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Liste
1
p. 206-207
« Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Début :
Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Controverse, Gentilhomme, Monseigneur, Piété, Hérésie
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texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Le Diman ..
çhe 16. de ce m.ois, le Pere
Aléxis du Buc, dont je vous
a.y parlé tant de fois, re~eut
l'abjuration d'u11 Gcntill1om ..
me Alle1nanQ A_ l'iffuë de fa
Conl:roverfe ,~, il exhorta tous
fCs A udit_~urs qui eil:oient en
r·res-grand nox11bre , à demander
à Dieu pour M~onfeigneur
le Duc de Bot1rgogne,
ane longue vie , la pieté de
Saint Loüis :»cou.ces les vcrcu~ - - .... ~ .. _____ . . - ,;- _ ........ - ... ·- .. ... ... - - ..
GAL,A T. 207
Je fës augufres A yeux, & le
zele pour r·extirpation de
l'Héréfie, qui fait le carad:ere
particulier de Loü1s LE
GRAND· Ei1 fuite il entonna.
le Te Deum fuivant les ordres
de Mr r Archevef que.
çhe 16. de ce m.ois, le Pere
Aléxis du Buc, dont je vous
a.y parlé tant de fois, re~eut
l'abjuration d'u11 Gcntill1om ..
me Alle1nanQ A_ l'iffuë de fa
Conl:roverfe ,~, il exhorta tous
fCs A udit_~urs qui eil:oient en
r·res-grand nox11bre , à demander
à Dieu pour M~onfeigneur
le Duc de Bot1rgogne,
ane longue vie , la pieté de
Saint Loüis :»cou.ces les vcrcu~ - - .... ~ .. _____ . . - ,;- _ ........ - ... ·- .. ... ... - - ..
GAL,A T. 207
Je fës augufres A yeux, & le
zele pour r·extirpation de
l'Héréfie, qui fait le carad:ere
particulier de Loü1s LE
GRAND· Ei1 fuite il entonna.
le Te Deum fuivant les ordres
de Mr r Archevef que.
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Résumé : « Le Dimanche 16. de ce mois, le Pere Alexis du Buc, [...] »
Le 16 du mois, le Père Aléxis du Buc a reçu l'abjuration d'un gentilhomme allemand devant une grande foule. Il a prié pour la longue vie et la piété du Duc de Bourgogne. Il a souligné son ardeur contre l'hérésie, rappelant Louis le Grand. Ensuite, il a chanté le Te Deum sur ordre de l'Archevêque.
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2
p. 29-34
Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Camus, Evesque de Grenoble, dont vous connoissez la pieté [...]
Mots clefs :
Évêque de Grenoble, Piété, Zèle, Abjuration, Conseiller, Prétendus réformés, Conversion, Calvin, Lumières, Inspiration , Généalogie
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
-Il tutcheràVlaPatrie,habile
dans les Lettres, & genéralement
connu pour un des
plus braves & des plus dignes
sujets de l'Etat.
M'te Camus, Evesque de
Grenoble, dont vous connoissez
la pieté & le zele
pour les intérests de Dieu, a
eu depuis peu une joye des
plussensibles, en recevant
le 5. de ce mois l'Abjuration
de Messire Aléxandre de
Bardonnenche, Seigneur de
Thorane, de Trésane, de
S. Martin, de Clelles, Vicomte
deClermonten Triéves,
& cy-devant Conseiller
au Parlement de Dauphiné.
Ce changement a surpris les
plus considérables des Prétendus
Réformez de cette
Province, qui le connoisfane
pour un Homme cTciprit&
dejugement, ne peuvent
raisonner à leur maniere,
ny chercher les motifs
de sa conversion dans
l'intérest ou dans la foiblesse.
Il n'a plus sa Charge de Conseiller.
Ainsi s'il a renoncé à
suivre Calvin, ce n'a point
esté pour la conserver à U
Famille. Ce qui fait d'ailleurs
connoistre qu'il ne s'est
rendu qu'à la connoissance
de la Verité, c'est qu'il y a
deux Chargessemblables
vacantes dans la mesme
Compagnie, & que Mr l'Evesque
de Grenoble, & Mr
d'Herbigny Intendant de la
Province, l'ayant pressé d'en
prendre une, avec offre de
la part du Roy d'en payer
une partie de la finance, &
de luy conserver
-
son rang
d'ancienneté, comme l'on
eust pû attribuer l'action
, qu'il vient de faire aux ré-
• compenses & aux bienfaits,
il a refusé ces offres, & pu- • blié qu'il ne veut devoir son
salutqu'aux vives lumieres :
qui l'ont inipiré. Sa Famille
est fort ancienne, &nousest
connuë par les soins de Mr le :
Président Allard, qui en a
marqué la Genéalogie dans
le troisiéme Volume de celles
qu'il acomposées pour les
Maisons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy
a donné le nom qu'il porte,
dans le tempsque les Familles
se (ont fait des noms
heréditaires. A ynard, Seigneur
de Bardonncnche, vivoit
l'an 1210. C'est de luy
que par quinze degrez d'-
Ayeux qui ont succedé les
uns aux autres, & dont la
plûpartsesontsignalez dans
les ArméesdesDauphins de
Viennois,& des Roys Dauphins
, est descenduMrde
Bardonnenche dont je vous
apprens laconversion. Il a
eu le BrévetdeConseiller
d'Etat; & dans les Emplois
qui luy ont estéconfiez pendant
qu'il estoit Officier au
Parlement de Grenoble, il
s'est toûjours distingué par
sa conduite & par sa prudence.
Il a des Fils dans le
service, qui commandent
des Compagnies, & porte,
d'argent auTreillis degueulles,
cloüé d'or, auChefd'or, chargé
d'unAigle naissantdesable.
dans les Lettres, & genéralement
connu pour un des
plus braves & des plus dignes
sujets de l'Etat.
M'te Camus, Evesque de
Grenoble, dont vous connoissez
la pieté & le zele
pour les intérests de Dieu, a
eu depuis peu une joye des
plussensibles, en recevant
le 5. de ce mois l'Abjuration
de Messire Aléxandre de
Bardonnenche, Seigneur de
Thorane, de Trésane, de
S. Martin, de Clelles, Vicomte
deClermonten Triéves,
& cy-devant Conseiller
au Parlement de Dauphiné.
Ce changement a surpris les
plus considérables des Prétendus
Réformez de cette
Province, qui le connoisfane
pour un Homme cTciprit&
dejugement, ne peuvent
raisonner à leur maniere,
ny chercher les motifs
de sa conversion dans
l'intérest ou dans la foiblesse.
Il n'a plus sa Charge de Conseiller.
Ainsi s'il a renoncé à
suivre Calvin, ce n'a point
esté pour la conserver à U
Famille. Ce qui fait d'ailleurs
connoistre qu'il ne s'est
rendu qu'à la connoissance
de la Verité, c'est qu'il y a
deux Chargessemblables
vacantes dans la mesme
Compagnie, & que Mr l'Evesque
de Grenoble, & Mr
d'Herbigny Intendant de la
Province, l'ayant pressé d'en
prendre une, avec offre de
la part du Roy d'en payer
une partie de la finance, &
de luy conserver
-
son rang
d'ancienneté, comme l'on
eust pû attribuer l'action
, qu'il vient de faire aux ré-
• compenses & aux bienfaits,
il a refusé ces offres, & pu- • blié qu'il ne veut devoir son
salutqu'aux vives lumieres :
qui l'ont inipiré. Sa Famille
est fort ancienne, &nousest
connuë par les soins de Mr le :
Président Allard, qui en a
marqué la Genéalogie dans
le troisiéme Volume de celles
qu'il acomposées pour les
Maisons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy
a donné le nom qu'il porte,
dans le tempsque les Familles
se (ont fait des noms
heréditaires. A ynard, Seigneur
de Bardonncnche, vivoit
l'an 1210. C'est de luy
que par quinze degrez d'-
Ayeux qui ont succedé les
uns aux autres, & dont la
plûpartsesontsignalez dans
les ArméesdesDauphins de
Viennois,& des Roys Dauphins
, est descenduMrde
Bardonnenche dont je vous
apprens laconversion. Il a
eu le BrévetdeConseiller
d'Etat; & dans les Emplois
qui luy ont estéconfiez pendant
qu'il estoit Officier au
Parlement de Grenoble, il
s'est toûjours distingué par
sa conduite & par sa prudence.
Il a des Fils dans le
service, qui commandent
des Compagnies, & porte,
d'argent auTreillis degueulles,
cloüé d'or, auChefd'or, chargé
d'unAigle naissantdesable.
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Résumé : Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
Messire Alexandre de Bardonnenche, seigneur de plusieurs domaines et ancien conseiller au Parlement de Dauphiné, s'est converti à une nouvelle foi religieuse le 5 du mois en cours. Cette conversion a été saluée par Monseigneur Camus, évêque de Grenoble, réputé pour sa piété et son zèle. Bardonnenche, connu pour son esprit et son jugement, a démissionné de sa charge de conseiller par conviction religieuse, déclinant des offres de postes et d'avantages financiers. Issu d'une famille noble et ancienne, ses origines sont documentées par les travaux du Président Allard. Il a servi avec distinction au Parlement de Grenoble et compte des descendants dans le service militaire. Ses armoiries représentent un aigle naissant.
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3
p. 1-6
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis mieux commencer ma Lettre dans la saison [...]
Mots clefs :
Religion, Piété, Sa Majesté, Christianisme, Religion prétendue réformée, Erreurs, Déclaration, Ministres, Temples, Interdiction, Gloire de Dieu, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E ne puis mieux commencer
ma Lettre dans
la ſaiſon où nous fommes
, que par des Nouvelles
qui regardent la Religion &
la Pieté. Ce que fait le Roy
de jour en jour , en fournit
Mars 1683 . A
2
MERCURE
un ſi grand nombre de cette
nature, que ne pouvant vous
parler de toutes , à cauſe des
bornes que je fuis contraint
deme prefcrire, je me trouve
chaque mois plus embaraſſé
à les choiſir , qu'à les chercher.
Rien ne vous eſt plus
connu que le zele ardent de
Sa Majefté à voir rentrer au
ſein de l'Egliſe ceux de ſes
Sujets qui en ſont ſortis . Ce
zele ne s'étend pas ſeulement
fur eux ; il va juſqu'à ouvrir
des voyes de ſalut aux Mahometans
& aux Idolâtres.
La France eſt l'abord de tou
GALANT.
3
1
tes les Nations. Ily vient des
Gens de beaucoup de Lieux ,
où l'on ne ſçait ce que c'eſt
que l'Evangile ; & comme
il
il y en a eu quelques-uns,
qui voulant embraſſer le
Chriſtianiſme , ſe ſont malheureuſement
adreſſez à
ceux de la Religion Prétenduë
Reformée , dont ils ont
pris les erreurs , Sa Majesté
avertie de ce défordre, a crû
y devoir pourvoir ; & pour
empeſcher qu'à l'avenir on
n'abuſe de leur ignorance,
Elle a fait publier depuis un
mois une Déclaration qui
A ij
4 MERCURE
porte , que les Mahometans
& Idolâtres qui voudront ſe
faire Chreftiens , ne pourront
eſtre inſtruits que dans la
Religion Catholique. La
meſme Déclaration défend
aux Miniſtres de la Religion
Prétenduë Reformée , de
foufrir dans leurs Temples
ou Aſſemblées, les Perfonnes
de la qualité que je viens de
vous marquer , fous peine,
outre l'amende arbitraire, qui
ſera au moins de cinq cens
livres, d'eſtre privez pour toûjours
de faire aucune fon-
Aion de leur Miniſtere dans
GALANT. 5
le Royaume . On ajoûte à
cette peine l'interdiction entiere
de la meſme Religion,
dans les Temples ou autres
Lieux, où ces fortes de Perſonnes
auront eſté reçeuës,
ou ſoufertes. Voyez , Madame
, ſi l'on peut travailler
plus fortement à ce qui regarde
la gloire de Dieu , &
Pintéreſt de l'Eglife. Dans
la derniere Affemblée gené.
rale que Meſſieurs duClergé
de France ont tenuë icy , ils
firent dreffer un Avertiſſement
Paftoral pour ceux de
la Religion Prétenduë Re
A iij
6 MERCURE
formée ; & par le meſme
principe de zele & de pieté,
Sa Majesté a voulu que la
lecture leur en ait eſté faite
dans tous les Lieux où ils
ont des Temples .
ma Lettre dans
la ſaiſon où nous fommes
, que par des Nouvelles
qui regardent la Religion &
la Pieté. Ce que fait le Roy
de jour en jour , en fournit
Mars 1683 . A
2
MERCURE
un ſi grand nombre de cette
nature, que ne pouvant vous
parler de toutes , à cauſe des
bornes que je fuis contraint
deme prefcrire, je me trouve
chaque mois plus embaraſſé
à les choiſir , qu'à les chercher.
Rien ne vous eſt plus
connu que le zele ardent de
Sa Majefté à voir rentrer au
ſein de l'Egliſe ceux de ſes
Sujets qui en ſont ſortis . Ce
zele ne s'étend pas ſeulement
fur eux ; il va juſqu'à ouvrir
des voyes de ſalut aux Mahometans
& aux Idolâtres.
La France eſt l'abord de tou
GALANT.
3
1
tes les Nations. Ily vient des
Gens de beaucoup de Lieux ,
où l'on ne ſçait ce que c'eſt
que l'Evangile ; & comme
il
il y en a eu quelques-uns,
qui voulant embraſſer le
Chriſtianiſme , ſe ſont malheureuſement
adreſſez à
ceux de la Religion Prétenduë
Reformée , dont ils ont
pris les erreurs , Sa Majesté
avertie de ce défordre, a crû
y devoir pourvoir ; & pour
empeſcher qu'à l'avenir on
n'abuſe de leur ignorance,
Elle a fait publier depuis un
mois une Déclaration qui
A ij
4 MERCURE
porte , que les Mahometans
& Idolâtres qui voudront ſe
faire Chreftiens , ne pourront
eſtre inſtruits que dans la
Religion Catholique. La
meſme Déclaration défend
aux Miniſtres de la Religion
Prétenduë Reformée , de
foufrir dans leurs Temples
ou Aſſemblées, les Perfonnes
de la qualité que je viens de
vous marquer , fous peine,
outre l'amende arbitraire, qui
ſera au moins de cinq cens
livres, d'eſtre privez pour toûjours
de faire aucune fon-
Aion de leur Miniſtere dans
GALANT. 5
le Royaume . On ajoûte à
cette peine l'interdiction entiere
de la meſme Religion,
dans les Temples ou autres
Lieux, où ces fortes de Perſonnes
auront eſté reçeuës,
ou ſoufertes. Voyez , Madame
, ſi l'on peut travailler
plus fortement à ce qui regarde
la gloire de Dieu , &
Pintéreſt de l'Eglife. Dans
la derniere Affemblée gené.
rale que Meſſieurs duClergé
de France ont tenuë icy , ils
firent dreffer un Avertiſſement
Paftoral pour ceux de
la Religion Prétenduë Re
A iij
6 MERCURE
formée ; & par le meſme
principe de zele & de pieté,
Sa Majesté a voulu que la
lecture leur en ait eſté faite
dans tous les Lieux où ils
ont des Temples .
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En mars 1683, le roi de France a entrepris des actions pour promouvoir la religion catholique. Il vise à ramener ses sujets éloignés de l'Église catholique et à offrir le salut aux mahométans et idolâtres. La France accueille des personnes de diverses nations, certaines désirant se convertir au christianisme mais s'orientant vers la religion prétendue réformée. Pour contrer cela, le roi a publié une déclaration interdisant aux mahométans et idolâtres de recevoir une instruction autre que celle de la religion catholique. Les ministres de la religion prétendue réformée ne peuvent accueillir ces personnes dans leurs temples ou assemblées, sous peine d'amende et d'interdiction d'exercer leur ministère. Les lieux ayant accueilli ces conversions seront interdits à la pratique de cette religion. Par ailleurs, le clergé français a émis un avertissement pastoral destiné aux protestants, lu dans tous les lieux où ils possèdent des temples.
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4
p. 1-3
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
L'Application du Roy est si grande pour toutes les choses [...]
Mots clefs :
Roi, Religion catholique, Piété, Arrêt du Conseil d'État, Religion prétendue réformée, Charges, Religionnaires, Ordres
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texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
'APPLICATION du
Roy eft fi grande
pour toutes les choſes
qui regardent le progrés
de la Religion Catholique,
qu'il travaille ſans relâche à
cequi peut l'augmenter.C'eſt
Avril 1683. A
• MERCURE
ce qui eft cauſe que depuis
pluſieurs années, je vous entretiens
chaque Mois des avantages
que luy procure ce
picux Monarque. Depuisma
derniere Lettre , il a fait rendre
un Arreſt du Conſeil d'Etat
, qui ordonne à tous Officiers
faiſant profeſſion de la
Religion Prétendue Réformée
, &qui ont Charge dans
ſa Maiſon, & dans celles de
la Reyne , de Madame la
Dauphine , de Monfieur, de
Madame , & de Monfieur le
Prince , & autres Officiers
joüiſſans des Privileges des
GALANT. 3
Commençaux , de ſe démettre
de leurs Charges dans
deux mois du jour de l'Arreft
, pour tout delay. Comme
Sa Majefté ne fait rien
qu'avec beaucoup de prudence
& de juſtice , Elle a
fixeun temps , parce qu'Elle
a ſouvent donné les meſmes?
ordres , auſquels les Religionnaires
n'ont pas obey. Ils
n'ont pas fujet de dire que
ce temps eft court, puis qu'ils
doivent eſtre préparez à une
choſe , qui leur avoit déja
eſté ordonnée pluſieurs fois.
Roy eft fi grande
pour toutes les choſes
qui regardent le progrés
de la Religion Catholique,
qu'il travaille ſans relâche à
cequi peut l'augmenter.C'eſt
Avril 1683. A
• MERCURE
ce qui eft cauſe que depuis
pluſieurs années, je vous entretiens
chaque Mois des avantages
que luy procure ce
picux Monarque. Depuisma
derniere Lettre , il a fait rendre
un Arreſt du Conſeil d'Etat
, qui ordonne à tous Officiers
faiſant profeſſion de la
Religion Prétendue Réformée
, &qui ont Charge dans
ſa Maiſon, & dans celles de
la Reyne , de Madame la
Dauphine , de Monfieur, de
Madame , & de Monfieur le
Prince , & autres Officiers
joüiſſans des Privileges des
GALANT. 3
Commençaux , de ſe démettre
de leurs Charges dans
deux mois du jour de l'Arreft
, pour tout delay. Comme
Sa Majefté ne fait rien
qu'avec beaucoup de prudence
& de juſtice , Elle a
fixeun temps , parce qu'Elle
a ſouvent donné les meſmes?
ordres , auſquels les Religionnaires
n'ont pas obey. Ils
n'ont pas fujet de dire que
ce temps eft court, puis qu'ils
doivent eſtre préparez à une
choſe , qui leur avoit déja
eſté ordonnée pluſieurs fois.
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En avril 1683, le roi de France démontre un engagement accru pour la promotion de la religion catholique. Depuis plusieurs années, ses actions en faveur de cette cause sont notées. Un arrêt du Conseil d'État a récemment ordonné aux officiers protestants exerçant dans la maison royale, celle des principaux membres de la famille royale, ainsi que ceux bénéficiant des privilèges des galants commerçants, de démissionner de leurs charges dans un délai de deux mois. Cette mesure est mise en place avec prudence et justice, car des ordres similaires avaient déjà été donnés par le passé sans être respectés par les protestants. Ces derniers ne peuvent donc pas se plaindre de la brièveté du délai, étant donné qu'ils étaient déjà conscients de cette possibilité.
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5
p. 231-232
Conversion de Mr Desmahy, Ministre d'Orleans, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. du mesme Mois, jour de l'Ascension, Mr Desmahy, [...]
Mots clefs :
Ministre d'Orléans, Abjurations, Piété
6
p. 238-239
Autres Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Il reçeut en mesme temps celle de Mr Clément, Gentilhomme, [...]
Mots clefs :
Conversion, Abjuration, Temple, Messieurs, Piété, Protestants, Zèle
7
p. 171-174
Conversion, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de S. Aignan, qui joint une piété solide à [...]
Mots clefs :
Duc de S. Aignan, Piété, Qualités, Conversions, Religion prétendue réformée, Obstination, Hérétique, Erreurs, Vérités catholiques, Controverses, Abjuration, Cérémonie, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Conversion, [titre d'après la table]
M' le Duc de S. Aignan,
qui joint une pieté folide à
toutes les grandes qualitez
qui diftinguent les Perfonnes
de fa naiffance , a reçeu ces
derniers jours une joye fenfible
de la Converfion du
S' Mathurin Coquenas , fon
Premier Valet de Chambre.
C'eſt un Homme de quarante
ans , né en Languedoc
Pij
172 MERCURE
dans la Religion Prétenduë
Réformée. Ily en a quatorze
qu'il eft au fervice de ce Duc,
qui avoit toûjours efperé ce
changement par la connoiffance
qu'il avoit de fes bonnes
moeurs. Il a eu longtemps
l'obſtination des Herétiques
qui demeurent dans
leurs erreurs , parce qu'ils ne
veulent pas écouter ceux qui
en les combatant font capables
de les détruire ; mais
enfin le zele de M le Duc
de S. Aignan la emporté fur
l'opiniâtre refus qu'il faifoit
d'entendre parler des Veritez
GALANT. 173
Catholiques. Il l'a mis entre
les mains du Perè du Bue
Théatin ; & ce Pere, dont les
doctes Controverfes ramenent
tous les jours tant d'Egarez
, luy a fait connoiftre
la fauffeté des maximes de
Calvin. Il les abjura le 17.
de ce mois , dans la Chapelle
du Château d'Alincourt
prés Magny, appartenant à
Mr le Maréchal de Villeroy
, entre les mains de MF
de Buquet , Curé de Parres ,
Paroiffe de ce Chafteau . La
Cerémonie fe fit en préſence
de M le Duc de S. Aignan , de
Pij
174 MERCURE
Madame la Ducheffe fa Femme,
& de toute leur Famille.
qui joint une pieté folide à
toutes les grandes qualitez
qui diftinguent les Perfonnes
de fa naiffance , a reçeu ces
derniers jours une joye fenfible
de la Converfion du
S' Mathurin Coquenas , fon
Premier Valet de Chambre.
C'eſt un Homme de quarante
ans , né en Languedoc
Pij
172 MERCURE
dans la Religion Prétenduë
Réformée. Ily en a quatorze
qu'il eft au fervice de ce Duc,
qui avoit toûjours efperé ce
changement par la connoiffance
qu'il avoit de fes bonnes
moeurs. Il a eu longtemps
l'obſtination des Herétiques
qui demeurent dans
leurs erreurs , parce qu'ils ne
veulent pas écouter ceux qui
en les combatant font capables
de les détruire ; mais
enfin le zele de M le Duc
de S. Aignan la emporté fur
l'opiniâtre refus qu'il faifoit
d'entendre parler des Veritez
GALANT. 173
Catholiques. Il l'a mis entre
les mains du Perè du Bue
Théatin ; & ce Pere, dont les
doctes Controverfes ramenent
tous les jours tant d'Egarez
, luy a fait connoiftre
la fauffeté des maximes de
Calvin. Il les abjura le 17.
de ce mois , dans la Chapelle
du Château d'Alincourt
prés Magny, appartenant à
Mr le Maréchal de Villeroy
, entre les mains de MF
de Buquet , Curé de Parres ,
Paroiffe de ce Chafteau . La
Cerémonie fe fit en préſence
de M le Duc de S. Aignan , de
Pij
174 MERCURE
Madame la Ducheffe fa Femme,
& de toute leur Famille.
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Résumé : Conversion, [titre d'après la table]
Le duc de Saint-Aignan, reconnu pour sa piété et ses qualités, a éprouvé une grande joie après la conversion de son premier valet de chambre, Mathurin Coquenas. Ce dernier, âgé de quarante ans et originaire du Languedoc, appartenait initialement à la religion prétendue réformée. Employé depuis quatorze ans par le duc, celui-ci avait toujours souhaité sa conversion en raison de ses bonnes mœurs. Coquenas avait longtemps résisté aux tentatives de conversion, refusant d'écouter ceux qui cherchaient à le convaincre. Cependant, le zèle du duc de Saint-Aignan a fini par triompher. Le duc a confié Coquenas au père du Bué, un théatin célèbre pour ses controverses doctrinales. Ce dernier a réussi à persuader Coquenas de l'erreur des maximes calvinistes. Coquenas a abjuré ses croyances le 17 du mois dans la chapelle du château d'Alincourt près de Magny, propriété du maréchal de Villeroy. La cérémonie s'est déroulée en présence du duc de Saint-Aignan, de la duchesse et de toute leur famille, sous la direction de Monseigneur de Buquet, curé de Parres, paroisse du château.
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8
p. 286-287
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Courcy, Fils de Mr de Bullion, Conseiller [...]
Mots clefs :
Mariage, Marquis de Courcy, Conseiller, Mademoiselle de Charmoy, Piété
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texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Mile Marquis de Courcy,
Fils de M de Bullion , Confeiller
en la Grand Chambre,
& Neveu de M. de Bullion,
Miniftre d'Etat, & Sur- Inten
GALANT. 287
dant des Finances , a épousé
Mademoiſelle de Charmoy,
Fille de M de Charmoy,
Maistre des Comptes , & Secretaire
des Commandemens
de Madame de Guife . On dit
beaucoup de bien de cette
nouvelle Mariée . C'eft une
jeune Brune des plus aimables
, & qui fe fait diftinguer
par fa Pieté.
Fils de M de Bullion , Confeiller
en la Grand Chambre,
& Neveu de M. de Bullion,
Miniftre d'Etat, & Sur- Inten
GALANT. 287
dant des Finances , a épousé
Mademoiſelle de Charmoy,
Fille de M de Charmoy,
Maistre des Comptes , & Secretaire
des Commandemens
de Madame de Guife . On dit
beaucoup de bien de cette
nouvelle Mariée . C'eft une
jeune Brune des plus aimables
, & qui fe fait diftinguer
par fa Pieté.
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9
p. 289-297
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Apres quatre grands Article de Siam, qui ont remply une [...]
