consommée avec une unanimité
dont on n'a pas vû d'exemple dans les Faftes de
la Pologne.
C'est cette unanimité qui devoit imposer un
silence eternel à ses Ennemis , puisqu'elle annonçoit
la volonté du Maître des Rois ; et c'est cependant
ce qui les détermine à se porter aux derniers
excès. Le comble est mis à la violence ; l'ar-'
mée Moscovite,par le concert des Alliez,s'avance
vers Varsovie ; les Troupes de l'Empereur et
de l'Electeur de Saxe sont prêtes à marcher sur
les mêmes traces , si les armes Moscovites ne
suffisent pas pour accabler un Peuple libre , qui
reclame ses droits les plus incontestables , et le
glorieux usage de sa liberté.
•
2174 MERCURE DE FRANCE
Que les Cours de Vienne et de Russie cessent
d'usurper l'auguste titre de Protecteurs de lo Pologne
: A ce titre même auroient - elles le droit
d'ouvrir et de fermer les Barrieres qui deffendent
l'accès du Throne vacant ? Ce n'est point e
touffant les droits d'une Nation , qu'on merite
le nom de son Protecteur , mais en la deffendant
contre ceux qui la voudroient opprimer.Le Roy
en avoit donné l'exemple à l'Empereur : Il no
craint point d'en prendre à témoin la Républi
que même et toute l'Europe : Quoique S. M.
dut souhaiter le rétablissement d'un Prince que
la France avoit reçu dans ses malheurs , et qui
lui est uni par les liens les plus sacrez , Elle n'a
rien exigé des Polonois , persuadée qu'il n'ap
partient qu'à la Nation Polonoise de rappeller
un Prince que les malheurs des temps avoient
long- temps séparé d'elle. La Lettre i de S. M.
au Primat du... ne réspire que la juftice et la
paix : l'Europe y reconnoîtra la droiture des intentions
du Roy; elle y verra combien le Roy
est éloigné d'inspirer au Roy de Pologne des
sentimens opposez aux interêts de la Républi
que ; et que s'il a souhaité avec empressement le
rétablissement de ce Prince , c'est pour concou
rir avec lui à l'observation des Traitez qui interessent
la Pologne, et contribuer en même- temps
à la félicité et à la gloire de cette République
à la tranquillité du Nord .
Ce n'est donc point par des vues d'ambition
ou d'interêt que le Roy prend les armes . Contente
de posseder un Royaume florissant , et de
regner sur un Peuple fidelle , Sa Majesté ne cherthe
point à reculer les bornes de sa domination.
Cette Lettre est imprimée N. 4
Ex
OCTOBRE. 17337 2275
Envain l'Empereur , pour interesser l'Empire
dans ses projets , cherche - t - il à l'allarmer sur
les desseins qu'il attribuë faussement à Sa Marsté.
L'Empereur a voulu la guerre , qu'il a renue
necessaire en outrageant le Roy dans ce qui
doit être le plus sacré parmi les Souverains . S
M. se propose d'effacer jusques aux moindres
traces de l'outrage que la Cour de Vienne a cru
lui faire , et de soutenir l'honneur de la France.
D'aussi justes motifs redoubleront encore l'ar
deur des Troupes Françoises : Elles prennent les
armes avec empressement pour vanger leur
Roy, et pour empêcher d'illustres Alliez de succomber
sous les forces que l'Empereur a suscitées
contre eux.C'est au Dieu des armées à donner
la Victoire. Le Roy peut l'invoquer avec
confiance , et esperer que ses succès respondront
à sa modération , à sa patience et à la pureté de
ses sentimens.
E. 1s de ce mois , on distribua à l'Imprimerie
Royale , un imprimé , intitulé : Motifs
des Résolutions du Roy , dont voici la teneur.
LE ROY a donné depuis son avenement à la
Couronne , des preuves éclatantes de sa modération
et de son amour pour la Paix , peut- être
même pourroit-on lui imputer de les avoir portées
trop loin : Cependant il a préféré le repos et
la félicité de ses peuples , à la funeste ambition
d'étendre les Limites de son Empire. Mais la mo,"
dération a ses bornes comme les autres vertus , ét
l'Europe jouiroit encore d'une tranquillité profonde
, si lès Ennemis de la France n'avoient pas
G vj forcé
·
2263 MERCURE DE FRANCE
forcé Sa Majesté à prendre les armes pour def
fendre la dignité de sa Couronne , la gloire de
la Nation Françoise , l'honneur et la liberté de
la Pologne.
*
Depuis que le Thrône de Pologne a été va
cant , le Roy a constamment, respecté la liberte
Polonoise , il n'a rien cxigé d'un peuple libre , et
seul arbitre de son sort. La République elle- mê--
me a imploré son secours, elle a redoublé ses instances
, à mesure que ses allarmes croissoient ,
et qu'elle se voyoit environnée d'armées ennemies
; elle a cherché dans l'équité et dans les for,
ces de Sa Majesté , un azyle toujours ouvert aux
Puissances qui sont menacées d'être opprimées,
Le Roy, a l'exemple de ses Ancêtres , a assuré sa
protection à la Pologne , il l'a déclaré 1 à tous
fes Souverains, mais dans, les termes les plus mesurez
, et avec cette modération digne des grands .
Princes. Il a même , dès les premiers momens.
fait connoître à la Cour de Vienne ce qui pou
voit seul prévenir les troubles en Europe ; et tou--
tes les démarches qu'il a faites depuis , sont autant
de monumens illustres de son amour pour
le maintien de la tranquillité publique..
Une conduite aussi sage n'a pas empêché la
Cour de Vienne , d'éclater contre un Prince né
dans le sein de la Pologne , et attaché au Roy
par des liens aussi étroits. Cette Cour encoura
gée par tant de mesures antérieures , favorables
a ses projets particuliers, a prodigué pour répondre
2 à la déclaration de Sa Majesté , les termes
les plus offensans , et qui devroient être inconnus
entre Princes que leurs Sceptres rendent égaux.Le
Roy n'est point sorti des bornes que sa sagesse
1. Cette declaration est imprimée N. 1.
2.Cette réponse est imprimée N. a.
lui
OCTOBRE 135 2269
lui avoit prefcrites : Il ne s'est point pressé de
tirer la vengeance que demandoit une insulte qui
lui devenoit personnelle ; et si les préparatifs necessaires
ont annoncé son juste ressentiment , il
en a suspendu les effets jusqu'au moment où il
ne lui a plus été possible de conserver la paix
sans blesser la dignité de sa Couronne , et l'honneur
de son Sang..
Peut-on douter que l'interêt personnel de l'Empereur
n'ait décidé de sa conduite , et n'ait dé◄
terminé les engagemens qu'il avoit pris pour dis
poser d'une Couronne indépendante de l'Empi
re , et qui n'étoit pas même encore vacante ID
prétendoit exclure également le Roy. Stanislaa
par le seul motif de ses liaisons avec la Francel'Electeur
de Saxe , parce qu'il paroissoit alors
avoir des interêts opposez à ceux de la Maison
d'Autriche. La mort du Roy Auguste a donné
lieu à de nouveaux projets : Cet Electeur s'est
hâté d'entrer dans toutes les vûës de l'Empereur,
et dès- lors il a cessé de mériter l'exclusion que
çe Prince et la Czarine lui avoient donnée . Cette
exclusion a été levée ; l'on a promis par un nou
veau Traité , d'élever l'Electeur de Saxe sur le
Thrône de Pologne , et les Troupes ennemies se
sont rapprochées de la République , pour la forcer
à souscrire à ces arrangemens ..
Les Polonois ont crú necessaire à leur liberté ,
d'exclure tout Prince étranger de la Couronne
qui étoit vacante. Cette exclusion a été pronon
cée par la Dictte de convocation , et elle a para
si essentielle , qu'elle a été affermie par un serment
solemnel. La Cour de Vienne a voulu franchir
cette nouvelle Barriere ; il n'est rien qu'elle
n'ait tenté pour procurer l'absolution de ce ser
ment ; comme si les interêts , et les projets sans
bor2270
MERCURE DE FRANCE
bornes ; de la Maison d'Autriche , devoient dé
cider d'un engagement, consacré par la Religion.
L'Empereur a redoublé ses efforts ; il avoit annoncé:
Qu'il ne permettroit jamais que Scanis-
» las remontât sur le Throne , sous prétexee de
sa premiere Election , ou de quelqu'autre ma-
» niere que ce fut. Ses Ministres près de la République
ont agi dans une parfaite intelligence
avec ceux de Saxe et de Moscovie ; il ont même
fait trophée de leur union, ils l'ont publiée avec
éclat à Warsovie ; toutes leurs déclarations ont
été faites dans le même esprit , mêmes insultes
au Roy de Pologne , mêmes ordres à la Répu
blique ; les menaces , les intrigues , les supposi
tions les plus calomnieuses, la marche des Troupes
, tout a été concerté entr'eux , tout leur a été
commun. Les Ministres de Saxe et de Moscovie,
fors de l'Election , se sont retirez chez celui de
l'Empereur ; et afin qu'il ne restår plus aucun
doute de leur union , le Ministre de l'Empereur
s'est joint à celui de Moscovie , pour notifier pus
bliquement au Primat l'entrée des Moscovites en
Pologne , et pour montrer à la République as➡
semblée les Fers qu'on lui avoit préparez. 1
"
La Cour de Vienne a -t-elle pu penser en im
poser à l'Europe , et se flatter de dissiper l'oras
ge, en differant de faire entrer ses Troupes en Po
logne , lors même qu'elle détérminoit les Moscovites
à y faire une irruption ? Elle a esperé que
les armes des Moscovites suffiroient pour intimider
et asservir les Polonois et d'ailleurs les
Troupes Imperiales et Saxones'n'étoient- elles
pas toujours sur les Frontieres de la Pologne
prêtes à y entrer pour soutenir leur violence !
** Cette déclaration est imprimée Nutz& A
A
OCTOBR E. 1733. 2271
A tous ces traits , il est difficile de reconnof
tre l'aggresseur. Les Traitez, par lesquels l'Empereur
a voulu disposer en Maître absolu de la
Couronne de Pologne ; l'exclusion qu'il s'est ef-
' forcé de donner sans authorité et sans pouvoir,
à un Prince que ses vertus rendent digne du
Thrône ; les assurances données à l'Electeur de
Saxe, pour le récompenser de sa docilité; la marche
des Troupes Impériales , de concert avec
celles de Saxe et de Moscovie; l'hoftilité que les
Moscovites ont commise dans le temps même de :
l'Election , pour assûrer par la force des armes
l'execution des projets de l'Empereur; cette hostilité
approuvée , et même annoncée par son Mi--
nistre. Toute cette conduite sera à jamais un té---
moignage public que ce Prince est seul autheur
de la guerre ; qu'il a forcé le Roy à prendre les
armes , par l'outrage qu'il a voulu faire à S. M.
et par les violences exercées ou par lui , on de
-son aveu , contre la République de Pologne.
>
Si tous ces efforts ont été inutiles lors de l'E- -
lection , le Roy et le Royaume de Pologne en
sont uniquement redevables à celui à qui seul
appartient de disposer des Couronnes , et qui
tient en ses mains les coeurs des Peuples, comme
ceux des Rois. Le courage des Polonois les a af
franchis de la servitude dans laquelle la Cour
'de Vienne vouloit les précipiter ; mais le Roy
ne peut demander raison qu'à l'Empereur, de son
opposition au rétablissement du Roy de Pologne
, de ses déclarations injurieuses , répandues
dans toute l'Europe par les Ennemis qu'il a suscitez
à la France et à la Pologne qui ne désiroient
que la paix et la liberté , des conseils qu'il
a donnez à la Cour de Russie des esperances
dont il a flatté celle de Saxe ; enfin de tous less
efforts
»
2272 MERCURE DE FRANCE
1
afforts qu'il fait encore pour soûtenir ses premiers
projets.
Envain la Cour de Vienne espere de cacher ses
intrigues aux yeux de l'Europe. On retrouve par
tout ses conseils , ses principes , ses expressions
indécentes , ses desseins formez contre la liberté
Polonoise.
›
Le Prince respectable contre lequel l'Empereur
s'éleve , est le même en qui la plus grande partie
des Souverains de l'Europe , et nommément
P'Empereur Joseph avoient reconnu le sacré
caractere de la Rayauté . L'alliance que le Roy
Stanislas avoit contractée avec le Roy , a changé
les dispositions et le langage de la Cour de Vienne
: Ce Prince est devenu dèslors,selon l'expics
sion des Alliez , un Citoyen proscrit de sa
Patrie . Cette variation auroit de quoi surpren
dre , si l'on n'en voyoit pas le principe dans le
projet que l'Empereur a formé d'offenser S. M.
dans la personne d'un Prince qui lui est cher , er
de se rendre le dispenrateur des Couronnes.
La République de Pologne n'a point de pré-
10gative plus précieuse que celle de disposer de
son Throne , attribut éminent de sa liberté , et
pour la conservation duquel on l'a vu verser son
sang. L'Empereur a voulu y donner atteinte ; il
n'a pas craint de marquer et le Prince qu'il vou
Toit exclure , et celui qu'il vouloit porter sur le
Throne. Il a entrepris de prononcer sans autho
rité , sur ce qui s'étoit passé dans l'intérieur de
la République au sujet de la premiere Election du
Roy de Pologne , il a décidé en Legislateur sou
verain des Loix qui doivent subsister en Pologne,
et des fondemens de la liberté qu'il a voulu ren-.
verser. Le seul menagement qu'il a cû pour elle ,
a été de déguiser ses entreprises sous les appa
rences
OCTOBRE . 1733. 2273
rences d'une protection trompeuse , et sous le
voile d'un prétendu Traité que le tumulte des
armes enfanta avec précipitation , et que la Republique
rendue à elle- même n'a pas crû devoir
suivre .
1
L'Empereur et la Czarine se sont toujours expliquez
à la République , comme on parle à un
Royaume tributaire , ou à une Nation subjugée .
Leurs menaces ont été accompagnées de la marche
de leurs Troupes jusques sur les Frontieres
P'armée Moscovite est entrée en Pologne . afin
de remplir ses engagemens avec l'Empereur , dans
le temps même de l'Election , dans la vue et pour
étouffer par le bruit des armes les Loix et les suf
frages de la République .
Cependant la Nation Polonoise a délibéré sur
l'Election de son Roy , avec cette tranquillité
que la justice seule peut inspirer au milieu des
dangers . Les voeux de la République avoient prévenu
le retour du Roy de Pologne , sa presence
a réuni les esprits , le Champ d'Election n'a retenti
que d'une voix en sa faveur , et cette déliberation
a été consommée avec une unanimité
dont on n'a pas vû d'exemple dans les Faftes de
la Pologne.
C'est cette unanimité qui devoit imposer un
silence eternel à ses Ennemis , puisqu'elle annonçoit
la volonté du Maître des Rois ; et c'est cependant
ce qui les détermine à se porter aux derniers
excès. Le comble est mis à la violence ; l'ar-'
mée Moscovite,par le concert des Alliez,s'avance
vers Varsovie ; les Troupes de l'Empereur et
de l'Electeur de Saxe sont prêtes à marcher sur
les mêmes traces , si les armes Moscovites ne
suffisent pas pour accabler un Peuple libre , qui
reclame ses droits les plus incontestables , et le
glorieux usage de sa liberté.
