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1
p. 49-68
Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelle que Mercredy 24 de Janvier dernier, [...]
Mots clefs :
Roi du Portugal, Église, Rome, Cérémonies, Cardinal, Estrade, Ornements, Peintures, Médailles, Alphonse VI, Éminence, Couleurs, Armes, Mausolée
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texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
On a eu nouvelle que le
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
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Résumé : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Le 24 janvier 1685, un service funèbre solennel fut organisé à Rome en mémoire de Dom Alphonse VI, roi de Portugal. La cérémonie se déroula à l'église nationale de Saint-Antoine des Portugais, se distinguant par son ordre, son éclat et sa pompe, même selon les standards romains habitués aux spectacles somptueux. Le cardinal d'Estrées, protecteur des affaires du Portugal, et Domingos Barreiros Leita, résident du royaume, supervisèrent les préparatifs. L'abbé Benedetti, assisté de l'abbé Mesquita et de l'architecte Antonio Gherardi, dirigea la décoration de l'église. La façade de l'église fut ornée de peintures et de figures en relief, illustrant des thèmes liés à la cérémonie. La porte principale était drapée de noir, avec des statues symbolisant la Religion et la Force, ainsi qu'une inscription célébrant les conquêtes et la piété des rois de Portugal. Des médaillons ovales représentaient des actions héroïques des rois Alphonse Henriques et Alphonse II. À l'intérieur, les murs et la coupole étaient couverts de drap noir orné de motifs simples mais artistiques. Un mausolée imposant fut érigé devant le grand autel, orné de figures de la Mort et de médaillons représentant les âges de l'homme. Le cardinal d'Estrées distribua des aumônes à plus de quatre mille pauvres et offrit des rafraîchissements aux participants. La messe, célébrée par l'archevêque de Trebisonda, fut suivie d'un repas somptueux au Palais Farnèse, où vingt-huit prélats furent invités. La table fut dressée dans la galerie des Carraches, avec une succession de plats et de desserts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 76-87
INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Début :
Le plaisir que vous avez eu, Madame, de lire les Inscriptions / 1660. Entreveüe de Loüis XIV Roy de France & [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Règne, Roi de France, Marbre, Ornements, Louis XIV, Mariage, Naissance, Victoire, Armes, Conquête, Paix, Armée, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le plaifir que vous avez eu,
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
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Résumé : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le texte évoque l'intérêt croissant pour la lecture des inscriptions françaises de la Galerie de Versailles, dont l'usage se répand. Ces inscriptions accompagnent désormais les monuments publics dédiés à la gloire du roi. Un exemple marquant est l'Hôtel de Ville de Paris, où des inscriptions relatant les principaux événements du règne de Louis XIV, de la Paix des Pyrénées à l'année précédente, ont été ajoutées sur des tables de marbre noir. Ces inscriptions, écrites en français, permettent aux Français de se remémorer les grandes actions du roi dans leur langue maternelle, sans être distraits par des constructions obscures d'une langue étrangère. Les inscriptions de l'Hôtel de Ville de Paris couvrent plusieurs événements significatifs. Elles mentionnent la rencontre entre Louis XIV et Philippe IV d'Espagne en 1660, le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, et la naissance du Dauphin en 1661. Elles relatent également diverses victoires militaires et conquêtes territoriales, telles que la prise de Marsfal en 1663, la victoire contre les corsaires de Tunis et d'Alger en 1665, et la conquête de la Franche-Comté en 1668. Les inscriptions font état d'actions diplomatiques, comme le secours apporté aux Hollandais contre l'Angleterre en 1666 et la visite du légat pour satisfaire le roi après un attentat contre l'ambassadeur en 1664. Les événements mentionnés se poursuivent jusqu'en 1684, incluant des mariages royaux, des prises de villes, et des traités de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 140-145
Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Début :
Le ving-huit du mois passé Mr le Comte Bagliani, Envoyé [...]
Mots clefs :
Comte de Bagliani, Envoyé extraordinaire, Audience, Décès, Duchesse de Mantoue, Mariage, Enfants, Seigneurie, Marquis, Empereur, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le vingt - huit du mois .
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
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4
p. 194-200
Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs entrerent ensuite dans le Bosquet de l'Arc [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Eau, Jets d'eau, Bassins, Portiques, Degrés, Scabellons, Ornements, André Le Nôtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs entre
188 Suite du Voyage
rent enſuitte dans le Boſquet
de l'Arc de Triomphe. Il a esté
ainſi nommé parce que le
fond en repreſente un. Il a
trois Portiques.Au deſſus de
ces Portiques , ſont ſept Bafſins
, d'où s'élevent autant de
jets d'eau. Ces baſſins eſtant
remplis de l'eau que leur
fourniffent ces jets cette
eau retombe dans pluſieurs
autres baſſins qui font des
deux coſtés , ce qui forme
pluſieurs napes d'eau. Dans
le milieu de trois portiques ,
font trois jets , qui eftant
dans des baſſins élevez ; for-
,
ment encore autant de napes
.
des Amb. de Siam.
189
que
ue
pes. On monte à ces Portiat
ques par plufieurs degrez , &
ces degrez font tous remplis
de jets , dont l'eau retombe
dans un grand baffins quieft
th au bas. Aux deux coſtez de
det Arc de Triomphe , il y a
dh deux Obelifques entre deux
Piedeſtaux en maniere de
« Scabellons , & fur ces Scabelons
, font des baſſins , d'où
fortent des jets d'eau. On
for voit enfuite en retour
, &
Dde chaque côté , deux maqk
nieres de Pyramides élevées,
e d'un grand nombre de degrez
, & au deſſus un quarré
e d'eau , d'où pluſieurs jets for
Q
190 Suite du Voyage
tent. Aux deux côtez de ces
Pyramides font encore deux
Scabelons avec des Baffins &
des jets d'eau. Enſuite on
voit deux autres Obeliſques ,
fçavoir un de chaque côtez ,
leſquels ſe trouvent encore
chacun entre deux Scabelons,,
avec des ornemens , des Baffins
,& des jets pareils à ceux
des autres. Voila ce qui occupe
le fond & les deuxai
les de ce Boſquet. Quant à la
quatriéme face , qui eſt celle
qui regarde l'Arc de Triomphe,
elle ne laiſſe pas d'eſtre
auſſi remplie de beaucoup
d'ornemens, quoyqu'unepar
desAmb. de Siam. اوآ
لاث
3
tie en ſoit occupée pour fervir
d'entré à ce lieu. Il y a
des deux côtez des Pić-
( deſtaux avec des baffins , des
cafcades & des Figures qui
marquent les Triomphes de
la France. Quelque exacte
deſcription que je vienne de
faire de toutes ces chofes, il
* eft impoffible qu'on puifle
concevoir ſeulement la moitié
des beautez qu'elles renferment
, à moins qu'on ne
ſcache qu'outre les marbres
fort delicatement travaillez,
qui portent tant de differens
morceaux , la plupart de ces
morceaux , comme les Obe
Qij
191 Suite du Voyage
2
liſques & autres ouvrages
ſemblables , ſont faits de
bronze doré ; mais qu'il n'y
entre de cette matiere que
ce qu'il en faut pour former
le corps de ce qu'on veut
qu'elle repreſente ; de forte
qu'il y reſte beaucoup d'endroits
vuides , leſquels eftant
remplis par l'eau qui en s'é
levant vient occuper la place
de ces vuides , paroiffent
comme autant d'ouvrages de
cristal , enrichis de quantité
d'ornemens où l'or n'eſt pas
épargné par 3
Ce lieu eft du deſſein de
Mr le Noftre , dont le merdes
Amb. de Siam.
193
veilleux genie pour tout ce
qui regarde le lardinage , à
beaucoup contribué aux embelliſſemens
de la plupart des
Boſquets de Verſailles.
188 Suite du Voyage
rent enſuitte dans le Boſquet
de l'Arc de Triomphe. Il a esté
ainſi nommé parce que le
fond en repreſente un. Il a
trois Portiques.Au deſſus de
ces Portiques , ſont ſept Bafſins
, d'où s'élevent autant de
jets d'eau. Ces baſſins eſtant
remplis de l'eau que leur
fourniffent ces jets cette
eau retombe dans pluſieurs
autres baſſins qui font des
deux coſtés , ce qui forme
pluſieurs napes d'eau. Dans
le milieu de trois portiques ,
font trois jets , qui eftant
dans des baſſins élevez ; for-
,
ment encore autant de napes
.
des Amb. de Siam.
189
que
ue
pes. On monte à ces Portiat
ques par plufieurs degrez , &
ces degrez font tous remplis
de jets , dont l'eau retombe
dans un grand baffins quieft
th au bas. Aux deux coſtez de
det Arc de Triomphe , il y a
dh deux Obelifques entre deux
Piedeſtaux en maniere de
« Scabellons , & fur ces Scabelons
, font des baſſins , d'où
fortent des jets d'eau. On
for voit enfuite en retour
, &
Dde chaque côté , deux maqk
nieres de Pyramides élevées,
e d'un grand nombre de degrez
, & au deſſus un quarré
e d'eau , d'où pluſieurs jets for
Q
190 Suite du Voyage
tent. Aux deux côtez de ces
Pyramides font encore deux
Scabelons avec des Baffins &
des jets d'eau. Enſuite on
voit deux autres Obeliſques ,
fçavoir un de chaque côtez ,
leſquels ſe trouvent encore
chacun entre deux Scabelons,,
avec des ornemens , des Baffins
,& des jets pareils à ceux
des autres. Voila ce qui occupe
le fond & les deuxai
les de ce Boſquet. Quant à la
quatriéme face , qui eſt celle
qui regarde l'Arc de Triomphe,
elle ne laiſſe pas d'eſtre
auſſi remplie de beaucoup
d'ornemens, quoyqu'unepar
desAmb. de Siam. اوآ
لاث
3
tie en ſoit occupée pour fervir
d'entré à ce lieu. Il y a
des deux côtez des Pić-
( deſtaux avec des baffins , des
cafcades & des Figures qui
marquent les Triomphes de
la France. Quelque exacte
deſcription que je vienne de
faire de toutes ces chofes, il
* eft impoffible qu'on puifle
concevoir ſeulement la moitié
des beautez qu'elles renferment
, à moins qu'on ne
ſcache qu'outre les marbres
fort delicatement travaillez,
qui portent tant de differens
morceaux , la plupart de ces
morceaux , comme les Obe
Qij
191 Suite du Voyage
2
liſques & autres ouvrages
ſemblables , ſont faits de
bronze doré ; mais qu'il n'y
entre de cette matiere que
ce qu'il en faut pour former
le corps de ce qu'on veut
qu'elle repreſente ; de forte
qu'il y reſte beaucoup d'endroits
vuides , leſquels eftant
remplis par l'eau qui en s'é
levant vient occuper la place
de ces vuides , paroiffent
comme autant d'ouvrages de
cristal , enrichis de quantité
d'ornemens où l'or n'eſt pas
épargné par 3
Ce lieu eft du deſſein de
Mr le Noftre , dont le merdes
Amb. de Siam.
193
veilleux genie pour tout ce
qui regarde le lardinage , à
beaucoup contribué aux embelliſſemens
de la plupart des
Boſquets de Verſailles.
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Résumé : Arc de Triomphe, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des Ambassadeurs de Siam dans le Bosquet de l'Arc de Triomphe à Versailles. Ce bosquet, nommé ainsi en raison de sa représentation d'un arc de triomphe, comprend trois portiques surmontés de sept bassins avec des jets d'eau. L'eau retombe dans des bassins latéraux, formant plusieurs napes. Au centre des portiques, trois jets d'eau s'élèvent de bassins surélevés. L'accès aux portiques se fait par des escaliers remplis de jets d'eau retombant dans un grand bassin en bas. De chaque côté de l'arc de triomphe, deux obélisques sont placés entre des piédestaux ornés de bassins et de jets d'eau. Deux pyramides avec des degrés et un carré d'eau d'où sortent plusieurs jets sont également présentes, accompagnées de piédestaux avec des bassins et des jets d'eau. Deux obélisques supplémentaires complètent le décor. La quatrième face du bosquet, tournée vers l'arc de triomphe, est richement ornée avec des piédestaux, des cascades et des figures marquant les triomphes de la France. La beauté des lieux est soulignée par les marbres délicatement travaillés et les ouvrages en bronze doré, imitant le cristal et enrichis d'ornements en or. Ce bosquet est l'œuvre de Monsieur Le Nôtre, célèbre pour son génie en matière de jardinage et son apport aux embellissements des bosquets de Versailles.
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5
p. 297-308
Grand Escalier, [titre d'après la table]
Début :
Ils virent le mesme jour le grand Escalier de Versailles, [...]
Mots clefs :
Grand escalier, Marbre, Ornements, Degrés, Bronze, Escalier, Roi, Figures, Galeries, Monde, Paliers, Sculpture, Nations, Arcades, Pilastres, Charles Le Brun, Pierre Mignard
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texteReconnaissance textuelle : Grand Escalier, [titre d'après la table]
Ils virent le meſme jour le
grand Eſcalier de Verſailles ,
qui fait tant de bruit dans le
monde, & qui peut eſtre comparé
au plus bel Apartement
qu'il y ait fur la terre , fi toutefois
il s'en peut trouver un
auſſi riche.Cet Eſcalier a onze
toiſes de long fur cinq de large
, dans lesquelles largeurs
font compris les degrez d'en
bas , & celles des rampes.
On entre par trois Arca
des de face , dans un Veſti
bule de 39 pieds de large, fur
r3 de profondeur,dont le bas
eſt à compartiment de mar
bre ,& la Voûte d'ornemens,
Aa
286 Suite du Voyage
&trophées en Bas- relief do
ré.
On monte par trois degrez
, & trois arcades opposées
ſur le premier palier , large
de 55. pieds , & fur la profondeur
large de 18. Il eſt revétu
tout autour , comme le
bas , de compartimens de
marbre . En face de ces trois
Arcades , il y a un Eſcalier à
pans , d'onze degrez de marbre.
Le palier de deſſus eft
d'onze degrez en quarré.
-Dans la face & l'épaiffeur
du mur , eſt une niche ſurbaiflée
, & dedans un Baffin
de Marbre , foutenu de DauF
$ des Amb. de Siam. 287
phins de bronze. Deux Tritons
qui ſont deffus , ſupportent
une double coquille de
marbre , ornée d'un maſque
jettant de l'eau dans un panier
remply de coquilles. Ce
panier forme une nape qui
tombe dans le Baffinde marbre
, & qui ſe decharge par
un autre maſque , & par les
deux Dauphins , le tout de
bronze.
20.
Les rampes font de ro. pieds
de large , & chacune de
degrez de marbre ; les appuis
de meſme matiere , ſuportez
de balustres de bronze cize
lez & dorez au feu. Les deux
Aaij
288 Suite du Voyage
paliers font auſſi à compartimens
de marbre , & de 10
pieds de large . On paffe dans
les Appartemens par quatre
portes , richement ornées de
Sculpture , qui ſont ſur chacun
de ces paliers .
