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1
p. 6-10
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Ce qui fait connoistre qu'il n'y a jamais eu que des Esprits [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Erreur, Vérité, Catholique, Prêches, Controverse, Hérésie protestante, Conversions, Abjurations, Âme
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Ce qui fait connoiftre qu'il
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte évoque des conversions religieuses au sein de la religion catholique, où des protestants, après réflexion, choisissent de se convertir. Le Père Alexis du Buc, théatin, prêche la controverse dans son église et attire de nombreux protestants, dont Monsieur Quoyriel de Saint-Ferriol et les demoiselles de Brueil de Gercy de Sedan. Ces conversions sont attribuées à la démonstration publique de la vérité lors des discussions controversées. Monsieur de Saint-Étienne Molinier, de Millau, a également abjuré sa foi protestante après des échanges avec Monsieur Arquier, Premier Métropolitain d'Alby, qui ont clarifié ses doutes sur l'invocation des saints et le purgatoire. Cette conversion s'est déroulée dans la chapelle du séminaire de Sainte-Cécile. L'archevêque d'Alby est salué pour son zèle missionnaire et son travail continu pour la conversion des âmes. La sincérité de la conversion de Monsieur de Saint-Étienne est confirmée par son refus de retourner chez ses parents protestants respectables. Il a servi comme lieutenant dans le régiment de Vendôme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 307-315
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Alexis du Buc Religieux Théatin, continuë toûjours [...]
Mots clefs :
Controverse, Abjuration, Religion protestante, Cérémonie, Conversions, Prétendus réformés, Déclaration, Religion de Calvin, Erreur, Religion romaine
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses dans le contexte de la controverse entre catholiques et protestants. Le Père Alexis du Buc, religieux théatin, a accueilli l'abjuration de Mademoiselle de Biron, une jeune femme de 25 ans issue d'une famille protestante influente d'Angleterre, lors d'une cérémonie à l'église des Carmélites du grand couvent. En Poitou, plus de mille cinq cents personnes ont abjuré au cours du dernier mois. À Lunel, Monsieur de Montfagean, après soixante ans de vie calviniste, s'est converti au catholicisme avant de décéder dix jours plus tard. Mademoiselle Prifille de Rossillon, fille d'un ministre protestant célèbre de Lunel, s'est également convertie malgré les efforts de son père pour l'en empêcher. Elle a été conduite à l'église pour embrasser publiquement la religion catholique et a ensuite été autorisée à entrer dans un couvent. À Montpellier, plusieurs jeunes femmes, dont les demoiselles de Nicol et Madame de Roux, ont rejoint le couvent de Saint-Charles pour achever leur instruction religieuse. Monsieur de Clausel, conseiller à la Cour des Aides, et sa nièce Madame de Roux se sont également convertis au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 265-273
Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait une Abjuration fort remarquable par les circonstances [...]
Mots clefs :
Abjurations, Religion prétendue réformée, Familles, Hérésie, Lumières, Religieuses, Déclaration, Calvin, Gentilhomme, Controverse
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
Il s'eft fait une Abjuration
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub
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Résumé : Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
En novembre 1681, à Orbec, une ville normande avec un bailliage, une jeune fille de onze ans et demi, fille de l'avocat Defpars, quitta sa famille pour entrer dans un couvent de religieuses catholiques. Son père, protestant, tenta de la récupérer en se basant sur une déclaration royale de 1669 qui permettait aux enfants de moins de douze ans de changer de religion. Cependant, une nouvelle déclaration royale du 8 juillet 1681 autorisait les enfants de plus de sept ans à se convertir au catholicisme. La jeune fille abjura donc le protestantisme quelques semaines plus tard dans l'église principale d'Orbec, en présence du clergé et des autorités locales. Parallèlement, Monsieur de Roffin, un gentilhomme de Champagne, fit également abjuration grâce aux efforts du Père Alexis du Buc, un théatin reconnu pour ses conversions. Le Père Alexis exprima sa gratitude envers le roi pour ses initiatives visant à restaurer le culte catholique dans les régions protestantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 206-207
« Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Début :
Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Controverse, Gentilhomme, Monseigneur, Piété, Hérésie
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texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Le Diman ..
çhe 16. de ce m.ois, le Pere
Aléxis du Buc, dont je vous
a.y parlé tant de fois, re~eut
l'abjuration d'u11 Gcntill1om ..
me Alle1nanQ A_ l'iffuë de fa
Conl:roverfe ,~, il exhorta tous
fCs A udit_~urs qui eil:oient en
r·res-grand nox11bre , à demander
à Dieu pour M~onfeigneur
le Duc de Bot1rgogne,
ane longue vie , la pieté de
Saint Loüis :»cou.ces les vcrcu~ - - .... ~ .. _____ . . - ,;- _ ........ - ... ·- .. ... ... - - ..
