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1
p. 81-88
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Je réserve la suite de ce Traité pour le prochain Extraordinaire, / Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses, Fortune, Amour, Amant, Service, Loisirs, Liberté, Obstacle, Honnête homme, Mort, Autel, Ami, Générosité
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte extrait du 'Mercure Galant' explore les sentiments amoureux à travers une série de questions et de réponses. Il compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les sentiments sont immédiatement reçus et récompensés, et celui d'un amant qui, après une longue attente, voit enfin son amour réciproque. Le texte soutient que le second type de bonheur est plus satisfaisant, car un plaisir surprenant est un double plaisir. Le texte examine également l'impact de la liberté et des obstacles dans une relation amoureuse. La facilité de se voir fréquemment peut entraîner l'indifférence ou même le mépris, tandis que les difficultés peuvent renforcer l'amour. Il met en garde contre l'inconstance du cœur humain, qui peut être facilement attiré par la nouveauté. Le texte aborde aussi la question de la moralité en amour. Il affirme qu'il est excusable d'être esclave de sa passion, mais inacceptable de commettre des lâchetés ou des crimes pour elle. Il souligne l'importance de la complaisance dans les relations, tout en la bornant par les règles du devoir et de l'honneur. Enfin, le texte relate une anecdote sur un homme mourant qui montre plus d'amitié pour l'ami dont il éloigne la présence pour éviter de l'affliger. Cette anecdote illustre la profondeur des sentiments et la considération pour autrui, même dans les moments les plus difficiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 85-103
Service pour feu Monseigneur le Dauphin.
Début :
Le 18. Juin on fit dans l'Eglise de l'Abbaye Royale [...]
Mots clefs :
Dauphin, Duc, Princes, Écussons, Musique, Service, Oraison funèbre, Choeur, Religieux, Autel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Service pour feu Monseigneur le Dauphin.
Service pour feu Mon-
Seigneur ledaepl-lyn.
Le 18. Juin on fit dans
l'Eglise de l'Abbaye Royale
deS. Denis le Service
solemnel pour le repos de
l'Ame de feu Monfeigcur
le Dauphin.
Toutes les Portes de la
Ville estoienttenduës de
noir sans Ecussons ; celle
de l'entrée du Parvis estoit
ornée deCartouches & de
petitsEcussons, entre lesquelsil
y en avoit de
grands aux Armes de
Monseigneur. Les trois
grandes Portes de l'Eglise
estoient renduës,ainsi que
toute la largeur du Portail
jusques aux petites Tourelles.
La Nefestoit couverte
jusqu'à dix ou douze
pieds de la voute, ainsi
que les bas costez,&ornée
de plusieurs rangs de Car
touches & d'Ecussons.
Audessus delaGrille
ou des Jubez, pendoit depuis
la voute un grand
Tapis noir qui garnissoit
tout l'espace d'entre les
piliers. Au dessous de ce
Tapis on avoit appliqué à
la grille un Jubé de menuiserie
qui avançoit d'environvingt
pieds dans la
Nef, & dans lequel la Musique
fut placée. De chaque
cofté du Choeur au..
dessus des hautes Chaises,
regnoient jusqu'à l'Autel,
six grandes pieces quarrées
de drap noir bordées
d'Hermine, & ornées
dans le haut & dans le bas
d'une Bande de trois
rangs enQuinconge semée
de Larmes d'argent
de Dauphins,& de Fleursde-
Lys d'or. Entre chacun
de ces grands quarrez
estoient des bandes en forme
de pilastres aussisemer
de Larmes, de Dauphins,
& deFleurs de-lys. Dans
le milieu de ces pilastres
estoient de grands Ecussons
aux Armes & aux
, Chiffres de Monseigneur
alternativement,ainsi que
sur les Corniches qui estoient
surmonrées d'un
grand Luminaire qui regnoit
tout autour du
Choeur. Vis- à-vis des
Ecussons
Ecussons qui eftoienc au
dessous de la Cornic he
d'enhaut,onavoir attaché
des Girandoles garnies
de Cierges.
La Representationestoit
élevée de huit degrez
sur un Champ quarré de
deux, pieds & demi de
haut, sousun Dais soufie.
nu de quatre Colomnes.
Au dessus deceDaisestoit
uneCouronne fermée de
dix Dauphins herissez de
pointes où l'on avoit mis
desCierges qui formoient
unGroupe de Luminaire
dont l'effet estoit fort
beau. Du milieu de ce
Groupe sortoit unCierge
qui estoit beaucoup plus
élevé que les autres, &les
degrez de la Representation
estoient tout couverts
deChandeliers.
Il n'yen avoir que six
sur le Grand Autel ,&six
au dessus du Contre-Table,
à la hauteur duquel
partoic des deux costez,
desCourtines de velours
garnies de franges d'argent
& d'Ecussons,& il y
avoit des Rideauxde satin
qui estoient attachez aux
Colonnes de l'Autel.
Au dessous du Contre,
Table estoit une grande
Croix de Moire avec quatre
grands Ecussonssur du
velours,surmontée d'un
Dais avec ses Rideaux ar
restez,qui cachoit entierement
l'espacedepuisle
ContreTable jusques à1$
hauteur du Luminaire
d'enhaut, lyavoità costé
de ce Dais deuxespecesde
Pilastres semez deLarmé$
d'argent,de Dauphins ôc
de Fleurs-de-lys d'or
,
ôç
accotez de deux Consoles
sur lesquelles il y avoit des
Cierges.
On commença à allumer
le Luminaire à dix
heures & un quart.
Monseigneur le Dauphin
estant arrivé avec
Monseigneur le Duc de
Berry & S. AR. Monsieur
le Duc d'Orleansces Princes
furent conduits dans
l'Appartement qui leur
aVoic£&e préparé au bouc
de la premiere partie de
l'ancien Cloistre. L'Escalier
estoit tout tendu de
Drap noir, ainsi que le
passage jusqu'à l'Appartement
où il y avoit un Dais.
Aprés que ces Princes y
eurent esté habillez,ils
allerent prendre leurs places
dans les trois Chaises
hautes du Choeur les plus
proches de celle qui est
destinée pourl'Abbé,&c
qui est tousjours vacante
lorsqu'il n'y en a point.
Le Requiem fut entonné
par les cinq Chantres,&
continué parla Musique
du Roy, & ensuiteKyrie
eleison; & les Prélats en
entrant dans le Choeur,
saluerent la Representation
,
les Princes, la
Representation de Loüis
XIII.&l'Autel. LeCelebrant
estoit M. l'Archevesque
de Reims; ôc les
Assistans, M.l'Evesque de
Quebec ; M. l'Evesque
d'Auxerre; M. l'Evesque
de Séez
,
& M.l'Evesque
d'Autun.
Dans le Sanctuaire à
droite ,du costé de l'Evangile,
estoitunAmphithéâtre
garni de Bancs
pour les Religieux de
1
la
Maison, qui avoient psalmodié
Prime,Tierce, &
None dés six heures & demie,
dans la Chapelle du
Chevet derrière le Grand
Autel,du costé de l'Epistre
il y avoit des Bancs
pour le Clergé, vis-à-vis
desquels estoient cinq sauteüils
de velours, pour
l'Archevesque& pour les
quatre Evesques assistans.
L'Epistre fut chantée par
Dom Taveroles
,
Religieux,
Sous-Diacre,&l'Evangile
parDomQuenet,
Religieux, Diacre, deux
des Evesques alIifianseL:
dantDiacre,&SousDiacre
d'honneur. Le Graduel
fut chanté pirie's
cinq ChantresReligieux.
& la Prose par la Musique.
L'Offertoire estant finie,
Monseigneur leDauphin
allaà l'Offrande précede
du Maistre desCeremonies,
qui fit les Reverences
àl'Autel du bas des degrez
du Sanctuaire, aux Princes,
aux Cours Supérieures
,& au Clergé,&il alla
baiser l'Anneau du Celebrant
aprèsavoirpresenté
le
le Cierge. Il y avoit dix
pieces d'or à celuy de
Monseigneur le Dauphin,
huit à celuy deMonseigneur
le Duc de Berry,
& six à celuy deMonsieur
le Duc d'Orleans.
L'Oraison Funebre fut
prononcée par Mr l'Evesque
d'Angers. Ilprit pour
Texteles 13 & 17. Versets
du 3. Chapitre des Proverbes
dont il ne fit qu'un,
pour l'apliquer à Monseigneur.
Beatus homo qui inrectæ
, omnes semitæ ejus
pacificæ. Heureux l'homme
rempli de sagesse & de
prudence,ses voyes sont
toujours droires &ne tendent
qu'à Ja paix,
On ne donnera, point les
Extraits des Oraisons Fune-
Ines, parce qu'elles sontimpri
mées Cm aujji parce qu'ilyen
aura troppourentreprendre de
les donner toutes , que de
donnerseulement les plus belles
ce feroit marquer qu'on
llime moins les autres.
Monseigneur le Dauphin,
Monseigneur leDuc
deBerry,& Monsieur le
Duc d'Orleans sortirent;
del'Eglileun peu avant
quatre heures pour aller
se deshabiller, & ils sortirent
de leurs Apartements
à quatre heures trois
quarts par la grande porte
de l'Eglise,suivis du
Prieur,de plusieursReligieux
& de leurs Officiers
; & ces Princesmonterent
tous trois dans le
mesine Carosse pour retourner
à Marly,.Il y avoit
plusieurs Compagnies
des Gardes rangées obli-.
quement en haye depuis
1,2 premiere porte du parvis
jusques danslarue qui
conduir hors de Saint Denis
par le chemin dePa*.
ris.
Il y eut de si vives contestations
entre les Cent-
Suisses & les Gardes du
Corps au sujet de la barriere,
qu'il fallut, envoyer
un exprés à Marly pour
sçavoit à qui elle devoit
appartenir. La question
futdecidée en faveur des
Gardes du Corps qui la
îirent enlever.
Le 3. Juillet on fit aufll un
Service solemnel pour le reposdeL'Ame
de feu Monseigneur
leDauphin, dans l'Eglise
de Notre Dame. Mon.
sieur le Cardinal de Noailles
y officia pontificalement; &
lePeredelaRue Jesuite y prononça
l'Oraison Funebre.
Monseigneur le Dauphin, accompagné de Monseigneur
le Duc de Berry & de Monsieur
le Ducd'Orleans )efioit'
à la relte du Deuil ainsiqu'à
celuy de S. Denis; & le Clergé,
le Parlement, la Chambre
des Comptes, la Cour des Aides,
l'U niverfité & le Corps
de Villeyaissisterent. Ils y avoient
esté invitez de la tirt
du Roy par Mr. des Granges
Maistre des Ceremonies. Monsieurle
Cardinal de Noailles
donna à disneraux trois Princes
après le Service.
