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1
p. 279-281
« Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Début :
Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Valeurs, Naissance, Mariage, Anne Hyde, Comte, Enfants, Princesse, Duc
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texteReconnaissance textuelle : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau Roy a de la
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
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Résumé : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau roi d'Angleterre, né le 14 octobre 1633, est connu pour sa valeur et son intrepidité. Il épousa Anne Hyde en 1660, avec qui il eut deux filles : Marie et Anne. Après le décès d'Anne en 1671, il se remaria avec Marie Éléonore d'Este en 1673. Cette dernière est admirée pour sa vie exemplaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 197-275
Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Début :
Il y a long-temps qu'on préparoit tout ce qui estoit [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Comte, Armes, Couronne, Édouard, Fils, Marquis, Baron, Archevêques, Autel, Seigneurs, Royaume, Cérémonie, Procession, Noblesse, Majesté, Sceptre, Dignité, Vicomte, Prince, Hérauts, Chapelle, Croix, Ornements, Palais, Héritiers, Velours, Habits, Couronnement, Charge, Prières, Acclamations, Services, Duc, Clercs
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texteReconnaissance textuelle : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
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Résumé : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation et le déroulement du couronnement du roi d'Angleterre, initialement prévu pour le 23 avril selon l'ancien calendrier, soit le 3 avril selon le calendrier actuel. Environ 170 seigneurs, classés par rang hiérarchique incluant princes du sang, ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, furent convoqués. Le jour du couronnement, le roi et la reine se rendirent au palais de Westminster, où ils prirent place sous un dais. Divers objets royaux furent remis par le duc de Grafton au duc d'Ormond, et les insignes royaux furent apportés en procession par le doyen et les chanoines de Westminster. Le texte mentionne également l'histoire des rois d'Angleterre, soulignant l'unification des sept royaumes de l'île de Bretagne et les conflits avec les Danois. Édouard, fils d'Ethelred, monta sur le trône après avoir trouvé refuge en France et épousa Edgite, fille de Godwin. Édouard mourut le 4 janvier 1066 et fut canonisé par le pape Alexandre III. La cérémonie de couronnement de Jacques II est détaillée : une procession de Westminster Hall à l'église, la demande de l'archevêque de Cantorbéry à l'assemblée, l'onction avec de l'huile sainte, la remise des symboles de pouvoir, et le couronnement avec la couronne de Saint Édouard. Les nobles et les rois d'armes mettent leurs bonnets et couronnes, et le canon annonce la couronne du roi à la ville. Après le serment et l'offrande, les pairs rendent hommage au roi, et des médailles sont distribuées au peuple. La reine Marie est ensuite couronnée, suivie d'un banquet à Westminster Hall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 252
« Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Début :
Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...]
Mots clefs :
Médaille, Roi d'Angleterre, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Je vous envoye une Medaillé
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
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4
p. 100-10[6]
NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
Début :
Le Roy d'Angleterre n'arriva icy que le Mercredy, sur les six heures du soir [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Cardinal, Prince, Présents, Procession, Ambassadeurs, Pape, Vatican, Chambre, Visites officielles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
NOUVELLES DE ROME:
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
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5
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
Fermer
6
p. 812-813
ALLEMAGNE.
Début :
Mr. Brawe, Ministre Plenipotentiaire du Duc de Brunswick-Wolfembutel ; reçut [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi d'Angleterre, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
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Résumé : ALLEMAGNE.
En mars 1730, le duc de Brunswick-Wolfenbüttel a reçu la plénipotence impériale. Le roi de Suède envisageait de se rendre en Allemagne pour prendre possession de ses nouveaux États. À Dresde, une ordonnance du roi de Pologne interdisait aux luthériens d'assister aux cérémonies de la chapelle catholique du palais, sous peine de sanctions sévères. Le 30 mars, une fête annuelle de l'Ordre de la Croisade a été célébrée à Vienne. À Berlin, les différends entre le roi d'Angleterre et le roi de Prusse ont été résolus, et un échange de soldats hanovriens et prussiens était imminent. L'évêque de Bamberg et de Wurtzbourg, vice-chancelier de l'Empire, a promis de fournir 6 000 hommes à l'empereur. Le général Wallis devait commander les troupes envoyées en Sicile, formant un corps de 14 000 hommes. Un second corps de troupes, destiné à la Lombardie et à la Calabre, était en marche. Le 28 mars, huit bataillons, quatre compagnies de grenadiers et quatorze escadrons provenant de Hongrie ont été envoyés en Italie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 819-821
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le 9. du mois dernier, le Colonel Charles se presenta à la Cour de Old-Baily, pour répondre [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
E 9. du mois dernier , le Colonel Charles fe
prefenta à la Cour de Old- Baily , pour ré→
pondre à l'accufation de viol & de rapt , intenté
contre:
820 MERCURE DE FRANCE
contre lui la nommée Anne Blond , fa Do- par
meftique. Le fait ayant été prouvé par témoins ,
ce Colonel fut convaincu de crime capital, arrêté
par l'ordre des Juges & conduit dans la priſon de
Newgate. Comme il fera vrai-femblablement con
damné à mort dans la feffion prochaine de ce
Tribunal , tous fes biens , qui font très-confiderables,
étans dans le cas de confifcation , le Grand-
Baily de Weſtminſter alla le même jour au foir
à la maifon de ce Colonel pour faifir tous fes Effets,
mais fes Domeftiques ayant fait une vigoureufe
réfiftance , l'execution fut remife au lendemain
, qu'on enleva de chez lui une grande quantité
de Vaiffelle d'argent , de très -beaux Meubles,
un Caroffe , une Berline & vingt Chevaux. Le
même jour il fut défendu au Teneur de Livres dè
la Mer du Sud de faire aucun tranſport des Actions
appartenantes à ce Colonel , qui a été déjà
condamné en Ecoffe pour un pareil crime dont
il obtint fa grace.
Le 11. de Mars on convint dans la Chambre
des Communes , de dreffer un Bill pour déclarer
incapables d'avoir féance dans la Chambre & d'y
donner leurs voix, tous ceux qui ont des penfions
particulieres du Roi , ou des Charges auprès de
S. M.
On affure que le Vice- Amiral Cavendifch"
commandera l'Efcadre Angloife, que le Roi doit
joindre à celle que S. M. Cath. fait équiper pour
tranfporter les 6000. hommes de Troupes Efpagnoles
qu'il a deffein d'envoyer en Italic.
Le Frederick , Vaiffeau de la Compagnie des
Indes Orientales , eft arrivé à Plimouth , venant
de Moka & de Bombay , d'où il étoit parti le 27.
Juillet dernier. Sa principale Charge confifte en
Caffé , d'où il apporte 2905. Balles .
}
Le Roi a donné fon confentement Royal a
1'Acte
AVRIL . 1730. 821
1
P'Acte qui défend à fes Sujets de prêter aucune
fomme aux Puiffances Etrangeres fans la permiffron
expreffe de S. M.
Le 13. Avril , le Roi & la Reine allerent au
Theatre de Drury - Lane , voir la Comédie du
Moine Efpagnol . Quelques jours auparavant le
Prince de Galles & la Princeffe Royale , virent
fur le Théatre du Marché au Foin l'Opera de
Jules Cefar.
E 9. du mois dernier , le Colonel Charles fe
prefenta à la Cour de Old- Baily , pour ré→
pondre à l'accufation de viol & de rapt , intenté
contre:
820 MERCURE DE FRANCE
contre lui la nommée Anne Blond , fa Do- par
meftique. Le fait ayant été prouvé par témoins ,
ce Colonel fut convaincu de crime capital, arrêté
par l'ordre des Juges & conduit dans la priſon de
Newgate. Comme il fera vrai-femblablement con
damné à mort dans la feffion prochaine de ce
Tribunal , tous fes biens , qui font très-confiderables,
étans dans le cas de confifcation , le Grand-
Baily de Weſtminſter alla le même jour au foir
à la maifon de ce Colonel pour faifir tous fes Effets,
mais fes Domeftiques ayant fait une vigoureufe
réfiftance , l'execution fut remife au lendemain
, qu'on enleva de chez lui une grande quantité
de Vaiffelle d'argent , de très -beaux Meubles,
un Caroffe , une Berline & vingt Chevaux. Le
même jour il fut défendu au Teneur de Livres dè
la Mer du Sud de faire aucun tranſport des Actions
appartenantes à ce Colonel , qui a été déjà
condamné en Ecoffe pour un pareil crime dont
il obtint fa grace.
Le 11. de Mars on convint dans la Chambre
des Communes , de dreffer un Bill pour déclarer
incapables d'avoir féance dans la Chambre & d'y
donner leurs voix, tous ceux qui ont des penfions
particulieres du Roi , ou des Charges auprès de
S. M.
On affure que le Vice- Amiral Cavendifch"
commandera l'Efcadre Angloife, que le Roi doit
joindre à celle que S. M. Cath. fait équiper pour
tranfporter les 6000. hommes de Troupes Efpagnoles
qu'il a deffein d'envoyer en Italic.
Le Frederick , Vaiffeau de la Compagnie des
Indes Orientales , eft arrivé à Plimouth , venant
de Moka & de Bombay , d'où il étoit parti le 27.
Juillet dernier. Sa principale Charge confifte en
Caffé , d'où il apporte 2905. Balles .
}
Le Roi a donné fon confentement Royal a
1'Acte
AVRIL . 1730. 821
1
P'Acte qui défend à fes Sujets de prêter aucune
fomme aux Puiffances Etrangeres fans la permiffron
expreffe de S. M.
Le 13. Avril , le Roi & la Reine allerent au
Theatre de Drury - Lane , voir la Comédie du
Moine Efpagnol . Quelques jours auparavant le
Prince de Galles & la Princeffe Royale , virent
fur le Théatre du Marché au Foin l'Opera de
Jules Cefar.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 9 du mois dernier, le colonel Charles fut jugé à la Cour de Old Bailey pour viol et rapt. Reconnu coupable grâce à des témoignages, il fut incarcéré à Newgate et ses biens risquent la confiscation. Le Grand-Bailli de Westminster tenta de saisir ses effets, mais les domestiques s'opposèrent à cette action. Le lendemain, des objets de valeur furent enlevés, incluant de la vaisselle d'argent, des meubles, un carrosse, une berline et vingt chevaux. Le teneur de livres de la Mer du Sud reçut l'ordre de bloquer les actions du colonel, déjà condamné pour un crime similaire. Le 11 mars, la Chambre des Communes décida de rédiger un projet de loi pour déclarer inéligibles les personnes ayant des pensions ou des charges auprès du roi. Le vice-amiral Cavendish fut nommé pour commander l'escadre anglaise transportant 6 000 hommes de troupes espagnoles en Italie. Le vaisseau Frederick, de la Compagnie des Indes Orientales, arriva à Plymouth avec 2 905 balles de café. Le roi approuva un acte interdisant aux sujets de prêter de l'argent aux puissances étrangères sans autorisation. Le 13 avril, le roi et la reine assistèrent à la comédie 'Le Moine Espagnol' au théâtre de Drury Lane, tandis que le prince de Galles et la princesse royale virent l'opéra 'Jules César' au théâtre du Marché au Foin quelques jours auparavant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1653-1659
INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
Début :
Les Chevaliers qui étoient presens à cette Installation étoient LE ROY, Souverain de [...]
Mots clefs :
Duc de Cumberland, Comte de Chesterfield, Chevaliers, Roi d'Angleterre, Chancelier, Comte, Roi, Chanoines, Cérémonie, Chapelle
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texteReconnaissance textuelle : INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
INSTALLATION du Duc de
Cumberland & des Comtes de Chefter
field & de Burlington , Chevaliers de
l'Ordre de la Jarretiere, faite à windfor, le
29 Juin dernier.
Lalla
Es Chevaliers qui étoient prefens à cette Inf
tallation étoient LE ROY , Souverain de
l'Ordre , le Pr. de Galles , les Ducs de Somerset ,
d'Argyle , de Kent , de Dorfet , de Montagu , de
Newcaſtle , de Grafton , de Bolton,de Richmond;
les Comtes de S :rafford , de Peterborough & de
Scarborough ; & le Chevalier Robert Walpole
Après que les Chevaliers, les Officiers de l'Ordre,
les pauvres Chevaliers , les Chanoines de la Cha
pelle de S. George, & les autres perfonnes qui ont
droit d'affifter a l'Installation , eurent pris leurs
places dans cette Chapelle , le Roy y entra, & fut
reçu par les Chevaliers. Il fe rendit enfuite en
Proceffion dans la Chambre du Chapitre . Le Duc
de Cumberland & les Comtes de Cheſterfield &
de Burlington refterent à l'entrée de cette Chambre
fur des Chaifes qu'on y avoit placées pour
eux .
Le Roy ayant nommé M. Anftis pour exercer
la charge de Garter, ou premier Heraut d'Armes
d'Angleterre. S. M. lui ordonna d'introduire dans
la Chambre le Duc de Cumberland. S. A. R. füt
reçue à la porte par les deux plus anciens Chevaliers
, qui font les Ducs de Somerfet & d'Argyle,
lefquels conduifirent le Duc de Cumberland au
haut bout de la Chambre. Garter prefenta la Robe
de S.A.R. aux Chevaliers, qui l'en revêtirent ,
Hy pendant
1654 MERCURE DE FRANCE
pendant que le Chancelier de l'Ordre lifoit l'Admonition.
Prenez cette Robe , &c. Les mêmes
Chevaliers mirent enfuite à S. A. R. fa Ceinture
& fon Epée.Garter introduifit auffi les deux Comtes
, qui furent reçûs avec les mêmes ceremonies
par les deux plus jeunes Chevaliers ; fçavoir le
Duc de Richmond & le Chevalier Robert Walpole
, après quoi on fe rendit en Proceffion dans
le Choeur de la Chapelle. Cette Proceffion fe fit
avec beaucoup de ceremonie.
Les pauvres Chevaliers & les Chanoines de la
Chapelle y entrerent deux à deux , firent le tour
du Choeur, & ayant fait la révérence devant l'Autel
& l'Eftrade deftinée pour le Roy , ils fe mirent
à leurs places. Les Chevaliers de l'Ordre entrerent
enfuite, & après avoir fait de pareilles révérences
, ils fe mirent fous leurs Bannieres. Les
Officiers & les Prélats de l'Ordre y entrerent avec
les mêmes cérémonles ; & après eux vint le Roy,
précédé du Duc de S.Albans , portant l'Epée d'Etat.
La queue de la Robe de S.M. étoit portée par
les Fils ainez des Ducs de Grafton & de Dorfet, &
par le Maître de la Garde- Robe. Le Roy après
avoir fait la révérence devant l'Autel , fe mit fur
fon Eftrade. Enfuite Garter vint au milieu du
Choeur , y fit fes révérences , tenant le Sceptre
dans la main , & fe tourna vers le Pr, de Galles ,
qui là - deffus quitta fa Banniere ; & après avoir
fait la révérence devant l'Autel & le Roy , il alla
s'affeoir fur fa place , les autres Chevaliers refterent
debout fous leurs Bannieres.
L'Evêque de Winchefter , Prélat de l'Ordre ,
ayant été conduit à l'Autel avec deux Chanoines
de la Chapelle, Garter prit la Banniere du feu Duc
d'York , qu'il remit aux deux plus anciens Chevaliers
, & ceux-cy, après les révérences ordinaires,
la porterent au Prélat de l'Ordre, qui la donna
JUILLET . 1730. 1655
na aux deux Chanoines , pour la placer à côté de
l'Autel. Garter remit enfuite l'Epée du feu Duc
d'York au Duc de Kent & au Comte de Stafford,
& le Cafque avec le Cimier au Comte de Peterborough
& au Duc de Dorfet , qui porterent pareillement
ces Enfeignes au Prélat de l'Ordre, La
même cérémonie fut obfervée touchant la Banniere
, l'Epée & le Cafque des feus Ducs de Devonshire
& Comte de Lincoln .
Aprés cette cérémonie,Garter fe rendit au milieu
du Choeur , fit fes révérences ordinaires ; 86
s'étant tourné vers le plus ancien Chevalier , il lui
fit un figne de fa Verge. Le Chevalier quitta làdeffus
fa Banniere & alla fe mettre à fa place fur
l'Eftrade. Garter fit la même chofe aux autres
Chevaliers,à chacun fuivant fon ancienneté.Après
que tous les Chevaliers eurent pris leurs places ,
Garder appella les deux plus anciens Chevaliers
nommez.par le Roy ,, pour inſtaller le Duc de
Cumberland.
2
Ces deux Chevaliers defcendirent de leur Eftrade,'
& s'étant remis fous leurs Bannieres , les pauvres
Chevaliers & les Hérauts d'Armes fortirent de la
Chapelle , marcherent proceffionellement vers la
Chambre du Chapitre , & fe rangerent aux deux
côtez de la Porte.
Les deux plus anciens Chevaliers , accompagnez
des Officiers de l'Ordre , entrerent enfuite
dans la chambre du Chapitre , d'où ils conduifirent
le Duc de Cumberland au Choeur. S. A. R.
marchant entre les deux Chevaliers , fut menée
directement à fon Eftrade , le Roy l'ayant , à
caufe de fon grand âge , difpenfé du ferment
que les Chevaliers doivent prêter avant que d'y
entrer.
-Les deux Chevaliers ayant reçu des mains de
Garter, affifté du Chancelier de l'Ordre , le Man-
H vj
teau,
1656 MERCURE DE FRANCE
teau , le Chaperon , & le grand Collier de l'Ordre
, en revêtirent le Duc de Cumberland , &
après avoir préfenté à S. A. R. le Livre des Statuts
de l'Ordre , ils luy mirent fur la tête le Bonnet
de l'Ordre , & la firent affeoir . Le Duc de
Cumberland fe leva auffi -tôt ; & après qu'il eût
fait fes revérences , les deux Chevaliers l'embraf
ferent , & fe rendirent enfuite à leur place.
On obferva les mêmes Cerémonies pour l'Inallation
des Comtes de Cheſterfield & de Burlington
, avec cette difference que les deux nouveaux
Chevaliers prêterent ferment à leur en
trée dans le Choeur , ce qui fe fait de la maniere
fuivante. Garter ayant à ſa droite le Greffier de
l'Ordre , porta le Nouveau Teftament & la forme
du Serment , & à fa gauche l'Huiffier à la
verge noire , s'approche du Chevalier ; l'Huiffier
prend enfuite le Nouveau Teftament , le tient
ouvert , & le Chevalier met la main droite fur
ce Livre , pendant que le Greffier lit tout haut le
Serment ordinaire , après quoy le Chevalier baife
le Livre.
Après que les deux Comtes eurent été inſtalez
, le Comte de Chefterfield par le Duc de Kent
& par le Comte de Strafford , & le Comte de
Burlington par le Comte de Peterboroug & par
le Duc de Dorfet , an commença le Service Divin
, qui fut interrompu pour faire les Offrandes
ordinaires ; ce qui fe fit de la maniere fuivante :
Les Chevaliers ayant été fommez par Garter de
defcendre de leurs Eftradęs , allerent , après les
revérences ordinaires , fe mettre fous leurs Bannieres
, le Prince de Calles & le Duc de Cumberland
firent la même chofe. Le Prelat de l'Ordre
accompagné de deux Chanoines , fe mit devant
l'Autel , tenant le Baffin d'or deſtiné pour
recevoir les Offrandes des Chevaliers.
Enfuite
JUILLET . 1730. 1657.
Enfuite le Roy proceffionellement alla à l'Autel :
Sa M. étoit précedée par Garter , le Greffier &
le Chancelier de l'Ordre , & par le Duc de Saint
Albans , portant l'Epée d'Etat : le Duc de Somerset
, nommé par le Roy pour luy préfenter
l'Offrande , & le Duc de Grafton , en qualité de
Chambellan de la Maifon de S. M. fe mirent
derriere le Roy , le premier à la droite , & l'autre
à la gauche. S. M. en fe levant de fa place
pour aller à l'Offrande , fit une revérence vers
' Autel ; elle en fit une ſeconde vers le milieu da
Choeur , & une troifiéme en approchant de la
balustrade de l'Autel . Le Roy y étant arrivé , fe
mit à genoux fur deux carreaux placez fur un
riche tapis , ôta fon bonnet , & mit dans le baffin
P'Offrande qui luy avoit été préfentée par le Duc
de Somerfet ; après quoy S. M. fit en fe levant
une reverence , une feconde au bas du degré ,
une troifiéme au milieu du Choeur , & une quatriéme
lorfqu'elle fut retournée à fa place , toutes
vers l'Autel.
.
Ceux qui avoient accompagné le Roy firent
de pareilles revérences , & retournerent , les deux
Chevaliers fous leur Banniere , & les autres à
leurs places refpectives .
t
On avoit pendant ce temps- là ôté le riche Tapis
& les deux Carreaux , fur lesquels le Roy
s'étoit mis à genoux , & on en avoit mis d'autres
pour les Chevaliers qui furent conduits á
PAutel par
deux Heraults d'armes , & ils firent
leurs Offrandes. Le Prince de Galles y alla le premiet
, enfuite le Duc de Cumberland , & enfuite
les autres Chevaliers , chacun fuivant "fon ancienneté.
Les Chevaliers & les Officiers de l'Or
dre ayant repris leurs places , on continua le
Service Divin , après lequel les pauvres Chevaliers
& les Chanoines fortirent en proceffion de
la
1658 MERCURE DE FRANCE.
la Chapelle , & allerent fe ranger dans la Sale
des Gardes.
Les Heraults d'armes , les Chevaliers & les
. Officiers de l'Ordre fortirent de la même maniere
, & allerent dans la Sale de Prefence ; ils
furent fuivis par le Roy , précedé du Vice-
Chambellan , portant l'Epée d'Etat , du Chancelier
& du Prelat de l'Ordre , du Duc de Cum →
berland , & du Prince de Galles. S. M. paffa par
la Salle de Prefence , y falua les Chevaliers en
ôtant fon Bonnet , & fe retira dans fon Appartement.
