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1
p. 146-147
Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 17. de ce mois, jour de la Feste de S. Antoine, [...]
Mots clefs :
Saint-Antoine, Fête, Église, Chanoines, Auditoire, Abbé Fléchier, Solitude, Sermon
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texteReconnaissance textuelle : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le Mercredy 17. de ce mois,
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
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Résumé : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le 17 du mois, jour de la fête de Saint Antoine, l'abbé Fléchier a prononcé l'éloge de Saint Antoine à l'église des Religieux de Saint Antoine. Son discours a été acclamé pour sa piété, sa force et son éloquence. La cérémonie a également inclus de la musique appréciée par l'auditoire parisien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 273-278
Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui remplit avec tant d'application & d'exactitude tous les [...]
Mots clefs :
Roi, Grandeur, Carême, Piété, Chrétien, Offices, Cène, Toucher des malades, Sermon, Piété, Prédicateurs, Monseigneur le Dauphin, Messe, Musique, Famille royale, Dévotion, Cour, Hôpital général
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texteReconnaissance textuelle : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Le Roy qui remplit avec
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
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Résumé : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Durant la dernière semaine de Carême, le roi a accompli ses devoirs religieux avec dévotion et rigueur. Il a participé à tous les offices prescrits par l'Église, incluant la communion et la visite des malades. Le jeudi saint, il a écouté un sermon du Père Tiberge, directeur des Missions Étrangères, suivi de l'absoute prononcée par le cardinal de Bouillon. Le roi a ensuite lavé les pieds de douze pauvres en présence du Dauphin, de plusieurs princes et de neuf seigneurs de la cour. Le vendredi saint, le roi, le Dauphin et la Dauphine ont assisté à la grand-messe et à la procession du Saint-Sacrement. Le lendemain, après ses dévotions, le roi a touché un grand nombre de malades. Le jour de Pâques, il a manifesté sa piété par des donations charitables, notamment dix mille écus à l'Hôpital Général.
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3
p. 378-380
Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point encore parlé d'un Sermon extraordinaire [...]
Mots clefs :
Sermon, Pèlerins, Messe, Enfants, Abbé, Assemblée, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Je ne vous ay point encore parlé
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
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Résumé : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Le texte relate un sermon annuel exceptionnel organisé par la confrérie des Pèlerins de Jérusalem, qui se déroule le dimanche de Quasimodo à l'église des Cordeliers. Cet événement comprend une grande messe chantée en grec, suivie d'un sermon également en grec, prononcé par un jeune écolier distingué pour ses progrès académiques. Parmi les précédents orateurs figurent Messieurs de Lamogion et Talon. Cette année, l'abbé Barentin, fils de Monsieur Barentin, Premier Président du Grand Conseil, a été choisi. Son sermon a été salué pour sa grâce et ses talents oratoires. Une nombreuse assemblée de personnes de marque était présente et en a été charmée. De plus, le fils aîné de Monsieur de Barentin, âgé de quatorze ans, a brillamment répondu lors de sa première année de philosophie au Collège d'Harcourt, illustrant ainsi les qualités exceptionnelles de la famille.
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4
p. 42-50
Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. du mois passé, jour de la Presentation de la Vierge, [...]
Mots clefs :
Présentation de la Vierge, Sermon, Abbé, Archevêque, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21. du mois paffé , jour
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1685, Madame, une noble de haut rang, se rendit anonymement au monastère de Port-Royal pour assister à un sermon de l'abbé Faydit. Ce dernier insista sur l'importance de la paix et de la concorde au sein des communautés religieuses, qualifiant le manque d'union de poison mortel. Il cita Tertullien pour illustrer comment la discorde peut rendre inefficaces les sacrifices et les vertus des religieuses. L'abbé Faydit mit également en garde contre les tentatives du démon de semer la division. L'abbé Faydit exprima ensuite sa confiance en Madame, reconnaissant ses qualités de douceur, de modération et de prudence, qui la distinguent parmi les abbesses. Il compara son influence bénéfique au monastère à celle de l'archevêque de Paris, qui avait réussi à apaiser les divisions dans l'Église de Paris, comparables aux problèmes rencontrés par l'apôtre Paul à Corinthe. Grâce à la sagesse de Madame, les disputes au monastère avaient pris fin, permettant à la communauté de vivre dans l'unité et la sainteté, en imitant les vertus de la Vierge Marie.