On ne parlera point de laCeremonie de Notre-
Dame
,
ni de la Sainte
Chapelle
,
ni par consequent
desautresquisesont
faites par route la France.
!i Ces Ceremonies n'tfl
tant presque que des repetitions
les unes des autres
, & de plus il faudroit
des Volumes entiers pour
bien marquer jusqu'où
les François ont porté
leur zele pour honorer
la memoire du grand
Prince qu'ils ont perdu..,)
Seigneur ledaepl-lyn.
Le 18. Juin on fit dans
l'Eglise de l'Abbaye Royale
deS. Denis le Service
solemnel pour le repos de
l'Ame de feu Monfeigcur
le Dauphin.
Toutes les Portes de la
Ville estoienttenduës de
noir sans Ecussons ; celle
de l'entrée du Parvis estoit
ornée deCartouches & de
petitsEcussons, entre lesquelsil
y en avoit de
grands aux Armes de
Monseigneur. Les trois
grandes Portes de l'Eglise
estoient renduës,ainsi que
toute la largeur du Portail
jusques aux petites Tourelles.
La Nefestoit couverte
jusqu'à dix ou douze
pieds de la voute, ainsi
que les bas costez,&ornée
de plusieurs rangs de Car
touches & d'Ecussons.
Audessus delaGrille
ou des Jubez, pendoit depuis
la voute un grand
Tapis noir qui garnissoit
tout l'espace d'entre les
piliers. Au dessous de ce
Tapis on avoit appliqué à
la grille un Jubé de menuiserie
qui avançoit d'environvingt
pieds dans la
Nef, & dans lequel la Musique
fut placée. De chaque
cofté du Choeur au..
dessus des hautes Chaises,
regnoient jusqu'à l'Autel,
six grandes pieces quarrées
de drap noir bordées
d'Hermine, & ornées
dans le haut & dans le bas
d'une Bande de trois
rangs enQuinconge semée
de Larmes d'argent
de Dauphins,& de Fleursde-
Lys d'or. Entre chacun
de ces grands quarrez
estoient des bandes en forme
de pilastres aussisemer
de Larmes, de Dauphins,
& deFleurs de-lys. Dans
le milieu de ces pilastres
estoient de grands Ecussons
aux Armes & aux
, Chiffres de Monseigneur
alternativement,ainsi que
sur les Corniches qui estoient
surmonrées d'un
grand Luminaire qui regnoit
tout autour du
Choeur. Vis- à-vis des
Ecussons
Ecussons qui eftoienc au
dessous de la Cornic he
d'enhaut,onavoir attaché
des Girandoles garnies
de Cierges.
La Representationestoit
élevée de huit degrez
sur un Champ quarré de
deux, pieds & demi de
haut, sousun Dais soufie.
nu de quatre Colomnes.
Au dessus deceDaisestoit
uneCouronne fermée de
dix Dauphins herissez de
pointes où l'on avoit mis
desCierges qui formoient
unGroupe de Luminaire
dont l'effet estoit fort
beau. Du milieu de ce
Groupe sortoit unCierge
qui estoit beaucoup plus
élevé que les autres, &les
degrez de la Representation
estoient tout couverts
deChandeliers.
Il n'yen avoir que six
sur le Grand Autel ,&six
au dessus du Contre-Table,
à la hauteur duquel
partoic des deux costez,
desCourtines de velours
garnies de franges d'argent
& d'Ecussons,& il y
avoit des Rideauxde satin
qui estoient attachez aux
Colonnes de l'Autel.
Au dessous du Contre,
Table estoit une grande
Croix de Moire avec quatre
grands Ecussonssur du
velours,surmontée d'un
Dais avec ses Rideaux ar
restez,qui cachoit entierement
l'espacedepuisle
ContreTable jusques à1$
hauteur du Luminaire
d'enhaut, lyavoità costé
de ce Dais deuxespecesde
Pilastres semez deLarmé$
d'argent,de Dauphins ôc
de Fleurs-de-lys d'or
,
ôç
accotez de deux Consoles
sur lesquelles il y avoit des
Cierges.
On commença à allumer
le Luminaire à dix
heures & un quart.
Monseigneur le Dauphin
estant arrivé avec
Monseigneur le Duc de
Berry & S. AR. Monsieur
le Duc d'Orleansces Princes
furent conduits dans
l'Appartement qui leur
aVoic£&e préparé au bouc
de la premiere partie de
l'ancien Cloistre. L'Escalier
estoit tout tendu de
Drap noir, ainsi que le
passage jusqu'à l'Appartement
où il y avoit un Dais.
Aprés que ces Princes y
eurent esté habillez,ils
allerent prendre leurs places
dans les trois Chaises
hautes du Choeur les plus
proches de celle qui est
destinée pourl'Abbé,&c
qui est tousjours vacante
lorsqu'il n'y en a point.
Le Requiem fut entonné
par les cinq Chantres,&
continué parla Musique
du Roy, & ensuiteKyrie
eleison; & les Prélats en
entrant dans le Choeur,
saluerent la Representation
,
les Princes, la
Representation de Loüis
XIII.&l'Autel. LeCelebrant
estoit M. l'Archevesque
de Reims; ôc les
Assistans, M.l'Evesque de
Quebec ; M. l'Evesque
d'Auxerre; M. l'Evesque
de Séez
,
& M.l'Evesque
d'Autun.
Dans le Sanctuaire à
droite ,du costé de l'Evangile,
estoitunAmphithéâtre
garni de Bancs
pour les Religieux de
1
la
Maison, qui avoient psalmodié
Prime,Tierce, &
None dés six heures & demie,
dans la Chapelle du
Chevet derrière le Grand
Autel,du costé de l'Epistre
il y avoit des Bancs
pour le Clergé, vis-à-vis
desquels estoient cinq sauteüils
de velours, pour
l'Archevesque& pour les
quatre Evesques assistans.
L'Epistre fut chantée par
Dom Taveroles
,
Religieux,
Sous-Diacre,&l'Evangile
parDomQuenet,
Religieux, Diacre, deux
des Evesques alIifianseL:
dantDiacre,&SousDiacre
d'honneur. Le Graduel
fut chanté pirie's
cinq ChantresReligieux.
& la Prose par la Musique.
L'Offertoire estant finie,
Monseigneur leDauphin
allaà l'Offrande précede
du Maistre desCeremonies,
qui fit les Reverences
àl'Autel du bas des degrez
du Sanctuaire, aux Princes,
aux Cours Supérieures
,& au Clergé,&il alla
baiser l'Anneau du Celebrant
aprèsavoirpresenté
le
le Cierge. Il y avoit dix
pieces d'or à celuy de
Monseigneur le Dauphin,
huit à celuy deMonseigneur
le Duc de Berry,
& six à celuy deMonsieur
le Duc d'Orleans.
L'Oraison Funebre fut
prononcée par Mr l'Evesque
d'Angers. Ilprit pour
Texteles 13 & 17. Versets
du 3. Chapitre des Proverbes
dont il ne fit qu'un,
pour l'apliquer à Monseigneur.
Beatus homo qui inrectæ
, omnes semitæ ejus
pacificæ. Heureux l'homme
rempli de sagesse & de
prudence,ses voyes sont
toujours droires &ne tendent
qu'à Ja paix,
On ne donnera, point les
Extraits des Oraisons Fune-
Ines, parce qu'elles sontimpri
mées Cm aujji parce qu'ilyen
aura troppourentreprendre de
les donner toutes , que de
donnerseulement les plus belles
ce feroit marquer qu'on
llime moins les autres.
Monseigneur le Dauphin,
Monseigneur leDuc
deBerry,& Monsieur le
Duc d'Orleans sortirent;
del'Eglileun peu avant
quatre heures pour aller
se deshabiller, & ils sortirent
de leurs Apartements
à quatre heures trois
quarts par la grande porte
de l'Eglise,suivis du
Prieur,de plusieursReligieux
& de leurs Officiers
; & ces Princesmonterent
tous trois dans le
mesine Carosse pour retourner
à Marly,.Il y avoit
plusieurs Compagnies
des Gardes rangées obli-.
quement en haye depuis
1,2 premiere porte du parvis
jusques danslarue qui
conduir hors de Saint Denis
par le chemin dePa*.
ris.
Il y eut de si vives contestations
entre les Cent-
Suisses & les Gardes du
Corps au sujet de la barriere,
qu'il fallut, envoyer
un exprés à Marly pour
sçavoit à qui elle devoit
appartenir. La question
futdecidée en faveur des
Gardes du Corps qui la
îirent enlever.
Le 3. Juillet on fit aufll un
Service solemnel pour le reposdeL'Ame
de feu Monseigneur
leDauphin, dans l'Eglise
de Notre Dame. Mon.
sieur le Cardinal de Noailles
y officia pontificalement; &
lePeredelaRue Jesuite y prononça
l'Oraison Funebre.
Monseigneur le Dauphin, accompagné de Monseigneur
le Duc de Berry & de Monsieur
le Ducd'Orleans )efioit'
à la relte du Deuil ainsiqu'à
celuy de S. Denis; & le Clergé,
le Parlement, la Chambre
des Comptes, la Cour des Aides,
l'U niverfité & le Corps
de Villeyaissisterent. Ils y avoient
esté invitez de la tirt
du Roy par Mr. des Granges
Maistre des Ceremonies. Monsieurle
Cardinal de Noailles
donna à disneraux trois Princes
après le Service.
On ne parlera point de laCeremonie de Notre-
Dame
,
ni de la Sainte
Chapelle
,
ni par consequent
desautresquisesont
faites par route la France.
!i Ces Ceremonies n'tfl
tant presque que des repetitions
les unes des autres
, & de plus il faudroit
des Volumes entiers pour
bien marquer jusqu'où
les François ont porté
leur zele pour honorer
la memoire du grand
Prince qu'ils ont perdu..,)
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Résumé : Service pour feu Monseigneur le Dauphin.
Le 18 juin, un service solennel fut organisé à l'Abbaye Royale de Saint-Denis pour le repos de l'âme du défunt Dauphin. La ville était en deuil, avec toutes les portes tendues de noir, sauf celle de l'entrée du parvis, ornée de cartouches et d'écussons, certains aux armes du Dauphin. L'église était également décorée de noir, avec des cartouches et des écussons sur la nef et le chœur. Un grand tapis noir couvrait l'espace entre les piliers, et un jubé de menuiserie abritait la musique. Le chœur était orné de pièces de drap noir bordées d'hermine et décorées de larmes d'argent, de dauphins et de fleurs-de-lis d'or. Des girandoles garnies de cierges étaient suspendues au-dessus des écussons. La représentation du Dauphin était élevée sur un champ carré, sous un dais soutenu par quatre colonnes, surmonté d'une couronne de dauphins et de cierges. Le service commença à dix heures et un quart, avec l'arrivée du Dauphin, du Duc de Berry et du Duc d'Orléans, conduits dans un appartement préparé pour eux. Le requiem fut entonné par les chantres et continué par la musique du roi. L'archevêque de Reims célébra la messe, assisté de plusieurs évêques. L'oraison funèbre fut prononcée par l'évêque d'Angers, qui cita les Proverbes. Après la messe, les princes sortirent de l'église pour se déshabiller et quittèrent Saint-Denis vers quatre heures et demie, escortés par des compagnies de gardes. Le 3 juillet, un autre service solennel eut lieu à l'église Notre-Dame, officié par le cardinal de Noailles, avec la présence des mêmes princes et de diverses autorités invitées par le roi. Le cardinal de Noailles offrit ensuite un dîner aux princes. Les cérémonies dans d'autres lieux de France ne sont pas détaillées, car elles étaient similaires et nécessiteraient des volumes entiers pour être décrites en détail.