Le Dîner étant prêt , le Roy fe rendit en proceffion
, précedé des Heraults d'armes , des Chevaliers
, du Duc de Cumberland , du Prince de
Galles , & du Prelat de l'Ordre , dans la Sale de
S. George. S. M. y étant arrivée , fe mit à table,
ayan à fa droite le Prince de Galles , & à fa
gauche le Duc de Cumberland . Les Chevaliers
fe mirent à une autre table ; ils étoient rangez
fur une même ligne , & avoient le Bonnet fur la
tête. Après le premier Service , on porta au Roy
une Coupe d'or , & S. M. but aux Chevaliers
qui fe tinrent debout & découverts , & après
qu'on eût porté à chaque Chevalier un verre de
ils firent raiſon au Roy , & ſe remirent à
leurs places.
vin ,
Le fecond Service étant fini , Garter s'étant
approché de la Table du Roy avec les ceremo
nies ordinaires , cria trois fois Largeffe , & pro
nonça les Titres du Roy en Latin , en François
& en Anglois. S'étant enfuite tourné vers le Duc
de Cumberland , il cria deux fois Largeffe , &
prononça pareillement les Titres de S. A. R. en
Anglois feulement ; ce qui étant fait , il s'approcha
de la Table des Chevaliers , & cria une fois
Largeffe pour le Comte de Chesterfield , & une
autre
JUILLET . 1730. 165s
autre fois pour le Comte de Burlington , & pro
nonça auffi leurs Titres en Anglois, Après qu'on
eût dîné les Chevaliers fe leverent , & fe rangerent
dans la Sale ; le Prelat de l'Ordre dit enfuite
Graces , après quoy les Chevaliers firent
une revérence au Roy , qui ôta fon Bonnet & les
falua. S. M. précedée des Chevaliers & des Officiers
de l'Ordre , fe rendit enfuite dans la Sale
de S George , dans celle de Prefence , d'où après
les avoir encore faluez , il fe retira dans fon Appartement.
Cumberland & des Comtes de Chefter
field & de Burlington , Chevaliers de
l'Ordre de la Jarretiere, faite à windfor, le
29 Juin dernier.
Lalla
Es Chevaliers qui étoient prefens à cette Inf
tallation étoient LE ROY , Souverain de
l'Ordre , le Pr. de Galles , les Ducs de Somerset ,
d'Argyle , de Kent , de Dorfet , de Montagu , de
Newcaſtle , de Grafton , de Bolton,de Richmond;
les Comtes de S :rafford , de Peterborough & de
Scarborough ; & le Chevalier Robert Walpole
Après que les Chevaliers, les Officiers de l'Ordre,
les pauvres Chevaliers , les Chanoines de la Cha
pelle de S. George, & les autres perfonnes qui ont
droit d'affifter a l'Installation , eurent pris leurs
places dans cette Chapelle , le Roy y entra, & fut
reçu par les Chevaliers. Il fe rendit enfuite en
Proceffion dans la Chambre du Chapitre . Le Duc
de Cumberland & les Comtes de Cheſterfield &
de Burlington refterent à l'entrée de cette Chambre
fur des Chaifes qu'on y avoit placées pour
eux .
Le Roy ayant nommé M. Anftis pour exercer
la charge de Garter, ou premier Heraut d'Armes
d'Angleterre. S. M. lui ordonna d'introduire dans
la Chambre le Duc de Cumberland. S. A. R. füt
reçue à la porte par les deux plus anciens Chevaliers
, qui font les Ducs de Somerfet & d'Argyle,
lefquels conduifirent le Duc de Cumberland au
haut bout de la Chambre. Garter prefenta la Robe
de S.A.R. aux Chevaliers, qui l'en revêtirent ,
Hy pendant
1654 MERCURE DE FRANCE
pendant que le Chancelier de l'Ordre lifoit l'Admonition.
Prenez cette Robe , &c. Les mêmes
Chevaliers mirent enfuite à S. A. R. fa Ceinture
& fon Epée.Garter introduifit auffi les deux Comtes
, qui furent reçûs avec les mêmes ceremonies
par les deux plus jeunes Chevaliers ; fçavoir le
Duc de Richmond & le Chevalier Robert Walpole
, après quoi on fe rendit en Proceffion dans
le Choeur de la Chapelle. Cette Proceffion fe fit
avec beaucoup de ceremonie.
Les pauvres Chevaliers & les Chanoines de la
Chapelle y entrerent deux à deux , firent le tour
du Choeur, & ayant fait la révérence devant l'Autel
& l'Eftrade deftinée pour le Roy , ils fe mirent
à leurs places. Les Chevaliers de l'Ordre entrerent
enfuite, & après avoir fait de pareilles révérences
, ils fe mirent fous leurs Bannieres. Les
Officiers & les Prélats de l'Ordre y entrerent avec
les mêmes cérémonles ; & après eux vint le Roy,
précédé du Duc de S.Albans , portant l'Epée d'Etat.
La queue de la Robe de S.M. étoit portée par
les Fils ainez des Ducs de Grafton & de Dorfet, &
par le Maître de la Garde- Robe. Le Roy après
avoir fait la révérence devant l'Autel , fe mit fur
fon Eftrade. Enfuite Garter vint au milieu du
Choeur , y fit fes révérences , tenant le Sceptre
dans la main , & fe tourna vers le Pr, de Galles ,
qui là - deffus quitta fa Banniere ; & après avoir
fait la révérence devant l'Autel & le Roy , il alla
s'affeoir fur fa place , les autres Chevaliers refterent
debout fous leurs Bannieres.
L'Evêque de Winchefter , Prélat de l'Ordre ,
ayant été conduit à l'Autel avec deux Chanoines
de la Chapelle, Garter prit la Banniere du feu Duc
d'York , qu'il remit aux deux plus anciens Chevaliers
, & ceux-cy, après les révérences ordinaires,
la porterent au Prélat de l'Ordre, qui la donna
JUILLET . 1730. 1655
na aux deux Chanoines , pour la placer à côté de
l'Autel. Garter remit enfuite l'Epée du feu Duc
d'York au Duc de Kent & au Comte de Stafford,
& le Cafque avec le Cimier au Comte de Peterborough
& au Duc de Dorfet , qui porterent pareillement
ces Enfeignes au Prélat de l'Ordre, La
même cérémonie fut obfervée touchant la Banniere
, l'Epée & le Cafque des feus Ducs de Devonshire
& Comte de Lincoln .
Aprés cette cérémonie,Garter fe rendit au milieu
du Choeur , fit fes révérences ordinaires ; 86
s'étant tourné vers le plus ancien Chevalier , il lui
fit un figne de fa Verge. Le Chevalier quitta làdeffus
fa Banniere & alla fe mettre à fa place fur
l'Eftrade. Garter fit la même chofe aux autres
Chevaliers,à chacun fuivant fon ancienneté.Après
que tous les Chevaliers eurent pris leurs places ,
Garder appella les deux plus anciens Chevaliers
nommez.par le Roy ,, pour inſtaller le Duc de
Cumberland.
2
Ces deux Chevaliers defcendirent de leur Eftrade,'
& s'étant remis fous leurs Bannieres , les pauvres
Chevaliers & les Hérauts d'Armes fortirent de la
Chapelle , marcherent proceffionellement vers la
Chambre du Chapitre , & fe rangerent aux deux
côtez de la Porte.
Les deux plus anciens Chevaliers , accompagnez
des Officiers de l'Ordre , entrerent enfuite
dans la chambre du Chapitre , d'où ils conduifirent
le Duc de Cumberland au Choeur. S. A. R.
marchant entre les deux Chevaliers , fut menée
directement à fon Eftrade , le Roy l'ayant , à
caufe de fon grand âge , difpenfé du ferment
que les Chevaliers doivent prêter avant que d'y
entrer.
-Les deux Chevaliers ayant reçu des mains de
Garter, affifté du Chancelier de l'Ordre , le Man-
H vj
teau,
1656 MERCURE DE FRANCE
teau , le Chaperon , & le grand Collier de l'Ordre
, en revêtirent le Duc de Cumberland , &
après avoir préfenté à S. A. R. le Livre des Statuts
de l'Ordre , ils luy mirent fur la tête le Bonnet
de l'Ordre , & la firent affeoir . Le Duc de
Cumberland fe leva auffi -tôt ; & après qu'il eût
fait fes revérences , les deux Chevaliers l'embraf
ferent , & fe rendirent enfuite à leur place.
On obferva les mêmes Cerémonies pour l'Inallation
des Comtes de Cheſterfield & de Burlington
, avec cette difference que les deux nouveaux
Chevaliers prêterent ferment à leur en
trée dans le Choeur , ce qui fe fait de la maniere
fuivante. Garter ayant à ſa droite le Greffier de
l'Ordre , porta le Nouveau Teftament & la forme
du Serment , & à fa gauche l'Huiffier à la
verge noire , s'approche du Chevalier ; l'Huiffier
prend enfuite le Nouveau Teftament , le tient
ouvert , & le Chevalier met la main droite fur
ce Livre , pendant que le Greffier lit tout haut le
Serment ordinaire , après quoy le Chevalier baife
le Livre.
Après que les deux Comtes eurent été inſtalez
, le Comte de Chefterfield par le Duc de Kent
& par le Comte de Strafford , & le Comte de
Burlington par le Comte de Peterboroug & par
le Duc de Dorfet , an commença le Service Divin
, qui fut interrompu pour faire les Offrandes
ordinaires ; ce qui fe fit de la maniere fuivante :
Les Chevaliers ayant été fommez par Garter de
defcendre de leurs Eftradęs , allerent , après les
revérences ordinaires , fe mettre fous leurs Bannieres
, le Prince de Calles & le Duc de Cumberland
firent la même chofe. Le Prelat de l'Ordre
accompagné de deux Chanoines , fe mit devant
l'Autel , tenant le Baffin d'or deſtiné pour
recevoir les Offrandes des Chevaliers.
Enfuite
JUILLET . 1730. 1657.
Enfuite le Roy proceffionellement alla à l'Autel :
Sa M. étoit précedée par Garter , le Greffier &
le Chancelier de l'Ordre , & par le Duc de Saint
Albans , portant l'Epée d'Etat : le Duc de Somerset
, nommé par le Roy pour luy préfenter
l'Offrande , & le Duc de Grafton , en qualité de
Chambellan de la Maifon de S. M. fe mirent
derriere le Roy , le premier à la droite , & l'autre
à la gauche. S. M. en fe levant de fa place
pour aller à l'Offrande , fit une revérence vers
' Autel ; elle en fit une ſeconde vers le milieu da
Choeur , & une troifiéme en approchant de la
balustrade de l'Autel . Le Roy y étant arrivé , fe
mit à genoux fur deux carreaux placez fur un
riche tapis , ôta fon bonnet , & mit dans le baffin
P'Offrande qui luy avoit été préfentée par le Duc
de Somerfet ; après quoy S. M. fit en fe levant
une reverence , une feconde au bas du degré ,
une troifiéme au milieu du Choeur , & une quatriéme
lorfqu'elle fut retournée à fa place , toutes
vers l'Autel.
.
Ceux qui avoient accompagné le Roy firent
de pareilles revérences , & retournerent , les deux
Chevaliers fous leur Banniere , & les autres à
leurs places refpectives .
t
On avoit pendant ce temps- là ôté le riche Tapis
& les deux Carreaux , fur lesquels le Roy
s'étoit mis à genoux , & on en avoit mis d'autres
pour les Chevaliers qui furent conduits á
PAutel par
deux Heraults d'armes , & ils firent
leurs Offrandes. Le Prince de Galles y alla le premiet
, enfuite le Duc de Cumberland , & enfuite
les autres Chevaliers , chacun fuivant "fon ancienneté.
Les Chevaliers & les Officiers de l'Or
dre ayant repris leurs places , on continua le
Service Divin , après lequel les pauvres Chevaliers
& les Chanoines fortirent en proceffion de
la
1658 MERCURE DE FRANCE.
la Chapelle , & allerent fe ranger dans la Sale
des Gardes.
Les Heraults d'armes , les Chevaliers & les
. Officiers de l'Ordre fortirent de la même maniere
, & allerent dans la Sale de Prefence ; ils
furent fuivis par le Roy , précedé du Vice-
Chambellan , portant l'Epée d'Etat , du Chancelier
& du Prelat de l'Ordre , du Duc de Cum →
berland , & du Prince de Galles. S. M. paffa par
la Salle de Prefence , y falua les Chevaliers en
ôtant fon Bonnet , & fe retira dans fon Appartement.
Le Dîner étant prêt , le Roy fe rendit en proceffion
, précedé des Heraults d'armes , des Chevaliers
, du Duc de Cumberland , du Prince de
Galles , & du Prelat de l'Ordre , dans la Sale de
S. George. S. M. y étant arrivée , fe mit à table,
ayan à fa droite le Prince de Galles , & à fa
gauche le Duc de Cumberland . Les Chevaliers
fe mirent à une autre table ; ils étoient rangez
fur une même ligne , & avoient le Bonnet fur la
tête. Après le premier Service , on porta au Roy
une Coupe d'or , & S. M. but aux Chevaliers
qui fe tinrent debout & découverts , & après
qu'on eût porté à chaque Chevalier un verre de
ils firent raiſon au Roy , & ſe remirent à
leurs places.
vin ,
Le fecond Service étant fini , Garter s'étant
approché de la Table du Roy avec les ceremo
nies ordinaires , cria trois fois Largeffe , & pro
nonça les Titres du Roy en Latin , en François
& en Anglois. S'étant enfuite tourné vers le Duc
de Cumberland , il cria deux fois Largeffe , &
prononça pareillement les Titres de S. A. R. en
Anglois feulement ; ce qui étant fait , il s'approcha
de la Table des Chevaliers , & cria une fois
Largeffe pour le Comte de Chesterfield , & une
autre
JUILLET . 1730. 165s
autre fois pour le Comte de Burlington , & pro
nonça auffi leurs Titres en Anglois, Après qu'on
eût dîné les Chevaliers fe leverent , & fe rangerent
dans la Sale ; le Prelat de l'Ordre dit enfuite
Graces , après quoy les Chevaliers firent
une revérence au Roy , qui ôta fon Bonnet & les
falua. S. M. précedée des Chevaliers & des Officiers
de l'Ordre , fe rendit enfuite dans la Sale
de S George , dans celle de Prefence , d'où après
les avoir encore faluez , il fe retira dans fon Appartement.
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Résumé : INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
Le 29 juin, le Duc de Cumberland et les Comtes de Chesterfield et de Burlington ont été installés comme Chevaliers de l'Ordre de la Jarretière à Windsor. La cérémonie, présidée par le Roi, Souverain de l'Ordre, a réuni plusieurs dignitaires, dont le Prince de Galles et divers Ducs et Comtes. La procession a débuté dans la Chapelle de Saint-Georges, où les participants ont pris leurs places respectives. Le Duc de Cumberland a été introduit par le Garter, ou premier Héraut d'Armes, et revêtu de la robe de l'Ordre par les Ducs de Somerset et d'Argyle. Les Comtes de Chesterfield et de Burlington ont été introduits de manière similaire par les Ducs de Richmond et Robert Walpole. Après les cérémonies d'investiture, les nouveaux Chevaliers ont prêté serment et ont été conduits à leurs places. La cérémonie s'est poursuivie par un service divin, des offrandes à l'autel, et un dîner où le Roi a porté un toast aux nouveaux Chevaliers. Les titres des nouveaux Chevaliers ont été proclamés par le Garter, et la cérémonie s'est conclue par des salutations et des prières.
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9
p. 1879-1880
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On a publié à Gibraltar le nouveau Traité de Pacification que M. Jean Russel, Ministre [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Traité de paix, Commerce, Roi du Maroc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
Na publié à Gibraltar le nouveau Traité de
Pacification que M. Jean Ruffel , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi d'Angleterre , a conclu
avec le Roi de Maroc depuis quelques mois ; il
eft ftipulé par les principaux Articles de ce Traité
que tous les Maures ou Juifs , Sujets du Roi de
Maroc , auront la liberté de commercer dans la
Ville de Gibraltar & dans l'Ile de Minorque ;
qu'il leur fera permis d'y féjourner pendant 30.
jours toutes les fois qu'ils y apporteront des Marchandifes
de leur Pays, ou qu'ils viendront ache
ter de celles de l'Europe ; que les Sujets du Roi
d'Angleterre qui pour leur commerce feront
obligés de féjourner dans les Villes de la dépendance
du Royaume de Maroc , ne feront pas
contraints , en cas de conteftation avec les habitans
de ces Villes , de comparoître devant le Cadi
, ou Juge du lieu , & qu'il ne fera permis qu'au
Gouverneur de la Ville & au Conful de la Nation
Angloife de connoître de ces differends ;
que tous les Sujets de S. M. Brit . tant Anglois
qu'Hannoveriens qui feront pris par les mateurs
du Roi de Maroc fur quelque Vaiffeau
ce puiffe être , feront mis en liberté & renvoyés
à Gibraltar ; qu'il fera permis aux Commiffaires
Anglois d'acheter des provifions & tout ce qui
leur fera neceffaire , tant pour les Vaiffeaux de
Guerre du Roi d'Angleterre que pour la Garnifon
de Gibraltar dans tous les Ports du Roi de
Maroc , au prix courant du marché , & que ces
provifions feront portées à bord des Vaiffeaux
Anglois fans payer aucun droit de fortie. Tous
les autres Articles de ce Traité confirment celui
que
qui
1880 MERCURE DE FRANCE
qui fut conclu il y a quelques années entre le feu
Roi d'Angleterre George I. & le feu Roi de Maroc
, pere de celui qui regne aujourd'hui.
On apprend de Londres que le Prince Guillaume
, Vaiffeau de la Compagnie de la Mer du
Sud , étant entierement chargé pour Cartagene
& Porto- Bello , a defcendu la Riviere jufqu'à
Long-Reach , au - deffus de Gravefend ; & perfonne
ne s'étant prefenté de la part du Roi
d'Efpagne pour le jauger & le meſurer , conformément
au Traité de l'Affiente , les Directeurs
l'ont fait jauger par quatre perfonnes dignes de
foi , aufquelles on a fait prêter ferment , & on
croit que leur Certificat fera fuffifant s'il ne fe
préfente aucun Agent de S. M. Cath. après un
délai raifonnable .
Les fept Chefs des Nations Indiennes dont
nous avons parlé , qui étoient à Windfor depuis
quelque tems , ayant pris congé de L. M. font
allés à Londres pour voir ce qu'il y a de plus
curieux dans cette Ville , en attendant qu'il y ait
un Vaiffeau prêt à partir pour les tranfporter
dans leur Pays.
Cinq Voleurs arrêtés à Londres au commencement
de ce mois , ont déclaré dans leur Interrogatoire
qu'ils avoient formé le deffein de voler
le Roi & la Reine lorfque L. M. iroient le matin
fe promener à pied , fans Gardes , dans le Parc
de Windfor..
Na publié à Gibraltar le nouveau Traité de
Pacification que M. Jean Ruffel , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi d'Angleterre , a conclu
avec le Roi de Maroc depuis quelques mois ; il
eft ftipulé par les principaux Articles de ce Traité
que tous les Maures ou Juifs , Sujets du Roi de
Maroc , auront la liberté de commercer dans la
Ville de Gibraltar & dans l'Ile de Minorque ;
qu'il leur fera permis d'y féjourner pendant 30.
jours toutes les fois qu'ils y apporteront des Marchandifes
de leur Pays, ou qu'ils viendront ache
ter de celles de l'Europe ; que les Sujets du Roi
d'Angleterre qui pour leur commerce feront
obligés de féjourner dans les Villes de la dépendance
du Royaume de Maroc , ne feront pas
contraints , en cas de conteftation avec les habitans
de ces Villes , de comparoître devant le Cadi
, ou Juge du lieu , & qu'il ne fera permis qu'au
Gouverneur de la Ville & au Conful de la Nation
Angloife de connoître de ces differends ;
que tous les Sujets de S. M. Brit . tant Anglois
qu'Hannoveriens qui feront pris par les mateurs
du Roi de Maroc fur quelque Vaiffeau
ce puiffe être , feront mis en liberté & renvoyés
à Gibraltar ; qu'il fera permis aux Commiffaires
Anglois d'acheter des provifions & tout ce qui
leur fera neceffaire , tant pour les Vaiffeaux de
Guerre du Roi d'Angleterre que pour la Garnifon
de Gibraltar dans tous les Ports du Roi de
Maroc , au prix courant du marché , & que ces
provifions feront portées à bord des Vaiffeaux
Anglois fans payer aucun droit de fortie. Tous
les autres Articles de ce Traité confirment celui
que
qui
1880 MERCURE DE FRANCE
qui fut conclu il y a quelques années entre le feu
Roi d'Angleterre George I. & le feu Roi de Maroc
, pere de celui qui regne aujourd'hui.
On apprend de Londres que le Prince Guillaume
, Vaiffeau de la Compagnie de la Mer du
Sud , étant entierement chargé pour Cartagene
& Porto- Bello , a defcendu la Riviere jufqu'à
Long-Reach , au - deffus de Gravefend ; & perfonne
ne s'étant prefenté de la part du Roi
d'Efpagne pour le jauger & le meſurer , conformément
au Traité de l'Affiente , les Directeurs
l'ont fait jauger par quatre perfonnes dignes de
foi , aufquelles on a fait prêter ferment , & on
croit que leur Certificat fera fuffifant s'il ne fe
préfente aucun Agent de S. M. Cath. après un
délai raifonnable .
Les fept Chefs des Nations Indiennes dont
nous avons parlé , qui étoient à Windfor depuis
quelque tems , ayant pris congé de L. M. font
allés à Londres pour voir ce qu'il y a de plus
curieux dans cette Ville , en attendant qu'il y ait
un Vaiffeau prêt à partir pour les tranfporter
dans leur Pays.
Cinq Voleurs arrêtés à Londres au commencement
de ce mois , ont déclaré dans leur Interrogatoire
qu'ils avoient formé le deffein de voler
le Roi & la Reine lorfque L. M. iroient le matin
fe promener à pied , fans Gardes , dans le Parc
de Windfor..
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le texte évoque plusieurs accords et événements impliquant la Grande-Bretagne. Un nouveau traité de pacification entre le Royaume-Uni et le Maroc a été publié à Gibraltar. Ce traité autorise les sujets marocains, qu'ils soient Maures ou Juifs, à commercer et séjourner à Gibraltar et à Minorque pendant 30 jours. Les sujets britanniques au Maroc sont exemptés de la juridiction locale en cas de litige, les différends étant résolus par le gouverneur de la ville et le consul britannique. Les Britanniques capturés par des navires marocains doivent être libérés et renvoyés à Gibraltar. Les commissaires britanniques peuvent acheter des provisions dans les ports marocains sans droits de sortie. Ce traité confirme un accord antérieur entre le roi George I et le père du roi marocain actuel. Par ailleurs, le prince Guillaume a descendu la rivière jusqu'à Long-Reach à bord d'un vaisseau de la Compagnie de la Mer du Sud, en direction de Carthagène et Porto-Bello. En l'absence d'agents espagnols, les directeurs ont fait jauger le vaisseau par des personnes dignes de foi. Enfin, sept chefs indiens, ayant pris congé du roi à Windsor, attendent à Londres un vaisseau pour retourner dans leur pays. Cinq voleurs arrêtés à Londres ont avoué avoir projeté de voler le roi et la reine lors de leurs promenades à pied et sans gardes au parc de Windsor.