•
2174 MERCURE DE FRANCE
Que les Cours de Vienne et de Russie cessent
d'usurper l'auguste titre de Protecteurs de lo Pologne
: A ce titre même auroient - elles le droit
d'ouvrir et de fermer les Barrieres qui deffendent
l'accès du Throne vacant ? Ce n'est point e
touffant les droits d'une Nation , qu'on merite
le nom de son Protecteur , mais en la deffendant
contre ceux qui la voudroient opprimer.Le Roy
en avoit donné l'exemple à l'Empereur : Il no
craint point d'en prendre à témoin la Républi
que même et toute l'Europe : Quoique S. M.
dut souhaiter le rétablissement d'un Prince que
la France avoit reçu dans ses malheurs , et qui
lui est uni par les liens les plus sacrez , Elle n'a
rien exigé des Polonois , persuadée qu'il n'ap
partient qu'à la Nation Polonoise de rappeller
un Prince que les malheurs des temps avoient
long- temps séparé d'elle. La Lettre i de S. M.
au Primat du... ne réspire que la juftice et la
paix : l'Europe y reconnoîtra la droiture des intentions
du Roy; elle y verra combien le Roy
est éloigné d'inspirer au Roy de Pologne des
sentimens opposez aux interêts de la Républi
que ; et que s'il a souhaité avec empressement le
rétablissement de ce Prince , c'est pour concou
rir avec lui à l'observation des Traitez qui interessent
la Pologne, et contribuer en même- temps
à la félicité et à la gloire de cette République
à la tranquillité du Nord .
Ce n'est donc point par des vues d'ambition
ou d'interêt que le Roy prend les armes . Contente
de posseder un Royaume florissant , et de
regner sur un Peuple fidelle , Sa Majesté ne cherthe
point à reculer les bornes de sa domination.
Cette Lettre est imprimée N. 4
Ex
OCTOBRE. 17337 2275
Envain l'Empereur , pour interesser l'Empire
dans ses projets , cherche - t - il à l'allarmer sur
les desseins qu'il attribuë faussement à Sa Marsté.
L'Empereur a voulu la guerre , qu'il a renue
necessaire en outrageant le Roy dans ce qui
doit être le plus sacré parmi les Souverains . S
M. se propose d'effacer jusques aux moindres
traces de l'outrage que la Cour de Vienne a cru
lui faire , et de soutenir l'honneur de la France.
D'aussi justes motifs redoubleront encore l'ar
deur des Troupes Françoises : Elles prennent les
armes avec empressement pour vanger leur
Roy, et pour empêcher d'illustres Alliez de succomber
sous les forces que l'Empereur a suscitées
contre eux.C'est au Dieu des armées à donner
la Victoire. Le Roy peut l'invoquer avec
confiance , et esperer que ses succès respondront
à sa modération , à sa patience et à la pureté de
ses sentimens.
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Résumé : Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
En octobre 1733, un imprimé intitulé 'Motifs des Résolutions du Roy' est distribué à l'Imprimerie Royale. Le roi de France y expose sa modération et son amour pour la paix, tout en soulignant que les ennemis de la France l'ont contraint à prendre les armes. Cette décision vise à défendre la dignité de sa couronne, la gloire de la nation française, ainsi que l'honneur et la liberté de la Pologne. Depuis la vacance du trône de Pologne, le roi a respecté la liberté polonaise et a protégé la Pologne face aux menaces extérieures. Cependant, la Cour de Vienne, encouragée par des mesures favorables à ses projets, a adopté des termes offensants et a incité des troupes ennemies à menacer la Pologne. Le roi de France a suspendu ses préparatifs de vengeance jusqu'à ce qu'il ne puisse plus conserver la paix sans blesser sa dignité. L'Empereur et la Czarine ont tenté d'imposer leurs choix pour le trône de Pologne, malgré les serments et les lois polonaises. Les troupes moscovites, saxonnes et impériales ont menacé et envahi la Pologne pour imposer leurs projets. Le roi de France affirme que ces actions sont la preuve que l'Empereur est l'agresseur et que la France ne cherche pas à étendre son empire mais à défendre la liberté et la paix. Les troupes françaises sont déterminées à défendre l'honneur de la France et à soutenir leur roi. Elles prennent les armes avec empressement pour venger leur souverain et protéger leurs alliés illustres menacés par les forces de l'empereur. La victoire est confiée au 'Dieu des armées'. Le roi peut invoquer ce divin soutien avec confiance, espérant que ses succès refléteront sa modération, sa patience et la pureté de ses sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 2275-2276
COPIE de la Déclaration faite au nom du Roy, au mois de Mars 1733.
Début :
No I. Le Roy suspendroit encore son jugement sur l'objet du corps considérable [...]
Mots clefs :
Roi, Pologne, Polonais, Dessein, Contraindre, Liberté, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Déclaration faite au nom du Roy, au mois de Mars 1733.
COPIE de la Déclaration faite au nom
du Roy , au mois de Mars 1733.
No 1. T E Roy suspendroit encore son juge-
1.LE
ment sur l'objet du corps considérable
de Troupes que l'Empereur fait marcher vers la
Frontiére de Pologne , si les déclarations faites
par la plupart des Ministres Impériaux , pouvoient
permettre de douter du désir et même du
dessein de contraindre les Polonois. A la vûë d'un
-projet aussi hautement déclaré : Sa Majesté ne
peut dissimuler ,,
qu'outre l'interêt commun que
tous les Princes, ont de maintenir la liberté de la
Pologne, sa dignité et le rang qu'elle tient parmi
· les Puissances de l'Europe , la mettent en droit ,
›et l'obligent même à prendre part aux affaires
qui
2276 MERCURE DE FRANCE
qui peuvent troubler la tranquillité générale,
C'est dans cette vûe que le Roy a déja fait assúrer
les Polonois, qu'il maintiendroit autant qu'il
seroit en lui , la liberté entiere des suffrages , et
il ne se départira jamais de ces principes d'éq
té. Sa Majesté croit donc devoir déclarer qu'Elle
ne pourroit regarder toutes démarches ou entreprises
faites pour contraindre leurs suffrages , que
comme un dessein de troubler le repos de l'Europe:
Sa Majesté ne pourrait donc se dispenser
alors , d'agir avec le zele et la fermeté que l'im:
portance de la matière le requiert.
du Roy , au mois de Mars 1733.
No 1. T E Roy suspendroit encore son juge-
1.LE
ment sur l'objet du corps considérable
de Troupes que l'Empereur fait marcher vers la
Frontiére de Pologne , si les déclarations faites
par la plupart des Ministres Impériaux , pouvoient
permettre de douter du désir et même du
dessein de contraindre les Polonois. A la vûë d'un
-projet aussi hautement déclaré : Sa Majesté ne
peut dissimuler ,,
qu'outre l'interêt commun que
tous les Princes, ont de maintenir la liberté de la
Pologne, sa dignité et le rang qu'elle tient parmi
· les Puissances de l'Europe , la mettent en droit ,
›et l'obligent même à prendre part aux affaires
qui
2276 MERCURE DE FRANCE
qui peuvent troubler la tranquillité générale,
C'est dans cette vûe que le Roy a déja fait assúrer
les Polonois, qu'il maintiendroit autant qu'il
seroit en lui , la liberté entiere des suffrages , et
il ne se départira jamais de ces principes d'éq
té. Sa Majesté croit donc devoir déclarer qu'Elle
ne pourroit regarder toutes démarches ou entreprises
faites pour contraindre leurs suffrages , que
comme un dessein de troubler le repos de l'Europe:
Sa Majesté ne pourrait donc se dispenser
alors , d'agir avec le zele et la fermeté que l'im:
portance de la matière le requiert.
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Résumé : COPIE de la Déclaration faite au nom du Roy, au mois de Mars 1733.
En mars 1733, le roi de France suspend son jugement sur les troupes impériales se dirigeant vers la frontière polonaise, bien que les déclarations des ministres impériaux laissent peu de doute sur l'intention de contraindre les Polonais. Le roi souligne l'intérêt commun des princes européens à maintenir la liberté de la Pologne et son propre devoir de préserver la tranquillité générale. Il a déjà assuré aux Polonais qu'il soutiendra leur liberté de suffrage et ne dévira pas de ces principes d'égalité. Le roi déclare qu'il considérera toute tentative de contraindre les suffrages polonais comme une menace à la paix européenne et agira avec zèle et fermeté pour y répondre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 2500-2506
MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
Début :
Le Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi de France, par les précieux liens du Sang et [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Cour de Vienne, Empereur, Maison de Savoie, États, Royaume, Ministres, Occasion, Europe, Dignité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
MANIFESTE de S. M. le Roi de
Sardaigne.
E Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi
L de France ,par les précieux liens du Sang et
de l'amitié , a vivement partagé sa juste sensibi
lité au sujet des Déclarations injurieuses , des
odieuses Négociations et des violentes voyes de
fait , par lesquelles l'Empereur a affecté de choquer
S. M. T. C. et s'est efforcé de fermer le che
min du Trône à un Prince , au sort duquel Elle
prenoit le plus tendre interêt , et qui étoit si digne
de la Couronne , que les insinuations , les
menaces et les hostilitez employées à lui enlever
les suffrages de la Nation Polonoise , n'ont pú
traverser son unanime Election.
Quoique
NOVEMBRE . 1733. 2501
1
Quoique l'esprit dominant à la Cour de Vien
ne se fut assez manifesté en Europe , pour que
les prétentions les plus étendues de sa part ne
dussent plus surprendre , on n'a pu toutesfois y
voir sans étonnement la naissance et le progrés
d'un si injuste engagement : soit que l'on considerât
la Personne du Roi , Stanislas , contre laquelle
il étoit formé , soit la dignité du Roi de
France , qu'il offençoit , soit la constitution du
Royaume de Pologne qu'il s'appoit par les fondemens,
soit enfin la nature des moyens employés à
le soutenir,tels que ceRoyaume se fut à peine attendu
à les voir mettre en oeuvre par le plus dangereux
de ses voisins .
L'objet que présente un grand Roi insulté de
propos déliberé dans l'endroit le plus sensible , et
le spectacle d'une Nation opprimée pour n'avoir
pas voulu renoncer à sa liberté , ne sçauroient
être regardez d'un ceil tranquille par aucune
Puissance. Mais combien le Roi de Sardaigne
n'a-t'il pas lieu d'en être frappé? Lui qui ne peut
s'approprier le bonheur d'une étroite parenté
avec S. M. T. C. sans participer en même tems
à l'outrage qu'on lui a intenté , ni envisager l'usage
que l'Empereur a aspiré de faire de son autorité
dans un Royaume indépendant , sans re-
Béchir aux conséquences de l'abus qu'il fait journellement
de cette même autorité dans une region
, qui lui est déja plus qu'à moitié soumise.
En vain le Roi de Sardaigne a-t-il voulu pendant
long- tems s'aveugler sur ces tristes conséquences
; la Cour de Vienne lui a fait sentir par
ses démarches qu'elle fondoit sur sa ruine celle
de la liberté de l'Italie , dont sa Maison Royale
avoit toujours été le plus ferme soutien .
Les premieres injustices de la Cour de Vienne
H iij
ont
502 MERCURE DE FRANCE
ont pour époque et pour date les tems mêmes
auxquels la Maison de Savoye faisoit les plus gé
néreux efforts en faveur de celle d'Autriche. Le
Traité d'alliance conclu en 1703. entre le feu.
Roi de Sardaigne et l'Empereur Leopold , aussi
mal executé du côté des assistances promises ,
qu'imparfaitement accompli du côté des cessions
stipulées , les considerables avances faites en ce
tems là pour l'entretien des Troupes Imperiales
en Piémont , non encore remboursées , sont les
monumens autentiques de la reconnoissance de
la Cour de Vienne.
Tel fut le traitement que le feu Roi Victor en
reçut en qualité de fidéle et d'utile Allié ; mais à
peine la dissolution de la ligue l'eut -elle obligé
d'entrer dans les mesures pacifiques qui se prirent
à Utrecht , où la pluralité des suffrages de
l'Europe lui décerna le Royaume de Sicile , par
des considerations qui devoient en perpetuer la
possession à la posterité la plus reculée ; que la
Cour de Vienne éclatant contre lui , s'en prie
d'une maniere outrageante à ses Ministres à Vien
ne et à Ratisbonne , par des Decrets aussi violens
qu'injustes , sans épargner les expressions les
plus piquantes , et sans menager la dignité toujours
respectable d'un Souverain.
Le Congrez d'Utrecht , contre lequel les Ministres
Autrichiens se déchaînoient sans cesse
avoit pourtant abondamment pourvû à la splen
deur et à l'élevation de l'Empereur , en lui assurant
la considerable addition des Pays Bas et des
Etats situez dans le continent d'Italie , à ceux
qu'il possedoit déja en Allemagne ; lui - même par
le succès de ses Armes contre le Turc avoit reculé
bien loin les bornes de sa domination du
ôté de la Hongrie et de la Transilvanie, Tant
do
NOVEMBRE . 1733. 2508
de prosperités devoient combler les voeux de la
Cour de Vienne . Cependant la seule Sicile échuë
au Roi Victor, étoit encore un objet suffisant à la
troubler. Il falut la lui ceder par un Traité qui
laissoit néanmoins jour à une discussion avantageuse
au nouveau Roi de Sardaigne. C'est ainsi
que la Maison de Savoye étoit sans cesse desti
née à contribuer à l'agrandissement de celle d'Autriche
, tantôt par les services les plus signalez »
tantôt par les sacrifices les plus coûteux.
N'auroit-on pas cru que la Cour de Vienne
dont on assouvissoit à l'envi les desirs , se seroit
du moins portée à rendre justice au Roi de Sardaigne
sur des articles moins essentiels , que la
sage disposition des Puissances contractantes
avoit renvoyées au Congrez désigné à Cambray,
Tant de condescendances ne firent qu'augmenter
sa dureté : envain les Plénipotentiaires s'y assemblerent
, la lenteur affectée , et l'infléxibilité des
Ministres Imperiaux firent perdre tout le fruit
de cette convocation , et même tout espoir de
voir renaître une occasion favorable de reparer
les préjudices supportez.
Le Roi de Sardaigne entierement livré parla à
la Cour de Vienne , sur le point de sa légitime
satisfaction , éprouva déslors tout le poids de
son aliénation pour lui. Elle n'a cessé depuis de
lui susciter des oppositions et des contestations
de toute espece.
Elle avoit déja prétendu mettre le Roi de Sar→
daigne au rang des simples Vassaux et Feuda
taires par rapport aux contributions , et cela de
l'autorité privée de l'Empereur , et de celle de son
Conseil , sans aucune délibération de la Diette ,
et même sur des lieux qui ont été declarez indé,
pendans de l'Empire par la Paix de Munster , re,
Hij gardée
2 (04 MER CURE DE FRANCE
gardée comme Loy sacrée et fondamentale pour
tout le Corps Germanique .
Elle a permis au Conseil Aulique d'écouter et
d'encourager les Vassaux et Sujets du Roi de Sardaigne
, au préjudice de la prérogative dont il
joint par sa Dignité de Vicaire de l'Empire , et
par les Diplômes accordez par les Empereurs à
la Maison de Savoye.
" Elle lui a formé des difficultez recherchées en
toute occasion , soit dans les Aquisitions qu'il a
faites de l'Empereur à prix d'argent , soit dans
les Investitures générales de ses Etats, en lui disputant
tantôt les Titres , tantôt les Distinctions
dont sa Maison a joui autrefois , et cela même
en s'éloignant par un exemple presque inoui , de
l'avis du Conseil Aulique.
Elle a éludé par des délais infinis la demande
des Titres et autres Ecritures appartenantes au
Duché de Montferrat , dont la rémission est
expressément stipulée par les mêmes Traitez ,
qui portent la cession de cet Etat , et vingt ans
de sollicitations n'ont pû les obtenir.
Afin d'ôter au Roy de Sardaigne les moyens
de se deffendre , elle a prétendu lui limiter la liberté
absolue de fortifier ses Places , que le droit
naturel , aussi- bien que les Traitez , lui accordent
; elle a tâché de forcer par des interprétations
artificieuses le vrai sens des mêmes Traitez.
Elle a fomenté avec soin et soutenu avec hauteur
, les injustes prétentions des Terres de l'Etat
de Milan , confinantes avec les Etats du Roy
de Sardaigne , rejettant même toutes les ouvertures
d'un raisonnable accord , souvent proposées
par ce Prince , la Cour de Vienne affectant
de tenir cette voye ouverte pour l'inquiéter et
roubler sa Jurisdiction.