Mots clefs :
Siam, Mandarins, Départ, Ambassadeur extraordinaire, Mr le Chevalier de Chaumont, Piété, Épée, Instruire, Audience, Navires, Présents, Miroirs, Chandeliers, Lustres, Fusils, Draps, Tapis, Habits, Meubles, Portrait du roi, Pièces d'or, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Apres quatre grands Articles
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
En février 1685, le roi de France a nommé M. le Chevalier de Chaumont ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Siam. Chaumont a été choisi pour sa sagesse, son exemplarité, ainsi que pour ses qualités militaires et chrétiennes. Avant son départ, il a consulté des voyageurs expérimentés et a écrit à M. de Saint-Martin de Caen pour obtenir des conseils. Il a également sélectionné M. de l'Abrasseau-Bourreau comme secrétaire. Quelques jours après leur dernière audience avec M. de Croissy, les mandarins de Siam ont quitté la France. Ils doivent être défrayés sur leur route aux dépens du roi. Leur embarquement se fera à bord du navire royal 'L'Oiseau', escorté par la frégate 'La Maligne'. Chaumont emporte avec lui divers présents du roi de France destinés au roi de Siam. Ces présents incluent des miroirs, des chandeliers, des fusils, des brocards, des tapis, des habits brodés, des portraits du roi de France et des médailles. Ces objets reflètent la volonté du roi de France de renforcer les relations diplomatiques et commerciales avec le Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 186-202
Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Début :
Comme la Renommée répand par tout les grandes Nouvelles [...]
Mots clefs :
République de Gênes, Articles, Majestés, Pape, Sénateurs, Marquis, Doge, Grâces, Monarque, Hommage, Victoire, Piété, Justice, Prince, Envoyé extraordinaire, Gouverneur, Lettre, Audience, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Comme la Renommée ré
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
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Résumé : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les accords conclus entre le roi de France et la République de Gênes. Les termes de ces accords ont rapidement été divulgués. Le roi a attendu pour en parler afin de s'assurer que les articles soient clarifiés et ratifiés. Ces accords augmentent la gloire du roi, non seulement par l'hommage de Gênes, mais aussi par sa décision de se contenter des satisfactions offertes, bien qu'il aurait pu espérer plus par la force de ses armes. Par piété et justice, le roi a refusé de troubler l'Italie, déjà engagée contre l'ennemi du nom chrétien. Il a signé un pouvoir le 9 du mois précédent pour rétablir la paix en Europe. Informé par le nonce du pape, le roi a autorisé Colbert de Croissy à accepter et signer les articles avec le marquis de Marini, représentant de Gênes. Les conditions imposées à Gênes incluent l'envoi du Doge et de quatre sénateurs en France pour témoigner de leur soumission, le désarmement de quatre galères, le retour à la neutralité envers la France et l'Espagne, le paiement de cent mille écus au comte de Fiesque, et la restitution des biens aux Français. Gênes a également accepté de congédier les troupes espagnoles et de réduire ses galères au nombre qu'elles étaient trois ans auparavant. En échange, le roi a accepté que Gênes contribue à la réparation des églises endommagées par les bombardements. Les articles ont été signés le 12 du mois précédent, ratifiés par le roi le 3 du mois en cours, et par Gênes le 25 février.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 230-236
Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés vous avoir mandé dans six de mes Lettres quantité [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Ambassadeurs, Empire, Majesté, Mandarins, Embarquement, Vaisseau, Mr le Chevalier de Chaumont, Équipages, Piété, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Aprés vous avoir mandé
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
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Résumé : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
En mars 1685, une ambassade française se prépare à partir pour le Royaume de Siam. Le Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, s'embarque à Brest sur le vaisseau de guerre 'l'Oiseau', accompagné de l'Abbé de Choisy, représentant de l'ambassade. Le vaisseau, commandé par M. de Vaudricourt et M. de Coriton comme capitaine en second, est équipé de quarante-six pièces de canon. L'équipage comprend deux lieutenants, les Chevaliers de Fourbin et de Sibois, et un enseigne, M. de Chammoreau. Une frégate de vingt-quatre pièces de canon, commandée par M. Joyeux et M. du Tertre comme enseigne, les suit. Plusieurs officiers, dont M. de Cintré et M. de Francine, participent au voyage. M. de Fretteville, Garde de la Marine, est choisi pour ses mérites et son assiduité. D'autres Gardes Marines, tels que M. Compiegne, Joncous, d'Erbouville, du Fay, de Palu, de la Forêt et de Benneville, font également partie de l'expédition. Le roi de France, en tant que Fils aîné de l'Église, envoie des ambassadeurs à Siam pour promouvoir la religion catholique, qui y progresse grâce au zèle et à la piété du roi.
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12
p. 301-304
Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas s'étonner si l'on s'empresse pour toutes [...]
Mots clefs :
Capucins, Ordre, Église, Chrétiens, Piété, Sainteté, Missions, Pères, Conversions, Pénitence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Il ne faut pas s'étonner ſi
l'on s'empreffe pour toutes
les chofes où les Capucins ont
quelque intereft. Ils font d'un
Ordre que l'on eftime par
tout , & qui par mille actions
d'édification pour l'Eglife , &
de charité pour le Prochain ,
donne tous les jours des marques
de l'ardeur qu'ils ont de
voir dans tous les Chreftiens,
une Pieté folide , & une Foy
qui réponde à la Sainteté de
noftre Religion. S'il falloit
"
"
302 MERCURE
prouver cette verité , je vous
donnerois pour un exemple
récent , la Miflion que vient
d'achever à S. Sulpice le Pere
Honoré de Cannes , avec le
Pere Claude de Paris, & vingt
2
autres Capucins . Elle a eu
tout le fuccez qu'on en pouvoit
fouhaiter tant par le
nombre des Reftitutions confiderables
que l'on y a faites,
que par des Converfions furprenantes
, de grandes reconciliations
, & plufieurs pratiques
de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite refolution
où l'on eftoit , de re
GALANT. 303
noncer aux plaifirs du Monde.
Ainfi l'on peut dire que
dans tout le temps du Carnaval,
qui eftoit celuy de la Miffion
, l'on a vécu dans la Paroiffe
de S. Sulpice , avec la
mefme reforme qu'on tafche
d'avoir la femaine Sainte. M
l'Archevefque de Paris en fit
la clofture le 17. de ce mois,
apres avoir affifté au Salut, où
il y eut deux Choeurs de Mufique
, & une excellente Simphonie.
Cette Miffion eſtant achevée
, les mefmes Peres Capucins
en commencerent une
304 MERCURE
autre dés le lendemain dans
l'Eglife de Saint Etienne du
Mont.
l'on s'empreffe pour toutes
les chofes où les Capucins ont
quelque intereft. Ils font d'un
Ordre que l'on eftime par
tout , & qui par mille actions
d'édification pour l'Eglife , &
de charité pour le Prochain ,
donne tous les jours des marques
de l'ardeur qu'ils ont de
voir dans tous les Chreftiens,
une Pieté folide , & une Foy
qui réponde à la Sainteté de
noftre Religion. S'il falloit
"
"
302 MERCURE
prouver cette verité , je vous
donnerois pour un exemple
récent , la Miflion que vient
d'achever à S. Sulpice le Pere
Honoré de Cannes , avec le
Pere Claude de Paris, & vingt
2
autres Capucins . Elle a eu
tout le fuccez qu'on en pouvoit
fouhaiter tant par le
nombre des Reftitutions confiderables
que l'on y a faites,
que par des Converfions furprenantes
, de grandes reconciliations
, & plufieurs pratiques
de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite refolution
où l'on eftoit , de re
GALANT. 303
noncer aux plaifirs du Monde.
Ainfi l'on peut dire que
dans tout le temps du Carnaval,
qui eftoit celuy de la Miffion
, l'on a vécu dans la Paroiffe
de S. Sulpice , avec la
mefme reforme qu'on tafche
d'avoir la femaine Sainte. M
l'Archevefque de Paris en fit
la clofture le 17. de ce mois,
apres avoir affifté au Salut, où
il y eut deux Choeurs de Mufique
, & une excellente Simphonie.
Cette Miffion eſtant achevée
, les mefmes Peres Capucins
en commencerent une
304 MERCURE
autre dés le lendemain dans
l'Eglife de Saint Etienne du
Mont.
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Résumé : Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Le texte évoque l'influence des Capucins, un ordre religieux reconnu pour ses actions édifiantes et charitables, visant à renforcer la piété et la foi des chrétiens. Récemment, une mission dirigée par le Père Honoré de Cannes, le Père Claude de Paris et vingt autres Capucins à l'église Saint-Sulpice a connu un grand succès. Cette mission a été marquée par de nombreuses restitutions, conversions, réconciliations et pratiques de pénitence, illustrant une volonté de renoncer aux plaisirs du monde. Pendant le Carnaval, la paroisse de Saint-Sulpice a adopté une atmosphère de réforme similaire à celle de la Semaine Sainte. L'archevêque de Paris a clôturé la mission le 17 du mois après avoir assisté à un salut avec deux chœurs de musique et une excellente symphonie. Immédiatement après, les mêmes Capucins ont entamé une nouvelle mission à l'église Saint-Étienne-du-Mont.
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13
p. 86-93
Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Début :
La pieté qui accompagne ordinairement les personnes de vostre sexe, [...]
Mots clefs :
Piété, Ordres de Dieu, Christianisme, Madame Dauphine de Sartre, Marquis de Robias, Décès, Fille, Connaissances, Morale, Estime, Éducation, Santé, Maux, Mariage, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
La pieté qui accompagne
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
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Résumé : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Madame Dauphine de Sartre, épouse du Marquis de Robias d'Estoublon, est décédée à Arles le 17 du mois précédent. Fille unique de Monsieur de Sartre, conseiller à la Cour des Aydes et Finances de Montpellier, et de Dame Brigide de Massauve, elle avait hérité de leurs vertus et biens. Dotée d'un esprit élevé et d'une grande érudition, elle maîtrisait les mathématiques, l'algèbre, la philosophie et la médecine. Son attachement principal était la morale chrétienne, qu'elle suivait dans toutes ses actions. Connue pour son intelligence et son talent pour attirer l'estime et le respect, elle possédait une mémoire et un jugement exceptionnels, lui permettant de transcrire des sermons et de composer de la musique. Malgré une santé florissante, elle tomba gravement malade et supporta ses souffrances avec fermeté. Avant sa mort, elle fit plusieurs legs pieux et des bienfaits à ses domestiques, laissant son cœur aux Carmélites pour la construction de leur église. Elle quitta le monde avec courage, laissant une profonde affliction à sa famille et à la ville d'Arles. Son mari, le Marquis de Robias, est décrit comme un homme de mérite et secrétaire perpétuel de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 273-278
Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui remplit avec tant d'application & d'exactitude tous les [...]
Mots clefs :
Roi, Grandeur, Carême, Piété, Chrétien, Offices, Cène, Toucher des malades, Sermon, Piété, Prédicateurs, Monseigneur le Dauphin, Messe, Musique, Famille royale, Dévotion, Cour, Hôpital général
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texteReconnaissance textuelle : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Le Roy qui remplit avec
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
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Résumé : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Durant la dernière semaine de Carême, le roi a accompli ses devoirs religieux avec dévotion et rigueur. Il a participé à tous les offices prescrits par l'Église, incluant la communion et la visite des malades. Le jeudi saint, il a écouté un sermon du Père Tiberge, directeur des Missions Étrangères, suivi de l'absoute prononcée par le cardinal de Bouillon. Le roi a ensuite lavé les pieds de douze pauvres en présence du Dauphin, de plusieurs princes et de neuf seigneurs de la cour. Le vendredi saint, le roi, le Dauphin et la Dauphine ont assisté à la grand-messe et à la procession du Saint-Sacrement. Le lendemain, après ses dévotions, le roi a touché un grand nombre de malades. Le jour de Pâques, il a manifesté sa piété par des donations charitables, notamment dix mille écus à l'Hôpital Général.
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15
p. 27-37
LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
Début :
J'aurois dequoy faire plusieurs Volumes ce mois cy, / Monsieur, Il n'est point de Province en France où la Religion Prétenduë [...]
Mots clefs :
Province, Religion prétendue réformée, Dauphiné, Guillaume Farel, Ministre, Protestants, Calvinisme, Éloquence, Temples, Huguenots, Démolition, Piété, Roi, Ecclésiastiques, Dieu, Obstination, Conversion
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
J'aurois dequoy faire
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
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Résumé : LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
Le texte aborde la situation de la religion réformée en Dauphiné, notamment à Grenoble. Trois facteurs principaux expliquent la forte présence du protestantisme dans cette région : la présence de ministres protestants influents comme Guillaume Farel, l'influence de chefs protestants puissants tels que le Baron des Adrets, le Marquis de Monbrun et le Connétable de Lesdiguières, ainsi que la présence de sectes vaudoises. À Grenoble, les huguenots avaient érigé un temple après avoir détruit plusieurs églises, malgré les édits royaux. En 1671, le roi ordonna la démolition de ce temple en raison de sa proximité avec des lieux catholiques. Cependant, le temple fut reconstruit près des murailles de la ville, perturbant les activités religieuses et éducatives des catholiques voisins. Pour résoudre ce problème, le roi envoya des commissaires, incluant l'intendant de la province et un noble protestant, afin d'examiner la situation. Une visite du temple fut organisée, durant laquelle des prières catholiques furent chantées, perturbant les activités des couvents et collèges voisins. Cette expérience mit en lumière l'impact négatif du temple sur les activités catholiques. Les huguenots craignaient la démolition de leur temple, mais certains espéraient leur conversion. Le texte se conclut par une prière pour la conversion des protestants et une louange au roi pour ses efforts en faveur de la réunion des religions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1-21
Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
Début :
La grandeur, la bonté, la magnificence, la liberalité, la pieté, [...]
Mots clefs :
Bonté, Libéralité, Piété, Vertus, Roi, Actions, Éloge, Esclaves, Marquis, Galères, Étrangers, Chrétiens, Chevalier de Tourville, Nomination, Alger, Malheur, Gloire, Bénédiction, Sujets, Le Dey, États, Empereur, Salut, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
150C
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
Fermer
Résumé : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
En 1685, le roi de France manifesta plusieurs vertus royales, notamment la grandeur, la bonté et la libéralité, en faveur des esclaves chrétiens détenus à Alger. Après le bombardement d'Alger par le marquis du Quesne en 1685, six cents esclaves, incluant des sujets du roi et des étrangers, furent libérés. La paix conclue en 1686 permit la libération supplémentaire de trois cent vingt-cinq sujets du roi, vingt-cinq étrangers sous pavillon français, et cinquante sous divers pavillons étrangers. Un envoyé du Dey d'Alger demanda ensuite la libération de Turcs et janissaires détenus en France, ce que le roi accepta en échange de soixante-quinze esclaves chrétiens de diverses nations. Le chevalier de Tourville fut chargé de cet échange. Le consul français, M. de Sorhainde, négocia également pour libérer les esclaves les plus malheureux, ceux sans espoir de secours. Les esclaves libérés comprenaient des Espagnols, Italiens, Flamands, Génois, Hambourgeois, prêtres grecs, capucins, religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, ainsi que des femmes et des enfants. Plusieurs restitutions furent effectuées par des représentants français, notamment le marquis du Quesne en 1683, le marquis d'Amfreville en 1684, et le chevalier de Tourville en 1685. Ces actions réduisirent considérablement le nombre d'esclaves à Alger, touchant presque toutes les nations européennes. Le Dey d'Alger exprima son admiration pour les vertus et les conquêtes du roi, qui attiraient les grâces divines et renforçaient sa réputation mondiale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Fermer
Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 12-13
LA FRANCE, AU ROY.
Début :
A Ta haute Valeur quel Heros peut atteindre ? [...]
Mots clefs :
Valeur, Héros, Piété, Monarque, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE, AU ROY.
LA FRANCE,
JV ROY.
- ATa haute Valeur quel Héros
peutatteindre?
TA Pietéfuitvoir de grandes actions*
Mwdrqiteteut parfait, la nos pl.uJs
rien a craindre,
Ny de tes Ennemis, ny de tes fiaffions.
JV ROY.
- ATa haute Valeur quel Héros
peutatteindre?
TA Pietéfuitvoir de grandes actions*
Mwdrqiteteut parfait, la nos pl.uJs
rien a craindre,
Ny de tes Ennemis, ny de tes fiaffions.
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21
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
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Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
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22
p. 99-106
Translations. [titre d'après la table]
Début :
On a fait une grande Ceremonie chez les Peres Minimes [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Translation, Ossements, Procession, Rome, Cortège, Dévotion, Piété, Martyre, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Translations. [titre d'après la table]
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
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Résumé : Translations. [titre d'après la table]
Deux cérémonies distinctes ont marqué la translation de reliques de saints. À Péronne, les Pères Minimes ont organisé une grande cérémonie pour la translation des offrandes du corps de Saint Juste Martyr, récemment arrivées de Rome. Une procession a récupéré la châsse dans un dépôt temporaire, traversant des rues ornées de tapisseries. Trente-deux corporations de métiers ont participé, portant leurs drapeaux et armes. La châsse a été placée dans l'église royale et collégiale de Saint-Furcy pour un panégyrique, puis exposée chez les Pères Minimes pendant une octave. À Niort, une cérémonie a célébré la translation du corps presque entier de Saint Victor, offert par le Père Isidore. Cette relique, initialement nommée Aphrodize, a été renommée Victor par le Pape Innocent XI en 1675. Plus de douze mille personnes ont assisté à la procession, marquée par des cérémonies solennelles et des illuminations. La relique a été exposée dans les halles de Niort, décorées pour l'occasion, avec des panégyriques prononcés par le Père Isidore et le Père Mesnard de l'Oratoire.
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23
p. 221-238
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis d'Urfé, dont vous connoissez l'illustre Maison [...]
Mots clefs :
Marquis d'Urfé, Décès, Maison, Dames, Vertus, Piété, Prédécesseur, Extrême onction, Veuve, Famille, Seigneur, Bravoure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
M' le Marquis d'Urfé ,
dont vous connoiffez l'illuftre
Maifon , mourut le Vendredy
2. de ce mois , dans ſa
quatre - vingt & uniéme année.
Le fenfible déplaifir
qu'il eut d'avoir perdu il y a
deux ans Madame la Mar
quife d'Urfé fa Femme , luy
fit prendre le deffein de chercher
-la folitude. 11 fe retira
chez les Peres de l'Oratoire
én leur Maifon de Noftre
P
Tiij
222 MERCURE
Dame des Vertus , où le Pere
d'Urfé , l'un de ſes Fils , qui
eftoit alors Vifiteur de cette
}
Congregation , vint demeurer
avec luy.Ille choifit pour
fon Confeffeur
; & les confolations
qu'il receut de fes
confeils , luy firent goufter
beaucoup de douceurs qu'il
n'auroit pas trouvées dans le
monde. Pendant qu'il fut
dans cette Maiſon , il fit voir
par de continuelles pratiques
de vertu & de pieté , que la
volonté de Dieu eftoit fon
unique étude. Pour mieux
travailler à fon falut , il crut
GALANT. 223
devoir fatisfaire aux Creanciers
de fes Predeceffeurs ,
auffi- bien qu'aux fiens. Il modera
fa dépenfe , & regla ſi
bien fon train & fon équipa
ge , qu'il épargna dequoy
s'acquitter de toutes dcbtes .
Ce fut pour luy une confolation
fenfible au milieu de
beaucoup d'infirmitez , de
marier M' le Marquis d'Urfé
fon Fils , l'unique efperance.
de fa Maifon , avec Mademoifelle
de Goutault. Peu de
temps aprés , fes maux s'étant
augmentez, il quitta Noftre-
Dame des Vertus , & vint de-
Tiiij
224 MERCURE
demeurer à l'Inftitution de
l'Oratoire , pour eftre plus
proche du fecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de
Paris. Ce fut là où il donna
des témoignages nouveaux
de fa patience dans ce qu'il
fouffroit & de fa fidelité
Aîdans
le fervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y
difpofant de fon propre mouvement
, il fit affembler M's
fes Fils , dont les quatre
nez ont embraffé l'Eftat Ecclefiaftique.
Il leur recom
manda fortement de conferver
parmy eux l'efprit d'u
GALANT. 225
nion , dont Dieu avoit favorifé
fa Famille. Il pria M'I'Evefque
de Limoges , de vouloir
bien leur fervir de Pere ,
les exhortant tous d'avoir
en luy une entiere confiance
, foûtenue du refpect
qu'ils luy devoient comme
à leur Aifné , & à un tresdigne
Prelat ; il leur dit qu'-
ils ne pouvoient avoir de
trop grands égards pour M
l'Abbé d'Uurfé , de qui le
zele pour le fervice de Dieu
l'avoit engagé à aller faire
une troifiéme fois les fonctions
de Miffionnaire en
226 MERCURE
Canada, & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoftre
par l'entier détachement des
biens de ce monde , qui luy
avoit fait refigner fon Doyené
avant fon départ. Aprés
qu'il les cut priez de déferer
auffi aux avis de M' d'Urfé de
l'Oratoire , & d'aimer toûjours
M l'Abé de S. Juft.
d'Urfé , Doyen de Noftre-
Dame du Puy , il s'adreffa à
M' le Marquis d'Urfé , auquel
il recommanda expreffément
de fervir le Roy avec
une exacte & inviolable fidelité.
Il dit auffi quelque cho
GALANT. 227
fe de fort tendre & de fort
touchant à Madame la Marquife
d'Urfé,fur l'union qu'il
luy demandoit avec M' fon
Mary ; & paffant du general
au particulier, il les pria tous
de fe fouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela
d'un efprit fi fain , qu'il ne
fembloit pas toucher à fa derniere
heure, mais fentant que
la nature manquoit en luy,
il tâcha de reparer ce defaut
par le fecours de la grace , &
fouhaita l'Extréme- onction .
Ce fut alors qu'il fit connoître
fa derniere volonté tou228
MERCURE
chant la difpofition de fon
corps. M' d'Urfé de l'Oratoi
re fe trouvant auprés de luy,
il luy demanda s'il pouvoit
efperer que les Peres de cette
fainteCongregation luy vouluffent
accorder un lieu de
repos dans leur Eglife , pour
comble des douceurs fpirituelles
qu'il avoit fenties
pendant fon fejour dans leur
Maiſon. Il expira aprés ces
paroles , & fut enterré comme
il l'avoit fouhaité, en l'Eglife
de l'Inftitution de l'Oratoire
, dans la Chapelle du
Cardinal de Berulle. La pomGALANT.
229
pe funebre, quoy qu'accompagnée
de fimplicité & de
modeftie , ne laiffa pas d'avoir
fa beauté , tant par le
Clergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier
Veuve deCharles de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Mere , Lieutenant general
des Camps & Armées
de Sa Majefté, Marquis de
Maubec , d'Apilly , & autres
Lieux , eft morte auffi depuis
peu de temps
.
le de feu M' Garnier Treforier
des Parties Cafuelles. De
Elle eftoit Fil230
MERCURE
ce Mariage eft venuë Marie
Françoife de Brancas , Dame
du Palais de la Reine, mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt
Comte de Montlor & de S.
Romaife , Marquis de Maubec
, Baron d'Aubenas , de
Montbonnet
& d'Aygufe
,
Seigneur de Montpezat , de
Miremande & de Grateloup.
Mr Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de
Brancas , dont je vous apprens
la mort. L'une nommée
Magdeleine Garnier,fut
mariée à feu Jean Molé SeiGALANT.
231
gneur de Champlatreux, Prefident
au Mortier au Farlement
de Paris , dont eſt venu
Louis Molé Seigneur de
Champlatreux , Prefident
auffi au Mortier ; & l'autre
époufa M' Doradoux, Lieutenant
de l'Artillerie de France
.
De la
Maifon de
Brancas,
originaire
du Royaume
de
Naples, font fortis fix Cardinaux
, fçavoir
Landolphe
de
Brancas
Cardinal en 1294 .
Raynaud
de Brancas
Cardinal
en 1385. qui eftoit au Concile
de
Conſtance ; Louis de
232 MERCURE
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de
BrancasCardinal qui
étoit auConcile de Pife.Thomas
de Brancas Cardinal en
1411. & Marie de Brancas Cardinal
en 1633. Alexandre de
Brancas vivoit en 1374. & fut
Maréchal du Royaume de Sicile
, & de la Principauté d'Achaye
. Buffile de Brancas fut
Maréchal de l'Eglife Romaine
, & fe retira en Provence
y a trois cens ans . C'eft
d'où font venus en France les
de Brancas , que nous connoiffós
. André de Brancas Sr
de Villars , Amiral de Franil
GALANT. 233
ce, Gouverneur du Havre de
Grace , fut tué en 1595. Georges
de Brancas Duc de Villars,
auffi Gouverneur du Ha-"
vre , eftoit Frere de l'Amiral .
La Terre de Villars fut érigée
en Duché en faveur de
ce dernier. Louis de Brancas
aujourd'huy Chef de cette
Famille , eft Duc de Villars ,
Marquis de Graville & de
Grand - champ , Comte de
Maubec , Vicomte de Cou
tance , Baron d'Oife, de l'Ifle,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec . Il a épou
fé Mademoiſelle de Brancas
V Novembre 1685.
234 MERCURE
fa Coufine, Soeur de Madame
la Princeffe d'Harcourt. De.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Chateaux
de gueules , maçonnez de
Jable , & tenu par quatre pates
de Lyon d'or.
Il faut auffi vous
apprendre
la perte que l'on a faite
d'un de nos braves François ,
appellé
M de Saint André
du nom de Caffan, d'une Nobleffe
diftinguée
dans le bas
Languedoc
. Il avoit receu
fept coups à la prife de l'importante
Place de Coron
dans la Morée , & il en eft
mort. Il a efté extremément
GALANT. 235
regreté dans toute l'Armée ,
particulierement du General
Morofini , & du jeune,
Prince Maximilian de Brunf-
Vick. Il eftoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des
Troupes que le Duc de
Brunfvick Hanover avoit
données aux Venitiens. IE
avoit fervy dés l'âge de
torze ans , ayant quitté fes
études pour aller au Siege de :
Barcelone. Il s'y diftingua
d'une maniere fi avantageu
fe, qu'onluy donna une Lieutenance
dans le Regiment :
de la Reine , où il fut enfuite: 2.
qua.
