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Liste
1
p. 132-136
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. du dernier mois, Mr. le Comte de Creange, l'un [...]
Mots clefs :
Comte de Créange, Seigneur, Maladie, Abjuration, Hérésie de Luther, Conversions, Religion prétendue réformée, Évêque, Conseiller du Parlement, Cérémonie, Hérésie de Calvin, Mademoiselle , Prières
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le 7. du dernier mois,
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
En Lorraine, le 7 du dernier mois, le Comte de Creange, un puissant seigneur, abjura l'hérésie de Luther après une grave maladie. Sa conversion fut célébrée, car elle influencerait celle de ses sujets. Deux jours plus tard, Monsieur de Streff, capitaine de cavalerie, quitta également la Réforme et fit abjuration devant l'évêque de Metz, en présence d'un conseiller du Parlement de Metz, à Montigny-lès-Metz. Le 21 du même mois, Mademoiselle d'Iloire, du duché d'Aumale, abjura l'hérésie de Calvin à l'église Saint-Eustache. Quinze jours auparavant, elle avait discuté avec M. Claude, ministre, sans obtenir satisfaction. Mademoiselle Loir, initialement opposée aux conversions, avait elle-même abjuré cinq ans plus tôt.
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2
p. 156-157
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Si j'ay manqué une fois à dire la verité sur un Article [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Religion de Calvin, Cérémonie, Abjuration, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Si j'ay manqué une fois à
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
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3
p. 18-19
Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours apres, c'est à dire, le 27 du mesme mois, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Mademoiselle , Démolition, Temple, Vérités catholiques, Repentir
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Quelques jours apres, c'eft
à dire, le 27. du mefine mois,
Mademoiſelle Paulet , dont
la rechûte a caufé la démolition
du Temple de Mont.
pellier , s'eftant fait inftruire
fond des Veritez Catholi
ques , fit fon Abjuration entre
les mains de M'l'Arche
vefque de Touloufe, en préfence
de M's les Evefques de
Lodeve & de S. Papoul, & de
Mr le Procureur General du
Parlement , qui avoit eſté fa
rs
GALANT. 19
Partie dans le Procés où elle
a eu tant de part. Cette Action
fut faite folemnellement
dans l'Eglife Métropolitaine
de Toulouſe , avec un concoursinconcevable
de monde
, & l'édification de tous
ceux qui pûrent eſtre té--
moins de fon repentir.
à dire, le 27. du mefine mois,
Mademoiſelle Paulet , dont
la rechûte a caufé la démolition
du Temple de Mont.
pellier , s'eftant fait inftruire
fond des Veritez Catholi
ques , fit fon Abjuration entre
les mains de M'l'Arche
vefque de Touloufe, en préfence
de M's les Evefques de
Lodeve & de S. Papoul, & de
Mr le Procureur General du
Parlement , qui avoit eſté fa
rs
GALANT. 19
Partie dans le Procés où elle
a eu tant de part. Cette Action
fut faite folemnellement
dans l'Eglife Métropolitaine
de Toulouſe , avec un concoursinconcevable
de monde
, & l'édification de tous
ceux qui pûrent eſtre té--
moins de fon repentir.
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Résumé : Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Le 27 mai, Mademoiselle Paulet abjura publiquement ses erreurs à Toulouse après sa rechute ayant causé la démolition du Temple de Montpellier. La cérémonie, présidée par l'Archevêque de Toulouse, les Évêques de Lodève et de Saint-Papoul, et le Procureur Général du Parlement, attira une grande foule admirative.
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4
p. 13-15
Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du mesme mois, Mademoiselle Merlat, Fille [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Abjuration, Évêque, Erreurs, Religion chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Sur la fin, dumesme mois,
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
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Résumé : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
À la fin du mois, Madame Merlat, fille de l'ancien maître de Xaintes et veuve de Monsieur d'Aunis, a abjuré à Xaintes. La cérémonie a été supervisée par l'évêque du Plessis-Brienne. Les exhortations de ce dernier et les explications de Monsieur de Bonfonds, conseiller de la ville, ainsi que celles de Monsieur Chard, curé de Médis, ont éclairé Madame Merlat sur ses erreurs religieuses.
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5
p. 143-146
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Aléxis du Buc Théatin, qui continuë à se donner tout [...]
Mots clefs :
Abjurations, Père Alexis, Controverses, Église anglaise, Mademoiselle , Erreurs, Vérités catholiques
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texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Pere Aléxis du Buo-
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Père Aléxis, membre de l'ordre des Théatins, a enregistré trois abjurations au cours du mois. La première a eu lieu dans l'église des Religieuses Angloises, rue de Charenton, Faubourg Saint-Antoine, où Mademoiselle Marie Forêt, âgée de cinquante-cinq ans et épouse de Monsieur Mucet, bourgeois de Paris, a abjuré. Elle a suivi l'exemple de son père, Monsieur Forêt, qui avait refusé de mourir dans la religion où il avait été élevé. La deuxième abjuration s'est déroulée dans l'église des Filles de Sainte-Marie, Faubourg Saint-Germain, impliquant Mademoiselle Fenou, reconnue pour ses belles qualités et issue d'une famille très attachée à sa religion. Informée des erreurs de sa foi, elle a quitté la maison de sa mère pour abjurer, recevant la protection de Sa Majesté. La troisième abjuration a eu lieu dans l'église des Théatins, où Monsieur de Salus, originaire du Pays des Grisons et lieutenant des Gardes Suisses du Roi, a professé les vérités catholiques en présence de plusieurs personnes de qualité.
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6
p. 175-176
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous parler de trois autres Mariages. Il[s] sont de trois [...]
Mots clefs :
Mariages, Monsieur, Conseiller de la cour, Mademoiselle , Épouser, Fille, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
I'ay à vous parler de trois autres
Mariages . Il font de trois
Confeillers de la Cour des Aydes
Le premier eft de Monfieur le
Vieux , qui a époufé Mademoifelle
Chevalier , Fille de Monfieur
Chevalier Receveur Genéral des
Finances à Metz , & Niéce de
Madame Chevalier , donr la Fille
epoufa l'année derniere Monfieur
le Tellier , Confeiller en la
même Cour. Monfieur le Vieux
eft Fils de Monfieur le Vieux ,
Confeiller du Roy & de la Ville
de Paris , Gouverneur des Pages
de la Chambre , fous Monfieur
le Duc de Crequy .
Le fecond de ces Mariages,
eft celuy de Monfieur Hofdies ,
qui a époufé Mademoiſelle de la
Varenne . Il a du merite infiniment
; & feu Monfieur Colbert,
qui s'y connoiffoit , l'honoroit de
fon eftime.
H 4
176 MERCURE
Le troifiéme , eft de Monfieur
Joubert de Godonville . Ila époufe
Mademoiſelle Iffaly , Fille de
Monfieur Iffaly , celebre Avocat,
& qui eft Avocat General de
Monfieur.
Mariages . Il font de trois
Confeillers de la Cour des Aydes
Le premier eft de Monfieur le
Vieux , qui a époufé Mademoifelle
Chevalier , Fille de Monfieur
Chevalier Receveur Genéral des
Finances à Metz , & Niéce de
Madame Chevalier , donr la Fille
epoufa l'année derniere Monfieur
le Tellier , Confeiller en la
même Cour. Monfieur le Vieux
eft Fils de Monfieur le Vieux ,
Confeiller du Roy & de la Ville
de Paris , Gouverneur des Pages
de la Chambre , fous Monfieur
le Duc de Crequy .
Le fecond de ces Mariages,
eft celuy de Monfieur Hofdies ,
qui a époufé Mademoiſelle de la
Varenne . Il a du merite infiniment
; & feu Monfieur Colbert,
qui s'y connoiffoit , l'honoroit de
fon eftime.
H 4
176 MERCURE
Le troifiéme , eft de Monfieur
Joubert de Godonville . Ila époufe
Mademoiſelle Iffaly , Fille de
Monfieur Iffaly , celebre Avocat,
& qui eft Avocat General de
Monfieur.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte évoque trois mariages de conseillers de la Cour des Aides. Monsieur le Vieux a épousé Mademoiselle Chevalier, fille d'un receveur général des Finances. Monsieur Hofdies, apprécié de Colbert, a uni sa vie à Mademoiselle de la Varenne. Enfin, Monsieur Joubert de Godonville a épousé Mademoiselle Issaly, fille d'un avocat célèbre.
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7
p. 225-227
Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui ont trouvé la Vigne Vierge, qui est le vray Mot [...]
Mots clefs :
Énigme, Réponse, Mot, Messieurs, Monsieur Diéreville, Mademoiselle , Sens, Cerise, Vigne vierge
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texteReconnaissance textuelle : Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Ceux qui ont trouvé la Vigne
Vierge , qui eft le vray Mot de la
premiere Enigme du dernier
Imois , font Meffieurs Daffy , Capitaine
dans le premier Bataillon
5 du Regiment de Navarre ; Etienne
, Préfident au Grenier à Sel
de Senlis ; Du Lac , Syndic du
: Boulincourt à Rennes ; Brunet ,
de la Rue du Temple , ce dernier
en Vers ; Mademoifelle Ef
prit , Soeur de Meffieurs Efprit s
& la trifte Alcidiane , de Berry .
Monfieur Diéreville a expliqué
en Vers la Cerife , qui eft le
vray mot de l'autre Enigme. Ila
efté auffi trouvé par Mademoifelle
Morant , Fille de Monfieur
Morant , Maistre des Requeftes ,
âgée de huit ans , & par les deux
Blondes de Poitou .
K s
226 MERCURE
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre Enigme dans leur vray
fens , font мeffieurs Gaudeloup ;
Leger de la Verbiffonne ; De
la Quille , Rue Beaubourg ,
Commiffionaire des Villes de
Liege & de Cologne ; Dela Fave,
de Damas , Rudouf ; De l'Hôpital
, Lieutenant au Grenier à
Sel de Paris ; Ponier , du coin de
S. Jacques de l'Hôpital ; Teftard ;
Defportes ; Baco ; Niares , &
Savin , de la Ruë S. Denis ; l'Abbé
dit de Romieu ; L'Amant de
la jolie Fanchon ; Menau du
Rond Royal futur ; Le Rival du
Charbonnier de Reims ; Piques ,
du Palais ; Mefdemoifelles de la
Rovë , de la Rue S. Denis ; Madelon
Provais , & Rudouf ; LA
blonde Loüifon , de la Rue des
Iuifs , La Femme fans regret i
Les Fameufes de la Ruë S. DeGALANT..