De deſſus les meſmes pa
liers on a élevé un Ordre
2
de d'Architecture Jonique
colomnes & pilaftres de marbre,
dont les bazes & les chapiteaux
ſont de bronze doré
au feu. Je pourrois vous parler
icy de quantité d'ornemens
de pareille matiere, qui
accompagnent un Bufſte du
Roy , fait de marbre blanc ,
A
h
des Amb. de Siam. 289
: & de ceux qui font face à un
endroit fi enrichy.
Les quatre maſſifs à coſté
de quatre portes des Appartemens
, font remplis entre
les pilaftres de feintes Tapifferies
à fond d'or , pleines
d'ornemens & de Figures.
Dans les quatre milieux il y
a pluſieurs Tableaux qui repreſentent
toutes les Conqueſtes
du Roy. Dans les places
entre ces maffifs & celles
des milieux , on a feint deux
Galeries de chaque coſté , du
meſme Ordre Jonique , & fur
le meſme plan , des paliers
dans lesquels font reprefen
Aa iij
290
Suite du Voyage
tées des Perſonnes de pluſieurs
Nations , comme fi elles paffoient
dans ces Galeries. Il y
a encore des Galeries au deffus
de la premiere corniche ,
&deux autres dans la longueur
des faces , ſupportées
par des Termes .
De grands poupes de
Vaiſſeaux font aux angles , &
fur l'extremité ; elles portent
4. Trophée d'Armes ſemblables
à celles des quatre Parties
du Monde. Ces Poupes font
foûtenuës de conſoles en arcboutant
, fortifiées de cornes
d'abondance & de coquilles
de Bronze. Aux côtez font
des Amb. de Siam. 191
des Captifs de Sculpture , &
au deſſous des Victoires .
Le Plafond eſt orné de
bas- reliefs octogones remplis
de Figures qui conviennent
au ſujet. De grands Rideaux
dont des termes tiennent les
cordons , tombent le long
des Attiques. On a encore
trouvé place dans cet Eſca
lier pour toutes les Muſes
pour la Peinture & pour la
Sculpture , pour des Captifs ,
pour les quatre Parties du
Monde avec leurs attributs ,
pour toutes les actions du
Roy , pour la Poësie , pour
belles Porcelaines , dont il n'y
en a point du tout. On y voit
,
292
هک
Suite du Voyage
mée , & pour Mercure. Joř
gnez-y les ornemens necef
faires pour lier toutes ces choſes
avec leurs attributs , &
vous vous reprefenterez tout
ceque l'Art & la Nature peuvent
produire.
Celieu est embellyde cette
maniere pour repreſenter un
jour de Fête , où les Divinitez
du Parnaſſe ſont affemblées
pour recevoir le Roy à
fon retour de la Guerre. On
fuppoſe que tout a eſté peint
par des Genies qui paroiſſent
en l'air, ornant encore la voute
de feſtons , ainſi que tout
le reſte de ce ſuperbe lieu.
Sa
des Amb. de Siam.
293
Sa Majesté eſt placée dans le
milieu
د
, pour marquer que
c'eſt pour Elle que cette Fête
ſe fait. Toutes les Nations
qui paſſerent dans les Galeries
feintes habillées diverſement
& à la maniere de leur
Païs regardent toutes ces
merveilles felon leur caractere
, en allant voir le grand
Prince dont la reputation les
a charmées. Tout ce que je
viens de vous décrire eſt de
Monfieur leBrun , & l'Eſcalier
eft du deſſein de Mr Manſard.
Le ſurprenant amas de tant
de Marbres differens , de tant
de divers ornemens de Bron-
Bb
294 Suite du Voyage
parler
,
ze doré , de tant de Figures
peintes & d'ornemens de relief,
de tant de dorure & de
tant d'action diverſes repreſentées
par le Pinceau , furprit
tellement les Ambaſſadeurs
, que l'un d'eux dit
Qu'il valoitbeaucoup mieux se
taire que de parler , quand le
grand nombre des choses qu'on
avoit à dire empéchoit que l'on
ne pût exprimer tout ce qu'on
penſoit. Ils s'attacherent beaucoup
à regarder les Figures
des differentes Nations qui
ſont peintes dans cette Galerie.
grand Eſcalier de Verſailles ,
qui fait tant de bruit dans le
monde, & qui peut eſtre comparé
au plus bel Apartement
qu'il y ait fur la terre , fi toutefois
il s'en peut trouver un
auſſi riche.Cet Eſcalier a onze
toiſes de long fur cinq de large
, dans lesquelles largeurs
font compris les degrez d'en
bas , & celles des rampes.
On entre par trois Arca
des de face , dans un Veſti
bule de 39 pieds de large, fur
r3 de profondeur,dont le bas
eſt à compartiment de mar
bre ,& la Voûte d'ornemens,
Aa
286 Suite du Voyage
&trophées en Bas- relief do
ré.
On monte par trois degrez
, & trois arcades opposées
ſur le premier palier , large
de 55. pieds , & fur la profondeur
large de 18. Il eſt revétu
tout autour , comme le
bas , de compartimens de
marbre . En face de ces trois
Arcades , il y a un Eſcalier à
pans , d'onze degrez de marbre.
Le palier de deſſus eft
d'onze degrez en quarré.
-Dans la face & l'épaiffeur
du mur , eſt une niche ſurbaiflée
, & dedans un Baffin
de Marbre , foutenu de DauF
$ des Amb. de Siam. 287
phins de bronze. Deux Tritons
qui ſont deffus , ſupportent
une double coquille de
marbre , ornée d'un maſque
jettant de l'eau dans un panier
remply de coquilles. Ce
panier forme une nape qui
tombe dans le Baffinde marbre
, & qui ſe decharge par
un autre maſque , & par les
deux Dauphins , le tout de
bronze.
20.
Les rampes font de ro. pieds
de large , & chacune de
degrez de marbre ; les appuis
de meſme matiere , ſuportez
de balustres de bronze cize
lez & dorez au feu. Les deux
Aaij
288 Suite du Voyage
paliers font auſſi à compartimens
de marbre , & de 10
pieds de large . On paffe dans
les Appartemens par quatre
portes , richement ornées de
Sculpture , qui ſont ſur chacun
de ces paliers .
De deſſus les meſmes pa
liers on a élevé un Ordre
2
de d'Architecture Jonique
colomnes & pilaftres de marbre,
dont les bazes & les chapiteaux
ſont de bronze doré
au feu. Je pourrois vous parler
icy de quantité d'ornemens
de pareille matiere, qui
accompagnent un Bufſte du
Roy , fait de marbre blanc ,
A
h
des Amb. de Siam. 289
: & de ceux qui font face à un
endroit fi enrichy.
Les quatre maſſifs à coſté
de quatre portes des Appartemens
, font remplis entre
les pilaftres de feintes Tapifferies
à fond d'or , pleines
d'ornemens & de Figures.
Dans les quatre milieux il y
a pluſieurs Tableaux qui repreſentent
toutes les Conqueſtes
du Roy. Dans les places
entre ces maffifs & celles
des milieux , on a feint deux
Galeries de chaque coſté , du
meſme Ordre Jonique , & fur
le meſme plan , des paliers
dans lesquels font reprefen
Aa iij
290
Suite du Voyage
tées des Perſonnes de pluſieurs
Nations , comme fi elles paffoient
dans ces Galeries. Il y
a encore des Galeries au deffus
de la premiere corniche ,
&deux autres dans la longueur
des faces , ſupportées
par des Termes .
De grands poupes de
Vaiſſeaux font aux angles , &
fur l'extremité ; elles portent
4. Trophée d'Armes ſemblables
à celles des quatre Parties
du Monde. Ces Poupes font
foûtenuës de conſoles en arcboutant
, fortifiées de cornes
d'abondance & de coquilles
de Bronze. Aux côtez font
des Amb. de Siam. 191
des Captifs de Sculpture , &
au deſſous des Victoires .
Le Plafond eſt orné de
bas- reliefs octogones remplis
de Figures qui conviennent
au ſujet. De grands Rideaux
dont des termes tiennent les
cordons , tombent le long
des Attiques. On a encore
trouvé place dans cet Eſca
lier pour toutes les Muſes
pour la Peinture & pour la
Sculpture , pour des Captifs ,
pour les quatre Parties du
Monde avec leurs attributs ,
pour toutes les actions du
Roy , pour la Poësie , pour
belles Porcelaines , dont il n'y
en a point du tout. On y voit
,
292
هک
Suite du Voyage
mée , & pour Mercure. Joř
gnez-y les ornemens necef
faires pour lier toutes ces choſes
avec leurs attributs , &
vous vous reprefenterez tout
ceque l'Art & la Nature peuvent
produire.
Celieu est embellyde cette
maniere pour repreſenter un
jour de Fête , où les Divinitez
du Parnaſſe ſont affemblées
pour recevoir le Roy à
fon retour de la Guerre. On
fuppoſe que tout a eſté peint
par des Genies qui paroiſſent
en l'air, ornant encore la voute
de feſtons , ainſi que tout
le reſte de ce ſuperbe lieu.
Sa
des Amb. de Siam.
293
Sa Majesté eſt placée dans le
milieu
د
, pour marquer que
c'eſt pour Elle que cette Fête
ſe fait. Toutes les Nations
qui paſſerent dans les Galeries
feintes habillées diverſement
& à la maniere de leur
Païs regardent toutes ces
merveilles felon leur caractere
, en allant voir le grand
Prince dont la reputation les
a charmées. Tout ce que je
viens de vous décrire eſt de
Monfieur leBrun , & l'Eſcalier
eft du deſſein de Mr Manſard.
Le ſurprenant amas de tant
de Marbres differens , de tant
de divers ornemens de Bron-
Bb
294 Suite du Voyage
parler
,
ze doré , de tant de Figures
peintes & d'ornemens de relief,
de tant de dorure & de
tant d'action diverſes repreſentées
par le Pinceau , furprit
tellement les Ambaſſadeurs
, que l'un d'eux dit
Qu'il valoitbeaucoup mieux se
taire que de parler , quand le
grand nombre des choses qu'on
avoit à dire empéchoit que l'on
ne pût exprimer tout ce qu'on
penſoit. Ils s'attacherent beaucoup
à regarder les Figures
des differentes Nations qui
ſont peintes dans cette Galerie.
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Résumé : Grand Escalier, [titre d'après la table]
Le texte décrit l'Escalier de Versailles, célèbre pour sa richesse et sa grandeur. Cet escalier mesure onze toises de long et cinq de large, et est accessible par trois arcades menant à un vestibule orné de marbre et de bas-reliefs. Le premier palier, large de 55 pieds, est également revêtu de marbre et comporte trois arcades opposées. Un escalier à pans de onze degrés de marbre conduit à un second palier carré, orné d'une niche contenant un bassin de marbre soutenu par des dauphins et des tritons en bronze. Les rampes, larges de dix pieds, sont bordées de balustres en bronze doré. Les paliers et les portes sont richement décorés de sculptures et de tableaux représentant les conquêtes du roi. Des galeries feintes et des statues de diverses nations sont également présentes. Le plafond est orné de bas-reliefs et de figures, et des rideaux sont tenus par des termes. L'ensemble est conçu pour représenter un jour de fête où les divinités du Parnasse accueillent le roi de retour de la guerre. Les ambassadeurs de Siam, impressionnés par la profusion de marbres, de bronzes dorés, de figures peintes et de divers ornements, ont exprimé leur admiration et leur incapacité à décrire pleinement la splendeur de l'escalier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 319-323
Les Ambassadeurs voyent le Roy en allant à la Chapelle, & entendent ensuite la Messe de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Début :
Le jour qu'ils allerent à la Messe du Roy, on les paça [...]
Mots clefs :
Messe du roi, Chapelle, Roi, Appartement, Marbre, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs voyent le Roy en allant à la Chapelle, & entendent ensuite la Messe de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Le jour qu'ils allerent à la
Meſſe du Roy , on les plaça
pour voir paffer Sa Majesté
306 Suite du Voyage
dans la premiere piece de
l'Appartement de Marbre ;
toutes les portes qui forment
une longue enfilade eſtoient
ouvertes . Ils examinerent la
longueur de ce vaſte & riche
Appartement , dont tous les
ornemens ſont de Marbres
précieux , & qui eſt embelly
de pluſieurs Colomnes de mê
me matiere. Il y a au bout de
cét Appartement un Cabinet
des Bains, où l'on ne voit que
de l'Or , du Marbre , & de
tres - belles Peintures , avec
tous les ornemens & les commoditez
qui conviennent à ce
licu. Il eſt au deſſus du grand
des Amb. de Siam.
307
Appartement de Sa Majeſté ,
& en occupe toute l'étenduë.
Aprés que les Ambaſſadeurs
eurent veu paffer ce Prince ,
qui eſtoit accompagné d'une
fort nombreuſe Cour , entre
deux rangs formez par les
Cent - Suiffes de la Garde ,
dont les Tambours & les Fifres
ſe faifoient entendre , ils
furent conduits à la Tribune ;
& lorſqu'ils eurent commencé
à examiner la Chapelle ,
on leur dit , qu'elle ne ſervoit
à Sa Majesté qu'en attendant
qu'on eust achevé d'en bâtir une
plus belle , à laquelle Elle faisoit
travailler. L'Ambaſſadeur
308 Suite du Voyage
doutoit répondit , Qu'il ne
point qu'un Roy auffi pieux que
l'est ce Monarque , ne logeat
encore mieux ſon Dieu que luymesme.
Comme il eſtoit ce
jour-là Dimanche , ils virent
preſenter le Pain - Benît au
Roy , & demanderent qu'on
leur expliquât ce que c'eſtoit
que cette Ceremonie &
pourquoi on preſentoit ce
Pain. Ils écouterent la mи-
ſique avec attention , & parurent
y prendre beaucoup
de plaiſir. Ils remarquerent
la pieté du Roy , qui les édifia
beaucoup ; & aprés avoir
demeuré à genoux pendant
د
toute
1
des Amb. de Siam.
309
toute la meſſe , ils ſortirent
fort fatisfaits , tant de nos Ceremonies
, que d'avoir veu là
toute la Court fort commodement.
Meſſe du Roy , on les plaça
pour voir paffer Sa Majesté
306 Suite du Voyage
dans la premiere piece de
l'Appartement de Marbre ;
toutes les portes qui forment
une longue enfilade eſtoient
ouvertes . Ils examinerent la
longueur de ce vaſte & riche
Appartement , dont tous les
ornemens ſont de Marbres
précieux , & qui eſt embelly
de pluſieurs Colomnes de mê
me matiere. Il y a au bout de
cét Appartement un Cabinet
des Bains, où l'on ne voit que
de l'Or , du Marbre , & de
tres - belles Peintures , avec
tous les ornemens & les commoditez
qui conviennent à ce
licu. Il eſt au deſſus du grand
des Amb. de Siam.