Vij
236 MERCURE
Capitaine , & aprés Capitai
ne & Major dans le Regiment
de Guitaut. ' Il eut les
mefmes emplois dans celuy
de Perfan, & alla en Candie
avec ce Corps , lors que le
Roy y envoya du Secours. Il
yfut fait Lieutenant Colonel
de ce Regiment qui fut caſſé
aprés qu'on eut fait la Paix
Generale en France , ce qui
l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il
emporta des Lettres de recommandation
de Monfieur
le Prince qui l'honoroit d'u
ne eftime particuliere , &
GALANT. 237
s'attacha aupres du feu Duc
de Hanover, qui levoit alors
des Troupes. Ce Prince le
fit Capitaine de fes Gardes,
& enfuite Lieutenant Colonel
. Sa mort eſtant furvenuë,
Mr de S. André fongeoit à fe
retirer, quand Monfieur l'Evefque
d'Ofnabruc fon Frere
& fon Succeffeur , à preſent
Duc de Hanover , le retint à
fon fervice dans le mefme
employ , & luy augmenta
mefme fes apointemens. Il
le fit enfuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux
Venitiens contre les. Tures,
238 MERCURE
& c'eſt à la tefte de ce Regiment
qu'il a receu les Bleffeures
dont il eft mort pour le
fervice de la Chreftienté.
De fon Mariage avec une
Demoiſelle de Rimou en Bretagne
; il n'a laiffé que deux
Filles. Le Pere de ce brave.
Gentilhomme avoit toûjours
porté les armes , jufqu'à ce
qne le nombre de fes Bleffeures
l'obligea d'abandóner
le fervice . Son Ayeul a donné
auſſi en pluſieurs occafions
de grandes marques
d'intrepidité & de bravoure.
dont vous connoiffez l'illuftre
Maifon , mourut le Vendredy
2. de ce mois , dans ſa
quatre - vingt & uniéme année.
Le fenfible déplaifir
qu'il eut d'avoir perdu il y a
deux ans Madame la Mar
quife d'Urfé fa Femme , luy
fit prendre le deffein de chercher
-la folitude. 11 fe retira
chez les Peres de l'Oratoire
én leur Maifon de Noftre
P
Tiij
222 MERCURE
Dame des Vertus , où le Pere
d'Urfé , l'un de ſes Fils , qui
eftoit alors Vifiteur de cette
}
Congregation , vint demeurer
avec luy.Ille choifit pour
fon Confeffeur
; & les confolations
qu'il receut de fes
confeils , luy firent goufter
beaucoup de douceurs qu'il
n'auroit pas trouvées dans le
monde. Pendant qu'il fut
dans cette Maiſon , il fit voir
par de continuelles pratiques
de vertu & de pieté , que la
volonté de Dieu eftoit fon
unique étude. Pour mieux
travailler à fon falut , il crut
GALANT. 223
devoir fatisfaire aux Creanciers
de fes Predeceffeurs ,
auffi- bien qu'aux fiens. Il modera
fa dépenfe , & regla ſi
bien fon train & fon équipa
ge , qu'il épargna dequoy
s'acquitter de toutes dcbtes .
Ce fut pour luy une confolation
fenfible au milieu de
beaucoup d'infirmitez , de
marier M' le Marquis d'Urfé
fon Fils , l'unique efperance.
de fa Maifon , avec Mademoifelle
de Goutault. Peu de
temps aprés , fes maux s'étant
augmentez, il quitta Noftre-
Dame des Vertus , & vint de-
Tiiij
224 MERCURE
demeurer à l'Inftitution de
l'Oratoire , pour eftre plus
proche du fecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de
Paris. Ce fut là où il donna
des témoignages nouveaux
de fa patience dans ce qu'il
fouffroit & de fa fidelité
Aîdans
le fervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y
difpofant de fon propre mouvement
, il fit affembler M's
fes Fils , dont les quatre
nez ont embraffé l'Eftat Ecclefiaftique.
Il leur recom
manda fortement de conferver
parmy eux l'efprit d'u
GALANT. 225
nion , dont Dieu avoit favorifé
fa Famille. Il pria M'I'Evefque
de Limoges , de vouloir
bien leur fervir de Pere ,
les exhortant tous d'avoir
en luy une entiere confiance
, foûtenue du refpect
qu'ils luy devoient comme
à leur Aifné , & à un tresdigne
Prelat ; il leur dit qu'-
ils ne pouvoient avoir de
trop grands égards pour M
l'Abbé d'Uurfé , de qui le
zele pour le fervice de Dieu
l'avoit engagé à aller faire
une troifiéme fois les fonctions
de Miffionnaire en
226 MERCURE
Canada, & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoftre
par l'entier détachement des
biens de ce monde , qui luy
avoit fait refigner fon Doyené
avant fon départ. Aprés
qu'il les cut priez de déferer
auffi aux avis de M' d'Urfé de
l'Oratoire , & d'aimer toûjours
M l'Abé de S. Juft.
d'Urfé , Doyen de Noftre-
Dame du Puy , il s'adreffa à
M' le Marquis d'Urfé , auquel
il recommanda expreffément
de fervir le Roy avec
une exacte & inviolable fidelité.
Il dit auffi quelque cho
GALANT. 227
fe de fort tendre & de fort
touchant à Madame la Marquife
d'Urfé,fur l'union qu'il
luy demandoit avec M' fon
Mary ; & paffant du general
au particulier, il les pria tous
de fe fouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela
d'un efprit fi fain , qu'il ne
fembloit pas toucher à fa derniere
heure, mais fentant que
la nature manquoit en luy,
il tâcha de reparer ce defaut
par le fecours de la grace , &
fouhaita l'Extréme- onction .
Ce fut alors qu'il fit connoître
fa derniere volonté tou228
MERCURE
chant la difpofition de fon
corps. M' d'Urfé de l'Oratoi
re fe trouvant auprés de luy,
il luy demanda s'il pouvoit
efperer que les Peres de cette
fainteCongregation luy vouluffent
accorder un lieu de
repos dans leur Eglife , pour
comble des douceurs fpirituelles
qu'il avoit fenties
pendant fon fejour dans leur
Maiſon. Il expira aprés ces
paroles , & fut enterré comme
il l'avoit fouhaité, en l'Eglife
de l'Inftitution de l'Oratoire
, dans la Chapelle du
Cardinal de Berulle. La pomGALANT.
229
pe funebre, quoy qu'accompagnée
de fimplicité & de
modeftie , ne laiffa pas d'avoir
fa beauté , tant par le
Clergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier
Veuve deCharles de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Mere , Lieutenant general
des Camps & Armées
de Sa Majefté, Marquis de
Maubec , d'Apilly , & autres
Lieux , eft morte auffi depuis
peu de temps
.
le de feu M' Garnier Treforier
des Parties Cafuelles. De
Elle eftoit Fil230
MERCURE
ce Mariage eft venuë Marie
Françoife de Brancas , Dame
du Palais de la Reine, mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt
Comte de Montlor & de S.
Romaife , Marquis de Maubec
, Baron d'Aubenas , de
Montbonnet
& d'Aygufe
,
Seigneur de Montpezat , de
Miremande & de Grateloup.
Mr Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de
Brancas , dont je vous apprens
la mort. L'une nommée
Magdeleine Garnier,fut
mariée à feu Jean Molé SeiGALANT.
231
gneur de Champlatreux, Prefident
au Mortier au Farlement
de Paris , dont eſt venu
Louis Molé Seigneur de
Champlatreux , Prefident
auffi au Mortier ; & l'autre
époufa M' Doradoux, Lieutenant
de l'Artillerie de France
.
De la
Maifon de
Brancas,
originaire
du Royaume
de
Naples, font fortis fix Cardinaux
, fçavoir
Landolphe
de
Brancas
Cardinal en 1294 .
Raynaud
de Brancas
Cardinal
en 1385. qui eftoit au Concile
de
Conſtance ; Louis de
232 MERCURE
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de
BrancasCardinal qui
étoit auConcile de Pife.Thomas
de Brancas Cardinal en
1411. & Marie de Brancas Cardinal
en 1633. Alexandre de
Brancas vivoit en 1374. & fut
Maréchal du Royaume de Sicile
, & de la Principauté d'Achaye
. Buffile de Brancas fut
Maréchal de l'Eglife Romaine
, & fe retira en Provence
y a trois cens ans . C'eft
d'où font venus en France les
de Brancas , que nous connoiffós
. André de Brancas Sr
de Villars , Amiral de Franil
GALANT. 233
ce, Gouverneur du Havre de
Grace , fut tué en 1595. Georges
de Brancas Duc de Villars,
auffi Gouverneur du Ha-"
vre , eftoit Frere de l'Amiral .
La Terre de Villars fut érigée
en Duché en faveur de
ce dernier. Louis de Brancas
aujourd'huy Chef de cette
Famille , eft Duc de Villars ,
Marquis de Graville & de
Grand - champ , Comte de
Maubec , Vicomte de Cou
tance , Baron d'Oife, de l'Ifle,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec . Il a épou
fé Mademoiſelle de Brancas
V Novembre 1685.
234 MERCURE
fa Coufine, Soeur de Madame
la Princeffe d'Harcourt. De.
Brancas porte d'azur au Pal
d'argent , chargé de trois Chateaux
de gueules , maçonnez de
Jable , & tenu par quatre pates
de Lyon d'or.
Il faut auffi vous
apprendre
la perte que l'on a faite
d'un de nos braves François ,
appellé
M de Saint André
du nom de Caffan, d'une Nobleffe
diftinguée
dans le bas
Languedoc
. Il avoit receu
fept coups à la prife de l'importante
Place de Coron
dans la Morée , & il en eft
mort. Il a efté extremément
GALANT. 235
regreté dans toute l'Armée ,
particulierement du General
Morofini , & du jeune,
Prince Maximilian de Brunf-
Vick. Il eftoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des
Troupes que le Duc de
Brunfvick Hanover avoit
données aux Venitiens. IE
avoit fervy dés l'âge de
torze ans , ayant quitté fes
études pour aller au Siege de :
Barcelone. Il s'y diftingua
d'une maniere fi avantageu
fe, qu'onluy donna une Lieutenance
dans le Regiment :
de la Reine , où il fut enfuite: 2.
qua.
Vij
236 MERCURE
Capitaine , & aprés Capitai
ne & Major dans le Regiment
de Guitaut. ' Il eut les
mefmes emplois dans celuy
de Perfan, & alla en Candie
avec ce Corps , lors que le
Roy y envoya du Secours. Il
yfut fait Lieutenant Colonel
de ce Regiment qui fut caſſé
aprés qu'on eut fait la Paix
Generale en France , ce qui
l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il
emporta des Lettres de recommandation
de Monfieur
le Prince qui l'honoroit d'u
ne eftime particuliere , &
GALANT. 237
s'attacha aupres du feu Duc
de Hanover, qui levoit alors
des Troupes. Ce Prince le
fit Capitaine de fes Gardes,
& enfuite Lieutenant Colonel
. Sa mort eſtant furvenuë,
Mr de S. André fongeoit à fe
retirer, quand Monfieur l'Evefque
d'Ofnabruc fon Frere
& fon Succeffeur , à preſent
Duc de Hanover , le retint à
fon fervice dans le mefme
employ , & luy augmenta
mefme fes apointemens. Il
le fit enfuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux
Venitiens contre les. Tures,
238 MERCURE
& c'eſt à la tefte de ce Regiment
qu'il a receu les Bleffeures
dont il eft mort pour le
fervice de la Chreftienté.
De fon Mariage avec une
Demoiſelle de Rimou en Bretagne
; il n'a laiffé que deux
Filles. Le Pere de ce brave.
Gentilhomme avoit toûjours
porté les armes , jufqu'à ce
qne le nombre de fes Bleffeures
l'obligea d'abandóner
le fervice . Son Ayeul a donné
auſſi en pluſieurs occafions
de grandes marques
d'intrepidité & de bravoure.
Fermer
Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte relate la vie et la mort du Marquis d'Urfé, décédé le 2 juin à l'âge de 81 ans. Profondément affecté par la perte de son épouse deux ans plus tôt, il s'était retiré chez les Pères de l'Oratoire à Notre-Dame des Vertus. Il y trouva consolation auprès de son fils, le Père d'Urfé, et régla ses dettes pour assurer la stabilité financière de sa famille. Avant de partir pour l'Institution de l'Oratoire à Paris, il maria son fils unique à Mademoiselle de Goutault. Dans ses derniers moments, il rassembla ses fils, dont quatre étaient ecclésiastiques, et leur recommanda de maintenir l'unité familiale. Il exprima son admiration pour l'Abbé d'Urfé, missionnaire au Canada, et demanda à être enterré dans l'église de l'Institution de l'Oratoire, où une cérémonie simple eut lieu. Le texte mentionne également la mort de Dame Suzanne Garnier, veuve de Charles de Brancas, Chevalier d'Honneur de la Reine Mère et Lieutenant général des armées. Elle était la mère de Marie Françoise de Brancas, mariée au Prince d'Harcourt. Deux autres figures historiques sont évoquées : Georges de Brancas, Duc de Villars, Gouverneur du Havre de Grâce et frère de l'Amiral de Villars, et M. de Saint-André, issu d'une noble famille du Bas-Languedoc. Ce dernier, connu sous le nom de Caffan, fut tué lors de la prise de la place de Coron en Morée. Il avait servi dans divers régiments et avait été promu à plusieurs reprises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 242-263
Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Début :
L'Eglise de France a perdu plusieurs Prelats d'un fort grand [...]
Mots clefs :
Église de France, Décès, Prélats, Successeurs, Évêques, Archevêques, Diocèse, Paroisse, Services, Charité, Abbé, Précepteur, Piété, Docteur en théologie, Sacre, Famille, Nominations, Testament, Siège vacant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
L'Eglife de France a perdu
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
Fermer
Résumé : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Le texte relate le décès et les remplacements de plusieurs prélats français de haut rang. Messire Charles de Bourlon, évêque de Soissons, est décédé à l'âge de 72 ans après 35 années de service. Il était connu pour sa charité, notamment lors d'une épidémie de peste à Soissons. L'abbé Huet, reconnu pour son érudition et sa probité, lui a succédé. Jérôme Grimaldi, cardinal et archevêque d'Aix-en-Provence, est décédé à 90 ans. Charles Le Goux de la Berchere, évêque de Lavaur, a été nommé pour lui succéder. Jean de Montpezat de Carbon, archevêque de Sens, est décédé à 79 ans. L'abbé Fléchier a pris sa place à l'évêché de Lavaur. Un prélat non nommé, ayant occupé les archevêchés de Bourges, Toulouse et Sens, est décédé à Bourges en 1685. Son corps a été transféré à Sens pour y être inhumé. Fortin de la Hoguète, évêque de Poitiers, lui a succédé à Sens. L'abbé de Quincé a remplacé de la Hoguète à Poitiers. D'autres changements épiscopaux ont eu lieu à Pamiers et Grasse. L'évêque de Glandèves et Verjus de l'Oratoire ont été impliqués dans ces changements. L'abbé de Viens a été nommé à Grasse, où il a été loué pour son esprit et son érudition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 102-111
Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Apres cela Mr Boyer luy parla de cette sorte. MONSEIGNEUR, L'Academie [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Compliments, Monseigneur, Bonté, Piété, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Apres cela M' Boyer luy
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
Fermer
Résumé : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Lors d'un discours à l'Académie Française, M. Boyer célèbre la nomination d'un nouveau dignitaire, dont les mérites et les qualités exceptionnelles sont soulignés. Ce dernier est reconnu pour son application, son savoir, sa probité, son expérience et sa sagesse. Sa trajectoire est comparée à celle du roi Louis XIV, qui a su allier grandeur et gloire durable grâce à ses actions pieuses et politiques. Le nouveau dignitaire est également loué pour sa charmante politesse, sa noble facilité et sa bonté bienfaisante, qui le rendent accessible au mérite et à la vertu. L'Académie apprécie son intérêt pour les sciences et les belles-lettres, espérant qu'il continuera à protéger et à soutenir ces domaines. En réponse, M. Boyer exprime sa reconnaissance et son estime pour les gens de lettres, affirmant l'importance du corps des lettrés pour l'État. Il salue les succès du roi dans l'éradication d'une secte malheureuse en France et assure de son soutien et de son ardent désir de servir l'Académie Française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 166-270
Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye dit beaucoup de choses dans mes [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Hérésie, Erreurs calvinistes, Vérité catholique, Nouveaux convertis, Royaume de France, Déclarations, Arrêts, Édit de Nantes, Révocation de l'édit de Nantes, Piété, Zèle, Famille, Marquis, Interdictions, Religion protestante, Duc de Noailles, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye dit
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
En octobre 1685, la Chambre des Vacations du Parlement de Rouen a enregistré la révocation de l'Édit de Nantes, promulguée par le roi de France. Cette révocation visait à ramener les protestants à l'Église catholique, considérée comme la foi des rois de France. Elle fut justifiée par la violence passée des révoltes protestantes et présentée comme un acte de puissance, de clémence et de piété royale. Dans plusieurs régions, des conversions massives au catholicisme ont eu lieu. À Rouen, plus de mille personnes se sont converties immédiatement. À Caen, l'intendant Morangis a réussi à convertir une grande partie des protestants. À Sedan, le marquis de Saint-Germain a démoli un temple protestant et supervisé la conversion de plus de six cents personnes. Des conversions similaires ont été observées à Saint-Jean-d'Angély, Angoulême, Turenne, Argentac et Limoges, souvent facilitées par des conférences religieuses et des figures locales influentes. Des déclarations royales ont interdit l'exercice du protestantisme et permis la récupération des biens confisqués. Les officiers protestants devaient remettre leurs procurations pour leurs offices et étaient encouragés à se convertir pour conserver leurs fonctions. Les rassemblements secrets de protestants ont été interdits et surveillés par les autorités. Des conversions notables ont été signalées, notamment celles d'Alexandre l'Huillier et de François Forant. Le roi a exprimé sa satisfaction et promis de reconnaître les efforts des convertis. Le nonce papal a présenté un bref du pape, louant le roi comme un véritable roi chrétien. Les actions du roi ont été élogieuses lors des harangues d'ouverture des parlements et des cours de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 309-314
Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Début :
Le Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye, qui se devoit [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc de la Milleraye, Mademoiselle , Contrat de mariage, Duchesse, Douceur, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le Mariage de M ' le Duc
de laMeillera ye , qui fe devoit
faire à Besançon le lendemain
de Noël , fuivant ce que
je vous ay marqué dans un
des Articles de cette Lettre ,
y a efté fait quelques jours
auparavant. Cejeune Duc eft
bien fait de fa Perfonne , &
d'une adreffe diftinguée dans
toutes fortes d'Exercices . Il a
beaucoup d'efprit , de douceur
, & d'honneſteté dans
C
310 MERCUER
fes manieres , & les fentimens
fort élevez. Il parle bien &
tourneune Lettre auffi agreablement
qu'on le peut faire.
Voicy celle qu'il écrivit de
Befançon à Mademoiſelle
de Duras dés qu'il eut apris
que le Roy avoit figné leur
Contrat de Mariage .
M
ADEMOISELLE ,
Fe fuis dans une extreme
impatience defçavoir quelle
part vous prenez à mon bon
heur. Si vous y confentez d'auffe
bon coeur que je m'y abandonne
je me trouve par avance le plus
GALANT. 31r
3IF
heureux des hommes . Il ne manqueroit
rien à ma joye fi on ne
m'ostoit pas la liberté de vous
aller trouver. Ie ne sçaurois m'accommoder
de l'obligation où l'on
me met de vous attendre. Vous
ne fçauriez , Mademoiselle , venir
à moy auffi viste que j'irois à 2
vous ; mon repos dépend de me
voir en estat de vous affurer
moy- mefme que je veux estretonte
ma vie Voftre , &c.
Mademoiſelle de Duras ,
prefentement
Ducheffe de
la Meilleraye , eft auffi for
mée à
quatorze ans , que le
font à vingt les perfonnes
312 MERCURE
les mieux faites. Elle a cette
belle taille , ce grand air , &
cette bonne mine qui fem-.
ble infeparable de tous ceux
qui portent le nom de Duras
. Elle a le teint parfaite- .
ment beau , les yeux noirs ,
grands & bien fendus , la
bouche des mieux taillées, &
un bas de vifage des plus règuliers.
En un mot il y a peu
de Dames , à qui la Nature
ait eſté plus favorable. La
douceur qui luy eft naturelle
eft répandue dans tout fon
air. Elle a une bonté obli
geante pour ceux qui font
moins
"
GALANT.
313
moins qu'elle , & dans un
âge où l'on ne fçait guerre
comment il faut fe fervir
d'un bon efprit , elle fait du
fien des ufages dont tous
ceux qui luy parlent font
contans. Elle a efté nourrie
en Religion , mais des qu'elle
a paru dans le monde , elle
a fait voir qu'elle eftoit faite
pour y eftre auffi diftinguée
par fes manieres , qu'elle
doit l'eftre par fon rang &
par fa naiffance. M' le Marefchal
Duc de Duras fon
Pere , Capitaine des Gardes
du Corps de Sa Majeſté , eſt
Dd Decembre
1685.
314 MERCURE
d'une naiffance fi illuftre &
fi diftinguée , qu'il eft inutile
d'en parler. Il eft Neveu de
feu M' de Turenne . Tous les
Princes Souverains d'Allemagne
font fes plus proches
Parens , & il trouve parmy
des Teftes couronnées autant
de Coufins & de Neveux
, que la plupart des
autres Familles en comptent
parmy des gens d'une qualité
égale.
de laMeillera ye , qui fe devoit
faire à Besançon le lendemain
de Noël , fuivant ce que
je vous ay marqué dans un
des Articles de cette Lettre ,
y a efté fait quelques jours
auparavant. Cejeune Duc eft
bien fait de fa Perfonne , &
d'une adreffe diftinguée dans
toutes fortes d'Exercices . Il a
beaucoup d'efprit , de douceur
, & d'honneſteté dans
C
310 MERCUER
fes manieres , & les fentimens
fort élevez. Il parle bien &
tourneune Lettre auffi agreablement
qu'on le peut faire.
Voicy celle qu'il écrivit de
Befançon à Mademoiſelle
de Duras dés qu'il eut apris
que le Roy avoit figné leur
Contrat de Mariage .
M
ADEMOISELLE ,
Fe fuis dans une extreme
impatience defçavoir quelle
part vous prenez à mon bon
heur. Si vous y confentez d'auffe
bon coeur que je m'y abandonne
je me trouve par avance le plus
GALANT. 31r
3IF
heureux des hommes . Il ne manqueroit
rien à ma joye fi on ne
m'ostoit pas la liberté de vous
aller trouver. Ie ne sçaurois m'accommoder
de l'obligation où l'on
me met de vous attendre. Vous
ne fçauriez , Mademoiselle , venir
à moy auffi viste que j'irois à 2
vous ; mon repos dépend de me
voir en estat de vous affurer
moy- mefme que je veux estretonte
ma vie Voftre , &c.
Mademoiſelle de Duras ,
prefentement
Ducheffe de
la Meilleraye , eft auffi for
mée à
quatorze ans , que le
font à vingt les perfonnes
312 MERCURE
les mieux faites. Elle a cette
belle taille , ce grand air , &
cette bonne mine qui fem-.
ble infeparable de tous ceux
qui portent le nom de Duras
. Elle a le teint parfaite- .
ment beau , les yeux noirs ,
grands & bien fendus , la
bouche des mieux taillées, &
un bas de vifage des plus règuliers.
En un mot il y a peu
de Dames , à qui la Nature
ait eſté plus favorable. La
douceur qui luy eft naturelle
eft répandue dans tout fon
air. Elle a une bonté obli
geante pour ceux qui font
moins
"
GALANT.
313
moins qu'elle , & dans un
âge où l'on ne fçait guerre
comment il faut fe fervir
d'un bon efprit , elle fait du
fien des ufages dont tous
ceux qui luy parlent font
contans. Elle a efté nourrie
en Religion , mais des qu'elle
a paru dans le monde , elle
a fait voir qu'elle eftoit faite
pour y eftre auffi diftinguée
par fes manieres , qu'elle
doit l'eftre par fon rang &
par fa naiffance. M' le Marefchal
Duc de Duras fon
Pere , Capitaine des Gardes
du Corps de Sa Majeſté , eſt
Dd Decembre
1685.
314 MERCURE
d'une naiffance fi illuftre &
fi diftinguée , qu'il eft inutile
d'en parler. Il eft Neveu de
feu M' de Turenne . Tous les
Princes Souverains d'Allemagne
font fes plus proches
Parens , & il trouve parmy
des Teftes couronnées autant
de Coufins & de Neveux
, que la plupart des
autres Familles en comptent
parmy des gens d'une qualité
égale.
Fermer
Résumé : Mariage de Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le mariage du Duc de la Meilleraie a eu lieu à Besançon peu avant Noël, anticipant la date prévue. Le Duc est décrit comme un homme charmant, doué pour diverses activités, et doté d'esprit, de douceur et d'honnêteté. Après la signature du contrat de mariage, il a écrit à Mademoiselle de Duras pour exprimer son impatience de la voir et son bonheur anticipé. Mademoiselle de Duras, désormais Duchesse de la Meilleraie, est également louée pour sa beauté et ses qualités. À quatorze ans, elle possède une belle stature, un port altier et une excellente santé, traits caractéristiques de la famille Duras. Elle a un teint parfait, des yeux noirs et une bouche bien dessinée. Sa douceur naturelle et sa bonté envers autrui sont soulignées, ainsi que son esprit et ses bonnes manières. Élevée dans la religion, elle se distingue par son comportement en société. Son père, le Maréchal Duc de Duras, est capitaine des Gardes du Corps du Roi et appartient à une famille illustre, étant neveu de feu Monsieur de Turenne et ayant des liens avec plusieurs princes souverains d'Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 18-19
AUTRE.
Début :
Ton Nom victorieux vole de toutes parts, [...]
Mots clefs :
Victoire, Aigle, Lion, Progrès, Dieu, Hérésie, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On Nom victorieux vole de
Ton
toutes parts.
Tes travaux ont efté plus loin que
ceux d'Alcide ;
Ny montagnes ny mers , ny digues ,
ny rampats ,
N'ont pu les arrefter dans leur cour
fe rapide.
GALANT. 19
L'Aigle n'a pu fouffrir le feu de tes
regars,
Tu domptas du Lion le courage in
trepide ;
Et fur les flots falez & dans le
Champde Mars >
Tes Progrés ont fait voir que c'est
Dieu qui te guide.
L'Herefie obftinée eft lefeul ennemy,
Que tu n'avois encor furmonté qu'à
demy ;
Tu vas l'aneantir par une fainte
guerre.
Acheve ce qu'en vain tenterent
tes Ayeux :
Ta Valeur a cuëilly des lauriers fur
la Terre ,
C'est àta Pieté d'en cuëillir dans les
Cieux.