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5
p. 212-214
A Mr L'EVESQUE COMTE D'AGEN.
Début :
Vous sçavez, Madame, avec quel succès Mr l'Evêque d'Agen / Aprés avoir charmé des Courtisans sans nombre, [...]
Mots clefs :
Saint-Cyr, Vertu, Jeunesse, Sermon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr L'EVESQUE COMTE D'AGEN.
Vous sçavez, Madame
avec quel succésMrl'Evêque
d'Agen prêcha l'Avent dernier
à Versailles. Ilalla aussi
prêcher à Saint-Cyr, & c'est
sur ce Sermon que Mademoiselle
deScudery a fait le
Madrigal que vous allez lire.
A Mr L'EVESQUE
COMTE D'AGEN. APrés avoir charme des Cou,..
tifans [ant nombre,
ht luuche f1ortementles1 plus ambitieux
3 Vousallez,^ à Saint-Cyr
,
aefell deliceux,
Où ton voit la vertssans nuage &
sans ombre,
Telle quelledefceni des Cieux. 1
Dans tant de jeunescoeur;,voflr.,
vive éloquence
Pa fixer pour toujours lamour dî
t'innocence.
Comme un contre-foifan des injustes,
desirs,
Et des appastrompentsdes frivoles
plaisirs.
Que vous [erez^furptis de voir cette
jfeuneffe,
Sans le secours des ans, avoir tant
de (agefte,
Et remplir dignement les foins &
les souhaits
De cette Hero'ine Chrefltenne,
Quipar ce beaudejjein a fïgnalcr
la ifenne>
Et dont CiHuflrt nom ne périra
jamais.
avec quel succésMrl'Evêque
d'Agen prêcha l'Avent dernier
à Versailles. Ilalla aussi
prêcher à Saint-Cyr, & c'est
sur ce Sermon que Mademoiselle
deScudery a fait le
Madrigal que vous allez lire.
A Mr L'EVESQUE
COMTE D'AGEN. APrés avoir charme des Cou,..
tifans [ant nombre,
ht luuche f1ortementles1 plus ambitieux
3 Vousallez,^ à Saint-Cyr
,
aefell deliceux,
Où ton voit la vertssans nuage &
sans ombre,
Telle quelledefceni des Cieux. 1
Dans tant de jeunescoeur;,voflr.,
vive éloquence
Pa fixer pour toujours lamour dî
t'innocence.
Comme un contre-foifan des injustes,
desirs,
Et des appastrompentsdes frivoles
plaisirs.
Que vous [erez^furptis de voir cette
jfeuneffe,
Sans le secours des ans, avoir tant
de (agefte,
Et remplir dignement les foins &
les souhaits
De cette Hero'ine Chrefltenne,
Quipar ce beaudejjein a fïgnalcr
la ifenne>
Et dont CiHuflrt nom ne périra
jamais.
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6
p. 118-148
Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance de la matiere ne me permit pas ce mois dernier [...]
Mots clefs :
Duchesse, Roi, Duchesse de Berry, Duc d'Orléans, Cardinal, Aumônier, Abbé, Chapelle, Musique, Sermon, Dauphin, Évêque, Princes, Marquis, Cardinal de Rohan, Prince de Dombes, Dames, Versailles, Cour
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
L'abondance de la matiere
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
Fermer
7
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Fermer
8
p. 286-296
Suplément au Journal de Paris.
Début :
Le Roy, aprés avoir assisté à tout l'Office de Noël, [...]
Mots clefs :
Orateur, Sermon, Abbé, Courtisan, Duchesse, Officiers, Duc d'Orléans, Princesse, Marquis, Hommes, Opéra, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suplément au Journal de Paris.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
Fermer
9
p. 824-825
« Le Dimanche des Rameaux second de ce mois, le Roi accompagné du Duc d'Orleans, du [...] »
Début :
Le Dimanche des Rameaux second de ce mois, le Roi accompagné du Duc d'Orleans, du [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Duc d'Orléans, Sermon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche des Rameaux second de ce mois, le Roi accompagné du Duc d'Orleans, du [...] »
E Dimanche des Rameaux fecond de ce mois,
LEle Roi accompagné du Duc d'Orleans , du
Duc du Maine , du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , fe rendit dans la Chapelle du Château , où
S. M. affifta à la Benediction des Palmes qui fut
faite par l'Abbé Tefnieres , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Mufique , qui en préfenta une
au Roi , S. M. affifta à la Proceffion , & après
l'Evangile , elle adora la Croix . Le Roi entendit
enfuite la Grand' Meffe celebrée par le même
Chapelain , & chantée par la Mufique . La Reine
entendit la même Meffe dans fa Tribune. L'après-
midi , L. M. affifterent à la Prédication de
I'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
chantées par la Mufique.
