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Liste
1
p. 241-244
I.
Début :
Le vray mot de la premiere Enigme du mois de May, / Mes mouvemens sont fort secrets, [...]
Mots clefs :
Secrets, Doctrine, Ange, Gouffre, Onde, Fièvre, Incertitude, Astre, Flux et reflux
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texteReconnaissance textuelle : I.
Le vray mot de laprcmiere Enigmedumoisde
May, efloit le Flux &
leReflux. Envoicyquelquesexplications
en F-ers.
M I. Es mouvementfont fort secrets, 01 auilsproduifem leurs
effets;--
JParrégléaux yeux detout le mopde.
La DottrlnC;la plus pofonde
Neffoaurboit,silcest vurayrsaintsèquelque , Penetrer&mon ordre, .& marapidité.y ,,. CertainAiman, dans lanature, .') Cause-t-il en moy la figure
Quon mevoitfaire tous les jours?
Vn Ange regle-t-ilmoncours?
Efl-cerufnneverantmegnferiemté,,feou,s leseaux,lpt1
RessorS'jeaussi J'unGOhJfre.
cipite? ou jem'prtr IP -Le Globe itsonbalancement -,
CAuferoient-ils ce mouvement,
Quimèleve & puis t¡uiJmtp¡mt..
Commme un DoeEleur?du temps fexpri- Suis-je unfeusouterrain qui dilate des
flots,
Que le poidsféalrainene aulieu deleur
npsf
1 -
":
00 , Sort-je,parmoyfeul, de mon terme?
Suis-je de l'air, que rOnde enferme
Et quifemeten mouvement
Pour rejoindresonElément?
Le tour & le retour des Rivieres du
monde,
Ou le Soleil enfiruigitent-ils mon Ondci
M ,-
Me croira-t-on un anitrMl,
S£ui refaire, ou quifent un mal,
JQui mecaufe une Fievreéthique,
Dont l'accez.al'heurecrytique,
Produit & reproduit lemefmeeffettoûioursy
Oujila terretourne&forme ainsimon
cours? -
- B3* Ceftdumoins le premiermobile;
Maislarechercheejiinutile
Puis que ¡'Il' découvert monfort, - Lors qu'il tnefl échapé d'abord,
Que danstincertitude,,suparoist mon
> essence,
Lecorapisrtcqout-itfmtaenfgeo.'uverne est tout -< 03
'OHJl'AflreincQnflantenejfit
Prendquelquepartacesujet• ,,
Soit qu'ilpresse tAir foit qu'ilguide
Parsoncourschaquecorps humide,
SSiittoouuttcceellaa ddéiplltift, je nefçay rien de
î plus Jêmaleà mon gré, le Flux& le Re*
flux.
l'INSENSIBLE MONTALTE
May, efloit le Flux &
leReflux. Envoicyquelquesexplications
en F-ers.
M I. Es mouvementfont fort secrets, 01 auilsproduifem leurs
effets;--
JParrégléaux yeux detout le mopde.
La DottrlnC;la plus pofonde
Neffoaurboit,silcest vurayrsaintsèquelque , Penetrer&mon ordre, .& marapidité.y ,,. CertainAiman, dans lanature, .') Cause-t-il en moy la figure
Quon mevoitfaire tous les jours?
Vn Ange regle-t-ilmoncours?
Efl-cerufnneverantmegnferiemté,,feou,s leseaux,lpt1
RessorS'jeaussi J'unGOhJfre.
cipite? ou jem'prtr IP -Le Globe itsonbalancement -,
CAuferoient-ils ce mouvement,
Quimèleve & puis t¡uiJmtp¡mt..
Commme un DoeEleur?du temps fexpri- Suis-je unfeusouterrain qui dilate des
flots,
Que le poidsféalrainene aulieu deleur
npsf
1 -
":
00 , Sort-je,parmoyfeul, de mon terme?
Suis-je de l'air, que rOnde enferme
Et quifemeten mouvement
Pour rejoindresonElément?
Le tour & le retour des Rivieres du
monde,
Ou le Soleil enfiruigitent-ils mon Ondci
M ,-
Me croira-t-on un anitrMl,
S£ui refaire, ou quifent un mal,
JQui mecaufe une Fievreéthique,
Dont l'accez.al'heurecrytique,
Produit & reproduit lemefmeeffettoûioursy
Oujila terretourne&forme ainsimon
cours? -
- B3* Ceftdumoins le premiermobile;
Maislarechercheejiinutile
Puis que ¡'Il' découvert monfort, - Lors qu'il tnefl échapé d'abord,
Que danstincertitude,,suparoist mon
> essence,
Lecorapisrtcqout-itfmtaenfgeo.'uverne est tout -< 03
'OHJl'AflreincQnflantenejfit
Prendquelquepartacesujet• ,,
Soit qu'ilpresse tAir foit qu'ilguide
Parsoncourschaquecorps humide,
SSiittoouuttcceellaa ddéiplltift, je nefçay rien de
î plus Jêmaleà mon gré, le Flux& le Re*
flux.
l'INSENSIBLE MONTALTE
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Résumé : I.
Le texte traite des mouvements du flux et du reflux, probablement en référence aux marées. L'auteur se questionne sur leurs causes possibles, évoquant divers facteurs tels qu'un ange, une force divine, la Lune, le Soleil, ou les rivières du monde. Il envisage également l'influence d'un feu souterrain ou de l'air. Malgré ses investigations, l'auteur reste incertain quant à l'origine exacte de ces phénomènes, soulignant leur mystère persistant. Il conclut en affirmant qu'il observe ces mouvements sans les comprendre pleinement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 244-245
II.
Début :
Merveilleux inconnu, quoy que souvent visible, [...]
Mots clefs :
Esprits, Écrits, Astre, Caverne, Flux
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texteReconnaissance textuelle : II.
II. Erveilleux inconnu
, quoy que
Couvent visible,
- Que tu furprens lesyeux, & charmes
les esprits!
Detes rares effets la causeimperceptible,
Nesipeut expliquerpar deffavant
écrits.
- Quedigs-joe ?suansvcheercherrfnAstereq,ui te Ilnefaut que passeraucreuxdune C..
verne,
T boire sans Argent, pour ne tignorer
fins.
Sansconsulter Platon,Aristote, ny Pline*
On connaîttrop ton oriqine,
Si-tostqu'uneBourseale Flux.
1
RAULT,deRoüen.
, quoy que
Couvent visible,
- Que tu furprens lesyeux, & charmes
les esprits!
Detes rares effets la causeimperceptible,
Nesipeut expliquerpar deffavant
écrits.
- Quedigs-joe ?suansvcheercherrfnAstereq,ui te Ilnefaut que passeraucreuxdune C..
verne,
T boire sans Argent, pour ne tignorer
fins.
Sansconsulter Platon,Aristote, ny Pline*
On connaîttrop ton oriqine,
Si-tostqu'uneBourseale Flux.
1
RAULT,deRoüen.
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3
p. 69-71
Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il est difficile de s'employer pour la gloire de ce Prince [...]
Mots clefs :
Gloire, Prince, Soleil, Devise, Astre, Balance, Univers, Saison
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texteReconnaissance textuelle : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Il eft difficile de s'employer
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
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Résumé : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Le texte compare le roi au Soleil à travers les œuvres de Monsieur Magnin. Une devise montre le Soleil dans le signe de la Balance avec la phrase 'Orbem inde gubernat'. Le Soleil, malgré les changements terrestres, reste constant, régule les saisons et commande l'univers, équilibrant ainsi les destinées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 135-138
IDILLE.
Début :
L'Idille qui suit, est de mr de Messange, & a esté / Doux ornemens de ces sauvages lieux, [...]
Mots clefs :
Ornements, Exil, Astre, Lys, Printemps, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : IDILLE.
Me{Tan-g-e,& - a estéenvoyé
a avec un Bouquet. Les Vers
) en font si heureusemet tour-
1nez,que je puis vous affeuirerque
vous les lirez avec
jplaifir.
IDILLE.
Dlux ornemens de cessauvages
lieux,
Ou je mine en langueur une mourante
vie,
Legeramusementd'unexil ennuyeux,
Allez, aimables Fleurs, allez trouver
Silvie,
VOIM la reconnoiftrez,àl'éclat deses
yeux.
L*Aflredujour en a moinsqueux
Lors qu'il vient dorer ce Bocage.
Elle a.t',air agreable & doux, Le teint a peu pré1s comme vous: rous vous verrez surfin vifâge;
Les Roses& les Lysy brillent en toutt
temps.