227
#
nis ; La belle Ceinturiere du Carrefour
de la Charbonnerie de
Rennes ; La bonne mere , de la
Rue S lacques. En Vers, Monfieur
La More, Medecin de Pampadour ;
Carrier, de Roüen ; Le P. Colin ,
Religieux Celeftin de Senlis ;
L'Amant endormy du Parloir ;
La charmante Cadete de Rion ,
Marguerite malet , Silvie ; Alcidor
; La petite Affemblée A ; &
La petite Affemblée G , la belle
Nourriture ; ces cinq dernieres
du Havre.
Vierge , qui eft le vray Mot de la
premiere Enigme du dernier
Imois , font Meffieurs Daffy , Capitaine
dans le premier Bataillon
5 du Regiment de Navarre ; Etienne
, Préfident au Grenier à Sel
de Senlis ; Du Lac , Syndic du
: Boulincourt à Rennes ; Brunet ,
de la Rue du Temple , ce dernier
en Vers ; Mademoifelle Ef
prit , Soeur de Meffieurs Efprit s
& la trifte Alcidiane , de Berry .
Monfieur Diéreville a expliqué
en Vers la Cerife , qui eft le
vray mot de l'autre Enigme. Ila
efté auffi trouvé par Mademoifelle
Morant , Fille de Monfieur
Morant , Maistre des Requeftes ,
âgée de huit ans , & par les deux
Blondes de Poitou .
K s
226 MERCURE
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre Enigme dans leur vray
fens , font мeffieurs Gaudeloup ;
Leger de la Verbiffonne ; De
la Quille , Rue Beaubourg ,
Commiffionaire des Villes de
Liege & de Cologne ; Dela Fave,
de Damas , Rudouf ; De l'Hôpital
, Lieutenant au Grenier à
Sel de Paris ; Ponier , du coin de
S. Jacques de l'Hôpital ; Teftard ;
Defportes ; Baco ; Niares , &
Savin , de la Ruë S. Denis ; l'Abbé
dit de Romieu ; L'Amant de
la jolie Fanchon ; Menau du
Rond Royal futur ; Le Rival du
Charbonnier de Reims ; Piques ,
du Palais ; Mefdemoifelles de la
Rovë , de la Rue S. Denis ; Madelon
Provais , & Rudouf ; LA
blonde Loüifon , de la Rue des
Iuifs , La Femme fans regret i
Les Fameufes de la Ruë S. DeGALANT..
227
#
nis ; La belle Ceinturiere du Carrefour
de la Charbonnerie de
Rennes ; La bonne mere , de la
Rue S lacques. En Vers, Monfieur
La More, Medecin de Pampadour ;
Carrier, de Roüen ; Le P. Colin ,
Religieux Celeftin de Senlis ;
L'Amant endormy du Parloir ;
La charmante Cadete de Rion ,
Marguerite malet , Silvie ; Alcidor
; La petite Affemblée A ; &
La petite Affemblée G , la belle
Nourriture ; ces cinq dernieres
du Havre.
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Résumé : Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Le texte énumère des personnes ayant résolu diverses énigmes. Pour la première énigme, dont le mot est 'Vierge', les solveurs sont Meffieurs Daffy, Capitaine dans le premier Bataillon du Régiment de Navarre, Etienne, Président au Grenier à Sel de Senlis, Du Lac, Syndic de Boulincourt à Rennes, Brunet, de la Rue du Temple, et Mademoiselle Esprit, Soeur de Meffieurs Esprit et la triste Alcidiane, de Berry. La deuxième énigme, dont le mot est 'Cerise', a été expliquée par Monfieur Diéreville en vers et également trouvée par Mademoiselle Morant, fille de Monfieur Morant, Maître des Requêtes, âgée de huit ans, ainsi que par les deux Blondes de Poitou. D'autres individus ont expliqué les énigmes dans leur vrai sens, notamment Meffieurs Gaudeloup, Leger de la Verbiffonne, De la Quille, Rue Beaubourg, Commissionnaire des Villes de Liège et de Cologne, Dela Fave, de Damas, Rudouf, De l'Hôpital, Lieutenant au Grenier à Sel de Paris, Ponier, du coin de Saint-Jacques de l'Hôpital, Testaud, Desportes, Baco, Niares, et Savin, de la Rue Saint-Denis, ainsi que l'Abbé dit de Romieu. Parmi les femmes, on trouve Mademoifelles de la Rovë, de la Rue Saint-Denis, Madelon Provais, Rudouf, la blonde Loüifon, de la Rue des Juifs, la Femme sans regret, les Fameuses de la Rue Saint-Denis, la belle Ceinturiere du Carrefour de la Charbonnerie de Rennes, et la bonne mere, de la Rue Saint-Jacques. En vers, les solveurs incluent Monfieur La More, Médecin de Pampadour, Carrier, de Rouen, le P. Colin, Religieux Célestin de Senlis, l'Amant endormi du Parloir, la charmante Cadete de Rion, Marguerite Malet, Sylvie, Alcidor, la petite Assemblée A, la petite Assemblée G, et la belle Nourriture, tous du Havre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 176-177
BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
Début :
Je vous demande en grace, Mr, de me dire ce que c'est que [...]
Mots clefs :
Nièce, Mademoiselle , Colère, Portrait, Sincère, Qualités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
BILLET
DE MADAME DE P ***
A M' P ***
J
E vous demande en grace ,
M' , de me dire ce que c'eſt
que Mademoiſelle de C*** Ma
Niece en eft fi enteſtée , qu'elle
nous en parlé inceffamment, Encore
que je n'aye pas méchante
opinion de fon gouſt , j'aime
mieux m'en rapporter
J'efpere que vous n'en ferez un
Portrait fidelle ; & que Pinterest
que vous avez à luy attirer l'efti
à vous.
du Mercure Galant. 177
me des Gens , ne vous empefche.
ra point d'eftre fincere. Je fçay
qu'elle doit beaucoup à vos foins,
ainfi vous ne ferez point fâché
de me faire un petit détail de fes
bonnes qualitez .
DE MADAME DE P ***
A M' P ***
J
E vous demande en grace ,
M' , de me dire ce que c'eſt
que Mademoiſelle de C*** Ma
Niece en eft fi enteſtée , qu'elle
nous en parlé inceffamment, Encore
que je n'aye pas méchante
opinion de fon gouſt , j'aime
mieux m'en rapporter
J'efpere que vous n'en ferez un
Portrait fidelle ; & que Pinterest
que vous avez à luy attirer l'efti
à vous.
du Mercure Galant. 177
me des Gens , ne vous empefche.
ra point d'eftre fincere. Je fçay
qu'elle doit beaucoup à vos foins,
ainfi vous ne ferez point fâché
de me faire un petit détail de fes
bonnes qualitez .
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Résumé : BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
Madame de P*** sollicite des informations sur Mademoiselle de C***, sa nièce, auprès de M' P***. Elle souhaite un portrait fidèle et objectif des qualités de la jeune fille, reconnaissant les efforts de M' P*** à son égard.
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9
p. 151-160
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous aprendre dans ma Lettre de Janvier, [...]
Mots clefs :
Comte de Vienne, Duc, Fils, Chevalier, Intendant des finances, Mariage, Mademoiselle , Comte de Saint-Chaumont, Fille, Héritière, Conseillers d'État, Marquis, Abbé, Mademoiselle le Prestre, Épouser
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texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs mariages et alliances au sein de l'aristocratie française. M. le Comte de Vienne, frère du Duc de la Vieuville, a épousé Mademoiselle de Saint-Chaumont. Cette dernière est la fille de Henry Mitte de Chevrières et de Charlotte Suzanne de Gramont, sœur du Duc et Maréchal de Gramont. Mademoiselle de Saint-Chaumont est une riche héritière reconnue pour son mérite et sa naissance. La Maison de Mitte Chevrières et Saint-Chaumont, située dans le Lyonnois, a produit des figures notables. Jean Mitte, seigneur de Miolans et de Chevrières, fut le père de Jacques Mitte, lieutenant général au gouvernement du Lyonnois, anobli par le roi Henri IV en 1598. Jacques Mitte épousa Gabrielle de Saint-Chaumont, puis Gabrielle de Guadagne. De son premier mariage, il eut Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur extraordinaire à Rome et chevalier des Ordres du roi en 1619. Melchior Mitte de Miolans eut plusieurs enfants, dont Henry, marquis de Saint-Chaumont et père de Mademoiselle de Saint-Chaumont, récemment mariée. Le texte mentionne également d'autres mariages, comme celui de M. de Saint-Vrain, conseiller à la Cour des Aides, avec Mademoiselle Bourgoin, fille de M. Bourgoin, maître des Comptes. De plus, Mademoiselle le Prestre, fille aînée du Président le Prestre, s'est mariée avec M. Gaignon, comte de Villaines, allié à plusieurs familles illustres du Maine. La famille le Prestre est décrite comme l'une des plus considérables de Paris, avec de nombreuses alliances prestigieuses.
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10
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
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Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
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11
p. 312
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Le Mariage de Mr le Chevalier de Chastillon, avec Mademoiselle [...]
Mots clefs :
Mariage, Chevalier de Chastillon, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Le Mariage de M' le Che
valier de Chaftillon , avec
Mademoiſelle
de Broüilly, fe
fit Mécredy dernier 28. de- ce
mois , mais je ne vous en parleray
que dans ma premiere.
Lettre. Je fuis Voftre , & c.
valier de Chaftillon , avec
Mademoiſelle
de Broüilly, fe
fit Mécredy dernier 28. de- ce
mois , mais je ne vous en parleray
que dans ma premiere.
Lettre. Je fuis Voftre , & c.