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10
p. 165-169
Discours du Roy au Parlement, &c. [titre d'après la table]
Début :
MYLORDS ET MESSIEURS, C'est un grand plaisir pour moi [...]
Mots clefs :
Discours, Roi d'Angleterre, Chambre des pairs, Espagne, Chambre des communes
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texteReconnaissance textuelle : Discours du Roy au Parlement, &c. [titre d'après la table]
idi , le Roy se rendit en Cortège en la Chambre des Pairs , ayant mandé les Communes.S M. fit l'ouverture de la Scéance du Parlement par le.
Discours suivant.
MYLORDS ET MESSIEURS,
C'est un grand plaisir pour moi de pouvoir vous dire que les esperances que je vous ai données de
temps en temps , de voir la tranquillité de l'Europe rétablie et affermie , sont à present entierement
accomplies,je m'assure que la part du crédit et de
l'influence que la Couronne d'Angleterre a eue dans
La réussite de cette affaire , comme on le reconnoît au dehors , sera agréable à mon peuple , et que vous en aurez de la reconnoissance..
On sçait que depuis le temps de la conclusion,
de la Quadruple Alliance , les diferentes Cours de
l'Europe ont cherché les moyens d'exécuter ce qui
avoit été convenu par les Puissances principales pour la succession de Toscane , et des Duchez de
Parme et de Plaisance , en faveur d'un Infant
d'Espagne
2
18 MERCURE DE FRANCE
Espagne , mais les interets differens et opposez
difficiles à concilier et à réunir pour faire réussir
une affaire de si grande importance; les vues éten
dues et les esperances qu'on avoit conçûës de chaque côté, d'obtenir de plus grands avantages , les ja- ·
lousies naturelles et les défiances que de tels principes
et des desseins contraires les uns aux autres , ont
fait naître parmi les differentes Puissances interessées avoit tenu en suspens et dans l'inéxécution ;
ce quela Cour d'Espagne avoit extrêmement àcœur,,
et avoit causé des troubles et des désordes qui ont
embarassé les affaires de l'Europe pendant plusieurs
années , et dans lesquels les interêts particuliers de
cette Nation ont été envelopez. ,
Vous avez été de temps en temps informez des :
differentes mesures et négociations qu'on a employées
de tous côtez durant cette situation incertaine des affaires , et vous m'avez mis en état de continuer
mes soins , pour conserver les droits et possessions .
de ce Royaume, la paix et la balance de l'Europe
Les articles préliminaires et les transactions qui les
ont suivies , n'ayant pas répondu aux attentes de la
Cour d'Espagne , et ayant causéde la froideur et du mécontentement entre les Parties contractantes di
premier Traité de Vienne , furent le fondement et là
cause du Traité de Séville , et détruisirent parla :
cette union , qui avoit fait naître tant de crainte et allarmé le monde si long- temps.
L'exécution du Traité de Séville étoit la grande
difficulté qui restoit encore ; et quelqu'insurmontable qu'on a crût,j'aipar lesecours etparlaconfiance que vous avez euë en moi , été en état de la vaincre par des Traitez justes et honorables , sans en
venir aux extrémitez , sans courir le hazard ni
m'exposer à la dépense qu'auroit causé une rupture··
générale , et sans allumer la guerre dans aucune
partie de l'Europe... Parme
JANVIER 1732: 167-
Parme et Plaisance sont à présent dans l'actuelle ·
possession de l'Infant Don Carlos. Six mille Espagnols ont été tranquillement reçus et mis en quar-.
tiers dans le Duché de Toscane , afin d'assurer à ce
Prince, du propre consentement et de l'agrément du Grand Duc, la survivance à ses Etats ; et l'on a:
fait une convention de famille entre les Cours d'Espagne et de Toscane , pour conserver la Paixet l'a
mitié entre ses deux Maisons pendant la vie du
Grand Duc.
Pour perfectionner et finir cet Ouvrage ennuyeux,
conduit au travers d'une suite de changement et de ·
vicissitude infinie , et embarassé de toutes les diffe .
rentes vûës d'interêts et d'ambition ; j'ay conclu le :
dernier Traité de Vienne , oùje ne suis entré dans ;
aucuns engagemens contraires aux précédens Trai
tez, ni qui tendent à agrandir ou diminuer lepouvoir ou le poids d'aucun Potentat ; le but n'étant, &
de conserver une juste balance et d'éviter la confusion que les nouveaux changemens et de nouveaux troubles , que les évenemens futurs feroient
naitre , causeroient inévitablement, et dans lesquels .
PAngleterre ne pourroit jamais demeurer tranquille
ni être spectatrice oisive.
que
Quandcela aura été bien consideréet qu'on verra
queles playes qui ont saigné long-temps , sont entierement consolidées ; les jalousies sans fondement cesseront , la paix et la bonne harmonie reviendront
ensemble , toute défiance et soupçon , effet naturel des
délais réitérez , artificieusement insinués et indus-..
trieusement augmentez et aggravez , seront éloignez ; une mutuelle satisfaction sera la conséquence
de la ponctuelle et effective exécution de tous nos
Engagemens , dont on se ressouviendra toujours
avec beaucoup d'égard et d'honneur pour la Couronne et pour cette Nation , et qui mettra ceux quiJu
13 MERCURE DE FRANCE
·
sont immédiatement intéressez , dans une obliga--
tion indispensable d'en avoir la reconnoissance que
P'honneur et la justice demandent.
MESSIEURS de la Chambre des
Communes ,
On remettra devant vous les estimations où l'é--
tat des dépenses pour le service de l'année courante , qui , comme vous le remarquerez, sont beau coup moins considérables que celles des années précédentes. C'est un plaisir pour moi de soulager mes :
Sujets quand le temps le permet , vous avez veu les
heureux effets de votre ancien zele et fermeté , le
succès a accompagné mes mesures et vous recueillez
le fruit de mes efforts et de votre confiance en moy.
C'est pour vous une satisfaction de sçavoir quetour
tes les dépenses que vous avez faites en dernier lieu,
sont amplement recompensées, en en évitant de beaucoup plus grandes.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je mepromets que cette heureuse situation des affaires vous donnera des dispositions unanimes et un juste zele pour le bien public , telles qu'elles convien
nenta un Parlement qui connoit les grands bonheurs
dont il jouit. Le devoir et l'affection de mes Sujets ·
sont toute la reconnoissance queje désire pour l'amour paternel que j'ai pour eux , et pour l'interêt que
jeprends en tout ce qui les regarde.. Mon gouvernement n'a de sureté que dans -ce
qui peut contribuer également à votre bonheur et
ala protection de mon peuple , et votre prosperité n'a
de fondement que dans la défense et le soutien de
mon gouvernement. Notre sureté est mutuelle , nas
intérêts sont inséparables. ·
Le Roy étant sorti de la Chambre , les Sei
gneurs
JANVIER. 1732. 169
gneurs résolurent unanimement de présenter une
adresse à S M. pour le remercier de sa Harangue,
Les Communes retirées dans leur Chambre , y
prirent une semblable résolution.
Discours suivant.
MYLORDS ET MESSIEURS,
C'est un grand plaisir pour moi de pouvoir vous dire que les esperances que je vous ai données de
temps en temps , de voir la tranquillité de l'Europe rétablie et affermie , sont à present entierement
accomplies,je m'assure que la part du crédit et de
l'influence que la Couronne d'Angleterre a eue dans
La réussite de cette affaire , comme on le reconnoît au dehors , sera agréable à mon peuple , et que vous en aurez de la reconnoissance..
On sçait que depuis le temps de la conclusion,
de la Quadruple Alliance , les diferentes Cours de
l'Europe ont cherché les moyens d'exécuter ce qui
avoit été convenu par les Puissances principales pour la succession de Toscane , et des Duchez de
Parme et de Plaisance , en faveur d'un Infant
d'Espagne
2
18 MERCURE DE FRANCE
Espagne , mais les interets differens et opposez
difficiles à concilier et à réunir pour faire réussir
une affaire de si grande importance; les vues éten
dues et les esperances qu'on avoit conçûës de chaque côté, d'obtenir de plus grands avantages , les ja- ·
lousies naturelles et les défiances que de tels principes
et des desseins contraires les uns aux autres , ont
fait naître parmi les differentes Puissances interessées avoit tenu en suspens et dans l'inéxécution ;
ce quela Cour d'Espagne avoit extrêmement àcœur,,
et avoit causé des troubles et des désordes qui ont
embarassé les affaires de l'Europe pendant plusieurs
années , et dans lesquels les interêts particuliers de
cette Nation ont été envelopez. ,
Vous avez été de temps en temps informez des :
differentes mesures et négociations qu'on a employées
de tous côtez durant cette situation incertaine des affaires , et vous m'avez mis en état de continuer
mes soins , pour conserver les droits et possessions .
de ce Royaume, la paix et la balance de l'Europe
Les articles préliminaires et les transactions qui les
ont suivies , n'ayant pas répondu aux attentes de la
Cour d'Espagne , et ayant causéde la froideur et du mécontentement entre les Parties contractantes di
premier Traité de Vienne , furent le fondement et là
cause du Traité de Séville , et détruisirent parla :
cette union , qui avoit fait naître tant de crainte et allarmé le monde si long- temps.
L'exécution du Traité de Séville étoit la grande
difficulté qui restoit encore ; et quelqu'insurmontable qu'on a crût,j'aipar lesecours etparlaconfiance que vous avez euë en moi , été en état de la vaincre par des Traitez justes et honorables , sans en
venir aux extrémitez , sans courir le hazard ni
m'exposer à la dépense qu'auroit causé une rupture··
générale , et sans allumer la guerre dans aucune
partie de l'Europe... Parme
JANVIER 1732: 167-
Parme et Plaisance sont à présent dans l'actuelle ·
possession de l'Infant Don Carlos. Six mille Espagnols ont été tranquillement reçus et mis en quar-.
tiers dans le Duché de Toscane , afin d'assurer à ce
Prince, du propre consentement et de l'agrément du Grand Duc, la survivance à ses Etats ; et l'on a:
fait une convention de famille entre les Cours d'Espagne et de Toscane , pour conserver la Paixet l'a
mitié entre ses deux Maisons pendant la vie du
Grand Duc.
Pour perfectionner et finir cet Ouvrage ennuyeux,
conduit au travers d'une suite de changement et de ·
vicissitude infinie , et embarassé de toutes les diffe .
rentes vûës d'interêts et d'ambition ; j'ay conclu le :
dernier Traité de Vienne , oùje ne suis entré dans ;
aucuns engagemens contraires aux précédens Trai
tez, ni qui tendent à agrandir ou diminuer lepouvoir ou le poids d'aucun Potentat ; le but n'étant, &
de conserver une juste balance et d'éviter la confusion que les nouveaux changemens et de nouveaux troubles , que les évenemens futurs feroient
naitre , causeroient inévitablement, et dans lesquels .
PAngleterre ne pourroit jamais demeurer tranquille
ni être spectatrice oisive.
que
Quandcela aura été bien consideréet qu'on verra
queles playes qui ont saigné long-temps , sont entierement consolidées ; les jalousies sans fondement cesseront , la paix et la bonne harmonie reviendront
ensemble , toute défiance et soupçon , effet naturel des
délais réitérez , artificieusement insinués et indus-..
trieusement augmentez et aggravez , seront éloignez ; une mutuelle satisfaction sera la conséquence
de la ponctuelle et effective exécution de tous nos
Engagemens , dont on se ressouviendra toujours
avec beaucoup d'égard et d'honneur pour la Couronne et pour cette Nation , et qui mettra ceux quiJu
13 MERCURE DE FRANCE
·
sont immédiatement intéressez , dans une obliga--
tion indispensable d'en avoir la reconnoissance que
P'honneur et la justice demandent.
MESSIEURS de la Chambre des
Communes ,
On remettra devant vous les estimations où l'é--
tat des dépenses pour le service de l'année courante , qui , comme vous le remarquerez, sont beau coup moins considérables que celles des années précédentes. C'est un plaisir pour moi de soulager mes :
Sujets quand le temps le permet , vous avez veu les
heureux effets de votre ancien zele et fermeté , le
succès a accompagné mes mesures et vous recueillez
le fruit de mes efforts et de votre confiance en moy.
C'est pour vous une satisfaction de sçavoir quetour
tes les dépenses que vous avez faites en dernier lieu,
sont amplement recompensées, en en évitant de beaucoup plus grandes.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je mepromets que cette heureuse situation des affaires vous donnera des dispositions unanimes et un juste zele pour le bien public , telles qu'elles convien
nenta un Parlement qui connoit les grands bonheurs
dont il jouit. Le devoir et l'affection de mes Sujets ·
sont toute la reconnoissance queje désire pour l'amour paternel que j'ai pour eux , et pour l'interêt que
jeprends en tout ce qui les regarde.. Mon gouvernement n'a de sureté que dans -ce
qui peut contribuer également à votre bonheur et
ala protection de mon peuple , et votre prosperité n'a
de fondement que dans la défense et le soutien de
mon gouvernement. Notre sureté est mutuelle , nas
intérêts sont inséparables. ·
Le Roy étant sorti de la Chambre , les Sei
gneurs
JANVIER. 1732. 169
gneurs résolurent unanimement de présenter une
adresse à S M. pour le remercier de sa Harangue,
Les Communes retirées dans leur Chambre , y
prirent une semblable résolution.
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Résumé : Discours du Roy au Parlement, &c. [titre d'après la table]
Le roi s'est rendu à la Chambre des Pairs pour ouvrir la séance du Parlement par un discours. Il a annoncé que les espoirs de rétablir la tranquillité en Europe étaient accomplis, mettant en avant le rôle de la Couronne d'Angleterre dans cette réussite. Depuis la Quadruple Alliance, les cours européennes cherchaient à exécuter les accords concernant la succession de la Toscane et des duchés de Parme et de Plaisance en faveur d'un infant d'Espagne. Cependant, les intérêts divergents et les défiances avaient retardé l'exécution de ces accords, causant des troubles en Europe. Le roi a mentionné les différentes mesures et négociations employées durant cette période incertaine, visant à conserver les droits et possessions du Royaume, ainsi que la paix et la balance en Europe. Les articles préliminaires et les transactions du premier Traité de Vienne n'ayant pas répondu aux attentes de la Cour d'Espagne, ils furent à l'origine du Traité de Séville. L'exécution de ce traité fut facilitée par des accords justes et honorables, évitant ainsi une rupture générale et une guerre en Europe. Parme et Plaisance sont désormais sous la possession de l'infant Don Carlos, et des Espagnols ont été installés en Toscane pour assurer la succession. Une convention de famille entre les cours d'Espagne et de Toscane a été conclue pour maintenir la paix et l'amitié. Le roi a conclu le dernier Traité de Vienne, visant à conserver une juste balance et à éviter de nouveaux troubles. Le roi a souligné que les dépenses pour l'année courante étaient moins considérables que les années précédentes, remerciant ses sujets pour leur zèle et leur confiance. Il a exprimé son désir de voir le Parlement uni et zélé pour le bien public, soulignant que la sécurité et la prospérité mutuelles dépendaient de la défense et du soutien réciproques. À la fin du discours, les seigneurs et les communes ont résolu de présenter une adresse au roi pour le remercier de sa harangue.
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11
p. 194
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Quelques vaisseaux de guerre ont ordre de se tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois [...]
Mots clefs :
Londres, Roi d'Angleterre, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , lele 17 Octobre.
Quelques vaiffeaux de guerre ont ordre de fe
tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois
prochain , pour eſcorter en Afie les navires de
la Compagnie des Indes Orientales.
Le bruit court que le Roi a deffein d'inſtituer en
Irlande un Ordre de chevalerie , qui portera le
nom de Saint Patrice. Cet Ordre , à ce qu'on prétend
, fera compofé de trente & un Chevaliers.
Ils porteront une étoile en broderie d'or fur leurs
habits , & leur cordon fera orangé . L'Evêque de
Kildare, Doyen de l'Eglife de Chriſt , fera Grand
Aumônier de cet Ordre dans lequel on ne pourra
être admis fi l'on n'eſt Pair , ou du moins fi l'on
n'a été membre du Parlement d'Irlande .
On a reçu de Stebbing , dans le Comté d'Effex ;
la nouvelle de la mort du fieur Jacques Powel . Sa
groffeur monstrueufe l'avoit rendu célébre ; il
avoit environ ſeize pieds d'Angleterre de circon
férence , & il peloit fix cens cinquante livres.
Ona inoculé la petite vérole aux Princes Henri ,
Guillaume & Frederic ; & cette opération a en
tout le fuccès qu'on en attendoit,
DE LONDRES , lele 17 Octobre.
Quelques vaiffeaux de guerre ont ordre de fe
tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois
prochain , pour eſcorter en Afie les navires de
la Compagnie des Indes Orientales.
Le bruit court que le Roi a deffein d'inſtituer en
Irlande un Ordre de chevalerie , qui portera le
nom de Saint Patrice. Cet Ordre , à ce qu'on prétend
, fera compofé de trente & un Chevaliers.
Ils porteront une étoile en broderie d'or fur leurs
habits , & leur cordon fera orangé . L'Evêque de
Kildare, Doyen de l'Eglife de Chriſt , fera Grand
Aumônier de cet Ordre dans lequel on ne pourra
être admis fi l'on n'eſt Pair , ou du moins fi l'on
n'a été membre du Parlement d'Irlande .
On a reçu de Stebbing , dans le Comté d'Effex ;
la nouvelle de la mort du fieur Jacques Powel . Sa
groffeur monstrueufe l'avoit rendu célébre ; il
avoit environ ſeize pieds d'Angleterre de circon
férence , & il peloit fix cens cinquante livres.
Ona inoculé la petite vérole aux Princes Henri ,
Guillaume & Frederic ; & cette opération a en
tout le fuccès qu'on en attendoit,
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 17 octobre à Londres, plusieurs vaisseaux de guerre ont été préparés pour escorter des navires de la Compagnie des Indes Orientales en Afrique. Des rumeurs indiquent que le roi envisage de créer en Irlande un Ordre de chevalerie nommé Saint Patrice, composé de trente-et-un chevaliers portant une étoile en broderie d'or et un cordon orangé. L'évêque de Kildare serait nommé Grand Aumônier, et l'admission serait réservée aux pairs ou anciens membres du Parlement d'Irlande. La mort de Jacques Powel, connu pour sa taille imposante, a été annoncée. Powel mesurait environ seize pieds de circonférence et pesait six cent cinquante livres. Par ailleurs, les princes Henri, Guillaume et Frédéric ont été inoculés contre la petite vérole avec succès.
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12
p. 111-147
« MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Début :
MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques, Suède, Angleterre, Prince, Pape, Clergé, Cour, Royaume, Divorce, Divorce de Henri VIII, Henri VIII, Roi d'Angleterre, Catherine d'Aragon, Révolutions en Suède, Conjuration de Fiesque, Conjuration , Politique, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
MEMOIRES hiftoriques , militaires &
politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Empire ,
jufqu'au traité d'Aix - la-Chapelle en 1748.
Par M. l'Abbé Raynal , de la Société royale
de Londres , & de l'Académie royale des
Sciences & Belles Lettres de Pruffe . Se
vend chez Durand , au Griffon , rue Saint
-Jacques ; 1754 , 3 vol . in- 8 °.
J'ai déja rendu compte des deux pres
miers volumes de mon ouvrage , je vais
donner l'extrait du troifieme ; il renferme
trois morceaux.
112 MERCURE DE FRANCE.
Hiftoire des révolutions arrivées en Suede
depuis 1515 jufqu'en 1544.
La Suede qui avoit jetté un fi grand éclat ,
lorfque fes habitans , connus fous le nom
de Goths , renverferent l'Empire romain &
changerent la face de l'Europe , étoit retombée
peu -à-peu dans l'obfcurité . Des dif
fenfions domeftiques & les vices du gouvernement
, avoient formé une efpece
d'anarchie , qui auroit cent fois perdu le
Royaume fi les peuples voifins avoient eu
des loix plus fages . Toutes les nations du
Nord languiffoient dans la même barbarie ,
& l'afcendant que les unes pouvoient prendre
fur les autres , ne devoit point venir
de la fupériorité de politique , mais du
bonheur des circonftances ; elles furent
pour le Dannemarc.
Marguerite qui y regnoit , joignoit à
»l'ambition ordinaire à fon fexe , une fui-
» te de vûes qu'il n'a pas fi communément.
» Elle parloit avec grace , & fçavoit em-
»ployer au befoin ce ton de fentiment , qui
» tient fouvent lieu de raifon & qui la rend
toujours plus forte. Contre l'ufage des
» Souverains , elle abandonnoit les appa-
» rences de l'autorité pour l'autorité même ;
» & elle retenoit le Clergé dans fes inté-
» rêts , en lui faifant prendre des déférences
DECEMBRE. 1754 113
»
ور
»
"
pour du crédit. Ce qu'elle faifoit éclater
de magnificence , n'avoit jamais pour ob-
»jet fes goûts , mais fa place ; & foit qu'el-
» le donnât , foit qu'elle récompenfât , c'é
»toit toujours en Reine & au profit de la
Royauté. Lorfque fes projets n'étoient
pas traversés par la loi , elle la faifoit
» obferver avec une fermeté louable ; &
» l'ordre public étoit ce qu'elle aimoit le
» mieux après fes intérêts particuliers . On
» n'a gueres pouffé plus loin qu'elle le faifoit
le talent de paroître redoutable fans
l'être : elle intimidoit fes ennerais par
» d'autres ennemis qu'elle avoit l'art de
» faire croire fes partifans. Ce que fes
» moeurs avoient d'irrégulier étoit réparé
» dans l'efprit des peuples par les dons
» qu'elle faifoit aux Eglifes. Ces facrifices
» coûtoient à fon caractere ; mais fa politique
les faifoit à fa réputation.
"
"
Cette Princeffe entreprit de réunir la
Suede à fes autres Etats , & elle y réuſſit :
mais les Danois ayant abufé de leur fupériorité
, les Suédois trouverent bientôt l'occafion
de fecouer un joug qu'ils déteftoient
, & ils fe donnerent un maître qui
prit le titre d'Aminiftrateur. Les Rois de
Dannemarc n'abandonnerent pas les droits
qu'ils prétendoient avoir fur la Suede , &
ce fut une fource de guerres longues &
114 MERCURE DE FRANCE .
fanglantes entre ces deux Etats.