Près d'ctle vom pourrez,Jans crainte
vous produire,
Vous y trouverez, le Printemps;
Lors qu'il quitte nos BoÚ, c'efîlaq%'il
Je retire.
Allez, donc, baiiez,-votis
,
c'est t'op
vous retenir,
EtJîpar hazard cette Belle
rouloit Jeavoir qui vous afat
venIr,
Sans la fâcherfaiteslasouvenir
D'un malheureux qui meurt pour
elle.
{ Voué estes les témoins des ennuis de
mon coeur;
Peignez. lu, mestourmens;&faites
luy connoijlre
J>)ue mes larmes vous ont fait
naître.
Par noflre air languijjant marquez
luy ma langueur;
Mourez,sur ce beaufin, dont l'éclat
vomefface,
1 Pendant que moins heureux que
vousy
le demande pour -toute grace,
De pouvoirfeulement mourir ases
genoux.
a avec un Bouquet. Les Vers
) en font si heureusemet tour-
1nez,que je puis vous affeuirerque
vous les lirez avec
jplaifir.
IDILLE.
Dlux ornemens de cessauvages
lieux,
Ou je mine en langueur une mourante
vie,
Legeramusementd'unexil ennuyeux,
Allez, aimables Fleurs, allez trouver
Silvie,
VOIM la reconnoiftrez,àl'éclat deses
yeux.
L*Aflredujour en a moinsqueux
Lors qu'il vient dorer ce Bocage.
Elle a.t',air agreable & doux, Le teint a peu pré1s comme vous: rous vous verrez surfin vifâge;
Les Roses& les Lysy brillent en toutt
temps.
Près d'ctle vom pourrez,Jans crainte
vous produire,
Vous y trouverez, le Printemps;
Lors qu'il quitte nos BoÚ, c'efîlaq%'il
Je retire.
Allez, donc, baiiez,-votis
,
c'est t'op
vous retenir,
EtJîpar hazard cette Belle
rouloit Jeavoir qui vous afat
venIr,
Sans la fâcherfaiteslasouvenir
D'un malheureux qui meurt pour
elle.
{ Voué estes les témoins des ennuis de
mon coeur;
Peignez. lu, mestourmens;&faites
luy connoijlre
J>)ue mes larmes vous ont fait
naître.
Par noflre air languijjant marquez
luy ma langueur;
Mourez,sur ce beaufin, dont l'éclat
vomefface,
1 Pendant que moins heureux que
vousy
le demande pour -toute grace,
De pouvoirfeulement mourir ases
genoux.
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Résumé : IDILLE.
L'auteur envoie un bouquet de fleurs à Sylvie, accompagné de vers qu'il espère qu'elle appréciera. Il la décrit comme ayant un éclat dans les yeux surpassant celui du jour illuminant un bocage, un air agréable et doux, ainsi qu'un teint comparable aux roses et aux lys. Les fleurs sont destinées à rappeler à Sylvie un amoureux malheureux qui souffre pour elle. Elles doivent témoigner des tourments de son cœur, peindre ses souffrances et marquer sa langueur. L'auteur souhaite que les fleurs meurent d'une belle mort, symbolisant son propre désir de mourir à ses genoux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 66-90
LETTRE Touchant les Jours Caniculaires. A MONSIEUR ***
Début :
La Piece qui suit a esté faite à l'occasion des grandes / N'en déplaise à Messieurs les Geographes, il semble que [...]
Mots clefs :
Canicule, Soleil, Air, Mois, Terre, Jours, Icarius, Chaleur, Temps, Feu, Astre, Août, Érigone, Juillet, Rayons, Astrologues, Maux, Cause
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Touchant les Jours Caniculaires. A MONSIEUR ***
La Piece qui fuit a efté
faite àl'occafion des grandes.
chaleurs de cet Efte , & je
vous l'aurois envoyée dés le
mois paffé, fi ma Lettre ne
s'eftoit pas trouvée toute
rempliedeNouvelles, enfor
te qu'il n'y est entré aucun
Ouvrage d'érudition.
LETTRE
Touchant lesJours Caniculaires.
AMONSIEUR ***
N
En déplaife à Mef
fieurs lesGeographes,
ilfemble que nous ne fom
GALANT. 67
mes pas à prefent dans la
Zone temperée , & que la
Zone torride s'étend jufqu'à
nous. Eneffet, Monfieur, on
fouffre icy depuis quelques,
jours une chaleur affreufe.
Toutféche ,toutbrûle.Cerés
&Baccusmeurent defoif,&la
Terre avecfon froid elemen.
taire , ne peut refifter à cette
faiſon brulante. Quelle excel
fiveardeur duSole!Sesrayons
fontdesrayonsenflamezfem
blablesàceux contre lefquels
les Africains tirent des fé
ches.Enfin,nosmois deJuillet
& d'Aouſtontfait de l'airune
Fij
68 MERCURE
fournaiſe, plus propre à l'ef
pece des Salamandres qu'au
genre humain. Vous me di
rezque cela n'eft pas extraor
dinaire; que le temps leveut
ainfi;que c'eftla Caniculequi
domine ; & que les jours du
mois paffé &de celuy.cyfont
des jours caniculaires.
Je fçay quela Canicule eft
une belle Etoile, & fi claire
&fibrillante que les Ceïens
l'admiroientcomme leSoleil,
&queCicerondit, qu'ils ob
fervoient fon lever avec une
grande attention , & qu'ils ti
roient defes diverſes phafes,
GALANT. 69
l'état de toute l'année. Jefçay
quela Canicule eft uneEtoile
delapremieregrandeur,c'eſt
àdire,centhuitfois plusgran
dequelaTerre, & quefacon
ftellation eftremarquable par
fes dix-huit Etoiles , & par
douze autres qui l'environ
nent. Mais nonobftant tou
tes ces qualitez éminentes ,je
nefuis pasdevoftre avis, qu'il
nous enfailleprendreàla Ca
nicule, du grand chaud qui
nous accable depuis deux
mois.
Afin de vous répondredans
Les termes qu'il faut , il eſt
70 MERCURE
jufte de diré premierement
ce qu'on a penſéautrefois de
de la Canicule , avant queje
m'explique de ce qu'on en
doit penfer aujourd'huy.
Je commenceparla Fable,
qui eftle fondement de l'opi
nion Caniculaire. Icarius fils
d'Oebale , reçut chez luy fi
agreablement Bacus, que ce
Dieu , pour reconnoiftre la
generofité deſon hoſte,luy fit
un grand preſent de vin , &
luy enfeignaencorela culture
de la vigne. Icarius fuivant
l'exemple de cette liberalité,
fit part deplufieurs bouteilles
GALANT. 61
de ce vin merveilleux à des
Bergers qu'il connoiffoit , &
qu'il aimoit ; mais ils en bu
rent tant qu'ils en furent
à la mort
enfin ,
;
yvres
les fumées & les vapeurs du
vin s'eftant exhalées , lors
qu'ils commencerent àfe re
connoiftre, ils s'imaginérent
qu'Icarius avoit eu deffein de
les empoisonner. Ils fe jetté
rent donc fur luy,& l'ayant
affaffiné, ils mirent fon corps
dansunefoffeprofonde, pour
y enterrer auffi le meurtre
dontils euffent pû eftreaccu
fez;maisla chienne d'Icarius
72 MERCURE
qui avoitfuivy fon Maiftre ;
revint àla maiſon, & par fes
cris ,& par fes hurlemens elle
excitaErigone,fille d'Icarius,
à venir avec elle au lieu où.
fon Pere avoit esté cruelle
ment mis à mort, & elle dé
couvrit la terre qui cachoit
fon corps. Erigone fut telle
ment faifie de cet horrible
homicide , qu'elle fe pendit
dedefefpoir; & Mora, c'étoit
le nom de la chienne ,voyant
fon Maiftre & fa Maiftreffe
tous deux morts , mouruz
auffi de douleur. Jupiter tou
ché de la pieté d'Erigone &
du
GALANT: 73
dubon naturel de Mora,
changea Icarius , Erigone, &
Mæraen Aftres , donnantle
nom de Boives à Icarius , à
Erigone celuy de Virgo , &
celuy de la Canicule àMœra.
LesPoëtes qui aiment les
fictions , ont tiréde cette Fa
ble, leurCanicule, & luyont
figuréune imagefunefte Ho
meredit quecetaftre faittou
1 tes fortes de maux auxhom.
mes , jufqu'à s'en fervir pour
reprefenter Achille defolant
avecfureurles Grecs. Virgile
fuit les mêmestraces.
Sirius ardor,
Octobre 1696.
