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Liste
1
p. 333-336
Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait plusieurs conversions de Personnes considérables, parmy lesquelles [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Marquis, Duc, Illustre famille, Vicomte, Hérésie de Calvin, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
tolls'est fait plufieurs converfions
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
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Résumé : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
En août 1681, plusieurs conversions religieuses notables ont eu lieu. Le Marquis de Montaut, membre d'une famille illustre de Béarn, a apporté une grande joie au Maréchal Duc de Navailles, son oncle, en se convertissant. Le Vicomte de Beynac et son frère, Maître de Camp d'un régiment de cavalerie, ainsi que le Chevalier de Vialar, capitaine de Chevaux-Légers dans le régiment de Gassion, ont également abjuré l'hérésie calviniste. La maison de Beynac est réputée parmi les meilleures du Périgord, tandis que le Chevalier de Vialar appartient à la famille du Comte de Viamés et possède des domaines en Béarn. M. du Vignau, un gentilhomme béarnais érudit en belles lettres, a joué un rôle significatif dans ces conversions après sa propre conversion. Il maîtrise les Pères de l'Église et l'Écriture sainte, impressionnant plusieurs personnes illustres. M. de Chadirac, seigneur de Gacharnaut, s'est converti sous l'influence du Père Alexis du Buc, théatin, et a prononcé un discours éloquent sur ses motivations, concluant par des éloges au roi, comparé à Saint Louis pour son zèle contre l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 197-275
Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Début :
Il y a long-temps qu'on préparoit tout ce qui estoit [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Comte, Armes, Couronne, Édouard, Fils, Marquis, Baron, Archevêques, Autel, Seigneurs, Royaume, Cérémonie, Procession, Noblesse, Majesté, Sceptre, Dignité, Vicomte, Prince, Hérauts, Chapelle, Croix, Ornements, Palais, Héritiers, Velours, Habits, Couronnement, Charge, Prières, Acclamations, Services, Duc, Clercs
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texteReconnaissance textuelle : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
Fermer
Résumé : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation et le déroulement du couronnement du roi d'Angleterre, initialement prévu pour le 23 avril selon l'ancien calendrier, soit le 3 avril selon le calendrier actuel. Environ 170 seigneurs, classés par rang hiérarchique incluant princes du sang, ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, furent convoqués. Le jour du couronnement, le roi et la reine se rendirent au palais de Westminster, où ils prirent place sous un dais. Divers objets royaux furent remis par le duc de Grafton au duc d'Ormond, et les insignes royaux furent apportés en procession par le doyen et les chanoines de Westminster. Le texte mentionne également l'histoire des rois d'Angleterre, soulignant l'unification des sept royaumes de l'île de Bretagne et les conflits avec les Danois. Édouard, fils d'Ethelred, monta sur le trône après avoir trouvé refuge en France et épousa Edgite, fille de Godwin. Édouard mourut le 4 janvier 1066 et fut canonisé par le pape Alexandre III. La cérémonie de couronnement de Jacques II est détaillée : une procession de Westminster Hall à l'église, la demande de l'archevêque de Cantorbéry à l'assemblée, l'onction avec de l'huile sainte, la remise des symboles de pouvoir, et le couronnement avec la couronne de Saint Édouard. Les nobles et les rois d'armes mettent leurs bonnets et couronnes, et le canon annonce la couronne du roi à la ville. Après le serment et l'offrande, les pairs rendent hommage au roi, et des médailles sont distribuées au peuple. La reine Marie est ensuite couronnée, suivie d'un banquet à Westminster Hall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 345-352
Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour 15. qui fut Mécredy dernier 25. de Juillet [...]
Mots clefs :
Évêque, Échafaud, Puritain, Calviniste, Religion anglicane, Ministres, Femmes, Milord, Vicomte, Mariage, Coutumes, Envoyé extraordinaire, Rebelles, Roi Jacques II
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Le mefme jour 15. qui fut “
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
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Résumé : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
En juillet, un puritain opposé à l'anglicanisme a été exécuté après avoir refusé les conseils des évêques et dénoncé le roi pour l'avoir forcé à répudier sa première femme. Le duc de Monmouth, manipulé par le comte de Salisbury, avait tenté de déclarer le duc d'York inapte au trône et orchestré des actions contre des lords catholiques. Après la mort du roi, Monmouth s'est rebellé, se proclamant héritier légitime et protecteur du protestantisme, avant d'être exécuté pour trahison. Un déserteur allemand a également été condamné à mort. Milord Grey a échappé à l'exécution en raison de la vacance judiciaire. Le roi a gardé six régiments anglais et écossais envoyés par les États de Hollande et maintenu l'armée dans les provinces de Dorset et de Somerset pour prévenir les révoltes. Milord Preston, représentant anglais, a célébré la victoire du roi Jacques II contre les rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 193-195
Remarque sur la maison de Polignac. [titre d'après la table]
Début :
La Maison de Polignac est une des plus illustres Maisons [...]
Mots clefs :
Maison de Polignac, Vicomte, Chevalier des Ordres du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarque sur la maison de Polignac. [titre d'après la table]
La Maifon de Polignac
eft une des plus illuftres
Maifons de l'Europe. Elle
avoit autrefois en fouverai
neté toutes les terres qu'elle poffede : elle jouit encore de l'honneur fingulier,
qu'aux affemblées des Etats
generaux le Vicomte de
Polignac ne cede le pas
qu'au feul Comte d'Alais ,
Juin 1712.
R
> > ki
R
194 MERCURE
& precede les vingt , deux
Barons qui compofent l'af
femblée de cette Province.
Unediſtinction fi finguliere
dans fa Province marque la
grandeur & la diftinction
de cette Maifon. Elle eſt alliée aux Maifons les plus illuftres du Royaume. Le feu
Vicomte de Polignac étoit
Chevalier des Ordres du
Roy, Gouverneur du Puys:
il fut undes Seigneurs à qui
le Roy fit donner 1 Ordre
Monfeigneur le Prince
de Conty dans la ville de
Pezenas. Il avoit épouſé N.
par
GALANT. 195
de Beauvoir du Roure, ffille
du Comte du Roure , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant general de la
Province de Languedoc ,
Gouverneur de la ville &
citadelle du Saint Eſprit.
eft une des plus illuftres
Maifons de l'Europe. Elle
avoit autrefois en fouverai
neté toutes les terres qu'elle poffede : elle jouit encore de l'honneur fingulier,
qu'aux affemblées des Etats
generaux le Vicomte de
Polignac ne cede le pas
qu'au feul Comte d'Alais ,
Juin 1712.
R
> > ki
R
194 MERCURE
& precede les vingt , deux
Barons qui compofent l'af
femblée de cette Province.
Unediſtinction fi finguliere
dans fa Province marque la
grandeur & la diftinction
de cette Maifon. Elle eſt alliée aux Maifons les plus illuftres du Royaume. Le feu
Vicomte de Polignac étoit
Chevalier des Ordres du
Roy, Gouverneur du Puys:
il fut undes Seigneurs à qui
le Roy fit donner 1 Ordre
Monfeigneur le Prince
de Conty dans la ville de
Pezenas. Il avoit épouſé N.
par
GALANT. 195
de Beauvoir du Roure, ffille
du Comte du Roure , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant general de la
Province de Languedoc ,
Gouverneur de la ville &
citadelle du Saint Eſprit.
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Résumé : Remarque sur la maison de Polignac. [titre d'après la table]
La Maison de Polignac est l'une des familles les plus prestigieuses d'Europe. Elle possédait autrefois en souveraineté toutes ses terres et jouit encore d'un honneur particulier lors des assemblées des États généraux, où le Vicomte de Polignac ne cède le pas qu'au Comte d'Alais. Elle précède également les vingt-deux Barons de l'assemblée de cette Province. La Maison de Polignac est alliée aux familles les plus illustres du Royaume. Le feu Vicomte de Polignac était Chevalier des Ordres du Roi et Gouverneur du Puy. Il reçut l'Ordre du Roi par Monseigneur le Prince de Conty à Pezenas. Il avait épousé N. de Beauvoir du Roure, fille du Comte du Roure, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant général de la Province de Languedoc et Gouverneur de la ville et citadelle du Saint Esprit.
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5
p. 149-154
MORTS.
Début :
Dame Charlotte Magdelaine Pasquier de Franclieu des Bergeries, femme de Messire [...]
Mots clefs :
Comte d'Uzés, Veuve, Crussol, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
.MM0ORRTTSS...
Dame Charlotte Magde--
laine Pasquier deFranclieudes
Bergeries, femme de Messire
François de Cruffol, Comte
d'Uzés, esle morte.en couche
le-13.Miars âgée de38.ans,
elle étoic veuve de Monsieur
Hamclin, Fermier General.
Monlieur le Comte d'Uzés
ett freie de Monsieur le Duc
d'Uzé Pair de France, cette
Maison cil tres-ancienne &
connuë sous le nom de Crussol,
qui nous a donné sept
Ducs & Pairs de France,
depuis l'Election qui en fut
faite par le Roy Charles IX.
en 1j67. & Pair en 1572.
l'ancienneté de cette Erection
fait qu'il est premier
Pair'de France, étant le plus
ancien de tous les Pairs de
France, & en cette qualité il
a la premiere place des Pairs
au Parlement après les six
premiers Pairs Ecclesiastiques.
Ils ont pris la qualité
de Vicomte, puis Ducs d'Uzés
depuis l'Alliance que
Jacques de Crussol grand
Pannctier de France cinquièmeayeul
de Monsieur
Je Duc d'Uzés fit avec Simonne
d'Uzés., fille unique
& heritiere de Jean Vicomte
d'Uzés, & de Gillette de
Precigny ils ont des Alliances
des plus considerables,
comme sont celles de Pagan,
Poictiers, Lastil, Levy FIa.
rensac, Uzés,Galliot de Genoüillac,
Clermont Tonnere,
Ebcrard
,
Saint Sulpice,Apcher,
Sainte Maure., Montausier,
Grimaldy.Monaco
& qqLuJaJnntnitrée d'aauuttrreess [trreèssconsiderables.
Dame Catherine Rougé
J-Lntlle de feu François de
Ctequy, Marquis de Marines,
Maréchal de France mourut
à Pans le 5e Avril 171$..
âgée de70ans. Elleétaitfille
de Jacques Rougé, Seigneur
du Plessis-Belliere, Lieutenant
General des Armées du
Roy, qui mourut en 1654.
& de Sufanne de Bruc; elle
eut de son mariage François-
Joseph Marquis de Crequy,
Lieutenant General des Armées
du Roy, tué en Italie,
a
au combat de Luzarra le 15.
Aoust 1702. sans laisser de
posteritéd'Anne Charlotte
d'Aumont, & Nicolas-
Charles-François de Crequy
MarquisdeBlainville, Colonel
dul Régiment d'Anjou
Maréchal des Camps &Armées
duRoy, quimourutde
maladieàTournayle16 Mars
1696.sansAlliance, ainsi.Madamela
Mai échale de Crequy
n'a pointde posterité vivante.
La Maison de Rougé est
très ancienne;alliée à quantité
de Maisons très considerables,
comme sont celles
de la Tour Landi y, Beaumanoir,
Lavardin ( par la*
quelle ils sont alliés à celle
de Rohan) Chasteau-Giron
Tournemine, du Perier,
Comtes de Quintin, Rieux,
& quantité d'autres.
Dame Charlotte Magde--
laine Pasquier deFranclieudes
Bergeries, femme de Messire
François de Cruffol, Comte
d'Uzés, esle morte.en couche
le-13.Miars âgée de38.ans,
elle étoic veuve de Monsieur
Hamclin, Fermier General.
Monlieur le Comte d'Uzés
ett freie de Monsieur le Duc
d'Uzé Pair de France, cette
Maison cil tres-ancienne &
connuë sous le nom de Crussol,
qui nous a donné sept
Ducs & Pairs de France,
depuis l'Election qui en fut
faite par le Roy Charles IX.
en 1j67. & Pair en 1572.
l'ancienneté de cette Erection
fait qu'il est premier
Pair'de France, étant le plus
ancien de tous les Pairs de
France, & en cette qualité il
a la premiere place des Pairs
au Parlement après les six
premiers Pairs Ecclesiastiques.
Ils ont pris la qualité
de Vicomte, puis Ducs d'Uzés
depuis l'Alliance que
Jacques de Crussol grand
Pannctier de France cinquièmeayeul
de Monsieur
Je Duc d'Uzés fit avec Simonne
d'Uzés., fille unique
& heritiere de Jean Vicomte
d'Uzés, & de Gillette de
Precigny ils ont des Alliances
des plus considerables,
comme sont celles de Pagan,
Poictiers, Lastil, Levy FIa.
rensac, Uzés,Galliot de Genoüillac,
Clermont Tonnere,
Ebcrard
,
Saint Sulpice,Apcher,
Sainte Maure., Montausier,
Grimaldy.Monaco
& qqLuJaJnntnitrée d'aauuttrreess [trreèssconsiderables.
Dame Catherine Rougé
J-Lntlle de feu François de
Ctequy, Marquis de Marines,
Maréchal de France mourut
à Pans le 5e Avril 171$..
âgée de70ans. Elleétaitfille
de Jacques Rougé, Seigneur
du Plessis-Belliere, Lieutenant
General des Armées du
Roy, qui mourut en 1654.
& de Sufanne de Bruc; elle
eut de son mariage François-
Joseph Marquis de Crequy,
Lieutenant General des Armées
du Roy, tué en Italie,
a
au combat de Luzarra le 15.
Aoust 1702. sans laisser de
posteritéd'Anne Charlotte
d'Aumont, & Nicolas-
Charles-François de Crequy
MarquisdeBlainville, Colonel
dul Régiment d'Anjou
Maréchal des Camps &Armées
duRoy, quimourutde
maladieàTournayle16 Mars
1696.sansAlliance, ainsi.Madamela
Mai échale de Crequy
n'a pointde posterité vivante.
La Maison de Rougé est
très ancienne;alliée à quantité
de Maisons très considerables,
comme sont celles
de la Tour Landi y, Beaumanoir,
Lavardin ( par la*
quelle ils sont alliés à celle
de Rohan) Chasteau-Giron
Tournemine, du Perier,
Comtes de Quintin, Rieux,
& quantité d'autres.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de deux femmes de la noblesse française. Dame Charlotte Magdeleine Pasquier de Franclieu des Bergeries, épouse de Messire François de Cruffol, Comte d'Uzés, est décédée en couches le 13 mars à l'âge de 38 ans. Elle était veuve de Monsieur Hamclin, Fermier Général. Le Comte d'Uzés, frère du Duc d'Uzès, appartient à une famille très ancienne connue sous le nom de Crussol. Cette maison a produit sept Ducs et Pairs de France, le premier Pair de France étant élu par le roi Charles IX en 1567 et confirmé en 1572. La famille a également porté le titre de Vicomte avant de devenir Ducs d'Uzés suite à une alliance avec Simonne d'Uzés. Ils ont des alliances notables avec des familles telles que Pagan, Poitiers, Lastil, et d'autres. Dame Catherine Rougé, fille de François de Crequy, Marquis de Marines et Maréchal de France, est décédée à Paris le 5 avril 1715 à l'âge de 70 ans. Elle était la fille de Jacques Rougé, Seigneur du Plessis-Belliere, et de Suzanne de Bruc. De son mariage, elle a eu François-Joseph, Marquis de Crequy, tué en Italie au combat de Luzarra en 1702, et Nicolas-Charles-François, Marquis de Blainville, mort en 1696. La Maison de Rougé est très ancienne et alliée à de nombreuses familles notables, telles que la Tour Landi, Beaumanoir, et Rohan.
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6
p. 41-48
Memoire touchant la maison de Polignac.
Début :
On l'a promis dans le dernier Mercure, n'en ayant mis [...]
Mots clefs :
Polignac, Vicomte, Mémoire, Auvergne, Nobiliaire de Picardie, Chalançon , Nôtre-Dame du Puy, Terre Sainte, Rome
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texteReconnaissance textuelle : Memoire touchant la maison de Polignac.
Memoire touchant la Maison
de Polignac.