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3
p. 73-87
ANTIQUITEZ. LETTRE.
Début :
MONSIEUR, Ceux qui croyent que les anciens avoient le secret de [...]
Mots clefs :
Antiquité, Cercueils, Seine, Pierre, Coteau, Autel, Pouces, Romains, Village, Gaulois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANTIQUITEZ. LETTRE.
ANTIQUITEZ,
LETTRE.
MONSIEUR,
Ceux qui croyent que les
anciensavoient le secret de
fondre les pierres, pourroient
appuyer leur opinion
sur une petite découverte
que j'ai faite il y a six mois.
En creusant une cave chez
moyontrouvaune boule ou
globe de pierre, d'environ
4pieds de diametreCe globe
était creux comme un
boulet de canon: on remarquoitune
espece de soudure
en cercle ; & comme on la
brifa en la tirant, je vis dans
l'épaisseur,qui étoit de quatre
pouces, quantité depetits
morceaux de fer enfermez
dans la matiere
,
qui
étoient comme de petits
liens qu'on avoit apparemment
mis exprés en la fondant
, pour entretenir la
liaison. Au reste cette matiere
étoit presque pourrie
par le temps; en forte que
tout s'enalla par morceaux,
dont j'ai reservé feulement
quelques-uns par curiosité.
Cela me fait souvenir d'une
autre découvertequi se
fit il y a environ vingr années
dans le même lieu,
qui est Bar sur Seine, Õc où
on trouva un autel qui pa-
, roissoit de pierre fonduë.
M. Perel,Avocat du Roy
à Bar sur Seine, faisant provigner
une de ses vignes,
& ses ouvriers creusant
leurs fossesassez à fond
commencerent , par hazard
cette découverte, qui fut
ensuite continuée par ses
ordres. On trouva dans
cette vigne, qui est à un
bon quart de lieuë de Bar
sur Seine, sur le penchant
d'un coteau, neuf cercüeils
de pierre, rangez trois à
trois de bout en bout, en
travers de la vigne & du
coteau, & vers le milieu,
sans presque aucun espace
vuide entr'eux, avec des
murailles à leurs côtez &
à l'un de leurs bouts; &
cette grosse pierre faite
comme un ancien autel a
l'autre bout, qui paroissoit,
commeje vous dis, de morceaux
fondus, avec des ornemens
moulez
,
& non
sculptez. J'ai vû cinq de
ces cercüeils en leur entier,
les autres ont étérompus
en les tirant de leur
place. Ils étoient d'une pierre
blanche, mêlée de petits
brillans
:
ils étoient tous de
même grandeur & de même
figure, & ont dans oeuvre
cinq pieds & demi de
long
, un pied & demi de
large,avec un pied de creux
à l'un des bouts, huit pouces
de large & de creux à
l'autre bout, & deux pouces
d'épaisseur par-tout.
Leurs couvertures étoient
de lamême pierre ôc du
même travail
,
figurées en
rond par le dehors, ôc
creuses de six pouces par le
dedans:mais toutes ont été
rompuës, & l'on n'en voit
que des morceaux, par où
l'on juge de leur nature &
de leur façon. Quant à l'autel,
il est en son entier,
tour d'une piece: il a quatre
pieds & demi de long,
vingt pouces de large, &
quarante de hauteur.Il s'est
trouvé des têtes & des os
dans tous ces cercüeils., qui
étoient pointez vers lorient,
& avoient l'autel à
leur pied, & c'est apparemment
pour les tourner de la
forte, que les cereüeils »-
voient été rangez, non pas
du haut en bas du coteau,
mais en travers, comme
je l'ai observé. Ce coteau senomme Devoye
,
&
est du finagedeMesrey,
village autrefois l'un des
fauxbourgs de Bar sur Seine
, d'une situation trésbelle
& trés-avantageuse,
sur le penchant d'une colline,
qui a l'Ourse d'un côté
, & l'Arce de l'autre
)
avec la Seine à ses pied.)
où ces deux rivieres se jettent
en moins de mil pas
de distance. Quelques-uns
disent que le nom de Mefrey
vient de Mesraint, l'un
des petits-fils de Noë :
mais les autres ne remontant
pas si haut, à cause
de la difficulté de la preuve,
se contentent de l'attribuer
à Mithra, Dieu ou
Décesse des Gaulois; comme
ils attribuent celui de
Baleno village voisin
,
à
Balenus,autre Dieu de nos
ancêtres; & ceux de Polis,
appellé Choiseüil depuis
quelques années, & de Pô"
lise, terre du même voisinage,
à Isis & à Osiris, en
joignant le nom de ces deux
Divinicez au mot Pol ou
Polus, qui signifie ciel ou
residence. Peut-être que
ce coteau étoit un hospice
ou une habitation des
Dieux, & que les corps
que contenoient les cercüeils,
avec l'autel à leur
tête,étoient ceux de quelques
Divinitez du pays; ou
plutôt, comme ce coteau
produit du vin trés-bon, il
étoit feulement consacré à
Baccus & aux Dieux de sa
suite, & que les morts des
cercüeils n'étoient que
quelques Sacrificateurs de
ces Divinitez Bachiques,
Druides ou autres. Et voila
ce que j'en sçai, & ce que
j'en juge. Al'égard du mot
de Ricci, qui se trouve sur
tous ces tombeaux
P
c'est
apparemment le nom du
bourg de Ricci, où ils ont
été fabriquez. Il y a trois
bourgs nommez Ricci, qui
ont reçu ce nom d'un Chef
des Helvetiens, c'est à dire
Suisses, appellé Rie. Les
troupes qu'il commandoit
étoient de trois differens
cantons. Elles inonderent
nos campagnes;Cesar,
qui les repoussa,ayant permis
à quelques-uns de ces
peuples vaincus d'habiter
cette contrée, ils bâtirent
trois grands bourgs, qui
sont ceux dont je vous par-
};
le. Ce que l'on croit de l'origine
des Ristous, ou Vicelois,
a de grandes apparences
de verité, & Confir-
I me bien ce qu'on dit de
: Bar sur Seine & de Bar sur
Aube, que ces deux villesassises
sur deux rivieres,
étoient les barres
ou barrièresdesHeduens,
ou anciens Autunois, &
les Ambobarriens, ouAmbarriens
deCesar, contre
le sentiment ordinaire de
ses interprétés. Jully Surfarce
,
village de ce voisinage,
oùsont lesrestes d'un
ancien & fort château, qu'-
en attribuë à cet Empereur,
aussi bien que ie nom de ce
lieu appelle en latin Juliafume
Et l'on peut dire encore
que les chemins Romains
qui traversent ce
pays de toutes parts, & les
medailles que l'on y rencontre,
en sont de fûres
marques. Ce qui pourroit
aussi faire croire que les
cercüeils de Devoye contenoient
plûtôt des corps,
de Romains, que des corps
de nos ancêtres:mais ce ne
sont peut-être ni des uns,
ni des autres, parce que les
Gaulois brûloient leurs
morts, au rapport même
de Cesar
,
& que les Romains
mettoient en la bouche
de ceux qu'ils enterroient
de petites pieces
d'or, d'argent &de cuivre,
pour payer à Caron le passage
du fleuve d'oubli; 6c
enfermoient quelquefois
des lampes ardentes avec
eux, pour servir à leurconduite
dans les tenebres
de l'autre monde:& l'on
n'a trouvé dans tous ces
cercüeils que des os & de
la terre, suivant l'observation
quej'en ai faite. Nean.
moins on peut penser que,
comme les Romains brûloient
par honneur quelques-
uns de leurs morts,
les Gaulois par la même
raison enterroient quelquesuns
des leurs, & que
ceux des cercueils étoient
de ce nombre, & apparemment
de quelque illustre
famille de Bar sur Seine,
qui avoir choisi la sepulture
dans sa vigne, comme
le bon pere Abraham
avoit choisi la sienne &
celle de Ces enfans dans son
champ.
LETTRE.
MONSIEUR,
Ceux qui croyent que les
anciensavoient le secret de
fondre les pierres, pourroient
appuyer leur opinion
sur une petite découverte
que j'ai faite il y a six mois.
En creusant une cave chez
moyontrouvaune boule ou
globe de pierre, d'environ
4pieds de diametreCe globe
était creux comme un
boulet de canon: on remarquoitune
espece de soudure
en cercle ; & comme on la
brifa en la tirant, je vis dans
l'épaisseur,qui étoit de quatre
pouces, quantité depetits
morceaux de fer enfermez
dans la matiere
,
qui
étoient comme de petits
liens qu'on avoit apparemment
mis exprés en la fondant
, pour entretenir la
liaison. Au reste cette matiere
étoit presque pourrie
par le temps; en forte que
tout s'enalla par morceaux,
dont j'ai reservé feulement
quelques-uns par curiosité.
Cela me fait souvenir d'une
autre découvertequi se
fit il y a environ vingr années
dans le même lieu,
qui est Bar sur Seine, Õc où
on trouva un autel qui pa-
, roissoit de pierre fonduë.
M. Perel,Avocat du Roy
à Bar sur Seine, faisant provigner
une de ses vignes,
& ses ouvriers creusant
leurs fossesassez à fond
commencerent , par hazard
cette découverte, qui fut
ensuite continuée par ses
ordres. On trouva dans
cette vigne, qui est à un
bon quart de lieuë de Bar
sur Seine, sur le penchant
d'un coteau, neuf cercüeils
de pierre, rangez trois à
trois de bout en bout, en
travers de la vigne & du
coteau, & vers le milieu,
sans presque aucun espace
vuide entr'eux, avec des
murailles à leurs côtez &
à l'un de leurs bouts; &
cette grosse pierre faite
comme un ancien autel a
l'autre bout, qui paroissoit,
commeje vous dis, de morceaux
fondus, avec des ornemens
moulez
,
& non
sculptez. J'ai vû cinq de
ces cercüeils en leur entier,
les autres ont étérompus
en les tirant de leur
place. Ils étoient d'une pierre
blanche, mêlée de petits
brillans
:
ils étoient tous de
même grandeur & de même
figure, & ont dans oeuvre
cinq pieds & demi de
long
, un pied & demi de
large,avec un pied de creux
à l'un des bouts, huit pouces
de large & de creux à
l'autre bout, & deux pouces
d'épaisseur par-tout.
