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p. 4-30
« Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Début :
Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...]
Mots clefs :
Académie française, Cardinal d'Estrées, Féliciter, Charpentier, Compliment, Honneur, Discours, Éloquence, Académie de Soissons, Compagnie, Mérite, Esprit, Zèle
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texteReconnaissance textuelle : « Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Cen'eſtpointdans celuy- cy que l'Academie Françoiſe à
fait complimenter Monfieur le Cardinal d'Eſtrées, qui, comme vous ſçavez,eſt l'undes quaran- te, qui compoſent cette Illuſtre Compagnie ;mais vous ne laif- ferez pas d'eſtre bien-aiſe d'ap- prendre que ces Meffieurs qui ne l'avoient veu depuis ſa Pro- motion au Cardinalat,ne furent
pas plûtoſt avertis de ſon retour à Paris , qu'ils nommerent fix Perſonnes de leur Corps pour f'en aller feliciter. Ces fix furent
Meſſieurs Charpentier , Talle- mantPremierAumônierdeMadame , Teſtu Abbé de Belval,
Tallemant , Prieur de SaintAlbin, l'Abbé Regnier,desMarais.
& de Benferade. Monfieur le
DucdeSaint-Aignan voulutles A ij
4 LE MERCVRE
3
accompagner , & Monfieur le Cardinal d'Eſtrées , qui les re- ceut dans ſon Anti-chambre, les
ayant conduits dans ſa cham- bre, Monfieur Charpentierque lacompagnie avoitchargédela parole, s'acquitta de ſa Com- miſſion ences termes.
M
ONSEIGNEUR,
En nous approchant de
V. E. nous sentons une douce émo- tion , qui n'est pas toutesfois Sans quelquemélange d'amertume.Nous vous revoyons avec les marques de.
la plus hauteDignitéde l'Eglife:
Quelplus agreable spectacle ànos yeux ! Quelle plus ſenſible joye à
nostre cœur ! Mais quandnous nous representons que cette élcvation
vousſepare de nous , &vous arra- che de nos Exercices, qui ont autrefoispartagéles heuresdevostreloi- fir,nousnesçaurionspenser qu'a
GALAN.T. S
Y
vec douleur à une abſence qui nous paroit irréparable. Avostre dé- part , Monseigneur, tous nos Vœux vousaccompagnerent; Nous nefou- haitâmes rien avec plus d'ardeur,
que de vous voir bien-toft revétu de l'éclat , dû à vostre merite , à
vostre naiſſance , &àla grandeur de vosAlliances Royales. Avoſtre...
retour nousvoyons en V. E.l'accom- pliſſement de nos vœux ; mais nous ne vous trouvons plus à l'Acade mie. Hébien , Monseigneur , n'en murmurons point ; Nous vous per dons d'une maniere trop noblepour nous en fâcher. Nous souhaitons mesme de vous perdre encore da- vantage,&que la Pourpre Romai ne, qui vous affocie à la premiere Compagnie de l'Univers,vous place quelque jour , du confentement de toutes les Nations , dans ce Trône
fondésurla Pierre , que toutes les
A iij
6 LE MERCVRE
Puiſſances de l'Enfer nesçauroient ébranler ; Mais pourquoy vous conter perdu pour nous , Monfei- gneur,dansIaugmentation devô- tre gloire, puis que te plus Grand Roy du Monde , Louis le Vain- queur,mais le Vainqueur rapide le Terrible , le Foudroyant , a bien trouvé des momens pour fonger à
nous, parmy lapompe&letumulte defes Triomphes. Que dis-je pour fongerànous ? Ahc'esttropfoible- ment s'expliquerpour tantdegra ecs extraordinaires. Difons plutost pour nous appeller à luy par une adoption glorieuse ; Diſons pour nous établir un répos inébranlable àl'ombre defes Palmes. V.E.Mon- Seigneur ,n'a-t-ellepas admiré cet évenement , &quoy que vousfuf- fiez au Païs des grands Exemples,
quoy que vous riſpiraſfiez le mesme air; que Scipion &que Pompée.
t
GALAN T. ?
Augu- LYON
pûtes -vous apprendre fansfurpri Se, qu'unsi grandMonarqucsedé- clarât le Chefde l'Academie ,
voulût mettre fon NomAuguste à
la teſte d'une LiſtedeGensdeLet- tres ? Vostre Romen'enfut-ellepas étonnée, &nejugea-t-ellepas alors que le Cielpreparoit àla France la mesme profperité , dont l'Empire Romain avoit joüyſous les ftes,ſous les Adriens &fous lesAnTEERD
tonins ? Vous nous avez quitté ,
Monseigneur, dans l'Hôtel Seguier,
Lans l'Hostel d'un Chancelier de
France, Illustre veritablement par faSuprêmeMagiftrature , plus Il.- luftre encoreparses grandesActios.
V. E. nous retrouve dans le Louvre,
dans laMaifon Sacréedenos Rois;
&nos Muſesn'ontplusd'autreſé.. jourqueceluydelaMajesté. Ilfaut nevous rien celer encore de tout ce
qui peut tenirrangparmy.... nosheu- Aij
8 LE MERCVRE
reuſes avantures , puis que V. E. y
prend quelque part. UnArchevéque de Paris, qui honorefa Dignité parfaVertu, parfonEloquence,&
par la Nobleſſe de ſa conduite ; Un Evesque d'une érudition confommée, &que mille autres rares qua- litezont fait choifir pour cultiver les esperances d'un jeuneHéros, de
qui tout l'Univers attend de fi grandes choses ; Vn Duc & Pair également recommandable parfon Esprit &parsa Valeur, & avec
qui toutes les Graces ont fait une alliance eternelle ; des Gouverneurs
de Province ; un President du Par- lement ; pluſieurs Perſonnage's celebres en toutes fortes de Sciences,
Jont les nouveaux Confreres que nous vous avons donnez,fanspar- ler de ce GrandHomme, que l'intime confiance du Prince , un zele in- fatigable pour le bien de l'Etat ,
GALANT. 9
une paſſion ardente pour l'avance- mentdes belles Lettres distinguent affez, pourn'avoirpas besoin d'étre nommé plus ouvertement. L'Academie a fait la plupart de cespré- cieuses acquisitions , tandis que V. E. defendoit nos Droits à Rome,
&s'oppoſoit aux brigues denosEn- nemis . C'eſt fur vos foins &fur ceux de Monsieur le Duc , voſtre
Frere , que la France s'est reposée avecfeuretédefes interests , en un Païs, où déja depuis long-temps le courage , l'intrepidité, &l'amour
de la Patrie , ont rendufameux l
Noms de Cœuvres &d'Estrées.C'est
avec la meſmefermeté que V. E. a
Soûtenu l'honneur de la Couronne
contre les injustes défiances , que la profperitédes Armes du Roy faisoit naiſtre dans des Ames trop timides.
Quels Eloges , quels applaudiffe- mens na-t-ellepoint meritéencore 509
Av
10 LE MERCVRE
-au dernier Conclave ! cettefermetécourageufe&falutaire,qui dans une occafionfi importante n'a pas moins envisagéles avantagesde la Republique Chrestienne , quefuivy leplan des pieuſes intentions de Sa Majesté?ToutelaTerrefçait com- bien ces grandes veuës ont donné de part àV.E. dans l'Exaltation de cePontifice incomparable , àqui lapuretédes mœurs,lemépris des richeſſes , la tendreffc cordiale en vers les Pauvres , l'humilité magnanime des anciens Evesques , &
le parfait dégagement des choses dumonde, avoient acquis larepu.
tation de Sainteté, avant que d'en obtenirle Titre attachéàlaChai
reApostolique. Ilestmal-aiſeaprés:
cela, Monseigneur , que nous ne nous flattions de quelque fecrete complaisance, en voyant qu'ilfort delAcademiedes Princes du Sacré
Y
GALANT.. IF
Senat , &que vostrefuffrage , que nous avons contéquelquefoisparmy les nostres , concourt maintenant
avec le S. Esprit au Gouvernement
defon Eglife. Avancez donc toû- jours , Monseigneur , dans unefi belle route , &permettez-nous de
croire que V. E. confervera quel quessentimens d'affection pourune Compagnie, fur qui Loüis LE GRAND jette desifavorables
regards : Pour une Compagnie, qui aprés laveneration toutefinguliere qu'elle doit avoir pourfon Royal'
Protecteur, n'aurapoint de mouve- ment plus fort , que celuy du Zele qui l'attache àV. E. &qui trou
ucra toûjours une des principales occafions desa joye dans l'accom- pliffement de toutes vosglorieuses entrepriſes..
Il ne faut pas s'étonner ſi le
Avj
12 LE MERCVRE
Public a donné tant d'approba- bation à ce Compliment , puis qu'il amerité celle du Roy , qui ſe l'eſt fait lire à l'Armée par
Monfieur de Breteüil , Lecteur
de Sa Majesté. Auſſi Monfieur le Cardinal d'Eſtrées le receutil d'une maniere tres-obligean- te. Il dit à Ma Charpentier
qu'il n'entreprenoit pointde ré- pondre fur le champ àunDif- cours ſi plein d'Eloquence, mais qu'il le prioit d'aſſurer laCom- pagnie, qu'il ne perdroit jamais le ſouvenir des marques qu'elle luy donnoit du ſien; Qu'il s'en tenoit tellement obligé, qu'il ne lui ſuffiſoit pas del'en remercier,
comme il faifoit , & qu'il vien- droit à l'Academie pour luy en témoigner plus fortement ſa re- connoiſſance. Il s'étendit en- ſuite fur les Loüanges des llu-
:
GALANT. 13 ſtres qui la compofent , & fur le travail du Dictionaire , dont il
demanda particulierement des nouvelles. Il ajoûta , qu'il eſpe- roit beaucoup de la grandeur &de l'exactitude de cette entrepriſe , dont il avoit ſouvent entretenu desGens d'eſprit d'I- talie qui en avoient admiré le Plan ; & aprés quelque conver- fation il reconduifit les Depu- tez juſqu'à la porte de la Salle,
proche le Degré. Il leur tintpa- role quelques jours aprés , &fe trouva au Louvre , à une de Jeurs Seances. Il eſt Protecteur
de l'Academie de Soiffons , où
MonfieurHebert, Treſorier de France , luy avoit déja fait le Compliment qui ſuit au nomde cette Compagnie. Je trouveray l'occafion, Madame, de vous en faire connoiſtre une autrefois le
merite &l'établiſſement.
14 LE MERCVRE
ONSEIGNEUR, MONSQuelle joye ne doit par répandre dans ces lieux l'honneur de vostre prefence aprés une ab- fence fi longue &fiennuyeuse !! Quelle joye pour une Compagnie,
qui vous doit tant , &quivous bonnore,àproportion de ce qu'elle vous doit , devous y voir dans cet
éclat , qui frape aujourd'huy fi agreablement nos yeux & dont
Vidée avoit remplysi long-temps noftre imagination ; Noussçavons bien, Monseigneur, que toutes les Grandeurs humaines estant audef fous de cette élevation d'esprit &
de cette grandeur d'Amc , qui di- ftinguefi excellemment Votre Eminence des autres Hommes , c'est vous rabaiſſer en quelque façon que de vous lower d'une Dignité,
quelque grande quelque élevée
GALAN T.
,vous ne devez.
qu'ellefoit. Mais vous nous per-.
mettrez de vous dire , que regar- dant celle-cy , comme unpur effet de voffre merite
pas trouvermauvaisque nousnous
réjoüisions devousenvoirrevétu,
que nous vousfaſſions reſſouve- nirqu'en augmentant vôtre Gloire,, elle acheve &confomme celle de vostre Maison.. Cettegrande, cette illustre Maiſon,Monseigneur,fub
fiſtoit depuis plusieurs Siecles dans une fplendeur pen commune. Tout ceque laKaleur , unieàla conduite, peut acquerir des Titres écla
tans, tout cequelafidelité,,jointe
aux lumieres , peut procurerd'im
portansEmplois, tout cela, Mon- feigneur, s'y voyoit enfoule &de
tous les Honneurs de laTerre , on
peut dire que laſeule Pourpre luy manquoit. Mais le Ciel qui tra wailloit depuissi long-temps àfon
16 LE MERCVRE
:
1
agrandiſſement , qui par laprodu- Etion continuelle de tant deHéros
qu'il en faifoit fortir fucceßive.. ment , la diſpoſoit pourainſidireà
recevoir cet Honneur , fit naiſtre enfin V.E. avec toutes les Qualitez qui en pouvoient estre dignes.
Vous les reçeutes donc , Monfei- gneur, non pas , commelapluspart des Etrangers, fur lefeulraport de La Renommée , &fur la simple Nomination d'un Prince, qui le de.. mande pour fon Sujet. Rome vit bien deux. Royaumes fe difputer l'avantage de vous le procurer ;
mais avant qu'elle vous l'accordat , Rome vit außi briller à l'enwy ces belles, ces éclatantes Qua- litez. Elle connut voſtre merite,&م
ce fut fans doute ce qui la deter- mina dans cette grande conjon- Eture. Quel honneur pour vous,
Monseigneur, d'avoir acquis par
GALANT. 17 une voyefi belle une Dignitéfifu- blime ! Quelhonneur d'avoir mis le comble àlagloire d'une Maifon des premieres &des plusfameuses de l'Univers ! Mais quel honneur
pour l'Academie de Soiffons , de ſe
pouvoir glorifier d'un tel Prote- Etcur ! Quel honneur pour nous ,
que vostre Eminence ait bien vou
luse charger de ce Titre, &n'ait
Pas dédaignéde le joindre à tant d'autres fi glorieux ! Quelle joye
encore un coup de voir ce Prote- Eteur,&de luyparler !Mais quelle
peine de le voir pour ſi peu de temps , &de luy parlerfans pou- voir parler dignement de luy !
Quelembaras , quelle confusión de de voir tant & de pouvoir si peu
vendre, de fentir une reconnoiſſan- ce qu'on ne peut exprimer ! C'est
pourtant principalement cette re- connoissance , Monseigneur , que nous voudrions bien pouvoir dé.
18 LE MERCVRE
peindre à V. E. Plût àDieu que vous puissiez voir quels mouve mens elle excite dans nos cœurs ,
quels Vœux, quels fouhaits elley
forme. Nous les continuerens,Mon- feigneur, ces Vœux&cesfouhaits ;
&puis que nous ne pouvons autre chose,nousleferons du moinsavec tout le zele &toute l'ardeur dont
noussommes capables. Nous nedi- rons pas icy àVostre Eminence quel prefentement leur obict ; puis qu'il n'y a plus qu'un degré entre Le Ciel &Fous, il n'estpas mal- aisé de le comprendre. Nousvous dirons seulement , Monseigneur ,
qu'il fait quelque chofe de Suprê- me pour recompenfer unefuprême Vertu , qu'ainsi il n'y a rien de fi Grand, ny de fi Haut dans le Monde, où V.E. nepuiffepreten dre avecjustice , &où elle nefoit déja placéeparles ardens &justes defirs de cette Compagnic.
eft
!
fait complimenter Monfieur le Cardinal d'Eſtrées, qui, comme vous ſçavez,eſt l'undes quaran- te, qui compoſent cette Illuſtre Compagnie ;mais vous ne laif- ferez pas d'eſtre bien-aiſe d'ap- prendre que ces Meffieurs qui ne l'avoient veu depuis ſa Pro- motion au Cardinalat,ne furent
pas plûtoſt avertis de ſon retour à Paris , qu'ils nommerent fix Perſonnes de leur Corps pour f'en aller feliciter. Ces fix furent
Meſſieurs Charpentier , Talle- mantPremierAumônierdeMadame , Teſtu Abbé de Belval,
Tallemant , Prieur de SaintAlbin, l'Abbé Regnier,desMarais.
& de Benferade. Monfieur le
DucdeSaint-Aignan voulutles A ij
4 LE MERCVRE
3
accompagner , & Monfieur le Cardinal d'Eſtrées , qui les re- ceut dans ſon Anti-chambre, les
ayant conduits dans ſa cham- bre, Monfieur Charpentierque lacompagnie avoitchargédela parole, s'acquitta de ſa Com- miſſion ences termes.
M
ONSEIGNEUR,
En nous approchant de
V. E. nous sentons une douce émo- tion , qui n'est pas toutesfois Sans quelquemélange d'amertume.Nous vous revoyons avec les marques de.
la plus hauteDignitéde l'Eglife:
Quelplus agreable spectacle ànos yeux ! Quelle plus ſenſible joye à
nostre cœur ! Mais quandnous nous representons que cette élcvation
vousſepare de nous , &vous arra- che de nos Exercices, qui ont autrefoispartagéles heuresdevostreloi- fir,nousnesçaurionspenser qu'a
GALAN.T. S
Y
vec douleur à une abſence qui nous paroit irréparable. Avostre dé- part , Monseigneur, tous nos Vœux vousaccompagnerent; Nous nefou- haitâmes rien avec plus d'ardeur,
que de vous voir bien-toft revétu de l'éclat , dû à vostre merite , à
vostre naiſſance , &àla grandeur de vosAlliances Royales. Avoſtre...
retour nousvoyons en V. E.l'accom- pliſſement de nos vœux ; mais nous ne vous trouvons plus à l'Acade mie. Hébien , Monseigneur , n'en murmurons point ; Nous vous per dons d'une maniere trop noblepour nous en fâcher. Nous souhaitons mesme de vous perdre encore da- vantage,&que la Pourpre Romai ne, qui vous affocie à la premiere Compagnie de l'Univers,vous place quelque jour , du confentement de toutes les Nations , dans ce Trône
fondésurla Pierre , que toutes les
A iij
6 LE MERCVRE
Puiſſances de l'Enfer nesçauroient ébranler ; Mais pourquoy vous conter perdu pour nous , Monfei- gneur,dansIaugmentation devô- tre gloire, puis que te plus Grand Roy du Monde , Louis le Vain- queur,mais le Vainqueur rapide le Terrible , le Foudroyant , a bien trouvé des momens pour fonger à
nous, parmy lapompe&letumulte defes Triomphes. Que dis-je pour fongerànous ? Ahc'esttropfoible- ment s'expliquerpour tantdegra ecs extraordinaires. Difons plutost pour nous appeller à luy par une adoption glorieuse ; Diſons pour nous établir un répos inébranlable àl'ombre defes Palmes. V.E.Mon- Seigneur ,n'a-t-ellepas admiré cet évenement , &quoy que vousfuf- fiez au Païs des grands Exemples,
quoy que vous riſpiraſfiez le mesme air; que Scipion &que Pompée.
t
GALAN T. ?
Augu- LYON
pûtes -vous apprendre fansfurpri Se, qu'unsi grandMonarqucsedé- clarât le Chefde l'Academie ,
voulût mettre fon NomAuguste à
la teſte d'une LiſtedeGensdeLet- tres ? Vostre Romen'enfut-ellepas étonnée, &nejugea-t-ellepas alors que le Cielpreparoit àla France la mesme profperité , dont l'Empire Romain avoit joüyſous les ftes,ſous les Adriens &fous lesAnTEERD
tonins ? Vous nous avez quitté ,
Monseigneur, dans l'Hôtel Seguier,
Lans l'Hostel d'un Chancelier de
France, Illustre veritablement par faSuprêmeMagiftrature , plus Il.- luftre encoreparses grandesActios.
V. E. nous retrouve dans le Louvre,
dans laMaifon Sacréedenos Rois;
&nos Muſesn'ontplusd'autreſé.. jourqueceluydelaMajesté. Ilfaut nevous rien celer encore de tout ce
qui peut tenirrangparmy.... nosheu- Aij
8 LE MERCVRE
reuſes avantures , puis que V. E. y
prend quelque part. UnArchevéque de Paris, qui honorefa Dignité parfaVertu, parfonEloquence,&
par la Nobleſſe de ſa conduite ; Un Evesque d'une érudition confommée, &que mille autres rares qua- litezont fait choifir pour cultiver les esperances d'un jeuneHéros, de
qui tout l'Univers attend de fi grandes choses ; Vn Duc & Pair également recommandable parfon Esprit &parsa Valeur, & avec
qui toutes les Graces ont fait une alliance eternelle ; des Gouverneurs
de Province ; un President du Par- lement ; pluſieurs Perſonnage's celebres en toutes fortes de Sciences,
Jont les nouveaux Confreres que nous vous avons donnez,fanspar- ler de ce GrandHomme, que l'intime confiance du Prince , un zele in- fatigable pour le bien de l'Etat ,
GALANT. 9
une paſſion ardente pour l'avance- mentdes belles Lettres distinguent affez, pourn'avoirpas besoin d'étre nommé plus ouvertement. L'Academie a fait la plupart de cespré- cieuses acquisitions , tandis que V. E. defendoit nos Droits à Rome,
&s'oppoſoit aux brigues denosEn- nemis . C'eſt fur vos foins &fur ceux de Monsieur le Duc , voſtre
Frere , que la France s'est reposée avecfeuretédefes interests , en un Païs, où déja depuis long-temps le courage , l'intrepidité, &l'amour
de la Patrie , ont rendufameux l
Noms de Cœuvres &d'Estrées.C'est
avec la meſmefermeté que V. E. a
Soûtenu l'honneur de la Couronne
contre les injustes défiances , que la profperitédes Armes du Roy faisoit naiſtre dans des Ames trop timides.
Quels Eloges , quels applaudiffe- mens na-t-ellepoint meritéencore 509
Av
10 LE MERCVRE
-au dernier Conclave ! cettefermetécourageufe&falutaire,qui dans une occafionfi importante n'a pas moins envisagéles avantagesde la Republique Chrestienne , quefuivy leplan des pieuſes intentions de Sa Majesté?ToutelaTerrefçait com- bien ces grandes veuës ont donné de part àV.E. dans l'Exaltation de cePontifice incomparable , àqui lapuretédes mœurs,lemépris des richeſſes , la tendreffc cordiale en vers les Pauvres , l'humilité magnanime des anciens Evesques , &
le parfait dégagement des choses dumonde, avoient acquis larepu.
tation de Sainteté, avant que d'en obtenirle Titre attachéàlaChai
reApostolique. Ilestmal-aiſeaprés:
cela, Monseigneur , que nous ne nous flattions de quelque fecrete complaisance, en voyant qu'ilfort delAcademiedes Princes du Sacré
Y
GALANT.. IF
Senat , &que vostrefuffrage , que nous avons contéquelquefoisparmy les nostres , concourt maintenant
avec le S. Esprit au Gouvernement
defon Eglife. Avancez donc toû- jours , Monseigneur , dans unefi belle route , &permettez-nous de
croire que V. E. confervera quel quessentimens d'affection pourune Compagnie, fur qui Loüis LE GRAND jette desifavorables
regards : Pour une Compagnie, qui aprés laveneration toutefinguliere qu'elle doit avoir pourfon Royal'
Protecteur, n'aurapoint de mouve- ment plus fort , que celuy du Zele qui l'attache àV. E. &qui trou
ucra toûjours une des principales occafions desa joye dans l'accom- pliffement de toutes vosglorieuses entrepriſes..
Il ne faut pas s'étonner ſi le
Avj
12 LE MERCVRE
Public a donné tant d'approba- bation à ce Compliment , puis qu'il amerité celle du Roy , qui ſe l'eſt fait lire à l'Armée par
Monfieur de Breteüil , Lecteur
de Sa Majesté. Auſſi Monfieur le Cardinal d'Eſtrées le receutil d'une maniere tres-obligean- te. Il dit à Ma Charpentier
qu'il n'entreprenoit pointde ré- pondre fur le champ àunDif- cours ſi plein d'Eloquence, mais qu'il le prioit d'aſſurer laCom- pagnie, qu'il ne perdroit jamais le ſouvenir des marques qu'elle luy donnoit du ſien; Qu'il s'en tenoit tellement obligé, qu'il ne lui ſuffiſoit pas del'en remercier,
comme il faifoit , & qu'il vien- droit à l'Academie pour luy en témoigner plus fortement ſa re- connoiſſance. Il s'étendit en- ſuite fur les Loüanges des llu-
:
GALANT. 13 ſtres qui la compofent , & fur le travail du Dictionaire , dont il
demanda particulierement des nouvelles. Il ajoûta , qu'il eſpe- roit beaucoup de la grandeur &de l'exactitude de cette entrepriſe , dont il avoit ſouvent entretenu desGens d'eſprit d'I- talie qui en avoient admiré le Plan ; & aprés quelque conver- fation il reconduifit les Depu- tez juſqu'à la porte de la Salle,
proche le Degré. Il leur tintpa- role quelques jours aprés , &fe trouva au Louvre , à une de Jeurs Seances. Il eſt Protecteur
de l'Academie de Soiffons , où
MonfieurHebert, Treſorier de France , luy avoit déja fait le Compliment qui ſuit au nomde cette Compagnie. Je trouveray l'occafion, Madame, de vous en faire connoiſtre une autrefois le
merite &l'établiſſement.
14 LE MERCVRE
ONSEIGNEUR, MONSQuelle joye ne doit par répandre dans ces lieux l'honneur de vostre prefence aprés une ab- fence fi longue &fiennuyeuse !! Quelle joye pour une Compagnie,
qui vous doit tant , &quivous bonnore,àproportion de ce qu'elle vous doit , devous y voir dans cet
éclat , qui frape aujourd'huy fi agreablement nos yeux & dont
Vidée avoit remplysi long-temps noftre imagination ; Noussçavons bien, Monseigneur, que toutes les Grandeurs humaines estant audef fous de cette élevation d'esprit &
de cette grandeur d'Amc , qui di- ftinguefi excellemment Votre Eminence des autres Hommes , c'est vous rabaiſſer en quelque façon que de vous lower d'une Dignité,
quelque grande quelque élevée
GALAN T.
,vous ne devez.
qu'ellefoit. Mais vous nous per-.
mettrez de vous dire , que regar- dant celle-cy , comme unpur effet de voffre merite
pas trouvermauvaisque nousnous
réjoüisions devousenvoirrevétu,
que nous vousfaſſions reſſouve- nirqu'en augmentant vôtre Gloire,, elle acheve &confomme celle de vostre Maison.. Cettegrande, cette illustre Maiſon,Monseigneur,fub
fiſtoit depuis plusieurs Siecles dans une fplendeur pen commune. Tout ceque laKaleur , unieàla conduite, peut acquerir des Titres écla
tans, tout cequelafidelité,,jointe
aux lumieres , peut procurerd'im
portansEmplois, tout cela, Mon- feigneur, s'y voyoit enfoule &de
tous les Honneurs de laTerre , on
peut dire que laſeule Pourpre luy manquoit. Mais le Ciel qui tra wailloit depuissi long-temps àfon
16 LE MERCVRE
:
1
agrandiſſement , qui par laprodu- Etion continuelle de tant deHéros
qu'il en faifoit fortir fucceßive.. ment , la diſpoſoit pourainſidireà
recevoir cet Honneur , fit naiſtre enfin V.E. avec toutes les Qualitez qui en pouvoient estre dignes.
Vous les reçeutes donc , Monfei- gneur, non pas , commelapluspart des Etrangers, fur lefeulraport de La Renommée , &fur la simple Nomination d'un Prince, qui le de.. mande pour fon Sujet. Rome vit bien deux. Royaumes fe difputer l'avantage de vous le procurer ;
mais avant qu'elle vous l'accordat , Rome vit außi briller à l'enwy ces belles, ces éclatantes Qua- litez. Elle connut voſtre merite,&م
ce fut fans doute ce qui la deter- mina dans cette grande conjon- Eture. Quel honneur pour vous,
Monseigneur, d'avoir acquis par
GALANT. 17 une voyefi belle une Dignitéfifu- blime ! Quelhonneur d'avoir mis le comble àlagloire d'une Maifon des premieres &des plusfameuses de l'Univers ! Mais quel honneur
pour l'Academie de Soiffons , de ſe
pouvoir glorifier d'un tel Prote- Etcur ! Quel honneur pour nous ,
que vostre Eminence ait bien vou
luse charger de ce Titre, &n'ait
Pas dédaignéde le joindre à tant d'autres fi glorieux ! Quelle joye
encore un coup de voir ce Prote- Eteur,&de luyparler !Mais quelle
peine de le voir pour ſi peu de temps , &de luy parlerfans pou- voir parler dignement de luy !
Quelembaras , quelle confusión de de voir tant & de pouvoir si peu
vendre, de fentir une reconnoiſſan- ce qu'on ne peut exprimer ! C'est
pourtant principalement cette re- connoissance , Monseigneur , que nous voudrions bien pouvoir dé.
18 LE MERCVRE
peindre à V. E. Plût àDieu que vous puissiez voir quels mouve mens elle excite dans nos cœurs ,
quels Vœux, quels fouhaits elley
forme. Nous les continuerens,Mon- feigneur, ces Vœux&cesfouhaits ;
&puis que nous ne pouvons autre chose,nousleferons du moinsavec tout le zele &toute l'ardeur dont
noussommes capables. Nous nedi- rons pas icy àVostre Eminence quel prefentement leur obict ; puis qu'il n'y a plus qu'un degré entre Le Ciel &Fous, il n'estpas mal- aisé de le comprendre. Nousvous dirons seulement , Monseigneur ,
qu'il fait quelque chofe de Suprê- me pour recompenfer unefuprême Vertu , qu'ainsi il n'y a rien de fi Grand, ny de fi Haut dans le Monde, où V.E. nepuiffepreten dre avecjustice , &où elle nefoit déja placéeparles ardens &justes defirs de cette Compagnic.
eft
!
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Résumé : « Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Le texte décrit la visite de six membres de l'Académie Française chez le Cardinal d'Estrées à son retour à Paris après sa promotion au cardinalat. Les membres présents étaient Charpentier, Tallemant, Testu, l'Abbé Regnier, et de Benferade, accompagnés du Duc de Saint-Aignan. Ils félicitent le Cardinal pour sa nouvelle dignité. Charpentier, en tant que porte-parole, exprime une émotion mêlée d'amertume en voyant le Cardinal revêtu de la pourpre cardinalice, soulignant que cette élévation le sépare des exercices académiques. Il exalte la grandeur du Cardinal et son lien avec le roi Louis XIV, comparant cette élévation à celle des grands hommes de l'histoire. Le discours mentionne également les nouvelles acquisitions de l'Académie, y compris un archevêque de Paris, un évêque érudit, et un duc pair. Le Cardinal d'Estrées, touché par le compliment, promet de conserver son affection pour l'Académie et s'intéresse au travail du dictionnaire en cours. Il exprime également son admiration pour les membres de l'Académie et leur travail. Le public et le roi approuvent ce compliment. Le Cardinal reçoit les députés de manière obligeante, discutant des louanges des lettres et du dictionnaire avant de les reconduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 161-163
M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur l'Abbé Colbert, qui employe ses meilleures heures à [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Discours, Abbé Colbert, Sciences ecclésiastiques
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
Monfieur l'Abbé Colbert ,
qui employe ſes meilleures heures à l'étude , &qui en fait
GALANT. 117
1
fon plus agreable attachemét,
donna il y a quelques jours des marquesde ſa haute ſuffiſance par un excellent Difcours Latin qu'il fitdans la grande Salle de Sorbonne, à l'ouverturedes Sorboniques. La nombreuſe Aſſemblée qui s'ytrouva,com- poſée en partie de Cardinaux,
de Prélats ,&de Perſonnes de
la premiere Qualité, nepût af ſez admirer l éloquence avec laquelle il fit connoiſtre com- bien la protection que le Roy - donne aux Docteurs de la Faculté &de la Maisõ, leur eſtoit
avantageuſe &pour lemaintie
de leurs Privileges, &pour cõ-- ſerver les Sciences Eccleſiaſti-
- ques dans toute leur pureté. II - eſt Prieur de Sorbonne. Les
Docteurs & les Bacheliers de
118 LE MERCVRE
la Societé font ordinairement
cette élection par la voye du Scrutin; mais M l'AbbéColbert, dont le merite porte pour luy une recommandation toute particuliere,a eſté éleu de vive voix.Toutle monde le ſouhaitoit,&tout le monde le nomma
enmêmetemps.
qui employe ſes meilleures heures à l'étude , &qui en fait
GALANT. 117
1
fon plus agreable attachemét,
donna il y a quelques jours des marquesde ſa haute ſuffiſance par un excellent Difcours Latin qu'il fitdans la grande Salle de Sorbonne, à l'ouverturedes Sorboniques. La nombreuſe Aſſemblée qui s'ytrouva,com- poſée en partie de Cardinaux,
de Prélats ,&de Perſonnes de
la premiere Qualité, nepût af ſez admirer l éloquence avec laquelle il fit connoiſtre com- bien la protection que le Roy - donne aux Docteurs de la Faculté &de la Maisõ, leur eſtoit
avantageuſe &pour lemaintie
de leurs Privileges, &pour cõ-- ſerver les Sciences Eccleſiaſti-
- ques dans toute leur pureté. II - eſt Prieur de Sorbonne. Les
Docteurs & les Bacheliers de
118 LE MERCVRE
la Societé font ordinairement
cette élection par la voye du Scrutin; mais M l'AbbéColbert, dont le merite porte pour luy une recommandation toute particuliere,a eſté éleu de vive voix.Toutle monde le ſouhaitoit,&tout le monde le nomma
enmêmetemps.