On Nom victorieux vole de
Ton
toutes parts.
Tes travaux ont efté plus loin que
ceux d'Alcide ;
Ny montagnes ny mers , ny digues ,
ny rampats ,
N'ont pu les arrefter dans leur cour
fe rapide.
GALANT. 19
L'Aigle n'a pu fouffrir le feu de tes
regars,
Tu domptas du Lion le courage in
trepide ;
Et fur les flots falez & dans le
Champde Mars >
Tes Progrés ont fait voir que c'est
Dieu qui te guide.
L'Herefie obftinée eft lefeul ennemy,
Que tu n'avois encor furmonté qu'à
demy ;
Tu vas l'aneantir par une fainte
guerre.
Acheve ce qu'en vain tenterent
tes Ayeux :
Ta Valeur a cuëilly des lauriers fur
la Terre ,
C'est àta Pieté d'en cuëillir dans les
Cieux.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Le texte loue un individu dont les exploits surpassent ceux d'Hercule. Ses regards sont si puissants qu'un aigle ne peut les soutenir. Il a dompté un lion et prouvé sa valeur sur mer et terre. Guidé par Dieu, il combat l'hérésie et s'apprête à l'anéantir. Sa bravoure lui a valu des lauriers sur Terre, et sa piété lui en promet dans les Cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 124-136
AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Début :
Le nombre de ceux qui se convertissent augmente de jour / Enfin, de vos ames rebelles, [...]
Mots clefs :
Conversions, Calvinistes, Erreurs, Vérité, Poésie, Grâces, Seigneur, Clémence, Rayons, Orgueil, Mystères, Attaque, Sauveur, Âme, Sentiments, Enfer, Ennemis, Monarque, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
Fermer
Résumé : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le texte relate une augmentation des conversions religieuses sincères, souvent précédées de débats où même les calvinistes les plus fermes reconnaissent leurs erreurs. L'auteur encourage les calvinistes à réfléchir sur des vers mettant en garde contre les limites de la raison face aux mystères de la foi. Un poème dédié aux nouveaux convertis célèbre la grâce divine qui les a conduits à la vérité et met en garde contre l'orgueil de la raison humaine, source d'erreurs et d'illusions. La conversion est perçue comme une libération des doutes, apportant paix et joie. La quête spirituelle est comparée à un malade affamé insatisfait, soulignant que Jésus se révèle à ceux qui l'aiment et les invite à partager son amour. Le texte loue également un roi qui utilise son pouvoir pour ramener ses sujets à la foi. Il mentionne une ode et un poème de Charles Perrault, membre de l'Académie Française. L'ode exprime le zèle et la piété de l'auteur, appelant à protéger et encourager la foi des jeunes générations. Le poème 'Saint Paulin Évêque de Nole' démontre que la poésie peut servir des sujets de dévotion, combinant élégance et descriptions vivantes pour toucher à la fois l'esprit et le cœur. Cette œuvre a été appréciée pour sa forme et la dignité de son sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 4-5
AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Début :
Qu'un fidelle Ecrivain, en traçant ton Histoire [...]
Mots clefs :
Roi, Exploits, Victoire, Ennemis, Calvin, Piété, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
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Résumé : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Un sonnet célèbre les exploits militaires et la piété d'un roi, victorieux et redouté. Il exhorte un écrivain à relater ses grandes victoires et sa douceur envers ses ennemis. La destruction de l'hérésie calviniste est présentée comme le sommet de sa gloire, marquant sa piété et son rang élevé. Le roi, donné par le Ciel aux Français, offre son peuple à Dieu, établissant une relation sacrée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 14-57
LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
Début :
Vous desirez, Monsieur, que je satisface vostre curiosité sur ce qui [...]
Mots clefs :
Schisme, Prétendus réformés, Réformation, Malheur, Dieu, Ennemis, Roi, Ministres, Pasteurs, Désordres, Piété, Dévotion, Théodose, Clovis, Concile, Alliance, Jésus-Christ, Sacrements, Censure, Rebelles, Temple, Hébreux, Désert, Apôtre, Civilisations, Monuments, Foi, Missions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
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Résumé : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
La lettre d'un nouveau catholique traite du rôle du pouvoir royal dans la résolution du schisme en France. L'auteur souligne que la réforme, bien que perçue comme difficile, s'est réalisée aisément, suggérant une origine humaine et politique plutôt que divine. Le roi a ainsi acquis une gloire immortelle. Le pouvoir royal est décrit comme souverain, n'ayant de supérieur terrestre que Dieu, et tous les sujets, y compris les ministres de l'Église, lui sont soumis. Cette doctrine est appuyée par Saint Paul et Saint Jérôme, qui prônent la soumission aux autorités souveraines. Les souverains gèrent également les affaires religieuses, comme le démontrent les actions des empereurs Théodose et Honorius et les écrits de Saint Paul. Plusieurs papes et conciles ont reconnu les rois comme défenseurs de la foi. En France, les conciles se tenaient par ordre royal et leurs décrets étaient confirmés par l'autorité royale. Le texte distingue les pouvoirs temporels et spirituels, citant Ulpien et Justinien sur la prudence et l'autorité des lois. Les fonctions ministérielles sacrées proviennent de Jésus-Christ et ne peuvent être modifiées par le pouvoir souverain. Les pasteurs de l'Église exercent le ministère de la parole et des sacrements, jugeant les rebelles à la parole divine. Le pouvoir souverain englobe la juridiction ecclésiastique et régule les affaires religieuses. Les prétendus réformés se sont établis grâce à l'autorité royale, mais celle-ci est maintenant retirée pour dissoudre leur société. Les réfractaires, en minorité, utilisent des prétextes faibles pour résister. Les Docteurs de l'Erreur ont provoqué le schisme par haine et division. La foi en Jésus-Christ reste ferme parmi les catholiques, avec des formulaires de foi signés dans plusieurs diocèses. La question de l'obéissance à Dieu plutôt qu'aux hommes est expliquée par la mission des apôtres de prêcher Jésus-Christ comme Messie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 137-150
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que Mr le Comte de Roye est heureux [...]
Mots clefs :
Vérités catholiques, Calvin, Piété, Louis le Grand, Conversion, Cérémonie, Abjuration, Révocation de l'édit de Nantes, Erreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame,
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
Fermer
Résumé : Conversions. [titre d'après la table]
En juin 1686, plusieurs événements notables ont marqué la noblesse française, notamment des conversions religieuses et des distinctions honorifiques. Le Comte de Roye, père de nombreux enfants, a vu ses fils, les Comtes de Rouffy et de Blanfac, honorés lors du Carrousel, une célébration prestigieuse. Ses trois filles, résidant au couvent de Notre-Dame de Soissons, ont abandonné le calvinisme sous l'influence de l'abbé Huet, nouvel évêque de Soissons. Quatre jours plus tard, deux de leurs frères, élèves au Collège de Louis le Grand, ont également renoncé au calvinisme. La révocation de l'Édit de Nantes a incité Madame de Saint-Glie, âgée de quatre-vingt-neuf ans, à se convertir après une longue résistance. Marie-Agnès de Noël, une demoiselle de Cologne, a converti un gentilhomme allemand, Jean-Juste de Bourchers, lors d'un séjour à Paris. De plus, un gentilhomme a abjuré ses croyances calvinistes après une conférence avec Monsieur de Blampignon, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Médéric, et a reçu les sacrements catholiques avec ferveur. Ces conversions mettent en lumière l'impact de l'instruction religieuse et de la grâce divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 196-224
Discours prononcé à la loüange du Roy sur la destruction de l'Heresie, par le Pere Quartier Jesuite, avec la description du lieu où ce Discours a esté prononcé, [titre d'après la table]
Début :
Le 17 du mois passé le Pere Quartier, l'un des Professeurs de la [...]
Mots clefs :
Professeur, Louis le Grand, Hérésie, Éloquence, Piété, Succès, Orateur, Religion, Henry IV, Louis XIII, Rébellion, Latin, Inscription, Devise, Tapisserie, Décors, Temples, Erreurs, Calvin, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé à la loüange du Roy sur la destruction de l'Heresie, par le Pere Quartier Jesuite, avec la description du lieu où ce Discours a esté prononcé, [titre d'après la table]
Le 17. du raoispaslele Pere
Quarta er,lW'dcs Professeurs. ;
de. la Rhétorique att toWege
de Louis le Grand r pro
nonça une Harangue Latine
a l'honneur, du Roy fur la.
destructionde i'Hcrefie,dans
•;Ja^^elîe\í|ít voira^çautanc
deiiusteíseque cfclòqucncc.
.que la Pieté avoit este le seul
motif qui avoir ínípiní aï»
Roy le dcíïèin d'une fi glo
rieuse entreprise , que la &-
geûe luy avoir fourny les
moyens de 1 executer t&qùe
le bonheur en avoir rendu le
succès tel qu'on eust pû le
GALANT. 157
soufra ittcc; f*4r le Cardinal!
Ranuzzi avec pfusieurs Pre
lats & un grand nombre de
personnesd'un rang distingué
y aísista, & fat complimente
par des En.fans de la, premiere
Gualité.Tout îc monde sortit
fort satisfait de l'Orateur , &
particulierement de ce qu'il
loua ceCardinal d'une manie
re qui répondit parfaitement
à Tidée que toute la France a.
conçue de son merite. Le Heu
où' se prononça la Harangue
estoit orné de quantité d'inscriptions&
de devises qu r: ren>
fërmoiént tous les' moyens.
.198 MERCURE
dont Ici Roy s'est servy poar
détruire i'Heresie en France.
Un > Are. dé « triomphe d'un
OrdreTofcan estoit à l'entrée.
. La Religion tenant dans sa
main droite un Calice fur le
quel eítoit une Hostie lumi
neuse % & ayant le saintEfprit
'au defïùs de sa Teste , y *pa~
roiísoit dans l'endroit le plus
releve' , fupi uri Char tiré par
^deux Chevaux blancs. On
i vóyoït le Roy sûr un Piédestal
à costé d'elle , avec un Scep
tre à la main , pour faire voir
que ía justice & l'authòrité.de
{es Edits font les feules Ar
tnes dont il s'est fervy pour
detruire l'Heresie qu'on avoit
representée à ses pieds fous la
figure d'une Hidre.Les Bustes
deHenry IV. & deLouis XIII,
qui ont commencé íi heu
reusement à affoibrir l'Here-
&e dans le Royaume , estoir
auprés de la Figure du Roy.
Geiuy deHenry IV, estoit à
la droite fur un Fronton com
posé avec çe mot ,Jdehella'víti
écrit dans la Frise au deflòus
de çe Fronton. On sçait que
ce Prince .affoiblit extreme*
ment le party des Heretiques
en leur ostant leur plus fer-
R iiij
2ôo MERCURE
me s ppuy, lors qu'il renonça?
publiquement aux erreurs
dans lesquelles il avoit veicft
ju sqúfâlorS , Ce qû i en£&gfc*
les Princes de son Sangàem*
braiser comme luy la Relr*
gion Ca t ho! ique.Cette actiotk
estbit represeitf ee dans x*ti
Bas.réîter? e% forme d'ovaifcy
qu on voyoir daés Páfótei
devèk (ks.Golonnes avec cett*
BusteWíioôis X in . placé> sor
un semblable Fronton au d e£
fòus duquel on îisok ce moi
dans h éèiíe Jpvmttti fàísoic
face de l'autre collé au Buste
GALANT 2ot
de Henry IV. Ces autres
Wprs, Kup£ÏÏa expugnata, marquoient
dans le bas Relief
entre, les Colomnes ,que la.
prise de la Rochelle avoit
reprimé la rebellion des Hex
retiques ^ qui s'estoient reti
rez d'ans cette place avec
f&£çes leW j&FÇQ$. ¥a tGarj,
touche ^l^;<$V9Ìt placé
dans le Fronton de la porte,
represcntoit la démolît ion du
Temple de Charenton avec
ces mots. EdiSfam Nawetmjè
abrogAtum^ & cet aurre j&iqr
j>lus bas JE^i«^/>>jipouif faine
2oî MERCURE
ment éteint , THeresie , en
caíîant l'Edit de Nantes, 2c
en faisant détruire ceTemple.
Tout l'appareil jde la Salle
destinee à 1 a ceremonie,estoit
disposé par raportau deíîèin
de laHaranguequ'on y devoit
prononcer. Cette inscription
generale qu'on' Ji soi* <& bord
dans une Frise qui regnoit au
tour de la Salle, . t.' : . mr. •>
u ilfcVDOVIGO : MAGNQ.. j
AUCTA RELIGIONÇ.. ú
DEFENS A , RESTITVTA,
1 .AMPLI FIC A TA.
faisoit connoistre que cet
appareil estoit consacré à la
Gloire de Louis le Grand,
GALANT. 20?
pour avoir' soutenu les droirs
de l'ancienne Religion ,retably
son culte dans tous les en
droits du Royaume où l'Heresie
l'avoit aboly, étendu
íes bornes non feulement
dans la France , mais encore
dans les Pais écrangers. Sous
Un riche Dais estoic le Por
trait du Roy , soutenu d'un
costé parla'Pieté, de l'autre
par la Sagesse , tandis'que la
Felicite' Fe couronnoit , ce
qui faisoit voir que la Pieté
a inspiré à ce grand Monar
que le dessein d'exterminer
l'Heresie , que la Sagesse luy
2o4 MERCURE
en a foUrny les moyens , St
qie la Felicité a couronne
cette glorieuse entreprise.
C'est ce qu exprimoit cetee
inscription.
. EXTINXIT,
INSPIRANTE PIETATE,
PROMOVENTE SAP1ENT1A,
ÎELICITATE CORONANTE.
. A l'autre bout de la Salle,
& vis à vis du Portrait du
Roy , on voyois la Religion
dans une attitude qui fatsoit
. connoistre íà tranquillité.Elte
avait les yeux arrestez {ìir ce
Monarque , comme pour le
remercier du repos qu'elle
lu.y dpit, ce qu'elle exprimoit
GALANT. 20s
,j>ar deux Devises. Le Corps
de lune estbk une hautò
Montagne jíéWkfrée prefqu*
•de tous codiez par les rayons
du Soleit foret^'^s^ap^roehe'
Ixalíénnes pou^ àjiié, Vìusìtu
Roy est de verni grand par&fr
Vertus & paries Conqueste*,
pltìs il a trafvaiMà ètcínorcr lá
Religion. Une Vigne deve*
ifcrë pl«s feelle j& plus éten
due paf 4 appuy ou cite re^
eoit d'un grand arbre , faifoit
le Corps de l'autre I^evh'ey
zo6 MERCURE
&ees motsluy servoicnt d'a-
VdCyAmpJificat^fulàt, tutatur&
ornat , ce qui Faisoit voir, que
íì la Religion s'est étendue si
loin au dedans & au dehors
du Royaume , elle en est re
devable à la Pieté du Roy.
... La Galerie qui regne íùr
les trois faces de la Salle , étoit
tendue d'une Tapiíïèrie
eje verdure íùr laquelle on
aVoit disposé dix Inscriptions
qui expliquoient les moyens
dont le Roy s'est servy pour >
détruire l'Heresie en France.
La premiere Inscription marquoit
que le Roy ayant osté
GALANT. 207
aux Heretiques les Charges
qu'ils possedoient dans l'Epée
& dans la Robe , & les ayant
éloignez du Commerce ôc
des Ecoles, avoit rendu l'Hc
resie auíïì méprisable qu'elle
l'estoit lors qu'elle avoit
commencé à fe répandre. En,
voicy les cermes.
' ' , QJJ O D :
EJECTAM AULA , FORO , CASTRIS4 ,
COMMERCIO , SCHOLIS,,
H'^RESIM
AD NATALES TENEBRAS,
jVC P R I M A M IGNOBILITATJEM:
a.x ,.;iPAMNAV I.TV»; : ,
Cette Inscription estoic ex*
pliquee par deux Devises,
çour le sauver plus aifëment
da naufrage. On y liíbic ces
'paroles Q foret jatfum x èduh
?:.ìi ì íi.to s.» 3
Ogel^ucs Arbres j 49ns pîi
a coupé toutes les branches
à i& reserve de celles qui font
À la cime, faiíbient le Corps
^ia' .íecaa^è Deviíe Ivok
ces paroles, t/íC^/b affurgant*
.Afrique v$rs le ÇùlUsfuijfeat.
ver».
GAL&Ws,
Ea seconde Inícnptionexw
pîique'e. par deux'. Devises,
comme toutes les autres
estoit conceuë en ces termes.
EX C 15 1 S^TQTA GALLIAI
F AN ÍS IMPIIS MI LLE ,
EK.ECT.IS S A CR IS' j£DIBUSS
SE X A G I NT A>
HvERESEOS FUNDAMENTAv
CONVULSIT,
HELIGIONIS DÏTIONEM
. ; AMPLIAVIT.
n
DesMbntagnes& desRai.
chers entasiez lès uns fur les.;
autres pour escalader lès.
Êieux , & renversez* par uni
cou p de foudre , ma rqu oknec
4io MERCURE
les Temples des Herretiques
íabatus dans tout le Royaume.
Ces paroles serv oient d'Ame
à cette premiere Devise,
Jguod contraJuperos extmfiía.
Contre le Ciel ils estaient élevez^
'C Cx
,,1/autre Devise estoit le So
leil > qui d'un çosté fait fon
dre des Montagnes de neiges,
& de l'autre cleve des Va
peurs, avec ces mots , Hinc
defiruit , erigit inde.
S'il abat d'une part , il elezte de
' " fautre:
La troisième Inscription
çomprenoit par ces paroles
GALANT, zn
Te'Ioignement des Ministres
qui soûtenoient les esprits
dans les Erreurs de Calvin, &
dont la presence auroit empeschéles
progrès de la Reli
gion Catholique. ' . ; •>
. QUOD "
PULSIS E REGNI FINIBUS
LETIFÈRjE DOCTRINE
MAGÏSTÍUS,
SUUM HJRESI PRiESIDIUM
AC SPEM OMNEM ER1PUIT.
j. La premiere^ Devise estoiç
une Hydre avec toutes ses
Testes abatu'ës , & ces mots ,
Wfteuntabjàjf* ngcerg^iv,. .']
S ij
m MERCURE
. \*:$tfwe7^es fa Corps , leur vinsib
r&peuf nwre. rlcì^'r i n*
Dans ìa íeco«de on voyoits
T Aurore dilîipant par sa pre
sence ces petifs íèux qut lui
sent quelquefois pendant la
nuit , & qui .conduisent in
sensiblement nans les preci
pices , & dans les Rivieres.
Vunejtos dissipat ignes.
Leur faux brillant trofnpoit3 fort
éclat les di.ffìp».
Les Enfans des Calvinistes
que le Roy s'est ctï"ai,gêtlttymeíme
de faire elever dans îa
Religion Catholiques , fai^t
soient le íùjet 4eÀ quatçi©^p
13 ALANT
me Inícriprion , dont voicy^
ses ternies, ;n.V." . ;
. vr.u
civoft
AVULS05 AB H^RESIS GKEMIO
IN SINIJM AVIT^E RELIGIONISi
Les deux Devises estoienr,,
l'une de> jeunes Sauvageons,
entez fur de bons Arbres
avec ces paroles, íUíc vemevt
selicìus. '.v' '
feront en ÌM9' beaucoup
, mieujç fleyeí ; . . , : .
& l'autre, une branche de Co~
rail, qui ne devient precieux
qu aprés avoir, este tiré de
ai4 MERCURE
Mer avec ce mot Radicate
nulla , Jradicato tutto fvale.
De la main qui íarrache il reçoit
tout son prix. '* '
La cinquieme Inscription
regardoic les avantages que
la Religion Catholique a re
tirez des Missionnaires que
Sa Majesté a envoyez dans
tous les endroits du Royau
me où l'Heresie s'estoit ré
pandue, ce qui eítoit marque'
par ces mots. 3v Y '• .;
au o d
I.NSINGULAS GÁILLEPR0V1NCIAS
.M.1SSIS DÌVINI VERBI
GALANT,
POPULIS ERRORES MALOS
DE P U LIT,
PRISTINAM RELIGIONIS SPECIEM
REVOCAVIT. .
Elle estoit accompagnee de
ces deux Devises. L' Attre qui
precede le lever du Soleil
ravec ces paroles , Fugat tenebrcLs
, lucemque reducit.
jl ramene le jour en chaffant les
tenèbres. .'.'>;. .a
Des Phares élevez fur le
bord de la Mer , Monfirant
portumque 3 <viamque.
Ils montrent le chemin , &con-
^Luisent au <Pfr£, , . j, .>, , \
. La . sixième . Inscription &
*tf MERCURE
toit sur la bonté avec laquelle v
lè Roy a reçeu les nouveaux
Convertis , se faisant un pláiíìr
de les combler de ses gra
ces , afinde porter ceux qui
demeuroient engager dans
l'Herefie , à suivre lexemple
des auçrçs^ Voicy les termes ,
de Hnícriptioní L,?q,;y
* >> . v:^rRQÎ^q0 0:'' TíJ'XJLJ :
RfiGIA IN DESERENTES HjERBSIM,
LIBER ALI TATE,
. (LCTEROS Ap EANDEM;
."'A;ByfURANDAM,
ÍNV IT AV IT.
Les deux Devises quiTex»
,'• GALANT- %m
miere une Nacre de Perle
qui s'ouvre en mefme remps
•que le Soleil levant fait tom
ber la rosee , avec ces paroles,
Dona <vum in^veniunt.
Sçs.Prescns hy font un passage.
.:" Là' 'féconde representoit
des Vapeurs élevées par la
chaleur du Spleil , avec ces
mots , Ernos Coelo tîitt munem
tolkíî2t. ri p r rr i p Q y.\ f 1 ; >
Voì hten.fMts ' tóut-fu Jfjms nous
elevent au Ciel, 54 I
^ iÇPSéNMÍÏòit par ces pa
roles de la septième Inscrip
tion y,
Janvier 1686. T
ki8 MERCURE )
Q^U O D
OBSTINAT AM H #R E 51 M
, SOXO MILITUM STREPITU,^
RELIGIONIS DOCILÉM
î E C I T.
que íî le Roy aprés avoir
employé les plu« doux
moyens , s'eítoit veii con
traint de recourir à des re
medes un peu plus forts , on
avoit deu plûtbft l'imputerà
li bonté&àla tendreííe qu'il
avoic pour ses Sujets Herre
tiques , qua auciïffê envie
d'ufe.r de rìg icur contre eux^
Des Chiens qui couroienc
GALANT 219
aprés des Brebis égarées pour
?les ramener dans le Trou
peau fartaient leCôrps de la
premiercDevise aveç ce mot,
Vis arnica.
C'est une dsuce violence.
. ^L'autre estait un Diamant
<jue l'on tailloir , avec ces
paroles , Ben mi fa cki mi feri/
ce.
~ . Qui mefrappe me fait du bien.
. La revocation de l'Edit de
Nantes estoit expliquée en
ces termes dans la huitième
inscription.
*io MERCURE
A F F Lì C T A M* PR £T E R ITIS
CLADI BO S ' !
$Dl Ç.T I NANNETE.N^IS^
ABROGAT IÒ.NE 'é&OTECITÍ,
Le noeud Gordien coupé
:par la main d'Alexandre , faiioit
je Corps de, la premiere
Devise qui kceompagnoit
cette Inscription avec ces pa
roles , Frufíra tentassent al>f.
D'antres en vain L'auroient tenté
íhKa fecondeeítoit uneColomne^
quipâiP sa cheute en
traînait 4ans sa ruine tout
un Edifice qu'elle soûtenoit.
GALANT.. ztt
Traxit convulja ruinam,
Elie entraîne en tombant tout lè'
rejie aprés foy.
Les deàx Devises qui accompagnoient
la neuviéme:
Inscription conceue en ces.
termes,, ) ->ì r. ioO î.:nv.s' 'i ! ,
CONSTANT1 PIETAT1S EXEMPL0-.
RELIGION I PONDUS AC
fkisoient connoistre que le
Roy a. plus fait pour la. Reli
gion. par les exemples de fa
piete , que par tous les autres1,
moyens, dont il s'est ser.vy,
1 iif.
MERCURE.
contre l'Heresie. La premie
re eíloic une pierre d'Aiman
enlevant plusieurs anneaux
de fer^No» <vi3fêd<virtute\.
Par sa vertu' plùtòft que par lie
. ìi *\ Vi " i r
La seconde ëstbit le Soleil
avec un Cadran , une Pen
dule , une Montre ,&c. Otnnibtis
exemplum est , regalct,,
Jt est de toifs le m&ìelle & la regle.
La ; d'eVnidre Inscription
marqûòí rcjbé le ieîe du Roy
pout la kèîiçion Catholique
ne s'est: pas renferme dárvs la'
France . mais qu'il s est éten
du dans i'Europe par l'appuy
.. GALA W, m?
qu'il adonné aux Peine es ses
Voisins dans les afíaires de la
Religion,, & meírae dans les»
Pays les plus éloignez par les
Miíïions yôc parles celebres
Arnbaûades qu'il y envoyé
dans respeE^nce î d'y. átabíir
le "Cu lte du "y ra m pieu.i ,'Çette
Inscription qui fe Iifoit en ces
termes T . .
*W REMÒTÍS S ÏMÁS OR AS
B R O P A G A R E
ï E L I C rf Etf P'È'R' ^fe N T 'A VIT..
.T mjy
eíloir expliquee par ces.
deux Devises. La premiere
a voit pour corps le Soleil ,
qui: du centre de ; IjUriMreafe.
ou Copernic le faic immobile,
répand sa lumiere dans tour
le monde. HinC t&tmn' lucét in
De la dans tyujt fe mvnde ilr&* '
pand fa lumiere. » y
La seconde estoit un Fleu
ve dans fa source. DafioU
D'abàri aux Siens , ensuite aux
Etrangers.
Quarta er,lW'dcs Professeurs. ;
de. la Rhétorique att toWege
de Louis le Grand r pro
nonça une Harangue Latine
a l'honneur, du Roy fur la.
destructionde i'Hcrefie,dans
•;Ja^^elîe\í|ít voira^çautanc
deiiusteíseque cfclòqucncc.
.que la Pieté avoit este le seul
motif qui avoir ínípiní aï»
Roy le dcíïèin d'une fi glo
rieuse entreprise , que la &-
geûe luy avoir fourny les
moyens de 1 executer t&qùe
le bonheur en avoir rendu le
succès tel qu'on eust pû le
GALANT. 157
soufra ittcc; f*4r le Cardinal!