307
Appartement de Sa Majeſté ,
& en occupe toute l'étenduë.
Aprés que les Ambaſſadeurs
eurent veu paffer ce Prince ,
qui eſtoit accompagné d'une
fort nombreuſe Cour , entre
deux rangs formez par les
Cent - Suiffes de la Garde ,
dont les Tambours & les Fifres
ſe faifoient entendre , ils
furent conduits à la Tribune ;
& lorſqu'ils eurent commencé
à examiner la Chapelle ,
on leur dit , qu'elle ne ſervoit
à Sa Majesté qu'en attendant
qu'on eust achevé d'en bâtir une
plus belle , à laquelle Elle faisoit
travailler. L'Ambaſſadeur
308 Suite du Voyage
doutoit répondit , Qu'il ne
point qu'un Roy auffi pieux que
l'est ce Monarque , ne logeat
encore mieux ſon Dieu que luymesme.
Comme il eſtoit ce
jour-là Dimanche , ils virent
preſenter le Pain - Benît au
Roy , & demanderent qu'on
leur expliquât ce que c'eſtoit
que cette Ceremonie &
pourquoi on preſentoit ce
Pain. Ils écouterent la mи-
ſique avec attention , & parurent
y prendre beaucoup
de plaiſir. Ils remarquerent
la pieté du Roy , qui les édifia
beaucoup ; & aprés avoir
demeuré à genoux pendant
د
toute
1
des Amb. de Siam.
309
toute la meſſe , ils ſortirent
fort fatisfaits , tant de nos Ceremonies
, que d'avoir veu là
toute la Court fort commodement.
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Résumé : Les Ambassadeurs voyent le Roy en allant à la Chapelle, & entendent ensuite la Messe de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent la messe du roi de France et furent placés dans la première pièce de l'Appartement de Marbre, admirant sa longueur et sa richesse décorée de marbres précieux et de colonnes. À l'extrémité de cet appartement se trouvait un cabinet des bains orné d'or, de marbre et de belles peintures. Ils observèrent le roi passer, accompagné de sa cour et des Cent-Suisses, puis furent conduits à la tribune pour examiner la chapelle, temporaire en attendant une construction plus belle. L'ambassadeur exprima son admiration pour la piété du roi, notant que ce dernier logeait son Dieu aussi bien que lui-même. Ils assistèrent à la présentation du pain bénit au roi et demandèrent des explications sur cette cérémonie. Ils écoutèrent attentivement la musique et furent édifiés par la piété du roi, qui resta à genoux pendant toute la messe. Ils sortirent satisfaits, tant par les cérémonies observées que par la commodité avec laquelle ils purent voir toute la cour.
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7
p. 319-320
Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Début :
La derniere Comedie qu'ils ont veuë, a esté celle de l'Inconnu. [...]
Mots clefs :
Comédie, La Grange, Ornements, Troupe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
La derniere Comedie qu'ils
ont veuë, a eſté celle de l'In
connu. Ils prirent beaucoup
de plaifir aux ornemens dont
cette Piece eft remplie , &
ſceurent en démefler le ſujer.
Mr de la Grange les remer
cia de ce que leur Troupe
avoit eſté la premiere & la
Dd iiij
320 IV. P. du Voyage
T
derniere honorée de leur pre
fence ; & marqua la joye
qu'ils devoient avoir de rem
porter une reputation ſi univerſelle
, & d'avoir plû dans
une Cour qui fert de modele
à toutes les autres , & où
l'on a bien- toſt découvert le
faux merite . Il dit encore
beaucoup d'autres choſes qui
feroient trop longues à rapporter.
ont veuë, a eſté celle de l'In
connu. Ils prirent beaucoup
de plaifir aux ornemens dont
cette Piece eft remplie , &
ſceurent en démefler le ſujer.
Mr de la Grange les remer
cia de ce que leur Troupe
avoit eſté la premiere & la
Dd iiij
320 IV. P. du Voyage
T
derniere honorée de leur pre
fence ; & marqua la joye
qu'ils devoient avoir de rem
porter une reputation ſi univerſelle
, & d'avoir plû dans
une Cour qui fert de modele
à toutes les autres , & où
l'on a bien- toſt découvert le
faux merite . Il dit encore
beaucoup d'autres choſes qui
feroient trop longues à rapporter.
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Résumé : Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Les spectateurs ont assisté à la pièce 'l'Inconnu' et ont apprécié les ornements et le sujet. Monsieur de la Grange a remercié les acteurs pour leur présence, soulignant que leur troupe avait été la première et la dernière à être honorée. Il a exprimé sa joie de voir leur réputation universelle et leur succès dans une cour modèle où le faux mérite est rapidement démasqué.
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8
p. 325-326
Ils vont voir une seconde fois le Monument que Mr de la Feuillade a fait élever à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ils passerent de-là dans la Place des Victoires, où [...]
Mots clefs :
Duc de La Feuillade, François III d'Aubusson, Place des victoires, Ornements, Figure du roi, Dorer, Monument
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir une seconde fois le Monument que Mr de la Feuillade a fait élever à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Ils paſſerentdelà
dans la Place des Victoires,
où ils virent des embelliffements
que Mr de la Feuillade
a fait faire à la figure da
Roy , en faiſant dorer tous
les ornements de ce magnifique
Ouvrage. L'Ambaffadeur
dit, que quand il ne feroit
pas à admirerppaarrsa beauté par
fon travail,&parsa richesse
526 IV. P. duVoyage
il le feroit à cause du grandRoy
qu'il reprefente , & qu'on devroit
auſſi le conſiderer beaucoup
par le zele de celuy qui l'a fait
élever.
dans la Place des Victoires,
où ils virent des embelliffements
que Mr de la Feuillade
a fait faire à la figure da
Roy , en faiſant dorer tous
les ornements de ce magnifique
Ouvrage. L'Ambaffadeur
dit, que quand il ne feroit
pas à admirerppaarrsa beauté par
fon travail,&parsa richesse
526 IV. P. duVoyage
il le feroit à cause du grandRoy
qu'il reprefente , & qu'on devroit
auſſi le conſiderer beaucoup
par le zele de celuy qui l'a fait
élever.
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9
p. 1012-1025
RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Début :
Sur les premiers avis qu'on eut à Constantinople que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Constantinople, Dauphin, Cérémonie, Fête, Ministres, Danse, Vizir, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
REJOUISSANCES faites au Pa-
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Le 19 mars 1730, à Constantinople, M. le Marquis de Villeneuve, ambassadeur de France, reçut la nouvelle de la naissance d'un Dauphin en France. Il organisa une fête de trois jours, initialement prévue pour le 17 novembre, mais reportée au 9 janvier en raison des conditions météorologiques. La nouvelle fut annoncée aux dignitaires turcs et aux ambassadeurs étrangers. Pour la fête, un édifice temporaire fut construit dans la rue de Pera, décoré de lauriers, de Fleurs de Lys et de Dauphins. L'allée menant au palais était ornée de lampes et de pots à feu, et un frontispice d'ordre dorique cachait la porte intérieure, avec des tableaux allégoriques et des inscriptions latines. La terrasse et le jardin étaient également décorés de manière somptueuse. La fête débuta le 8 janvier avec l'invitation de Janissaires et d'officiers turcs pour maintenir l'ordre. Le 9 janvier, l'ambassadeur fit distribuer de la nourriture aux esclaves chrétiens et des salves de canons furent tirées depuis des bâtiments français. L'après-midi, l'ambassadeur et son épouse assistèrent à un Te Deum à l'église des Capucins, suivi d'un souper avec cinq tables principales, dont une de 130 couverts pour les dignitaires. Les invités admirèrent les décorations et les danses turques, et un bal débuta à onze heures, se prolongeant jusqu'au matin. Les jours suivants, les festivités se poursuivirent avec des danses, des comédies et une illumination spectaculaire. La fête se conclut sans incident, grâce à la gestion ordonnée par l'Aga du Grand Vizir, qui reçut une récompense pour sa vigilance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1244-1245
BOUQUET, A M. Antoine ***
Début :
Quelle saison pour votre Fête ! [...]
Mots clefs :
Fleurs, Bouquets, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET, A M. Antoine ***
B OU QUET,
A M. Antoine *
Quelle Uelle saison pour votre
*
Fête!
J'ai beau chercher des fleurs pour orner votre
sête,
Je ne trouve que des glaçons ;
Quel présent , pour prouver à quel point je vous aime ;
La promte violette même ;
N'oseroit naître encore à l'abri des Buissons.
La nature gemit de se voir déparée
I. Vol.
Da
J'UIN. 1732. 1243
De tous ses plus beaux ornemens ;
Ce qu'elle avoit produit est détruit par Borée ,
Et la Cohorte des Autans ;
Les Zéphirs , Flore , et ses Compagnes
Ont abandonné nos Campagnes.
Je vais , faute de fleurs , former pour vous dés vœux ,
Puissent vos jours couler dans un repos heu
reux !
Qu'à Lachesis leur trame échape ,
Sans les remedes d'Esculape.
Que l'Astre qui fait les saisons ,
Fasse cent fois le tour de ses douze Maisons ;
Avant que la chaleur vous quitte ;..
Avant que vous passiez le fabuleux Cocyte.
M.CHABAUD.”
A M. Antoine *
Quelle Uelle saison pour votre
*
Fête!
J'ai beau chercher des fleurs pour orner votre
sête,
Je ne trouve que des glaçons ;
Quel présent , pour prouver à quel point je vous aime ;
La promte violette même ;
N'oseroit naître encore à l'abri des Buissons.
La nature gemit de se voir déparée
I. Vol.
Da
J'UIN. 1732. 1243
De tous ses plus beaux ornemens ;
Ce qu'elle avoit produit est détruit par Borée ,
Et la Cohorte des Autans ;
Les Zéphirs , Flore , et ses Compagnes
Ont abandonné nos Campagnes.
Je vais , faute de fleurs , former pour vous dés vœux ,
Puissent vos jours couler dans un repos heu
reux !
Qu'à Lachesis leur trame échape ,
Sans les remedes d'Esculape.
Que l'Astre qui fait les saisons ,
Fasse cent fois le tour de ses douze Maisons ;
Avant que la chaleur vous quitte ;..
Avant que vous passiez le fabuleux Cocyte.
M.CHABAUD.”
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Résumé : BOUQUET, A M. Antoine ***
L'auteur écrit à M. Antoine pour une fête hivernale, regrettant l'absence de fleurs. Il souhaite à M. Antoine un repos heureux et une longue vie. La lettre est signée M. Chabaud et datée de juin 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2117-2139
SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
Début :
Les raisons que j'avois, Monsieur, de séjourner à Caën, énoncées dans mes [...]
Mots clefs :
Voyage, Basse-Normandie, Abbaye de Cerisy, Bayeux, Cathédrale, Messe, Sacristie, Trésor, Ornements, Croix, Chanoine, Inscription, Buste, Diane de Poitiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
UITE du Voyage de Basse - Normandie ,
par M. D. L. R.
*
IX. LETTRE,
Lséjournerà Caen , énoncées dans mes Es raisons que j'avois , Monsieur , de
dernieres Lettres , subsistoient toujours:
elles m'engagerent de profiter de cette
occasion pour aller voir la Ville de
Bayeux , et l'Abbaye de Cerisy , l'une
des plus considérables de ce Diocèse. Le
même Docteur en Médecinè , homme
comme je vous ai dit , d'érudition , et
d'un agréable commerce ,
voulut encore
m'accompagner dans cette course. Nous
partîmes de Caën d'assez bon matin , et
comme Bayeux n'en est éloigné que de
six licuës , nous y arrivâmes avant l'heu-
* Ces Lettres sont dans le Mercure de Juin 1730.
vol.11 . et dans le Mercure d'Avril 1732.
re
2118 MERCURE DE FRANCE
re de dîner. Nous allâmes d'abord à la
Cathedrale , où après avoir entendu laMesse , nous fumes abordez fort gracieusement par M. l'Abbé de... Chanoine de
la connoissance du Médecin , qui nous
fit voir tout ce qu'il y a de remarquable
dans cette Eglise dédiée à la Vierge , et
nous instruisit de tout ce que des Voyageurs de notre espéce étoient bien aises
de ne pas ignorer. Le Bâtiment est un
Vaisseau assez spacieux , d'une Architecture gothique , mais bien éxécutée L'Autel principal , placé au fond du Chœur ,
est d'une simplicité noble et édifiante.
Le Chœur est seulement orné d'une Tapisserie qui représente la vie de la sainte
Vierge , à qui l'Eglise est dédiée , et les
Mysteres quiy ont du rapport. Leon Conseil , Chancelier de cette Eglise , en fit
faire les desseins, qui furent assez bien éxécutez , et lui en fit présent.
Une autre Tapisserie d'une fabrique
bien différente , régne autour de la Nef.
Elle n'a pas plus de deux pieds et demi
de hauteur ; c'est cependant un ornement instructif et des plus curieux qu'on
puisse trouver en ce genre. On y trouve
toute l'Histoire du fameux Guillaume II.
Duc de Normandie , par rapport à sa
Conquête du Royaume d'Angleterre , et
on
OCTOBRE. 1732. 2119
on peut dire que pour le tems auquel cet
ouvrage a été fait , il n'y a presque rien
à désirer pour les Figures , qu'un peu
plus de correction de dessein. Tous les
fonds restent à remplir , ce qui fait présumer que le projet étoit de faire ces
fonds en or ou en argent mais il ne
manque rien aux personnages , et aux Figures , qui composent ensemble un Monument respectable et instructif. Tout le
monde veut que la Princesse Mathilde
fille de Baudouin , Comte de Flandres Niéce du Roi Robert et de la Reine
Constance , Epouse du Duc Guillaume
fit faire cette Tapisserie pour immortaliser ses Exploits. Apparemment
cette Princesse ne vêcut pas assez pour faire achever entierement l'ouvrage. M. Foucault , qui en connoissoit le mérite , en
avoit fait dessiner quelques morceaux
qu'on a vûs à Paris dans sa Bibliotheque.
Depuis mon Voyage de Normandie , et après
la mort de M. Foucault , ce qu'il en avoit fait copier est heureusement tombé entre les mains de
M. Lancelot , qui a composé là- dessus un très-beau .
Discours qu'il a lû à l'Académie , dont il en est un
très-digne Membre ; et le R. P. de Montfaucon a
fait graver le même Monument dont il donne aussi l'explication dans les premiers Volumes de ses
Monumens de la Monarchie.
