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1
p. 128-157
Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis de vous faire part de ce qu'Hadgi [...]
Mots clefs :
Mecque, Pèlerins, Muraille, Pierres, Seigneur, Sultan, Caverne, Kiaabe, Mahomet, Vénération, Le Caire, Voyage, Chameaux, Sépulcre, Montagne, Désert
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texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
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Résumé : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Le texte relate les récits d'Hadgi Mehmet, envoyé du Dey d'Alger, concernant La Mecque, une ville sacrée de l'Arabie Déserte interdite aux non-musulmans. Chaque année, cinq caravanes, provenant du Caire, de Damas, des Maghrébins, de Perse et des Indes, se rendent à La Mecque pour des motifs religieux et commerciaux. La caravane du Caire, composée de cent mille pèlerins, traverse des déserts ardents et manque souvent d'eau potable. Les pèlerins chantent des versets du Coran et se dépouillent à l'approche de La Mecque, portant des sandales par respect. La Mecque est décrite comme une ville de la taille de Marseille, entourée de montagnes, avec la Kaaba au centre. La Kaaba, apportée par l'ange Gabriel à Abraham, mesure cinq brasses de hauteur, quinze pas de longueur et onze ou douze de largeur. Elle est recouverte de soieries rouges et blanches à l'intérieur et de soie noire à l'extérieur, et protégée par une muraille. Les pèlerins effectuent sept fois le tour de la Kaaba et touchent la Pierre Noire, considérée comme sainte. Les étoffes de la Kaaba sont renouvelées annuellement lors du petit Bairam. Après ces rites, les pèlerins se rendent à Minnet pour sacrifier des moutons et se dirigent vers le mont Arafat pour prier et obtenir le pardon divin. Le sultan Scherif, descendant de Mahomet, dirige spirituellement et temporellement La Mecque. Le texte mentionne également des lieux sacrés liés à Mahomet, comme une caverne près de La Mecque et son sépulcre à Médine, orné de pierres précieuses. Le tombeau de Mahomet repose à trois degrés de terre en marbre blanc, contrairement à certaines croyances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 184-200
RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
Début :
Le Mardy 6. l'Académie des Inscriptions & de belles Lettres s'étant [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Éloge, Grammairien , Abbé, Assemblée, Dissertation sur le paganisme, Académie des sciences, Physique, Mémoire, Aimant, Auteur ancien, Nature, Philosophie, Fables, Vertus, Temples, Statues, Mahomet, Historiens, Plutarque, Expériences, Charette
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texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
RENTREE DES ACADEMIES
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
Fermer
3
p. 334-336
« On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
Début :
On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...]
Mots clefs :
Mahomet, Cantates
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
On nous écrit de Londres que les
Libraires Innys , Prevòt , du Noyer &
JBriiadlci acheyent d'imprimer l'Histoin
j.
FEVRIER. 173 a. 3jf
de Mahomet , composée par le. Comte
de Boulainvilliers , du moins pour lesdeux
premiers Livres , car le troifie'me
& dernier Livre est d'une autre main , la
mort ayant surpris l' Auteur fur la fin de
son travail. On ttouvera dans le premier
Livre , outre une Description de toute
PArabie , une Relation des moeurs dés
Arabes , & des Reflexions fur la Reli
gion & les Coutumes des Mahométans,,
une Description particulière des Villes
de la Mecque & Medine. On verra dans
le second la Généalogie & la Vie du pré
tendu Prophète jusqu'au tems de YHegire.
Le dernier Livre expose ce qui s'est passé
par rapport à Mahomet , depuis cette*
Epoque jusqu'à l'année de sa mort. Oa
imprime cet Ouvrage sur du grand í£
du petit papier ; on le vendra une Gui*
nçe le grand papier , & une demie Gui*;
née le petit»
M. Bergiron de Briou, l'un de ceu*
qrfi a le plus contribué à l 'établissement
de l' Académie des Beaux- Arts de Lyon ,
& qui a conduit les Concerts pendant six
années entières , avec autant de succès
que s'il éroit Musicien de profession ,
•vient de donner au Public un Recueil dè
Cantates Françoifes de. fa composition qu'il
» fait graver. Cet Ouvrage se vend eti
5^ MERCURE DE FRANCE
Blanc sept livres dix sols. A Lyon , chez?
Thomas y i Marchand Parfumeur , Rué
Mercière , vis -à'- vis S. Antoine , &
a Paris', chez. Beivin , Rue saint Ho
nore , k la Règle d'or. Les paroles de
cet Ouvrage (ont de differens Auteurs^
Il y a plusieurs sujets qui n'ont jamais été'
traités en Poésie de ce genre là.
Libraires Innys , Prevòt , du Noyer &
JBriiadlci acheyent d'imprimer l'Histoin
j.
FEVRIER. 173 a. 3jf
de Mahomet , composée par le. Comte
de Boulainvilliers , du moins pour lesdeux
premiers Livres , car le troifie'me
& dernier Livre est d'une autre main , la
mort ayant surpris l' Auteur fur la fin de
son travail. On ttouvera dans le premier
Livre , outre une Description de toute
PArabie , une Relation des moeurs dés
Arabes , & des Reflexions fur la Reli
gion & les Coutumes des Mahométans,,
une Description particulière des Villes
de la Mecque & Medine. On verra dans
le second la Généalogie & la Vie du pré
tendu Prophète jusqu'au tems de YHegire.
Le dernier Livre expose ce qui s'est passé
par rapport à Mahomet , depuis cette*
Epoque jusqu'à l'année de sa mort. Oa
imprime cet Ouvrage sur du grand í£
du petit papier ; on le vendra une Gui*
nçe le grand papier , & une demie Gui*;
née le petit»
M. Bergiron de Briou, l'un de ceu*
qrfi a le plus contribué à l 'établissement
de l' Académie des Beaux- Arts de Lyon ,
& qui a conduit les Concerts pendant six
années entières , avec autant de succès
que s'il éroit Musicien de profession ,
•vient de donner au Public un Recueil dè
Cantates Françoifes de. fa composition qu'il
» fait graver. Cet Ouvrage se vend eti
5^ MERCURE DE FRANCE
Blanc sept livres dix sols. A Lyon , chez?
Thomas y i Marchand Parfumeur , Rué
Mercière , vis -à'- vis S. Antoine , &
a Paris', chez. Beivin , Rue saint Ho
nore , k la Règle d'or. Les paroles de
cet Ouvrage (ont de differens Auteurs^
Il y a plusieurs sujets qui n'ont jamais été'
traités en Poésie de ce genre là.
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Résumé : « On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
Le texte décrit l'achèvement de l'impression de l'Histoire de Mahomet par les libraires londoniens Innys, Prévôt, du Noyer et J. Briadlci. L'ouvrage, composé par le Comte de Boulainvilliers, comprend les deux premiers livres, tandis que le troisième et dernier livre est rédigé par un autre auteur en raison du décès de Boulainvilliers. Le premier livre présente une description de l'Arabie, des mœurs arabes, et des réflexions sur la religion et les coutumes mahométanes, ainsi que des descriptions des villes de La Mecque et Médine. Le second livre traite de la généalogie et de la vie de Mahomet jusqu'à l'Hégire. Le dernier livre couvre la période de l'Hégire jusqu'à la mort de Mahomet. L'ouvrage est imprimé sur grand et petit papier, vendu respectivement une guinée et une demi-guinée. Par ailleurs, M. Bergiron de Briou, contributeur majeur à l'Académie des Beaux-Arts de Lyon et directeur des Concerts pendant six ans, a publié un recueil de cantates françaises. Cet ouvrage, vendu cinq livres dix sols à Lyon et à Paris, contient des paroles de différents auteurs et traite de sujets inédits en poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2488-2516
MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
Début :
LES AGHUANS, ces fameux Rebelles, qui pendant près de huit [...]
Mots clefs :
Mémoire historique, Schah, Rebelles, Barbares, Turcs, Moscovites, Alcoran, Mahomet, Armée royale
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
MEMOIRE HISTORIQUE , sur la dé
faite des Rebelles de Perse , et l'élevation
de Schah Thamas sur le Trône de ses
Ancêtres , &c. Par M. D. G. témoin
⚫culaire.
LR
ES AGHUANS ( 1 ) , ces fameux
Rebelles , qui pendant près de huic
années ont tenu sous le joug , et désolé la
plus grande partie du Royaume de Perse ,
n'étoient rien moins que ce qu'ils avoient
la réputation d'être ; leur nombre n'a ja➡
mais été audessus de 30000 hommes; leur
valeur étoit audessous de la commune, et
toute leur politique n'alloit qu'à massa→
crer impitoyablement tous les Persans ,
de quelque consideration qu'ils fussent
quand ils leur faisoient le moindre ombrage.
On pourroit même dire que leur
saccès et leur prosperité tenoient bien.
plus du miracle que d'aucun effet d'une
conduite réglée et bien concertée.
Ces Barbares conduits , pour ainsi dire,
"
(1 ) Nation originaire de la Province de Szyr
van , située entre la Mer Caspienne et le Mong
Caucase, depuis transportée par Tamerlan dans
Le Candabar , Frontiere de Perse et du Mogol.
pat
NOVEMBRE 1731. 2489
,
par la main de la fortune , s'étoient cependant
imaginez qu'après avoir pris la Ville
d'Hispaham , détrôné Schah Hussein , et
battu une armée de 120 mille Turcs , il
n'y avoit plus de Puissance au monde capable
de les abbatre ; la paix que le Grand
Seigneur avoit ensuite faite avec eux
l'Ambassade aussi honteuse que solemnel,
le , qu'il leur avoit envoyée pour reconnoître
leur chef Acheraf , les avoient tellement
éblouis, et les avoient rendus si
vains , qu'ils s'estimoient les plus grands
hommes de la terre , et ne regardoient
plus Schah Thamas fils et successeur du
Sultan Hussein que comme un petit sujet
qu'ils anéantiroient , s'il avoit jamais la
hardiesse de se presenter pour soutenir ses
droits , l'apellant par mépris et par dérision
, au lieu de Chazade , qui signifie
fils de Roy ; Tekzadé , c'est- à- dire , fils de
chien.
Il est vrai que la fermeté et la valeur des
Moscovites , lesquels non contens de ne
vouloir pas donner le titre de Roy à leur
chef Acheraf , avoient défait avec trois
cens hommes seulement , 5 à 6000 Aghuans
, leur avoit causé quelque troubles
mais le General Russien qui commandoit
dans le Guilan , leur ayant accordé ure
espece de Trêve,et réglé avec eux certai-
A v nes
2490 MERCURE DE FRANCE
nes limites , jusqu'à ce qu'il eut reçu des
Ordres plus précis du Czar , ils s'étoient
entierement rassurez de ce côté - là , de
sorte qu'Achetaf, qui dans le fonds n'étoit
, pour ainsi dire , qu'un chef de Brigands
, malgré la beauté de son nom , qur
signifie le Noble par excellence , dont les
forces étoient assez médiocres , commença
dèslors à se donner pour un grand Prince
, il ne faisoit plus la Guerre que par ses
Generaux ; c'est ainsi que le Château
d'Iesd fut soumis , après une année et demie
de Siége . Cette Place n'auroit tenu en
Europe devant une Armée , qu'autant de
tems qu'il en faut pour la disposition de
l'attaqué ; mais cette sorte de Guerriers
ne sçavoient ce que c'est que d'enlever
l'Epée à la main , le moindre petit retran
chement . L'Officier qui avoit deffendu
Iesd , et qui ne s'étoit rendu que par famine
, fut cruellement traité , et la Garni
son passée au fil de l'épée , malgré la
role qu'on leur avoit donnée , avec serment
fait sur l'Alcoran , qu'il ne leur seroit
fait aucun mal .
pa-
C'est encore de cette maniere qu'ils s'étoient
ouvert le chemin jusqu'à Benderabassi
* en trompant Sayd Amid ·
Kan qui occupoit će poste. Ce Kan
>
* Fameux Port de Mer , à deux lieuës d'or.
mas , Isle du Golfe Persique.
étoit
NOVEMBRE. 1731. 2491
étoit Prince du Sang Royal , du côté des
femmes ; il étoit bien fait , d'une taille et
d'une force extraordinaire , et rempli de
valeur , il s'étoit révolté contre Schah
Thamas , etavoit pris le titre de Roy dans
le Kirman , au commencement des troubles
, mais son armée n'étant composée
que de gens ramassez , il en étoit ordinairement
abandonné dans les actions.
décisives ; de sorte que réduit à deux ou
trois cens hommes , et ne sçachant plus comment
se maintenir , il aima mieux se rendre
aux Rebelles sur leurs belles promesses ,
que de recourir à la clemence de son Roy
legitime. Il eut le sort que son infidelité
méritoit , et la paya peu de jours après
de sa tête. Plusieurs Villes , sans deffenses,
se rendirent en même - temps , et tout le
pays fut ouvert , comme on l'a dit , jusqu'au
Benderabassi.
Ces prospéritez enfloient tellement le
coeur des Rebelles qu'Acheraf ne daignoit
plus se mettre en campagne,il restoit tranquille
dans Ispaham , faisant bâtir des
Maisons de plaisance , allant pompeuse
ment à la chasse, et vivant, en un mot,com.
me si la fortune eut été inébranlable.A son
exemple tous les grands Seigneurs et les
premiers Officiers qui composoient sa
Cour , vivoient de la même maniere ; ils
A vj avoient
8
2492 MERCURE DE FRANCE .
avoient tous parfaitement oublié leur premiere
origine et leur vile condition de.
Chameliers ou d'Esclaves. Les richesses
immenses dont ils avoient dépouillé les.
Persans , la beauté des femmes et des filles.
qu'ils leur avoient enlevées , et dont cha-.
cun d'eux avoit bon nombre , les super-.
bes bâtimens qu'ils habitoient , les habits:
somptueux dont ils se paroient, et la bonne
chere, à laquelle ils s'étoienr adonnez ;
tout cela comparé à leur premier état
leur constituoit en ce monde , selon leur
propre aveu , un Paradis de délices , tel
que Mahomet l'a promis dans l'autre à ses
Sectateurs dans l'Alcoran.
Tandis qu'Acheraf faisoit ainsi le grand
Monarque , Schah Thamas de son côté
travailloit au rétablissement de ses affaires.
On peur dire que la maniere dont it
s'étoit sauvé d'Ispaham, dans le plus fort du
Siége , avec une escorte de cinq cens hommes
, quoique les Aghuans eussent été
précisément avertis par les Arméniens
du jour et de l'heure de sa sortie ; que le
choix que Schah Hussein avoit fait ,
au préjudice de deux de ses aînez , et le
bonheur qu'il eut dans la suite de se tirer
du Piége qu'Acheraf lui avoit tendu à Teïoù
if prétendoit l'enveloper' , sous
prétexte de venir lui rendre homma ge
ron
NOVEMBRE. 1731. 2493
'de lui remettre la Couronne que Mahmont
lui avoit enlevée. On peut, dis- je ,
croire que tous ces évenemens étoient autant
de signes certains que Dieu l'avoit
choisi pour regner, et qu'il le destinoit à
remonter sur le Trône de ses Peres.
Ce Prince , élevé comme le sont ordinairement
les Fils de Roy dans l'Orient
n'avoit vû autre chose, lorsqu'il sortit d'Ispaham
, que l'interieur du Sérail , c'est-àdire
, des Femmes et des Eunuques . If
trouva un dérangement affreux dans tout
le Royaume , pas un Gouverneur de Province
qui eut la moitié des Troupes qu'il
étoit obligé d'entretenir les Finances
épuisées et mal réglées , des Ennemis de
tous côtez,et par surcroit de malheursune
foule de flateurs qui n'avoient en vûë que
leur propre interêt , sans songer en aucune
façon aux besoins de l'Etat.Cependant
Schah Thamas ne laissa pas de lever des
Troupes avec lesquelles il eut plusieurs
fois à faire aux Moscovites , aux Georgiens
, aux Osmanlous , et à d'autres Rebelles
, mais presque toujours avec desavantage
, quoiqu'il combattit lui- même
à la tête de ses plus braves soldats. Enfin
ne pouvant plus résister à tant d'ennemis
à la fois , il fut obligé , pour ainsi dire
abandonner la partie. Les Osmanlous
list
2494 MERCURE DE FRANCE
lui enleverent tout le Païs , qui est depuis
Erivan jusqu'à Tauris , et depuis Tauris
jusqu'à Hamadam. Les Moscovites se rendirent
maîtres du Guilan , la plus riche
Province de Perse , et celle qui donne les
Soyes. Les Géorgiens secouerent entiercment
le joug ; et les Afdalis , autres Re
belles , s'emparerent de Herat et de Machat
, dans le Corassan. Ce malheureux
Prince se trouva ainsi réduit à la Province
de Mazandran , à une partie du Chirvan
, et à une autre partie du Corassan-
Tant de revers , capables d'abatre tout
aatre courage que celui de Thamas , ne
servirent , pour ainsi dire , qu'à le fortifier
et à le corriger de quelques vices ausquels
il s'étoit adonné ; enfin, lorsque ses
affaires paroissoient les plus desesperées ;
le ciel qui le favorisoit , lui suscita un Liberateur
en la personne de Thamas Kouli
Kan. Ce Kan est un Seigneur d'environ
quarante ans , élevé dès son enfance dans
le métier des armes ; brave , s'il en fut jamais
, homme de bon esprit , franc et sincere,
récompensant bien ceux qui se comportent
vaillamment , et punissant de
mort ceux qui lâchent le pied dans les occasions
où ily a moyen de résister. Il donna
d'abord des preuves constantes de sa capacité
, de sa valeur et de sa fidelité , dans
diverNOVEMBRE.