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12
p. 103-109
Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Début :
Je vous dis dans ma Lettre du dernier mois, que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Chastillon, Gentilhomme, Chambre, Mariage, Mademoiselle , Gouverneur, Chevalier, Altesse royale, Maison de Chastillon, Illustre, Alliances, Croisades, Couvents, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Je vous dis dans ma Lettre
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre le Marquis de Chastillon, premier Gentilhomme de la Chambre de Monfieur, et Mademoiselle de Broüilly, seconde fille de Messire Antoine de Broüilly, Marquis de Piennes, Gouverneur de la Ville et Citadelle de Pignerol. La cérémonie s'est déroulée dans une chapelle du Palais Royal en présence de Monfieur, du Duc de Chartres et de Mademoiselle. Son Altesse Royale a offert la chemise au marié. La Maison de Chastillon, originaire de Chastillon-sur-Marne, remonte à 1076 et compte près de vingt-cinq branches. Elle a produit de nombreux vaillants chevaliers, prélats, seigneurs, comtes, ducs, princes, souverains, reines et papes. La famille a occupé des charges prestigieuses telles que connétables, grands maîtres, chanceliers, amiraux, et gouverneurs. Elle s'est alliée à la Maison de France à douze reprises et à plusieurs maisons royales européennes. Les membres de cette maison ont participé à des guerres, croisades et voyages en Terre Sainte. Ils ont possédé diverses terres et seigneuries, y compris Antioche, Tamaris, la Bretagne, et la Gueldre. Le texte mentionne également des saints canonisés et des abbayes fondées par cette famille.
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13
p. 147-148
Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay appris depuis peu de mois que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Bethune, Mariage, Mademoiselle , Décès, Fils, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Je vous ay appris depuis
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
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Résumé : Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Le marquis de Béthune, enseigne des gendarmes, a récemment épousé Mademoiselle de Rotelin, sœur du marquis de Rotelin et belle-fille du duc de Navailles. Leur union harmonieuse fut brève : le marquis est décédé à vingt-huit ans. Il était fils de Maximilien Alpin marquis de Béthune et de Catherine de La Porte, et petit-fils de François duc de Béthune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 235-239
Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Miromesnil Maistre des Requestes, President au [...]
Mots clefs :
M. Miromesnil, Président du conseil, Intendant, Mademoiselle , M. de Saint-Martin, Cérémonie, Évêque, Invités, Maison de Miromesnil, Nobles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromeſnil Maiſtre
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
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Résumé : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromesnil, Maître des Requêtes, Président au Grand Conseil et Intendant de la Province de Champagne, provient d'une famille distinguée au Parlement de Rouen et alliée à plusieurs maisons illustres. Il a épousé Mademoiselle Blanche de Bar de Saint Martin, fille de M. de Saint Martin, ancien Président au Présidial de Chalons. Leur mariage a été célébré le 14 du mois par Monseigneur Louis Antoine de Noailles, Pair de France, Évêque et Comte de Châlons, dans la chapelle du château de Sarry, en présence de personnalités notables. La famille de Miromesnil est reconnue pour ses ambassades et autres hautes fonctions. La famille de la mariée est également ancienne et respectée en Champagne. Jean de Bar, ancêtre de la mariée, s'est distingué à la bataille d'Azincourt. La mariée est décrite comme belle, bien faite, spirituelle et cultivée, combinant innocence provinciale et grâce de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 241-245
Mort de Mademoiselle de Goth d'Epernon, [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye déja parlé de quelques Morts, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Décès, Marie Louise de Goth, Fille, Maison de Goth, Marquis, Baron, Succession, Mariage, Alliance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mademoiselle de Goth d'Epernon, [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye déja
parlé de quelques Morts, j'ay
oublié de vous dire que Marie
Louyſe de Goth, eftoit morte
icy le Lundy ſecond de ce
mois , n'eſtant encore que
dans ſa ſeiziéme année . Elle
eftoit Fille deMeffire Jean Baptiſte
de Goth , Duc d'Eper-
Avril 1685. X
242 MERCURE
non , & de Dame Marie d'Eſtampes
de Valencé. M le
Duc d'Epernon de la Maiſon
de Goth en Gascogne , eft
Fils de Mele Marquis de
Roüillac , qui fut envoyé en
Portugal à la mort de Louys
XIII. en qualité d'Ambaſſa
deur Extraordinaire . Ce Marquis
eſtoit Fils du Baron de
Roüillac , & de l'une des quatre
Soeurs du Duc d'Epernon
de la Maiſon de Nogaret,
Colonel de l'Infanterie Fran
çoiſe , & Favory de trois de
nos Roys. Par la mort de
Louys Charles Gaston ,
GALANT. 243
connu ſous le nom de Duc
del Candale , M'le Duc d'Epernon
d'aujourd'huy , du
nom de Goth , a eu droit à la
ſucceſſion de cette Maiſon,
ce qui luy a fait prendre le
nom de Duc d'Epernon,
comme repreſentant fon
Ayeul paternel. Ce Duc de
Candale , mort à Lyon le 28.
Janvier 1658. eſtoit Fils de
Bernard Duc d'Epernon &
de Candale , &c. & de Gabrielle
Angelique , legitimée
de France, Fille naturelle de
Henry IV. & petit Fils de
Jean Louys de la Valette ,A
1
X ij
244 MERCURE
miral de France , & de Mar
guerite de Foix Candale, Fille
unique de Henry de Foix
Cádale & de Marie deMontmorency.
Vous remarquerez
par ce nom de Foix Candale,
quela Maiſon de Cádale étoit
une branche de celle de Foix.
Elle ſe fit par le Mariage de
Jean de Foix I. du nom qui
épouſa Marguerite de Suffolc
, heritiere du Comté de
Candale en Angleterre. Il
laiſſa d'elle entr'autres Enfans,
Jean de Foix Candale II. du
nom , qui prit alliance avec
Catherine de Foix ſa Coufi
GALANT. 245
ne , Fille de Gaſton IV. Comte
de Foix ,& d'Eleonor,Reyne
de Navarre.
parlé de quelques Morts, j'ay
oublié de vous dire que Marie
Louyſe de Goth, eftoit morte
icy le Lundy ſecond de ce
mois , n'eſtant encore que
dans ſa ſeiziéme année . Elle
eftoit Fille deMeffire Jean Baptiſte
de Goth , Duc d'Eper-
Avril 1685. X
242 MERCURE
non , & de Dame Marie d'Eſtampes
de Valencé. M le
Duc d'Epernon de la Maiſon
de Goth en Gascogne , eft
Fils de Mele Marquis de
Roüillac , qui fut envoyé en
Portugal à la mort de Louys
XIII. en qualité d'Ambaſſa
deur Extraordinaire . Ce Marquis
eſtoit Fils du Baron de
Roüillac , & de l'une des quatre
Soeurs du Duc d'Epernon
de la Maiſon de Nogaret,
Colonel de l'Infanterie Fran
çoiſe , & Favory de trois de
nos Roys. Par la mort de
Louys Charles Gaston ,
GALANT. 243
connu ſous le nom de Duc
del Candale , M'le Duc d'Epernon
d'aujourd'huy , du
nom de Goth , a eu droit à la
ſucceſſion de cette Maiſon,
ce qui luy a fait prendre le
nom de Duc d'Epernon,
comme repreſentant fon
Ayeul paternel. Ce Duc de
Candale , mort à Lyon le 28.
Janvier 1658. eſtoit Fils de
Bernard Duc d'Epernon &
de Candale , &c. & de Gabrielle
Angelique , legitimée
de France, Fille naturelle de
Henry IV. & petit Fils de
Jean Louys de la Valette ,A
1
X ij
244 MERCURE
miral de France , & de Mar
guerite de Foix Candale, Fille
unique de Henry de Foix
Cádale & de Marie deMontmorency.
Vous remarquerez
par ce nom de Foix Candale,
quela Maiſon de Cádale étoit
une branche de celle de Foix.
Elle ſe fit par le Mariage de
Jean de Foix I. du nom qui
épouſa Marguerite de Suffolc
, heritiere du Comté de
Candale en Angleterre. Il
laiſſa d'elle entr'autres Enfans,
Jean de Foix Candale II. du
nom , qui prit alliance avec
Catherine de Foix ſa Coufi
GALANT. 245
ne , Fille de Gaſton IV. Comte
de Foix ,& d'Eleonor,Reyne
de Navarre.
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Résumé : Mort de Mademoiselle de Goth d'Epernon, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès et successions au sein de la noblesse française. Marie Louise de Goth, âgée de seize ans, est décédée le 2 avril 1685. Elle était la fille de Jean-Baptiste de Goth, Duc d'Épernon, et de Marie d'Estampes de Valencé. Le Duc d'Épernon actuel, issu de la maison de Goth en Gascogne, est le fils du Marquis de Rouillac, ambassadeur extraordinaire en Portugal après la mort de Louis XIII. Ce Marquis était le fils du Baron de Rouillac et d'une sœur du Duc d'Épernon, colonel de l'infanterie française et favori de trois rois de France. À la mort de Louis Charles Gaston, Duc de Candale, le Duc d'Épernon a hérité de cette succession et adopté le nom de Duc d'Épernon. Le Duc de Candale est décédé à Lyon le 28 janvier 1658. Il était le fils de Bernard Duc d'Épernon et de Candale, et de Gabrielle Angélique, fille naturelle d'Henri IV. Il était aussi petit-fils de Jean Louis de La Valette, amiral de France, et de Marguerite de Foix-Candale, fille unique d'Henri de Foix-Candale et de Marie de Montmorency. La maison de Candale est une branche de la maison de Foix, issue du mariage de Jean de Foix avec Marguerite de Suffolk, héritière du comté de Candale en Angleterre.
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16
p. 286-287
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Vigny, Lieutenant Genéral de l'Artillerie, & Lieutenant [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Colonel, Mademoiselle , Fille aînée, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
M' de Vigny , Lieutenant
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
Genéral de l'Artillerie
•
&
Lieutenant Colonel , commandant
le Regiment des
Fuzeliers Bombardiers du
Roy , époufa fur la fin du
dernier mois Mademoiſelle
Piques , Fille aînée de M' Piques
Confeiller en la Cour
des Aydes , & cy.deva
Réfident pour Sa Majeſté er.