Enfin
NOVEMBRE. 1733. 2505
•
Enfin la Cour de Vienne attentive aux occasions
de choquer celle de Turin par les endroits
les plus sensibles, a choisi le moment que les
Plenipotentiaires du Roy de Sardaigne alloient
prêter l'hommage de cette partie de ses Etats qui
reléve de l'Empice , pour introduire par surprise
une étrange nouveauté , et une odieuse distinction
contre l'usage établi , et recemment pratitiqué
envers les Rois d'Angleterre , de Dannemarc
et de Suede : Et sur les vives protestations
qui lui ont été faites à ce sujet par les Ministres
du Roi de Sardaigne, elle a prétendu reparer l'offense
au moyen de quelques excuses privées et
échapées par occasion à un Officier de la Cour
de l'Empereur , dont il a refusé de donner Acte.
Dans ces circonstances , le Roi de France qui
de son côté avoit donné pendant long- tems à la
Cour de Vienne les exemples de la plus singuliere
moderation , et les preuves de la plus sage tolerance
, a jugé qu'une pareille conduite cesseroit
d'être louable , dés qu'elle devenoit incompatible
avec sa gloire personnelle , l'honneur de son
Royaume , et l'appui qu'il devoir à ses Alliez . 11.
s'est déterminé à déclarer la Guerre à l'Empereur,
et a invité le Roi de Sardaigne à prendre à cette
Guerre la même part qu'il prenoit aux Motifs.
qui la rendoient indispensable.
Le Roi de Sardaigne engagé par tant d'endroits:
à épouser le jufte ressentiment de S. M. T. C.
ayant de plus ses propres griefs à reparer , convaincu
par une longue experience , que les maximes
de la Cour de Vienne , invariables sur son
compte , tendoient à miner sa Souveraineté , en.
attendant l'occasion de l'opprimer sans ressour
ce. Confirmé dans cette certitude par des exem
ples capables d'allarmer les plus grandes Puis-
Hr sances,
2506 MFRCURE DE FRANCE
sances , a signé un Traité , joignant avec confiance
ses Armes à celles d'un Prince , qui dépouillé
d'ambition , n'a cherché à se distinguer
en Europe que par son amour pour la Paix et par
l'équité de ses desseins .
Le Roy de Sardaigne , en qualité de Souverain
indépendant , est dispensé d'autoriser par des
exemples , les mesures qu'il est contraint de
prendre contre l'Empereur en qualité de Princes
de l'Empire , il en a d'illustres à suivre . Il sçau
ia s'y conformer en maintenant une indissolu
ble union avec cet Auguste Corps , et une par
faite amitié avec les dignes Membres qui le
composent , du nombre desquels il fait gloire
d'être.
C'est donc pour l'honneur de ses Augustes Alliez
, pour le sien propre , pour sa sureté , pour
la tranquillité et le bonheur de ses Etats , que le
Roy de Sardaigne , après avoir marqué par tou
tes ses déterminations, un sincere désir de maintenir
la bonne intelligence avec ses voisins , et d'é
pargner ses Peuples les calamitez de la guerre ,
prend maintenant les Armes .
à
En agissant par des motifs si dignes de déterminer
un Souverain , il espere non seulement .
de trouver dans ses Sujets les mêmes ressources
de zele , de fidélité et de valeur , que ses Augustes
Prédecesseurs ont trouvées en eux , mais aussi
que le Dieu desArmées protegera sa cause et qu'il
benira par d'heureux succès la justice de ses
desseins ,
Sardaigne.
E Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi
L de France ,par les précieux liens du Sang et
de l'amitié , a vivement partagé sa juste sensibi
lité au sujet des Déclarations injurieuses , des
odieuses Négociations et des violentes voyes de
fait , par lesquelles l'Empereur a affecté de choquer
S. M. T. C. et s'est efforcé de fermer le che
min du Trône à un Prince , au sort duquel Elle
prenoit le plus tendre interêt , et qui étoit si digne
de la Couronne , que les insinuations , les
menaces et les hostilitez employées à lui enlever
les suffrages de la Nation Polonoise , n'ont pú
traverser son unanime Election.
Quoique
NOVEMBRE . 1733. 2501
1
Quoique l'esprit dominant à la Cour de Vien
ne se fut assez manifesté en Europe , pour que
les prétentions les plus étendues de sa part ne
dussent plus surprendre , on n'a pu toutesfois y
voir sans étonnement la naissance et le progrés
d'un si injuste engagement : soit que l'on considerât
la Personne du Roi , Stanislas , contre laquelle
il étoit formé , soit la dignité du Roi de
France , qu'il offençoit , soit la constitution du
Royaume de Pologne qu'il s'appoit par les fondemens,
soit enfin la nature des moyens employés à
le soutenir,tels que ceRoyaume se fut à peine attendu
à les voir mettre en oeuvre par le plus dangereux
de ses voisins .
L'objet que présente un grand Roi insulté de
propos déliberé dans l'endroit le plus sensible , et
le spectacle d'une Nation opprimée pour n'avoir
pas voulu renoncer à sa liberté , ne sçauroient
être regardez d'un ceil tranquille par aucune
Puissance. Mais combien le Roi de Sardaigne
n'a-t'il pas lieu d'en être frappé? Lui qui ne peut
s'approprier le bonheur d'une étroite parenté
avec S. M. T. C. sans participer en même tems
à l'outrage qu'on lui a intenté , ni envisager l'usage
que l'Empereur a aspiré de faire de son autorité
dans un Royaume indépendant , sans re-
Béchir aux conséquences de l'abus qu'il fait journellement
de cette même autorité dans une region
, qui lui est déja plus qu'à moitié soumise.
En vain le Roi de Sardaigne a-t-il voulu pendant
long- tems s'aveugler sur ces tristes conséquences
; la Cour de Vienne lui a fait sentir par
ses démarches qu'elle fondoit sur sa ruine celle
de la liberté de l'Italie , dont sa Maison Royale
avoit toujours été le plus ferme soutien .
Les premieres injustices de la Cour de Vienne
H iij
ont
502 MERCURE DE FRANCE
ont pour époque et pour date les tems mêmes
auxquels la Maison de Savoye faisoit les plus gé
néreux efforts en faveur de celle d'Autriche. Le
Traité d'alliance conclu en 1703. entre le feu.
Roi de Sardaigne et l'Empereur Leopold , aussi
mal executé du côté des assistances promises ,
qu'imparfaitement accompli du côté des cessions
stipulées , les considerables avances faites en ce
tems là pour l'entretien des Troupes Imperiales
en Piémont , non encore remboursées , sont les
monumens autentiques de la reconnoissance de
la Cour de Vienne.
Tel fut le traitement que le feu Roi Victor en
reçut en qualité de fidéle et d'utile Allié ; mais à
peine la dissolution de la ligue l'eut -elle obligé
d'entrer dans les mesures pacifiques qui se prirent
à Utrecht , où la pluralité des suffrages de
l'Europe lui décerna le Royaume de Sicile , par
des considerations qui devoient en perpetuer la
possession à la posterité la plus reculée ; que la
Cour de Vienne éclatant contre lui , s'en prie
d'une maniere outrageante à ses Ministres à Vien
ne et à Ratisbonne , par des Decrets aussi violens
qu'injustes , sans épargner les expressions les
plus piquantes , et sans menager la dignité toujours
respectable d'un Souverain.
Le Congrez d'Utrecht , contre lequel les Ministres
Autrichiens se déchaînoient sans cesse
avoit pourtant abondamment pourvû à la splen
deur et à l'élevation de l'Empereur , en lui assurant
la considerable addition des Pays Bas et des
Etats situez dans le continent d'Italie , à ceux
qu'il possedoit déja en Allemagne ; lui - même par
le succès de ses Armes contre le Turc avoit reculé
bien loin les bornes de sa domination du
ôté de la Hongrie et de la Transilvanie, Tant
do
NOVEMBRE . 1733. 2508
de prosperités devoient combler les voeux de la
Cour de Vienne . Cependant la seule Sicile échuë
au Roi Victor, étoit encore un objet suffisant à la
troubler. Il falut la lui ceder par un Traité qui
laissoit néanmoins jour à une discussion avantageuse
au nouveau Roi de Sardaigne. C'est ainsi
que la Maison de Savoye étoit sans cesse desti
née à contribuer à l'agrandissement de celle d'Autriche
, tantôt par les services les plus signalez »
tantôt par les sacrifices les plus coûteux.
N'auroit-on pas cru que la Cour de Vienne
dont on assouvissoit à l'envi les desirs , se seroit
du moins portée à rendre justice au Roi de Sardaigne
sur des articles moins essentiels , que la
sage disposition des Puissances contractantes
avoit renvoyées au Congrez désigné à Cambray,
Tant de condescendances ne firent qu'augmenter
sa dureté : envain les Plénipotentiaires s'y assemblerent
, la lenteur affectée , et l'infléxibilité des
Ministres Imperiaux firent perdre tout le fruit
de cette convocation , et même tout espoir de
voir renaître une occasion favorable de reparer
les préjudices supportez.
Le Roi de Sardaigne entierement livré parla à
la Cour de Vienne , sur le point de sa légitime
satisfaction , éprouva déslors tout le poids de
son aliénation pour lui. Elle n'a cessé depuis de
lui susciter des oppositions et des contestations
de toute espece.
Elle avoit déja prétendu mettre le Roi de Sar→
daigne au rang des simples Vassaux et Feuda
taires par rapport aux contributions , et cela de
l'autorité privée de l'Empereur , et de celle de son
Conseil , sans aucune délibération de la Diette ,
et même sur des lieux qui ont été declarez indé,
pendans de l'Empire par la Paix de Munster , re,
Hij gardée
2 (04 MER CURE DE FRANCE
gardée comme Loy sacrée et fondamentale pour
tout le Corps Germanique .
Elle a permis au Conseil Aulique d'écouter et
d'encourager les Vassaux et Sujets du Roi de Sardaigne
, au préjudice de la prérogative dont il
joint par sa Dignité de Vicaire de l'Empire , et
par les Diplômes accordez par les Empereurs à
la Maison de Savoye.
" Elle lui a formé des difficultez recherchées en
toute occasion , soit dans les Aquisitions qu'il a
faites de l'Empereur à prix d'argent , soit dans
les Investitures générales de ses Etats, en lui disputant
tantôt les Titres , tantôt les Distinctions
dont sa Maison a joui autrefois , et cela même
en s'éloignant par un exemple presque inoui , de
l'avis du Conseil Aulique.
Elle a éludé par des délais infinis la demande
des Titres et autres Ecritures appartenantes au
Duché de Montferrat , dont la rémission est
expressément stipulée par les mêmes Traitez ,
qui portent la cession de cet Etat , et vingt ans
de sollicitations n'ont pû les obtenir.
Afin d'ôter au Roy de Sardaigne les moyens
de se deffendre , elle a prétendu lui limiter la liberté
absolue de fortifier ses Places , que le droit
naturel , aussi- bien que les Traitez , lui accordent
; elle a tâché de forcer par des interprétations
artificieuses le vrai sens des mêmes Traitez.
Elle a fomenté avec soin et soutenu avec hauteur
, les injustes prétentions des Terres de l'Etat
de Milan , confinantes avec les Etats du Roy
de Sardaigne , rejettant même toutes les ouvertures
d'un raisonnable accord , souvent proposées
par ce Prince , la Cour de Vienne affectant
de tenir cette voye ouverte pour l'inquiéter et
roubler sa Jurisdiction.
Enfin
NOVEMBRE. 1733. 2505
•
Enfin la Cour de Vienne attentive aux occasions
de choquer celle de Turin par les endroits
les plus sensibles, a choisi le moment que les
Plenipotentiaires du Roy de Sardaigne alloient
prêter l'hommage de cette partie de ses Etats qui
reléve de l'Empice , pour introduire par surprise
une étrange nouveauté , et une odieuse distinction
contre l'usage établi , et recemment pratitiqué
envers les Rois d'Angleterre , de Dannemarc
et de Suede : Et sur les vives protestations
qui lui ont été faites à ce sujet par les Ministres
du Roi de Sardaigne, elle a prétendu reparer l'offense
au moyen de quelques excuses privées et
échapées par occasion à un Officier de la Cour
de l'Empereur , dont il a refusé de donner Acte.
Dans ces circonstances , le Roi de France qui
de son côté avoit donné pendant long- tems à la
Cour de Vienne les exemples de la plus singuliere
moderation , et les preuves de la plus sage tolerance
, a jugé qu'une pareille conduite cesseroit
d'être louable , dés qu'elle devenoit incompatible
avec sa gloire personnelle , l'honneur de son
Royaume , et l'appui qu'il devoir à ses Alliez . 11.
s'est déterminé à déclarer la Guerre à l'Empereur,
et a invité le Roi de Sardaigne à prendre à cette
Guerre la même part qu'il prenoit aux Motifs.
qui la rendoient indispensable.
Le Roi de Sardaigne engagé par tant d'endroits:
à épouser le jufte ressentiment de S. M. T. C.
ayant de plus ses propres griefs à reparer , convaincu
par une longue experience , que les maximes
de la Cour de Vienne , invariables sur son
compte , tendoient à miner sa Souveraineté , en.
attendant l'occasion de l'opprimer sans ressour
ce. Confirmé dans cette certitude par des exem
ples capables d'allarmer les plus grandes Puis-
Hr sances,
2506 MFRCURE DE FRANCE
sances , a signé un Traité , joignant avec confiance
ses Armes à celles d'un Prince , qui dépouillé
d'ambition , n'a cherché à se distinguer
en Europe que par son amour pour la Paix et par
l'équité de ses desseins .
Le Roy de Sardaigne , en qualité de Souverain
indépendant , est dispensé d'autoriser par des
exemples , les mesures qu'il est contraint de
prendre contre l'Empereur en qualité de Princes
de l'Empire , il en a d'illustres à suivre . Il sçau
ia s'y conformer en maintenant une indissolu
ble union avec cet Auguste Corps , et une par
faite amitié avec les dignes Membres qui le
composent , du nombre desquels il fait gloire
d'être.
C'est donc pour l'honneur de ses Augustes Alliez
, pour le sien propre , pour sa sureté , pour
la tranquillité et le bonheur de ses Etats , que le
Roy de Sardaigne , après avoir marqué par tou
tes ses déterminations, un sincere désir de maintenir
la bonne intelligence avec ses voisins , et d'é
pargner ses Peuples les calamitez de la guerre ,
prend maintenant les Armes .
à
En agissant par des motifs si dignes de déterminer
un Souverain , il espere non seulement .
de trouver dans ses Sujets les mêmes ressources
de zele , de fidélité et de valeur , que ses Augustes
Prédecesseurs ont trouvées en eux , mais aussi
que le Dieu desArmées protegera sa cause et qu'il
benira par d'heureux succès la justice de ses
desseins ,
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Résumé : MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
En novembre 1733, le Roi de Sardaigne publie un manifeste exprimant sa solidarité avec le Roi de France contre les actions de l'Empereur. L'Empereur a tenté d'empêcher l'élection du prince polonais Stanislas, soutenu par la France, ce que le Roi de Sardaigne condamne comme une atteinte à la liberté de la Pologne. Le manifeste souligne également les injustices passées de la Cour de Vienne envers la Maison de Savoie, notamment lors du traité d'Utrecht où la Sicile a été cédée au Roi de Sardaigne malgré les contestations autrichiennes. De plus, la Cour de Vienne a cherché à limiter la souveraineté du Roi de Sardaigne en matière de fortifications et de juridiction. En réponse à ces provocations, le Roi de France a déclaré la guerre à l'Empereur et a invité le Roi de Sardaigne à se joindre à lui. Le Roi de Sardaigne, motivé par les griefs personnels et la menace à sa souveraineté, a accepté cette alliance. Il espère que ses sujets le soutiendront avec zèle et fidélité et que la justice de sa cause sera bénie par des succès militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 2-41
AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Début :
L'Ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, Monsieur, peut [...]
Mots clefs :
Philosophie, Histoire, Comédie, Tragédie, Poésie, Littérature, Anecdotes littéraires, Langues, Style, Journaliste, Pièces, Public, Goût, Ouvrages, Auteurs, Français, Art, Monde, Hommes, Lettres, Esprit, Théâtre, Roi, Pièce, Auteur, Journal, Livres, Gens, Sujet, Molière, Mérite, Jean Racine, Ouvrage, Pays, Beau, Pierre Corneille, Lecteurs, Europe, Nation, Idées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
AVIS à un Journaliſte , 10 Mai 1737.