1731 . 2495
diverses occasions où il fut employé ; et
quand il se vit entré assez avant dans les
bonnes graces du jeune Roy , il lui apprit
à discerner les flatteurs et les traîtres ,
l'obligeant à châtier les uns et à éloigner
les autres. Il osa de plus insinuer au Prince
la necessité de se corriger de ces vices
honteux , qui ternissoient ses belles qualitez,
sans quoi , ajontoit- t- il, Dieu ne be
niroit jamais ses Armes. Le Roy écouta
ses conseils , les goûta , les suivit , et ses
affaires commencerent dèslors à prendre
une meilleure face.
L'Armée Royale n'étoit pas nombreuse
, mais elle étoit bien payée et bien disciplinée
; la plus petite desobeïssance étoit
severement punie , et on payoit de la tête
la moindre lâcheté. Les principaux Officiers
et la plupart des Subalternes, étoient
tous d'une valeur à toute épreuve , gens
bien connus et choisis par Thamas Koulikan.
C'est avec une telle Armée et le genie
de ce Kan , que dans le cours de l'année
1729. Schah Thamas avant les prospéritez
qu'il eut depuis contre les Aghuans
, avoit gagné en personne trois Batailles
contre les Afdalis , repris Hérat et
Machat , et soumis tous les Rebelles du
Corassan et des environs. Dans ces expeditions
on passa au fil de l'épée tout ce
qui
2496 MERCURE DE FRANCE
qui fut trouvé portant les Armes ; mais
ceux qui les mirent bas et implorerent la
clemence du Roy,furent épargnez,à condition
qu'ils serviroient dans ses Troupes
, et que les chefs remettroient leurs
familles en otage , pour garants de leur fidelité
.Tout étant ainsi pacifié de ce côtélà
, on commença à songer à la destruction
des Aghuans. Pour commencer, le
Roy fit marcher son Armée de leur côté
dans l'intention cependant de ne plus rien
entreprendre de cette campagne , mais de
donner des quartiers d'hyver à ses Troupes
sur les Frontieres , pour qu'elles fussent
plus à portée d'agir au Printemps
prochain.
Acheraf de son côté , bien informé des
victoires du Roy , et de la marche de son
Armée , crut d'abord qu'on venoit l'atta
quer ; il rappella les Officiers et les Troupes
, qui étoient dispersez en divers lieux,
rassembla toutes ses forces , es se mit ea
campagne avec un grand appareil ; dès le
commencement du mois d'Aouft 1730.
il ne laissa dans Ispaham que deux ou
trois cens hommes , nombre plus que
suffisants pour tenir en bride tout ce qui
restoit d'habitans ; car on en avoit chassé
tous les Persans qui étoient en état de manier
les armes ; on avoit pris la même
préNOVEMBRE.
1731. 2497
que
précaution dans Cachan , Kon , Casbin
Teiron , et autres Villes , où on ne laissa
les vieillards , les femmes et les enfans.
Quoique ce fussent-là des indices de
crainte , les Aghuans ne laissoient pas de
témoigner une grande joie de ce que le
Tekzade , ( c'est ainsi qu'ils appelloient le
Roy ) leur épargnoit la peine de l'aller
chercher dans le Mazandran ; le moindre
des exploits dont ils se flattoient , c'étois
de le prendre en vie , et ceux qui parois
soient les plus raisonnables , plaignoient
disoient- ils , cette pauvre victime qui ve
noit ainsi se livrer à la mort. C'est avec
ces belles idées que les Aghuans se mirent
en campagne.
Schah Thamas qui bruloit d'impatien
ce d'en venir aux mains avec les Rebelles,
et qui n'avoit consenti qu'à regret à terminer
la campagne de si bonne heure , fur
ravi d'apprendre leur résolution , et se
disposa à les bien recevoir ; il n'avançoit
pourtant que lentement , affectant même
quelque crainte , pour attirer Acheraf le
plus avant qu'il pourroit ; celui-cy de son
côté , qui n'avoit jamais vû les Persans tenir
ferme devant lui en pleine campagne;,
s'avança , plein de confiance.
Enfin les Armées se joignirent à Damguam
, petite Ville sur les frontieres du
Chir2498
MERCURE DE FRANCE
Chirvan. L'attaque des Rebelles fut d'ar
bord assez vigoureuse ; les Persans animez
par la présence de leur Roy, l'a soutinrent
sans s'ébranler. Cette fermeté étonna un
peu Acheraf; il pratiqua alors ce qui lut
avoit réussi à la défaite des Turcs. Il fit
quelques détachemens de 2 ou 3000 hommes
, chacun, commandé par deux de ses
plus braves chefs , avec ordre de prendre
un détour et de venir attaquer l'enne
mi en flanc et en queuë ; mais les Rebelles
trouverent par tout le même ordre et lá
même résistance. Ces détachemens furent
repoussez et défaits ; le Corps où Acheraf
commandoit en personne , commença à
s'ébranler ; les Persans redoublerent leur
feu , et après une décharge faite à propos
de toute leur Artillerie , ils s'avancerent
sur les Rebelles qui prirent aussi - tôt
la fuite ; et abandonnant leur Canon et
leurs Equipages , ils se sauverent avec tant
de précipitation qu'en 24 heures ils firent
sept journées de chemin ordinaire et vinrent
jusqu'à Tairon , où ils s'arrêterent un
jour entier pour prendre halcine , après
quoi redoublant toujours les journées , ils
continuerent leur marche jusqu'à Ispaham .
Leur entrée dans cette Ville fut assez
paisible, mais le lendemain Acheraf donna
ordre à tous les siens de se retirer avec
leurs
NOVEMBRE. 1731. 2499
leurs effets et leurs familles , dans le Château.
Ce Château ,au reste ,n'est autre chose
qu'une enceinte de murailles de terre
élevées au centre de la Ville , avec des
Tours de même fabrique , de douze en
douze pas ; il renferme la vieille Citadelle
, la grande Place , le Palais du Roy ,
et peut avoir une lieuë de circuit. C'est
Youvrage d'Acheraf , dès qu'il se fut déclaré
Roy ; ouvrage vraiment misérable
s'il en fut jamais ; on ne sçauroit bien
décrire la précipitation , le tumulte et la
confusion avec laquelle les Rebelles s'y
retirerent. Ils en chasserent tous les Persans
, pillerent , ravagerent et brulerent
tout ce qui leur appartenoit, Et comme
c'est dans cette enceinte que se trouvoient
les plus riches Boutiques , ce fut aussi le
lieu des plus grands dommages qu'air
souffert cette malheureuse Ville. D'abord
que les Rebelles eurent ainsi retiré leurs
effets et leurs familles , ils se remirent en
campagne et allerent établir leur Camp à
neuf ou dix lieues d'Ispaham , près d'un
Village nommé Machakor.
Cependant l'Armée Royale avançoit
toûjours à journées reglées. Thamas Kou
likan , ce fidele et valeureux General
s'étant apperçu dans les Batailles précedentes
, que le Roy s'exposoit trop , ou
peute
665170
2500 MERCURE DE FRANCE
, ce
peut - être voulant avoir seul la gloire
d'achever la défaite des Aghuans , representa
à ce Prince que sa presence n'étoit
plus necessaire pour animer les Troupes ,
et il le supplia au nom de toute l'Armée
de rester à Teiron , avec un Corps de
reserve de 9 ou 10 mille hommes
que le Roy fit. Le Kan muni d'un plein
pouvoir , continua sa marche sans aucun
trouble , et comme les Rebelles avoient
abandonné tout le pays depuis le champ
de bataille jusqu'à Ispaham , les Villa
geois venoient en foule au - devant de
P'Armée Royale , et apportoient sans
être mandés tous les rafraîchissemens
dont elle avoit besoin les Villes ouvrirent
leurs Portes , et tous les Sujets
generalement témoignerent la joye qu'ils
avoient de leur heureuse délivrance .
>
Les deux armées se trouverent en presence
le Dimanche 13. Novembre 1729.
à 8. heures du matin celle des Rebelles.
avoit eû tout le temps qu'il lui falloit
pour se poster avantageusement ; leur
Batterie étoit bien rétranchée et bien
soutenue ; Acheraf se flattoit de rétablir
ses affaires de recouvrer enfin par une
pleine victoire tout le pays qui lui avoit
été enlevé ; mais le General Persan , qui
connoissoit sa foiblesse et qui le mépri-
›
soit ·
NOVEMBRE. 1731. 250r.
soit , ne daigna pas seulement se servir
de son Artilleric. Après avoir essuyé
toute la décharge des Rebelles , il marcha
droit à eux , à travers tout le feu
de leur Mousqueterie , sans tirer un seul
coup , jusqu'à ce qu'il fût arrivé près
de leur batterie , où il fit presqu'à bout
touchant sa premiere et unique décharge.
Les Rebelles furent tellement épou
wantés de cette hardiesse , qu'ils prirent
la fuite , et se sauverent à Ispaham ,
les premiers Fuyards commencerent d'ariver
à trois heures après midi ; ils dirent
d'abord , n'osant avouer leur défaite
, que les Persans avoient été battus ;
mais peu de temps après , les cris et les
lamentations des femmes et des enfans
qu'on entendit dans le Château
fierent le contraire. Acheraf
->
و
>
où
certi-
› qui
par respect
humain
ne fuyoit
pas si
vire que les autres
, n'entra
dans la Ville qu'à la nuit close
, pour
cacher
sa honte
,
Le bruit
de cette
défaite
courut
bien- tôt par toute
la Ville
, et tant les Etran- gers que les Gens
du Pays , tout le mon❤ de prit des mesures
pour
se soustraire
à la fureur
des Barbares
, et pour
se garantir
du massacre
general
dont
ils
avoient
souvent
menacé
au cas qu'ils
fussent
trop
pressés
; mais
Dieu
répandit
sur
2502 MERCURE DE FRANCE
sur eux une telle frayeur , qu'ils ne songerent
alors qu'à leur propre salut. Le
calme et le silence , qui , depuis l'entrée
d'Acheraf , avoient succedé au bruit et
au tumulte , étonnoient tout le monde
mais la surprise fut bien plus grande
quand dès le grand matin du lendemain
la nouvelle de leur fuite se répandit
personne n'osoit pourtant encore sortir
jusqu'à ce que quelques femmes envoyées
de divers endroits dans le Château , pour
sçavoir ce qui se passoit , en rapporterent
quelques meubles qu'elles avoient
enlevez dans les logemens abandonnés.
Ces Femmes furent bien- tôt suivies par
d'autres , et les hommes commencerent
enfin à s'en mêler , de sorte qu'en deux
heures de temps les rues furent pleines
de la Populace allant et venant tout
chargés de Butin . Le jour suivant , les
Villageois des environs se mirent de la
partie , et le pillage fut general . On ne
vît jamais un tel désordre et pas un
homme d'autorité pour l'arrêter , ce qui
dura près de trois jours jusqu'à l'arrivée
du General Persan , qui envoya d'abord
des gens de guerre dans le Château pour
en chasser cette canaille , et on mit à divers
endroits , pour la sûreté publique ,
des Corps-de-garde. On vit alors ,
›
,
› par
un
NOVEMBRE . 1731 2503
un effet admirable de la Divine Providence
, les mêmes Denrées que les Aghuans
tenoient, enfermées dans les Magazins
pour entretenir la cherté , tellement
répandues dans les rues , que pendant
plusieurs jours on ne pouvoit plus
у faire un pas sans marcher sur des tas
de ris , de froment , d'orge , &c.
On a sçu par des Esclaves échapés des
mains des Rebelles , que le jour de leur
fuite ils marcherent pendant quinze
lieues entieres sans s'arrêter , ce qui joint
aux autres dix lieues qu'il y a du champ
de Bataille à Ispaham , fait une traite
très - considerable pour des Fuyards chargez
de leurs bagages et de leurs familles ,
&c. Ils avoient d'abord pris le chemin
du Kiman mais ayant appris que tous
les passages étoient gard: z de ce côté llàà ,
ils se rendirent à Chiras , où ils massacrerent
tous les Persans qu'ils y rencontrerent.
Acheraf emporta la charge de
300. Chameaux , à ce qu'on dit , d'or ,
d'argent , et de meubles précieux de la
Couronne ; il emmena outre la famille
de Mahmoud et la sienne , toutes les
Princesses du Sang Royal , excepté la
Mere de Schah Thamas qu'il ne connoissoit
pas , et qui pendant la Domination
des Rebelles , a toujours fait l'office
de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Servante dans le Serrail , sans que les
autres Femmes ni les Ennuques ayent jamais
voulu la déceler , rare exemple de
fidelité , et signe évident de l'esperance
que ces sujets nourissoient dans leur
coeur. On assure que la fuite du Tyran
causa de tels transports de joye à cette
Princesse , qu'elle en fut entierement
aliénée d'esprit pendant trois jours , et
qu'elle ne s'est bien remise qu'après avoir
vû et embrassé ce cher Fils , pour lequel
elle avoit si souvent tremblé avec le
reste du Royaume.
Cependant une grande quantité d'Aghuans
, et d'autres Rebelles , qui n'ayant
pû ou osé suivre les Fuyards , s'étoient
cachez en divers endroits , trouverent
bien- tôt la mort qu'ils tâchoient d'éviters
on sçavoit les déterrer, et sans égard
à l'âge , ils étoient tués par tout où on
les trouvoit. Ceux qui étoient de quelque
consideration , étoient présentez au
General Persan , qui pardonna à quelques-
uns sur les bons témoignages qu'on
rendoit d'eux ; mais ce nombre fût bien
petit , et nous avons vû pendant plusieurs
jours les rues d'Ispaham pleines
des Cadavres des Rebelles , comme nous
des avions vûës remplies cy - devant de
ceux des Habitans de cette miserable
Ville. Le
१
*
"
NOVEMBRE. 1731. 2505
Le Tombeau de Mahmout , qu'on
avoit élevé avec beaucoup de faste dans
un Enclos , au-delà du Pont de Chiras ,
et que les Rebelles respectoient comme
un lieu sacré et de pelerinage , fût démoli
pour en faire des Latrines publiques.
Le Peuple étoit tellement animé
de l'esprit de haine et de vangeance ,
qu'en deux heures de temps , il ne resta
pas pierre sur pierre , d'un ouvrage auquel
des milliers d'ouvriers avoient travaillé
des mois entiers. Chacun vouloit
avoir quelque morceau des os du Tyran
pour vomir chaque jour dessus des imprécations
et des maledictions. Il n'y a
peut- être aucun homme dans Ispaham ,
qui pour marquer sa haine n'ait fait
servir ce lieu à l'usage pour lequel j'ay
dit qu'il étoit destiné.
و
>
le 9 .
Le Roy n'arriva à Ispaham que
Decembre ; son Entrée ne fut pas magnifique
mais elle fut toute guerriere.
Il marcha depuis Gaze , Village à deux
lieuës et demi de la Ville , à la tête de
son Corps de reserve qu'il conduisit
lui- même en bataille jusqu'à la rencontre
de Thamas Koulikan , qui vint au- devant
à la tête de 20. mille hommes. Les
deux Corps avant que de se joindre ,
firent plusieurs mouvemens et diverses
B ένος
2506 MERCURE
DE FRANCE
.
,
,
,
et courut vers son
évolutions
que le Roy commandoit
d'un côté et le General Koulikan de
l'autre. Celui - ci dès qu'il fut à portée ,
mit pied à terre
Maître pour l'empêcher de descendre de
Cheval ; mais ce Prince lui dit gracieusement
: Arrête , arrête ; j'ai fait van de
la pre- marcher sept pas au- devant de toy ,
miere fois que je te reverrois , après avoir
chassé mes ennemis d'Ispaham. LeRoy descendit
effectivement
, marcha quelques pas
puis s'assit sur des Coussins , et prit du
Caffé avec son General , après quoy ils
remonterent
à Cheval , et continuerent
leur marche vers la Ville ; avec cette difference
, que les Troupes défiloient non
pas dans ce bel ordre que l'on observe
en Europe , et qui est inconnu ici , mais
pressez et comme entassez les uns sur
les autres. On laissa pourtant un assez
grand intervalle au milieu , dans lequel
le Roy marchoit seul précedé de ses
Valets de pied , et suivi à dix ou douze
pas de distance de Thamas Koulikan :
tout le reste n'étoit qu'un tas confus
d'Officiers et de Soldatesques qui se pres
soient et se serroient tant qu'ils pouvoient.
Le Peuple de tous états , de tour
sexe et de tout âge étoit en foule aux avenuës
; les rues depuis la porte de Jokgi ,
>
jusNOVEMBRE.
1731. 2507
›
jusqu'à l'interieur du Palais étoient
couvertes de pieces d'Etoffe , que les Soldats
enlevoient d'abord que le Roy étoit
passé ; le * Nagara retentissoit par toute
la Ville ; on jettoit par tout des cris d'allegresse
; en un mot,on ne vit jamais une
joye plus vive et plus universelle. Ce qui
étoit bien opposé à ce qui se passoit à
l'Entrée du Rebelle Acheraf , au retour
de quelque expédition ; car alors
tout le monde fuyoit , toutes les portes
des maisons étoient fermées et aucun
des Habitans ne paroissoit , si ce n'est
les gens de Boutique que l'on forçoit à
les tenir ouvertes aux endroits où le
Tyran devoit passer.