G
74 MERCURE
Ille fitim , morbofque ferens
mortalibus agris
Nafcitur, & lavo contriftat
luminecælum.
Cet Aftre brilant cauſe aux mi
ferables Mortels une horriblefe
chereffe , & defarieufesmaladies;
fesrayonscorrompent & infectent
Fair. Il fe fert de l'idée de cet
Aftre,pourdonnerunairter
rible àEnée,fon Heros.Ho
race veut qu'on ait grand'
peurdu tempsde la Canicule.
Flagrantis atrox horaCaniculæ.
La faifon cruelle, dit- il, de la
Canicule ardente. Stace fair
aboyer la Canicule dans le
Ciel. Calido latravit Sirius
GALANT. 75
Afro. Voilà dans les Poëtes
les flâmes & les horreurs de
la Canicule , quiépouvantoit
tellement lesRomains,qu'on
voit dans leurCalendrier une
Fêteannuellelez5 Juillet,dans
laquelle ils facrifioient des
chiens roux, pour appaiferla
Canicule, ce que Giraldus ap
1 pelle SacrumCanarium.
Les Aftrologues fe font
joints auxPoëtes, & ont re
hauffé cette opinionde leurs
obfervations aftronomiques.
Selon euxlaCanicule eftdans
un conftellation meridiona
le auhuitièmedegré duCan
Gij
76 MERCURE
cer.Salatitudeeft defeize de
grez& dix minutes; &fa de
clinaifon eft de quinze de
grez &cinq minutes. Ils pré
tendent que la Canicule fe
levant avec le Soleil , elle eſt
fi ardente , qu'elle enflame
les vapeurs qu'il éleve de la
terre, & qu'elle augmentede
pluſieurs degrez le feu des
rayons folaires : ce qui fait,
difent-ils, une grande altera
tion dans l'air, & de grands
changemens fur les eaux &
fur la terre. L'air en eft dé
compofé, les caux fe pour
xiffent, &la terre pertfa ver
GALANT: 17
eu, & devient fterile durang
ce temps-là.Ils tiennent mê
me qu'il eft fort dangereux
de naiftre durant la Canicu.
le, tellement qu'àles en croi
re, il feroit bon que les Fem
mes enceintes avançaffent,
ou retardaffent le terme de
leur accouchement , pourne
pas mettre au monde desen
fans tachez des malignes in.
fluences de cet Aftre , dont
Aratus , qui eftoit Aftrolo
gue & Poëte, dit qu'il jette de
ragedesflâmes.
Les Medecinsqui s'allient
quelquefois avec les Aſtrolo
Giij
78 MERCURE
gues , pour le temps de la
difpenfation de leurs reme
des, ont auffi adopté l'opi
nion Caniculaire. Hippocra
te a declaré dans un Apho.
rifme,qu'ilnefalloit pas purger
durant la Canicule , ny un peu
auparavant. Ses Succeffeurs
font allez bien plus loin, &
ont fort étendula malignité
caniculaire. Il y en a qui en
font les caufes des Fiévres ai
guës&ardentes ; du vomiffe
ment de fang, dela Phrene
fie, des maux detefte infup
portables ,des fluxde ventre,
des ulceres dans la bouche,
GALANT. 79
quelquefois de la pefte , &
fouvent de la rage. Ils luy ac
tribuent d'augmenter beau
coup la bile,& de l'embrafer,
demettre le feu dans lefang,
& de le feparer ; & d'ouvrir
tellement les pores ducorps,
qu'il fefait alors une diffipa
tion extraordinaire d'efprits.
Aprés cela, à qui eft ce que
la Canicule neferoitpas peur?
&n'eft il pas étonnant qu'on
puiffe vivre durant les Jours
Caniculaires?
Cependant tous ces noms
› dePoëtes , d'Aftrologues , &
de Medecins, nedoivent pas
G iiij
80 MERCURE
impoſer. Ce ne font des au
toritez que pourceux qui les
écoutent fans les examiner.
Tous ces témoins en faveur
de la Canicule peuvent eftre
recufez. Les Poëtes font fa
buleux; les fpeculations des
Aftrologues font fort incer
taines, & les Medecinsnom
mant eux mêmes leur fcien
ce,une ſcience conjecturale,
ne sçauroient auffi faire paf.
fer leur fentiment fur la Ca
nicule, quepour une conje
Єture.
On peut doncdire qu'il ya
de vieilles erreurs que l'Aa
GALANT. 8r
tiquité avoit fait paffer, mais
qu'on endoit revenir dans ce
temps-cy, où l'on ne faitpas
mefme grace à l'ancienne
Phyfique des Philofophes ,
quand elle erre, commedans
les Cometes , qu'elle tenoit
eftre de fimples exhalaiſons ,
&c. Ilya fort longtemps que.
l'on a affirmé que les Cygnes
enmourantchantoient melo
dieufement. Grand nombre
d'Auteurs ont parlé de ce
chant ; mais parce que ce
chant eftfaux , on n'en parle
plus aujourd'huy. Il y a auffi
fort longtemps quel'on adit
quepluslaPalmeeftoit char..
82 MERCURE
gée, & plus elle fe relevoir;
mais on ne croit plus cette
illufion , depuis que nos
Voyageurs du Levant nous
ont affuré qu'il n'en eftoit
rien. Il faut dire la mefme
chofe de la Canicule , & des
Jours caniculaires. Le preju
gé des Anciens avoit étably
cette erreur vulgaire, dont il
eft aifé d'arrefter le cours.
Il eft vray qu'il fait ordi
nairement fort chaud dans le
temps de la Canicule ; mais
ce n'eft pas la Canicule qui
en eft la caufe. On luy actri
buë ce qui ne luy appartiens
pas; ce qu'onnomme en Lo
GALANT. 83
gique , caufa pro non causâ
Onn'apoint de connoiffan
ce affez exacte des proprietez
des étoiles fixes quifont dans
un éloignement immenſe de
la Terre , pour pouvoir rien
decider desimpreffions parti
culieres de la Canicule , la
quelleeft de leurnombre.On
ne voit pas meſmedans lafa
cedelaCanicule dequoy in
duire qu'elle est chaude. Sa
faceeft moinsrouge quecelle
deMars, & que l'œilduTau
reau. Si c'eſtoit une vertu qui
fuft propreà laCanicule, que
celle d'embrazer l'air , cette
84 MERCURE
vertu devroit eftre plus forte
dans les climats où elle eſt
dans fon Zenith , & où les
rayonsfontperpendiculaires ,
comme elle eft fous la Ligne.
Neanmoins , c'eft- là où les
jours caniculaires font des
jours d'hiver. Enfin la Cani
cule qui fe levoit autrefois
vers lemilieu deJuillet ,fe le
ve maintenant vers le milieu
d'Aouft. Cependant il fait
quelquefois auffichaud , pour
nepasdire davantage, enJuil.
let qu'en Aouft. Ainfi ce fe
roit faire agir la Canicule a
vant qu'elle fuſt levée , com
GALANT 85
me qui diroit que le Soleil
échauffe avant que fon Au
roreparoiffe.
Mais pourquoy allercher
cher fort loin , ce que nous
avons , pour ainsi dire , ſous
nosyeux.Laveritable cauſedn
chaudfurprenant desmois de
Juillet & d'Aouft eft dans la
preſencedu Soleil,dansſon af
pect direct, &dans fes rayons
perpendiculaires. Cet Aftre
fait alors un long fejour fur
noftre horizon. Ses rayons y
tombent à plomb , &fonfé
jour,&lesrayons eftant con
tinuez dans l'air durant ces
86 MERCURE
deux mois, il ne fe peut pas
quelachaleurdu temps nefoit
extraordinairement augmen
tée. Il en eft à peu prés com
me d'un four qui eft déja
chaud, plus le feuy demeure
&plus ilaugmente endegrez
de chaud. On ne doit donc
pointconcevoirunautreprin..
cipe échauffant l'air , que le
Soleil. Ce grand Aftre qui eft
l'unique caufe de la grande
lumiere dans l'air , l'eft auffi
de lagrande chaleur que l'on
fouffre.
y
LeSoleilcommenceàfaire
fentirla chaleur defes rayons
GALANT. 87
au Printemps, ce qui eft ex
primé parleBelier,animal qui
a de la gayeté & du feu. Le
Soleil fait fentirdavantage la
chaleur au mois d'Avril, auffi
entre-t-ilalors dans leTaureau,
animal qui a plus de force &
plus de feu que le Belier, Le
Signe qui fuit dans le Zodia
queoùpaffe le Soleil , c'eft les
Gemeaux , Signe qui défigne
que leSoleilredouble en May
fa chaleur dans l'air. L'Ecre_
viffe , qui eft le Signe du mois
de Juin , marque non feule
ment la retrogradation du
SoleilaprésfonSolſtice ;mais
88 MERCURE
commeilya beaucoup defeu
dans cet animal, qui devient
rouge comme des charbons
lors qu'on le cuit,il y a là un
Signe d'une nouvelle inflam
mation dutemps, lorfque le
le Soleilentre dans le Cancer.