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Résumé : M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
L'Abbé Colbert a prononcé un discours latin lors de l'ouverture des Sorboniques dans la grande salle de la Sorbonne. L'assemblée, composée de cardinaux, de prélats et de personnalités influentes, a été captivée par son allocution. Colbert a souligné la protection royale accordée aux docteurs de la Faculté et de la Maison, mettant en avant les avantages pour la préservation de leurs privilèges et la conservation des sciences ecclésiastiques dans leur pureté. En tant que Prieur de Sorbonne, Colbert a été élu de vive voix par les docteurs et les bacheliers, une procédure exceptionnelle reflétant l'unanimité et le souhait général de l'assemblée.
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3
p. 136-141
Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait encor plusieurs Abjurations en diverses Villes, [...]
Mots clefs :
Abjurations, Villes, Vérités, Religion catholique, Discours, Conversions, Religion prétendue réformée
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texteReconnaissance textuelle : Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Il s'eſt fait encor pluſieurs
Abjurations en diverſesVilles,
mais il en eſt peu d'auſſi
éclatantes que celle que M
l'Archeveſque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
GALANT. 137
dans la Capitale de ſon Dio
ceſe. M.Fremin de Marzilly,
Capitaine dans le Regiment
de Grancé , apres avoir étu.
dié depuis deux ans avec une
application extraordinaire,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a eſté enfin
entierement convaincu par
les conférences qu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le ſçavant M.Faure
fon Vicaire general. La Cerémonie
de ſa Reconciliation
ſe fit dans la Cathédrale
le Jeudy 12. de ce mois , en
préſence de tous les Corps,
Juin 1681. M
138 MERCVRE
& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Ville. M
l'Archeveſque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus folemnelle,
•voulut la faire luy-meſme,
la termina par un excellent
Diſcours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les intereſts de l'Eglife.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mef
me jour que le Cadet de M
de Marzilly , connu fous le
nom de Sainte Fraiſe dans
le Regiment de Coningſ
mark , où il eſt Lieutenant
5
GALANT. 139
. d'une Compagnie , venoit
auſſi de faire abjuration à
Boulogne ; & ce qu'il y a
de ſurprenant, c'eſt que ces
deux font heureuſement
fortis dans le meſme
temps des voyes de l'erreur,
fans que l'un ſçeuſt rien du
deſſein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere , & quatre
Soeurs auſſi ſpirituelles que
bien faites , & c'eſt là tout
ce qui reſte aujourd'huy à
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée ; de forte
que ſans compter les effets
que cegrand exemple don-
Mij
140 MERCVRE
ne ſujet d'eſpérer, cetteVille
peut dés-à-préſent ſe vanter
d'eſtre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de M. de Marzilly
ont beaucoup contribué à
la joye que tous ceux qui le
connoiffent ont euë de ce
changement. Il eſt bien fait,
fpirituel , agreable , d'une
probité qui n'eſt pas commune,&
fçavant au dela de
ce qu'on croiroit d'un Hom
me âgé ſeulement de vingthuit
ans. Ainſi on peut dire
que c'eſtoit une conqueſte
digne du grand Prélat qui
GALANT. 141
I'a faite,& deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans le Poitou..
Les Miſſions que M. l'Eveſque
de Poitiers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Inſtructions dont on a
beſoin, ontunſuccés ſi avantageux
, que plus de douze
mille Perſonnes ſe ſont converties
depuis quatre mois..
Abjurations en diverſesVilles,
mais il en eſt peu d'auſſi
éclatantes que celle que M
l'Archeveſque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
GALANT. 137
dans la Capitale de ſon Dio
ceſe. M.Fremin de Marzilly,
Capitaine dans le Regiment
de Grancé , apres avoir étu.
dié depuis deux ans avec une
application extraordinaire,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a eſté enfin
entierement convaincu par
les conférences qu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le ſçavant M.Faure
fon Vicaire general. La Cerémonie
de ſa Reconciliation
ſe fit dans la Cathédrale
le Jeudy 12. de ce mois , en
préſence de tous les Corps,
Juin 1681. M
138 MERCVRE
& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Ville. M
l'Archeveſque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus folemnelle,
•voulut la faire luy-meſme,
la termina par un excellent
Diſcours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les intereſts de l'Eglife.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mef
me jour que le Cadet de M
de Marzilly , connu fous le
nom de Sainte Fraiſe dans
le Regiment de Coningſ
mark , où il eſt Lieutenant
5
GALANT. 139
. d'une Compagnie , venoit
auſſi de faire abjuration à
Boulogne ; & ce qu'il y a
de ſurprenant, c'eſt que ces
deux font heureuſement
fortis dans le meſme
temps des voyes de l'erreur,
fans que l'un ſçeuſt rien du
deſſein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere , & quatre
Soeurs auſſi ſpirituelles que
bien faites , & c'eſt là tout
ce qui reſte aujourd'huy à
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée ; de forte
que ſans compter les effets
que cegrand exemple don-
Mij
140 MERCVRE
ne ſujet d'eſpérer, cetteVille
peut dés-à-préſent ſe vanter
d'eſtre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de M. de Marzilly
ont beaucoup contribué à
la joye que tous ceux qui le
connoiffent ont euë de ce
changement. Il eſt bien fait,
fpirituel , agreable , d'une
probité qui n'eſt pas commune,&
fçavant au dela de
ce qu'on croiroit d'un Hom
me âgé ſeulement de vingthuit
ans. Ainſi on peut dire
que c'eſtoit une conqueſte
digne du grand Prélat qui
GALANT. 141
I'a faite,& deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans le Poitou..
Les Miſſions que M. l'Eveſque
de Poitiers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Inſtructions dont on a
beſoin, ontunſuccés ſi avantageux
, que plus de douze
mille Perſonnes ſe ſont converties
depuis quatre mois..
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Résumé : Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs abjurations récentes, dont celle de M. Fremin de Marzilly, capitaine dans le régiment de Grancé. Après deux années d'étude approfondie de la religion catholique, il a été convaincu lors de conférences avec l'archevêque de Reims et M. Faure, vicaire général. La cérémonie de réconciliation a eu lieu le 12 juin 1681 dans la cathédrale de Reims, en présence des notables de la ville. L'archevêque a souligné le zèle de M. de Marzilly pour les intérêts de l'Église. Le même jour, il a été révélé que le cadet de M. de Marzilly, lieutenant dans le régiment de Coningsmark, avait également abjuré à Boulogne. Les deux frères se sont convertis simultanément sans connaître les intentions de l'autre. Leur mère et leurs quatre sœurs restent les seuls membres de la famille pratiquant la religion prétendue réformée à Reims. Cette double conversion a renforcé la réputation catholique de la ville. M. de Marzilly est décrit comme un homme bien fait, spirituel, agréable, probe et savant, malgré son jeune âge de vingt-huit ans. Par ailleurs, les missions établies par l'évêque de Poitiers dans le Poitou ont conduit à la conversion de plus de douze mille personnes en quatre mois.
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4
p. 22-26
Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque, Duc de Laon, & Pair de France, ayant fait [...]
Mots clefs :
Évêque, Duc de Laon, Conversion, Hérétiques, Zèle, Succès, Discours, Nouveaux catholiques, Ténèbres, Erreurs, Vérités, Lumière, Église, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
M' l'Evesque, Duc de
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Le duc de Laon, pair de France, a pris possession de sa ville épiscopale et a commencé à convertir les hérétiques. Sept jours après son arrivée, dix personnes ont abjuré leurs croyances hérétiques. L'évêque a exprimé sa joie de débuter son ministère par cette conversion, affirmant que leur expérience passée les rendrait aptes à promouvoir la vérité. Il a décrit les caractéristiques de la véritable Église, son unité et son universalité, de manière claire et sublime. Les convertis pourraient ainsi instruire les opposants. L'évêque a encouragé les nouveaux catholiques à adopter des principes moraux élevés et à bénéficier de la protection royale, qui garantissait leur sécurité et offrait des récompenses pour leur soumission à l'Église. Ce discours a été bien accueilli et bénéfique pour tous les auditeurs.
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5
p. 210-212
Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque de Clermont a reçeu depuis dix ou douze [...]
Mots clefs :
Évêque de Clermont, Abjuration, Madame de Strada, Hérésie, Seigneur, Conversion, Erreur de Calvin, Cérémonie, Discours, Larmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
M'l'Evefque de Clermont
a reçeu depuis dix ou douze
jours l'Abjuration de M &
de Madame de Strada, à la-
S
GALANT. 211
quelle ce vigilant & pieux
Prélat travailloit depuis long
temps. Ils eftoient tous deux
nez dans l'Héreſie , Mª de
Strada, Seigneur de Serlieve
àune lieuë de Clermont, eftant
originaire de Flandre,
&Madame de Strada de la
Famille des Fabrices. Les
bonnes qualitez de l'un &
de l'autre les faifoient fort
eſtimer dans la Province, &
ils n'eſtoient connus de perſonne
qui ne ſouhaitaft leur
converfion. Ainſi ce fut une
joje univerſelle de les voir
enfin aſſez penétrez des lu
Sij
212 MEROVRE
mieres de noſtre Foy , pour
abjurer l'Erreur de Calvin.
La Cerémonie fe fit dans
l'Eglife Cathédrale de Clermont
avec une affluence de
monde incroyable. Mademoiſelle
de Strada leur Fille
ſuivit leur exemple , ainfi
qu'une Fille de leurs Domeſtiques
. M l'Eveſque
leur fit un Diſcours qui attira
les larmes de tous ceux
qui l'entendirent. Le Te
Deum fut chanté en ſuite ſolemnellement
, & tout le
monde ſortit avec une ſatisfaction
extraordinaire.
a reçeu depuis dix ou douze
jours l'Abjuration de M &
de Madame de Strada, à la-
S
GALANT. 211
quelle ce vigilant & pieux
Prélat travailloit depuis long
temps. Ils eftoient tous deux
nez dans l'Héreſie , Mª de
Strada, Seigneur de Serlieve
àune lieuë de Clermont, eftant
originaire de Flandre,
&Madame de Strada de la
Famille des Fabrices. Les
bonnes qualitez de l'un &
de l'autre les faifoient fort
eſtimer dans la Province, &
ils n'eſtoient connus de perſonne
qui ne ſouhaitaft leur
converfion. Ainſi ce fut une
joje univerſelle de les voir
enfin aſſez penétrez des lu
Sij
212 MEROVRE
mieres de noſtre Foy , pour
abjurer l'Erreur de Calvin.
La Cerémonie fe fit dans
l'Eglife Cathédrale de Clermont
avec une affluence de
monde incroyable. Mademoiſelle
de Strada leur Fille
ſuivit leur exemple , ainfi
qu'une Fille de leurs Domeſtiques
. M l'Eveſque
leur fit un Diſcours qui attira
les larmes de tous ceux
qui l'entendirent. Le Te
Deum fut chanté en ſuite ſolemnellement
, & tout le
monde ſortit avec une ſatisfaction
extraordinaire.
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Résumé : Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion au catholicisme de Monsieur de Strada et de Madame de Strada, initialement calvinistes. Monsieur de Strada, seigneur de Serlieve près de Clermont, était originaire de Flandre, tandis que Madame de Strada appartenait à la famille des Fabriques. Leur conversion, souhaitée par de nombreux habitants de la province, a été accueillie avec joie. La cérémonie s'est tenue dans la cathédrale de Clermont en présence d'une grande foule. Leur fille et une domestique ont également abjuré le calvinisme. L'évêque de Clermont a prononcé un discours émouvant, suivi du chant solennel du Te Deum, laissant l'assistance satisfaite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 118-121
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Vous avez déja sçeu que Mr Arnaud, Intéressé depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Abjurations, Religion prétendue réformée, Médisance, Discours, Archevêque, Conversion
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Vous avez déja fçeu que
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Monsieur Arnaud, intéressé par les Fermes générales du roi, a abjuré la Religion Prétendue Réformée il y a plus d'un an. Sa conversion, initialement suspectée de motivations humaines, a été confirmée comme sincère et authentique. Son exemple et ses actions ont conduit plus de cent dix personnes à se convertir, incluant deux de ses parents et un de ses commis. Monsieur de Fontaines, fils de Madame Arnaud, a été le premier à suivre cet exemple au début du Carême. Le 7 mars, Madame Arnaud, Monsieur Blair, Monsieur des Plantes, deux fils de Madame Arnaud d'un premier lit, Monsieur de Fayolle, et la demoiselle de Madame Arnaud ont abjuré devant l'Archevêque de Paris, en présence de Monsieur Lamet et Monsieur Varet. Le même jour, le Baron d'Arros d'Auriac, sa femme et sept de leurs enfants ont abjuré à Pau, convaincus par les motifs de conversion de Monsieur de Blair, envoyés à Madame d'Arros, sa sœur. Ces motifs doivent être rendus publics sur ordre du roi et sur rapport de l'Archevêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1-6
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis mieux commencer ma Lettre dans la saison [...]
Mots clefs :
Religion, Piété, Sa Majesté, Christianisme, Religion prétendue réformée, Erreurs, Déclaration, Ministres, Temples, Interdiction, Gloire de Dieu, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E ne puis mieux commencer
ma Lettre dans
la ſaiſon où nous fommes
, que par des Nouvelles
qui regardent la Religion &
la Pieté. Ce que fait le Roy
de jour en jour , en fournit
Mars 1683 . A
2
MERCURE
un ſi grand nombre de cette
nature, que ne pouvant vous
parler de toutes , à cauſe des
bornes que je fuis contraint
deme prefcrire, je me trouve
chaque mois plus embaraſſé
à les choiſir , qu'à les chercher.
Rien ne vous eſt plus
connu que le zele ardent de
Sa Majefté à voir rentrer au
ſein de l'Egliſe ceux de ſes
Sujets qui en ſont ſortis . Ce
zele ne s'étend pas ſeulement
fur eux ; il va juſqu'à ouvrir
des voyes de ſalut aux Mahometans
& aux Idolâtres.
La France eſt l'abord de tou
GALANT.
3
1
tes les Nations. Ily vient des
Gens de beaucoup de Lieux ,
où l'on ne ſçait ce que c'eſt
que l'Evangile ; & comme
il
il y en a eu quelques-uns,
qui voulant embraſſer le
Chriſtianiſme , ſe ſont malheureuſement
adreſſez à
ceux de la Religion Prétenduë
Reformée , dont ils ont
pris les erreurs , Sa Majesté
avertie de ce défordre, a crû
y devoir pourvoir ; & pour
empeſcher qu'à l'avenir on
n'abuſe de leur ignorance,
Elle a fait publier depuis un
mois une Déclaration qui
A ij
4 MERCURE
porte , que les Mahometans
& Idolâtres qui voudront ſe
faire Chreftiens , ne pourront
eſtre inſtruits que dans la
Religion Catholique. La
meſme Déclaration défend
aux Miniſtres de la Religion
Prétenduë Reformée , de
foufrir dans leurs Temples
ou Aſſemblées, les Perfonnes
de la qualité que je viens de
vous marquer , fous peine,
outre l'amende arbitraire, qui
ſera au moins de cinq cens
livres, d'eſtre privez pour toûjours
de faire aucune fon-
Aion de leur Miniſtere dans
GALANT. 5
le Royaume . On ajoûte à
cette peine l'interdiction entiere
de la meſme Religion,
dans les Temples ou autres
Lieux, où ces fortes de Perſonnes
auront eſté reçeuës,
ou ſoufertes. Voyez , Madame
, ſi l'on peut travailler
plus fortement à ce qui regarde
la gloire de Dieu , &
Pintéreſt de l'Eglife. Dans
la derniere Affemblée gené.
rale que Meſſieurs duClergé
de France ont tenuë icy , ils
firent dreffer un Avertiſſement
Paftoral pour ceux de
la Religion Prétenduë Re
A iij
6 MERCURE
formée ; & par le meſme
principe de zele & de pieté,
Sa Majesté a voulu que la
lecture leur en ait eſté faite
dans tous les Lieux où ils
ont des Temples .
ma Lettre dans
la ſaiſon où nous fommes
, que par des Nouvelles
qui regardent la Religion &
la Pieté. Ce que fait le Roy
de jour en jour , en fournit
Mars 1683 . A
2
MERCURE
un ſi grand nombre de cette
nature, que ne pouvant vous
parler de toutes , à cauſe des
bornes que je fuis contraint
deme prefcrire, je me trouve
chaque mois plus embaraſſé
à les choiſir , qu'à les chercher.
Rien ne vous eſt plus
connu que le zele ardent de
Sa Majefté à voir rentrer au
ſein de l'Egliſe ceux de ſes
Sujets qui en ſont ſortis . Ce
zele ne s'étend pas ſeulement
fur eux ; il va juſqu'à ouvrir
des voyes de ſalut aux Mahometans
& aux Idolâtres.
La France eſt l'abord de tou
GALANT.
3
1
tes les Nations. Ily vient des
Gens de beaucoup de Lieux ,
où l'on ne ſçait ce que c'eſt
que l'Evangile ; & comme
il
il y en a eu quelques-uns,
qui voulant embraſſer le
Chriſtianiſme , ſe ſont malheureuſement
adreſſez à
ceux de la Religion Prétenduë
Reformée , dont ils ont
pris les erreurs , Sa Majesté
avertie de ce défordre, a crû
y devoir pourvoir ; & pour
empeſcher qu'à l'avenir on
n'abuſe de leur ignorance,
Elle a fait publier depuis un
mois une Déclaration qui
A ij
4 MERCURE
porte , que les Mahometans
& Idolâtres qui voudront ſe
faire Chreftiens , ne pourront
eſtre inſtruits que dans la
Religion Catholique. La
meſme Déclaration défend
aux Miniſtres de la Religion
Prétenduë Reformée , de
foufrir dans leurs Temples
ou Aſſemblées, les Perfonnes
de la qualité que je viens de
vous marquer , fous peine,
outre l'amende arbitraire, qui
ſera au moins de cinq cens
livres, d'eſtre privez pour toûjours
de faire aucune fon-
Aion de leur Miniſtere dans
GALANT. 5
le Royaume . On ajoûte à
cette peine l'interdiction entiere
de la meſme Religion,
dans les Temples ou autres
Lieux, où ces fortes de Perſonnes
auront eſté reçeuës,
ou ſoufertes. Voyez , Madame
, ſi l'on peut travailler
plus fortement à ce qui regarde
la gloire de Dieu , &
Pintéreſt de l'Eglife. Dans
la derniere Affemblée gené.
rale que Meſſieurs duClergé
de France ont tenuë icy , ils
firent dreffer un Avertiſſement
Paftoral pour ceux de
la Religion Prétenduë Re
A iij
6 MERCURE
formée ; & par le meſme
principe de zele & de pieté,
Sa Majesté a voulu que la
lecture leur en ait eſté faite
dans tous les Lieux où ils
ont des Temples .
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En mars 1683, le roi de France a entrepris des actions pour promouvoir la religion catholique. Il vise à ramener ses sujets éloignés de l'Église catholique et à offrir le salut aux mahométans et idolâtres. La France accueille des personnes de diverses nations, certaines désirant se convertir au christianisme mais s'orientant vers la religion prétendue réformée. Pour contrer cela, le roi a publié une déclaration interdisant aux mahométans et idolâtres de recevoir une instruction autre que celle de la religion catholique. Les ministres de la religion prétendue réformée ne peuvent accueillir ces personnes dans leurs temples ou assemblées, sous peine d'amende et d'interdiction d'exercer leur ministère. Les lieux ayant accueilli ces conversions seront interdits à la pratique de cette religion. Par ailleurs, le clergé français a émis un avertissement pastoral destiné aux protestants, lu dans tous les lieux où ils possèdent des temples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 9-20
Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Début :
Toute l'Assemblée marqua beaucoup de soûmission, & se [...]
Mots clefs :
Assemblée, Soumission, Mr le Bret, Official de Montauban, Avertissement pastoral, Ouvrage, Prétendus réformés, Schisme, Discours, Église, Clergé, Charité, Raison, Missions, Miracles, Sectes, Triomphe, Église gallicane, Allemagne
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Toute l'Affſemblée mar
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
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Résumé : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Lors d'une assemblée, M. le Bret, officier de Montauban, a présenté un Avertissement Pastoral destiné à encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Dans son discours, il a exprimé le désir du clergé français et du roi, qualifié de Très-Chrétien, de voir les protestants revenir à l'Église catholique. M. le Bret a insisté sur le fait que l'Église catholique est la seule voie de salut et que les divisions religieuses sont injustifiées. Il a réfuté l'idée que l'Église doive être réformée, citant Saint Augustin pour affirmer que la véritable réparation réside dans l'unité et la charité. Le discours a critiqué les prétentions des réformés à posséder une mission extraordinaire, soulignant l'absence de miracles et les divisions internes qui ont conduit à la création de multiples sectes protestantes. M. le Bret a conclu en appelant les protestants à revenir à l'Église catholique, qu'il a décrite comme véritable et incontestable, et en mentionnant la succession ininterrompue des évêques comme preuve de sa légitimité. Il a également exprimé son engagement personnel et religieux, insistant sur l'importance de la grâce divine. Enfin, il a fait référence à un Avis Pastoral de l'Église gallicane, contenant des informations supplémentaires pertinentes pour les destinataires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 232-238
Conversion de Mr Gilly, Ministre de Baugé, & de Mr Courdil, Ministre de Pinperdu, [titre d'après la table]
Début :
Il avoit eu plusieurs conférences sur ses doutes avec [...]
Mots clefs :
Ministre, Paroisse, Prétendus réformés, Assemblée, Temple, Consistoire, Difficultés, Réformateurs, Église catholique, Erreur, Discours, Lumière, Religion
10
p. 239-250
EXHORTATION DE M l'Evesque d'Angers aux Ministres de Baugé, & de Chasteau-du-Loir.
Début :
Mr l'Evesque d'Angers fit un Discours tres édifiant à ces [...]
Mots clefs :
Discours, Ministres, Dieu, Erreur, Église, Évêque d'Angers, Injures, Réflexions, Humiliation, Mensonge, Vérité, Fausseté, Conversions, Bénédiction, Hérésie, Ennemi
11
p. 1-3
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Je l'avouë, Madame, j'aurois esté bien surpris, si les [...]
Mots clefs :
Discours, Religion, Prétendus réformés, Conversion, Zèle, Louis le Grand, Église
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texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E l'avoue , Madame.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En juillet 1683, l'auteur se réjouit des discours de messieurs Gilly et Courdil, envoyés huit jours après sa lettre de juin, qui ont plu au destinataire. Ces discours justifient leur conversion religieuse et réfutent les prétendus réformés. L'auteur espère convaincre ou faire douter les personnes de bonne foi. Les conversions croissantes sont attribuées au zèle de Louis le Grand pour restaurer l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
s. p.
LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Début :
Conferences Ecclesiastiques du Diocese de Luçon, cinq Volumes in douze, [...]
Mots clefs :
Nouveautés, Ouvrages, Traité, Démonstration, Histoire, Église, Essais, Discours, Extraordinaire, Morale, Voyages, Relations, Livres, Volumes
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
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Résumé : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Le document énumère des livres publiés en janvier 1685. Parmi eux, les 'Conférences Ecclésiastiques du Diocèse de Luçon' en cinq volumes sont disponibles à Paris et Lyon. Le 'Traité des Fortifications' de Monsieur Gautier de Nîmes, illustré de 23 figures, vise à former la jeunesse à l'art de fortifier les places. Le 'Traité Historique de l'Établissement et des Prérogatives de l'Église de Rome' par Monsieur Mainbourg explore les aspects historiques et ecclésiastiques. D'autres titres incluent 'Les différents Caractères de l'Amour' par un académicien français, 'L'Histoire du Grand Seraskier Baffa', et 'Essais de Sermons pour tous les jours du Carême' en trois volumes. Des œuvres littéraires comme 'Agiatis, Reyne de Sparte', 'Mademoiselle de Jarnac', et 'Les Dames Galantes' sont également mentionnées. Des ouvrages scientifiques et techniques tels que 'Essais de Phyfique' et 'Les Travaux de Mars' sont listés. Des récits de voyage comme 'Nouveau Voyage de Monsieur Thevenot' et 'Relation d'un Voyage des Indes Orientales' par Monsieur Dellon sont présents. Enfin, le document cite des publications périodiques comme le 'Mercure Galant' et des almanachs pour l'année 1685.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 116-141
« Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Début :
Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...]
Mots clefs :
Académie française, Jean Racine, Jean-Louis Bergeret, Gloire, Roi, Parler, Corneille, Esprit, Discours, Vertus, Histoire, Rois, Protecteur, Nom, Paix, Ennemis, Lettres, Place, Royaume, Compagnie, Justice, Monde, Attention, Avantage, Public
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texteReconnaissance textuelle : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monfieur de Corneille ayant
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
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Résumé : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monsieur de Bergeret prononce un discours à l'Académie Française, soulignant la grandeur de cette institution qui attire les plus grands princes. Il rend hommage à Monsieur de Cordemoy, louant ses vertus morales et chrétiennes, ainsi que ses talents intellectuels. Cordemoy avait entrepris une grande histoire des rois de France, restée inachevée à cause de sa mort prématurée. Le discours est suivi d'un éloge du Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, célébré pour ses contributions à la gloire de l'État et son rôle de protecteur des lettres. Le roi est ensuite loué pour ses qualités exceptionnelles telles que la prudence, la justice, la valeur, la modération, la bonté et son zèle pour la religion. Ses actions pendant la paix et la guerre, notamment la conquête de places stratégiques sans combat et la gestion efficace du royaume malgré les menaces extérieures, illustrent ces vertus. Monsieur Racine, directeur de l'Académie, répond aux nouveaux académiciens en soulignant l'importance de Pierre Corneille pour le théâtre français. Racine décrit l'état chaotique du théâtre avant l'œuvre de Corneille, qui a introduit la raison et la vraisemblance sur scène, surpassant tous ses contemporains. Il compare Corneille aux grands tragiques de l'Antiquité et souligne son impact durable sur la littérature française. Le texte mentionne également la gloire de la France, qui se glorifie d'avoir produit des figures illustres comme Auguste, Horace et Virgile, et prédit que le siècle sera admiré pour ses victoires prodigieuses. Corneille est décrit comme une merveille parmi ces exploits. La France se souviendra avec plaisir que, sous le règne de Louis XIV, le plus célèbre de ses poètes a fleuri. Le roi a honoré Corneille de ses bienfaits, même deux jours avant sa mort, en lui envoyant des marques de libéralité. Les dernières paroles de Corneille ont été des remerciements à Louis XIV, qu'il a loué pour sa probité, sa piété et son esprit de douceur. Racine adresse ensuite la parole à Bergeret, soulignant que l'Académie française a perdu en Cordemoy un homme dédié à l'étude de l'histoire ancienne, mais a choisi un successeur compétent en Bergeret. Ce dernier, après avoir été l'organe d'un parlement célèbre et occupé un emploi important dans l'État, apporte à l'Académie une connaissance parfaite de l'histoire et des livres, ainsi que de l'histoire de son protecteur. Racine loue Bergeret pour sa connaissance des grands événements, des traités, des alliances et des négociations sous le règne de Sa Majesté. Racine mentionne également la supériorité de la France dans les négociations, contrastant avec les politiques passées où la France était souvent désavantagée. Il souligne que l'Espagne, autrefois orgueilleuse, a dû reconnaître publiquement son infériorité et abandonner des places et provinces importantes. Ce changement est attribué à la puissance et à la justice du roi, qui n'a besoin que de déclarer ses volontés pour les voir exécutées. Racine conclut en louant le roi pour sa résolution de mettre fin à la guerre et pour son habileté à tracer des lignes de paix que les ennemis ont dû accepter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 208-225
Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay point douté que vous ne fussiez contente du second Article [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Officiers, Repas, Marquis, Audience, Prince, Galeries, Compliments, Conquêtes, Carrosses, Saint-Cloud, Jardins, Réception, Cérémonie, Peuple, Amitié, Discours, Admiration, Bénédictions du ciel, Sa Majesté, Bonté, Adoration, Opéra, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Je n'ay point douté que vous
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
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Résumé : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
En octobre, deux mandarins envoyés par le roi de Siam sont arrivés à Calais avec six domestiques. Ils ont été accueillis par le major de la place et ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où ils ont reçu des honneurs militaires et civils. Leur interprète était le fils d'un Portugais né à Siam. Malgré leur sobriété alimentaire, ils ont été bien traités et ont pu observer diverses cérémonies et lieux prestigieux. À Paris, les mandarins ont rencontré plusieurs personnalités françaises, dont les marquis de Seignelay et de Vachet. Ils ont exprimé leur admiration pour la France et ont été impressionnés par la grandeur et la richesse des lieux visités, tels que le Palais-Royal, Chantilly et Versailles. Ils ont également assisté à des représentations théâtrales et à des cérémonies religieuses. La mission des mandarins était de s'informer sur les ambassadeurs envoyés par le roi de Siam à la cour française, présumés perdus. Ils ont rencontré le ministre Colbert de Croissy, qui leur a transmis les condoléances du roi de France et a exprimé le désir de renforcer les liens entre les deux royaumes. Ils ont également été reçus par le roi de France, qui les a honorés malgré leur statut non officiel d'ambassadeurs. Pendant leur séjour, les mandarins ont été surpris par le froid et la neige, éléments inconnus dans leur pays. Ils ont également été impressionnés par la liberté de parole et la diversité des gens en France. Avant leur départ, ils ont pris congé des ministres Colbert de Croissy et Seignelay. Une lettre sera envoyée en février pour discuter des préfets, des actions qu'ils ont entreprises et reçues, ainsi que de leur départ. Cette lettre mentionnera également le départ de Monsieur le Chevalier de Chaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 189-216
L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Début :
Il y a déja quelque temps que l'on m'a mis / L'Amour se plait souvent à faire voir sa bizarrerie aussi [...]
Mots clefs :
Amour, Bizarrerie, Veuve, Qualités, Mariage, Prétendants, Indépendance, Plaisirs de la vie, Fête, Amants, Cavalier, Hasard, Émotions, Jalousie, Honneur, Injustice, Discours, Coeur, Mariage, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Ily a déja quelque temps que l'on
m'a mis entre les mains l' Hiftoire dont
je vay vousfaire part . Je la laiffe dans
les mefmestermes que je l'ayreceuë.
190
Extraordinaire
255 :22222 2522 : 2222
L'AMOUR BIZARRE
HISTOIRE VERITABLE.
L
'Amour fe plaift ſouvent ài
faire voir fa bizarrerie auffi
bien que fa puiffance . Dans la
Capitale d'une des meilleures-
Provinces du Royaume , demeu
roit une jeune Veuve , bellë , ri .
che , noble , & mefine qui paf
foit pour fort fpirituelle. Il n'eft
pas difficile de s'imaginer qu'avec
toutes ces bonnes qualitez ,.
elle ne manquoit pas d'Adorateurs.
Elle avoit tous les jours.
chez elle ce qu'on appelle le
beau Monde d'une Ville , & quoy
di Mercure Galant: 1971
qu'elle euft témoigné qu'elle n'avoit
aucune inclination pour un
fecond Mariage , on ne laiffoit
pas neanmoins de luy propofer
toûjours quelque nouveau Par.
ty. La joye qu'elle avoit de fe
voir maîtreffe d'elle- même ,aprés
avoir obeï à un Homme , qu'on
dit qu'elle n'avoit épousé que
pour obeïr à fes Parens , luy avoit
fair prendre la refolution de demeurerVeuvele
refte de fes jours .
Elle ne pouvoir pourtant honneftement
refufer les vifites de ceux
que fon efprit & fa beauté luy
attiroient , mais c'eftoit à condi
rion qu'on ne luy parleroit poin
d'amour , ce qu'on obfervoit fort
malcar il eftoit difficile de la
voir fans l'aimer , & tous les Amans
n'ont pas affez de retenue
192 Extraordinaire
Le pour ne fe point déclarer.
grand deuil eftant paffé , car il y
avoit déja plus d'un an qu'elle
avoit perdu fon Mary , elle commença
à vivre avec un peu plus de
liberté qu'elle n'avoit fait depuis.
fa mort , & entra dans tous ces
petits plaifirs innocens , qui font
l'occupation de la vie . On luy
propofoit tous lesjours de nouvelles
parties de divertiffement,
& comme l'on eftoit alors dans
la faifon du Carnaval , on la fol.-
licita plufieurs fois pourla mener
aux Affemblées qui fe faifoient
chez les Principaux de la Ville,
où aprés les Repas qu'ils fe don
noient les uns aux autres , chacun
à leur tour , on faifoit venir les
Violons , & on paffoit agreable..
ment une partie de la nuit à dan
CCE
du Mercure Galant.