Ranuzzi avec pfusieurs Pre
lats & un grand nombre de
personnesd'un rang distingué
y aísista, & fat complimente
par des En.fans de la, premiere
Gualité.Tout îc monde sortit
fort satisfait de l'Orateur , &
particulierement de ce qu'il
loua ceCardinal d'une manie
re qui répondit parfaitement
à Tidée que toute la France a.
conçue de son merite. Le Heu
où' se prononça la Harangue
estoit orné de quantité d'inscriptions&
de devises qu r: ren>
fërmoiént tous les' moyens.
.198 MERCURE
dont Ici Roy s'est servy poar
détruire i'Heresie en France.
Un > Are. dé « triomphe d'un
OrdreTofcan estoit à l'entrée.
. La Religion tenant dans sa
main droite un Calice fur le
quel eítoit une Hostie lumi
neuse % & ayant le saintEfprit
'au defïùs de sa Teste , y *pa~
roiísoit dans l'endroit le plus
releve' , fupi uri Char tiré par
^deux Chevaux blancs. On
i vóyoït le Roy sûr un Piédestal
à costé d'elle , avec un Scep
tre à la main , pour faire voir
que ía justice & l'authòrité.de
{es Edits font les feules Ar
tnes dont il s'est fervy pour
detruire l'Heresie qu'on avoit
representée à ses pieds fous la
figure d'une Hidre.Les Bustes
deHenry IV. & deLouis XIII,
qui ont commencé íi heu
reusement à affoibrir l'Here-
&e dans le Royaume , estoir
auprés de la Figure du Roy.
Geiuy deHenry IV, estoit à
la droite fur un Fronton com
posé avec çe mot ,Jdehella'víti
écrit dans la Frise au deflòus
de çe Fronton. On sçait que
ce Prince .affoiblit extreme*
ment le party des Heretiques
en leur ostant leur plus fer-
R iiij
2ôo MERCURE
me s ppuy, lors qu'il renonça?
publiquement aux erreurs
dans lesquelles il avoit veicft
ju sqúfâlorS , Ce qû i en£&gfc*
les Princes de son Sangàem*
braiser comme luy la Relr*
gion Ca t ho! ique.Cette actiotk
estbit represeitf ee dans x*ti
Bas.réîter? e% forme d'ovaifcy
qu on voyoir daés Páfótei
devèk (ks.Golonnes avec cett*
BusteWíioôis X in . placé> sor
un semblable Fronton au d e£
fòus duquel on îisok ce moi
dans h éèiíe Jpvmttti fàísoic
face de l'autre collé au Buste
GALANT 2ot
de Henry IV. Ces autres
Wprs, Kup£ÏÏa expugnata, marquoient
dans le bas Relief
entre, les Colomnes ,que la.
prise de la Rochelle avoit
reprimé la rebellion des Hex
retiques ^ qui s'estoient reti
rez d'ans cette place avec
f&£çes leW j&FÇQ$. ¥a tGarj,
touche ^l^;<$V9Ìt placé
dans le Fronton de la porte,
represcntoit la démolît ion du
Temple de Charenton avec
ces mots. EdiSfam Nawetmjè
abrogAtum^ & cet aurre j&iqr
j>lus bas JE^i«^/>>jipouif faine
2oî MERCURE
ment éteint , THeresie , en
caíîant l'Edit de Nantes, 2c
en faisant détruire ceTemple.
Tout l'appareil jde la Salle
destinee à 1 a ceremonie,estoit
disposé par raportau deíîèin
de laHaranguequ'on y devoit
prononcer. Cette inscription
generale qu'on' Ji soi* <& bord
dans une Frise qui regnoit au
tour de la Salle, . t.' : . mr. •>
u ilfcVDOVIGO : MAGNQ.. j
AUCTA RELIGIONÇ.. ú
DEFENS A , RESTITVTA,
1 .AMPLI FIC A TA.
faisoit connoistre que cet
appareil estoit consacré à la
Gloire de Louis le Grand,
GALANT. 20?
pour avoir' soutenu les droirs
de l'ancienne Religion ,retably
son culte dans tous les en
droits du Royaume où l'Heresie
l'avoit aboly, étendu
íes bornes non feulement
dans la France , mais encore
dans les Pais écrangers. Sous
Un riche Dais estoic le Por
trait du Roy , soutenu d'un
costé parla'Pieté, de l'autre
par la Sagesse , tandis'que la
Felicite' Fe couronnoit , ce
qui faisoit voir que la Pieté
a inspiré à ce grand Monar
que le dessein d'exterminer
l'Heresie , que la Sagesse luy
2o4 MERCURE
en a foUrny les moyens , St
qie la Felicité a couronne
cette glorieuse entreprise.
C'est ce qu exprimoit cetee
inscription.
. EXTINXIT,
INSPIRANTE PIETATE,
PROMOVENTE SAP1ENT1A,
ÎELICITATE CORONANTE.
. A l'autre bout de la Salle,
& vis à vis du Portrait du
Roy , on voyois la Religion
dans une attitude qui fatsoit
. connoistre íà tranquillité.Elte
avait les yeux arrestez {ìir ce
Monarque , comme pour le
remercier du repos qu'elle
lu.y dpit, ce qu'elle exprimoit
GALANT. 20s
,j>ar deux Devises. Le Corps
de lune estbk une hautò
Montagne jíéWkfrée prefqu*
•de tous codiez par les rayons
du Soleit foret^'^s^ap^roehe'
Ixalíénnes pou^ àjiié, Vìusìtu
Roy est de verni grand par&fr
Vertus & paries Conqueste*,
pltìs il a trafvaiMà ètcínorcr lá
Religion. Une Vigne deve*
ifcrë pl«s feelle j& plus éten
due paf 4 appuy ou cite re^
eoit d'un grand arbre , faifoit
le Corps de l'autre I^evh'ey
zo6 MERCURE
&ees motsluy servoicnt d'a-
VdCyAmpJificat^fulàt, tutatur&
ornat , ce qui Faisoit voir, que
íì la Religion s'est étendue si
loin au dedans & au dehors
du Royaume , elle en est re
devable à la Pieté du Roy.
... La Galerie qui regne íùr
les trois faces de la Salle , étoit
tendue d'une Tapiíïèrie
eje verdure íùr laquelle on
aVoit disposé dix Inscriptions
qui expliquoient les moyens
dont le Roy s'est servy pour >
détruire l'Heresie en France.
La premiere Inscription marquoit
que le Roy ayant osté
GALANT. 207
aux Heretiques les Charges
qu'ils possedoient dans l'Epée
& dans la Robe , & les ayant
éloignez du Commerce ôc
des Ecoles, avoit rendu l'Hc
resie auíïì méprisable qu'elle
l'estoit lors qu'elle avoit
commencé à fe répandre. En,
voicy les cermes.
' ' , QJJ O D :
EJECTAM AULA , FORO , CASTRIS4 ,
COMMERCIO , SCHOLIS,,
H'^RESIM
AD NATALES TENEBRAS,
jVC P R I M A M IGNOBILITATJEM:
a.x ,.;iPAMNAV I.TV»; : ,
Cette Inscription estoic ex*
pliquee par deux Devises,
çour le sauver plus aifëment
da naufrage. On y liíbic ces
'paroles Q foret jatfum x èduh
?:.ìi ì íi.to s.» 3
Ogel^ucs Arbres j 49ns pîi
a coupé toutes les branches
à i& reserve de celles qui font
À la cime, faiíbient le Corps
^ia' .íecaa^è Deviíe Ivok
ces paroles, t/íC^/b affurgant*
.Afrique v$rs le ÇùlUsfuijfeat.
ver».
GAL&Ws,
Ea seconde Inícnptionexw
pîique'e. par deux'. Devises,
comme toutes les autres
estoit conceuë en ces termes.
EX C 15 1 S^TQTA GALLIAI
F AN ÍS IMPIIS MI LLE ,
EK.ECT.IS S A CR IS' j£DIBUSS
SE X A G I NT A>
HvERESEOS FUNDAMENTAv
CONVULSIT,
HELIGIONIS DÏTIONEM
. ; AMPLIAVIT.
n
DesMbntagnes& desRai.
chers entasiez lès uns fur les.;
autres pour escalader lès.
Êieux , & renversez* par uni
cou p de foudre , ma rqu oknec
4io MERCURE
les Temples des Herretiques
íabatus dans tout le Royaume.
Ces paroles serv oient d'Ame
à cette premiere Devise,
Jguod contraJuperos extmfiía.
Contre le Ciel ils estaient élevez^
'C Cx
,,1/autre Devise estoit le So
leil > qui d'un çosté fait fon
dre des Montagnes de neiges,
& de l'autre cleve des Va
peurs, avec ces mots , Hinc
defiruit , erigit inde.
S'il abat d'une part , il elezte de
' " fautre:
La troisième Inscription
çomprenoit par ces paroles
GALANT, zn
Te'Ioignement des Ministres
qui soûtenoient les esprits
dans les Erreurs de Calvin, &
dont la presence auroit empeschéles
progrès de la Reli
gion Catholique. ' . ; •>
. QUOD "
PULSIS E REGNI FINIBUS
LETIFÈRjE DOCTRINE
MAGÏSTÍUS,
SUUM HJRESI PRiESIDIUM
AC SPEM OMNEM ER1PUIT.
j. La premiere^ Devise estoiç
une Hydre avec toutes ses
Testes abatu'ës , & ces mots ,
Wfteuntabjàjf* ngcerg^iv,. .']
S ij
m MERCURE
. \*:$tfwe7^es fa Corps , leur vinsib
r&peuf nwre. rlcì^'r i n*
Dans ìa íeco«de on voyoits
T Aurore dilîipant par sa pre
sence ces petifs íèux qut lui
sent quelquefois pendant la
nuit , & qui .conduisent in
sensiblement nans les preci
pices , & dans les Rivieres.
Vunejtos dissipat ignes.
Leur faux brillant trofnpoit3 fort
éclat les di.ffìp».
Les Enfans des Calvinistes
que le Roy s'est ctï"ai,gêtlttymeíme
de faire elever dans îa
Religion Catholiques , fai^t
soient le íùjet 4eÀ quatçi©^p
13 ALANT
me Inícriprion , dont voicy^
ses ternies, ;n.V." . ;
. vr.u
civoft
AVULS05 AB H^RESIS GKEMIO
IN SINIJM AVIT^E RELIGIONISi
Les deux Devises estoienr,,
l'une de> jeunes Sauvageons,
entez fur de bons Arbres
avec ces paroles, íUíc vemevt
selicìus. '.v' '
feront en ÌM9' beaucoup
, mieujç fleyeí ; . . , : .
& l'autre, une branche de Co~
rail, qui ne devient precieux
qu aprés avoir, este tiré de
ai4 MERCURE
Mer avec ce mot Radicate
nulla , Jradicato tutto fvale.
De la main qui íarrache il reçoit
tout son prix. '* '
La cinquieme Inscription
regardoic les avantages que
la Religion Catholique a re
tirez des Missionnaires que
Sa Majesté a envoyez dans
tous les endroits du Royau
me où l'Heresie s'estoit ré
pandue, ce qui eítoit marque'
par ces mots. 3v Y '• .;
au o d
I.NSINGULAS GÁILLEPR0V1NCIAS
.M.1SSIS DÌVINI VERBI
GALANT,
POPULIS ERRORES MALOS
DE P U LIT,
PRISTINAM RELIGIONIS SPECIEM
REVOCAVIT. .
Elle estoit accompagnee de
ces deux Devises. L' Attre qui
precede le lever du Soleil
ravec ces paroles , Fugat tenebrcLs
, lucemque reducit.
jl ramene le jour en chaffant les
tenèbres. .'.'>;. .a
Des Phares élevez fur le
bord de la Mer , Monfirant
portumque 3 <viamque.
Ils montrent le chemin , &con-
^Luisent au <Pfr£, , . j, .>, , \
. La . sixième . Inscription &
*tf MERCURE
toit sur la bonté avec laquelle v
lè Roy a reçeu les nouveaux
Convertis , se faisant un pláiíìr
de les combler de ses gra
ces , afinde porter ceux qui
demeuroient engager dans
l'Herefie , à suivre lexemple
des auçrçs^ Voicy les termes ,
de Hnícriptioní L,?q,;y
* >> . v:^rRQÎ^q0 0:'' TíJ'XJLJ :
RfiGIA IN DESERENTES HjERBSIM,
LIBER ALI TATE,
. (LCTEROS Ap EANDEM;
."'A;ByfURANDAM,
ÍNV IT AV IT.
Les deux Devises quiTex»
,'• GALANT- %m
miere une Nacre de Perle
qui s'ouvre en mefme remps
•que le Soleil levant fait tom
ber la rosee , avec ces paroles,
Dona <vum in^veniunt.
Sçs.Prescns hy font un passage.
.:" Là' 'féconde representoit
des Vapeurs élevées par la
chaleur du Spleil , avec ces
mots , Ernos Coelo tîitt munem
tolkíî2t. ri p r rr i p Q y.\ f 1 ; >
Voì hten.fMts ' tóut-fu Jfjms nous
elevent au Ciel, 54 I
^ iÇPSéNMÍÏòit par ces pa
roles de la septième Inscrip
tion y,
Janvier 1686. T
ki8 MERCURE )
Q^U O D
OBSTINAT AM H #R E 51 M
, SOXO MILITUM STREPITU,^
RELIGIONIS DOCILÉM
î E C I T.
que íî le Roy aprés avoir
employé les plu« doux
moyens , s'eítoit veii con
traint de recourir à des re
medes un peu plus forts , on
avoit deu plûtbft l'imputerà
li bonté&àla tendreííe qu'il
avoic pour ses Sujets Herre
tiques , qua auciïffê envie
d'ufe.r de rìg icur contre eux^
Des Chiens qui couroienc
GALANT 219
aprés des Brebis égarées pour
?les ramener dans le Trou
peau fartaient leCôrps de la
premiercDevise aveç ce mot,
Vis arnica.
C'est une dsuce violence.
. ^L'autre estait un Diamant
<jue l'on tailloir , avec ces
paroles , Ben mi fa cki mi feri/
ce.
~ . Qui mefrappe me fait du bien.
. La revocation de l'Edit de
Nantes estoit expliquée en
ces termes dans la huitième
inscription.
*io MERCURE
A F F Lì C T A M* PR £T E R ITIS
CLADI BO S ' !
$Dl Ç.T I NANNETE.N^IS^
ABROGAT IÒ.NE 'é&OTECITÍ,
Le noeud Gordien coupé
:par la main d'Alexandre , faiioit
je Corps de, la premiere
Devise qui kceompagnoit
cette Inscription avec ces pa
roles , Frufíra tentassent al>f.
D'antres en vain L'auroient tenté
íhKa fecondeeítoit uneColomne^
quipâiP sa cheute en
traînait 4ans sa ruine tout
un Edifice qu'elle soûtenoit.
GALANT.. ztt
Traxit convulja ruinam,
Elie entraîne en tombant tout lè'
rejie aprés foy.
Les deàx Devises qui accompagnoient
la neuviéme:
Inscription conceue en ces.
termes,, ) ->ì r. ioO î.:nv.s' 'i ! ,
CONSTANT1 PIETAT1S EXEMPL0-.
RELIGION I PONDUS AC
fkisoient connoistre que le
Roy a. plus fait pour la. Reli
gion. par les exemples de fa
piete , que par tous les autres1,
moyens, dont il s'est ser.vy,
1 iif.
MERCURE.
contre l'Heresie. La premie
re eíloic une pierre d'Aiman
enlevant plusieurs anneaux
de fer^No» <vi3fêd<virtute\.
Par sa vertu' plùtòft que par lie
. ìi *\ Vi " i r
La seconde ëstbit le Soleil
avec un Cadran , une Pen
dule , une Montre ,&c. Otnnibtis
exemplum est , regalct,,
Jt est de toifs le m&ìelle & la regle.
La ; d'eVnidre Inscription
marqûòí rcjbé le ieîe du Roy
pout la kèîiçion Catholique
ne s'est: pas renferme dárvs la'
France . mais qu'il s est éten
du dans i'Europe par l'appuy
.. GALA W, m?
qu'il adonné aux Peine es ses
Voisins dans les afíaires de la
Religion,, & meírae dans les»
Pays les plus éloignez par les
Miíïions yôc parles celebres
Arnbaûades qu'il y envoyé
dans respeE^nce î d'y. átabíir
le "Cu lte du "y ra m pieu.i ,'Çette
Inscription qui fe Iifoit en ces
termes T . .
*W REMÒTÍS S ÏMÁS OR AS
B R O P A G A R E
ï E L I C rf Etf P'È'R' ^fe N T 'A VIT..
.T mjy
eíloir expliquee par ces.
deux Devises. La premiere
a voit pour corps le Soleil ,
qui: du centre de ; IjUriMreafe.
ou Copernic le faic immobile,
répand sa lumiere dans tour
le monde. HinC t&tmn' lucét in
De la dans tyujt fe mvnde ilr&* '
pand fa lumiere. » y
La seconde estoit un Fleu
ve dans fa source. DafioU
D'abàri aux Siens , ensuite aux
Etrangers.
Fermer
Résumé : Discours prononcé à la loüange du Roy sur la destruction de l'Heresie, par le Pere Quartier Jesuite, avec la description du lieu où ce Discours a esté prononcé, [titre d'après la table]
Le 17 du mois, les professeurs de rhétorique du collège Louis-le-Grand ont prononcé une harangue latine en l'honneur du roi pour célébrer la destruction de l'hérésie en France. Cette harangue mettait en avant la piété du roi comme motif principal, la sagesse comme moyen d'exécution et la félicité comme résultat. Le cardinal Ranuzzi et plusieurs prélats, ainsi qu'un grand nombre de personnes distinguées, ont assisté à cet événement. Le lieu était orné d'inscriptions et de devises rappelant les actions du roi contre l'hérésie. À l'entrée, un arc de triomphe représentait la Religion avec un calice lumineux et le Saint-Esprit, tandis que le roi, avec un sceptre, symbolisait la justice et l'autorité des édits royaux contre l'hérésie, figurée sous la forme d'une hydre. Les bustes de Henri IV et Louis XIII étaient également présents, soulignant leur contribution à l'affaiblissement de l'hérésie. Des inscriptions et des reliefs illustraient des événements clés, comme la prise de La Rochelle et la démolition du temple de Charenton, soulignant l'abrogation de l'Édit de Nantes. La salle était décorée pour refléter le thème de la harangue, avec une inscription générale célébrant la gloire de Louis le Grand pour avoir soutenu les droits de l'ancienne religion et étendu son influence. Le portrait du roi était soutenu par la Piété et la Sagesse, couronné par la Félicité. Plusieurs inscriptions et devises illustraient les efforts du roi pour promouvoir la religion catholique et combattre l'hérésie. Elles symbolisaient la persistance des hérétiques, la destruction des temples hérétiques, l'éloignement des ministres calvinistes, l'éducation des enfants calvinistes dans la foi catholique, et la bienveillance du roi envers les nouveaux convertis. Une inscription de janvier 1686 mentionnait l'utilisation de moyens plus stricts pour convaincre les hérétiques. L'inscription finale mettait en avant la piété exemplaire du roi et son soutien aux princes voisins dans les affaires religieuses, étendant ainsi l'influence catholique à travers l'Europe et au-delà.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 218-246
LETTRE D'un sçavant Directeur à une Dame de la Cour, sur la reception de Monsieur le Duc d'Anjou au Rosaire.
Début :
Je reivens à ce qui regarde Monseigneur le Duc d'Anjou, [...]
Mots clefs :
Duc d'Anjou, Rosaire, Réception, Religion, Père Mespolié Dominicain, Confrérie, Église, Piété, Papes, Rois chrétiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'un sçavant Directeur à une Dame de la Cour, sur la reception de Monsieur le Duc d'Anjou au Rosaire.
e reviens à ce qui regarde
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
dont je vous parleray peut-
CALANT 219
eftre plus d'une fois avant de
finir ma Lettre.
LETTRE
emp
D'un fçavant Directeur à une
Dame de la Cour , fur la reception de Monfeigneur le
Duc d'Anjou au Rofaire.
Vous me demandez ,
Madame,des éclairciffemensfur la Confrerie du Rofaire dans laquelle
Monfeigneur le Duc d'Anjou a
efté reçu par le Pere Mefpolié
Dominicain, le 27. de Février.
C'estune desplus excellentes devotions de la Religion qui nourrit
une folide pieté quand on enfuit
Tij
220 MERCURE
l'esprit & qu'on en remplit les
devoirs. Ses fondemens font les
principaux Mysteres de la Vie , de
la mort, e de la gloire de JeſusChrift de fafainte mere. Elle
renferme les Prieres vocales les
plus efficaces pour ſerendre agreables à l'un à l'autre & adorer
Dieu en efprit & en verité, les
reflexions les plus touchantes , ta
frequentation des Sacremens avec
les difpofitions requifes ; fçavoir
l'imitation des vertus de JefusChrift & de fafainte Mere &
les plus effentiels devoirs de la
charité. Car on cft obligé d'appli
quer le premier Chapelet du Rox
GALANT 228
faire pourles Confreres vivans ,
afin que s'ils font en eftat de peché qu'ils fe convertiffent , s'ils
font en eftat de grace qu'ils
perfeverent , & s'ils font expofez à quelque fâcheux accident , qu'ils en foient prefervez.
Le fecond Chapelet eft recité pour
les Agonizants , afin qu'ils foient
fortifiez à l'heure de la mort contre l'ennemi du falut, &que leur
mort foit preticufe aux aux yeux de
Dieu; & le troifiéme Chapelet
pour les Confreres deffunts , afin
qu'ilsfoient foulagez en Purgatoire , & qu'ils en foient promptement délivrez.
Tiij
222 MERCURE
plus
a
De fi grands avantages ontporté en tout temps depuis l'inftitution
de cette Confrerie les Papes , les
Rois Chreftiens , & les Saints les
recommandablesparleurfcien
cee parleurpieté àfaire une eftimefinguliere de cette devotion.
Sixte IV. dit que le Rofaire
eft une devote &religieufe pra-
*ique de prier,inftituée à la gloire de Dieu tout - puiſſant & à
l'honneur de la glorieuſe Vierge Marie , & pour nous munir
contre les dangers dont on eſt
menacé.
Leon X. reconnoist que c'est
un rempart invulnerable aux
GALANT 1 223
#
Aleaux de la guerre , &une puiffante reffource pour obrenic
des fecours miraculeux dan's
les preffantes neceffitez od
nous fommes reduits.
Clement VIII affure que cet
exercice eft d'une tres-grande
utilité pour de falut de l'ame
& du corps , qu'il attire des
graces extraordinaires fur ceux
qui s'y appliquent & qu'il excite en eux une devotion art
dente pour les pratiques de la
Religion , qu'elle a fait des
biens immenfes à l'Eglife , &
qu'elle y en fait tous les jours ,
que le Fideles , foit Clercs ou
Tiiij
224 MERCURE
Liques , hommes & femmes ,
font attirez par ce religieux
exercice à un fi haut degré de
ferveur que Dieu les a non- feulement ornéz de graces , mais
auffi fait éclater des miracles
infinis en leur faveur.
2
Pie V. dit que le Rofaire eft
un exercice de pieté propre
pour donnerla paix à ceux qui
font dans le trouble ; pour con
foler les affligez &pour rendre.
plus fervens ceux qui font lâches , & qui font leurs prieres
avec tiedeur..
Gregoire XIII. dit
Rofaire eft tres-utile pour arque le
GALANT 225
refter le cours de la juftice de
Dieu irritée contre les hommes ; que c'eft un Arſenal d'où
l'Eglife a toûjours tiré des ar
mes redoutables à l'Enfer ; &
que Saint Dominique infticua
cette pieufe methode de prier
pour meriter la protection de
la tres - Sainte Vierge , dans le
temps que la France & l'Italie
eftoient affligées par de pernicieuſes herefies.
Sixte V. dit que cette devotion a produit des biens ineftimables à l'Eglife & aux Fideles , qu'elle en produit tous les
jours , & qu'elle a efté établie
226 MERCURE
pour cette fin dans tout le mon
de Chreftien.
Adrien VI. reconnoist que le
Rofaire cft tres utile aux mo
ribonds & qu'il leur procure de
puiffans fecours pour diffiper
tous les artifices du demon à
l'heure de la mort , & pour ob
tenir aux Agonifans la perfeverance finale..
Les autres Papes qui ont precedéceux ci depuis l'établiſſement
du Rofaire , & qui les ont fuivis
en ont fait des éloges femblables
les plusgrands Saints des derniers fiecles , illuftres enpieté en
fcience nefontpas éloignez de leurs
fentimens
GALANT 227
Saint Charles Borromée autant diftinguéparfa faintetéqu'il
L'eftoit par fa pourpre & par fa
fcience , dit dans une fçavante Ordonnance qu'il a faite fur l'excellence du Rofaire , que c'eſt un
abbregé de plufieurs exercices
de pieté & des pratiques de devotion tres-agreables à Dieu ,
de laquelle le Saint Siege a toûours fait une eftime tres- particuliere , & qu'il a enrichies
d'un grand nombre de Privileges & d'Indulgences tres- authentiques.
Il ajoute que le Rofaire eft
principalement inftitué pour
228 MERCURE
honorer Jefus- Chrift & fa fairte Mere , tres propre pourpor
ter les Fideles à s'entretenir des
Miſteres de Nôtre - Seigneur
Jefus Chrift , & des douleurs
qu'il a endurées pour nous.
C'est pourquoy cefaint Cardinal
invite tout le monde ; les perfonnes lesplus diftinguéesfoit par leur
rang, foit par leur naiffance ,foit
par leurfcience , foit par leur ver
zu à fe faire écrire dans les Regiftres de cette Confrerie ,fans en
excepter même les Cleres de fon
Seminaire les Ecclefiaftiques
defon Dioceſe , déclarant qu'il n'a
en cela d'autre vûë que leurfalut
GALANT 229
d'attirer fur eux de plus en
plus par cette Priere la paix, la
grace, & la benediction du Seigneur.
Saint François de Salesfe fit recevoirdans cette auguste Affociation ; ilfaifoit prêcher cette devotion dansfes Miffions ; il exhorte
toutes les perfonnes de pieté à aimer cette devotion ; il en établit
l'excellence l'utilité; il s'oppose
de toutes fes forces à ces efprits
fortsfelon le monde qui en mépri→
fent la pratique, & pour faire
voir plus en particulier l'eftime
qu'il en faifoit & les prodigieux
avantages qu'on enpeut retirer ,
230 MERCURE
ilfit vœu dediretous les jours une
partie du Rofaire dans le cours
même des occupations continuelles
de fes Miffions.