Nous
2120 MERCURE DE FRANCE
2 que
Nous passâmes dans la Sacristie , où
nous vîmes le Trésor , et beaucoup de riches Ornemens : nous y vîmes le petit
Coffre d'yvoire , de fabrique Moresque
qui renferme la Chasuble de S. Renobert,
second Evêque de Bayeux , fermé d'une
espéce de serrure d'argent , sur laquelle
est gravée une Inscription Arabe. J'ai
parlé,comme vous le sçavez , de ce Coffre
et de l'Inscription avant de les
avoir vûs , dans une de mes Lettres écrite à M. Rigord , qui est imprimée dans
les Mémoires de Trévoux du mois d'Octobre 1714. vous sçavez , dis je ,
sieur , par cette Lettre , que l'Inscription
éxactement copiée et apportée à M. Petist
de la Croix , Interpréte du Roi , chez qui
j'étois alors , se trouva être une Sentence
Mahometane , dont le sens est tel. Au
NOM DE DIEU. Quelque honneur que nousrendions à Dieu , nous ne pouvons pas l'honorer autant qu'il le mérite ; mais nous l'honoronspar son Saint Nom.
MonJe dis à cette occasion dans ma Lettre
que tout se peut concilier par le moyen
de l'Histoire et de la raison , mais que je
n'entreprenois pas de démêler comment ,
par qui , et en quel tems , deux choses
aussi opposées , que le sont la Relique
de S. Kenobert et le Coffret à Inscription
OCTOBRE.
1732 2121 tion Mahometane , ont pû se rencontrer
ensemble dans le lieu où elles sont aujourd'hui. Le R. P. Tournemine , qui dirigeoit alors le Journal de Trévoux , proposa là - dessus une conjecture qui paroît
plausible , et qu'il fit imprimer à la fin de
ma Lettre dans le même Journal.
» On sçait , dit- il , que Charles Martel
»
vainquit les Sarrazins proche de Tours ,
leur Camp fut pillé , la Cassete marquée de l'Inscription Arabe aura été
» prise en cette occasion , et la Reine
»
Ermantrude, Epouse de Charles le Chauve , à qui cette Cassete venoit de la suċcession de son Trisayeul, l'ayant euë de
» son mari , la consacra à
renfermer les
»Reliques de S. Renobert , qui avoit guéri le Roi son époux. Cette guérison et
la magnifique reconnoissance d'Ermantrude , sont marquées dans les Historiens. Cette Cassete étoit apparemment
» celle du Prince Sarrazin Abdarrha-
> man.
Quoiqu'il en soit , deux Auteurs nouveaux , sçavoir Dom Beaunier , Benedictin , et M. Piganiol de la Force , ont profité de ce que j'avois appris au public làdessus dès l'année 1714. l'un dans son
Recueil Historique, & c. des Archevêchez e
Evêchez de France , &c. Tom. II. p. 714.
B publié
2122 MERCURE DE FRANCE
publié en 1726. et l'autre dans son nou
veau Voyage de France , pag. 582. qui a
paru presque en même tems. Ils onttrouvé à propos l'un et l'autre de s'en faire
honneur , et de ne pas déclarer où ils ont
pris cette découverte , ce qui n'arrive ja- mais aux véritables Sçavans.
Le Chapitre de 1Eglise de Bayeux est
un des plus considérables qu'il y ait en
France il est composé de douze Digni
tez , dont la premiere est celle de Doyen,
et de cinquante Chanoines. Cette Eglise
reconnoît pour son premier Evêque saint
Exupere , vers la fin du deuxième, * siecle : pour second , S. Renobert , auquel
plusieurs autres saints Evêques ont suc- cedé. Elle a eu aussi des Cardinaux et des
Prélats très- distinguez par leur naissance ,
par leur doctrine et par leur pieté.. Les
Cardinaux sont Renaud , ou René de
Prie , Augustin Trivulce , Arnaud Dossat , Charles d'Humieres.
Au sortir de l'Eglise nous allâmes voir
le Subdelegué de M. l'Intendant , qui
*C'est la Chronologie d'un Historien Moderne
laquelle est rejettée par les meilleurs Critiques.
5. Renobert , second Evêque de Bayeux , assista
en 1630. à un Concile de Rheims , et par conséquent, &c.
nous
OCTOBRE. 1732.
nous retint à dîner, et nous engagea,
2723 puisque nous devions coucher à Bayeux , d'aller l'après dîner nous promener à S. Vigor , qui n'en est éloigné que d'un bon
quart de lieuë. Le Chanoine dont j'ai
parlé se joignit à nous , et j'appris encore bien des choses dans cette promenade.
S. Vigor ,
surnommé le Grand , pour
le distinguer de plusieurs Paroisses de même nom, dans le même pays , est un Prieuré de Benedictins de la Congrégation de
S. Maur ; le lieu est fort élevé , ensorte
qu'il y a beaucoup à monter pour y arriver ; mais il est très-agréable , et on découvre de- là une grande étendue de
Il est en même tems fort renommépays par.'
la dévotion des Peuples envers le Saint
de ce nom , qui a été l'un des premiers
Evêques de Bayeux , et par la cérémonie
qui s'y fait à chaque changement d'Evêque , lorsque le Prélat fait pour la premiere fois son Entrée publique dans la
Ville , et prend possession de son Eglise.
a
On ne voit rien à S. Vigor qui mérite
une attention singuliere.
L'Eglise du
Prieuré paroît bâtie sur une autre plus ancienne et ce qu'il y de nouveau
n'est pas achevé. Celle de la Paroisse est
très- moderne et fort propre. Les BeneBij dic
,
2124 MERCURE DE FRANCE
dictins de S. Maur , qui sont là en assez
petit nombre , ont bien réparé le Monastere , et ils édifient par leur éxacte régularité. Nous fûmes très-contens de leur
réception. Je trouvai dans leur petite
Bibliotheque , où sont aussi quelques titres , et les papiers de la Maison , une
Copie du Procès Verbal de la cérémonie
dont je viens de parler , telle qu'elle se
passa , lorsque François de Nesmond fit
sa premiere entrée dans la Ville de Bayeux.
Un Religieux âgé de près de 9o . ans , qui
ayoit assisté à cette cérémonie , me don-"
na l'Extrait qu'il avoit fait de ce Procès
Verbal , qui me parut curieux , et sur le
quel j'ai fait le petit narré que vous ne serez pas fâché de trouver ici.
M. l'Evêque ayant fixé le jour de son
Entrée solemnelle dans la Ville de Bayeux
au 15 Mai 1662. Il se rendit , selon la
coûtume, le matin du jour précédent à la
Chapelle de Notre Dame de la Délivrande. M. Buhot de Cartigny , Docteur de
Sorbonne , Directeur de cette Chapelle
le reçût à la Porte , revêtu d'une Chape
assisté des Prêtres qui la desservent , et le
harangua, L'Evêque étant entré , et s'étant mis à genoux sur un Prie- Dieu , le
même Chanoine lui présenta la Croix à
baiser. Après avoir fait sa priere , il célébra
OCTOBRE. 1732. 2125
6
bra la Messe , il se rendit ensuite à saing
Vigor,monté sur une Haquenéé blanche
pour y passer le reste du jour , et coucher
dans le Monastere.
Le Prélat fut conduit-une partie du chemin les Vassaux et les Habitans sous par
les armes de la Baronie de Douvres. Il
rencontra à deux ou trois lieues de Saint
Vigor les Députez du Chapitre deBayeux,
quatre Dignitez , et quatre Chanoines
qui le complimenterent. La Noblesse
vint aussi en grand nombre le saluer , le
Marquis de Colombieres , quoique de la
Religion P. R. portant la parole , ce
Marquis et les principaux de la Noblesse
l'accompagnerent jusqu'au Prieuré.
M. de Choisy , Seigneur du Fief de
Beaumont , qui releve de l'Evêché , se
trouva à la descente , et tint l'étrier , suivant l'obligation de son Fief ; le Prélat
étant descendu , le Gentilhomme se saisit
de la Haquenée , qu'il envoya , montée
par un autre Gentilhomme,à son Ecurie ,
selon le droit du même Fief.
L'Evêque se mit tout de suite sous un
Dais porté par quatre Religieux ; et prenant le chemin de l'Eglise , il fût reçû à
l'entrée du Cimetiere de la Paroisse par
le Prieur des Benedictins . Quand il fût arrivé à l'Eglise du Prieuré , on chanta le
B iij Te
2126 MERCURE DE FRANCE
1
Te Deum , et ensuite il fut conduit à sor
Appartement parles principaux de la Ng
blesse , &c. A l'heure du souper on lu
servit en maigre un Repas fort frugal
suivant le Cérémonial.
Le lendemain de grand matin , tout I
Clergé Séculier et Régulier de la Vill
s'étant assemblé au son des grosses Clo
ches dans l'Eglise Cathedrale , il se form
une Procession , dont le Corps du Cha
pitre faisoit la queue , laquelle se rendi
au Prieuré de S. Vigor. Le Doyen et le
principaux du Chapitre monterent à
l'appartement du Prélat , qu'ils trouve.
rent en prieres. Après de profondes révé rences , le Doyen le conduisit dans un
Chapelle de l'Eglise , où le Sacristain lu
ôta ses souliers et ses bas , et lui mit ur
espéce de sandales fort minces. On le r
vêtit en même-tems d'une Chappe blan
che , et on lui mit une Mitre toute sir
ple. Il alla ainsi se placer dans une ancie
ne Chaire de marbre, couverte d'un Dai
qui est près le grand Autel , où M.
Franqueville de Longaulnay le harai. ;
en présence du Clergé. L'Evêque se le
immédiatement après , et partit de S. Y
gor pour se rendre à Bayeux en
ordre.
Il étoit placé entre Mrs de Chois Bai
OCTOBRE. 1732. 2127
le Baron deBeaumont, et le Baron de Bosqbrunville , représentant le Seigneur d'E
trehan , soutenant l'un et l'autre les bouts
de sa Chappe , dont deux Aumoniers portoient la queue. Derriere étoit un Gentilhomme armé de toutes piéces à l'antique,'
portant une Hallebarde sur l'épaule , seÎon le devoir de son Fief, et un autre
Vassal marchoit immédiatement devant
le Prélat , semant de la paille depuis saint
Vigor jusqu'à la Porte de l'Eglise de
S. Sauveur de Bayeux. Les Compagnies
Bourgeoises qui étoient sous les armes ,
formerent cependant une double haye
depuis le Monastere des Capucins jusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
L'Evêque entra , suivant la coûtume ,
dans l'Eglise de S. Sauveur , on lui lava
les mains et les pieds. Le Bassin et l'Aiguiere d'argent appartiennent au Curé
de cette Eglise ; mais le Curé étant alors
en * Déport , ils furent donnez au Chapitre. Après avoir pris des Habits pontificaux , plus riches que les précedens , il
$ rendit à la Porte de l'Eglise Cathedra
qu'il trouva fermée , et qui fût ou-
* Déport est le nom qu'on donne au droit qu'ont
les Evêques de Normandie , de joüir des revenus des
Cures de leurs Diocèses la premiere année de la vacance de chacun de ces Benefices.
B iiij verte
2128 MERCURE DE FRANCE
1
verte un moment après par quatre Chanoines.
Le Prélat se mit à genoux , à l'entrée ,
sur un Carreau de velours violet ; et après
avoir fait la priete , il fit le serment accoutumé. On le conduisit tout de suite
au Chœur jusqu'à sa Chaire Episcopale ,
et après qu'on eut chanté solemnellement
le Te Deum , il entra dans la Sacristie ,
il prit les plus magnifiques ornemens. Il
celebra la Messe pontificalement , assisté
de quatre Diacres , et de quatre Soudiacres.
où
La Messe étant finie , l'Evêque fut conduit en son Palais par le Chapitre , qu'il
retint à dîner , ainsi que les Barons , et
plusieurs autres personnes de condition
qui s'étoient trouvez à la cérémonie. Le
même jour il reçut les complimens de
tous les Corps de la Ville. Il reçut même
celui du Ministre de la Religion P.R.qui
fut éloquent , respectueux , et fort applaudi.
* La même ceremonie icy décrite , a été renouvellée depuis peu à la prise de possession de M. de
Luynes , actuellement Evêque de Bayeux ; et il en a paru une Relation en forme de Lettre , addressée
par le Chevalier de S. Jory , à Madame la Duchesse
de Chevreuse, imprimée à Caen. Cette Relation oùs
il ne falloit que de la simplicité et de l'exactitude ,
est si pleine d'emphase et de choses déplacées , &e,
qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
OCTOBRE. 1732. 2129
Nous rentrâmes de fort bonne heure
dans la Ville , ce qui me donna lieu de retourner à l'Eglise Cathedrale, pour voir la
Bibliotheque et le Chartrier du Chapitre ;
c'est presque la même chose. Quoique cette Bibliotheque , comme la plupart de
celles des autres Chapitres , Abbayes et
Monasteres ait souffert beaucoup de diminution par la vicissitude et par les malheurs des temps , on y trouve encore de
bons Manuscrits , qui regardent non- seu
lement l'Eglise , et le Diocèse de Bayeux,
mais qui pourroient encore beaucoup servir pour 'Histoire generale de la Province , même pour l'Histoire d'Angleterre ;
à cause de la part qu'ont eû quelques Evêques de Bayeux aux affaires d'Etat des
Ducs de Normandie , devenus Rois de la
Grande Bretagne. On tireroit sur tout
beaucoup de lumieres des Ecrits d'Eusebe
l'Angevin , docte Chanoine de Bayeux ;
qui sont dans ce Chartrier.
Ony apprend que l'Evêque deBayeux a
droit de sacrer le Métropolitain , Primat
de Normandie , en qualité de Doyen des
Evêques de la Province,et que cette qualité de Doyen lui fut confirmée dans un
Synode de la mêmeProvince, tenu à Caën
en 1061. en présence du Duc Guillaume ,
à cause de l'ancienneté de son Eglise , anB v te
2130 MERCURE DE FRANCE
.
térieure même à celle de Rouen , et à toutes les autres Eglises de la Normandie. Les Evêques y sont nommez en
cer ordre: Bayeux , Avranches , Evreux
Séez , Lisieux , Coûtances ; ce qui se trouve ainsi établi dans tous les Conciles Provinciaux , jusqu'au différend survenu entre Louis du Moulinet , Evêque de Séez
et Bernardin de S. François , Evêque de
Bayeux.
anco.com-
,
Le premier prétendoit la préséanc
me plus ancien Evêque dans le Concile
Provincial tņu à Rouen en 1581 , où
pré-idoit le Cardinal Chales de Bourbon.
Le second la lui disputoir par la prééminence don Siege , et par l'usage. On jugea par provision en faveur de lEvêque
de Bayeux comme Doyen de la Provin
ce Ecclésiastique. Il est vrai que le Pape
Grégoire X II. consulté sur cetre contestation, ordonna par son Rescrit de la même année 1581. qu'on se regleroit à l'avenir sur l'ancienn té de l'ordination ou
du Sacre des Evêques.