Le progrés de la chaleur du
Soleil eft enfuite repreſenté
auSigne duLyon dans lemois
Juillet. Cet animal eft non
feulement le plusfort des ani
maux,mais il est tout defeu.
Le feu luy fort de tout fon
corps ; defesyeux; de fes na
rines de fa gueule ; de fon
poilmefme,quieftauffid'une
GALANT. 89.
couleur ardente; fymbole de
ce quefait alors le Soleil , qui
met en feu l'air & la terre.
Enfin,Virgoou laVierge , qui
eft le Signe du mois d'Aouft,
confomme les grandes cha
leurs; c'est-à dire que le Soleil
dans ce mois-là enflame &
deffèche toutà un point que
la terre neproduit rien, eltant
alors auffi fterile qu'une Vier
ge. Ainfi onn'a pas befoinde
la Canicule pour eftre la caufe
efficientedes jours brulans de
Juillet & d'Aouft. Le Soleil
qui a échauffé par degrez les
mois precedens , a encore
Octobre 1696.
H
90 MERCURE
plus de force pour embrazer
ceux-cy. Etfi celan'arrivepas
toûjours dans la meſme vio
lence que cette année , l'ob
ftacle en eft dans la differente
difpofition de l'air & de la
terre , & dans laceffation des
desvents qui ont de coutume
defelever encette Saiſon, &
qui arrofent l'air des pluyes
qu'ils excitent. Vents que les
Anciensappelloient Etefiens.
Voilà , Monfieur, les raifons
quej'ay eues pour eftre Anti
caniculaire. J'efpere quevous
les trouverez affez bonnes .
pour le devenir vous- mefine..
Je fuis , &c.
faite àl'occafion des grandes.
chaleurs de cet Efte , & je
vous l'aurois envoyée dés le
mois paffé, fi ma Lettre ne
s'eftoit pas trouvée toute
rempliedeNouvelles, enfor
te qu'il n'y est entré aucun
Ouvrage d'érudition.
LETTRE
Touchant lesJours Caniculaires.
AMONSIEUR ***
N
En déplaife à Mef
fieurs lesGeographes,
ilfemble que nous ne fom
GALANT. 67
mes pas à prefent dans la
Zone temperée , & que la
Zone torride s'étend jufqu'à
nous. Eneffet, Monfieur, on
fouffre icy depuis quelques,
jours une chaleur affreufe.
Toutféche ,toutbrûle.Cerés
&Baccusmeurent defoif,&la
Terre avecfon froid elemen.
taire , ne peut refifter à cette
faiſon brulante. Quelle excel
fiveardeur duSole!Sesrayons
fontdesrayonsenflamezfem
blablesàceux contre lefquels
les Africains tirent des fé
ches.Enfin,nosmois deJuillet
& d'Aouſtontfait de l'airune
Fij
68 MERCURE
fournaiſe, plus propre à l'ef
pece des Salamandres qu'au
genre humain. Vous me di
rezque cela n'eft pas extraor
dinaire; que le temps leveut
ainfi;que c'eftla Caniculequi
domine ; & que les jours du
mois paffé &de celuy.cyfont
des jours caniculaires.
Je fçay quela Canicule eft
une belle Etoile, & fi claire
&fibrillante que les Ceïens
l'admiroientcomme leSoleil,
&queCicerondit, qu'ils ob
fervoient fon lever avec une
grande attention , & qu'ils ti
roient defes diverſes phafes,
GALANT. 69
l'état de toute l'année. Jefçay
quela Canicule eft uneEtoile
delapremieregrandeur,c'eſt
àdire,centhuitfois plusgran
dequelaTerre, & quefacon
ftellation eftremarquable par
fes dix-huit Etoiles , & par
douze autres qui l'environ
nent. Mais nonobftant tou
tes ces qualitez éminentes ,je
nefuis pasdevoftre avis, qu'il
nous enfailleprendreàla Ca
nicule, du grand chaud qui
nous accable depuis deux
mois.
Afin de vous répondredans
Les termes qu'il faut , il eſt
70 MERCURE
jufte de diré premierement
ce qu'on a penſéautrefois de
de la Canicule , avant queje
m'explique de ce qu'on en
doit penfer aujourd'huy.
Je commenceparla Fable,
qui eftle fondement de l'opi
nion Caniculaire. Icarius fils
d'Oebale , reçut chez luy fi
agreablement Bacus, que ce
Dieu , pour reconnoiftre la
generofité deſon hoſte,luy fit
un grand preſent de vin , &
luy enfeignaencorela culture
de la vigne. Icarius fuivant
l'exemple de cette liberalité,
fit part deplufieurs bouteilles
GALANT. 61
de ce vin merveilleux à des
Bergers qu'il connoiffoit , &
qu'il aimoit ; mais ils en bu
rent tant qu'ils en furent
à la mort
enfin ,
;
yvres
les fumées & les vapeurs du
vin s'eftant exhalées , lors
qu'ils commencerent àfe re
connoiftre, ils s'imaginérent
qu'Icarius avoit eu deffein de
les empoisonner. Ils fe jetté
rent donc fur luy,& l'ayant
affaffiné, ils mirent fon corps
dansunefoffeprofonde, pour
y enterrer auffi le meurtre
dontils euffent pû eftreaccu
fez;maisla chienne d'Icarius
72 MERCURE
qui avoitfuivy fon Maiftre ;
revint àla maiſon, & par fes
cris ,& par fes hurlemens elle
excitaErigone,fille d'Icarius,
à venir avec elle au lieu où.
fon Pere avoit esté cruelle
ment mis à mort, & elle dé
couvrit la terre qui cachoit
fon corps. Erigone fut telle
ment faifie de cet horrible
homicide , qu'elle fe pendit
dedefefpoir; & Mora, c'étoit
le nom de la chienne ,voyant
fon Maiftre & fa Maiftreffe
tous deux morts , mouruz
auffi de douleur. Jupiter tou
ché de la pieté d'Erigone &
du
GALANT: 73
dubon naturel de Mora,
changea Icarius , Erigone, &
Mæraen Aftres , donnantle
nom de Boives à Icarius , à
Erigone celuy de Virgo , &
celuy de la Canicule àMœra.
LesPoëtes qui aiment les
fictions , ont tiréde cette Fa
ble, leurCanicule, & luyont
figuréune imagefunefte Ho
meredit quecetaftre faittou
1 tes fortes de maux auxhom.
mes , jufqu'à s'en fervir pour
reprefenter Achille defolant
avecfureurles Grecs. Virgile
fuit les mêmestraces.
Sirius ardor,
Octobre 1696.
G
74 MERCURE
Ille fitim , morbofque ferens
mortalibus agris
Nafcitur, & lavo contriftat
luminecælum.
Cet Aftre brilant cauſe aux mi
ferables Mortels une horriblefe
chereffe , & defarieufesmaladies;
fesrayonscorrompent & infectent
Fair. Il fe fert de l'idée de cet
Aftre,pourdonnerunairter
rible àEnée,fon Heros.Ho
race veut qu'on ait grand'
peurdu tempsde la Canicule.
Flagrantis atrox horaCaniculæ.
La faifon cruelle, dit- il, de la
Canicule ardente. Stace fair
aboyer la Canicule dans le
Ciel. Calido latravit Sirius
GALANT. 75
Afro. Voilà dans les Poëtes
les flâmes & les horreurs de
la Canicule , quiépouvantoit
tellement lesRomains,qu'on
voit dans leurCalendrier une
Fêteannuellelez5 Juillet,dans
laquelle ils facrifioient des
chiens roux, pour appaiferla
Canicule, ce que Giraldus ap
1 pelle SacrumCanarium.
Les Aftrologues fe font
joints auxPoëtes, & ont re
hauffé cette opinionde leurs
obfervations aftronomiques.