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deffein de travailler , Monfieur , peut
très -bien réüffir , quoiqu'il y en ait déja de
cette efpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaife à notre Siécle & à la Pofterité . Je
vous répondrai en deux mots ; foyez impartial.
Vous avez la fcience & le goût , fi avec
cela vous êtes jufte , je vous prédis un fuccès
durable . Notre Nation aime tous les gen
res de Litterature , depuis les Mathématiques
jufqu'à l'Epigramme . Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poëfie , qui foutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre espece de
Journal , jufqu'à une Chanfon qui fera bien
faite. Rien n'eft à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacréon , & Ciceron nefait
point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE .
Vous fçavez affés de Géométrie & de
Phyfique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE . 1744.
Leurs épines fans les charger de fleurs qui ne:
leur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une efpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propofe , ou des
vérités qu'on établit . Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaffendi l'a rendu plus vrai--
femblable , expofez les degrés infinis de probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par fes raifonnemens , par fes obfervations
& par fes calculs ..
S'agit- il d'un Ouvrage fur la Nature de
l'Air ? il eft bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péfanteur , mais non fon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins fçavoir l'Hiftoire des Sciences ,
les
gens. du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raiſon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
fujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le:
pefa , ainfi qu'on pefe un poids dans unebalance
, comment on connut fon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eft prefque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ;
inconnuës jufqu'à nos jours.
Paroît-il un Livre hériffé de Calculs & de
Problèmes fur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites- vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de fon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en ufage , quoiqu'en fe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
jufqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , aufquelles l'efprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveau Monde , mais qui laiffent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage fur la
Gravitation des Aftres , fur cette admirable
partie des démonftrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , fi vous rendez
l'Histoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui ofa l'annoncer comme par
inftinct , jufqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle pefe fur le Soleil ,
& le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage foit un ReNOVEMBRE.
1744 . 5
giftre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, furtout en expofant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieufes qui irritent un Auteur &
fouvent toute une Nation , fans éclairer
perfonne. Point d'animofité , point d'ironie.
Que diriez -vous d'un Avocat Général , qui
en réfumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eft pas fi refpectable
, mais fon devoir eft à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra- t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut- être
le mieux à traiter , ce font les Morceaux
d'Hiftoire , c'est là ce qui eft le plus à la por
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eft pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de fçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
font tranfmis fous le nom d'Hiftoire , qu'on
6 MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importent gueres.
:
Si vous rendez compte de l'Hiftoire ancienne
, profcrivez- , je vous en conjure ,
toutes ces déclamations contre certains Conquérans
. Laiffez Juvenal & Boileau , donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euffent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Aléxandre infenfé. Vous Philofophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , femblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger fon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
ne le faites ne le faites pas voir feulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs & portant fes Conquêtes jufqu'à
I'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréfentez le donnant des Loix
au milieu de la Guerre , formant des Colonies
, établiffant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujour
d'hui le centre du Négoce : c'eft par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois &
c'eft ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes & des Ports que Céfar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé , & c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
"
NOVEMBRE. 1744. 7
Infpirez furtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiftoire des tems récents , qui
eft pour nous de néceffité , que pour l'ancienne
, qui n'eft que de curiofité ; qu'ils
fongent que la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par cela me qu'elle eſt moderne.
?
Je voudrois furtout que vous recomman
daffiez de commencer férieufement l'étude
de l'Hiftoire , au fiécle qui précede immé
diatement Charles Quint , Léon X , François
Premier. C'eft- là qu'il fe fait dans l'ef
prit humain dans notre Monde une révolu
tion qui a tout changé. Conftantinople eft
prife , & la puiffance des Tures eft établic
en Europe ; l'Amérique eft découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des trésors du
Nouveau Monde . Veniſe , qui faifoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne- Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean. La Chine , Siam , deviennent.
des Alliés des Rois Europeans . Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerfelle .
Une nouvelle Religion divife le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiffent , brillent
en Italie , & répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'ELpagne
; les Langages de l'Europe & les moeurs
fe poliffent. Enfin c'eft un nouveau cahos
qui fe débrouille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eft aujourd'hui.
y
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que Léon X , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiftoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'effaye
de faire voir le progrès de l'efprit hu
main- & de tous les Arts , fous Louis XIV.
Puiffai-je avant que de mourir laiffer ce Monument
à la gloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice , je ne
manque point de Mémoires fur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , fur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniftre de la Guerre , né pour être le
Miniftre d'un Conquérant , fur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeftique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'ofe parler des fautes
inféparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui difoit à l'Ambaffadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE . 1744.
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à fa fin ce
grand Ouvrage.
que fi Je vous prierai de bien faire fentir
nos Hiftoires modernes écrites
> par des
Contemporains , font plus certaines & plus
générales que toutes les Hiftoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteufes dans
les détails. Je m'explique , les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion ;
le Guerrier , le Magiftrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eft le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'efprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage . Nous n'avons gueres
d'Hiftoriens anciens qui ayent écrit les
un scontre les autres fur le mêmeEvénement ,
ils auroient répandu le Scepticiſme fur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteftables , quelque peu vrai -femblables
qu'elles foient , & que nous refpectons pour
deux raifons , parce qu'elles font anciennes,
& parce qu'elles n'ont pas été contredites .
Nous autres Hiftoriens Contemporains
nous fommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même chose qu'aux
Puiffances qui font en guerre. Chaque Parti
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſon de ſon côté.
Voyez que de contradictions fur Marie
Stuard, fur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
fur les Troubles de Hongrie , fur l'établiffement
de la Religion Proteftante ; fur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation au bout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit fur le même Evenement
& fur la même perfonne. J'en ai été
témoin au fujet du feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a ef
fuyer fur l'Hiftoire de Charles XII ? J'ai
écrit fa Vie finguliere fur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans fon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; fur celles de M. de
Villelongue , long-tems Colonel à fon fervice
; fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiffy , Ambaffadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préfent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiftoire de fon Re
gne;je fuis sûr que leChapelain aura fouvent
vû les mêmes chofes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaffadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champ dans les chofes où ce nouvel Hif
torien aura évidemment raiſon , & de laif
fer les autres au jugement des Lecteurs défintéreffes.
Que fuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. II
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hom
mes tels qu'ils ont été. Tout m'eft indifferent
de Charles XII & de Pierre-le- Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun fujet de les flater ni
d'en médire ; je les traiterai avec le reſpect
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le refpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourra jamais,
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles- Lettres , qui feront un
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eft d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eft plus épuré parmi
nous , & qu'il eft devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , fans doute , de
faivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiffer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le foûtien . Il eft
jufte de donner la préférence à Moliere , fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les fages Italiens , qui placent Ra
phaël au premier rang , mais qui admireng
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , & c.
Moliere eft le premier , mais il feroit injufte
& ridicule de ne pas mettre le Joueur
à côté de fes meilleures Piéces. Refufer
fon eftime aux Menechmes , ne pas s'amufer
beaucoup au Légataire univerfel, feroit d'un
homme fans juſtice & fas goût , & qui ne
fe plaît pas à Renard , n'eft pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Piéces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Esprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , & c. font
au-deffus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au- deffus pour la fineffe des
Caractéres , pour l'efprit dont la plûpart
font affaifonnées , & même pour la bonne
plaifanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François feront affés heureux , pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez -vous bien de vouloir rabaiffer leur
fuccès , fous prétexte que ce ne font pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement , qui ne prend fa
fource que dans l'envie ; ne cherchez point
à profcrire les Scénes attendriffantes , qui fe
trouvent dans ces Ouvrages , car lorfqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eft propre
, a encore celui d'intéreffer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe fâcher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'ofe dire que fi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéreffantes , on
veroit plus de monde à leurs repréfentations.
Le Milantrope feroit aufli fuivi qu'il eft eftimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoife. L'Art d'étendre fes
limites fans les confondre avec celles de la
Tragédie , eft un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager, & honteux de vouloir détruire
; c'en eft un que fçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai tou
jours reconnu l'efprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoient d'entendre, & j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux ,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eft
vrai qu'au fond l'efprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles- Lettres font les
mêmes.
Expofer en termes clairs & élégants un
fujet , qui quelquefois eft embroüillé , &
fans s'attacher à la divifion des Actes, éclaircir
l'intrigue & le dénouement , les raconzer
comme une Hiftoire intéreffante , peindre
d'un trait les Caractéres , dire enfuite ce
qui a paru plus ou moins vrai -femblable ,
bien ou mal préparé, retenir les Vers les plus
heureux , bien faifir le mérite ou le vice général
du ftyle , c'est ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eft fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eft plus facile à certains ef
prits de fuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie . Vous fçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeffus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744. Is
une vaine récompenfe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaifir de les préferer contre votre
fentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de fes moins bonnes , vous avoiâtes
que c'étoit une chofe impoffible. Ces traits ,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prufias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere & Mari dans cette conjon&ure.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne foyez l'un ni l'autre.
Prufias.
Eh que dois-je être !
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eft ni Mari ni Pere ,
Il regarde fon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de fi beaux éclairs .
Avouez leur extrême foibleffe avec tout le
Public .
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fon Oncle, que fi le Proverbe : Cela eft bean
comme le Cid, paffa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus caufer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eft Corneille lui -même qui
le détruifit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs- d'oeuvres d'élégance
. Comment leur coeur fera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreffe
pas?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoife , mais ne découragez
pas leurs fucceffeurs , en affûrant que
La carriere eft remplie , & qu'il n'y a plus
affés intérefde
place. Corneille n'eft pas
Lant ; fouvent Racine n'eft pas affés tragiNOVEMBRE.
1744. 17
que.L'Auteur de Vinceflas , celui de Rhadamifte
& d'Electre , ont des beautés particu
lieres , qui manquent à ces deux grands
Hommes , & il eft à préfumer que ces trois
Pieces refteront toujours fur le Théatre
François , puifqu'elles s'y font foûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'est la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai - je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amafis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compofé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux .
Lecteurs , c'eft que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eft excellente , ou
elle eft mauvaiſe , ou tel Acte eft imperti
nent , ou tel rôle eft pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiffez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
foyez für que l'Arrêt fera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez fans preuve ,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eft pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eft le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées fur le
même fujer. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiécle paffé ; lofqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Efpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je fuppofe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il feroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragé
die Angloife , dont elle est tirée.
Paroit- il quelque Ouvrage inftrnctif fur
les Piéces de l'illuftre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eft que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le fujet de Phédre
fur leur Théatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith eft une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
jufqu'à l'amour d'l lippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajazet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparaifon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe & de l'Angloife . C'eft ainſi,
à mon gré , que la fage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe . Mais quelle
vraye Critique avons- nous depuis celle que
l'Académie Françoife fit du Cid , & à laquelle
il manque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE.
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal , fi vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
au bon coin, dont les Porte feuilles des
Curieux font remplis.On a des Vers du Com
teAntoine Hamilton ,né en France, qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ftyle Epiftolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duffé , de
S. Aulaire, Ferrand , de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , fuffifoient autrefois à faire la réputa
tion des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujour
d'hui qu'il eft plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaifir aux Lecteurs délicats.
Nos Chanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veronefe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , & c.
Moliere eft le premier , mais il feroit injufte
& ridicule de ne pas mettre le Joueur
à côté de fes meilleures Piéces. Refufer
fon eftime aux Menechmes , ne pas s'amufer
beaucoup au Légataire univerfel, feroit d'un
homme fans juftice & fas goût , & qui ne
fe plaît pas à Renard , n'eft pas digne d'admirer
Moliere.
Ofez avouer avec courage , que beaucoup
de nos petites Piéces , comme le Grondeur
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Esprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , & c. fone
au-deffus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au - deffus pour la fineffe des
Caractéres , pour l'efprit dont la plupart
font affaifonnées , & même pour la bonne
plaifanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains , qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode , quand
les François feront affés heureux ,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez -vous bien de vouloir rabaiffer leur
fuccès , fous prétexte que ce ne font
pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement , qui ne prend fa
fource que dans l'envie ; ne cherchez point
à profcrire les Scénes attendriffantes , qui fe
trouvent dans ces Ouvrages , car lorfqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eft propre
, a encore celui d'intéreffer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour fe fâcher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'ofe dire que fi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéreffantes , on
veroit plus de monde à leurs repréfentations.
Le Milantrope feroit auffi fuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoife. L'Art d'étendre fes
limites fans les confondre avec celles de la
Tragédie , eft un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager, & honteux de vouloir détruire
; c'en est un que fçavoir bien rendre
compte d'une Piéce de Théatre . J'ai tou
jours reconnu l'efprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoient d'entendre, & j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eft
vrai qu'au fond l'efprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable efprit des Belles- Lettres font les
mêmes.
,
Expofer en termes clairs & élégants un
fujet , qui quelquefois eft embrouillé , &
fans s'attacher à la divifion des Actes, éclaircir
l'intrigue & le dénouement , les raconter
comme une Hiftoire intérellante peindre
d'un trait les Caractéres , dire enfuite ce
qui a paru plus ou moins vrai -femblable ,
bien ou mal préparé, retenir les Vers les plus
heureux , bien faifir le mérite ou le vice général
du ftyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eft fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eft plus facile à certains efprits
de fuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE.
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie . Vous fçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeffus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers .
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien.
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenfe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaifir de les préferer contre votre
fentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de fes moins bonnes , vous avoüâtes
que c'étoit une chofe impoffible . Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prufias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere & Mari dans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne foyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être !
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'éft ni Mari ni Pere ,
Il regarde fon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de fi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleffe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fon Oncle, que fi le Proverbe : Cela eft beau
comme le Cid , paffa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus caufer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eft Corneille lui -même qui
le détruifit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne jouera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur fera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreffe
pas? y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoife , mais ne découragez
pas leurs fucceffeurs , en affùrant que
carriere eft remplie , & qu'il n'y a plus
de place. Corneille n'eft pas affés intéref-
Lant ; fouvent Racine n'eft pas affés tragiNOVEMBRE.
1744. 17
que.L'Auteur de Vinceflas , celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particu
lieres , qui manquent à ces deux grands
Hommes , & il eft à préfumer que ces trois
Pieces resteront toûjours fur le Théatre
François , puifqu'elles s'y font foûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie . Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amafis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compofé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eft que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eft excellente , ou
elle eft mauvaiſe , ou tel Acte eft imperti
nent , ou tel rôle eft pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiffez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
foyez für que l'Arrêt fera contre vous , toutes
les fois que vous déciderez fans preuve,
quand même vous auriez raifon , car ce
n'eft pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE.
mais le rapport du Procès ,
doit juger.
que
le Public
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eft le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées fur le
même fujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiécle paffé ; lofqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Efpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je fuppofe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il feroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragé
die Angloife , dont elle eft tirée.
Paroît-il quelque Ouvrage inftrnctif fur
les Piéces de l'illuftre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eft que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le fujet de Phédre
fur leur Théatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith eft une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajazet , & que cependant l'Auteur fe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparaifon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine.
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe & de l'Angloife. C'eſt ainſi,
à mon gré , que la fage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe . Mais quelle
vraye Critique avons- nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle il manque encore autant de chofes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE.
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal , fi vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
au bon coin, dont les Porte feuilles des
Curieux font remplis.On a desVers du Com
teAntoine Hamilton , né en France, qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ftyle Epiftolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duffé , de
S. Aulaire, Ferrand , de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , fuffifoient autrefois à faire la réputa
tion des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujour
d'hui qu'il eft plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaifir aux Lecteurs délicats.
Nos Chanfons valent mieux que celles d'A
Bij
20 MERCURE DE FRANCE.
nacréon , & le nombre en eft étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal férieux
; ce feroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal.S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poëfie, qui faffent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les efprits , & fur
lefquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eft alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , fans le paroître , & le conduifant
comme par la main , lui faire remarquer
les beautés fans emphafe, & les défauts
fans aigreur ; c'eft alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on détefte & qu'on méprife
dans d'autres.