On trouve aussi dans ce même Lieu les
Ecrits historiques de Robert Cénalis ,
Chanoine de Bayeux , puis Evêque d'Avranches , l'un des meilleurs Esprits de
son temps , et dont l'ouvrage sur l'Histoire Topographyque de France est plein
de recherches curieuses. On
OCTOBRE. 1732. 21L
On apprend encore bien des choses.dans
un grand Cartulaire, nommé le Livre noir,
tout rempli de Titres et d'Actes autentiques.
C'est dans ce lieu qu'on est informé surement du mérite distingué, de plusieurs
Personnages illustres du Chapitre de cette
Eglise , entr'autres , de Robert Vaice, ou
de Vace , Chanoine sous Philippe de Harcourt , Auteur du Roman de Rou et des
Normans , écrit en Vers François , vers
l'an 1160. et dédié à Henry II. Roy d'Angleterre, dans lequel on apprend bien des
faits historiques , &c.
,
De Roger du Hommet, Archidiacre de
Bayeux, élu Evêque de Dol en 1160. d'Arnoul , Trésorier de la même Eglise , puis
Evêque de Lisieux , sçavant homme et
Auteur de plusieurs Ouvrages , mort en
1182. et enterré à S. Victor de Paris , où il
s'étoit retiré. De Pierre de Blois , Chanoine , Précepteur , puis Sécretaire de Guillaume.II. Roy de Sicile , ensuite Chancelier de Richard , Archevêque de Cantorbery, grand Homme d'Etat, et qui a beaucoup écrit , mort vers l'année 1200.
D'Etienne , Chanoine de Gavrai , neveu
du Pape Innocent III . qui le fit Cardinal,
mort en 1254.
D'Henry de Vezelai , Archidiacre , l'un
B vj des
2132 MERCURE DE FRANCE
/
des Exécuteurs du Testament de S.Louis,
puis l'un des Regens du Royaume , sous
Philippe le Hardy , enfin Chancelier de
France , mort vers l'année 1280.
De Raoul ou Radulphe de Harcourt ,
Chancelier de l'Eglise de Bayeux , Archidiacre et Chanoine de Rouen, Chantre de
la Cathedrale d'Evreux , Archidiacre de
Coutance , puis premier Aumônier du
Comte de Valois , fils de Philippe le Hardi , Conseiller d'Etat , &c. mort en 1301.
Les Eclaircissemens Historiques , pris
dans cette Bibliotheque et dans les Archives de l'Evêché , que nous visitâmes ensuite, me fourniroient une ample matiere
de parler aussi de plusieurs Evêques de
Bayeux Illustres par la naissance , par la
doctrine ou par la piéré ; mais je dois me
souvenir que j'écris une Lettre et non pas.
une Hi toire. Je me contenterai de faire
icy mention de deux outrois des plus distinguez de ces Prélats.
Ŏdon ou Eudes , surnommé le Grand,
fils de Herluin ou Hellouin , Comte de
Conteville , et d'Arlete,qui fut aimée par Robert , Duc de Normandie , amour qui
donna naissance au fameux Duc Guillaume, fut le trentiéme Evêque de Bayeux ,
en 1055. Il fit bâtir l'Eglise Cathedrale
et peindre dans la voute du Chanr , les
Ενέ
OCTOBRE. 1732. 2133
Evêques de Bayeux , réputez Saints. Il fit
faire aussi le grand Vitrage de la Nef,
peint suivant l'art de ce temps-là, qui s'est
perdu depuis , avec diverses représentations instructives et convenables au Lieu.
Ce Prélat donna , par une Charte , en
108 2. le Prieuré de S. Vigor , dont nous
avons parlé , à Gerenton , Abbé de saint
Benigne de Dijon , qui lui avoit rendu
favorable le Pape Urbain II. et choisit
pour sa sépulture , et pour celle de ses
Successeurs et de son Clergé , l'Eglise de
S. Vigor. Ce qui fut confirmé par une Bulle de l'année 1096.
Le même Evêque a joué un grand rôle
en Angleterre unie à la Normandie sous
un même Prince , dès l'année 1065. Il en
fut le Viceroy ; mais l'Histoire remarque
que son Gouvernement fut dur , et qu'il
usurpa souvent l'autorité souveraine ; ce
qui lui causa bien des disgraces.
Il partit enfin pour la Terre- Sainte avec
le Duc Robert son neveu ; ce voyage lui
fut fatal , car étant arrivé en Sicile, il tomba malade , et mourut à Palerme en l'année 1097. Gilbert , Evêque d'Evreux, prit
soin de ses Obseques , le fit inhumer dans
la Cathedrale , et Roger , Comte de Sicile , honora son Tombeau d'une Epitaphe.
Ce Prélat régit l'Eglise de Bayeux pendant
2134 MERCURE DE FRANCE "
dant so années. Il assista à 7 Conciles ou
Assemblées de la Province.
Philippe de Harcourt , 35 Evêque, est
celui qui après Odon , a fait le plus de
bien à l'Eglise de Bayeux. Il étoit Fils de
Robert , Sire de Hircourt , premier du
nom , et Frere de Guillaume Richard
Chevalier du Temple, qui en l'année 11115050. fonda la Commanderie de S. Etien- .
ne de Renneville , au Diocèse d'Evreux ,
dont j'ai parlé dans ma premiere Lettre ,
et où , comme je l'ai dit, on voit le Tombeau du Fondateur.
*
Ce Prélat fut d'abord Archidiac re d'Evreux; puis étant Evêque , il fonda l'Abbaye du Val- Richer , Ordre de Citeaux
et fit rebâtir en 1159. l'Eglise Cathédrale , où l'on voit son Tombeau, d'un Mar◄
bre grisatre. Sa mort arriva en l'année
1163 .
Pierre de Benais , Doyen , puis 42º Evêque de Bayeux , tint un Concile Diocésain , pour le rétablissement de la Disclpline , dans lequel furent faits 113 Statuts , qui sont insérez dans la Collection
des PP. Labbe et Cossart de l'année 1671.
et fort louez par le Sçavant P. Sirmond
qui les a aussi donnez dans son Recueil
* Cette Lettre est dans le Mercure de Decembre
1726. vol. 1. pag. 2696,
des
4
OCTOBRE. 1732. 2135
'des Conciles de France. Ce Prélat mourut
en 1306. six ans après la publication de ces
Statuts , dont il y a un beau Manuscrit
dans la Biblioteque de S. Victor de Paris.
C'est le même qui fonda le Collège de
Bayeux à Paris , qui subsiste encore dans
la rue de la Harpe.
que
Ason imitation François Servien, Evêde Bayeux , publia long-temps après
des Ordonnances Synodales , qui furent
imprimées en 1656. Et à propos de ce
dernier Prélat, nous apprimes que quand
on voulut l'inhumer en 1659.on ouvrit le
Tombeau de l'Evêque Guy, mort en 1259.
Son Corps fut trouvé entier , mais l'air le
réduisit bientôt en poussiere ; on lui trouva un Anneau d'or , enrichi d'un Saphir ,
qui nous fut montré dans le Trésor de '
l'Eglise Cathédrale.
Jean de Bayenx n'a pas gouverné ce
Diocèse , mais il mérite de tenir un rang
distingué parmi les Hommes Illust es qui
y sont nez. Ce vertueux Prélat fut d'abord Evêque d'Avranches, et ensuite Archevêque de Rollen. Grand amateur de la
Discipline il tint en l'année 1074. un Concile à Rouen , dans lequel on érigea en
Abbaye le Prieuré de S. Victor en Caux ,
à la priere de Roger de Mortemer. C'est
lui qui fit la Dédicace solemnelle de l'Eglise
2136 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Etienne de Caën en présence
du Duc Guillaume , qui en est le Fondateur. Ce Prélat composa un Ouvrage estimé : De Divinis Officiis , qui a été imprimé en 1641.
Nous apprîmes encore dans le Chartrier
de l'Evêché , qui peut fournir beaucoup .
de fait, historiques , principalement dans
un Cartulaire , nommé Le Livre Rouge ;
nous apprîmes , dis- je , qu'il y a une ancienne union entre PEglise Cathedrale
d'Auverre et celle de Bayeux , fondée sur
ce qu'on croit qu'Exupere venant d'Italie , passa par la Ville d'Auxerre , et y précha le Christianisme. Cette union fut renouvellée en 1520. par la Députation que
fit le Chapitre d'Auxerre , d'un de ses
Chanoines lequel reçut dans l'Eglise de
Bayeux les mêmes honneurs et jouit des
mêmes droits qui sont dûs aux Chanoines
de cette Eglise.
François Armand de Lorraine , fils de
Louis de Lorraine, Comte d'Armagnac &c.
Grand Ecuyer de France , et de Catherine de Neufville- Villeroy , est aujourd'hui Evêque de Bayeux depuis l'année
714. Il a succedé à François de Nesmond, Prélat d'un mérite accompli.
Je ne vous dirai rien , Monsieur, de la
Ville de Bayeux , qui n'est pas considé
rable
OCTOBRE. 1732. 2137
1
rable , quoique la Capitale du Païs Bessin,
à une lieue et demie de la Mer , ce qui
peut lui donner de grandes commoditez.
On y compte plus de quinze Paroisses ,
cependant elle est assez mal peuplée.Cette Ville a été long- temps au pouvoir des
Anglois ; mais le fameux Comte de Dunoit l'ayant assiégée pour le Roy Charles VII. il la prit par Capitulation , suivant laquelle tous les Anglois en sortirent
desarmez , et un bâton à la main. Ce qui arriva en 1450.
Comme nous étions sur le point de monter à Cheval , pour voir l'Abbaye de Cérisi , et retourner à Caën, je vis arriver un
Exprès qu'on m'envoyoit de Torigny, lequel ne m'ayant point trouvé dans cette Ville , crut devoir faire le voyage de
Bayeux, pour me rendre une Lettre, par la
quelle j'étois invité le plus gracieusement du monde , à me rendre dans ce beau
séjour , sous peine de ne revoir de longtemps mes compagnons de voyage, et d'ê
tre privé des plaisirs de plus d'une espece.'
On ajoutoit que je trouverois - là de l'Antique et du Moderne , pour contenter ma
curiosité et pour grossir mes Memoires.
Il ne fallut qu'un moment pour me déterminer; mais comme il étoit déja un peu
tard, je pris le parti de coucher à Bayeux
et
2138 MERCURE DE FRANCE
#
et d'aller à Torigny , par l'Abbaye de
Cérisy , sans repasser par Caën. Je passai
le reste du jour à revoir mon Memoire sur
Bayeux , et je le lus à deux ou trois personnes intelligentes et instruites , qui y
trouverent de l'exactitude ; à un parent ,
sur tout defeu M. Petite ,Chanoine et Of
ficial de Bayeux , qui lui a laissé quantité de Memoires d'un travail immense
sur l'Histoire Ecclesiastique et Civile de
Bayeux , qu'il avoit dessein de publier, et
qui manque à ce grand Diocèse.
*
Ce Chanoine étoit aussi fort curieux de
Médailles Antiques et Modernes , dont
il avoit amassé un très- grand nombre; les
Antiques furent acquises après sa mort ,
par M. Foucault ; et une partie des Modernes sont encore au pouvoir de ce proche Parent , qui voulut bien me les com-
* On peut dire que cette Histoire manque au Diocèse de Bayeux. Celle qui a été écrite par M. Her- mant, Curé de Maltot , et imprimée à Caën en
1705. ne peut gueres passer que pour une ébauche;
outre que des trois Parties, dont elle devoit être composée , l'Autheur n'en a encore publié que la premiere, qui est peu exacte du côté de la Chronologie ,
at qui ne donne pas une grande idée de sa Criti
que, &c. J'apprens que Dom Toussaints du Plessis
qui a écrit avec succès l'Histoire du Diocèse de
Meaux, et qui compose actuellement celle de l'Archevêché de Rouen, a pris des engagemens pour écrive aussi l'Histoire du Diocèse de Bayeux.
niquer
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX AND TILDEN
FOUNDATION8
.
VALENTINORVA DVX
DIANA
CLARISSIMA
AE
I
WAINWO
REM VICI
OCTOBRE. 1732 2139
muniquer aussi obligemment que les Manuscrits. Il fit plus , il me donna celle de
Diane de Poitiers, Duchesse deValentinois,
celebre dans notre Histoire , qui ne m'étoit point encore tombée entre les mains :
vous en trouverez ici un Dessein qui sarisfera , sans doute , votre curiosité ; il est
de la grandeur de l'Original . On y voit
d'un côté le Buste de cette Dame coëffée
et habillée suivant l'usage de son tems
avec cette Inscription : DIANA DUX VALENTINORUM CLARISSIMA , et de l'autre la
figure de Diane en pied avec son équipade Chasse ,foulant fierement l'Amour,
qui est terrassé à ses pieds, et ces mots auge
tour : OMNIUM VICTOREM VICI. Vous sentez , sans doute , l'allusion et la justesse
de ce symbole , pour le moins aussi flateur pour la Dame que pour le Grand et
Victorieux Monarque dont elle avoit fait
la conquête , il n'est pas nécessaire de
vous en dire davantage , ni de vous avertir que ma premiere Lettre vous rendra
un compte fidele de mon Voyage
par M. D. L. R.
*
IX. LETTRE,
Lséjournerà Caen , énoncées dans mes Es raisons que j'avois , Monsieur , de
dernieres Lettres , subsistoient toujours:
elles m'engagerent de profiter de cette
occasion pour aller voir la Ville de
Bayeux , et l'Abbaye de Cerisy , l'une
des plus considérables de ce Diocèse. Le
même Docteur en Médecinè , homme
comme je vous ai dit , d'érudition , et
d'un agréable commerce ,
voulut encore
m'accompagner dans cette course. Nous
partîmes de Caën d'assez bon matin , et
comme Bayeux n'en est éloigné que de
six licuës , nous y arrivâmes avant l'heu-
* Ces Lettres sont dans le Mercure de Juin 1730.
vol.11 . et dans le Mercure d'Avril 1732.
re
2118 MERCURE DE FRANCE
re de dîner. Nous allâmes d'abord à la
Cathedrale , où après avoir entendu laMesse , nous fumes abordez fort gracieusement par M. l'Abbé de... Chanoine de
la connoissance du Médecin , qui nous
fit voir tout ce qu'il y a de remarquable
dans cette Eglise dédiée à la Vierge , et
nous instruisit de tout ce que des Voyageurs de notre espéce étoient bien aises
de ne pas ignorer. Le Bâtiment est un
Vaisseau assez spacieux , d'une Architecture gothique , mais bien éxécutée L'Autel principal , placé au fond du Chœur ,
est d'une simplicité noble et édifiante.
Le Chœur est seulement orné d'une Tapisserie qui représente la vie de la sainte
Vierge , à qui l'Eglise est dédiée , et les
Mysteres quiy ont du rapport. Leon Conseil , Chancelier de cette Eglise , en fit
faire les desseins, qui furent assez bien éxécutez , et lui en fit présent.
