Résultats : 45 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 114-119
LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Début :
Je ne vous diray point que la Lettre de ce / Sire, ne pourrons-nous jamais nous abandonner à la joye [...]
Mots clefs :
Louanges, Majesté, Victorieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Je ne vous diray point que la let- tre de ce Duc à Sa Majesté fur ce ſujet , eſt ſi agreable- ment tournée,&fi pleine d'ef- prit,quellemerite l'aprobation quetoutle monde luyadõnée.
Salecture en fera mieux l'Eloge, que tout cequeie pourrois
GALANT. 85 vous en écrire à ſon avantage,
&ie ne veux pas retarder plus long-temps le plaifir que vous
en attendez.
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonneràlajoye,ſans la trouver meſtée d'inquietude&de crainte? &nesçaurionsnous ap- prendrequeVOSTRE MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamainſansſçavoirau mê- me-temps combien elle s'y eft exposée?Bon Dieu, SIRE, nevous Lafferez-vous iamais defaire tre- blervos ferviteurs aussi bienque
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut-il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE MAJESTÉ dans un temps où elle reçoit de justes loüanges de toute la terre? Pardonnez, SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est paspoſſiblede retenir, &permet- tez- moy de dire quefii'ay beau- coup de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie n'aypas moins de respectueuseten- dreſſe pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nomde Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand &vi- Etorieux, plus cet Estat doitfou- haitervoſtre conſervation. Mes
vœux & mes souhaits seroient bien de voir VOSTRE MAjESTE ' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers ; mais , en verité, j'aime- rois quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage. Si le Ciel accorde àmes prie- res, comme iete veux efperer, ce que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE n'aura rien àdefirer en Sesprofperitez; &quandil nes'a- girapoury contribuer que de prodiguermonsang, &de hazarder
mavie , vousconnoistrez toûjours que iefuisfans reserve ,
SIRE,
DeVostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres- obeïffant &tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES. AIGNAN.
Salecture en fera mieux l'Eloge, que tout cequeie pourrois
GALANT. 85 vous en écrire à ſon avantage,
&ie ne veux pas retarder plus long-temps le plaifir que vous
en attendez.
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonneràlajoye,ſans la trouver meſtée d'inquietude&de crainte? &nesçaurionsnous ap- prendrequeVOSTRE MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamainſansſçavoirau mê- me-temps combien elle s'y eft exposée?Bon Dieu, SIRE, nevous Lafferez-vous iamais defaire tre- blervos ferviteurs aussi bienque
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut-il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE MAJESTÉ dans un temps où elle reçoit de justes loüanges de toute la terre? Pardonnez, SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est paspoſſiblede retenir, &permet- tez- moy de dire quefii'ay beau- coup de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie n'aypas moins de respectueuseten- dreſſe pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nomde Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand &vi- Etorieux, plus cet Estat doitfou- haitervoſtre conſervation. Mes
vœux & mes souhaits seroient bien de voir VOSTRE MAjESTE ' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers ; mais , en verité, j'aime- rois quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage. Si le Ciel accorde àmes prie- res, comme iete veux efperer, ce que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE n'aura rien àdefirer en Sesprofperitez; &quandil nes'a- girapoury contribuer que de prodiguermonsang, &de hazarder
mavie , vousconnoistrez toûjours que iefuisfans reserve ,
SIRE,
DeVostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres- obeïffant &tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES. AIGNAN.
Fermer
Résumé : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Le Duc de Saint-Aignan adresse une lettre à Sa Majesté, exprimant son admiration pour une lettre précédente du Duc, qualifiée d'agréable et pleine d'esprit. Il souhaite ne pas retarder davantage le plaisir attendu par Sa Majesté. Le Duc s'interroge sur la capacité à abandonner la joie sans inquiétude et crainte, et s'émerveille de la capacité de Sa Majesté à conquérir des places par l'épée sans connaître les dangers. Il souhaite que Sa Majesté traite ses serviteurs aussi bien que ses ennemis et reconnaît les louanges justes reçues par Sa Majesté à travers le monde. Le Duc demande pardon pour l'ardeur de son zèle et affirme sa passion pour la gloire de Sa Majesté, ainsi que son respect et sa soumission. Il prie pour la conservation de Sa Majesté, souhaitant la voir maîtresse de l'univers et assurée de son grand courage. Il espère que ses prières seront exaucées et que Sa Majesté n'aura rien à désirer en termes de prospérité. Le Duc conclut en affirmant sa fidélité et son humilité en tant que sujet de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 128-184
La nuit du 5 au 6 d'Avril
Début :
Le Roy fit ouvrir la Tranchée à l'Esplanade de la [...]