On l'a promis dans le
dernier Mercure, n'en
ayant mis que quatre
mots, & sur un mauvais
memoire; ce qui a donné
lieu de le reformer surcelui-
ci, qui est extrait sur
le Nobiliaire de Picardie
imprimé à Paris le
Gaspard Scipion-Armand
de Polignac, Marquis dudit
lieu & de Chalançon,
frere de S. E. M.le Cardinal
de Polignac, Colonel du
regiment d'Aunis,&à cause
de Marie de Rambures son
épouse, ci-devant Fille
d'honneur de feuë Madame
la Dauphine,&heritiereen
partie de cette ancienne &
illustre Maison, Seigneur
de plusieurs autres grandes
Terres en Picardie,qu'elle a
partageas avec Madame la
Duchesse de Caderousse sa
soeur aînée. Il est fils de
Louis- Armand II. Vicomte
de Polignac, Marquis de
Chalançon, Baron deChâteauneuf,&
c. Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de laville du Puy en
Auvergne, & des pays de
Velay & de Vivarés, mort
auPuy le3.Septembre 1692..
âgé de 80. ans; & de Jacqueline
Grimoard de Beauvoir
sa croisiéme femme, fille de
Scipion, Comte du Roure,
Marquis de Grissac,Chevalier
des Ordres du Roy, &
de Jacqueline de Montlaur:
&petit-fils de Gaspard-Armand,
Vicomte de Polignac,
Marquis de Chalançon,
Baron de Bandon, aussi
Chevalier des Ordres du
Roy,& Gouverneur desmêmes
lieux; iffii de Guillaume
Baron de Chalançon, son
sixiéme ayeul
,
qui épousa
Valburg/edePolignac sa
parente,loeur de Randon-
Armand II. Vicomte de Polignac.
Ponce IV. Vicomte de
Polignac, & qui s'érant allié
avec l'heririerc de Chalançon,
fut obligé d'en
rranfmettre le nom à la posterite.
Etienne de Polignac,
Seigneur de Rocheraine,
étoit fils puîné d'Heracle II.
Vicomte de Polignac,&de
Belifindefoeurdu Dauphin,
Comte de Clermont &
d'Auvergne, qu'il assista en
la guerre qu'il eut contre
l'Evêque de Clermont, soûtenu
par le Roy Loüis VII.
lequel ayant pris Clermont,
fit la paix entr'eux environ
l'an1180. Ponce III. Vicomtede
Polignac, pere d'Heracle,
eut pareillement de
grandes guerres contre
Pierre Evêque du Puy, qui
obligerent le même Roy de
s'acheminer en Auvergne,
qui sir leur paix l'an 1171.laquelle
fut confirmée par
Ponce EvêquedeClermont
& Robert Archevêque de
Vienne, l'an 1173. Ponce II.
Vicomte de Polignac,ayeul
de Ponce III. fit de grands
biens à diverses Eglises ôc
Abbayes; puis il se croisa
pour la Terre Sainte, & au
retour de son voïage il mourut
à Rome l'an IIIC. & fut
inhumé dans l'Eglise de Latran
par ordre du Pape PaschalII.
ainsiqu'ilest marqué
dans le Martyrologe de
l'Eglise dePolignac, quiraporte
sa mort au 9. des Cal.
de Novembre. Heracle premier,
Vicomte de Polignac,
son pere, n'eut pas moinsde
zele pour la foy. Il se croisa
au Concile de Clermont
l'an 1066. porta le grand
étendard de l'Eglise en la
Terre Sainte, & fut tué àla
bataille d'Antioche,aprés y
avoir donné des marques
d'un grand courage.LeCartulaire
de l'Eglise de Polignac
le nomme le Chevalier
Chrétien, & marque (a
mort au 7. des Ides de Juillet.
Il avoit pour ayeul Armand
premier, Vicomte de
Polignac, vers l'an 1010.qui
fit bâtir l'Eglise qui se voit
encore aujourd'hui dans le
château de Polignac;&qu'il
fonda l'an 1061. duconsentement
d'Adelaïs sa femme,
de Guillaume & d'Etienne
ses enfans; le dernier étant
lors Prévôt de Nôtre-Dame
du Puy, & qui depuis
fut Evêque de Clermont
l'an 1064.
de Polignac.
On l'a promis dans le
dernier Mercure, n'en
ayant mis que quatre
mots, & sur un mauvais
memoire; ce qui a donné
lieu de le reformer surcelui-
ci, qui est extrait sur
le Nobiliaire de Picardie
imprimé à Paris le
Gaspard Scipion-Armand
de Polignac, Marquis dudit
lieu & de Chalançon,
frere de S. E. M.le Cardinal
de Polignac, Colonel du
regiment d'Aunis,&à cause
de Marie de Rambures son
épouse, ci-devant Fille
d'honneur de feuë Madame
la Dauphine,&heritiereen
partie de cette ancienne &
illustre Maison, Seigneur
de plusieurs autres grandes
Terres en Picardie,qu'elle a
partageas avec Madame la
Duchesse de Caderousse sa
soeur aînée. Il est fils de
Louis- Armand II. Vicomte
de Polignac, Marquis de
Chalançon, Baron deChâteauneuf,&
c. Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de laville du Puy en
Auvergne, & des pays de
Velay & de Vivarés, mort
auPuy le3.Septembre 1692..
âgé de 80. ans; & de Jacqueline
Grimoard de Beauvoir
sa croisiéme femme, fille de
Scipion, Comte du Roure,
Marquis de Grissac,Chevalier
des Ordres du Roy, &
de Jacqueline de Montlaur:
&petit-fils de Gaspard-Armand,
Vicomte de Polignac,
Marquis de Chalançon,
Baron de Bandon, aussi
Chevalier des Ordres du
Roy,& Gouverneur desmêmes
lieux; iffii de Guillaume
Baron de Chalançon, son
sixiéme ayeul
,
qui épousa
Valburg/edePolignac sa
parente,loeur de Randon-
Armand II. Vicomte de Polignac.
Ponce IV. Vicomte de
Polignac, & qui s'érant allié
avec l'heririerc de Chalançon,
fut obligé d'en
rranfmettre le nom à la posterite.
Etienne de Polignac,
Seigneur de Rocheraine,
étoit fils puîné d'Heracle II.
Vicomte de Polignac,&de
Belifindefoeurdu Dauphin,
Comte de Clermont &
d'Auvergne, qu'il assista en
la guerre qu'il eut contre
l'Evêque de Clermont, soûtenu
par le Roy Loüis VII.
lequel ayant pris Clermont,
fit la paix entr'eux environ
l'an1180. Ponce III. Vicomtede
Polignac, pere d'Heracle,
eut pareillement de
grandes guerres contre
Pierre Evêque du Puy, qui
obligerent le même Roy de
s'acheminer en Auvergne,
qui sir leur paix l'an 1171.laquelle
fut confirmée par
Ponce EvêquedeClermont
& Robert Archevêque de
Vienne, l'an 1173. Ponce II.
Vicomte de Polignac,ayeul
de Ponce III. fit de grands
biens à diverses Eglises ôc
Abbayes; puis il se croisa
pour la Terre Sainte, & au
retour de son voïage il mourut
à Rome l'an IIIC. & fut
inhumé dans l'Eglise de Latran
par ordre du Pape PaschalII.
ainsiqu'ilest marqué
dans le Martyrologe de
l'Eglise dePolignac, quiraporte
sa mort au 9. des Cal.
de Novembre. Heracle premier,
Vicomte de Polignac,
son pere, n'eut pas moinsde
zele pour la foy. Il se croisa
au Concile de Clermont
l'an 1066. porta le grand
étendard de l'Eglise en la
Terre Sainte, & fut tué àla
bataille d'Antioche,aprés y
avoir donné des marques
d'un grand courage.LeCartulaire
de l'Eglise de Polignac
le nomme le Chevalier
Chrétien, & marque (a
mort au 7. des Ides de Juillet.
Il avoit pour ayeul Armand
premier, Vicomte de
Polignac, vers l'an 1010.qui
fit bâtir l'Eglise qui se voit
encore aujourd'hui dans le
château de Polignac;&qu'il
fonda l'an 1061. duconsentement
d'Adelaïs sa femme,
de Guillaume & d'Etienne
ses enfans; le dernier étant
lors Prévôt de Nôtre-Dame
du Puy, & qui depuis
fut Evêque de Clermont
l'an 1064.
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Résumé : Memoire touchant la maison de Polignac.
La mémoire concernant la Maison de Polignac commence par une promesse publiée dans le dernier Mercure, reformée à partir du Nobiliaire de Picardie. Gaspard Scipion-Armand de Polignac, Marquis de Polignac et de Chalançon, est le frère du Cardinal de Polignac et Colonel du régiment d'Aunis. Il hérite en partie de la Maison de Polignac grâce à son épouse, Marie de Rambures, ancienne Fille d'honneur de la Dauphine et héritière de plusieurs grandes terres en Picardie, partagées avec sa sœur aînée, la Duchesse de Caderousse. Gaspard Scipion-Armand est le fils de Louis-Armand II, Vicomte de Polignac, Marquis de Chalançon, Baron de Châteauneuf, Chevalier des Ordres du Roy, Gouverneur de la ville du Puy en Auvergne, décédé en 1692. Sa mère est Jacqueline Grimoard de Beauvoir, fille de Scipion, Comte du Roure, Marquis de Grissac. Il est également petit-fils de Gaspard-Armand, Vicomte de Polignac, Marquis de Chalançon, Chevalier des Ordres du Roy. Le texte retrace l'histoire de la famille Polignac, mentionnant plusieurs générations et leurs exploits, tels que les participations aux guerres et aux croisades.
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7
p. 150-168
De Londres, [titre d'après la table]
Début :
On mande de Londres du 12. de ce mois qu'on y avoit receu [...]
Mots clefs :
Roi, Seigneurs, Comte, Femme, Gardes, Lettres, Corps, Échafaud, Vie, Derwentwater, Vicomte, Officier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, [titre d'après la table]
On mande de Londres du iz
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
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8
p. 10-64
HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
Début :
AVERTISSEMENT. Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit qui a / Qui de vous veut bon vers ouir [...]
Mots clefs :
Aucassin, Nicolette, Romance, Dieu, Père, Ami, Douce amie, Belle, Terre, Fils, Beau, Cheval, Roi, Conte, Sire, Chanter, Pays, Homme, Château, Vers, Amour, Doux, Chambre, Forêt, Mal, Fille, Yeux, Garins de Beaucaire, Mots, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
HISTOIRE
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Fermer
9
p. 201-203
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Joseph-Etienne de Thomassin, Chevalier-Marquis de S. Paul, Vicomte [...]
Mots clefs :
Mariage, Bénédiction nuptiale, Morts, Comte, Vicomte, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MESSIRE Jofeph-Etienne de Thomaffin , Cheva
lier-Marquis de S. Paul , Vicomte de Reillanne ,
Baron de Châteaurenard , Préſident à Mortier du
Parlement de Provence , époufa le 3 Janvier dernier
Demoiſelle Louife-Jofeph de Marbeuf, fille
de feu Meffire Robert -Jean Comte de Marbeuf,
Lieutenant général des Armées du Roi , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Commandant pour le Roi en la Province de Bre
tagne , & de Dame Marie - Thérefe Gouet- du
Faou , fa veuve.
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife paroiffiale de S. Sulpice , à Paris , par M.
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
P'Abbé de Marbeuf , Confeiller d'Etat , Aumô
nier ordinaire de la Reine .
Leur contrat de mariage avoit été figné le 26 du
mois de Décembre dernier, par Leurs Majeftés &
la Famille Royale ..
Le famedi , 19 Mars 1757 , fe fit dans l'Eglife
de la Chapelle - Gauthier , en Brie , Dioceſe de
Paris , le mariage de Meffire Claude - Jofeph de
Belot , Bailli d'Epée , Garde & Concierge du Palais
, Chevalier- Seigneur de Ferreux- de - la- Motte-
S. Loup , Capitaine du Corps royal de l'Artillerie
& du Génie , fils de Meffire Claude- Antoine de
Belot & de Dame Marie Midorge , avec Demoifelle
Louife- Marguerite Thibouft de Berry- de-la-
Chapelle , fille de défunt Meffire Louis- Augufte
Thibouft-de-Berry , Chevalier - Seigneur- Comte
de la Chapelle -Gauthier , & de défunte Dame
Marguerite Charlotte le Petit-de-la-Grandcour.
Meffire René- Louis de Voyer- de Paulmy ;.
Marquis d'Argenfon , Grand Croix , Chancelier
& Garde des Sceaux honoraire de l'Ordre royal
& militaire de Saint Louis , honoraire de l'Académie
royale des Belles- Lettres , ci - devant Minif
tre & Secretaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangeres , eft mort à Paris le 26 Janvier
1757 , âgé de foixante-deux ans.
Meffire Adrien - François d'Hallincourt-de Boulainvilliers
, Abbé de Saint - Quentin en l'Ifle ,
Diocefe de Noyon , Ordre de S. Benoît , mourut
le 3 Février, âgé de foixante - dix ans.
Dame Michelle-Julie- Françoife Bouchard-d'Ef
parbés- de Luffan- d'Aubeterre- de Jonfac , époufe
de Meffire Jacques Tanneguy- le Veneur, Marquis
de Tillieres , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , mourut à Paris le 3 Février dans la trentedeuxieme
année de fon âge.
AVRIL. 1757. 203
I
Meffire Alphonfe - Marie - Louis , Comte de
Saint-Severin d'Aragon , Chevalier des Ordres
du Roi , & ci- devant Miniftre d'Etat , mourut à
Paris le Mars , dans la cinquante - deuxieme année
de fon âge. En 1725 , n'ayant alors que dixneuf
ans , il fuccéda à fon pere , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Duc de Parme auprès duz
Roi. Le Comte de Saint- Severin en 1736 s'attacha
au fervice de France , & l'année fuivante Sa Ma→
jefté lui accorda un brevet de Colonel à la fuite du
Régiment Royal Italien . Au mois d'Octobre de la
même année , il obtint des Lettres de Naturalité.
En même temps , Sa Majefté le nomma fon Ambaffadeur
en Suede , d'où il revint en 1741. Dans
Pannée 1744 , il alla en Pologne avec caractere
d'Ambaffadeur du Roi , & en 1745 il fut Minif
tre Plénipotentiaire de Sa Majefté à la Dietre d'Election
de Francfort . Il fut nommé dans le mois
de Janvier 1748 , Miniftre Plénipotentiaire au
Congrès d'Aix - la - Chapelle , & dans le mois de
Décembre de la même année il fut déclaré Minif
tre d'Etat.
Dame Marguerite Johnston , époufe du Vicomte
d'Ogilvy , Colonel d'un Régiment Ecoffois de
fon nom , mourut à Paris le 11 Mars 1757.
2
N... Prince de Chalais , Grand d'Espagne ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté Catholique
eft mort à Chalais en Périgord , âgé de près de
quatre - vingt ans. Il avoit été Gouverneur &
Grand Bailli du Berry , & le Roi lui permit il y a
quelques années de fe démettre de l'un & l'autre
titres en faveur du Comte de Périgord fon
gendre.
Le nommé Adrien Defenclos , dit Florimond ,
eft mort au village d'Etrejeu , Dioceſe d'Amiens ,
dans la cent troifieme année de fon âge.
MESSIRE Jofeph-Etienne de Thomaffin , Cheva
lier-Marquis de S. Paul , Vicomte de Reillanne ,
Baron de Châteaurenard , Préſident à Mortier du
Parlement de Provence , époufa le 3 Janvier dernier
Demoiſelle Louife-Jofeph de Marbeuf, fille
de feu Meffire Robert -Jean Comte de Marbeuf,
Lieutenant général des Armées du Roi , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Commandant pour le Roi en la Province de Bre
tagne , & de Dame Marie - Thérefe Gouet- du
Faou , fa veuve.
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife paroiffiale de S. Sulpice , à Paris , par M.
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
P'Abbé de Marbeuf , Confeiller d'Etat , Aumô
nier ordinaire de la Reine .
Leur contrat de mariage avoit été figné le 26 du
mois de Décembre dernier, par Leurs Majeftés &
la Famille Royale ..