Leurs couvertures étoient
de lamême pierre ôc du
même travail
,
figurées en
rond par le dehors, ôc
creuses de six pouces par le
dedans:mais toutes ont été
rompuës, & l'on n'en voit
que des morceaux, par où
l'on juge de leur nature &
de leur façon. Quant à l'autel,
il est en son entier,
tour d'une piece: il a quatre
pieds & demi de long,
vingt pouces de large, &
quarante de hauteur.Il s'est
trouvé des têtes & des os
dans tous ces cercüeils., qui
étoient pointez vers lorient,
& avoient l'autel à
leur pied, & c'est apparemment
pour les tourner de la
forte, que les cereüeils »-
voient été rangez, non pas
du haut en bas du coteau,
mais en travers, comme
je l'ai observé. Ce coteau senomme Devoye
,
&
est du finagedeMesrey,
village autrefois l'un des
fauxbourgs de Bar sur Seine
, d'une situation trésbelle
& trés-avantageuse,
sur le penchant d'une colline,
qui a l'Ourse d'un côté
, & l'Arce de l'autre
)
avec la Seine à ses pied.)
où ces deux rivieres se jettent
en moins de mil pas
de distance. Quelques-uns
disent que le nom de Mefrey
vient de Mesraint, l'un
des petits-fils de Noë :
mais les autres ne remontant
pas si haut, à cause
de la difficulté de la preuve,
se contentent de l'attribuer
à Mithra, Dieu ou
Décesse des Gaulois; comme
ils attribuent celui de
Baleno village voisin
,
à
Balenus,autre Dieu de nos
ancêtres; & ceux de Polis,
appellé Choiseüil depuis
quelques années, & de Pô"
lise, terre du même voisinage,
à Isis & à Osiris, en
joignant le nom de ces deux
Divinicez au mot Pol ou
Polus, qui signifie ciel ou
residence. Peut-être que
ce coteau étoit un hospice
ou une habitation des
Dieux, & que les corps
que contenoient les cercüeils,
avec l'autel à leur
tête,étoient ceux de quelques
Divinitez du pays; ou
plutôt, comme ce coteau
produit du vin trés-bon, il
étoit feulement consacré à
Baccus & aux Dieux de sa
suite, & que les morts des
cercüeils n'étoient que
quelques Sacrificateurs de
ces Divinitez Bachiques,
Druides ou autres. Et voila
ce que j'en sçai, & ce que
j'en juge. Al'égard du mot
de Ricci, qui se trouve sur
tous ces tombeaux
P
c'est
apparemment le nom du
bourg de Ricci, où ils ont
été fabriquez. Il y a trois
bourgs nommez Ricci, qui
ont reçu ce nom d'un Chef
des Helvetiens, c'est à dire
Suisses, appellé Rie. Les
troupes qu'il commandoit
étoient de trois differens
cantons. Elles inonderent
nos campagnes;Cesar,
qui les repoussa,ayant permis
à quelques-uns de ces
peuples vaincus d'habiter
cette contrée, ils bâtirent
trois grands bourgs, qui
sont ceux dont je vous par-
};
le. Ce que l'on croit de l'origine
des Ristous, ou Vicelois,
a de grandes apparences
de verité, & Confir-
I me bien ce qu'on dit de
: Bar sur Seine & de Bar sur
Aube, que ces deux villesassises
sur deux rivieres,
étoient les barres
ou barrièresdesHeduens,
ou anciens Autunois, &
les Ambobarriens, ouAmbarriens
deCesar, contre
le sentiment ordinaire de
ses interprétés. Jully Surfarce
,
village de ce voisinage,
oùsont lesrestes d'un
ancien & fort château, qu'-
en attribuë à cet Empereur,
aussi bien que ie nom de ce
lieu appelle en latin Juliafume
Et l'on peut dire encore
que les chemins Romains
qui traversent ce
pays de toutes parts, & les
medailles que l'on y rencontre,
en sont de fûres
marques. Ce qui pourroit
aussi faire croire que les
cercüeils de Devoye contenoient
plûtôt des corps,
de Romains, que des corps
de nos ancêtres:mais ce ne
sont peut-être ni des uns,
ni des autres, parce que les
Gaulois brûloient leurs
morts, au rapport même
de Cesar
,
& que les Romains
mettoient en la bouche
de ceux qu'ils enterroient
de petites pieces
d'or, d'argent &de cuivre,
pour payer à Caron le passage
du fleuve d'oubli; 6c
enfermoient quelquefois
des lampes ardentes avec
eux, pour servir à leurconduite
dans les tenebres
de l'autre monde:& l'on
n'a trouvé dans tous ces
cercüeils que des os & de
la terre, suivant l'observation
quej'en ai faite. Nean.
moins on peut penser que,
comme les Romains brûloient
par honneur quelques-
uns de leurs morts,
les Gaulois par la même
raison enterroient quelquesuns
des leurs, & que
ceux des cercueils étoient
de ce nombre, & apparemment
de quelque illustre
famille de Bar sur Seine,
qui avoir choisi la sepulture
dans sa vigne, comme
le bon pere Abraham
avoit choisi la sienne &
celle de Ces enfans dans son
champ.
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Résumé : ANTIQUITEZ. LETTRE.
Le texte décrit deux découvertes archéologiques à Bar-sur-Seine. La première concerne une boule de pierre creuse, découverte lors du creusement d'une cave. Cette boule présente une soudure et des morceaux de fer à l'intérieur. Environ vingt ans auparavant, une autre découverte avait été faite dans la même région. Elle comprenait neuf cercueils de pierre, disposés en rangées dans une vigne, ainsi qu'un autel de pierre fondue. Les cercueils, de dimensions identiques, contenaient des os et étaient orientés vers l'est, avec l'autel à leurs pieds. Le coteau où ces objets ont été trouvés, nommé Devoye, est situé entre les rivières Ourse et Arce, près de la Seine. Le texte mentionne également diverses hypothèses sur l'origine des noms des villages voisins et sur la possible signification religieuse ou historique des découvertes. Il évoque la présence de chemins romains et de médailles, suggérant une influence romaine. Cependant, il est noté que les Gaulois avaient généralement l'habitude de brûler leurs morts, tandis que les Romains plaçaient des objets spécifiques dans les tombes. Ces éléments soulèvent des questions sur les pratiques funéraires et les influences culturelles dans la région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 779-793
Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragedie de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Dieux, Dieu, Amour, Coeur, Tragédie, Tragédie de Télémaque, Paix, Autel, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 Mars , l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
Fermer
Résumé : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté au Théâtre la tragédie 'Télémaque', composée par le Chevalier Pellegrin et mise en musique par Destouches, directeur de l'Académie. Cette œuvre, déjà acclamée en 1714, a été saluée par le public lors de sa reprise. Les interprètes, notamment la Demoiselle Antier et la Demoiselle Pellissier, ainsi que les danseurs Les Fres et Camargo, ont été particulièrement appréciés. Le prologue se déroule dans un lieu construit et orné par les Arts sous l'ordre de Minerve, en l'honneur du roi qui a apporté la paix en Europe. Minerve et Apollon apparaissent, accompagnés des Vertus, des Arts et des Muses. Minerve célèbre la paix après la victoire, et Apollon invite à célébrer les bienfaits du roi. L'Amour est appelé pour participer à la fête, et Minerve accepte sa présence en faveur de la paix. Le prologue se conclut par l'annonce de la tragédie de Télémaque. Dans l'acte I, sur l'île d'Ogygie ravagée par des inondations, Eucharis, amoureuse d'un inconnu naufragé, exprime son désespoir à sa confidente Cleone. Calypso révèle à Eucharis qu'elle a sauvé Ulysse malgré les ordres de Neptune. Adraste décrit les ravages sur l'île, et Calypso consulte les Enfers pour apaiser Neptune. La fête magique révèle que Neptune exige le sang d'Ulysse, mais celui-ci n'est plus en son pouvoir. Dans l'acte II, au temple de Neptune, Télémaque exprime son désir de sauver son père. Eucharis lui révèle que Neptune exige son sang. Télémaque se prépare à se sacrifier, mais Neptune calme sa colère. Calypso, émue, sauve Télémaque et reconnaît en lui Ulysse rajeuni. Dans l'acte III, Adraste, jaloux, prépare sa vengeance contre Télémaque. Calypso, malgré les menaces, sauve Télémaque et exprime son amour pour lui. La tragédie se conclut par une fête organisée par Calypso pour apaiser Télémaque. La pièce se poursuit avec Télémaque, enchanté par la beauté d'Eucharis, exprimant son trouble face à ses sentiments. Calypso, consciente de l'amour de Télémaque, lui demande de se rendre au Temple de l'Amour. Eucharis, chargée par Calypso de révéler les sentiments de la reine à Télémaque, hésite à lui avouer sa propre naissance pour mieux le disposer en faveur de Calypso. Télémaque, vertueux, refuse de tromper Calypso et fuit lorsqu'il la voit approcher. Calypso, surprise par la fuite de Télémaque, le soupçonne d'ingratitude et d'amour pour une rivale. Un oracle révèle que Minerve a décidé que Télémaque doit régner avec Antiope sur Ithaque. Adraste, blessé par Télémaque, révèle que ce dernier aime Eucharis. Calypso, en fureur, menace Télémaque et lui ordonne de partir. Télémaque, désespéré, presse Eucharis de se sauver. Eucharis révèle alors qu'elle est Antiope. Minerve intervient, ordonne aux Zephirs de transporter les amants à Ithaque et punit Calypso. La pièce se termine par la défaite et la malédiction de Calypso.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 1877-1881
CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
Début :
Cette Ceremonie a été des plus magnifiques, tant par le grand nombre de Seigneurs et de [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Église paroissiale de Saint-Sulpice, Autel, Pierre, Nonce du Pape, Ambassadeur, Procession, Clergé, Messe, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
CEREMONIE faite dans l'Eglise
Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion
de la Premiere Pierre du grand Autel
posée par M. le Nonce au nom du Pate
Clement XII. le 21. de ce mois.