Selon euxlaCanicule eftdans
un conftellation meridiona
le auhuitièmedegré duCan
Gij
76 MERCURE
cer.Salatitudeeft defeize de
grez& dix minutes; &fa de
clinaifon eft de quinze de
grez &cinq minutes. Ils pré
tendent que la Canicule fe
levant avec le Soleil , elle eſt
fi ardente , qu'elle enflame
les vapeurs qu'il éleve de la
terre, & qu'elle augmentede
pluſieurs degrez le feu des
rayons folaires : ce qui fait,
difent-ils, une grande altera
tion dans l'air, & de grands
changemens fur les eaux &
fur la terre. L'air en eft dé
compofé, les caux fe pour
xiffent, &la terre pertfa ver
GALANT: 17
eu, & devient fterile durang
ce temps-là.Ils tiennent mê
me qu'il eft fort dangereux
de naiftre durant la Canicu.
le, tellement qu'àles en croi
re, il feroit bon que les Fem
mes enceintes avançaffent,
ou retardaffent le terme de
leur accouchement , pourne
pas mettre au monde desen
fans tachez des malignes in.
fluences de cet Aftre , dont
Aratus , qui eftoit Aftrolo
gue & Poëte, dit qu'il jette de
ragedesflâmes.
Les Medecinsqui s'allient
quelquefois avec les Aſtrolo
Giij
78 MERCURE
gues , pour le temps de la
difpenfation de leurs reme
des, ont auffi adopté l'opi
nion Caniculaire. Hippocra
te a declaré dans un Apho.
rifme,qu'ilnefalloit pas purger
durant la Canicule , ny un peu
auparavant. Ses Succeffeurs
font allez bien plus loin, &
ont fort étendula malignité
caniculaire. Il y en a qui en
font les caufes des Fiévres ai
guës&ardentes ; du vomiffe
ment de fang, dela Phrene
fie, des maux detefte infup
portables ,des fluxde ventre,
des ulceres dans la bouche,
GALANT. 79
quelquefois de la pefte , &
fouvent de la rage. Ils luy ac
tribuent d'augmenter beau
coup la bile,& de l'embrafer,
demettre le feu dans lefang,
& de le feparer ; & d'ouvrir
tellement les pores ducorps,
qu'il fefait alors une diffipa
tion extraordinaire d'efprits.
Aprés cela, à qui eft ce que
la Canicule neferoitpas peur?
&n'eft il pas étonnant qu'on
puiffe vivre durant les Jours
Caniculaires?
Cependant tous ces noms
› dePoëtes , d'Aftrologues , &
de Medecins, nedoivent pas
G iiij
80 MERCURE
impoſer. Ce ne font des au
toritez que pourceux qui les
écoutent fans les examiner.
Tous ces témoins en faveur
de la Canicule peuvent eftre
recufez. Les Poëtes font fa
buleux; les fpeculations des
Aftrologues font fort incer
taines, & les Medecinsnom
mant eux mêmes leur fcien
ce,une ſcience conjecturale,
ne sçauroient auffi faire paf.
fer leur fentiment fur la Ca
nicule, quepour une conje
Єture.
On peut doncdire qu'il ya
de vieilles erreurs que l'Aa
GALANT. 8r
tiquité avoit fait paffer, mais
qu'on endoit revenir dans ce
temps-cy, où l'on ne faitpas
mefme grace à l'ancienne
Phyfique des Philofophes ,
quand elle erre, commedans
les Cometes , qu'elle tenoit
eftre de fimples exhalaiſons ,
&c. Ilya fort longtemps que.
l'on a affirmé que les Cygnes
enmourantchantoient melo
dieufement. Grand nombre
d'Auteurs ont parlé de ce
chant ; mais parce que ce
chant eftfaux , on n'en parle
plus aujourd'huy. Il y a auffi
fort longtemps quel'on adit
quepluslaPalmeeftoit char..
82 MERCURE
gée, & plus elle fe relevoir;
mais on ne croit plus cette
illufion , depuis que nos
Voyageurs du Levant nous
ont affuré qu'il n'en eftoit
rien. Il faut dire la mefme
chofe de la Canicule , & des
Jours caniculaires. Le preju
gé des Anciens avoit étably
cette erreur vulgaire, dont il
eft aifé d'arrefter le cours.
Il eft vray qu'il fait ordi
nairement fort chaud dans le
temps de la Canicule ; mais
ce n'eft pas la Canicule qui
en eft la caufe. On luy actri
buë ce qui ne luy appartiens
pas; ce qu'onnomme en Lo
GALANT. 83
gique , caufa pro non causâ
Onn'apoint de connoiffan
ce affez exacte des proprietez
des étoiles fixes quifont dans
un éloignement immenſe de
la Terre , pour pouvoir rien
decider desimpreffions parti
culieres de la Canicule , la
quelleeft de leurnombre.On
ne voit pas meſmedans lafa
cedelaCanicule dequoy in
duire qu'elle est chaude. Sa
faceeft moinsrouge quecelle
deMars, & que l'œilduTau
reau. Si c'eſtoit une vertu qui
fuft propreà laCanicule, que
celle d'embrazer l'air , cette
84 MERCURE
vertu devroit eftre plus forte
dans les climats où elle eſt
dans fon Zenith , & où les
rayonsfontperpendiculaires ,
comme elle eft fous la Ligne.
Neanmoins , c'eft- là où les
jours caniculaires font des
jours d'hiver. Enfin la Cani
cule qui fe levoit autrefois
vers lemilieu deJuillet ,fe le
ve maintenant vers le milieu
d'Aouft. Cependant il fait
quelquefois auffichaud , pour
nepasdire davantage, enJuil.
let qu'en Aouft. Ainfi ce fe
roit faire agir la Canicule a
vant qu'elle fuſt levée , com
GALANT 85
me qui diroit que le Soleil
échauffe avant que fon Au
roreparoiffe.
Mais pourquoy allercher
cher fort loin , ce que nous
avons , pour ainsi dire , ſous
nosyeux.Laveritable cauſedn
chaudfurprenant desmois de
Juillet & d'Aouft eft dans la
preſencedu Soleil,dansſon af
pect direct, &dans fes rayons
perpendiculaires. Cet Aftre
fait alors un long fejour fur
noftre horizon. Ses rayons y
tombent à plomb , &fonfé
jour,&lesrayons eftant con
tinuez dans l'air durant ces
86 MERCURE
deux mois, il ne fe peut pas
quelachaleurdu temps nefoit
extraordinairement augmen
tée. Il en eft à peu prés com
me d'un four qui eft déja
chaud, plus le feuy demeure
&plus ilaugmente endegrez
de chaud. On ne doit donc
pointconcevoirunautreprin..
cipe échauffant l'air , que le
Soleil. Ce grand Aftre qui eft
l'unique caufe de la grande
lumiere dans l'air , l'eft auffi
de lagrande chaleur que l'on
fouffre.
y
LeSoleilcommenceàfaire
fentirla chaleur defes rayons
GALANT. 87
au Printemps, ce qui eft ex
primé parleBelier,animal qui
a de la gayeté & du feu. Le
Soleil fait fentirdavantage la
chaleur au mois d'Avril, auffi
entre-t-ilalors dans leTaureau,
animal qui a plus de force &
plus de feu que le Belier, Le
Signe qui fuit dans le Zodia
queoùpaffe le Soleil , c'eft les
Gemeaux , Signe qui défigne
que leSoleilredouble en May
fa chaleur dans l'air. L'Ecre_
viffe , qui eft le Signe du mois
de Juin , marque non feule
ment la retrogradation du
SoleilaprésfonSolſtice ;mais
88 MERCURE
commeilya beaucoup defeu
dans cet animal, qui devient
rouge comme des charbons
lors qu'on le cuit,il y a là un
Signe d'une nouvelle inflam
mation dutemps, lorfque le
le Soleilentre dans le Cancer.
Le progrés de la chaleur du
Soleil eft enfuite repreſenté
auSigne duLyon dans lemois
Juillet. Cet animal eft non
feulement le plusfort des ani
maux,mais il est tout defeu.
Le feu luy fort de tout fon
corps ; defesyeux; de fes na
rines de fa gueule ; de fon
poilmefme,quieftauffid'une
GALANT. 89.
couleur ardente; fymbole de
ce quefait alors le Soleil , qui
met en feu l'air & la terre.
Enfin,Virgoou laVierge , qui
eft le Signe du mois d'Aouft,
confomme les grandes cha
leurs; c'est-à dire que le Soleil
dans ce mois-là enflame &
deffèche toutà un point que
la terre neproduit rien, eltant
alors auffi fterile qu'une Vier
ge. Ainfi onn'a pas befoinde
la Canicule pour eftre la caufe
efficientedes jours brulans de
Juillet & d'Aouft. Le Soleil
qui a échauffé par degrez les
mois precedens , a encore
Octobre 1696.