Le Mercredi Saint , la Reine fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe , &
communia par les mains du Cardinal de Fleury ,
fon grand Aumônier. Le même jour , le Roi &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
l'Office des Tenebres qui fut chanté par la Mufique.
Le 6. jour du Jeudi Saint , le Roi entendit le
Sermon de la Cene du P. Jean François , Capucin
, après quoi l'Evêque de Tulles fit i'Abfoute.
Enfuite le Roi lava les pieds à douze Pauvres , &
S. M. les fervit à table. Le Duc de Bourbon ,
Grand-Maître de la Maifon du Roi , à la tête
des Maîtres d'Hôtel , précedoit le fervice , dont
les
AVRIL. 1730. 823
les plats étoient portés par le Duc d'Orleans , le
Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le Comte de
Touloufe & par les principaux Officiers de S. M.
Après cette Cerémonie , le Roi ſe rendit à la Chapelle
du Château ou S. M. entendit la Grand-
Meffe , & affifta à la Proceffion & aux Vêpres.
La Reine affifta auffi dans fa Tribune à tout
P'Office.
. L'après-midi , la Reine entendit le Sermon de
la Çene de l'Abbé de Rozai , Chanoine de Soiffons
; le Cardinal de Fleury , Grand Aumônier
de la Reine , ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les
pieds à douze pauvres filles , & les fervit à table.
Le Marquis de Villacerf , Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , à là tête des autres Maîtres d'Hôtel
de S. M. précedoit le fervice , dont les plats.
étoient portés par Mademoifelle de Clermont ,
Mademoiſelle de la Roche-fur-Yon , par les Da
mes du Palais de S. M. & par d'autres Dames de
la Cour, Après cette Cerémonie , le Roi & la
Reme entendirent dans la Chapelle du Château
l'Office desTenebres qui fut chanté par laMufique.
LEle Roi accompagné du Duc d'Orleans , du
Duc du Maine , du Prince de Dombes & du Comte
d'Eu , fe rendit dans la Chapelle du Château , où
S. M. affifta à la Benediction des Palmes qui fut
faite par l'Abbé Tefnieres , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Mufique , qui en préfenta une
au Roi , S. M. affifta à la Proceffion , & après
l'Evangile , elle adora la Croix . Le Roi entendit
enfuite la Grand' Meffe celebrée par le même
Chapelain , & chantée par la Mufique . La Reine
entendit la même Meffe dans fa Tribune. L'après-
midi , L. M. affifterent à la Prédication de
I'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
chantées par la Mufique.
Le Mercredi Saint , la Reine fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe , &
communia par les mains du Cardinal de Fleury ,
fon grand Aumônier. Le même jour , le Roi &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
l'Office des Tenebres qui fut chanté par la Mufique.
Le 6. jour du Jeudi Saint , le Roi entendit le
Sermon de la Cene du P. Jean François , Capucin
, après quoi l'Evêque de Tulles fit i'Abfoute.
Enfuite le Roi lava les pieds à douze Pauvres , &
S. M. les fervit à table. Le Duc de Bourbon ,
Grand-Maître de la Maifon du Roi , à la tête
des Maîtres d'Hôtel , précedoit le fervice , dont
les
AVRIL. 1730. 823
les plats étoient portés par le Duc d'Orleans , le
Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le Comte de
Touloufe & par les principaux Officiers de S. M.
Après cette Cerémonie , le Roi ſe rendit à la Chapelle
du Château ou S. M. entendit la Grand-
Meffe , & affifta à la Proceffion & aux Vêpres.
La Reine affifta auffi dans fa Tribune à tout
P'Office.
. L'après-midi , la Reine entendit le Sermon de
la Çene de l'Abbé de Rozai , Chanoine de Soiffons
; le Cardinal de Fleury , Grand Aumônier
de la Reine , ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les
pieds à douze pauvres filles , & les fervit à table.
Le Marquis de Villacerf , Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , à là tête des autres Maîtres d'Hôtel
de S. M. précedoit le fervice , dont les plats.