Le famedi , 19 Mars 1757 , fe fit dans l'Eglife
de la Chapelle - Gauthier , en Brie , Dioceſe de
Paris , le mariage de Meffire Claude - Jofeph de
Belot , Bailli d'Epée , Garde & Concierge du Palais
, Chevalier- Seigneur de Ferreux- de - la- Motte-
S. Loup , Capitaine du Corps royal de l'Artillerie
& du Génie , fils de Meffire Claude- Antoine de
Belot & de Dame Marie Midorge , avec Demoifelle
Louife- Marguerite Thibouft de Berry- de-la-
Chapelle , fille de défunt Meffire Louis- Augufte
Thibouft-de-Berry , Chevalier - Seigneur- Comte
de la Chapelle -Gauthier , & de défunte Dame
Marguerite Charlotte le Petit-de-la-Grandcour.
Meffire René- Louis de Voyer- de Paulmy ;.
Marquis d'Argenfon , Grand Croix , Chancelier
& Garde des Sceaux honoraire de l'Ordre royal
& militaire de Saint Louis , honoraire de l'Académie
royale des Belles- Lettres , ci - devant Minif
tre & Secretaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangeres , eft mort à Paris le 26 Janvier
1757 , âgé de foixante-deux ans.
Meffire Adrien - François d'Hallincourt-de Boulainvilliers
, Abbé de Saint - Quentin en l'Ifle ,
Diocefe de Noyon , Ordre de S. Benoît , mourut
le 3 Février, âgé de foixante - dix ans.
Dame Michelle-Julie- Françoife Bouchard-d'Ef
parbés- de Luffan- d'Aubeterre- de Jonfac , époufe
de Meffire Jacques Tanneguy- le Veneur, Marquis
de Tillieres , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , mourut à Paris le 3 Février dans la trentedeuxieme
année de fon âge.
AVRIL. 1757. 203
I
Meffire Alphonfe - Marie - Louis , Comte de
Saint-Severin d'Aragon , Chevalier des Ordres
du Roi , & ci- devant Miniftre d'Etat , mourut à
Paris le Mars , dans la cinquante - deuxieme année
de fon âge. En 1725 , n'ayant alors que dixneuf
ans , il fuccéda à fon pere , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Duc de Parme auprès duz
Roi. Le Comte de Saint- Severin en 1736 s'attacha
au fervice de France , & l'année fuivante Sa Ma→
jefté lui accorda un brevet de Colonel à la fuite du
Régiment Royal Italien . Au mois d'Octobre de la
même année , il obtint des Lettres de Naturalité.
En même temps , Sa Majefté le nomma fon Ambaffadeur
en Suede , d'où il revint en 1741. Dans
Pannée 1744 , il alla en Pologne avec caractere
d'Ambaffadeur du Roi , & en 1745 il fut Minif
tre Plénipotentiaire de Sa Majefté à la Dietre d'Election
de Francfort . Il fut nommé dans le mois
de Janvier 1748 , Miniftre Plénipotentiaire au
Congrès d'Aix - la - Chapelle , & dans le mois de
Décembre de la même année il fut déclaré Minif
tre d'Etat.
Dame Marguerite Johnston , époufe du Vicomte
d'Ogilvy , Colonel d'un Régiment Ecoffois de
fon nom , mourut à Paris le 11 Mars 1757.
2
N... Prince de Chalais , Grand d'Espagne ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté Catholique
eft mort à Chalais en Périgord , âgé de près de
quatre - vingt ans. Il avoit été Gouverneur &
Grand Bailli du Berry , & le Roi lui permit il y a
quelques années de fe démettre de l'un & l'autre
titres en faveur du Comte de Périgord fon
gendre.
Le nommé Adrien Defenclos , dit Florimond ,
eft mort au village d'Etrejeu , Dioceſe d'Amiens ,
dans la cent troifieme année de fon âge.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1757, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 3 janvier, Messire Joseph-Étienne de Thomaffin, Chevalier-Marquis de Saint-Paul, a épousé Demoiselle Louise-Joseph de Marbeuf à l'église paroissiale de Saint-Sulpice à Paris. Leur contrat de mariage avait été signé le 26 décembre précédent par Leurs Majestés et la Famille Royale. Le 19 mars, Messire Claude-Joseph de Belot a épousé Demoiselle Louise-Marguerite Thiboust de Berry de la Chapelle dans l'église de la Chapelle-Gauthier en Brie. Parmi les décès notables, Messire René-Louis de Voyer de Paulmy, Marquis d'Argenson, est décédé à Paris le 26 janvier à l'âge de soixante-deux ans. Messire Adrien-François d'Hallincourt de Boulainvilliers, Abbé de Saint-Quentin, est mort le 3 février à l'âge de soixante-dix ans. Dame Michelle-Julie-Françoise Bouchard d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre de Jonzac, épouse de Messire Jacques Tanneguy Le Veneur, Marquis de Tillières, est décédée à Paris le 3 février à l'âge de trente-deux ans. Messire Alphonse-Marie-Louis, Comte de Saint-Severin d'Aragon, est mort à Paris en mars à l'âge de cinquante-deux ans. Dame Marguerite Johnston, épouse du Vicomte d'Ogilvy, est décédée à Paris le 11 mars. Le Prince de Chalais est mort à Chalais en Périgord à l'âge de près de quatre-vingts ans. Adrien Defenclos, dit Florimond, est décédé au village d'Étrejeu, Diocèse d'Amiens, à l'âge de cent treize ans.
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10
p. 221-225
MARIAGES ET MORTS.
Début :
François, Vicomte de Rochechouart-Pontville, épousa le 23 Juin Mademoiselle [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Vicomte, Maison de Rochechouart, Contrat, Comtes, Comtesses, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
FRANÇOIS , Vicomte de Rochechouart- Pontville,
épousa le 23 Juin Mademoiſelle Boucher. Le Roi
avoit figné le Contrat de leur mariage.
Le Vicomte de Rochechouart- Pontville , porte
le nom & les armes de Rochechouart , en qualité
de feul & unique héritier de Jean de Pontville ,
Vicomte de Breuilhé , Chambellan du Duc de
Guyenne , Sénéchal de Xaintonges , Gouverneur
de Saint-Jean d'Angely , lequel époufa l'an 1470 ,
par la volonté de Louis XI , & par les dons du Duc
de Guyenne , Anne de Rochechouart , fille unique
, & héritiere de Foucault , Vicomte de Roche
chouart , à condition d'en porter le nom & les
armes pleines , lui & fes defcendans , & ledit Foucault
, Vicomte de Rochechouart , a donné audit
de Pontville la terre & feigneurie de Tonnaycharante
, pour en difpofer à fon bon plaifir , &
en cas qu'il fût refufant d'exécuter les conditions
faites entr'eux , il rendroit ladite terre de Tonnaycharante
, & foco liv . de rente du fien .
Ce contrat fut paffé fous le fcel de Saint - Jean
d'Angely , le 20 Août 1470 , entre noble & puiffant
Seigneur Meffire Foucault , Vicomte de Ro-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
chechouart , Seigneur de Tonnay- charante & de
Mauzé , & noble & puiffant Seigneur Jean de
Pontville , Vicomte de Breuilhé , Confeiller &
Chambellan de Mgr le Duc de Guyenne d'autre
part , fur le mariage traité par plufieurs grands
Seigneurs entre ledit de Pontville & Demoifelle
Anne , fille de Meffire Foucault , Vicomte de Rochechouart
, fous les conventions ci - deſſus énoncées
.
De ce mariage celébré le 21 Août 1470 , naquirent
François de Pontville , dit de Rochechouart
, & Jeanne de Pontville , laquelle fut mariée
en 1494 avec Aimery- de Rochechouart , Scigneur
de Mortemart.
François de Pontville , dit de Rochechouart
époufa en premiere noce Renée d'Anjou , dont il
eut Bonaventure , Vicomte de Rochechouart , &.
Françoife , qui fut mariée à Airant - de la Touche ,
Seigneur de la Touche- Limofiniere.
Bonaventure mourut fans enfans , & fit donation
de fes biens à fon frere Claude , Vicomte
de Rochechouart , né du fecond mariage de
François de Pontville , dit de Rochechouart , avec
Jacquette de la Rochefoucault , fille de François
de la Rochefoucault.
Louiſe , foeur de Claude , époufa Guillaume de
Dinteville , Seigneur de Chenon .
Claude , Vicomte de Rochechouart , époufa
Blanche de Tournon , dont il eut Louis , Vicomte
de Rochechouart , Baron de Mauzé , & Jeanne ,
mariée à Aimery- de Rochechouart , Seigneur de
Mortemart , tiges des Rochechouart , Comtes de
Saint-Auvent & de Montmoreau.
Louis , Vicomte de Rochechouart , épouſa en
premiere noce Louiſe Clérambaut , dont il n'eut
point d'enfans , & en ſeconde noces Magdeleine
de Bouillé.
SEPTEMBRE. 1757. 223
1
F
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart ,
Baron du Bâtiment , lequel épousa Anne Tiercelin-
de la Chapelle - Ballon , & en eut Jean de Rochechouart
, Baron du Bâtiment , & Marie , morte
fans enfans.
Jean de Rochechouart , époufa Marie de Boulimbrocq.
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart
, mort fans enfans ; Louife de Rochechouart
, Religieufe ; Louis- Jofeph - Victor de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , Lieutenant
de la premiere Compagnie des Gardes - du- corps ,
Marie de Rochechouart , & Françoise de Rochechouare
, Religieufes.
Louis -Jofeph- Victor de Rochechouart , époufa
Marie d'Efcart ; il eut de ce mariage François de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , & Bertrand
Vicomte de Rochechouart.
€ François de Rochechouart époufa en premieres
noces Marie d'Epinay- de Saint- Luc , dont il n'eut
point d'enfans , & en fecondes noces Marie Sainte-
Geflin de Tremergat.
Il eut de ce mariage François- Louis - Marie-
Honorine , Vicomte de Rochechouart- Pontville
Baron du Bâtiment , feul héritier de la maiſon.
Bertrand , Vicomte de Rechechouart , épouſa
Julie-Sophie de Rochechouart- Jars .
Il n'y a aujourd'hui d'autres enfans de ce mariage
, que Louiſe . Alexandrine de Rochechouart,
mariée à Armand-Jacques Dupin- de Chenonceaux.
2
Le Vicomte de Rochechouart-Pontville , qui
vient d'épouſer Mademoiſelle Boucher , ne croit
pas manquer aux conditions faites par fes ayeux
en ajoutant au nom de Rochechouart , qu'il porte
le nom de Pontville , qui eft celui de ſa maiſon.
Le 21 Juin , Meffire Charles François , Vi-
Kiv
124 MERCURE DE FRANCE.
comte de Vienne , a épousé au château de la
Louptiere , en Champagne , Demoiſelle Anne-
Catherine de Relongue. Voyez pour la Maiſon de
Vienne le Dictionnaire de Moreri , & pour la
Maifon de Relongue l'Armorial de France.
La Comteffe de Befuchef, époufe du Comte
Michel- Petrowitz de Befuchef- Rumin , Chevalier
des Ordres de l'Impératrice de Ruffie , Grand
Maréchal de la Cour de cette Princeffe , un de fes
Confeillers d'Etat Intimes , & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire auprès du Roi ,
mourut à Paris le 12 Juillet , âgée de trente - huit
ans. Elle fe nommoit Jeanne- Andriette-Louiſe ,
& elle étoit de la Maiſon de Carlovitz , Maifon
diftinguée en Saxe.
Le 16 du même mois eft morte à la terre de Maffveaux
, Haute-Alface , haute & puiffante Dame
Anne-Louife -Claire , Comteffe de Rottembourg ,
Dame de Remiremont , dans fa 69° année.
Elle étoit fille de Fréderic - Nicolas , Comte de
Rottembourg , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & de Dame Anne-Jeanne de Rozen ,
fille du feu Maréchal Comte de Rofen , Chevalier
des Ordres du Roi , & foeur du feu Comte de
Rottembourg , Chevalier des Ordres du Roi 2
fon Ambaffadeur en Espagne.
fille de Gabrielle-Sophie de Rohan- Chabot
Louis - Marie Bretagne Dominique de Roban-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , & de
feue Charlotte-Rofalie de Châtillon , mourut à
Paris le 24 du même mois , dans la quinzieme
année de fon âge.
1
Dame Catherine Pinet , veuve de Meffire Claude
de Ceberet , Intendant Général de la Marine ,
eft morte le 4 Août en l'Abbaye de Port - Royal ,
dans la cent deuxieme année de ſon âge.
SEPTEMBRE. 1757. 225
Dame Catherine Shelden , veuve de Meffire
Arthur Dillon , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment Irlandois de
fon nom , mourut à Paris les de ce mois , âgée
de foixante-dix-sept ans.
FRANÇOIS , Vicomte de Rochechouart- Pontville,
épousa le 23 Juin Mademoiſelle Boucher. Le Roi
avoit figné le Contrat de leur mariage.
Le Vicomte de Rochechouart- Pontville , porte
le nom & les armes de Rochechouart , en qualité
de feul & unique héritier de Jean de Pontville ,
Vicomte de Breuilhé , Chambellan du Duc de
Guyenne , Sénéchal de Xaintonges , Gouverneur
de Saint-Jean d'Angely , lequel époufa l'an 1470 ,
par la volonté de Louis XI , & par les dons du Duc
de Guyenne , Anne de Rochechouart , fille unique
, & héritiere de Foucault , Vicomte de Roche
chouart , à condition d'en porter le nom & les
armes pleines , lui & fes defcendans , & ledit Foucault
, Vicomte de Rochechouart , a donné audit
de Pontville la terre & feigneurie de Tonnaycharante
, pour en difpofer à fon bon plaifir , &
en cas qu'il fût refufant d'exécuter les conditions
faites entr'eux , il rendroit ladite terre de Tonnaycharante
, & foco liv . de rente du fien .
Ce contrat fut paffé fous le fcel de Saint - Jean
d'Angely , le 20 Août 1470 , entre noble & puiffant
Seigneur Meffire Foucault , Vicomte de Ro-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
chechouart , Seigneur de Tonnay- charante & de
Mauzé , & noble & puiffant Seigneur Jean de
Pontville , Vicomte de Breuilhé , Confeiller &
Chambellan de Mgr le Duc de Guyenne d'autre
part , fur le mariage traité par plufieurs grands
Seigneurs entre ledit de Pontville & Demoifelle
Anne , fille de Meffire Foucault , Vicomte de Rochechouart
, fous les conventions ci - deſſus énoncées
.
De ce mariage celébré le 21 Août 1470 , naquirent
François de Pontville , dit de Rochechouart
, & Jeanne de Pontville , laquelle fut mariée
en 1494 avec Aimery- de Rochechouart , Scigneur
de Mortemart.
François de Pontville , dit de Rochechouart
époufa en premiere noce Renée d'Anjou , dont il
eut Bonaventure , Vicomte de Rochechouart , &.
Françoife , qui fut mariée à Airant - de la Touche ,
Seigneur de la Touche- Limofiniere.
Bonaventure mourut fans enfans , & fit donation
de fes biens à fon frere Claude , Vicomte
de Rochechouart , né du fecond mariage de
François de Pontville , dit de Rochechouart , avec
Jacquette de la Rochefoucault , fille de François
de la Rochefoucault.
Louiſe , foeur de Claude , époufa Guillaume de
Dinteville , Seigneur de Chenon .
Claude , Vicomte de Rochechouart , époufa
Blanche de Tournon , dont il eut Louis , Vicomte
de Rochechouart , Baron de Mauzé , & Jeanne ,
mariée à Aimery- de Rochechouart , Seigneur de
Mortemart , tiges des Rochechouart , Comtes de
Saint-Auvent & de Montmoreau.
Louis , Vicomte de Rochechouart , épouſa en
premiere noce Louiſe Clérambaut , dont il n'eut
point d'enfans , & en ſeconde noces Magdeleine
de Bouillé.
SEPTEMBRE. 1757. 223
1
F
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart ,
Baron du Bâtiment , lequel épousa Anne Tiercelin-
de la Chapelle - Ballon , & en eut Jean de Rochechouart
, Baron du Bâtiment , & Marie , morte
fans enfans.