→
Le Roy , après avoir satisfait dans
l'interieur du Serrail , à ce que la bonté
de son coeur , et sa tendresse naturelle
pouvoient exiger , passa les premieres
journées à recevoir les hommages des
differens Ordres de l'Etat ; il reçut aussi
les complimens des Etrangers de distinction
, et traitta tout le monde avec
une douceur qui lui gagna d'abord l'affection
publique. Les Persans aiment naturellement
, et cherissent leur Roy jusqu'à
l'excès ; les bonnes qualitez qu'ils
remarquent en Schah Thamas , leur font
* Longue Trempette à l'usage des Persans.
Bij
COR2508
MERCURE DE FRANCE
>
concevoir les plus flatteuses esperances.
Le Peuple nonobstant la misere où la
longue tyrannie des Rebelles l'avoit réduit
, paya gayement la Taxe qu'on lui
imposa , et supporta sans beaucoup d'inquietude
les petites insolences du Soldat ;
tout respiroit la joye et r'allegresse dans
Ispaham ; mais le Roy au milieu des plaisirs
qu'on tâchoit de lui procurer , paroissoit
toûjours inquiet et chagrin et
quand Thamas Kan voulut lui representer
qu'il devoit désormais oublier ses
disgraces passées , ce Prince lui fit entendre
, que quand même les malheurs
publics , et ses disgraces domestiques
pourroient être oubliés , il ne pouvoit
pas ignorer que le Meurtrier de son
Pere et les Bourreaux de ses Freres
étoient encore à Chiras : le General tou .
ché de ce Discours , donna dans le moment
même ses ordres pour un prochain
départ tout fut prêt en quatre jours ;
en sorte que l'Armée se remit en Campagne
sur la fin du même mois de Decembre.
و
Les Mahometans n'aiment pas à faire
la Guerre l'Hyver , mais ce Ġeneral est
un homme de toutes les Saisons , et comme
il ne se donne presque aucune commodité
au- dessus du simple Soldat , il
>
fur
NOVEMBRE 1732. 2509°
Fut servi dans cette expédition avec tant
de zele et d'ardeur , qu'il força tous les
obstacles de la saison ; enfin , malgré les
pluyes , les neiges et les glaces , il s'ou
vrit un chemin par tout ; il perdit véritablement
beaucoup d'hommes et de
chevaux dans sa marche , mais après des
fatigues et des travaux infinis , il joignit
20. jours après son départ d'Ispaham ,
les Rebelles qui s'étoient avancez à deux
journées en - deçà de Chiras : il les battic
malgré l'avantage du poste qu'ils avoient
choisi , et les obligea . de fuïr devant lui .
Il ne les poursuivit pas crainte de
quelque embuscade ; il avoit même pour
maxime , de ne jamais séparer ses Troupes
, de peur que quelque détachement
venant à être battu , ne mît l'épouvente
dans le reste de l'armée ; il avoit aussi
coûtume de dire que les Victorieux joignent
au petit pas l'Ennemi qui fuit à
toute bride.
et
Les Rebelles eurent donc le temps de
se rallier à Chiras , mais ce n'étoit plus
les mêmes hommes , ils étoient dépouillez
de cette feroce fierté , qui leur faisoit
mépriser le reste des hommes
dédaigner les conseils des plus habiles ;
ils prioient et supplioient les mêmes
personnes qu'ils avoient auparavant ac-
Biij cou2510
MERCURE DE FRANCE
3
coutumé de commander , le Sabre ou le
Bâton à la main ; ils prenoient conseil
de tout le monde , même de leurs femmes
et de leurs Esclaves ; mais il n'y
avoit plus de remede l'heure fatale
étoit arrivée ; ils résolurent cependant
de faire un dernier effort. Le jour qu'ils
sortirent pour venir au devant des Persans
, Acheraf et ses principaux Officiers
se tinrent aux Portes de la Ville , où ils
faisoient jurer les Soldats et les Officiers
de vaincre ou de mourir ; mais ils promettoient
les uns et les autres plus qu'ils
ne pouvoient ni ne vouloient tenir ; ils
n'avoient plus assez de force pour vainere
, ni de courage pour mourir aussi
ils furent battus dès le premier choc , et
cette bataille , si on peut donner ce nom
à quelques actions , ooùù iill nn''yy aa pas eu
mille hommes de tués de part et d'autre.
Cette bataille , dis- je , fut la derniere
et la moins sanglante de toutes. Les Rebelles
épouvantez , oublierent leur promesse
et leur serment ; ils attaquoient
tumultueusement et par pelotons , mais
à peine étoient- ils arrivez à la portée du
fusil , qu'ils faisoient leurs décharges
et se retiroient en désordre. Enfin voyant
que les Persans s'avançoient toujours fierement
, ils prirent la fuite tout de bon.
:
Le
NOVEMBRE. 1731 2511
Le General Persan les laissa fuïr suivant
sa coûtume , et ne les suivit qu'au
petit pas ; mais cette maxime n'étoit plus
de saison ; Acheraf s'en prévalut pour le
tromper , car si- tôt qu'il fut rentré dans
Chiras , il envoya deux de ses principaux
Officiers pour traitter d'accommodement.
Ils offrirent d'abord de rendre tous les
trésors de la Couronne à condition
qu'on les laisseroit retirer avec leurs familles
où bon leur sembleroit. Koulikan
>
leur répondit qu'il auroit pû accepter
cette proposition dans un autre temps ,
mais qu'aujourd'hui il les passeroit tous
au fil de l'Epée , s'ils ne lui remettoient
Acheraf entre les mains. Les députez
qui n'avoient d'autre dessein que celui
de l'amuser pour gagner du temps , promirent
tout ce qu'on voulut , pourvû
qu'il leur fût permis d'en aller conferer
avec les autres Officiers ; mais quand ils
furent de retour tout étoit prêt pour la
fuite. Ils se sauverent tous ensemble
avec leurs Familles et leur Butin ; ils
étoient déja bien loin , quand le General
Persan fut averti de leur retraite.
Il fit quelques détachemens , l'un desquels
les joignit au passage d'un Pont :
mais les Aghuans firent volte à face
faire passer leurs familles et leurs équi-
B iiij pages.
pour
2512 MERCURE DE FRANCE
pages . Ils chargerent ensuite les Persans
qui furent battus .
›
Les Fuyards continuerent leur marche,
mais comme ils ne tenoient aucune route
certaine , et que tout le pays étoit contre
eux les Paysans les harcelloient continuellement
le moindre petit Village
qui pouvoit assembler dix Fusiliers leur
disputoit le passage ; il n'y avoit point
de défilé où ils ne laissassent quelqué
chose. Au commencement c'étoient les
gros Equipages , ensuite leurs Femmes
Persannes et leurs Enfans. Pendant la
nuit les Esclaves détournoient toujours
quelques Chameaux
et c'est de cette
façon que furent ramenées à l'Armée
Royale la Tante et la Soeur de Schal
Thamas , avec quelques autres Princesses
. Enfin , ces miserables ne trouvant
plus de subsistance pour eux ni pour
leurs Chevaux , pressés de tous côtez
commencerent à se débander les uns
tirant d'un côté , les autres de l'autre.
Acheraf resta avec 4. ou 5. cent de ses
plus fideles amis ; son dessein étoit de
se retirer aux Indes ; mais comme il faloit
necessairement passer aux environs
de * Candahar , Hussein Kan , frere de
Mahmout , qui étoit en possession de
* Capitale de la Province de même nom.
›
,
cette
OCTOBRE. 1731. 2513
,
>
cette Place , averti de son dessein lui
coupa le chemin avec un bon corps de
Troupes , le combattit lai enleva le
reste de ses trésors , et le tua. C'est ainsi
que perît cet Usurpateur , qui , après
des cruautez inoüies avoit osé tremper
ses mains dans le sang de Schah Hussein ,
le meilleur , le plus débonnaire et le
plus pacifique Prince qui ait jamais regné.
C'est ainsi qu'ont été détruits et dispersés
les plus détestables et les plus sanguinaires
Usurpateurs qui ayent jamais
été sur la Terre.
,
Koulikan trouva les portes de Chiras
ouvertes ; dès qu'il y fut entré on vit
bien - tôt dans cette Ville ce qu'on avoit
vû auparavant à Ispaham , c'est - à- dire ,
les rues pleines de cadavres des Aghuans
et de leurs alliez , qui n'avoient pû se
sauver avec les autres ; il n'y eut plus
aucun endroit qui pût leur servir d'azile
; on ne pardonna qu'à trois ou quatre
des plus apparents , qui furent envoyez
au Roy ; on passa tout le reste au
fil de l'Epée. Les Persans qui voyoient
tous les jours arriver quelques restes des
Rebelles , dont ils apprenoient à tout
moment le désordre et la misere se
consolerent bien - tôt de la faute que
Koulikan avoit faite de les laisser écha-
By per
>
2514 MERCURE DE FRANCE
per , et quoique c'eût été un coup de
la derniere importance de reprendre les
Trésors de la Couronne ce General
n'en reçût aucun reproche du Roy , qui
le ménage et le considere toujours.
>
Cette grande affaire étant ainsi terminée
, toute l'attention des Persans se
tourna du côté des Turcs. On laissa reposer
les troupes pendant le reste de
Hyver ; mais à peine le Printemps fûtil
arrivé , que Koulikan , qui étoit toujours
resté à Chiras , où l'Armée étoit en
quartier , se remit en Campagne ; et
lorsque nous partîmes d'Ispaham , au
commencement de May 1730. les nouvelles
courantes étoient qu'après avoir
visité en chenin - faisant le Loristan et
les Arabes du Coquilon , il prenoit sa
route du côté d'Hamadan . Nous avons
appris depuis qu'il a battu pendant
la Campagne les Turcs en deux
differentes batailles ; qu'il a repris Hamadan
, Tauris , et presque tout le Pays
que les Turcs avoient usurpé pendant
les troubles jusqu'à Erivan .
>
Un Roy rétabli , neuf batailles gagnées
, presque tout un Royaume de l'étendue
de la Perse reconquis dans moins
de deux années un prodigieux nombre
de Rebelles exterminez ; ce sont des
>
faits
NOVEMBRE 1731. 2515.
faits qui peuvent effacer ceux des Héros
des siècles passés , et égaler les plus
beaux traits de l'histoire ancienne . Les
rares talens qu'a ce General pour la Guerre
le bonheur qui l'accompagne dans
ses expéditions la confiance du Soldat
>
,
qui l'aime et le craint , tout cela joint
ensemble , l'a rendu redoutable chez les
Ennemis mais enfin suspect dans la
Cour du Roy son Maître ; j'ai observé
plus d'une fois , et reconnu que depuis
Bassora jusqu'à Bagdat , et depuis Bagdat
jusqu'aux portes d'Alep , tout tremble
au seul nom de Thamas Koulikan . Cette
haute réputation et certe grande fortune
ne sont - elles point les présages de quelque
prochaine décadence ? Le Peuple et la
Cour,le Roy lui- même , ( à ce qu'on publie
, tous craignent que ce General
n'ait l'ambition de monter plus haut ; il
est lui seul toute chose. Le Roy n'a encore
nommé à aucun des premiers Employs
, sous pretexte que les appointemens
immenses que ces Charges emportent
, seront bien mieux employez au
payement des Troupes. A l'Armée Koulikan
est le seul Officier General , tous
les autres sont des Subalternes qu'il abaisse
, eleve , punit , recompense , casse et
rétablit comme il lui plaît ; il semble
Bv) même
2516 MERCURE DE FRANCE
1
même que depuis ses dernieres victoires ,
il abuse de l'autorité sans bornes que le
Roy lui a confiée dans la necessité de ses
affaires ; on peut même dire qu'il tient
ce Prince en une espece de tutelle ; mais
je sçai par des personnes qui ont l'honneur
de l'approcher , qu'il se reserve à
parler en Maître quand la Guerre du
Turc sera terminée. Ce General de son
côté n'est pas sans crainte ; il sçait qu'il
a beaucoup d'ennemis , et qu'il y a des
plaintes contre lui , sur- tout de la part
des Peuples qu'il a achevé de ruiner
des impositions extraordinaires , et c'est
pour cela , cela , dit-on , qu'il se tient à l'Armée
autant qu'il le peut. Telle est actuellement
la face des affaires de Perse
c'est-à-dire au mois de Mai 1730.
faite des Rebelles de Perse , et l'élevation
de Schah Thamas sur le Trône de ses
Ancêtres , &c. Par M. D. G. témoin
⚫culaire.
LR
ES AGHUANS ( 1 ) , ces fameux
Rebelles , qui pendant près de huic
années ont tenu sous le joug , et désolé la
plus grande partie du Royaume de Perse ,
n'étoient rien moins que ce qu'ils avoient
la réputation d'être ; leur nombre n'a ja➡
mais été audessus de 30000 hommes; leur
valeur étoit audessous de la commune, et
toute leur politique n'alloit qu'à massa→
crer impitoyablement tous les Persans ,
de quelque consideration qu'ils fussent
quand ils leur faisoient le moindre ombrage.
On pourroit même dire que leur
saccès et leur prosperité tenoient bien.
plus du miracle que d'aucun effet d'une
conduite réglée et bien concertée.
Ces Barbares conduits , pour ainsi dire,
"
(1 ) Nation originaire de la Province de Szyr
van , située entre la Mer Caspienne et le Mong
Caucase, depuis transportée par Tamerlan dans
Le Candabar , Frontiere de Perse et du Mogol.
pat
NOVEMBRE 1731. 2489
,
par la main de la fortune , s'étoient cependant
imaginez qu'après avoir pris la Ville
d'Hispaham , détrôné Schah Hussein , et
battu une armée de 120 mille Turcs , il
n'y avoit plus de Puissance au monde capable
de les abbatre ; la paix que le Grand
Seigneur avoit ensuite faite avec eux
l'Ambassade aussi honteuse que solemnel,
le , qu'il leur avoit envoyée pour reconnoître
leur chef Acheraf , les avoient tellement
éblouis, et les avoient rendus si
vains , qu'ils s'estimoient les plus grands
hommes de la terre , et ne regardoient
plus Schah Thamas fils et successeur du
Sultan Hussein que comme un petit sujet
qu'ils anéantiroient , s'il avoit jamais la
hardiesse de se presenter pour soutenir ses
droits , l'apellant par mépris et par dérision
, au lieu de Chazade , qui signifie
fils de Roy ; Tekzadé , c'est- à- dire , fils de
chien.
Il est vrai que la fermeté et la valeur des
Moscovites , lesquels non contens de ne
vouloir pas donner le titre de Roy à leur
chef Acheraf , avoient défait avec trois
cens hommes seulement , 5 à 6000 Aghuans
, leur avoit causé quelque troubles
mais le General Russien qui commandoit
dans le Guilan , leur ayant accordé ure
espece de Trêve,et réglé avec eux certai-
A v nes
2490 MERCURE DE FRANCE
nes limites , jusqu'à ce qu'il eut reçu des
Ordres plus précis du Czar , ils s'étoient
entierement rassurez de ce côté - là , de
sorte qu'Achetaf, qui dans le fonds n'étoit
, pour ainsi dire , qu'un chef de Brigands
, malgré la beauté de son nom , qur
signifie le Noble par excellence , dont les
forces étoient assez médiocres , commença
dèslors à se donner pour un grand Prince
, il ne faisoit plus la Guerre que par ses
Generaux ; c'est ainsi que le Château
d'Iesd fut soumis , après une année et demie
de Siége . Cette Place n'auroit tenu en
Europe devant une Armée , qu'autant de
tems qu'il en faut pour la disposition de
l'attaqué ; mais cette sorte de Guerriers
ne sçavoient ce que c'est que d'enlever
l'Epée à la main , le moindre petit retran
chement . L'Officier qui avoit deffendu
Iesd , et qui ne s'étoit rendu que par famine
, fut cruellement traité , et la Garni
son passée au fil de l'épée , malgré la
role qu'on leur avoit donnée , avec serment
fait sur l'Alcoran , qu'il ne leur seroit
fait aucun mal .
pa-
C'est encore de cette maniere qu'ils s'étoient
ouvert le chemin jusqu'à Benderabassi
* en trompant Sayd Amid ·
Kan qui occupoit će poste. Ce Kan
>
* Fameux Port de Mer , à deux lieuës d'or.
mas , Isle du Golfe Persique.
étoit
NOVEMBRE. 1731. 2491
étoit Prince du Sang Royal , du côté des
femmes ; il étoit bien fait , d'une taille et
d'une force extraordinaire , et rempli de
valeur , il s'étoit révolté contre Schah
Thamas , etavoit pris le titre de Roy dans
le Kirman , au commencement des troubles
, mais son armée n'étant composée
que de gens ramassez , il en étoit ordinairement
abandonné dans les actions.
décisives ; de sorte que réduit à deux ou
trois cens hommes , et ne sçachant plus comment
se maintenir , il aima mieux se rendre
aux Rebelles sur leurs belles promesses ,
que de recourir à la clemence de son Roy
legitime. Il eut le sort que son infidelité
méritoit , et la paya peu de jours après
de sa tête. Plusieurs Villes , sans deffenses,
se rendirent en même - temps , et tout le
pays fut ouvert , comme on l'a dit , jusqu'au
Benderabassi.