Suéde
lors que la Reyne
GALANT. 287
Chriſtine poffedoit cette
Coronne. M' de Vigny eſt
un Homme fingulier. Je vous
en ay parlé plufieurs fois , &
les Relations des Sieges de
Valenciennes , de Cambray,
& de Luxembourg font fon
éloge. '
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Résumé : Mariage, [titre d'après la table]
Le texte évoque M. de Vigny, Lieutenant Général de l'Artillerie et Lieutenant Colonel commandant le Régiment des Fusiliers Bombardiers du Roy. Il souligne ses mérites lors des sièges de Valenciennes, Cambrai et Luxembourg. Il mentionne aussi le décès de Mademoiselle Piques, fille de M. Piques, Conseiller à la Cour des Aydes et résident en Suède sous la Reine Christine.
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17
p. 327-331
Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Début :
La nuit du Lundy 11. de ce mois au Mardy, M. le Comte de [...]
Mots clefs :
Comte de Médavy, Mademoiselle , Mariage, Cérémonie, Familles, Réjouissances, Beauté, Gouverneur, Gardes, Comtes, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
La nuit du Lundy 1. de ce
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Le 1er du mois, M. le Comte de Médavy a épousé Mademoiselle de Maulevrier Colbert à l'église de Saint Eustache. La cérémonie, dirigée par M. le Coadjuteur de Rouen, a réuni de nombreuses personnalités. Le 12, les mariés se sont rendus à Seaux avec les parents des deux familles, sauf Madame Colbert en raison de son deuil. Ils ont été accueillis par M. le Marquis de Seignelay, qui a offert un souper somptueux à une cinquantaine de personnes. M. le Comte de Médavy est reconnu pour son mérite et est le fils de Pierre Rouxel II, Comte de Grancey, et de Dame Henriette de la Palu. Il est aussi le petit-fils de Jacques Rouxel III, Comte de Grancey et de Médavy, Chevalier des Ordres du Roi, Maréchal de France et Gouverneur de Thionville. Son grand-oncle est l'Archevêque de Rouen. Mademoiselle de Maulevrier Colbert est décrite comme une personne bien faite, de belle taille et spirituelle. Elle est la fille de M. le Comte de Maulevrier Colbert, frère de l'ancien Ministre d'État Colbert, et de M. Colbert de Croissy, également Ministre d'État. Son père, marqué par des cicatrices, a servi avec courage et fidélité au Roi. À 16-17 ans, il fut capitaine au régiment de Navarre, puis lieutenant et capitaine dans le régiment des Gardes. En juin 1685, il commandait la seconde compagnie des Mousquetaires et devint Maréchal de Camp, puis Lieutenant Général des Armées du Roi.
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18
p. 323-325
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
Début :
M. Bouchet ancien Curé de Nogent le Roy, la petite Assemblée G. [...]
Mots clefs :
Curé, Truite, Signification, Énigmes, Explications, Liste de noms, Mademoiselle , Mathématicien, Procureur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
M. Bouchet ancien Curé
de Nogent le Roy , la petite
Affemblée G. & la belle
Nouriture du Havre, font les
feuls qui ayent expliqué la
324 MERCURE
premiere des Enigmes du
dernier mois , fur la Truite
qui en eftoit le vray fens.
L'Homme à cheval eftoit le
vray mot de la feconde , &
ila efté trouvé par M Rault
de Rouen , l'Epinay - Buret
& fa chere Soeur de Vitré en
Bretagne , Hordé de Senlis
Mefdemoiſelles Marie de
Vaux , Madelon Provais , &
l'Epoux fidelle & defolé de
Picardie. Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigme
dans leur vray fens, font
M" de Lhofpital Lieutenant
au Grenier à Sel ; le Vaffeur
GALANT. 325
le Cadet , Mathematicien ;
Mantois de Clereville ; Sorbiere
Banquier de la ruë des
cinq Diamans ; P. Carrier de
Rouen ; de Rouville de Vernon
; Leger de la Verbiſſon-
Mademoiſelle Goffemant
de Troye en Champagne
; le Procureur Palafan
de Mirette , le Breffan Fleurifte
d'auprés de Cognac , &
la grande Fille Margot d'auprés
de Roüen.
de Nogent le Roy , la petite
Affemblée G. & la belle
Nouriture du Havre, font les
feuls qui ayent expliqué la
324 MERCURE
premiere des Enigmes du
dernier mois , fur la Truite
qui en eftoit le vray fens.
L'Homme à cheval eftoit le
vray mot de la feconde , &
ila efté trouvé par M Rault
de Rouen , l'Epinay - Buret
& fa chere Soeur de Vitré en
Bretagne , Hordé de Senlis
Mefdemoiſelles Marie de
Vaux , Madelon Provais , &
l'Epoux fidelle & defolé de
Picardie. Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigme
dans leur vray fens, font
M" de Lhofpital Lieutenant
au Grenier à Sel ; le Vaffeur
GALANT. 325
le Cadet , Mathematicien ;
Mantois de Clereville ; Sorbiere
Banquier de la ruë des
cinq Diamans ; P. Carrier de
Rouen ; de Rouville de Vernon
; Leger de la Verbiſſon-
Mademoiſelle Goffemant
de Troye en Champagne
; le Procureur Palafan
de Mirette , le Breffan Fleurifte
d'auprés de Cognac , &
la grande Fille Margot d'auprés
de Roüen.
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Résumé : Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
Le texte énumère les personnes ayant résolu deux énigmes du Mercure. La première énigme sur la truite a été expliquée par M. Bouchet et une assemblée au Havre. La seconde, 'L'Homme à cheval', a été résolue par M. Rault, l'Épinay-Buret, et d'autres. Plusieurs individus ont expliqué les deux énigmes, dont M. de Lhôpital, Sorbière, et Mademoiselle Goffemant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 321-322
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, que M. le Duc de Luynes avoit [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc, Madame, Chancelier, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Jay oublié de vous dire,
322 MERCURE
que M. le Duc de Luynes
avoit époufé Madame de
Manneville depuis fix femaines.
Elle eft Fille de feu
M.leChancelier d'Aligre.M.
le Duc de Luynes eft Pere
de M. le Duc de Chevreuſe,
de Madame la Princeffe de
Bournonville , & de Madame
la Comteffe de Vervé.
M. de Barbanfon , que
l'on appelloit toûjours M. le
Chevalier de Nantouillet,
époufa Mademoiſelle du
Terron Colbert,dans le mef
me
temps.
322 MERCURE
que M. le Duc de Luynes
avoit époufé Madame de
Manneville depuis fix femaines.
Elle eft Fille de feu
M.leChancelier d'Aligre.M.
le Duc de Luynes eft Pere
de M. le Duc de Chevreuſe,
de Madame la Princeffe de
Bournonville , & de Madame
la Comteffe de Vervé.
M. de Barbanfon , que
l'on appelloit toûjours M. le
Chevalier de Nantouillet,
époufa Mademoiſelle du
Terron Colbert,dans le mef
me
temps.
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20
p. 309-314
Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Début :
Le Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye, qui se devoit [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc de la Milleraye, Mademoiselle , Contrat de mariage, Duchesse, Douceur, Piété
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le Mariage de M ' le Duc
de laMeillera ye , qui fe devoit
faire à Besançon le lendemain
de Noël , fuivant ce que
je vous ay marqué dans un
des Articles de cette Lettre ,
y a efté fait quelques jours
auparavant. Cejeune Duc eft
bien fait de fa Perfonne , &
d'une adreffe diftinguée dans
toutes fortes d'Exercices . Il a
beaucoup d'efprit , de douceur
, & d'honneſteté dans
C
310 MERCUER
fes manieres , & les fentimens
fort élevez. Il parle bien &
tourneune Lettre auffi agreablement
qu'on le peut faire.
Voicy celle qu'il écrivit de
Befançon à Mademoiſelle
de Duras dés qu'il eut apris
que le Roy avoit figné leur
Contrat de Mariage .
M
ADEMOISELLE ,
Fe fuis dans une extreme
impatience defçavoir quelle
part vous prenez à mon bon
heur. Si vous y confentez d'auffe
bon coeur que je m'y abandonne
je me trouve par avance le plus
GALANT. 31r
3IF
heureux des hommes . Il ne manqueroit
rien à ma joye fi on ne
m'ostoit pas la liberté de vous
aller trouver. Ie ne sçaurois m'accommoder
de l'obligation où l'on
me met de vous attendre. Vous
ne fçauriez , Mademoiselle , venir
à moy auffi viste que j'irois à 2
vous ; mon repos dépend de me
voir en estat de vous affurer
moy- mefme que je veux estretonte
ma vie Voftre , &c.
Mademoiſelle de Duras ,
prefentement
Ducheffe de
la Meilleraye , eft auffi for
mée à
quatorze ans , que le
font à vingt les perfonnes
312 MERCURE
les mieux faites. Elle a cette
belle taille , ce grand air , &
cette bonne mine qui fem-.
ble infeparable de tous ceux
qui portent le nom de Duras
. Elle a le teint parfaite- .
ment beau , les yeux noirs ,
grands & bien fendus , la
bouche des mieux taillées, &
un bas de vifage des plus règuliers.
En un mot il y a peu
de Dames , à qui la Nature
ait eſté plus favorable. La
douceur qui luy eft naturelle
eft répandue dans tout fon
air. Elle a une bonté obli
geante pour ceux qui font
moins
"
GALANT.
313
moins qu'elle , & dans un
âge où l'on ne fçait guerre
comment il faut fe fervir
d'un bon efprit , elle fait du
fien des ufages dont tous
ceux qui luy parlent font
contans. Elle a efté nourrie
en Religion , mais des qu'elle
a paru dans le monde , elle
a fait voir qu'elle eftoit faite
pour y eftre auffi diftinguée
par fes manieres , qu'elle
doit l'eftre par fon rang &
par fa naiffance. M' le Marefchal
Duc de Duras fon
Pere , Capitaine des Gardes
du Corps de Sa Majeſté , eſt
Dd Decembre
1685.