GAL,A T. 207
Je fës augufres A yeux, & le
zele pour r·extirpation de
l'Héréfie, qui fait le carad:ere
particulier de Loü1s LE
GRAND· Ei1 fuite il entonna.
le Te Deum fuivant les ordres
de Mr r Archevef que.
çhe 16. de ce m.ois, le Pere
Aléxis du Buc, dont je vous
a.y parlé tant de fois, re~eut
l'abjuration d'u11 Gcntill1om ..
me Alle1nanQ A_ l'iffuë de fa
Conl:roverfe ,~, il exhorta tous
fCs A udit_~urs qui eil:oient en
r·res-grand nox11bre , à demander
à Dieu pour M~onfeigneur
le Duc de Bot1rgogne,
ane longue vie , la pieté de
Saint Loüis :»cou.ces les vcrcu~ - - .... ~ .. _____ . . - ,;- _ ........ - ... ·- .. ... ... - - ..
GAL,A T. 207
Je fës augufres A yeux, & le
zele pour r·extirpation de
l'Héréfie, qui fait le carad:ere
particulier de Loü1s LE
GRAND· Ei1 fuite il entonna.
le Te Deum fuivant les ordres
de Mr r Archevef que.
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Résumé : « Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Le 16 du mois, le Père Aléxis du Buc a reçu l'abjuration d'un gentilhomme allemand devant une grande foule. Il a prié pour la longue vie et la piété du Duc de Bourgogne. Il a souligné son ardeur contre l'hérésie, rappelant Louis le Grand. Ensuite, il a chanté le Te Deum sur ordre de l'Archevêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 159-162
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Party de ceux de la Religion Prétenduë Reformée continuë [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Conversions, Marquis, Archevêque, Madame, Controverse, Abjuration, Gentilhomme, Calvin, Cérémonie
6
p. 7-79
DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
Début :
Messieurs, Les grandes difficultez qui m'embarassent depuis longtemps sur les [...]
Mots clefs :
Religion, Ministre, Véritable Église, Abjuration, Humilité, Dieu, Prière, Méditation, Députés, Écritures, Synode, Communion, Controverse, Bible, Foi, Jésus, Salut, Obscurité, Chrétiens, Saint-Esprit, Connaissances, Explications, Doctrine, Parole de Dieu, Enseignement, Livres d'Évangiles, Autorité divine, Immortalité, Prophètes, Morale, Dogme, Sentiments, Conscience, Fidèles, Consistoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
DISCOURS
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
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Résumé : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
M. Gilly expose son retour à l'Église catholique, motivé par des raisons de conscience et de crainte de Dieu. Initialement convaincu de la suffisance de l'Écriture pour guider la foi, il a découvert des contradictions et des ambiguïtés après des études approfondies et des disputes avec les Remontrants. L'Écriture, isolée de l'intelligence publique de l'Église, ne peut être la seule règle de foi en raison de ses obscurités et de ses multiples interprétations possibles. Les théologiens utilisent des clés d'interprétation pour expliquer l'Écriture, reconnaissant que certaines doctrines ne sont pas établies par l'Écriture seule. Gilly souligne que l'Écriture ne contient pas clairement toutes les vérités essentielles de la foi chrétienne. L'Ancien Testament ne suffit pas à reconnaître l'autorité divine de ses livres ni à contenir clairement des dogmes essentiels comme l'immortalité de l'âme ou la résurrection des corps. Le Nouveau Testament, bien que contenant des vérités essentielles, ne couvre pas toute la doctrine chrétienne de manière évidente. Des pratiques comme le baptême des enfants ou la célébration du dimanche ne trouvent pas de réponses évidentes dans l'Écriture seule. La confusion dans l'interprétation des Écritures conduit à des divisions dans le christianisme. Pour pallier ces difficultés, Gilly propose de compléter l'Écriture par la tradition et l'intelligence publique de l'Église. Il soutient que l'Écriture seule ne suffit pas comme règle unique de croyance et d'action, et qu'il est crucial d'ajouter la tradition universelle, attestée par le consentement unanime des chrétiens. Cette tradition est vue comme le seul moyen sûr et divin pour guider les fidèles. Les écrits anciens étant sujets à diverses interprétations, le témoignage unanime de l'Église est essentiel pour connaître les livres sacrés, les miracles de Jésus-Christ et les enseignements des apôtres. Gilly exprime sa soumission à la foi catholique romaine, seule communion respectant ce principe. Cette déclaration a été faite lors d'un synode réunissant des députés des consistoires de Touraine, d'Anjou et du Maine, au sein de la religion prétendue réformée. Le discours de M. Gilly n'a pas été interrompu, peut-être en raison de la gravité et de l'éducation des participants, de la présence de M. d'Autichamp représentant Sa Majesté, ou de la surprise causée par cette action audacieuse et inattendue. Aucune réponse n'a suivi le discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 320-322
Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours aprés Mrs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres [...]