Un de mes amis , examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
feconde , où tous nos Auteurs font infultés,
l'examen fuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la jufteffe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744. 21
Tout Inftitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eft un foible Problême ,
Et , quoiqu'on dife , on n'en fçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que fa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais éblouis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid
Et préférer le moindre au plus parfait.
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Inftitut , tout Art
toute Police , femble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police femble n'avoir aucun rap
port au goût dont il eft queftion . De plus
le terme de Police doit-il entrer dans des
Vers? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Profe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée , feroit ridicule , quand
B. v
22 MERCURE DE FRANCE.
même le terme feroit élégant , & femble
infupportable , puifque ce terme eft une
expreffion plus convenable à des affaires
qu'à la Poëfie. La Diffemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
des goûts et un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François . A le bien
dre , paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il femble qu'un Problême
n'eft ni foible ni fort , il peut être aifé
où difficile , & fa folution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée.
pren-
Et quoiqu'on dife , on n'en fçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëfie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille fechereffe , mais la raifon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eft fubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deux goûts.
Arriver augoût pas- à-pas , eſt encore , je
erois, une façon de parler peu convenable ,
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent.
Eft ce la bonté du Public ; eft- ce la bonté
du goût ?
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Es préférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. ₹ 3
1º . Le beau & le laid , font des exprefhons
réservées au bas Comique . 2 ° . Si on
aime le laid , ce n'eft pas la peine de dire
enfuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'eſt pas oppofé Grammaticalement
au plus parfait. 4. Le moindre eft un
mot qui n'entre jamais dans la Poëfie. C'eft
ainfi que ce Critique faifoir fentir fans amer
tume , toute la foibleffe de ces Epitres . II
n'y avoit pas trente Vers qui échapaffent à
fa jufte cenfure , & pour mieux inftruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autre Ouvrage du même Auteur fur un fujet
de Littérature à peu près femblable. Il гар-
portoit les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Defpreaux , & cet objet de comparai
fon achevoit de perfuader mieux que les.
difcuffions les plus folides & les plus fubtiles
.
De l'expofé de tous ces Vers diffillabes ,
il prenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ftyle , qu'on appelle de Marot , ne doit être
admis que dans une Epigramme & dans un
Conte , comme les figures de Calot ne doivent
paroître que, dans des Grotefques s
mais quand il faut mettre la Raifon enVers,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monftrueux de la Langue
B vj
24 MERCURE DE FRANCE .
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la
Langue de nos jours , eft l'abus le plus condaninable
qui fe foit gliffé dans la Poëfie.
Marot parloit fa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eft auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit l'Architecture Gothique mêlée avec
la Moderne vous aurez fouvent occafion
de détruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ftyle , parce qu'il eft malheureuſement
facile .
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenfeur folide & falutaire ,
Que la Raifon conduife & le fçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr , d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut fe
cacher.
Mais il est bien difficile , & eft- il bien
élégant de dire ?
Donc , fi Phoebus fes échets vous adjuge ,
Pour bien jouer , confultez tout bon Juge.
Pour bien jouer , hantez les bons Joueurs ,
Sur tout , craignez le poifon des Loueurs ;
Acoftez-vous de fidéles Critiques.
Ce n'eft pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE .
1744.
Vers familiers dans ces Piéces de Poëfie , au
contraire , ils y font néceffaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eft , modo triſti , ſapè jocoſo »
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poets ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &
grotefque n'eft pas de la fimplicité , c'eft de
la groffiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdotes Littéraires.
Je raffemble ici fous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiffent fi fouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiffe fe vanter d'un fi
grand nombre d'auffi jolis Ouvrages de Bel
Ïes-Lettres. Il eft vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en ufe avec
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous fes Contemporains
; on choifit quelques amis . Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothèque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris . Tous ces Livres ,
dans lefquels on trouve fouvent des chofes
agréables , amufent fucceffivement les hone
nêtes- gens , délaffent l'homme férieux dans
l'intervalle de fes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'efprit , & cette
délicateffe , qui fait fon caractere,
Ne condamnez point avec dureté tout
ce qui ne fera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Confpiration de Venife de l'Abbé de
S. Real , auffi plaifant & auffi original que
la converfation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaifante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne qui ne fera pas aufli naturel
, auffi fin , auffi guai que le Voyage
quoiqu'un peu inégal, de Bachaumont & de
Chapelle.
›
Non fi primores Mæonius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces
Steficorique graves camena
NOVEMBRE 1744. 27
Nec fi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor
Vivuntque commiffi calores
Folia fidibus puella.
9
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs, & répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette févérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eft énervée ,
que le bon goût eft perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne feroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fut
écrit du ftyle de Bourdaloüe . Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
? Veulent-ils que Jacob , dans le Pay
fan parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages . Une penfée trop fine
feroit une tache dans le Difcours fur l'Hif
toire Univerfelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Onvrage d'agrément , dans un
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineffe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas Les Livres font la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près femblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penfées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enfemble ( & c'eft
en quoi le goût confifte ) c'eft exciter les
Auteurs à dire , s'il fe peut , des chofes nouvelles
; c'eft entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles fi expreflives
ce que Defpreaux a rendu d'une
maniere fi correcte , ce que Driden & Rochefter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eft de ces paralleles comme de
I'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eft par là que vous ferez voir
fouvent , non feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal' ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur lefquelles il eft toujours bon d'inftruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef- d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eft de feu M. Defallengre , & d'un illuftre
Mathématicien , confommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'efprit à
F'érudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanfon
avec beaucoup de Remarques. Mais fi on
ajoute à cette plaifanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vont dans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles -Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monftrueux.
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plus de cent Vers de ce Poëte admi
rable. J'en ai vu une intitulée , S. Jean-
Baptifte , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne prefque entiere de Berenice . Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne ſenso
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de la jaloufie eft fouvent abfurde.
En deffendant les Auteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribue à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres ,
aufquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétendue Paix univerfelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne fe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'en difent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems . Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors
& voyez fi un Prince auffi fage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande
) le Livre fameux , connu fous le nom du
Teftament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
ce grand Miniftre en foit l'Auteur. 1° . Parceque
jamais le Manufcrit n'a été vû , ni connu
chés fes héritiers , ni chés les Miniftres
qui lui fuccederent. 2 ° . Parce qu'il fut imprimé
trente ans après fa mort , fans avoir
NOVEMBRE. 1744. 33
été annoncé auparavant. 3 ° . Parce que l'Editeur
n'ofe pas feulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eft devenu , en
quelle main il l'a dépofé. 4º. Parce qu'il eſt
d'un ftyle très -different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu . 5 °. Parce qu'on
lui fait figner fon nom d'une façon dont il
ne fe fervoit pas. 6. Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreffions & d'idées
, peu convenables à un Grand Minif
tre , qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auffi poli que
le Cardinal de Richelieu , eut appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique .
Eft- il vrai-femblable que le Miniftre d'un
Roi de quarante ans , lui faffe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le fecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propofition , que la Raifon doit être
la régle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniftre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eft-il vraisemblable , qu'il eut rapporté att
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teftament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
( dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appellé au Confeil , il promit au Roi
d'abaiffer fes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit - on pas
fe fouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Confeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le fecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'afcendant fur l'efprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
>
8°. On prétend ( dans le fecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenfa pour la Guerre 60 millions
par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans ceffer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté,
dans le Chapitre 9 , feconde Partie , il eft
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente- cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît -il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
9° . Eft- il d'un Miniftre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , à 5 pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 denier 6 , au
denier 5 ? Le denier cinq eft vingt pour cent;
& le denier vingt eft cinq pour cent ; ce
font des chofes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eft-il vraisemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propofe , Chap,
9 , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eft- il vraisemblar
ble qu'il ait propofé de fupprimer les Ga
belles ; & ce projet n'a- t'il pas été fait par
un Politique oifif, plûtôt que par un homme
nourri dans les affaires 12 ° . Enfin ne
voit-on pas combien il eft incroyable qu'un
Miniftre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jufqu'à la Paix ?
Voilà bien des raifons de douter , que cet
illuftre Miniftre foit l'Auteur de ce Livre.
Je me fouviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inftruit ,
que le Teſtament Politique étoit de l'Abbé
de Bourfeis , l'un des premiers Académi
ciens. Mais je crois qu'il eft plus aifé de fçavoir
de qui ce Livre n'eft pas , que de connoître
fon Auteur ; & en rendant ainfi juftice
à tout le monde , en péfant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnic.
34 MERCURE DE FRANCE.
Parlez avec courage contre ces injufrices
, & faites fentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte fçache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,
& le génie n'eft prefque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceffaires à un François . Les
Italiens font les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufques
dans les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop confeiller l'étude de leur Langue.
Il eft trifte que le Grec foit négligé en
France , mais il n'eft pas permis à un Jourmalifte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mots François
, dont il n'aura jamais qu'une idée confufe
car depuis l'Arithmétique jufqu'à
l'Aftronomie , quel eft le terme d'Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable A
peine y a-t'il un muſcle , une veine , un ligament
dans notre corps , une maladie , un
reméde, dont le nom ne foit Grec ; donnez
?
NOVEMBRE . 1744. 35
moi deux jeunes gens , dont l'un fçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eft malade , d'une péripneumonie ,
celui qui fçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots font compofés ; l'autre ne
comprendra abfolument rien .
Plufieurs mauvais Journaliſtes ont ofe
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere. Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il euffent
vû que la Traduction eft plus au- deffous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeffous
de Virgile.
Un Journaliſte , verfé dans la Langue Grec
que , pourra- t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthéne , quelques foibleffes au milieu
de fes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous de
mande, Meffieurs les Athéniens , avez- vous la
Paix ? Non , de par Jupiter , répondez - vous
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , fur cet expofé , pourroit croire
que Demosthéne plaifante à contre-tems ;
que ces termes. familiers , & réfervés pour le
bas Comique ; Meffieurs les Athéniens de par
Jupiter , répondent à de pareilles expref$
6 MERCURE DE FRANCE.
fions Grecques. Il n'en eft pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé
peur
faire obferver , pourvû qu'en même- tems ,
il remarque encore plus les beautés .
11 feroit à fouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales , nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient . Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eft de l'Hiftoire de la plus grande
partie de notre Globe ; nous nous accou →
tumerions à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inftruits de la Religion de
Zoroaftre , dont les Sectateurs fubfiftent en
core , quoique fans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés fuperftitieufes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ; on connoîtroit les reftes de
l'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faftueux d'Hiftoire
Univerfelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu fous fa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde .
Mais auffi
que votre amour pour
les Langues
NOVEMBRE.
1744. 37
gues étrangeres ne vous falle pas méprifer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne foyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
fait dire :
Ales phafiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quaritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après fa mort , aucun
Poëte François.
Je voudrois , encore une fois , en fait
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du fien. J'appliquerai à ce
fujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eft par l'étude que nous fommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE .
Quant au style d'un Journaliſte , Bayle
eft peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un;c'eft le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eft le feul Compilateur
qui ait du goût ; cependant dans fon
I. Vol. C
86 MERCURE
DE FRANCE
.
fions Grecques. Il n'en eft pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obferver , pourvû qu'en même -tems ,
remarque encore plus les beautés. il
Il feroit à fouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales , nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eft de l'Hiftoire de la plus grande
partie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inftruits de la Religion de
Zoroaftre , dont les Sectateurs fubſiſtent encore
, quoique fans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés fuperftitieufes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ; on connoîtroit les reftes de
l'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faftueux d'Hiftoire
Univerfelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu fous fa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde .
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37:
•
guer étrangeres ne vous faffe pas méprifer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne foyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
fait dire :
Alesphafiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palate ,
Quid quid quaritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothèque de
l'Abbé de Longuerue , après fa mort , aucun
Poëte François.
Je voudrois , encore une fois , en fait
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du fien . J'appliquerai à ce
fujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eft par l'étude que nous fommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eft peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eft le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eft le feul Compilateur
qui ait du goût ; cependant dans fon
1. Vol. C
8 MERCURE DE FRANCE.
ftyle , toûjours clair & naturel , il y a op
de négligence , trop d'oubli des bienféances
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converfation avec fon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleffe de ftyle , & aux expreffions
triviales d'une converfation trop fimple ,
& en cela il rebute fouvent l'homme de
gofit.
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eft l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il , s'amufoit
plus a tâtonner & à baifer fon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eft trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef-d'oeuvre, par vous écrit jufqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceffaire , intelligible , & fonore . Des
idées nouvelles , furtout en Phyfique , exigent
des expreflions nouvelles , mais fubftituer
à un mot d'ufage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eft
pas enrichir la Langue , c'eft la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce refpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage, que celui qui a fait la gloire de
ces belles années.
Songez furtout que ce n'eft point avec la
familiarité du ftyle Epiftolaire, mais que c'eſt
avec la dignité du ftyle de Ciceron , qu'on doit
traiter la Philoſophie. Mallebranche , moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauffi folidement,qu'il
a expofé fes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans fa Langue avec netteté
& avec grace ; fon ftyle eft charmant
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre- tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les fuivez pas fervilement : 0 imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliffez -vous d'idées profondes & juttes,
alors les mots viennent aifément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penfe , font auffi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt fe
corrompre, cette altération viendra de deux
fources; l'une eft le ftyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France ; l'autre eft
cij 、
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux font infectés continuellement
d'expreffions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire.
Par exemple , rien n'eft plus commun
dans les Gazettes que cette phrafe , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
tel jour battu en breches on dit que les denx
armées fe feroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſe font approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conftruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ftyle qu'on a malheureufement
confervé dans le Barreau , & dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce tyle gothique des Edits
& des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs . On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui font fai-
Les pour être entenduës aifément ; on deNOVEMBRE.
1744. 4
vroit imiter l'élégance des Inftituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ;
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ftyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les chofes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où fe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre efpece de barbarie , qui vient du
Langage des Marchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préfente, au lieu de cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreffions. Le feul expofé de pareilles fautes
doit fuffire pour corriger les Auteurs .:
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deffein de travailler , Monfieur , peut
très -bien réüffir , quoiqu'il y en ait déja de
cette efpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaife à notre Siécle & à la Pofterité . Je
vous répondrai en deux mots ; foyez impartial.
Vous avez la fcience & le goût , fi avec
cela vous êtes jufte , je vous prédis un fuccès
durable . Notre Nation aime tous les gen
res de Litterature , depuis les Mathématiques
jufqu'à l'Epigramme . Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poëfie , qui foutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre espece de
Journal , jufqu'à une Chanfon qui fera bien
faite. Rien n'eft à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacréon , & Ciceron nefait
point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE .
Vous fçavez affés de Géométrie & de
Phyfique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE . 1744.
Leurs épines fans les charger de fleurs qui ne:
leur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une efpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propofe , ou des
vérités qu'on établit . Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaffendi l'a rendu plus vrai--
femblable , expofez les degrés infinis de probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par fes raifonnemens , par fes obfervations
& par fes calculs ..
S'agit- il d'un Ouvrage fur la Nature de
l'Air ? il eft bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péfanteur , mais non fon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins fçavoir l'Hiftoire des Sciences ,
les
gens. du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raiſon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
fujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le:
pefa , ainfi qu'on pefe un poids dans unebalance
, comment on connut fon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eft prefque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ;
inconnuës jufqu'à nos jours.
Paroît-il un Livre hériffé de Calculs & de
Problèmes fur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites- vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de fon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en ufage , quoiqu'en fe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
jufqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , aufquelles l'efprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveau Monde , mais qui laiffent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage fur la
Gravitation des Aftres , fur cette admirable
partie des démonftrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , fi vous rendez
l'Histoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui ofa l'annoncer comme par
inftinct , jufqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle pefe fur le Soleil ,
& le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage foit un ReNOVEMBRE.
1744 . 5
giftre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, furtout en expofant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieufes qui irritent un Auteur &
fouvent toute une Nation , fans éclairer
perfonne. Point d'animofité , point d'ironie.