193
fer. Comme elle croyoit qu'elle
ne devoit pas encore prendre
part à ces fortes de plaifirs , elle
s'eftoit toûjours défenduë d'y aller.
Enfin un jour que c'eftoit
à un Frere qu'elle avoit à donner
le regale , fes Amies la follicite
rent fi fortement , & fon Frere
luy fit fi bien comprendre qu'elle
ne blefferoit point fon devoir , &
que cela ne tireroit à aucune
confequence , qu'elle luy promit
de s'y trouver. L'Affemblée fut
ce foir là nombreuſe & magnifique.
Je ne m'arrefteray point à
décrire la fomptuofité du Feftin,
ny la propreté de la Salle où il
fe fit. Il luffit de fçavoir que les
plus délicats fur cette matiere eurent
affez dequoy fe contenter.
Aprés le repas on paffa dans une
2. deJanvier 1685. R
ད
194
Extraordinaire
autre Salle qu'on trouva riche
ment meublée , & éclairée par
une grande quantité de lumieres.
Le Bal commença pour lors , &
pendant que les uns danfoient,
les autres s'entretenoient avec les
Perfonnes qui leur plaifoient le
plus . On fait que c'est là que
les Amans ont droit de fe plaindre
des peines que l'Amour leur
fait fouffrir & que ceux qui
n'ont aucune veritable paffion
pour le beau Sexe , ne laiffènt pas
de vouloir paroiftre amoureux ;
Les Galants en conterent beau
coup , & les Belles furent obli
gées d'en écouter autant. Cependant
il y avoit des Perfonnes
qui fouffroient effectivement , &
a jeune Veuve avoit donné de
'amour à plufieurs qui s'emprefdu
Mercure Galant . 195
C
foient à l'envy l'un de l'autre , de
luy perfuader la forte paffion
qu'ils fentoient pour elle. Elle
lès écoutoit tous indifferemment,
& leur témoignoit que l'Amour
n'auroit jamais aucun pouvoir ſur
fon coeur ; mais il luy fit bientoft
connoiftre qu'on ne le méprife
guere impunément ; car
un jeune Cavalier fort propre
qui n'avoit point efté du repas,
l'eftant venu prendre pour danfer
, elle reffentit à ſon abord ce
certain je ne fçay quoy qui ne fe
peut expliquer. Quand elle fut
revenue à fa place , ce mefme
Cavalier vint le mettre à fes genoux,
& avec un air engageant &
des manieres honneſtes & refpe-
& ueuſes , il luy jura plufieurs fois
qu'il n'avoit jamais veu une plus
Rij
196 Extraordinaire
belle Perfonne . Elle luy répon
doit comme à tous les autres,
quoy qu'elle commençaſt déja
de le confiderer d'une autre maniere.
En effet , on remarqua
qu'elle l'examinoit attentivement
, qu'elle luy addreffoit la
parole plus fouvent qu'aux autres
fur tout ce qui fe paffoit
dans la Salle & mefme un
Homme qui l'aimoit effectivement
beaucoup , ne put s'empef
cher de luy en faire la guerre.
Dans la converfation ce Cavalier
luy dit , que puis qu'il avoit
efté affez heureux de voir une
auffi aimable Perfonne , il luy
demandoit la permiffion d'aller
chez elle luy rendre ce que tout
le monde luy devoit , & l'affeurer
que fa plus grande paffion fedu
Mercure Galant. 197
1
roit d'eftre capable de luy pou
voir rendre quelque fervice. Le
Bal finy , la Compagnie fe fepara
, & la Veuve fortit un peu
émeuë , par la veuë de l'Inconnu
, qui de fon coſté avoit
paru avoir beaucoup de difpofition
à l'aimer. Deux jours aprés
elle fut furpriſe de le voir venir
chez elle . Ils eurent enfemble
un entretien plus, reglé , & apres
avoir parlé de l'occafion de leur
connoiffance , elle s'informa s'it
eftoit de la Province , & par quel
hazard il s'eftoit trouvé à cette
Affemblée . Il répondit à toutes
fes demandes & luy dit qu'il
s'appelloit Lycidas , qu'il demeu
roit ordinairement à une Terre
qu'il avoit à la Campagne , que
quelques affaires d'affez peu de
R iij
Extraordinaire
Conféquence l'avoient attiré à la ·
Ville , mais qu'il s'en faifoit alors
une fort grade d'y demeurer pour
achever de faire connoiffance
avec une Perfonne , à laquelle il
avoit reconnu tant d'efprit &
tant de merite. Ces paroles flatoientagréablement
Cloris , ainfi
s'appelloit la Veuve qui s'eftoit
un peu laiffée toucher par la
bonne mine de Lycidas , & qui
fouhaitoit dans fon coeur que ce
fuft un homme d'une condition
proportionnée à la fienne , car
elle commençoit déja de quiter la
refolution qu'elle fembloit avoir
priſe de demeurer Veuve . Il fit fa
vifite un peu plus longue que ne le
font ordinairement
les premieres ,
& revint la voir dés le lende .
main . Ces deux vifites , & la
GOTHEQUE
TELA
VILLELYON
13
du Mercure Galant.
maniere dont on recevoit
nouveau venu , allarmérent un
peu les foupirans ordinaires . Il
y en eut un entr'autres qu'on appelloit
Alcidon , intime Amy du
Frére de Cloris qui ne put s'empefcher
de luy témoigner qu'il
s'appercevoit qu'elle avoit plus
d'empreffement de voir cét
Homme , que tous ceux qui alloient
chez elle . Comme il l'ai
moit fortement , la jalousie luy
faifoit penetrer jufques dans le
coeur de la Maiftreffe. I luy
avoit fouvent déclaré fa paffion ,
& avoit fait agir fon Frere pour
porter à l'époufer ; mais comla
me elle luy avoit dit qu'elle n'avoit
aucun deffein de fe remarier
, les chofes en eftoient demeurées
là , & Alcidon qui ne
R iiij
200 Extraordinaire
s'eftoit pû défaire de fon amour,
continuoit à la voir tous les jours
affiduëment. Jufques alors Cloris
n'avoit point trouvé ſes viſites
incommodes ; car ne
manquant
pas d'efprit , il fervoit chez elle à
rendre les
converfations plus
agréables ; mais depuis qu'elle
eut connu Lycidas , elle euft fort
fouhaité ne plus voir.que luy.
Ces deux Rivaux fe trouvant
tous les jours enfemble , ne pouvoient
s'empefcher de fe contredire
fur tous les fujets dont on ye.
noit à parler. Ils ne s'accordoient
qu'en une feule chofe , qui
eftoit de trouver Cloris la plus
charmante
Perfonne qu'on puft
voir. Ces petites difputes la chagrinoient
un peu , & comme elle
en apprehendoit
les fuites , elle
du Mercure Galant. 201
voulut un jour entretenir Alcidon
en particulier . Elle l'affeura
plus fortement que jamais , que
fa recherche eftoit inutile ; qu'-
elle avoit pris fa réfolution ; qu'-
elle luy confeilloit de ne plus
perdre tant de temps à venir
chez elle ; & qu'unauffi honnefte
Homme que luy , pouvoit mieux
l'employer auprés d'une autre,
qui auroit peut- eftre plus de difpofition
à reconnoiftre l'honneur
qu'il luy vouloit faire . Vous
pouvez pepfer que ces raifons ne
firent pas grande impreffion fur
l'efprit d'un Homme auffi amoureux
qu'Alcidon . Auffi cut- il
toûjours le mefme empreffement
de la voir. Le difcours qu'elle
luy avoir tenu ne fervit qu'à luy
faire examiner davantage toutes
202 Extraordinaire
4
Sa
fes actions , & il creut remarquer
qu'elle avoit beaucoup plus d'inclination
pour Lycidas , que
pour tous ceux qui la recherchoient
depuis long- temps. En
effet , il ne fe trompoit pas.
bonne mine avoit tellement touché
le coeur de la Veuve , qu'elle
luy avoit déja fait parler de
Mariage , par une Amie qui faci.
litoit le commerce qu'ils avoient
enfemble ; mais il luy avoit fait
dire qu'il avoit alors des raifons
qui l'empefchoient de devenir le
plus heureux Homme du mon
de , en poffedant celle qu'il ai
moit plus que fa vie . Cela ne fit
qu'augmenter l'Amour de la
Veuve , & un jour qu'elle luy
parla elle mefme fur cette matiere
croyant ne pouvoir eftre -•
du Mercure Galant . 203
>
entendue de perfonne , Alcidon
qui eftoit dans l'Antichambre,
& qui par quelques mots de leur
converfation , devina à peu prés
ce que c'eftoit , entra brufquement
dans le lieu où ils eftoient ,
& reprocha à Cloris l'injuftice
qu'elle luy faifoit de luy préferer
un nouveau venu un Homme
qu'elle ne connoiffoit pas , dont
elle ignoroit & les biens & la
naiffance , & il dit mefme quelques
paroles un peu faſcheufes à
Lycidas , qui n'eftant pas accou
tumé à rien fouffrir , luy répondit
auffi un peu aigrement. Ils alloient
s'échauffer , & ils fe feroient dit
peut - eftre quelque chofe de plus
choquant , fans une Dame de
confideration qui arriva affez à
propos. Cette Dame ayant fait
204
Extraordinaire
Alcidon changer le difcours
fortit un peu aprés avec le reffentiment
d'avoir appris que fon
Rival luy eftoit préferé. Il fe
promena quelque temps autour
de la Maiſon de Cloris , comme
pour fonger à ce qu'il avoit à fai
re , & lors qu'il vit fortir Lycidas
, il courut droit à luy , & mettant
l'épée à la main . Tu as eu,
luy dit-il , trop de facilité à ga.
gner le coeur de ta Maiftreffe ,
tu ne l'eftimeras pas affez s'il ne
t'en coûte quelques gouttes de
fang , puis qu'il ne t'en a point
coûté de larmes. Lycidas fe vit
obligé de fe défendre , & on ne
put les feparer fi toft , qu'Alcidon
n'euft déja receu deux coups
d'épée , dont l'on crut alors l'un
qui eftoit au cofté allez dangedu
Mercure Galant. 205
reux , Lycidas prévoyant que ce
combat luy alloit attirer de fâ.
cheufes affaires , dans une Ville
dont les principaux eftoient tous
proches parens d'Alcidon crut
qu'il eftoit à propos d'en fortir.
Il monta à Cheval , aprés avoir
écrit un Billet à Cloris dans le
' quel il s'excufoit de ce qui s'é
toit paffé , fur la neceffité de fe
défendre contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer en furieux,
& la prioit de fe fouvenir de luy ,
l'affeurant qu'il n'aimeroit jamais
perfonne qu'elle . Il fe retira à la
Campagne chez un de fes Amis,
par le moyen duquel il fceut tout
ce qui fe paffoit à la Ville . Dés
le lendemain il donna de fes nouvelles
à fa Veuve , qui avoit paffé
une tres - méchante nuit ; car elle
206 Extraordinaire
il ne vint à
apprehendoit que l'affaire qui
eftoit arrivée éloignant d'elle
fon cher Amant
l'oublier , fa Lettre la remit un
peu. Elle luy fit auffi - toſt réponſe
, & luy apprit que les bleffures
d'Alcidon n'eftoient pas
mortelles , mais qu'il fe tinft toújours
caché , parce qu'on faifoit
des pourfuites contre luy , & qu'
encore que fon affaire ne fuſt
pas fort criminelle de s'eftre défendu
contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer ; neanmoins
comme les parens de fon
Rival eftoient ſes Juges , ils luy
auroient fait garder long- temps
la Priſon . Pendant leur com-
>
merce lors qu'Alcidon eftoit
encore au lit , le Frere de Cloris ,
qui comme j'ay déja dit , eſtoit
du
Mercure Galant. .207
fon intime Amy , alla la trouver,
& aprés luy avoir reproché la
conduite , & le peu d'honneur
qu'elle avoit de s'attacher à un
Homme qu'elle ne connoiffoit
pas , il finit en luy difant qu'il ne
la reverroit jamais , fi elle ne
luy promettoit d'oublier Lycidas
, & d'époufer Alcidon fi - toft
qu'il feroit guery. Ces menaces
Fallarmérent un peu , mais comme
elle croyoit eftre Maiſtreffe
d'elle mefme , elle réfolut d'é
couter toûjours les mouvemens
de fon coeur. On travailloit cependant
au procez de l'Amant
abfent , & elle apprehendoit plus
de le perdre par ce moyen , que
par aucun autre , car le bruit
couroit qu'on le banniroit à jamais
de la Ville . La crainte qu'
208 .
Extraordinaire
elle en eut , & les preffantes fol
licitations de fes Amies qui la
prioient de promettre d'époufer
Alcidon , en luy difant que le
temps pourroit apporter du chan.
gement à fes affaires , jointes à la
paffion qu'elle avoit de revoir ce
qu'elle aimoit le plus au monde,
fut caufe qu'elle promit tout ce
qu'on voulut , mais fans deffein
de tenir parole , à condition
qu'on feroit ceffer toutes fortes
de pourfuites contre Lycidas , &
qu'on le raccommoderoit avec
Alcidon. Quand ce malheureux
Amant eut appris ce qui
avoit efté arrefté , quoy qu'il euft
des raifons fecrettes , & qu'on
apprendra dans la fuite , de n'ê .
tre pas tant allarmé de la voir la
Femme d'un autre , il ne laiffa
du Mercure Galant, 209
pas de faire mille plaintes contie
elle ; car il ignoroit fes veritables
deffeins , il l'accufa d'infidelité &
d'inconftance , & quoy que peu
aprés elle luy mandaft que ce
qu'elle en avoit fait , eftoit afin
de terminer le procez qu'il avoit
avec Alcidon ; neanmoins il revint
à la Ville avec un chagrin
qu'il ne put s'empefcher de témoigner
à Cloris. Aprés s'eftre
déclaré l'un à l'autre la joye
qu'ils avoient de fe revoir , elle
luy confirma de bouche que la
parole qu'elle avoit donnée d'époofer
Alcidon , ne luy devoit
rien faire apprehender ; qu'il fçavoir
ce qu'elle luy avoit propofé
plufieurs fois ; qu'il ne tenoit
qu'à luy qu'elle ne devinft fa
Femme & que leur Mariage
Q. deFanvier 1685.
S
210 Extraordinaire
ofteroit à íon Rival toute forte
d'efpérance. Le mot de Mariage
allarmoit Lycidas , & Cloris.
ne pouvoit comprendre pourquoy
; Car enfin , difoit - elle en
elle-mefme lors qu'il l'eut quittée
, s'il m'aime veritablement
comme il me le veut perſuader,
& comme je n'ay pas de peine à
le croire , Qu'elle difficulté fait
il de m'épouter ? Quelle raiion
peut- il avoir à Je rifque bien da
vantage , moy qui ne connoift
que fa Perfonne , & qui en fais
choix contre l'avis & le confentement
de tous mes proches. Il
eft vray que je fuis maiftreffe de
moy ; mais enfin s'il arrive queje
découvre un jour que Lycidas
eft un Homme qui n'a ny biens.
py naiffance , avec toute la bondu
Mercure Galant. 211
ne mine que je luy trouve , quel
le confufion auray- je de l'avoirpréféré
àune Perfonne dont tous
tes les qualitez me font connuës?
Cependant Alcidon guery ,
preffoit de s'acquitter de la parole
qu'elle luy avoit donnée , &
elle trouvoit un grand fujet d'embarras
entre un Amant dont elle
eftoit aimée , mais qu'elle n'ai.
moit point , qui la follicitoit de
l'époufer , & un autre qu'elle aimoit
& dont elle eftoit aimée,,
qui refufoit d'eftre fon Mary,
fans luy en donner aucune bon
ne raifon , Enfin ſe trouvantper
fecutée par Alcidon , par fes Parens
& par fes Amies , & voyant
que Lycidas refufoit de faire ce
quelle fouhaitoit , elle prit réfo
lution de prendre le party qu'el
Sij
212 Extraordinaire
le auroit le moins fouhaité , qui
eftoit d'époufer celuy qu'elle
n'aimoit pas ; le Contract fut
dreffé , les Articles fignez , les
habits de Nopces faits , le jour
pris pour la cérémonie. Lycidas
fe voyant alors fi prés de perdre
pour jamais celle qu'il aimoit
avec tant de paſion , ſe réſolut à
faire ce qu'il n'auroit jamais ofé
penfer, I alla trouver Cloris,
& aprés luy avoir reproché l'em.
preffement qu'elle avoit de fe
jetter entre les bras d'un autre,
il luy dit que fi elle eftoit toû
jours la mefme , il eftoit dans le
deffein de faire tout ce qu'elle
voudroit. Ces paroles , la comblérent
de joye , & quoy que.
l'engagement qu'elle avoit avec
Alcidon fuft fi confidérable , elle
du Mercure Galand. 213
ne fut pas un moment à balancer.
de le rompre , la difficulté eftoit
d'en trouver les moyens. Ils réfolurent
qu'elle feroit quelque
temps la malade , & que cependapt
ils verroient quelles mefures
ils auroient à prendre. Alci
don attribua ce retardement à
une veritable indifpofition. Il ne
crut pas qu'en eftant venus fi
avant , elle euft voulu fe dédire.
Il continua fes affiduitez auprés
d'elle , mais comme elle s'en
trouvoit embarraffée , parce que
cela empefchoit Lycidas de ve.
nir la voir , elle prit le party de fe
retirer à la Campagne , fous prétexte
d'aller prendre l'air. Lycidas
alla la trouver accompagné
d'une Amie de Cloris , & là ils
s'épouférent fans aucune ceré
214
Extraordinaire's
monie. Alcidon en ayant appris
la nouvelle , s'emporta beaucoup
au commencement contr'eux.
Il eut plufieurs fois la penfée de
s'aller battre encore une fois con
tre Lycidas , mais eftant revenu
de fon premier emportement,
fes Amis luy firent comprendre
qu'il n'auroit jamais eu aucune
fatisfaction d'époufer une Fem
me qui avoit difpofe de fon cocur
en faveur d'un autre. Sa colere
diminua peu à peu , & comme il
n'eftoit pas témoin de leur prés
tendu bonheur , il luy fat plus.
facile de fe confoler. Il en eut
un plus grand fujet cinq ou fix
jours aprés , lors qu'il apprit que·
Cloris avoit fait arrefter Lycidas
prifonnier , qui l'ayant recher
chée depuis tant de temps , &
du Mercure Galant.
218
=
ayant toûjours paffé pour un
Homme , avoit efté enfin contrainte
de luy avouer que ce n'étoit
qu'une fille qu'elle avoit
épousée . Elle luy dit que dés la
premiere fois qu'elle la vit à cet.
te Affemblée , dont nous avons
parlé , elle devint éperduëment
amoureuſe de fes belles qualitez ,
fans fonger où cette paffion la
devoit porter ; que la feule crainte
qu'elle avoit euë de la voir la
Femme d'un autre , l'avoit fait
réfoudre de fe marier avec elle,
pour ſe conſerver l'amitié qu'elle
luy portoit , & qu'un Mary luy
auroit apparemment fait perdre.
Cloris que ces raifons ne pou
voient fatisfaire , la remit entre
les mains de la Justice ; & on at
tend avec impatience ce qu'elle
2.16
Extraordinaire
ordonnera pour un tel crime
Cependant elle s'eft retirée dans
un Convent , où felon toutes les
apparences elle doit demeurer le
refte de les jours , aprés un acci
dent pareil à celuy qui luy eſt
arrivé.
m'a mis entre les mains l' Hiftoire dont
je vay vousfaire part . Je la laiffe dans
les mefmestermes que je l'ayreceuë.
190
Extraordinaire
255 :22222 2522 : 2222
L'AMOUR BIZARRE
HISTOIRE VERITABLE.
L
'Amour fe plaift ſouvent ài
faire voir fa bizarrerie auffi
bien que fa puiffance . Dans la
Capitale d'une des meilleures-
Provinces du Royaume , demeu
roit une jeune Veuve , bellë , ri .
che , noble , & mefine qui paf
foit pour fort fpirituelle. Il n'eft
pas difficile de s'imaginer qu'avec
toutes ces bonnes qualitez ,.
elle ne manquoit pas d'Adorateurs.
Elle avoit tous les jours.
chez elle ce qu'on appelle le
beau Monde d'une Ville , & quoy
di Mercure Galant: 1971
qu'elle euft témoigné qu'elle n'avoit
aucune inclination pour un
fecond Mariage , on ne laiffoit
pas neanmoins de luy propofer
toûjours quelque nouveau Par.
ty. La joye qu'elle avoit de fe
voir maîtreffe d'elle- même ,aprés
avoir obeï à un Homme , qu'on
dit qu'elle n'avoit épousé que
pour obeïr à fes Parens , luy avoit
fair prendre la refolution de demeurerVeuvele
refte de fes jours .
Elle ne pouvoir pourtant honneftement
refufer les vifites de ceux
que fon efprit & fa beauté luy
attiroient , mais c'eftoit à condi
rion qu'on ne luy parleroit poin
d'amour , ce qu'on obfervoit fort
malcar il eftoit difficile de la
voir fans l'aimer , & tous les Amans
n'ont pas affez de retenue
192 Extraordinaire
Le pour ne fe point déclarer.
grand deuil eftant paffé , car il y
avoit déja plus d'un an qu'elle
avoit perdu fon Mary , elle commença
à vivre avec un peu plus de
liberté qu'elle n'avoit fait depuis.
fa mort , & entra dans tous ces
petits plaifirs innocens , qui font
l'occupation de la vie . On luy
propofoit tous lesjours de nouvelles
parties de divertiffement,
& comme l'on eftoit alors dans
la faifon du Carnaval , on la fol.-
licita plufieurs fois pourla mener
aux Affemblées qui fe faifoient
chez les Principaux de la Ville,
où aprés les Repas qu'ils fe don
noient les uns aux autres , chacun
à leur tour , on faifoit venir les
Violons , & on paffoit agreable..
ment une partie de la nuit à dan
CCE
du Mercure Galant.
193
fer. Comme elle croyoit qu'elle
ne devoit pas encore prendre
part à ces fortes de plaifirs , elle
s'eftoit toûjours défenduë d'y aller.
Enfin un jour que c'eftoit
à un Frere qu'elle avoit à donner
le regale , fes Amies la follicite
rent fi fortement , & fon Frere
luy fit fi bien comprendre qu'elle
ne blefferoit point fon devoir , &
que cela ne tireroit à aucune
confequence , qu'elle luy promit
de s'y trouver. L'Affemblée fut
ce foir là nombreuſe & magnifique.
Je ne m'arrefteray point à
décrire la fomptuofité du Feftin,
ny la propreté de la Salle où il
fe fit. Il luffit de fçavoir que les
plus délicats fur cette matiere eurent
affez dequoy fe contenter.
Aprés le repas on paffa dans une
2. deJanvier 1685. R
ད
194
Extraordinaire
autre Salle qu'on trouva riche
ment meublée , & éclairée par
une grande quantité de lumieres.
Le Bal commença pour lors , &
pendant que les uns danfoient,
les autres s'entretenoient avec les
Perfonnes qui leur plaifoient le
plus . On fait que c'est là que
les Amans ont droit de fe plaindre
des peines que l'Amour leur
fait fouffrir & que ceux qui
n'ont aucune veritable paffion
pour le beau Sexe , ne laiffènt pas
de vouloir paroiftre amoureux ;
Les Galants en conterent beau
coup , & les Belles furent obli
gées d'en écouter autant. Cependant
il y avoit des Perfonnes
qui fouffroient effectivement , &
a jeune Veuve avoit donné de
'amour à plufieurs qui s'emprefdu
Mercure Galant . 195
C
foient à l'envy l'un de l'autre , de
luy perfuader la forte paffion
qu'ils fentoient pour elle. Elle
lès écoutoit tous indifferemment,
& leur témoignoit que l'Amour
n'auroit jamais aucun pouvoir ſur
fon coeur ; mais il luy fit bientoft
connoiftre qu'on ne le méprife
guere impunément ; car
un jeune Cavalier fort propre
qui n'avoit point efté du repas,
l'eftant venu prendre pour danfer
, elle reffentit à ſon abord ce
certain je ne fçay quoy qui ne fe
peut expliquer. Quand elle fut
revenue à fa place , ce mefme
Cavalier vint le mettre à fes genoux,
& avec un air engageant &
des manieres honneſtes & refpe-
& ueuſes , il luy jura plufieurs fois
qu'il n'avoit jamais veu une plus
Rij
196 Extraordinaire
belle Perfonne . Elle luy répon
doit comme à tous les autres,
quoy qu'elle commençaſt déja
de le confiderer d'une autre maniere.
En effet , on remarqua
qu'elle l'examinoit attentivement
, qu'elle luy addreffoit la
parole plus fouvent qu'aux autres
fur tout ce qui fe paffoit
dans la Salle & mefme un
Homme qui l'aimoit effectivement
beaucoup , ne put s'empef
cher de luy en faire la guerre.
Dans la converfation ce Cavalier
luy dit , que puis qu'il avoit
efté affez heureux de voir une
auffi aimable Perfonne , il luy
demandoit la permiffion d'aller
chez elle luy rendre ce que tout
le monde luy devoit , & l'affeurer
que fa plus grande paffion fedu
Mercure Galant. 197
1
roit d'eftre capable de luy pou
voir rendre quelque fervice. Le
Bal finy , la Compagnie fe fepara
, & la Veuve fortit un peu
émeuë , par la veuë de l'Inconnu
, qui de fon coſté avoit
paru avoir beaucoup de difpofition
à l'aimer. Deux jours aprés
elle fut furpriſe de le voir venir
chez elle . Ils eurent enfemble
un entretien plus, reglé , & apres
avoir parlé de l'occafion de leur
connoiffance , elle s'informa s'it
eftoit de la Province , & par quel
hazard il s'eftoit trouvé à cette
Affemblée . Il répondit à toutes
fes demandes & luy dit qu'il
s'appelloit Lycidas , qu'il demeu
roit ordinairement à une Terre
qu'il avoit à la Campagne , que
quelques affaires d'affez peu de
R iij
Extraordinaire
Conféquence l'avoient attiré à la ·
Ville , mais qu'il s'en faifoit alors
une fort grade d'y demeurer pour
achever de faire connoiffance
avec une Perfonne , à laquelle il
avoit reconnu tant d'efprit &
tant de merite. Ces paroles flatoientagréablement
Cloris , ainfi
s'appelloit la Veuve qui s'eftoit
un peu laiffée toucher par la
bonne mine de Lycidas , & qui
fouhaitoit dans fon coeur que ce
fuft un homme d'une condition
proportionnée à la fienne , car
elle commençoit déja de quiter la
refolution qu'elle fembloit avoir
priſe de demeurer Veuve . Il fit fa
vifite un peu plus longue que ne le
font ordinairement
les premieres ,
& revint la voir dés le lende .
main . Ces deux vifites , & la
GOTHEQUE
TELA
VILLELYON
13
du Mercure Galant.
maniere dont on recevoit
nouveau venu , allarmérent un
peu les foupirans ordinaires . Il
y en eut un entr'autres qu'on appelloit
Alcidon , intime Amy du
Frére de Cloris qui ne put s'empefcher
de luy témoigner qu'il
s'appercevoit qu'elle avoit plus
d'empreffement de voir cét
Homme , que tous ceux qui alloient
chez elle . Comme il l'ai
moit fortement , la jalousie luy
faifoit penetrer jufques dans le
coeur de la Maiftreffe. I luy
avoit fouvent déclaré fa paffion ,
& avoit fait agir fon Frere pour
porter à l'époufer ; mais comla
me elle luy avoit dit qu'elle n'avoit
aucun deffein de fe remarier
, les chofes en eftoient demeurées
là , & Alcidon qui ne
R iiij
200 Extraordinaire
s'eftoit pû défaire de fon amour,
continuoit à la voir tous les jours
affiduëment. Jufques alors Cloris
n'avoit point trouvé ſes viſites
incommodes ; car ne
manquant
pas d'efprit , il fervoit chez elle à
rendre les
converfations plus
agréables ; mais depuis qu'elle
eut connu Lycidas , elle euft fort
fouhaité ne plus voir.que luy.
Ces deux Rivaux fe trouvant
tous les jours enfemble , ne pouvoient
s'empefcher de fe contredire
fur tous les fujets dont on ye.
noit à parler. Ils ne s'accordoient
qu'en une feule chofe , qui
eftoit de trouver Cloris la plus
charmante
Perfonne qu'on puft
voir. Ces petites difputes la chagrinoient
un peu , & comme elle
en apprehendoit
les fuites , elle
du Mercure Galant. 201
voulut un jour entretenir Alcidon
en particulier . Elle l'affeura
plus fortement que jamais , que
fa recherche eftoit inutile ; qu'-
elle avoit pris fa réfolution ; qu'-
elle luy confeilloit de ne plus
perdre tant de temps à venir
chez elle ; & qu'unauffi honnefte
Homme que luy , pouvoit mieux
l'employer auprés d'une autre,
qui auroit peut- eftre plus de difpofition
à reconnoiftre l'honneur
qu'il luy vouloit faire . Vous
pouvez pepfer que ces raifons ne
firent pas grande impreffion fur
l'efprit d'un Homme auffi amoureux
qu'Alcidon . Auffi cut- il
toûjours le mefme empreffement
de la voir. Le difcours qu'elle
luy avoir tenu ne fervit qu'à luy
faire examiner davantage toutes
202 Extraordinaire
4
Sa
fes actions , & il creut remarquer
qu'elle avoit beaucoup plus d'inclination
pour Lycidas , que
pour tous ceux qui la recherchoient
depuis long- temps. En
effet , il ne fe trompoit pas.
bonne mine avoit tellement touché
le coeur de la Veuve , qu'elle
luy avoit déja fait parler de
Mariage , par une Amie qui faci.
litoit le commerce qu'ils avoient
enfemble ; mais il luy avoit fait
dire qu'il avoit alors des raifons
qui l'empefchoient de devenir le
plus heureux Homme du mon
de , en poffedant celle qu'il ai
moit plus que fa vie . Cela ne fit
qu'augmenter l'Amour de la
Veuve , & un jour qu'elle luy
parla elle mefme fur cette matiere
croyant ne pouvoir eftre -•
du Mercure Galant . 203
>
entendue de perfonne , Alcidon
qui eftoit dans l'Antichambre,
& qui par quelques mots de leur
converfation , devina à peu prés
ce que c'eftoit , entra brufquement
dans le lieu où ils eftoient ,
& reprocha à Cloris l'injuftice
qu'elle luy faifoit de luy préferer
un nouveau venu un Homme
qu'elle ne connoiffoit pas , dont
elle ignoroit & les biens & la
naiffance , & il dit mefme quelques
paroles un peu faſcheufes à
Lycidas , qui n'eftant pas accou
tumé à rien fouffrir , luy répondit
auffi un peu aigrement. Ils alloient
s'échauffer , & ils fe feroient dit
peut - eftre quelque chofe de plus
choquant , fans une Dame de
confideration qui arriva affez à
propos. Cette Dame ayant fait
204
Extraordinaire
Alcidon changer le difcours
fortit un peu aprés avec le reffentiment
d'avoir appris que fon
Rival luy eftoit préferé. Il fe
promena quelque temps autour
de la Maiſon de Cloris , comme
pour fonger à ce qu'il avoit à fai
re , & lors qu'il vit fortir Lycidas
, il courut droit à luy , & mettant
l'épée à la main . Tu as eu,
luy dit-il , trop de facilité à ga.
gner le coeur de ta Maiftreffe ,
tu ne l'eftimeras pas affez s'il ne
t'en coûte quelques gouttes de
fang , puis qu'il ne t'en a point
coûté de larmes. Lycidas fe vit
obligé de fe défendre , & on ne
put les feparer fi toft , qu'Alcidon
n'euft déja receu deux coups
d'épée , dont l'on crut alors l'un
qui eftoit au cofté allez dangedu
Mercure Galant. 205
reux , Lycidas prévoyant que ce
combat luy alloit attirer de fâ.
cheufes affaires , dans une Ville
dont les principaux eftoient tous
proches parens d'Alcidon crut
qu'il eftoit à propos d'en fortir.