Mots clefs :
Ministres luthériens, Abjuration, Erreurs, Abbé Ratabon, Église, Peuple, Controverse, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Quelques no
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
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Résumé : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion de deux savants ministres luthériens, M. Pistorius et Stachs, qui renoncèrent à leurs erreurs et furent accueillis par l'abbé de Ratabon dans l'église cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. La cérémonie eut lieu en présence de notables locaux et d'une grande foule. Le père Dez, jésuite et recteur du séminaire, supervisa la controverse précédant leur déclaration de conversion. Les paroles des convertis furent si émouvantes que leur conversion fut jugée très réussie. L'église cathédrale de Strasbourg est également louée pour sa grandeur, sa magnificence, ses portes d'airain et la hauteur de sa tour pyramidale, mesurant cinq cent soixante-quatorze pieds. Cette tour, entièrement visible, est considérée comme l'une des plus admirables de la chrétienté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 54-60
Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez, Madame, que par ce qui est rapporté dans cette [...]
Mots clefs :
Hérésie, Conversions, Châtillon-Coligny, Édit, Privilèges, Prêcher, Temple, Prétendus réformés, Destructions, Arrêts, Controverse, Outrages, Louis le Grand, Extermination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Vous voyez, Madame, quer
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
par ce qui eft rapporté dans
cette Lettre , on connoift
qu'au moment de la Naiſſance
de Louis XIII . on découvrit
ce que LoIS LE GRAND
devoit faire un jour pour l'Extirpation
de l'Heréfie . La
quantité de Perfonnes qui
continuent de fe convertir,
donne lieu de dire qu'elle eft
aux abois. Vous fçavez déja
peut-eftre ce qui eſt arrivé
depuis trois mois en la Ville
de Chaftillon fur Loing. Par
l'Edit figné au Château d'Amboiſe
le 19. Mars 1563. on perGALANT.
55
mitaux Gentilshomes
d'avoir
des Preſches chez eux . Les
Seigneurs de Chaſtillon joüirent
de ce Privilege , & enfin
Gafpard de Coligny, Petit- Fils
de l'Amiral , fe trouvant incommodé
du grand nombre
de Peuple qui fe rendoit en
fon Chafteau de Chaftillon
pour affifter au Preſche , fit
transferer cet Exercice dans
la Ville vers l'année 1615. & .
en 1619. il acheta un Jardin ,
où fut bafty le Temple des
Prétendus Reformez . Ainfi à
l'exemple de plufieurs autres
Seigneurs , il fit un Exercice
E iiij
56 MERCURE
public d'un Exercice qui n'étoit
que perfonel Ona prouvé
par Piéces juftificatives , que
les Prétendus Reformez n'ont
commencé à faire leurs Pref
ches dans la Ville de Châtillon
qu'en 1619. dans la
quelle année ilsloüérent deux
Chambres pour y faire leur
Exercice , & que la Place où
ils ont bafty leur Temple, ne
fut achetée qu'en 1619. par
Gafpard de Coligny. Il eft
conſtant qu'avant ce tempslà
, l'Exercice de leur Religion
avoit toûjours efté fait hors
de la Ville, dans la Maifon du
GALANT. 57
Seigneur , qui payoit la principale
portion de l'entretenement
du Miniſtre , & que
cet Exercice dépendoit tellement
de fa perfonne , qu'on
n'auroit ofé y rien changer
qu'il ne l'euft permis . Toutes
ces chofes ayant eſté meurement
examinées , le Roy par
fon Arreft du Confeil d'Etat
du 12. Fevrier dernier , a interdit
pour toûjours l'Exercice
public de la Religion
Prétendue Reformée en la
Ville de Chaſtillon fur Loing,
& ordonné que le Temple
qui y eft conftiuit , fera dé58
MERCURE
moly juſqu'aux fondemens .
Cet Arreft , & plufieurs
autres de mefme nature, confirment
bien ce que le Pere
Alexis du Buc , Theatin, a dit
à la louange du Roy dans
une de fes Controverfes. On
pas de ce grand Monarne
dira
que, comme d'Aza Roy d'Ifraël,
Verumtamen non abftulit excelfa.