Que diriez -vous d'un Avocat Général , qui
en réfumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eft pas fi refpectable
, mais fon devoir eft à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra- t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut- être
le mieux à traiter , ce font les Morceaux
d'Hiftoire , c'est là ce qui eft le plus à la por
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eft pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de fçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
font tranfmis fous le nom d'Hiftoire , qu'on
6 MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importent gueres.
:
Si vous rendez compte de l'Hiftoire ancienne
, profcrivez- , je vous en conjure ,
toutes ces déclamations contre certains Conquérans
. Laiffez Juvenal & Boileau , donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euffent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Aléxandre infenfé. Vous Philofophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , femblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger fon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
ne le faites ne le faites pas voir feulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs & portant fes Conquêtes jufqu'à
I'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréfentez le donnant des Loix
au milieu de la Guerre , formant des Colonies
, établiffant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujour
d'hui le centre du Négoce : c'eft par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois &
c'eft ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes & des Ports que Céfar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé , & c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
"
NOVEMBRE. 1744. 7
Infpirez furtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiftoire des tems récents , qui
eft pour nous de néceffité , que pour l'ancienne
, qui n'eft que de curiofité ; qu'ils
fongent que la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par cela me qu'elle eſt moderne.
?
Je voudrois furtout que vous recomman
daffiez de commencer férieufement l'étude
de l'Hiftoire , au fiécle qui précede immé
diatement Charles Quint , Léon X , François
Premier. C'eft- là qu'il fe fait dans l'ef
prit humain dans notre Monde une révolu
tion qui a tout changé. Conftantinople eft
prife , & la puiffance des Tures eft établic
en Europe ; l'Amérique eft découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des trésors du
Nouveau Monde . Veniſe , qui faifoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne- Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean. La Chine , Siam , deviennent.
des Alliés des Rois Europeans . Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerfelle .
Une nouvelle Religion divife le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiffent , brillent
en Italie , & répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'ELpagne
; les Langages de l'Europe & les moeurs
fe poliffent. Enfin c'eft un nouveau cahos
qui fe débrouille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eft aujourd'hui.
y
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que Léon X , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiftoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'effaye
de faire voir le progrès de l'efprit hu
main- & de tous les Arts , fous Louis XIV.
Puiffai-je avant que de mourir laiffer ce Monument
à la gloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice , je ne
manque point de Mémoires fur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , fur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniftre de la Guerre , né pour être le
Miniftre d'un Conquérant , fur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeftique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'ofe parler des fautes
inféparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui difoit à l'Ambaffadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE . 1744.
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à fa fin ce
grand Ouvrage.
que fi Je vous prierai de bien faire fentir
nos Hiftoires modernes écrites
> par des
Contemporains , font plus certaines & plus
générales que toutes les Hiftoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteufes dans
les détails. Je m'explique , les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion ;
le Guerrier , le Magiftrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eft le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'efprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage . Nous n'avons gueres
d'Hiftoriens anciens qui ayent écrit les
un scontre les autres fur le mêmeEvénement ,
ils auroient répandu le Scepticiſme fur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteftables , quelque peu vrai -femblables
qu'elles foient , & que nous refpectons pour
deux raifons , parce qu'elles font anciennes,
& parce qu'elles n'ont pas été contredites .
Nous autres Hiftoriens Contemporains
nous fommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même chose qu'aux
Puiffances qui font en guerre. Chaque Parti
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſon de ſon côté.
Voyez que de contradictions fur Marie
Stuard, fur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
fur les Troubles de Hongrie , fur l'établiffement
de la Religion Proteftante ; fur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation au bout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit fur le même Evenement
& fur la même perfonne. J'en ai été
témoin au fujet du feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a ef
fuyer fur l'Hiftoire de Charles XII ? J'ai
écrit fa Vie finguliere fur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans fon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; fur celles de M. de
Villelongue , long-tems Colonel à fon fervice
; fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiffy , Ambaffadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préfent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiftoire de fon Re
gne;je fuis sûr que leChapelain aura fouvent
vû les mêmes chofes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaffadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champ dans les chofes où ce nouvel Hif
torien aura évidemment raiſon , & de laif
fer les autres au jugement des Lecteurs défintéreffes.
Que fuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. II
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hom
mes tels qu'ils ont été. Tout m'eft indifferent
de Charles XII & de Pierre-le- Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun fujet de les flater ni
d'en médire ; je les traiterai avec le reſpect
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le refpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourra jamais,
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles- Lettres , qui feront un
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eft d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eft plus épuré parmi
nous , & qu'il eft devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , fans doute , de
faivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiffer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le foûtien . Il eft
jufte de donner la préférence à Moliere , fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les fages Italiens , qui placent Ra
phaël au premier rang , mais qui admireng
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , & c.
Moliere eft le premier , mais il feroit injufte
& ridicule de ne pas mettre le Joueur
à côté de fes meilleures Piéces. Refufer
fon eftime aux Menechmes , ne pas s'amufer
beaucoup au Légataire univerfel, feroit d'un
homme fans juſtice & fas goût , & qui ne
fe plaît pas à Renard , n'eft pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Piéces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Esprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , & c. font
au-deffus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au- deffus pour la fineffe des
Caractéres , pour l'efprit dont la plûpart
font affaifonnées , & même pour la bonne
plaifanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François feront affés heureux , pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez -vous bien de vouloir rabaiffer leur
fuccès , fous prétexte que ce ne font pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement , qui ne prend fa
fource que dans l'envie ; ne cherchez point
à profcrire les Scénes attendriffantes , qui fe
trouvent dans ces Ouvrages , car lorfqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eft propre
, a encore celui d'intéreffer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe fâcher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'ofe dire que fi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéreffantes , on
veroit plus de monde à leurs repréfentations.
Le Milantrope feroit aufli fuivi qu'il eft eftimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoife. L'Art d'étendre fes
limites fans les confondre avec celles de la
Tragédie , eft un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager, & honteux de vouloir détruire
; c'en eft un que fçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai tou
jours reconnu l'efprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoient d'entendre, & j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux ,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eft
vrai qu'au fond l'efprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles- Lettres font les
mêmes.
Expofer en termes clairs & élégants un
fujet , qui quelquefois eft embroüillé , &
fans s'attacher à la divifion des Actes, éclaircir
l'intrigue & le dénouement , les raconzer
comme une Hiftoire intéreffante , peindre
d'un trait les Caractéres , dire enfuite ce
qui a paru plus ou moins vrai -femblable ,
bien ou mal préparé, retenir les Vers les plus
heureux , bien faifir le mérite ou le vice général
du ftyle , c'est ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eft fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eft plus facile à certains ef
prits de fuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie . Vous fçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeffus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744. Is
une vaine récompenfe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaifir de les préferer contre votre
fentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de fes moins bonnes , vous avoiâtes
que c'étoit une chofe impoffible. Ces traits ,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prufias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere & Mari dans cette conjon&ure.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne foyez l'un ni l'autre.
Prufias.
Eh que dois-je être !
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eft ni Mari ni Pere ,
Il regarde fon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de fi beaux éclairs .
Avouez leur extrême foibleffe avec tout le
Public .
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fon Oncle, que fi le Proverbe : Cela eft bean
comme le Cid, paffa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus caufer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eft Corneille lui -même qui
le détruifit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs- d'oeuvres d'élégance
. Comment leur coeur fera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreffe
pas?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoife , mais ne découragez
pas leurs fucceffeurs , en affûrant que
La carriere eft remplie , & qu'il n'y a plus
affés intérefde
place. Corneille n'eft pas
Lant ; fouvent Racine n'eft pas affés tragiNOVEMBRE.
1744. 17
que.L'Auteur de Vinceflas , celui de Rhadamifte
& d'Electre , ont des beautés particu
lieres , qui manquent à ces deux grands
Hommes , & il eft à préfumer que ces trois
Pieces refteront toujours fur le Théatre
François , puifqu'elles s'y font foûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'est la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai - je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amafis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compofé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux .
Lecteurs , c'eft que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eft excellente , ou
elle eft mauvaiſe , ou tel Acte eft imperti
nent , ou tel rôle eft pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiffez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
foyez für que l'Arrêt fera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez fans preuve ,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eft pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eft le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées fur le
même fujer. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiécle paffé ; lofqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Efpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je fuppofe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il feroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragé
die Angloife , dont elle est tirée.
Paroit- il quelque Ouvrage inftrnctif fur
les Piéces de l'illuftre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eft que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le fujet de Phédre
fur leur Théatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith eft une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
jufqu'à l'amour d'l lippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajazet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparaifon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe & de l'Angloife . C'eft ainſi,
à mon gré , que la fage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe . Mais quelle
vraye Critique avons- nous depuis celle que
l'Académie Françoife fit du Cid , & à laquelle
il manque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE.
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal , fi vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
au bon coin, dont les Porte feuilles des
Curieux font remplis.On a des Vers du Com
teAntoine Hamilton ,né en France, qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ftyle Epiftolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duffé , de
S. Aulaire, Ferrand , de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , fuffifoient autrefois à faire la réputa
tion des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujour
d'hui qu'il eft plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaifir aux Lecteurs délicats.
Nos Chanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veronefe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , & c.
Moliere eft le premier , mais il feroit injufte
& ridicule de ne pas mettre le Joueur
à côté de fes meilleures Piéces. Refufer
fon eftime aux Menechmes , ne pas s'amufer
beaucoup au Légataire univerfel, feroit d'un
homme fans juftice & fas goût , & qui ne
fe plaît pas à Renard , n'eft pas digne d'admirer
Moliere.
Ofez avouer avec courage , que beaucoup
de nos petites Piéces , comme le Grondeur
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Esprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , & c. fone
au-deffus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au - deffus pour la fineffe des
Caractéres , pour l'efprit dont la plupart
font affaifonnées , & même pour la bonne
plaifanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains , qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode , quand
les François feront affés heureux ,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez -vous bien de vouloir rabaiffer leur
fuccès , fous prétexte que ce ne font
pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement , qui ne prend fa
fource que dans l'envie ; ne cherchez point
à profcrire les Scénes attendriffantes , qui fe
trouvent dans ces Ouvrages , car lorfqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eft propre
, a encore celui d'intéreffer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour fe fâcher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'ofe dire que fi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéreffantes , on
veroit plus de monde à leurs repréfentations.
Le Milantrope feroit auffi fuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoife. L'Art d'étendre fes
limites fans les confondre avec celles de la
Tragédie , eft un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager, & honteux de vouloir détruire
; c'en est un que fçavoir bien rendre
compte d'une Piéce de Théatre . J'ai tou
jours reconnu l'efprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoient d'entendre, & j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eft
vrai qu'au fond l'efprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable efprit des Belles- Lettres font les
mêmes.
,
Expofer en termes clairs & élégants un
fujet , qui quelquefois eft embrouillé , &
fans s'attacher à la divifion des Actes, éclaircir
l'intrigue & le dénouement , les raconter
comme une Hiftoire intérellante peindre
d'un trait les Caractéres , dire enfuite ce
qui a paru plus ou moins vrai -femblable ,
bien ou mal préparé, retenir les Vers les plus
heureux , bien faifir le mérite ou le vice général
du ftyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eft fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eft plus facile à certains efprits
de fuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE.
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie . Vous fçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeffus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers .
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien.
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenfe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaifir de les préferer contre votre
fentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de fes moins bonnes , vous avoüâtes
que c'étoit une chofe impoffible . Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prufias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere & Mari dans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne foyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être !
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'éft ni Mari ni Pere ,
Il regarde fon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de fi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleffe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fon Oncle, que fi le Proverbe : Cela eft beau
comme le Cid , paffa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus caufer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eft Corneille lui -même qui
le détruifit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne jouera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur fera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreffe
pas? y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoife , mais ne découragez
pas leurs fucceffeurs , en affùrant que
carriere eft remplie , & qu'il n'y a plus
de place. Corneille n'eft pas affés intéref-
Lant ; fouvent Racine n'eft pas affés tragiNOVEMBRE.
1744. 17
que.L'Auteur de Vinceflas , celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particu
lieres , qui manquent à ces deux grands
Hommes , & il eft à préfumer que ces trois
Pieces resteront toûjours fur le Théatre
François , puifqu'elles s'y font foûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie . Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amafis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compofé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eft que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eft excellente , ou
elle eft mauvaiſe , ou tel Acte eft imperti
nent , ou tel rôle eft pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiffez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
foyez für que l'Arrêt fera contre vous , toutes
les fois que vous déciderez fans preuve,
quand même vous auriez raifon , car ce
n'eft pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE.
mais le rapport du Procès ,
doit juger.
que
le Public
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eft le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées fur le
même fujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiécle paffé ; lofqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Efpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je fuppofe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il feroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragé
die Angloife , dont elle eft tirée.
Paroît-il quelque Ouvrage inftrnctif fur
les Piéces de l'illuftre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eft que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le fujet de Phédre
fur leur Théatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith eft une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajazet , & que cependant l'Auteur fe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparaifon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine.
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe & de l'Angloife. C'eſt ainſi,
à mon gré , que la fage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe . Mais quelle
vraye Critique avons- nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle il manque encore autant de chofes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE.
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal , fi vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
au bon coin, dont les Porte feuilles des
Curieux font remplis.On a desVers du Com
teAntoine Hamilton , né en France, qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ftyle Epiftolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duffé , de
S. Aulaire, Ferrand , de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , fuffifoient autrefois à faire la réputa
tion des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujour
d'hui qu'il eft plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaifir aux Lecteurs délicats.
Nos Chanfons valent mieux que celles d'A
Bij
20 MERCURE DE FRANCE.
nacréon , & le nombre en eft étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal férieux
; ce feroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal.S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poëfie, qui faffent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les efprits , & fur
lefquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eft alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , fans le paroître , & le conduifant
comme par la main , lui faire remarquer
les beautés fans emphafe, & les défauts
fans aigreur ; c'eft alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on détefte & qu'on méprife
dans d'autres.
Un de mes amis , examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
feconde , où tous nos Auteurs font infultés,
l'examen fuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la jufteffe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744. 21
Tout Inftitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eft un foible Problême ,
Et , quoiqu'on dife , on n'en fçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que fa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais éblouis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid
Et préférer le moindre au plus parfait.
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Inftitut , tout Art
toute Police , femble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police femble n'avoir aucun rap
port au goût dont il eft queftion . De plus
le terme de Police doit-il entrer dans des
Vers? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Profe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée , feroit ridicule , quand
B. v
22 MERCURE DE FRANCE.
même le terme feroit élégant , & femble
infupportable , puifque ce terme eft une
expreffion plus convenable à des affaires
qu'à la Poëfie. La Diffemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
des goûts et un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François . A le bien
dre , paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il femble qu'un Problême
n'eft ni foible ni fort , il peut être aifé
où difficile , & fa folution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée.
pren-
Et quoiqu'on dife , on n'en fçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëfie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille fechereffe , mais la raifon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eft fubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deux goûts.
Arriver augoût pas- à-pas , eſt encore , je
erois, une façon de parler peu convenable ,
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent.
Eft ce la bonté du Public ; eft- ce la bonté
du goût ?
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Es préférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. ₹ 3
1º . Le beau & le laid , font des exprefhons
réservées au bas Comique . 2 ° . Si on
aime le laid , ce n'eft pas la peine de dire
enfuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'eſt pas oppofé Grammaticalement
au plus parfait. 4. Le moindre eft un
mot qui n'entre jamais dans la Poëfie. C'eft
ainfi que ce Critique faifoir fentir fans amer
tume , toute la foibleffe de ces Epitres . II
n'y avoit pas trente Vers qui échapaffent à
fa jufte cenfure , & pour mieux inftruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autre Ouvrage du même Auteur fur un fujet
de Littérature à peu près femblable. Il гар-
portoit les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Defpreaux , & cet objet de comparai
fon achevoit de perfuader mieux que les.
difcuffions les plus folides & les plus fubtiles
.