314 MERCURE
d'une naiffance fi illuftre &
fi diftinguée , qu'il eft inutile
d'en parler. Il eft Neveu de
feu M' de Turenne . Tous les
Princes Souverains d'Allemagne
font fes plus proches
Parens , & il trouve parmy
des Teftes couronnées autant
de Coufins & de Neveux
, que la plupart des
autres Familles en comptent
parmy des gens d'une qualité
égale.
de laMeillera ye , qui fe devoit
faire à Besançon le lendemain
de Noël , fuivant ce que
je vous ay marqué dans un
des Articles de cette Lettre ,
y a efté fait quelques jours
auparavant. Cejeune Duc eft
bien fait de fa Perfonne , &
d'une adreffe diftinguée dans
toutes fortes d'Exercices . Il a
beaucoup d'efprit , de douceur
, & d'honneſteté dans
C
310 MERCUER
fes manieres , & les fentimens
fort élevez. Il parle bien &
tourneune Lettre auffi agreablement
qu'on le peut faire.
Voicy celle qu'il écrivit de
Befançon à Mademoiſelle
de Duras dés qu'il eut apris
que le Roy avoit figné leur
Contrat de Mariage .
M
ADEMOISELLE ,
Fe fuis dans une extreme
impatience defçavoir quelle
part vous prenez à mon bon
heur. Si vous y confentez d'auffe
bon coeur que je m'y abandonne
je me trouve par avance le plus
GALANT. 31r
3IF
heureux des hommes . Il ne manqueroit
rien à ma joye fi on ne
m'ostoit pas la liberté de vous
aller trouver. Ie ne sçaurois m'accommoder
de l'obligation où l'on
me met de vous attendre. Vous
ne fçauriez , Mademoiselle , venir
à moy auffi viste que j'irois à 2
vous ; mon repos dépend de me
voir en estat de vous affurer
moy- mefme que je veux estretonte
ma vie Voftre , &c.
Mademoiſelle de Duras ,
prefentement
Ducheffe de
la Meilleraye , eft auffi for
mée à
quatorze ans , que le
font à vingt les perfonnes
312 MERCURE
les mieux faites. Elle a cette
belle taille , ce grand air , &
cette bonne mine qui fem-.
ble infeparable de tous ceux
qui portent le nom de Duras
. Elle a le teint parfaite- .
ment beau , les yeux noirs ,
grands & bien fendus , la
bouche des mieux taillées, &
un bas de vifage des plus règuliers.
En un mot il y a peu
de Dames , à qui la Nature
ait eſté plus favorable. La
douceur qui luy eft naturelle
eft répandue dans tout fon
air. Elle a une bonté obli
geante pour ceux qui font
moins
"
GALANT.
313
moins qu'elle , & dans un
âge où l'on ne fçait guerre
comment il faut fe fervir
d'un bon efprit , elle fait du
fien des ufages dont tous
ceux qui luy parlent font
contans. Elle a efté nourrie
en Religion , mais des qu'elle
a paru dans le monde , elle
a fait voir qu'elle eftoit faite
pour y eftre auffi diftinguée
par fes manieres , qu'elle
doit l'eftre par fon rang &
par fa naiffance. M' le Marefchal
Duc de Duras fon
Pere , Capitaine des Gardes
du Corps de Sa Majeſté , eſt
Dd Decembre
1685.
314 MERCURE
d'une naiffance fi illuftre &
fi diftinguée , qu'il eft inutile
d'en parler. Il eft Neveu de
feu M' de Turenne . Tous les
Princes Souverains d'Allemagne
font fes plus proches
Parens , & il trouve parmy
des Teftes couronnées autant
de Coufins & de Neveux
, que la plupart des
autres Familles en comptent
parmy des gens d'une qualité
égale.
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Résumé : Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le mariage du Duc de la Meilleraie a eu lieu à Besançon peu avant Noël, anticipant la date prévue. Le Duc est décrit comme un homme charmant, doué pour diverses activités, et doté d'esprit, de douceur et d'honnêteté. Après la signature du contrat de mariage, il a écrit à Mademoiselle de Duras pour exprimer son impatience de la voir et son bonheur anticipé. Mademoiselle de Duras, désormais Duchesse de la Meilleraie, est également louée pour sa beauté et ses qualités. À quatorze ans, elle possède une belle stature, un port altier et une excellente santé, traits caractéristiques de la famille Duras. Elle a un teint parfait, des yeux noirs et une bouche bien dessinée. Sa douceur naturelle et sa bonté envers autrui sont soulignées, ainsi que son esprit et ses bonnes manières. Élevée dans la religion, elle se distingue par son comportement en société. Son père, le Maréchal Duc de Duras, est capitaine des Gardes du Corps du Roi et appartient à une famille illustre, étant neveu de feu Monsieur de Turenne et ayant des liens avec plusieurs princes souverains d'Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 228-232
Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Début :
Le 4. de Septembre, Mr Aubert, Introducteur des Ambassadeurs auprés [...]
Mots clefs :
Voir, Honneur, Prince, Ambassadeur, Alliance, Maison de Saint-Cloud, Duc de Chartres, Mademoiselle
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texteReconnaissance textuelle : Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Le 4. de Septembre ,
M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs auprés
de Monfieur , les vint
de Siam. 229
prendre avec les Caroffes
de leurs Alteſſes Royales,
& les conduifit à Saint
Cloud , où ils eurent Au
dience de Monfieur le
Duc de Chartres , dans
l'Appartement qui eſt au
bout de la Galerie. Ils
furent ſurpris de l'eſprit de
cejeune Prince , qui eft affurement
beaucoup au
deſſus de fon âge. Ils eurent
enfuite Audience de
Mademoiselle. Le premier
Ambaſſadeur luy dit ,
rit de
230 Voyage des Amb.
-
qu'eſtant venu pour lier une
Alliance entre les deux
Rois , il s'estoit crú obligé
de venir voir une Princeſſe
du Sang Royal , es qu'il
efperoit qu'elle porteroit un
jour parson Mariage, cette
Alliance dans une autre
Famille Royale. Ils furent
charmez des bontez de
Monfieur & de Madame ,
qui s'eſtant trouvez à S.
Cloud , leur firent l'honneur
de les entretenir. On
leur temoigna qu'on étoit
de Siam.
231
au
faſché qu'ils ne puffent
voir les Jardins à cauſe de
la pluye qui estoit fort
grande ce jour là , & on
leur dit qu'il y avoit une
Collation preparee
bout du Mail. Le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Que quand mesme il auroit
faitbeau , ilsſeferoient contentez
de l'honneur qu'ils
venoient de recevoir d'un
grand Prince , & d'une
grande Princeße , qu'ils ſeroient
revenus une autrefois
232 Voyage des Amb.
pour voir les Fardins , qu'ils
ne méloient point leursplaifirs
avec leur devoir , &
que pour ce jour là ils étoient
comblez d'honneur
defatisfaction . En parlant
à leur retour de la
Maiſon de Saint Cloud , il
dit , Qu'elle luy avoit paru
enchantée , mais qu'il vouloit
voir à loiſir s'il n'estoit
point la dupe deſa premiere
vûë, ce qu'il ne croyoit
pas pourtant.
M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs auprés
de Monfieur , les vint
de Siam. 229
prendre avec les Caroffes
de leurs Alteſſes Royales,
& les conduifit à Saint
Cloud , où ils eurent Au
dience de Monfieur le
Duc de Chartres , dans
l'Appartement qui eſt au
bout de la Galerie. Ils
furent ſurpris de l'eſprit de
cejeune Prince , qui eft affurement
beaucoup au
deſſus de fon âge. Ils eurent
enfuite Audience de
Mademoiselle. Le premier
Ambaſſadeur luy dit ,
rit de
230 Voyage des Amb.
-
qu'eſtant venu pour lier une
Alliance entre les deux
Rois , il s'estoit crú obligé
de venir voir une Princeſſe
du Sang Royal , es qu'il
efperoit qu'elle porteroit un
jour parson Mariage, cette
Alliance dans une autre
Famille Royale. Ils furent
charmez des bontez de
Monfieur & de Madame ,
qui s'eſtant trouvez à S.
Cloud , leur firent l'honneur
de les entretenir. On
leur temoigna qu'on étoit
de Siam.
231
au
faſché qu'ils ne puffent
voir les Jardins à cauſe de
la pluye qui estoit fort
grande ce jour là , & on
leur dit qu'il y avoit une
Collation preparee
bout du Mail. Le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Que quand mesme il auroit
faitbeau , ilsſeferoient contentez
de l'honneur qu'ils
venoient de recevoir d'un
grand Prince , & d'une
grande Princeße , qu'ils ſeroient
revenus une autrefois
232 Voyage des Amb.
pour voir les Fardins , qu'ils
ne méloient point leursplaifirs
avec leur devoir , &
que pour ce jour là ils étoient
comblez d'honneur
defatisfaction . En parlant
à leur retour de la
Maiſon de Saint Cloud , il
dit , Qu'elle luy avoit paru
enchantée , mais qu'il vouloit
voir à loiſir s'il n'estoit
point la dupe deſa premiere
vûë, ce qu'il ne croyoit
pas pourtant.
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Résumé : Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Le 4 septembre, M'Aubert, introducteur des ambassadeurs auprès de Monsieur, accueillit les ambassadeurs de Siam et les conduisit à Saint-Cloud. Ils y rencontrèrent Monsieur le Duc de Chartres, qui les impressionna par son esprit et sa maturité. Ensuite, ils furent présentés à Mademoiselle. Le premier ambassadeur exprima l'espoir que cette rencontre pourrait renforcer l'alliance entre les deux royaumes par un futur mariage royal. Les ambassadeurs furent charmés par la gentillesse de Monsieur et de Madame, présents à Saint-Cloud. Ils regrettèrent de ne pas pouvoir visiter les jardins en raison de la pluie, mais affirmèrent être satisfaits de l'honneur reçu. Le premier ambassadeur déclara qu'ils reviendraient pour voir les jardins, ne voulant pas mêler leurs plaisirs à leur devoir. À leur retour, il commenta que la maison de Saint-Cloud lui avait paru enchantée, mais qu'il souhaitait la revoir pour confirmer cette impression.