H
90 MERCURE
plus de force pour embrazer
ceux-cy. Etfi celan'arrivepas
toûjours dans la meſme vio
lence que cette année , l'ob
ftacle en eft dans la differente
difpofition de l'air & de la
terre , & dans laceffation des
desvents qui ont de coutume
defelever encette Saiſon, &
qui arrofent l'air des pluyes
qu'ils excitent. Vents que les
Anciensappelloient Etefiens.
Voilà , Monfieur, les raifons
quej'ay eues pour eftre Anti
caniculaire. J'efpere quevous
les trouverez affez bonnes .
pour le devenir vous- mefine..
Je fuis , &c.
Fermer
6
p. 299-300
AIR NOUVEAU.
Début :
Je crois pouvoir placer une Chanson aprés l'Eloge d'un homme / Fiers Aquilons, quittez nos Plaines, [...]
Mots clefs :
Aquilons, Poètes, Astre, Philis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je crois pouvoir placer une
Chanfon aprés l'Eloge d'un
homme qui en a fait de fi bel-
les ; elle eft du Solitaire du
Bois du Val- Dieu..
AIR NOUVEAU.
Fiers Aquilons , quittez nos
Plaines ,
Laiffez regnerun ventplus doux.
Poëtes ,faites couler vos veines ;
Brouillards épais diffipez- vous.
Charmans Hoftes de ces Bocages ,
Oiseaux , reprenez vos ramages :
Plus belle que l'Aftre dujour
Philis revient faire icy fon fejour
Chanfon aprés l'Eloge d'un
homme qui en a fait de fi bel-
les ; elle eft du Solitaire du
Bois du Val- Dieu..
AIR NOUVEAU.
Fiers Aquilons , quittez nos
Plaines ,
Laiffez regnerun ventplus doux.
Poëtes ,faites couler vos veines ;
Brouillards épais diffipez- vous.
Charmans Hoftes de ces Bocages ,
Oiseaux , reprenez vos ramages :
Plus belle que l'Aftre dujour
Philis revient faire icy fon fejour
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7
p. 135-136
AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
Début :
Retirez vous, Astre du jour, [...]
Mots clefs :
Astre, Soleil, Mystère, Ombre, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
AU SOLEIL .
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
Fermer
8
p. 2145-2150
ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Début :
Parois, aimable Avant-couriere [...]
Mots clefs :
Carrière, Ténèbres, Nuit, Aurore, Rayons du soleil, Astre, Fantômes, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
CODE
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
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Résumé : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Le poème célébrant l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, lauréat du dernier Prix du Palinod à Caen, utilise l'Étoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Vénus, comme sujet allégorique. Il oppose la nuit, symbolisant la Loi judaïque et l'état du péché, à l'aube, représentant la Loi de Grâce et la naissance de Jésus-Christ. La nuit est décrite comme une période de ténèbres où les villes, les campagnes et les montagnes perdent leurs noms et leur splendeur, et où les êtres vivants sont plongés dans la tristesse et la paresse. L'arrivée de Vénus, symbole de la grâce divine, dissipe ces ténèbres. Elle redonne espoir, joie et clarté à la nature et aux hommes, qui se raniment à sa lumière. Le poème décrit ensuite la transformation du monde à l'aube, avec les forteresses, les champs et les forêts qui se découvrent et renaissent. Les artisans et les bergers se lèvent, et les oiseaux chantent joyeusement. Le poème se termine par une allusion à la Vierge Marie, qui a rendu à la nature l'allégresse et la liberté dans un siècle d'iniquité. Le crime avait plongé le monde dans une nuit profonde, mais l'Astre propice, symbolisant la justice divine, a produit un soleil de justice qui rend l'éclat à l'univers. Le texte se conclut par un remerciement à M. de Luyur, évêque de Bayeux et juge du Puy, pour son soutien aux arts et à la foi.
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9
p. 2353-2360
ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Début :
Que vois-je ? quel pompeux Spectacle [...]
Mots clefs :
Lumière, Auteur, Univers, Dieu, Plaines, Ouvrage, Astre, Oiseaux, Terre, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
ODE
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
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Résumé : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Le poème 'ODE' relate la création du monde en six jours, selon la Genèse. Le premier jour, la lumière est créée, distinguant le jour de la nuit. Le deuxième jour, les cieux sont formés, séparant les eaux supérieures des eaux inférieures. Le troisième jour, les terres émergent et se couvrent de végétation. Le quatrième jour, le Soleil, la Lune et les étoiles sont placés dans le ciel pour réguler le temps. Le cinquième jour, les poissons et les oiseaux sont créés. Le sixième jour, les animaux terrestres et l'homme apparaissent. Adam, le premier homme, est façonné à partir de la terre et animé par le souffle divin. Ève, sa compagne, lui est donnée pour partager sa vie. Le poème se conclut par une exhortation à louer Dieu pour ses œuvres et à respecter ses lois, en évitant la tentation du mal. Dieu contemple ses créations avec satisfaction et consacre ce jour de création à jamais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 50-53
ODE En Strophes libres, Sur la Maladie & la Convalescence du Roi, Par M. des Forges Maillard.
Début :
Lorsque l'Astre du jour, dont l'ardente lumiere [...]
Mots clefs :
Coeur, Astre, Parque, Victoire, Provinces, Bretons, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE En Strophes libres, Sur la Maladie & la Convalescence du Roi, Par M. des Forges Maillard.
ODE
En Strophes libres و
Sur la Maladie & la Convalescence du Roi,
Par M. des Forges Maillard .
Lorsque l'Aftre du jour , dontl'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux
Au plus brillant de ſa carriere ,
Vient à s'éclipſer à nosyeux ,
Tout languit ici bas , & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par ſon deüil ,
Que fans l'éclat de cebel oeil
L'Univers reviendroit à ſa maſſe premiere.
'Ainfi , Prince, à nos voeux déſirable à jamais,
Qui comptes, nontes jours, comme Titus put faire
Mais tes momens par tes bienfaits ;
Quand d'un coup de ſa faux la Parque ſanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile , l'éclatant, le trop rapide cours ,
Sur le front de la France une pâleur ſoudaine
Exprima ſon ſaiſiſſement ,
Et dans ce morne accablement ,
Chacun offroit pour toi ſa tête à l'inhumaine ,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même ſentiment,
NOVEMBRE. SE 1744.
Mais ſi ſa cruauté conſommant nos allarmes ,
Réſiſtant à nos cris , t'eût rangé ſous ſa loi ,
Sur ſes Poles le Monde eût fenti notre effroi ;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes ,
Témoin de ta valeur , ſachant que malgré toi .
L'Injustice , l'Audace & la mauvaiſe foi ,
Aforce d'attentats aiguiſerent tes armes ,
Moüillant les fiennes de ſes pleurs ,
En eût mêlé les flots au torrentde nos larmes
Comme s'il cût gémi de ſes propres malheurs.
L'Olympe eſt dévoilé; bel Aſtre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies
Tu reparois ſur l'horifon ,
Etnos juſtes douleurs ſe ſont évanoüies ,.
Al'aſpect de ta guériſon .
Mais arrête , Louis ; où t'emporte la gloire ?
N'expoſe plus ton fang aux fureurs des hazards ;
Ton courage a fixé le vol de la Victoire ,
Qui devance tes Etendarts,
Je la vois,&quels yeux la pourroient méconnoître
'Aſon armure, où l'or ſeme & forme des Lys !
Le fond blanc de l'étoffe , aux regards ébloüis
Peint la noble candeur de notre Auguſte Maître ,
Et déſormais elle ne veut paroître
Que couverte de ces habits.
1
52 MERCURE DE FRANCE.
D'un ciſeau délicat les traits inimitables
Sur le luiſant acier de ſon Cafque divin ,
Repréſenterent Nice , Ypre , Furne , Menin ,
Et des Ufurpateurstant d'appuis formidables",
Cuiſant , le dos tourné, leurs rages implacables ,
Forcés de repaſſer le Rhin ,
Et plus honteux dans leur retraite ,
Que s'ils avoient ſubi par un juſte deſtin
Sur le champ de bataille une entiere défaite ,
Punis desnoirs complots de leur orgueil mutin.
Le bruit de tes Tambours', le ſon de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales ,
Sont le ſignal flateur qui la mene au combat ;
Monarque craint , chéri , Pere , Héros , Soldat ,
Ton grand coeur s'eſt aſſés diftingué dans la guerre;
Laiſſe repoſer ton Tonnerre ,
Et vien te rétablir au fein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés ,
L'abondance , l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés ;
Regarde avec tranſport dans les Airs enflâmés
NOVEMBRE. 1744. 53
Les Serpenteaux errans , & les Gerbes que lance *
De ſoi- même rival l'amour ingénieux ,
Aller juſqu'au Trône des Dieux ,
Leur témoigner notre reconnoiſſance.