Jean de Rochechouart , époufa Marie de Boulimbrocq.
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart
, mort fans enfans ; Louife de Rochechouart
, Religieufe ; Louis- Jofeph - Victor de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , Lieutenant
de la premiere Compagnie des Gardes - du- corps ,
Marie de Rochechouart , & Françoise de Rochechouare
, Religieufes.
Louis -Jofeph- Victor de Rochechouart , époufa
Marie d'Efcart ; il eut de ce mariage François de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , & Bertrand
Vicomte de Rochechouart.
€ François de Rochechouart époufa en premieres
noces Marie d'Epinay- de Saint- Luc , dont il n'eut
point d'enfans , & en fecondes noces Marie Sainte-
Geflin de Tremergat.
Il eut de ce mariage François- Louis - Marie-
Honorine , Vicomte de Rochechouart- Pontville
Baron du Bâtiment , feul héritier de la maiſon.
Bertrand , Vicomte de Rechechouart , épouſa
Julie-Sophie de Rochechouart- Jars .
Il n'y a aujourd'hui d'autres enfans de ce mariage
, que Louiſe . Alexandrine de Rochechouart,
mariée à Armand-Jacques Dupin- de Chenonceaux.
2
Le Vicomte de Rochechouart-Pontville , qui
vient d'épouſer Mademoiſelle Boucher , ne croit
pas manquer aux conditions faites par fes ayeux
en ajoutant au nom de Rochechouart , qu'il porte
le nom de Pontville , qui eft celui de ſa maiſon.
Le 21 Juin , Meffire Charles François , Vi-
Kiv
124 MERCURE DE FRANCE.
comte de Vienne , a épousé au château de la
Louptiere , en Champagne , Demoiſelle Anne-
Catherine de Relongue. Voyez pour la Maiſon de
Vienne le Dictionnaire de Moreri , & pour la
Maifon de Relongue l'Armorial de France.
La Comteffe de Befuchef, époufe du Comte
Michel- Petrowitz de Befuchef- Rumin , Chevalier
des Ordres de l'Impératrice de Ruffie , Grand
Maréchal de la Cour de cette Princeffe , un de fes
Confeillers d'Etat Intimes , & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire auprès du Roi ,
mourut à Paris le 12 Juillet , âgée de trente - huit
ans. Elle fe nommoit Jeanne- Andriette-Louiſe ,
& elle étoit de la Maiſon de Carlovitz , Maifon
diftinguée en Saxe.
Le 16 du même mois eft morte à la terre de Maffveaux
, Haute-Alface , haute & puiffante Dame
Anne-Louife -Claire , Comteffe de Rottembourg ,
Dame de Remiremont , dans fa 69° année.
Elle étoit fille de Fréderic - Nicolas , Comte de
Rottembourg , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & de Dame Anne-Jeanne de Rozen ,
fille du feu Maréchal Comte de Rofen , Chevalier
des Ordres du Roi , & foeur du feu Comte de
Rottembourg , Chevalier des Ordres du Roi 2
fon Ambaffadeur en Espagne.
fille de Gabrielle-Sophie de Rohan- Chabot
Louis - Marie Bretagne Dominique de Roban-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , & de
feue Charlotte-Rofalie de Châtillon , mourut à
Paris le 24 du même mois , dans la quinzieme
année de fon âge.
1
Dame Catherine Pinet , veuve de Meffire Claude
de Ceberet , Intendant Général de la Marine ,
eft morte le 4 Août en l'Abbaye de Port - Royal ,
dans la cent deuxieme année de ſon âge.
SEPTEMBRE. 1757. 225
Dame Catherine Shelden , veuve de Meffire
Arthur Dillon , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment Irlandois de
fon nom , mourut à Paris les de ce mois , âgée
de foixante-dix-sept ans.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs mariages et décès au sein de la famille Rochechouart et d'autres familles nobles. Le Vicomte de Rochechouart-Pontville, François, a épousé Mademoiselle Boucher le 23 juin avec l'approbation du Roi. La lignée des Rochechouart remonte à Jean de Pontville, qui épousa Anne de Rochechouart en 1470 sous la volonté de Louis XI. De ce mariage naquirent François de Pontville et Jeanne de Pontville, mariée en 1494 à Aimery de Rochechouart. François de Pontville eut plusieurs enfants, dont Bonaventure, mort sans descendance, et Claude, Vicomte de Rochechouart, qui épousa Blanche de Tournon. Claude eut Louis, Vicomte de Rochechouart, et Jeanne, mariée à Aimery de Rochechouart. Louis épousa Magdeleine de Bouillé, et ils eurent Jean de Rochechouart, Baron du Bâtiment, qui épousa Marie de Boulimbrocq. Leur fils, Louis-Joseph-Victor de Rochechouart, épousa Marie d'Escart et eut François de Rochechouart, Baron du Bâtiment, et Bertrand, Vicomte de Rochechouart. Le texte mentionne également d'autres mariages et décès, tels que celui de la Comtesse de Besuchef, Jeanne-Andriette-Louise de Carlovitz, morte à Paris à l'âge de trente-huit ans, et de la Comtesse de Rottembourg, Anne-Louise-Claire, morte à l'âge de soixante-neuf ans. D'autres décès notables incluent ceux de Louis-Marie-Bretagne Dominique de Rohan-Chabot, Duc de Rohan, et de Dame Catherine Pinet, veuve de Claude de Cèberet, morte à l'âge de cent deux ans.
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11
p. 207-208
MORTS.
Début :
Messire Louis-Hector, Comte de Gelas-Voisins, Marquis d'Ambres, Vicomte [...]
Mots clefs :
Comte, Vicomte, Abbé, Ordre, Morts, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
"
(FSS FRB Louis -Hector , Comte de Gelas - Voifins
, Marquis d'Ambres , Vicomte de Lautrec
Baron des Etats de Languedoc , Brigadier des Armées
du Roi, mourut à Touloufe le 28 Décembre
dans fa quatre- vingt- troifieme année.
Meffire N. de la Borffiere , Abbé Commendataire
de l'Abbaye royale de Longway , Ordre de
Prémontré , Diocefe de Rheims , & ci - devant
Coadjuteur du Grand-Maître du college de Navarre
, eft mort dans la ville de Kimper , le 14 Janvier
, âgé de foixante-feize ans .
Meffire Baillard , ancien Inſtituteur des Enfans
de France, Doyen de Sorbonne, Abbé de l'Abbaye
royale de la Buffiere , Ordre de Cîteaux , Diocefe
d'Autun , eft mort à Paris le 22 , âgé de 84 ans.
Meffire Palerne , Abbé de la Cafe - Dieu , Ordre
de Prémontré , Dioceſe d'Auch , eft mort le même
jour en cette Ville dans fa foixante- unieme année.
›
Meffire de Cotte , Chanoine de l'Eglife de Paris ,
Abbé des Abbayes de Lonlay , Ordre de S. Benoît ,
Congrégation de S. Maur , Diocefe du Mans , &
de S. Severin , Ordre de S. Auguftin , Diocefe de
Poitiers , & Prieur de Notre - Dame de Baillon ,
dépendant du Prieuré de S. Martin des Champs ,
Dioceſe de Beauvais , eft mort auffi dans cette-
Ville le 24 , âgé de foivante- dix ans.
Le 25 Janvier 1758 , mourut à Lille en Flandre,
de la petite-vérole , Damoifelle Alexandrille-
Victoire Pajot- du Roulle , âgée de 19 ans , fille der
Chriftophe Pajot , Ecuyer , Commiffaire des
208 MERCURE DE FRANCE.
Guerres , Directeur des Poftes de ladite Ville , &
de Dame Marie- Françoiſe Benier. Cette jeune perfonne
poffédoit les graces & tous les talens néceſ- .
faires pour bien réuffir dans le monde. Elle eft
généralement regrettée.
Meffire N. de Saint - Pierre , Archidiacre de
Rouen , Abbé Commendataire de l'Abbaye royale
du Treport , Ordre de S. Benoît , même Dioceſe ,
eſt. mort à Rouen le 30.
Mellire N. de Saint- Exuperi, Doyen de l'Eglifede
Paris , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint Denis , Ordre de Saint Auguftin , Dioceſe
de Rheims , eft mort en cette Ville le premier Fé- ·
vrier , âgé de cinquante- cinq ans.
"
(FSS FRB Louis -Hector , Comte de Gelas - Voifins
, Marquis d'Ambres , Vicomte de Lautrec
Baron des Etats de Languedoc , Brigadier des Armées
du Roi, mourut à Touloufe le 28 Décembre
dans fa quatre- vingt- troifieme année.
Meffire N. de la Borffiere , Abbé Commendataire
de l'Abbaye royale de Longway , Ordre de
Prémontré , Diocefe de Rheims , & ci - devant
Coadjuteur du Grand-Maître du college de Navarre
, eft mort dans la ville de Kimper , le 14 Janvier
, âgé de foixante-feize ans .
Meffire Baillard , ancien Inſtituteur des Enfans
de France, Doyen de Sorbonne, Abbé de l'Abbaye
royale de la Buffiere , Ordre de Cîteaux , Diocefe
d'Autun , eft mort à Paris le 22 , âgé de 84 ans.
Meffire Palerne , Abbé de la Cafe - Dieu , Ordre
de Prémontré , Dioceſe d'Auch , eft mort le même
jour en cette Ville dans fa foixante- unieme année.
›
Meffire de Cotte , Chanoine de l'Eglife de Paris ,
Abbé des Abbayes de Lonlay , Ordre de S. Benoît ,
Congrégation de S. Maur , Diocefe du Mans , &
de S. Severin , Ordre de S. Auguftin , Diocefe de
Poitiers , & Prieur de Notre - Dame de Baillon ,
dépendant du Prieuré de S. Martin des Champs ,
Dioceſe de Beauvais , eft mort auffi dans cette-
Ville le 24 , âgé de foivante- dix ans.
Le 25 Janvier 1758 , mourut à Lille en Flandre,
de la petite-vérole , Damoifelle Alexandrille-
Victoire Pajot- du Roulle , âgée de 19 ans , fille der
Chriftophe Pajot , Ecuyer , Commiffaire des
208 MERCURE DE FRANCE.
Guerres , Directeur des Poftes de ladite Ville , &
de Dame Marie- Françoiſe Benier. Cette jeune perfonne
poffédoit les graces & tous les talens néceſ- .
faires pour bien réuffir dans le monde. Elle eft
généralement regrettée.
Meffire N. de Saint - Pierre , Archidiacre de
Rouen , Abbé Commendataire de l'Abbaye royale
du Treport , Ordre de S. Benoît , même Dioceſe ,
eſt. mort à Rouen le 30.
Mellire N. de Saint- Exuperi, Doyen de l'Eglifede
Paris , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint Denis , Ordre de Saint Auguftin , Dioceſe
de Rheims , eft mort en cette Ville le premier Fé- ·
vrier , âgé de cinquante- cinq ans.
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Résumé : MORTS.
En janvier 1758, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Louis-Hector, Comte de Gelas, est décédé à Touloufe le 28 décembre à 83 ans. Messire N. de la Borffiere, Abbé Commendataire de l'Abbaye royale de Longway, est mort à Kimper le 14 janvier à 62 ans. Messire Baillard, ancien Instituteur des Enfants de France et Doyen de Sorbonne, est décédé à Paris le 22 janvier à 84 ans. Le même jour, Messire Palerne, Abbé de la Case-Dieu, est mort à Auch à 61 ans. Messire de Cotte, Chanoine de l'Église de Paris et Abbé des Abbayes de Lonlay et de Saint-Severin, est décédé à Paris le 24 janvier à 40 ans. Le 25 janvier, Damoiselle Alexandrille-Victoire Pajot-du-Roulle, âgée de 19 ans, fille de Christophe Pajot, est morte à Lille de la petite-vérole. Messire N. de Saint-Pierre, Archidiacre de Rouen, est mort à Rouen le 30 janvier. Messire N. de Saint-Exupéry, Doyen de l'Église de Paris, est décédé à Paris le 1er février à 55 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 201-204
Le 17 Février.
Début :
Promotion d'Officiers Généraux. Lieutenant Général. M. le Comte dé Monteynard. [...]
Mots clefs :
Officiers, Lieutenant général, Maréchal de camp, Chevalier, Comte, Marquis, Baron, Garde du corps, Gendarmes, Cavaliers, Dragons, Vicomte, Garde, Artillerie, Infanterie, Mousquetaire, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le 17 Février.
Le 17 Février.
PROMOTION D'OFFICIERS GÉNÉRAUX.
LIEUTENANT GÉNÉRAL.
M. le Comte dé Monteynard.
MARÉCHAUX DE CAMP.
GARDES FRANÇOISES . MM. de Viſé & de Voifenon.
GARDES SUISSES. MM. Settiez , & le Baron de
Travers
LV
202 MERCURE DE FRANCE.
INFANTERIE . MM. le Chevalier de la Marck ,
le Baron de Tunderfeld , de Culaques , le Comte
de Rouffiac , de Courbuiffon , le Marquis de Fenelon
, le Comte d'Hamilton , le Comte de Bethune
, de la Morliere , le Baron du Blaiſel , le
Marquis de Gouy , le Marquis de Mailly , le
Comte de Choiſeul- Beaupré , de Bergerer, Gayon,
de Bruflard , le Marquis de Baffompiere, le Prince
de Robecq , le Marquis de Lemps & de Châtillon,
ARTILLERIE . M. Guyol de Guiran. ,
GÉNIE. MM. de Bourcet , & Filley.
MAISON DU ROI.
GARDES DU CORPS DE S. M. MM. le Chevalier
de S. Sauveur , le Marquis de Sesmaiſons
de Vareilles & de Champignelles.
GENDARMES BE LA GARDE . MM. le Vicomte
de Ségur & Filtz de Coffe.
CHEVAUX-LÉGERS DE LA GARDE . M. Channe
de Vezanne.
MOUSQUETAIRES. M. le Marquis de la Cheze.
GENDARMERIE. MM. le Marquis de Bacqueville
, de Folleville , de Lefperoux , le Comte de
Montecler.
CAVALERIE. MM. de la Refie , de Moulins ,
'd'Obenheim , de Cormainville , Marquis de Soye
court , de Saluces , de la Rochefoucauld - Langhac,
leComte de Galiffet , le Marquevilly , le Comte
de Vienne , le Marquis de la Viefville , le Comte
de Biffy , le Comte de Grammont , le Comte
d'Elpiés.
DRAGONS . M. le Chevalier de Mezieres , le
Marquis d'Amenzaga.
ÉTAT MAJOR.
FANTERIE. MM. le Vicomte de Sebourg , le
Marquis de Lugeac , le Marquis de Cornillon.
12
>
1
AVRIL. 1759 . 203
BRIGADIERS..
GARDES FRANÇOISES . MM. le Marquis de Bou
ville , le Chevalier de Champignelle , le Comte
d'Auteroche , le Comte de Lautrec .
GARDES SUISSES . MM . Gabriel - Joſeph Reynold
, & Etienne Caftellas .
INFANTERIE. MM. le Marquis de S. Herem ,
le Chevalier d'Ally , le Marquis de Contades , le
Comte de Caftellanne , le Chevalier de Chabrian,
de la Trefne , Warten , le Marquis de Montpouillan
, Mylord Ogilry , le Marquis de Vaubecourt
, Rofcomon , le Baron de Zuchmantel , le
Comte de Beaujeu , le Comte de Brienne le
Comte d'Efparbès , le Marquis de Peruffe d'Efcars
, le Baron de Rey , le Chevalier de Valence,
le Marquis de Juigné, Jenner , de Bulow , & du
Boufquet.
ARTILLERIE. M. Belidor.
›
GÉNIE. MM . du Portal , Chevalier , & Lambert.
MAISON DU ROI.
GARDES DU CORPS de S. M. MM. de Florishac,
de Cherifey , le Marquis de la Billarderie, de Caf
fini , de Morioles , le Chevalier d'Amfreville.
CHEVAUX-LÉGERS DE LA GARDE . M. le Marquis
d'Efquelbec.
MOUSQUETAIRES. M. de Bulſtrode .