Ces prospéritez enfloient tellement le
coeur des Rebelles qu'Acheraf ne daignoit
plus se mettre en campagne,il restoit tranquille
dans Ispaham , faisant bâtir des
Maisons de plaisance , allant pompeuse
ment à la chasse, et vivant, en un mot,com.
me si la fortune eut été inébranlable.A son
exemple tous les grands Seigneurs et les
premiers Officiers qui composoient sa
Cour , vivoient de la même maniere ; ils
A vj avoient
8
2492 MERCURE DE FRANCE .
avoient tous parfaitement oublié leur premiere
origine et leur vile condition de.
Chameliers ou d'Esclaves. Les richesses
immenses dont ils avoient dépouillé les.
Persans , la beauté des femmes et des filles.
qu'ils leur avoient enlevées , et dont cha-.
cun d'eux avoit bon nombre , les super-.
bes bâtimens qu'ils habitoient , les habits:
somptueux dont ils se paroient, et la bonne
chere, à laquelle ils s'étoienr adonnez ;
tout cela comparé à leur premier état
leur constituoit en ce monde , selon leur
propre aveu , un Paradis de délices , tel
que Mahomet l'a promis dans l'autre à ses
Sectateurs dans l'Alcoran.
Tandis qu'Acheraf faisoit ainsi le grand
Monarque , Schah Thamas de son côté
travailloit au rétablissement de ses affaires.
On peur dire que la maniere dont it
s'étoit sauvé d'Ispaham, dans le plus fort du
Siége , avec une escorte de cinq cens hommes
, quoique les Aghuans eussent été
précisément avertis par les Arméniens
du jour et de l'heure de sa sortie ; que le
choix que Schah Hussein avoit fait ,
au préjudice de deux de ses aînez , et le
bonheur qu'il eut dans la suite de se tirer
du Piége qu'Acheraf lui avoit tendu à Teïoù
if prétendoit l'enveloper' , sous
prétexte de venir lui rendre homma ge
ron
NOVEMBRE. 1731. 2493
'de lui remettre la Couronne que Mahmont
lui avoit enlevée. On peut, dis- je ,
croire que tous ces évenemens étoient autant
de signes certains que Dieu l'avoit
choisi pour regner, et qu'il le destinoit à
remonter sur le Trône de ses Peres.
Ce Prince , élevé comme le sont ordinairement
les Fils de Roy dans l'Orient
n'avoit vû autre chose, lorsqu'il sortit d'Ispaham
, que l'interieur du Sérail , c'est-àdire
, des Femmes et des Eunuques . If
trouva un dérangement affreux dans tout
le Royaume , pas un Gouverneur de Province
qui eut la moitié des Troupes qu'il
étoit obligé d'entretenir les Finances
épuisées et mal réglées , des Ennemis de
tous côtez,et par surcroit de malheursune
foule de flateurs qui n'avoient en vûë que
leur propre interêt , sans songer en aucune
façon aux besoins de l'Etat.Cependant
Schah Thamas ne laissa pas de lever des
Troupes avec lesquelles il eut plusieurs
fois à faire aux Moscovites , aux Georgiens
, aux Osmanlous , et à d'autres Rebelles
, mais presque toujours avec desavantage
, quoiqu'il combattit lui- même
à la tête de ses plus braves soldats. Enfin
ne pouvant plus résister à tant d'ennemis
à la fois , il fut obligé , pour ainsi dire
abandonner la partie. Les Osmanlous
list
2494 MERCURE DE FRANCE
lui enleverent tout le Païs , qui est depuis
Erivan jusqu'à Tauris , et depuis Tauris
jusqu'à Hamadam. Les Moscovites se rendirent
maîtres du Guilan , la plus riche
Province de Perse , et celle qui donne les
Soyes. Les Géorgiens secouerent entiercment
le joug ; et les Afdalis , autres Re
belles , s'emparerent de Herat et de Machat
, dans le Corassan. Ce malheureux
Prince se trouva ainsi réduit à la Province
de Mazandran , à une partie du Chirvan
, et à une autre partie du Corassan-
Tant de revers , capables d'abatre tout
aatre courage que celui de Thamas , ne
servirent , pour ainsi dire , qu'à le fortifier
et à le corriger de quelques vices ausquels
il s'étoit adonné ; enfin, lorsque ses
affaires paroissoient les plus desesperées ;
le ciel qui le favorisoit , lui suscita un Liberateur
en la personne de Thamas Kouli
Kan. Ce Kan est un Seigneur d'environ
quarante ans , élevé dès son enfance dans
le métier des armes ; brave , s'il en fut jamais
, homme de bon esprit , franc et sincere,
récompensant bien ceux qui se comportent
vaillamment , et punissant de
mort ceux qui lâchent le pied dans les occasions
où ily a moyen de résister. Il donna
d'abord des preuves constantes de sa capacité
, de sa valeur et de sa fidelité , dans
diverNOVEMBRE.
1731 . 2495
diverses occasions où il fut employé ; et
quand il se vit entré assez avant dans les
bonnes graces du jeune Roy , il lui apprit
à discerner les flatteurs et les traîtres ,
l'obligeant à châtier les uns et à éloigner
les autres. Il osa de plus insinuer au Prince
la necessité de se corriger de ces vices
honteux , qui ternissoient ses belles qualitez,
sans quoi , ajontoit- t- il, Dieu ne be
niroit jamais ses Armes. Le Roy écouta
ses conseils , les goûta , les suivit , et ses
affaires commencerent dèslors à prendre
une meilleure face.
L'Armée Royale n'étoit pas nombreuse
, mais elle étoit bien payée et bien disciplinée
; la plus petite desobeïssance étoit
severement punie , et on payoit de la tête
la moindre lâcheté. Les principaux Officiers
et la plupart des Subalternes, étoient
tous d'une valeur à toute épreuve , gens
bien connus et choisis par Thamas Koulikan.
C'est avec une telle Armée et le genie
de ce Kan , que dans le cours de l'année
1729. Schah Thamas avant les prospéritez
qu'il eut depuis contre les Aghuans
, avoit gagné en personne trois Batailles
contre les Afdalis , repris Hérat et
Machat , et soumis tous les Rebelles du
Corassan et des environs. Dans ces expeditions
on passa au fil de l'épée tout ce
qui
2496 MERCURE DE FRANCE
qui fut trouvé portant les Armes ; mais
ceux qui les mirent bas et implorerent la
clemence du Roy,furent épargnez,à condition
qu'ils serviroient dans ses Troupes
, et que les chefs remettroient leurs
familles en otage , pour garants de leur fidelité
.Tout étant ainsi pacifié de ce côtélà
, on commença à songer à la destruction
des Aghuans. Pour commencer, le
Roy fit marcher son Armée de leur côté
dans l'intention cependant de ne plus rien
entreprendre de cette campagne , mais de
donner des quartiers d'hyver à ses Troupes
sur les Frontieres , pour qu'elles fussent
plus à portée d'agir au Printemps
prochain.
Acheraf de son côté , bien informé des
victoires du Roy , et de la marche de son
Armée , crut d'abord qu'on venoit l'atta
quer ; il rappella les Officiers et les Troupes
, qui étoient dispersez en divers lieux,
rassembla toutes ses forces , es se mit ea
campagne avec un grand appareil ; dès le
commencement du mois d'Aouft 1730.
il ne laissa dans Ispaham que deux ou
trois cens hommes , nombre plus que
suffisants pour tenir en bride tout ce qui
restoit d'habitans ; car on en avoit chassé
tous les Persans qui étoient en état de manier
les armes ; on avoit pris la même
préNOVEMBRE.
1731. 2497
que
précaution dans Cachan , Kon , Casbin
Teiron , et autres Villes , où on ne laissa
les vieillards , les femmes et les enfans.
Quoique ce fussent-là des indices de
crainte , les Aghuans ne laissoient pas de
témoigner une grande joie de ce que le
Tekzade , ( c'est ainsi qu'ils appelloient le
Roy ) leur épargnoit la peine de l'aller
chercher dans le Mazandran ; le moindre
des exploits dont ils se flattoient , c'étois
de le prendre en vie , et ceux qui parois
soient les plus raisonnables , plaignoient
disoient- ils , cette pauvre victime qui ve
noit ainsi se livrer à la mort. C'est avec
ces belles idées que les Aghuans se mirent
en campagne.
Schah Thamas qui bruloit d'impatien
ce d'en venir aux mains avec les Rebelles,
et qui n'avoit consenti qu'à regret à terminer
la campagne de si bonne heure , fur
ravi d'apprendre leur résolution , et se
disposa à les bien recevoir ; il n'avançoit
pourtant que lentement , affectant même
quelque crainte , pour attirer Acheraf le
plus avant qu'il pourroit ; celui-cy de son
côté , qui n'avoit jamais vû les Persans tenir
ferme devant lui en pleine campagne;,
s'avança , plein de confiance.
Enfin les Armées se joignirent à Damguam
, petite Ville sur les frontieres du
Chir2498
MERCURE DE FRANCE
Chirvan. L'attaque des Rebelles fut d'ar
bord assez vigoureuse ; les Persans animez
par la présence de leur Roy, l'a soutinrent
sans s'ébranler. Cette fermeté étonna un
peu Acheraf; il pratiqua alors ce qui lut
avoit réussi à la défaite des Turcs. Il fit
quelques détachemens de 2 ou 3000 hommes
, chacun, commandé par deux de ses
plus braves chefs , avec ordre de prendre
un détour et de venir attaquer l'enne
mi en flanc et en queuë ; mais les Rebelles
trouverent par tout le même ordre et lá
même résistance. Ces détachemens furent
repoussez et défaits ; le Corps où Acheraf
commandoit en personne , commença à
s'ébranler ; les Persans redoublerent leur
feu , et après une décharge faite à propos
de toute leur Artillerie , ils s'avancerent
sur les Rebelles qui prirent aussi - tôt
la fuite ; et abandonnant leur Canon et
leurs Equipages , ils se sauverent avec tant
de précipitation qu'en 24 heures ils firent
sept journées de chemin ordinaire et vinrent
jusqu'à Tairon , où ils s'arrêterent un
jour entier pour prendre halcine , après
quoi redoublant toujours les journées , ils
continuerent leur marche jusqu'à Ispaham .
Leur entrée dans cette Ville fut assez
paisible, mais le lendemain Acheraf donna
ordre à tous les siens de se retirer avec
leurs
NOVEMBRE. 1731. 2499
leurs effets et leurs familles , dans le Château.
Ce Château ,au reste ,n'est autre chose
qu'une enceinte de murailles de terre
élevées au centre de la Ville , avec des
Tours de même fabrique , de douze en
douze pas ; il renferme la vieille Citadelle
, la grande Place , le Palais du Roy ,
et peut avoir une lieuë de circuit. C'est
Youvrage d'Acheraf , dès qu'il se fut déclaré
Roy ; ouvrage vraiment misérable
s'il en fut jamais ; on ne sçauroit bien
décrire la précipitation , le tumulte et la
confusion avec laquelle les Rebelles s'y
retirerent. Ils en chasserent tous les Persans
, pillerent , ravagerent et brulerent
tout ce qui leur appartenoit, Et comme
c'est dans cette enceinte que se trouvoient
les plus riches Boutiques , ce fut aussi le
lieu des plus grands dommages qu'air
souffert cette malheureuse Ville. D'abord
que les Rebelles eurent ainsi retiré leurs
effets et leurs familles , ils se remirent en
campagne et allerent établir leur Camp à
neuf ou dix lieues d'Ispaham , près d'un
Village nommé Machakor.
Cependant l'Armée Royale avançoit
toûjours à journées reglées. Thamas Kou
likan , ce fidele et valeureux General
s'étant apperçu dans les Batailles précedentes
, que le Roy s'exposoit trop , ou
peute
665170
2500 MERCURE DE FRANCE
, ce
peut - être voulant avoir seul la gloire
d'achever la défaite des Aghuans , representa
à ce Prince que sa presence n'étoit
plus necessaire pour animer les Troupes ,
et il le supplia au nom de toute l'Armée
de rester à Teiron , avec un Corps de
reserve de 9 ou 10 mille hommes
que le Roy fit. Le Kan muni d'un plein
pouvoir , continua sa marche sans aucun
trouble , et comme les Rebelles avoient
abandonné tout le pays depuis le champ
de bataille jusqu'à Ispaham , les Villa
geois venoient en foule au - devant de
P'Armée Royale , et apportoient sans
être mandés tous les rafraîchissemens
dont elle avoit besoin les Villes ouvrirent
leurs Portes , et tous les Sujets
generalement témoignerent la joye qu'ils
avoient de leur heureuse délivrance .
>
Les deux armées se trouverent en presence
le Dimanche 13. Novembre 1729.
à 8. heures du matin celle des Rebelles.
avoit eû tout le temps qu'il lui falloit
pour se poster avantageusement ; leur
Batterie étoit bien rétranchée et bien
soutenue ; Acheraf se flattoit de rétablir
ses affaires de recouvrer enfin par une
pleine victoire tout le pays qui lui avoit
été enlevé ; mais le General Persan , qui
connoissoit sa foiblesse et qui le mépri-
›
soit ·
NOVEMBRE. 1731. 250r.
soit , ne daigna pas seulement se servir
de son Artilleric. Après avoir essuyé
toute la décharge des Rebelles , il marcha
droit à eux , à travers tout le feu
de leur Mousqueterie , sans tirer un seul
coup , jusqu'à ce qu'il fût arrivé près
de leur batterie , où il fit presqu'à bout
touchant sa premiere et unique décharge.
Les Rebelles furent tellement épou
wantés de cette hardiesse , qu'ils prirent
la fuite , et se sauverent à Ispaham ,
les premiers Fuyards commencerent d'ariver
à trois heures après midi ; ils dirent
d'abord , n'osant avouer leur défaite
, que les Persans avoient été battus ;
mais peu de temps après , les cris et les
lamentations des femmes et des enfans
qu'on entendit dans le Château
fierent le contraire. Acheraf
->
و
>
où
certi-
› qui
par respect
humain
ne fuyoit
pas si
vire que les autres
, n'entra
dans la Ville qu'à la nuit close
, pour
cacher
sa honte
,
Le bruit
de cette
défaite
courut
bien- tôt par toute
la Ville
, et tant les Etran- gers que les Gens
du Pays , tout le mon❤ de prit des mesures
pour
se soustraire
à la fureur
des Barbares
, et pour
se garantir
du massacre
general
dont
ils
avoient
souvent
menacé
au cas qu'ils
fussent
trop
pressés
; mais
Dieu
répandit
sur
2502 MERCURE DE FRANCE
sur eux une telle frayeur , qu'ils ne songerent
alors qu'à leur propre salut. Le
calme et le silence , qui , depuis l'entrée
d'Acheraf , avoient succedé au bruit et
au tumulte , étonnoient tout le monde
mais la surprise fut bien plus grande
quand dès le grand matin du lendemain
la nouvelle de leur fuite se répandit
personne n'osoit pourtant encore sortir
jusqu'à ce que quelques femmes envoyées
de divers endroits dans le Château , pour
sçavoir ce qui se passoit , en rapporterent
quelques meubles qu'elles avoient
enlevez dans les logemens abandonnés.
Ces Femmes furent bien- tôt suivies par
d'autres , et les hommes commencerent
enfin à s'en mêler , de sorte qu'en deux
heures de temps les rues furent pleines
de la Populace allant et venant tout
chargés de Butin . Le jour suivant , les
Villageois des environs se mirent de la
partie , et le pillage fut general . On ne
vît jamais un tel désordre et pas un
homme d'autorité pour l'arrêter , ce qui
dura près de trois jours jusqu'à l'arrivée
du General Persan , qui envoya d'abord
des gens de guerre dans le Château pour
en chasser cette canaille , et on mit à divers
endroits , pour la sûreté publique ,
des Corps-de-garde. On vit alors ,
›
,
› par
un
NOVEMBRE . 1731 2503
un effet admirable de la Divine Providence
, les mêmes Denrées que les Aghuans
tenoient, enfermées dans les Magazins
pour entretenir la cherté , tellement
répandues dans les rues , que pendant
plusieurs jours on ne pouvoit plus
у faire un pas sans marcher sur des tas
de ris , de froment , d'orge , &c.
On a sçu par des Esclaves échapés des
mains des Rebelles , que le jour de leur
fuite ils marcherent pendant quinze
lieues entieres sans s'arrêter , ce qui joint
aux autres dix lieues qu'il y a du champ
de Bataille à Ispaham , fait une traite
très - considerable pour des Fuyards chargez
de leurs bagages et de leurs familles ,
&c. Ils avoient d'abord pris le chemin
du Kiman mais ayant appris que tous
les passages étoient gard: z de ce côté llàà ,
ils se rendirent à Chiras , où ils massacrerent
tous les Persans qu'ils y rencontrerent.
Acheraf emporta la charge de
300. Chameaux , à ce qu'on dit , d'or ,
d'argent , et de meubles précieux de la
Couronne ; il emmena outre la famille
de Mahmoud et la sienne , toutes les
Princesses du Sang Royal , excepté la
Mere de Schah Thamas qu'il ne connoissoit
pas , et qui pendant la Domination
des Rebelles , a toujours fait l'office
de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Servante dans le Serrail , sans que les
autres Femmes ni les Ennuques ayent jamais
voulu la déceler , rare exemple de
fidelité , et signe évident de l'esperance
que ces sujets nourissoient dans leur
coeur. On assure que la fuite du Tyran
causa de tels transports de joye à cette
Princesse , qu'elle en fut entierement
aliénée d'esprit pendant trois jours , et
qu'elle ne s'est bien remise qu'après avoir
vû et embrassé ce cher Fils , pour lequel
elle avoit si souvent tremblé avec le
reste du Royaume.