Mots clefs :
Ennemis, Bastion, Citadelle, Travaux, Camp, Tranchée, Nuit, Contrescarpe, Régiment, Gardes, Capitaines, Canon, Fossé, Officiers espagnols, Soldats, Assiégés, Attaque, Morts, Majesté, Cambrai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
4
LY!
LE MERCURE N
1-
u
1
me
ce
es
U
de
es
1-
a
e
ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
S
S
S
e
--
e
S
८
a
2
La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
U
e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
t
chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
コ
10
لا
Hi
e
e
le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
X
n
la
e
A
al
S
F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
.
e
e
1
n
α
re
es
S
D
a
S
e
-
veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
コ
!
コ
a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
4
LY!
LE MERCURE N
1-
u
1
me
ce
es
U
de
es
1-
a
e
ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
S
S
S
e
--
e
S
८
a
2
La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
U
e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
t
chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
コ
10
لا
Hi
e
e
le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
X
n
la
e
A
al
S
F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
.
e
e
1
n
α
re
es
S
D
a
S
e
-
veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
コ
!
コ
a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Fermer
Résumé : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Du 5 au 14 avril, plusieurs actions militaires ont été menées autour d'une citadelle. La nuit du 5 au 6 avril, le roi ordonna l'ouverture d'une tranchée à l'esplanade de la citadelle et le début d'une attaque extérieure. Les travaux incluaient le gabionnage des avenues et le creusement de sapes. La tranchée utilisée pour attaquer la ville fut également poussée vers la gauche contre la citadelle. Les nuits suivantes, les Suisses renforcèrent leurs positions dans la ville, tandis que les ennemis tentèrent plusieurs sorties, repoussées par les défenseurs. Des batteries furent mises en état de tirer malgré les pertes causées par le canon ennemi. La nuit du 7 au 8 avril, la tranchée fut poussée à quarante pas de la contrescarpe, et une batterie de huit pièces de canon fut dressée. La nuit du 8 au 9 avril, la communication entre les sapes fut achevée, et deux batteries furent pratiquées sur les bastions du Moulin et de Sainte-Barbe. Une bombe tomba dans la citadelle, causant un grand fracas. Le 10 avril au matin, le duc de Villeroy fut tué par un boulet de canon. Les nuits suivantes, les assiégés tentèrent de perturber les travaux des défenseurs, mais furent repoussés. Une demi-lune bien fortifiée fut prise par les capitaines Chapereux et Courtevin. Le 11 avril, le roi ordonna l'attaque de toute la contrescarpe du côté de l'esplanade, et les travaux continuèrent pour faire la communication des attaques du côté des Gardes. Le 14 avril, les batteries tirèrent sur le bastion de gauche et le fossé pour soutenir le mineur, et une demi-lune fut attaquée et prise. Les travaux de fortification se poursuivirent avec la construction de logements et de batteries. Le gouverneur refusa de se rendre, affirmant qu'il défendrait les bastions restants. Le roi ordonna de mettre le feu à une mine, créant une brèche significative. Malgré un feu ennemi intense, le Lieutenant de Boisselau put rendre compte de la situation. Le gouverneur battit finalement la chamade, signifiant sa reddition. Les négociations aboutirent à une capitulation favorable aux ennemis, leur permettant de quitter la ville avec honneur. Le roi visita l'église cathédrale de Cambrai et inspecta les travaux et la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 47-103
En quoy consiste l'Air du Monde, & la veritable Politesse.
Début :
Cette Question n'est pas facile à résoudre, puis que [...]