Sainte Thereferecitoitfort exactement le Rofaire, &elle recevoit
par cette devotion desfaveurs extraordinaires.
Voici comme elle enparle. Etant
une nuit dans un Oratoire af
fez recueillie , mais fi malade
queje croyois ne pouvoir faire
oraifon , je me contentay de
prendre mon Chapelet pour
prier vocalement; il parut bien
alors que nos penſées font fors
inutiles quand Dieu veut ope→
1
GALANT 231
进
rer quelque chofe en nous :
car je tombay dans un fi grand
raviffement que je me trouvay
commehors de moi- même. Il
me fembla que j'eftois dans le
Ciel.... où je vis des chofes,
merveilleufes dans le peu de
temps quedura cette faveur.
Et parlant duchemin de laperfection ellefait voir quelle eſt l'utilité de cette devotion ,
affurant
qu'elle est auffi avantageuſe àproportion qu'on s'y attache , & que
les graces répondent au zele qu'on
a de reciterfouvent le Rofaire. Si
quelqu'un dit unefois le Rofaire ,
il en profite , s'il le recite plufieurs
232 MERCURE
fois , il en retire de plus grands.
fecours.
En eflet le Rofaire infpire l'horreur du peché, c'est là un moyen
fouverain pourobtenir lagrace du
Jalut , élever les Saints au plus
baut degré de la perfection & attirer mêmes des benedictions particulieres fur les Familles & fur
les Armées des Princes Catholiques.
Les fiecles à venir admireront à
jamais la protection miraculeufe
que tira de cette devotion , le celebre Comte deMontfort. Cegrand
General animépar les prom ffes de
Saint Dominique , qui luy pro-
GALANT 233
mettoit la victoire de la part de
Dieu , filuy co fes Soldats im-
·ploroient l'affiftance de la tres -fainte Vierge, & s'ils recitoient devotementle Rofaire , il attaquaavec
quatorze cens ou dix - huit cens
François l'Armée formidable des
Albigeois , compofée de cent mille
bommes en 1213. &commandée
par le Roy d'Arragon. Il l'attaqua; dis-je , la combattit avec
tant de valeur que cette nombreuſe
Arméefemblable à celle des Madianites confternée aux approches
de Gedeon , fut enfin diffipée.
Leon X. dit que la Ville &
le Diocefe de Cologne eftant prefMars 1710.
γ
234 MERCURE
fee par de grandes guerres , onérigea dans l'Eglife des Freres Précheurs à la demande de Frideric
111. Empereur des Romains la
Confrerie du Rofaire , afin quela
Ville & le Diocese fuffent déli
vrez de cesguerres. Ce qui arriva
peu de temps aprés.
Trois grands Papes Pie V.
Gregoire XIII. Clement VIII.
ont que la fameuse
de Lepante remportée
Za
connus
par les Chreftiens fur la Flotte
des Turcs , compofée de deux
cens quarante deux Galeres qui
menaçoient l'Italie d'une irrup
tiongenerale,fut un exploit mirairrup-
GALANT 235
culeux de cette devotion , de- là
les Souverains Pontifes ont ordonné qu'enAction de Grace, on remettroit lagrandefefte duRofaire
qu'on celebroit auparavant le 25.
Mars fefte de l'Annonciation
au premier Dimanche d'Octobre ,
jour auquel cettefignalée Victoire
futremportéedans le temps même
que dans toute la Chreftienté on
faifoit la Proceffion du faint
Rofaire ordonné par Pie V
Voilà , Madame , les motifs
qui ont inspiré aux Rois & aux
Reines de France , une veneration particuliere pour cette devotion qui les ontportez àyfaire
Vij
236 MERCURE
recevoir les Princes leur enfans
quelquejours aprés leur naillance.
L'origine de cette loüable &
religieuse coutume eft fort
ancienne. Elle vient de la Reine
Blanche époufe de Loüis VII I.
qui affligée de n'avoir point d'enfans , confulta Saint Dominique ,
furles voeux qu'elle devoit faire
à Dieu pour en obtenir , ce grand
Saint autant édifié de la pieté
qu'honoré de la confiance de
tette Reine , luy predit que fes
juftes defirs feroient exaucezfi elle
vouloit honorer la tres - fainte
Vierge , par la devotion du Rofaire dont il luyapprit lapratique ,
*
GALANT 237
མ la
le fuccés de l'évenement justifia
la verité de la Prediction ,
Reine accoucha d'un fils ; mais
Dieu l'ayant enlevé au monde
pour luy fairepart de la gloire ,
Saint Dominique conſeilla derechef à la Reine de continuer
cette Priere & elle donna à la
France Saint Louis , l'ornement
de ce Royaume , l'admiration de
fonfiecle & le modelle de tous les
Rois , qui en
bienfait fi figale honora d'une
tendre particuliere confiance
eunoi
d'un
les Religieux de Saint Dominique
fuccaavecle lait cette devotion
qui l'éleva à cette éminente per-
238 MERCURE
fection qui luy a merité la veneration de toute l'Eglife.
Ses Succeffeurs ont donnéauffi
des marques de leur zele pour de - leur
cette devotion. Nous en avons
des preuves certaines dans les
derniers fircles.
Henry IV. yfutreceu aprés
fa converfion , il difoit tous les
jours une partie du Rofaire , &
tous les Samedys le Rofaire entier , qui luy avoit efte ordonné
par Clement VIII. lorfqu'il
luy donna l'Abfolution de fon
Herefie.
Louis XIII. furnommé le
Julte , ayant formé le Siege de
GALANT 239
>
La Rochelle & voyant les difficul
tez immenfes pour reduire cette
importante Place , écrivit à la
Reine Mere Marie de Medicis
d'ordonner qu'on fit des Prieres
extraordinaires , à l'honneur de la
tres- Sainte Vierge. La Reine
choifit l'Eglife des Dominicains
de la rue Saint Honoré , pour y
faire reciter publiquement le
Rofaire de la maniere qu'elle
l'avoit vú pratiquer à Florence
à Pife , & en plufieurs autres
Villes d'Italie ; ce qu'on executa
tous les Samedis en prefence de
la Reine Mere , de la Reine
Regente , de Monfieur le Duc
240MERCURE
d'Orleans , des Eminentiffimes
Cardinaux de la Rochfoucaud ,
de Berulle , de l'Archevêque
de Paris qui faifoit la lecture des
Mifteres , de plufieurs autres
Prelats , & d'une foule incroiable de Peuple qui y accourotent
de toutes parts.
Le Roy ayant appris la ferveur avec laquelle on faifoit ces
Prieres à Paris voulut que la
même devotion fut pratiquée
dans fon Armée. Il en donna
la commiffion au Pere Louvet
aplufieurs autres Dominicains
qui avoient fuivi Sa Majesté
au Siege de cette Placepourfervir
les
GALANT 241
>
ils
les malades & pour adminiftrer
les Sacremens ; ils diftribuerent
pour cefujetplus de quinze mille
Chapelets aux Soldats
précherent avec tant de fuccés
cette devotion que tout le Camp
retentiffoit à certaines heures da
jour de la nuit des louanges &
des prieres du Rofaire , quifurent
continuées jufqu'à la reduction de
la Place.
}
que
Anne d'Autriche , une desplus
religieufes Princeffes du monde,
publiaplufieurs fois en Cour
par la vertu de cette devotion elle
avoit obtenu de Dieu noftre Augufte Monarque Louis XIV.
Mars 1710.
X
242 MERCURE
qui nâquit le premier Dimanche
deSeptembre pendantque les Prieres de nos Confreres montoient devant le Trône deJefus Chrift ,
pour obtenir l'heureuſe naiſſance
de ce Princefurnommé Dieu donné. En reconnoiffance d'un bienfait fi fignalé laReinefit recevoir
le Roy fon fils dans cette fainte
Affociation. Sa Majeflé recitoie
tous les jours une partie du Ro
faire ; elle affiftoit regulierement
aux Proceffions du Rofaire quife
font à Paris dans les Eglifes des
Peres Dominicains tous les premiers Dimanches de chaque mois.
les Festes de lafainteVierge ,
GALANT 243
& Sa Majesté s'acquittoit avec
tant d'exactitude des autres devoirs de cette devotion que ceux
qui l'approchoient en eftoient édi
fiez.
Marie - Therefe d'Autriche ,
Epoufe de noftre illuftre Monarque,fut heritiere de lapietéde la
Reine Mere. Sa Majestés'appliquoit à tous les exercices de cette Confrerie ; eftant à Versailles
elle fir parfesfoins & parfes liberalitez établir le Rofaire dans
3 la Paroiffe , &pour marquerplus
en particulier l'estime qu'elle en
faifoit & que les plus grands Seigneurs en doivent faire , SaMaXij
244 MERCURE
jeffé y fit recevoir Monfeigneur le
Dauphin & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne peu de jours aprés
leur naiffance & donna Commiffion à deux Religieux Dominicains , fuivant l'ancien ufage ,
de dire le Rofaire pour ces deux
Princes, jufqu'à ce qu'ilsfuffent
en âge de le reciter eux- mêmes.
Les deux derniers Princes
Monfeigneur le Duc de Bretagne
&Monfeigneur le Duc d'Anjou
ont efté à leurtourreçus au Rofaire
peu de jours aprés leur naiffance,
ce quin'eftpas une Ceremonie inutile ; ils y font Affoeiez pour les
mettrefous laprotection de la tres-
GALANT 245
3
fainteVierge , & afin d'attirerfur
eux lesbenedictions du ciel de
les rendre participans des prieres
des bonnes œuvres d'un nombre
3
prefqu'infini de Confreres du Rofaire répandu dans tout le monde
chrefien. Le Pere Mefpolié Dominicam eft le Religieux qui eft
chargé de dire le Rofairepourl'un
pour l'autre Prince , jusqu'à
ce qu'ayant atteint l'usage de la
raifon , ils foient en eftat eux- mêmes de s'en acquitter. Agreez ,
Madame , ce Memoire que jay
dreſſé àla haſte pour vous donner
quelque idée de cette excellente de
votion , qui eft au- deffus de mes
X iij
246 MERCURE
expreffions. Je ne doute pas que
vous ne l'accreditiez par voftre
pieté par vos exemples. Jefuis ,
Madame, avecun zele tout refpectueux , voftre tres-humble
tres- obéïſſantſerviteur…………
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
dont je vous parleray peut-
CALANT 219
eftre plus d'une fois avant de
finir ma Lettre.
LETTRE
emp
D'un fçavant Directeur à une
Dame de la Cour , fur la reception de Monfeigneur le
Duc d'Anjou au Rofaire.
Vous me demandez ,
Madame,des éclairciffemensfur la Confrerie du Rofaire dans laquelle
Monfeigneur le Duc d'Anjou a
efté reçu par le Pere Mefpolié
Dominicain, le 27. de Février.
C'estune desplus excellentes devotions de la Religion qui nourrit
une folide pieté quand on enfuit
Tij
220 MERCURE
l'esprit & qu'on en remplit les
devoirs. Ses fondemens font les
principaux Mysteres de la Vie , de
la mort, e de la gloire de JeſusChrift de fafainte mere. Elle
renferme les Prieres vocales les
plus efficaces pour ſerendre agreables à l'un à l'autre & adorer
Dieu en efprit & en verité, les
reflexions les plus touchantes , ta
frequentation des Sacremens avec
les difpofitions requifes ; fçavoir
l'imitation des vertus de JefusChrift & de fafainte Mere &
les plus effentiels devoirs de la
charité. Car on cft obligé d'appli
quer le premier Chapelet du Rox
GALANT 228
faire pourles Confreres vivans ,
afin que s'ils font en eftat de peché qu'ils fe convertiffent , s'ils
font en eftat de grace qu'ils
perfeverent , & s'ils font expofez à quelque fâcheux accident , qu'ils en foient prefervez.
Le fecond Chapelet eft recité pour
les Agonizants , afin qu'ils foient
fortifiez à l'heure de la mort contre l'ennemi du falut, &que leur
mort foit preticufe aux aux yeux de
Dieu; & le troifiéme Chapelet
pour les Confreres deffunts , afin
qu'ilsfoient foulagez en Purgatoire , & qu'ils en foient promptement délivrez.
Tiij
222 MERCURE
plus
a
De fi grands avantages ontporté en tout temps depuis l'inftitution
de cette Confrerie les Papes , les
Rois Chreftiens , & les Saints les
recommandablesparleurfcien
cee parleurpieté àfaire une eftimefinguliere de cette devotion.
Sixte IV. dit que le Rofaire
eft une devote &religieufe pra-
*ique de prier,inftituée à la gloire de Dieu tout - puiſſant & à
l'honneur de la glorieuſe Vierge Marie , & pour nous munir
contre les dangers dont on eſt
menacé.
Leon X. reconnoist que c'est
un rempart invulnerable aux
GALANT 1 223
#
Aleaux de la guerre , &une puiffante reffource pour obrenic
des fecours miraculeux dan's
les preffantes neceffitez od
nous fommes reduits.
Clement VIII affure que cet
exercice eft d'une tres-grande
utilité pour de falut de l'ame
& du corps , qu'il attire des
graces extraordinaires fur ceux
qui s'y appliquent & qu'il excite en eux une devotion art
dente pour les pratiques de la
Religion , qu'elle a fait des
biens immenfes à l'Eglife , &
qu'elle y en fait tous les jours ,
que le Fideles , foit Clercs ou
Tiiij
224 MERCURE
Liques , hommes & femmes ,
font attirez par ce religieux
exercice à un fi haut degré de
ferveur que Dieu les a non- feulement ornéz de graces , mais
auffi fait éclater des miracles
infinis en leur faveur.
2
Pie V. dit que le Rofaire eft
un exercice de pieté propre
pour donnerla paix à ceux qui
font dans le trouble ; pour con
foler les affligez &pour rendre.
plus fervens ceux qui font lâches , & qui font leurs prieres
avec tiedeur..
Gregoire XIII. dit
Rofaire eft tres-utile pour arque le
GALANT 225
refter le cours de la juftice de
Dieu irritée contre les hommes ; que c'eft un Arſenal d'où
l'Eglife a toûjours tiré des ar
mes redoutables à l'Enfer ; &
que Saint Dominique infticua
cette pieufe methode de prier
pour meriter la protection de
la tres - Sainte Vierge , dans le
temps que la France & l'Italie
eftoient affligées par de pernicieuſes herefies.
Sixte V. dit que cette devotion a produit des biens ineftimables à l'Eglife & aux Fideles , qu'elle en produit tous les
jours , & qu'elle a efté établie
226 MERCURE
pour cette fin dans tout le mon
de Chreftien.
Adrien VI. reconnoist que le
Rofaire cft tres utile aux mo
ribonds & qu'il leur procure de
puiffans fecours pour diffiper
tous les artifices du demon à
l'heure de la mort , & pour ob
tenir aux Agonifans la perfeverance finale..
Les autres Papes qui ont precedéceux ci depuis l'établiſſement
du Rofaire , & qui les ont fuivis
en ont fait des éloges femblables
les plusgrands Saints des derniers fiecles , illuftres enpieté en
fcience nefontpas éloignez de leurs
fentimens
GALANT 227
Saint Charles Borromée autant diftinguéparfa faintetéqu'il
L'eftoit par fa pourpre & par fa
fcience , dit dans une fçavante Ordonnance qu'il a faite fur l'excellence du Rofaire , que c'eſt un
abbregé de plufieurs exercices
de pieté & des pratiques de devotion tres-agreables à Dieu ,
de laquelle le Saint Siege a toûours fait une eftime tres- particuliere , & qu'il a enrichies
d'un grand nombre de Privileges & d'Indulgences tres- authentiques.
Il ajoute que le Rofaire eft
principalement inftitué pour
228 MERCURE
honorer Jefus- Chrift & fa fairte Mere , tres propre pourpor
ter les Fideles à s'entretenir des
Miſteres de Nôtre - Seigneur
Jefus Chrift , & des douleurs
qu'il a endurées pour nous.
C'est pourquoy cefaint Cardinal
invite tout le monde ; les perfonnes lesplus diftinguéesfoit par leur
rang, foit par leur naiffance ,foit
par leurfcience , foit par leur ver
zu à fe faire écrire dans les Regiftres de cette Confrerie ,fans en
excepter même les Cleres de fon
Seminaire les Ecclefiaftiques
defon Dioceſe , déclarant qu'il n'a
en cela d'autre vûë que leurfalut
GALANT 229
d'attirer fur eux de plus en
plus par cette Priere la paix, la
grace, & la benediction du Seigneur.
Saint François de Salesfe fit recevoirdans cette auguste Affociation ; ilfaifoit prêcher cette devotion dansfes Miffions ; il exhorte
toutes les perfonnes de pieté à aimer cette devotion ; il en établit
l'excellence l'utilité; il s'oppose
de toutes fes forces à ces efprits
fortsfelon le monde qui en mépri→
fent la pratique, & pour faire
voir plus en particulier l'eftime
qu'il en faifoit & les prodigieux
avantages qu'on enpeut retirer ,
230 MERCURE
ilfit vœu dediretous les jours une
partie du Rofaire dans le cours
même des occupations continuelles
de fes Miffions.
Sainte Thereferecitoitfort exactement le Rofaire, &elle recevoit
par cette devotion desfaveurs extraordinaires.
Voici comme elle enparle. Etant
une nuit dans un Oratoire af
fez recueillie , mais fi malade
queje croyois ne pouvoir faire
oraifon , je me contentay de
prendre mon Chapelet pour
prier vocalement; il parut bien
alors que nos penſées font fors
inutiles quand Dieu veut ope→
1
GALANT 231
进
rer quelque chofe en nous :
car je tombay dans un fi grand
raviffement que je me trouvay
commehors de moi- même. Il
me fembla que j'eftois dans le
Ciel.... où je vis des chofes,
merveilleufes dans le peu de
temps quedura cette faveur.
Et parlant duchemin de laperfection ellefait voir quelle eſt l'utilité de cette devotion ,
affurant
qu'elle est auffi avantageuſe àproportion qu'on s'y attache , & que
les graces répondent au zele qu'on
a de reciterfouvent le Rofaire. Si
quelqu'un dit unefois le Rofaire ,
il en profite , s'il le recite plufieurs
232 MERCURE
fois , il en retire de plus grands.
fecours.
En eflet le Rofaire infpire l'horreur du peché, c'est là un moyen
fouverain pourobtenir lagrace du
Jalut , élever les Saints au plus
baut degré de la perfection & attirer mêmes des benedictions particulieres fur les Familles & fur
les Armées des Princes Catholiques.
Les fiecles à venir admireront à
jamais la protection miraculeufe
que tira de cette devotion , le celebre Comte deMontfort. Cegrand
General animépar les prom ffes de
Saint Dominique , qui luy pro-
GALANT 233
mettoit la victoire de la part de
Dieu , filuy co fes Soldats im-
·ploroient l'affiftance de la tres -fainte Vierge, & s'ils recitoient devotementle Rofaire , il attaquaavec
quatorze cens ou dix - huit cens
François l'Armée formidable des
Albigeois , compofée de cent mille
bommes en 1213. &commandée
par le Roy d'Arragon. Il l'attaqua; dis-je , la combattit avec
tant de valeur que cette nombreuſe
Arméefemblable à celle des Madianites confternée aux approches
de Gedeon , fut enfin diffipée.
Leon X. dit que la Ville &
le Diocefe de Cologne eftant prefMars 1710.
γ
234 MERCURE
fee par de grandes guerres , onérigea dans l'Eglife des Freres Précheurs à la demande de Frideric
111. Empereur des Romains la
Confrerie du Rofaire , afin quela
Ville & le Diocese fuffent déli
vrez de cesguerres. Ce qui arriva
peu de temps aprés.
Trois grands Papes Pie V.
Gregoire XIII. Clement VIII.
ont que la fameuse
de Lepante remportée
Za
connus
par les Chreftiens fur la Flotte
des Turcs , compofée de deux
cens quarante deux Galeres qui
menaçoient l'Italie d'une irrup
tiongenerale,fut un exploit mirairrup-
GALANT 235
culeux de cette devotion , de- là
les Souverains Pontifes ont ordonné qu'enAction de Grace, on remettroit lagrandefefte duRofaire
qu'on celebroit auparavant le 25.
Mars fefte de l'Annonciation
au premier Dimanche d'Octobre ,
jour auquel cettefignalée Victoire
futremportéedans le temps même
que dans toute la Chreftienté on
faifoit la Proceffion du faint
Rofaire ordonné par Pie V
Voilà , Madame , les motifs
qui ont inspiré aux Rois & aux
Reines de France , une veneration particuliere pour cette devotion qui les ontportez àyfaire
Vij
236 MERCURE
recevoir les Princes leur enfans
quelquejours aprés leur naillance.
L'origine de cette loüable &
religieuse coutume eft fort
ancienne. Elle vient de la Reine
Blanche époufe de Loüis VII I.
qui affligée de n'avoir point d'enfans , confulta Saint Dominique ,
furles voeux qu'elle devoit faire
à Dieu pour en obtenir , ce grand
Saint autant édifié de la pieté
qu'honoré de la confiance de
tette Reine , luy predit que fes
juftes defirs feroient exaucezfi elle
vouloit honorer la tres - fainte
Vierge , par la devotion du Rofaire dont il luyapprit lapratique ,
*
GALANT 237
མ la
le fuccés de l'évenement justifia
la verité de la Prediction ,
Reine accoucha d'un fils ; mais
Dieu l'ayant enlevé au monde
pour luy fairepart de la gloire ,
Saint Dominique conſeilla derechef à la Reine de continuer
cette Priere & elle donna à la
France Saint Louis , l'ornement
de ce Royaume , l'admiration de
fonfiecle & le modelle de tous les
Rois , qui en
bienfait fi figale honora d'une
tendre particuliere confiance
eunoi
d'un
les Religieux de Saint Dominique
fuccaavecle lait cette devotion
qui l'éleva à cette éminente per-
238 MERCURE
fection qui luy a merité la veneration de toute l'Eglife.
Ses Succeffeurs ont donnéauffi
des marques de leur zele pour de - leur
cette devotion. Nous en avons
des preuves certaines dans les
derniers fircles.
Henry IV. yfutreceu aprés
fa converfion , il difoit tous les
jours une partie du Rofaire , &
tous les Samedys le Rofaire entier , qui luy avoit efte ordonné
par Clement VIII. lorfqu'il
luy donna l'Abfolution de fon
Herefie.
Louis XIII. furnommé le
Julte , ayant formé le Siege de
GALANT 239
>
La Rochelle & voyant les difficul
tez immenfes pour reduire cette
importante Place , écrivit à la
Reine Mere Marie de Medicis
d'ordonner qu'on fit des Prieres
extraordinaires , à l'honneur de la
tres- Sainte Vierge. La Reine
choifit l'Eglife des Dominicains
de la rue Saint Honoré , pour y
faire reciter publiquement le
Rofaire de la maniere qu'elle
l'avoit vú pratiquer à Florence
à Pife , & en plufieurs autres
Villes d'Italie ; ce qu'on executa
tous les Samedis en prefence de
la Reine Mere , de la Reine
Regente , de Monfieur le Duc
240MERCURE
d'Orleans , des Eminentiffimes
Cardinaux de la Rochfoucaud ,
de Berulle , de l'Archevêque
de Paris qui faifoit la lecture des
Mifteres , de plufieurs autres
Prelats , & d'une foule incroiable de Peuple qui y accourotent
de toutes parts.
Le Roy ayant appris la ferveur avec laquelle on faifoit ces
Prieres à Paris voulut que la
même devotion fut pratiquée
dans fon Armée. Il en donna
la commiffion au Pere Louvet
aplufieurs autres Dominicains
qui avoient fuivi Sa Majesté
au Siege de cette Placepourfervir
les
GALANT 241
>
ils
les malades & pour adminiftrer
les Sacremens ; ils diftribuerent
pour cefujetplus de quinze mille
Chapelets aux Soldats
précherent avec tant de fuccés
cette devotion que tout le Camp
retentiffoit à certaines heures da
jour de la nuit des louanges &
des prieres du Rofaire , quifurent
continuées jufqu'à la reduction de
la Place.
}
que
Anne d'Autriche , une desplus
religieufes Princeffes du monde,
publiaplufieurs fois en Cour
par la vertu de cette devotion elle
avoit obtenu de Dieu noftre Augufte Monarque Louis XIV.
Mars 1710.
X
242 MERCURE
qui nâquit le premier Dimanche
deSeptembre pendantque les Prieres de nos Confreres montoient devant le Trône deJefus Chrift ,
pour obtenir l'heureuſe naiſſance
de ce Princefurnommé Dieu donné. En reconnoiffance d'un bienfait fi fignalé laReinefit recevoir
le Roy fon fils dans cette fainte
Affociation. Sa Majeflé recitoie
tous les jours une partie du Ro
faire ; elle affiftoit regulierement
aux Proceffions du Rofaire quife
font à Paris dans les Eglifes des
Peres Dominicains tous les premiers Dimanches de chaque mois.
les Festes de lafainteVierge ,
GALANT 243
& Sa Majesté s'acquittoit avec
tant d'exactitude des autres devoirs de cette devotion que ceux
qui l'approchoient en eftoient édi
fiez.
Marie - Therefe d'Autriche ,
Epoufe de noftre illuftre Monarque,fut heritiere de lapietéde la
Reine Mere. Sa Majestés'appliquoit à tous les exercices de cette Confrerie ; eftant à Versailles
elle fir parfesfoins & parfes liberalitez établir le Rofaire dans
3 la Paroiffe , &pour marquerplus
en particulier l'estime qu'elle en
faifoit & que les plus grands Seigneurs en doivent faire , SaMaXij
244 MERCURE
jeffé y fit recevoir Monfeigneur le
Dauphin & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne peu de jours aprés
leur naiffance & donna Commiffion à deux Religieux Dominicains , fuivant l'ancien ufage ,
de dire le Rofaire pour ces deux
Princes, jufqu'à ce qu'ilsfuffent
en âge de le reciter eux- mêmes.