Chriftiern étoit monté fur le thrône de
Dannemarc ; c'étoit un monftre , qui prefque
au fortir de l'enfance avoit pouffé aux
derniers excès tous les vices , & n'avoit
pas même le mafque d'une vertu . Il ne
chercha point à rapprocher les Suedois du
traité d'union des deux Royaumes , il ne
chercha qu'à les foumettre. Le mécontentement
du Clergé de Suede étoit une difpofition
favorable pour ce Prince. Les Evêques
avoient joui d'une autorité fi étendue
fous les Rois Danois , qu'ils croyoient
ne devoir rien oublier pour ramener les
mêmes circonftances. L'Adminiftrateur
étant mort , ils voulurent mettre à fa place
Elric Trolle , vieillard timide , indolent
irréfolu , & qu'ils auroient fait fervir à
leurs vûes ; mais ce projet échoua. Stenon ,
fils du dernier Adminiftrateur , fut élu , &
il fit conférer l'Archevêché d'Upfal au fils
de Trolle ; démarche qu'il crut propre ,
fans doute , à confoler fon rival de fon
exclufion . Ĉe bienfait politique n'eut pas
le fuccès qu'il en attendoit . Trolle plus humilié
que touché du tendre & généreux
intérêt que ce Prince avoit pris à lui , fit
éclater un reffentiment qui allarma égale
ment pour Stenon & pour la patrie. Le
jeune Prélat ne pouvoit pas fe conføler de
DECEM BR E. 1754. 115
n'être que le fecond dans un état qu'il avoit
compté gouverner d'abord ſous le nom de
fon pere , & dans la fuite fous le fien . Son
mécontentement éclata bientôt.Il fe mit à la
tête du Clergé , s'unit avec les Danois , &
corrompit le Gouverneur de quelques places
fortes. Stenon inftruit de tout ce qui
fe tramoit contre l'Etat , convoqua le Sénat
, & Trolle fut reconnu pour l'auteur
& le chef de la confpiration. L'Archevêque
déterminé à la ruine de fon pays , par
un reffentiment que les contretems rendoient
plus vif, ne daigna ni juftifier fa
conduite , ni fe plaindre de fes complices :
il fe retira dans le châreau de Steke , en
attendant du fecours de Chriftiern. A perne
l'Adminiftrateur eut - il commencé le
fiége de cette place , que les Danois vinrent
faire une defcente près de Stockolm ;
Stenon y marcha avec une partie de fon
armée , & il fe livra un combat auffi fanglant
qu'il devoit l'être au commencement
d'une campagne entre deux nations rivales
, dans une occafion décifive & pour de
grands intérêts. La victoire fe déclara pour
La Suede , les Danois regagnerent leurs
vaiſſeaux , & l'Archevêque fut obligé de
fe rendre. Les Etats le déclarerent ennemi
de la patrie , l'obligerent de renoncer à fa
dignité , & le condamnerent à finir fés
jours dans un cloître.
116 MERCURE DE FRANCE.
"
23
» Quand le Pape n'auroit pas été follicité
par le Prélat dépofé & par Chriftiern
» de s'élever contre ce jugement , il l'au- |
» roit fait. La Cour de Rome dont les droits
» n'avoient pas été auffi bien éclaircis
» qu'ils l'ont été depuis , appuyoit indiffé-
» remment le Clergé dans toutes les affai-
» res , avec une vivacité & une fierté qui
» ne fe démentirent pas en cette occaſion .
» Elle fit menacer les Etats & l'Adminif
» trateur des cenfures de l'Eglife , s'il ne
rétabliffoient fans tarder l'Archevêque
fur fon fiége , & dans tous les avantages
» dont on l'avoit privé.
"
» Il eft glorieux pour l'humanité que
» dans un fiécle où la Philofophie avoit fait
» fi peu de progrès , un peuple entier ait
» diftingué l'autorité légitime du chef de
» la religion , de l'abus qu'il en peut faire.
» Les Suédois en marquant beaucoup de
» refpect au Souverain Pontife , parurent
» affez tranquilles fur les foudres qu'il préparoit
contr'eux. Ils témoignerent de la
répugnance à lui defobéir ; mais enfin ils
» lui defobéirent , & ils aimerent mieux
» l'avoir pour ennemi que de rifquer de
» rallumer dans leur patrie le feu des
» guerres civiles qu'ils avoient eu tant de
peine à éteindre. Si cette généreufe réfolution
avoit été accompagnée d'un ex-
"
و د
DECEMBRE. 1754 117
cès d'emportement , Rome fe feroit trou-
» vée heureufe : dans la réfolution où elle
» étoit de pouffer les chofes à l'extrêmité ,
elle auroit voula paroître forcée à des
❞ violences par des outrages qui les juftifiaffent.
L'impoffibilité de mettre les apparences
de fon côté , ne lui fit pas aban-
» donner fes vûes : elle mit en interdit la
» Suede , excommunia l'Administrateur &
» le Sénat , ordonna le rétabliſſement de
» Trolle , & pour comble d'injuftice , chargea
le Roi de Dannemarc de procurer
" par la voie des armes l'exécution d'une
Bulle fi odieufe.
و د
Chriſtiern étoit & fe montra digne d'une
telle commiffion. Il entra en Suede , & mit
tout à feu & à fang ; après bien des ravages
& bien des cruautés , les Suédois furent
défaits dans une bataille où Stenon fut
rué ; cet événement fit la deftinée de la
Suede ; tout tomba dans une confufion
horrible. Trolle qui avoit profité des malheurs
publics pour remonter fur fon fiége ,
convoqua les Etats. La craintelou la féduc
tion y firent reconnoître fans obftacle l'au
torité de Chriftiern , qui commença par
immoler à fon reffentiment & à fon ambition
tout ce qui auroit pu lui faire quelque
ombrage. Il fit maffacrer les Seigneurs
les plus diftingués de Suede & tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
reltoit d'hommes puiffans affectionnés à
leur patrie , ou aimés des peuples. Avec ces
victimes expira l'efpérance & prefque le
defir de la liberté. Les loix anciennes furent
abrogées , le defpotifme porté au dernier
période , & il ne fe fit aucun mouve
ment . Rien ne caufoit & ne pouvoit caufer
d'inquiétude à Chriftiern que la
fonne de Guftave Vaſa.
per-
Ce jeune Seigneur defcendoit des anciens
Rois de Suede , & s'étoit fignalé dans
plufieurs occafions ; c'étoit un homme fupérieur
, né pour l'honneur de fa nation
& de fon fiécle , qui n'eut point de vices ,
peu de défauts , de grandes vertus & encore
plus de grands talens.
Retenu en Dannemarc par une perfidie ,
il avoit trouvé l'occafion de s'échapper des
mains de Chriftiern , & s'étoit caché dans
les montagnes de la Dalecarlie. Après avoir
erré long- tems , forcé par le befoin de travailler
aux mines , il trouva enfin chez un
Curé un afyle , qui devint le berceâu de la
liberté , de la gloire & du bonheur de la
Suede. De concert avec cet Eccléfiaftique ,
homme fage , defintéreffé , inftruit , accrédité
, zélé pour fa patrie , Guftave commença
par échauffer les efprits , & il profita
du premier feu de l'enthoufiafme qu'il fit
aaître pour fe faire un parti. A la tête de
DECEMBRE. 1754. 119
par
quatre cens hommes il emporta d'affaut
une place commandée le Gouverneur
de la province ; fes premiers fuccès donnerent
de l'audace ; fa petite armée s'accrut
à vûe d'oeil , & il n'eût qu'à fe montrer
dans les provinces voisines de la Dalecarlie
pour les foulever. La timidité & l'indolence
du Viceroi que Chriftiern avoit
laiffé en Suede , donna à Guſtave le tems
de faire des progrès plus confidérables , de
groffir & de difcipliner fes troupes . Trolle
faifit le tems où les Dalecarliens s'étoient
retirés dans leurs pays pour faire la moiffon
; il fe mit à la tête de quatre mille
hommes , & alla attaquer brufquement
Guftave , qui n'étoit pas affez fort pour
l'attendre. Ce léger échec fut bientôt réparé
par Guftave , qui l'attaqua à fon tour
fi vivement , que l'Archevêque échappa à
peine avec la dixieme partie de fes troupes.
Les vainqueurs marcherent droit à Stockholm
; le Viceroi & l'Archevêque , dans la
crainte que quelque malheureux hazard
ne les fit tomber entre les mains de leurs
ennemis , s'enfuirent en Dannemarc . Leur
retraite fut un événement décifif pour
mécontens. L'indépendance du Royaume
parut affez affurée
pour qu'on crût pouvoir
convoquer fans rifque les Etats Généraux
, & donner quelque forme à un
,
les
120 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement qui n'en avoit point .
» L'affemblée ne fut pas nombreufe ; il
ne s'y trouva de Députés que ceux que
» l'amour de la patrie & la haine des tyrans
» élevoient au - deffus de tous les périls.
» Les réfolutions des hommes de ce carac-
» tere ne pouvoient manquer d'être har-
» dies & leurs démarches vigoureufes . Ils
» renoncerent folemnellement à l'obéïffan
» ce qu'ils avoient promife à Chriftiern ,
» éleverent leur Général , qui n'avoit dû
» jufqu'alors for autorité qu'à fon coura-
» ge , à la dignité d'Adminiftrateur , & ar-
» rêterent qu'on continueroit à faire une
» guerre vive & fanglante.
Tandis que Guftave reprenoit fur les
Danois les places qui leur reftoient en Suede
& qu'il formoit le fiége de Stockholm ;
la révolution qui fe fit en Dannemarc affûra
l'indépendance de la Suede. La tyrannie
& les excès de Chriftiern révolterent fes
fujets , & leur infpirerent une réfolution
violente . Ils déthrônerent ce Prince , qui
fe retira auprès de Charles - Quint fon beaufrere
, & ils placerent fur le thrône Frideric
, Duc de Holſtein.
Cet événement ôta aux Danois , qui
étoient encore en Suede , le courage , l'efpérance
& la force de s'y maintenir. Ceux
qui défendoient Stockholm offrirent de
capituler;
DECEMBRE . 1754. 125
capituler ; mais l'Adminiftrateur laiffa traîner
le fiége , fous prétexte de le finir d'une
maniere plus honorable , mais en effet pour
obliger par ce fantôme de péril les Etats
Généraux de lui déférer la couronne . Cette
politique étoit plus artificieufe que néceffaire.
Guftave fut proclamé Roi avec une
unanimité & un enthouſiaſme qui étoient
fûrement les fuites de la plus vive admiration
& d'une efpece d'idolâtrie . L'union
que fit ce Prince avec Frideric , acheva
d'établir la tranquillité , la gloire & l'indépendance
de la Suede. Guftave ne fongea
plus qu'à réformer l'intérieur du Royaume
, en fubftituant de bonnes loix à la barbarie
ancienne, & une police fage aux abus
introduits par les troubles civils. Il fut
éclairé , foutenu & dirigé dans fes vûes
par un homme célebre , qu'il eft important
de connoître à fond.
Ce confident habile fe nommoit Larz-
Anderfon , né de parens obfcurs & fans
fortune. Il avoit commencé à fe diftinguer
dans l'Eglife ; mais dégoûté d'une carriere
où l'on n'avançoit que par les fuffrages de
la multitude , il s'attacha à la Cour. » Guftave
démêla bientôt dans la foule des
» courtifans empreffés à lui plaire, un hom-
» me propre à le fervir ; & dédaignant
»toutes ces petites expériences fi néceffai-
11. Fol.
و د
F
22 MERCURE DE FRANCE.
» res aux Princes médiocres , & qui ne leur
»fuffifent même pas , il l'éleva tout de
» fuite au premier pofte du Royaume , &
» le fit fon Chancelier,
و ر
» Anderſon juſtifia cette hardieffe . C'é-
» toit un génie que la nature avoit fait pro-
» fond , & que les réflexions avoient étendu,
Quoiqu'il eut l'ambition des grandes
places , il avoit encore plus l'ambition
» des grandes chofes , & il aimoit mieux
voir croître fa réputation que fon crédit.
» Il n'étoit pas citoyen dans ce fens qu'il fe
» fût facrifié pour fa patrie ; mais il méri-
>> toit ce beau nom , fi on veut l'accorder
» aux Miniftres qui ont des idées aflez juf-
» tes pour croire que leur gloire eft infé-
»parable de celle de leur Roi & de leur na-
» tion. L'exemple de ceux qui l'avoient pré-
» cédé ni le jugement de ceux qui le devoient
» fuivre , n'étoient pas la régle de fa con-
»duite ; fes projets n'étoient cités qu'à fon
» tribunal & à celui de fon maître. Cette
» indépendance qui ne peut être fentie que
» par ceux qui l'ont , étoit accompagnée
» d'une fagacité qui faififfoit tout , depuis
»les premiers principes jufqu'aux dernie-
" res conféquences , & d'une lumiere qui
» fourniffoit des vûes fublimes & les expédiens
propres à les faire réuffir . Letalent
» de hâter les événemens fans les précipi
ter lui étoit comme naturel ; & en par
و د
39
DECEMBRE. 1754 123
-99
93
و د
roiffant céder quelquefois aux difficultés,
il venoit toujours à bout de les furmonter.
L'étude de l'hiftoire & fes réflexions
» l'avoient affermi contre les murmures ,
les tumultes , les révoltes même ; & il
» étoit convaincu qu'avec du courage , du
fang froid & de la politique on vient
» tôt ou tard à bout de fubjuguer les hom-
" mes & de les ramener à leurs intérêts. Il
fçavoit le détail des loix comme un Ma-
» giftrat , & en poffédoit l'efprit en Légiflateur.
On réfiftoit d'autant moins à fon
éloquence , qu'elle partoit d'une raifon
» forte . Ce Miniftre appartenoit plus à un
autre âge qu'à celui où il vivoit ; & fes
» contemporains qui n'étoient pas à beau-
>> coup près auffi avancés que lui , n'apperçurent
pas toute l'élévation de fon ca-
» ractere , ni l'influence qu'il eut fur les
» révolutions qu'éprouva la Suede .
บ
93
"
Ce Royaume étoit la proye des Eccléfiaftiques
: leur autorité pouvoit exciter de
nouveaux troubles , & ils poffédoient tout
l'argent , toutes les richeffes de la Suede . I
falloit trouver un prétexte pour les dépouiller.
Anderſon en imagina un ; c'étoit
d'introduire le Luthéranifme , qui faifoit
des progrès rapides en Allemagne , & qu'il
avoit adopté par cet efprit d'inquiétude fi
ordinaire à ceux qui font nés plus grands
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
que leur condition. Guſtave adopta les
vûes de fon Chancelier ; mais cette révolution
ne pouvoit fe faire que par dégrés :
on laiffa le tems au Luthéranifme de s'établir
dans le Royaume. Des Docteurs de
réputation qu'on fit venir d'Allemagne , lui
donnerent de l'éclat ; la faveur qu'ils parurent
avoir, leurs déclamations, le goût de la
nouveauté entraînerent bientôt une partie
de la nation . A mefure que le Luthéranifme
faifoit des conquêtes fur le Royaume ,
Guftave en faifoit fur le Clergé. Il commença
par abolir une efpece d'impôt que
les Curés avoient mis fur certains péchés .
Il ôta aux Evêques le droit qu'ils avoient
ufurpé d'hériter de tous les Eccléfiaftiques
du fecond ordre. Les troupes furent mifes
en quartier d'hiver fur les terres du Clergé ,
ce qui étoit fans exemple : enfin il propofa
de prendre les deux tiers des dîmes pour
l'entretien des troupes , & une partie de
l'argenterie & des cloches des Eglifes riches
pour abolir , en payant les étrangers ,
les privileges odieux dont ils jouiffoient.
Ces expédiens furent généralement approuvés
; & s'il y eut quelque mécontentement
, il n'éclata pas.
Guftave mit la derniere main à fes grands
deffeins, en convoquant les Etats Généraux
à Vefteras en 1527. Les innovations qu'il
DECEMBRE . 1754. 125
propofa pour achever d'écrafer la puiffance
du Clergé , parurent trop hardies , &
le ton de defpotifine qu'il prit étoit trop
nouveaupour ne pas exciter quelques mou.
vemens ; mais ils n'eurent point de fuites .
Les troubles furent bientôt appaifés , & ce
que les Etats avoient arrêté fut établi fans
obftacle. » Le mépris pour la Communion
» Romaine fuivit la ruine & l'aviliffement
» du Clergé , qui avoient été le but de tou-
» tes les innovations qu'on venoit d'intro-
» duire. Guftave fe déclara enfin Luthe-
» rien , & toute la nation voulut être de
» la religion du Prince . Rien ne prouve
» les progrès de l'efprit de fervitude dans
» un Etat , comme l'influence du Souverain
fur la croyance des peuples. Le facrifice
de fes opinions qui coûte fi peu à
» la Cour , où on n'a proprement que des
préjugés , eft fi grand à la ville & dans
» les provinces où on a des principes ,
» qu'il prépare à tous les autres facrifices ,
» & même les affure . Auffi lorfque Guf-
» tave demanda aux Etats en 1544 , que
» la Couronne qui avoit toujours été élec-
» tive fû: déclarée héréditaire , il n'éprou
» ya point de contradictions .
" Tel fut le dernier acte d'un des regnes
les plus éclatans que le Nord ai vû ;
» nous ajouterions d'un des plus heureux ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
»fi Guſtave avoit été auffi jufte qu'il étoir
»grand , & fi en faifant par fon caractere
»le bonheur de la génération qu'il gou-
» vernoit , il n'avoit pas préparé le mal-
» heur de celles qui devoient la fuivre ,
en établiffant un defpotifme dont fes fuc-
»ceffeurs ne pouvoient manquer d'abuſer .
Hiftoire du divorce de Henri VIII. Roi
d'Angleterre , & de Catherine d' Arragon ,
depuis 1527 jufqu'en 1534.
Henri VII , furnommé dans l'hiftoire le
Salomon de l'Angleterre , voulut rendre à
fa couronne , par une alliance avantageufe,
l'éclat que les guerres civiles lui avoient
fait perdre , & il obtint pour le Prince de
Galles fon fils , Catherine d'Arragon . Ce
mariage ne fut pas heureux ; le jeune Prince
mourut un an après , à l'âge de quinze
ou de feize ans. Cet événement pouvoit
Fompre les liens qui uniffoient l'Espagne
& l'Angleterre , & qui les rendoient redoutables
à tous leurs voifins. Pour calmer
les inquiétudes des deux Puiffances , il fut
arrêté que le nouveau Prince de Galles
épouferoit la veuve de fon frere . Pour former
ces nouveaux noeuds , on eut befoin
d'une difpenfe , & le Pape Jules fecond
l'accorda,
DECEMBRE. 1754. 127
Henri & fa belle-four furent fiancés
folemnellement en 150;, & le Prince qui
n'avoit alors que douze ans , n'eut pas
plutôt atteint fa quatorziéme année qu'il
it en préſence de plufieurs témoins une
proteftation en forme contre le confentement
qu'il avoit donné. Cette proteſtation
fut tenue fecrette jufqu'à la mort de
Henri VII en 1509 , & le mariage fur
célébré la même année . » Catherine avoit
» des vertus , mais les agrémens de fon
» fexe lui manquerent. Elle n'avoit ni grace
» ni dignité , ni defir de plaire ; fa triftefle
» & fon indolence augmenterent avec l'âge
» & les infirmités . Le dégoût de Henri qui
»> ne l'avoit jamais aimée , devint infen-
» fiblement extrême , & ouvrit le coeur de
» ce Prince à une paffion fort vive pour
» Anne de Boulen.
Anne étoit plus que belle , elle étoit
piquante. Ses traits manquoient de régularité
; il en réfultoit cependant un
enfemble qui furpaffoit la beauté même.
» Une taille parfaite , le goût de la danfe ,
» une voix touchante , & le talent de
jouer avec grace de plufieurs inftru-
» mens , relevoient en elle l'éclat de la
premiere jeuneffe. Quoique la France
ne fût pas alors autant qu'elle l'a été
depuis en poffeffion de fervir de modele
"
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
» aux autres peuples , Anne y avoit pris
» des manieres , un ton , des modes , qui
» fixerent fur elle les yeux & prefque l'ad-
» miration de la Cour de Londres. Cette
premiere impreffion fut foutenue par une
» converfation vive & légere , par un enjouement
ingénieux & de tous les inftans.
Les foupçons que pouvoit faire naître
fon air libre & trop carreffant, étoient
détruits par fon âge & par fa diffipation.
Elle ne montroit de l'empreffement
"que pour les plaifirs & pour les fêtes ; &
il paroiffoit fi peu d'art dans fa conduite Ᏺ
qu'il étoit prefque impoffible de lui fup-
»pofer des projets. Sa coquetterie ne fit
pas & ne devoit pas faire des impref-
»lions fâcheufes on la regarda comme
» une fuite de l'éducation frivole qu'elle
avoit reçue , & non comme un vice du
» coeur, ou le fruit de la réflexion . Les
» événemens prouverent que fon caractere
» avoit échappé aux courtifans les plus dé-
» liés : elle fe trouva diffimulée , profonde
, ambitieufe , & fut tout cela à un
» haut dégré & avant vingt ans.
Percy parut le premier fenfible aux char
mes d'Anne , ou fut , fi l'on veut , le premier
féduit par fon adreffe. Ses foins furent
acceptés , & leur union alloit être
confommée fi l'amour du Roi n'y avoit mis
DECEMBRE. 1754. 129
1
obftacle. Percy fut forcé de renoncer à fa
maîtrelle : Henri déclara lui-même à Anne
les fentimens qu'il avoit pour elle , mais
il la trouva plus fiere qu'il ne l'avoit cru.
Eclairée fur la violence de la paffion qu'elle
avoit infpirée , elle parut plus offenfée que
Alattée des propofitions du Prince , & lui
fignifia qu'elle feroit fa femme ou ne lui
feroit rien. C'est à cette époque que les
écrivains Catholiques fixent la premiere
idée qu'eut Henri de faire divorce avec
Catherine ; les Proteftans la font remonter
plus haut. On n'eft pas moins embarraſſé
fur la date précife de la réfolution qu'il
en prit ; on auroit évité de longues & ameres
conteftations , fi on avoit été affez
defintéreffé de part & d'autre , pour voir
que le Cardinal Wolfey étoit l'unique ,
ou du moins la principale caufe de ce
grand événement.
Cet homme célébre , rapidement paffé
de la condition la plus baffe au miniſtere
& à la pourpre , avoit d'abord embraffé le
parti de l'Empereur , & il l'abandonna
enfuite , parce qu'il vit que ce Prince l'avoit
trompé par les fauffes efpérances qu'il
lui avoit données de le placer fur le trône
de l'Eglife . Wolfey voulut humilier Charles-
Quint , en faisant répudier Catherine
d'Arragon fa tante. Ce Cardinal porta
Fv
130 MERCURE DE FRANCE..
dans cet odieux procès plus d'adreffe que :
la paffion n'en permet ordinairement , &
plus de circonfpection qu'on ne l'auroit:
dû efpérer de la hauteur & de l'emporte--
ment de fon caractere. Il commença par
perfuader le Confeffeur du Roi , dont les .
remontrances firent naître des doutes dans
l'efprit de Henri , & ces fcrupules joints à
la décision de quelques Théologiens , le
déciderent entierement pour le divorce..