GRENADIERS A CHEVAL . M. de Bonnaire.
GENDARMERIE . MM. le Vicomte de Sabran ,
le Comte d'Efclignac , de Boufflers , de Clermont-
Montaifon , le Marquis de Cruffol d'Amboife , le
Comte de Valentinois.
CAVALERIE. MM. Louis Rheingraff , le Prince
de Holſtein-Beck , le Baron de Stralenheim , le
Chevalier de Marcien , le Marquis de Montier ,
Comte de Poly , de S. André , de Pradel, Prince
d'Anhalt , le Chevalier de Nanclas , Nordmann ,
de la Roque , de Monciel )
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DRAGONS. MM. de la Badie , de la Porterie,
le Marquis de Montchenu.
ÉTAT MAJOR.
INFANTERIE. MM . Micault, Dongermain , le
Chevalier de Longaunay , le Chevalier de Chabor.
CAVALERIE, MM. de Valogny , de S. Sauveur ,
de Vault , le Marquis de Fumel.
DISPOSITION DES RÉGIMENTS.
INFANTERIE. La Reine , le Marquis de Cruffol
d'Amboife ; Limofin , le Comte de Miran ; Provence
, le Marquis de Grave ; Lorraine, le Comte
d'Aubigny ; Angoumois , le Chevalier de Blangy ;
Brie , le Marquis de Coiflin ; Royal - Barrois , le .
Marquis de Langeron.
CAVALERIE. Royal , le Marquis de Serrant .;
la Reine , le Sieur de Tourny ; Dauphin Etranger
, le Marquis de Vibraye ; Bourgogne , le
Comte de Coffé ; Grammont , le Marquis de
Balincourt ; la Viefville , le Marquis de Ste Aldegonde
; la Rochefoucauld , le Marquis de Sargeres
; Saluces , le Marquis de Seyfiel.
GRENADIERS -ROYAUX . Bergeret , le Vicomte
de Nardonne , Châtillon , le Marquis de Longannay
; Bruflart , le fieur le Camus.
Le Roi ayant jugé à propos d'employer en
qualité de Brigadier, en Baffe-Normandie le Comte
de Goyon , Brigadier , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment du Colonel- Genéral des Dragons
, S. M. a difpofé de la Charge de Mestre
de Camp- Lieutenant de ce Régiment , en faveur
du Chevalier de Caraman , Major du Régiment
de Dragons de ce nom .
Le Roi a difpofé auffi du Régiment vacant par
la démiſſion du Marquis de S. Jal , en faveur du
Comte de Vogué , Capitaine réformé dans le Régiment
de Cavalerie d'Aquitaine.
PROMOTION D'OFFICIERS GÉNÉRAUX.
LIEUTENANT GÉNÉRAL.
M. le Comte dé Monteynard.
MARÉCHAUX DE CAMP.
GARDES FRANÇOISES . MM. de Viſé & de Voifenon.
GARDES SUISSES. MM. Settiez , & le Baron de
Travers
LV
202 MERCURE DE FRANCE.
INFANTERIE . MM. le Chevalier de la Marck ,
le Baron de Tunderfeld , de Culaques , le Comte
de Rouffiac , de Courbuiffon , le Marquis de Fenelon
, le Comte d'Hamilton , le Comte de Bethune
, de la Morliere , le Baron du Blaiſel , le
Marquis de Gouy , le Marquis de Mailly , le
Comte de Choiſeul- Beaupré , de Bergerer, Gayon,
de Bruflard , le Marquis de Baffompiere, le Prince
de Robecq , le Marquis de Lemps & de Châtillon,
ARTILLERIE . M. Guyol de Guiran. ,
GÉNIE. MM. de Bourcet , & Filley.
MAISON DU ROI.
GARDES DU CORPS DE S. M. MM. le Chevalier
de S. Sauveur , le Marquis de Sesmaiſons
de Vareilles & de Champignelles.
GENDARMES BE LA GARDE . MM. le Vicomte
de Ségur & Filtz de Coffe.
CHEVAUX-LÉGERS DE LA GARDE . M. Channe
de Vezanne.
MOUSQUETAIRES. M. le Marquis de la Cheze.
GENDARMERIE. MM. le Marquis de Bacqueville
, de Folleville , de Lefperoux , le Comte de
Montecler.
CAVALERIE. MM. de la Refie , de Moulins ,
'd'Obenheim , de Cormainville , Marquis de Soye
court , de Saluces , de la Rochefoucauld - Langhac,
leComte de Galiffet , le Marquevilly , le Comte
de Vienne , le Marquis de la Viefville , le Comte
de Biffy , le Comte de Grammont , le Comte
d'Elpiés.
DRAGONS . M. le Chevalier de Mezieres , le
Marquis d'Amenzaga.
ÉTAT MAJOR.
FANTERIE. MM. le Vicomte de Sebourg , le
Marquis de Lugeac , le Marquis de Cornillon.
12
>
1
AVRIL. 1759 . 203
BRIGADIERS..
GARDES FRANÇOISES . MM. le Marquis de Bou
ville , le Chevalier de Champignelle , le Comte
d'Auteroche , le Comte de Lautrec .
GARDES SUISSES . MM . Gabriel - Joſeph Reynold
, & Etienne Caftellas .
INFANTERIE. MM. le Marquis de S. Herem ,
le Chevalier d'Ally , le Marquis de Contades , le
Comte de Caftellanne , le Chevalier de Chabrian,
de la Trefne , Warten , le Marquis de Montpouillan
, Mylord Ogilry , le Marquis de Vaubecourt
, Rofcomon , le Baron de Zuchmantel , le
Comte de Beaujeu , le Comte de Brienne le
Comte d'Efparbès , le Marquis de Peruffe d'Efcars
, le Baron de Rey , le Chevalier de Valence,
le Marquis de Juigné, Jenner , de Bulow , & du
Boufquet.
ARTILLERIE. M. Belidor.
›
GÉNIE. MM . du Portal , Chevalier , & Lambert.
MAISON DU ROI.
GARDES DU CORPS de S. M. MM. de Florishac,
de Cherifey , le Marquis de la Billarderie, de Caf
fini , de Morioles , le Chevalier d'Amfreville.
CHEVAUX-LÉGERS DE LA GARDE . M. le Marquis
d'Efquelbec.
MOUSQUETAIRES. M. de Bulſtrode .
GRENADIERS A CHEVAL . M. de Bonnaire.
GENDARMERIE . MM. le Vicomte de Sabran ,
le Comte d'Efclignac , de Boufflers , de Clermont-
Montaifon , le Marquis de Cruffol d'Amboife , le
Comte de Valentinois.
CAVALERIE. MM. Louis Rheingraff , le Prince
de Holſtein-Beck , le Baron de Stralenheim , le
Chevalier de Marcien , le Marquis de Montier ,
Comte de Poly , de S. André , de Pradel, Prince
d'Anhalt , le Chevalier de Nanclas , Nordmann ,
de la Roque , de Monciel )
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DRAGONS. MM. de la Badie , de la Porterie,
le Marquis de Montchenu.
ÉTAT MAJOR.
INFANTERIE. MM . Micault, Dongermain , le
Chevalier de Longaunay , le Chevalier de Chabor.
CAVALERIE, MM. de Valogny , de S. Sauveur ,
de Vault , le Marquis de Fumel.
DISPOSITION DES RÉGIMENTS.
INFANTERIE. La Reine , le Marquis de Cruffol
d'Amboife ; Limofin , le Comte de Miran ; Provence
, le Marquis de Grave ; Lorraine, le Comte
d'Aubigny ; Angoumois , le Chevalier de Blangy ;
Brie , le Marquis de Coiflin ; Royal - Barrois , le .
Marquis de Langeron.
CAVALERIE. Royal , le Marquis de Serrant .;
la Reine , le Sieur de Tourny ; Dauphin Etranger
, le Marquis de Vibraye ; Bourgogne , le
Comte de Coffé ; Grammont , le Marquis de
Balincourt ; la Viefville , le Marquis de Ste Aldegonde
; la Rochefoucauld , le Marquis de Sargeres
; Saluces , le Marquis de Seyfiel.
GRENADIERS -ROYAUX . Bergeret , le Vicomte
de Nardonne , Châtillon , le Marquis de Longannay
; Bruflart , le fieur le Camus.
Le Roi ayant jugé à propos d'employer en
qualité de Brigadier, en Baffe-Normandie le Comte
de Goyon , Brigadier , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment du Colonel- Genéral des Dragons
, S. M. a difpofé de la Charge de Mestre
de Camp- Lieutenant de ce Régiment , en faveur
du Chevalier de Caraman , Major du Régiment
de Dragons de ce nom .
Le Roi a difpofé auffi du Régiment vacant par
la démiſſion du Marquis de S. Jal , en faveur du
Comte de Vogué , Capitaine réformé dans le Régiment
de Cavalerie d'Aquitaine.
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Résumé : Le 17 Février.
En février et avril 1759, plusieurs promotions d'officiers généraux ont été effectuées. En février, le Comte de Monteynard a été promu lieutenant général. Parmi les maréchaux de camp, MM. de Visé et de Voifenon ont été promus pour les Gardes Françaises, tandis que MM. Settiez et le Baron de Travers l'ont été pour les Gardes Suisses. L'infanterie a vu la promotion de nombreux officiers, dont le Chevalier de la Marck, le Comte de Rouffiac et le Marquis de Fenelon. L'artillerie et le génie ont également enregistré des promotions, comme M. Guyol de Guiran et MM. de Bourcet et Filley. La maison du roi et la cavalerie ont également connu des promotions, incluant MM. le Chevalier de S. Sauveur et le Marquis de Bacqueville. En avril 1759, de nouvelles promotions ont été annoncées. Parmi les brigadiers, MM. le Marquis de Bouville et le Chevalier de Champignelle ont été promus pour les Gardes Françaises, et MM. Gabriel-Joseph Reynold et Étienne Caftellas pour les Gardes Suisses. L'infanterie a vu la promotion de MM. le Marquis de S. Herem et le Comte de Beaujeu. L'artillerie et le génie ont également enregistré des promotions, comme M. Belidor et MM. du Portal et Chevalier. La maison du roi et la cavalerie ont également connu des promotions, incluant MM. de Florishac et le Marquis d'Efquelbec. Le document mentionne également la disposition des régiments d'infanterie et de cavalerie, avec des noms de régiments et leurs commandants respectifs. Par exemple, le régiment de la Reine est commandé par le Marquis de Cruffol d'Amboife, et le régiment Royal par le Marquis de Serrant. Le roi a également disposé de certaines charges, comme celle de Mestre de Camp-Lieutenant du Régiment des Dragons, en faveur du Chevalier de Caraman, et a attribué le régiment vacant du Marquis de S. Jal au Comte de Vogué.
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13
p. 209-211
De Versailles le 22 Février.
Début :
Le Baron de Beckers, Ministre d'État & de Conférence, Ministre Plénipotentiaire de l'Electeur [...]
Mots clefs :
Baron, Ministre d'État, Roi, Nominations, Marquis, Abbaye, Ordre, Marquis, Régiment, Infanterie, Vicomte, Grade, Québec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles le 22 Février.
DE VERSAILLES le 22 Février.
Le Baron de Beckers , Miniftre d'État & de
Conférence , Miniftre Plénipotentaire de l'Electeur
Palatin , eut le 11 une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa Majesté
fes Lettres de Créance.
Le 17 , le Roi a tenu fur les Fonds de Baptême ,
avec la Marquife de Pompadour , Dame du Palais
de la Reine, le Fils du Vicomte de Bouville ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , Capitaine de Vaiffeau du Roi . Le Baptême
a été fait à la Paroiffe de Notre-Dame. Sa Majesté
a été repréſenté par le Duc de Duras , Pair
de France , & premier Gentilhomme de la
Chambre.
Le 18 , le Roi a nommé Miniftre d'État le
Maréchal Prince de Soubife qui a pris en cette
qualité féance au Confeil de Sa Majesté.
Le Marquis de Chabannes , Sous- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaire de la
Garde , ayant obtenu du Roi la permiffion defe
démettre de cet emploi , Sa Majeflé a accordé la
Cornette vacante par cette démiffion , au Marquis
de Varennes- Nagu , Capitaine dans le Régiment
du Roi , Infanterie .
Le Roi a donné l'Abbaye de l'Eau , Ordre de
Citeaux , Diocèſe de Chartres , à la Dame de
Vauldrey , Abbeffe de Beauvoir.
L'Abbaye de Beauvoir , Ordre de Citeaux
Diocèle de Bourges , à la Dame Joly de Fleury ,
Religieufe du Monaftere de Foilly , Diocèfe de
Troyes.
Et l'Abbaye d'Effey , Ordre de S. Auguſtin ,
Diocèle de Sées , à la Dame de Beauville ; Religieufe
à l'Abbaye de Bonlieu , Diocèſe du Mans.
Du premier Mars.
Le 24 du mois dernier le Roi tint le Sceau
pour la quarante- cinquième fois.
210 MERCURE DE FRANCE:
Sa Majefté a difpofé du Régiment de Berry ;
Infanterie , vacant par la démiffion du Marquis
de Contades , en faveur du fieur Hugues , Capitaine
dans le Régiment du Roi , Infanterie ; de
celui de la Ferre , Infanterie , vacant par la promotion
du Marquis de Fenelon au grade de Maréchal
de Camp , en faveur du Marquis de Beaumont
, Ayde-Major- Général de l'Infanterie de
l'Armée ; de celui de Beauvoifis , Ipfanterie , vacant
par la promotion du Marquis de Lugeac
au grade de Maréchal de Camp , en faveur da
Chevalier de Clugny, Capitaine dans ce Régiment.
Le Roi a nommé Guidons de Gendarmerie ,
les fieurs Comte de Mornay de Monchevreuil ,
Colbert de Preffigny, Marquis de la Haye, Comte
de Chabannois , Comte de Flavacourt , Marquis
de Roquefort , Vicomte de la Riviere , & de Manneville.
Le Roi a accordé au Comte de Barbazan , Sénéchal
& Gouverneur de Bigore , le Commandement
de cette Province.
Du 8 .
Le 24. du mois dernier , les fieurs de Saint-
Germain , de Ballette , & de Boignorel , reçus
ci-devant Chevaliers de minorité dans les Ordrés
Royaux Militaires & Hofpitaliers de Notre- Damedu
Mont Carmel & dé Saint Lazare de Jérufalem
, furent admis dans l'appartement de Monfeigneur
le Duc de Berry ; & immédiatement
après la meſſe à faire leur profeffion , & à prononcer
leurs voeux entre les mains du Comte de
Saint- Florentin , Gérent & Adminiftrateur de ces
Ordres. Le Comte de Comminges fut enfuite reçu
Chevalier des mêmes Ordres. Le fieur Dorat de
Chameule prêta le même jour ferment en qualité
de Survivancier du fieur Dorat fon pere , dans
la Charge de Greffier & Secrétaire Général de
ces Ordres.
AVRIL. 1759. 211
Le fieur de Boullongne s'étant démis de la place
de Contrôleur Général des Finances. Sa Majesté
à nommé le fieur de Silhouette pour le remplacer.
Le fieur de Kergarfon , Enfeigne de Vaiffeau ,
Commandant la Corvette du Roi la Sardoine
qui revient de la Martinique & de S. Domingue
d'où il eft parti les Décembre , a rapporté que
ces Colonies étoient alors en bon état.
Le fieur de Bougainville, premier Aide de Camp
du Marquis de Montcalm , Lieutenant- Général ,
Commandant les Troupes Françoiſes en Canada ,
fous les ordres du Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
& Lieutenant- Général de la Colonie , eft
arrivé de Québec pour rendre compte au Roi de
l'état de cette Colonie , & a eu l'honneur de préfenter
à S. M. les plans des forts & la Carte des
lieux qui font le théâtre de la guerre dans ce
pays. Ces plans ont été levés par le fieur de Crevecoeur
, Officier au Régiment de la Sarre , employé
dans le Génie , & qui s'eft fait beaucoup
de réputation par fa bravoure & fes talens . Le
Roi a accordé au fieur de Bougainville une gratification
, le brevet de Colonel , & la Croix de
Saint-Louis. Cet Officier arrivé de Québec au
commencement du mois de Janvier dernier, vient
de repartir pour le Canada.