De l'expofé de tous ces Vers diffillabes ,
il prenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ftyle , qu'on appelle de Marot , ne doit être
admis que dans une Epigramme & dans un
Conte , comme les figures de Calot ne doivent
paroître que, dans des Grotefques s
mais quand il faut mettre la Raifon enVers,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monftrueux de la Langue
B vj
24 MERCURE DE FRANCE .
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la
Langue de nos jours , eft l'abus le plus condaninable
qui fe foit gliffé dans la Poëfie.
Marot parloit fa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eft auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit l'Architecture Gothique mêlée avec
la Moderne vous aurez fouvent occafion
de détruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ftyle , parce qu'il eft malheureuſement
facile .
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenfeur folide & falutaire ,
Que la Raifon conduife & le fçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr , d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut fe
cacher.
Mais il est bien difficile , & eft- il bien
élégant de dire ?
Donc , fi Phoebus fes échets vous adjuge ,
Pour bien jouer , confultez tout bon Juge.
Pour bien jouer , hantez les bons Joueurs ,
Sur tout , craignez le poifon des Loueurs ;
Acoftez-vous de fidéles Critiques.
Ce n'eft pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE .
1744.
Vers familiers dans ces Piéces de Poëfie , au
contraire , ils y font néceffaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eft , modo triſti , ſapè jocoſo »
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poets ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &
grotefque n'eft pas de la fimplicité , c'eft de
la groffiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdotes Littéraires.
Je raffemble ici fous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiffent fi fouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiffe fe vanter d'un fi
grand nombre d'auffi jolis Ouvrages de Bel
Ïes-Lettres. Il eft vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en ufe avec
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous fes Contemporains
; on choifit quelques amis . Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothèque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris . Tous ces Livres ,
dans lefquels on trouve fouvent des chofes
agréables , amufent fucceffivement les hone
nêtes- gens , délaffent l'homme férieux dans
l'intervalle de fes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'efprit , & cette
délicateffe , qui fait fon caractere,
Ne condamnez point avec dureté tout
ce qui ne fera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Confpiration de Venife de l'Abbé de
S. Real , auffi plaifant & auffi original que
la converfation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaifante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne qui ne fera pas aufli naturel
, auffi fin , auffi guai que le Voyage
quoiqu'un peu inégal, de Bachaumont & de
Chapelle.
›
Non fi primores Mæonius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces
Steficorique graves camena
NOVEMBRE 1744. 27
Nec fi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor
Vivuntque commiffi calores
Folia fidibus puella.
9
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs, & répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette févérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eft énervée ,
que le bon goût eft perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne feroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fut
écrit du ftyle de Bourdaloüe . Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
? Veulent-ils que Jacob , dans le Pay
fan parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages . Une penfée trop fine
feroit une tache dans le Difcours fur l'Hif
toire Univerfelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Onvrage d'agrément , dans un
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineffe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas Les Livres font la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près femblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penfées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enfemble ( & c'eft
en quoi le goût confifte ) c'eft exciter les
Auteurs à dire , s'il fe peut , des chofes nouvelles
; c'eft entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles fi expreflives
ce que Defpreaux a rendu d'une
maniere fi correcte , ce que Driden & Rochefter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eft de ces paralleles comme de
I'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eft par là que vous ferez voir
fouvent , non feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal' ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur lefquelles il eft toujours bon d'inftruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef- d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eft de feu M. Defallengre , & d'un illuftre
Mathématicien , confommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'efprit à
F'érudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanfon
avec beaucoup de Remarques. Mais fi on
ajoute à cette plaifanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vont dans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles -Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monftrueux.
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plus de cent Vers de ce Poëte admi
rable. J'en ai vu une intitulée , S. Jean-
Baptifte , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne prefque entiere de Berenice . Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne ſenso
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de la jaloufie eft fouvent abfurde.
En deffendant les Auteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribue à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres ,
aufquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétendue Paix univerfelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne fe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'en difent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems . Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors
& voyez fi un Prince auffi fage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande
) le Livre fameux , connu fous le nom du
Teftament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
ce grand Miniftre en foit l'Auteur. 1° . Parceque
jamais le Manufcrit n'a été vû , ni connu
chés fes héritiers , ni chés les Miniftres
qui lui fuccederent. 2 ° . Parce qu'il fut imprimé
trente ans après fa mort , fans avoir
NOVEMBRE. 1744. 33
été annoncé auparavant. 3 ° . Parce que l'Editeur
n'ofe pas feulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eft devenu , en
quelle main il l'a dépofé. 4º. Parce qu'il eſt
d'un ftyle très -different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu . 5 °. Parce qu'on
lui fait figner fon nom d'une façon dont il
ne fe fervoit pas. 6. Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreffions & d'idées
, peu convenables à un Grand Minif
tre , qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auffi poli que
le Cardinal de Richelieu , eut appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique .
Eft- il vrai-femblable que le Miniftre d'un
Roi de quarante ans , lui faffe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le fecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propofition , que la Raifon doit être
la régle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniftre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eft-il vraisemblable , qu'il eut rapporté att
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teftament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
( dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appellé au Confeil , il promit au Roi
d'abaiffer fes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit - on pas
fe fouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Confeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le fecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'afcendant fur l'efprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
>
8°. On prétend ( dans le fecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenfa pour la Guerre 60 millions
par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans ceffer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté,
dans le Chapitre 9 , feconde Partie , il eft
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente- cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît -il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
9° . Eft- il d'un Miniftre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , à 5 pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 denier 6 , au
denier 5 ? Le denier cinq eft vingt pour cent;
& le denier vingt eft cinq pour cent ; ce
font des chofes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eft-il vraisemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propofe , Chap,
9 , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eft- il vraisemblar
ble qu'il ait propofé de fupprimer les Ga
belles ; & ce projet n'a- t'il pas été fait par
un Politique oifif, plûtôt que par un homme
nourri dans les affaires 12 ° . Enfin ne
voit-on pas combien il eft incroyable qu'un
Miniftre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jufqu'à la Paix ?
Voilà bien des raifons de douter , que cet
illuftre Miniftre foit l'Auteur de ce Livre.
Je me fouviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inftruit ,
que le Teſtament Politique étoit de l'Abbé
de Bourfeis , l'un des premiers Académi
ciens. Mais je crois qu'il eft plus aifé de fçavoir
de qui ce Livre n'eft pas , que de connoître
fon Auteur ; & en rendant ainfi juftice
à tout le monde , en péfant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnic.
34 MERCURE DE FRANCE.
Parlez avec courage contre ces injufrices
, & faites fentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte fçache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,
& le génie n'eft prefque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceffaires à un François . Les
Italiens font les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufques
dans les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop confeiller l'étude de leur Langue.
Il eft trifte que le Grec foit négligé en
France , mais il n'eft pas permis à un Jourmalifte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mots François
, dont il n'aura jamais qu'une idée confufe
car depuis l'Arithmétique jufqu'à
l'Aftronomie , quel eft le terme d'Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable A
peine y a-t'il un muſcle , une veine , un ligament
dans notre corps , une maladie , un
reméde, dont le nom ne foit Grec ; donnez
?
NOVEMBRE . 1744. 35
moi deux jeunes gens , dont l'un fçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eft malade , d'une péripneumonie ,
celui qui fçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots font compofés ; l'autre ne
comprendra abfolument rien .
Plufieurs mauvais Journaliſtes ont ofe
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere. Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il euffent
vû que la Traduction eft plus au- deffous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeffous
de Virgile.
Un Journaliſte , verfé dans la Langue Grec
que , pourra- t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthéne , quelques foibleffes au milieu
de fes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous de
mande, Meffieurs les Athéniens , avez- vous la
Paix ? Non , de par Jupiter , répondez - vous
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , fur cet expofé , pourroit croire
que Demosthéne plaifante à contre-tems ;
que ces termes. familiers , & réfervés pour le
bas Comique ; Meffieurs les Athéniens de par
Jupiter , répondent à de pareilles expref$
6 MERCURE DE FRANCE.
fions Grecques. Il n'en eft pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé
peur
faire obferver , pourvû qu'en même- tems ,
il remarque encore plus les beautés .
11 feroit à fouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales , nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient . Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eft de l'Hiftoire de la plus grande
partie de notre Globe ; nous nous accou →
tumerions à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inftruits de la Religion de
Zoroaftre , dont les Sectateurs fubfiftent en
core , quoique fans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés fuperftitieufes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ; on connoîtroit les reftes de
l'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faftueux d'Hiftoire
Univerfelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu fous fa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde .
Mais auffi
que votre amour pour
les Langues
NOVEMBRE.
1744. 37
gues étrangeres ne vous falle pas méprifer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne foyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
fait dire :
Ales phafiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quaritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après fa mort , aucun
Poëte François.
Je voudrois , encore une fois , en fait
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du fien. J'appliquerai à ce
fujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eft par l'étude que nous fommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE .
Quant au style d'un Journaliſte , Bayle
eft peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un;c'eft le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eft le feul Compilateur
qui ait du goût ; cependant dans fon
I. Vol. C
86 MERCURE
DE FRANCE
.
fions Grecques. Il n'en eft pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obferver , pourvû qu'en même -tems ,
remarque encore plus les beautés. il
Il feroit à fouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales , nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eft de l'Hiftoire de la plus grande
partie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inftruits de la Religion de
Zoroaftre , dont les Sectateurs fubſiſtent encore
, quoique fans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés fuperftitieufes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ; on connoîtroit les reftes de
l'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faftueux d'Hiftoire
Univerfelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu fous fa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde .
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37:
•
guer étrangeres ne vous faffe pas méprifer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne foyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
fait dire :
Alesphafiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palate ,
Quid quid quaritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothèque de
l'Abbé de Longuerue , après fa mort , aucun
Poëte François.
Je voudrois , encore une fois , en fait
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du fien . J'appliquerai à ce
fujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eft par l'étude que nous fommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eft peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eft le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eft le feul Compilateur
qui ait du goût ; cependant dans fon
1. Vol. C
8 MERCURE DE FRANCE.
ftyle , toûjours clair & naturel , il y a op
de négligence , trop d'oubli des bienféances
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converfation avec fon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleffe de ftyle , & aux expreffions
triviales d'une converfation trop fimple ,
& en cela il rebute fouvent l'homme de
gofit.
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eft l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il , s'amufoit
plus a tâtonner & à baifer fon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eft trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef-d'oeuvre, par vous écrit jufqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceffaire , intelligible , & fonore . Des
idées nouvelles , furtout en Phyfique , exigent
des expreflions nouvelles , mais fubftituer
à un mot d'ufage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eft
pas enrichir la Langue , c'eft la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce refpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage, que celui qui a fait la gloire de
ces belles années.
Songez furtout que ce n'eft point avec la
familiarité du ftyle Epiftolaire, mais que c'eſt
avec la dignité du ftyle de Ciceron , qu'on doit
traiter la Philoſophie. Mallebranche , moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauffi folidement,qu'il
a expofé fes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans fa Langue avec netteté
& avec grace ; fon ftyle eft charmant
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre- tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les fuivez pas fervilement : 0 imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliffez -vous d'idées profondes & juttes,
alors les mots viennent aifément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penfe , font auffi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt fe
corrompre, cette altération viendra de deux
fources; l'une eft le ftyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France ; l'autre eft
cij 、
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux font infectés continuellement
d'expreffions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire.
Par exemple , rien n'eft plus commun
dans les Gazettes que cette phrafe , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
tel jour battu en breches on dit que les denx
armées fe feroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſe font approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conftruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ftyle qu'on a malheureufement
confervé dans le Barreau , & dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce tyle gothique des Edits
& des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs . On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui font fai-
Les pour être entenduës aifément ; on deNOVEMBRE.
1744. 4
vroit imiter l'élégance des Inftituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ;
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ftyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les chofes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où fe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre efpece de barbarie , qui vient du
Langage des Marchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préfente, au lieu de cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreffions. Le feul expofé de pareilles fautes
doit fuffire pour corriger les Auteurs .:
Fermer
27
p. 134-159
REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Début :
Il n'est pas étonnant que le plus grand nombre des relations des Voyageurs [...]
Mots clefs :
Cap de Bonne-Espérance, Hottentots, Europe, Montagne, Européens, Jardin, Europe, Mémoires, Pierre Kolbe, Voyageurs, Relations de Voyageurs, Habitants, Histoire, Relations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
HISTOIRE.
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
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Résumé : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Le texte critique la description du Cap de Bonne-Espérance rédigée par Pierre Kolbe, envoyé par le Baron de Krosigk pour recueillir des observations astronomiques, physiques et d'histoire naturelle. Malgré un séjour de sept ans au Cap, Kolbe n'a pas accompli sa mission de manière sérieuse et a publié une œuvre remplie de fautes et d'informations apocryphes. Les habitants du Cap, mécontents du gouvernement, ont financé son retour en Europe en échange de la rédaction d'une relation incluant leurs plaintes. Kolbe a utilisé des documents fournis par les habitants pour compléter son ouvrage, mais son travail est marqué par des incohérences et des exagérations. Le texte contredit plusieurs affirmations de Kolbe, notamment sur la langue hottentote, les relations entre les Hollandais et les Hottentots, et la géographie du Cap. Les Hottentots ne possèdent pas de culte dédié à un être suprême et craignent seulement des puissances malfaisantes. Leurs danses à la pleine lune ne constituent pas un culte et sont partagées par plusieurs nations africaines et indiennes. Kolbe a également commis des erreurs sur les pratiques des Hottentots, comme la fabrication d'une liqueur forte à partir d'une racine fermentée avec du miel. Le texte décrit divers aspects de la vie quotidienne des Hottentots, comme l'absence de métiers spécifiques et la fabrication de nattes simples. Il corrige plusieurs erreurs de Kolbe sur la géographie et les ressources naturelles du Cap, comme la hauteur de la montagne de la Table et la description des vallons appelés Paradis et Enfer. Les habitudes alimentaires des habitants du Cap sont également mentionnées, ainsi que la présence de certaines maladies comme la goutte et la pierre. Concernant la faune et la flore, le texte mentionne des animaux comme le Steinbock, les babouins, le blaireau puant, les tortues de terre, les alouettes, le corrhane, et les grues. Les observations sur les babouins sont jugées peu crédibles. Les tortues de terre du Cap sont petites et rarement consommées. Les aigles nettoient les squelettes mais laissent souvent des parties de peau. Les hirondelles arrivent au Cap en septembre et partent en avril. Le corrhane est une espèce de gelinotte avec un cri spécifique. En ce qui concerne la flore, le texte note que le sapin n'a pas réussi à s'implanter au Cap. L'asperge y est blanche et sans goût. Le chanvre est rare et utilisé pour le tabac. Le noisetier est stérile. Les melons ont dégénéré après quelques années. Les citrouilles sont plus petites que celles en France. Le climat du Cap est généralement propice à la production végétale, mais certaines périodes de l'année sont moins productives. L'abondance des vivres est due au choix des terrains, à la température, à l'engrais des terres, et à la nouveauté des sols. Avant l'arrivée des Européens, le pays ne produisait aucun fruit. Les terres fertiles se trouvent principalement près des montagnes, tandis que les plaines sont stériles et couvertes de broussailles. Certaines parties de la colonie, comme celles à l'est des montagnes de Stellenbosch, sont mieux arrosées et ont une meilleure terre.
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28
p. 225
« L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
Début :
L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Nouvelle parution, Suite, Europe, États
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
L'Europe vivante & mourante , ои Tableau
annuel des principales Cours de l'Europe , ſuite du
Memorial de Chronologie , généalogique & hiftorique.
Année 1719. A Bruxelles , chez Erançois
Foppens , au Saint - Elprit , & ſe trouve à
Paris chez Debure l'aîné , Quai des Auguftins.