Il monta à Cheval , aprés avoir
écrit un Billet à Cloris dans le
' quel il s'excufoit de ce qui s'é
toit paffé , fur la neceffité de fe
défendre contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer en furieux,
& la prioit de fe fouvenir de luy ,
l'affeurant qu'il n'aimeroit jamais
perfonne qu'elle . Il fe retira à la
Campagne chez un de fes Amis,
par le moyen duquel il fceut tout
ce qui fe paffoit à la Ville . Dés
le lendemain il donna de fes nouvelles
à fa Veuve , qui avoit paffé
une tres - méchante nuit ; car elle
206 Extraordinaire
il ne vint à
apprehendoit que l'affaire qui
eftoit arrivée éloignant d'elle
fon cher Amant
l'oublier , fa Lettre la remit un
peu. Elle luy fit auffi - toſt réponſe
, & luy apprit que les bleffures
d'Alcidon n'eftoient pas
mortelles , mais qu'il fe tinft toújours
caché , parce qu'on faifoit
des pourfuites contre luy , & qu'
encore que fon affaire ne fuſt
pas fort criminelle de s'eftre défendu
contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer ; neanmoins
comme les parens de fon
Rival eftoient ſes Juges , ils luy
auroient fait garder long- temps
la Priſon . Pendant leur com-
>
merce lors qu'Alcidon eftoit
encore au lit , le Frere de Cloris ,
qui comme j'ay déja dit , eſtoit
du
Mercure Galant. .207
fon intime Amy , alla la trouver,
& aprés luy avoir reproché la
conduite , & le peu d'honneur
qu'elle avoit de s'attacher à un
Homme qu'elle ne connoiffoit
pas , il finit en luy difant qu'il ne
la reverroit jamais , fi elle ne
luy promettoit d'oublier Lycidas
, & d'époufer Alcidon fi - toft
qu'il feroit guery. Ces menaces
Fallarmérent un peu , mais comme
elle croyoit eftre Maiſtreffe
d'elle mefme , elle réfolut d'é
couter toûjours les mouvemens
de fon coeur. On travailloit cependant
au procez de l'Amant
abfent , & elle apprehendoit plus
de le perdre par ce moyen , que
par aucun autre , car le bruit
couroit qu'on le banniroit à jamais
de la Ville . La crainte qu'
208 .
Extraordinaire
elle en eut , & les preffantes fol
licitations de fes Amies qui la
prioient de promettre d'époufer
Alcidon , en luy difant que le
temps pourroit apporter du chan.
gement à fes affaires , jointes à la
paffion qu'elle avoit de revoir ce
qu'elle aimoit le plus au monde,
fut caufe qu'elle promit tout ce
qu'on voulut , mais fans deffein
de tenir parole , à condition
qu'on feroit ceffer toutes fortes
de pourfuites contre Lycidas , &
qu'on le raccommoderoit avec
Alcidon. Quand ce malheureux
Amant eut appris ce qui
avoit efté arrefté , quoy qu'il euft
des raifons fecrettes , & qu'on
apprendra dans la fuite , de n'ê .
tre pas tant allarmé de la voir la
Femme d'un autre , il ne laiffa
du Mercure Galant, 209
pas de faire mille plaintes contie
elle ; car il ignoroit fes veritables
deffeins , il l'accufa d'infidelité &
d'inconftance , & quoy que peu
aprés elle luy mandaft que ce
qu'elle en avoit fait , eftoit afin
de terminer le procez qu'il avoit
avec Alcidon ; neanmoins il revint
à la Ville avec un chagrin
qu'il ne put s'empefcher de témoigner
à Cloris. Aprés s'eftre
déclaré l'un à l'autre la joye
qu'ils avoient de fe revoir , elle
luy confirma de bouche que la
parole qu'elle avoit donnée d'époofer
Alcidon , ne luy devoit
rien faire apprehender ; qu'il fçavoir
ce qu'elle luy avoit propofé
plufieurs fois ; qu'il ne tenoit
qu'à luy qu'elle ne devinft fa
Femme & que leur Mariage
Q. deFanvier 1685.
S
210 Extraordinaire
ofteroit à íon Rival toute forte
d'efpérance. Le mot de Mariage
allarmoit Lycidas , & Cloris.
ne pouvoit comprendre pourquoy
; Car enfin , difoit - elle en
elle-mefme lors qu'il l'eut quittée
, s'il m'aime veritablement
comme il me le veut perſuader,
& comme je n'ay pas de peine à
le croire , Qu'elle difficulté fait
il de m'épouter ? Quelle raiion
peut- il avoir à Je rifque bien da
vantage , moy qui ne connoift
que fa Perfonne , & qui en fais
choix contre l'avis & le confentement
de tous mes proches. Il
eft vray que je fuis maiftreffe de
moy ; mais enfin s'il arrive queje
découvre un jour que Lycidas
eft un Homme qui n'a ny biens.
py naiffance , avec toute la bondu
Mercure Galant. 211
ne mine que je luy trouve , quel
le confufion auray- je de l'avoirpréféré
àune Perfonne dont tous
tes les qualitez me font connuës?
Cependant Alcidon guery ,
preffoit de s'acquitter de la parole
qu'elle luy avoit donnée , &
elle trouvoit un grand fujet d'embarras
entre un Amant dont elle
eftoit aimée , mais qu'elle n'ai.
moit point , qui la follicitoit de
l'époufer , & un autre qu'elle aimoit
& dont elle eftoit aimée,,
qui refufoit d'eftre fon Mary,
fans luy en donner aucune bon
ne raifon , Enfin ſe trouvantper
fecutée par Alcidon , par fes Parens
& par fes Amies , & voyant
que Lycidas refufoit de faire ce
quelle fouhaitoit , elle prit réfo
lution de prendre le party qu'el
Sij
212 Extraordinaire
le auroit le moins fouhaité , qui
eftoit d'époufer celuy qu'elle
n'aimoit pas ; le Contract fut
dreffé , les Articles fignez , les
habits de Nopces faits , le jour
pris pour la cérémonie. Lycidas
fe voyant alors fi prés de perdre
pour jamais celle qu'il aimoit
avec tant de paſion , ſe réſolut à
faire ce qu'il n'auroit jamais ofé
penfer, I alla trouver Cloris,
& aprés luy avoir reproché l'em.
preffement qu'elle avoit de fe
jetter entre les bras d'un autre,
il luy dit que fi elle eftoit toû
jours la mefme , il eftoit dans le
deffein de faire tout ce qu'elle
voudroit. Ces paroles , la comblérent
de joye , & quoy que.
l'engagement qu'elle avoit avec
Alcidon fuft fi confidérable , elle
du Mercure Galand. 213
ne fut pas un moment à balancer.
de le rompre , la difficulté eftoit
d'en trouver les moyens. Ils réfolurent
qu'elle feroit quelque
temps la malade , & que cependapt
ils verroient quelles mefures
ils auroient à prendre. Alci
don attribua ce retardement à
une veritable indifpofition. Il ne
crut pas qu'en eftant venus fi
avant , elle euft voulu fe dédire.
Il continua fes affiduitez auprés
d'elle , mais comme elle s'en
trouvoit embarraffée , parce que
cela empefchoit Lycidas de ve.
nir la voir , elle prit le party de fe
retirer à la Campagne , fous prétexte
d'aller prendre l'air. Lycidas
alla la trouver accompagné
d'une Amie de Cloris , & là ils
s'épouférent fans aucune ceré
214
Extraordinaire's
monie. Alcidon en ayant appris
la nouvelle , s'emporta beaucoup
au commencement contr'eux.
Il eut plufieurs fois la penfée de
s'aller battre encore une fois con
tre Lycidas , mais eftant revenu
de fon premier emportement,
fes Amis luy firent comprendre
qu'il n'auroit jamais eu aucune
fatisfaction d'époufer une Fem
me qui avoit difpofe de fon cocur
en faveur d'un autre. Sa colere
diminua peu à peu , & comme il
n'eftoit pas témoin de leur prés
tendu bonheur , il luy fat plus.
facile de fe confoler. Il en eut
un plus grand fujet cinq ou fix
jours aprés , lors qu'il apprit que·
Cloris avoit fait arrefter Lycidas
prifonnier , qui l'ayant recher
chée depuis tant de temps , &
du Mercure Galant.
218
=
ayant toûjours paffé pour un
Homme , avoit efté enfin contrainte
de luy avouer que ce n'étoit
qu'une fille qu'elle avoit
épousée . Elle luy dit que dés la
premiere fois qu'elle la vit à cet.
te Affemblée , dont nous avons
parlé , elle devint éperduëment
amoureuſe de fes belles qualitez ,
fans fonger où cette paffion la
devoit porter ; que la feule crainte
qu'elle avoit euë de la voir la
Femme d'un autre , l'avoit fait
réfoudre de fe marier avec elle,
pour ſe conſerver l'amitié qu'elle
luy portoit , & qu'un Mary luy
auroit apparemment fait perdre.
Cloris que ces raifons ne pou
voient fatisfaire , la remit entre
les mains de la Justice ; & on at
tend avec impatience ce qu'elle
2.16
Extraordinaire
ordonnera pour un tel crime
Cependant elle s'eft retirée dans
un Convent , où felon toutes les
apparences elle doit demeurer le
refte de les jours , aprés un acci
dent pareil à celuy qui luy eſt
arrivé.
Fermer
Résumé : L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Le texte narre une histoire d'amour complexe impliquant une jeune veuve noble et riche, résidant dans une capitale provinciale. Cette veuve, connue pour son esprit et sa beauté, attire de nombreux admirateurs malgré sa déclaration de ne pas vouloir se remarier. Elle accepte les visites de ces hommes à condition qu'ils ne lui parlent pas d'amour. Lors d'une assemblée carnavalesque, un jeune cavalier nommé Lycidas attire son attention. Après avoir dansé avec elle, Lycidas exprime son admiration et obtient la permission de lui rendre visite. Ses visites fréquentes suscitent la jalousie d'Alcidon, un autre admirateur de la veuve et ami intime de son frère. La veuve, nommée Cloris, avoue à Alcidon qu'elle préfère Lycidas. Alcidon, jaloux et blessé, provoque Lycidas en duel. Lycidas, blessé, quitte la ville pour éviter des ennuis judiciaires, car les parents d'Alcidon sont influents. Cloris, inquiète pour Lycidas, lui écrit pour le rassurer sur l'état d'Alcidon. Pendant ce temps, le frère de Cloris menace de ne plus la voir si elle n'épouse pas Alcidon. Cloris accepte de se marier avec Alcidon pour protéger Lycidas et mettre fin au procès, mais informe Lycidas de ses véritables intentions. Lycidas, ignorant ses motivations, est accablé de chagrin. Cloris, malgré son amour pour Lycidas, se trouve pressée par Alcidon, ses parents et ses amies de respecter sa promesse. Elle finit par décider d'épouser Alcidon, mais Lycidas, réalisant qu'il risque de perdre Cloris, accepte finalement de se marier avec elle. Ils se marient secrètement à la campagne. Alcidon, apprenant la nouvelle, est d'abord furieux mais finit par se consoler. Quelques jours plus tard, Cloris révèle à Alcidon que Lycidas est en réalité une femme. Choqué, Alcidon apprend que Cloris a fait arrêter Lycidas. Cloris, insatisfaite des explications de Lycidas, la remet à la justice. Lycidas se retire ensuite dans un couvent, où elle est destinée à passer le reste de ses jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 262-265
Harangue du Roy d'Angleterre Jacques II. apres la mort du Roy son Frere, [titre d'après la table]
Début :
Si tost que le Roy fut mort, le Conseil Privé s'assembla, & / MILORDS, Avant que de commencer aucune Affaire, il est à propos [...]
Mots clefs :
Roi, Duc de York, Conseil, Discours, Déclaration, Affection, Gouvernement, Sujets, Fidélité, Prérogatives de la couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue du Roy d'Angleterre Jacques II. apres la mort du Roy son Frere, [titre d'après la table]
Si toft que le Roy fut mort,
le Confeil Privé s'affembla, &
Monfieur le Duc d'York,préfentemét
Roy fous le nom de
Jacques II. s'y eftant trouvé,
-parla de cette maniere à ceux
qui compofent ce Confeil
GALANT 263
MILORDS ,
ILORDS , OR
Avant que de commencer
aucune Affaire , il est à propos
que je vous faffe une Déclaration
, que puis qu'il a plû à Dieu
de me placer fur le Trône , &
de me faire fucceder à un Roy
fi bon & fi clément , & à un
Frere qui m'a aimé fi tendrement
, je feray tous mes efforts
pourfuivrefon exemple, & pour
L'imiter, particuliérement dans fa
grande douceur , & dans l'affection
qu'il avoit pourfon Peuple.
On m'a repréſenté dans le
264 MERCURE
1
les
Monde, comme un Homme paffionnépour
le Pouvoir Arbitraire;
mais ce n'est pas là lafeule fauf
feté qu'on a publiée de moy. Je
feray tout mon poffible pour conferver
le Gouvernement de l'Etat
& de l'Eglife , amfi qu'il
est préfentement étably par
Loix. Je fçay que Les Principes
de l'Eglife d' Angleterrefont pour
la Monarchie , & que ceux qui
en font Membres , ont fait voir
qu'ils font bons & fidelles Sujets;,
c'est pourquoy j'auray toûjours:
foin de la défendre & de la fou
tenir. Je fçay auffs que les Loix
de ce Royaumefuffisent pour rens
dre
GALANT. 265
Idre un Roy auffi grand Monar
que que je fçaurois fouhaiter de
l'eftre ; & comme je n'abandonneray
jamais les juftes Droits
Prérogatives de la Couronne,
auffi n'ôteray-je jamais aux autres
ce qui leur appartient. J'ay
fouvent autrefois hazardé ma vie
pour la défenfe de cette Nation,
j'iray encore auffi avant que
perfonne , pour luy conferverfes
juftes Droits & fes Priviléges.
le Confeil Privé s'affembla, &
Monfieur le Duc d'York,préfentemét
Roy fous le nom de
Jacques II. s'y eftant trouvé,
-parla de cette maniere à ceux
qui compofent ce Confeil
GALANT 263
MILORDS ,
ILORDS , OR
Avant que de commencer
aucune Affaire , il est à propos
que je vous faffe une Déclaration
, que puis qu'il a plû à Dieu
de me placer fur le Trône , &
de me faire fucceder à un Roy
fi bon & fi clément , & à un
Frere qui m'a aimé fi tendrement
, je feray tous mes efforts
pourfuivrefon exemple, & pour
L'imiter, particuliérement dans fa
grande douceur , & dans l'affection
qu'il avoit pourfon Peuple.
On m'a repréſenté dans le
264 MERCURE
1
les
Monde, comme un Homme paffionnépour
le Pouvoir Arbitraire;
mais ce n'est pas là lafeule fauf
feté qu'on a publiée de moy. Je
feray tout mon poffible pour conferver
le Gouvernement de l'Etat
& de l'Eglife , amfi qu'il
est préfentement étably par
Loix. Je fçay que Les Principes
de l'Eglife d' Angleterrefont pour
la Monarchie , & que ceux qui
en font Membres , ont fait voir
qu'ils font bons & fidelles Sujets;,
c'est pourquoy j'auray toûjours:
foin de la défendre & de la fou
tenir. Je fçay auffs que les Loix
de ce Royaumefuffisent pour rens
dre
GALANT. 265
Idre un Roy auffi grand Monar
que que je fçaurois fouhaiter de
l'eftre ; & comme je n'abandonneray
jamais les juftes Droits
Prérogatives de la Couronne,
auffi n'ôteray-je jamais aux autres
ce qui leur appartient. J'ay
fouvent autrefois hazardé ma vie
pour la défenfe de cette Nation,
j'iray encore auffi avant que
perfonne , pour luy conferverfes
juftes Droits & fes Priviléges.
Fermer
Résumé : Harangue du Roy d'Angleterre Jacques II. apres la mort du Roy son Frere, [titre d'après la table]
Après la mort du roi, Jacques II, alors Duc d'York, s'adresse en conseil privé aux membres du conseil. Il exprime son intention de suivre l'exemple de son prédécesseur en matière de douceur et d'affection envers le peuple. Jacques II reconnaît les représentations le décrivant comme un partisan du pouvoir arbitraire, mais assure qu'il maintiendra le gouvernement de l'État et de l'Église conformément aux lois. Il souligne l'importance des principes de l'Église d'Angleterre pour la monarchie et son soutien aux membres de cette Église, qu'il considère comme de bons et fidèles sujets. Jacques II affirme que les lois du royaume sont suffisantes pour gouverner et qu'il ne les abandonnera pas. Il promet de défendre les droits et privilèges de la nation tout en respectant les prérogatives de la couronne et les droits des autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, sur des Médailles, [...]
Mots clefs :
Antiquités, Médailles, Dissertations , Inscriptions, Mosaïques, Ouvrages, Libraire, Mariage, Discours, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Le document est un catalogue de livres proposé par le Sieur Blageart. Il présente une variété d'œuvres littéraires et historiques, incluant des recherches sur l'antiquité, des recueils de lettres, des dialogues des morts, des histoires et des fables. Parmi les titres notables figurent 'Sentimens sur les Lettres & sur l'Hiftoire' de l'abbé d'Indouze, 'Nouveaux Dialogues des Morts' et 'Cara Mustapha, dernier Grand Vizir'. Le catalogue inclut également des œuvres telles que 'La Duchesse d'Estramène', 'Les Dames Galantes' et 'Histoire du Siège de Luxembourg'. Il propose des volumes du 'Mercure', contenant des relations historiques et des récits extraordinaires sur des événements comme les mariages royaux et le siège de Vienne. Le document précise les conditions de vente et de commande, soulignant que les mémoires pour le 'Mercure' ne sont pas payants et que les lettres doivent être affranchies. Blageart offre d'expédier les paquets gratuitement pour les particuliers et les libraires de province. Le catalogue sera régulièrement mis à jour avec de nouveaux livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 162-181
Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Comme tout ce qui regarde la santé est toûjours fort bien receu, [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Avantages, Mr Rouvière, Discours, Médecins, Faculté de médecine de Paris, Galien, Admiration, Ouvrages, Magistrats, Monarques, Traité, Antidote, Sciences, Remède, Pharmacie, Charlatans, Gloire, Professeurs, Critiques, Drogues, Doyen, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Comme tout ce quiregarde
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
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Résumé : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception favorable d'une lettre précédente concernant la thériaque, un remède médical, qui a suscité un grand intérêt. Cette lettre contenait des informations historiques et curieuses sur la préparation de la thériaque. Les discours de M. de Rouvière, approuvés par M. de la Reynie et M. Galant, ainsi que celui de M. Liénard, médecin du roi et professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris, sont mis en avant comme essentiels pour l'histoire de la thériaque à Paris. Le texte compare l'attention des grands magistrats français à celle de l'empereur romain Galien, louant leurs efforts pour une composition exacte et fidèle du remède. Le roi Louis XIV est particulièrement salué pour son engagement envers ses sujets, inspirant les professeurs à atteindre l'excellence dans la préparation de la thériaque. À Paris, quatre apothicaires préparent ce remède, marquant une renaissance de cet art. La vigilance des magistrats de police assure la qualité et l'authenticité de la thériaque, protégée contre les falsifications. Le professeur de pharmacie de la Faculté de Médecine de Paris exprime sa reconnaissance et met en garde contre les perturbations possibles. Le 12 mars, M. de Rouvière présente les drogues utilisées pour la thériaque devant une assemblée nombreuse, et M. Pilon, doyen de la Faculté, conclut avec un discours élogieux. La préparation de la thériaque à Venise, en présence du Sénat, est également mentionnée pour souligner son importance et sa solennité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 317-320
Synode assemblé à Strasbourg, par l'ordre de M. l'Abbé de Ratabon, Grand-Vicaire du Diocése, [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que lors que le Roy alla à [...]
Mots clefs :
Strasbourg, Roi, Religion catholique, Synode, Erreurs luthériennes, Abbé, Grand vicaire, Discours, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Synode assemblé à Strasbourg, par l'ordre de M. l'Abbé de Ratabon, Grand-Vicaire du Diocése, [titre d'après la table]
Vous ſçavez Madame,
Dd iij
318 MERCURE
que lors que le Roy alla à
Strasbourg recevoir les foûmiflions
de ſes Habitans, qui
l'ont reconnu pour leur Souverain
, il donna ſes premiers
foins ày rétablir avec éclat la
Religion Catholique. Les
avantages qu'elle enTa tirez
font de plus en plus confiderables.
Il y avoit présde cent
quarante ans qu'il n'y avoit
point eu de Synode dans cet
te Capitale de l'Alface , qui
s'eſtoit laiſſée infecter des er
reurs de Luther en 1529. & le
ce mois Mabbане
4.
.de
Ratabon , Grand Vicaire du
GALANT 19
Dioceſe , y en tint un de tous
les Curez , auſquels il fit un
Diſcours Latin plein de force
& d'éloquence , fur ce quiregarde
les devoirs de l'Etat
Ecclefiaftique. Le lendemain,
les Jéſuites Directeurs du Seminaire
commencérent une
Miſſion , & il en fit l'ouverture
par une Proceffion fo
lemnelle. Il s'y trouva trois
cens Ecclefiaftiques en Surplis
, du nombre deſquels
eſtoient quatre grands Comtes
de l'Egliſe Cathédrale. Le
Saint Sacrement fut porté
fousun magnifique Dais qu'a
Dd iiij
320 MERCURE
donné le Roy. Quatre Dieu
tenans Genéraux le foûte
noient , sohaprés eux mar
choient Male Marquis de
Souvre, Fils de M.de Louro
vois , le Gouverneur ,
Lieutenant de Roy , l'Inten 10
dant & les Principaux Offi- T
diers de la Garniſon qui eftoit 111
Tous les Armes. Pendant la
Proceſſion on fit diverſes défin
charges du Canon & de laup
Moufqueterie.
Dd iij
318 MERCURE
que lors que le Roy alla à
Strasbourg recevoir les foûmiflions
de ſes Habitans, qui
l'ont reconnu pour leur Souverain
, il donna ſes premiers
foins ày rétablir avec éclat la
Religion Catholique. Les
avantages qu'elle enTa tirez
font de plus en plus confiderables.
Il y avoit présde cent
quarante ans qu'il n'y avoit
point eu de Synode dans cet
te Capitale de l'Alface , qui
s'eſtoit laiſſée infecter des er
reurs de Luther en 1529. & le
ce mois Mabbане
4.
.de
Ratabon , Grand Vicaire du
GALANT 19
Dioceſe , y en tint un de tous
les Curez , auſquels il fit un
Diſcours Latin plein de force
& d'éloquence , fur ce quiregarde
les devoirs de l'Etat
Ecclefiaftique. Le lendemain,
les Jéſuites Directeurs du Seminaire
commencérent une
Miſſion , & il en fit l'ouverture
par une Proceffion fo
lemnelle. Il s'y trouva trois
cens Ecclefiaftiques en Surplis
, du nombre deſquels
eſtoient quatre grands Comtes
de l'Egliſe Cathédrale. Le
Saint Sacrement fut porté
fousun magnifique Dais qu'a
Dd iiij
320 MERCURE
donné le Roy. Quatre Dieu
tenans Genéraux le foûte
noient , sohaprés eux mar
choient Male Marquis de
Souvre, Fils de M.de Louro
vois , le Gouverneur ,
Lieutenant de Roy , l'Inten 10
dant & les Principaux Offi- T
diers de la Garniſon qui eftoit 111
Tous les Armes. Pendant la
Proceſſion on fit diverſes défin
charges du Canon & de laup
Moufqueterie.
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Résumé : Synode assemblé à Strasbourg, par l'ordre de M. l'Abbé de Ratabon, Grand-Vicaire du Diocése, [titre d'après la table]
Le roi se rendit à Strasbourg pour recevoir les hommages de ses habitants et les reconnaître comme ses sujets. Il initia le rétablissement de la religion catholique avec succès croissant. Depuis près de cent quarante ans, aucun synode n'avait été organisé dans cette ville, influencée par les idées de Luther en 1529. En avril, Ratabon, Grand Vicaire du diocèse, convoqua un synode avec tous les curés et prononça un discours en latin sur les devoirs de l'État ecclésiastique. Le lendemain, les Jésuites, directeurs du séminaire, commencèrent une mission marquée par une procession solennelle. Trois cents ecclésiastiques y participèrent, incluant quatre grands chanoines de la cathédrale. Le Saint-Sacrement fut porté sous un dais offert par le roi. La procession inclut également quatre dignitaires généraux, le marquis de Souvre, fils du gouverneur, l'intendant, et les principaux officiers de la garnison. Des salves de canon et de mousqueterie furent tirées durant la procession.
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20
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Livres, Vente, Dialogues, Lettres, Inscriptions, Jugement, Histoire, Fables, Mariage, Réflexion, Devises, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
AVIS ET CATALOGKE
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
Le catalogue de livres de la veuve Blageart propose une sélection variée d'ouvrages. Il inclut des recherches sur l'antiquité, comme les 'Recherches curieuses d'Antiquité' illustrées, et des recueils de poèmes, tels que 'Heures en Vers' de Pierre Corneille. Les écrits philosophiques sont représentés par 'Sentiments sur les Lettres et sur l'Histoire' et 'Nouveaux Dialogues des Morts' de Fontenelle. Les œuvres narratives comprennent 'La Duchesse d'Estramène', 'Cara Mustapha' et 'Les Dames Galantes'. Le catalogue présente également des ouvrages scientifiques et techniques, comme 'Réflexions nouvelles sur l'Acide et sur l'Alcali' et 'Traité de la Transpiration des humeurs'. Des pièces de théâtre telles que 'La Devineresse' et 'Artaxerce' y figurent aussi, ainsi que des collections de fables et des relations historiques sur le siège de Luxembourg et celui de Vienne. Enfin, il mentionne des volumes du 'Mercure' relatant divers événements historiques et cérémoniels, tels que les mariages royaux et les voyages du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 204-231
Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Début :
Voicy, Madame, une nouvelle Lettre de Mr de Vienne / Ce n'a pas esté sans raison, Monsieur, que j'ay differé [...]
Mots clefs :
Écriture, Mystère, Promesse, Abréviation, Réflexions, Dictionnaires, Grammaire, Expressions, Verbes, Adjectifs, Adverbe, Langue, Discours, Écrivain, Terminaisons, Déclinaisons, Élocution, Nations, Capitales, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Voicy
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Dans une lettre du 4 juin 1685, M. de Vienne Plancy présente ses projets concernant une écriture universelle. Il divise son projet en deux parties : l'illustration de ses lettres précédentes et les moyens d'abréviation pour cette écriture. Il aborde plusieurs aspects nécessaires à la compréhension de cette écriture, tels que la composition, l'enchaînement des idées, le nombre de mots simples, la distribution des chiffres, et la distinction des parties du discours. L'auteur souligne que toute écriture repose sur un dictionnaire et une grammaire. Bien que le dictionnaire ne puisse être abrégé, la grammaire peut l'être en réduisant les variations des mots. Il propose de limiter les déclinaisons et les degrés de comparaison, et de simplifier les articles, pronoms, et temps verbaux. Il suggère de réduire les parties du discours à cinq : l'article, le pronom, le nom, le verbe et l'adverbe, et de les classer en trois catégories selon leur invariabilité. M. de Vienne Plancy discute également de la nature des genres et des cas grammaticaux, affirmant que la simplification des genres et des modes ne rendrait pas l'apprentissage plus difficile. Il préfère les mots simples aux phrases complexes et insiste sur la clarté et l'absence d'ambiguïté dans l'écriture. Il aborde la question des chiffres, soulignant leur origine indienne, et mentionne diverses directions d'écriture selon les langues. Enfin, il propose la création de dictionnaires universels pour faciliter la communication entre les nations, laissant aux autres le soin de les développer. Il espère que la Chambre Royale encouragera cette initiative et demande l'avis de son interlocuteur sur la préférence entre une écriture universelle ou une langue de même nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
Fermer
Résumé : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Pierre Corneille, dramaturge français, est renommé pour son génie et son mérite exceptionnel, même reconnu par des critiques rigoureux comme Nicolas Boileau. Contrairement à l'idée d'un déclin avec l'âge, ses œuvres tardives telles que 'Sertorius', 'Œdipe' et 'Rodogune' montrent une vigueur constante. Corneille aspirait à rester productif jusqu'à la fin de sa vie, redoutant surtout la perte de sa capacité créative. Il a profondément influencé le théâtre français en élevant le niveau de la comédie et en introduisant des règles et une moralité sur scène. Avant Richelieu et Corneille, le théâtre était grossier et dépourvu de règles. Corneille a su modérer les passions et allier l'utile à l'agréable dans ses œuvres, respectant les règles classiques tout en sachant s'en affranchir avec prudence. Ses pièces, comme 'Le Cid', ont toujours rencontré un succès populaire incontestable. Son style est décrit comme solide, durable, clair, noble, facile et gracieux, exempt d'affectation et de préciosité. La reconnaissance royale envers Corneille est comparée aux honneurs accordés à Homère, Virgile et autres grands poètes. Le théâtre, selon le texte, permet de représenter les vertus du prince et de montrer au prince sa propre image et celle de ses sujets. Corneille est ainsi considéré comme le seul digne de peindre Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 275-283
Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Paris passa l'année derniere un Contract avec [...]
Mots clefs :
Éloge du roi, Université, Couronne, Recteur, Discours, Panégyrique, Prélats, Gloire, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
La Ville de Paris paffa l'an
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
En 1684, la Ville de Paris a signé un accord avec l'Université pour organiser un éloge public annuel du roi, le 15 mai, jour de son avènement au trône. La première édition a eu lieu le 15 mai 1685, prononcée par Monsieur Berthe, recteur et prieur de la Maison et Société de Sorbonne. La cérémonie s'est déroulée à l'École extérieure de Sorbonne, en présence de prélats, religieux, personnalités judiciaires et politiques, dont l'archevêque de Paris et plusieurs évêques. Les échevins de la ville ont assisté avec un cortège impressionnant. La cérémonie incluait un portrait du roi et un buste de Varin. Plus de deux cents docteurs et régents étaient présents. Berthe a loué l'initiative de la Ville de Paris et a justifié les titres de 'Grand' et 'Très-Chrétien' du roi, concluant par des vœux pour sa conservation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 289-373
Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Début :
Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes, [...]
Mots clefs :
Doge, Sénateurs, Gênes, Majesté, Audience, Carosse, Armes, Marquis, Sérénité, Duc, Gloire, Gentilhommes, Cour, Grandeur, Beauté, Galerie, Appartement, Officiers, Princes, Cérémonies, Versailles, Jardins, Visites, Mérite, Ornements, Couleurs, Discours, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 66-67
Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Début :
Ce fut dans une pareille occasion que Mr le Procureur [...]
Mots clefs :
Procureur général, Discours, Sa Majesté, Charme, Louanges infinies, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Ce fut dans une pareille
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
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Résumé : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Le Procureur Général a prononcé un discours excellent, louant les mérites du Roi. Sa voix exceptionnelle captiva l'audience. Il souligna les grandes actions royales dignes de louanges infinies. Il s'engagea à traiter des sujets appropriés, évitant les éloges excessifs. Il affirma que seuls les hommes de caractère, de probité et de mérite peuvent distribuer des éloges justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 112-120
Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Bullion, Fils de Mr de Bonnelles Commandeur [...]
Mots clefs :
Marquis, Ministre, Garde des sceaux, Promotion, Charges, Gouverneur, Éloge, Serment, Audience, Conseillers, Discours, Alliances, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
M' le Marquis de Bullion
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
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Résumé : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
En juin 1685, le Marquis de Bullion a été installé comme Prévôt de Paris. Fils du Commandeur des Ordres du Roi et petit-fils du ministre d'État et Garde des Sceaux, il a été nommé à cette charge par le Roi. Accompagné de personnalités de haut rang, il s'est rendu au Palais pour présenter ses lettres de provision au Premier Président et prêter serment. Il a ensuite pris place au banc des Sénéchaux et Baillifs du Royaume. Avec M. de Nesmond, quatrième Président, et deux conseillers au Parlement, il s'est dirigé vers le Châtelet pour son installation officielle. Après un discours de M. Bignon, Avocat du Roi, le Marquis de Bullion a pris sa place officielle. La cérémonie s'est achevée par un dîner somptueux organisé par le Marquis de Bullion, auquel ont participé divers dignitaires et dames invités par Madame de Bullion.
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27
p. 266-272
Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Début :
Le 30 du dernier mois, Madame l'Abesse de Farmonstier en Brie, [...]
Mots clefs :
Abbesse, Décès, Communauté, Fille, Gouverneur, Dame, Bel esprit, Discours, Langue latine, Vérités, Maximes, Religion catholique, Actions édifiantes, Résignation, Amour, Cantiques, Religieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Le 30 du dernier mois , Ma
damel'Abeffe de Farmonftier
en Brie , mourut fort regretée
de toute la Communauté. El
le s'appelloit Marie Conftance
du Blé ; & eftoit Fille de
Meffire Jacques du Blé, Marquis
d'Huxelles , & Baron de
Cormatin en Bourgogne ,
Lieutenant general des Armées
du Roy, Gouverneur &
Bailly de Châlons fur Saone,
& de Dame Claude Pheli
peaux la Vrilliere, La Maiſon
du Blé dont elle fortoit , eft
GALANT. 267
une des premieres & des plus
anciennes de Bourgogne.
Madame l'Abbeffe de Far .
monftier dont je vous parle ,
avoit l'efprit élevé & fort pé,
netrant , & faifoit paroiſtre
une extréme vivacité dans
toutes les affaires qu'elle traitoit.