Sa réfolution ne tarda pas d'éclater. Trois
Ambaffadeurs François étant arrivés en Angleterre
, conclurent fans beaucoup de difficultés
, un traité de paix perpétuelle entre
les deux nations , & ils arrêterent que:
Marie , fille de Henri , épouferoit François
I. ou fon fecond fils le Duc d'Orléans
.
"
"
» L'Evêque de Tarbes , celui des Am-
» baffadeurs qui avoit le plus le talent des
" affaires , & le feul qui eut le fecret de
» celle-là , parut environ huit jours après
la fignature du traité , mécontent d'une
» négociation dont le fuccès éroit regardé
» comme complet. Son chagrin fut remar
» qué comme il le devoit être , & on cher-
» cha à en deviner la caufe . Le public s'é-
" puifa à l'ordinaire en conjectures , & les
gens en place en queftions. Lorfque le
» Prélat crut avoir affez long-tems tenu
DECEMBRE. 1754. 131
les efprits en fufpens , il fe laiffa arra-
» chet fon fecret : il dit avec un certain
embarras affez ordinaire à ceux qui ont
des vérités fâcheufes à annoncer aux
Princes , qu'il craignoit beaucoup qu'u-
»ne partie des liens que venoient de for-
>> mer les deux nations , ne fuffent bien-
» tôt rompus , & qu'en particulier le mariage
projetté ne pût pas s'exécuter. Preffé
» de s'expliquer fur le myftere que renfer-
» moient ces dernieres paroles , il avoua
» qu'il croyoit nulle l'union de Henri &
» de Catherine , & qu'il étoit inftruit que
» les Théologiens les plus habiles ne pen-
» foient pas autrement que lui.
» Le Roi parut frappé de ce difcours
» comme il l'eût été d'un coup de foudre ;
fon but étoit de perfuader par cet éton-
» nement à l'Europe que le premier doute
» fur fon mariage lui étoit venu à cette oc--
» cafion.
Les fcrupules de l'Evêque de Tarbes furent
regardés comme des vérités incontef
tables , & il partit fur le champ pour l'I--
talie un Miniſtre , chargé de folliciter au--
près du Saint Siége la diffolution du ma--
riage avec Catherine .
Člement VII . qui gouvernoit alors , étoit
encore prifonnier au Château Saint - Ange.-
Le fecours prompt & affuré qu'on lui pro-
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
mit , l'auroit infailliblement déterminé à
faire ce qu'on exigeoit de lui , s'il n'eût
été arrêté par la crainte de Charles - Quint.
Lorfque le Pape fut libre , les négociateurs
Anglois devinrent plus preffans , mais leur
adreffe & leur activité ne purent vaincre
fes irréfolutions. Il vint à bout de faire
naître des obftacles & des incidens fort
naturels , qui reculoient la décifion de cette
affaire . Après bien des détours & des lenteurs
, preflé par les inftances de l'Angleterre
, Clement établit enfin Wolfey juge
de l'affaire du divorce , & on lui donna
pour adjoint le Cardinal de Campege , qui
s'étoit trouvé du goût des deux Cours.
Il n'y avoit qu'à fuivre la négociation
de Campege , pour être convaincu que le
Pape ne donneroit jamais les mains à un
projet contraire aux intérêts de fon Siége
& à ceux de fa maifon , & qu'il vouloit
feulement obtenir par ce moyen un traitement
plus avantageux de Charles. Quint.
L'affaire fe rempliffoit tous les jours de
nouvelles difficultés. Henri que fa paffion
mettoit dans un état violent , fatigué
de tant d'indécifions , envoya de nouveau
à Clément deux Miniftres pour preffer l'exécution
de fon projet ; mais leurs infinuations
n'ayant pas eu le fuccès qu'ils
s'étoient promis , ils eurent recours à des
DECEMBRE. 1754 133
moyens odieux. Ils joignirent aux reproches
les plus humilians , des menaces effrayantes.
On faifoit craindre au Pape d'être déposé ,
fous prétexte que fon élection avoit été
irréguliere ; que l'Angleterre ne fecouât un
joug qui devenoit tous les jours plus dur &
plus injufte , & que l'Europe entiere éclairée
& enhardie par un exemple fi frappant ,
ne renonçât à l'ancien préjugé qui la tenoit
fous la domination du S. Siége. Ces
moyens ne réuffirent pas , & l'affaire du
divorce fut ramenée au tribunal de Wolfey
& de Campege. Les Légats , après l'examen
de cette caufe finguliere , citerent le
Roi & la Reine pour le 18 Juin 1529. La
Reine comparut devant eux , mais les recufa
pour juges , & ne voulut jamais fe
défifter de fa récufation . » On l'auroit peut-
» être crue occupée de fa vengeance , fi
nenfe précipitant devant toute l'aflemblée
" aux pieds du Roi , elle n'avoit fait voir
» qu'il n'y avoit dans fon coeur que le défir
» & peut- être l'efpérance de regagner un
» coeur qu'elle avoit malheureufement perdu.
Cette pofture , fon amour & fes infortunes
lui infpirerent tout ce qu'on
peut imaginer de plus modeste , de plus
» tendre & de plus touchant. Dès qu'elle
» eut fini de parler , elle fe retira , & alla
attendre dans l'obfcurité , dans les lar134
MERCURE DE FRANCE.
" mes & dans l'incertitude les effets d'une
» fcene aufli attendriffante que celle qui
» venoit de fe paller.
» Le denouement de ce coup de théatre
» ne fut pas tel qu'on avoit cru pouvoir
» l'efpérer. Tout l'attendriffement qu'on
avoit remarqué dans le Prince fe réduifoit
à une compaffion ftérile , & à des
éloges vagues. Henri rendit justice à la
» conduite exemplaire , à l'humeur douce ,
» à la foumiffion fans bornes de Cathe-
» rine ; & il parut fâché que la religion &
la confcience ne lui permiffent pas de
finir fes jours avec une Reine malheureufe
, qui n'avoit jamais rien dit ni rien-
»fait que de louable .
Tandis que Campege éloignoit tant qu'il
pouvoit la décifion de cette affaire , l'Empereur
fit un traité à Barcelone , dans lequel
il traitoit favorablement le S. Siége
dans la vûe de fe venger , fur tout du Roi
d'Angleterre , qui l'infultoit cruellement
dans la perfonne de fa tante. Le Pape immédiatement
après fon raccommodement
avec l'Empereur , évoqua l'affaire du divorce
, & fe rendit par cette démarche foible
& imprudente , l'inftrument d'une hai
ne , d'un orgueil , d'une politique qu'il auroit
dû traverfer , & dont il pouvoit trèsaifément
devenir la victime.
DECEMBRE.
1754. 135
Campege s'en retourna à Rome , & Wol- .
fey fut immolé au reffentiment du Roi ; il
fe vit accablé d'une fuite d'accufations
d'opprobres & de malheurs qui le conduifirent
au tombeau.
Henri dont les contretems ne faifoient
qu'irriter la paffion , fut obligé de chercher
d'autres moyens on lui confeilla deconfulter
toutes les Univerfités de l'Europe.
Celle d'Oxford & de Cambridge étoient
vendues à la Cour , & déclarerent le mariage
nul. Celles de France furent affez
partagées , & la Sorbonne , divifée en plufieurs
factions , ne céda qu'à des vûes d'intérêt
& de politique à la volonté du Roi
& à l'argent d'Angleterre. Le dernier de
ces moyens fut feul affez puiffant pour gagner
les Univerfités d'Italie . La fureur de
fe vendre étoit montée à tel point qu'on
avoit un Théologien pour un écu ; quelquefois
pour deux une Communauté entiere
, & qu'un Couvent de Cordeliers
paffa pour cher parce qu'il en coûtoit dix.
Mais les Théologiens Allemans ne cederent
ni à la féduction ni aux follicitations ,.
& refuferent de fe déclarer pour le divorce.
La Cour de Rome vit ces manoeuvres
avec une indifférence méprifante : c'étoit
un étrange aveuglement de penfer qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
la fubjugueroit par les décisions de quelques
Théologiens . Cette Cour trop intéreffée
depuis long-tems , & trop politique
pour fe conduire par les maximes foibles ,
bornées & incertaines des cafuiftes , regardoit
malheureufement moins la religion
comme fa fin , que comme un moyen d'y
arriver.
Henri qui voyoit avec douleur le peu
de fruit qu'il tiroit de toutes fes démarches
, forma , pour fe venger de Clement ,
le deffein de lui enlever l'Angleterre . Il
commença par défendre , fous des peines
capitales , de recevoir aucune expédition
de Rome qui ne fût appuyée de fon autorité
. Il attaqua les privileges du Clergé , &
dépouilla le Pape de fes droits les plus effentiels.
Dans le même tems , Catherine
preffée de nouveau de confentir au divorce
, & toujours ferme dans ſon refus , fut
obligée de s'éloigner de la Cour , où elle
ne retourna jamais.
Le Roi d'Angleterre voulut enfin terminer
fes irréfolutions , en fuivant le confeil
que lui donna François I. de fe paffer
de la difpenfe du Pape , & d'époufer fans
délai une femme aimable , qui étoit devenue
néceffaire à fon bonheur. Le mariage
fe fit , & demeura fecret jufqu'à la
groffeffe d'Anne de Boulen , qui força de
DECEMBRE . 1754. 137
le rendre public avant même qu'on eût pû
déclarer nul celui de Catherine. Cette derniere
opération fut l'ouvrage de Cranmer ,
Archevêque de Cantorbery , qui engagea
le Clergé d'Angleterre à prononcer fur
l'affaire du divorce ; & malgré la précaution
qu'avoit prife le Pape de fe referver
la connoiffance de ce grand procès , le ma--
riage fut caffé folemnellement. Anne entra
en triomphe dans Londres , & y fut reçue
avec un éclat & une magnificence finguliere
.
Clément apprit avec un dépit fenfible
ce qui venoit de fe paffer : il fit une Bulle
qui excommunioit Henri & Anne de Boulen
, s'ils ne fe quittoient dans quelques
mois ; & après de nouvelles négociations
pour terminer cette affaire , le Pape affembla
fon Confiftoire , & le réfultat fut une
fentence qui obligeoit le Prince à repren
dre Catherine , fous peine d'excommunication
pour lui , & d'interdit pour fon
Royaume. Le Parlement avoit prévenu ce
jugement par une loi qu'il avoit faite quelques
jours aparavant , & qui défendoit de
reconnoître l'autorité du Pape. Henri recueillir
le fruit d'une politique profonde &
fuivie ; & fans faire d'autres changemens
dans la religion , il défendit tout commerce
avec le S. Siége , & voulut être lui -même
138 MERCURE DE FRANCE.
chef de l'Eglife dans fon Royaume . La nation
adopta les idées fchifmatiques qu'on
lui préfentoit ; elle fuivit depuis les opinion
de Zuingle fous Edouard , retourna à
la communion de Rome fous Marie , & fe
forma fous Elizabeth un culte qu'elle profeffe
encore aujourd'hui , fous le nom de
Religion Anglicane.
Hiftoire de la conjuration de Fiefque
en 1546 & 1547.
André Doria délivra en 1528 la République
de Gênes du joug de la France ,
& y établit l'ordre qui fubfifte encore aujourd'hui,
Ce plan de Gouvernement , le feul
peut-être qui pût convenir au caractere
» des Génois , & à la fituation où ils fe
» trouvoient , les devoit raffurer naturelle-
» ment contre les entreprifes de Doria . Si
» ce grand Capitaine eût en réellement
» les vûes que lui ont fuppofées la plupart
" des hiftoriens , ou il auroit laillé fon
"pays dans l'anarchie , ou il y auroit éta-
39
bli des loix mauvaifes , ou il fe feroit
" emparé de la dignité de Doge ; trois
» voies qu'il lui étoit aifé de prendre , &
» dont chacune devoit prefque néceffaire-
» ment le rendre maître de la République.:
33
DECEMBRE. 1754. 139
» Avec un peu d'attention , on démêle
» qu'il ne cherchoit ni à être tyran ni à
» être citoyen , & qu'il vouloit fe venger
» feulement de la France , qu'il avoit bien
fervie , & dont il étoit mal traité. Ce
projet qui étoit connu de tout le monde
, & celui de maintenir la révolution ,
» l'autorifoit , fans qu'on en prît ombrage ,
» à fe charger , comme il fit , du comman
dement des galeres de Charles Quint . 11
eft vrai que ce moyen avoit quelque
» chofe d'équivoque , & qu'il pouvoit fer-
» vir à opprimer la liberté publique auffi
bien qu'à la défendre : mais l'ordre que
» Doria avoit d'abord établi dans l'Etat ,
étoit une preuve de modération , que ce
» qu'il avoit laiffé voir d'ambition ne de-
» voit gueres affoiblir , & que fa conduite
» fortifioit extrêmement. Content de l'em-
» pire que lui donnoient fur les efprits &
>> fur les coeurs les grandes chofes qu'il
» avoit faites , il paroiffoit préférer de
» bonne foi la tranquillité de la vie privée
» à l'embarras des grandes places , & fe
» livrer aux affaires plutôt par zéle que
" par goût. Il y a apparence que des dehors
auffi impofans auroient trouvé une
» confiance entiere , fans la préfomption:
» & les hauteurs d'un parent éloigné qu'il.
avoit adopté pour fils ..
140 MERCURE DE FRANCE.
Ce jeune homme fe nommoit Jeannetin
Doria : condamné dès fes premieres années
à des travaux obfcurs , l'yvreffe où le jetta
le changement de fa fortune lui donna un
orgueil & des manieres qui révolterent
tout ce qui avoit de l'élévation dans l'ame ,
& fingulierement Jean- Louis de Fiefque ,
Comte de Lavagna. Ce jeune Seigneur ,
l'homme le plus riche de la République ,
éroit magnifique , aimable & féduifant :
avec un grand nombre de qualités brillan
res , il avoit l'apparence de plufieurs vertus.
» L'inquiétude qui le pouffoit aux gran-
» des places , venoit du defir qu'il avoit de
» faire de grandes chofes ; l'ambition ne
» lui étoit infpirée que par la gloire. Une
" erreur , qui étoit plutôt un malheur de
» fon âge qu'un défaut de fon efprit , lui
» fit confondre la célébrité avec une répu-
" tation fondée : il alla jufqu'à croire qu'il
» lui fuffiroit d'occuper de lui fes contem-
" porains , pour llaaiiffffeerr uunn grand nom à la
» poftérité. Tous ceux qui l'avoient étu-
» dié & qui fe connoiffoient en hommes ,
» lui trouvoient à vingt- deux ans une po-
»litique très- raffinée & une diffimulation
impénétrable : il leur paroiffoit né pour
» affervir fa patrie ou pour l'illuftrer .
Fiefque ne pouvoit manquer d'être mécontent
de la fituation où fe trouvoit la
DECEMBRE.
1754. 141
République . Il lui parut également indigne
de lui de vivre dans l'obfcurité , ou d'en
fortir par la faveur d'un homme qu'il méprifoit.
» Entre plufieurs moyens que lui
و ر
préfenta une imagination forte & impé-
» tueufe , celui de faire périr les Doria fut
» le feul qui lui parût infaillible , & il s'y
» arrêta avec beaucoup de fang-froid & de
» fermeté. La néceffité de changer la for-
» me du Gouvernement pour foutenir
» une démarche auffi hardie , ne l'effraya
» pas , & fut peut -être fans qu'il s'en dou-
» tât un motif de plus : il devoit paroître
» doux à un homme de fon caractere d'ab-
» battre d'un même coup fes ennemis , &
» de fe placer à la tête d'un Etat affez puif-
» fant. La révolution devoit être l'ouvrage
» du génie feul pour la maintenir , la
force étoit néceflaire , & Fiefque qui le
» vit , penſa à ſe ménager l'appui de la
» France.
Cette Cour entra aifément dans les vûes
de Fiefque ; & dans l'efpérance de fe venger
de Doria & de reprendre le Milanès fur
l'Empereur , elle accorda des fecours confidérables.
Fiefque inftruit que les mêmes
paffions qui lui avoient rendu la Cour de
France favorable , regnoient à celle du
Pape , s'occuppa du foin de les mettre en
jeu. Il alla lui-même à Rome pour négo142
MERCURE DE FRANCE.
cier cette affaire , & il écarta les foupçons
que ce voyage pouvoit faire naître , par,
l'attention qu'il eut au milieu de fes projets
de ne paroître occupé que de fes plaifirs
, & par l'art de cacher des deffeins
profonds fous un air frivole. Il trouva
Paul III. auffi bien difpofé qu'il le fouhaitoit
, & ce Pontife approuva la révolution
avec de grands éloges .
Fiefque ne s'occupa plus que du foin
de mettre la derniere main à fon entre-"
prife , & il ne put en être détourné
par les
remontrances d'un de fes plus zélés partifans
: c'étoit Vincent Calcagno , homme
d'un certain âge , & qui avoit une efpéce
de paffion pour le jeune Comte. » Comme
" il avoit le fens droit , les grandes entre-
» prifes commencoient par lui être toujours
fufpectes . Il étoit d'ailleurs né timide ,
» & les réflexions ou l'expérience qui chan
» gent quelquefois les caracteres , l'avoient
» affermi dans le fien. Tout ce qui avoit
» l'air trop élevé lui paroiffoit chimérique ,
" & il regardoit comme imprudent tout
» ce qu'on abandonnoit au hazard. Son
imagination étoit plus aifément étonnee
» que fon coeur ; & il étoit ferme jufques
» dans les périls qu'il avoit prévûs & qu'il
ور
و ر
avoit craints.
Le chef de la conjuration forma d'i
DECEMBRE. 1754. 143
bord fon attention à ne pas fe laiffer pénétrer
, & il fe rendit en effet impénétrable.
Sa conduite avoit quelque chofe de fi naturel
& de fiaifé , qu'il n'étoit pas poffible d'y
foupçonner le moindre myftere. André Doria
, malgré la profonde connoiffance qu'il
-avoit des hommes , fe laiffa impofer par ces
apparences , & Jeannetin fut féduit par les
témoignages d'eftime & d'attachement que
Fiefque lui prodigua.
Le Comte fçut fe concilier les négocians
, cette précieufe portion de citoyens
fi honorée dans le gouvernement populaire
, fi opprimée dans le defpotique , fi
négligée dans le monarchique , & fi méprifée
dans l'ariftocratique , en leur exagérant
le tyrannique orgueil des nobles
& en leur laiffant entrevoir la poffibilité
-de s'en délivrer. Par là il s'affuroit du peuple
, qui fuit aveuglément le mouvement
qui lui eft communiqué par ceux qui le font
travailler ou qui le font vivre un extérieur
brillant , des manieres ouvertes & polies
, des bienfaits répandus adroitement ,
acheverent de lui gagner la multitude.
Il ne manquoit à Fiefque que des fol-
' dats. Il eut une occafion favorable , & qui
fe préfentoit naturellement , d'en lever dans
fes terres. Il prit des arrangemens fecrets
avec Pierre- Louis Farnefe Duc de Parme
144 MERCURE DE FRANCE.
& de Plaifance , qui lui promit un fecours
de deux mille hommes. Il fit venir une
galere qui lui appartenoit , dans le port de
Gênes fes amis débaucherent quelques
foldats de la garnifon , & s'affurerent dedix
mille habitans déterminés : avec ces forces
réunies , les conjurés crurent qu'il étoit
tems de prendre une derniere réfolution.
La nuit du premier au fecond Janvier
fut l'inftant arrêté pour l'exécution de leur
projet . L'époque étoit adroitement fixée.
Comme le Doge qui fortoit de place le
premier du mois , ne pouvoit être remplacé
que le quatre , la République devoit fe
trouver dans une eſpèce d'anarchie , dont
il étoit poffible de tirer parti.
Un des chefs de la conjuration , & un
de ceux fur qui Fiefque comptoit le plus ,
étoit Jean Baptifte Verrina , » homme bra-
» ve , impétueux , éloquent : il avoit l'efprit
vafte , mais déréglé ; le coeur élevé ,
» mais corrompu . Son penchant l'entraî
»noit au crime , & le mauvais état de
» fes affaires le lui rendoit prefque indifpenfable.
Une imagination vive &
» forte lui préfentoit fans ceffe des projets
finguliers & hardis , dont il n'examinoit
» jamais ni la juftice ni les refforts , &
» dont il prévoyoit rarement les fuites. Il
étoit ennemi de tout repos , du fien
33
par
inquiétude ,
DÉCEMBRE. 1754. 145
99
inquiétude , de celui des autres par ambition
. Le Gouvernement établi dans fa
patrie lui déplaifoit , précisément parce
qu'il y étoit établi ; & tous ceux qui
» entreprendroient de le changer étoient
fûrs de trouver en lui des confeils dangereux
& des fervices utiles . Ce caractere
»l'avoit rendu cher à Fiefque , dont il régloit
les plaifirs , partageoit la fortune
» & dirigeoit en quelque maniere les paf-
"
fions.
>
Le jour arrêté pour la révolution commençoit
à luire , que les conjurés firent les
dernieres difpofitions. Verrina fe rendit à
l'entrée de la nuit fur la galere de Fieſque
qui étoit fon pofte ; il donna par un coup
de canon le fignal de l'attaque , & l'action
fut auffi - tôt engagée dans l'ordre qui avoit
été projetté. On commença par attaquer
ceux qui défendoient les portes de la ville
les plus effentielles , & dont on ſe rendit
bientôt maître . Jeannetin s'étant éveillé au
bruit , & étant accouru , fut reconnu &
maffacré fur le champ. André Doria euc
le tems de fe fauver dans un château à
quinze mille de Gênes . Cette lâcheté dans
un vieillard célébre par fa valeur , ne doit
furprendre que ceux qui ne connoiffent pas
les hommes .
Les avantages que remporterent les con-
II.Fol, G
146 MERCURE DE FRANCE.
jurés , redoubla leur activité & leur courage
: après s'être fortifiés à la hâte dans les
poftes dont ils s'étoient emparés , ils ſe
répandirent dans les rues en criant , Fiefque
& liberté. Ces deux mots , dont l'un rappelloit
à un grand nombre d'ouvriers le
nom de leur bienfaicteur , & l'autre réveil
loit dans tous les efprits l'idée du plus
grand des biens , féduifirent la populace ,
qui prit auffi-tôt les armes.