Cependant une grande quantité d'Aghuans
, et d'autres Rebelles , qui n'ayant
pû ou osé suivre les Fuyards , s'étoient
cachez en divers endroits , trouverent
bien- tôt la mort qu'ils tâchoient d'éviters
on sçavoit les déterrer, et sans égard
à l'âge , ils étoient tués par tout où on
les trouvoit. Ceux qui étoient de quelque
consideration , étoient présentez au
General Persan , qui pardonna à quelques-
uns sur les bons témoignages qu'on
rendoit d'eux ; mais ce nombre fût bien
petit , et nous avons vû pendant plusieurs
jours les rues d'Ispaham pleines
des Cadavres des Rebelles , comme nous
des avions vûës remplies cy - devant de
ceux des Habitans de cette miserable
Ville. Le
१
*
"
NOVEMBRE. 1731. 2505
Le Tombeau de Mahmout , qu'on
avoit élevé avec beaucoup de faste dans
un Enclos , au-delà du Pont de Chiras ,
et que les Rebelles respectoient comme
un lieu sacré et de pelerinage , fût démoli
pour en faire des Latrines publiques.
Le Peuple étoit tellement animé
de l'esprit de haine et de vangeance ,
qu'en deux heures de temps , il ne resta
pas pierre sur pierre , d'un ouvrage auquel
des milliers d'ouvriers avoient travaillé
des mois entiers. Chacun vouloit
avoir quelque morceau des os du Tyran
pour vomir chaque jour dessus des imprécations
et des maledictions. Il n'y a
peut- être aucun homme dans Ispaham ,
qui pour marquer sa haine n'ait fait
servir ce lieu à l'usage pour lequel j'ay
dit qu'il étoit destiné.
و
>
le 9 .
Le Roy n'arriva à Ispaham que
Decembre ; son Entrée ne fut pas magnifique
mais elle fut toute guerriere.
Il marcha depuis Gaze , Village à deux
lieuës et demi de la Ville , à la tête de
son Corps de reserve qu'il conduisit
lui- même en bataille jusqu'à la rencontre
de Thamas Koulikan , qui vint au- devant
à la tête de 20. mille hommes. Les
deux Corps avant que de se joindre ,
firent plusieurs mouvemens et diverses
B ένος
2506 MERCURE
DE FRANCE
.
,
,
,
et courut vers son
évolutions
que le Roy commandoit
d'un côté et le General Koulikan de
l'autre. Celui - ci dès qu'il fut à portée ,
mit pied à terre
Maître pour l'empêcher de descendre de
Cheval ; mais ce Prince lui dit gracieusement
: Arrête , arrête ; j'ai fait van de
la pre- marcher sept pas au- devant de toy ,
miere fois que je te reverrois , après avoir
chassé mes ennemis d'Ispaham. LeRoy descendit
effectivement
, marcha quelques pas
puis s'assit sur des Coussins , et prit du
Caffé avec son General , après quoy ils
remonterent
à Cheval , et continuerent
leur marche vers la Ville ; avec cette difference
, que les Troupes défiloient non
pas dans ce bel ordre que l'on observe
en Europe , et qui est inconnu ici , mais
pressez et comme entassez les uns sur
les autres. On laissa pourtant un assez
grand intervalle au milieu , dans lequel
le Roy marchoit seul précedé de ses
Valets de pied , et suivi à dix ou douze
pas de distance de Thamas Koulikan :
tout le reste n'étoit qu'un tas confus
d'Officiers et de Soldatesques qui se pres
soient et se serroient tant qu'ils pouvoient.
Le Peuple de tous états , de tour
sexe et de tout âge étoit en foule aux avenuës
; les rues depuis la porte de Jokgi ,
>
jusNOVEMBRE.
1731. 2507
›
jusqu'à l'interieur du Palais étoient
couvertes de pieces d'Etoffe , que les Soldats
enlevoient d'abord que le Roy étoit
passé ; le * Nagara retentissoit par toute
la Ville ; on jettoit par tout des cris d'allegresse
; en un mot,on ne vit jamais une
joye plus vive et plus universelle. Ce qui
étoit bien opposé à ce qui se passoit à
l'Entrée du Rebelle Acheraf , au retour
de quelque expédition ; car alors
tout le monde fuyoit , toutes les portes
des maisons étoient fermées et aucun
des Habitans ne paroissoit , si ce n'est
les gens de Boutique que l'on forçoit à
les tenir ouvertes aux endroits où le
Tyran devoit passer.
→
Le Roy , après avoir satisfait dans
l'interieur du Serrail , à ce que la bonté
de son coeur , et sa tendresse naturelle
pouvoient exiger , passa les premieres
journées à recevoir les hommages des
differens Ordres de l'Etat ; il reçut aussi
les complimens des Etrangers de distinction
, et traitta tout le monde avec
une douceur qui lui gagna d'abord l'affection
publique. Les Persans aiment naturellement
, et cherissent leur Roy jusqu'à
l'excès ; les bonnes qualitez qu'ils
remarquent en Schah Thamas , leur font
* Longue Trempette à l'usage des Persans.
Bij
COR2508
MERCURE DE FRANCE
>
concevoir les plus flatteuses esperances.
Le Peuple nonobstant la misere où la
longue tyrannie des Rebelles l'avoit réduit
, paya gayement la Taxe qu'on lui
imposa , et supporta sans beaucoup d'inquietude
les petites insolences du Soldat ;
tout respiroit la joye et r'allegresse dans
Ispaham ; mais le Roy au milieu des plaisirs
qu'on tâchoit de lui procurer , paroissoit
toûjours inquiet et chagrin et
quand Thamas Kan voulut lui representer
qu'il devoit désormais oublier ses
disgraces passées , ce Prince lui fit entendre
, que quand même les malheurs
publics , et ses disgraces domestiques
pourroient être oubliés , il ne pouvoit
pas ignorer que le Meurtrier de son
Pere et les Bourreaux de ses Freres
étoient encore à Chiras : le General tou .
ché de ce Discours , donna dans le moment
même ses ordres pour un prochain
départ tout fut prêt en quatre jours ;
en sorte que l'Armée se remit en Campagne
sur la fin du même mois de Decembre.
و
Les Mahometans n'aiment pas à faire
la Guerre l'Hyver , mais ce Ġeneral est
un homme de toutes les Saisons , et comme
il ne se donne presque aucune commodité
au- dessus du simple Soldat , il
>
fur
NOVEMBRE 1732. 2509°
Fut servi dans cette expédition avec tant
de zele et d'ardeur , qu'il força tous les
obstacles de la saison ; enfin , malgré les
pluyes , les neiges et les glaces , il s'ou
vrit un chemin par tout ; il perdit véritablement
beaucoup d'hommes et de
chevaux dans sa marche , mais après des
fatigues et des travaux infinis , il joignit
20. jours après son départ d'Ispaham ,
les Rebelles qui s'étoient avancez à deux
journées en - deçà de Chiras : il les battic
malgré l'avantage du poste qu'ils avoient
choisi , et les obligea . de fuïr devant lui .
Il ne les poursuivit pas crainte de
quelque embuscade ; il avoit même pour
maxime , de ne jamais séparer ses Troupes
, de peur que quelque détachement
venant à être battu , ne mît l'épouvente
dans le reste de l'armée ; il avoit aussi
coûtume de dire que les Victorieux joignent
au petit pas l'Ennemi qui fuit à
toute bride.
et
Les Rebelles eurent donc le temps de
se rallier à Chiras , mais ce n'étoit plus
les mêmes hommes , ils étoient dépouillez
de cette feroce fierté , qui leur faisoit
mépriser le reste des hommes
dédaigner les conseils des plus habiles ;
ils prioient et supplioient les mêmes
personnes qu'ils avoient auparavant ac-
Biij cou2510
MERCURE DE FRANCE
3
coutumé de commander , le Sabre ou le
Bâton à la main ; ils prenoient conseil
de tout le monde , même de leurs femmes
et de leurs Esclaves ; mais il n'y
avoit plus de remede l'heure fatale
étoit arrivée ; ils résolurent cependant
de faire un dernier effort. Le jour qu'ils
sortirent pour venir au devant des Persans
, Acheraf et ses principaux Officiers
se tinrent aux Portes de la Ville , où ils
faisoient jurer les Soldats et les Officiers
de vaincre ou de mourir ; mais ils promettoient
les uns et les autres plus qu'ils
ne pouvoient ni ne vouloient tenir ; ils
n'avoient plus assez de force pour vainere
, ni de courage pour mourir aussi
ils furent battus dès le premier choc , et
cette bataille , si on peut donner ce nom
à quelques actions , ooùù iill nn''yy aa pas eu
mille hommes de tués de part et d'autre.
Cette bataille , dis- je , fut la derniere
et la moins sanglante de toutes. Les Rebelles
épouvantez , oublierent leur promesse
et leur serment ; ils attaquoient
tumultueusement et par pelotons , mais
à peine étoient- ils arrivez à la portée du
fusil , qu'ils faisoient leurs décharges
et se retiroient en désordre. Enfin voyant
que les Persans s'avançoient toujours fierement
, ils prirent la fuite tout de bon.
:
Le
NOVEMBRE. 1731 2511
Le General Persan les laissa fuïr suivant
sa coûtume , et ne les suivit qu'au
petit pas ; mais cette maxime n'étoit plus
de saison ; Acheraf s'en prévalut pour le
tromper , car si- tôt qu'il fut rentré dans
Chiras , il envoya deux de ses principaux
Officiers pour traitter d'accommodement.
Ils offrirent d'abord de rendre tous les
trésors de la Couronne à condition
qu'on les laisseroit retirer avec leurs familles
où bon leur sembleroit. Koulikan
>
leur répondit qu'il auroit pû accepter
cette proposition dans un autre temps ,
mais qu'aujourd'hui il les passeroit tous
au fil de l'Epée , s'ils ne lui remettoient
Acheraf entre les mains. Les députez
qui n'avoient d'autre dessein que celui
de l'amuser pour gagner du temps , promirent
tout ce qu'on voulut , pourvû
qu'il leur fût permis d'en aller conferer
avec les autres Officiers ; mais quand ils
furent de retour tout étoit prêt pour la
fuite. Ils se sauverent tous ensemble
avec leurs Familles et leur Butin ; ils
étoient déja bien loin , quand le General
Persan fut averti de leur retraite.
Il fit quelques détachemens , l'un desquels
les joignit au passage d'un Pont :
mais les Aghuans firent volte à face
faire passer leurs familles et leurs équi-
B iiij pages.
pour
2512 MERCURE DE FRANCE
pages . Ils chargerent ensuite les Persans
qui furent battus .
›
Les Fuyards continuerent leur marche,
mais comme ils ne tenoient aucune route
certaine , et que tout le pays étoit contre
eux les Paysans les harcelloient continuellement
le moindre petit Village
qui pouvoit assembler dix Fusiliers leur
disputoit le passage ; il n'y avoit point
de défilé où ils ne laissassent quelqué
chose. Au commencement c'étoient les
gros Equipages , ensuite leurs Femmes
Persannes et leurs Enfans. Pendant la
nuit les Esclaves détournoient toujours
quelques Chameaux
et c'est de cette
façon que furent ramenées à l'Armée
Royale la Tante et la Soeur de Schal
Thamas , avec quelques autres Princesses
. Enfin , ces miserables ne trouvant
plus de subsistance pour eux ni pour
leurs Chevaux , pressés de tous côtez
commencerent à se débander les uns
tirant d'un côté , les autres de l'autre.
Acheraf resta avec 4. ou 5. cent de ses
plus fideles amis ; son dessein étoit de
se retirer aux Indes ; mais comme il faloit
necessairement passer aux environs
de * Candahar , Hussein Kan , frere de
Mahmout , qui étoit en possession de
* Capitale de la Province de même nom.
›
,
cette
OCTOBRE. 1731. 2513
,
>
cette Place , averti de son dessein lui
coupa le chemin avec un bon corps de
Troupes , le combattit lai enleva le
reste de ses trésors , et le tua. C'est ainsi
que perît cet Usurpateur , qui , après
des cruautez inoüies avoit osé tremper
ses mains dans le sang de Schah Hussein ,
le meilleur , le plus débonnaire et le
plus pacifique Prince qui ait jamais regné.
C'est ainsi qu'ont été détruits et dispersés
les plus détestables et les plus sanguinaires
Usurpateurs qui ayent jamais
été sur la Terre.
,
Koulikan trouva les portes de Chiras
ouvertes ; dès qu'il y fut entré on vit
bien - tôt dans cette Ville ce qu'on avoit
vû auparavant à Ispaham , c'est - à- dire ,
les rues pleines de cadavres des Aghuans
et de leurs alliez , qui n'avoient pû se
sauver avec les autres ; il n'y eut plus
aucun endroit qui pût leur servir d'azile
; on ne pardonna qu'à trois ou quatre
des plus apparents , qui furent envoyez
au Roy ; on passa tout le reste au
fil de l'Epée. Les Persans qui voyoient
tous les jours arriver quelques restes des
Rebelles , dont ils apprenoient à tout
moment le désordre et la misere se
consolerent bien - tôt de la faute que
Koulikan avoit faite de les laisser écha-
By per
>
2514 MERCURE DE FRANCE
per , et quoique c'eût été un coup de
la derniere importance de reprendre les
Trésors de la Couronne ce General
n'en reçût aucun reproche du Roy , qui
le ménage et le considere toujours.
>
Cette grande affaire étant ainsi terminée
, toute l'attention des Persans se
tourna du côté des Turcs. On laissa reposer
les troupes pendant le reste de
Hyver ; mais à peine le Printemps fûtil
arrivé , que Koulikan , qui étoit toujours
resté à Chiras , où l'Armée étoit en
quartier , se remit en Campagne ; et
lorsque nous partîmes d'Ispaham , au
commencement de May 1730. les nouvelles
courantes étoient qu'après avoir
visité en chenin - faisant le Loristan et
les Arabes du Coquilon , il prenoit sa
route du côté d'Hamadan . Nous avons
appris depuis qu'il a battu pendant
la Campagne les Turcs en deux
differentes batailles ; qu'il a repris Hamadan
, Tauris , et presque tout le Pays
que les Turcs avoient usurpé pendant
les troubles jusqu'à Erivan .
>
Un Roy rétabli , neuf batailles gagnées
, presque tout un Royaume de l'étendue
de la Perse reconquis dans moins
de deux années un prodigieux nombre
de Rebelles exterminez ; ce sont des
>
faits
NOVEMBRE 1731. 2515.
faits qui peuvent effacer ceux des Héros
des siècles passés , et égaler les plus
beaux traits de l'histoire ancienne . Les
rares talens qu'a ce General pour la Guerre
le bonheur qui l'accompagne dans
ses expéditions la confiance du Soldat
>
,
qui l'aime et le craint , tout cela joint
ensemble , l'a rendu redoutable chez les
Ennemis mais enfin suspect dans la
Cour du Roy son Maître ; j'ai observé
plus d'une fois , et reconnu que depuis
Bassora jusqu'à Bagdat , et depuis Bagdat
jusqu'aux portes d'Alep , tout tremble
au seul nom de Thamas Koulikan . Cette
haute réputation et certe grande fortune
ne sont - elles point les présages de quelque
prochaine décadence ? Le Peuple et la
Cour,le Roy lui- même , ( à ce qu'on publie
, tous craignent que ce General
n'ait l'ambition de monter plus haut ; il
est lui seul toute chose. Le Roy n'a encore
nommé à aucun des premiers Employs
, sous pretexte que les appointemens
immenses que ces Charges emportent
, seront bien mieux employez au
payement des Troupes. A l'Armée Koulikan
est le seul Officier General , tous
les autres sont des Subalternes qu'il abaisse
, eleve , punit , recompense , casse et
rétablit comme il lui plaît ; il semble
Bv) même
2516 MERCURE DE FRANCE
1
même que depuis ses dernieres victoires ,
il abuse de l'autorité sans bornes que le
Roy lui a confiée dans la necessité de ses
affaires ; on peut même dire qu'il tient
ce Prince en une espece de tutelle ; mais
je sçai par des personnes qui ont l'honneur
de l'approcher , qu'il se reserve à
parler en Maître quand la Guerre du
Turc sera terminée. Ce General de son
côté n'est pas sans crainte ; il sçait qu'il
a beaucoup d'ennemis , et qu'il y a des
plaintes contre lui , sur- tout de la part
des Peuples qu'il a achevé de ruiner
des impositions extraordinaires , et c'est
pour cela , cela , dit-on , qu'il se tient à l'Armée
autant qu'il le peut. Telle est actuellement
la face des affaires de Perse
c'est-à-dire au mois de Mai 1730.