Ette Ceremonie a été des plus magnifiques ,
stant par le grand nombre de Seigneurs et de
Dames qui y ont assisté , que par l'ordre qui a
été observé. Trois cent hommes du Guet à pied
étoient en armes au- dehors de l'Eglise , pour em pêcher les embarras des Carrosses , et il y avoit
dans l'interieur cent Cavaliers du Guet, comman
dez leurs Officiers , et cent. Suisses par tenir le bon ordre.
pour mainLe Nonce du Pape étoit attendu au Presbytere,
dans une Sale ornée et préparée pour le recevoin
Son Excellence arriva vers les dix heures , préce
dée de ses Valets de pied , accompagnée des Sci- greurs étrangers , et suivie de tous les Officiers
de sa Maison qui avoient servi à son Entrée pu
blique. Elle fut saluée d'une grande décharge de
Boetes, att son des Tambours, Timbales et Trompettes , et reçue à la descente de son Carosse par
M.le Curé et par les Marguilliers de la Paroisse,
à la tête desquels étoit le Comte de S. Florentia
Secretaire d'Etat , en l'absence de M. le Comte
de Maurepas , premier Marguillier d'honneur ,
qui s'étoit trouvé indisposé. M. le Nonce fut con
duit dans la Sale destinée à le recevoir ; il y étoit
attendu par l'Ambassadeur du Roy de Sardaigue,
par
1878 MERCURE DE FRANCE
par l'Ambassadeur de la République de Venise ,
par le Comte de Gergy's Ambassadeur de France
Venise , par plusieurs autres Ministres des Cours
Etrangeres et par un grand nombre de Selgneurs du Royaume , invitez à la Ceremonie.
Au moment de son arrivée , la Procession commença à sortir de l'Eglise par la porte collaterale,
située au Midy, pour rentrer par la grande porte.
Voici l'ordre qui s'y observa.
A la tête étoient les Timbales , Trompettes ,
Hautbois et Bassons ; on voyoit ensuite la grande
Baniere de la Paroisse , suivie de tous les Ouvriers 'servant à la construction du Bâtiment , en trèsgrand nombre , portant tous à la immain,la marque distinctive de leur Profession ; ils étoient conduits par les Maîtres , les Contre- Maitres er
les Appareilleurs. Le sieur Servandoni , des Académies Royales de Peinture, Sculpture et Architecture , premier Architecte de S. Sulpice , mar- choit à leur tête. e
Au milieu d'eux les Marbriers , avec des bricolles couvertes de rubans portoient sur un bran
card , orné d'un Tapis de velours , la Premiere
Pierre , parée de Guirlandes de fleurs , et de rubans; après eux marchoient les Congregations
et les Confrairies,avec leurs étendarts et Guidons.
Tout le Clergé en surplis venoit ensuite au nombre de plus de 300. chantant des Pseaumes à deux
Chœurs. ,,,
La Procession ayant passé dans cet ordre devant le Presbytere, M. le Curé en Etole et en Chape , en fit la clôture. Alors M. le Nonce, précedé de toute sa Livrée , suivi de tous ses Oraciers et
accompagné de M le Comte de S Florentin , des
Marguilliers , des Ambassadeurs de Sardaigne et
de Venise, du Comte de Gergy et des autres Mi mistres
A O UST. 1732 1879
nistres Etrangers et Seigneurs, sortit du Presby- tere pour suivre la Procession. On arriva ainsi à
l'Eglise qui avoit été disposée avec toute la noblesse et toute la magnificence possible , ce qui
offroit aux Spectateurs une décoration des plus
superbes , laquelle subsista sans aucun trouble ni
dérangement , malgré l'affluence et le concours
infini du Peuple empressé de voir cette auguste solemnité.
Les Confrairies allerent prendre les places qui
leur avoient été marquées , et les Congregations
placerent à l'entrée du Chœur leurs Bannieres, qui
furent admirées de toute l'Assemblée , plus encore par le goût que par la richesse de l'ouvrage.
Le Clergé se rangea sur deux lignes paralleles
dans la grand- Nef; M. le Curé se tenant au mi- fieu , présenta l'Eau-benite à M. le Nonce et en- suite lui offrit à baiser une Croix de Cristal de
Roche , d'un ouvrage parfait , dans laquelle on conserve une précieuse portion de la vraye Croix.
S. E. s'étant mise à genoux sur un riche Caradora le Crucifix ; puis s'étant relevée ,
M. le Curé lui fit un compliment dont elle pa- rut très-satisfaite.
reau ,
De-là elle fut conduite à un Prie-Dieu , couvert d'un superbe Tapis , placé devant un Autel
que l'on avoit dressé entre la Nef et le Chœur ,
il étoit orné d'un grand nombre de Chandeliers et de Girandoles de Cristal. Aux côtez du Nonçe
se placerent les Ambassadeurs , les Ministres
Etrangers , et les autres Seigneurs dans des Fauteuils préparez , avec des Carreaux de velours à
Galons d'or. M. le Comte de S. Florentin et les
Marguilliers prirent leurs places dans l'Euvre ,
qui étoit parée de Tapis de velours et de Carreaux chamarez d'or;toute la suite de S. E. et
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des autres Ministres et Seigneurs,, se rangea dans lá Nef.
Des deux côtez de l'Autel on avoit disposé
une grande quantité de Chaises de Tapisserie , et
ce fut- là que l'on plaça les Personnes de distinction , de l'un et de l'autre sexe , qui s'y trouverent en grand nombre. Plus loin, dans le Sanctuaire , les Ecclesiastiques en Manteau, et les Religieux de différens Ordres.
Il y avoit en dehors de chaque Arcade de la
Nef une Barriere de Suisses , et en dedans un
rang de Cavaliers du Guet , pour empêcher le
peuple , qui remplissoit les bas côtez et la croisée
de ce grand et superbe Edifice , de causer de la
confusion , et cette double Barriere étoit continuće depuis la grande Porte jusques au Chœur.
Pendant que chacun prenoit la place qui lui
étoit destinée , on entendoit un Concert d'Ins
trumens, choisis de toute espece.
Le Clergé ayant défilé sur deux lignes , poar
se rendre dans le Choeur , dès qu'il y fut rangé ,
on commença la Messe ; pendant laquelle il fut
chanté un Motet de M. Campra , avec une Symphonie de M. Clerambault , Organiste et Maître
de Musique de S. Sulpice.
La Messe finie , M. le Nonce , précédé des -
Prêtres de la Paroisse , qui portoient dans des
Vases précieux les differens Instrumens qui de- voient servir à la Cérémonie , alla poser ia premiere Pierre. S. E. mit dans un Coffre de Marbre,
creusé exprès , des Médaillons d'or , d'argent et
de bronze, que le Pape avoit envoyez ; ils étoient
portez dans une Jatte d'Agathe , montée en for
d'un ouvrage exquis ; le Marbre fut ensuite sceité
er mis sous la premiere Pierre , sur laquelle est
gravée en Lettres d'or , l'Inscription qui suit :
CLE
A OUST 1732.
CLEMENS PAPA XII . PER RAINERIUM
COMITIBUS DE ILCIO ARCHIEPISCOPUM RнODIENSEM NUNCIUM APOSTOLICUM , LAPIDEM
HUNC ALTARIS SANCTI PRIMARIUM POSULT
XXI AUGUSTI. ANNO M. DCC. XXXII.
Pendant tout le temps de cette Cérémonie , les
Instrumens continuerent de donner une Symphonie qui fut generalement goutée. Lorsque la
Pierre fut posée , M. le Curé accompagna M. le
Nonce , M. le Comte de S. Florentin , et plusieurs autres Seigneurs dans la nouvelle Sacristie; ils y admirerent tous les Tableaux dont elle est ornée , qui sont des plus grands Maîtres , la.
Menuiserie qui est d'un gout achevé , et le Lavoir tout incrusté de Marbre , dont la Cuvette.
est un ancien Tombeau de Marbre d'Egypte ,
d'un grand prix.- -
Ensuite le Clergé s'étant rangé sur deux lignes dans la Nef, S. E. sortit de l'Eglise et fut conduite jusques à son Carosse , par M. le Curé ,
M. le Comte de S. Florentin , et Mrs les Marguilliers , au bruit des Tambours , Timballes et
Trompettes , et la Cérémonie fut terminée par
- des aumônes que M. le Curé fit distribuer abondament à tous les Pauvres , qui s'y trouvèrent en
tres- grand nombre.
Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion
de la Premiere Pierre du grand Autel
posée par M. le Nonce au nom du Pate
Clement XII. le 21. de ce mois.
Ette Ceremonie a été des plus magnifiques ,
stant par le grand nombre de Seigneurs et de
Dames qui y ont assisté , que par l'ordre qui a
été observé. Trois cent hommes du Guet à pied
étoient en armes au- dehors de l'Eglise , pour em pêcher les embarras des Carrosses , et il y avoit
dans l'interieur cent Cavaliers du Guet, comman
dez leurs Officiers , et cent. Suisses par tenir le bon ordre.
pour mainLe Nonce du Pape étoit attendu au Presbytere,
dans une Sale ornée et préparée pour le recevoin
Son Excellence arriva vers les dix heures , préce
dée de ses Valets de pied , accompagnée des Sci- greurs étrangers , et suivie de tous les Officiers
de sa Maison qui avoient servi à son Entrée pu
blique. Elle fut saluée d'une grande décharge de
Boetes, att son des Tambours, Timbales et Trompettes , et reçue à la descente de son Carosse par
M.le Curé et par les Marguilliers de la Paroisse,
à la tête desquels étoit le Comte de S. Florentia
Secretaire d'Etat , en l'absence de M. le Comte
de Maurepas , premier Marguillier d'honneur ,
qui s'étoit trouvé indisposé. M. le Nonce fut con
duit dans la Sale destinée à le recevoir ; il y étoit
attendu par l'Ambassadeur du Roy de Sardaigue,
par
1878 MERCURE DE FRANCE
par l'Ambassadeur de la République de Venise ,
par le Comte de Gergy's Ambassadeur de France
Venise , par plusieurs autres Ministres des Cours
Etrangeres et par un grand nombre de Selgneurs du Royaume , invitez à la Ceremonie.
Au moment de son arrivée , la Procession commença à sortir de l'Eglise par la porte collaterale,
située au Midy, pour rentrer par la grande porte.
Voici l'ordre qui s'y observa.
A la tête étoient les Timbales , Trompettes ,
Hautbois et Bassons ; on voyoit ensuite la grande
Baniere de la Paroisse , suivie de tous les Ouvriers 'servant à la construction du Bâtiment , en trèsgrand nombre , portant tous à la immain,la marque distinctive de leur Profession ; ils étoient conduits par les Maîtres , les Contre- Maitres er
les Appareilleurs. Le sieur Servandoni , des Académies Royales de Peinture, Sculpture et Architecture , premier Architecte de S. Sulpice , mar- choit à leur tête. e
Au milieu d'eux les Marbriers , avec des bricolles couvertes de rubans portoient sur un bran
card , orné d'un Tapis de velours , la Premiere
Pierre , parée de Guirlandes de fleurs , et de rubans; après eux marchoient les Congregations
et les Confrairies,avec leurs étendarts et Guidons.