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22
p. 43-64
A MADEMOISELLE DE M. ****
Début :
Vous ne serez pas fachée sans doute, de voir l'Ouvrage / Il n'est pas aisé, Mademoiselle, de vous satisfaire sur [...]
Mots clefs :
Pluies, Soleil, Terre, Mademoiselle , Temps, Cause, Air, Nuée, Vapeurs, Maladies, Année, Siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE M. ****
Vous neferez pas fachée
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
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23
p. 3-8
Prelude nouveau. [titre d'après la table]
Début :
MADEMOISELLE, Vous êtes curieuse, c'est vrayement fort bien fait [...]
Mots clefs :
Lettre, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude nouveau. [titre d'après la table]
ADEMOISELLE,
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
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24
p. 104-106
Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Début :
Le dessein que j'ay eu en proposant des Bouts-rimez, a [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Mademoiselle , Esprit, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Le dessein quej'ayeuen
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
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25
p. 24-82
HISTOIRE.
Début :
Ces admirables Heroïnes dont les Romans nous font de si [...]
Mots clefs :
Amour, Madame, Champ, Amant, Ami, Temps, Dames, Concierge, Main, Lettre, Fille, Main, Cheval, Mademoiselle , Rivale, Nuit, Chambre, Père, Famille, Hymen, Paris, Amitié, Honneur, Liberté, Curiosité, Repos, Femme, Mère, Village, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
Fermer
26
p. 156-157
MARIAGE.
Début :
Mre François Ferrand d'Averne, Commandant de la Compagnie des [...]
Mots clefs :
Commandant, Seigneur, Mademoiselle , Fille, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Mre François Ferrand d'Averne ,
Commandant de la Compagnie des
Canoniers des Côtes , fils de François
Ferrand d'Ecotay Seigneur d'Averne ,
Lieutenant Gènèral de l'Artillerie,Brigadier
des Armées du Roy & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , épouſa le 11 Aouſt Dlle Madeleine
de Flécelles , fille de Mre Jean-
Baptifte de Flécelles Comte de
Bregy ; & de Dame Madeleine de
Thumery
:
D'AOUST..
Thuméry de Boiſſize; petite fille de
Nolas de Fléçelles , Comte de Bregy
, Vicomte de Corbeil , Seigneur de
Tigery , Conſeiller au Parlement de
Paris puis Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Capitaine des
Gardes de la Reyne Chriſtine de
Suede , Ambaſladeur extraordinaire
en Pologne , puis en Suéde , & Lieutenant
général des Armées du Roy ,
mort en 1689 ; & de Charlotte de Saumaiſe
de Chaſan l'une des Dames
d'honneur de la Reyne mere du Roy,.
& arriere petite fille de Jacques de
Fléçelles , Seigneur du Pleſſis au bois
Vicomte de Corbeil & de Tigery ,
Préſident en la Chambre des Compes
de Paris , & de Dame Camille
d'Elbene.
Mre François Ferrand d'Averne ,
Commandant de la Compagnie des
Canoniers des Côtes , fils de François
Ferrand d'Ecotay Seigneur d'Averne ,
Lieutenant Gènèral de l'Artillerie,Brigadier
des Armées du Roy & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , épouſa le 11 Aouſt Dlle Madeleine
de Flécelles , fille de Mre Jean-
Baptifte de Flécelles Comte de
Bregy ; & de Dame Madeleine de
Thumery
:
D'AOUST..
Thuméry de Boiſſize; petite fille de
Nolas de Fléçelles , Comte de Bregy
, Vicomte de Corbeil , Seigneur de
Tigery , Conſeiller au Parlement de
Paris puis Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Capitaine des
Gardes de la Reyne Chriſtine de
Suede , Ambaſladeur extraordinaire
en Pologne , puis en Suéde , & Lieutenant
général des Armées du Roy ,
mort en 1689 ; & de Charlotte de Saumaiſe
de Chaſan l'une des Dames
d'honneur de la Reyne mere du Roy,.
& arriere petite fille de Jacques de
Fléçelles , Seigneur du Pleſſis au bois
Vicomte de Corbeil & de Tigery ,
Préſident en la Chambre des Compes
de Paris , & de Dame Camille
d'Elbene.
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27
p. 1403-1409
LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
Début :
J'Avois déja lû d'une fois, Mademoiselle, la Lettre sur les bons Mots, / Quoique j'aye un très-petit corps, [...]
Mots clefs :
Clef, Bons mots, Mademoiselle , Plaisir, Sujet, Madame, Princesse, Agrément, Conversations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
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28
p. *202-202
MARIAGE ET MORT.
Début :
Il a été oublié dans l'article des Mariages du mois de Septembre [...]
Mots clefs :
Mariage, Chevalier, Marquis, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORT.
MARIAGE ET MORT.
La été oublié dans l'article des Mariages da
mo's de Septembre dernier de mettre les qualités
de Mademoiſelle Boucher , qui eft fille de feu M.
Boucher , Ecuyer , Tréforier général des Colonies
Françoifes de l'Amérique , & qui a épouſé le 23
Juin , M. le Vicomte de Rochechouart - Pontville.
Meffire François le Tellier , Marquis de Lou
vois , fils du Marquis de Souvré , Lieutenant- Général
des armées du Roi , Maître de la Garderobbe
, & Chevalier des Ordres de Sa Majesté , eft
mort à l'armée du Maréchal de Richelieu, le 29 du
mois dernier , âgé de dix - huit ans..
La été oublié dans l'article des Mariages da
mo's de Septembre dernier de mettre les qualités
de Mademoiſelle Boucher , qui eft fille de feu M.
Boucher , Ecuyer , Tréforier général des Colonies
Françoifes de l'Amérique , & qui a épouſé le 23
Juin , M. le Vicomte de Rochechouart - Pontville.
Meffire François le Tellier , Marquis de Lou
vois , fils du Marquis de Souvré , Lieutenant- Général
des armées du Roi , Maître de la Garderobbe
, & Chevalier des Ordres de Sa Majesté , eft
mort à l'armée du Maréchal de Richelieu, le 29 du
mois dernier , âgé de dix - huit ans..
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Résumé : MARIAGE ET MORT.
Le texte mentionne deux événements concernant l'aristocratie française. Il corrige l'oubli des qualités de Mademoiselle Boucher, mariée le 23 juin au Vicomte de Rochechouart-Pontville. Il annonce aussi le décès de François Le Tellier, Marquis de Louvois, à l'âge de dix-huit ans, survenu le 29 du mois précédent à l'armée du Maréchal de Richelieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 202-204
MARIAGE ET MORTS.
Début :
Messire Paul-Hippolyte de Beauvillier, Duc de Saint-Aignan, Pair de France, [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages, Chevalier, Ordre, Marquis, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORTS.
MARIAGE ET MORTS.
M58SIRE Paul- Hippolyte de Beauvillier , Duc.
de Saint-Aignan , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant-Général, de fes arDECEMBRE
. 1757. 203
mées , Gouverneur du Havre , ci devant Ambaffadeur
du Roi à la Cour d'Efpagne & près le
Saint Siege , époufa le 9 de Novembre Demoiſelle
Françoile-Helene - Etienne Turgot , fille de feu-
Mefire Michel Etienne Turgot , Marquis de
Soubfmons , Confeiller d'Etat ordinaire & Prevôt
des Marchans , & de Dame Magdelene-Françoife
Martineau. La célébration ſe fit dans la Chapelle
de l'Hôtel de la Dame Turgot , Douairiere.
Leurs Majeftés & la Famille Royale avoient figné
le 7 le contrat de mariage.
Meffire Emanuel-Henri-Timoléon - de Coffé- de
Briffac , né jumeau avec fon frere , Jean- Paul-Timoléon
-de Coffé , Duc de Briffac , le 12 Octobre
1698 , Abbé de l'Abbaye de Fonfroide , Ordre de
Citaux , Dioceſe de Narbonne en 1717 ; & de
celle de Saint Urbain , Ordre de Saint Benoît en
en 1732 , Grand- Vicaire de l'Archevêché de
Lyon , Aumônier du Roi , Agent général du
Clergé , nommé Evêque de Condon en 1735 ,
facré le 22 Janvier 1736 , eft mort à Paris , rue
Caffette , fauxbourg Saint Germain , le 27 Août
1757 , dans la foixantieme année de fon âge. Il fat
préfenté le 29 à Saint Sulpice , & tranfporté aux
Céleftins dans la Chapelle d'Orléans , lieu de la
fépulture de fa maiſon.
Meffire Aymeric Charles de Gontaut de Biron ,
Marquis de Saint - Blancard , Meftre de Camp de:
Cavalerie , mourut le 16 Septembre dernier dans
fa terre de Laborthe , en Gascogne , au Dioceſe
d'Aufch , âgé de foixante - dix-fept ans.
Dame Henriette - Emilie de Bautru , Comteffe
de Nogent - le- Roi , femme du Marquis de Melun,
eft morte ici le 27 Septembre, âgée de cinquanteneuf
ans.
Mellire René-Antoine Ferchaud - de Réaumur
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , des Académies de Péterf
bourg , de Berlin , de Stockholm , & de l'Inftitut
de Bologne , Intendant & Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis , eft mort le 18 Octobre,
âgé de foixante-feize ans.
Demoiselle Eléonor Thenay de Saint- Christophe,
eft morte le 19 Octobre dans la Communauté de
P'Inftruction Chrétienne , âgée de quatre- vingtquatre
ans , & elle a été inhumée le 30 à S. Sulpice
, fa Paroifle.
Meffire N. de Savines , Abbé Commendataire
de l'Abbaye royale de Bofcaudon , Ordre de Saint
Benoît , Diocefe d'Embrun , eft mort dans fon
Abbaye , vers la fin du mois d'Oftobre , âgé de
cent ans accomplis.
Il eft mort à Aberdeen , en Ecoffſe , un homme
âgé de cent trente- deux ans , nommé Alexandre
Mac-Cullock , qui a joui jufqu'à la fin de ſa vie
du jugement le plus fain . Il avoit fervi en qualité
de foldat du temps de Cromwel , fous le Général
Monk.