Fermer
Résumé : MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
Le texte relate la rébellion des Aghuans en Perse et l'ascension de Schah Thamas au trône. Les Aghuans, originaires de la province de Szyrvan, avaient dominé une grande partie du royaume de Perse pendant près de huit ans avec une armée de 30 000 hommes. Leur succès était davantage dû à la fortune qu'à une stratégie bien concertée. Ils avaient pris la ville d'Hispaham, détrôné Schah Hussein et battu une armée turque de 120 000 hommes. Leur arrogance fut renforcée par la paix et l'ambassade du Grand Seigneur, qui les reconnaissait comme une puissance majeure. Schah Thamas, fils de Schah Hussein, travailla à rétablir ses affaires malgré les revers. Il fut aidé par Thamas Kouli Kan, un seigneur brave et loyal, qui l'aida à discipliner son armée et à corriger ses vices. En 1729, Schah Thamas remporta plusieurs victoires contre les Afdalis et soumit les rebelles du Corassan. En 1730, il affronta les Aghuans à Damguam. Malgré une attaque vigoureuse des rebelles, les Persans tinrent ferme, repoussant les détachements ennemis et défaisant le corps principal commandé par Acheraf. Cette victoire marqua le début de la fin pour les Aghuans et permit à Schah Thamas de remonter sur le trône de ses ancêtres. En novembre 1731, une armée royale persane, dirigée par le général Thamas Koulikan, affronta des rebelles près de Tairon. Les rebelles, menés par Acheraf, prirent la fuite après une brève bataille, abandonnant leurs canons et équipages. Ils se réfugièrent à Ispaham, où ils se retranchèrent dans une enceinte fortifiée, pillant et ravageant les biens des Persans. Les rebelles se déplacèrent ensuite vers Machakor, établissant leur camp à proximité. L'armée royale avança sans obstacle, accueillie favorablement par les habitants des villes libérées. Le 13 novembre 1729, les deux armées se rencontrèrent. Les rebelles, bien positionnés, furent rapidement vaincus par la charge audacieuse des Persans. Acheraf et ses partisans fuirent vers Chiras, massacrant les Persans sur leur passage. La ville d'Ispaham fut ensuite pillée par la population locale. Le roi de Perse, Shah Thamas, arriva à Ispaham en décembre, accueilli avec joie par les habitants. Il reçut les hommages des différents ordres de l'État et des étrangers de distinction. Malgré la misère causée par la tyrannie des rebelles, le peuple paya volontiers les taxes imposées. Cependant, le roi resta préoccupé par la présence des meurtriers de son père et de ses frères à Chiras. Le général Thamas Koulikan prépara une nouvelle expédition, et l'armée se remit en campagne à la fin du mois de décembre, malgré les conditions hivernales défavorables. Le général persan Koulikan, après avoir perdu de nombreux hommes et chevaux lors de sa marche depuis Ispaham, rejoignit les rebelles près de Chiras après 20 jours. Malgré l'avantage du terrain des rebelles, il les battit et les força à fuir. Il ne les poursuivit pas pour éviter les embuscades et pour maintenir la cohésion de son armée. Les rebelles se rallièrent à Chiras, mais avaient perdu leur féroce fierté et cherchaient des conseils auprès de tous, y compris leurs femmes et esclaves. Ils tentèrent une dernière bataille, mais furent rapidement vaincus. Acheraf, leur chef, tenta de négocier, mais Koulikan refusa toute proposition sauf la reddition d'Acheraf. Les rebelles s'enfuirent, mais furent harcelés par les paysans et les détachements persans. Acheraf fut finalement tué près de Candahar par Hussein Kan. Koulikan entra à Chiras et fit exécuter les rebelles restants. Après cette victoire, les Persans se tournèrent vers les Turcs, battant les Turcs en deux batailles et reprenant plusieurs villes. Koulikan, bien que redouté et respecté, suscitait des craintes à la cour du roi en raison de son pouvoir et de son ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 508-525
Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Pieces. d'Histoire et de Litterature, Tome 1. [...]
Mots clefs :
Recueil, Histoire, Littérature, Mahomet, Temps, France, Mecque, Trésor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
RECUEIL de Pieces. d'Histoire et de
Litterature , Tome 1. vol. in 12. de 224.
pages , sans les Préfaces. A Paris , chez
Chaubert , à l'entrée du Quay des Augustins , du côté du Pont S. Michel , 1731. ~
L'Auteur de ce Recueil s'est proposé
comme il le dit dans sa Préface , de plaire
à l'esprit et de l'orner des connoissances
solides ; on peut dire qu'il a réussi dans
ce premier volume , et qu'il tient plus
qu'il ne nous a promis. Il paroît trèsmodeste surson article et même sur celui
de
MARS. 1732. 509.
de la Nation Françoise , à laquelle il préfere les Anglois pour le goût et les in-1
clinations , selon la coûtume d'un certain cercle de personnes qui prennent aujourd'hui à tâche de proner les grandes ,
perfections de la Nation Angloise , aux:
dépens même de la leur , et qui rabaise
sent souvent leur Patrie pour donner à
la Nation Britannique plus de lustre et
de réputation qu'il ne lui enest legitime,
ment dû.
Ce Volume contient les Pieces suivan- ,
tes , toutes ayant leur mérite. Lettre de
M. D...à un de ses amis , sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. l'Abbé.
de S. Real , servant de Préface à la premiere Piece de ce Recueil.
Panegyrique de la Régence de Madame
Royale Marie J. B. de Savoye.
Refléxions nouvelles de M. de la R.
Histoire du Mahometisme.
Remarques sur l'administration des Fi
nances des Romains , traduites de l'Anglois.
Dissertation touchant la part qu'eut
le Pape. Zacharie à la déposition de Chil- deric.
Dissertation , si la grandeur temporelle de l'Eglise n'est point contraire à la
Loy de Dieu , et aux maximes des temps
Apostoliques. Eij Da
o MERCURE DE FRANCE
De la maniere de compter par siecles.
Du commencement et de la fin de chaque
siecle.
Nous ne donnerons aucun Extrait des.
deux premieres Pieces de ce Recueil
nous dirons seulement que le Panegyrique est une fort belle Piece , dont le sujet est traité avec beaucoup d'éloquence.
Les Refléxions diverses qui suivent
cette Piece , sont neuves et délicates.
Elles regardent la confiance , la difference
des esprits , les goûts , la societé , la conversation , le faux , l'air et les manieres.
Nous renvoyons encore au Recueil même
ceux qui en voudront connoître la solidiré et la justesse.
Nous passerons à l'Histoire du Mahometisme , qui est une des Pieces de ce
Recueil ; il paroît d'abord que cette Histoire doive être considerable. Elle l'est en
effet , mais moins par son étenduë que
par la maniere dont elle est traitée. Elle
est divisée en trois Parties. La premiere
est employée à l'Histoire de Mahomet er
de sa Secte. La seconde rapporte les Fables principales que des Auteurs mal informez ont debitées sur Mahomet. L'Auteur réfute en peu de mots dans la troisiéme les principes de cette fausse Religion,Donnons quelque idée de cette Histoire.
MAR-S; 1732 Sar
L'Auteur a puisé les circonstances qu'il
rapporte dans son Discours , dans les
meilleurs Auteurs Mahométan's dans
Abulfeda , Elmacin , Abuljacer , et autres.
Il s'est servi aussi des sçavans Chrétiens
qui ont écrit sur l'Histoire Orientale ,
tels qu'Abulfarage , qu'on peut mettre
de ce nombre, puisqu'il embrassa le Christianisme avant que de mourir , les sçavans Maronites , Gabriël Sionita , Jean
Hesronita , et Abraham Ecchellensis , le
F. Maracci , Hottinger , d'Herbelot , que
Imprimeur nomme Berthelot , et autres.
Mahomet pâquit à la Mecque, Ville
d'Arabie , dans le temps que l'Eglise
Orientale,aussi-bien que l'Empire,étoient
agitez par un très grand nombre de Sectes
et de divisions. Ses parens étoient d'une
naissance illustre parmi les Arabes , mais
pauvres. Il fut orphelin de pere et de
mere à 7. ans. Son oncle l'éleva au commerce des Syriens ; et à l'âge de 28. aps
il épousa une veuve jaune et riche , dont'
il avoit conduit en Syrie pendant trois
ans les Marchandises qu'elle y envoyoit.
Il se vit par un Mariage si avantageux
en état de faire valoir les grandes qualitez de son esprit, sa bravoure dans les
dangers , sa fermeté , sa pénetration et
ses manieres affables et complaisantes. Il
étoit
i
E iij
312 MERCURE DE FRANCE
pour
étoit naturellement éloquent , et il se serIvit bien dans la suite de ce talent. Il
contrefit dès l'année 606. de J. C. l'homme rêveur et contemplatif , et fit passer
des révelations et des communications avec l'Ange Gabriël , les attaques
du mal caduc , dont il étoit agité assez
souvent. Il s'appliqua de bonne heure à
réunir les trois Religions qui regnoient
en Arabie , la Chrétienne , la Juive et
l'ancienne des Arabes.
La Religion Chrétienne étoit plutôt alors une confusion de Sectes et de superstitions , qu'une Religion. Les Juifs et
les Ismaëlites paroissoient pouvoir être
aisément réunis , puisque les uns et les
autres reconnoissoient Abraham pour leur
"Pere commun. Enfin les Arabes étoient
presque tous Idolâtres et adoroient les
Astres dans leur fameux Temple de la
Mecque , qu'ils croyoient ( comme ils le
croyent encore fort abusivement ) plus.
ancien que celui de Salomon.
Mahomet pour profiter de ces divisions.
et pour réunir toutes ces Sectes en une
seule , pose pour principal fondement
qu'il n'y a qu'un Dieu digne de nos adorations ; ce principe établi avec les Chrétiens et avec les Juifs , il tâche d'y amener aussi les Ismaëlites ou les Arabes , en
les:
MARS. 17320 Sis
.
les faisant souvenir qu'ils sont Enfans d'Abraham , et qu'Abraham n'a jamais adoré
qu'un seul Dieu. Il soutient en faveur
des Juifs , qu'il n'y a point de Trinité
queDieu n'a point de fils et qu'il ne s'est
point incarné , ce qui réunissoit encore
plusieurs Sectes, Nestoriens, Ariens et autres. Il dit avec les Chrétiens , que la
Loi de Dieu , qui avoit été confiée aux
Juifs , ayant été corrompue par eux , if
falloit que Dieu suscitât un autre Prophete plus excellent que les autres. Il
avoue que c'est J. C. qu'il est né d'une
Vierge , qu'il est le Verbe de Dieu , que les
Juifs l'ont voulu crucifier , mais qu'il fut
: enlevé dans le Ciel, et que les Juifs ne
-crucifierent que sa Figure , ce qui étoit
Pheresie des Ebionites. Enfin après avoir
déclaré ces trois Religions insuffisantes ,
il ajoûte en sa faveur que le temps dư
Consolateur promis par J. C. est arrivé ,
: et que la promesse s'accomplit en sa pro
-pre personne. Il accompagna tout cela
de fables qui avoient quelques fondemens dans l'Histoire Sainte , ou qu'il tiroit des Histoires apocriphes , et des
Traditions populaires , mais dont les Arabes ne pouvoient reconnoître la fausseté,
tant leur ignorance étoit grossiere. De
temps-en-temps Mahomet faisoit descenÈ iiij dre
514 MERCURE DE FRANCE
dre du Ciel quelques Cahiers qu'il composoit selon les conjectures où il se trouvoit. On les recueillit après sa mort , et
c'est ce qu'on appelle Alcoran. * Et comme il faut quelqu'exterieur dans une Religion , il ordonna le Jeûne de Ramadan,
il laissa la Circoncision qui étoit en usage en Arabie , et établit des Fêtes , des
Pelerinages , des purifications et d'autres
ceremonies tirées du Christianisme , du
Judaisme et de la pratique ordinaire de
la Nation Arabe.
Il fut cependant 12. ou 13. ans suivi
d'un très-petit nombre de Disciples. La
14. année près de 80. Disciples se joignirent aux premiers , ce qui fit du bruit
dans la Mecque. Les Magistrats en craignirent quelqu'émotion et le chasserent
de la Ville. C'est à cette année de la fuite
de Mahomet , qu'il se réfugia à Medine ,
que commence la celebre Epoque des Mahométans , qu'ils nomment Hegire , c'està-dire Fuite, ce fut Omar oncle de Mahomet, qui 17 ans après cette fuite l'érigea
solemnellement en Epoque et la fitinserer
dans tous les Actes publics. Elle tombe
aur 22. Juillet de l'année 622. de J. C.
Peu de temps après cette fuite , Ma-
* Aloran , composé de deux mots Arabes , signifie l'Ecriture par excellence.
homet
MARS. 1732. SI5
homet eut recours à l'épée , qui lui réüssit encore mieux que la parole. Un Ca
hier descendit du Ciel , qui lui ordonna
d'exterminer tous ceux qui ne suivroient
pas sa doctrine. Les Historiens comptent
12. Batailles qu'il a gagnées pendant sa
vie. Enfin il assiegea la Mecque , à la
tête de 10000. hommes , s'en rendit le
maître et fit passer par le fil de l'épée
tous ceux qui ne se soumirent pas à la
doctrine de l'Alcoran. Voilà en peu de
mots l'Histoire de ce celebre Imposteur.
Il eut , selon quelques- uns , 17. femmes ,
selon d'autres , 21. mais il n'en eut point
d'enfans mâles. Il mourut âgé de 63. ans
dans la 11 année de l'Hegire , et fut enterré à Médine , lieu de sa retraite.
Les fables que l'auteur du Discours historique réfute sont les Miracles que l'on
supose avoir été faits par Mahomet, soit en
naissant , soit dans le cours de sa prétendue Mission . C'est une suite de ces fables
de dire que le Temple de la Mecque ait été bâti en l'honneur de Mahomet. De
son temps même on croyoit que ce Temple subsistoit depuis Abraham, outre que les Mahométans n'y vont que pour adorer Dieu. La suspension en l'air du Tom-- beau de Mahomet est encore une fable ,
mais il ne faut pas la mettre sur le compte
Ev dess
2
16 MERCURE DE FRANCE
des Mahometans , qui la rejettent absoJument. Autre fable, que ce que quelquesuns ont écrit que Mahomet fut choisi
pour le Chef de ceux qui se révolterent
contre Heraclius , et qu'il alla au-devant
de cet Empereur lorsqu'il revenoit de:
Perse. Jamais Mahomet n'a yû Heraclius.
ni n'a combattu contre lui.
Les Villes d'Arabie , ajoûte l'Auteur,
étoient alors régies comme des Républiques ;.
le Cherif, c'est- à- dire , Senior , commandoit:
et l'on n'y avoit nul rapport avec l'Empe-·
reur. Ici notre Auteur nous permettra de
ne pas adopter son Explication du nom de:
Cherif. Ce terme Arabe ne signifie nulle-
-mentSenior Pancien,mais il signifieNoble,
nom qui ne se donne qu'aux Descendans
de Mahomet par Ali , son gendre et par
sa fille Fathime , parce que ceux- là sont
censez de la plus haute naissance qui appartiennent à cette Branche de la Race de
leur Prophete. C'est le seul titre dont le Prince de la Mecque se pare , ainsi que
celui de Medine ; les Rois de Maroc se
font aussi une gloire de porter ce nom ,
regardant comme un des plus beaux ti- tres de noblesse de descendre de MahoLes Arabes expriment ce terme par Scheik ,
qui signifie aussi un Gouverneur , un Chef, uns
Docteur, &c..
met
MARS. 17321 517
4
met par Fathime. Il y a en cet endroit
une autre méprise ; car quoiqu'il soit vrai
que Cherif signifie Noble , et qu'il semble que les Nobles du Pays ayent dû le
gouverner , nous ne voyons cependant
pas que les Villes d'Arabie , à l'exception des deux qu'on vient de nommer
ayent été gouvernées par des Cherifs.
C'est encore une fable de dire que Mahomet ait pris Damas. Fable que son corps
ait été mangé par les chiens. Une autre
fable adoptée par Constantin Porphyrogenete , par Euthymius , Cedrene et autres , c'est d'attribuer aux Mahometans
le culte de Lucifer , de Venus ou de la
-Lune , en leur faisant dire , Alla , oita
Kubar , Deus et Luna seu magna ; au lieu
de Alla ou Akubar, ô Deus maximus
qui sont les premieres paroles qu'on crie
du haut des Mosquées , &c.
oйa
Nous ne suivrons point l'Auteur dans
l'examen , concis à la verité , mais bien
touché, qu'il fait de la Doctrine de Mahomet; il ruine en peu de mots beaucoup
de ses principes. Ce court examen pour--
roit servir de plan à une réfutation com
plette du Mahométisme. Passons à la V.
Piece de ce Recueil , qui contient des Remarques traduites de l'Anglois sur l'administration des Finances des Romains.
En Voici le précis Evi fuc
18 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire fournit aux Rois des lumie
res pour soutenir leurs Etats dans la splendeur , en profitant des maximes qui ont
contribué à la grandeur des Empires , et
en évitant ce qui a causé leur décadence.
Rome fut redevable de sa puissance à
une sage dispensation de ses revenus ;
leur dissipation entraîna sa ruine.
y
Valerius-Publicola fut le premier qui
ordonna que le revenu appartenant à la
République seroit déposé dans le Temple
de Saturne , afin que la sainteté du licu
rendît ce dépôt encore plus sacré ; il
avoit deux Trésors ; l'un destiné aux besoins journaliers de la République , l'autre aux pressantes nécessitez. On portoit
dans le premier les Tributs et les Impôts
ordinaires , et dans l'autre l'or de l'Impôt
du vingtiéme sur les Esclaves ; on l'appelloit pour ce sujet Aurum vicesimarium.
Pendant quelques siecles la République
n'eut pas besoin d'argent ; ce ne fut qu'au
Siege de Veïes 350. ans après la fondation de Rome , que les Troupes commeacerent à recevoir une solde. Les Romains
persuadez que rien n'étoit plus important que de ne point surcharger le Peuple d'Impôts et d'avoir un fonds capable de maintenir l'Etat en temps, de guerte
et de paix , firent porter dans le Trésor
public
MARS. 1732 $39
public toutes les richesses qu'ils emportoient par leurs victoires. Ainsi les richesses de Carthage , de Sicile , des Villes de
Macédoine , d'Asie et des autres Provinces conquises , furent déposées par les
Generaux dans le Temple de Saturne
avec un désinteressement admirable , qui
duroit encore quelque temps après la
derniere guerte punique.