Tout le Clergé en surplis venoit ensuite au nombre de plus de 300. chantant des Pseaumes à deux
Chœurs. ,,,
La Procession ayant passé dans cet ordre devant le Presbytere, M. le Curé en Etole et en Chape , en fit la clôture. Alors M. le Nonce, précedé de toute sa Livrée , suivi de tous ses Oraciers et
accompagné de M le Comte de S Florentin , des
Marguilliers , des Ambassadeurs de Sardaigne et
de Venise, du Comte de Gergy et des autres Mi mistres
A O UST. 1732 1879
nistres Etrangers et Seigneurs, sortit du Presby- tere pour suivre la Procession. On arriva ainsi à
l'Eglise qui avoit été disposée avec toute la noblesse et toute la magnificence possible , ce qui
offroit aux Spectateurs une décoration des plus
superbes , laquelle subsista sans aucun trouble ni
dérangement , malgré l'affluence et le concours
infini du Peuple empressé de voir cette auguste solemnité.
Les Confrairies allerent prendre les places qui
leur avoient été marquées , et les Congregations
placerent à l'entrée du Chœur leurs Bannieres, qui
furent admirées de toute l'Assemblée , plus encore par le goût que par la richesse de l'ouvrage.
Le Clergé se rangea sur deux lignes paralleles
dans la grand- Nef; M. le Curé se tenant au mi- fieu , présenta l'Eau-benite à M. le Nonce et en- suite lui offrit à baiser une Croix de Cristal de
Roche , d'un ouvrage parfait , dans laquelle on conserve une précieuse portion de la vraye Croix.
S. E. s'étant mise à genoux sur un riche Caradora le Crucifix ; puis s'étant relevée ,
M. le Curé lui fit un compliment dont elle pa- rut très-satisfaite.
reau ,
De-là elle fut conduite à un Prie-Dieu , couvert d'un superbe Tapis , placé devant un Autel
que l'on avoit dressé entre la Nef et le Chœur ,
il étoit orné d'un grand nombre de Chandeliers et de Girandoles de Cristal. Aux côtez du Nonçe
se placerent les Ambassadeurs , les Ministres
Etrangers , et les autres Seigneurs dans des Fauteuils préparez , avec des Carreaux de velours à
Galons d'or. M. le Comte de S. Florentin et les
Marguilliers prirent leurs places dans l'Euvre ,
qui étoit parée de Tapis de velours et de Carreaux chamarez d'or;toute la suite de S. E. et
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des autres Ministres et Seigneurs,, se rangea dans lá Nef.
Des deux côtez de l'Autel on avoit disposé
une grande quantité de Chaises de Tapisserie , et
ce fut- là que l'on plaça les Personnes de distinction , de l'un et de l'autre sexe , qui s'y trouverent en grand nombre. Plus loin, dans le Sanctuaire , les Ecclesiastiques en Manteau, et les Religieux de différens Ordres.
Il y avoit en dehors de chaque Arcade de la
Nef une Barriere de Suisses , et en dedans un
rang de Cavaliers du Guet , pour empêcher le
peuple , qui remplissoit les bas côtez et la croisée
de ce grand et superbe Edifice , de causer de la
confusion , et cette double Barriere étoit continuće depuis la grande Porte jusques au Chœur.
Pendant que chacun prenoit la place qui lui
étoit destinée , on entendoit un Concert d'Ins
trumens, choisis de toute espece.
Le Clergé ayant défilé sur deux lignes , poar
se rendre dans le Choeur , dès qu'il y fut rangé ,
on commença la Messe ; pendant laquelle il fut
chanté un Motet de M. Campra , avec une Symphonie de M. Clerambault , Organiste et Maître
de Musique de S. Sulpice.
La Messe finie , M. le Nonce , précédé des -
Prêtres de la Paroisse , qui portoient dans des
Vases précieux les differens Instrumens qui de- voient servir à la Cérémonie , alla poser ia premiere Pierre. S. E. mit dans un Coffre de Marbre,
creusé exprès , des Médaillons d'or , d'argent et
de bronze, que le Pape avoit envoyez ; ils étoient
portez dans une Jatte d'Agathe , montée en for
d'un ouvrage exquis ; le Marbre fut ensuite sceité
er mis sous la premiere Pierre , sur laquelle est
gravée en Lettres d'or , l'Inscription qui suit :
CLE
A OUST 1732.
CLEMENS PAPA XII . PER RAINERIUM
COMITIBUS DE ILCIO ARCHIEPISCOPUM RнODIENSEM NUNCIUM APOSTOLICUM , LAPIDEM
HUNC ALTARIS SANCTI PRIMARIUM POSULT
XXI AUGUSTI. ANNO M. DCC. XXXII.
Pendant tout le temps de cette Cérémonie , les
Instrumens continuerent de donner une Symphonie qui fut generalement goutée. Lorsque la
Pierre fut posée , M. le Curé accompagna M. le
Nonce , M. le Comte de S. Florentin , et plusieurs autres Seigneurs dans la nouvelle Sacristie; ils y admirerent tous les Tableaux dont elle est ornée , qui sont des plus grands Maîtres , la.
Menuiserie qui est d'un gout achevé , et le Lavoir tout incrusté de Marbre , dont la Cuvette.
est un ancien Tombeau de Marbre d'Egypte ,
d'un grand prix.- -
Ensuite le Clergé s'étant rangé sur deux lignes dans la Nef, S. E. sortit de l'Eglise et fut conduite jusques à son Carosse , par M. le Curé ,
M. le Comte de S. Florentin , et Mrs les Marguilliers , au bruit des Tambours , Timballes et
Trompettes , et la Cérémonie fut terminée par
- des aumônes que M. le Curé fit distribuer abondament à tous les Pauvres , qui s'y trouvèrent en
tres- grand nombre.
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Résumé : CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
Le 21 août 1732, une cérémonie solennelle a marqué la pose de la première pierre du grand autel de l'église paroissiale de Saint-Sulpice. Cette cérémonie, présidée par le Nonce du Pape au nom du Pape Clément XII, s'est déroulée avec une grande magnificence et un ordre rigoureux. Trois cents hommes du Guet à pied, cent cavaliers du Guet et cent Suisses étaient présents pour assurer la sécurité. Le Nonce, accompagné de dignitaires étrangers et de nombreux seigneurs, a été accueilli par le curé et les marguilliers de la paroisse, dont le Comte de Saint-Florentin. Une procession, incluant des ouvriers, des marbriers portant la première pierre et le clergé, a traversé l'église. La première pierre, ornée de guirlandes et de rubans, était placée dans un coffre de marbre contenant des médaillons envoyés par le Pape. La messe, accompagnée de musique par M. Campra et M. Clerambault, a précédé la pose de la pierre. Après la cérémonie, le Nonce et plusieurs seigneurs ont admiré les décorations de la nouvelle sacristie. La cérémonie s'est conclue par la distribution d'aumônes aux pauvres présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2120-2134
CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Début :
Depuis que les hommes, foibles par eux-mêmes, et malheureusement [...]
Mots clefs :
Rats, Rat, Animaux, Gravure antique, Préservatif, Amulette, Apollon, Guerre, Coq, Pauvres, Autel, Ténédos, Temple, Médailles, Peuples
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texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
CONJECTURES sur une Gravûre
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
Fermer
Résumé : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Dans l'Antiquité, les superstitions et l'utilisation de talismans et d'amulettes étaient courantes pour se protéger contre divers maux, y compris les rats. Les hommes, éloignés de la véritable religion, recouraient à des divinités arbitraires pour se garantir des dangers. Les nations attribuaient des vertus occultes à des objets gravés, croyant qu'ils pouvaient les protéger contre les malheurs et les animaux nuisibles. Une gravure antique, une agate sardonyx rouge et blanche, représente un autel avec des rats et des coqs. Cette gravure est considérée comme un préservatif ou amulette contre les rats. Les coqs, dédiés à Apollon, sont représentés en train de capturer les rats, symbolisant la protection divine. Apollon, sous le nom de Smynthien, était connu pour protéger contre les rats, comme le montrent divers récits et monuments anciens. Les rats ont causé des ravages dans l'histoire, comme dans les champs des Troyens et des Éoliens, ou sur l'île de Foura. Les Romains tiraient des présages de la vue de ces animaux, et des auteurs comme Cicéron et Pline ont commenté la superstition entourant les rats. Des figures de bronze trouvées à Paris étaient censées protéger contre les serpents et les loirs. Des événements historiques impliquent des rats. Un archevêque, après avoir fait brûler des pauvres en les qualifiant d' 'engeance inutile', fut puni par des rats qui l'attaquèrent et le tuèrent, même après qu'il se soit réfugié dans une tour sur le Rhin, connue sous le nom de 'Tour des Rats'. Après sa mort, les rats détruisirent toute trace de son nom. Jacques Auguste de Thou mentionne que Barthélemi Chasseneuz, futur premier Président du Parlement de Provence, défendit des rats à Autun. Les habitants avaient demandé à l'évêque d'excommunier les rats qui ravageaient la région. Chasseneuz obtint un délai supplémentaire pour les rats afin qu'ils puissent répondre à la citation, arguant que les chats des villages voisins étaient prêts à les attaquer. Les moines de Saint-Hubert dans les Ardennes prétendaient que les rats étaient absents de leur territoire grâce aux mérites de Saint-Udalric, évêque d'Augsbourg. Cette pratique est critiquée pour ses aspects indécents et superstitieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1445-1449
MORTS.
Début :
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de sainte Genevieve respectueusement attachés à la [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Beaujolais, Abbaye de Sainte-Geneviève, Autel, Louis de Bréhan de Plélo, Argent, Blanc, Roi, Satin, Chanoines réguliers, Maison d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Es Chanoines Réguliers de l'Abbaye de sainte
Genevieve respectueusement attachés à la
Maison d'Orleans , dont ils ressentent continuellement
la puissante protection , se sont portez
d'eux-mêmes à cétebrer up Service solemnel
II Vol. pour
$446 MERCURE DE FRANCE
pour
le repos de l'ame de Mademoiselle d'O:-
leans de Beaujolois Princesse du Sang. Rien n'a
été omis de ce qui peut rendre auguste une tel
cérémonie ,
- Le frontispice de l'Eglise étoit tendu de banc;
on avoit placé au milieu un grand écusson en
losange haut de 15 pieds , aux Armes de la Maison
d'Orleans. Toute l'Eglise étoit tendue en
blanc depuis le haut jusqu'en bas , avec des
Armoiries de distance en distance . Un Catafalque
placé dans le Choeur au-dessus du Tombeau de
Clovis , comprenoit differentes pieces , qui chacune
avoit leur beauté; une Estrade à quatre gradins
chargée de chandeliers et de girandoles d'argent
, conduisoit à une Représentation couverte
d'un poële de satin blanc bordé d'hermine , avec
une Croix de moëre d'argent . A l'extremité de
la Représentation se voyoit sur un carreau de satin
à glands d'argent , la Couronne de Princesse,
couverte d'un crêpe blanc. Un dais suspendu à la
voûte surmonté d'aigrettes blanches très- fines ,
servoit de couronnement ; il étoit de satin blanc
orné de grandes crépines d'argent en festons.