Une autre Tapisserie d'une fabrique
bien différente , régne autour de la Nef.
Elle n'a pas plus de deux pieds et demi
de hauteur ; c'est cependant un ornement instructif et des plus curieux qu'on
puisse trouver en ce genre. On y trouve
toute l'Histoire du fameux Guillaume II.
Duc de Normandie , par rapport à sa
Conquête du Royaume d'Angleterre , et
on
OCTOBRE. 1732. 2119
on peut dire que pour le tems auquel cet
ouvrage a été fait , il n'y a presque rien
à désirer pour les Figures , qu'un peu
plus de correction de dessein. Tous les
fonds restent à remplir , ce qui fait présumer que le projet étoit de faire ces
fonds en or ou en argent mais il ne
manque rien aux personnages , et aux Figures , qui composent ensemble un Monument respectable et instructif. Tout le
monde veut que la Princesse Mathilde
fille de Baudouin , Comte de Flandres Niéce du Roi Robert et de la Reine
Constance , Epouse du Duc Guillaume
fit faire cette Tapisserie pour immortaliser ses Exploits. Apparemment
cette Princesse ne vêcut pas assez pour faire achever entierement l'ouvrage. M. Foucault , qui en connoissoit le mérite , en
avoit fait dessiner quelques morceaux
qu'on a vûs à Paris dans sa Bibliotheque.
Depuis mon Voyage de Normandie , et après
la mort de M. Foucault , ce qu'il en avoit fait copier est heureusement tombé entre les mains de
M. Lancelot , qui a composé là- dessus un très-beau .
Discours qu'il a lû à l'Académie , dont il en est un
très-digne Membre ; et le R. P. de Montfaucon a
fait graver le même Monument dont il donne aussi l'explication dans les premiers Volumes de ses
Monumens de la Monarchie.
Nous
2120 MERCURE DE FRANCE
2 que
Nous passâmes dans la Sacristie , où
nous vîmes le Trésor , et beaucoup de riches Ornemens : nous y vîmes le petit
Coffre d'yvoire , de fabrique Moresque
qui renferme la Chasuble de S. Renobert,
second Evêque de Bayeux , fermé d'une
espéce de serrure d'argent , sur laquelle
est gravée une Inscription Arabe. J'ai
parlé,comme vous le sçavez , de ce Coffre
et de l'Inscription avant de les
avoir vûs , dans une de mes Lettres écrite à M. Rigord , qui est imprimée dans
les Mémoires de Trévoux du mois d'Octobre 1714. vous sçavez , dis je ,
sieur , par cette Lettre , que l'Inscription
éxactement copiée et apportée à M. Petist
de la Croix , Interpréte du Roi , chez qui
j'étois alors , se trouva être une Sentence
Mahometane , dont le sens est tel. Au
NOM DE DIEU. Quelque honneur que nousrendions à Dieu , nous ne pouvons pas l'honorer autant qu'il le mérite ; mais nous l'honoronspar son Saint Nom.
MonJe dis à cette occasion dans ma Lettre
que tout se peut concilier par le moyen
de l'Histoire et de la raison , mais que je
n'entreprenois pas de démêler comment ,
par qui , et en quel tems , deux choses
aussi opposées , que le sont la Relique
de S. Kenobert et le Coffret à Inscription
OCTOBRE.
1732 2121 tion Mahometane , ont pû se rencontrer
ensemble dans le lieu où elles sont aujourd'hui. Le R. P. Tournemine , qui dirigeoit alors le Journal de Trévoux , proposa là - dessus une conjecture qui paroît
plausible , et qu'il fit imprimer à la fin de
ma Lettre dans le même Journal.
» On sçait , dit- il , que Charles Martel
»
vainquit les Sarrazins proche de Tours ,
leur Camp fut pillé , la Cassete marquée de l'Inscription Arabe aura été
» prise en cette occasion , et la Reine
»
Ermantrude, Epouse de Charles le Chauve , à qui cette Cassete venoit de la suċcession de son Trisayeul, l'ayant euë de
» son mari , la consacra à
renfermer les
»Reliques de S. Renobert , qui avoit guéri le Roi son époux. Cette guérison et
la magnifique reconnoissance d'Ermantrude , sont marquées dans les Historiens. Cette Cassete étoit apparemment
» celle du Prince Sarrazin Abdarrha-
> man.
Quoiqu'il en soit , deux Auteurs nouveaux , sçavoir Dom Beaunier , Benedictin , et M. Piganiol de la Force , ont profité de ce que j'avois appris au public làdessus dès l'année 1714. l'un dans son
Recueil Historique, & c. des Archevêchez e
Evêchez de France , &c. Tom. II. p. 714.
B publié
2122 MERCURE DE FRANCE
publié en 1726. et l'autre dans son nou
veau Voyage de France , pag. 582. qui a
paru presque en même tems. Ils onttrouvé à propos l'un et l'autre de s'en faire
honneur , et de ne pas déclarer où ils ont
pris cette découverte , ce qui n'arrive ja- mais aux véritables Sçavans.
Le Chapitre de 1Eglise de Bayeux est
un des plus considérables qu'il y ait en
France il est composé de douze Digni
tez , dont la premiere est celle de Doyen,
et de cinquante Chanoines. Cette Eglise
reconnoît pour son premier Evêque saint
Exupere , vers la fin du deuxième, * siecle : pour second , S. Renobert , auquel
plusieurs autres saints Evêques ont suc- cedé. Elle a eu aussi des Cardinaux et des
Prélats très- distinguez par leur naissance ,
par leur doctrine et par leur pieté.. Les
Cardinaux sont Renaud , ou René de
Prie , Augustin Trivulce , Arnaud Dossat , Charles d'Humieres.
Au sortir de l'Eglise nous allâmes voir
le Subdelegué de M. l'Intendant , qui
*C'est la Chronologie d'un Historien Moderne
laquelle est rejettée par les meilleurs Critiques.
5. Renobert , second Evêque de Bayeux , assista
en 1630. à un Concile de Rheims , et par conséquent, &c.
nous
OCTOBRE. 1732.
nous retint à dîner, et nous engagea,
2723 puisque nous devions coucher à Bayeux , d'aller l'après dîner nous promener à S. Vigor , qui n'en est éloigné que d'un bon
quart de lieuë. Le Chanoine dont j'ai
parlé se joignit à nous , et j'appris encore bien des choses dans cette promenade.
S. Vigor ,
surnommé le Grand , pour
le distinguer de plusieurs Paroisses de même nom, dans le même pays , est un Prieuré de Benedictins de la Congrégation de
S. Maur ; le lieu est fort élevé , ensorte
qu'il y a beaucoup à monter pour y arriver ; mais il est très-agréable , et on découvre de- là une grande étendue de
Il est en même tems fort renommépays par.'
la dévotion des Peuples envers le Saint
de ce nom , qui a été l'un des premiers
Evêques de Bayeux , et par la cérémonie
qui s'y fait à chaque changement d'Evêque , lorsque le Prélat fait pour la premiere fois son Entrée publique dans la
Ville , et prend possession de son Eglise.
a
On ne voit rien à S. Vigor qui mérite
une attention singuliere.
L'Eglise du
Prieuré paroît bâtie sur une autre plus ancienne et ce qu'il y de nouveau
n'est pas achevé. Celle de la Paroisse est
très- moderne et fort propre. Les BeneBij dic
,
2124 MERCURE DE FRANCE
dictins de S. Maur , qui sont là en assez
petit nombre , ont bien réparé le Monastere , et ils édifient par leur éxacte régularité. Nous fûmes très-contens de leur
réception. Je trouvai dans leur petite
Bibliotheque , où sont aussi quelques titres , et les papiers de la Maison , une
Copie du Procès Verbal de la cérémonie
dont je viens de parler , telle qu'elle se
passa , lorsque François de Nesmond fit
sa premiere entrée dans la Ville de Bayeux.
Un Religieux âgé de près de 9o . ans , qui
ayoit assisté à cette cérémonie , me don-"
na l'Extrait qu'il avoit fait de ce Procès
Verbal , qui me parut curieux , et sur le
quel j'ai fait le petit narré que vous ne serez pas fâché de trouver ici.
M. l'Evêque ayant fixé le jour de son
Entrée solemnelle dans la Ville de Bayeux
au 15 Mai 1662. Il se rendit , selon la
coûtume, le matin du jour précédent à la
Chapelle de Notre Dame de la Délivrande. M. Buhot de Cartigny , Docteur de
Sorbonne , Directeur de cette Chapelle
le reçût à la Porte , revêtu d'une Chape
assisté des Prêtres qui la desservent , et le
harangua, L'Evêque étant entré , et s'étant mis à genoux sur un Prie- Dieu , le
même Chanoine lui présenta la Croix à
baiser. Après avoir fait sa priere , il célébra
OCTOBRE. 1732. 2125
6
bra la Messe , il se rendit ensuite à saing
Vigor,monté sur une Haquenéé blanche
pour y passer le reste du jour , et coucher
dans le Monastere.
Le Prélat fut conduit-une partie du chemin les Vassaux et les Habitans sous par
les armes de la Baronie de Douvres. Il
rencontra à deux ou trois lieues de Saint
Vigor les Députez du Chapitre deBayeux,
quatre Dignitez , et quatre Chanoines
qui le complimenterent. La Noblesse
vint aussi en grand nombre le saluer , le
Marquis de Colombieres , quoique de la
Religion P. R. portant la parole , ce
Marquis et les principaux de la Noblesse
l'accompagnerent jusqu'au Prieuré.
M. de Choisy , Seigneur du Fief de
Beaumont , qui releve de l'Evêché , se
trouva à la descente , et tint l'étrier , suivant l'obligation de son Fief ; le Prélat
étant descendu , le Gentilhomme se saisit
de la Haquenée , qu'il envoya , montée
par un autre Gentilhomme,à son Ecurie ,
selon le droit du même Fief.
L'Evêque se mit tout de suite sous un
Dais porté par quatre Religieux ; et prenant le chemin de l'Eglise , il fût reçû à
l'entrée du Cimetiere de la Paroisse par
le Prieur des Benedictins . Quand il fût arrivé à l'Eglise du Prieuré , on chanta le
B iij Te
2126 MERCURE DE FRANCE
1
Te Deum , et ensuite il fut conduit à sor
Appartement parles principaux de la Ng
blesse , &c. A l'heure du souper on lu
servit en maigre un Repas fort frugal
suivant le Cérémonial.
Le lendemain de grand matin , tout I
Clergé Séculier et Régulier de la Vill
s'étant assemblé au son des grosses Clo
ches dans l'Eglise Cathedrale , il se form
une Procession , dont le Corps du Cha
pitre faisoit la queue , laquelle se rendi
au Prieuré de S. Vigor. Le Doyen et le
principaux du Chapitre monterent à
l'appartement du Prélat , qu'ils trouve.
rent en prieres. Après de profondes révé rences , le Doyen le conduisit dans un
Chapelle de l'Eglise , où le Sacristain lu
ôta ses souliers et ses bas , et lui mit ur
espéce de sandales fort minces. On le r
vêtit en même-tems d'une Chappe blan
che , et on lui mit une Mitre toute sir
ple. Il alla ainsi se placer dans une ancie
ne Chaire de marbre, couverte d'un Dai
qui est près le grand Autel , où M.
Franqueville de Longaulnay le harai. ;
en présence du Clergé. L'Evêque se le
immédiatement après , et partit de S. Y
gor pour se rendre à Bayeux en
ordre.
Il étoit placé entre Mrs de Chois Bai
OCTOBRE. 1732. 2127
le Baron deBeaumont, et le Baron de Bosqbrunville , représentant le Seigneur d'E
trehan , soutenant l'un et l'autre les bouts
de sa Chappe , dont deux Aumoniers portoient la queue. Derriere étoit un Gentilhomme armé de toutes piéces à l'antique,'
portant une Hallebarde sur l'épaule , seÎon le devoir de son Fief, et un autre
Vassal marchoit immédiatement devant
le Prélat , semant de la paille depuis saint
Vigor jusqu'à la Porte de l'Eglise de
S. Sauveur de Bayeux. Les Compagnies
Bourgeoises qui étoient sous les armes ,
formerent cependant une double haye
depuis le Monastere des Capucins jusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
L'Evêque entra , suivant la coûtume ,
dans l'Eglise de S. Sauveur , on lui lava
les mains et les pieds. Le Bassin et l'Aiguiere d'argent appartiennent au Curé
de cette Eglise ; mais le Curé étant alors
en * Déport , ils furent donnez au Chapitre. Après avoir pris des Habits pontificaux , plus riches que les précedens , il
$ rendit à la Porte de l'Eglise Cathedra
qu'il trouva fermée , et qui fût ou-
* Déport est le nom qu'on donne au droit qu'ont
les Evêques de Normandie , de joüir des revenus des
Cures de leurs Diocèses la premiere année de la vacance de chacun de ces Benefices.
B iiij verte
2128 MERCURE DE FRANCE
1
verte un moment après par quatre Chanoines.
Le Prélat se mit à genoux , à l'entrée ,
sur un Carreau de velours violet ; et après
avoir fait la priete , il fit le serment accoutumé. On le conduisit tout de suite
au Chœur jusqu'à sa Chaire Episcopale ,
et après qu'on eut chanté solemnellement
le Te Deum , il entra dans la Sacristie ,
il prit les plus magnifiques ornemens. Il
celebra la Messe pontificalement , assisté
de quatre Diacres , et de quatre Soudiacres.
où
La Messe étant finie , l'Evêque fut conduit en son Palais par le Chapitre , qu'il
retint à dîner , ainsi que les Barons , et
plusieurs autres personnes de condition
qui s'étoient trouvez à la cérémonie. Le
même jour il reçut les complimens de
tous les Corps de la Ville. Il reçut même
celui du Ministre de la Religion P.R.qui
fut éloquent , respectueux , et fort applaudi.
* La même ceremonie icy décrite , a été renouvellée depuis peu à la prise de possession de M. de
Luynes , actuellement Evêque de Bayeux ; et il en a paru une Relation en forme de Lettre , addressée
par le Chevalier de S. Jory , à Madame la Duchesse
de Chevreuse, imprimée à Caen. Cette Relation oùs
il ne falloit que de la simplicité et de l'exactitude ,
est si pleine d'emphase et de choses déplacées , &e,
qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
OCTOBRE. 1732. 2129
Nous rentrâmes de fort bonne heure
dans la Ville , ce qui me donna lieu de retourner à l'Eglise Cathedrale, pour voir la
Bibliotheque et le Chartrier du Chapitre ;
c'est presque la même chose. Quoique cette Bibliotheque , comme la plupart de
celles des autres Chapitres , Abbayes et
Monasteres ait souffert beaucoup de diminution par la vicissitude et par les malheurs des temps , on y trouve encore de
bons Manuscrits , qui regardent non- seu
lement l'Eglise , et le Diocèse de Bayeux,
mais qui pourroient encore beaucoup servir pour 'Histoire generale de la Province , même pour l'Histoire d'Angleterre ;
à cause de la part qu'ont eû quelques Evêques de Bayeux aux affaires d'Etat des
Ducs de Normandie , devenus Rois de la
Grande Bretagne. On tireroit sur tout
beaucoup de lumieres des Ecrits d'Eusebe
l'Angevin , docte Chanoine de Bayeux ;
qui sont dans ce Chartrier.