Conty , ton cher Conty , Héros prématuré ,
Dont au fort des périls le coeur eſt aſſuré
Sur fa mâle prudence au-deſſus de ſon âge ;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage ,
Pentiévre , ambitieux de marcher ſur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons , Gouverneur des Climats ,
Où le Ciel me fit don de l'air que je reſpire ,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats ,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inſpire.
Laiſſe à tes Généraux , à ces braves Guerriers
Le ſoind'achever tes conquêtes ,
Et leur ayant coupé des moiſſons de Lauriers ,
Cede-leur le plaifir d'en couronner leurs têtes.
* Ondonne cette Piéce , telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévoyoit pas la défenſe des Feux d'artifice ; mais
les magnifiques Illuminations répandoient une fi grande
clartédans l'Air , qu'on peut dire que la pensée, la
même pour lefond , ne differe que dans les termes .
En Strophes libres و
Sur la Maladie & la Convalescence du Roi,
Par M. des Forges Maillard .
Lorsque l'Aftre du jour , dontl'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux
Au plus brillant de ſa carriere ,
Vient à s'éclipſer à nosyeux ,
Tout languit ici bas , & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par ſon deüil ,
Que fans l'éclat de cebel oeil
L'Univers reviendroit à ſa maſſe premiere.
'Ainfi , Prince, à nos voeux déſirable à jamais,
Qui comptes, nontes jours, comme Titus put faire
Mais tes momens par tes bienfaits ;
Quand d'un coup de ſa faux la Parque ſanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile , l'éclatant, le trop rapide cours ,
Sur le front de la France une pâleur ſoudaine
Exprima ſon ſaiſiſſement ,
Et dans ce morne accablement ,
Chacun offroit pour toi ſa tête à l'inhumaine ,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même ſentiment,
NOVEMBRE. SE 1744.
Mais ſi ſa cruauté conſommant nos allarmes ,
Réſiſtant à nos cris , t'eût rangé ſous ſa loi ,
Sur ſes Poles le Monde eût fenti notre effroi ;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes ,
Témoin de ta valeur , ſachant que malgré toi .
L'Injustice , l'Audace & la mauvaiſe foi ,
Aforce d'attentats aiguiſerent tes armes ,
Moüillant les fiennes de ſes pleurs ,
En eût mêlé les flots au torrentde nos larmes
Comme s'il cût gémi de ſes propres malheurs.
L'Olympe eſt dévoilé; bel Aſtre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies
Tu reparois ſur l'horifon ,
Etnos juſtes douleurs ſe ſont évanoüies ,.
Al'aſpect de ta guériſon .
Mais arrête , Louis ; où t'emporte la gloire ?
N'expoſe plus ton fang aux fureurs des hazards ;
Ton courage a fixé le vol de la Victoire ,
Qui devance tes Etendarts,
Je la vois,&quels yeux la pourroient méconnoître
'Aſon armure, où l'or ſeme & forme des Lys !
Le fond blanc de l'étoffe , aux regards ébloüis
Peint la noble candeur de notre Auguſte Maître ,
Et déſormais elle ne veut paroître
Que couverte de ces habits.
1
52 MERCURE DE FRANCE.
D'un ciſeau délicat les traits inimitables
Sur le luiſant acier de ſon Cafque divin ,
Repréſenterent Nice , Ypre , Furne , Menin ,
Et des Ufurpateurstant d'appuis formidables",
Cuiſant , le dos tourné, leurs rages implacables ,
Forcés de repaſſer le Rhin ,
Et plus honteux dans leur retraite ,
Que s'ils avoient ſubi par un juſte deſtin
Sur le champ de bataille une entiere défaite ,
Punis desnoirs complots de leur orgueil mutin.
Le bruit de tes Tambours', le ſon de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales ,
Sont le ſignal flateur qui la mene au combat ;
Monarque craint , chéri , Pere , Héros , Soldat ,
Ton grand coeur s'eſt aſſés diftingué dans la guerre;
Laiſſe repoſer ton Tonnerre ,
Et vien te rétablir au fein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés ,
L'abondance , l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés ;
Regarde avec tranſport dans les Airs enflâmés
NOVEMBRE. 1744. 53
Les Serpenteaux errans , & les Gerbes que lance *
De ſoi- même rival l'amour ingénieux ,
Aller juſqu'au Trône des Dieux ,
Leur témoigner notre reconnoiſſance.
Conty , ton cher Conty , Héros prématuré ,
Dont au fort des périls le coeur eſt aſſuré
Sur fa mâle prudence au-deſſus de ſon âge ;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage ,
Pentiévre , ambitieux de marcher ſur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons , Gouverneur des Climats ,
Où le Ciel me fit don de l'air que je reſpire ,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats ,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inſpire.
Laiſſe à tes Généraux , à ces braves Guerriers
Le ſoind'achever tes conquêtes ,
Et leur ayant coupé des moiſſons de Lauriers ,
Cede-leur le plaifir d'en couronner leurs têtes.
* Ondonne cette Piéce , telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévoyoit pas la défenſe des Feux d'artifice ; mais
les magnifiques Illuminations répandoient une fi grande
clartédans l'Air , qu'on peut dire que la pensée, la
même pour lefond , ne differe que dans les termes .
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11
p. 51-54
VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
Début :
Quel astre, par des traits d'une vive lumiere, [...]
Mots clefs :
Astre, Académie, Coeur, Esprit, Société royale et littéraire de Nancy
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texteReconnaissance textuelle : VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
VERS
DE M. LE PRESIDENT
DE RUFFEY ,
A Meffieurs de la Société Royale &
Littéraire de Nancy.
Sur le traité des dangers de l'efprit , compo-
Se par le Roi de Pologne , & infere dans le
tome V de l'Année littéraire , page 262.
QUel aftre , par, des traits d'une vive lumiere ,
Eclaire de l'efprit l'incertaine carriere ,
Vient montrer aux humains un fentier peu battu ,
Et du ſein de l'erreur les guide à la vertu !
J'apperçois fa fplendeur diffiper les ténebres ,
Découvrir des écueils en naufrages célébres ,
Régler les mouvemens d'un feu féditieux ,
Rendre utile aux mortels le plus beau don des
cieux .
Qu'heureux font les climats foumis à la puiffance
!
Cet aftre y fait fentir fa benigne influence ;
Il fçait les garantir des rigueurs des faiſons ,
Il fait naître leurs fruits , féconde leurs moiffons,
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE
-Un jour pur & ferein conftamment les éclaire :
Quand cet aftre paroît leur fort devient profpere ,
On voit naître avec lui l'abondance & la paix ;
Son éclat l'annoncer bien moins que fes bienfaits.
Vous , Sçavans affemblés , honneur de l'Auftrafie
,
Que dirigent fes loix , qu'infpire fon génie ,
Aux traits de mon pinceau ne connoiffez -vous pas
Votre foutien , votre ame , en un mot , Staniſlas ?
Votre gloire eft la fienne , il en fait fes délices ,
De fon augufte amour vous goûtez les prémices ;
Il anime au combat de paiſibles guerriers ,
*
Il aime , avec les fiens , voir croître vos lauriers.
Quel plaifir pour vos coeurs , de l'entendre fans
ceffe
Dicter à l'univers des leçons de fageffe ;
De voir , par les écrits , le vice combattu ,
Et fon thrône fervir d'autel à la vertu !
Philofophe profond , fa divine morale
Sonde du coeur humain le tortueux dédale ;
De l'efprit , d'un oeil jufte , il faifit les défauts ,
Diftingue habilement le vrai d'avec le faux.
Accordant l'avantage à l'Etat monarchique ,
En maître , Staniſlas parle de politique ;
11 juge fes refforts peu dignes des grands Rois ,
Du bonheur des ſujets fait leurs fuprêmes loix ;
De leurs communs devoirs fçavamment il décide ;
* Prix fondéspar le Roi , que donne annuellement
P'Académie.
FEVRIER. 1755 . 53
Rien n'échappe aux clartés de fon cfprit folide.
Mais bientôt , le crayon & l'équerre à la main ,
De fuperbes palais il trace le deffein ;
Grand , hardi , créateur , il franchit les obftacles ,
Son génie & fon goût enfantent des iniracles ;
Et l'Artifte , en fon art deformais tout nouveau ,
S'étonne à fon aſpect de ſe voir au berceau .