Auffin'a t- elle jamais ba
→ lancé fur les réponfes qu'elle
avoit à faire , quelque matiere
qu'on ait pû luy propofer. Elle
y fatisfaifoit dans le mefme
temps, auffi fagement & aufli
folidement que fielle en avoit
fait fon étude particuliere. Elle
entendoit parfaitement la
Zij
268 MERCURE
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à fa Communauté ,
Tordre , la facilité & la netteté
d'expreffion qui accompa
gnoient fes difcours , les Paffages
des Peres qu'elle citoit
à propos , & la grace naturelle
qu'elle avoit à prononcer ce
qu'elle difoit , prévenoient fi
bien les efprits en la faveur ,
qu'on ne fe laffoit jamais de
l'entendre . Dans fes momens
de loifir , elle préferoit la lecture
à toutes chofes , & prenoit
un extréme plaifir à fe
remplir l'efprit des veritez , &
des maximes les plus faintes
"GALANT 269
de noſtre Religion . Elle en
parloit fçavamment , & avec
beaucoup de piété , car elle
vouloit que le coeur en fuft
remply , ainfi que l'efprit.
C'est pourquoy on luy a fou
vent entendu dire , que l'on
parloit aifément des chofes
faintes , mais qu'on ne les ré
duifoit pas également en pratique
, & que cependant l'un
fans l'autre n'eftoit d'aucune
utilité pour
le Salut. Les ac
tions & les paroles édifiantes
qui ont précedé fa mort , ont
accompagné
fes derniers mo
mens. Elle a préveu en quel
Z iij
270 MERCURE
que façon le changement qui
devoir le faire en elle , & elle
s'y eft preparée pendant quel
ques mois , par tous les exercices
de penitence qu'elle
pouvoit pratiquer. La mort
d'un fage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand
nombre d'années , fut un préfage
qui luy fit connoître que
le temps de la fienne s'approchoit,
Elle n'avoit pas encore
effuyé fes larmes pour une
perte qui luy eftoit fi fenfible,
lors qu'elle fut attaquée de la
maladie dont elle eft morte.
GALANT. 271
Sa patience n'y a pas moins
éclaté que fa refignation &
fon amour pour fon Createur,
Elle prenoit elle - mefme foin
de confoler toutes les perfonnes
qui l'affiftoient , & qui
s'affligeoient de l'extrémité
où fon mal l'avoit réduite. Elle
demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe délivrance
de la priſon de ce
monde, & prioit les Religieu
fes de moderer leur douleur
par l'efperance qu'elle a toûjours
témoigné avoir , que
celuy qui l'avoit fait naiftre
dans l'Eglife , luy donneroit
Z
iiij
272 MERCURE
entrée dans la Gloire
fembloit que Dieu l'euft des
ftinée à un travail prefque
fans relâche , puis qu'à pei
ne avoit elle commencé
àgoûter quelque repos
dans fa premiere Maifon def
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans
celle de Farmonftier , où elle
a fort peu jouy de l'état tranquille
qu'elle s'y eftoit acquis .
damel'Abeffe de Farmonftier
en Brie , mourut fort regretée
de toute la Communauté. El
le s'appelloit Marie Conftance
du Blé ; & eftoit Fille de
Meffire Jacques du Blé, Marquis
d'Huxelles , & Baron de
Cormatin en Bourgogne ,
Lieutenant general des Armées
du Roy, Gouverneur &
Bailly de Châlons fur Saone,
& de Dame Claude Pheli
peaux la Vrilliere, La Maiſon
du Blé dont elle fortoit , eft
GALANT. 267
une des premieres & des plus
anciennes de Bourgogne.
Madame l'Abbeffe de Far .
monftier dont je vous parle ,
avoit l'efprit élevé & fort pé,
netrant , & faifoit paroiſtre
une extréme vivacité dans
toutes les affaires qu'elle traitoit.
Auffin'a t- elle jamais ba
→ lancé fur les réponfes qu'elle
avoit à faire , quelque matiere
qu'on ait pû luy propofer. Elle
y fatisfaifoit dans le mefme
temps, auffi fagement & aufli
folidement que fielle en avoit
fait fon étude particuliere. Elle
entendoit parfaitement la
Zij
268 MERCURE
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à fa Communauté ,
Tordre , la facilité & la netteté
d'expreffion qui accompa
gnoient fes difcours , les Paffages
des Peres qu'elle citoit
à propos , & la grace naturelle
qu'elle avoit à prononcer ce
qu'elle difoit , prévenoient fi
bien les efprits en la faveur ,
qu'on ne fe laffoit jamais de
l'entendre . Dans fes momens
de loifir , elle préferoit la lecture
à toutes chofes , & prenoit
un extréme plaifir à fe
remplir l'efprit des veritez , &
des maximes les plus faintes
"GALANT 269
de noſtre Religion . Elle en
parloit fçavamment , & avec
beaucoup de piété , car elle
vouloit que le coeur en fuft
remply , ainfi que l'efprit.
C'est pourquoy on luy a fou
vent entendu dire , que l'on
parloit aifément des chofes
faintes , mais qu'on ne les ré
duifoit pas également en pratique
, & que cependant l'un
fans l'autre n'eftoit d'aucune
utilité pour
le Salut. Les ac
tions & les paroles édifiantes
qui ont précedé fa mort , ont
accompagné
fes derniers mo
mens. Elle a préveu en quel
Z iij
270 MERCURE
que façon le changement qui
devoir le faire en elle , & elle
s'y eft preparée pendant quel
ques mois , par tous les exercices
de penitence qu'elle
pouvoit pratiquer. La mort
d'un fage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand
nombre d'années , fut un préfage
qui luy fit connoître que
le temps de la fienne s'approchoit,
Elle n'avoit pas encore
effuyé fes larmes pour une
perte qui luy eftoit fi fenfible,
lors qu'elle fut attaquée de la
maladie dont elle eft morte.
GALANT. 271
Sa patience n'y a pas moins
éclaté que fa refignation &
fon amour pour fon Createur,
Elle prenoit elle - mefme foin
de confoler toutes les perfonnes
qui l'affiftoient , & qui
s'affligeoient de l'extrémité
où fon mal l'avoit réduite. Elle
demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe délivrance
de la priſon de ce
monde, & prioit les Religieu
fes de moderer leur douleur
par l'efperance qu'elle a toûjours
témoigné avoir , que
celuy qui l'avoit fait naiftre
dans l'Eglife , luy donneroit
Z
iiij
272 MERCURE
entrée dans la Gloire
fembloit que Dieu l'euft des
ftinée à un travail prefque
fans relâche , puis qu'à pei
ne avoit elle commencé
àgoûter quelque repos
dans fa premiere Maifon def
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans
celle de Farmonftier , où elle
a fort peu jouy de l'état tranquille
qu'elle s'y eftoit acquis .
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Résumé : Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Madame l'Abbesse de Farmontier en Brie, Marie Constance du Blé, est décédée le 30 du dernier mois. Fille de Messire Jacques du Blé, Marquis d'Huxelles et Baron de Cormatin en Bourgogne, et de Dame Claude Phelippeaux la Vrillière, elle appartenait à une des plus anciennes familles de Bourgogne. Connue pour son esprit vif et pénétrant, elle maîtrisait le latin et citait souvent les Pères de l'Église. Ses discours étaient marqués par une grande clarté et elle captivait son auditoire par sa grâce naturelle. Dans ses loisirs, elle préférait la lecture des vérités religieuses, qu'elle mettait en pratique avec piété. Après la mort de son directeur spirituel, elle se prépara à la mort par des exercices de pénitence. Lors de sa maladie, elle montra une grande patience et résignation, consolant ceux qui l'entouraient et exprimant son espoir d'entrer dans la gloire divine. Sa vie fut marquée par un travail incessant entre les maisons de Saint-Menou et de Farmontier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 50-69
DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Début :
Je vous envoye un Discours, qui a esté prononcé depuis / L'Eloquence Chrétienne dont je fais mon unique étude, ne me permet [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Turin, Applaudissement, Docteur de Sorbonne, Sénateur, Fils, Gentilhomme, Abbé, Louanges, Éloquence chrétienne, Maximes, Religion, Parole de Dieu, Vérité, Orateur, Panégyrique, Hyperbole, Courtisans, Ami, Fausse sagesse, Fidélité, Mensonge, Disciples, Juifs, Morale chrétienne, Impies, Coupable, Héros
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Je vous envoye un Dif
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
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Résumé : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
L'abbé Deville, jeune docteur de Sorbonne âgé de vingt-six ans et issu d'une famille noble savoyarde, a prononcé un discours acclamé à l'Académie de Turin. Reconnu pour ses talents oratoires, il a traité du principe fondamental de la vérité dans la religion chrétienne. Deville a critiqué les hyperboles excessives et la flatterie, soulignant l'importance de la sincérité dans les relations politiques, amicales et religieuses. Il a déploré la perte de l'amitié sincère et condamné la flatterie, qui corrompt les relations humaines et les gouvernements. Selon lui, le chrétien, disciple de la vérité, ne peut jamais mentir, même au nom de la religion. Le discours aborde également la fidélité et l'importance de la vérité dans la transmission de l'Évangile. Saint Augustin est cité pour souligner la confiance due aux apôtres qui ont annoncé l'Évangile sans recourir à des mensonges. Le texte critique les pratiques de dissimulation et de mensonge, même pour des raisons apparentes de bien, en se basant sur le principe de Saint Paul. Il dénonce les imposteurs qui propagent des fables pour contester les vérités établies. Deville condamne les duplicités et les mensonges, citant l'exemple de l'évêque Firmus, qui préféra dire la vérité plutôt que de trahir un criminel. Le discours conclut en insistant sur la nécessité de toujours dire la vérité, tout en reconnaissant qu'il est parfois permis de taire certaines choses. Il appelle à proclamer la vérité et prie Dieu de guider les esprits vers la connaissance et l'amour de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 140-262
Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Rebelles, Déclaration, Parlement, Dieu, Vaisseaux, Infanterie, Dragons, Religion, Comtes, Ducs, Marquis, Jacques, Milord, Conseil, Communes, Seigneur, Religion protestante, Gouvernement, Sentence, Complices, Armes, Écosse, Couronne, Papisme, Chambre, Gentilhommes, Trahison, Banquet, Discours, Comte d'Argile, Duc de Monmouth
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texteReconnaissance textuelle : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Fermer
Résumé : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 130-136
Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Début :
Des soins si continuels pour ne laisser aucun lieu aux [...]
Mots clefs :
Hérétiques, Religion catholique, M. Godeau, Collège des Grassins, Auditoire, Discours, Prince, Monarque, Conversion, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Des foins fi continuels
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
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Résumé : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Le 10 du mois en cours, M. Godeau, professeur de rhétorique au Collège des Granges, a prononcé un discours visant à louer le zèle du roi pour la défense de la religion catholique. Il a souligné les qualités du roi et l'obligation de l'Université de Paris de célébrer ses vertus. Godeau a mentionné plusieurs exploits militaires et politiques du roi, notamment le secours de Raab en 1664, les conquêtes en Hollande, la visite à Strasbourg, et la réduction des pirates d'Alger et de Tripoli. La seconde partie du discours a mis en avant la conduite chrétienne du roi pour la conversion des hérétiques, comparant ses actions à celles des premiers empereurs chrétiens. Godeau a conclu en exhortant l'Université à immortaliser les bienfaits du roi pour la religion catholique et à organiser une fête solennelle en sa mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 164-181
Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
Début :
M. de la Haye, choisi par Sa Majesté, pour succeder à [...]
Mots clefs :
M. de la Haye, Ambassade de Venise, Sénat, Cour de France, Ornements, Gondoles, Cortège, Compliments, Chevalier, Palais, Musique, Audience, Discours, Banquets, Décors, Ambassadeur du Levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye , choifi
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye a été nommé ambassadeur de France à Venise, succédant à M. Amelot. Le 8 juillet, il a informé le Sénat vénitien via M. Menault et a embarqué dans une gondole somptueuse accompagnée de soixante sénateurs, dont M. Jules Asserino Giustiniani, ancien ambassadeur de la République à la cour de France. Le cortège, composé de plusieurs gondoles ornées et de gentilshommes, s'est dirigé vers l'île du Saint-Esprit. À son arrivée, M. de la Haye a été accueilli par les Cordeliers et divers représentants diplomatiques. Le lendemain, M. Giustiniani et les sénateurs ont rendu visite à M. de la Haye pour une audience officielle, puis se sont dirigés au Palais de Saint-Marc. M. de la Haye y a présenté une lettre du roi au Doge, qui a répondu avec vénération et estime. Ensuite, M. de la Haye a prononcé une harangue au Sénat avant de se retirer. Lors d'une visite officielle ultérieure, M. de la Haye, accompagné de M. le Chevalier Giustiniani, a été conduit dans la Chambre d'Audience où il a salué les sénateurs et invité son cortège à dîner. Le repas, servi avec magnificence, comprenait quatre tables, quatre services, et une abondance de vins et liqueurs. Un buffet d'argenterie et une table de fleurs, fruits et confitures françaises avaient été préparés. Après le dîner, des musiciens ont joué et des rafraîchissements ont été distribués, la fête se terminant à quatre heures du matin sans incident. M. de la Haye est l'ancien ambassadeur au Levant et a été impliqué dans plusieurs négociations d'État avec les princes d'Allemagne. Il est le fils de feu M. de la Haye, ancien ambassadeur à Constantinople. Sa femme, Louise de Montholon, appartient à une famille illustre de Bourgogne, connue pour ses grands hommes, dont des gardes des sceaux, présidents au Parlement, conseillers d'État, et un ambassadeur en Suisse. La famille est alliée à plusieurs maisons nobles, telles que Silly, Thoulongeon, Aubusson, et Ganay.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 30-33
Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Début :
Ce Monarque a donné depuis peu une Pension considerable à [...]
Mots clefs :
Roi, Pensions, Prince, Illustre, Avocat Général Talon, Parlement, Discours, Nouveau converti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Ce Monarque a donné depuis
peu une Penfion confiderable
à M. le Prince CaGALANT.
31
mille , fecond Fils de M. le
Comte d'Armagnac . C'eſt
celuy qui gagna le Prix de la
premiere journée du Carroufel
, & qui donne de fi belles
efperances qu'il foûtiendra
dignement l'Illuftre Sang de
Lorraine,
M. l'Avocat General Ta
lon , a efté auffi gratifié d'une
Penfion de fix mille livres .
Il y a fi long-temps que fon
Nom éclate dans le Parle
ment ; & c'eſt toûjours avec
tant de gloire , qu'il me feroit
inutile de luy donner
des louanges. Les Difcours
C iiij
32 MERCURE
publics qu'il y a faits avec
un applaudiffement general,
le font mieux connoiſtre que
tout ce que je pourrois vous
en dire.
M. Defreaux a eu dans le
mefme temps une Penfion
de deux mille livres. C'eft un
homme d'un efprit folide, &
d'un bon gouft , & reconnu
generalement par ces endroits.
Il s'eft converty depuis
peu de temps ; & quand
un homme auffi éclairé que
luy change de Religion , il
faut qu'il foit bien perfuadé
des erreurs de celle qu'il aGALANT.
33
re
bandonne , & qu'il les ait
bien examinéeslabih
peu une Penfion confiderable
à M. le Prince CaGALANT.
31
mille , fecond Fils de M. le
Comte d'Armagnac . C'eſt
celuy qui gagna le Prix de la
premiere journée du Carroufel
, & qui donne de fi belles
efperances qu'il foûtiendra
dignement l'Illuftre Sang de
Lorraine,
M. l'Avocat General Ta
lon , a efté auffi gratifié d'une
Penfion de fix mille livres .
Il y a fi long-temps que fon
Nom éclate dans le Parle
ment ; & c'eſt toûjours avec
tant de gloire , qu'il me feroit
inutile de luy donner
des louanges. Les Difcours
C iiij
32 MERCURE
publics qu'il y a faits avec
un applaudiffement general,
le font mieux connoiſtre que
tout ce que je pourrois vous
en dire.
M. Defreaux a eu dans le
mefme temps une Penfion
de deux mille livres. C'eft un
homme d'un efprit folide, &
d'un bon gouft , & reconnu
generalement par ces endroits.
Il s'eft converty depuis
peu de temps ; & quand
un homme auffi éclairé que
luy change de Religion , il
faut qu'il foit bien perfuadé
des erreurs de celle qu'il aGALANT.
33
re
bandonne , & qu'il les ait
bien examinéeslabih
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Résumé : Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Un monarque a attribué plusieurs distinctions. M. le Prince Galant, fils du Comte d'Armagnac, a reçu une pension significative pour sa victoire lors de la première journée du Carrousel, suscitant des attentes élevées sur sa capacité à honorer la lignée lorraine. M. l'Avocat Général Talon a également été récompensé par une pension de six mille livres, reconnu pour ses discours publics acclamés au Parlement. Enfin, M. Desreaux a obtenu une pension de deux mille livres, apprécié pour son esprit solide et son bon goût. Il s'est récemment converti à une nouvelle religion, démontrant une conviction profonde après avoir réévalué ses croyances précédentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
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35
p. 245-252
Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Début :
Je vous diray seulement que le premier des deux Echevins / Sire, Vostre bonne Ville de Paris, en Vous presentant ses [...]
Mots clefs :
Discours, Sa Majesté, Paris, Magistrats, Actions, Bonté, Abondance, Libéralité, Règne, Éloges, Église, Exploits, Illustre, Mr d'Ormesson, Louanges, Serment
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Je vous
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
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Résumé : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'élection de deux échevins à Paris, M. Geoffroy et M. Gayot. Maître Février d'Ormesson, Maistre des Requêtes et neveu du Président de Fourcy, les accompagna à Versailles le 19 du mois précédent pour soumettre le scrutin au roi. Il prononça un discours en l'honneur du roi, mettant en avant les bienfaits royaux envers Paris, tels que l'approvisionnement en blé malgré la pénurie et l'emploi des indigents pour l'embellissement des remparts. Le discours évoqua également les victoires militaires du roi en Europe et la soumission de villes italiennes. Maître d'Ormesson exprima sa gratitude pour la charge qui lui avait été confiée et son engagement à servir le roi. Après le discours, les deux échevins prêtèrent serment.
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36
p. 42-50
Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. du mois passé, jour de la Presentation de la Vierge, [...]
Mots clefs :
Présentation de la Vierge, Sermon, Abbé, Archevêque, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21. du mois paffé , jour
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1685, Madame, une noble de haut rang, se rendit anonymement au monastère de Port-Royal pour assister à un sermon de l'abbé Faydit. Ce dernier insista sur l'importance de la paix et de la concorde au sein des communautés religieuses, qualifiant le manque d'union de poison mortel. Il cita Tertullien pour illustrer comment la discorde peut rendre inefficaces les sacrifices et les vertus des religieuses. L'abbé Faydit mit également en garde contre les tentatives du démon de semer la division. L'abbé Faydit exprima ensuite sa confiance en Madame, reconnaissant ses qualités de douceur, de modération et de prudence, qui la distinguent parmi les abbesses. Il compara son influence bénéfique au monastère à celle de l'archevêque de Paris, qui avait réussi à apaiser les divisions dans l'Église de Paris, comparables aux problèmes rencontrés par l'apôtre Paul à Corinthe. Grâce à la sagesse de Madame, les disputes au monastère avaient pris fin, permettant à la communauté de vivre dans l'unité et la sainteté, en imitant les vertus de la Vierge Marie.
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37
p. 50-57
Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Voicy un autre endroit d'un Sermon que Mr de Fessel Docteur [...]
Mots clefs :
Docteur de Sorbonne, Discours, Soissons, Abbé, Troupeau, Dieu, Familles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Voicy un autre endroit
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Le 18 du mois précédent, M. de Feffel, docteur de Sorbonne et chanoine théologal de la cathédrale de Soissons, a prononcé un sermon célébrant la nomination de M. l'Abbé Huet à l'évêché de Soissons. Suite au décès de l'évêque Charles de Bourlon, la communauté était désorientée et priait pour un successeur digne. M. de Feffel a invité les fidèles à prier afin que le roi nomme un prélat vertueux. Le roi Louis XIV, conscient de l'importance de la foi pour la conservation des conquêtes, a choisi Pierre Daniel Huet en raison de son mérite, de son érudition, de sa probité et de sa piété. La communauté a exprimé sa gratitude envers Dieu et le roi pour cette nomination. Actuellement, M. Huet se prépare à ses nouvelles fonctions en se retirant pour prier et se consacrer à Dieu. Les fidèles sont encouragés à prier pour que M. Huet reçoive les grâces nécessaires à son ministère et pour qu'ils soient dociles et obéissants à leur nouvel évêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 102-111
Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Apres cela Mr Boyer luy parla de cette sorte. MONSEIGNEUR, L'Academie [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Compliments, Monseigneur, Bonté, Piété, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Apres cela M' Boyer luy
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
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Résumé : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Lors d'un discours à l'Académie Française, M. Boyer célèbre la nomination d'un nouveau dignitaire, dont les mérites et les qualités exceptionnelles sont soulignés. Ce dernier est reconnu pour son application, son savoir, sa probité, son expérience et sa sagesse. Sa trajectoire est comparée à celle du roi Louis XIV, qui a su allier grandeur et gloire durable grâce à ses actions pieuses et politiques. Le nouveau dignitaire est également loué pour sa charmante politesse, sa noble facilité et sa bonté bienfaisante, qui le rendent accessible au mérite et à la vertu. L'Académie apprécie son intérêt pour les sciences et les belles-lettres, espérant qu'il continuera à protéger et à soutenir ces domaines. En réponse, M. Boyer exprime sa reconnaissance et son estime pour les gens de lettres, affirmant l'importance du corps des lettrés pour l'État. Il salue les succès du roi dans l'éradication d'une secte malheureuse en France et assure de son soutien et de son ardent désir de servir l'Académie Française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 111-116
Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Début :
Aussi-tost que Mr Boucherat eut esté nommé Chancelier de [...]
Mots clefs :
Discours, Chancelier, Mr Boucherat, Doyen, Compliments, Obéissance, Dignité, Éminence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Auffi- toft que M Boucherat
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
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Résumé : Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Le texte décrit la nomination de Monsieur Boucherat au poste de Chancelier de France et la visite des avocats au Conseil pour lui adresser leurs félicitations. Les avocats expriment leur joie et leur admiration, considérant cette nomination comme un honneur et une reconnaissance de ses mérites et vertus. Ils espèrent que sa sagesse et sa justice favoriseront la prospérité du siècle. Boucherat, en réponse, évoque sa connaissance des règlements du Conseil, notamment ceux de 1660 et 1673, et encourage les avocats à maintenir la discipline au sein de leur profession pour bénéficier de sa protection. Le texte souligne également les alliances prestigieuses de Boucherat, tant dans la robe que dans l'épée, incluant des familles telles que Molé, Mégrigny, Pithou, Miron, et des descendants du Chancelier des Dormans. Plusieurs femmes de la famille Boucherat ont également contracté des mariages influents, notamment avec des membres de la famille de Mailly.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 91-128
Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 5. de ce mois, Mr de Fontenelle fut receu à [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Académie française, Corneille, Éloge, Anciens, Modernes, Louis, Discours, Charpentier, Harangue, Lecture, Académie d'Arles, Académie des Ricovrati de Padoue, Madame Deshoulières, Abbé de Lavau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
e Samedy.5. de ce mois
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
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Résumé : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 mai, Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut accueilli à l'Académie française et reçut des applaudissements pour son discours de remerciement. Fontenelle exprima sa surprise et sa gratitude, attribuant cette reconnaissance à sa naissance, qui le liait au nom illustre de Pierre Corneille. Il rendit hommage à Michel Le Tellier, Doyen du Conseil d'État, dont il avait pris la succession. Fontenelle décrivit avec vivacité et éloquence la conquête de Mons, évoquant l'admiration que le cardinal Richelieu aurait eue pour les exploits de Louis XIV. L'abbé Testu, directeur de la Compagnie, étant indisposé, Pierre Corneille, chancelier et oncle de Fontenelle, prit la parole. Corneille souligna le mérite de Fontenelle et l'honneur de sa nomination. Il compara les conquêtes de Louis XIV à celles des grands hommes de l'Antiquité et exhorta Fontenelle à développer ses talents et à tirer profit des échanges au sein de l'Académie. Lors de la même séance, l'Académie accueillit un nouveau membre et espéra qu'il contribuerait utilement. Le doyen, M. Charpentier, complimenta le roi pour ses nouvelles conquêtes et lut une harangue préparée à cet effet. Une épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Bourgogne fut ensuite lue, suivie de divers ouvrages littéraires. L'abbé de Lavau exprima l'admiration pour les conquêtes du roi et la difficulté de les décrire adéquatement. Il mentionna également les œuvres de grands écrivains et la gloire du roi, comparée à celle des héros des siècles passés. La séance se termina par la lecture de plusieurs poèmes et œuvres littéraires célébrant les conquêtes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 216-232
Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Début :
Rien ne devoit estre plus beau, & plus brillant que cette Pompe [...]
Mots clefs :
Pompe funèbre, Abbesse des Cloirets, Ordre de Cîteaux, Oraison funèbre, Mr Gontier, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Rien ne devoit eftre plus
beau , & plus brillant que
cette Pompe Funebre &
l'efprit & l'invention y brilloient tellement qu'il n'apartient qu'aux Jefuites d'orner
avec tant d'efprit tout ce
qu'ils donnent en Spectacles.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois de Decembre
de la mort de M° d'Ecampes
de Vallençay , Abbeffe des
Clairets de l'Ordre de Citeaux,
& vous rapportay beaucoup
d'endroits
CALANT 217
d'endroits de l'Oraifon funebre , qui en a efté faite par
Mr Gontier , Docteur de Sorbonne , Chanoine & Theologal de l'Eglife de Chatres.
Et comme ce que je vous en
ay mandé vous a paru fi beau
que vous avez dit qu'il meritoit d'eftre fçû de toute la
terre , j'en ay ramaffé encore
quelques morceaux que je
crois quevous trouverez d'une
grande beauté ; & particulicrement la peinture de la vic
Religieufe qui a paffé pour
un chef- d'œuvre. Cet Abbé
avoit pris pour Texte ces
Fanvier 1710.
T
2.8 MERCURE
*
paroles de la Sageffe : eft in
illa fpiritus intelligentia fanctus
unicus , multiplex , c'eft- à dire,
Ily a en elle un efprit d'intelli .
gence ,faint , unique , multiplié.
Et il en tira la divifion de fon
Difcours. Ily avoit en elle , ditil , un efprit d'intelligence ; unique , voilàfafimplicité : multiplié , voilà fon étendue , faint ;
voilà fon excellence &Sa perfection . Il commença enfuite
fon premier Point , en difant
queparle mot de fimplicité , il
fautpas fe figurer une vertu
foible , tranquile , indolente ,
incapable des grandes choſes ; &
ne
GALANT 219
que
indigne des grands hommes , ainfi
ue felon le Pape Saint Gregoire
on l'a prend ordinairement dans le
monde; & queJulien l'Apoftat ,
le reprochoit aux Chreftiens ;
mais entendre une vertu reglée
par la Foy, accompagnée de droitures & de modeftie ; & infeparable de la douceur &de l'humilité; vertu oppoſée à cette efprit
de duplicité que Dieu ne regarde
qu'avec horreur dans l'Ecriture;
àcet efprit de fuperbe qu'ilyfrape
par tout de fes maledictions &
defes anathemes. Ce qui donna
lieu à l'Orateur de parler de
l'origine de fon Heroine chrê-
"
Tij
220 MERCURE
36
tienne. Je remarque , dit - il ,
du cofté paternel dans la Maifon
d'Estampes , fi ancienne dans le
Royaume , les alliances les plus
honorables , les plus celebres , les
plus éminentes dignitez de l'Eglife & de l'Etat j'apperçois
du cofté maternel dans celle de
Montmorency , déja conſiderable
en France dés les premiers fiecles
de la Monarchie , fes ancêtres
diftinguez par tous ces honneurs
quife diftinguent encore da
vantage dans l'Eglife par le titre
de premiers Barons Chreftiens ,
qui leur eft hereditaire ( la mere
de cette Abbeffe eftoit de la Mai-
GALANT 120
ce
fon de Montmorency ) j'y vois
efangqui l'anime , s'élever dans
perfonne des Princeffes ,foutenir en tout temps la gloire de
cet Empire , dans celle des Generaux d'Arméeprefquefans nombre , triompher dans celle des
Conquerans , & regner dans
celle des Monarques par fes glorieufes alliances avec toutes les
Couronnes Chreftiennes. L'Orateur s'arrefta en cet endroit &
pourfuivit en difant ; mais
viendrois je en Partifan du
monde relever la pieté par la
Nobleffe , au lieu de relever en
Minifiredu Seigneur la Nobleffe
-
Tiij
222 MERCURE
que
par la pieté , pendant que des
Payens c'est de Juvenal qu'il
parle ) déclarent la feule
l'unique Nobleffe à le bien
prendre eft la feule & unique
vertu ; à Dieu ne plaiſe , Mi
mais comme les enfans du fiecle
n'eftiment que trop ces dangereux
avantages , je veux feulement
leur faire juger de la grandeur
de fon facrifice par la grandeur .
de fon extraction. Il jetta enfuite encore quelques fleurs
fur le tombeaude l'ayeule maternelle , & de la tante de cette
Abbeffe , dont la fagefimplicité,
dit-il , lapictéfolide; & l'amour
GALANT 223
tendre pour les pauvres feront
jamais en benediction ; & depuis
fous la conduite d'une tante plus
élevée par elle-même que parfa
naiſſance , qui avoit caché la
grandeur , d'une illuftre Ducheffe
fousle Voile d'une humble Religieufe. Mr Gontier fit enfuite
un portrait de la vie Religieufe qui fut délicatement touché :formez- vous , dit- il , dans
voftre efprit l'idée de la vie Religieufe : figurez- vous un estat où
l'on fe traite comme un genre de
perfonnes deftinées à la mort ( inft
que Tertulien le difoit des premiers fidelles ) où l'on facrific le
Tiiij.
224 MERCURE
temps à l'Eternité; où malgré l'amourproprefi naturel à tous les
hommes , on renonce àfa liberté ,
pour n'agir que par la volonté
d'autruy ; & où c'est une espece
decrime de ne fe pas quitter foymême après avoir tout quittés
dans ces afiles de la pieté Chreftiennetous les momensfont reglez
parlafageffe; toutes les actions
lesparolesfontpefées au poids du
Sanctuaire ; les infidélitez les plus
legeresy paffentpourdes monftres ;
les divertiffemens permis dans le
fiecle yfont interdits , les confeils
y deviennent des preceptes. Là
enferveli dans les bornes eftroites
GALANT 225
d'un
, on
Monaftere comme dans un
tombeau au milieu des nourritures fpirituelles dont on eft uniquement occupé , on jeûne avec
courage , on gémit avec amour
non-feulement pour fes pechez ;
mais encore pour ceux des autres ;
on fouffre avec plaisir , onymeurt
àfoy - même auffi - bien qu'au
monde avecjoye. Enfin onyfait
confifterfon trefor àne rien poffeder , fa grandeur à s'aneantir ;
fon bonheur à executer les ordres
du Ciel ; fa gloire à ſe regarder
comme un ferviteur ou unefervante inutile aprés les avoir executez. Reprefentez- vous main-
226 MERCURE
tenant tous ces devoirs de la vie
Religieufe accomplis dans la
droiture e lafimplicité du cœur
afin de plaire à Dieu feul; vous
vous reprefenterezla vie de Me
de Vallançay , car voilà le terme
unique où about foient tous fes
deffeins , c. En parlant de
fes ornemens exterieurs voicy
un trait que l'on ne doit pas
oublier : une Croffe de la matiere
laplus fimple, eftoit la marque la
plus éclatante defa dignité ; pauure , maisprecieux prefent qu'elle
avoit receu du faint Reformateur.
de la Trappe , & qu'elle portoit
avec autant de veneration que le
GALANT 227
grand faint Antoine fe revestoit
de la Robbe du premier des
Solitaires dans les jours Solemnels. Cet Abbé dans le détail
qu'il fit des mouvemens que
cette fainte fille fe donna pour
reformer fon Abbaye dit ce
qui fuit de feu Mr l'Abbé de
la Trappe ; mais à qui s'adreffeta- t-elle pour réuſſie dans une "entreprife fi délicate ; & fi difficile
au fidelle œconome de la Maifon
du Seigneur , je veux dire , à un
homme qui ayant fait revivre
dans fa perfonne les Antoines
les Machaires, les Pachômes , les
·Benoifts , les Bernards , & les
228 MERCURE
plus fameux Anacorettes , les a
fait renaître jufques dans fes
Difciples , qui fe répandent tous
les jours avec tant d'honneur
de fuccés dans le monde
appellez depuis par le Souverain
Pontife dans la Capitale du
qui
Chriftianifme vont édifier plus
heureusement que jamais l'Eglife
par l'aufterité de leur vie ; à un
homme qui ayant rendu à l'Ordre
de Cifteaux la gloire du Liban
la beauté du Carmel & de
Saron afait parler toute la terre
defa merveillenfe Reforme , &
luy a fait garder le filence pourl'admirer ; a unhomme qui n'eftoit
GALANT 229
defcendu de la Chaire Abbatiale
que pour cacherla propre gloire ,
comme il n'y eftoit monté que
pour travailler à celle du Seigneur,
n'a paslaiffé de voir la calomnie
fufcitée par le pere du menfonge ,
attaquer les vertus pour arrêter
lesprogrés étonnans de fon zele
& qui toutefois pour uſer de
L'éloquente expreffion de Saint
Ambroife , en a glorieusement .
triomphéparfon filence , à l'exemple
qui plus heureux que Salomon ,
Już du Sauveur ; à un homme
qui anonfeulement attirédes Prelats , des Rois des Reines (il
parle icy duRoy de la Reine
230 MERCURE
d'Angleterre toutce que l'Eglife
le fiecle ontdeplus élevé jufques dans fon Defert ; & les
ayant charmez par fa fageffe
leura montréle cheminde la veritablegloire ; mais auffi des efclaves
du démon dont il a fait parfon
Zele & par ſes exemples des
Preftres , des Rois éternels
felon la parole des Saints de
l'Apocalypfe , FECISTI ÆTERNE REGNUM ET SACERDOTES.