Ce petit Ouvrage n'eft qu'une fuite du Livre
qui a paru annuellement en 1747, 1748 & 1749,
fous le titre d'Almanach généalogique & hiftorique
, & qui a été continué depuis 1752 ju
qu'en 1755 , fous celui de Mémorial de Chronologie,
généalogique & hiftorique ; mais avec des
différences qui en ont fait chaque année un Livre
différent.
annuel des principales Cours de l'Europe , ſuite du
Memorial de Chronologie , généalogique & hiftorique.
Année 1719. A Bruxelles , chez Erançois
Foppens , au Saint - Elprit , & ſe trouve à
Paris chez Debure l'aîné , Quai des Auguftins.
Ce petit Ouvrage n'eft qu'une fuite du Livre
qui a paru annuellement en 1747, 1748 & 1749,
fous le titre d'Almanach généalogique & hiftorique
, & qui a été continué depuis 1752 ju
qu'en 1755 , fous celui de Mémorial de Chronologie,
généalogique & hiftorique ; mais avec des
différences qui en ont fait chaque année un Livre
différent.
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Résumé : « L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
Le document 'L'Europe vivante & mourante' est une publication annuelle sur les principales cours européennes. Il succède au 'Mémorial de Chronologie, généalogique & historique' et a été publié pour la première fois en 1719 à Bruxelles et Paris. Il a également été édité sous le titre 'Almanach généalogique & historique' en 1747, 1748 et 1749, puis de 1752 à 1755. Chaque édition diffère, rendant chaque livre unique.
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29
p. 208
DE LA HAYE, le 27 janvier.
Début :
Tout annonce ici les dispositions pacifiques du gouvernement, & on en peut inférer le [...]
Mots clefs :
Gouvernement, Querelle, Europe, Dispositions pacifiques, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 27 janvier.
De LA HAYE , le 27 Janvier.
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
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30
p. 254-256
Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Début :
Les Dames se plaignant à Londres du peu de soin que les Artistes [...]
Mots clefs :
Eau de perle, Dames, Teint, Peau, Soins, Crème, Rougeurs de la peau, Boutons, Vente, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Eau de Perle , trouvée par le fieur Dubois.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
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Résumé : Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Le texte relate la découverte de l'Eau de Perle par le sieur Dubois, un expert en expériences chimiques et physiques. Cette eau a été conçue pour conserver le teint et maintenir la fraîcheur de la peau, en réponse aux préoccupations des dames à Londres. Dubois a utilisé une rosée pure, collectée en mai, et purifiée avec des ingrédients doux et bénins, transformant l'eau en crème et en lait. L'Eau de Perle élimine les taches, clarifie le teint, blanchit la peau, ouvre les pores et guérit les rougeurs et les boutons. Elle est également utilisée par les hommes pour apaiser la peau après le rasage. L'Eau de Perle est commercialisée dans plusieurs bureaux en Europe, notamment à Amsterdam, Augsbourg, Bruxelles, Constantinople, Francfort, Hambourg, Leipzig, Liège, Londres et Paris. Le prix est de trois livres la bouteille.
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31
p. 186-188
DE VIENNE, le 3 Novembre.
Début :
L'Impératrice de Russie ayant fait proposer à l'Impératrice Reine, & au Roi de Prusse, de faire [...]
Mots clefs :
Impératrice, Europe, Intérêt, Saxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 3 Novembre.
DE VIENNE , le 3 Novembre.
L'Impératrice de Ruflie ayant fair propofer à
l'Impératrice Reine , & au Roi de Prutie , de faire
évacuer la Saxe par leurs troupes refpectives
notre augufte Souveraine a fait répondre à certe
propofition par la déclaration fuivante.
Le tendre & vif intérêt que Sa Majesté l'Im-
» pératrice de toutes les Raffies témoigne prendre
au trifte fort de la Saxe opprimée , la compaf-
>>-fion qu'excitent dans fon coeur bienfaisant les
revers qu'éprouve depuis tant d'années le Roi
de Pologne , les fentimens d'humanité qui lui
» ont dicté la propofition d'évacuer les Etats
>> Electoraux de Saxe , énoncée dans la noté re-
» miſe à M. l'Ambaffadeur Comte de Mercy
» tout cela n'a pu qu'affecter fenfiblement S. M.
» l'Impératrice Reine. Elle trouve dans les vues
D
& les intentions de S. M. l'Impératrice de
>> toutes les Rullies tant de conformité aux faits
par lefquels S. M. a conftamment prouvé fon
» amitié pour le Roi de Pologne , qu'Elle defire
» avec ardeur pouvoir concourir à ce que la juf
>> tice & l'humanité ne permettent pas de lui re-
>> fufer .
و ر
و د
>> Toute l'Europe voit les efforts que S. M.
l'Impératrice fait & foutient pour la défenſe &
JANVIER. 1763. 187
» la délivrance de la Saxe. Il n'a pas dépendu
» d'Elle que fon ami le Roi de Pologne ne jouît
» de la plus grande tranquillité au milieu de la
» guerre qui défole les propres Etats de S. M.
» l'Impératrice Reine . Elle ne lui a jamais de-
» mandé ni fecours , ni démarche , ni démonf-
» tration , qui puffent lui attirer l'inimitié de S.
» M. Pruffienne , & , le voyant malgré cela enve-
» loppé dans la guerre , S. M. n'a pas balancé un
» moment à lui offrir & à lui donner réellement
» tous les fecours qui pouvoient dépendre d'Elle.
>> Ces circonftances juftifient fans doute aux
yeux de l'univers la fatisfaction que doit lui
» donner la différence qu'il y a entre défendre .
"
פכ
و ر
25
& opprimer un pays ; mais S. M. n'en eft que
» plus animée à rechercher & à embraffer tous
» les moyens propres à conduire à une paix jufte
» & raifonnable ; & comme S M. l'Impéra-
» trice de toutes les Ruffies regarde comme telle
» l'évacuation de la Saxe , il ne s'agira que de
» conftater , par les fentimens de S., M. Pruf
» fienne fur cet objet , la certnude des expérances
» qu'on pourroit en avoir conçues. Ainfi , dès que
le Roi de Pruffe fe fera expliqué fur le temps &
» la maniere d'évacuer le dits Etats Electoraux de
» Saxe pour ce qui regarde fon armée , S. M..
Impératrice Reine , de concert avec fes Alliés ,:
» ne tardera , certainement pas à y apporter tou ›
» tes les facilitées que S. M. le Roi de Pologne
peut le promettre d'ailleurs de fon amitié , &
qui feroit propres à faire connoître de plus eni
>> plus à S. M. l'Impératrice de toutes les Rules
» combien l'on fouhaite de voir les defirs , fur un
» objet fi intéreffant , fuivis de tout le fuccès que
» mérite la grandeur d'âme qui les lui a inſpiɔɔ
rés. ».
»
כ כ
כ כ
188 MERCURE DE FRANCE.
On voit par cette réponſe , que l'Impératrice
Reine donneroit volontiers les mains à l'arrangement
qu'on propofe , mais auquel il paroît que
le Roi de Pruffe eft fort éloigné de confentir .
L'Impératrice de Ruflie ayant fair propofer à
l'Impératrice Reine , & au Roi de Prutie , de faire
évacuer la Saxe par leurs troupes refpectives
notre augufte Souveraine a fait répondre à certe
propofition par la déclaration fuivante.
Le tendre & vif intérêt que Sa Majesté l'Im-
» pératrice de toutes les Raffies témoigne prendre
au trifte fort de la Saxe opprimée , la compaf-
>>-fion qu'excitent dans fon coeur bienfaisant les
revers qu'éprouve depuis tant d'années le Roi
de Pologne , les fentimens d'humanité qui lui
» ont dicté la propofition d'évacuer les Etats
>> Electoraux de Saxe , énoncée dans la noté re-
» miſe à M. l'Ambaffadeur Comte de Mercy
» tout cela n'a pu qu'affecter fenfiblement S. M.
» l'Impératrice Reine. Elle trouve dans les vues
D
& les intentions de S. M. l'Impératrice de
>> toutes les Rullies tant de conformité aux faits
par lefquels S. M. a conftamment prouvé fon
» amitié pour le Roi de Pologne , qu'Elle defire
» avec ardeur pouvoir concourir à ce que la juf
>> tice & l'humanité ne permettent pas de lui re-
>> fufer .
و ر
و د
>> Toute l'Europe voit les efforts que S. M.
l'Impératrice fait & foutient pour la défenſe &
JANVIER. 1763. 187
» la délivrance de la Saxe. Il n'a pas dépendu
» d'Elle que fon ami le Roi de Pologne ne jouît
» de la plus grande tranquillité au milieu de la
» guerre qui défole les propres Etats de S. M.
» l'Impératrice Reine . Elle ne lui a jamais de-
» mandé ni fecours , ni démarche , ni démonf-
» tration , qui puffent lui attirer l'inimitié de S.
» M. Pruffienne , & , le voyant malgré cela enve-
» loppé dans la guerre , S. M. n'a pas balancé un
» moment à lui offrir & à lui donner réellement
» tous les fecours qui pouvoient dépendre d'Elle.
>> Ces circonftances juftifient fans doute aux
yeux de l'univers la fatisfaction que doit lui
» donner la différence qu'il y a entre défendre .
"
פכ
و ر
25
& opprimer un pays ; mais S. M. n'en eft que
» plus animée à rechercher & à embraffer tous
» les moyens propres à conduire à une paix jufte
» & raifonnable ; & comme S M. l'Impéra-
» trice de toutes les Ruffies regarde comme telle
» l'évacuation de la Saxe , il ne s'agira que de
» conftater , par les fentimens de S., M. Pruf
» fienne fur cet objet , la certnude des expérances
» qu'on pourroit en avoir conçues. Ainfi , dès que
le Roi de Pruffe fe fera expliqué fur le temps &
» la maniere d'évacuer le dits Etats Electoraux de
» Saxe pour ce qui regarde fon armée , S. M..
Impératrice Reine , de concert avec fes Alliés ,:
» ne tardera , certainement pas à y apporter tou ›
» tes les facilitées que S. M. le Roi de Pologne
peut le promettre d'ailleurs de fon amitié , &
qui feroit propres à faire connoître de plus eni
>> plus à S. M. l'Impératrice de toutes les Rules
» combien l'on fouhaite de voir les defirs , fur un
» objet fi intéreffant , fuivis de tout le fuccès que
» mérite la grandeur d'âme qui les lui a inſpiɔɔ
rés. ».
»
כ כ
כ כ
188 MERCURE DE FRANCE.
On voit par cette réponſe , que l'Impératrice
Reine donneroit volontiers les mains à l'arrangement
qu'on propofe , mais auquel il paroît que
le Roi de Pruffe eft fort éloigné de confentir .
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Résumé : DE VIENNE, le 3 Novembre.
Le 3 novembre, l'Impératrice de Russie a proposé à l'Impératrice Reine et au Roi de Prusse d'évacuer la Saxe par leurs troupes respectives. En réponse, l'Impératrice Reine a exprimé sa gratitude pour l'intérêt et la compassion de l'Impératrice de Russie envers la Saxe et le Roi de Pologne. Elle a souligné la conformité des vues de l'Impératrice de Russie avec ses propres efforts pour aider le Roi de Pologne. L'Impératrice Reine a également mentionné les efforts constants de l'Impératrice de Russie pour la défense et la délivrance de la Saxe, et son soutien inconditionnel malgré les risques d'inimitié avec la Prusse. Elle a exprimé son désir de contribuer à une paix juste et raisonnable, notamment l'évacuation de la Saxe. L'Impératrice Reine a conclu en affirmant qu'elle apporterait toutes les facilités nécessaires dès que le Roi de Prusse se serait expliqué sur les modalités d'évacuation, en concertation avec ses alliés.
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32
s. p.
ODE SUR LA PAIX.
Début :
UN léger Tourbillon, prémices des orages, A peine de Cérès fait courber les épis, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Humanité, Mars, Guerre, Mercure, Glaive, Mort, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX .
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode 'Sur la Paix' décrit les ravages de la guerre et appelle à la paix. Elle commence par comparer les prémices des orages et leurs dangers à la guerre, qui détruit tout sur son passage. L'auteur évoque Mars et Bellone, déesses de la guerre, semant la terreur en Europe. Il rappelle un jour funeste où la Sprée, en crue, a causé des ravages, symbolisant les conflits destructeurs. Depuis ce jour, de nombreux jours funestes ont épuisé leurs horreurs sur l'humanité, avec des crimes, des revers, des vengeances célestes et des fureurs humaines. La trompette de la mort appelait aux combats sur terre et sur mer, et l'Amérique a vu l'Europe foudroyante tonner dans les déserts. Les outils de paix, comme le soc de Triptolème et la faucille de Cérès, ont été transformés en armes meurtrières. Pendant sept étés, sept automnes et sept hivers, la guerre a ravagé les champs de bataille. L'auteur dénonce les hommes qui s'entretuent, devenus des mercenaires au service des conquérants. L'humanité est présentée comme un spectacle sauvage, avec des fleuves de sang et des plaines de carnage. Némésis, déesse de la vengeance, a accumulé les malheurs sur l'humanité. Les armes de guerre, comme les bouches à feu et les monstres d'airain, doivent se taire pour toujours ou expié leur ravage lors des fêtes de la paix. L'auteur appelle les rois à imiter la clémence des dieux et à étouffer la semence des combats. Il loue le roi Louis et son ministre Choiseul pour leurs efforts en faveur de la paix. La paix est comparée à Iris, qui annonce la fin de l'orage après un tonnerre. L'ode se termine par un appel à la paix, qui doit ouvrir les barrières de l'Océan et embrasser les deux mondes par les nœuds du commerce. La paix doit calmer les conflits, rendre les peuples heureux et les rois citoyens, et exiler tous les maux. L'auteur dénonce également l'esclavage et appelle à l'affranchissement des peuples opprimés. La paix doit enchaîner la discorde et couronner la terre de pampres et de fleurs, permettant aux bergers de conduire leurs troupeaux en paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 15-29
LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Début :
LA plupart des Rois qui ont reçu le surnom de Grand ne sont guère connus [...]
Mots clefs :
Russe, Rois, Empire, Europe, Milice, Pouvoir, Opiniâtreté , Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
LE RUSSE DETROMPÉ.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
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Résumé : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Le texte 'Le Russe détrompé' est une anecdote philosophique tirée des mémoires envoyés de Russie. Il compare les souverains ayant reçu le titre de 'Grand' et souligne que beaucoup sont connus pour leurs méfaits. Le récit met en avant un prince russe apprécié pour son humanité et son souci du bonheur de ses sujets, contrastant avec Pierre Ier. Ce dernier monta sur le trône alors que la Russie était menacée et troublée par des factions et une milice rebelle. Pierre Ier initia des réformes profondes pour moderniser la Russie, affectant divers aspects de la société tels que les lois, l'agriculture, les finances, les manufactures et le commerce. Une de ses réformes les plus controversées concernait les habits et la barbe, provoquant des résistances, comme celle d'Alexis Shereto, un érudit qui préféra s'exiler en Sibérie plutôt que de se conformer aux nouvelles règles. Shereto, connu pour son érudition et ses opinions religieuses, vécut parmi les Samoyèdes, un peuple sans notions morales et avec une religion sans culte. Il admirait leur ignorance et leur pauvreté, estimant que les lois corrompent les mœurs. Après avoir été volé et battu, Shereto fut secouru par un vieil homme samoyède, Arixboul, qui lui expliqua la vision communautaire de la propriété. Shereto accepta cette vision et continua sa vie parmi les Samoyèdes. En juin 1763, après avoir perdu ses outils, Shereto accusa Arixboul, qui avoua les avoir pris. Plus tard, Shereto sauva une jeune Samoyède et vécut avec elle jusqu'à ce qu'elle disparaisse, le laissant désespéré. Arixboul intervint pour lui expliquer que les actions de la jeune femme étaient naturelles. Blessé et affaibli, Shereto regretta son choix de vivre parmi les Samoyèdes. Un étranger envoyé par Pierre le Grand vint à son secours et l'aida à réfléchir sur les besoins essentiels des hommes : une religion simple, une philosophie lumineuse, des arts utiles et des lois justes. Sans ces éléments, les hommes sont guidés par l'intérêt personnel, source de tous les crimes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
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