Aza eftoitpieux ; il avoit
du zéle pour le culte du vray
Dien. Fecit Aza , dit l'Ecriture
, rectum ante confpectum
Domini. Mais quelque grand
que fust fon zéle pour exterminer
l'Idolatrie , non abftulit:
GALANT. 59
excelfa , il n'abatit pas les Temples
que Salomon avoit fait baftir
aux Idoles. Henry le Grand,
dans un temps fâcheux , & dans
l'impoffibilité de fe vanger des
outrages de ceux de la Religion
Prétendue Reformée
, figna en
leur faveur l'Edit de Nantes,
& leur accorda le Temple de Charenton
, qui est contraire à l'Ar-
·
ticle
14.
de cet Edit , qui défend .
de faire aucun Exercice public de
·la Religion , plus prés de Paris
que quatre lienës. Louis le fufte,
à qui Dieu avoit prestéfon Bras
pour ôter la Rochelle aux Prétendus
Reformez , n'abatit pas
60 MERCURE
le zéle du
les Temples qu'ils y avoient , verumtamen
non abftulit ex.
celfa ; mais LOUIS LE GRAND
imitant la pieté
SaintRoyFofias, qui ôta les Antels
des faux Dieux , & chaſſa
les faux Prophetes , fait démolir
les Prefches par tout fon Royaume
, détruit les Colleges où l'on
enfeignoit l'Heréfie , dans tous
les endroits où l'on n'a point de
droit d'en avoir , employe fa
puissance à exterminer ce Monftre
du fein de fes Etats.
Fermer
Résumé : Article touchant la Démolition du Temple de Chastillon sur Loing, [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements relatifs à la religion réformée en France, particulièrement à Châtillon-sur-Loing. À la naissance de Louis XIII, des signes annonçaient les futures actions de Louis XIV contre l'hérésie. En 1563, un édit autorisa les gentilshommes à organiser des prêches chez eux. Gaspard de Coligny, petit-fils de l'amiral, déplaça ces prêches en ville en 1615 et acquit un jardin pour y construire un temple en 1619. Avant cela, les prêches se déroulaient dans la maison du seigneur, qui finançait principalement le ministre. Le roi, par un arrêt du Conseil d'État du 12 février, interdit l'exercice public de la religion réformée à Châtillon-sur-Loing et ordonna la démolition du temple. Cet arrêt illustre les mesures de Louis XIV contre les temples réformés, s'inspirant de la piété de rois antérieurs comme Saint Louis, qui avait éliminé les faux dieux et prophètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 23-59
LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
Début :
Mr Gilbert, Gentilhomme de Die en Dauphiné, apres avoir fait plusieurs / MONSIEUR MON CHER FRERE, Je croy que vous ne serez [...]
Mots clefs :
Conversions, Prétendus réformés, Dauphiné, Die, Abjuration, Ministre, Religion catholique, Difficulté, Réformateurs, Protestants, Erreurs, Unité de l'Église, Autorité, Confession, Calvin, Luther, Dieu, Culte, Désolation, Écriture, Concile, Secte, Controverse, Sacrements, Martyrs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
FM Gilbert, Gentilhomme
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
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Résumé : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
François-Michel Gilbert, ancien ministre protestant de Die en Dauphiné, relate sa conversion au catholicisme après une longue réflexion. Dans une lettre à son frère aîné, M. de Salieres, il explique que ses sentiments l'orientaient déjà vers le catholicisme, mais qu'il avait hésité en raison de ses préjugés et de son éducation protestante. Gilbert critique la Réforme protestante, jugeant la séparation des protestants injustifiée et les comparant aux donatistes. Il reproche aux réformateurs protestants l'absence de mission divine et de miracles, ainsi que leurs divisions et violences internes. Il dénonce également l'abolition de pratiques recommandées par l'Écriture et les saints Pères, comme l'abstinence et le célibat. Gilbert critique Martin Luther et ses successeurs, les accusant d'être motivés par l'orgueil et la vanité plutôt que par un véritable désir de réforme spirituelle. Il reproche aux réformateurs leur manque de respect envers l'Église catholique, qu'ils devraient considérer comme leur mère spirituelle, et leur ouverture des cloîtres pour satisfaire leur désir de leadership. Bien qu'il reconnaisse la corruption et l'ignorance de l'Église, il affirme que les réformateurs auraient dû attendre les remèdes divins sans usurper un droit divin. Il souligne que l'Église s'est réformée selon le modèle des premiers siècles et invite les protestants à revenir dans son sein. Le texte pose des questions rhétoriques sur la résistance de l'Église aux portes de l'enfer et critique les protestants pour leur manque de continuité historique et leur association avec des hérétiques. Il insiste sur l'importance de l'interprétation des Écritures par l'Église, considérée comme infaillible et souveraine. Gilbert mentionne également la nécessité de soumettre ses interprétations personnelles aux décisions de l'Église et aborde des questions de discipline ecclésiastique, comme la communion sous les deux espèces. Enfin, il exhorte son interlocuteur à réfléchir sérieusement à ces questions et à consulter des livres pour mieux comprendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
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