étoient portés par Mademoifelle de Clermont ,
Mademoiſelle de la Roche-fur-Yon , par les Da
mes du Palais de S. M. & par d'autres Dames de
la Cour, Après cette Cerémonie , le Roi & la
Reme entendirent dans la Chapelle du Château
l'Office desTenebres qui fut chanté par laMufique.
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Résumé : « Le Dimanche des Rameaux second de ce mois, le Roi accompagné du Duc d'Orleans, du [...] »
Le dimanche des Rameaux, le Roi, accompagné de membres de la famille royale, se rendit à la chapelle du château pour la bénédiction des palmes par l'abbé Tefnieres. Il participa à la procession et à la grand-messe, tandis que la Reine écouta la messe depuis sa tribune. L'après-midi, ils assistèrent à la prédication de l'évêque de Cisteron et aux vêpres. Le mercredi saint, la Reine communia à l'église paroissiale par les mains du cardinal de Fleury. Le Roi et la Reine écoutèrent ensuite l'office des Ténèbres dans la chapelle du château. Le jeudi saint, le Roi écouta le sermon de la Cène du père Jean-François, suivi de l'absoute par l'évêque de Tulle. Il lava les pieds de douze pauvres et les servit à table, assisté par le duc de Bourbon et plusieurs nobles. La Reine écouta le sermon de la Cène de l'abbé de Rozai et lava les pieds de douze pauvres filles, assistée par le marquis de Villacerf et plusieurs dames de la cour. Enfin, le Roi et la Reine écoutèrent l'office des Ténèbres dans la chapelle du château.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 827-831
« Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
Début :
Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Évêque, Église, Messe, Sermon
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texteReconnaissance textuelle : « Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
Le s. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en preſence
du Prévôt dès Marchands & des Echevins , en la
maniere accoûtumée. Le fonds de ce mois s'eſt
I ij trouvé
828 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1447450 livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus, conformement à la Lifte
generale qui en a été rendue publique,
Le Vendredy - Saint 7. de ce mois , le Roy &
la Reine entendirent le Sermon de la Paffion de
l'Evêque de Cifteron; S. M. affifta enfuite à lOffice
, & alla à l'Adoration de la Croix. La Reine
entendit l'Office dans la Tribune. Le foir L. M.
affifterent à l'Office des Tenebres , chanté par la
Mufique.
Le 8. le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit en ceremonie à l'Eglife de
la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe & com
munia par les mains de l'Evêque de Metz , fon
premier Aumônier. Enfuite S. M. toucha un
grand nombre de Malades. Le foir , le Roi & fa
Reine affifterent dans la Chapelle du Château ,
aux Complies & au Salut , pendant lequel l'o
Filii fut chanté par la Mufique.
1
<
Le jour de Pâques , 9 de ce mois , L. M. entendirent
dans la même Chapelle la grande Meſſe
celebrée pontificalement par l'Evêque de Tulles ,
& chantée par la Mufique .
L'après - midi , elles affifterent à la Prédication
de l'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia.
Le Roy a donné au Maréchal du Bourg le
Gouvernement de la Haute & Baffe Alface ; &
celui de la Ville de Strasbourg au Maréchal Duc
de Barwick.
Le 17. dé ce mois , le Roy partit de Verfailles
à 'onze heures du matin , pour aller doucher au
Château de Petit- Bourg , & le lendemain à Fontainebleau
, où S. M. doit demeurer quelque
temps.
Le 10. de ce mois , le Roy prit le deuil pour
AVRIL. 1730. 829
Le 11.
la mort de l'Electrice Douairiere de Baviere.
pendant la Meffe du Roy ; l'Archevêque
de Bordeaux prêta ferment de fidelité entre
les mains de S. M.
Le 16. l'Abbé de Saleon , nommé par le Roy à
l'Evêché d'Agen, fut facré à Paris , dans la Chapelle
de l'Archevêché , par l'Evêque de Xaintes ,
affifté des Evêques de Châlons fur Saone & de
Tarbe.
Le 13. de ce mois , le Roy fit dans la Plaine
des Sablons , la Revue des Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes. S. M. leur fit faire
PExercice , & enfuite les vit défiler.
.
M. Mocenigo , Ambaffadeur de la République
de Venife , arrivé à Paris le 4. de ce mois , alla à
Verfailles le 11. avec M. Zacharie Canal , Ambaffadeur
de la même République, auquel il fuccede
; & il eut audience particuliere du Roy , de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , étant
conduit par M. Hebert , Introducteur des Ambaffadeurs.