M58SIRE Paul- Hippolyte de Beauvillier , Duc.
de Saint-Aignan , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant-Général, de fes arDECEMBRE
. 1757. 203
mées , Gouverneur du Havre , ci devant Ambaffadeur
du Roi à la Cour d'Efpagne & près le
Saint Siege , époufa le 9 de Novembre Demoiſelle
Françoile-Helene - Etienne Turgot , fille de feu-
Mefire Michel Etienne Turgot , Marquis de
Soubfmons , Confeiller d'Etat ordinaire & Prevôt
des Marchans , & de Dame Magdelene-Françoife
Martineau. La célébration ſe fit dans la Chapelle
de l'Hôtel de la Dame Turgot , Douairiere.
Leurs Majeftés & la Famille Royale avoient figné
le 7 le contrat de mariage.
Meffire Emanuel-Henri-Timoléon - de Coffé- de
Briffac , né jumeau avec fon frere , Jean- Paul-Timoléon
-de Coffé , Duc de Briffac , le 12 Octobre
1698 , Abbé de l'Abbaye de Fonfroide , Ordre de
Citaux , Dioceſe de Narbonne en 1717 ; & de
celle de Saint Urbain , Ordre de Saint Benoît en
en 1732 , Grand- Vicaire de l'Archevêché de
Lyon , Aumônier du Roi , Agent général du
Clergé , nommé Evêque de Condon en 1735 ,
facré le 22 Janvier 1736 , eft mort à Paris , rue
Caffette , fauxbourg Saint Germain , le 27 Août
1757 , dans la foixantieme année de fon âge. Il fat
préfenté le 29 à Saint Sulpice , & tranfporté aux
Céleftins dans la Chapelle d'Orléans , lieu de la
fépulture de fa maiſon.
Meffire Aymeric Charles de Gontaut de Biron ,
Marquis de Saint - Blancard , Meftre de Camp de:
Cavalerie , mourut le 16 Septembre dernier dans
fa terre de Laborthe , en Gascogne , au Dioceſe
d'Aufch , âgé de foixante - dix-fept ans.
Dame Henriette - Emilie de Bautru , Comteffe
de Nogent - le- Roi , femme du Marquis de Melun,
eft morte ici le 27 Septembre, âgée de cinquanteneuf
ans.
Mellire René-Antoine Ferchaud - de Réaumur
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , des Académies de Péterf
bourg , de Berlin , de Stockholm , & de l'Inftitut
de Bologne , Intendant & Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis , eft mort le 18 Octobre,
âgé de foixante-feize ans.
Demoiselle Eléonor Thenay de Saint- Christophe,
eft morte le 19 Octobre dans la Communauté de
P'Inftruction Chrétienne , âgée de quatre- vingtquatre
ans , & elle a été inhumée le 30 à S. Sulpice
, fa Paroifle.
Meffire N. de Savines , Abbé Commendataire
de l'Abbaye royale de Bofcaudon , Ordre de Saint
Benoît , Diocefe d'Embrun , eft mort dans fon
Abbaye , vers la fin du mois d'Oftobre , âgé de
cent ans accomplis.
Il eft mort à Aberdeen , en Ecoffſe , un homme
âgé de cent trente- deux ans , nommé Alexandre
Mac-Cullock , qui a joui jufqu'à la fin de ſa vie
du jugement le plus fain . Il avoit fervi en qualité
de foldat du temps de Cromwel , fous le Général
Monk.
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Résumé : MARIAGE ET MORTS.
En 1757, plusieurs événements marquants ont eu lieu au sein de l'aristocratie française. Le 9 novembre, Paul-Hippolyte de Beauvillier, Duc de Saint-Aignan, a épousé Françoise-Hélène-Étienne Turgot, fille de Michel Étienne Turgot, Marquis de Soumont. La cérémonie s'est déroulée dans la chapelle de l'Hôtel de la Dame Turgot, et le contrat de mariage a été signé le 7 novembre par Leurs Majestés et la Famille Royale. Plusieurs décès notables ont également été enregistrés. Emmanuel-Henri-Timoléon de Cossé, Duc de Brissac, est décédé à Paris le 27 août à l'âge de soixante ans. Aymeric Charles de Gontaut de Biron, Marquis de Saint-Blancard, est mort le 16 septembre à Laborthe, en Gascogne, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Dame Henriette-Émilie de Bautru, Comtesse de Nogent-le-Roi, est décédée le 27 septembre à l'âge de cinquante-neuf ans. René-Antoine Ferchaud de Réaumur, membre de l'Académie royale des Sciences, est mort le 18 octobre à l'âge de soixante-treize ans. Demoiselle Éléonore Thenay de Saint-Christophe est décédée le 19 octobre à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. N. de Savines, Abbé Commendataire de l'Abbaye royale de Boschaudon, est mort vers la fin octobre à l'âge de cent ans. Enfin, Alexandre Mac-Cullock, un homme de cent trente-deux ans, est décédé à Aberdeen, en Écosse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 210-213
MORTS.
Début :
Le Lundi 26 Mars, M. François-Antoine Olivier de Senozan, Avocat-Général au [...]
Mots clefs :
Avocat général au Grand Conseil, Mort, M. de Senozan, Éducation, Fonctions, Devoir, Vertus, Magistrature, Mademoiselle , Prince, Cardinal, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
E Lundi 26 Mars , M. François-Antoine
Olivier de Senozan , Avocat- Général au Grand-
Confeil , mourut âgé de vingt- deux ans & quelques
mois.
AVRIL. 1759. 111
Que la foule des hommes vulgaires paffe comme
une ombre : c'eft un spectacle auquel l'habitude
nous a rendus preſque infenfibles; mais que l'un de
ces hommes choifis , que le Ciel éléve aux grandes
Places , avec les talens & les vertus les plus dignes
de les remplir ; que l'un de ces hommes précieux
à l'humanité , foit moillonné comme dans
fa fleur , qu'avec lui périllent les efpérances d'une
vie laborieufe & confacrée au bien public : il
n'eft pas un bon Citoyen qui ne gémille de fa
perte , & qui ne pleure fur fon tombeau.
M. de Senozan naquit à Paris le 13 Novembre
1736 , de M. Jean-Antoine de Senozan , & de
Dame Anne-Nicole de Lamoignon , fille de M.
le Chancelier. D'une jeunelle aufli utilement remplie
tous les progrès font intéreffans. A douze
ans il fortit du Collège de Louis- le-Grand , où il
avoit fait les humanités. Des Maîtres particuliers
lui donnèrent des leçons de Philofophie dans la
mailon paternelle , la meilleure de toutes les
Ecoles , quand les Parens le veulent bien . Il fit fon
droit avec difpenfe d'âge , prêta ferment d'Avocat
, au mois de Septembre 1754 , & plaida peu
de tems après avec un applaudiffement unanime.
Il fut reçu Subftitut de M. le Procureur Général ,
au mois de Février de l'année fuivante ; & le 25
Juin de la même année , il fuccéda à M. Seguier
dans la Charge d'Avocat Général au Grand Confeil
. D'abord il eut pour Collégue M. de Tourni
qui l'aida de fes lumières ; mais bientôt après M.de
Tourni pafla au Confeil , & M. de Senozan fe
vit obligé de foutenir feul tout le poids de cette
Place importante . Si l'on confidére que depuis
plufieurs années le Gouvernement y retenoit M.
de Tourni pour y avoir un homme dignede toute
fa confiance , & que le moment où l'on permet
qu'il en abandonne les fonctions , eft celui où il
212 MERCURE DE FRANCE.
n'y laiffe qu'un Collégue de vingt ans , on jugera
de la haute opinion que ce eune Magiftrat avoit
donnée de fa fageffe . Quelques mois après M. de
Senozan eut pour Collégue M. Dauriac fon coufin
qui depuis a partagé avec lui la confi lération publique,
mais qui n'avoit alors que dix fept ans.
M. de Senozan livré à lui- même , fuffit aux
fonctions d'une Charge qui demande un Magif
trat conſommé ; & il l'a remplie juſqu'à la mort
de manière à fervir de modèle , dans un âge
où les hommes les plus heureuſement nés ont
encore befoin de leçons.
L'amour de fon devoir & une application infatigable
au travail , le déroboient à toutes les
diffipations de la jeuneffe. Il n'a jamais été enfant
; & pour lui les premières années fembloient
être l'âge de maturité. Il avoit cette fimplicité
de moeurs qui formoit le caractère vénérable
de l'ancienne Magiftrature ; la gravité qui eft la
décence de fon état n'avoit en lui rien d'affecté ;
il étoit pieux & modefte , auffi éloigné du Fanatifme
que de l'irréligion ; févère pour lui feul , &
indulgent pour les femblables. Sans vanité , fans
oftentation , il cherchoit la folide gloire dont fon
état eft fufceptible ; mais il ne l'apprécioit qu'à
fa jufte valeur : il l'a fouvent facrifiée à l'amitié
& au defir d'obliger , encore avoit- il la délicateſſe
de cacher ces facrifices , qui ne font connus que
depuis la mort.
C'eft une perte réelle pour la Magiftrature,mais
c'en eft une irréparable pour fa famille & pour
fes amis. Un homme vertueux qui lui a été tendrement
attaché, m'a dit ,en parlant de la modeftie
& de l'humanité qui formoient fon caractère :
» Perfonne n'a jamais été plus appliqué à fes de-
> voirs; ilfembloit qu'il ignorât fes fuccès; & je l'ai
vû plus d'une fois verfer des larmes fur le fort.
AVRIL. 1759. 21
>> des malheureux Plaideurs contre qui la févérité
des Loix le forçoient de conclure.
Louie de Mailly dice Mademoiſelle de Buire ,
mourut le 26 Mars à Lille en Flandres , elle
étoit la derniere de la branche de Mailly Duquelnoy
, fortie de celle de Mailly Haucourt en
4559.
Le Prince de Crouy lui fuccéde dans tous fes
biens à titre de defcendance par ſa mere .