Les deux derniers Princes
Monfeigneur le Duc de Bretagne
&Monfeigneur le Duc d'Anjou
ont efté à leurtourreçus au Rofaire
peu de jours aprés leur naiffance,
ce quin'eftpas une Ceremonie inutile ; ils y font Affoeiez pour les
mettrefous laprotection de la tres-
GALANT 245
3
fainteVierge , & afin d'attirerfur
eux lesbenedictions du ciel de
les rendre participans des prieres
des bonnes œuvres d'un nombre
3
prefqu'infini de Confreres du Rofaire répandu dans tout le monde
chrefien. Le Pere Mefpolié Dominicam eft le Religieux qui eft
chargé de dire le Rofairepourl'un
pour l'autre Prince , jusqu'à
ce qu'ayant atteint l'usage de la
raifon , ils foient en eftat eux- mêmes de s'en acquitter. Agreez ,
Madame , ce Memoire que jay
dreſſé àla haſte pour vous donner
quelque idée de cette excellente de
votion , qui eft au- deffus de mes
X iij
246 MERCURE
expreffions. Je ne doute pas que
vous ne l'accreditiez par voftre
pieté par vos exemples. Jefuis ,
Madame, avecun zele tout refpectueux , voftre tres-humble
tres- obéïſſantſerviteur…………
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Résumé : LETTRE D'un sçavant Directeur à une Dame de la Cour, sur la reception de Monsieur le Duc d'Anjou au Rosaire.
La lettre d'un directeur spirituel à une dame de la cour traite de la réception du Duc d'Anjou dans la Confrérie du Rosaire. Cette confrérie est présentée comme une dévotion religieuse excellente, fondée sur les mystères de la vie, de la mort et de la gloire de Jésus-Christ et de sa sainte mère. Elle inclut des prières vocales efficaces, des réflexions touchantes et la fréquentation des sacrements avec les dispositions requises, telles que l'imitation des vertus de Jésus-Christ et de sa mère, ainsi que les devoirs essentiels de la charité. Les membres prient pour les vivants, les agonisants et les défunts. Les avantages de cette dévotion ont été reconnus par les papes, les rois chrétiens et les saints, qui l'ont recommandée pour sa piété et son utilité. Plusieurs papes, comme Sixte IV, Léon X, Clément VIII, Pie V, Grégoire XIII, Sixte V, Adrien VI, et d'autres, ont loué le Rosaire pour ses bienfaits spirituels et matériels. Des saints comme Charles Borromée et François de Sales ont également promu cette dévotion. La lettre mentionne des événements historiques où le Rosaire a joué un rôle crucial, comme la victoire de Lépante et la délivrance de la ville de Cologne des guerres. La dévotion au Rosaire est également liée à des traditions royales en France, notamment la reine Blanche et ses successeurs, qui ont honoré cette pratique. Des rois comme Henri IV et Louis XIII ont montré leur zèle pour cette dévotion, et la reine Anne d'Autriche a obtenu des grâces divines grâce au Rosaire. La pratique dévotionnelle du Rosaire est décrite comme une prière dédiée à la Vierge Marie, pratiquée régulièrement dans les églises des Pères Dominicains à Paris. Chaque premier dimanche du mois, des processions étaient organisées, auxquelles le roi participait avec exactitude, inspirant ainsi ceux qui l'entouraient. Marie-Thérèse d'Autriche, épouse du roi, héritait de la piété de sa mère et s'appliquait également aux exercices de cette confrérie. À Versailles, elle établissait souvent le Rosaire dans la paroisse et faisait recevoir les princes, tels que le Dauphin et le Duc de Bourgogne, peu après leur naissance. Deux religieux dominicains étaient chargés de dire le Rosaire pour ces princes jusqu'à ce qu'ils puissent le réciter eux-mêmes. Les Ducs de Bretagne et d'Anjou furent également reçus dans cette pratique, afin de les placer sous la protection de la Vierge Marie et de les associer aux prières et aux bonnes œuvres des confrères du Rosaire à travers le monde chrétien. Le Père Mespolié dominicain était responsable de dire le Rosaire pour ces princes jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de le réciter par eux-mêmes.
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37
p. 238-241
Grandes Charitez faites par les Parisiens, [titre d'après la table]
Début :
En vous parlant des personnes de pieté, je ne dois pas oublier [...]
Mots clefs :
Piété, Loteries, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grandes Charitez faites par les Parisiens, [titre d'après la table]
En vous parlant des personnes de pieté, je ne dois pasoublier de vous marquer que Paris en est remply
,
& que plus
les temps sont difficiles, plus
elles donnent de marques
1
de
leur pieté &de leurcharité,&
que les Aumônes de ceux mêmes qui ne sont pas trop accommodées vont au de-là de
leur pouvoir. Cela se connoist
dans toutes les Paroisses de Paris & même dans la pluspart
des Communautez
,
ceux qui
n'ont point d'argentdonnant
la pluspart de leurs effets pour
secourir les Pauvres, en sorte
qu'avec des Billers qui ne coûtent que dix sols, ils peuvent
tous les jours faire des gains
considerables, & qui les tirent
de la misere. A peine a-t on
tiré une de ces Lotteries qu'on
en recommence une autre, Be
il y a
plusieurs Paroissesdans
lesquelles on a
déja tiré beaucoup de ces Lotteries. Enfin
tous les Pauvres honteux des
Paroisses sont assistez; quoy
qu'il soit très-difficile de suffre
aux fonds qui sont necessaires
pour cette Charité; mais le
zele des Ames charitables cft
si grand qu'elles trouvent le
moyen de faire l'impossible.
Aussi assure-t-on qu'il n'y a
point de Ville dans le monde
oul'on fasse tant de charitez
qu'à Paris, & dans lequel on
peut dire que la main droite ne
sçait pas ce que fait la gauche,
ce qui marque que ces Charte
tez se font sans ostentation j
&que ceux quilesfont se contentent de la satisfaction ime-I
rieure qu'ils ont de bien faire,
& d'esperer que le Ciel les recompensera un jour,& répandra
dra ses grâces sur toute leur
posterité. Il seroit à souhaiter
que de pareils exemples fussent
connus, afin de donner lieu aux
cœurs endurcis de les imiter
,
& que plus
les temps sont difficiles, plus
elles donnent de marques
1
de
leur pieté &de leurcharité,&
que les Aumônes de ceux mêmes qui ne sont pas trop accommodées vont au de-là de
leur pouvoir. Cela se connoist
dans toutes les Paroisses de Paris & même dans la pluspart
des Communautez
,
ceux qui
n'ont point d'argentdonnant
la pluspart de leurs effets pour
secourir les Pauvres, en sorte
qu'avec des Billers qui ne coûtent que dix sols, ils peuvent
tous les jours faire des gains
considerables, & qui les tirent
de la misere. A peine a-t on
tiré une de ces Lotteries qu'on
en recommence une autre, Be
il y a
plusieurs Paroissesdans
lesquelles on a
déja tiré beaucoup de ces Lotteries. Enfin
tous les Pauvres honteux des
Paroisses sont assistez; quoy
qu'il soit très-difficile de suffre
aux fonds qui sont necessaires
pour cette Charité; mais le
zele des Ames charitables cft
si grand qu'elles trouvent le
moyen de faire l'impossible.
Aussi assure-t-on qu'il n'y a
point de Ville dans le monde
oul'on fasse tant de charitez
qu'à Paris, & dans lequel on
peut dire que la main droite ne
sçait pas ce que fait la gauche,
ce qui marque que ces Charte
tez se font sans ostentation j
&que ceux quilesfont se contentent de la satisfaction ime-I
rieure qu'ils ont de bien faire,
& d'esperer que le Ciel les recompensera un jour,& répandra
dra ses grâces sur toute leur
posterité. Il seroit à souhaiter
que de pareils exemples fussent
connus, afin de donner lieu aux
cœurs endurcis de les imiter
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Résumé : Grandes Charitez faites par les Parisiens, [titre d'après la table]
Le texte souligne la piété et la charité des Parisiens, notamment en période de difficultés. Les paroisses et communautés de Paris manifestent une générosité exceptionnelle, même parmi les moins fortunés. Les aumônes prennent diverses formes, incluant la donation d'effets personnels pour aider les pauvres. Des lotteries sont organisées pour lever des fonds, et plusieurs paroisses en ont déjà bénéficié. Tous les pauvres honteux des paroisses reçoivent de l'aide, malgré les contraintes financières. Le zèle des âmes charitables permet de surmonter ces obstacles. Paris est reconnue pour ses nombreuses charités discrètes, où les donateurs agissent sans ostentation, cherchant uniquement la satisfaction intérieure et la récompense divine. Le texte espère que ces exemples inspireront d'autres cœurs à imiter cette générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 139-141
MORT.
Début :
Le 4. de ce mois M. de Sainctot, âgé de [...]
Mots clefs :
Sainctot, Décès, Vertu, Piété, Maître, Cérémonies, Ambassadeurs, Ancêtres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT.
Le4. de
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
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Résumé : MORT.
Le 4 du mois, M. de Sainctot, 81 ans, décéda, honoré pour son mérite, son honneur et sa piété. Maître des Cérémonies de France et introducteur des Ambassadeurs, il avait succédé à son père et à un grand-oncle. Ses ancêtres possédaient des terres en Champagne depuis Charles VI et occupaient des charges principales à la cour jusqu'à Henri II.
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39
p. 119-129
COPIE D'un Memoire manuscrit de feu M. de Rosen, Maréchal de France.
Début :
Le sujet qui nous fait parler aujourd'huy de cet illustre General, [...]
Mots clefs :
Général, Manuscrit, Honneur, Seigneurs, Qualités, Sagesse, Dieu, Piété, Conseils, Études, Disputes, Débauche, Règles, Politesse, Cour, Langues, Éducation, Discours, Compagnie, Fonction militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE D'un Memoire manuscrit de feu M. de Rosen, Maréchal de France.
COPIE
D'un Memoire manuferit de feu
M. de Rofen, Maréchal de France.
LE
E fujet qui nous fait parler 11 mouaujourd'huy
de cet illuftre Ge- rut au
neral , eft un Manufcrit de fa main, mois de
que l'on a trouvé parmi fes papiers : Septemil
contient une petite inftruction bre 1715
remplie de fentimens d'honneur &
de probité , que ce Maréchal dans
fon grand âge, lailla à fon petit fils ,
lorfqu'il l'envoya à Paris pour y
être élevé : il feroit à fouhaiter que
les jeunes Seigneurs qui entrent
dans le monde , connûffent & voulûffent
fuivre des confeils auffi fages
que ceux qu'ils liront dans cet écrit ,
fi la mort n'avoit enlevé , à la fleur
de fon âge , celui pour qui ils
avoient été dreffez en particulier :
on eftoit perfuadé par fès heureufes
difpofitions , de les lui voir mettre
LE MERCURE 120
en pratique dans le cours de fa vie ;
la facilité de fon efprit pour les
Sciences , fa politeffe , fa maniere
de penfer avec élevation , fon envie
de plaire , & de s'attirer l'eftime
des honnêtes gens , jointe à un exterieur
qui raflembloit toutes les
graces , lui avoient gagné les fuffrages
du Public avec autant de
juftice, que fa perte a merité depuis,
fes regrets . Ce Memoire dont il
s'agit ici & qui nous eft tombé entre
les mains , eft donc dû à ce même
Public par des raifons trop particuliéres
, pour qu'il ne foit pas en
droit de l'exiger , & nous le lui
donnons avec d'autant plus de fatisfaction
, qu'il n'y trouvera
que
des maximes
pleines de fageffe
,
de folidité
& de Religion
.
و د
· 39 Le grand âge , où je me vois ,
Mon cher fils , ne me permettant
pas d'efperer de pouvoir
,, vous guider moi-même dans la
fuite , lorfque vous ferez engagé
dans le monde , & vous faire re-
» marquer avec une tendreffe
paternelle
""
و د
D'AVRIL. 121
"
"
paternelle , les écueils où vous
» pourriez donner la feule fatis-
,,faction qui me refte , eft de vous
laiffer
par cet écrit des confeils
», que la confcience & l'honneur
,, m'obligent de vous donner , &
» que je vous prie de fuivre, comme
» mes dernieres volontez , perfuadé
que ce bien eft infiniment plus
précieux , que ce que la fortune
», vous pourra jamais préfenter-
Je vous recommande fur toutes
,, chofes la crainte de Dieu , qui eft
le commencement de la fagef-
,, fe, & le principe de tout honnête
,, homme fi vous la poffedez au
,, fond de vôtre coeur , & que vous
,, mettiez toute votre espérance &
» Votre confiance dans le Seigneur,
il vous protegera & conduira par
fa divine bonté.
"
و د
و د
""
""
و و
و د
Honorez vôtre Pere & vôtre
,, Mere ; fouvenez - vous que vous
leurdevez vôtre Etre, & que Dieu
, vous ordonne de leur porter du
refpect & de l'attachement : ayez
toute la déference imaginable
Avril 1717.
"
"
L
122 LE MERCURE
M *** qui eft préposé pour
pour
vous gouverner & pour avoir foin
de votre éducation ; foyez attentif
à fuivre les confeils & fes bons avis ,
puifqu'il vous doit tenir lieu de tout.
Soyez honnête & poli envers tout
le monde , vrai dans vos paroles
plein de droiture & de probité dans
toutes vos actions ; Ne fréquentez
jamais que d'honnêtes gens ,remplis
de vertu & de bonnes moeurs : Îâchez
de les imiter , & propofez- vous
toujours les plus grands modeles.
>
Je vous recommande d'avoir une
application perpetuelle à vos études
& exercices ; afin de vous mettre
en état de' fervir le Roy dignement
& marcher fur les traces de vos
Ancêtres .
Evitez les jeux du hazard & ne
vous y engagés jamais , que lorfque
l'obligation indifpenfable de faire
vôtreCour,vous y fera trouver,comme
malgré vous : Perfuadez - vous
que ces jeux là font capables , nonfeulement
de vous ruiner , mais encore
de vous attirer cent mauvaifes
D'AVRIL. 123
&
affaires pour perdre vôtre fortune ,
honneur & réputation : Apprenez
ceux qui fe joueront toujours parmi
les honnêtes gens ; Tâchez de vous
y perfectionner , pour n'y être point
dupe foyez égal dans la perte
dans le gain , & faites- vous un point
d'honneur de paffer dans le monde
pour un beau joueur , incapable de
faire des incidens & de mauvaiſes
difputes.
Fuyez la débauche & les femmes
d'une vie déreglée , car elles ne font
propres qu'à vous perdre de corps
& d'ame ; Ne fréquentez que celles
qui ont de la vertu & de l'efprit
capables de vous faire honneur ,
pour aprendre d'elles l'honnêteté &
la politeffe : s'il s'en trouve quelqu'une
qui vous affectionne & traite
favorablement , gardez - vous bien
d'en tirer vanité , ni de le faire remarquer
: Vous êtes obligé de ménager
fa reputation par raport aux
bons fentimens qu'elle a pour vous :
Prenez garde auffi d'un autre côté
d'en être la dupe;car il n'y a que trop
Lij
124 LE MERCURE
d'exemples, que d'autres auffi finsque
vous en ont été attrapez ; leurs parens
ou amis interviennent ordinairement
dans ces fortes d'engagemens , qui
n'ont que de fâcheufes fuites.
Quand vous voudrez vous regaler
avec vos amis , n'allez jamais au
Cabaret , ni chez les Traitteurs , car
il s'y trouve fouvent des Filoux
Breteurs & autres mauvais efprits
qui ne refpirent que le défordre :
vous tomberiez dans des inconvé.
niens qui vous perdroient dans l'efprit
du Roy & des honnêtes gens
qui vous regarderoient , comme un
yvrogne , un débauché , qui n'eſt
propre à rien.
Lorfque vous ferez en âge de
vous produire dans le grand monde ,
foyez attentif à faire vôtre Cour
au Roy & aux Princes , aux Officiers
Generaux , aux Miniftres &
autres Gens de diftinction ; Tâchez
de mériter leurs bonnes graces , appui
& protection ; à quoi vous
parviendrez par une grande retenuë
& une réputation de fagelle qui
D'AVRIL. 125
attire l'eftime& la confiance;joignez
y une attention finguliere à ne jamais
blamer les démarches.de ceux
qui font au deffus de vous , foit dans
le Commandement à la Guerre ,
ou dans l'Adminiſtration des affaiperfuadé
qu'outre les raifons
de juftice & de fidélité qui regnent
dans l'un & dans l'autre , il y a toujours
des refforts de prudence & de
politique , où il n'eft pas permis
de pénetrer.
res ,
Tâchez de vous perfectioner dans
les belles Lettres , Langues Etran.
geres , Mathematiques , & autres
Sciences propres à vous élever à
quelque chofe de grand , car on
n'épargnera rien pour votre éducation
: Rendez - vous auffi adroit au
fait des Armes , non pour vous ériger
en Bréteur , mais fçavoir vous
deffendre dans les occafions.
Si quelqu'un vous agace par des
railleries piquantes , ne prénez pas
feu d'abord , mais tâchez par un
air froid & des répoufes ambiguës
d'en détourner les fuites ; fi après
Lij
126
LE MERCURE
cela il vous preffe , faites lui comprendre
que , fi vous vous tenez
dans les bornes de la modération ,.
ce n'eft ni faute de fentiment, ni de
courage.
Soyez fidéle à vos amis , incapable
de reveler un fécret qu'on
vous aura confié : Ne parlez jamais
mal de Perfonne , pas même
de vos ennemis ; Ne foyez pas trop
avide à parler , pefez vos paroles
& faites réflexion fur vos difcours ;
ne conteſtez jamais avec opiniâtreté
dans l'incertitude , ou dans une
mauvaiſe cauſe , car il vaut mieux
céder honêtement , que de foûtenir
avec confufion.
Quand vous ferez en bonne
Compagnie, perfuadé que vous n'en
fréquenterez jamais d'autres , ne faites
ni le Fanfaron, ni le petit Maître:
Ne vous vantez jamais de rien ,
mais tenez -vous dans une honnête
modeltie , vous ferez aimé & eftimé
de tous ceux qui vous verront.
Ne foyez ni avare , ni dépenfier
mal-à-propos ; ne donnez pas dans
D'AVRIL. 127
la bagatelle , ni dans les colifichets ;
Evitez cependant de paffer pour
Mefquin , quand il s'agira de vous
faire honneur.
Quand vous ferez en état d'avoir
quelque Employ Militaire , tenezvous
à vôtre Troupe fans la quitter;
foyez exact , attentif & vigilant à
vô:re devoir ; Voyez toutes chofes
par vous même , & ne vous repofez
jamais fur ce que feront les
autres ; Ayez toujours quelqu'un à
la découverte, pour n'être pas furpris
; & gravez bien dans vôtre
efprit , qu'un feul quart d'heure
de pareffe ou de négligence , eft
capable, non feulement de vous faire
perdre tout le fruit de vos fervices,
mais auffi de ternir pour jamais
vôtre honneur & vôtre réputation.
-
Si Dieu vous fait la grace devous
élever à des Emplois confi
dérables , où se trouvent des Officiers
fous vôtre Commandement, &
qu'il arrive malhûreufement à
quelqu'un d'avoir fait une faute
dans le Service , ne le traitez pas
128 LE MERCURE
1
gnez
avec rigueur ni avec dureté , en lui
faifant une réprimende féche ; Plaile
& remontrez lui avec douceur
le tort qu'il s'eft fait d'avoir
manqué ; Priez-le d'être une autrefois
plus exact & plus régulier à
remplir fon devoir , pour vous éviter
le déplaifir que vous auriez d'être
contraint à lui faire du mal ,
contre vôtre inclination & vôtre
naturel..
Aimez ceux qui vous corrigent
& qui vous font remarquer vos défauts
, ce font vos véritables amis
car ils n'en ufent ainfi que pour
vôtre bien ; au lieu que vos ennemis
feront toujours ceux qui vous
flateront en vôtre préfence , dans
la maligne efpérance que vous conferverez
vos imperfections , qui leur
donneront toujours de l'avantage
fur vous , & la facilité de vous détruire
plus aifément .
J'aurois encore bien des chofes
à vous dire pour le dérail d'une
vie qui merite tant de réflexions ;
j'en laiffe lefoin à Mr *** qui vous
D'AVRIL. 129
les fera remarquer dans les occafions
& dans vos entretiens particuliers
; fi vous faites attention ,
Mon cher fils , à ces confeils paternels
, comme je l'efpere , & que
vous les imprimiez dans vôtre efprit
, vous pouvez compter que je
me retrancherai de tout pour vous
mettre en état de foûtenir vôtre
Naiffance honêtement.
9
La Nature vous a formé à fouhait
, & vous a donné affés d'efprit
pour difcerner le bien d'avec le
mal Si vous aimés & adorés du
fond du coeur, Dieu qui en elt l'Auteur
& que vous mettiez toute
vôtre confiance en lui , il vous com
blera de fes graces , & vous conduira
dans les voyes d'honneur &
du falut : Je prie fa Divine Bonté
de vous guider , conferver , & ne
vous jamais abandonner.
D'un Memoire manuferit de feu
M. de Rofen, Maréchal de France.
LE
E fujet qui nous fait parler 11 mouaujourd'huy
de cet illuftre Ge- rut au
neral , eft un Manufcrit de fa main, mois de
que l'on a trouvé parmi fes papiers : Septemil
contient une petite inftruction bre 1715
remplie de fentimens d'honneur &
de probité , que ce Maréchal dans
fon grand âge, lailla à fon petit fils ,
lorfqu'il l'envoya à Paris pour y
être élevé : il feroit à fouhaiter que
les jeunes Seigneurs qui entrent
dans le monde , connûffent & voulûffent
fuivre des confeils auffi fages
que ceux qu'ils liront dans cet écrit ,
fi la mort n'avoit enlevé , à la fleur
de fon âge , celui pour qui ils
avoient été dreffez en particulier :
on eftoit perfuadé par fès heureufes
difpofitions , de les lui voir mettre
LE MERCURE 120
en pratique dans le cours de fa vie ;
la facilité de fon efprit pour les
Sciences , fa politeffe , fa maniere
de penfer avec élevation , fon envie
de plaire , & de s'attirer l'eftime
des honnêtes gens , jointe à un exterieur
qui raflembloit toutes les
graces , lui avoient gagné les fuffrages
du Public avec autant de
juftice, que fa perte a merité depuis,
fes regrets . Ce Memoire dont il
s'agit ici & qui nous eft tombé entre
les mains , eft donc dû à ce même
Public par des raifons trop particuliéres
, pour qu'il ne foit pas en
droit de l'exiger , & nous le lui
donnons avec d'autant plus de fatisfaction
, qu'il n'y trouvera
que
des maximes
pleines de fageffe
,
de folidité
& de Religion
.
و د
· 39 Le grand âge , où je me vois ,
Mon cher fils , ne me permettant
pas d'efperer de pouvoir
,, vous guider moi-même dans la
fuite , lorfque vous ferez engagé
dans le monde , & vous faire re-
» marquer avec une tendreffe
paternelle
""
و د
D'AVRIL. 121
"
"
paternelle , les écueils où vous
» pourriez donner la feule fatis-
,,faction qui me refte , eft de vous
laiffer
par cet écrit des confeils
», que la confcience & l'honneur
,, m'obligent de vous donner , &
» que je vous prie de fuivre, comme
» mes dernieres volontez , perfuadé
que ce bien eft infiniment plus
précieux , que ce que la fortune
», vous pourra jamais préfenter-
Je vous recommande fur toutes
,, chofes la crainte de Dieu , qui eft
le commencement de la fagef-
,, fe, & le principe de tout honnête
,, homme fi vous la poffedez au
,, fond de vôtre coeur , & que vous
,, mettiez toute votre espérance &
» Votre confiance dans le Seigneur,
il vous protegera & conduira par
fa divine bonté.
"
و د
و د
""
""
و و
و د
Honorez vôtre Pere & vôtre
,, Mere ; fouvenez - vous que vous
leurdevez vôtre Etre, & que Dieu
, vous ordonne de leur porter du
refpect & de l'attachement : ayez
toute la déference imaginable
Avril 1717.
"
"
L
122 LE MERCURE
M *** qui eft préposé pour
pour
vous gouverner & pour avoir foin
de votre éducation ; foyez attentif
à fuivre les confeils & fes bons avis ,
puifqu'il vous doit tenir lieu de tout.
Soyez honnête & poli envers tout
le monde , vrai dans vos paroles
plein de droiture & de probité dans
toutes vos actions ; Ne fréquentez
jamais que d'honnêtes gens ,remplis
de vertu & de bonnes moeurs : Îâchez
de les imiter , & propofez- vous
toujours les plus grands modeles.
>
Je vous recommande d'avoir une
application perpetuelle à vos études
& exercices ; afin de vous mettre
en état de' fervir le Roy dignement
& marcher fur les traces de vos
Ancêtres .
Evitez les jeux du hazard & ne
vous y engagés jamais , que lorfque
l'obligation indifpenfable de faire
vôtreCour,vous y fera trouver,comme
malgré vous : Perfuadez - vous
que ces jeux là font capables , nonfeulement
de vous ruiner , mais encore
de vous attirer cent mauvaifes
D'AVRIL. 123
&
affaires pour perdre vôtre fortune ,
honneur & réputation : Apprenez
ceux qui fe joueront toujours parmi
les honnêtes gens ; Tâchez de vous
y perfectionner , pour n'y être point
dupe foyez égal dans la perte
dans le gain , & faites- vous un point
d'honneur de paffer dans le monde
pour un beau joueur , incapable de
faire des incidens & de mauvaiſes
difputes.
Fuyez la débauche & les femmes
d'une vie déreglée , car elles ne font
propres qu'à vous perdre de corps
& d'ame ; Ne fréquentez que celles
qui ont de la vertu & de l'efprit
capables de vous faire honneur ,
pour aprendre d'elles l'honnêteté &
la politeffe : s'il s'en trouve quelqu'une
qui vous affectionne & traite
favorablement , gardez - vous bien
d'en tirer vanité , ni de le faire remarquer
: Vous êtes obligé de ménager
fa reputation par raport aux
bons fentimens qu'elle a pour vous :
Prenez garde auffi d'un autre côté
d'en être la dupe;car il n'y a que trop
Lij
124 LE MERCURE
d'exemples, que d'autres auffi finsque
vous en ont été attrapez ; leurs parens
ou amis interviennent ordinairement
dans ces fortes d'engagemens , qui
n'ont que de fâcheufes fuites.
Quand vous voudrez vous regaler
avec vos amis , n'allez jamais au
Cabaret , ni chez les Traitteurs , car
il s'y trouve fouvent des Filoux
Breteurs & autres mauvais efprits
qui ne refpirent que le défordre :
vous tomberiez dans des inconvé.
niens qui vous perdroient dans l'efprit
du Roy & des honnêtes gens
qui vous regarderoient , comme un
yvrogne , un débauché , qui n'eſt
propre à rien.