Ony apprend que l'Evêque deBayeux a
droit de sacrer le Métropolitain , Primat
de Normandie , en qualité de Doyen des
Evêques de la Province,et que cette qualité de Doyen lui fut confirmée dans un
Synode de la mêmeProvince, tenu à Caën
en 1061. en présence du Duc Guillaume ,
à cause de l'ancienneté de son Eglise , anB v te
2130 MERCURE DE FRANCE
.
térieure même à celle de Rouen , et à toutes les autres Eglises de la Normandie. Les Evêques y sont nommez en
cer ordre: Bayeux , Avranches , Evreux
Séez , Lisieux , Coûtances ; ce qui se trouve ainsi établi dans tous les Conciles Provinciaux , jusqu'au différend survenu entre Louis du Moulinet , Evêque de Séez
et Bernardin de S. François , Evêque de
Bayeux.
anco.com-
,
Le premier prétendoit la préséanc
me plus ancien Evêque dans le Concile
Provincial tņu à Rouen en 1581 , où
pré-idoit le Cardinal Chales de Bourbon.
Le second la lui disputoir par la prééminence don Siege , et par l'usage. On jugea par provision en faveur de lEvêque
de Bayeux comme Doyen de la Provin
ce Ecclésiastique. Il est vrai que le Pape
Grégoire X II. consulté sur cetre contestation, ordonna par son Rescrit de la même année 1581. qu'on se regleroit à l'avenir sur l'ancienn té de l'ordination ou
du Sacre des Evêques.
On trouve aussi dans ce même Lieu les
Ecrits historiques de Robert Cénalis ,
Chanoine de Bayeux , puis Evêque d'Avranches , l'un des meilleurs Esprits de
son temps , et dont l'ouvrage sur l'Histoire Topographyque de France est plein
de recherches curieuses. On
OCTOBRE. 1732. 21L
On apprend encore bien des choses.dans
un grand Cartulaire, nommé le Livre noir,
tout rempli de Titres et d'Actes autentiques.
C'est dans ce lieu qu'on est informé surement du mérite distingué, de plusieurs
Personnages illustres du Chapitre de cette
Eglise , entr'autres , de Robert Vaice, ou
de Vace , Chanoine sous Philippe de Harcourt , Auteur du Roman de Rou et des
Normans , écrit en Vers François , vers
l'an 1160. et dédié à Henry II. Roy d'Angleterre, dans lequel on apprend bien des
faits historiques , &c.
,
De Roger du Hommet, Archidiacre de
Bayeux, élu Evêque de Dol en 1160. d'Arnoul , Trésorier de la même Eglise , puis
Evêque de Lisieux , sçavant homme et
Auteur de plusieurs Ouvrages , mort en
1182. et enterré à S. Victor de Paris , où il
s'étoit retiré. De Pierre de Blois , Chanoine , Précepteur , puis Sécretaire de Guillaume.II. Roy de Sicile , ensuite Chancelier de Richard , Archevêque de Cantorbery, grand Homme d'Etat, et qui a beaucoup écrit , mort vers l'année 1200.
D'Etienne , Chanoine de Gavrai , neveu
du Pape Innocent III . qui le fit Cardinal,
mort en 1254.
D'Henry de Vezelai , Archidiacre , l'un
B vj des
2132 MERCURE DE FRANCE
/
des Exécuteurs du Testament de S.Louis,
puis l'un des Regens du Royaume , sous
Philippe le Hardy , enfin Chancelier de
France , mort vers l'année 1280.
De Raoul ou Radulphe de Harcourt ,
Chancelier de l'Eglise de Bayeux , Archidiacre et Chanoine de Rouen, Chantre de
la Cathedrale d'Evreux , Archidiacre de
Coutance , puis premier Aumônier du
Comte de Valois , fils de Philippe le Hardi , Conseiller d'Etat , &c. mort en 1301.
Les Eclaircissemens Historiques , pris
dans cette Bibliotheque et dans les Archives de l'Evêché , que nous visitâmes ensuite, me fourniroient une ample matiere
de parler aussi de plusieurs Evêques de
Bayeux Illustres par la naissance , par la
doctrine ou par la piéré ; mais je dois me
souvenir que j'écris une Lettre et non pas.
une Hi toire. Je me contenterai de faire
icy mention de deux outrois des plus distinguez de ces Prélats.
Ŏdon ou Eudes , surnommé le Grand,
fils de Herluin ou Hellouin , Comte de
Conteville , et d'Arlete,qui fut aimée par Robert , Duc de Normandie , amour qui
donna naissance au fameux Duc Guillaume, fut le trentiéme Evêque de Bayeux ,
en 1055. Il fit bâtir l'Eglise Cathedrale
et peindre dans la voute du Chanr , les
Ενέ
OCTOBRE. 1732. 2133
Evêques de Bayeux , réputez Saints. Il fit
faire aussi le grand Vitrage de la Nef,
peint suivant l'art de ce temps-là, qui s'est
perdu depuis , avec diverses représentations instructives et convenables au Lieu.
Ce Prélat donna , par une Charte , en
108 2. le Prieuré de S. Vigor , dont nous
avons parlé , à Gerenton , Abbé de saint
Benigne de Dijon , qui lui avoit rendu
favorable le Pape Urbain II. et choisit
pour sa sépulture , et pour celle de ses
Successeurs et de son Clergé , l'Eglise de
S. Vigor. Ce qui fut confirmé par une Bulle de l'année 1096.
Le même Evêque a joué un grand rôle
en Angleterre unie à la Normandie sous
un même Prince , dès l'année 1065. Il en
fut le Viceroy ; mais l'Histoire remarque
que son Gouvernement fut dur , et qu'il
usurpa souvent l'autorité souveraine ; ce
qui lui causa bien des disgraces.
Il partit enfin pour la Terre- Sainte avec
le Duc Robert son neveu ; ce voyage lui
fut fatal , car étant arrivé en Sicile, il tomba malade , et mourut à Palerme en l'année 1097. Gilbert , Evêque d'Evreux, prit
soin de ses Obseques , le fit inhumer dans
la Cathedrale , et Roger , Comte de Sicile , honora son Tombeau d'une Epitaphe.
Ce Prélat régit l'Eglise de Bayeux pendant
2134 MERCURE DE FRANCE "
dant so années. Il assista à 7 Conciles ou
Assemblées de la Province.
Philippe de Harcourt , 35 Evêque, est
celui qui après Odon , a fait le plus de
bien à l'Eglise de Bayeux. Il étoit Fils de
Robert , Sire de Hircourt , premier du
nom , et Frere de Guillaume Richard
Chevalier du Temple, qui en l'année 11115050. fonda la Commanderie de S. Etien- .
ne de Renneville , au Diocèse d'Evreux ,
dont j'ai parlé dans ma premiere Lettre ,
et où , comme je l'ai dit, on voit le Tombeau du Fondateur.
*
Ce Prélat fut d'abord Archidiac re d'Evreux; puis étant Evêque , il fonda l'Abbaye du Val- Richer , Ordre de Citeaux
et fit rebâtir en 1159. l'Eglise Cathédrale , où l'on voit son Tombeau, d'un Mar◄
bre grisatre. Sa mort arriva en l'année
1163 .
Pierre de Benais , Doyen , puis 42º Evêque de Bayeux , tint un Concile Diocésain , pour le rétablissement de la Disclpline , dans lequel furent faits 113 Statuts , qui sont insérez dans la Collection
des PP. Labbe et Cossart de l'année 1671.
et fort louez par le Sçavant P. Sirmond
qui les a aussi donnez dans son Recueil
* Cette Lettre est dans le Mercure de Decembre
1726. vol. 1. pag. 2696,
des
4
OCTOBRE. 1732. 2135
'des Conciles de France. Ce Prélat mourut
en 1306. six ans après la publication de ces
Statuts , dont il y a un beau Manuscrit
dans la Biblioteque de S. Victor de Paris.
C'est le même qui fonda le Collège de
Bayeux à Paris , qui subsiste encore dans
la rue de la Harpe.
que
Ason imitation François Servien, Evêde Bayeux , publia long-temps après
des Ordonnances Synodales , qui furent
imprimées en 1656. Et à propos de ce
dernier Prélat, nous apprimes que quand
on voulut l'inhumer en 1659.on ouvrit le
Tombeau de l'Evêque Guy, mort en 1259.
Son Corps fut trouvé entier , mais l'air le
réduisit bientôt en poussiere ; on lui trouva un Anneau d'or , enrichi d'un Saphir ,
qui nous fut montré dans le Trésor de '
l'Eglise Cathédrale.
Jean de Bayenx n'a pas gouverné ce
Diocèse , mais il mérite de tenir un rang
distingué parmi les Hommes Illust es qui
y sont nez. Ce vertueux Prélat fut d'abord Evêque d'Avranches, et ensuite Archevêque de Rollen. Grand amateur de la
Discipline il tint en l'année 1074. un Concile à Rouen , dans lequel on érigea en
Abbaye le Prieuré de S. Victor en Caux ,
à la priere de Roger de Mortemer. C'est
lui qui fit la Dédicace solemnelle de l'Eglise
2136 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Etienne de Caën en présence
du Duc Guillaume , qui en est le Fondateur. Ce Prélat composa un Ouvrage estimé : De Divinis Officiis , qui a été imprimé en 1641.
Nous apprîmes encore dans le Chartrier
de l'Evêché , qui peut fournir beaucoup .
de fait, historiques , principalement dans
un Cartulaire , nommé Le Livre Rouge ;
nous apprîmes , dis- je , qu'il y a une ancienne union entre PEglise Cathedrale
d'Auverre et celle de Bayeux , fondée sur
ce qu'on croit qu'Exupere venant d'Italie , passa par la Ville d'Auxerre , et y précha le Christianisme. Cette union fut renouvellée en 1520. par la Députation que
fit le Chapitre d'Auxerre , d'un de ses
Chanoines lequel reçut dans l'Eglise de
Bayeux les mêmes honneurs et jouit des
mêmes droits qui sont dûs aux Chanoines
de cette Eglise.
François Armand de Lorraine , fils de
Louis de Lorraine, Comte d'Armagnac &c.
Grand Ecuyer de France , et de Catherine de Neufville- Villeroy , est aujourd'hui Evêque de Bayeux depuis l'année
714. Il a succedé à François de Nesmond, Prélat d'un mérite accompli.
Je ne vous dirai rien , Monsieur, de la
Ville de Bayeux , qui n'est pas considé
rable
OCTOBRE. 1732. 2137
1
rable , quoique la Capitale du Païs Bessin,
à une lieue et demie de la Mer , ce qui
peut lui donner de grandes commoditez.
On y compte plus de quinze Paroisses ,
cependant elle est assez mal peuplée.Cette Ville a été long- temps au pouvoir des
Anglois ; mais le fameux Comte de Dunoit l'ayant assiégée pour le Roy Charles VII. il la prit par Capitulation , suivant laquelle tous les Anglois en sortirent
desarmez , et un bâton à la main. Ce qui arriva en 1450.
Comme nous étions sur le point de monter à Cheval , pour voir l'Abbaye de Cérisi , et retourner à Caën, je vis arriver un
Exprès qu'on m'envoyoit de Torigny, lequel ne m'ayant point trouvé dans cette Ville , crut devoir faire le voyage de
Bayeux, pour me rendre une Lettre, par la
quelle j'étois invité le plus gracieusement du monde , à me rendre dans ce beau
séjour , sous peine de ne revoir de longtemps mes compagnons de voyage, et d'ê
tre privé des plaisirs de plus d'une espece.'
On ajoutoit que je trouverois - là de l'Antique et du Moderne , pour contenter ma
curiosité et pour grossir mes Memoires.
Il ne fallut qu'un moment pour me déterminer; mais comme il étoit déja un peu
tard, je pris le parti de coucher à Bayeux
et
2138 MERCURE DE FRANCE
#
et d'aller à Torigny , par l'Abbaye de
Cérisy , sans repasser par Caën. Je passai
le reste du jour à revoir mon Memoire sur
Bayeux , et je le lus à deux ou trois personnes intelligentes et instruites , qui y
trouverent de l'exactitude ; à un parent ,
sur tout defeu M. Petite ,Chanoine et Of
ficial de Bayeux , qui lui a laissé quantité de Memoires d'un travail immense
sur l'Histoire Ecclesiastique et Civile de
Bayeux , qu'il avoit dessein de publier, et
qui manque à ce grand Diocèse.
*
Ce Chanoine étoit aussi fort curieux de
Médailles Antiques et Modernes , dont
il avoit amassé un très- grand nombre; les
Antiques furent acquises après sa mort ,
par M. Foucault ; et une partie des Modernes sont encore au pouvoir de ce proche Parent , qui voulut bien me les com-
* On peut dire que cette Histoire manque au Diocèse de Bayeux. Celle qui a été écrite par M. Her- mant, Curé de Maltot , et imprimée à Caën en
1705. ne peut gueres passer que pour une ébauche;
outre que des trois Parties, dont elle devoit être composée , l'Autheur n'en a encore publié que la premiere, qui est peu exacte du côté de la Chronologie ,
at qui ne donne pas une grande idée de sa Criti
que, &c. J'apprens que Dom Toussaints du Plessis
qui a écrit avec succès l'Histoire du Diocèse de
Meaux, et qui compose actuellement celle de l'Archevêché de Rouen, a pris des engagemens pour écrive aussi l'Histoire du Diocèse de Bayeux.
niquer
THE NEW YORK
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LIBRARY
.
ASTOR, LENOX AND TILDEN
FOUNDATION8
.