Si je pouvois joindre icy le
portrait que M.l'Abbé Gontier fit de la nouvelle Abbeffe
qui eft de la mêmeMaiſon que
GALANT 231
le faint Abbé de la Trape , &
qui eft fœur de Mr l'Evêque de
Troyes , on y admireroit unc
éloquence également foute.
nue & unefineffe d'expreffions,
qu'on a déja remarquée dans
les morceaux que j'ay raportez
de ce Difcours ; je n'aurois pas
dû non plus oublier fi je
n'eus craint de donner trop
d'étendue à cet extrait , le détail que cet Abbé fit d'un
prodige arrivé dans l'Abbaye
des Clairets dans un temps
de fterilité ; prodige qu'on a
toûjours attribué aux prieres
de l'Abbeſſe : & qui confiftoit
232 MERCURE
1
en ce qu'on trouva dans le
grenier des pauvres 300. minots de bled plus qu'on y en
avoit mis , prodigè femblable à celuy que le faint Auteur
de la vie de Sainte Macrine
raporte parmi les merveilles de
la vie de cette Sainte , & que
M' Gontier cita en parlant de
celuy qui arriva aux Clairets ,
il y a quelques temps.
beau , & plus brillant que
cette Pompe Funebre &
l'efprit & l'invention y brilloient tellement qu'il n'apartient qu'aux Jefuites d'orner
avec tant d'efprit tout ce
qu'ils donnent en Spectacles.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois de Decembre
de la mort de M° d'Ecampes
de Vallençay , Abbeffe des
Clairets de l'Ordre de Citeaux,
& vous rapportay beaucoup
d'endroits
CALANT 217
d'endroits de l'Oraifon funebre , qui en a efté faite par
Mr Gontier , Docteur de Sorbonne , Chanoine & Theologal de l'Eglife de Chatres.
Et comme ce que je vous en
ay mandé vous a paru fi beau
que vous avez dit qu'il meritoit d'eftre fçû de toute la
terre , j'en ay ramaffé encore
quelques morceaux que je
crois quevous trouverez d'une
grande beauté ; & particulicrement la peinture de la vic
Religieufe qui a paffé pour
un chef- d'œuvre. Cet Abbé
avoit pris pour Texte ces
Fanvier 1710.
T
2.8 MERCURE
*
paroles de la Sageffe : eft in
illa fpiritus intelligentia fanctus
unicus , multiplex , c'eft- à dire,
Ily a en elle un efprit d'intelli .
gence ,faint , unique , multiplié.
Et il en tira la divifion de fon
Difcours. Ily avoit en elle , ditil , un efprit d'intelligence ; unique , voilàfafimplicité : multiplié , voilà fon étendue , faint ;
voilà fon excellence &Sa perfection . Il commença enfuite
fon premier Point , en difant
queparle mot de fimplicité , il
fautpas fe figurer une vertu
foible , tranquile , indolente ,
incapable des grandes choſes ; &
ne
GALANT 219
que
indigne des grands hommes , ainfi
ue felon le Pape Saint Gregoire
on l'a prend ordinairement dans le
monde; & queJulien l'Apoftat ,
le reprochoit aux Chreftiens ;
mais entendre une vertu reglée
par la Foy, accompagnée de droitures & de modeftie ; & infeparable de la douceur &de l'humilité; vertu oppoſée à cette efprit
de duplicité que Dieu ne regarde
qu'avec horreur dans l'Ecriture;
àcet efprit de fuperbe qu'ilyfrape
par tout de fes maledictions &
defes anathemes. Ce qui donna
lieu à l'Orateur de parler de
l'origine de fon Heroine chrê-
"
Tij
220 MERCURE
36
tienne. Je remarque , dit - il ,
du cofté paternel dans la Maifon
d'Estampes , fi ancienne dans le
Royaume , les alliances les plus
honorables , les plus celebres , les
plus éminentes dignitez de l'Eglife & de l'Etat j'apperçois
du cofté maternel dans celle de
Montmorency , déja conſiderable
en France dés les premiers fiecles
de la Monarchie , fes ancêtres
diftinguez par tous ces honneurs
quife diftinguent encore da
vantage dans l'Eglife par le titre
de premiers Barons Chreftiens ,
qui leur eft hereditaire ( la mere
de cette Abbeffe eftoit de la Mai-
GALANT 120
ce
fon de Montmorency ) j'y vois
efangqui l'anime , s'élever dans
perfonne des Princeffes ,foutenir en tout temps la gloire de
cet Empire , dans celle des Generaux d'Arméeprefquefans nombre , triompher dans celle des
Conquerans , & regner dans
celle des Monarques par fes glorieufes alliances avec toutes les
Couronnes Chreftiennes. L'Orateur s'arrefta en cet endroit &
pourfuivit en difant ; mais
viendrois je en Partifan du
monde relever la pieté par la
Nobleffe , au lieu de relever en
Minifiredu Seigneur la Nobleffe
-
Tiij
222 MERCURE
que
par la pieté , pendant que des
Payens c'est de Juvenal qu'il
parle ) déclarent la feule
l'unique Nobleffe à le bien
prendre eft la feule & unique
vertu ; à Dieu ne plaiſe , Mi
mais comme les enfans du fiecle
n'eftiment que trop ces dangereux
avantages , je veux feulement
leur faire juger de la grandeur
de fon facrifice par la grandeur .
de fon extraction. Il jetta enfuite encore quelques fleurs
fur le tombeaude l'ayeule maternelle , & de la tante de cette
Abbeffe , dont la fagefimplicité,
dit-il , lapictéfolide; & l'amour
GALANT 223
tendre pour les pauvres feront
jamais en benediction ; & depuis
fous la conduite d'une tante plus
élevée par elle-même que parfa
naiſſance , qui avoit caché la
grandeur , d'une illuftre Ducheffe
fousle Voile d'une humble Religieufe. Mr Gontier fit enfuite
un portrait de la vie Religieufe qui fut délicatement touché :formez- vous , dit- il , dans
voftre efprit l'idée de la vie Religieufe : figurez- vous un estat où
l'on fe traite comme un genre de
perfonnes deftinées à la mort ( inft
que Tertulien le difoit des premiers fidelles ) où l'on facrific le
Tiiij.
224 MERCURE
temps à l'Eternité; où malgré l'amourproprefi naturel à tous les
hommes , on renonce àfa liberté ,
pour n'agir que par la volonté
d'autruy ; & où c'est une espece
decrime de ne fe pas quitter foymême après avoir tout quittés
dans ces afiles de la pieté Chreftiennetous les momensfont reglez
parlafageffe; toutes les actions
lesparolesfontpefées au poids du
Sanctuaire ; les infidélitez les plus
legeresy paffentpourdes monftres ;
les divertiffemens permis dans le
fiecle yfont interdits , les confeils
y deviennent des preceptes. Là
enferveli dans les bornes eftroites
GALANT 225
d'un
, on
Monaftere comme dans un
tombeau au milieu des nourritures fpirituelles dont on eft uniquement occupé , on jeûne avec
courage , on gémit avec amour
non-feulement pour fes pechez ;
mais encore pour ceux des autres ;
on fouffre avec plaisir , onymeurt
àfoy - même auffi - bien qu'au
monde avecjoye. Enfin onyfait
confifterfon trefor àne rien poffeder , fa grandeur à s'aneantir ;
fon bonheur à executer les ordres
du Ciel ; fa gloire à ſe regarder
comme un ferviteur ou unefervante inutile aprés les avoir executez. Reprefentez- vous main-
226 MERCURE
tenant tous ces devoirs de la vie
Religieufe accomplis dans la
droiture e lafimplicité du cœur
afin de plaire à Dieu feul; vous
vous reprefenterezla vie de Me
de Vallançay , car voilà le terme
unique où about foient tous fes
deffeins , c. En parlant de
fes ornemens exterieurs voicy
un trait que l'on ne doit pas
oublier : une Croffe de la matiere
laplus fimple, eftoit la marque la
plus éclatante defa dignité ; pauure , maisprecieux prefent qu'elle
avoit receu du faint Reformateur.
de la Trappe , & qu'elle portoit
avec autant de veneration que le
GALANT 227
grand faint Antoine fe revestoit
de la Robbe du premier des
Solitaires dans les jours Solemnels. Cet Abbé dans le détail
qu'il fit des mouvemens que
cette fainte fille fe donna pour
reformer fon Abbaye dit ce
qui fuit de feu Mr l'Abbé de
la Trappe ; mais à qui s'adreffeta- t-elle pour réuſſie dans une "entreprife fi délicate ; & fi difficile
au fidelle œconome de la Maifon
du Seigneur , je veux dire , à un
homme qui ayant fait revivre
dans fa perfonne les Antoines
les Machaires, les Pachômes , les
·Benoifts , les Bernards , & les
228 MERCURE
plus fameux Anacorettes , les a
fait renaître jufques dans fes
Difciples , qui fe répandent tous
les jours avec tant d'honneur
de fuccés dans le monde
appellez depuis par le Souverain
Pontife dans la Capitale du
qui
Chriftianifme vont édifier plus
heureusement que jamais l'Eglife
par l'aufterité de leur vie ; à un
homme qui ayant rendu à l'Ordre
de Cifteaux la gloire du Liban
la beauté du Carmel & de
Saron afait parler toute la terre
defa merveillenfe Reforme , &
luy a fait garder le filence pourl'admirer ; a unhomme qui n'eftoit
GALANT 229
defcendu de la Chaire Abbatiale
que pour cacherla propre gloire ,
comme il n'y eftoit monté que
pour travailler à celle du Seigneur,
n'a paslaiffé de voir la calomnie
fufcitée par le pere du menfonge ,
attaquer les vertus pour arrêter
lesprogrés étonnans de fon zele
& qui toutefois pour uſer de
L'éloquente expreffion de Saint
Ambroife , en a glorieusement .
triomphéparfon filence , à l'exemple
qui plus heureux que Salomon ,
Już du Sauveur ; à un homme
qui anonfeulement attirédes Prelats , des Rois des Reines (il
parle icy duRoy de la Reine
230 MERCURE
d'Angleterre toutce que l'Eglife
le fiecle ontdeplus élevé jufques dans fon Defert ; & les
ayant charmez par fa fageffe
leura montréle cheminde la veritablegloire ; mais auffi des efclaves
du démon dont il a fait parfon
Zele & par ſes exemples des
Preftres , des Rois éternels
felon la parole des Saints de
l'Apocalypfe , FECISTI ÆTERNE REGNUM ET SACERDOTES.
Si je pouvois joindre icy le
portrait que M.l'Abbé Gontier fit de la nouvelle Abbeffe
qui eft de la mêmeMaiſon que
GALANT 231
le faint Abbé de la Trape , &
qui eft fœur de Mr l'Evêque de
Troyes , on y admireroit unc
éloquence également foute.
nue & unefineffe d'expreffions,
qu'on a déja remarquée dans
les morceaux que j'ay raportez
de ce Difcours ; je n'aurois pas
dû non plus oublier fi je
n'eus craint de donner trop
d'étendue à cet extrait , le détail que cet Abbé fit d'un
prodige arrivé dans l'Abbaye
des Clairets dans un temps
de fterilité ; prodige qu'on a
toûjours attribué aux prieres
de l'Abbeſſe : & qui confiftoit
232 MERCURE
1
en ce qu'on trouva dans le
grenier des pauvres 300. minots de bled plus qu'on y en
avoit mis , prodigè femblable à celuy que le faint Auteur
de la vie de Sainte Macrine
raporte parmi les merveilles de
la vie de cette Sainte , & que
M' Gontier cita en parlant de
celuy qui arriva aux Clairets ,
il y a quelques temps.
Fermer
Résumé : Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Le texte relate la pompe funèbre de l'abbé d'Ecampes de Vallençay, abbesse des Clairets de l'Ordre de Citeaux, décédée en janvier 1710. L'oraison funèbre, prononcée par Mr Gontier, docteur de Sorbonne et chanoine de l'église de Chartres, fut particulièrement remarquée pour son esprit et son invention. L'orateur choisit comme texte les paroles de la Sagesse : 'est in illa spiritus intelligentia sanctus, unicus, multiplex', qu'il développa en soulignant la simplicité, l'étendue et l'excellence de l'intelligence de l'abbé. L'oraison funèbre mettait en avant la noblesse des origines de l'abbé, tant du côté paternel (maison d'Estampes) que maternel (maison de Montmorency), et soulignait ses vertus chrétiennes. L'orateur décrivit la vie religieuse comme un état de sacrifice et de dévotion, où chaque moment est réglé par la sagesse et où les actions sont pesées au poids du sanctuaire. Il évoqua également la simplicité et la piété de l'abbé, illustrées par des anecdotes sur sa vie et ses actions. Mr Gontier fit également un portrait élogieux de la vie religieuse, soulignant les devoirs et les sacrifices des religieuses, et mentionna un prodige survenu dans l'abbaye des Clairets, attribué aux prières de l'abbesse. Le texte se termine par une mention de l'éloquence et de la finesse d'expression de l'abbé Gontier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 312-336
Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article que vous n'attendiez pas sans doute [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée des États de Languedoc, Sciences, Mr. de Basville, Gouttes puantes, Confrères, Académiciens, Aiguille, Aimant, Pôles, Satellites, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
e paffe à un Article que
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
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Résumé : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Lors d'une séance publique de la Société Royale des Sciences de Montpellier, tenue pendant l'Assemblée des États de Languedoc, Monsieur de Basville, Conseiller d'État et Intendant de Languedoc, présida la séance en tant qu'Académicien Honoraire. Il prononça un discours sur l'utilité des sciences, soulignant l'importance des assemblées de gens de lettres pour le progrès scientifique. Il cita des exemples historiques comme les chapelles de Minerve à Rome et l'Athénée construit par l'empereur Adrien. Monsieur de Basville évoqua également les travaux de la Société Royale, qui se concentrent sur des expériences et des observations, laissant au public le soin de les rectifier. Il loua le roi pour son soutien aux sciences et aux académies, ainsi que pour les privilèges accordés aux savants. Monsieur Bon, fils du premier président de la Cour des Aides de Montpellier, présenta ensuite ses découvertes sur les araignées. Il démontra que la soie des araignées est plus abondante et fine que celle des vers à soie, et rapporta des expériences menées sur ordre du duc de Noailles. Il mentionna également une huile extraite des araignées, utilisée pour fabriquer des gouttes médicinales efficaces contre diverses maladies. Le Père Vanier, jésuite et poète, composa une églogue en latin pour féliciter Monsieur Bon. La séance se poursuivit avec des discours de Monsieur Clopinel sur la déclinaison de l'aiguille aimantée et de Monsieur Astruc sur les satellites de Saturne. Ces discours apportèrent des connaissances essentielles pour la navigation et l'astronomie. À la fin de chaque discours, une personne nommée Bafville résumait les points les plus intéressants et marquants abordés, mettant en évidence la clarté et la vivacité de son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 5-56
Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Début :
On prononce tout les ans à l'Hostel de Ville de Lyon, [...]
Mots clefs :
Éloge, Seigneur de Jonage, Assemblée, Louis le Grand, Alliés, Ennemis, Ardeur militaire, Combats, Hôtel de ville de Lyon, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Nprononce tous les ans
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
Fermer
Résumé : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Le texte relate la prononciation annuelle d'un discours à l'Hôtel de Ville de Lyon, le jour de la fête de Saint Thomas, en présence de l'archevêque, de l'intendant, des comtes de Saint Jean et des compagnies de la ville. Cette année, le discours a été prononcé par le fils de Monsieur Yon, seigneur de Jonage, récemment nommé premier échevin malgré ses fonctions de secrétaire du roi. Le discours a reçu de grands applaudissements. L'orateur commence par une réflexion sur la grandeur de la tâche entreprise, reconnaissant la faiblesse humaine mais espérant que la noblesse du sujet donnera du relief aux paroles. Il critique l'erreur commune de surévaluer les mérites des personnes célèbres du passé pour diminuer la gloire des contemporains. Il cite des poètes et des philosophes pour illustrer cette erreur et affirme que la gloire des contemporains est souvent méconnue. L'orateur se propose de rendre justice à tous les mérites, anciens et modernes, en louant les grands hommes actuels autant que ceux du passé. Il se concentre sur l'art militaire et choisit de parler des héros les plus renommés, en particulier Alexandre et César, dont il vante les grandes qualités. Cependant, il introduit la figure d'un héros contemporain, Louis le Grand, qui incarne la justice, la modération et la grandeur d'âme. Louis est décrit comme un roi qui entreprend la guerre avec justice, respecte les lois et fait preuve de générosité même dans la victoire. Le texte célèbre la grandeur et la magnanimité de Louis le Grand, roi de France. Il le compare à des figures historiques comme Alexandre le Grand et Jules César, mais souligne que Louis dépasse ces héros par sa modération et sa générosité. Le texte décrit plusieurs exploits de Louis, notamment son refus de tirer avantage de ses sujets et sa capacité à inspirer la peur et le respect sans combat. Il mentionne également des campagnes militaires où Louis a conquis de nombreuses villes par sa seule réputation. Le texte évoque ensuite une menace potentielle d'un prince hérétique qui trame des plans ambitieux pour s'emparer du trône d'Angleterre. Louis est présenté comme un défenseur des rois opprimés, prêt à soutenir un monarque déchu et à lui offrir refuge et soutien. Le texte souligne également la sagesse politique de Louis, qui a su gérer les revers de fortune avec constance et sagesse. Il mentionne la mort du roi d'Espagne sans héritier et la nomination de Philippe V, fils de Louis, comme successeur. Malgré les attaques des ennemis de la justice, Louis reste un modèle de grandeur et de prudence. Enfin, le texte conclut en exaltant la grandeur de Louis, comparée à celle des plus grands rois de l'histoire. Il prédit que le nom de Louis le Grand sera synonyme de toutes les vertus royales et que sa mémoire sera célébrée pour sa vie exemplaire et ses actions héroïques. Le discours s'adresse également à un haut dignitaire, louant ses qualités et ses actions. L'orateur souligne la prudence et l'esprit stratégique du destinataire sur le champ de bataille, où ses soldats suivent ses ordres et ses exemples, et où il anticipe les événements grâce à son attention. Il mentionne également son rôle au conseil, où il éclaire les décisions importantes. Les peuples éprouvent pour lui un amour similaire à celui qu'ils portent à leur souverain, voyant en lui les signes de leur bonheur futur et étant charmés par sa bonté et son affabilité. Le discours célèbre également la lignée héroïque du destinataire, soulignant qu'il est un héros par son père, par lui-même et par ses descendants, et que sa gloire perdurera dans la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
46
p. 216-252
Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Vous attendez sans doute que je vous parle de la reception [...]
Mots clefs :
Antoine Houdard de la Motte, Abbé Tallement, Discours, Ouvrages, Réception, Académie française, Éloge, Messieurs, Esprit, Directeur de l'Académie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
ous attendez fans doute
que je vous parle de la reception de Mr Houdart de la
Motte à l'Academie Françoiſe,
à la place de feu Mr. de Corneille , mort le 8. de Decem
bre de l'année derniere , &
voftre
GALANT 117
voftre impatience redouble
lorfque vous croyez qu'un
homme qui n'a point diſputé
de Prix qu'il n'ait emportez ,
qui a fouvent travaillé pour
meriter cette gloire , & qui
s'eft diftingué par un grand
nombred'Ouvrages de toutes
fortes de caracteres , & qui
ont attiré l'attention & les applaudiffemens de tout le Public, doit s'eftre furpaffé dans
le remerciement qu'il a fait à
l'Academic , en le nommant
pour remplir la place de Mr
de Corneille. Vous ne vous
trompez pas ; mais quoy qu'il
Février 1710. T
218 MERCURE
foit fort connupar tous les ou
vrages qu'il a donnez au Public , l'admiration que vous
avéz pour luy s'augmenteroit
encore fi vous fçaviez le fond
de la galanterie de fon efprit ,
& vous avouëriez que Voiture
n'a jamais badiné plus agreablement & plus noblement
dans une infinité de pieces que
nousavons de cet homme tout
fingulier , &qui a fait l'un des
principaux ornemens de fon
fiecle , ce que perfonne ne luy
difpute. Mrde la Motte a fait
quantité d'ouvrages de certe
nature, fous les noms de plu-
GALANT 219
fieurs perfonnes de fes Amis ,
tant hommes que femmes , &
qui ont efté admirez , fans
qu'on fçut dans le monde qu'ils
venoient de luy , & peut- eftre
en avez-vous vû beaucoup que
vous avez fort applaudis fans
enfçavoir le veritable Auteur.
Je n'avance rien contre la verité , ayant vû moy - même.
beaucoup de ces ouvrages que
ceux qui les produifoient fous
leur nom , m'ont avoüé eſtre
de luy. Enfin c'eſt un genie
univerfel , & quiferoit capable
de remporter toûjours les Prix
fur tous les fujets quel'on proTij
220 MERCURE
poferoit , de quelque nature
qu'ils puffent eftre. La grande
-idée que le Public a de luy fut
caufe que le jour de fa reception , l'Affemblée fut des plus
nombreuſes ; ce fut le 8. de
Fevrier , & tous ceux qui s'y
trouverent curent lieu d'eftre
contens de tout ce qu'il dit . Il
faut neceffairement que tous
ceux qui font reçus faffent l'éloge du Roy ; celuy de Mr le
Cardinal de Richelieu , & ceux
de Mr le Chancelier Seguier &
de l'Academicien decedé, dont
ils rempliffent la place , ce qui
eft d'autant plus difficile , que
GALANT 221
depuis un fort grand nombre
d'années tous ceux qui font reçus à l'Academie yfont indif
penfablement obligez : de maniere qu'il faut avoir beaucoup
de genie pour donner differens
tours à leurs difcours , & faire
paroiftre nouveaux des fujets
épuifez depuis long- temps , &
cependant ce font par ces endroits que doivent briller le
plus tous les Academiciens qui
fontreçus , & c'eft en quoy Mr
de la Motte fe fit admirer le
jour de fa reception.
Il eft temps de vous parler
duDifcours qu'il prononça &
Tiij
222 MERCURE
qui luy attira tant d'applaudif
femens , & c'eft ce qui m'embaraffe extrêmement. Je ne
dois vous enenvoyer qu'un extrait , & vous devez deviner les
raifons qui m'empêchent de
vous l'envoyer entier. Si ce
Difcours eftoit mediocre je
pourrois faire une peinture des
moindres endroits que je ne
rapporterois pas entiers, & en
donner fans parler contre la
verité , une idée qui les feroit
croire plus beaux qu'ils ne feroient ; mais lors qu'un Dif
cours eft parfait en toutes fes
parties , de quels termes puis- je
GALANT 223
me fervir pour parler des endroits que je ne rapporteray
pas entiers , & en pourray - je
donner une idée qui en puiffe
faire affez bien concevoir la
beauté : & quel choix feray je
de ceux que je vous rapporteray entiers ? puis que ce Difcours a paru également beau
à tous ceux qui l'ont entendu.
Ainfi ne comptez pas que je
vous en puifle faire concevoir
les beautez dans tout ce que
vous allez lire. Vous connoiffez l'efprit de Mr de la Motte,
&fon genie : vous fçavez dequoy il eft capable , & cela doir
Tiiij
224 'MERCURE
vous donner lieu de fuppléer
à tout ce queje vous rappor
teray de ce Difcours. huomis .
Il commença par une peinture qu'il fit de l'embarras où
il fe trouvoit d'eftre obligé de
trouver untour nouveau pour
parler fur une matiere rebatuë par tous ceux qui avoient
efté reçus à l'Academie avant
luy, &fit voir la difficulté qu'il
y avoit de s'en bien acquitters
il demanda pourquoy il falloit
des expreffions differentes pour
des fentimens femblables , & il
dir beaucoup de chofes ingenieufes là deffus. Ce qu'il dit
GALANT 225
enfuite fit paroître fa modeftie,
&aprés avoir dit que cet uſage
auroit dû eftre changé , il dit en
s'adreffant à fes Confreres ; Je
metrompe, Meffieurs, mon infuffifance merend injufte , maintenez
un usage qui n'humiliera que
moy ; fadmireray avec plaisir
dans ceux qui me fuivront , les
reffources qui m'ont manqué. Il
parla enfuite de la haute idée
qu'il avoit de la place où il
eftoit élevé , & fit connoiftre
que le defir qu'il avoit eu de fe
voir reçu parmi eux avoit eſté
fi vif en naiffant , que tout chimerique qu'il l'avoit cru , il luy
?
226 MERCURE
avoit tenu licu de genie , & il
ajoûta que ce defir luy avoit
dicté ces EffaisLyriques dontils
avoient agreé l'hommage , &
qui fous leurs aufpices avoient
trouvé grace devant le Public ;
que ce defir qui induſtrieux à
fe fervir luy même, l'avoit fait
tantoft Orateur , & tantoft
Poëte , pour meriter tous leurs
Lauriers ; qu'il l'avoit même
enhardi plus d'une fois à les
remercier d'un fuffrage unanime qu'il ofoir regarder alors
comme un préfage de celuy
dont il leur rendoit graces en
ce moment ; ce defir enfin ,
GALANT 227
qui du moindre de leurs Eleves , le faifoit devenir un de
leurs Confreres. Il ajoûta qu'il
prononçoit ce mot avec tranfport, & qu'il oublioit un moment ce qu'il eftoit pour ne
voir que le merite de ceux à
qui ils daignoient l'affocier.
Il fit voir enfuite que la
naiſſance &les dignitez qui dif
tinguoient la plupart des Academiciens , ne l'ébloüiffoient
pas, & qu'on ne regardoit parmi cux qu'un éclat plus réel &
plus indépendant ; qu'on n'honoroit à l'Academie que les
talens & la vertu , & qu'on n'y
228 MERCURE
rendoit que ces refpects finceres , d'autant plus flateurs pour
ceux qui les recevoient , qu'ils
faifoientle plaifir mêmedeceux
qui les rendoient , & il pourfuivit par ces paroles. Je fens ce
plaifir , Meffieurs , dans toute fon
étendue: iln'y en apas un de vous,
carj'ay brigué l'honneur de vous
approcher de vous étudier
avant le temps ; il n'y en apas un
de vous en qui je n'ayefenti cette
fuperiorité d'efpritfifüre dansfon
Empire ; mais dont la politeffe
fçait rendrela domination fidouce.
Ouy,j'ofe le dire , les Titres font
icy de trop ; le meriteperfonnel ar
Aliasun
GALANT 229
de
tire àluy toute l'attention. On remarque àpeine que vous réuniffez
dans voftre Corps ce qu'il y a
plus refpectable dans les differens
Ordres de l'Etat ; on fonge feulement , & c'est - là voftre Eloge,
que vous y raffemblez le fçavoir ,
la delicateffe , les talens , le genie
fur tout lafaine critique , plus
rare encore que les talens , auffi
neceffaire à l'avancement des Lettres que le Genie même. Mais à
ne regarder que vos ouvrages ,
Meffieurs , quelle fource d'admiration ! Peut- eftre enfommes- nous
encore trop prés pour en jugerfainement ; on n'estjamais affez tou-
230 MERCURE
ché de ce qu'on voit naifire & de
ce qu'on poffede ; onfe familiarife avec le merite defes contemporains ; l'Antiquitéfeuley met le
fceau de la veneration & de l'eftime publique. Plaçons donc l'Academie dansfon veritable point de
vûë, &voyons- la , s'il.fe peut ,
avec lesyeux de la Pofterité. Il
pourfuivit la peinture de Meffeurs de l'Academic , & parla
des divers talens de ceux qui la
compofent , &finit en diſant : -
Voila l'Academie, Meffieurs, telle
qu'elleparoiflra aujugement de l'avenir. Il parla enfuite des deffauts de tous ceux qui bril-
GALANT 231
loient le plus par leurs ouvragres avant l'établiſſement de
l'Academie , & il fit remarquer
en quoy avoient confifté ces
deffauts , & il finit ce qu'il en
rapporta en difant : Il falloit
une Compagnie , qui par le concours des lumieres , établift des
principes certains , rendift le gouft
plus fixe , difciplinaft le genie même, & en affujettit les fougues à
la raifon
Il parla enfuite de ce que
le Cardinal de Richelieu , &
le Chancelier Seguier , avoient
fait pour l'Academie , & en
finiffant de parler du Chance-
232 MERCURE
lier Seguier , il dit ens'adreſſant
à Meffieurs de l'Academie ;
ce qui fait voftre gloire & la
fienne , Louis , luy- même n'a pas
dédaigné de luyfucceder. Ceft
de ce jour, Mrs, que voftre fortune eut toutfonéclat ; les Mufes
vinrent s'affeoir aupied du Trône,
& le Palais des Rois devint
l'azile des Sçavans. Vous ne
fongeates alors qu'à immortalifer
vostre reconnoiffance
tribut que vous exigeâtes de
vos nouveaux Confreres , fut
l'Eloge du Prince dont ils alloient
partager la protection. Ainfi par
autant de plumes immortelles fuو
Ele
GALANT 233
rent écrites les Annales de fon
regne Monument precieux
d'équité , de valeur , de moderation , & de conftance , modelle
dans les divers évenements de
cet Heroïfme éclairé où le fage
feulpeut ateindre. Mais quelque grand que Loüis paroiſſe àla
pofterité parfes actions , & par
Les vertus ne craignons point
de le dire. Il luy fera encore plus
cher par la protection qu'il vous
a donnée. Tout ce qu'il a fait
d'ailleurs n'alloit qu'à procurer
fes Peuples ,à fes Voifins , & à
fes Ennemis même, un bonheur
fajet aux viciffitudes humaines ;
V
,
Février 1710.
à
you 234 MERCURE
par la protection des Lettres , il
s'eft rendu à jamais le Bienfaicteur du Monde. Il a preparé
des plaifirs utiles à l'avenir le plus
reculé , & les Ouvrages de noftre
fiecle , qui feront alors l'éducation du genre humain , feront
mis au rang de fes plus folides
bien faits. Multipliez- donc vos
Ouvrages , Mrs , par reconnoiffance pour vostre augufte Protecteur ; quelque fujet que vous
traitiez vous travaillerez toujourspourſa gloire , & l'on ne
poura lire nos Philofophes , nos
Hiftoriens , nos Orateurs
mos Poëtes ,fans benir le nom
GALANT 235
*
de l'Augufte qui les a fait naître.
Fe brule déja de contribuerfelon
mes forces aux obligations que
luy aura l'Univers ; heureuxfi
mon genie pouvoit croître jusqu'à
·égaler mon zele.