: On mande de Lille que l'on y fit le z 1. de ce
mois , daus l'Eglife des RR.PP. Dominicains , les
Obfeques de Benoît XIII . Souverain Pontife &
Religieux Profès du même Ordre , avec beaucoup
de pompe & de magnificence. Le Pere Theodore
Chevalier , Religieux du même Couvent , y prononça
l'Eloge Funebre du deffunt Pape, avec une
éloquence qui lui merita un applaudiffement univerfel.
Le 24. de ce mois , la Reine partit de Verſailles
vers le midi , pour aller coucher au Château de
Petit- Bourg , d'où S. M. fe rendit le lendemain
à Fontainebleau.
Le 1. de ce mois , le Concert Spirituel continua
au Château des Tuilleries , & a été donné
tous les jours , jufques & compris le Dimanche
I iij
de
830 MERCURE DE FRANCE
de Quasimodo. On y a chanté les plus beaux
Motets de feu M. de la Lande , & differens petits
Motets nouveaux , convenables au temps de Pâques
, de la compofition des Sieurs Mouret , le
Maire & du Bouffet , qui ont été très-goutez ;
les Diles Erremans , le Maure & Petitpas y ont
chanté differens Recits , avec applaudiffement.
On a executé auffi plufieurs Concerto fur le Violon
, la Flute & le Hautbois , avec autant de vivacité
que de précifion. Le Concert ne recommencera
que le 18. May , jour de la Fête de
PAfcenfion.
Le 22. Avril & les deux jours fuivans , les
Capucins de la rue S. Honoré , celebrerent avec
grande folemnité , la fête de la Beatification du
bienheureux Fidel de Sigmariny , Religieux de
leur Ordre.
On celebre tous les ans , le jour du Dimanche
de Quasimodo , dans l'Eglife du grand Couvent
des Cordeliers, une Fête que les Chevaliers Voya
geurs Palmiers de l'Archi - Confrairie Royale du
S. Sepulcre , établie dans cette Eglife , rendent
folemnelle par une Proceffion publique d'un
grand nombre de Religieux & de tous les Confreres
portant des Palmes , parmi lefqnels il s'en
trouve quelques- uns qui ont fait le voyage de
Jerufalem. Ils font précedez de Trompettes,Timbales
& Hautbois.
La Meffe fe chante ce jour - là en Grec,& après
l'Evangile on y prêche en la même langue.
A la Proceffion qui fe fit le 16. de ce mois, les
Confreres délivrerent proceffionnellement des
Prifons de cette Ville , 48. prifonniers pour dettes,
qui fe trouverent entre les deux Guichets du
grand Châtelet , & affifterent à la Proceffion depuis
ce lieu jufqu'à l'Eglife du S. Sepulchre ,
rue S. Denis , & delà aux Cordeliers , où ils enrendirent.
AVRIL. 1730. 831
tendirent la Meffe & le Sermon. Du Syndicat de
M. de la Mare, & de l'adminiftration des Sieurs
Breval , Razoir , Dubuy & Harmont.
Ce pieux & charitable établiffement , applaudi
des Magiftrats , fut fait l'année 1727. par les
foins de M. Louis - Policarpe Jarry Marchand
Epicier , Juré Contrôleur de la Marchandiſe de
Foin , ancien Guidon de ladite Confrairie , des
quêtes faites chez les Confreres & Soeurs , & autres
Bienfaiteurs , par les Sieurs Boucher , Salvia,"
le Vaffeur , Tréforier & David le Gros , Notables
Bourgeois , de ladite Confrairie , choifis
par ledit fieur Jarry , Inftituteur de cette bonne
oeuvre & reçu pardevant M. le Lieutenant Civil.
Le nombre des Prifonniers ne fut la premiere
année que de fix ; en 1728. de 15. en 1729. de
14. & à la délivrance des Captifs des RR. PP.de
la Merci , accompagnans la Proceſſion,en ont délivré
fix , des deniers de leur charité.
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en preſence
du Prévôt dès Marchands & des Echevins , en la
maniere accoûtumée. Le fonds de ce mois s'eſt
I ij trouvé
828 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1447450 livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus, conformement à la Lifte
generale qui en a été rendue publique,
Le Vendredy - Saint 7. de ce mois , le Roy &
la Reine entendirent le Sermon de la Paffion de
l'Evêque de Cifteron; S. M. affifta enfuite à lOffice
, & alla à l'Adoration de la Croix. La Reine
entendit l'Office dans la Tribune. Le foir L. M.
affifterent à l'Office des Tenebres , chanté par la
Mufique.