Des quatre angles sortoient d'amples rideaux
aussi de satin blanc avec des franges d'argent ,
soutenus et relevez en festons par des cordons t
grosses houpes d'argent.
L'Autel étoit des mieux ordonné ; un somptueux
dais de velours noir semé de larmes en relief
, s'élevoit au - dessus : les Trophées de la
Mort brodez sur la queue du dais , contenoient
une grande Croix de même travail, Venoit ensuite
une distribution de chandeliers entremêlés
de girandolles au bas étoit le Retable orné de
cartouches en broderie , et plusieurs rangs de
chandeliers d'argent.
II. Vol. L'Autel
JUIN 1734 1447
L'Autel n'ayant pu être ainsi disposé sans
ane espece de charpente qui paroissoit par derriere
, on eut soin de la couvrir d'un très-beau
morceau de broderie en velours noir , qui représentoit
les symboles du Jugement dernier , et un
Ange embouchant la trompette. Les Tribunes
étoient pareillement garnies de girandoles.
Les préparatifs achevés , les Chanoines Réguliers
chanterent ks Vigiles le Mercredi au
soir 9. Juin ; S. M. C. la Reine d'Espagne et
Monseigneur le Duc d'Orleans y assisterent. Le
Lendemain Jeudi , la Messe fut célebrée par l'Abbé
en habits Pontificaux ; les Ministres étoient
revêtus d'Ornemens magnifiques , soit Tuniques,
soit Chappes. Le Choeur avoit aussi ses Officiers
egalement revêtus.
Le concours fut grand au Service . Pour éviter
la confusion et le tumulte , les Suisses du Palais
Royal garderent les Portes.
Plusieurs Prélats , des Generaux d'Ordre , des
Ecclésiastiques de tous les Corps , quantité de
Noblesse , de Dames de la premiere distinction
et des Magistrats invitez par les Chanoines Réguliers
, assisterent au Service , et furent placez
sur des sieges de deuil préparez à cet effet , tant
sur une estrade qu'on avoit dressé dans l'avant-
Sanctuaire , que dans le Choeur et le rond- point.
La présence de la Reine d'Espagne et de Monseigacur
le Duc d'Orleans augmentoit le lustre de
cette pieuse cérémonie . A côtéde S. A. R. étoient
les principaux Officiers de la Maison d'Orleans ,
et derriere , les Aumôniers en rochet , manteau
et bonnet quarré.
Le Comte de Bonamour Colonel au service
du Roi d'Espagne , et Capitaine dans le Régiment
des Gardes Walones , qui a été tué le 25
II. Vol. Maj
1448 MERCURE DE FRANCE
Mai dernier à la Journée de Bitonte dans le
Royaume de Naples , se nommoit Louis Germain
de Talhoët , et étoit d'une ancienne Noblesse
de la Province de Bretagne.
>
Louis- Robert- Hyppolite de Brehan Comte de
Plelo , ci -devant Mestre de Camp d'un Régiment
de Dragons , et auparavant Sous Lieutenant
des Gendarmes de Flandres , et Ambassadeur
du Roi en Dannemarck depuis 1729 , a été
tué le 27 Mai dernier à l'âge d'environ 35 ans ,
à l'attaque des retranchements de l'Armée Moscovite
assiegeant Dantzick. Il commandoit la
premiere colonne du Secours François destiné
pour cette Ville assiégée . Après avoir forcé les
barricades et penetré jusques dans les retranchements
il y a été frappé de plusieurs coups , ralliant
ses Troupes qui plioient sous le nombre et
le grand feu des. Moscovites. Il étoit fils deJean-
François de Brehan Comte de Mauron, et petitfils
de Maurille de Brehan Comte de Mauron , et
de Plelo , et de Louise de Quelen. Son bisayeul
étoit Louis de Brehan Baron de Château Brehan,
du Plessis , Mauron , Galinée , &c . Chevalier
de l'Ordre du Roi , Gentilhomme ordinaire de
sa Chambre , Maréchal de ses Camps et Armées,
tué aux guerres d'Allemagne en 1634. Le nom
de Brehan est un des plus nobles et des plus anciens
de la Bretagne , vraye Race d'ancienne Noblesse
de Chevalerie , et qui dans l'onzième et
douzième siecle tenoit rang parmi les anciens Barons
du Pays avant la Réduction faite en 1451 .
Louise Phelypeaux sa veuve , est fille de feu
Louis Phelypeaux Marquis de la Vrilliere , Ministre
et Secretaire d'Etat , et de Françoise de
Mailli , aujourd'hui Duchesse de Mazarin , et
Dame d'atour de la Reine , dont il laisse plu-
II. Vol. sicurs
JUI N. 1734.
1
1449
sieurs enfans en bas âge , ausquels le Roi a accordé
dix mille livres de pension .
Le premier Jun 1734 Nicolas-Simon - Jude
de Beauvau de Craon , Sous - Diacre , natif de
Lunéville en Lorraine , l'un des fils de Marc de
Beauvau Marquis de Craon et de Harouel , Prince
du Saint Empire , Grand d'Espagne de la
premiere classe , Conseiller d'Etat , et Grand
Ecuyer du Duc de Lorraine , et de Dame Anne
Marguerite de Liguiville Dame d'honneur de la
Duchesse de Lorraine , mourut de la petite ve
role à Rome à l'âge d'environ 24 ans.
Le 11 Juin 1734 Jacques- André de Mortani
( ou de Mortaigne en François ) Lieutenant Generaldes
Armées du Roi , mourut à Charlev ille
âgé de 84 ans. Il étoit Hongrois de nation , et
avoit été d'abord Lieutenant -Colonel du Régi
ment du Prince Administrateur de Wirtemberg.
Etant entré au Service de France , il fut fait Colonel
d'un Régiment de Hussarts en 169 ;, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis en 1703
Brigadier le 10 Février 1704 , Maréchal de
Camp le 29 Mars 1710 , et Lieutenant- Gene
ral le, 30 Mars 1720.
Es Chanoines Réguliers de l'Abbaye de sainte
Genevieve respectueusement attachés à la
Maison d'Orleans , dont ils ressentent continuellement
la puissante protection , se sont portez
d'eux-mêmes à cétebrer up Service solemnel
II Vol. pour
$446 MERCURE DE FRANCE
pour
le repos de l'ame de Mademoiselle d'O:-
leans de Beaujolois Princesse du Sang. Rien n'a
été omis de ce qui peut rendre auguste une tel
cérémonie ,
- Le frontispice de l'Eglise étoit tendu de banc;
on avoit placé au milieu un grand écusson en
losange haut de 15 pieds , aux Armes de la Maison
d'Orleans. Toute l'Eglise étoit tendue en
blanc depuis le haut jusqu'en bas , avec des
Armoiries de distance en distance . Un Catafalque
placé dans le Choeur au-dessus du Tombeau de
Clovis , comprenoit differentes pieces , qui chacune
avoit leur beauté; une Estrade à quatre gradins
chargée de chandeliers et de girandoles d'argent
, conduisoit à une Représentation couverte
d'un poële de satin blanc bordé d'hermine , avec
une Croix de moëre d'argent . A l'extremité de
la Représentation se voyoit sur un carreau de satin
à glands d'argent , la Couronne de Princesse,
couverte d'un crêpe blanc. Un dais suspendu à la
voûte surmonté d'aigrettes blanches très- fines ,
servoit de couronnement ; il étoit de satin blanc
orné de grandes crépines d'argent en festons.
Des quatre angles sortoient d'amples rideaux
aussi de satin blanc avec des franges d'argent ,
soutenus et relevez en festons par des cordons t
grosses houpes d'argent.
L'Autel étoit des mieux ordonné ; un somptueux
dais de velours noir semé de larmes en relief
, s'élevoit au - dessus : les Trophées de la
Mort brodez sur la queue du dais , contenoient
une grande Croix de même travail, Venoit ensuite
une distribution de chandeliers entremêlés
de girandolles au bas étoit le Retable orné de
cartouches en broderie , et plusieurs rangs de
chandeliers d'argent.
II. Vol. L'Autel
JUIN 1734 1447
L'Autel n'ayant pu être ainsi disposé sans
ane espece de charpente qui paroissoit par derriere
, on eut soin de la couvrir d'un très-beau
morceau de broderie en velours noir , qui représentoit
les symboles du Jugement dernier , et un
Ange embouchant la trompette. Les Tribunes
étoient pareillement garnies de girandoles.
Les préparatifs achevés , les Chanoines Réguliers
chanterent ks Vigiles le Mercredi au
soir 9. Juin ; S. M. C. la Reine d'Espagne et
Monseigneur le Duc d'Orleans y assisterent. Le
Lendemain Jeudi , la Messe fut célebrée par l'Abbé
en habits Pontificaux ; les Ministres étoient
revêtus d'Ornemens magnifiques , soit Tuniques,
soit Chappes. Le Choeur avoit aussi ses Officiers
egalement revêtus.
Le concours fut grand au Service . Pour éviter
la confusion et le tumulte , les Suisses du Palais
Royal garderent les Portes.
Plusieurs Prélats , des Generaux d'Ordre , des
Ecclésiastiques de tous les Corps , quantité de
Noblesse , de Dames de la premiere distinction
et des Magistrats invitez par les Chanoines Réguliers
, assisterent au Service , et furent placez
sur des sieges de deuil préparez à cet effet , tant
sur une estrade qu'on avoit dressé dans l'avant-
Sanctuaire , que dans le Choeur et le rond- point.
La présence de la Reine d'Espagne et de Monseigacur
le Duc d'Orleans augmentoit le lustre de
cette pieuse cérémonie . A côtéde S. A. R. étoient
les principaux Officiers de la Maison d'Orleans ,
et derriere , les Aumôniers en rochet , manteau
et bonnet quarré.
Le Comte de Bonamour Colonel au service
du Roi d'Espagne , et Capitaine dans le Régiment
des Gardes Walones , qui a été tué le 25
II. Vol. Maj
1448 MERCURE DE FRANCE
Mai dernier à la Journée de Bitonte dans le
Royaume de Naples , se nommoit Louis Germain
de Talhoët , et étoit d'une ancienne Noblesse
de la Province de Bretagne.