Avant que d'entrer enfuite
dans l'Elogede feu Mr de Corneille dont il rempliffoit la
place , il parla de quelques uns
des Academiciens qui l'avoient
precedé ; aprés quoy il en fic
un portrait qui reffembloit
parfaitement à l'Original. Il
fit voir qu'il connoiffoit les
beautez de l'une & de l'autre
Scene, & que la France le com-
*
a
*
V ij
236 MERCURE
pteroit toujours entre fes Sophocles & fes Menandres. Il
s'étendit enfuite fur les merveilleux effets que produifoient
encoretousles jours ces fortes
d'Ouvrages , aprés quoy il
parla des autres Ouvrages que
l'on devoit à fon heureufe
fecondité ; de fes Traductions; ·
de fes remarques fur la Langue;
de fes Dictionnaires , travaux
immenfes , qui demandoient
d'autant plus de courage dans
ceux qui les entreprenoient ,
qu'ils ne pouvoient s'en promettre unfuccés bien éclatant
& quele Public qui prodigue
GALANY 237
toujours fes aclamations à l'agreable jouiffoit d'ordinaire
zavec indiference de ce qui n'étoit qu'utile. Et aprés avoir
parlé de fes talents , il fit une
peinture de fes vertus , & dit.
qu'elles eftoient l'objet indifpenfable de fon émulation. Le
portrait qu'il fit des vertus de
cegrand homme fut tres- beau
& tres- reffemblant. Il ajoûta
enparlant de la perte de la
vue de Mr de Corneille , que
ce que l'âge avoit ravi à fon
Predeceffeur , il l'avoit perdu
dés fa jeuneffe , que cette malheureufe conformité qu'il
238 MERCURE
avoit avec luy , leur en rapelleroit fouvent le fouvenir , &
qu'il ne ferviroit d'ailleurs qu'à
leur faire fentir fa perte. Il dit
enfuite. Il faut l'avouer cependant , cette privation dont je
plains , ne fera plus deformais
pour moy un pretexte d'ignorance. Vous m'avez rendu la vuë,
vous m'avez ouvert tous les
Livres en m'affociant à voftre
Compagnie. Aurai - je beſoin de
faits ? je trouveray icy des Scavans à quiil n'en eft point écha
pé. Mefaudra-t -ildes preceptes ?
je m'adrefferay aux Maiftres de
l'Art. Chercheray- je des exem-
GALANT 239
ples ? j'apprendray les beautezdes
Anciensde la bouche même de leurs
Rivaux. Faydroit enfin à toutce
que vous fçavez ; puifque jepuis
vous entendre , je n'envie plus le
bonheur de ceux qui peuvent lire.
Jugez, Meffieurs , de ma reconnoiffance par l'idée juſte & vive
que je me forme de vos bienfaits.
Mr Houdart de la Motte ,
ayant ceffé de parler , Mr de
Callieres prit la parole , en qualité de Directeur de l'Academie , & dit que fi l'uſage de
faire l'Eloge de chaque Academicien que l'on perdoit , n'és
240 MERCURE
fa toit déja introduit dans
Compagnie , Mr de Corneille
auroit merité qu'on eut commencé par luy à faire un
loüable établiſſement , & que
le nom qu'il portoit s'eftoit
rendu fi celebre qu'il avoit fait
honneur non- feulement àl'Academie Françoife; mais même
à toute la Nation : & aprés
avoir fait un Eloge de feu Mr
de Corneille , frere du dernier
mort , & du paralelle qu'on en
pouvoit faire , il parla des Pieces de Theatre de ce dernier
dont il fit en general une pein- 3
ture fort avantageufe. Il paffa
de là
~
GALANT 241
delà à fon Dictionaire des Arts,
&à fon Dictionnaire Geographique & Hiftorique, & dit que
Fon pourroit regarder ces deux
grands ouvrages comme des
trefors toûjours ouverts à la
Nation Françoife, & à tous les
Etrangers qui fçavent noftre
langue, oùils pouvoient puifer
une infinité de connoiffances
utiles & agreables , fans avoir
la peine de les chercher dans
les diverfes fources d'où il les
avoit tirées. Il parla enfuite de
toutes les qualitez de l'honnefte. homme qui avoient fait
admirer Mr de Corneille pen.
Février 1710.
X
242 MERCURE
1
dant fa vie , puis adreffant la
parole à Mrdela Motte, il dit :
Vous avez merité , Monfieur ,
par la beauté de vos ouvrages de
remplir la place d'un ſi excellent
homme , ce fontces heureufes productions de vostre efprit qui vous
ontfaitjour au travers delafoule des Auteurs mediocres , & qui
ont brillé aux yeux - mêmes de
vas Juges. Ils ont couronné plu
feurs de vos excellentes Pieces de
Poefie , endernier lieu celle de
Profe où vous avez égalé les
grands Maiftres de l'Eloquence:
dans l'Art de traiter les matieres
les plus faintes les plus rele-
GALANT 243
vées. Ceftfur ces titres incontestables que vos mêmesJuges vous
ont trouvé digne de leur eftre Af
focié pour partager avec eux
l'honneur des fonctions & des
exercices Academiques. Loind'étre obligez dejuftifier leur choix ,
vous leur avez donné une ample
matiere de le faireciterpour exem
ple de leur équité , de leur bon
gouft , de la jufteffe de leur dif
cernement. Voftre élection faite
le concours unanime de tous par
les fuffrages , fervira de preuve
convaincante que l'Academie ne
peut errer dans fes jugemens ,
lorfqu'elle fe conduit par fes proXij
244 MERCURE
pres lumieres ,fanségard à la brigue & auxfollicitations ,fuivant
l'ordre exprés qu'elle en a defon
augufte Protecteur. Nousfommes
perfuadez , Monfieur , que vous
allez redoubler vos efforts pour
celebrer avec nous cette longue
fuite d'actions glorieufes dont la
vie eft un tiffu continuel , &
pour le reprefenter à la pofterité
auffi grand qu'il l'eft ànosyeux ;
Clement & modere dans les
profperitez les plus brillantes
intrepide dans les plus grands
dangers ; toujours égal dans l'une
dans l'autre fortune , d'une
fermeté inébranlable & d'une
GALANT 245
tranquillité qui nepeut eftre troubice blé par aucun évenement.
N'ayant
point de plus chers interefts que ceux dela raye Reli
gion , dont il est l'infatigable
appuy , preferant toujours à
la gloire de fes juftes conquêtes
celle d'eftre l'auteur du bonheur
public ,fifouventtroublé par les
jaloufes terreurs de fes voifins
ftfouvent rétably par les grands
facrifices qu'il leur a faits , &
qu'il eft encorepreft de leur faire
pour affurerlerepos defes Peuples
celuy même de fes ennemis s
dignes objets des foins, paternels
d'un Roy , grand ,fage , jufte
X iij
246MERCURE
bien faifant , & veritablement
tres- Chreftien. Voilà, Monfieur,
unepartie des riches & preticufes
matieres que vous avez à mettre
en œuvre ; c'eſt le tribut que nous
impofons à votre reconnoiffance
pour l'honneur que vousrecevez
aujourd'huy. Honneur brillant
parluy-même, plus brillant encore
par les temoignages unanimes que
nous rendons au Public , que
vous en eftes veritablement digne.
Mr l'Abbé Tallemant , prit
enfuite la parole , & en s'adreffant à Mr de la Morte
recita Epigramme qui fuit.
GALANT 247
qu'il avoit faite à la gloire de
ce nouvel Academicien , &
qui reçut beaucoup d'applaudiffements.
La Motte par l'effort de ton vafte
genie
Tu répares du fort l'injuſte tirannie
»
Ce n'est point par les yeux que
l'efprit vient àbout,
De bienconnoiftre la nature,
Argus avec centyeux ne connut
point Mercure,
Homere fans yeux voyoit
tout..
Xiij
248 MERCURE
pas
Comme le temps auquel
doivent finir les Affemblées
de l'Academie , chaque jour
qu'elles tiennent , n'eftoir
encore remply ; & que cing!
heures n'eftoient pas fonnées ,
on lut , felon l'ufage , l'Ouvrage d'un Academicien , &
l'on avoit choisi pour ce jourlà , en cas qu'il reftaft du
temps , un Ouvrage de Mr
de Callieres qui fut lû par Mr
l'Abbé Tallemant. Il confiftoit en des Eloges fort courts
&en Vers , de quatorze Homi
mes Illuftres , & de fept Fem- &
mes Sçavantes. Les Hommes.
GALANT 249
dont on lut les Eloges font
MCorneille l'aîné ; Racine
Moliere; la Fontaine ; Voitu
re ; Sarrafin ; la Chapelle
Defpreaux; Pavillon ; Peliffon;
Benferade ; Quinault ; Segrais ; le Duc de Nevers. Et
les Dames qui furent loüées
enfuite , font Mlle de Scudery , fous le nom de Sapho ; la
Fayette ; la Suze ; la Sabliere ;
Deshoulieres ; Villedieu ; Dacier.
Toute l'Affemblée donna
les louanges qui eftoient duës
à ces Portraits , & ils en regurent beaucoup.
250 MERCURE
Je crois devoir ajoûter icy
les noms des Opera qui ont efté
Laits par Mr de la Motte ; ce
font ,
L'Europe galante ,
Iffé ,.
Oinphale ,
Amadis de Grece
Ceyx & Alcione ,
Canente,3
Les Arts , Ballet.
Jupiter & Semelé.
Les fuccés que ces Opera ont
eu dans leur temps vous font
connus , & fur tout celuy de
l'Europe galante quia efté fou
vent remis au Theatre , & que
GALANT 250
le Public ne s'eft jamais laffe
de voir, bab
Le même Auteur a fait auffi
quelques Pieces de Theatre
& plufieurs ouvrages auffi ingenieux que galans qui n'ont
pas paru fous fon nom .
Je ne vous dis rien du grand
nombre de Prix qu'il a remportez par tout où on luy a
permis d'en difputer , en forte
que pour laiffer lieu aux autres.
de meriter à leur tour de ces
Couronnes de Lauriers , il ne
loy a plus efté permis d'entrer
dans la Carriere pour en cücillir de nouveaux.
252 MERCURE
ig
Vous avez vû le Recueil de
fes Odes. Cet Ouvrage eft ge
neralement applaudi , & l'on
vient d'en donner une nouvelle Edition. Tant d'ouvrages
differens luy ont fait meriter la
place que tout le Public , & les
Academiciens même luy fouhaitoient depuis long temps.
Il y alieu de croire qu'eftanc
encore jeune il pourra la remplir auffi dignement que fon
Predeceffeur , & faire autant
d'honneur à cet illuftre Corps.
que je vous parle de la reception de Mr Houdart de la
Motte à l'Academie Françoiſe,
à la place de feu Mr. de Corneille , mort le 8. de Decem
bre de l'année derniere , &
voftre
GALANT 117
voftre impatience redouble
lorfque vous croyez qu'un
homme qui n'a point diſputé
de Prix qu'il n'ait emportez ,
qui a fouvent travaillé pour
meriter cette gloire , & qui
s'eft diftingué par un grand
nombred'Ouvrages de toutes
fortes de caracteres , & qui
ont attiré l'attention & les applaudiffemens de tout le Public, doit s'eftre furpaffé dans
le remerciement qu'il a fait à
l'Academic , en le nommant
pour remplir la place de Mr
de Corneille. Vous ne vous
trompez pas ; mais quoy qu'il
Février 1710. T
218 MERCURE
foit fort connupar tous les ou
vrages qu'il a donnez au Public , l'admiration que vous
avéz pour luy s'augmenteroit
encore fi vous fçaviez le fond
de la galanterie de fon efprit ,
& vous avouëriez que Voiture
n'a jamais badiné plus agreablement & plus noblement
dans une infinité de pieces que
nousavons de cet homme tout
fingulier , &qui a fait l'un des
principaux ornemens de fon
fiecle , ce que perfonne ne luy
difpute. Mrde la Motte a fait
quantité d'ouvrages de certe
nature, fous les noms de plu-
GALANT 219
fieurs perfonnes de fes Amis ,
tant hommes que femmes , &
qui ont efté admirez , fans
qu'on fçut dans le monde qu'ils
venoient de luy , & peut- eftre
en avez-vous vû beaucoup que
vous avez fort applaudis fans
enfçavoir le veritable Auteur.
Je n'avance rien contre la verité , ayant vû moy - même.
beaucoup de ces ouvrages que
ceux qui les produifoient fous
leur nom , m'ont avoüé eſtre
de luy. Enfin c'eſt un genie
univerfel , & quiferoit capable
de remporter toûjours les Prix
fur tous les fujets quel'on proTij
220 MERCURE
poferoit , de quelque nature
qu'ils puffent eftre. La grande
-idée que le Public a de luy fut
caufe que le jour de fa reception , l'Affemblée fut des plus
nombreuſes ; ce fut le 8. de
Fevrier , & tous ceux qui s'y
trouverent curent lieu d'eftre
contens de tout ce qu'il dit . Il
faut neceffairement que tous
ceux qui font reçus faffent l'éloge du Roy ; celuy de Mr le
Cardinal de Richelieu , & ceux
de Mr le Chancelier Seguier &
de l'Academicien decedé, dont
ils rempliffent la place , ce qui
eft d'autant plus difficile , que
GALANT 221
depuis un fort grand nombre
d'années tous ceux qui font reçus à l'Academie yfont indif
penfablement obligez : de maniere qu'il faut avoir beaucoup
de genie pour donner differens
tours à leurs difcours , & faire
paroiftre nouveaux des fujets
épuifez depuis long- temps , &
cependant ce font par ces endroits que doivent briller le
plus tous les Academiciens qui
fontreçus , & c'eft en quoy Mr
de la Motte fe fit admirer le
jour de fa reception.
Il eft temps de vous parler
duDifcours qu'il prononça &
Tiij
222 MERCURE
qui luy attira tant d'applaudif
femens , & c'eft ce qui m'embaraffe extrêmement. Je ne
dois vous enenvoyer qu'un extrait , & vous devez deviner les
raifons qui m'empêchent de
vous l'envoyer entier. Si ce
Difcours eftoit mediocre je
pourrois faire une peinture des
moindres endroits que je ne
rapporterois pas entiers, & en
donner fans parler contre la
verité , une idée qui les feroit
croire plus beaux qu'ils ne feroient ; mais lors qu'un Dif
cours eft parfait en toutes fes
parties , de quels termes puis- je
GALANT 223
me fervir pour parler des endroits que je ne rapporteray
pas entiers , & en pourray - je
donner une idée qui en puiffe
faire affez bien concevoir la
beauté : & quel choix feray je
de ceux que je vous rapporteray entiers ? puis que ce Difcours a paru également beau
à tous ceux qui l'ont entendu.
Ainfi ne comptez pas que je
vous en puifle faire concevoir
les beautez dans tout ce que
vous allez lire. Vous connoiffez l'efprit de Mr de la Motte,
&fon genie : vous fçavez dequoy il eft capable , & cela doir
Tiiij
224 'MERCURE
vous donner lieu de fuppléer
à tout ce queje vous rappor
teray de ce Difcours. huomis .
Il commença par une peinture qu'il fit de l'embarras où
il fe trouvoit d'eftre obligé de
trouver untour nouveau pour
parler fur une matiere rebatuë par tous ceux qui avoient
efté reçus à l'Academie avant
luy, &fit voir la difficulté qu'il
y avoit de s'en bien acquitters
il demanda pourquoy il falloit
des expreffions differentes pour
des fentimens femblables , & il
dir beaucoup de chofes ingenieufes là deffus. Ce qu'il dit
GALANT 225
enfuite fit paroître fa modeftie,
&aprés avoir dit que cet uſage
auroit dû eftre changé , il dit en
s'adreffant à fes Confreres ; Je
metrompe, Meffieurs, mon infuffifance merend injufte , maintenez
un usage qui n'humiliera que
moy ; fadmireray avec plaisir
dans ceux qui me fuivront , les
reffources qui m'ont manqué. Il
parla enfuite de la haute idée
qu'il avoit de la place où il
eftoit élevé , & fit connoiftre
que le defir qu'il avoit eu de fe
voir reçu parmi eux avoit eſté
fi vif en naiffant , que tout chimerique qu'il l'avoit cru , il luy
?
226 MERCURE
avoit tenu licu de genie , & il
ajoûta que ce defir luy avoit
dicté ces EffaisLyriques dontils
avoient agreé l'hommage , &
qui fous leurs aufpices avoient
trouvé grace devant le Public ;
que ce defir qui induſtrieux à
fe fervir luy même, l'avoit fait
tantoft Orateur , & tantoft
Poëte , pour meriter tous leurs
Lauriers ; qu'il l'avoit même
enhardi plus d'une fois à les
remercier d'un fuffrage unanime qu'il ofoir regarder alors
comme un préfage de celuy
dont il leur rendoit graces en
ce moment ; ce defir enfin ,
GALANT 227
qui du moindre de leurs Eleves , le faifoit devenir un de
leurs Confreres. Il ajoûta qu'il
prononçoit ce mot avec tranfport, & qu'il oublioit un moment ce qu'il eftoit pour ne
voir que le merite de ceux à
qui ils daignoient l'affocier.
Il fit voir enfuite que la
naiſſance &les dignitez qui dif
tinguoient la plupart des Academiciens , ne l'ébloüiffoient
pas, & qu'on ne regardoit parmi cux qu'un éclat plus réel &
plus indépendant ; qu'on n'honoroit à l'Academie que les
talens & la vertu , & qu'on n'y
228 MERCURE
rendoit que ces refpects finceres , d'autant plus flateurs pour
ceux qui les recevoient , qu'ils
faifoientle plaifir mêmedeceux
qui les rendoient , & il pourfuivit par ces paroles. Je fens ce
plaifir , Meffieurs , dans toute fon
étendue: iln'y en apas un de vous,
carj'ay brigué l'honneur de vous
approcher de vous étudier
avant le temps ; il n'y en apas un
de vous en qui je n'ayefenti cette
fuperiorité d'efpritfifüre dansfon
Empire ; mais dont la politeffe
fçait rendrela domination fidouce.
Ouy,j'ofe le dire , les Titres font
icy de trop ; le meriteperfonnel ar
Aliasun
GALANT 229
de
tire àluy toute l'attention. On remarque àpeine que vous réuniffez
dans voftre Corps ce qu'il y a
plus refpectable dans les differens
Ordres de l'Etat ; on fonge feulement , & c'est - là voftre Eloge,
que vous y raffemblez le fçavoir ,
la delicateffe , les talens , le genie
fur tout lafaine critique , plus
rare encore que les talens , auffi
neceffaire à l'avancement des Lettres que le Genie même. Mais à
ne regarder que vos ouvrages ,
Meffieurs , quelle fource d'admiration ! Peut- eftre enfommes- nous
encore trop prés pour en jugerfainement ; on n'estjamais affez tou-
230 MERCURE
ché de ce qu'on voit naifire & de
ce qu'on poffede ; onfe familiarife avec le merite defes contemporains ; l'Antiquitéfeuley met le
fceau de la veneration & de l'eftime publique. Plaçons donc l'Academie dansfon veritable point de
vûë, &voyons- la , s'il.fe peut ,
avec lesyeux de la Pofterité. Il
pourfuivit la peinture de Meffeurs de l'Academic , & parla
des divers talens de ceux qui la
compofent , &finit en diſant : -
Voila l'Academie, Meffieurs, telle
qu'elleparoiflra aujugement de l'avenir. Il parla enfuite des deffauts de tous ceux qui bril-
GALANT 231
loient le plus par leurs ouvragres avant l'établiſſement de
l'Academie , & il fit remarquer
en quoy avoient confifté ces
deffauts , & il finit ce qu'il en
rapporta en difant : Il falloit
une Compagnie , qui par le concours des lumieres , établift des
principes certains , rendift le gouft
plus fixe , difciplinaft le genie même, & en affujettit les fougues à
la raifon
Il parla enfuite de ce que
le Cardinal de Richelieu , &
le Chancelier Seguier , avoient
fait pour l'Academie , & en
finiffant de parler du Chance-
232 MERCURE
lier Seguier , il dit ens'adreſſant
à Meffieurs de l'Academie ;
ce qui fait voftre gloire & la
fienne , Louis , luy- même n'a pas
dédaigné de luyfucceder. Ceft
de ce jour, Mrs, que voftre fortune eut toutfonéclat ; les Mufes
vinrent s'affeoir aupied du Trône,
& le Palais des Rois devint
l'azile des Sçavans. Vous ne
fongeates alors qu'à immortalifer
vostre reconnoiffance
tribut que vous exigeâtes de
vos nouveaux Confreres , fut
l'Eloge du Prince dont ils alloient
partager la protection. Ainfi par
autant de plumes immortelles fuو
Ele
GALANT 233
rent écrites les Annales de fon
regne Monument precieux
d'équité , de valeur , de moderation , & de conftance , modelle
dans les divers évenements de
cet Heroïfme éclairé où le fage
feulpeut ateindre. Mais quelque grand que Loüis paroiſſe àla
pofterité parfes actions , & par
Les vertus ne craignons point
de le dire. Il luy fera encore plus
cher par la protection qu'il vous
a donnée. Tout ce qu'il a fait
d'ailleurs n'alloit qu'à procurer
fes Peuples ,à fes Voifins , & à
fes Ennemis même, un bonheur
fajet aux viciffitudes humaines ;
V
,
Février 1710.
à
you 234 MERCURE
par la protection des Lettres , il
s'eft rendu à jamais le Bienfaicteur du Monde. Il a preparé
des plaifirs utiles à l'avenir le plus
reculé , & les Ouvrages de noftre
fiecle , qui feront alors l'éducation du genre humain , feront
mis au rang de fes plus folides
bien faits. Multipliez- donc vos
Ouvrages , Mrs , par reconnoiffance pour vostre augufte Protecteur ; quelque fujet que vous
traitiez vous travaillerez toujourspourſa gloire , & l'on ne
poura lire nos Philofophes , nos
Hiftoriens , nos Orateurs
mos Poëtes ,fans benir le nom
GALANT 235
*
de l'Augufte qui les a fait naître.
Fe brule déja de contribuerfelon
mes forces aux obligations que
luy aura l'Univers ; heureuxfi
mon genie pouvoit croître jusqu'à
·égaler mon zele.
Avant que d'entrer enfuite
dans l'Elogede feu Mr de Corneille dont il rempliffoit la
place , il parla de quelques uns
des Academiciens qui l'avoient
precedé ; aprés quoy il en fic
un portrait qui reffembloit
parfaitement à l'Original. Il
fit voir qu'il connoiffoit les
beautez de l'une & de l'autre
Scene, & que la France le com-
*
a
*
V ij
236 MERCURE
pteroit toujours entre fes Sophocles & fes Menandres. Il
s'étendit enfuite fur les merveilleux effets que produifoient
encoretousles jours ces fortes
d'Ouvrages , aprés quoy il
parla des autres Ouvrages que
l'on devoit à fon heureufe
fecondité ; de fes Traductions; ·
de fes remarques fur la Langue;
de fes Dictionnaires , travaux
immenfes , qui demandoient
d'autant plus de courage dans
ceux qui les entreprenoient ,
qu'ils ne pouvoient s'en promettre unfuccés bien éclatant
& quele Public qui prodigue
GALANY 237
toujours fes aclamations à l'agreable jouiffoit d'ordinaire
zavec indiference de ce qui n'étoit qu'utile. Et aprés avoir
parlé de fes talents , il fit une
peinture de fes vertus , & dit.
qu'elles eftoient l'objet indifpenfable de fon émulation. Le
portrait qu'il fit des vertus de
cegrand homme fut tres- beau
& tres- reffemblant. Il ajoûta
enparlant de la perte de la
vue de Mr de Corneille , que
ce que l'âge avoit ravi à fon
Predeceffeur , il l'avoit perdu
dés fa jeuneffe , que cette malheureufe conformité qu'il
238 MERCURE
avoit avec luy , leur en rapelleroit fouvent le fouvenir , &
qu'il ne ferviroit d'ailleurs qu'à
leur faire fentir fa perte. Il dit
enfuite. Il faut l'avouer cependant , cette privation dont je
plains , ne fera plus deformais
pour moy un pretexte d'ignorance. Vous m'avez rendu la vuë,
vous m'avez ouvert tous les
Livres en m'affociant à voftre
Compagnie. Aurai - je beſoin de
faits ? je trouveray icy des Scavans à quiil n'en eft point écha
pé. Mefaudra-t -ildes preceptes ?
je m'adrefferay aux Maiftres de
l'Art. Chercheray- je des exem-
GALANT 239
ples ? j'apprendray les beautezdes
Anciensde la bouche même de leurs
Rivaux. Faydroit enfin à toutce
que vous fçavez ; puifque jepuis
vous entendre , je n'envie plus le
bonheur de ceux qui peuvent lire.
Jugez, Meffieurs , de ma reconnoiffance par l'idée juſte & vive
que je me forme de vos bienfaits.
Mr Houdart de la Motte ,
ayant ceffé de parler , Mr de
Callieres prit la parole , en qualité de Directeur de l'Academie , & dit que fi l'uſage de
faire l'Eloge de chaque Academicien que l'on perdoit , n'és
240 MERCURE
fa toit déja introduit dans
Compagnie , Mr de Corneille
auroit merité qu'on eut commencé par luy à faire un
loüable établiſſement , & que
le nom qu'il portoit s'eftoit
rendu fi celebre qu'il avoit fait
honneur non- feulement àl'Academie Françoife; mais même
à toute la Nation : & aprés
avoir fait un Eloge de feu Mr
de Corneille , frere du dernier
mort , & du paralelle qu'on en
pouvoit faire , il parla des Pieces de Theatre de ce dernier
dont il fit en general une pein- 3
ture fort avantageufe. Il paffa
de là
~
GALANT 241
delà à fon Dictionaire des Arts,
&à fon Dictionnaire Geographique & Hiftorique, & dit que
Fon pourroit regarder ces deux
grands ouvrages comme des
trefors toûjours ouverts à la
Nation Françoife, & à tous les
Etrangers qui fçavent noftre
langue, oùils pouvoient puifer
une infinité de connoiffances
utiles & agreables , fans avoir
la peine de les chercher dans
les diverfes fources d'où il les
avoit tirées. Il parla enfuite de
toutes les qualitez de l'honnefte. homme qui avoient fait
admirer Mr de Corneille pen.
Février 1710.
X
242 MERCURE
1
dant fa vie , puis adreffant la
parole à Mrdela Motte, il dit :
Vous avez merité , Monfieur ,
par la beauté de vos ouvrages de
remplir la place d'un ſi excellent
homme , ce fontces heureufes productions de vostre efprit qui vous
ontfaitjour au travers delafoule des Auteurs mediocres , & qui
ont brillé aux yeux - mêmes de
vas Juges. Ils ont couronné plu
feurs de vos excellentes Pieces de
Poefie , endernier lieu celle de
Profe où vous avez égalé les
grands Maiftres de l'Eloquence:
dans l'Art de traiter les matieres
les plus faintes les plus rele-
GALANT 243
vées. Ceftfur ces titres incontestables que vos mêmesJuges vous
ont trouvé digne de leur eftre Af
focié pour partager avec eux
l'honneur des fonctions & des
exercices Academiques. Loind'étre obligez dejuftifier leur choix ,
vous leur avez donné une ample
matiere de le faireciterpour exem
ple de leur équité , de leur bon
gouft , de la jufteffe de leur dif
cernement. Voftre élection faite
le concours unanime de tous par
les fuffrages , fervira de preuve
convaincante que l'Academie ne
peut errer dans fes jugemens ,
lorfqu'elle fe conduit par fes proXij
244 MERCURE
pres lumieres ,fanségard à la brigue & auxfollicitations ,fuivant
l'ordre exprés qu'elle en a defon
augufte Protecteur. Nousfommes
perfuadez , Monfieur , que vous
allez redoubler vos efforts pour
celebrer avec nous cette longue
fuite d'actions glorieufes dont la
vie eft un tiffu continuel , &
pour le reprefenter à la pofterité
auffi grand qu'il l'eft ànosyeux ;
Clement & modere dans les
profperitez les plus brillantes
intrepide dans les plus grands
dangers ; toujours égal dans l'une
dans l'autre fortune , d'une
fermeté inébranlable & d'une
GALANT 245
tranquillité qui nepeut eftre troubice blé par aucun évenement.
N'ayant
point de plus chers interefts que ceux dela raye Reli
gion , dont il est l'infatigable
appuy , preferant toujours à
la gloire de fes juftes conquêtes
celle d'eftre l'auteur du bonheur
public ,fifouventtroublé par les
jaloufes terreurs de fes voifins
ftfouvent rétably par les grands
facrifices qu'il leur a faits , &
qu'il eft encorepreft de leur faire
pour affurerlerepos defes Peuples
celuy même de fes ennemis s
dignes objets des foins, paternels
d'un Roy , grand ,fage , jufte
X iij
246MERCURE
bien faifant , & veritablement
tres- Chreftien. Voilà, Monfieur,
unepartie des riches & preticufes
matieres que vous avez à mettre
en œuvre ; c'eſt le tribut que nous
impofons à votre reconnoiffance
pour l'honneur que vousrecevez
aujourd'huy. Honneur brillant
parluy-même, plus brillant encore
par les temoignages unanimes que
nous rendons au Public , que
vous en eftes veritablement digne.
Mr l'Abbé Tallemant , prit
enfuite la parole , & en s'adreffant à Mr de la Morte
recita Epigramme qui fuit.
GALANT 247
qu'il avoit faite à la gloire de
ce nouvel Academicien , &
qui reçut beaucoup d'applaudiffements.
La Motte par l'effort de ton vafte
genie
Tu répares du fort l'injuſte tirannie
»
Ce n'est point par les yeux que
l'efprit vient àbout,
De bienconnoiftre la nature,
Argus avec centyeux ne connut
point Mercure,
Homere fans yeux voyoit
tout..
Xiij
248 MERCURE
pas
Comme le temps auquel
doivent finir les Affemblées
de l'Academie , chaque jour
qu'elles tiennent , n'eftoir
encore remply ; & que cing!
heures n'eftoient pas fonnées ,
on lut , felon l'ufage , l'Ouvrage d'un Academicien , &
l'on avoit choisi pour ce jourlà , en cas qu'il reftaft du
temps , un Ouvrage de Mr
de Callieres qui fut lû par Mr
l'Abbé Tallemant. Il confiftoit en des Eloges fort courts
&en Vers , de quatorze Homi
mes Illuftres , & de fept Fem- &
mes Sçavantes. Les Hommes.
GALANT 249
dont on lut les Eloges font
MCorneille l'aîné ; Racine
Moliere; la Fontaine ; Voitu
re ; Sarrafin ; la Chapelle
Defpreaux; Pavillon ; Peliffon;
Benferade ; Quinault ; Segrais ; le Duc de Nevers. Et
les Dames qui furent loüées
enfuite , font Mlle de Scudery , fous le nom de Sapho ; la
Fayette ; la Suze ; la Sabliere ;
Deshoulieres ; Villedieu ; Dacier.
Toute l'Affemblée donna
les louanges qui eftoient duës
à ces Portraits , & ils en regurent beaucoup.
250 MERCURE
Je crois devoir ajoûter icy
les noms des Opera qui ont efté
Laits par Mr de la Motte ; ce
font ,
L'Europe galante ,
Iffé ,.
Oinphale ,
Amadis de Grece
Ceyx & Alcione ,
Canente,3
Les Arts , Ballet.
Jupiter & Semelé.
Les fuccés que ces Opera ont
eu dans leur temps vous font
connus , & fur tout celuy de
l'Europe galante quia efté fou
vent remis au Theatre , & que
GALANT 250
le Public ne s'eft jamais laffe
de voir, bab
Le même Auteur a fait auffi
quelques Pieces de Theatre
& plufieurs ouvrages auffi ingenieux que galans qui n'ont
pas paru fous fon nom .
Je ne vous dis rien du grand
nombre de Prix qu'il a remportez par tout où on luy a
permis d'en difputer , en forte
que pour laiffer lieu aux autres.
de meriter à leur tour de ces
Couronnes de Lauriers , il ne
loy a plus efté permis d'entrer
dans la Carriere pour en cücillir de nouveaux.
252 MERCURE
ig
Vous avez vû le Recueil de
fes Odes. Cet Ouvrage eft ge
neralement applaudi , & l'on
vient d'en donner une nouvelle Edition. Tant d'ouvrages
differens luy ont fait meriter la
place que tout le Public , & les
Academiciens même luy fouhaitoient depuis long temps.
Il y alieu de croire qu'eftanc
encore jeune il pourra la remplir auffi dignement que fon
Predeceffeur , & faire autant
d'honneur à cet illuftre Corps.
Fermer
Résumé : Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
Le 8 février 1710, Houdart de la Motte est reçu à l'Académie Française pour succéder à Pierre Corneille, décédé le 8 décembre précédent. La Motte est reconnu pour ses nombreux ouvrages et son esprit galant, souvent admirés sans que leur véritable auteur soit connu. Son discours de réception est très apprécié, malgré la difficulté de traiter des sujets déjà abordés par ses prédécesseurs. Il exprime sa modestie et son admiration pour l'Académie, soulignant que seul le mérite personnel compte parmi les académiciens. La Motte rend également hommage au roi Louis XIV pour sa protection des lettres et des savants. Avant de prononcer l'éloge de Corneille, La Motte parle des talents et des vertus de plusieurs académiciens, incluant Corneille, et exprime sa reconnaissance pour l'honneur de faire partie de l'Académie. Le texte mentionne également une séance de l'Académie française où un éloge est rendu à Pierre Corneille, frère du célèbre dramaturge. L'orateur vante les pièces de théâtre de Corneille et ses dictionnaires des Arts et Géographique et Historique, qualifiés de trésors pour la Nation française et les étrangers connaissant la langue française. Il loue ensuite les qualités de Corneille, soulignant sa fermeté, sa tranquillité et son dévouement à la religion et au bonheur public. L'orateur s'adresse ensuite à Antoine de La Motte, nouvellement élu à l'Académie, en reconnaissant la beauté de ses œuvres qui l'ont distingué parmi les auteurs médiocres. Il mentionne notamment son succès dans la poésie et l'éloquence, et salue son élection unanime. La Motte est encouragé à continuer ses efforts pour célébrer les actions glorieuses et à représenter dignement la postérité. L'Abbé Tallemant récite une épigramme en l'honneur de La Motte, qui est applaudie. La séance se poursuit avec la lecture d'un ouvrage de Callières, contenant des éloges de quatorze hommes illustres et sept femmes savantes, parmi lesquels Corneille l'aîné, Racine, Molière, et La Fontaine. Le texte mentionne également les succès des opéras de La Motte, tels que 'L'Europe galante' et 'Iphigénie', ainsi que ses pièces de théâtre et autres ouvrages ingénieux. Il conclut en soulignant les nombreux prix remportés par La Motte et l'attente du public et des académiciens pour qu'il remplisse dignement sa nouvelle fonction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 299-325
Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay si souvent parlé de ces illustres familles, & [...]