Le Roi a nominé à l'Evêché d'Agde l'Abbé de
S. Simon de Sandricourt , Vicaire Général de
l'Evêché de Metz .
Sa Majesté a donné P'Abbaye Royale de Conches
, Ordre de S. Benoît , Diocèse d'Evreux ,
fur la démiffion de l'Abbé de S. Simon , à l'ancien
Évêque de Limoges , Précepteur de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne;
Et l'Abbaye de Peffan , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle d'Auch , à l'Abbé de Narbonne de Lara ,
Grand- Vicaire d'Agen.
Le Baron de Beckers , Miniftre d'État & de
Conférence , Miniftre Plénipotentaire de l'Electeur
Palatin , eut le 11 une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa Majesté
fes Lettres de Créance.
Le 17 , le Roi a tenu fur les Fonds de Baptême ,
avec la Marquife de Pompadour , Dame du Palais
de la Reine, le Fils du Vicomte de Bouville ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , Capitaine de Vaiffeau du Roi . Le Baptême
a été fait à la Paroiffe de Notre-Dame. Sa Majesté
a été repréſenté par le Duc de Duras , Pair
de France , & premier Gentilhomme de la
Chambre.
Le 18 , le Roi a nommé Miniftre d'État le
Maréchal Prince de Soubife qui a pris en cette
qualité féance au Confeil de Sa Majesté.
Le Marquis de Chabannes , Sous- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaire de la
Garde , ayant obtenu du Roi la permiffion defe
démettre de cet emploi , Sa Majeflé a accordé la
Cornette vacante par cette démiffion , au Marquis
de Varennes- Nagu , Capitaine dans le Régiment
du Roi , Infanterie .
Le Roi a donné l'Abbaye de l'Eau , Ordre de
Citeaux , Diocèſe de Chartres , à la Dame de
Vauldrey , Abbeffe de Beauvoir.
L'Abbaye de Beauvoir , Ordre de Citeaux
Diocèle de Bourges , à la Dame Joly de Fleury ,
Religieufe du Monaftere de Foilly , Diocèfe de
Troyes.
Et l'Abbaye d'Effey , Ordre de S. Auguſtin ,
Diocèle de Sées , à la Dame de Beauville ; Religieufe
à l'Abbaye de Bonlieu , Diocèſe du Mans.
Du premier Mars.
Le 24 du mois dernier le Roi tint le Sceau
pour la quarante- cinquième fois.
210 MERCURE DE FRANCE:
Sa Majefté a difpofé du Régiment de Berry ;
Infanterie , vacant par la démiffion du Marquis
de Contades , en faveur du fieur Hugues , Capitaine
dans le Régiment du Roi , Infanterie ; de
celui de la Ferre , Infanterie , vacant par la promotion
du Marquis de Fenelon au grade de Maréchal
de Camp , en faveur du Marquis de Beaumont
, Ayde-Major- Général de l'Infanterie de
l'Armée ; de celui de Beauvoifis , Ipfanterie , vacant
par la promotion du Marquis de Lugeac
au grade de Maréchal de Camp , en faveur da
Chevalier de Clugny, Capitaine dans ce Régiment.
Le Roi a nommé Guidons de Gendarmerie ,
les fieurs Comte de Mornay de Monchevreuil ,
Colbert de Preffigny, Marquis de la Haye, Comte
de Chabannois , Comte de Flavacourt , Marquis
de Roquefort , Vicomte de la Riviere , & de Manneville.
Le Roi a accordé au Comte de Barbazan , Sénéchal
& Gouverneur de Bigore , le Commandement
de cette Province.
Du 8 .
Le 24. du mois dernier , les fieurs de Saint-
Germain , de Ballette , & de Boignorel , reçus
ci-devant Chevaliers de minorité dans les Ordrés
Royaux Militaires & Hofpitaliers de Notre- Damedu
Mont Carmel & dé Saint Lazare de Jérufalem
, furent admis dans l'appartement de Monfeigneur
le Duc de Berry ; & immédiatement
après la meſſe à faire leur profeffion , & à prononcer
leurs voeux entre les mains du Comte de
Saint- Florentin , Gérent & Adminiftrateur de ces
Ordres. Le Comte de Comminges fut enfuite reçu
Chevalier des mêmes Ordres. Le fieur Dorat de
Chameule prêta le même jour ferment en qualité
de Survivancier du fieur Dorat fon pere , dans
la Charge de Greffier & Secrétaire Général de
ces Ordres.
AVRIL. 1759. 211
Le fieur de Boullongne s'étant démis de la place
de Contrôleur Général des Finances. Sa Majesté
à nommé le fieur de Silhouette pour le remplacer.
Le fieur de Kergarfon , Enfeigne de Vaiffeau ,
Commandant la Corvette du Roi la Sardoine
qui revient de la Martinique & de S. Domingue
d'où il eft parti les Décembre , a rapporté que
ces Colonies étoient alors en bon état.
Le fieur de Bougainville, premier Aide de Camp
du Marquis de Montcalm , Lieutenant- Général ,
Commandant les Troupes Françoiſes en Canada ,
fous les ordres du Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
& Lieutenant- Général de la Colonie , eft
arrivé de Québec pour rendre compte au Roi de
l'état de cette Colonie , & a eu l'honneur de préfenter
à S. M. les plans des forts & la Carte des
lieux qui font le théâtre de la guerre dans ce
pays. Ces plans ont été levés par le fieur de Crevecoeur
, Officier au Régiment de la Sarre , employé
dans le Génie , & qui s'eft fait beaucoup
de réputation par fa bravoure & fes talens . Le
Roi a accordé au fieur de Bougainville une gratification
, le brevet de Colonel , & la Croix de
Saint-Louis. Cet Officier arrivé de Québec au
commencement du mois de Janvier dernier, vient
de repartir pour le Canada.
Le Roi a nominé à l'Evêché d'Agde l'Abbé de
S. Simon de Sandricourt , Vicaire Général de
l'Evêché de Metz .
Sa Majesté a donné P'Abbaye Royale de Conches
, Ordre de S. Benoît , Diocèse d'Evreux ,
fur la démiffion de l'Abbé de S. Simon , à l'ancien
Évêque de Limoges , Précepteur de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne;
Et l'Abbaye de Peffan , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle d'Auch , à l'Abbé de Narbonne de Lara ,
Grand- Vicaire d'Agen.
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Résumé : De Versailles le 22 Février.
En février, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour. Le 11 février, le Baron de Beckers, Ministre d'État et Ministre Plénipotentiaire de l'Électeur Palatin, a été reçu en audience particulière par le Roi, qui a accepté ses lettres de créance. Le 17 février, le Roi a assisté au baptême du fils du Vicomte de Bouville à la paroisse de Notre-Dame, représenté par le Duc de Duras. Le 18 février, le Roi a nommé le Maréchal Prince de Soubise Ministre d'État. Le Marquis de Chabannes a démissionné de son poste de Sous-Lieutenant des Mousquetaires de la Garde, et sa cornette a été attribuée au Marquis de Varennes-Nagu. Le Roi a également attribué plusieurs abbayes à des religieuses : l'Abbaye de l'Eau à la Dame de Vauldrey, l'Abbaye de Beauvoir à la Dame Joly de Fleury, et l'Abbaye d'Effey à la Dame de Beauville. Le 24 février, le Roi a scellé pour la quarante-cinquième fois. Il a nommé plusieurs officiers dans divers régiments d'infanterie et de cavalerie, et a accordé des commandements provinciaux. Les sieurs de Saint-Germain, de Ballette, et de Boignorel ont été admis dans les Ordres Royaux Militaires et Hospitaliers de Notre-Dame du Mont Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem. Le sieur Dorat de Chameule a prêté serment en tant que survivancier de son père dans la charge de Greffier et Secrétaire Général de ces Ordres. En avril 1759, le sieur de Silhouette a été nommé Contrôleur Général des Finances à la place du sieur de Boullongne. Le sieur de Kergarfon a rapporté que les colonies de la Martinique et de Saint-Domingue étaient en bon état. Le sieur de Bougainville, de retour du Canada, a présenté au Roi des plans de forts et des cartes des lieux de guerre. Il a été récompensé par une gratification, un brevet de Colonel, et la Croix de Saint-Louis. Le Roi a nommé l'Abbé de Saint-Simon de Sandricourt à l'Évêché d'Agde, et a attribué plusieurs abbayes à des ecclésiastiques.
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14
p. 206-207
MARIAGES.
Début :
Marie-Charles de Rohan, Vicomte de Chabot, Capitaine de Cavalerie au Régiment [...]
Mots clefs :
Vicomte, Régiment, Lieutenant général des armées du roi, Bénédiction nuptiale, Contrat de mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
>
Marie- Charles de Rohan , Vicomte de Chabot ,
Capitaine de Cavalerie au Régiment de RoyalJANVIER.
1760 . 207
Etranger , fils de Gui-Augufte de Rohan- Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & de
feue Dame Yvonne - Silvie de Breyl de Rays ,
époufa le 17 Décembre Gyronne Hyacinthe de
Pons , fille de Charles- Philippe de Pons , Lieutenant
-Général des Armées du Roi , & de Dame
Charlotte-Marie l'Allemand de Betz. La bénédiction
nuptiale leur fut donnée à Paris dans la
Chapelle du Cardinal de Gefvres . Leur Contrat
de Mariage avoit été figné le 16 par le Roi , la
Reine , & la Famille Royale.
>
Marie- Charles de Rohan , Vicomte de Chabot ,
Capitaine de Cavalerie au Régiment de RoyalJANVIER.
1760 . 207
Etranger , fils de Gui-Augufte de Rohan- Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & de
feue Dame Yvonne - Silvie de Breyl de Rays ,
époufa le 17 Décembre Gyronne Hyacinthe de
Pons , fille de Charles- Philippe de Pons , Lieutenant
-Général des Armées du Roi , & de Dame
Charlotte-Marie l'Allemand de Betz. La bénédiction
nuptiale leur fut donnée à Paris dans la
Chapelle du Cardinal de Gefvres . Leur Contrat
de Mariage avoit été figné le 16 par le Roi , la
Reine , & la Famille Royale.
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Résumé : MARIAGES.
Le 17 décembre 1760, Marie-Charles de Rohan, Vicomte de Chabot et Capitaine de Cavalerie, a épousé Gyronne Hyacinthe de Pons à Paris. Le contrat de mariage a été signé le 16 décembre par le Roi, la Reine et la Famille Royale. Marie-Charles est le fils de Gui-Auguste de Rohan-Chabot et de Yvonne-Sylvie de Breyl de Rays. Gyronne est la fille de Charles-Philippe de Pons et de Charlotte-Marie l'Allemand de Betz.
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15
p. 214-216
MARIAGES.
Début :
Pierre-Louis, Marquis de Treffort, Capitaine au Régiment de Foix, fils d'Antoine [...]
Mots clefs :
Capitaine, Fils, Comtesse, Fille, Duc, Baron, Chevalier, Bénédiction nuptiale, Contrat de mariage, Famille royale, Lieutenant général des armées du roi, Évêque, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Pierre-Louis , Marquis de Treffort , Capitaine
au Régiment de Foix , fils d'Antoine Philibert ,
Marquis de Grollier ; & de Gabrielle- Claude Colbert
de Villacerf , a époufé le 20 du mois de
Février 1760 , Charlotte - Euſtache Sophie de Fuligny
, Dame , Comtelle de Reauremont , fille
de feu Henry de Fuligny- Damas - Rochechouard ,
Baron d'Aubigny ; & de Dame Marie- Gabrielle
de Pons - Praflin . La bénédiction nuptiale leur a
été donnée au Château d'Agée , près de Dijon ,
par M. l'Abbé de Damas,grand Cuftode & Comte
de Lyon , oncle de ladite Dame.
Louis - Hercule - Timoléon de Coffé , Duc de
Coffé-Briffac , Meftre-de-Camp du Régiment de
Bourgogne , Cavalerie , a époufé , le 28 du mois
dernier, Adélaide-Diane-Hortence- Delie Mancini
de Nevers , feconde fille de Louis - Jules- Barbon .
Mazarini Mancini , Duc de Nivernois , Pair de
France, Grand d'Espagne, Noble Vénitien , Baron
Romain , Chevalier des Ordres du Roi , Brigadier
de ſes Armées , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, & honoraire de celle des Infcriptions &
Belles Lettres , ci-devant Ambaffadeur extraordinaire
auprès du S. Siége ; & d'Hélene - Angélique-
Françoife Phelypeaux de Ponchartrain.La bénédic
tion nuptiale leur a été donnée par l'Archevêque de
Tours , dans la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois.
Leurs Majeftés , & la Famille Royale , avoient
figné leur contrat de Mariage le 23. Le Duc de
Coffé eft fils de Jean - Paul - Timoléon de Collé-
Briffac , Duc de Brillac , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant général de
fes Armées , Gouverneur de Sârlouis , grand Pan
AVRIL. 1760. 215
netier deFrance ; & de Dame Marie-JofepheDurey
de Sauroy.
Achilles-Jofeph Robert , Marquis de Lignerac ,
grand Bailli d'epée , Lieutenant- général , &
Commandant pour le Roi , dans la haute Auvergne
, Capitaine au Régiment de la Ferronaye ,
Dragons, fils defeu Charles- Jofeph Robert, Comte
de Lignerac , Enfeigne des Gendarmes de la Garde
du Roi ; & de Marie - Françoife de Broglie ; a
époulé , le 4 de ce mois , Marie-Odette de Lévi-
Chateau Morand , fille de feu François- Charles
de Lévi- Chateau- Morand, Lieutenant général des .
Armées du Roi , & de la Province de Bourbonnois ;
& de Dame Philiberte Languet de Rochefort . La
bénédiction nuptiale leur a été donnée , dans la
Chapelle de l'Hôtel d'Ambre , par l'Evêque de
Pamiers. Leur Contrat de Mariage avoit été figné
,le 18 du mois dernier , par Leurs Majeftés ,
& par la Famille Royale.
Joachim -Charles Laure de Montagu , Vicomte
de Beaune , Lieutenant général de la Balle- Auvergne
& du pays de Combrailles , Colonel du
Régiment de Bretagne , Infanterie , fils aîné de
feu Joachim Montagu , Marquis de Bouzols ,
Maréchal - de - Camp , Lieutenant général de la
baffe-Auvergne & du pays de Combrailles ; &
de Laure-Anne Filtz-James , Dame du Palais ,
a épousé , le 3 de ce mois , Marie - Hélene - Charlotte
Caillebot de la Salle , fille de Marie- Louis
Caillebot , Marquis de la Salle , Lieutenant-général
des Armées du Roi , Gouverneur & Lieutenant
général de la Haute & Baffe Marche ,
Capitaine Sous-Lieutenant des Gendarmes de la
Garde ; & de feue Dame Marie-Françoife- Charlotte
de Benoife. La bénédiction nuptiale lear
a été donnée, dans la Chapelle de l'Hôtel de
Matignon , par l'Evêque de Soiffons , oncle du
216 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Beaune Leur Contrat de mariage
avoit été figné , le premier de ce mois , par
Leurs Majeftés , & par la Famille Royale .
Pierre-Louis , Marquis de Treffort , Capitaine
au Régiment de Foix , fils d'Antoine Philibert ,
Marquis de Grollier ; & de Gabrielle- Claude Colbert
de Villacerf , a époufé le 20 du mois de
Février 1760 , Charlotte - Euſtache Sophie de Fuligny
, Dame , Comtelle de Reauremont , fille
de feu Henry de Fuligny- Damas - Rochechouard ,
Baron d'Aubigny ; & de Dame Marie- Gabrielle
de Pons - Praflin . La bénédiction nuptiale leur a
été donnée au Château d'Agée , près de Dijon ,
par M. l'Abbé de Damas,grand Cuftode & Comte
de Lyon , oncle de ladite Dame.
Louis - Hercule - Timoléon de Coffé , Duc de
Coffé-Briffac , Meftre-de-Camp du Régiment de
Bourgogne , Cavalerie , a époufé , le 28 du mois
dernier, Adélaide-Diane-Hortence- Delie Mancini
de Nevers , feconde fille de Louis - Jules- Barbon .