De tous lieux l'étranger vient , le voit & l'admire
,
Son affable bonté dans fon palais l'attire ;
Par un heureux talent , par un charme vainqueur ,
Un feul mot lui fuffit pour conquérir un coeur.
Maisvous feule avez droit , illuftre Académie ,
De chanter dignement le héros d'Auſtraſie ,
Sa gloire , fes bienfaits , fa magnanimité ,
Sa conftance , fa foi , fa haute piété .
Appelles pouvoit feul autrefois entreprendre
De tracer le portrait du fameux Alexandre ;
Nul ne doit avec vous prendre le noble foin
De louer des vertus dont votre ceil eft témoin.
Mais daignez excufer ma Muſe téméraire ;
Admis par votre aveu dans votre fanctuaire ,
J'y puifai tout le feu qui m'anime aujourd'hui ;
A ma timide voix vous fervites d'appui :
J'y bégayai des fons fur la même matiere *
Que traite Staniſlas avec tant de lumiere .
* M. le Président de Ruffey étant à Nanci , lut
dans l'Affemblée de l'Académie du 4 Juillez 1744 ,
unepiece en vers fur l'Eſprit .
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous parutes goûter mon zéle & mes travaux ,
Et pour Fencourager , le portrait du héros ,
Dont la postérité fait l'efpoir de la France ,
Fut , de mes foibles chants , la noble récompenfe.
Mon coeur , en confervant ce gage précieux ,
Garde le fouvenir d'un jour fi glorieux.
DE M. LE PRESIDENT
DE RUFFEY ,
A Meffieurs de la Société Royale &
Littéraire de Nancy.
Sur le traité des dangers de l'efprit , compo-
Se par le Roi de Pologne , & infere dans le
tome V de l'Année littéraire , page 262.
QUel aftre , par, des traits d'une vive lumiere ,
Eclaire de l'efprit l'incertaine carriere ,
Vient montrer aux humains un fentier peu battu ,
Et du ſein de l'erreur les guide à la vertu !
J'apperçois fa fplendeur diffiper les ténebres ,
Découvrir des écueils en naufrages célébres ,
Régler les mouvemens d'un feu féditieux ,
Rendre utile aux mortels le plus beau don des
cieux .
Qu'heureux font les climats foumis à la puiffance
!
Cet aftre y fait fentir fa benigne influence ;
Il fçait les garantir des rigueurs des faiſons ,
Il fait naître leurs fruits , féconde leurs moiffons,
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE
-Un jour pur & ferein conftamment les éclaire :
Quand cet aftre paroît leur fort devient profpere ,
On voit naître avec lui l'abondance & la paix ;
Son éclat l'annoncer bien moins que fes bienfaits.
Vous , Sçavans affemblés , honneur de l'Auftrafie
,
Que dirigent fes loix , qu'infpire fon génie ,
Aux traits de mon pinceau ne connoiffez -vous pas
Votre foutien , votre ame , en un mot , Staniſlas ?
Votre gloire eft la fienne , il en fait fes délices ,
De fon augufte amour vous goûtez les prémices ;
Il anime au combat de paiſibles guerriers ,
*
Il aime , avec les fiens , voir croître vos lauriers.
Quel plaifir pour vos coeurs , de l'entendre fans
ceffe
Dicter à l'univers des leçons de fageffe ;
De voir , par les écrits , le vice combattu ,
Et fon thrône fervir d'autel à la vertu !
Philofophe profond , fa divine morale
Sonde du coeur humain le tortueux dédale ;
De l'efprit , d'un oeil jufte , il faifit les défauts ,
Diftingue habilement le vrai d'avec le faux.
Accordant l'avantage à l'Etat monarchique ,
En maître , Staniſlas parle de politique ;
11 juge fes refforts peu dignes des grands Rois ,
Du bonheur des ſujets fait leurs fuprêmes loix ;
De leurs communs devoirs fçavamment il décide ;
* Prix fondéspar le Roi , que donne annuellement
P'Académie.
FEVRIER. 1755 . 53
Rien n'échappe aux clartés de fon cfprit folide.
Mais bientôt , le crayon & l'équerre à la main ,
De fuperbes palais il trace le deffein ;
Grand , hardi , créateur , il franchit les obftacles ,
Son génie & fon goût enfantent des iniracles ;
Et l'Artifte , en fon art deformais tout nouveau ,
S'étonne à fon aſpect de ſe voir au berceau .
De tous lieux l'étranger vient , le voit & l'admire
,
Son affable bonté dans fon palais l'attire ;
Par un heureux talent , par un charme vainqueur ,
Un feul mot lui fuffit pour conquérir un coeur.
Maisvous feule avez droit , illuftre Académie ,
De chanter dignement le héros d'Auſtraſie ,
Sa gloire , fes bienfaits , fa magnanimité ,
Sa conftance , fa foi , fa haute piété .
Appelles pouvoit feul autrefois entreprendre
De tracer le portrait du fameux Alexandre ;
Nul ne doit avec vous prendre le noble foin
De louer des vertus dont votre ceil eft témoin.
Mais daignez excufer ma Muſe téméraire ;
Admis par votre aveu dans votre fanctuaire ,
J'y puifai tout le feu qui m'anime aujourd'hui ;
A ma timide voix vous fervites d'appui :
J'y bégayai des fons fur la même matiere *
Que traite Staniſlas avec tant de lumiere .
* M. le Président de Ruffey étant à Nanci , lut
dans l'Affemblée de l'Académie du 4 Juillez 1744 ,
unepiece en vers fur l'Eſprit .
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous parutes goûter mon zéle & mes travaux ,
Et pour Fencourager , le portrait du héros ,
Dont la postérité fait l'efpoir de la France ,
Fut , de mes foibles chants , la noble récompenfe.
Mon coeur , en confervant ce gage précieux ,
Garde le fouvenir d'un jour fi glorieux.
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Résumé : VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
M. le Président de Ruffey adresse un poème à la Société Royale et Littéraire de Nancy, louant le traité des dangers de l'esprit, œuvre du Roi de Pologne Stanislas, publiée dans le tome V de l'Année littéraire. Le poème compare Stanislas à un astre lumineux guidant les hommes vers la vertu, la prospérité et la paix. Il met en avant les bienfaits de Stanislas pour la société, son amour pour la sagesse, et son rôle de guide moral et politique. Stanislas est décrit comme un philosophe profond, un créateur de monuments, et un homme de grande bonté. Ruffey exprime sa gratitude envers l'Académie pour le soutien et l'encouragement reçus concernant ses propres écrits sur Stanislas.
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12
p. 14-15
VERS à Mlle de GRISS.
Début :
QUEL astre lumineux dans un mois de Novembre [...]
Mots clefs :
Astre, Soleil
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle de GRISS.
VERS à Mlle de GRISS.
QUEL aftre lumineux dans
bre
un mois de Novem-
Sur mes rideaux répand un ſi grand jour ?
Apparemment qu'il fixe ſon féjour
Tout vis -à - vis de cette chambre.
Car enfin on ne voit point clair
Avant fix heures en hyver ;
Et j'y vois , c'eſt ce qui m'étonne ! ...
Parbleu , vous nous la bâillez bonne ,
JANVIER. 1763. 15
Dit un Voifin qui m'écoutoit ;
Avant vous , une autre y gîtoit....
Lorfque j'y penfe , ah ! la belle perfonne ? ...
Qui donc ? La charmante de Griff.
Sandis ! Je n'en fuis plus furpris :
C'eſt comme le Soleil , quandil nous abandonne.
Par le même .
QUEL aftre lumineux dans
bre
un mois de Novem-
Sur mes rideaux répand un ſi grand jour ?
Apparemment qu'il fixe ſon féjour
Tout vis -à - vis de cette chambre.
Car enfin on ne voit point clair
Avant fix heures en hyver ;
Et j'y vois , c'eſt ce qui m'étonne ! ...
Parbleu , vous nous la bâillez bonne ,
JANVIER. 1763. 15
Dit un Voifin qui m'écoutoit ;
Avant vous , une autre y gîtoit....
Lorfque j'y penfe , ah ! la belle perfonne ? ...
Qui donc ? La charmante de Griff.
Sandis ! Je n'en fuis plus furpris :
C'eſt comme le Soleil , quandil nous abandonne.
Par le même .
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Résumé : VERS à Mlle de GRISS.
Le 15 janvier 1763, un narrateur s'étonne d'une lumière inhabituelle dans sa chambre en novembre. Son voisin Voifin lui explique que cette lumière provient de Mlle de Griss, présente dans la chambre voisine. Le narrateur admire sa beauté, la comparant au soleil. Il exprime sa surprise et son émerveillement.
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