Mots clefs :
Clergé, Église des grands Augustins, Messe de Saint Esprit, Versailles, Cardinal de Noailles, Discours, Roi, Gloire, Religion, Coeur, Naissance, Dieu, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Je vous ay fi fouvent parlé
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
Fermer
Résumé : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
En août 1710, le clergé français a organisé une assemblée marquée par plusieurs événements notables. Le clergé a célébré pour la première fois la Messe du Saint-Esprit. Le 19 août, les membres du clergé se sont rendus à Versailles, où ils ont été accueillis par le comte de Pontchartrain, le marquis de Dreux et le maître des cérémonies des Granges. Le cardinal de Noailles a prononcé un discours au roi, exprimant la loyauté et le zèle du clergé envers la monarchie. Il a souligné que les malheurs et les révolutions n'affaiblissent pas leur fidélité, citant l'exemple du grand prêtre de David. Le cardinal a également évoqué les victoires du roi et les épreuves actuelles, exhortant à voir dans les peines une occasion de mériter un bonheur éternel. Il a loué le désir du roi de procurer la paix à ses sujets et à l'Europe, soulignant que la tendresse et la confiance des sujets sont les plus grandes richesses d'un roi. Par la suite, le clergé a rendu visite au Dauphin, où le cardinal de Noailles a réitéré les mêmes sentiments de respect et de dévouement, insistant sur la nécessité pour les souverains de protéger et de soulager leurs sujets. Le texte est également une lettre adressée à un haut dignitaire, probablement un membre de la famille royale ou un représentant du roi. Les auteurs expriment leur loyauté et leur dévouement envers le roi, affirmant que leur attachement est plus profond que les simples obligations de naissance et de devoir. Ils déclarent leur volonté de servir le roi avec dévotion et de mettre toutes leurs forces à sa disposition lorsqu'il en a besoin. La lettre demande la continuité de la protection et de l'honneur du dignitaire envers le clergé, assurant que cette protection est méritée par leur respect profond, leur fidélité inébranlable et leurs vœux sincères et ardents pour la longue conservation et la prospérité de la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
48
p. 9-56
Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
Début :
Je passe aux Discours prononcez dans l'Academie des [...]
Mots clefs :
Discours, Académie des inscriptions, Académie des sciences, Analyse, Inscription sépulcrale, Pontife, Empire, Religion, Parallèle d'Homère et de Platon, Chrétiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
Jï passe aux Discours prononcez dansl'Academie des
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales à leur rentrée d'après Pâques. L'Académie des Inferiprions s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire perJ
petuel, qui fait toûjours l'Eloge des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille
;
Eloge d'autant plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille Avocat du Roy à la Table de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
;
même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exemple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y
donna un tour nouveau, qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Pro-
fesseur Royal en Langue Grecque, qui à l'Assemblée publique du mois de Novembre avoit lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'œil, l'opinion qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere, du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens Critiques se sont contentez de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité entre Homere &Platon; & ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence, & representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne de-
vroit point en tirer de consequence desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler par trois endroits; par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine, il fit voir que les principas d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie & sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,ilss'estoient,dit-il, proL
posezl'un& l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir. Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez. Homere & Platon é-
toient,continua-til, premierement les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages avoient le plus frequemment & avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit le style. 1. Platon cite continuellement Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant de luy des expressions qu'il enchassoit dans les
siennes propres y
de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits où il ne citoit ny necopioit Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique. On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure, ny un certain arrangement de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3
ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a
joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains, il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY
,
dit il, ainsiqu'on le démontre
par les Medailles, par une foule de passages d'excellens Auteurs
,
que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleaitsifort
approché de la Royauté, qu'on
les y
ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit, selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards;unempire absolu qu'il pût exercer immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires, la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion; s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation, &à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,auquel étoit attachée principalement la souveraine puissance, il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient pû s'assurer le droit inconte stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité de ceux qui la leur conferoient, comme une qualité in-
dispensable en les élevant à
l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,Pontife, voulant que
cette formalité; que cette nouvelle reconnoissance futconsiderée comme une condition
essentielle, & comme une espece d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien, qui refusa la Robe Pontificale que luy presentaleColege des Pontifes,estimant ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit bien devenir en sa place
Souverain Pontise;il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur: Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum breUi Pontifex Maximusfiet. Expreluon ambiguë & équivoque, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse, quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparem-
ment ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces a Gratien, un Edit de Valentinicn & de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit qu'en ce qu'il n'en soûte-
noie pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur &
Pontife. Ce sont vos predecesseurs, ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles& par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien, dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient l'Empire religieusement, & qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances du témoignage de cet Auteur,
fit voir l'espece d'impossibilité morale qu'il y
avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer au public; & ce qui rendit encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau 22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte envie d'épurer trop scrupaleusement leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à
ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens, de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChrétiens hrétiensn'ayeni n'ayentpupû ~norer ignorer
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r
ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passasI
sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs convenables à
ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader se contenta qu'on luy abandonnât le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien, Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y
répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arro-
Fer, & y
observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication; du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas renMu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne
,
à laquelle
cette même dignité devoit son
o
établissement ? oüy, poursuivitil,siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée du titre de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui-
;ocr insensiblement. Les Princes comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement ; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises: au lieu qu'un zele indifcret & une conduite précipitée, gâtent les meilleures affaires, & les plus faintes œuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t
il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients qui en feroient arrivez, & qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient au Christianisme, de
l'acceptation du titre desou-
verain Pontife par les Empereurs Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées, il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie, declaroient à
toute la terre que le
titre de souverain Pontife né-
toit pas davantage en eux, un
titre de superstition
,
que le
Titre de Roy de Pologne a
esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon, deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne magnificence, sans conserver pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fem-
bloient encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps
&des circonstances, que le titre de souverain Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent à cesser d'estre nommez Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne, devint dans Rome chrétienne par une nouvelle application, le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion -
lut ensuite un
Discours qui regardoit lesInscriptions sepulchrales Antiques dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel à quelque partie de la Jurisprudence)& les Inscriptions
sepulchrales, comme les nomme l'Empereur Alexandredonnant un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut
-
estre
même ce choix paroîtroit d'autant plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble d'aurant moins estre négligées,qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à
deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales
; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes des Inscriptions Sepulchrales chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales
;
à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées; aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains composoient leurs Epitaphcs;a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance dont les Recüeils de Gruter & les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux, &
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre par Inscriptionsepulchrale; quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse multitude de branches
qui pullulerent de certe ancien-
ne simplicité;le point de plenitude&de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes & les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel à sa premiere vûe
,
il esperoit qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens precieux; mais plus encore des injures des hommes
qui sans respect pour la Reli-
gion des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé les Tables des Inscriptions sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus enlevé que le temps
& l'ignorance
;
mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
,
&
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat, & l'un des Presidens ho-
notaires de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales à leur rentrée d'après Pâques. L'Académie des Inferiprions s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire perJ
petuel, qui fait toûjours l'Eloge des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille
;
Eloge d'autant plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille Avocat du Roy à la Table de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
;
même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exemple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y
donna un tour nouveau, qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Pro-
fesseur Royal en Langue Grecque, qui à l'Assemblée publique du mois de Novembre avoit lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'œil, l'opinion qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere, du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens Critiques se sont contentez de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité entre Homere &Platon; & ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence, & representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne de-
vroit point en tirer de consequence desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler par trois endroits; par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine, il fit voir que les principas d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie & sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,ilss'estoient,dit-il, proL
posezl'un& l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir. Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez. Homere & Platon é-
toient,continua-til, premierement les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages avoient le plus frequemment & avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit le style. 1. Platon cite continuellement Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant de luy des expressions qu'il enchassoit dans les
siennes propres y
de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits où il ne citoit ny necopioit Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique. On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure, ny un certain arrangement de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3
ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a
joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains, il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY
,
dit il, ainsiqu'on le démontre
par les Medailles, par une foule de passages d'excellens Auteurs
,
que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleaitsifort
approché de la Royauté, qu'on
les y
ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit, selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards;unempire absolu qu'il pût exercer immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires, la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion; s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation, &à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,auquel étoit attachée principalement la souveraine puissance, il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient pû s'assurer le droit inconte stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité de ceux qui la leur conferoient, comme une qualité in-
dispensable en les élevant à
l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,Pontife, voulant que
cette formalité; que cette nouvelle reconnoissance futconsiderée comme une condition
essentielle, & comme une espece d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien, qui refusa la Robe Pontificale que luy presentaleColege des Pontifes,estimant ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit bien devenir en sa place
Souverain Pontise;il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur: Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum breUi Pontifex Maximusfiet. Expreluon ambiguë & équivoque, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse, quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparem-
ment ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces a Gratien, un Edit de Valentinicn & de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit qu'en ce qu'il n'en soûte-
noie pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur &
Pontife. Ce sont vos predecesseurs, ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles& par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien, dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient l'Empire religieusement, & qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances du témoignage de cet Auteur,
fit voir l'espece d'impossibilité morale qu'il y
avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer au public; & ce qui rendit encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau 22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte envie d'épurer trop scrupaleusement leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à
ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens, de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChrétiens hrétiensn'ayeni n'ayentpupû ~norer ignorer
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r
ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passasI
sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs convenables à
ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader se contenta qu'on luy abandonnât le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien, Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y
répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arro-
Fer, & y
observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication; du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas renMu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne
,
à laquelle
cette même dignité devoit son
o
établissement ? oüy, poursuivitil,siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée du titre de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui-
;ocr insensiblement. Les Princes comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement ; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises: au lieu qu'un zele indifcret & une conduite précipitée, gâtent les meilleures affaires, & les plus faintes œuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t
il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients qui en feroient arrivez, & qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient au Christianisme, de
l'acceptation du titre desou-
verain Pontife par les Empereurs Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées, il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie, declaroient à
toute la terre que le
titre de souverain Pontife né-
toit pas davantage en eux, un
titre de superstition
,
que le
Titre de Roy de Pologne a
esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon, deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne magnificence, sans conserver pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fem-
bloient encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps
&des circonstances, que le titre de souverain Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent à cesser d'estre nommez Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne, devint dans Rome chrétienne par une nouvelle application, le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion -
lut ensuite un
Discours qui regardoit lesInscriptions sepulchrales Antiques dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel à quelque partie de la Jurisprudence)& les Inscriptions
sepulchrales, comme les nomme l'Empereur Alexandredonnant un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut
-
estre
même ce choix paroîtroit d'autant plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble d'aurant moins estre négligées,qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à
deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales
; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes des Inscriptions Sepulchrales chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales
;
à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées; aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains composoient leurs Epitaphcs;a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance dont les Recüeils de Gruter & les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux, &
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre par Inscriptionsepulchrale; quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse multitude de branches
qui pullulerent de certe ancien-
ne simplicité;le point de plenitude&de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes & les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel à sa premiere vûe
,
il esperoit qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens precieux; mais plus encore des injures des hommes
qui sans respect pour la Reli-
gion des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé les Tables des Inscriptions sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus enlevé que le temps
& l'ignorance
;
mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
,
&
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat, & l'un des Presidens ho-
notaires de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
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Résumé : Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
Le texte relate les discours prononcés lors de l'ouverture des Académies Royales après Pâques. L'Académie des Inscriptions s'est ouverte le 29 mars avec un éloge de Thomas Corneille par Mr de Boze, secrétaire perpétuel. Cet éloge était particulièrement difficile car Mr de la Motte avait déjà traité le sujet lors de sa réception à l'Académie Française. Mr de Boze a mentionné que Thomas Corneille est né à Rouen le 20 août 1625, fils de Pierre Corneille, avocat du roi, et de Marthe Le Pesant. Il a étudié chez les Jésuites et a composé une pièce en vers latins remarquée par son régent. Après ses études, il s'est tourné vers le théâtre, influencé par son aîné Pierre Corneille. L'Abbé Massieu a lu un discours sur le parallèle entre Homère et Platon, soulignant leurs similitudes dans la doctrine, la manière d'enseigner et le style. Il a noté que Platon citait souvent Homère et empruntait son style, et que les deux auteurs utilisaient des symboles et des allégories. Massieu a conclu que Homère avait peut-être un léger avantage sur Platon en tant qu'original. L'Abbé de Tilladet a ensuite parlé de la prééminence du souverain pontificat des anciens Romains, prouvant que les premiers empereurs chrétiens avaient adopté cette qualité pour légitimer leur pouvoir. Il a cité des exemples comme Macrin et Gratien pour illustrer l'importance de ce titre. Tilladet a également présenté des preuves tirées d'auteurs et de monuments, comme Zozime et le Pape Grégoire, pour soutenir son argumentation. Il a conclu que les empereurs chrétiens avaient permis que des inscriptions les désignant comme souverains pontifes subsistent, montrant ainsi leur acceptation de ce titre. L'Abbé de Tilladet a également soutenu que les premiers Empereurs Chrétiens ont porté le titre de Pontife sans prévarication, car ce titre leur permettait de conserver leur souveraineté et de réprimer les libertés du paganisme. Il a argumenté que les empereurs chrétiens n'ont pas ouvertement professé une religion contraire, mais ont utilisé ce titre pour des raisons politiques et religieuses. Tilladet a comparé cette situation à celle du titre de Roy de Pologne, qui a changé de signification après la renonciation au royaume. Il a conclu que le titre de souverain Pontife a pu être conservé par les empereurs chrétiens sans connotation superstitieuse, grâce à leur dévouement à la religion chrétienne. Mr. Henrion a présenté un discours sur les inscriptions sépulcrales antiques, soulignant leur importance pour les titres civils et canoniques. Il a expliqué que son but était de découvrir l'esprit des anciens Grecs et Romains dans l'apposition de ces inscriptions et de développer l'artifice de leur composition. Henrion a détaillé les motifs, l'antiquité, et les usages des inscriptions sépulcrales, ainsi que les personnes ayant droit à ces inscriptions et les matériaux utilisés. Il a regretté la perte de nombreux monuments précieux et les dommages causés par l'ignorance et le zèle excessif du christianisme. Enfin, Mr. Foucaulr a résumé les discours de manière ingénieuse, plaisant à toute l'Assemblée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 56-102
Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Fontenelle, Discours, Plantes, Baromètre, Animaux, Matière, Malades, Médecine, Mercure, Assemblée, Botanique, Métal, Minéral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
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Résumé : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le 30 avril, l'Académie Royale des Sciences organisa sa première assemblée publique après Pâques. M. de Fontenelle, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance en rendant hommage à M. de Chazelles, professeur en hydrographie à Marseille. Chazelles est reconnu pour son expertise dans la création de plans et de cartes grâce à des observations astronomiques, compétences acquises à l'Observatoire sous la direction de M. Cassini. Il a mené de nombreuses campagnes en Méditerranée, décrivant avec précision les ports, rades et côtes. M. Renéaume présenta ensuite un discours sur la découverte d'un nouveau fébrifuge. Il souligna que la botanique ne se limite pas à la nomenclature des plantes mais vise à en découvrir les usages médicaux. Renéaume critiqua l'abandon des remèdes locaux au profit de plantes étrangères, comme la quinquina, qui avait éclipsé de nombreux remèdes efficaces. Il présenta la noix de galle comme un nouveau fébrifuge, découvert par erreur, et décrivit ses propriétés et son efficacité, confirmée par plusieurs guérisons. M. de la Hire, le cadet, lut un discours sur l'analogie entre les plantes et les animaux, et l'utilité de cette étude. Il expliqua que, bien que la botanique puisse sembler stérile, elle est riche en faits curieux et peut bénéficier des connaissances sur les animaux. Il donna des exemples de plantes spécifiques à certains pays et de leur comportement lorsqu'elles sont transplantées. Il mentionna également une plante appelée Baromets ou Boranets, ressemblant à un agneau, qui pousse en Tartarie et nécessite de l'herbe pour survivre. Un autre orateur discuta des similitudes entre les plantes et les animaux, soulignant que les processus de croissance et de reproduction sont comparables. Il mentionna la découverte des œufs dans les plantes, la puberté des plantes comparée à celle des animaux, et la variété des espèces. Il aborda également les maladies des plantes, les moyens de les guérir, et la stérilité. Il conclut en affirmant une forte analogie entre les plantes et les animaux. Mr. Hombert présenta un discours sur les matières sulphureuses, expliquant leur transformation et classification en trois classes selon leur état (terreux, aqueux, ou mercuriel). Il décrivit comment ces matières peuvent changer d'état sans perdre leur nature sulphureuse, illustrant ses propos par des expériences. Mr. de Bernouilly, professeur à Bâle, envoya une lettre sur un nouveau baromètre sensible qu'il a inventé. Mr. de Varignon lut cette lettre, décrivant les avantages de ce baromètre, notamment sa sensibilité accrue, son absence de problèmes liés à l'évaporation, et sa simplicité de construction. Il expliqua le principe de fonctionnement du baromètre et sa résistance aux variations de température. Enfin, l'Abbé Bignon résuma les discours avec esprit et pertinence, soulignant les beautés et les nouvelles perspectives apportées par chaque intervention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 121-132
Theses soûtenuë au grand Convent des Augustins devant Messieurs de l'Assemblée du Clergé, [titre d'après la table]
Début :
On a soûtenu le 16e de ce mois au grand Convent des [...]
Mots clefs :
Soutenance de thèse, Couvent des augustins, Père Picoté, Assemblée, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theses soûtenuë au grand Convent des Augustins devant Messieurs de l'Assemblée du Clergé, [titre d'après la table]
On a
soûtenu le16e de ce
mois au grand Convent des
Augustins de cette Ville
,
une
These dont je ne dois pas oublier de vous parler; ce qui
s'est passe à cet Acte étant
digne de la curiosité du public.
Le Pere Picoté Religieux de
ce Convent, & Licentié en
Theologie de la Faculté de
Paris, eut l'honneur de dédier
cette These à Messieurs de
l'Assemblée Generale du Clergé de France;l'Estampe de la
These convenait cres bien aux
Affaires du temps ;
elle representoit Moyse sur la Montagne, priant Dieu Icî mains &
les bras levez vers le Ciel, &
soûtenus des deux costez par
Aaron son frere, & Hur, tandis que Josué combattoit contre les Amalecites.
Cette These qu'on appelle
Vesperie, & qui efl; le dernier
Acte que l'on fait pour prendre le Bonnet de Dodteur, fut
soûtenuë l'aprés-midy dans la
Salle des Actes du Convent,
qui estoit magnisquement ornée. Sur les cinq heures S. E.
Monsieur le Cardinal de Noailles, President de l'Assemblée
générale du Clergé de France, s'y rendit avec Messieurs
les Archevêques, Evêques, &
Abbez; les Prclats étoient tous
cn Rochet & Camail, & les
Abbcz Deputez du second
Ordre en Manteau long. Ils
marcherent deux à deux depuis la grande Salle de leur
Assemblée, jusques à celle où
serépondoit laThcfc;le Porte- Croix de S. E. & les Suisses
du Roy quisont destinez pour
leur Garde avec leurs Hallebardeslesprécedoient &marchoient devant eux:le Prieur
du Convent à la telle de sa
Communauté les reçût à la
porte de la Salle. A peine fu-
rent-ils tous entrez & placez,
queMonsieur le Cardinal d'Estréesarriva; Monsieur le Cardinal de Noailles luy ceda la
premiere place comme plusancien Cardinal. Il y eut encore
d'autres Evêques qui n'estoient
pas de l'AssembléeduClergé
qui s'y trouverent, &plusieurs
Abbez de qualité, outreun
grand nombre de personnes dt
distinction & de Lettre; en
forte que la Salle estoit toute
pleine.
Alors le Pere Picotéayant
salué profondément cette auguste Compagnie, expliqua ses
sentimens avec toute la netteté
& la solidité possible sur les
grandes difficultez que le Pere
Orceau Docteur de Sorbonne
luy proposa touchant le vœu
de Jephté
:
l'argument estant
fini le R. Pere le Torr Docteur
de Sorbonne, ancien Prieur du
grand Convent, & Professeur
en Theologie qui presidoit en
qualité de grand Maître, fit
un tres beau,très-sçavant, &
tres éloquent Discours en Latin sur les qualitez necessaires
pour remplir dignement les
devoirs d'un parfait Docteur.
Il fit entrer en peu de mots
l'éloge de son Eminence Monsieur le Cardinal de Noailles,
& de tous les Prelats qui composent l'Assembléegenerale du
Clergé; mais avec un tour aussi
naturel, qu'il estoit propre &
convenable à son sujet. Il dit
entre autres choses en parlant
du Clergé, que Tout l'éclat e
la majesté des vertus paroissoient
avoir établi leur demeure &fixé
leur Siege dans cette auguste.Af
semblée; que non seulement la
Ville Capitale du Royaume, mais
la France & toute la Terre regardoient avec admiration cm tejpeél
leur '{fie ardent 0* infatigable
pourl'accroissement de la Religion,
la défense du Royaume
3
&l'entiere extirpation des Heresies, &
des Nouveautez de quelque nature quellesfussent,cju'ilsefloient
les vrais Dépositaires de la Foy,
Ausquels le Seigneur avoitconfié
la Regle de la ine&de la doctrine pour instruire les Puissances de ne pour inflrui
re les Pui ances de
savolonté, & pour apprendreà
leurs Sujets l'observance exacte de
ses Commandemens. Qu'enfin la
memoire des grandsservices qu'ils
venoient de rendre à l'Etat, & à
rEglifi) neseperdroitjamais,&
que lagloire de leur nom feroit
rappellée degénération en generation.
Lors qu'il s'adressa aMon-,
sieurleCardinal de Noailles,
il dit, que laprefence de sonEminence luy donnoit de nouvelles
forces pour representervivement
l'étroite& indispensableunion de
la pieté avec la science
,
particulierementdans un Docteur
:
quU
le l'encourageoit d'autant plus de
s'estendre principalement sur ces
deux qualitcz quisçavoit,&
que personnen'ignoroit que rien
au monde n'estoitpluscher à son
Eminence que ces deux vertus,
&pourparlervéritablement, que
rien n'avoitplus de rapport ede
liaison avec les loüanges quiluy
estoientsijustementdûës,car, ditil, qui est-ce qui peut aimer &
s'attacher avec plus d'ardeur Ëe
d'assiduité que son Eminence 31
une pieté plussincere & plussolide, & à
une
doctrineplussaine
&plus pure, cc. Il fit voir cDfuite que toute fciencc
-
estoit
prophane, que ce n'étoit qu'un
arbre sec, &un feu solet,sielle
n'estoit pas soûtenuë,& assaisonnée des divines douceurs de
la pieté; mais que la pieté estoit
aussïtrès inutile,& que même
elle estoit pernicieuse, si elle
ne se trouvoit pas éclairée par
le flambeau de la science.
Versla fin du Discours, aprés
avoir élevé la vigilance, le merite & la capacité du répondant, il finit par ces belles pa- -
roles, HOCUNUM VELIM,
MERITISSIME LICENTIATE IN ORE ATQUE IN MENTE SEMPER HABEAS, PARUM
ESSE
-
ARDERE,
-
LUCERE VANUM; ARDERE VERO ET LUCEM PERFECTUM; qui veulent
dire,Je vous prie mon très-digne
Licentié,d'avoir continuellement
dans la bouche & dans l'esprit,
Xjue c'estpeu dechose à
un Docteur
d'avoirseulementdelapieté,que
lascienceestabsolument necessai-
re ; mais que quelque brillante
qu'ellefoit> elle est vainesansla
pieté; & qu'ainsi pour estreun
parfaitDocteur,ilfautavoir ensemble l'une (y l'autre vertu. --
Tout le Discours fut universellement approuvé & applaudy, tant à cause de la clarté, de la finesse & de l'affinité,
que d'un grand nombre de
pcnfées choisies& bienappliquées tirées del'Ecriture &des
Saints Peres.
soûtenu le16e de ce
mois au grand Convent des
Augustins de cette Ville
,
une
These dont je ne dois pas oublier de vous parler; ce qui
s'est passe à cet Acte étant
digne de la curiosité du public.
Le Pere Picoté Religieux de
ce Convent, & Licentié en
Theologie de la Faculté de
Paris, eut l'honneur de dédier
cette These à Messieurs de
l'Assemblée Generale du Clergé de France;l'Estampe de la
These convenait cres bien aux
Affaires du temps ;
elle representoit Moyse sur la Montagne, priant Dieu Icî mains &
les bras levez vers le Ciel, &
soûtenus des deux costez par
Aaron son frere, & Hur, tandis que Josué combattoit contre les Amalecites.
Cette These qu'on appelle
Vesperie, & qui efl; le dernier
Acte que l'on fait pour prendre le Bonnet de Dodteur, fut
soûtenuë l'aprés-midy dans la
Salle des Actes du Convent,
qui estoit magnisquement ornée. Sur les cinq heures S. E.
Monsieur le Cardinal de Noailles, President de l'Assemblée
générale du Clergé de France, s'y rendit avec Messieurs
les Archevêques, Evêques, &
Abbez; les Prclats étoient tous
cn Rochet & Camail, & les
Abbcz Deputez du second
Ordre en Manteau long. Ils
marcherent deux à deux depuis la grande Salle de leur
Assemblée, jusques à celle où
serépondoit laThcfc;le Porte- Croix de S. E. & les Suisses
du Roy quisont destinez pour
leur Garde avec leurs Hallebardeslesprécedoient &marchoient devant eux:le Prieur
du Convent à la telle de sa
Communauté les reçût à la
porte de la Salle. A peine fu-
rent-ils tous entrez & placez,
queMonsieur le Cardinal d'Estréesarriva; Monsieur le Cardinal de Noailles luy ceda la
premiere place comme plusancien Cardinal. Il y eut encore
d'autres Evêques qui n'estoient
pas de l'AssembléeduClergé
qui s'y trouverent, &plusieurs
Abbez de qualité, outreun
grand nombre de personnes dt
distinction & de Lettre; en
forte que la Salle estoit toute
pleine.
Alors le Pere Picotéayant
salué profondément cette auguste Compagnie, expliqua ses
sentimens avec toute la netteté
& la solidité possible sur les
grandes difficultez que le Pere
Orceau Docteur de Sorbonne
luy proposa touchant le vœu
de Jephté
:
l'argument estant
fini le R. Pere le Torr Docteur
de Sorbonne, ancien Prieur du
grand Convent, & Professeur
en Theologie qui presidoit en
qualité de grand Maître, fit
un tres beau,très-sçavant, &
tres éloquent Discours en Latin sur les qualitez necessaires
pour remplir dignement les
devoirs d'un parfait Docteur.
Il fit entrer en peu de mots
l'éloge de son Eminence Monsieur le Cardinal de Noailles,
& de tous les Prelats qui composent l'Assembléegenerale du
Clergé; mais avec un tour aussi
naturel, qu'il estoit propre &
convenable à son sujet. Il dit
entre autres choses en parlant
du Clergé, que Tout l'éclat e
la majesté des vertus paroissoient
avoir établi leur demeure &fixé
leur Siege dans cette auguste.Af
semblée; que non seulement la
Ville Capitale du Royaume, mais
la France & toute la Terre regardoient avec admiration cm tejpeél
leur '{fie ardent 0* infatigable
pourl'accroissement de la Religion,
la défense du Royaume
3
&l'entiere extirpation des Heresies, &
des Nouveautez de quelque nature quellesfussent,cju'ilsefloient
les vrais Dépositaires de la Foy,
Ausquels le Seigneur avoitconfié
la Regle de la ine&de la doctrine pour instruire les Puissances de ne pour inflrui
re les Pui ances de
savolonté, & pour apprendreà
leurs Sujets l'observance exacte de
ses Commandemens. Qu'enfin la
memoire des grandsservices qu'ils
venoient de rendre à l'Etat, & à
rEglifi) neseperdroitjamais,&
que lagloire de leur nom feroit
rappellée degénération en generation.
Lors qu'il s'adressa aMon-,
sieurleCardinal de Noailles,
il dit, que laprefence de sonEminence luy donnoit de nouvelles
forces pour representervivement
l'étroite& indispensableunion de
la pieté avec la science
,
particulierementdans un Docteur
:
quU
le l'encourageoit d'autant plus de
s'estendre principalement sur ces
deux qualitcz quisçavoit,&
que personnen'ignoroit que rien
au monde n'estoitpluscher à son
Eminence que ces deux vertus,
&pourparlervéritablement, que
rien n'avoitplus de rapport ede
liaison avec les loüanges quiluy
estoientsijustementdûës,car, ditil, qui est-ce qui peut aimer &
s'attacher avec plus d'ardeur Ëe
d'assiduité que son Eminence 31
une pieté plussincere & plussolide, & à
une
doctrineplussaine
&plus pure, cc. Il fit voir cDfuite que toute fciencc
-
estoit
prophane, que ce n'étoit qu'un
arbre sec, &un feu solet,sielle
n'estoit pas soûtenuë,& assaisonnée des divines douceurs de
la pieté; mais que la pieté estoit
aussïtrès inutile,& que même
elle estoit pernicieuse, si elle
ne se trouvoit pas éclairée par
le flambeau de la science.
Versla fin du Discours, aprés
avoir élevé la vigilance, le merite & la capacité du répondant, il finit par ces belles pa- -
roles, HOCUNUM VELIM,
MERITISSIME LICENTIATE IN ORE ATQUE IN MENTE SEMPER HABEAS, PARUM
ESSE
-
ARDERE,
-
LUCERE VANUM; ARDERE VERO ET LUCEM PERFECTUM; qui veulent
dire,Je vous prie mon très-digne
Licentié,d'avoir continuellement
dans la bouche & dans l'esprit,
Xjue c'estpeu dechose à
un Docteur
d'avoirseulementdelapieté,que
lascienceestabsolument necessai-
re ; mais que quelque brillante
qu'ellefoit> elle est vainesansla
pieté; & qu'ainsi pour estreun
parfaitDocteur,ilfautavoir ensemble l'une (y l'autre vertu. --
Tout le Discours fut universellement approuvé & applaudy, tant à cause de la clarté, de la finesse & de l'affinité,
que d'un grand nombre de
pcnfées choisies& bienappliquées tirées del'Ecriture &des
Saints Peres.
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Résumé : Theses soûtenuë au grand Convent des Augustins devant Messieurs de l'Assemblée du Clergé, [titre d'après la table]
Le 16 du mois, le Père Picoté, religieux du grand couvent des Augustins et licencié en théologie de la Faculté de Paris, a soutenu sa thèse intitulée 'Vesperie' devant l'Assemblée générale du Clergé de France. Cette thèse, dédiée à l'Assemblée, représentait Moïse priant sur la montagne, soutenu par Aaron et Hur, tandis que Josué combattait les Amalécites. La soutenance a eu lieu l'après-midi dans la salle des actes du couvent, magnifiquement ornée. Vers cinq heures, le Cardinal de Noailles, président de l'Assemblée générale du Clergé, est arrivé accompagné d'autres prélats, tous vêtus de rochet et camail. Le Prieur du couvent les a accueillis à la porte de la salle. Plusieurs évêques et abbés de qualité étaient également présents, remplissant la salle. Le Père Picoté a présenté ses réflexions sur les difficultés soulevées par le Père Orceau concernant le vœu de Jephté. Ensuite, le Père le Torr, docteur de Sorbonne et ancien prieur du couvent, a prononcé un discours en latin sur les qualités nécessaires pour devenir un parfait docteur. Il a loué le Cardinal de Noailles et les prélats pour leur dévotion et leur science, insistant sur l'importance de l'union de la piété et de la science. Le Père le Torr a conclu en affirmant qu'un docteur doit posséder à la fois la piété et la science pour être parfait. Le discours a été universellement approuvé et applaudi pour sa clarté et ses références aux Écritures et aux Saints Pères.
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