>
Louis- Robert- Hyppolite de Brehan Comte de
Plelo , ci -devant Mestre de Camp d'un Régiment
de Dragons , et auparavant Sous Lieutenant
des Gendarmes de Flandres , et Ambassadeur
du Roi en Dannemarck depuis 1729 , a été
tué le 27 Mai dernier à l'âge d'environ 35 ans ,
à l'attaque des retranchements de l'Armée Moscovite
assiegeant Dantzick. Il commandoit la
premiere colonne du Secours François destiné
pour cette Ville assiégée . Après avoir forcé les
barricades et penetré jusques dans les retranchements
il y a été frappé de plusieurs coups , ralliant
ses Troupes qui plioient sous le nombre et
le grand feu des. Moscovites. Il étoit fils deJean-
François de Brehan Comte de Mauron, et petitfils
de Maurille de Brehan Comte de Mauron , et
de Plelo , et de Louise de Quelen. Son bisayeul
étoit Louis de Brehan Baron de Château Brehan,
du Plessis , Mauron , Galinée , &c . Chevalier
de l'Ordre du Roi , Gentilhomme ordinaire de
sa Chambre , Maréchal de ses Camps et Armées,
tué aux guerres d'Allemagne en 1634. Le nom
de Brehan est un des plus nobles et des plus anciens
de la Bretagne , vraye Race d'ancienne Noblesse
de Chevalerie , et qui dans l'onzième et
douzième siecle tenoit rang parmi les anciens Barons
du Pays avant la Réduction faite en 1451 .
Louise Phelypeaux sa veuve , est fille de feu
Louis Phelypeaux Marquis de la Vrilliere , Ministre
et Secretaire d'Etat , et de Françoise de
Mailli , aujourd'hui Duchesse de Mazarin , et
Dame d'atour de la Reine , dont il laisse plu-
II. Vol. sicurs
JUI N. 1734.
1
1449
sieurs enfans en bas âge , ausquels le Roi a accordé
dix mille livres de pension .
Le premier Jun 1734 Nicolas-Simon - Jude
de Beauvau de Craon , Sous - Diacre , natif de
Lunéville en Lorraine , l'un des fils de Marc de
Beauvau Marquis de Craon et de Harouel , Prince
du Saint Empire , Grand d'Espagne de la
premiere classe , Conseiller d'Etat , et Grand
Ecuyer du Duc de Lorraine , et de Dame Anne
Marguerite de Liguiville Dame d'honneur de la
Duchesse de Lorraine , mourut de la petite ve
role à Rome à l'âge d'environ 24 ans.
Le 11 Juin 1734 Jacques- André de Mortani
( ou de Mortaigne en François ) Lieutenant Generaldes
Armées du Roi , mourut à Charlev ille
âgé de 84 ans. Il étoit Hongrois de nation , et
avoit été d'abord Lieutenant -Colonel du Régi
ment du Prince Administrateur de Wirtemberg.
Etant entré au Service de France , il fut fait Colonel
d'un Régiment de Hussarts en 169 ;, Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis en 1703
Brigadier le 10 Février 1704 , Maréchal de
Camp le 29 Mars 1710 , et Lieutenant- Gene
ral le, 30 Mars 1720.
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Résumé : MORTS.
En juin 1734, les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte-Geneviève ont organisé une cérémonie funéraire en mémoire de Mademoiselle d'Orléans de Beaujolais, Princesse du Sang. Cette cérémonie, marquée par une grande solennité, a vu la décoration somptueuse de l'église avec des écussons, des armoiries et un catafalque richement orné. La Reine d'Espagne et le Duc d'Orléans ont assisté aux vigiles et à la messe, accompagnés de nombreux prélats, ecclésiastiques, nobles et magistrats. La présence de Suisses du Palais Royal a assuré le maintien de l'ordre durant l'événement. Le texte mentionne également plusieurs décès notables. Le Comte de Bonamour a été tué lors de la bataille de Bitonte. Louis-Robert-Hyppolite de Brehan, Comte de Plelo, est mort lors de l'attaque des retranchements de l'armée moscovite assiégeant Dantzick. Nicolas-Simon-Jude de Beauvau de Craon, Sous-Diacre, est décédé de la petite vérole à Rome. Enfin, Jacques-André de Mortani, Lieutenant Général des Armées du Roi, est mort à Charleville à l'âge de 84 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 213-216
DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Début :
Le 15 de ce mois, on fit dans l'Eglise Métropolitaine de cette Ville, [...]
Mots clefs :
Service religieux, Repos de l'âme, Roi d'Espagne, Madame, Cérémonies, Église, Décorations, Autel, Oraison funèbre, Marbre, Voûte, Colonne, Lumières, Registres publics, Décès, Mariages, Baptêmes, Tremblement de terre, Secousses, Vaisseaux, Combat, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
De PARIS , le 19 Janvier 1760 , &jours fuivans .
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
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Résumé : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Le 1er janvier 1760, un service solennel fut organisé dans l'église métropolitaine de Paris pour honorer la mémoire de Ferdinand VI, roi d'Espagne, et de Marie-Madeleine de Portugal, reine d'Espagne. Ce service fut ordonné par le roi de France, qui désigna le Dauphin, le Duc d'Orléans et le Prince de Condé pour le grand deuil du roi d'Espagne, et Madame la Dauphine, Madame et Madame Victoire pour celui de la reine d'Espagne. Les princes et princesses furent conduits à l'église par le Marquis de Dreux et le sieur de Nantouillet. La cérémonie fut assistée par plusieurs archevêques, évêques, ainsi que par le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, l'Université et le Corps de Ville. L'archevêque de Paris officia pontificalement, et l'évêque de Vence prononça l'oraison funèbre. L'église était somptueusement décorée : le portail était tendu de noir avec des écussons, le chœur orné d'un ordre ionique en pilastres et arcades, et un catafalque richement décoré. La décoration, dirigée par le sieur de la Ferté et conçue par Michel Ange Slodtz, était dans le goût antique et d'une grande magnificence. Les registres publics des églises paroissiales de Paris indiquèrent 18 446 décès, 4 059 mariages, 19 058 baptêmes et 5 264 enfants trouvés pour l'année précédente. Le 20 janvier, une légère secousse de tremblement de terre fut ressentie à Paris, plus distinctement à Versailles, et signalée à Amsterdam, Leyde, Utrecht, Bruxelles et Cologne. Des secousses furent également ressenties en Norvège et dans le Duché de Holstein. Le 1er février, le sieur Gigot, recteur de l'Université, présenta un cierge au roi, à la reine et à d'autres membres de la famille royale à Versailles. Le même jour, le Père Aubert présenta un cierge à la reine en reconnaissance de l'établissement de l'Ordre de Notre Dame de la Mercy à Paris. Des nouvelles de Toulon indiquèrent le retour de vaisseaux et de frégates à Cadix après une tempête. Enfin, le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire eut lieu le 6 février, avec les numéros 39, 30, 64, 28 et 56.
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10
p. 177-179
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Début :
Le Roi n'a pas prêté serment sur les Pacta Conventa [...]
Mots clefs :
Serment, Proclamation, Nonces, Sceaux, Église, Cérémonies, Autel, Prières, Maréchal, Trompettes, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warfovie , le 15
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
Septembre 1764.
Le Roi n'a pas prêté ferment fur les Pacta Con
venta immédiatement après la proclamation ,
H.v.
178 MERCURE DE FRANCE.
"
comme il eft d'ufage , parce que le 7 le Primat
avoit affuré les Etats aflemblés qu'on ne remettroit
à Sa Majefté le Diplome de fon Election ,
qu'après qu'i auroit été muni des Sceaux de tous
les Sénateurs , des Miniftres & de deux Nonces
de chaque Palatinat & Diſtrict , & confirmé par le
feing des Députés nommés à cet effet , ce qui a
été exécuté dans l'intervalle du 7 au 11 de ce
mois. En conféquence , le Roi ne fe rendit qu'avant-
hier à l'Eglife Collégiale pour prêter le ferment
Sa Majesté étoit précédée des Maréchaux
& accompagnée du Primat , de plufieurs Magnats
& d'un grand nombre d'Officiers de la Cour. Le
Roi fut reçu à l'Eglife avec les cérémonies accoutumées
: il s'affit fous un dais près du grand Autel
vis-à-vis duquel on avoit placé une table couverte
d'un tapis de velours , & fur laquelle étoient ,
entre deux cierges allumés , un Crucifix & la
Bible. Après quelques Prières , entonnées par
l'Evêque de Kiovie & chantées en musique , le
-Primat & le Maréchal de la Diete s'approcherent
de la table , fuivis du Secrétaire de l'Interrégne ,
portant le Diplome d'Election , qui étoit relié
magnifiquement & auquel étoient ſuſpendus
dans des caffettes d'argent les Sceaux de plufieurs
Grands & de deux Nonces de chaque Palatinat.
Alors le Roi quitta fon dais & alla préſenter au
Primat les Pacta Conventa lignés de fa main : il
fe mit à genoux , & jura de les obferver exactement
, la main polée fur les faints Evangiles.
Après cette cérémonie , Sa Majeſté ſe releva , &
le Primat le félicita de nouveau fur fon avénement
au Trône , la fupplia de fe reffouvenir de
fon ferment l'afura de la fidélité de la Nation ,
& lui annonça qu'on alloit lui remettre le Di
plome de fon Election . Le Maréchal de la Diete
NOVEMBRE . 1764. 179
félicita également Sa Majefté , à qui il remit le
Diplome qu'il avoit pris des mains du Secrétaire
de l'Interregne. Le Roi l'ayant reçu , adresa au
Primat & au Maréchal de la Diete , ainſi qu'à
toute la Nation , un Difcours à la fin duquel Sa
Majefté s'attendrit au point de verfer des larmes
qui firent couler celles de toute l'affemblée. Enfuite
le Roi fe tourna du côté de l'Autel & pria
Dieu de répandre fes bénédictions fur fon Régne.
Après cette Prière , l'Eglife retentit de mille cris
d'allégreffe , mêlés au fon des trompettes & des
tymballes. Pendant ce temps- là Sa Majeſté repric
place fous le dais & affifta au Service Divin , qui
fur célébré pontificalement par l'Evêque de Kiovie
après quoi Elle retourna à ſon Palais , où
Elle reçut de nouveaux complimens de félicitation.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Warsovie, le 15 Septembre 1764.
Le 15 septembre 1764, à Warfovie, le roi n'a pas immédiatement prêté serment sur les Pacta Conventa après sa proclamation. Le 7 septembre, le Primat avait annoncé que le diplôme d'élection serait remis après avoir été scellé par les sénateurs, ministres, et deux nonces de chaque palatinat et district, et confirmé par le sceau des députés. Cette procédure a été réalisée entre le 7 et le 11 septembre. Le 13 septembre, le roi s'est rendu à l'église collégiale pour prêter serment, accompagné du Primat, de magnats et d'officiers de la cour. À l'église, il a été reçu avec les cérémonies habituelles et s'est assis sous un dais près du grand autel. Après des prières, le roi s'est agenouillé et a juré d'observer les Pacta Conventa en posant la main sur les saints Évangiles. Le Primat et le maréchal de la Diète l'ont félicité, et le roi a adressé un discours émouvant à l'assemblée. L'église a ensuite résonné de cris de joie et de musique. Le roi a assisté à la messe avant de retourner à son palais, où il a reçu de nouvelles félicitations.
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