Les tentatives que fit le Sénat pour oppofer
la force aux conjurés ayant été funeftes
, il tourna fes'vûes vers la négociation.
Anfaldo Juftiniani , un des Sénateurs
députés , s'avança dans le lieu du tumulte
, & demanda froidement à parler au
nom de la République , au Comte de Fiefque
. Cet homme dangereux n'étoit plus ;
en voulant paffer fur une galere , il étoit
tombé dans la mer , & s'y étoit noyé. » Le
» fecret pouvoit être facilement gardé juf-
» qu'à la fin de l'action , fans la vanité
» puérilę de Jerôme , qui répondit à Juſ
» tiniani qu'il n'y avoit plus d'autre Com-
» te de Fiefque que lui , & qu'il n'écou-
» teroit les propofitions qu'on avoit à lui
faire , que lorfqu'on lui auroit livré le
Palais . Une réponſe auffi imprudente
» eut les fuites qu'elle devoit avoir. Le Sénat
raſſuré par le feul événement qui pût
"
DECEMBRE. 1754. 147.
changer fur le champ & d'une maniere
» ftable la fituation des chofes , montra de
» la fermeté ; & les conjurés , par une rai-
» fon contraire , perdirent toute leur au-
ور
"
dace. A mefure que la mort de leur
» cheffe répandoit , & elle fe répandit fort
» vîte , on voyoit les efprits fe refroidir ,
le-courage expirer dans tous les coeurs ,
& les armes tomber des mains . Ceux
»même que des haines plus vives , de
plus grands intérêts, ou un caractere plus
emporté avoient rendus jufqu'alors plus
» redoutables que les autres , fe laiffoient
» abbattre par la terreur commune. La ré-
» volution fut fi générale , qu'au point du
" jour il n'y avoit pas un feul factieux dans
» les rues de Gênes : ils étoient tous reti-
» rés dans leurs maifons , difperfés dans
» la campagne , ou retranchés dans quel-
» que pofte .
Aing finit cette confpiration , qui par
l'événement établit fur des fondemens prefque
inébranlables l'autorité qu'on avoit
voulu détruire.
politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Empire ,
jufqu'au traité d'Aix - la-Chapelle en 1748.
Par M. l'Abbé Raynal , de la Société royale
de Londres , & de l'Académie royale des
Sciences & Belles Lettres de Pruffe . Se
vend chez Durand , au Griffon , rue Saint
-Jacques ; 1754 , 3 vol . in- 8 °.
J'ai déja rendu compte des deux pres
miers volumes de mon ouvrage , je vais
donner l'extrait du troifieme ; il renferme
trois morceaux.
112 MERCURE DE FRANCE.
Hiftoire des révolutions arrivées en Suede
depuis 1515 jufqu'en 1544.
La Suede qui avoit jetté un fi grand éclat ,
lorfque fes habitans , connus fous le nom
de Goths , renverferent l'Empire romain &
changerent la face de l'Europe , étoit retombée
peu -à-peu dans l'obfcurité . Des dif
fenfions domeftiques & les vices du gouvernement
, avoient formé une efpece
d'anarchie , qui auroit cent fois perdu le
Royaume fi les peuples voifins avoient eu
des loix plus fages . Toutes les nations du
Nord languiffoient dans la même barbarie ,
& l'afcendant que les unes pouvoient prendre
fur les autres , ne devoit point venir
de la fupériorité de politique , mais du
bonheur des circonftances ; elles furent
pour le Dannemarc.
Marguerite qui y regnoit , joignoit à
»l'ambition ordinaire à fon fexe , une fui-
» te de vûes qu'il n'a pas fi communément.
» Elle parloit avec grace , & fçavoit em-
»ployer au befoin ce ton de fentiment , qui
» tient fouvent lieu de raifon & qui la rend
toujours plus forte. Contre l'ufage des
» Souverains , elle abandonnoit les appa-
» rences de l'autorité pour l'autorité même ;
» & elle retenoit le Clergé dans fes inté-
» rêts , en lui faifant prendre des déférences
DECEMBRE. 1754 113
»
ور
»
"
pour du crédit. Ce qu'elle faifoit éclater
de magnificence , n'avoit jamais pour ob-
»jet fes goûts , mais fa place ; & foit qu'el-
» le donnât , foit qu'elle récompenfât , c'é
»toit toujours en Reine & au profit de la
Royauté. Lorfque fes projets n'étoient
pas traversés par la loi , elle la faifoit
» obferver avec une fermeté louable ; &
» l'ordre public étoit ce qu'elle aimoit le
» mieux après fes intérêts particuliers . On
» n'a gueres pouffé plus loin qu'elle le faifoit
le talent de paroître redoutable fans
l'être : elle intimidoit fes ennerais par
» d'autres ennemis qu'elle avoit l'art de
» faire croire fes partifans. Ce que fes
» moeurs avoient d'irrégulier étoit réparé
» dans l'efprit des peuples par les dons
» qu'elle faifoit aux Eglifes. Ces facrifices
» coûtoient à fon caractere ; mais fa politique
les faifoit à fa réputation.
"
"
Cette Princeffe entreprit de réunir la
Suede à fes autres Etats , & elle y réuſſit :
mais les Danois ayant abufé de leur fupériorité
, les Suédois trouverent bientôt l'occafion
de fecouer un joug qu'ils déteftoient
, & ils fe donnerent un maître qui
prit le titre d'Aminiftrateur. Les Rois de
Dannemarc n'abandonnerent pas les droits
qu'ils prétendoient avoir fur la Suede , &
ce fut une fource de guerres longues &
114 MERCURE DE FRANCE .
fanglantes entre ces deux Etats.
Chriftiern étoit monté fur le thrône de
Dannemarc ; c'étoit un monftre , qui prefque
au fortir de l'enfance avoit pouffé aux
derniers excès tous les vices , & n'avoit
pas même le mafque d'une vertu . Il ne
chercha point à rapprocher les Suedois du
traité d'union des deux Royaumes , il ne
chercha qu'à les foumettre. Le mécontentement
du Clergé de Suede étoit une difpofition
favorable pour ce Prince. Les Evêques
avoient joui d'une autorité fi étendue
fous les Rois Danois , qu'ils croyoient
ne devoir rien oublier pour ramener les
mêmes circonftances. L'Adminiftrateur
étant mort , ils voulurent mettre à fa place
Elric Trolle , vieillard timide , indolent
irréfolu , & qu'ils auroient fait fervir à
leurs vûes ; mais ce projet échoua. Stenon ,
fils du dernier Adminiftrateur , fut élu , &
il fit conférer l'Archevêché d'Upfal au fils
de Trolle ; démarche qu'il crut propre ,
fans doute , à confoler fon rival de fon
exclufion . Ĉe bienfait politique n'eut pas
le fuccès qu'il en attendoit . Trolle plus humilié
que touché du tendre & généreux
intérêt que ce Prince avoit pris à lui , fit
éclater un reffentiment qui allarma égale
ment pour Stenon & pour la patrie. Le
jeune Prélat ne pouvoit pas fe conføler de
DECEM BR E. 1754. 115
n'être que le fecond dans un état qu'il avoit
compté gouverner d'abord ſous le nom de
fon pere , & dans la fuite fous le fien . Son
mécontentement éclata bientôt.Il fe mit à la
tête du Clergé , s'unit avec les Danois , &
corrompit le Gouverneur de quelques places
fortes. Stenon inftruit de tout ce qui
fe tramoit contre l'Etat , convoqua le Sénat
, & Trolle fut reconnu pour l'auteur
& le chef de la confpiration. L'Archevêque
déterminé à la ruine de fon pays , par
un reffentiment que les contretems rendoient
plus vif, ne daigna ni juftifier fa
conduite , ni fe plaindre de fes complices :
il fe retira dans le châreau de Steke , en
attendant du fecours de Chriftiern. A perne
l'Adminiftrateur eut - il commencé le
fiége de cette place , que les Danois vinrent
faire une defcente près de Stockolm ;
Stenon y marcha avec une partie de fon
armée , & il fe livra un combat auffi fanglant
qu'il devoit l'être au commencement
d'une campagne entre deux nations rivales
, dans une occafion décifive & pour de
grands intérêts. La victoire fe déclara pour
La Suede , les Danois regagnerent leurs
vaiſſeaux , & l'Archevêque fut obligé de
fe rendre. Les Etats le déclarerent ennemi
de la patrie , l'obligerent de renoncer à fa
dignité , & le condamnerent à finir fés
jours dans un cloître.
116 MERCURE DE FRANCE.
"
23
» Quand le Pape n'auroit pas été follicité
par le Prélat dépofé & par Chriftiern
» de s'élever contre ce jugement , il l'au- |
» roit fait. La Cour de Rome dont les droits
» n'avoient pas été auffi bien éclaircis
» qu'ils l'ont été depuis , appuyoit indiffé-
» remment le Clergé dans toutes les affai-
» res , avec une vivacité & une fierté qui
» ne fe démentirent pas en cette occaſion .
» Elle fit menacer les Etats & l'Adminif
» trateur des cenfures de l'Eglife , s'il ne
rétabliffoient fans tarder l'Archevêque
fur fon fiége , & dans tous les avantages
» dont on l'avoit privé.
"
» Il eft glorieux pour l'humanité que
» dans un fiécle où la Philofophie avoit fait
» fi peu de progrès , un peuple entier ait
» diftingué l'autorité légitime du chef de
» la religion , de l'abus qu'il en peut faire.
» Les Suédois en marquant beaucoup de
» refpect au Souverain Pontife , parurent
» affez tranquilles fur les foudres qu'il préparoit
contr'eux. Ils témoignerent de la
répugnance à lui defobéir ; mais enfin ils
» lui defobéirent , & ils aimerent mieux
» l'avoir pour ennemi que de rifquer de
» rallumer dans leur patrie le feu des
» guerres civiles qu'ils avoient eu tant de
peine à éteindre. Si cette généreufe réfolution
avoit été accompagnée d'un ex-
"
و د
DECEMBRE. 1754 117
cès d'emportement , Rome fe feroit trou-
» vée heureufe : dans la réfolution où elle
» étoit de pouffer les chofes à l'extrêmité ,
elle auroit voula paroître forcée à des
❞ violences par des outrages qui les juftifiaffent.
L'impoffibilité de mettre les apparences
de fon côté , ne lui fit pas aban-
» donner fes vûes : elle mit en interdit la
» Suede , excommunia l'Administrateur &
» le Sénat , ordonna le rétabliſſement de
» Trolle , & pour comble d'injuftice , chargea
le Roi de Dannemarc de procurer
" par la voie des armes l'exécution d'une
Bulle fi odieufe.
و د
Chriſtiern étoit & fe montra digne d'une
telle commiffion. Il entra en Suede , & mit
tout à feu & à fang ; après bien des ravages
& bien des cruautés , les Suédois furent
défaits dans une bataille où Stenon fut
rué ; cet événement fit la deftinée de la
Suede ; tout tomba dans une confufion
horrible. Trolle qui avoit profité des malheurs
publics pour remonter fur fon fiége ,
convoqua les Etats. La craintelou la féduc
tion y firent reconnoître fans obftacle l'au
torité de Chriftiern , qui commença par
immoler à fon reffentiment & à fon ambition
tout ce qui auroit pu lui faire quelque
ombrage. Il fit maffacrer les Seigneurs
les plus diftingués de Suede & tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
reltoit d'hommes puiffans affectionnés à
leur patrie , ou aimés des peuples. Avec ces
victimes expira l'efpérance & prefque le
defir de la liberté. Les loix anciennes furent
abrogées , le defpotifme porté au dernier
période , & il ne fe fit aucun mouve
ment . Rien ne caufoit & ne pouvoit caufer
d'inquiétude à Chriftiern que la
fonne de Guftave Vaſa.
per-
Ce jeune Seigneur defcendoit des anciens
Rois de Suede , & s'étoit fignalé dans
plufieurs occafions ; c'étoit un homme fupérieur
, né pour l'honneur de fa nation
& de fon fiécle , qui n'eut point de vices ,
peu de défauts , de grandes vertus & encore
plus de grands talens.
Retenu en Dannemarc par une perfidie ,
il avoit trouvé l'occafion de s'échapper des
mains de Chriftiern , & s'étoit caché dans
les montagnes de la Dalecarlie. Après avoir
erré long- tems , forcé par le befoin de travailler
aux mines , il trouva enfin chez un
Curé un afyle , qui devint le berceâu de la
liberté , de la gloire & du bonheur de la
Suede. De concert avec cet Eccléfiaftique ,
homme fage , defintéreffé , inftruit , accrédité
, zélé pour fa patrie , Guftave commença
par échauffer les efprits , & il profita
du premier feu de l'enthoufiafme qu'il fit
aaître pour fe faire un parti. A la tête de
DECEMBRE. 1754. 119
par
quatre cens hommes il emporta d'affaut
une place commandée le Gouverneur
de la province ; fes premiers fuccès donnerent
de l'audace ; fa petite armée s'accrut
à vûe d'oeil , & il n'eût qu'à fe montrer
dans les provinces voisines de la Dalecarlie
pour les foulever. La timidité & l'indolence
du Viceroi que Chriftiern avoit
laiffé en Suede , donna à Guſtave le tems
de faire des progrès plus confidérables , de
groffir & de difcipliner fes troupes . Trolle
faifit le tems où les Dalecarliens s'étoient
retirés dans leurs pays pour faire la moiffon
; il fe mit à la tête de quatre mille
hommes , & alla attaquer brufquement
Guftave , qui n'étoit pas affez fort pour
l'attendre. Ce léger échec fut bientôt réparé
par Guftave , qui l'attaqua à fon tour
fi vivement , que l'Archevêque échappa à
peine avec la dixieme partie de fes troupes.
Les vainqueurs marcherent droit à Stockholm
; le Viceroi & l'Archevêque , dans la
crainte que quelque malheureux hazard
ne les fit tomber entre les mains de leurs
ennemis , s'enfuirent en Dannemarc . Leur
retraite fut un événement décifif pour
mécontens. L'indépendance du Royaume
parut affez affurée
pour qu'on crût pouvoir
convoquer fans rifque les Etats Généraux
, & donner quelque forme à un
,
les
120 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement qui n'en avoit point .
» L'affemblée ne fut pas nombreufe ; il
ne s'y trouva de Députés que ceux que
» l'amour de la patrie & la haine des tyrans
» élevoient au - deffus de tous les périls.
» Les réfolutions des hommes de ce carac-
» tere ne pouvoient manquer d'être har-
» dies & leurs démarches vigoureufes . Ils
» renoncerent folemnellement à l'obéïffan
» ce qu'ils avoient promife à Chriftiern ,
» éleverent leur Général , qui n'avoit dû
» jufqu'alors for autorité qu'à fon coura-
» ge , à la dignité d'Adminiftrateur , & ar-
» rêterent qu'on continueroit à faire une
» guerre vive & fanglante.
Tandis que Guftave reprenoit fur les
Danois les places qui leur reftoient en Suede
& qu'il formoit le fiége de Stockholm ;
la révolution qui fe fit en Dannemarc affûra
l'indépendance de la Suede. La tyrannie
& les excès de Chriftiern révolterent fes
fujets , & leur infpirerent une réfolution
violente . Ils déthrônerent ce Prince , qui
fe retira auprès de Charles - Quint fon beaufrere
, & ils placerent fur le thrône Frideric
, Duc de Holſtein.
Cet événement ôta aux Danois , qui
étoient encore en Suede , le courage , l'efpérance
& la force de s'y maintenir. Ceux
qui défendoient Stockholm offrirent de
capituler;
DECEMBRE . 1754. 125
capituler ; mais l'Adminiftrateur laiffa traîner
le fiége , fous prétexte de le finir d'une
maniere plus honorable , mais en effet pour
obliger par ce fantôme de péril les Etats
Généraux de lui déférer la couronne . Cette
politique étoit plus artificieufe que néceffaire.
Guftave fut proclamé Roi avec une
unanimité & un enthouſiaſme qui étoient
fûrement les fuites de la plus vive admiration
& d'une efpece d'idolâtrie . L'union
que fit ce Prince avec Frideric , acheva
d'établir la tranquillité , la gloire & l'indépendance
de la Suede. Guftave ne fongea
plus qu'à réformer l'intérieur du Royaume
, en fubftituant de bonnes loix à la barbarie
ancienne, & une police fage aux abus
introduits par les troubles civils. Il fut
éclairé , foutenu & dirigé dans fes vûes
par un homme célebre , qu'il eft important
de connoître à fond.
Ce confident habile fe nommoit Larz-
Anderfon , né de parens obfcurs & fans
fortune. Il avoit commencé à fe diftinguer
dans l'Eglife ; mais dégoûté d'une carriere
où l'on n'avançoit que par les fuffrages de
la multitude , il s'attacha à la Cour. » Guftave
démêla bientôt dans la foule des
» courtifans empreffés à lui plaire, un hom-
» me propre à le fervir ; & dédaignant
»toutes ces petites expériences fi néceffai-
11. Fol.
و د
F
22 MERCURE DE FRANCE.
» res aux Princes médiocres , & qui ne leur
»fuffifent même pas , il l'éleva tout de
» fuite au premier pofte du Royaume , &
» le fit fon Chancelier,
و ر
» Anderſon juſtifia cette hardieffe . C'é-
» toit un génie que la nature avoit fait pro-
» fond , & que les réflexions avoient étendu,
Quoiqu'il eut l'ambition des grandes
places , il avoit encore plus l'ambition
» des grandes chofes , & il aimoit mieux
voir croître fa réputation que fon crédit.
» Il n'étoit pas citoyen dans ce fens qu'il fe
» fût facrifié pour fa patrie ; mais il méri-
>> toit ce beau nom , fi on veut l'accorder
» aux Miniftres qui ont des idées aflez juf-
» tes pour croire que leur gloire eft infé-
»parable de celle de leur Roi & de leur na-
» tion. L'exemple de ceux qui l'avoient pré-
» cédé ni le jugement de ceux qui le devoient
» fuivre , n'étoient pas la régle de fa con-
»duite ; fes projets n'étoient cités qu'à fon
» tribunal & à celui de fon maître. Cette
» indépendance qui ne peut être fentie que
» par ceux qui l'ont , étoit accompagnée
» d'une fagacité qui faififfoit tout , depuis
»les premiers principes jufqu'aux dernie-
" res conféquences , & d'une lumiere qui
» fourniffoit des vûes fublimes & les expédiens
propres à les faire réuffir . Letalent
» de hâter les événemens fans les précipi
ter lui étoit comme naturel ; & en par
و د
39
DECEMBRE. 1754 123
-99
93
و د
roiffant céder quelquefois aux difficultés,
il venoit toujours à bout de les furmonter.
L'étude de l'hiftoire & fes réflexions
» l'avoient affermi contre les murmures ,
les tumultes , les révoltes même ; & il
» étoit convaincu qu'avec du courage , du
fang froid & de la politique on vient
» tôt ou tard à bout de fubjuguer les hom-
" mes & de les ramener à leurs intérêts. Il
fçavoit le détail des loix comme un Ma-
» giftrat , & en poffédoit l'efprit en Légiflateur.
On réfiftoit d'autant moins à fon
éloquence , qu'elle partoit d'une raifon
» forte . Ce Miniftre appartenoit plus à un
autre âge qu'à celui où il vivoit ; & fes
» contemporains qui n'étoient pas à beau-
>> coup près auffi avancés que lui , n'apperçurent
pas toute l'élévation de fon ca-
» ractere , ni l'influence qu'il eut fur les
» révolutions qu'éprouva la Suede .
บ
93
"
Ce Royaume étoit la proye des Eccléfiaftiques
: leur autorité pouvoit exciter de
nouveaux troubles , & ils poffédoient tout
l'argent , toutes les richeffes de la Suede . I
falloit trouver un prétexte pour les dépouiller.
Anderſon en imagina un ; c'étoit
d'introduire le Luthéranifme , qui faifoit
des progrès rapides en Allemagne , & qu'il
avoit adopté par cet efprit d'inquiétude fi
ordinaire à ceux qui font nés plus grands
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
que leur condition. Guſtave adopta les
vûes de fon Chancelier ; mais cette révolution
ne pouvoit fe faire que par dégrés :
on laiffa le tems au Luthéranifme de s'établir
dans le Royaume. Des Docteurs de
réputation qu'on fit venir d'Allemagne , lui
donnerent de l'éclat ; la faveur qu'ils parurent
avoir, leurs déclamations, le goût de la
nouveauté entraînerent bientôt une partie
de la nation . A mefure que le Luthéranifme
faifoit des conquêtes fur le Royaume ,
Guftave en faifoit fur le Clergé. Il commença
par abolir une efpece d'impôt que
les Curés avoient mis fur certains péchés .
Il ôta aux Evêques le droit qu'ils avoient
ufurpé d'hériter de tous les Eccléfiaftiques
du fecond ordre. Les troupes furent mifes
en quartier d'hiver fur les terres du Clergé ,
ce qui étoit fans exemple : enfin il propofa
de prendre les deux tiers des dîmes pour
l'entretien des troupes , & une partie de
l'argenterie & des cloches des Eglifes riches
pour abolir , en payant les étrangers ,
les privileges odieux dont ils jouiffoient.
Ces expédiens furent généralement approuvés
; & s'il y eut quelque mécontentement
, il n'éclata pas.
Guftave mit la derniere main à fes grands
deffeins, en convoquant les Etats Généraux
à Vefteras en 1527. Les innovations qu'il
DECEMBRE . 1754. 125
propofa pour achever d'écrafer la puiffance
du Clergé , parurent trop hardies , &
le ton de defpotifine qu'il prit étoit trop
nouveaupour ne pas exciter quelques mou.
vemens ; mais ils n'eurent point de fuites .
Les troubles furent bientôt appaifés , & ce
que les Etats avoient arrêté fut établi fans
obftacle. » Le mépris pour la Communion
» Romaine fuivit la ruine & l'aviliffement
» du Clergé , qui avoient été le but de tou-
» tes les innovations qu'on venoit d'intro-
» duire. Guftave fe déclara enfin Luthe-
» rien , & toute la nation voulut être de
» la religion du Prince . Rien ne prouve
» les progrès de l'efprit de fervitude dans
» un Etat , comme l'influence du Souverain
fur la croyance des peuples. Le facrifice
de fes opinions qui coûte fi peu à
» la Cour , où on n'a proprement que des
préjugés , eft fi grand à la ville & dans
» les provinces où on a des principes ,
» qu'il prépare à tous les autres facrifices ,
» & même les affure . Auffi lorfque Guf-
» tave demanda aux Etats en 1544 , que
» la Couronne qui avoit toujours été élec-
» tive fû: déclarée héréditaire , il n'éprou
» ya point de contradictions .