Mazarini Mancini , Duc de Nivernois , Pair de
France, Grand d'Espagne, Noble Vénitien , Baron
Romain , Chevalier des Ordres du Roi , Brigadier
de ſes Armées , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, & honoraire de celle des Infcriptions &
Belles Lettres , ci-devant Ambaffadeur extraordinaire
auprès du S. Siége ; & d'Hélene - Angélique-
Françoife Phelypeaux de Ponchartrain.La bénédic
tion nuptiale leur a été donnée par l'Archevêque de
Tours , dans la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois.
Leurs Majeftés , & la Famille Royale , avoient
figné leur contrat de Mariage le 23. Le Duc de
Coffé eft fils de Jean - Paul - Timoléon de Collé-
Briffac , Duc de Brillac , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant général de
fes Armées , Gouverneur de Sârlouis , grand Pan
AVRIL. 1760. 215
netier deFrance ; & de Dame Marie-JofepheDurey
de Sauroy.
Achilles-Jofeph Robert , Marquis de Lignerac ,
grand Bailli d'epée , Lieutenant- général , &
Commandant pour le Roi , dans la haute Auvergne
, Capitaine au Régiment de la Ferronaye ,
Dragons, fils defeu Charles- Jofeph Robert, Comte
de Lignerac , Enfeigne des Gendarmes de la Garde
du Roi ; & de Marie - Françoife de Broglie ; a
époulé , le 4 de ce mois , Marie-Odette de Lévi-
Chateau Morand , fille de feu François- Charles
de Lévi- Chateau- Morand, Lieutenant général des .
Armées du Roi , & de la Province de Bourbonnois ;
& de Dame Philiberte Languet de Rochefort . La
bénédiction nuptiale leur a été donnée , dans la
Chapelle de l'Hôtel d'Ambre , par l'Evêque de
Pamiers. Leur Contrat de Mariage avoit été figné
,le 18 du mois dernier , par Leurs Majeftés ,
& par la Famille Royale.
Joachim -Charles Laure de Montagu , Vicomte
de Beaune , Lieutenant général de la Balle- Auvergne
& du pays de Combrailles , Colonel du
Régiment de Bretagne , Infanterie , fils aîné de
feu Joachim Montagu , Marquis de Bouzols ,
Maréchal - de - Camp , Lieutenant général de la
baffe-Auvergne & du pays de Combrailles ; &
de Laure-Anne Filtz-James , Dame du Palais ,
a épousé , le 3 de ce mois , Marie - Hélene - Charlotte
Caillebot de la Salle , fille de Marie- Louis
Caillebot , Marquis de la Salle , Lieutenant-général
des Armées du Roi , Gouverneur & Lieutenant
général de la Haute & Baffe Marche ,
Capitaine Sous-Lieutenant des Gendarmes de la
Garde ; & de feue Dame Marie-Françoife- Charlotte
de Benoife. La bénédiction nuptiale lear
a été donnée, dans la Chapelle de l'Hôtel de
Matignon , par l'Evêque de Soiffons , oncle du
216 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Beaune Leur Contrat de mariage
avoit été figné , le premier de ce mois , par
Leurs Majeftés , & par la Famille Royale .
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Résumé : MARIAGES.
En 1760, plusieurs mariages notables ont eu lieu. Le 20 février, Pierre-Louis, Marquis de Treffort, a épousé Charlotte-Eustache Sophie de Fuligny, Dame et Comtesse de Reauremont, au Château d'Agée près de Dijon. Le 28 janvier, Louis-Hercule-Timoléon de Coffé, Duc de Coffé-Brissac, a épousé Adélaide-Diane-Hortense-Délie Mancini de Nevers à la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois. Le 4 avril, Achilles-Joseph Robert, Marquis de Lignerac, a épousé Marie-Odette de Lévi-Château Morand dans la Chapelle de l'Hôtel d'Ambre. Le 3 avril, Joachim-Charles Laure de Montagu, Vicomte de Beaune, a épousé Marie-Hélène-Charlotte Caillebot de la Salle dans la Chapelle de l'Hôtel de Matignon. Les contrats de mariage de ces unions ont été signés par Leurs Majestés et la Famille Royale.
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16
p. 174-176
MORTS.
Début :
Louis de Talaru, Marquis de Chalmasel, Comte de Chamarande, Chevalier des Ordres du [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Brigadier, Conseiller d'État, Lieutenant, Décès, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Louis de Talaru , Marquis de Chalmafel
Comte de Chamarande , Chevalier des Ordres
du Roi , Brigadier de fes Armées , Gouverneur
des Villes & Châteaux de Phalsbourg & SareJUILLET.
1763 . 175
bourg , Confeiller d'Etat , premier Maître d'Hotel
de la Reine , eft mort à Versailles le 31
Mars , âgé de quatre-vingt- deux ans.
Nicolas Léon Philippes , Lieutenant Général
des Armées du Roi & Gouverneur de Maubeuge
, eft mort le 26 Mars âgé de quatre -vingtun
an.
François Louis Comte de Danois , Lieutenant
Général & Gouverneur de Condé , eft mort le
27 , âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Les feurs du Villars , ancien Capitaine aux
Gardes- Françoiles & de la Borde de Canablin ,
tous deux Brigadiers des Armées du Roi , font
morts auffi à Paris à la fin du même mois.
Jean - Louis Aléxandre d'Alface , Comte de
Hennien Liérard , eft mort à Paris , dans la
feizième année de ſon âge.
Armand-Elifabeth de Froullay de Teffé , Comte
de Froullay , Guidon de Gendarmerie , eft
mort à Paris le 11 Mars , âgé de vingt - cinq
ans .
Charles-Jean de Monneville , Chevalier non-
Profès de l'Ordre de Malte , eft mort au Châreau
de Theuville en Normandie , le 28 Mars
âgé de vingt- neuf ans . Son Frère aîné ayant été
tué à la bataille de Minden , il laiffe pour fon
unique héritiere la Marquile de Colbert Maulevrier
, fa Soeur , Coufine Germaine de la Ducheffe
de Mortemart .
Marie Geneviève- Louiſe Gauthier de Chiffreville
, veuve de Charles Obrien , Lord Comte
de Thomond , Vicomte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur du Neuf- Brifac , &
Commandant pour Sa Majefté en Languedoc ,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
eft morte à Paris le 6 Avril , âgée de vingt-fix
ans.
Louis -Alexandre- Xavier le Sénéchal , Marquis
de Carcado , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , eft mort le 8 Avril , au Château de Carcado,
âge de cinquante & un ans.
Anne-Marie d'Arzens - de- Bruet , veuve de Clement-
Jofeph de Groffolles , Comte de Flamarens,
Colonel d'Infanterie , eft morte dans fon Château
de Buzet en Guyenne le 30 Mars , âgée de
foixante & un ans.
Louis Marquis de Melun , Comte de Nogentle
Roi , eft mort fans pofterité à Paris le 29 Avril
1763 , âgé de foixante ans ; il étoit neveu de Louis
Marquis de Melun-Maupertuis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , Grand-Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Gouverneur
de la Ville , Province & Comté de Toul en Lor-
1aine , & Commandant de la premiere Compagnie
des Moufqueraires de la garde du Roi , L'an
& l'autre de la branche cadette de la maiſon de
Melun , dite de la Borde- le-Vicomte , dont il ne
refte plus depuis l'extinction de la branche aînée
arrivée par le décès de Louis- Gabriel Vicomte de
Melun , dernier Prince d'Epinai le 21 Août 1739,
que deux mâles actuellement fans alliance qui
font Adam , Joachim , Marie, Vicomte de Melun
& Alof Claude Marie Comte de Melun
fon frère cadet , tous deux Seigneurs de Brumets
& coufins du Marquis de Melun , qui les a fait
par fon teftament héritiers de tous les biens par
fubftitutions .
Louis de Talaru , Marquis de Chalmafel
Comte de Chamarande , Chevalier des Ordres
du Roi , Brigadier de fes Armées , Gouverneur
des Villes & Châteaux de Phalsbourg & SareJUILLET.
1763 . 175
bourg , Confeiller d'Etat , premier Maître d'Hotel
de la Reine , eft mort à Versailles le 31
Mars , âgé de quatre-vingt- deux ans.
Nicolas Léon Philippes , Lieutenant Général
des Armées du Roi & Gouverneur de Maubeuge
, eft mort le 26 Mars âgé de quatre -vingtun
an.
François Louis Comte de Danois , Lieutenant
Général & Gouverneur de Condé , eft mort le
27 , âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Les feurs du Villars , ancien Capitaine aux
Gardes- Françoiles & de la Borde de Canablin ,
tous deux Brigadiers des Armées du Roi , font
morts auffi à Paris à la fin du même mois.
Jean - Louis Aléxandre d'Alface , Comte de
Hennien Liérard , eft mort à Paris , dans la
feizième année de ſon âge.
Armand-Elifabeth de Froullay de Teffé , Comte
de Froullay , Guidon de Gendarmerie , eft
mort à Paris le 11 Mars , âgé de vingt - cinq
ans .
Charles-Jean de Monneville , Chevalier non-
Profès de l'Ordre de Malte , eft mort au Châreau
de Theuville en Normandie , le 28 Mars
âgé de vingt- neuf ans . Son Frère aîné ayant été
tué à la bataille de Minden , il laiffe pour fon
unique héritiere la Marquile de Colbert Maulevrier
, fa Soeur , Coufine Germaine de la Ducheffe
de Mortemart .
Marie Geneviève- Louiſe Gauthier de Chiffreville
, veuve de Charles Obrien , Lord Comte
de Thomond , Vicomte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur du Neuf- Brifac , &
Commandant pour Sa Majefté en Languedoc ,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
eft morte à Paris le 6 Avril , âgée de vingt-fix
ans.
Louis -Alexandre- Xavier le Sénéchal , Marquis
de Carcado , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , eft mort le 8 Avril , au Château de Carcado,
âge de cinquante & un ans.
Anne-Marie d'Arzens - de- Bruet , veuve de Clement-
Jofeph de Groffolles , Comte de Flamarens,
Colonel d'Infanterie , eft morte dans fon Château
de Buzet en Guyenne le 30 Mars , âgée de
foixante & un ans.
Louis Marquis de Melun , Comte de Nogentle
Roi , eft mort fans pofterité à Paris le 29 Avril
1763 , âgé de foixante ans ; il étoit neveu de Louis
Marquis de Melun-Maupertuis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , Grand-Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Gouverneur
de la Ville , Province & Comté de Toul en Lor-
1aine , & Commandant de la premiere Compagnie
des Moufqueraires de la garde du Roi , L'an
& l'autre de la branche cadette de la maiſon de
Melun , dite de la Borde- le-Vicomte , dont il ne
refte plus depuis l'extinction de la branche aînée
arrivée par le décès de Louis- Gabriel Vicomte de
Melun , dernier Prince d'Epinai le 21 Août 1739,
que deux mâles actuellement fans alliance qui
font Adam , Joachim , Marie, Vicomte de Melun
& Alof Claude Marie Comte de Melun
fon frère cadet , tous deux Seigneurs de Brumets
& coufins du Marquis de Melun , qui les a fait
par fon teftament héritiers de tous les biens par
fubftitutions .
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Résumé : MORTS.
En 1763, plusieurs personnalités françaises de la noblesse et de l'armée sont décédées. Louis de Talaru, Marquis de Chalmafel, Comte de Chamarande, Chevalier des Ordres du Roi, Brigadier des Armées, Gouverneur de Phalsbourg et Sarebourg, Conseiller d'État et premier Maître d'Hôtel de la Reine, est mort à Versailles le 31 mars à 82 ans. Nicolas Léon Philippes, Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur de Maubeuge, est décédé le 26 mars à 81 ans. François Louis Comte de Danois, Lieutenant Général et Gouverneur de Condé, est mort le 27 mars à 84 ans. Les Brigadiers des Armées du Roi, sieurs du Villars et de la Borde de Canablin, sont également décédés à Paris à la fin mars. Jean-Louis Alexandre d'Alface, Comte de Hennien Liérard, est mort à Paris à 15 ans. Armand-Élisabeth de Froullay de Tessé, Comte de Froullay et Guidon de Gendarmerie, est décédé à Paris le 11 mars à 25 ans. Charles-Jean de Monneville, Chevalier de l'Ordre de Malte, est mort au Château de Theuville en Normandie le 28 mars à 29 ans, laissant sa sœur, la Marquise de Colbert Maulevrier, comme unique héritière. Marie Geneviève-Louise Gauthier de Chiffreville, veuve de Charles O'Brien, Lord Comte de Thomond, Maréchal de France, est morte à Paris le 6 avril à 29 ans. Louis-Alexandre-Xavier le Sénéchal, Marquis de Carcado, Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 8 avril au Château de Carcado à 51 ans. Anne-Marie d'Arzens de Bruet, veuve de Clément-Joseph de Groffolles, Comte de Flamarens et Colonel d'Infanterie, est morte dans son Château de Buzet en Guyenne le 30 mars à 61 ans. Louis Marquis de Melun, Comte de Nogent, est mort sans postérité à Paris le 29 avril à 60 ans.
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17
p. 187-188
MORTS.
Début :
Marie-Charlotte Quantin de Riche-Bourg, Epouse d'Antoine Arnauld de la Briffe, [...]
Mots clefs :
Épouse, Décès, Veuve, Marquis, Capitaine, Duc, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Marie Charlotte Quantin de Riche-Bourg
Epouſe d'Antoine Arnauld de la Briffe , premier
Préfident du Parlement de Bretagne , eft morte
à Rennes de 2 Avril.
-
·
Jeanne-Marie Dupleffis Châtillon , Veuve de
Philippe Charles , Comte d'Etampes , Marquis
de la Ferté Imbault , Brigadier des Armées du
Roi , Capitaine des Gardes-du- Corps de feu Son
Alteffe Royale Monfeigneur le Duc d'Orléans ,
Régent du Royaume , eft morte à Paris le 18
du même mois , dans la quatre-vingtième année
de fon âge.
Paul , Comte de Lafcaris Vintimille ,
eft mort
à Aix , dans la foixante- feptiéme année de
fon âge.
Jean-Pierre Verduffen , habile Peintre dans le
genre des Batailles , eft mort à Marſeille , le
31 Mars dernier . Il laiffe une riche collection.
de Tableaux à Avignon , où cet Artiſte faifoit fa
réfidence .
188 MERCURE DE FRANCE.
Marie-Thérèfe -Gilette Loquet de Grandville ,
Maréchal- Duchelle Douarière de Broglie , veuve
de François- Marie , Duc de Broglie , Maréchal
de France , Commandant d'Alface , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Strasbourg , &c , eft
morte en cette Ville le 4 Mai , âgée de foixantedouze
ans.
Charles - Jean - Pierre Barentin , Comte de
Montchal , Brigadier des Armées du Roi , ancien
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandres
, eft mort en Auvergne , le 16 Avril , âgé
de 59 ans.
Marie-Anne de Haraneder , veuve du Vicomte
de Bellunce , & mère du Vicomte de ce nom
Gouverneur de Saint - Domingue , eft morte à
Saint- Jean-Pied- de - Port , dans la foixante - troifiéme
année de fon âge.
Marie Charlotte Quantin de Riche-Bourg
Epouſe d'Antoine Arnauld de la Briffe , premier
Préfident du Parlement de Bretagne , eft morte
à Rennes de 2 Avril.
-
·
Jeanne-Marie Dupleffis Châtillon , Veuve de
Philippe Charles , Comte d'Etampes , Marquis
de la Ferté Imbault , Brigadier des Armées du
Roi , Capitaine des Gardes-du- Corps de feu Son
Alteffe Royale Monfeigneur le Duc d'Orléans ,
Régent du Royaume , eft morte à Paris le 18
du même mois , dans la quatre-vingtième année
de fon âge.
Paul , Comte de Lafcaris Vintimille ,
eft mort
à Aix , dans la foixante- feptiéme année de
fon âge.