VALENTINORVA DVX
DIANA
CLARISSIMA
AE
I
WAINWO
REM VICI
OCTOBRE. 1732 2139
muniquer aussi obligemment que les Manuscrits. Il fit plus , il me donna celle de
Diane de Poitiers, Duchesse deValentinois,
celebre dans notre Histoire , qui ne m'étoit point encore tombée entre les mains :
vous en trouverez ici un Dessein qui sarisfera , sans doute , votre curiosité ; il est
de la grandeur de l'Original . On y voit
d'un côté le Buste de cette Dame coëffée
et habillée suivant l'usage de son tems
avec cette Inscription : DIANA DUX VALENTINORUM CLARISSIMA , et de l'autre la
figure de Diane en pied avec son équipade Chasse ,foulant fierement l'Amour,
qui est terrassé à ses pieds, et ces mots auge
tour : OMNIUM VICTOREM VICI. Vous sentez , sans doute , l'allusion et la justesse
de ce symbole , pour le moins aussi flateur pour la Dame que pour le Grand et
Victorieux Monarque dont elle avoit fait
la conquête , il n'est pas nécessaire de
vous en dire davantage , ni de vous avertir que ma premiere Lettre vous rendra
un compte fidele de mon Voyage
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
L'auteur décrit son séjour à Caen et sa visite de Bayeux en compagnie d'un médecin érudit. Ils se rendent à la cathédrale de Bayeux, dédiée à la Vierge, où ils sont accueillis par un chanoine. La cathédrale présente une architecture gothique avec un autel principal sobre et édifiant. Elle abrite des tapisseries remarquables, dont une représentant la vie de la Vierge et une autre illustrant la conquête de l'Angleterre par Guillaume II, attribuée à la princesse Mathilde. Cette tapisserie est incomplète mais riche en détails historiques. Après la visite de la cathédrale, ils se rendent à la sacristie pour voir le trésor et divers ornements, notamment un coffret en ivoire contenant la chasuble de Saint Renobert, le second évêque de Bayeux. Ce coffret porte une inscription arabe interprétée comme une sentence mahométane. L'auteur mentionne des conjectures sur l'origine de ce coffret, notamment une victoire de Charles Martel sur les Sarrazins. Le chapitre de l'église de Bayeux est l'un des plus importants de France, composé de douze dignités et cinquante chanoines. L'église reconnaît saint Exupère comme premier évêque et saint Renobert comme second. Plusieurs cardinaux et prélats distingués ont marqué l'histoire de cette église. L'auteur et son accompagnateur se rendent ensuite à Saint-Vigor, un prieuré bénédictin situé à un quart de lieue de Bayeux. Ils assistent à une cérémonie traditionnelle lors de l'entrée solennelle d'un nouvel évêque dans la ville. Cette cérémonie inclut une procession, des prières et des discours, et se termine par une entrée solennelle à la cathédrale de Bayeux. Le texte décrit également la cérémonie de prise de possession de l'évêque de Bayeux, qui inclut un serment, une messe pontificale, et un dîner avec le chapitre et les barons. Cette cérémonie a été renouvelée pour M. de Luynes, mais la relation écrite de cet événement a été critiquée pour son emphase et son manque de simplicité. La bibliothèque et le chartrier du chapitre de Bayeux contiennent des manuscrits précieux pour l'histoire de la région et de l'Angleterre. L'évêque de Bayeux a le droit de sacrer le métropolitain, en tant que doyen des évêques de la province, un privilège confirmé en 1061. La bibliothèque conserve des écrits historiques importants, notamment ceux d'Eusèbe l'Angevin et de Robert Cénalis. Le texte évoque plusieurs personnages illustres du chapitre de Bayeux, tels que Robert Wace, auteur du Roman de Rou, et Pierre de Blois, homme d'État et écrivain. Parmi les évêques notables, Odon le Grand et Philippe de Harcourt sont mentionnés pour leurs contributions à l'église de Bayeux. Le texte se termine par une description de la ville de Bayeux, son histoire, et une invitation à visiter l'abbaye de Cérisy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 300-310
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
Début :
Vous m'avez fait, Monsieur, beaucoup de plaisir en m'envoïant, avec une [...]
Mots clefs :
Lampe antique, Amour, Pied, Enfant, Provence, Antiques, Vénus, Monument, Planche, Ornements, Antiquaires, Cupidon, Figure
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M.
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
La lettre de M. D. L. R. à M. D... traite de la découverte d'une lampe antique en Provence, près du village de Caseneuve, dans le territoire de la ville d'Apt. Cette lampe, illustrée par un dessin envoyé par M. D..., mesure environ cinq à six pouces de longueur et trois pouces de hauteur. Fabriquée en métal de Corinthe, elle est ornée d'un pied avec une sandale, d'une corne d'abondance et d'un enfant ailé pleurant. La lampe possède deux anneaux, l'un à l'extrémité de l'anse et l'autre au début du gros orteil. M. D... suggère que cette lampe pourrait représenter le pied de Vénus, avec l'enfant ailé symbolisant l'Amour. Cependant, M. D. L. R. trouve cette interprétation conjecturale et propose une autre hypothèse : la lampe pourrait être liée à Psyché, en raison de la présence de l'enfant ailé et de la lampe fatale à Psyché. M. D. L. R. souligne que les lampes antiques étaient souvent fabriquées selon les caprices des ouvriers ou les goûts particuliers des commanditaires, sans nécessairement suivre la mythologie. Il cite divers ouvrages sur les lampes antiques, notamment ceux de Liceti et du Père de Montfaucon, qui décrivent une grande variété de formes et d'ornements. La lettre se conclut par une réflexion sur la difficulté du métier d'antiquaire, qui doit souvent interpréter des objets créés sans raison particulière par les artisans antiques. M. D. L. R. exprime également son regret que des figures antiques en marbre découvertes dans la même région que la lampe soient envoyées à l'étranger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 178-187
« SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
Début :
SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...]
Mots clefs :
Sculpteurs, Ornements, Orfèvres, Ciseleurs, Appartement
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texteReconnaissance textuelle : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
La plaifanterie tout- à-fait inſtructive qu'on
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
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Résumé : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
En décembre 1754, une supplique est publiée dans le Mercure de France, adressée aux orfèvres, ciseleurs et sculpteurs d'appartements. Cette supplique, rédigée par une société d'artistes, appelle à respecter certaines règles de bon sens pour améliorer l'artisanat. Les auteurs reconnaissent que, bien que la nation française s'habitue aux écarts de l'imagination, la raison n'a pas entièrement triomphé. Les orfèvres sont invités à éviter les mélanges disproportionnés, comme des légumes de taille naturelle à côté de petits animaux ou des figures humaines sur des feuilles d'ornement trop petites. Ils doivent également respecter la destination des objets, par exemple en utilisant des chandeliers droits pour porter la lumière. Les sculpteurs d'appartements sont sollicités pour éviter les disproportions dans les trophées, comme des faux plus petites que des horloges ou des têtes humaines plus petites que des roses. Ils sont encouragés à utiliser des formes régulières, telles que des formes droites, carrées, rondes et ovales, qui décorent aussi richement que leurs inventions actuelles. Les auteurs reconnaissent que ces changements pourraient mettre au chômage des artisans habitués à des styles extravagants. Cependant, ils espèrent que les artistes accepteront ces règles pour le bien de l'art et du bon sens. Ils expriment également leur regret de ne pas pouvoir adresser ces plaintes aux architectes, jugés plus difficiles à convaincre. La supplique se termine par un souhait que les artisans se lassent de leurs inventions actuelles et reviennent à des formes plus classiques.
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14
p. 233
AUTRE.
Début :
Le Sieur Maillard au College des Trois-Evêques, Place de Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Étrennes, Ornements, Vignettes
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
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Résumé : AUTRE.
Le Sieur Maillard, au Collège des Trois-Evêques, propose des sujets d'Étrennes gravés et enluminés, incluant emblèmes sacrés, fables, devises, compliments, souhaits et bouquets. Ses articles ornent tabatières, écrans, almanachs. Il vend aussi caractères, dessins, vignettes et papiers à lettres peints. Disponible jusqu'à midi.
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15
p. 210-211
AUTRE.
Début :
Le sieur Maillard demeurant au Collège de Cambray, place Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Feuilles d'emblêmes, Cadrans de dévotion, Fables, Devises, Almanachs, Ornements, Vignettes
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit les activités du sieur Maillard, résidant au Collège de Cambray à Paris. Maillard fabrique et vend divers ouvrages en caractères et vignettes, et propose de noter les livres d'Église. Il est également joignable à son domicile de la rue Saint-Jacques, à la deuxième porte cochère au-dessus de la rue des Noyers. Il propose une suite de soixante feuilles d'emblèmes, sentences, cadrans de dévotion, fables, devises et autres sujets moraux et galants, adaptés pour les étrennes. Ces œuvres, destinées à orner des écrans, almanachs, boîtes, etc., sont envoyées à des maisons religieuses et à des marchands de province. Les sujets choisis, combinés à la propreté de l'exécution et à l'enluminure soignée, ainsi qu'aux jolies vignettes définies avec goût, méritent les suffrages des curieux. Maillard offre également divers autres sujets peints avec les mêmes vignettes, tels que des figures chinoises, du papier peint et des cartouches.
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16
p. 213-214
AUTRE.
Début :
Le sieur Maillard, Marchand d'estampes, demeurant rue Saint Jacques, [...]
Mots clefs :
Planches, Dévotion, Morale, Ornements, Vignettes, Peinture
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Maillard , Marchand d'eftampes ; demeurant
rue Saint Jacques , la deuxieme grande
porte au deffus de la rue des Noyers , donne avis
qu'il a une fuite de cent planches fur divers fujets
de dévotion , de morale , &c. Il vient d'exécuter
de nouveaux emblêmes en forme d'étrennes &
d'almanach , pour chaque mois de l'année , propres
à orner un almanach : le tout orné de vignettes
gravées & enluminées avec foin. Il continue
de peindre toutes fortes de papiers à vignettes
214 MERCURE DE FRANCE.
& différentes fleurs : comme auffi d'exécuter towtes
fortes de vignettes & caracteres. Il entreprend
à noter des livres d'Eglife.
LE fieur Maillard , Marchand d'eftampes ; demeurant
rue Saint Jacques , la deuxieme grande
porte au deffus de la rue des Noyers , donne avis
qu'il a une fuite de cent planches fur divers fujets
de dévotion , de morale , &c. Il vient d'exécuter
de nouveaux emblêmes en forme d'étrennes &
d'almanach , pour chaque mois de l'année , propres
à orner un almanach : le tout orné de vignettes
gravées & enluminées avec foin. Il continue
de peindre toutes fortes de papiers à vignettes
214 MERCURE DE FRANCE.
& différentes fleurs : comme auffi d'exécuter towtes
fortes de vignettes & caracteres. Il entreprend
à noter des livres d'Eglife.
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Résumé : AUTRE.
Le marchand d'estampes Maillard, rue Saint Jacques, propose une collection de cent planches sur des sujets de dévotion et de morale. Il offre également des emblèmes pour chaque mois de l'année, enrichis de vignettes gravées et enluminées. Maillard peint divers papiers à vignettes et fleurs, exécute des vignettes et caractères, et note des livres d'Église.
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17
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
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200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
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200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
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Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 208-209
De PETERSBOURG, le 9 Mars 1764.
Début :
Le Prince d'Anhalt Coëthen, Maréchal de Camp au service de Sa Majesté [...]
Mots clefs :
Prince, Maréchal de camp, Majesté impériale, Boîte, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : De PETERSBOURG, le 9 Mars 1764.
De PETERsEovRG , le 9 Mars 1764.
E
L E Prince d'Anhalt Coëthen, Maréchal de
Camp au ſervice de Sa Majeſté Très-Chrétien
A V R I L. 1764. 2O9
ne, eſt parti d'ici, le 2o du mois dernier, pour
ſe rendre en France. Sa Majeſté Impériale lui
a fait préſent d'une boète enrichie de brillans
& ornée de ſon portrait, indépendamment d'un
beau diamant & de quinze mille roubles.
E
L E Prince d'Anhalt Coëthen, Maréchal de
Camp au ſervice de Sa Majeſté Très-Chrétien
A V R I L. 1764. 2O9
ne, eſt parti d'ici, le 2o du mois dernier, pour
ſe rendre en France. Sa Majeſté Impériale lui
a fait préſent d'une boète enrichie de brillans
& ornée de ſon portrait, indépendamment d'un
beau diamant & de quinze mille roubles.
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19
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
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20
p. 211-214
FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Début :
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier, & fut complimenté le lendemain [...]
Mots clefs :
Fête, République de Venise, Prince, Bâtiment, Cérémonie, Épousailles de la mer, Magnificence, Dorures, Baldaquin, Couleurs, Argent, Illustrations, Ornements, Vénus, Bateaux, Inscriptions, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
FESTES PUBLIQUES .
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
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Résumé : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Le texte relate les festivités organisées à Venise en l'honneur du Duc d'Yorck. Le Duc est arrivé le 26 du mois précédent et a été accueilli par des députés de la République. Le 29, il a visité l'Arsenal où les ouvriers ont présenté des démonstrations de leur métier. Le 31, en raison du mauvais temps, la cérémonie des épouvantails de la mer a été reportée au dimanche suivant. Ce même jour, les députés ont offert un grand repas au Duc sur l'île de Muran. Le 3, la cérémonie des épouvantails de la mer a eu lieu avec une grande magnificence et une affluence considérable d'étrangers. Le 4, à l'occasion de l'anniversaire du Roi d'Angleterre, les députés ont organisé une régate, une fête réservée aux grandes occasions et qui n'avait pas été donnée depuis 1740. Neuf grandes barques décorées d'emblèmes et de figures allégoriques ont participé à la course. Chaque barque représentait un élément naturel ou une divinité. La course a impliqué divers types de bateaux et de gondoles, manœuvrés par des hommes et des femmes. La course s'est déroulée sur une distance d'environ quatre mille quatre cents pas vénitiens, avec un point de retournement près de l'église de la Croix. La 'Machine', un édifice orné, représentait le Palais de la Joie et était décoré de figures allégoriques. Les fenêtres du grand Canal étaient ornées de tapis et remplies de spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 156-158
De PARIS, le 10 Septembre 1764.
Début :
Le Corps de Ville a tenu, le 16 du mois dernier, [...]
Mots clefs :
Assemblée générale, Conseiller d'État, Prévôt des marchands, Université, Prix, Cérémonie, Procession, Fête de Saint-Louis, Académie française, Académie royale des sciences, Église, Incendie, Ornements, Dégâts
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
De PARIS , le 10 Septembre 1764.
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
En août 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Paris. Le 16 août, le Corps de Ville a élu le sieur Bignon comme Prévôt des Marchands et les sieurs de Martel et Gauthier de Rougemont comme Échevins. Le 8 août, l'Université a organisé une cérémonie à la Sorbonne pour la distribution des prix, en présence du Parlement et d'un discours latin du sieur Pierre Jacquin. Le prix d'éloquence, fondé par Jean-Baptiste Coignard, n'a pas été attribué cette année-là. Le 25 août, une procession des Carmes du Grand-Couvent s'est rendue à la Chapelle du Palais des Tuileries, et diverses académies ont célébré la fête de Saint Louis avec des panégyriques. L'Académie de Saint Luc a également ouvert son salon de peinture et de sculpture. L'Académie Royale des Sciences a examiné la porcelaine du Comte de Lauraguais, la jugeant comparable à celle du Japon. Le 9 août, un incendie a détruit l'église des Pères Chartreux de Bourbon-lès-Gaillon. Le 4 septembre, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres a nommé le sieur de l'Averdy Contrôleur Général des Finances, succédant au Comte d'Argenson.
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