›
Dans le siecle suivant cette integrité
fut alterée , mais ce ne fut jamais que
par des ambitieux qui tramoient la servitude et la ruine de la République. Ce
pendant le Trésor public ne laissoit pas
d'être enrichi continuellement par les richesses immenses que la République tiroit de ceux de qui elle triomphoit. Scipion l'Africain fit payer aux Carthaginois
30. millions de livres dans l'espace de 50.
ans , et il obligea le Roi Antiochus en lui
accordant la paix , de payer à la Répablique 24.. millions. Titus Q. Flaminius
Coptraignit Philippe , Roi de Macedoine,
de donner à la Rep. 3. millions ; il n'accorda la Paix à Nabis , Tyran de Sparte .
qu'en exigeant de lui près d'un million.
Il ajoûta encore aux sommes immenses
dont il avoit déja enrichi le Trésor , six
cent quarante millions de livres en lingots d'argent ; 79. millions quatre cens
-
cin-
* 20 MERCURE DE FRANCE
· "
cinquante- deux mille livrés en monnoye
d'argent , et deux millions quatre cent
vingt mille livres en Pieces d'or. On peut
encore voir d'autres exemples de ce désinteressement des Generaux Romains
dans ces Remarques.
C'est donc par cette conduite des Ro-
'mains à l'égard de ceux dont ils triomphoient et par l'integrité et le desinteressement de ces grands Hommes que Rome s'est élevée si haut et qu'elle s'est soutenuë si long- temps. Car il n'est pas pos.
sible qu'un Etat puisse soutenir de lonque ques guerres sans autre fonds celui
de son propre revenu. En effet tant que
les Romains ne perdirent point de vûë
ce systême, ils furent heureux dans leurs
Expeditions. Auguste laissa des sommes
si considerables dans le Trésor public ,
qu'on les fait monter jusqu'à 202 , millions de notre monnoye. Aussi , remarque l'Auteur Anglois , avoit- il une qualité qui ne manque jamais d'enrichir un
Prince , c'étoit d'examiner avec soin les
comptes publics. Mais Caligula dépensa
ses immenses richesses en moins d'un an
au rapport de Suetone. L'Auteur prouve
ensuite que le salut de l'Etat dépend de
- Padministration des Finances , et que la
prodigalité des Princes, et leur inatter- tion
MARS. 1732. JA
tion à veiller sur l'usage et l'emploi de
feurs richesses , en entraînent la dissipa-`
tion et peu à peu la ruine de leurs Etats.
Il fait ensuite remarquer que la cruauté
de plusieurs Empereurs de Rome n'est
venuë que des necessitez ausquelles leur
prodigalité les avoit réduits , qu'ils n'étoient pas cruels d'abord, et que ce n'a été
qu'une suite de leur inattention à veiller
sur leurs Finances ; négligence qui les
contraignoit d'exiger des Peuples avec
dureté des Impôts multipliez et à les
vexer en mille manieres ; funestes fruits
des conseils pernicieux de leurs Courti
sans qui ne manquoient pas de leur inspirer du dégoût et de l'éloignement pour
les affaires et sur tout pour celles qui regardent les Finances.
L'Empereur Caracalla fut le premier
qui altera les Monnoyes et qui donna des pieces d'étain et de cuivre pour des
pieces d'or et d'argent , sur quoi on peut
remarquer en general que durant la décadence de l'Empire les Monnoyes furent
fortalterées , la necessité poussant le Prin
ce à donner aux Especes une plus grande valeur à proportion de leur rareté 35
d'où l'on peut conclure avec l'Auteur
des Remarques , que les Especes sont comme le pouls d'un Etat ; , s'il bat irréguliere-- ment
522 MERCURE DE FRANCE
rement , onjuge par ce symptome que le corps
politique est attaqué de quelque maladie
dangereuse ; que si le Prince se trouve obligé
d'affaiblir les Especes , c'est un indice qu'on
commence à les faire sortir du Royaume ; s'il
est dans la nécessité de substituer quelqu'autre
matiereà l'or et àl'argent, comme fit Caracalla , on peut inferer de- là qu'unegrande par
tie de l'argent en est déja sortie que s'il ar
rive que les Especes soient entierement enlevées on universellement alterées comme
cela se fit dans la décadence de l'Empire Remain , on en peut augurer la raine prochaine
de l'Etat. On trouve dans cette Piece un
grand nombre de traits curieux que les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de rapporter. Nou ne dirons rien des
deux Dissertations qui suivent sur la déposition de Childeric e sur la compatibilité de la grandeur temporelle avec la
puissance spirituelle ; ces deux Pieces sont
P'une et l'autre remplies de choses Cu
rieuses et qui se font lire avec plaisir.
La derniere Piece de ce Recueil regarde une dispute qui s'éleva vers la fin du
dernier siecle ; les uns prétendoient que
Pannée 1700. devoit commencer le sie--
cle suivant , desorte que du même moment que l'on pouvoit compter 1700. la :
centiéme année devoit être accomplie ,.
et
MARS. 1732. 5232
麵
et la premiere année du siecle suivant devoit commencer. Les autres sontenoient au contraire que l'année 1700.
devoit terminer le 17. siecle , mais de façon que ce ne pouvoit être qu'après da
révolution entiere de cette année que le
siecle suivant devoit commencer. L'Auteur de cette Dissertation embrassa alors.
cé dernier parti. Il fait voir dans cette
Piece que puisqu'on entend par un siecle
l'espace de cent ans , on ne compte le
siecle achevé ou révolu que lorsque la
centiéme année est révolue , comme un
homme à qui on devroit cent pistoles , ne
seroit pas content de 99. et de la ceatiéme commencée. Que l'on compte , ditil , les années , les mois , les semaines et
les jours de la même maniere qu'on dit
qu'il est Lundi , qu'il est le mois de Janvier , la premiere semaine de l'Avent du
Carême quoique Lundy ou le mois deJanvier ou la premiere semaine de l'Avent ne fassent que commencer.
,
Les anciens Actes disent communément le mois courant ou l'année courante.
Ainsi on comptoit déja une telle année
avant qu'elle fût achevée. Les Marchands
mettent en titre dans leurs Registres
Janvier ou Mars ou Avril , avant que
le premier jour de ces mois soit achevé.
Un
$24 MERCURE DE FRANCE
•
Un Sçavant met le 2. ou 3. ou 6. Livre
en composant son Ouvrage , dès qu'il
commence le 2. 3. ou6. Livre.Le Voyageur
dans ses Fournauxde Voyages,écrit la premiere , seconde , troisiéme journée , dès le
matin de chaque journée et si son voyage
a duré 15. jours et qu'il arrive le 16 à midi
dans une Ville , il dira qu'il est arrivé lat
16 journée , quoiqu'elle ne soit pas finie.
Les Historiens Ecclesiastiques mettent
dans la premiere année de l'Ere Chré
rienne plusieurs faits arrivez long-temps
avant la fin de cette premiere année , tels
que la Circoncision , l'Adoration des Ma-
-ges , la Fuite en Egypte , le Meurtre des
Innocens , &c. Les Rois dattent de la
premiere année de leur regne les Edits
qu'ils ont donnez pendant les 12. premiers mois. Dès que Jerusalem fut délivrée de la persecution d'Antiochuset
qu'il fut permis de battre de la monnoye,
on marqua cette Epoque ainsi : L'anpremier sous Simon , anno primo sub Simone.
F. Machab. 13. comme on le voit encore
dans plusieurs Médailles.
Dans le temps de la correction du
: Calendrier par Jules-Cesar l'an 709. de
Rome , dès le commencement de cette
Epoque en Janvier , on a compté l'an
premier. Cette année commença avec.
cle
4.
MARS. 1732. 525
Consulat de Jules-Cesar et de Lepide,
le Consulat duroit depuis Janvier jusqu'en Décembre. Ainsi puisqu'on comptoit les années courantes comme on comp
toit les Consulats , l'année se comptoit
aussi dès qu'elle commençoit , coinme
l'on comptoit le Consulat dès qu'il commençoit. Enfin dès le commencement de
l'Ere de Diocletien ou des Martyrs , que
les Chrétiens ont suivie , même pour dresser les Cicles Paschaux , jusqu'à- ce que
Denis le Petit ait fait succeder l'Ere de
l'Incarnation , on compta l'an 1. car elle
commença exactement avec le premier
jour du Regne de Diocletien. Aussi quand
S. Ambroise datte quelques faits par les
années de cette Ere , il dit toûjours l'am
depuis le premier jour du Regne de Diocletien. De tout celà il est aisé de conclure
que l'on a dû compter l'année 1700. dès
qu'elle a commencé, et par consequent que
le premier Janvier 1700. fut le premier
jour de la derniere année du XVII. secle
Litterature , Tome 1. vol. in 12. de 224.
pages , sans les Préfaces. A Paris , chez
Chaubert , à l'entrée du Quay des Augustins , du côté du Pont S. Michel , 1731. ~
L'Auteur de ce Recueil s'est proposé
comme il le dit dans sa Préface , de plaire
à l'esprit et de l'orner des connoissances
solides ; on peut dire qu'il a réussi dans
ce premier volume , et qu'il tient plus
qu'il ne nous a promis. Il paroît trèsmodeste surson article et même sur celui
de
MARS. 1732. 509.
de la Nation Françoise , à laquelle il préfere les Anglois pour le goût et les in-1
clinations , selon la coûtume d'un certain cercle de personnes qui prennent aujourd'hui à tâche de proner les grandes ,
perfections de la Nation Angloise , aux:
dépens même de la leur , et qui rabaise
sent souvent leur Patrie pour donner à
la Nation Britannique plus de lustre et
de réputation qu'il ne lui enest legitime,
ment dû.
Ce Volume contient les Pieces suivan- ,
tes , toutes ayant leur mérite. Lettre de
M. D...à un de ses amis , sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. l'Abbé.
de S. Real , servant de Préface à la premiere Piece de ce Recueil.
Panegyrique de la Régence de Madame
Royale Marie J. B. de Savoye.
Refléxions nouvelles de M. de la R.
Histoire du Mahometisme.
Remarques sur l'administration des Fi
nances des Romains , traduites de l'Anglois.
Dissertation touchant la part qu'eut
le Pape. Zacharie à la déposition de Chil- deric.
Dissertation , si la grandeur temporelle de l'Eglise n'est point contraire à la
Loy de Dieu , et aux maximes des temps
Apostoliques. Eij Da
o MERCURE DE FRANCE
De la maniere de compter par siecles.
Du commencement et de la fin de chaque
siecle.
Nous ne donnerons aucun Extrait des.
deux premieres Pieces de ce Recueil
nous dirons seulement que le Panegyrique est une fort belle Piece , dont le sujet est traité avec beaucoup d'éloquence.
Les Refléxions diverses qui suivent
cette Piece , sont neuves et délicates.
Elles regardent la confiance , la difference
des esprits , les goûts , la societé , la conversation , le faux , l'air et les manieres.
Nous renvoyons encore au Recueil même
ceux qui en voudront connoître la solidiré et la justesse.
Nous passerons à l'Histoire du Mahometisme , qui est une des Pieces de ce
Recueil ; il paroît d'abord que cette Histoire doive être considerable. Elle l'est en
effet , mais moins par son étenduë que
par la maniere dont elle est traitée. Elle
est divisée en trois Parties. La premiere
est employée à l'Histoire de Mahomet er
de sa Secte. La seconde rapporte les Fables principales que des Auteurs mal informez ont debitées sur Mahomet. L'Auteur réfute en peu de mots dans la troisiéme les principes de cette fausse Religion,Donnons quelque idée de cette Histoire.
MAR-S; 1732 Sar
L'Auteur a puisé les circonstances qu'il
rapporte dans son Discours , dans les
meilleurs Auteurs Mahométan's dans
Abulfeda , Elmacin , Abuljacer , et autres.
Il s'est servi aussi des sçavans Chrétiens
qui ont écrit sur l'Histoire Orientale ,
tels qu'Abulfarage , qu'on peut mettre
de ce nombre, puisqu'il embrassa le Christianisme avant que de mourir , les sçavans Maronites , Gabriël Sionita , Jean
Hesronita , et Abraham Ecchellensis , le
F. Maracci , Hottinger , d'Herbelot , que
Imprimeur nomme Berthelot , et autres.
Mahomet pâquit à la Mecque, Ville
d'Arabie , dans le temps que l'Eglise
Orientale,aussi-bien que l'Empire,étoient
agitez par un très grand nombre de Sectes
et de divisions. Ses parens étoient d'une
naissance illustre parmi les Arabes , mais
pauvres. Il fut orphelin de pere et de
mere à 7. ans. Son oncle l'éleva au commerce des Syriens ; et à l'âge de 28. aps
il épousa une veuve jaune et riche , dont'
il avoit conduit en Syrie pendant trois
ans les Marchandises qu'elle y envoyoit.
Il se vit par un Mariage si avantageux
en état de faire valoir les grandes qualitez de son esprit, sa bravoure dans les
dangers , sa fermeté , sa pénetration et
ses manieres affables et complaisantes. Il
étoit
i
E iij
312 MERCURE DE FRANCE
pour
étoit naturellement éloquent , et il se serIvit bien dans la suite de ce talent. Il
contrefit dès l'année 606. de J. C. l'homme rêveur et contemplatif , et fit passer
des révelations et des communications avec l'Ange Gabriël , les attaques
du mal caduc , dont il étoit agité assez
souvent. Il s'appliqua de bonne heure à
réunir les trois Religions qui regnoient
en Arabie , la Chrétienne , la Juive et
l'ancienne des Arabes.
La Religion Chrétienne étoit plutôt alors une confusion de Sectes et de superstitions , qu'une Religion. Les Juifs et
les Ismaëlites paroissoient pouvoir être
aisément réunis , puisque les uns et les
autres reconnoissoient Abraham pour leur
"Pere commun. Enfin les Arabes étoient
presque tous Idolâtres et adoroient les
Astres dans leur fameux Temple de la
Mecque , qu'ils croyoient ( comme ils le
croyent encore fort abusivement ) plus.
ancien que celui de Salomon.
Mahomet pour profiter de ces divisions.
et pour réunir toutes ces Sectes en une
seule , pose pour principal fondement
qu'il n'y a qu'un Dieu digne de nos adorations ; ce principe établi avec les Chrétiens et avec les Juifs , il tâche d'y amener aussi les Ismaëlites ou les Arabes , en
les:
MARS. 17320 Sis
.
les faisant souvenir qu'ils sont Enfans d'Abraham , et qu'Abraham n'a jamais adoré
qu'un seul Dieu. Il soutient en faveur
des Juifs , qu'il n'y a point de Trinité
queDieu n'a point de fils et qu'il ne s'est
point incarné , ce qui réunissoit encore
plusieurs Sectes, Nestoriens, Ariens et autres. Il dit avec les Chrétiens , que la
Loi de Dieu , qui avoit été confiée aux
Juifs , ayant été corrompue par eux , if
falloit que Dieu suscitât un autre Prophete plus excellent que les autres. Il
avoue que c'est J. C. qu'il est né d'une
Vierge , qu'il est le Verbe de Dieu , que les
Juifs l'ont voulu crucifier , mais qu'il fut
: enlevé dans le Ciel, et que les Juifs ne
-crucifierent que sa Figure , ce qui étoit
Pheresie des Ebionites. Enfin après avoir
déclaré ces trois Religions insuffisantes ,
il ajoûte en sa faveur que le temps dư
Consolateur promis par J. C. est arrivé ,
: et que la promesse s'accomplit en sa pro
-pre personne. Il accompagna tout cela
de fables qui avoient quelques fondemens dans l'Histoire Sainte , ou qu'il tiroit des Histoires apocriphes , et des
Traditions populaires , mais dont les Arabes ne pouvoient reconnoître la fausseté,
tant leur ignorance étoit grossiere. De
temps-en-temps Mahomet faisoit descenÈ iiij dre
514 MERCURE DE FRANCE
dre du Ciel quelques Cahiers qu'il composoit selon les conjectures où il se trouvoit. On les recueillit après sa mort , et
c'est ce qu'on appelle Alcoran. * Et comme il faut quelqu'exterieur dans une Religion , il ordonna le Jeûne de Ramadan,
il laissa la Circoncision qui étoit en usage en Arabie , et établit des Fêtes , des
Pelerinages , des purifications et d'autres
ceremonies tirées du Christianisme , du
Judaisme et de la pratique ordinaire de
la Nation Arabe.
Il fut cependant 12. ou 13. ans suivi
d'un très-petit nombre de Disciples. La
14. année près de 80. Disciples se joignirent aux premiers , ce qui fit du bruit
dans la Mecque. Les Magistrats en craignirent quelqu'émotion et le chasserent
de la Ville. C'est à cette année de la fuite
de Mahomet , qu'il se réfugia à Medine ,
que commence la celebre Epoque des Mahométans , qu'ils nomment Hegire , c'està-dire Fuite, ce fut Omar oncle de Mahomet, qui 17 ans après cette fuite l'érigea
solemnellement en Epoque et la fitinserer
dans tous les Actes publics. Elle tombe
aur 22. Juillet de l'année 622. de J. C.