" Tel fut le dernier acte d'un des regnes
les plus éclatans que le Nord ai vû ;
» nous ajouterions d'un des plus heureux ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
»fi Guſtave avoit été auffi jufte qu'il étoir
»grand , & fi en faifant par fon caractere
»le bonheur de la génération qu'il gou-
» vernoit , il n'avoit pas préparé le mal-
» heur de celles qui devoient la fuivre ,
en établiffant un defpotifme dont fes fuc-
»ceffeurs ne pouvoient manquer d'abuſer .
Hiftoire du divorce de Henri VIII. Roi
d'Angleterre , & de Catherine d' Arragon ,
depuis 1527 jufqu'en 1534.
Henri VII , furnommé dans l'hiftoire le
Salomon de l'Angleterre , voulut rendre à
fa couronne , par une alliance avantageufe,
l'éclat que les guerres civiles lui avoient
fait perdre , & il obtint pour le Prince de
Galles fon fils , Catherine d'Arragon . Ce
mariage ne fut pas heureux ; le jeune Prince
mourut un an après , à l'âge de quinze
ou de feize ans. Cet événement pouvoit
Fompre les liens qui uniffoient l'Espagne
& l'Angleterre , & qui les rendoient redoutables
à tous leurs voifins. Pour calmer
les inquiétudes des deux Puiffances , il fut
arrêté que le nouveau Prince de Galles
épouferoit la veuve de fon frere . Pour former
ces nouveaux noeuds , on eut befoin
d'une difpenfe , & le Pape Jules fecond
l'accorda,
DECEMBRE. 1754. 127
Henri & fa belle-four furent fiancés
folemnellement en 150;, & le Prince qui
n'avoit alors que douze ans , n'eut pas
plutôt atteint fa quatorziéme année qu'il
it en préſence de plufieurs témoins une
proteftation en forme contre le confentement
qu'il avoit donné. Cette proteſtation
fut tenue fecrette jufqu'à la mort de
Henri VII en 1509 , & le mariage fur
célébré la même année . » Catherine avoit
» des vertus , mais les agrémens de fon
» fexe lui manquerent. Elle n'avoit ni grace
» ni dignité , ni defir de plaire ; fa triftefle
» & fon indolence augmenterent avec l'âge
» & les infirmités . Le dégoût de Henri qui
»> ne l'avoit jamais aimée , devint infen-
» fiblement extrême , & ouvrit le coeur de
» ce Prince à une paffion fort vive pour
» Anne de Boulen.
Anne étoit plus que belle , elle étoit
piquante. Ses traits manquoient de régularité
; il en réfultoit cependant un
enfemble qui furpaffoit la beauté même.
» Une taille parfaite , le goût de la danfe ,
» une voix touchante , & le talent de
jouer avec grace de plufieurs inftru-
» mens , relevoient en elle l'éclat de la
premiere jeuneffe. Quoique la France
ne fût pas alors autant qu'elle l'a été
depuis en poffeffion de fervir de modele
"
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
» aux autres peuples , Anne y avoit pris
» des manieres , un ton , des modes , qui
» fixerent fur elle les yeux & prefque l'ad-
» miration de la Cour de Londres. Cette
premiere impreffion fut foutenue par une
» converfation vive & légere , par un enjouement
ingénieux & de tous les inftans.
Les foupçons que pouvoit faire naître
fon air libre & trop carreffant, étoient
détruits par fon âge & par fa diffipation.
Elle ne montroit de l'empreffement
"que pour les plaifirs & pour les fêtes ; &
il paroiffoit fi peu d'art dans fa conduite Ᏺ
qu'il étoit prefque impoffible de lui fup-
»pofer des projets. Sa coquetterie ne fit
pas & ne devoit pas faire des impref-
»lions fâcheufes on la regarda comme
» une fuite de l'éducation frivole qu'elle
avoit reçue , & non comme un vice du
» coeur, ou le fruit de la réflexion . Les
» événemens prouverent que fon caractere
» avoit échappé aux courtifans les plus dé-
» liés : elle fe trouva diffimulée , profonde
, ambitieufe , & fut tout cela à un
» haut dégré & avant vingt ans.
Percy parut le premier fenfible aux char
mes d'Anne , ou fut , fi l'on veut , le premier
féduit par fon adreffe. Ses foins furent
acceptés , & leur union alloit être
confommée fi l'amour du Roi n'y avoit mis
DECEMBRE. 1754. 129
1
obftacle. Percy fut forcé de renoncer à fa
maîtrelle : Henri déclara lui-même à Anne
les fentimens qu'il avoit pour elle , mais
il la trouva plus fiere qu'il ne l'avoit cru.
Eclairée fur la violence de la paffion qu'elle
avoit infpirée , elle parut plus offenfée que
Alattée des propofitions du Prince , & lui
fignifia qu'elle feroit fa femme ou ne lui
feroit rien. C'est à cette époque que les
écrivains Catholiques fixent la premiere
idée qu'eut Henri de faire divorce avec
Catherine ; les Proteftans la font remonter
plus haut. On n'eft pas moins embarraſſé
fur la date précife de la réfolution qu'il
en prit ; on auroit évité de longues & ameres
conteftations , fi on avoit été affez
defintéreffé de part & d'autre , pour voir
que le Cardinal Wolfey étoit l'unique ,
ou du moins la principale caufe de ce
grand événement.
Cet homme célébre , rapidement paffé
de la condition la plus baffe au miniſtere
& à la pourpre , avoit d'abord embraffé le
parti de l'Empereur , & il l'abandonna
enfuite , parce qu'il vit que ce Prince l'avoit
trompé par les fauffes efpérances qu'il
lui avoit données de le placer fur le trône
de l'Eglife . Wolfey voulut humilier Charles-
Quint , en faisant répudier Catherine
d'Arragon fa tante. Ce Cardinal porta
Fv
130 MERCURE DE FRANCE..
dans cet odieux procès plus d'adreffe que :
la paffion n'en permet ordinairement , &
plus de circonfpection qu'on ne l'auroit:
dû efpérer de la hauteur & de l'emporte--
ment de fon caractere. Il commença par
perfuader le Confeffeur du Roi , dont les .
remontrances firent naître des doutes dans
l'efprit de Henri , & ces fcrupules joints à
la décision de quelques Théologiens , le
déciderent entierement pour le divorce..
Sa réfolution ne tarda pas d'éclater. Trois
Ambaffadeurs François étant arrivés en Angleterre
, conclurent fans beaucoup de difficultés
, un traité de paix perpétuelle entre
les deux nations , & ils arrêterent que:
Marie , fille de Henri , épouferoit François
I. ou fon fecond fils le Duc d'Orléans
.
"
"
» L'Evêque de Tarbes , celui des Am-
» baffadeurs qui avoit le plus le talent des
" affaires , & le feul qui eut le fecret de
» celle-là , parut environ huit jours après
la fignature du traité , mécontent d'une
» négociation dont le fuccès éroit regardé
» comme complet. Son chagrin fut remar
» qué comme il le devoit être , & on cher-
» cha à en deviner la caufe . Le public s'é-
" puifa à l'ordinaire en conjectures , & les
gens en place en queftions. Lorfque le
» Prélat crut avoir affez long-tems tenu
DECEMBRE. 1754. 131
les efprits en fufpens , il fe laiffa arra-
» chet fon fecret : il dit avec un certain
embarras affez ordinaire à ceux qui ont
des vérités fâcheufes à annoncer aux
Princes , qu'il craignoit beaucoup qu'u-
»ne partie des liens que venoient de for-
>> mer les deux nations , ne fuffent bien-
» tôt rompus , & qu'en particulier le mariage
projetté ne pût pas s'exécuter. Preffé
» de s'expliquer fur le myftere que renfer-
» moient ces dernieres paroles , il avoua
» qu'il croyoit nulle l'union de Henri &
» de Catherine , & qu'il étoit inftruit que
» les Théologiens les plus habiles ne pen-
» foient pas autrement que lui.
» Le Roi parut frappé de ce difcours
» comme il l'eût été d'un coup de foudre ;
fon but étoit de perfuader par cet éton-
» nement à l'Europe que le premier doute
» fur fon mariage lui étoit venu à cette oc--
» cafion.
Les fcrupules de l'Evêque de Tarbes furent
regardés comme des vérités incontef
tables , & il partit fur le champ pour l'I--
talie un Miniſtre , chargé de folliciter au--
près du Saint Siége la diffolution du ma--
riage avec Catherine .
Člement VII . qui gouvernoit alors , étoit
encore prifonnier au Château Saint - Ange.-
Le fecours prompt & affuré qu'on lui pro-
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
mit , l'auroit infailliblement déterminé à
faire ce qu'on exigeoit de lui , s'il n'eût
été arrêté par la crainte de Charles - Quint.
Lorfque le Pape fut libre , les négociateurs
Anglois devinrent plus preffans , mais leur
adreffe & leur activité ne purent vaincre
fes irréfolutions. Il vint à bout de faire
naître des obftacles & des incidens fort
naturels , qui reculoient la décifion de cette
affaire . Après bien des détours & des lenteurs
, preflé par les inftances de l'Angleterre
, Clement établit enfin Wolfey juge
de l'affaire du divorce , & on lui donna
pour adjoint le Cardinal de Campege , qui
s'étoit trouvé du goût des deux Cours.
Il n'y avoit qu'à fuivre la négociation
de Campege , pour être convaincu que le
Pape ne donneroit jamais les mains à un
projet contraire aux intérêts de fon Siége
& à ceux de fa maifon , & qu'il vouloit
feulement obtenir par ce moyen un traitement
plus avantageux de Charles. Quint.
L'affaire fe rempliffoit tous les jours de
nouvelles difficultés. Henri que fa paffion
mettoit dans un état violent , fatigué
de tant d'indécifions , envoya de nouveau
à Clément deux Miniftres pour preffer l'exécution
de fon projet ; mais leurs infinuations
n'ayant pas eu le fuccès qu'ils
s'étoient promis , ils eurent recours à des
DECEMBRE. 1754 133
moyens odieux. Ils joignirent aux reproches
les plus humilians , des menaces effrayantes.
On faifoit craindre au Pape d'être déposé ,
fous prétexte que fon élection avoit été
irréguliere ; que l'Angleterre ne fecouât un
joug qui devenoit tous les jours plus dur &
plus injufte , & que l'Europe entiere éclairée
& enhardie par un exemple fi frappant ,
ne renonçât à l'ancien préjugé qui la tenoit
fous la domination du S. Siége. Ces
moyens ne réuffirent pas , & l'affaire du
divorce fut ramenée au tribunal de Wolfey
& de Campege. Les Légats , après l'examen
de cette caufe finguliere , citerent le
Roi & la Reine pour le 18 Juin 1529. La
Reine comparut devant eux , mais les recufa
pour juges , & ne voulut jamais fe
défifter de fa récufation . » On l'auroit peut-
» être crue occupée de fa vengeance , fi
nenfe précipitant devant toute l'aflemblée
" aux pieds du Roi , elle n'avoit fait voir
» qu'il n'y avoit dans fon coeur que le défir
» & peut- être l'efpérance de regagner un
» coeur qu'elle avoit malheureufement perdu.
Cette pofture , fon amour & fes infortunes
lui infpirerent tout ce qu'on
peut imaginer de plus modeste , de plus
» tendre & de plus touchant. Dès qu'elle
» eut fini de parler , elle fe retira , & alla
attendre dans l'obfcurité , dans les lar134
MERCURE DE FRANCE.
" mes & dans l'incertitude les effets d'une
» fcene aufli attendriffante que celle qui
» venoit de fe paller.
» Le denouement de ce coup de théatre
» ne fut pas tel qu'on avoit cru pouvoir
» l'efpérer. Tout l'attendriffement qu'on
avoit remarqué dans le Prince fe réduifoit
à une compaffion ftérile , & à des
éloges vagues. Henri rendit justice à la
» conduite exemplaire , à l'humeur douce ,
» à la foumiffion fans bornes de Cathe-
» rine ; & il parut fâché que la religion &
la confcience ne lui permiffent pas de
finir fes jours avec une Reine malheureufe
, qui n'avoit jamais rien dit ni rien-
»fait que de louable .
Tandis que Campege éloignoit tant qu'il
pouvoit la décifion de cette affaire , l'Empereur
fit un traité à Barcelone , dans lequel
il traitoit favorablement le S. Siége
dans la vûe de fe venger , fur tout du Roi
d'Angleterre , qui l'infultoit cruellement
dans la perfonne de fa tante. Le Pape immédiatement
après fon raccommodement
avec l'Empereur , évoqua l'affaire du divorce
, & fe rendit par cette démarche foible
& imprudente , l'inftrument d'une hai
ne , d'un orgueil , d'une politique qu'il auroit
dû traverfer , & dont il pouvoit trèsaifément
devenir la victime.
DECEMBRE.
1754. 135
Campege s'en retourna à Rome , & Wol- .
fey fut immolé au reffentiment du Roi ; il
fe vit accablé d'une fuite d'accufations
d'opprobres & de malheurs qui le conduifirent
au tombeau.
Henri dont les contretems ne faifoient
qu'irriter la paffion , fut obligé de chercher
d'autres moyens on lui confeilla deconfulter
toutes les Univerfités de l'Europe.
Celle d'Oxford & de Cambridge étoient
vendues à la Cour , & déclarerent le mariage
nul. Celles de France furent affez
partagées , & la Sorbonne , divifée en plufieurs
factions , ne céda qu'à des vûes d'intérêt
& de politique à la volonté du Roi
& à l'argent d'Angleterre. Le dernier de
ces moyens fut feul affez puiffant pour gagner
les Univerfités d'Italie . La fureur de
fe vendre étoit montée à tel point qu'on
avoit un Théologien pour un écu ; quelquefois
pour deux une Communauté entiere
, & qu'un Couvent de Cordeliers
paffa pour cher parce qu'il en coûtoit dix.
Mais les Théologiens Allemans ne cederent
ni à la féduction ni aux follicitations ,.
& refuferent de fe déclarer pour le divorce.
La Cour de Rome vit ces manoeuvres
avec une indifférence méprifante : c'étoit
un étrange aveuglement de penfer qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
la fubjugueroit par les décisions de quelques
Théologiens . Cette Cour trop intéreffée
depuis long-tems , & trop politique
pour fe conduire par les maximes foibles ,
bornées & incertaines des cafuiftes , regardoit
malheureufement moins la religion
comme fa fin , que comme un moyen d'y
arriver.
Henri qui voyoit avec douleur le peu
de fruit qu'il tiroit de toutes fes démarches
, forma , pour fe venger de Clement ,
le deffein de lui enlever l'Angleterre . Il
commença par défendre , fous des peines
capitales , de recevoir aucune expédition
de Rome qui ne fût appuyée de fon autorité
. Il attaqua les privileges du Clergé , &
dépouilla le Pape de fes droits les plus effentiels.
Dans le même tems , Catherine
preffée de nouveau de confentir au divorce
, & toujours ferme dans ſon refus , fut
obligée de s'éloigner de la Cour , où elle
ne retourna jamais.
Le Roi d'Angleterre voulut enfin terminer
fes irréfolutions , en fuivant le confeil
que lui donna François I. de fe paffer
de la difpenfe du Pape , & d'époufer fans
délai une femme aimable , qui étoit devenue
néceffaire à fon bonheur. Le mariage
fe fit , & demeura fecret jufqu'à la
groffeffe d'Anne de Boulen , qui força de
DECEMBRE . 1754. 137
le rendre public avant même qu'on eût pû
déclarer nul celui de Catherine. Cette derniere
opération fut l'ouvrage de Cranmer ,
Archevêque de Cantorbery , qui engagea
le Clergé d'Angleterre à prononcer fur
l'affaire du divorce ; & malgré la précaution
qu'avoit prife le Pape de fe referver
la connoiffance de ce grand procès , le ma--
riage fut caffé folemnellement. Anne entra
en triomphe dans Londres , & y fut reçue
avec un éclat & une magnificence finguliere
.
Clément apprit avec un dépit fenfible
ce qui venoit de fe paffer : il fit une Bulle
qui excommunioit Henri & Anne de Boulen
, s'ils ne fe quittoient dans quelques
mois ; & après de nouvelles négociations
pour terminer cette affaire , le Pape affembla
fon Confiftoire , & le réfultat fut une
fentence qui obligeoit le Prince à repren
dre Catherine , fous peine d'excommunication
pour lui , & d'interdit pour fon
Royaume. Le Parlement avoit prévenu ce
jugement par une loi qu'il avoit faite quelques
jours aparavant , & qui défendoit de
reconnoître l'autorité du Pape. Henri recueillir
le fruit d'une politique profonde &
fuivie ; & fans faire d'autres changemens
dans la religion , il défendit tout commerce
avec le S. Siége , & voulut être lui -même
138 MERCURE DE FRANCE.
chef de l'Eglife dans fon Royaume . La nation
adopta les idées fchifmatiques qu'on
lui préfentoit ; elle fuivit depuis les opinion
de Zuingle fous Edouard , retourna à
la communion de Rome fous Marie , & fe
forma fous Elizabeth un culte qu'elle profeffe
encore aujourd'hui , fous le nom de
Religion Anglicane.
Hiftoire de la conjuration de Fiefque
en 1546 & 1547.
André Doria délivra en 1528 la République
de Gênes du joug de la France ,
& y établit l'ordre qui fubfifte encore aujourd'hui,
Ce plan de Gouvernement , le feul
peut-être qui pût convenir au caractere
» des Génois , & à la fituation où ils fe
» trouvoient , les devoit raffurer naturelle-
» ment contre les entreprifes de Doria . Si
» ce grand Capitaine eût en réellement
» les vûes que lui ont fuppofées la plupart
" des hiftoriens , ou il auroit laillé fon
"pays dans l'anarchie , ou il y auroit éta-
39
bli des loix mauvaifes , ou il fe feroit
" emparé de la dignité de Doge ; trois
» voies qu'il lui étoit aifé de prendre , &
» dont chacune devoit prefque néceffaire-
» ment le rendre maître de la République.:
33
DECEMBRE. 1754. 139
» Avec un peu d'attention , on démêle
» qu'il ne cherchoit ni à être tyran ni à
» être citoyen , & qu'il vouloit fe venger
» feulement de la France , qu'il avoit bien
fervie , & dont il étoit mal traité. Ce
projet qui étoit connu de tout le monde
, & celui de maintenir la révolution ,
» l'autorifoit , fans qu'on en prît ombrage ,
» à fe charger , comme il fit , du comman
dement des galeres de Charles Quint . 11
eft vrai que ce moyen avoit quelque
» chofe d'équivoque , & qu'il pouvoit fer-
» vir à opprimer la liberté publique auffi
bien qu'à la défendre : mais l'ordre que
» Doria avoit d'abord établi dans l'Etat ,
étoit une preuve de modération , que ce
» qu'il avoit laiffé voir d'ambition ne de-
» voit gueres affoiblir , & que fa conduite
» fortifioit extrêmement. Content de l'em-
» pire que lui donnoient fur les efprits &
>> fur les coeurs les grandes chofes qu'il
» avoit faites , il paroiffoit préférer de
» bonne foi la tranquillité de la vie privée
» à l'embarras des grandes places , & fe
» livrer aux affaires plutôt par zéle que
" par goût. Il y a apparence que des dehors
auffi impofans auroient trouvé une
» confiance entiere , fans la préfomption:
» & les hauteurs d'un parent éloigné qu'il.
avoit adopté pour fils ..
140 MERCURE DE FRANCE.
Ce jeune homme fe nommoit Jeannetin
Doria : condamné dès fes premieres années
à des travaux obfcurs , l'yvreffe où le jetta
le changement de fa fortune lui donna un
orgueil & des manieres qui révolterent
tout ce qui avoit de l'élévation dans l'ame ,
& fingulierement Jean- Louis de Fiefque ,
Comte de Lavagna. Ce jeune Seigneur ,
l'homme le plus riche de la République ,
éroit magnifique , aimable & féduifant :
avec un grand nombre de qualités brillan
res , il avoit l'apparence de plufieurs vertus.
» L'inquiétude qui le pouffoit aux gran-
» des places , venoit du defir qu'il avoit de
» faire de grandes chofes ; l'ambition ne
» lui étoit infpirée que par la gloire. Une
" erreur , qui étoit plutôt un malheur de
» fon âge qu'un défaut de fon efprit , lui
» fit confondre la célébrité avec une répu-
" tation fondée : il alla jufqu'à croire qu'il
» lui fuffiroit d'occuper de lui fes contem-
" porains , pour llaaiiffffeerr uunn grand nom à la
» poftérité. Tous ceux qui l'avoient étu-
» dié & qui fe connoiffoient en hommes ,
» lui trouvoient à vingt- deux ans une po-
»litique très- raffinée & une diffimulation
impénétrable : il leur paroiffoit né pour
» affervir fa patrie ou pour l'illuftrer .
Fiefque ne pouvoit manquer d'être mécontent
de la fituation où fe trouvoit la
DECEMBRE.
1754. 141
République . Il lui parut également indigne
de lui de vivre dans l'obfcurité , ou d'en
fortir par la faveur d'un homme qu'il méprifoit.
» Entre plufieurs moyens que lui
و ر
préfenta une imagination forte & impé-
» tueufe , celui de faire périr les Doria fut
» le feul qui lui parût infaillible , & il s'y
» arrêta avec beaucoup de fang-froid & de
» fermeté. La néceffité de changer la for-
» me du Gouvernement pour foutenir
» une démarche auffi hardie , ne l'effraya
» pas , & fut peut -être fans qu'il s'en dou-
» tât un motif de plus : il devoit paroître
» doux à un homme de fon caractere d'ab-
» battre d'un même coup fes ennemis , &
» de fe placer à la tête d'un Etat affez puif-
» fant. La révolution devoit être l'ouvrage
» du génie feul pour la maintenir , la
force étoit néceflaire , & Fiefque qui le
» vit , penſa à ſe ménager l'appui de la
» France.
Cette Cour entra aifément dans les vûes
de Fiefque ; & dans l'efpérance de fe venger
de Doria & de reprendre le Milanès fur
l'Empereur , elle accorda des fecours confidérables.
Fiefque inftruit que les mêmes
paffions qui lui avoient rendu la Cour de
France favorable , regnoient à celle du
Pape , s'occuppa du foin de les mettre en
jeu. Il alla lui-même à Rome pour négo142
MERCURE DE FRANCE.
cier cette affaire , & il écarta les foupçons
que ce voyage pouvoit faire naître , par,
l'attention qu'il eut au milieu de fes projets
de ne paroître occupé que de fes plaifirs
, & par l'art de cacher des deffeins
profonds fous un air frivole. Il trouva
Paul III. auffi bien difpofé qu'il le fouhaitoit
, & ce Pontife approuva la révolution
avec de grands éloges .