Nicolas de Saulx de Tavannes , Cardinal de la
fainte Eglife Romaine , Archevêque de Rouen ,
Primat de Normandie , Grand Aumônier de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Elprit ,
& Proviſeur de Sorbonne , mourut à Paris le 10 ,
dans la foixante neuvième année de fon âge. La
douceur de fes moeurs & la fageffe de fon gouvernement
dans fon Diocéſe , l'avoient rendu digne
d'être honoré de la confiance du Roi & de
celle de la Reine dont il avoit été Grand Aumônier
.
Le fieur de Vigier , Supérieur de la Commu
nauté des Prêtres de S. Sulpice , Abbé de l'Abbaye
Royale de Bonlieu , Ordre de Cîteaux , Diocele
de Limoges , eft mort en cette Ville le 3 ,
âgé de cinquante- quatre ans.
Meffire Paul de la Roche- Aymon , Marquis
de Saint Maixant , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , Lieutenant Général & Directeur
en Chef de l'Artillerie , au Département de la
Haute & Balle Normandie , eft mort à Paris le
22 , dans la foixante feizième année de fon âge.
E Lundi 26 Mars , M. François-Antoine
Olivier de Senozan , Avocat- Général au Grand-
Confeil , mourut âgé de vingt- deux ans & quelques
mois.
AVRIL. 1759. 111
Que la foule des hommes vulgaires paffe comme
une ombre : c'eft un spectacle auquel l'habitude
nous a rendus preſque infenfibles; mais que l'un de
ces hommes choifis , que le Ciel éléve aux grandes
Places , avec les talens & les vertus les plus dignes
de les remplir ; que l'un de ces hommes précieux
à l'humanité , foit moillonné comme dans
fa fleur , qu'avec lui périllent les efpérances d'une
vie laborieufe & confacrée au bien public : il
n'eft pas un bon Citoyen qui ne gémille de fa
perte , & qui ne pleure fur fon tombeau.
M. de Senozan naquit à Paris le 13 Novembre
1736 , de M. Jean-Antoine de Senozan , & de
Dame Anne-Nicole de Lamoignon , fille de M.
le Chancelier. D'une jeunelle aufli utilement remplie
tous les progrès font intéreffans. A douze
ans il fortit du Collège de Louis- le-Grand , où il
avoit fait les humanités. Des Maîtres particuliers
lui donnèrent des leçons de Philofophie dans la
mailon paternelle , la meilleure de toutes les
Ecoles , quand les Parens le veulent bien . Il fit fon
droit avec difpenfe d'âge , prêta ferment d'Avocat
, au mois de Septembre 1754 , & plaida peu
de tems après avec un applaudiffement unanime.
Il fut reçu Subftitut de M. le Procureur Général ,
au mois de Février de l'année fuivante ; & le 25
Juin de la même année , il fuccéda à M. Seguier
dans la Charge d'Avocat Général au Grand Confeil
. D'abord il eut pour Collégue M. de Tourni
qui l'aida de fes lumières ; mais bientôt après M.de
Tourni pafla au Confeil , & M. de Senozan fe
vit obligé de foutenir feul tout le poids de cette
Place importante . Si l'on confidére que depuis
plufieurs années le Gouvernement y retenoit M.
de Tourni pour y avoir un homme dignede toute
fa confiance , & que le moment où l'on permet
qu'il en abandonne les fonctions , eft celui où il
212 MERCURE DE FRANCE.
n'y laiffe qu'un Collégue de vingt ans , on jugera
de la haute opinion que ce eune Magiftrat avoit
donnée de fa fageffe . Quelques mois après M. de
Senozan eut pour Collégue M. Dauriac fon coufin
qui depuis a partagé avec lui la confi lération publique,
mais qui n'avoit alors que dix fept ans.
M. de Senozan livré à lui- même , fuffit aux
fonctions d'une Charge qui demande un Magif
trat conſommé ; & il l'a remplie juſqu'à la mort
de manière à fervir de modèle , dans un âge
où les hommes les plus heureuſement nés ont
encore befoin de leçons.
L'amour de fon devoir & une application infatigable
au travail , le déroboient à toutes les
diffipations de la jeuneffe. Il n'a jamais été enfant
; & pour lui les premières années fembloient
être l'âge de maturité. Il avoit cette fimplicité
de moeurs qui formoit le caractère vénérable
de l'ancienne Magiftrature ; la gravité qui eft la
décence de fon état n'avoit en lui rien d'affecté ;
il étoit pieux & modefte , auffi éloigné du Fanatifme
que de l'irréligion ; févère pour lui feul , &
indulgent pour les femblables. Sans vanité , fans
oftentation , il cherchoit la folide gloire dont fon
état eft fufceptible ; mais il ne l'apprécioit qu'à
fa jufte valeur : il l'a fouvent facrifiée à l'amitié
& au defir d'obliger , encore avoit- il la délicateſſe
de cacher ces facrifices , qui ne font connus que
depuis la mort.
C'eft une perte réelle pour la Magiftrature,mais
c'en eft une irréparable pour fa famille & pour
fes amis. Un homme vertueux qui lui a été tendrement
attaché, m'a dit ,en parlant de la modeftie
& de l'humanité qui formoient fon caractère :
» Perfonne n'a jamais été plus appliqué à fes de-
> voirs; ilfembloit qu'il ignorât fes fuccès; & je l'ai
vû plus d'une fois verfer des larmes fur le fort.
AVRIL. 1759. 21
>> des malheureux Plaideurs contre qui la févérité
des Loix le forçoient de conclure.
Louie de Mailly dice Mademoiſelle de Buire ,
mourut le 26 Mars à Lille en Flandres , elle
étoit la derniere de la branche de Mailly Duquelnoy
, fortie de celle de Mailly Haucourt en
4559.
Le Prince de Crouy lui fuccéde dans tous fes
biens à titre de defcendance par ſa mere .
Nicolas de Saulx de Tavannes , Cardinal de la
fainte Eglife Romaine , Archevêque de Rouen ,
Primat de Normandie , Grand Aumônier de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Elprit ,
& Proviſeur de Sorbonne , mourut à Paris le 10 ,
dans la foixante neuvième année de fon âge. La
douceur de fes moeurs & la fageffe de fon gouvernement
dans fon Diocéſe , l'avoient rendu digne
d'être honoré de la confiance du Roi & de
celle de la Reine dont il avoit été Grand Aumônier
.
Le fieur de Vigier , Supérieur de la Commu
nauté des Prêtres de S. Sulpice , Abbé de l'Abbaye
Royale de Bonlieu , Ordre de Cîteaux , Diocele
de Limoges , eft mort en cette Ville le 3 ,
âgé de cinquante- quatre ans.
Meffire Paul de la Roche- Aymon , Marquis
de Saint Maixant , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , Lieutenant Général & Directeur
en Chef de l'Artillerie , au Département de la
Haute & Balle Normandie , eft mort à Paris le
22 , dans la foixante feizième année de fon âge.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate la vie et la mort de François-Antoine Olivier de Senozan, Avocat-Général au Grand-Conseil, décédé le 26 mars 1759 à l'âge de vingt-deux ans. Né à Paris le 13 novembre 1736, il était le fils de Jean-Antoine de Senozan et d'Anne-Nicole de Lamoignon, fille du Chancelier. Senozan a démontré très tôt des aptitudes exceptionnelles, sortant du Collège de Louis-le-Grand à douze ans et poursuivant ses études avec des maîtres particuliers. Il a obtenu sa licence en droit et a été reçu avocat en septembre 1754. En février 1755, il est devenu substitut du Procureur Général et, le 25 juin de la même année, a succédé à M. Seguier comme Avocat Général au Grand-Conseil. Malgré son jeune âge, il a été rapidement reconnu pour sa sagesse et son dévouement, remplissant ses fonctions avec une maturité remarquable. Sa vie a été marquée par une application infatigable et une simplicité de mœurs. Sa mort a été perçue comme une perte irréparable pour la magistrature, sa famille et ses amis. Le texte mentionne également le décès de Louise de Mailly, du Cardinal de Saulx de Tavannes, du Sieur de Vigier et de Paul de la Roche-Aymon, Marquis de Saint Maixant.
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31
p. 192
NAISSANCE.
Début :
Le 22 Mai 1764 fut baptisé par M. l'Évêque de Perpignan, à Couturelle en Artois, [...]
Mots clefs :
Évêque, Chevalier, Parrains et marraines, Mademoiselle
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE.
NAISSANCE.
Le 22 Mai 1764 fat baptifée par M. l'Evêque de
Perpignan , à Couturelle en Artois , Augufte-
Charlotte , née le 7 Mars précédent , de Meffire
Charles-Joseph -François Boudart , Chevalier ,
Marquis de Couturelle , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , & de Catherine-Charlotte de Wignacourt
, fille du Seigneur dudit lieu , Baron d'Humbercourt
. Elle a eu l'honneur d'avoir pour parrain
& marraine , leurs Alteiles Séréniffimes Electorales
Palatines , repréfentées par le Comte de
Couturelle , Chevalier de S. Louis , Chambellan-
Actuel de l'Electeur , & Mademoiſelle de Wignacourt
, oncle & tante de cet enfant,
Le 22 Mai 1764 fat baptifée par M. l'Evêque de
Perpignan , à Couturelle en Artois , Augufte-
Charlotte , née le 7 Mars précédent , de Meffire
Charles-Joseph -François Boudart , Chevalier ,
Marquis de Couturelle , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , & de Catherine-Charlotte de Wignacourt
, fille du Seigneur dudit lieu , Baron d'Humbercourt
. Elle a eu l'honneur d'avoir pour parrain
& marraine , leurs Alteiles Séréniffimes Electorales
Palatines , repréfentées par le Comte de
Couturelle , Chevalier de S. Louis , Chambellan-
Actuel de l'Electeur , & Mademoiſelle de Wignacourt
, oncle & tante de cet enfant,
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Résumé : NAISSANCE.
Le 7 mars 1764, Auguste-Charlotte naquit à Couturelle en Artois. Elle fut baptisée le 22 mai 1764 par l'évêque de Perpignan. Ses parents étaient Charles-Joseph-François Boudart, Marquis de Couturelle, et Catherine-Charlotte de Wignacourt. Les parrain et marraine étaient les Altesses Sérénissimes Électorales Palatines, représentées par le Comte de Couturelle et Mademoiselle de Wignacourt.
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