Lorfque vous ferez en âge de
vous produire dans le grand monde ,
foyez attentif à faire vôtre Cour
au Roy & aux Princes , aux Officiers
Generaux , aux Miniftres &
autres Gens de diftinction ; Tâchez
de mériter leurs bonnes graces , appui
& protection ; à quoi vous
parviendrez par une grande retenuë
& une réputation de fagelle qui
D'AVRIL. 125
attire l'eftime& la confiance;joignez
y une attention finguliere à ne jamais
blamer les démarches.de ceux
qui font au deffus de vous , foit dans
le Commandement à la Guerre ,
ou dans l'Adminiſtration des affaiperfuadé
qu'outre les raifons
de juftice & de fidélité qui regnent
dans l'un & dans l'autre , il y a toujours
des refforts de prudence & de
politique , où il n'eft pas permis
de pénetrer.
res ,
Tâchez de vous perfectioner dans
les belles Lettres , Langues Etran.
geres , Mathematiques , & autres
Sciences propres à vous élever à
quelque chofe de grand , car on
n'épargnera rien pour votre éducation
: Rendez - vous auffi adroit au
fait des Armes , non pour vous ériger
en Bréteur , mais fçavoir vous
deffendre dans les occafions.
Si quelqu'un vous agace par des
railleries piquantes , ne prénez pas
feu d'abord , mais tâchez par un
air froid & des répoufes ambiguës
d'en détourner les fuites ; fi après
Lij
126
LE MERCURE
cela il vous preffe , faites lui comprendre
que , fi vous vous tenez
dans les bornes de la modération ,.
ce n'eft ni faute de fentiment, ni de
courage.
Soyez fidéle à vos amis , incapable
de reveler un fécret qu'on
vous aura confié : Ne parlez jamais
mal de Perfonne , pas même
de vos ennemis ; Ne foyez pas trop
avide à parler , pefez vos paroles
& faites réflexion fur vos difcours ;
ne conteſtez jamais avec opiniâtreté
dans l'incertitude , ou dans une
mauvaiſe cauſe , car il vaut mieux
céder honêtement , que de foûtenir
avec confufion.
Quand vous ferez en bonne
Compagnie, perfuadé que vous n'en
fréquenterez jamais d'autres , ne faites
ni le Fanfaron, ni le petit Maître:
Ne vous vantez jamais de rien ,
mais tenez -vous dans une honnête
modeltie , vous ferez aimé & eftimé
de tous ceux qui vous verront.
Ne foyez ni avare , ni dépenfier
mal-à-propos ; ne donnez pas dans
D'AVRIL. 127
la bagatelle , ni dans les colifichets ;
Evitez cependant de paffer pour
Mefquin , quand il s'agira de vous
faire honneur.
Quand vous ferez en état d'avoir
quelque Employ Militaire , tenezvous
à vôtre Troupe fans la quitter;
foyez exact , attentif & vigilant à
vô:re devoir ; Voyez toutes chofes
par vous même , & ne vous repofez
jamais fur ce que feront les
autres ; Ayez toujours quelqu'un à
la découverte, pour n'être pas furpris
; & gravez bien dans vôtre
efprit , qu'un feul quart d'heure
de pareffe ou de négligence , eft
capable, non feulement de vous faire
perdre tout le fruit de vos fervices,
mais auffi de ternir pour jamais
vôtre honneur & vôtre réputation.
-
Si Dieu vous fait la grace devous
élever à des Emplois confi
dérables , où se trouvent des Officiers
fous vôtre Commandement, &
qu'il arrive malhûreufement à
quelqu'un d'avoir fait une faute
dans le Service , ne le traitez pas
128 LE MERCURE
1
gnez
avec rigueur ni avec dureté , en lui
faifant une réprimende féche ; Plaile
& remontrez lui avec douceur
le tort qu'il s'eft fait d'avoir
manqué ; Priez-le d'être une autrefois
plus exact & plus régulier à
remplir fon devoir , pour vous éviter
le déplaifir que vous auriez d'être
contraint à lui faire du mal ,
contre vôtre inclination & vôtre
naturel..
Aimez ceux qui vous corrigent
& qui vous font remarquer vos défauts
, ce font vos véritables amis
car ils n'en ufent ainfi que pour
vôtre bien ; au lieu que vos ennemis
feront toujours ceux qui vous
flateront en vôtre préfence , dans
la maligne efpérance que vous conferverez
vos imperfections , qui leur
donneront toujours de l'avantage
fur vous , & la facilité de vous détruire
plus aifément .
J'aurois encore bien des chofes
à vous dire pour le dérail d'une
vie qui merite tant de réflexions ;
j'en laiffe lefoin à Mr *** qui vous
D'AVRIL. 129
les fera remarquer dans les occafions
& dans vos entretiens particuliers
; fi vous faites attention ,
Mon cher fils , à ces confeils paternels
, comme je l'efpere , & que
vous les imprimiez dans vôtre efprit
, vous pouvez compter que je
me retrancherai de tout pour vous
mettre en état de foûtenir vôtre
Naiffance honêtement.
9
La Nature vous a formé à fouhait
, & vous a donné affés d'efprit
pour difcerner le bien d'avec le
mal Si vous aimés & adorés du
fond du coeur, Dieu qui en elt l'Auteur
& que vous mettiez toute
vôtre confiance en lui , il vous com
blera de fes graces , & vous conduira
dans les voyes d'honneur &
du falut : Je prie fa Divine Bonté
de vous guider , conferver , & ne
vous jamais abandonner.
Fermer
40
p. 35-38
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Début :
Aprés avoir donné dans les Mercures précedens, plusieurs Extraits / Paul de Gondy Cardinal de Retz, est né avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Caractère, Esprit, Politesse, Manières honnêtes, Vanité, Cardinal Mazarin, Gloire, Dignité, Piété
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texteReconnaissance textuelle : CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Aprés avoir donné dans les Mercures
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
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41
p. 979
« LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...] »
Début :
LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...]
Mots clefs :
Morale, Piété, Eaux et forêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...] »
LETTRES Sur divers Sujets de Morale et de
Pieté , Tome IV . in - 12 . en grand et petit pas
pier. Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques ,
1733.
ORDONNANCE de Louis XIV . sur le fait des
Eaux et Forêts. Nouvelle Edition , augmentée
des Edits , Déclarations et Arrêts rendus en
conséquence jusqu'à présent. deux vol . in - 24 .
Paris ,chez Cavelier , ruë S. Jacques , 17.33 .
Pieté , Tome IV . in - 12 . en grand et petit pas
pier. Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques ,
1733.
ORDONNANCE de Louis XIV . sur le fait des
Eaux et Forêts. Nouvelle Edition , augmentée
des Edits , Déclarations et Arrêts rendus en
conséquence jusqu'à présent. deux vol . in - 24 .
Paris ,chez Cavelier , ruë S. Jacques , 17.33 .
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42
p. 203-208
ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
Début :
Depuis que nous avons publié la mort de cette illustre Dame dans [...]
Mots clefs :
Abbesse, Béthune d'Orval, Abbaye du Val-de-Gif, Mort, Piété, Religieuse, Gouvernement, Montglat, Amour, Mérite, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
ELOGE de Madame de Bethune d'Or
val , Abbesse de l'Abbaye Royale de N.
D. du Val de Giff , Diocèse de Paris.
D nous
Epuis que nous avons publié la
mort de cette illustre Dame dans
le premier volume du Mercure de Décembre
dernier , nous avons eu communication
d'une Lettre , qui a été écrite
sur ce sujet par la Dame Prieure et Communauté
de la même Abbaye . Cette
Lettre nous a paru si édifiante et si digne
de considération en toute maniere ,
que nous avons crû devoir en raporter
du moins les traits les plus marquez , pour
rendre à la mémoire d'une Personne si
respectable une partie des devoirs que le
Public est en droit d'exiger de nous en
certaines occasions.
D. Anne Eleonor - Marie de Bethune
d'Orval, étoit fille de François de Bethu-
* Duc d'Orval , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ses Armées , et du Pays Charne
,
"
* Le Duc d'Orval êtoit fils de Maximilien de
Bethune , Duc du Sully Pair et Maréchal de
France &c. Ministre d'Etat &c. et de Rachel de
Cachefilet , sa seconde femme.
A iiij train ,
204 MERCURE DE FRANCE
train , Premier Ecuyer de la Reine Anne
d'Autriche , et de Dame Anne de Harville
de Palaiseau .
Ce fut une de ces Ames privilegiées
sur lesquelles une Providence attentive
veille dès le berceau , et dont elle dirige
tous les pas vers le terme heureux qu'elle
leur a destiné dès l'Eternité . Elle fut
dérobée au monde avant qu'elle pût en
éprouver la corruption : dès l'âge de trois
ans,le Seigneur prit soin de la cacher dans
l'Abbaye de Royal- Lieu , comme dans
un azile assuré pour son innocence. Elle
y fut élevée sous les yeux de Madame
deVaucelas sa Tante qui en étoit Abbesse ;
et la premiere attention qu'on cut sur
cette jeune Plante , fût de lui interdire
avec une severité qui pouvoit paroître
excessive , toute délicatesse , toute marque
extérieure de distinction , tout ce
qui peut flater ce fond d'orgueil et d'amour
de nous-mêmes avec lequel nous
naissons tous et que nous portons jusqu'au
tombeau. Mais on ne négligea pas
de cultiver les heureuses dispositions
qu'on trouva dans son esprit , et on eût
soin de l'orner de toutes les connoissances
qui convenoient à son sexe , en même
tems qu'on s'appliquoit à répandre dans
son coeur les semences d'une pieté d'autant
FEVRIER 1734. 205
cant plus solide qu'elle seroit plus éclairée.
Elle n'hésita point sur le parti qu'elle
devoit prendre dès qu'elle en fût
en fût capable.
Tout ce que l'éclat de sa naissance
et plus encore ses qualitez personnelles ,
pouvoient lui promettre dans le monde ,
devint pour elle la matiere d'un sacrifice
très volontaire , et coûta peu à son coeur
déja détaché de tout.
Dès l'âge de quatorze ans elle entra au
Noviciat , et elle prit l'habit de Novice,
à quinze. Son année d'épreuve n'étoit pas
achevée lorsque Madame de Vaucelas fût
transferée à une autre Abbaye. Elle se
sépara de sa chere Tante sans s'ébranler,
et pouvant la suivre par toute sorte de
raisons , elle se fixa à Royal - Lieu , Maison
où Dieu l'avoit prévenuë de ses Bénédictions
, par la Profession Religieuse qu'elle
fit à seize ans entre les mains de la nouvelle
Abbesse.
Elle ne pensoit qu'à se sanctifier dans
l'état de simple Religieuse , ne prévoyant
rien qui peut l'obliger d'en sortir, Mais
Dieu avoit d'autres desseins sur elle . Son
mérite lui fit tort , quelque soin qu'elle
prit de le cacher: elle fut mise à de grandes
épreuves ; il fallut l'arracher enfin
d'une Maison qu'elle avoit choisie par
préférence à tout et de laquelle elle étoit
tendrement aimée. AT
1
206 MERCURE DE FRANCE
Elle se retira dans l'Abbaye de S. Pierre
de Reims auprès de Madame sa Soeur
qui en étoit Abbesse . Elle Y porta l'édiy
fication et l'exemple de toutes les vertus
Chrétiennes et Religieuses. Sa retraite
dans cette Abbaye fût de cinq années.
Cependant Madame de Clermont
Monglat , Abbesse de * Giff , voulant se
décharger d'un fardeau sous lequel ses
infirmitez et encore plus son humilité
la faisoient gémir , chercha avec soin un
sujet propre à la remplacer , et à affermir
l'ouvrage de l'étroite Observance de la
Regle de S. Bencft ,'elle le trouva dans
Madame de Bethune d'Orval ,
Teile fut la vocation de cette digne
Religieuse , âgée alors de vingt- neuf ans .
Nulle considération humaine n'y eût part;
et il parut bien - tôt que Dieu avoit béni
des veues aussi pures que celles de Madame
de Monglat , et que la nouvelle
Abbesse étoit pour le Monastere de Giff
un don de sa Miséricorde .
La mort de Madame de Monglat , qui
survecût près de quinze ans à sa demis-
Cette Abaye est nommée dans les anciens
Titres. Beata Maria Valis de Giffo . Maurice de
Sully Evêque de Paris , la fonda vers l'an 1140 .
sur la petite Riviere d'Yvette , à cinq lieues de
Paris. sion ,
FEVRIER 1734. 207
sion , ne fit que mettre dans un plus
grand jour le merite deMadame d'Orval,
er justifier de plus en plus le choix qu'elle
en avoit fait pour la remplacer. Il faudroit
entreprendre d'écrire un volume
entier pour donner l'Histoire de sa vie
et de son gouvernement avec le détail
qu'elle merite ce gouvernement a été
de quarante sept ans , pendant lesquels
la résidence de la pieuse Abbesse dans
son Monastere , n'a été interrompuë
qu'une seule fois pour peu de tems , et par
ordre exprès de M. l'Archevêque de
Paris.
4
Qu'il nous soit permis du moins pour
ne point excéder nos bornes , de tracer
ici en deux mots son caractere . Une pieté
tendre , mais éclairée et sans petitesse ;
une humilité profonde mais sans pussillanimité
, un amour universel de la penitence,
mais sans ostentation ; une charité
inépuisable , mais sins acception de
personnes ; un amour de l'Ordre et de
la Regle ferme , mais sans dureté une
regularité toujours égale et toujours
sourenue , un don d'exhorter et d'instruire
peu communj appuyé d'un exemple
encore plus éloquent er plus efficace :
ajoûtons qu'une politesse simple et
noble accompagnoit toutes ces grandes
vertus.
,
A vj
Arri
208 MERCURE DE FRANCE
Arrive à la fin de sa carriere , et étant
au lit de la mort , elle dit à ses filles
qu'elle pouvoit s'appliquer ce que S. Jean
dit de J. C. que les ayant aimées pendant
sa vie , elle les aimoit jusqu'à la fin , surquoi
elle leur fit un Discours digne de sa
grande pieté et de sa parfaite charité.
Elle a conservé jusqu'au dernier soupir
tout son jugement et sa présence d'esprit,
et elle en a fait un excellent usage, pour
mettre à profit ces momens d'autant plus
précieux qu'ils touchent à l'Eternité . Son
extréme patience dans une oppression longue
et très penible, la pieté avec laquelle
elle reçut encore une fois le S. Viatique ,
quelques heures avant sa mort, et un dernier
effort qu'elle fit après cette action
ne pouvant presque plus parler , pour
demander que la Communauté récitât
Hymne d'Actions de graces , pour celle
qu'elle venoit de recevor ,
terminerent
enfin une vie sainte et riche en vertus et
enbonnes oeuvres. Elle expira doucement
au milieu de ses Filles le soir du 28 de
Novembre dernier dans la soixanteseizième
année de son âge, la soixantiéme
de sa Profession Religieuse , et la qua
rante-septiéme de son gouvernement.
val , Abbesse de l'Abbaye Royale de N.
D. du Val de Giff , Diocèse de Paris.
D nous
Epuis que nous avons publié la
mort de cette illustre Dame dans
le premier volume du Mercure de Décembre
dernier , nous avons eu communication
d'une Lettre , qui a été écrite
sur ce sujet par la Dame Prieure et Communauté
de la même Abbaye . Cette
Lettre nous a paru si édifiante et si digne
de considération en toute maniere ,
que nous avons crû devoir en raporter
du moins les traits les plus marquez , pour
rendre à la mémoire d'une Personne si
respectable une partie des devoirs que le
Public est en droit d'exiger de nous en
certaines occasions.
D. Anne Eleonor - Marie de Bethune
d'Orval, étoit fille de François de Bethu-
* Duc d'Orval , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ses Armées , et du Pays Charne
,
"
* Le Duc d'Orval êtoit fils de Maximilien de
Bethune , Duc du Sully Pair et Maréchal de
France &c. Ministre d'Etat &c. et de Rachel de
Cachefilet , sa seconde femme.
A iiij train ,
204 MERCURE DE FRANCE
train , Premier Ecuyer de la Reine Anne
d'Autriche , et de Dame Anne de Harville
de Palaiseau .
Ce fut une de ces Ames privilegiées
sur lesquelles une Providence attentive
veille dès le berceau , et dont elle dirige
tous les pas vers le terme heureux qu'elle
leur a destiné dès l'Eternité . Elle fut
dérobée au monde avant qu'elle pût en
éprouver la corruption : dès l'âge de trois
ans,le Seigneur prit soin de la cacher dans
l'Abbaye de Royal- Lieu , comme dans
un azile assuré pour son innocence. Elle
y fut élevée sous les yeux de Madame
deVaucelas sa Tante qui en étoit Abbesse ;
et la premiere attention qu'on cut sur
cette jeune Plante , fût de lui interdire
avec une severité qui pouvoit paroître
excessive , toute délicatesse , toute marque
extérieure de distinction , tout ce
qui peut flater ce fond d'orgueil et d'amour
de nous-mêmes avec lequel nous
naissons tous et que nous portons jusqu'au
tombeau. Mais on ne négligea pas
de cultiver les heureuses dispositions
qu'on trouva dans son esprit , et on eût
soin de l'orner de toutes les connoissances
qui convenoient à son sexe , en même
tems qu'on s'appliquoit à répandre dans
son coeur les semences d'une pieté d'autant
FEVRIER 1734. 205
cant plus solide qu'elle seroit plus éclairée.
Elle n'hésita point sur le parti qu'elle
devoit prendre dès qu'elle en fût
en fût capable.
Tout ce que l'éclat de sa naissance
et plus encore ses qualitez personnelles ,
pouvoient lui promettre dans le monde ,
devint pour elle la matiere d'un sacrifice
très volontaire , et coûta peu à son coeur
déja détaché de tout.
Dès l'âge de quatorze ans elle entra au
Noviciat , et elle prit l'habit de Novice,
à quinze. Son année d'épreuve n'étoit pas
achevée lorsque Madame de Vaucelas fût
transferée à une autre Abbaye. Elle se
sépara de sa chere Tante sans s'ébranler,
et pouvant la suivre par toute sorte de
raisons , elle se fixa à Royal - Lieu , Maison
où Dieu l'avoit prévenuë de ses Bénédictions
, par la Profession Religieuse qu'elle
fit à seize ans entre les mains de la nouvelle
Abbesse.
Elle ne pensoit qu'à se sanctifier dans
l'état de simple Religieuse , ne prévoyant
rien qui peut l'obliger d'en sortir, Mais
Dieu avoit d'autres desseins sur elle . Son
mérite lui fit tort , quelque soin qu'elle
prit de le cacher: elle fut mise à de grandes
épreuves ; il fallut l'arracher enfin
d'une Maison qu'elle avoit choisie par
préférence à tout et de laquelle elle étoit
tendrement aimée. AT
1
206 MERCURE DE FRANCE
Elle se retira dans l'Abbaye de S. Pierre
de Reims auprès de Madame sa Soeur
qui en étoit Abbesse . Elle Y porta l'édiy
fication et l'exemple de toutes les vertus
Chrétiennes et Religieuses. Sa retraite
dans cette Abbaye fût de cinq années.
Cependant Madame de Clermont
Monglat , Abbesse de * Giff , voulant se
décharger d'un fardeau sous lequel ses
infirmitez et encore plus son humilité
la faisoient gémir , chercha avec soin un
sujet propre à la remplacer , et à affermir
l'ouvrage de l'étroite Observance de la
Regle de S. Bencft ,'elle le trouva dans
Madame de Bethune d'Orval ,
Teile fut la vocation de cette digne
Religieuse , âgée alors de vingt- neuf ans .
Nulle considération humaine n'y eût part;
et il parut bien - tôt que Dieu avoit béni
des veues aussi pures que celles de Madame
de Monglat , et que la nouvelle
Abbesse étoit pour le Monastere de Giff
un don de sa Miséricorde .
La mort de Madame de Monglat , qui
survecût près de quinze ans à sa demis-
Cette Abaye est nommée dans les anciens
Titres. Beata Maria Valis de Giffo . Maurice de
Sully Evêque de Paris , la fonda vers l'an 1140 .
sur la petite Riviere d'Yvette , à cinq lieues de
Paris. sion ,
FEVRIER 1734. 207
sion , ne fit que mettre dans un plus
grand jour le merite deMadame d'Orval,
er justifier de plus en plus le choix qu'elle
en avoit fait pour la remplacer. Il faudroit
entreprendre d'écrire un volume
entier pour donner l'Histoire de sa vie
et de son gouvernement avec le détail
qu'elle merite ce gouvernement a été
de quarante sept ans , pendant lesquels
la résidence de la pieuse Abbesse dans
son Monastere , n'a été interrompuë
qu'une seule fois pour peu de tems , et par
ordre exprès de M. l'Archevêque de
Paris.
4
Qu'il nous soit permis du moins pour
ne point excéder nos bornes , de tracer
ici en deux mots son caractere . Une pieté
tendre , mais éclairée et sans petitesse ;
une humilité profonde mais sans pussillanimité
, un amour universel de la penitence,
mais sans ostentation ; une charité
inépuisable , mais sins acception de
personnes ; un amour de l'Ordre et de
la Regle ferme , mais sans dureté une
regularité toujours égale et toujours
sourenue , un don d'exhorter et d'instruire
peu communj appuyé d'un exemple
encore plus éloquent er plus efficace :
ajoûtons qu'une politesse simple et
noble accompagnoit toutes ces grandes
vertus.
,
A vj
Arri
208 MERCURE DE FRANCE
Arrive à la fin de sa carriere , et étant
au lit de la mort , elle dit à ses filles
qu'elle pouvoit s'appliquer ce que S. Jean
dit de J. C. que les ayant aimées pendant
sa vie , elle les aimoit jusqu'à la fin , surquoi
elle leur fit un Discours digne de sa
grande pieté et de sa parfaite charité.
Elle a conservé jusqu'au dernier soupir
tout son jugement et sa présence d'esprit,
et elle en a fait un excellent usage, pour
mettre à profit ces momens d'autant plus
précieux qu'ils touchent à l'Eternité . Son
extréme patience dans une oppression longue
et très penible, la pieté avec laquelle
elle reçut encore une fois le S. Viatique ,
quelques heures avant sa mort, et un dernier
effort qu'elle fit après cette action
ne pouvant presque plus parler , pour
demander que la Communauté récitât
Hymne d'Actions de graces , pour celle
qu'elle venoit de recevor ,
terminerent
enfin une vie sainte et riche en vertus et
enbonnes oeuvres. Elle expira doucement
au milieu de ses Filles le soir du 28 de
Novembre dernier dans la soixanteseizième
année de son âge, la soixantiéme
de sa Profession Religieuse , et la qua
rante-septiéme de son gouvernement.
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Résumé : ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
Le texte rend hommage à Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de Val-de-Giff, dans le Diocèse de Paris. Après l'annonce de sa mort dans le Mercure de Décembre précédent, les auteurs reçoivent une lettre de la Dame Prieure et de la Communauté de l'Abbaye, qu'ils résument pour honorer sa mémoire. Madame Anne Éléonore-Marie de Bethune d'Orval était la fille de François de Bethune, Duc d'Orval, Pair de France, et de Dame Anne de Harville de Palaiseau. Son grand-père paternel était Maximilien de Bethune, Duc de Sully, Maréchal de France et Ministre d'État. Dès son jeune âge, elle fut placée à l'Abbaye de Royal-Lieu, où elle fut élevée par sa tante, Madame de Vaucelas, Abbesse de l'Abbaye. Elle y reçut une éducation basée sur la simplicité et la piété, tout en cultivant ses dispositions naturelles. À l'âge de quatorze ans, elle entra au Noviciat et prit l'habit de Novice à quinze ans. Elle fit sa Profession Religieuse à seize ans. Bien qu'elle souhaitât rester simple Religieuse, elle fut nommée Abbesse de l'Abbaye de Saint-Pierre de Reims, puis de l'Abbaye de Val-de-Giff à l'âge de vingt-neuf ans. Son gouvernement dura quarante-sept ans, caractérisé par une piété tendre et éclairée, une humilité profonde, une charité inépuisable, et un amour de l'Ordre et de la Règle. À sa mort, le 28 novembre, elle conserva jusqu'au dernier moment son jugement et sa présence d'esprit. Elle reçut le Saint Viatique avec piété et demanda à la Communauté de réciter un Hymne d'Actions de grâces. Elle s'éteignit à l'âge de soixante-six ans, après soixante ans de Profession Religieuse et quarante-sept ans de gouvernement.
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43
p. 211-212
« Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Début :
Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...]
Mots clefs :
Estampes, Marchand, Emblèmes, Piété, Morale amusante, Étrennes
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texteReconnaissance textuelle : « Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Maillard Marchand d'Eftampes , rue S. Jacques
, la deuxième Porte Cochere au- deffus de la
rue des Noyers , même maifon du fieur Farges
Maître Menuifier , débite une fuite d'Emblêmes ,
Deviſes fur divers fujets de Piété & de Morale
amufante , & petites Etrennes ornées de vignettes .
dont il fait des envois aux Maiſons Religieufes &
aux Marchands de Province.
L'Epoufe dudit Maillard exécute toutes fortes de
Caractères , Notes de Plein- chant , Deffeins , Vi212
MERCURE DE FRANCET
gnettes , Ornemens , Bouquets pour meubles , &c.
, la deuxième Porte Cochere au- deffus de la
rue des Noyers , même maifon du fieur Farges
Maître Menuifier , débite une fuite d'Emblêmes ,
Deviſes fur divers fujets de Piété & de Morale
amufante , & petites Etrennes ornées de vignettes .
dont il fait des envois aux Maiſons Religieufes &
aux Marchands de Province.
L'Epoufe dudit Maillard exécute toutes fortes de
Caractères , Notes de Plein- chant , Deffeins , Vi212
MERCURE DE FRANCET
gnettes , Ornemens , Bouquets pour meubles , &c.
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Résumé : « Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Le document décrit deux artisans à Étampes, rue Saint-Jacques : Maillard, marchand d'estampes, et Maître Menuifier, fournisseur d'emblèmes et de devises. Ils vendent des produits religieux et moraux, ainsi que des étrennes ornées. L'épouse de Maillard réalise des travaux de calligraphie, y compris des dessins et des ornements. Leurs produits sont envoyés aux maisons religieuses et aux marchands de province.
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