Le 8. le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit en ceremonie à l'Eglife de
la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe & com
munia par les mains de l'Evêque de Metz , fon
premier Aumônier. Enfuite S. M. toucha un
grand nombre de Malades. Le foir , le Roi & fa
Reine affifterent dans la Chapelle du Château ,
aux Complies & au Salut , pendant lequel l'o
Filii fut chanté par la Mufique.
1
<
Le jour de Pâques , 9 de ce mois , L. M. entendirent
dans la même Chapelle la grande Meſſe
celebrée pontificalement par l'Evêque de Tulles ,
& chantée par la Mufique .
L'après - midi , elles affifterent à la Prédication
de l'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia.
Le Roy a donné au Maréchal du Bourg le
Gouvernement de la Haute & Baffe Alface ; &
celui de la Ville de Strasbourg au Maréchal Duc
de Barwick.
Le 17. dé ce mois , le Roy partit de Verfailles
à 'onze heures du matin , pour aller doucher au
Château de Petit- Bourg , & le lendemain à Fontainebleau
, où S. M. doit demeurer quelque
temps.
Le 10. de ce mois , le Roy prit le deuil pour
AVRIL. 1730. 829
Le 11.
la mort de l'Electrice Douairiere de Baviere.
pendant la Meffe du Roy ; l'Archevêque
de Bordeaux prêta ferment de fidelité entre
les mains de S. M.
Le 16. l'Abbé de Saleon , nommé par le Roy à
l'Evêché d'Agen, fut facré à Paris , dans la Chapelle
de l'Archevêché , par l'Evêque de Xaintes ,
affifté des Evêques de Châlons fur Saone & de
Tarbe.
Le 13. de ce mois , le Roy fit dans la Plaine
des Sablons , la Revue des Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes. S. M. leur fit faire
PExercice , & enfuite les vit défiler.
.
M. Mocenigo , Ambaffadeur de la République
de Venife , arrivé à Paris le 4. de ce mois , alla à
Verfailles le 11. avec M. Zacharie Canal , Ambaffadeur
de la même République, auquel il fuccede
; & il eut audience particuliere du Roy , de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , étant
conduit par M. Hebert , Introducteur des Ambaffadeurs.
: On mande de Lille que l'on y fit le z 1. de ce
mois , daus l'Eglife des RR.PP. Dominicains , les
Obfeques de Benoît XIII . Souverain Pontife &
Religieux Profès du même Ordre , avec beaucoup
de pompe & de magnificence. Le Pere Theodore
Chevalier , Religieux du même Couvent , y prononça
l'Eloge Funebre du deffunt Pape, avec une
éloquence qui lui merita un applaudiffement univerfel.
Le 24. de ce mois , la Reine partit de Verſailles
vers le midi , pour aller coucher au Château de
Petit- Bourg , d'où S. M. fe rendit le lendemain
à Fontainebleau.
Le 1. de ce mois , le Concert Spirituel continua
au Château des Tuilleries , & a été donné
tous les jours , jufques & compris le Dimanche
I iij
de
830 MERCURE DE FRANCE
de Quasimodo. On y a chanté les plus beaux
Motets de feu M. de la Lande , & differens petits
Motets nouveaux , convenables au temps de Pâques
, de la compofition des Sieurs Mouret , le
Maire & du Bouffet , qui ont été très-goutez ;
les Diles Erremans , le Maure & Petitpas y ont
chanté differens Recits , avec applaudiffement.
On a executé auffi plufieurs Concerto fur le Violon
, la Flute & le Hautbois , avec autant de vivacité
que de précifion. Le Concert ne recommencera
que le 18. May , jour de la Fête de
PAfcenfion.
Le 22. Avril & les deux jours fuivans , les
Capucins de la rue S. Honoré , celebrerent avec
grande folemnité , la fête de la Beatification du
bienheureux Fidel de Sigmariny , Religieux de
leur Ordre.
On celebre tous les ans , le jour du Dimanche
de Quasimodo , dans l'Eglife du grand Couvent
des Cordeliers, une Fête que les Chevaliers Voya
geurs Palmiers de l'Archi - Confrairie Royale du
S. Sepulcre , établie dans cette Eglife , rendent
folemnelle par une Proceffion publique d'un
grand nombre de Religieux & de tous les Confreres
portant des Palmes , parmi lefqnels il s'en
trouve quelques- uns qui ont fait le voyage de
Jerufalem. Ils font précedez de Trompettes,Timbales
& Hautbois.