Jean-Pierre Verduffen , habile Peintre dans le
genre des Batailles , eft mort à Marſeille , le
31 Mars dernier . Il laiffe une riche collection.
de Tableaux à Avignon , où cet Artiſte faifoit fa
réfidence .
188 MERCURE DE FRANCE.
Marie-Thérèfe -Gilette Loquet de Grandville ,
Maréchal- Duchelle Douarière de Broglie , veuve
de François- Marie , Duc de Broglie , Maréchal
de France , Commandant d'Alface , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Strasbourg , &c , eft
morte en cette Ville le 4 Mai , âgée de foixantedouze
ans.
Charles - Jean - Pierre Barentin , Comte de
Montchal , Brigadier des Armées du Roi , ancien
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandres
, eft mort en Auvergne , le 16 Avril , âgé
de 59 ans.
Marie-Anne de Haraneder , veuve du Vicomte
de Bellunce , & mère du Vicomte de ce nom
Gouverneur de Saint - Domingue , eft morte à
Saint- Jean-Pied- de - Port , dans la foixante - troifiéme
année de fon âge.
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Résumé : MORTS.
Le texte énumère plusieurs décès survenus en avril et au début du mois de mai. Marie Charlotte Quantin de Riche-Bourg, épouse d'Antoine Arnauld de la Briffe, premier président du Parlement de Bretagne, est décédée à Rennes le 2 avril. Jeanne-Marie Dupleffis Châtillon, veuve du Comte d'Etampes, est morte à Paris le 18 avril à l'âge de quatre-vingts ans. Paul, Comte de Lafcaris Vintimille, est décédé à Aix à l'âge de soixante-sept ans. Jean-Pierre Verduffen, peintre de scènes de bataille, est mort à Marseille le 31 mars, laissant une collection de tableaux à Avignon. Marie-Thérèse-Gilette Loquet de Grandville, veuve du Duc de Broglie, est décédée à Strasbourg le 4 mai à l'âge de soixante-douze ans. Charles-Jean-Pierre Barentin, Comte de Montchal et ancien capitaine des Gendarmes de Flandres, est mort en Auvergne le 16 avril à l'âge de cinquante-neuf ans. Marie-Anne de Haraneder, veuve du Vicomte de Bellunce et mère du gouverneur de Saint-Domingue, est décédée à Saint-Jean-Pied-de-Port à l'âge de soixante-trois ans.
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18
p. 198-206
MORTS.
Début :
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante de l'Académie Françoise, [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Académicien, Veuve, Comte, Décès, Duc, Marquis, Fille, Mariage, Maison de Maulde, Baron, Chambellan, Seigneurs, Maison du Plessis-Chastillon, Lieutenant général, Vicomte, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
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Résumé : MORTS.
Le document présente une liste de décès survenus en 1763, accompagnée de détails biographiques sur les défunts. Jean-Pierre de Bougainville, membre de l'Académie Française et ancien secrétaire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, est décédé au château de Loches le 22 juin à l'âge de 41 ans. François-Éléonor Comte d'Andlau, lieutenant-général des armées du Roi et directeur du Corps de la Noblesse de la Basse Alsace, est mort à Strasbourg le 24 juin à 52 ans. Marie-Magdeleine de Saint-Remy, veuve de Guy-Antoine de Saint-Simon, Marquis de Courtomer, est décédée le 26 juin à 62 ans dans son château de la Motte-Fouquet en Basse-Normandie. Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil de Montalet, veuve de Joachim-Jacques de la Chétardie et de Ferdinand-Auguste Solars, Comte de Monasterol, est morte récemment à Paris. Louise-Marie de Saint-Quintin de Bler, épouse de César-Pierre Thibault de la Brosse, Marquis de Verteillac, est décédée le 6 juillet. Marie-Louise Magdeleine de Beauveau, veuve de Pierre-Louis Comte d'Ailly, Marquis de Senecey, est morte à Paris le 11 juillet. Marie de Cuminal, veuve de Malfagueyrar, est décédée à Bergerac en Périgord le 23 juin à 101 ans. Emmanuel-Maurice de Lorraine, Duc d'Elbeuf, Pair de France et ancien général de cavalerie, est mort à Paris le 17 juillet à 86 ans. Ursule de Pollet, veuve d'Abraham du Quesne-Mosnier, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, est décédée à Toulon le 6 juillet à 84 ans. Louis-François Comte de Maulde, Marquis de la Buissière, est mort dans son château de la Buissière en Artois le 31 mars. Le document mentionne également des détails sur la famille de Maulde, soulignant la continuité de la branche aînée malgré les décès. Le texte fournit également des informations sur la famille Montalembert et Pierre François-Marie Guignolet de Montalembert. Ce dernier, conseiller honoraire au Parlement de Bretagne, est décédé à Paris le 3 juillet 1763 à l'âge de soixante-sept ans. Il était issu de la maison de Montalembert, originaire du Poitou, près de l'Angoumois. Sa branche familiale s'était établie en Bretagne après que Guillaume de Montalembert épousa en 1467 Françoise de Goulaine, unique héritière de Jean de Goulaine, chevalier et membre d'une des plus anciennes maisons de Bretagne. Le texte mentionne également André de Montalembert, seigneur d'Elé et de Panvillier, chevalier de l'Ordre du Roi et premier gentilhomme de la Chambre des rois François Ier et Henri II. Il fut lieutenant-général et commandant des armées en Écosse, reconnu pour son mérite distingué parmi les hommes illustres de France. Plusieurs sources, dont Moreri, Brantôme, Mézeray, le Père Daniel, Dubouchet et les Annales d'Aquitaine, sont citées pour attester de l'ancienneté et de la renommée de cette maison.
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19
p. 182-184
MORTS.
Début :
Charlotte de Rouvroy-Saint-Simon, Veuve de Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin [...]
Mots clefs :
Veuve, Prince, Comte, Décès, Évêque, Abbé, Conseiller au Parlement, Commandeur, Vicomte
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Charlotte de Rouvroy- Saint- Simon , Veuve de
Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin de Liétard
, Prince de Chimay , Comte de Bollut , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne , Chevalier de
la Toîfon d'or , & Lieutenant Général des Armées
du Roi & de Sa Majefté Catholique , eft morte en
cette Ville le 29 Septembre , dans la foixante- huitiéme
année de fon âge.
Claude-Antoine de Choifeul , Evêque- Comte de
Châlons , cinquiéme Pair Eccléfiaftique de France,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Monſtier- en- Der , Ordre de Saint Benoît , même
Diocèle , eft mort en fon Palais Epifcopal , le deux
Octobre , dans la foixante-fixième année de ſon
âge.
JANVIER . 1764. 183
Jean-Antoine Gros de Belair , Abbé Régulier
de Chancellade Ordre de Saint Anguftin , Dio+
cèle de Périgueux , & Supérieur Général de la
Congrégation des Chanoines Réguliers du nom
de fon Abbaye , y eft mort , dans les premiers
jours d'Octobre , dans la quatre - vingt- quatriéme
année de fon àge.
"
Louife- Barbe Berthon de Crillon , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Villiers , Ordre de Cîteaux
Diocèfe de Sens , eft morte dans la foixante- feptiéme
année de fon âge. Elle étoit Abbefle de
cette Maiſon depuis plus de quarante ans , & étoit
foeur du feu Archevêque de Narbonne du même
nom .
N. le Febvre de Mégrigny , Confeiller- Clerc au
Parlement , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint George-des-Bois Ordre de S. Auguftin ,
Diocèſe du Mans , & Chanoine de l'Eglife de Paris ,
eft mort en cette Ville , le 17 Octobre , âgé de
quarante- deux ans .
Frere Anne Hillarion Dupleffis - Châtillon de
Nonant , Religieux Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Maupas & de Soiffons , eft mort ici le 17 Octobre
, âgé de foixante- quatorze ans.
Catherine de Menou , Prieure du Prieuré Perpétuel
de Notre- Dame de la Bourdillière , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Tours , eft morte le 12
Octobre , dans la quatre-vingt- troifiéme année
de fon âge. Elle étoit la troifiéme Supérieure de
cette Maiſon fondée en 1662 par Louis de Menou
de Boullai . dont la foeur & la fille ont été fucceffivement
les deux premières Supérieures . Celle
dont on annonce aujourd'hui la mort, étoit petitefille
du Fondateur.
On a appris , par des Lettres de Saint-Doming
184 MERCURE DE FRANCE .
gue , que le Vicomte de Bellunce , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur Généraľ
de cette Ifle , y étoit mort le 4 Août dernier.
Charlotte de Rouvroy- Saint- Simon , Veuve de
Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin de Liétard
, Prince de Chimay , Comte de Bollut , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne , Chevalier de
la Toîfon d'or , & Lieutenant Général des Armées
du Roi & de Sa Majefté Catholique , eft morte en
cette Ville le 29 Septembre , dans la foixante- huitiéme
année de fon âge.
Claude-Antoine de Choifeul , Evêque- Comte de
Châlons , cinquiéme Pair Eccléfiaftique de France,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Monſtier- en- Der , Ordre de Saint Benoît , même
Diocèle , eft mort en fon Palais Epifcopal , le deux
Octobre , dans la foixante-fixième année de ſon
âge.
JANVIER . 1764. 183
Jean-Antoine Gros de Belair , Abbé Régulier
de Chancellade Ordre de Saint Anguftin , Dio+
cèle de Périgueux , & Supérieur Général de la
Congrégation des Chanoines Réguliers du nom
de fon Abbaye , y eft mort , dans les premiers
jours d'Octobre , dans la quatre - vingt- quatriéme
année de fon àge.
"
Louife- Barbe Berthon de Crillon , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Villiers , Ordre de Cîteaux
Diocèfe de Sens , eft morte dans la foixante- feptiéme
année de fon âge. Elle étoit Abbefle de
cette Maiſon depuis plus de quarante ans , & étoit
foeur du feu Archevêque de Narbonne du même
nom .
N. le Febvre de Mégrigny , Confeiller- Clerc au
Parlement , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint George-des-Bois Ordre de S. Auguftin ,
Diocèſe du Mans , & Chanoine de l'Eglife de Paris ,
eft mort en cette Ville , le 17 Octobre , âgé de
quarante- deux ans .
Frere Anne Hillarion Dupleffis - Châtillon de
Nonant , Religieux Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Maupas & de Soiffons , eft mort ici le 17 Octobre
, âgé de foixante- quatorze ans.
Catherine de Menou , Prieure du Prieuré Perpétuel
de Notre- Dame de la Bourdillière , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Tours , eft morte le 12
Octobre , dans la quatre-vingt- troifiéme année
de fon âge. Elle étoit la troifiéme Supérieure de
cette Maiſon fondée en 1662 par Louis de Menou
de Boullai . dont la foeur & la fille ont été fucceffivement
les deux premières Supérieures . Celle
dont on annonce aujourd'hui la mort, étoit petitefille
du Fondateur.
On a appris , par des Lettres de Saint-Doming
184 MERCURE DE FRANCE .
gue , que le Vicomte de Bellunce , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur Généraľ
de cette Ifle , y étoit mort le 4 Août dernier.
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Résumé : MORTS.
En 1764, plusieurs personnalités notables sont décédées. Charlotte de Rouvroy-Saint-Simon, veuve du Prince de Chimay, est morte le 29 septembre à 68 ans. Claude-Antoine de Choiseul, Évêque-Comte de Châlons, est décédé le 2 octobre à 66 ans. Jean-Antoine Gros de Belair, Abbé de Chancellade, est mort dans les premiers jours d'octobre à 84 ans. Louise-Barbe Berthon de Crillon, Abbesse de l'Abbaye Royale de Villiers, est décédée à 67 ans après plus de quarante ans de service. Nicolas Le Febvre de Mégrigny, Conseiller-Clerc au Parlement, est mort le 17 octobre à 42 ans. Frère Anne Hillarion Duplessis-Châtillon de Nonant, membre de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé le 17 octobre à 64 ans. Catherine de Menou, Prieure du Prieuré Perpétuel de Notre-Dame de la Bourdillière, est morte le 12 octobre à 83 ans. Enfin, le Vicomte de Bellunce, Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur Général de Saint-Domingue, est décédé le 4 août.
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20
p. 206-210
MARIAGES.
Début :
Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie, & premier [...]
Mots clefs :
Capitaine de cavalerie, Vicomte, Demoiselle, Bénédiction nuptiale, Marquis, Gouverneur, Comte, Maison de Cabalby, Mariage, Famille, Décès, Héritiers, Charles d'Espagne, Fêtes, Décorations, Lumières, Magistrat
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
M A R I A G E S.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
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Résumé : MARIAGES.
Le texte relate le mariage de Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie et premier Baron né des États de la Vicomté de Nebouzan, avec Demoiselle Claire-Charlotte de Cabalby. La cérémonie s'est déroulée la nuit du 27 au 28 décembre dans la Chapelle Épiscopale de M. l'Évêque de Couzerans à Saint-Lézier. Le contrat de mariage a été honoré par la présence du Maréchal Duc de Richelieu et de la principale noblesse de la province. Henri-Bernard est le fils unique de feu Joseph-André, Marquis d'Espagne, Gouverneur pour le Roi de la Vicomté de Nebouzan, et de Dame Françoise de la Maison d'Orbessan. Claire-Charlotte est la fille et héritière d'Octavien de Cabalby, Baron d'Esplas, Gouverneur de la Ville et Vallée de Seix, et de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Espagne descend en ligne directe de Léon d'Espagne, Prince du Sang Royal de Léon, portant pour armes le Lion de gueule au champ d'argent, Comte de Paillas et Vicomte de Couzerans. La lignée inclut plusieurs générations de seigneurs de Montespan, Comtes de Paillas et Vicomtes de Couzerans, avec des alliances notables telles que les Maisons de Foix, de Gramont, et de Vellere. La famille d'Espagne a également produit plusieurs membres distingués dans les armées et l'Église, avec des alliances avec des Maisons illustres comme Noailles, Puysegur, et Gondrin. Le texte mentionne également le mariage du Comte de Fresnay, Capitaine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Escalopier, fille de M. l'Escalopier, Intendant de Tours. Cette cérémonie a eu lieu le 1er mars dans l'Église de Saint-Hilaire à Tours. La fête en leur honneur a réuni des personnes distinguées de la noblesse, de la robe et du commerce, avec une table de cent cinquante couverts et un bal masqué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 157
De VIENNE, le 5 Mai 1764.
Début :
Le Vicomte de Choiseul, chargé de complimenter le Roi des Romains [...]
Mots clefs :
Vicomte, Roi des Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 5 Mai 1764.
DeVIENNE , le 5 Mai 1764.
Le Vicomte de Choiſeul , chargé de compli
menter le Roi des Romains de la part du Roi de
France , eft arrivé ici le 2 de ce mois .
Le Vicomte de Choiſeul , chargé de compli
menter le Roi des Romains de la part du Roi de
France , eft arrivé ici le 2 de ce mois .
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22
p. 168-170
De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
Début :
Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Chevalier, Colonie, Commandant, Contrat de mariage, Ambassadeur, Ouvrage, Professeur, Capitaines, Lieutenant, Marquis, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
De VERSAILLES , le 3.Octobre 1764.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
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Résumé : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
En octobre 1764, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de Versailles. Le 3 octobre, le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, arriva de Lunéville et repartit le même jour. Le 9 octobre, le chevalier Turgot et le sieur de Béhague prirent congé pour se rendre à Rochefort avant d'embarquer pour Cayenne. En novembre, la comtesse de Bercheny fut présentée au roi pour remplacer la marquise de Soulanges auprès de Mesdames. Le duc de Villars devint gouverneur de Provence. Le 30 novembre, le contrat de mariage du marquis de Rochechouart fut signé. Le sieur de Saint-Priest fut présenté comme conseiller d'État et intendant de Languedoc. Le comte et la comtesse de Guerchy prirent congé pour retourner à Londres. Le sieur de Fleury présenta un ouvrage sur la réforme de l'éducation. Le roi nomma plusieurs lieutenants-généraux des armées navales et rendit des ordonnances sur l'avancement et l'uniforme des officiers de la marine. Le marquis de Laubepin succéda au marquis de Vareille comme lieutenant des gardes du corps, et le sieur de Bonfol obtint le bâton d'exempt.
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