Peu de temps après cette fuite , Ma-
* Aloran , composé de deux mots Arabes , signifie l'Ecriture par excellence.
homet
MARS. 1732. SI5
homet eut recours à l'épée , qui lui réüssit encore mieux que la parole. Un Ca
hier descendit du Ciel , qui lui ordonna
d'exterminer tous ceux qui ne suivroient
pas sa doctrine. Les Historiens comptent
12. Batailles qu'il a gagnées pendant sa
vie. Enfin il assiegea la Mecque , à la
tête de 10000. hommes , s'en rendit le
maître et fit passer par le fil de l'épée
tous ceux qui ne se soumirent pas à la
doctrine de l'Alcoran. Voilà en peu de
mots l'Histoire de ce celebre Imposteur.
Il eut , selon quelques- uns , 17. femmes ,
selon d'autres , 21. mais il n'en eut point
d'enfans mâles. Il mourut âgé de 63. ans
dans la 11 année de l'Hegire , et fut enterré à Médine , lieu de sa retraite.
Les fables que l'auteur du Discours historique réfute sont les Miracles que l'on
supose avoir été faits par Mahomet, soit en
naissant , soit dans le cours de sa prétendue Mission . C'est une suite de ces fables
de dire que le Temple de la Mecque ait été bâti en l'honneur de Mahomet. De
son temps même on croyoit que ce Temple subsistoit depuis Abraham, outre que les Mahométans n'y vont que pour adorer Dieu. La suspension en l'air du Tom-- beau de Mahomet est encore une fable ,
mais il ne faut pas la mettre sur le compte
Ev dess
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16 MERCURE DE FRANCE
des Mahometans , qui la rejettent absoJument. Autre fable, que ce que quelquesuns ont écrit que Mahomet fut choisi
pour le Chef de ceux qui se révolterent
contre Heraclius , et qu'il alla au-devant
de cet Empereur lorsqu'il revenoit de:
Perse. Jamais Mahomet n'a yû Heraclius.
ni n'a combattu contre lui.
Les Villes d'Arabie , ajoûte l'Auteur,
étoient alors régies comme des Républiques ;.
le Cherif, c'est- à- dire , Senior , commandoit:
et l'on n'y avoit nul rapport avec l'Empe-·
reur. Ici notre Auteur nous permettra de
ne pas adopter son Explication du nom de:
Cherif. Ce terme Arabe ne signifie nulle-
-mentSenior Pancien,mais il signifieNoble,
nom qui ne se donne qu'aux Descendans
de Mahomet par Ali , son gendre et par
sa fille Fathime , parce que ceux- là sont
censez de la plus haute naissance qui appartiennent à cette Branche de la Race de
leur Prophete. C'est le seul titre dont le Prince de la Mecque se pare , ainsi que
celui de Medine ; les Rois de Maroc se
font aussi une gloire de porter ce nom ,
regardant comme un des plus beaux ti- tres de noblesse de descendre de MahoLes Arabes expriment ce terme par Scheik ,
qui signifie aussi un Gouverneur , un Chef, uns
Docteur, &c..
met
MARS. 17321 517
4
met par Fathime. Il y a en cet endroit
une autre méprise ; car quoiqu'il soit vrai
que Cherif signifie Noble , et qu'il semble que les Nobles du Pays ayent dû le
gouverner , nous ne voyons cependant
pas que les Villes d'Arabie , à l'exception des deux qu'on vient de nommer
ayent été gouvernées par des Cherifs.
C'est encore une fable de dire que Mahomet ait pris Damas. Fable que son corps
ait été mangé par les chiens. Une autre
fable adoptée par Constantin Porphyrogenete , par Euthymius , Cedrene et autres , c'est d'attribuer aux Mahometans
le culte de Lucifer , de Venus ou de la
-Lune , en leur faisant dire , Alla , oita
Kubar , Deus et Luna seu magna ; au lieu
de Alla ou Akubar, ô Deus maximus
qui sont les premieres paroles qu'on crie
du haut des Mosquées , &c.
oйa
Nous ne suivrons point l'Auteur dans
l'examen , concis à la verité , mais bien
touché, qu'il fait de la Doctrine de Mahomet; il ruine en peu de mots beaucoup
de ses principes. Ce court examen pour--
roit servir de plan à une réfutation com
plette du Mahométisme. Passons à la V.
Piece de ce Recueil , qui contient des Remarques traduites de l'Anglois sur l'administration des Finances des Romains.
En Voici le précis Evi fuc
18 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire fournit aux Rois des lumie
res pour soutenir leurs Etats dans la splendeur , en profitant des maximes qui ont
contribué à la grandeur des Empires , et
en évitant ce qui a causé leur décadence.
Rome fut redevable de sa puissance à
une sage dispensation de ses revenus ;
leur dissipation entraîna sa ruine.
y
Valerius-Publicola fut le premier qui
ordonna que le revenu appartenant à la
République seroit déposé dans le Temple
de Saturne , afin que la sainteté du licu
rendît ce dépôt encore plus sacré ; il
avoit deux Trésors ; l'un destiné aux besoins journaliers de la République , l'autre aux pressantes nécessitez. On portoit
dans le premier les Tributs et les Impôts
ordinaires , et dans l'autre l'or de l'Impôt
du vingtiéme sur les Esclaves ; on l'appelloit pour ce sujet Aurum vicesimarium.
Pendant quelques siecles la République
n'eut pas besoin d'argent ; ce ne fut qu'au
Siege de Veïes 350. ans après la fondation de Rome , que les Troupes commeacerent à recevoir une solde. Les Romains
persuadez que rien n'étoit plus important que de ne point surcharger le Peuple d'Impôts et d'avoir un fonds capable de maintenir l'Etat en temps, de guerte
et de paix , firent porter dans le Trésor
public
MARS. 1732 $39
public toutes les richesses qu'ils emportoient par leurs victoires. Ainsi les richesses de Carthage , de Sicile , des Villes de
Macédoine , d'Asie et des autres Provinces conquises , furent déposées par les
Generaux dans le Temple de Saturne
avec un désinteressement admirable , qui
duroit encore quelque temps après la
derniere guerte punique.
›
Dans le siecle suivant cette integrité
fut alterée , mais ce ne fut jamais que
par des ambitieux qui tramoient la servitude et la ruine de la République. Ce
pendant le Trésor public ne laissoit pas
d'être enrichi continuellement par les richesses immenses que la République tiroit de ceux de qui elle triomphoit. Scipion l'Africain fit payer aux Carthaginois
30. millions de livres dans l'espace de 50.
ans , et il obligea le Roi Antiochus en lui
accordant la paix , de payer à la Répablique 24.. millions. Titus Q. Flaminius
Coptraignit Philippe , Roi de Macedoine,
de donner à la Rep. 3. millions ; il n'accorda la Paix à Nabis , Tyran de Sparte .
qu'en exigeant de lui près d'un million.
Il ajoûta encore aux sommes immenses
dont il avoit déja enrichi le Trésor , six
cent quarante millions de livres en lingots d'argent ; 79. millions quatre cens
-
cin-
* 20 MERCURE DE FRANCE
· "
cinquante- deux mille livrés en monnoye
d'argent , et deux millions quatre cent
vingt mille livres en Pieces d'or. On peut
encore voir d'autres exemples de ce désinteressement des Generaux Romains
dans ces Remarques.
C'est donc par cette conduite des Ro-
'mains à l'égard de ceux dont ils triomphoient et par l'integrité et le desinteressement de ces grands Hommes que Rome s'est élevée si haut et qu'elle s'est soutenuë si long- temps. Car il n'est pas pos.
sible qu'un Etat puisse soutenir de lonque ques guerres sans autre fonds celui
de son propre revenu. En effet tant que
les Romains ne perdirent point de vûë
ce systême, ils furent heureux dans leurs
Expeditions. Auguste laissa des sommes
si considerables dans le Trésor public ,
qu'on les fait monter jusqu'à 202 , millions de notre monnoye. Aussi , remarque l'Auteur Anglois , avoit- il une qualité qui ne manque jamais d'enrichir un
Prince , c'étoit d'examiner avec soin les
comptes publics. Mais Caligula dépensa
ses immenses richesses en moins d'un an
au rapport de Suetone. L'Auteur prouve
ensuite que le salut de l'Etat dépend de
- Padministration des Finances , et que la
prodigalité des Princes, et leur inatter- tion
MARS. 1732. JA
tion à veiller sur l'usage et l'emploi de
feurs richesses , en entraînent la dissipa-`
tion et peu à peu la ruine de leurs Etats.
Il fait ensuite remarquer que la cruauté
de plusieurs Empereurs de Rome n'est
venuë que des necessitez ausquelles leur
prodigalité les avoit réduits , qu'ils n'étoient pas cruels d'abord, et que ce n'a été
qu'une suite de leur inattention à veiller
sur leurs Finances ; négligence qui les
contraignoit d'exiger des Peuples avec
dureté des Impôts multipliez et à les
vexer en mille manieres ; funestes fruits
des conseils pernicieux de leurs Courti
sans qui ne manquoient pas de leur inspirer du dégoût et de l'éloignement pour
les affaires et sur tout pour celles qui regardent les Finances.
L'Empereur Caracalla fut le premier
qui altera les Monnoyes et qui donna des pieces d'étain et de cuivre pour des
pieces d'or et d'argent , sur quoi on peut
remarquer en general que durant la décadence de l'Empire les Monnoyes furent
fortalterées , la necessité poussant le Prin
ce à donner aux Especes une plus grande valeur à proportion de leur rareté 35
d'où l'on peut conclure avec l'Auteur
des Remarques , que les Especes sont comme le pouls d'un Etat ; , s'il bat irréguliere-- ment
522 MERCURE DE FRANCE
rement , onjuge par ce symptome que le corps
politique est attaqué de quelque maladie
dangereuse ; que si le Prince se trouve obligé
d'affaiblir les Especes , c'est un indice qu'on
commence à les faire sortir du Royaume ; s'il
est dans la nécessité de substituer quelqu'autre
matiereà l'or et àl'argent, comme fit Caracalla , on peut inferer de- là qu'unegrande par
tie de l'argent en est déja sortie que s'il ar
rive que les Especes soient entierement enlevées on universellement alterées comme
cela se fit dans la décadence de l'Empire Remain , on en peut augurer la raine prochaine
de l'Etat. On trouve dans cette Piece un
grand nombre de traits curieux que les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de rapporter. Nou ne dirons rien des
deux Dissertations qui suivent sur la déposition de Childeric e sur la compatibilité de la grandeur temporelle avec la
puissance spirituelle ; ces deux Pieces sont
P'une et l'autre remplies de choses Cu
rieuses et qui se font lire avec plaisir.
La derniere Piece de ce Recueil regarde une dispute qui s'éleva vers la fin du
dernier siecle ; les uns prétendoient que
Pannée 1700. devoit commencer le sie--
cle suivant , desorte que du même moment que l'on pouvoit compter 1700. la :
centiéme année devoit être accomplie ,.
et
MARS. 1732. 5232
麵
et la premiere année du siecle suivant devoit commencer. Les autres sontenoient au contraire que l'année 1700.
devoit terminer le 17. siecle , mais de façon que ce ne pouvoit être qu'après da
révolution entiere de cette année que le
siecle suivant devoit commencer. L'Auteur de cette Dissertation embrassa alors.
cé dernier parti. Il fait voir dans cette
Piece que puisqu'on entend par un siecle
l'espace de cent ans , on ne compte le
siecle achevé ou révolu que lorsque la
centiéme année est révolue , comme un
homme à qui on devroit cent pistoles , ne
seroit pas content de 99. et de la ceatiéme commencée. Que l'on compte , ditil , les années , les mois , les semaines et
les jours de la même maniere qu'on dit
qu'il est Lundi , qu'il est le mois de Janvier , la premiere semaine de l'Avent du
Carême quoique Lundy ou le mois deJanvier ou la premiere semaine de l'Avent ne fassent que commencer.
,
Les anciens Actes disent communément le mois courant ou l'année courante.
Ainsi on comptoit déja une telle année
avant qu'elle fût achevée. Les Marchands
mettent en titre dans leurs Registres
Janvier ou Mars ou Avril , avant que
le premier jour de ces mois soit achevé.
Un
$24 MERCURE DE FRANCE
•
Un Sçavant met le 2. ou 3. ou 6. Livre
en composant son Ouvrage , dès qu'il
commence le 2. 3. ou6. Livre.Le Voyageur
dans ses Fournauxde Voyages,écrit la premiere , seconde , troisiéme journée , dès le
matin de chaque journée et si son voyage
a duré 15. jours et qu'il arrive le 16 à midi
dans une Ville , il dira qu'il est arrivé lat
16 journée , quoiqu'elle ne soit pas finie.
Les Historiens Ecclesiastiques mettent
dans la premiere année de l'Ere Chré
rienne plusieurs faits arrivez long-temps
avant la fin de cette premiere année , tels
que la Circoncision , l'Adoration des Ma-
-ges , la Fuite en Egypte , le Meurtre des
Innocens , &c. Les Rois dattent de la
premiere année de leur regne les Edits
qu'ils ont donnez pendant les 12. premiers mois. Dès que Jerusalem fut délivrée de la persecution d'Antiochuset
qu'il fut permis de battre de la monnoye,
on marqua cette Epoque ainsi : L'anpremier sous Simon , anno primo sub Simone.
F. Machab. 13. comme on le voit encore
dans plusieurs Médailles.
Dans le temps de la correction du
: Calendrier par Jules-Cesar l'an 709. de
Rome , dès le commencement de cette
Epoque en Janvier , on a compté l'an
premier. Cette année commença avec.
cle
4.
MARS. 1732. 525
Consulat de Jules-Cesar et de Lepide,
le Consulat duroit depuis Janvier jusqu'en Décembre. Ainsi puisqu'on comptoit les années courantes comme on comp
toit les Consulats , l'année se comptoit
aussi dès qu'elle commençoit , coinme
l'on comptoit le Consulat dès qu'il commençoit. Enfin dès le commencement de
l'Ere de Diocletien ou des Martyrs , que
les Chrétiens ont suivie , même pour dresser les Cicles Paschaux , jusqu'à- ce que
Denis le Petit ait fait succeder l'Ere de
l'Incarnation , on compta l'an 1. car elle
commença exactement avec le premier
jour du Regne de Diocletien. Aussi quand
S. Ambroise datte quelques faits par les
années de cette Ere , il dit toûjours l'am
depuis le premier jour du Regne de Diocletien. De tout celà il est aisé de conclure
que l'on a dû compter l'année 1700. dès
qu'elle a commencé, et par consequent que
le premier Janvier 1700. fut le premier
jour de la derniere année du XVII. secle
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Résumé : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil d'histoires et de littérature intitulé 'Recueil de Pièces d'Histoire et de Littérature', publié en 1731 à Paris. L'auteur vise à plaire et à enrichir l'esprit avec des connaissances solides. Le premier volume contient plusieurs pièces, dont une lettre sur la nouvelle édition des œuvres de l'abbé de Saint-Réal, un panégyrique de la régence de Marie Jeanne Baptiste de Savoie, des réflexions diverses, une histoire du mahométisme, des remarques sur l'administration des finances des Romains, et des dissertations sur des sujets religieux et historiques. L'histoire du mahométisme est divisée en trois parties : la vie de Mahomet, les fables le concernant, et les principes de l'islam. Mahomet, né à La Mecque, a uni les religions chrétienne, juive et arabe en prônant un dieu unique. Il a compilé ses révélations dans l'Alcoran et a instauré des pratiques religieuses comme le jeûne du Ramadan et la circoncision. Après des années de prédication, il a conquis La Mecque par la force, établissant ainsi l'hégire en 622. Le texte réfute plusieurs fables sur Mahomet, telles que celles concernant des miracles à sa naissance ou des batailles contre des empereurs. Il mentionne également des erreurs sur la gouvernance des villes arabes et le culte des mahométans. Le texte aborde ensuite l'intégrité et la gestion financière de la République romaine après la dernière guerre punique. Pendant un siècle, cette intégrité fut maintenue, bien que des ambitieux cherchassent à servir leurs intérêts. Le Trésor public s'enrichit grâce aux tributs imposés aux vaincus. Par exemple, Scipion l'Africain fit payer 30 millions de livres aux Carthaginois sur 50 ans, et Antiochus fut contraint de payer 24 millions. Titus Q. Flaminius obtint également des sommes importantes de Philippe de Macédoine et de Nabis de Sparte. Ces généraux romains enrichirent le Trésor sans s'enrichir personnellement, contribuant ainsi à la puissance et à la durabilité de Rome. Le texte souligne que Rome put soutenir de longues guerres grâce à ce système financier. Auguste laissa un Trésor public considérable, estimé à 202 millions. Cependant, des empereurs comme Caligula dilapidèrent ces richesses. La prodigalité et la négligence des finances publiques menèrent à la cruauté de certains empereurs, contraints d'imposer des taxes lourdes et vexatoires pour combler leurs besoins. L'Empereur Caracalla fut le premier à altérer la monnaie, remplaçant l'or et l'argent par de l'étain et du cuivre. Cette pratique se poursuivit durant la décadence de l'Empire, indiquant une crise financière. Le texte compare les espèces monétaires au pouls d'un État, soulignant que leur altération ou leur disparition annonce la ruine de l'État. Enfin, le texte aborde une dispute sur le début du XVIIIe siècle. Certains estimaient que l'année 1700 marquait le début du nouveau siècle, tandis que d'autres soutenaient qu'il fallait attendre la fin complète de l'année pour commencer le nouveau siècle. L'auteur adopte la seconde position, illustrant son argument par divers exemples historiques et pratiques.
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