La Meffe fe chante ce jour - là en Grec,& après
l'Evangile on y prêche en la même langue.
A la Proceffion qui fe fit le 16. de ce mois, les
Confreres délivrerent proceffionnellement des
Prifons de cette Ville , 48. prifonniers pour dettes,
qui fe trouverent entre les deux Guichets du
grand Châtelet , & affifterent à la Proceffion depuis
ce lieu jufqu'à l'Eglife du S. Sepulchre ,
rue S. Denis , & delà aux Cordeliers , où ils enrendirent.
AVRIL. 1730. 831
tendirent la Meffe & le Sermon. Du Syndicat de
M. de la Mare, & de l'adminiftration des Sieurs
Breval , Razoir , Dubuy & Harmont.
Ce pieux & charitable établiffement , applaudi
des Magiftrats , fut fait l'année 1727. par les
foins de M. Louis - Policarpe Jarry Marchand
Epicier , Juré Contrôleur de la Marchandiſe de
Foin , ancien Guidon de ladite Confrairie , des
quêtes faites chez les Confreres & Soeurs , & autres
Bienfaiteurs , par les Sieurs Boucher , Salvia,"
le Vaffeur , Tréforier & David le Gros , Notables
Bourgeois , de ladite Confrairie , choifis
par ledit fieur Jarry , Inftituteur de cette bonne
oeuvre & reçu pardevant M. le Lieutenant Civil.
Le nombre des Prifonniers ne fut la premiere
année que de fix ; en 1728. de 15. en 1729. de
14. & à la délivrance des Captifs des RR. PP.de
la Merci , accompagnans la Proceſſion,en ont délivré
fix , des deniers de leur charité.
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Résumé : « Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
En avril 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 7 avril, le roi et la reine ont assisté à un sermon sur la Passion, suivi de l'office et de l'adoration de la Croix. Le lendemain, le roi, portant le grand Collier de l'Ordre du Saint-Esprit, a assisté à la messe, communié et touché un grand nombre de malades. Le jour de Pâques, le 9 avril, ils ont entendu la grande messe célébrée par l'évêque de Tulle et ont assisté à une prédication et aux vêpres. La Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée en présence du Prévôt des Marchands et des Échevins, distribuant 1 447 450 livres aux rentiers. Le roi a nommé le Maréchal du Bourg gouverneur de la Haute et Basse Alsace et le Maréchal Duc de Barwick gouverneur de Strasbourg. Le 17 avril, le roi est parti de Versailles pour Fontainebleau. Le 10 avril, il a pris le deuil pour la mort de l'Électrice Douairière de Bavière. Le 16 avril, l'abbé de Saleon a été sacré évêque d'Agen à Paris. Le 13 avril, le roi a passé en revue les régiments des Gardes Françaises et Suisses. L'ambassadeur de la République de Venise, M. Mocenigo, est arrivé à Paris et a été reçu à Versailles. À Lille, les obsèques de Benoît XIII ont été célébrées avec pompe. Le 24 avril, la reine est partie de Versailles pour Fontainebleau. Le Concert Spirituel a continué au Château des Tuileries jusqu'au dimanche de Quasimodo, avec des motets et des concertos appréciés. Les Capucins de la rue Saint-Honoré ont célébré la fête de la béatification du bienheureux Fidèle de Sigmaringen. Le dimanche de Quasimodo, les Chevaliers Voyageurs Palmiers de l'Archi-Confrérie Royale du Saint-Sépulcre ont organisé une procession et une messe en grec. Le 16 avril, 48 prisonniers pour dettes ont été libérés lors d'une procession organisée par la confrérie du Saint-Sépulcre, un établissement créé en 1727 par Louis-Policarpe Jarry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2222-2235
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
Début :
A peine, Monsieur, eûs-je achevé la Lettre que je me suis donné l'honneur [...]
Mots clefs :
Témoignage, Bibliothèque, Flavius Josèphe, Manuscrits, Saint Éphrem, Lettre, Croix, Sermon, Doutes, Chrétiens, Juifs, Jésus-Christ, P. Tournemine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
LETTRE écrite par M.D. L. R. à M.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
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