Fiefque ne s'occupa plus que du foin
de mettre la derniere main à fon entre-"
prife , & il ne put en être détourné
par les
remontrances d'un de fes plus zélés partifans
: c'étoit Vincent Calcagno , homme
d'un certain âge , & qui avoit une efpéce
de paffion pour le jeune Comte. » Comme
" il avoit le fens droit , les grandes entre-
» prifes commencoient par lui être toujours
fufpectes . Il étoit d'ailleurs né timide ,
» & les réflexions ou l'expérience qui chan
» gent quelquefois les caracteres , l'avoient
» affermi dans le fien. Tout ce qui avoit
» l'air trop élevé lui paroiffoit chimérique ,
" & il regardoit comme imprudent tout
» ce qu'on abandonnoit au hazard. Son
imagination étoit plus aifément étonnee
» que fon coeur ; & il étoit ferme jufques
» dans les périls qu'il avoit prévûs & qu'il
ور
و ر
avoit craints.
Le chef de la conjuration forma d'i
DECEMBRE. 1754. 143
bord fon attention à ne pas fe laiffer pénétrer
, & il fe rendit en effet impénétrable.
Sa conduite avoit quelque chofe de fi naturel
& de fiaifé , qu'il n'étoit pas poffible d'y
foupçonner le moindre myftere. André Doria
, malgré la profonde connoiffance qu'il
-avoit des hommes , fe laiffa impofer par ces
apparences , & Jeannetin fut féduit par les
témoignages d'eftime & d'attachement que
Fiefque lui prodigua.
Le Comte fçut fe concilier les négocians
, cette précieufe portion de citoyens
fi honorée dans le gouvernement populaire
, fi opprimée dans le defpotique , fi
négligée dans le monarchique , & fi méprifée
dans l'ariftocratique , en leur exagérant
le tyrannique orgueil des nobles
& en leur laiffant entrevoir la poffibilité
-de s'en délivrer. Par là il s'affuroit du peuple
, qui fuit aveuglément le mouvement
qui lui eft communiqué par ceux qui le font
travailler ou qui le font vivre un extérieur
brillant , des manieres ouvertes & polies
, des bienfaits répandus adroitement ,
acheverent de lui gagner la multitude.
Il ne manquoit à Fiefque que des fol-
' dats. Il eut une occafion favorable , & qui
fe préfentoit naturellement , d'en lever dans
fes terres. Il prit des arrangemens fecrets
avec Pierre- Louis Farnefe Duc de Parme
144 MERCURE DE FRANCE.
& de Plaifance , qui lui promit un fecours
de deux mille hommes. Il fit venir une
galere qui lui appartenoit , dans le port de
Gênes fes amis débaucherent quelques
foldats de la garnifon , & s'affurerent dedix
mille habitans déterminés : avec ces forces
réunies , les conjurés crurent qu'il étoit
tems de prendre une derniere réfolution.
La nuit du premier au fecond Janvier
fut l'inftant arrêté pour l'exécution de leur
projet . L'époque étoit adroitement fixée.
Comme le Doge qui fortoit de place le
premier du mois , ne pouvoit être remplacé
que le quatre , la République devoit fe
trouver dans une eſpèce d'anarchie , dont
il étoit poffible de tirer parti.
Un des chefs de la conjuration , & un
de ceux fur qui Fiefque comptoit le plus ,
étoit Jean Baptifte Verrina , » homme bra-
» ve , impétueux , éloquent : il avoit l'efprit
vafte , mais déréglé ; le coeur élevé ,
» mais corrompu . Son penchant l'entraî
»noit au crime , & le mauvais état de
» fes affaires le lui rendoit prefque indifpenfable.
Une imagination vive &
» forte lui préfentoit fans ceffe des projets
finguliers & hardis , dont il n'examinoit
» jamais ni la juftice ni les refforts , &
» dont il prévoyoit rarement les fuites. Il
étoit ennemi de tout repos , du fien
33
par
inquiétude ,
DÉCEMBRE. 1754. 145
99
inquiétude , de celui des autres par ambition
. Le Gouvernement établi dans fa
patrie lui déplaifoit , précisément parce
qu'il y étoit établi ; & tous ceux qui
» entreprendroient de le changer étoient
fûrs de trouver en lui des confeils dangereux
& des fervices utiles . Ce caractere
»l'avoit rendu cher à Fiefque , dont il régloit
les plaifirs , partageoit la fortune
» & dirigeoit en quelque maniere les paf-
"
fions.
>
Le jour arrêté pour la révolution commençoit
à luire , que les conjurés firent les
dernieres difpofitions. Verrina fe rendit à
l'entrée de la nuit fur la galere de Fieſque
qui étoit fon pofte ; il donna par un coup
de canon le fignal de l'attaque , & l'action
fut auffi - tôt engagée dans l'ordre qui avoit
été projetté. On commença par attaquer
ceux qui défendoient les portes de la ville
les plus effentielles , & dont on ſe rendit
bientôt maître . Jeannetin s'étant éveillé au
bruit , & étant accouru , fut reconnu &
maffacré fur le champ. André Doria euc
le tems de fe fauver dans un château à
quinze mille de Gênes . Cette lâcheté dans
un vieillard célébre par fa valeur , ne doit
furprendre que ceux qui ne connoiffent pas
les hommes .
Les avantages que remporterent les con-
II.Fol, G
146 MERCURE DE FRANCE.
jurés , redoubla leur activité & leur courage
: après s'être fortifiés à la hâte dans les
poftes dont ils s'étoient emparés , ils ſe
répandirent dans les rues en criant , Fiefque
& liberté. Ces deux mots , dont l'un rappelloit
à un grand nombre d'ouvriers le
nom de leur bienfaicteur , & l'autre réveil
loit dans tous les efprits l'idée du plus
grand des biens , féduifirent la populace ,
qui prit auffi-tôt les armes.
Les tentatives que fit le Sénat pour oppofer
la force aux conjurés ayant été funeftes
, il tourna fes'vûes vers la négociation.
Anfaldo Juftiniani , un des Sénateurs
députés , s'avança dans le lieu du tumulte
, & demanda froidement à parler au
nom de la République , au Comte de Fiefque
. Cet homme dangereux n'étoit plus ;
en voulant paffer fur une galere , il étoit
tombé dans la mer , & s'y étoit noyé. » Le
» fecret pouvoit être facilement gardé juf-
» qu'à la fin de l'action , fans la vanité
» puérilę de Jerôme , qui répondit à Juſ
» tiniani qu'il n'y avoit plus d'autre Com-
» te de Fiefque que lui , & qu'il n'écou-
» teroit les propofitions qu'on avoit à lui
faire , que lorfqu'on lui auroit livré le
Palais . Une réponſe auffi imprudente
» eut les fuites qu'elle devoit avoir. Le Sénat
raſſuré par le feul événement qui pût
"
DECEMBRE. 1754. 147.
changer fur le champ & d'une maniere
» ftable la fituation des chofes , montra de
» la fermeté ; & les conjurés , par une rai-
» fon contraire , perdirent toute leur au-
ور
"
dace. A mefure que la mort de leur
» cheffe répandoit , & elle fe répandit fort
» vîte , on voyoit les efprits fe refroidir ,
le-courage expirer dans tous les coeurs ,
& les armes tomber des mains . Ceux
»même que des haines plus vives , de
plus grands intérêts, ou un caractere plus
emporté avoient rendus jufqu'alors plus
» redoutables que les autres , fe laiffoient
» abbattre par la terreur commune. La ré-
» volution fut fi générale , qu'au point du
" jour il n'y avoit pas un feul factieux dans
» les rues de Gênes : ils étoient tous reti-
» rés dans leurs maifons , difperfés dans
» la campagne , ou retranchés dans quel-
» que pofte .
Aing finit cette confpiration , qui par
l'événement établit fur des fondemens prefque
inébranlables l'autorité qu'on avoit
voulu détruire.
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Résumé : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Le texte extrait des 'Mémoires historiques, militaires & politiques de l'Europe' de l'Abbé Raynal couvre la période de l'élévation de Charles Quint au trône de l'Empire jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. Il se concentre sur les révolutions en Suède de 1515 à 1544. La Suède, autrefois puissante sous les Goths, était retombée dans l'obscurité en raison de divisions internes et de vices gouvernementaux. Marguerite, reine du Danemark, ambitieuse et politique, chercha à réunir la Suède à ses autres États. Les Suédois se rebellèrent contre le joug danois et se donnèrent un administrateur. Les conflits entre la Suède et le Danemark s'intensifièrent sous le règne de Christiern, un monarque cruel et tyrannique. Christiern chercha à soumettre les Suédois et exploita les mécontentements du clergé. Stenon, fils du dernier administrateur, fut élu pour succéder à l'administrateur décédé, mais des conspirations menées par Trolle, un archevêque déchu, compliquèrent la situation. Stenon dut faire face à une rébellion soutenue par les Danois et le clergé. Après une victoire suédoise, Trolle fut déclaré ennemi de la patrie et exilé. Le pape, sollicité par Trolle et Christiern, menaça les Suédois d'excommunication s'ils ne rétablissaient pas Trolle. Les Suédois refusèrent de se soumettre pour éviter des guerres civiles. Rome excommunia alors l'administrateur et le Sénat, et ordonna à Christiern de rétablir Trolle par la force. Christiern envahit la Suède, semant la destruction et la cruauté. Stenon fut tué, et Christiern établit une tyrannie en Suède. Cependant, Gustave Vasa, descendant des anciens rois de Suède, s'échappa du Danemark et rallia les Suédois. Avec l'aide d'un curé, Gustave mobilisa les Dalécarliens et remporta plusieurs victoires, forçant Christiern à fuir. Gustave fut proclamé administrateur et continua la guerre contre les Danois. Une révolution au Danemark déposa Christiern, et Frédéric de Holstein monta sur le trône. Gustave fut finalement proclamé roi de Suède avec l'unanimité du peuple. Il se consacra à réformer le royaume, substituant de bonnes lois à la barbarie ancienne et introduisant une police sage. Il fut soutenu dans ses réformes par Lars-Anderfon, un homme célèbre et habile. Parallèlement, Henri VIII, roi d'Angleterre, chercha à divorcer de Catherine d'Arragon pour épouser Anne Boleyn. Le cardinal Wolsey joua un rôle clé dans cette décision. Henri consulta les universités européennes, certaines déclarant le mariage nul, d'autres refusant. Henri finit par se passer de la dispense papale et épousa Anne Boleyn. Le pape excommunia Henri, mais le Parlement anglais défendit l'autorité papale. Henri devint chef de l'Église en Angleterre, initiant la Réforme anglicane. Le texte décrit également une conjuration à Gênes en décembre 1754, orchestrée par le Comte Fiesque. Fiesque, timide et prudent, réussit à gagner la confiance des négociants et du peuple. Il conclut un arrangement secret avec Pierre-Louis Farnèse, Duc de Parme et de Plaisance, qui lui promit un soutien militaire. La nuit du 1er au 2 janvier fut choisie pour l'exécution du projet. L'attaque débuta par la prise des portes de la ville les plus essentielles. Les conjurés prirent rapidement le contrôle des rues en criant 'Fiesque et liberté'. Cependant, Fiesque mourut en tombant à la mer, ce qui refroidit les ardeurs des conjurés, qui se dispersèrent. La conjuration échoua, renforçant ainsi l'autorité qu'elle avait voulu détruire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 205
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs avec les cérémonies accoutumées, & Sa [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Chambre des communes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 14 Novembre.
Aujourd'hui le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées , & Sa
Majesté ayant mandé la Chambre des Communes ,.
a fait l'ouverture du Parlement par un fort beau
Difcours.
Le fieur Henriques vient de publier un nouveau
projet pour acquitter les dettes de la nation
, par le moyen d'une Lotterie qui durera dix
ans. Il en a remis aujourd'hui des copies à tous
les Membres de la Chambre des Communes.
Le 15 Novembre les Seigneurs préſenterent
au Roi leur adreffe , à laquelle Sa Majefté répondit
: » MYLORDS , je vous remercie des marques
>> que vous me donnez de votre affection & de vo-
» tre fidelité . Le zele que vous montrez pour ma
» perfonne & pour mon gouvernement , ne peut
» manquer de produire les meilleurs effets , tant
» au dedans qu'au dehors. Je n'uferai jamais de
>> votre confiance que pour le véritable intérêt de
» mon peuple.
DE LONDRES , le 14 Novembre.
Aujourd'hui le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées , & Sa
Majesté ayant mandé la Chambre des Communes ,.
a fait l'ouverture du Parlement par un fort beau
Difcours.
Le fieur Henriques vient de publier un nouveau
projet pour acquitter les dettes de la nation
, par le moyen d'une Lotterie qui durera dix
ans. Il en a remis aujourd'hui des copies à tous
les Membres de la Chambre des Communes.
Le 15 Novembre les Seigneurs préſenterent
au Roi leur adreffe , à laquelle Sa Majefté répondit
: » MYLORDS , je vous remercie des marques
>> que vous me donnez de votre affection & de vo-
» tre fidelité . Le zele que vous montrez pour ma
» perfonne & pour mon gouvernement , ne peut
» manquer de produire les meilleurs effets , tant
» au dedans qu'au dehors. Je n'uferai jamais de
>> votre confiance que pour le véritable intérêt de
» mon peuple.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 14 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement et prononcé un discours. Henriques a proposé un projet de loterie pour rembourser les dettes nationales. Le 15 novembre, les Seigneurs ont adressé une lettre au roi, qui a exprimé sa gratitude et affirmé utiliser leur confiance pour l'intérêt du peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 173
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le Roi vient de nommer le Lord Harford, pour remplacer, en qualité de son Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Février .
Le Roi vient de nommer le Lord Harford ,
pour remplacer , en qualité de fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi de France , le feu
Comte d'Albemarle.
DE LONDRES , le 13 Février .
Le Roi vient de nommer le Lord Harford ,
pour remplacer , en qualité de fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi de France , le feu
Comte d'Albemarle.
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15
p. 226-231
« Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Début :
Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Déclaration de guerre, Roi d'Angleterre, Amérique septentrionale, Marines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
ORDONNANCE du Roi , portant déclaration
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
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Résumé : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Le 9 juin 1756, le Roi de France a émis une ordonnance déclarant la guerre au Roi d'Angleterre. Cette décision fait suite à des agressions britanniques contre les possessions françaises en Amérique du Nord, débutées en 1754 et intensifiées en juin 1755, violant ainsi le droit des gens et les traités en vigueur. La France avait initialement réagi avec modération, renvoyant une frégate anglaise capturée et permettant aux navires anglais de continuer leur commerce en France. Cependant, l'Angleterre a traité durement les soldats et matelots français, exécutant des ordres contraires aux assurances de conciliation données à l'ambassadeur français. La France a tenté d'éviter l'implication d'autres puissances européennes et a espéré une résolution pacifique en demandant la restitution des navires français capturés. Le refus britannique a été interprété comme une déclaration de guerre. La Cour britannique a publié des griefs vagues et infondés contre la France, notamment concernant les travaux à Dunkerque et les troupes assemblées sur les côtes françaises, justifiés par les attaques anglaises précédentes. En réponse, le Roi de France a décidé de riposter par la force, tout en restant fidèle à ses principes de justice et de modération. Il a ordonné à ses sujets de cesser toute communication avec les sujets anglais et a révoqué toutes les permissions contraires. La déclaration de guerre a été publiée le 16 juin à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 191-192
De VERSAILLES, le 20 Novembre.
Début :
Le Roi a donné l'Abbaye de Jouy, Ordre de S. Benoît, [...]
Mots clefs :
Abbaye, Ordre, Diocèse, Archevêque, Vicaire, Religieuse, Deuil, Cour, Roi d'Angleterre, Sceau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 20 Novembre.
De VERSAILLES , le 20 Novembre.
E Rol a donné l'Abbaye de Jouy , Ordre de
S. Benoît , Diocéfe de Sens , à l'Archevêque de
Tours.
Celle de S. Faron , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Meaux , à l'Abbé de Soulange , Vicaire Général
du Diocéfe de Vannes & Aumônier de Madame
Adelaide.
Celle de Préaux , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Lifieux , à la Dame de Gimel de Lantilhac ,
192 MERCURE DE FRANCE.
C
Religieufe de l'Abbaye de la Régle à Limoges.
Et le Prieuré de Neufchâtel, Diocéle de Rouen,
à la Dame de Rofée , Religieufe Bénédictine du
Monaftére de Belfond à Rouen .
Le 24 du mois dernier , Sa Majeſté tint le
Sceau.
La Cour a pris le deuil pour trois ſemaines à
l'occafion de la mort du Roi d'Angleterre . Ce
Prince mourut fubitement âgé de foixante & dixfept
ans.
Le 12 de ce mois , la Reine & Monfeigneur le
Dauphin fe rendirent à la Chapelle pour y tenir
fur les Fonts de Baptême un fils du fieur Thierry,
Moufquetaire , & Huiffier de la Chambre du Roi ,
que Sa Majefté nomma Marie - Louis . L'Abbé de
-Saint- Hermine , fon Aumônier de Quartier , fit
la Cérémonie.
Le 17 , le Roi tint le Sceau.
E Rol a donné l'Abbaye de Jouy , Ordre de
S. Benoît , Diocéfe de Sens , à l'Archevêque de
Tours.
Celle de S. Faron , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Meaux , à l'Abbé de Soulange , Vicaire Général
du Diocéfe de Vannes & Aumônier de Madame
Adelaide.
Celle de Préaux , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Lifieux , à la Dame de Gimel de Lantilhac ,
192 MERCURE DE FRANCE.
C
Religieufe de l'Abbaye de la Régle à Limoges.
Et le Prieuré de Neufchâtel, Diocéle de Rouen,
à la Dame de Rofée , Religieufe Bénédictine du
Monaftére de Belfond à Rouen .
Le 24 du mois dernier , Sa Majeſté tint le
Sceau.
La Cour a pris le deuil pour trois ſemaines à
l'occafion de la mort du Roi d'Angleterre . Ce
Prince mourut fubitement âgé de foixante & dixfept
ans.
Le 12 de ce mois , la Reine & Monfeigneur le
Dauphin fe rendirent à la Chapelle pour y tenir
fur les Fonts de Baptême un fils du fieur Thierry,
Moufquetaire , & Huiffier de la Chambre du Roi ,
que Sa Majefté nomma Marie - Louis . L'Abbé de
-Saint- Hermine , fon Aumônier de Quartier , fit
la Cérémonie.
Le 17 , le Roi tint le Sceau.
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Résumé : De VERSAILLES, le 20 Novembre.
Le 20 novembre, plusieurs abbayes et prieurés ont été attribués à divers dignitaires religieux. L'Abbaye de Jouy, Ordre de Saint Benoît, Diocèse de Sens, a été donnée à l'Archévêque de Tours. L'Abbaye de Saint Faron, Ordre de Saint Benoît, Diocèse de Meaux, a été attribuée à l'Abbé de Soulange, Vicaire Général du Diocèse de Vannes et Aumônier de Madame Adelaide. L'Abbaye de Préaux, Ordre de Saint Benoît, Diocèse de Lifieux, a été confiée à la Dame de Gimel de Lantilhac. La Religieuse de l'Abbaye de la Règle à Limoges et le Prieuré de Neufchâtel, Diocèse de Rouen, ont été donnés à la Dame de Rosée, Religieuse Bénédictine du Monastère de Belfond à Rouen. Le 24 du mois précédent, Sa Majesté a tenu le Sceau et la Cour a observé un deuil de trois semaines à la suite du décès du Roi d'Angleterre, âgé de soixante-dix-sept ans. Le 12 novembre, la Reine et Monseigneur le Dauphin se sont rendus à la Chapelle pour le baptême d'un fils du sieur Thierry, Mousquetaire et Huissier de la Chambre du Roi, nommé Marie-Louis. La cérémonie a été effectuée par l'Abbé de Saint-Hermine, Aumônier de Quartier. Le 17 novembre, le Roi a de nouveau tenu le Sceau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 54-68
HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
Début :
L'HISTOIRE simple des faits peut intéresser la curiosité des gens oisifs ; l'Histoire [...]
Mots clefs :
Divorce, Réflexions, Droits des nations, Historien, Déclamateur, Roi d'Angleterre, Alliances, Reine, Intérêts, Impétuosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
HISTOIRE du divorce d'HENRI
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
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Résumé : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
L'ouvrage 'Histoire du divorce d'Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon' de l'abbé Raynal met en lumière l'importance de comprendre les motivations derrière les événements historiques et la maîtrise de la politique par les historiens. L'histoire débute avec le mariage entre Arthur, fils d'Henri VII, et Catherine d'Aragon, visant à renforcer les alliances européennes. À la mort d'Arthur, Henri VIII épousa Catherine avec la dispense papale de Jules II. Influencé par Anne Boleyn, Henri VIII chercha à divorcer, utilisant les doutes de l'évêque de Tarbes sur la légitimité de son mariage. Les négociations avec le pape Clément VII furent longues et complexes, menant à une rupture entre l'Angleterre et Rome. Henri VIII épousa ensuite Anne Boleyn, qu'il fit exécuter, avant de se remarier successivement avec Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard et Catherine Parr. Les portraits des papes Jules II et Clément VII sont esquissés : Jules II était ambitieux et orienté vers la guerre et la politique, tandis que Clément VII était inquiet et influençable. Henri VIII est décrit comme intelligent mais mal avisé, ce qui compliqua son règne marqué par la tyrannie, la libéralité excessive et la manipulation par ses ministres. Son règne fut caractérisé par des changements fréquents de lois et des décisions judiciaires dictées par ses passions. Henri VIII fut le premier roi d'Angleterre à porter le titre de 'Majesté', accordé par François Ier lors de la rencontre du Camp du Drap d'Or en 1520.
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p. 209
D'OSNABRUCK, le 1 Mars 1764.
Début :
Le 27 du mois dernier, le Prince Frédéric, Fils aîné du Roi [...]
Mots clefs :
Prince, Roi d'Angleterre, Électeur d'Hanovre, Élection, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : D'OSNABRUCK, le 1 Mars 1764.
D'OsNABRvcK , le 1 Mars 1764.
Le 27 du mois dernier , le Prince Frédéric, Fils
puîné du Roi d'Angleterre, Electeur d'Hanovre,
fut élu d'une voix unanime Evêque & Prince de
cette Ville.
Le 27 du mois dernier , le Prince Frédéric, Fils
puîné du Roi d'Angleterre, Electeur d'Hanovre,
fut élu d'une voix unanime Evêque & Prince de
cette Ville.
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