Mots clefs :
Air, Politesse, Monde, Homme, Air du monde, Galanterie, Caractère, Cour, Naturel, Habits, Je ne sais quoi, Galant, Grand air, Esprit, Plaire, Éclat, Belle, Hommes, Rois, Alexandre le Grand, Majesté, Peuples, Courage, Naissance, Province, Doux, Corps, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : En quoy consiste l'Air du Monde, & la veritable Politesse.
cEtte queftion n'est: pas
facile à résoudre, puisque
ceux-mesmes qui se font polis
Par l'étude & par la convention,
& qui ont patte toute leur
vie à la Cour, ne conviennent
pas presscisement en quoy consiste
l'air du monde, &. la véritable
politesse. Il en est comme
duje-ne-sçay quoy. On levoit,
on le remarque, & on ne peut
dire ce que c'est. Mais il y a
cerre diférence, que l'air du
monde se communique & se
peut imiter, & le je-ne-sçayquoy
est inimitable, & ne se
peut prendre. L'un ce l'autre
font singuliers, &; ne se rencontrent
pas en toutes fortes de sujets.
Toutes les Nations en jugent
diféremment sélon leur
gout&leur inclination. Cependant
chacune dans ses maniérés;
est touchée du je-ne-scay-auoy,
& se forme une idée d'honnesteté
& de galanterie, qu'elle
appelle air du monde & véritable
politesse. Il n'y a que du plus:
ou du moins,sélon le Climat
qu'elle habite, son humeur &
ses coûturnes, qui pour estre
grossieres à l'égard des autres,
nelesont pas chez elle. On est
poly jusque dans les Terres Australes,
si nous en croyons l'Histoire
admirable,pour ne pas dire
fabuleuse.
fabuleuse, qu'on a faite des Sevarambes;
ce qui fait voir que
rien n'est plus naturel à l'Homme.
Mais plus on a de commerce
dans la societécivile, & plus on
a cet air & cette politesse. D'où
vient qu'on dit, ilsçait vivre,ila
veIl le monde, pour dire, c'est un
habile Homme,un galant Homme.
Ainsi par tout cù il y a quelquepolice
ou quelque especede
Gouvernement,il ya de l'air du
monde & de la véritable politesse.
Où il ya des Roys & des
1 Souverains, on y trouve des
Courtisans & desMinistres, qui
ne manquent ny d'adresse ny de
galanterie. Maisje doute si dans
lesRépubliques, cet air& cette
politesse se rencontrent au mesme
degré,&siRome& Athènes
ont esté aussi polies & aussi galantes
fous les Consuls & les
Aréopages, que fous les Roys
& lesEmpereurs; fous Solom
& Brutus, que fous César &
Alexandre.
Les Grecs ontestéextrémement
polis. Cependant sinous
en croyons Mde Balzac,les Romains
les surpasserent en politesse,
&laisserentleur Atticisme
bien loin derriere leur Urbanité.
C'estainsi que parle cet Autheur;
& cette politesse passa
du Sénat aux Ordres inférieurs,
& mesme jusqu'au Peuple.
Mais pour ne point faire d'injustice
aux Grecs, il dit dans un
autre endroit, qu'ils furent plus
polis & plus adroits à la Course
litàla Lute; &les Romains plus
propres au Commandement, &
plus entendus dans la Guerre.
Le grand air a plus esté de leur
caractere, soit que l'on examine
leur esprit & leur personnes.
Comme ils estoient grands en
tout, leur civilité n'avoir pas
moins de grandeur que de politesse.
Toutes leurs actions
avoient de la majesté. Tous
leurs sentimens estoient nobles
& relevez. Ils estoient accoutumez
à la veuë des grandes
choses. Ce n'estoient que triomphes
dans Rome, que Peuples
soûmis, que Roys vaincus &
traînez en Esclaves. Tout cela
les rendoit fiers,mais d'une fierté
modeste & polie, qui faisoit voir
leur Íàgelfe aussi grande que leur
courage. Qui doute que nos
François avec cette politessequi
leurest si naturelle, ne sefassent
pas un caractere de grandeur &
d'élévation, fous un Roy si
grand, & qui fait de si grandes
choses; fous un Regne aussi flonflant,
de aussiglorieux que le
sien?
On confond mal-à-propos,
ceme semble, ce grand air avec
l'air de qualité. Il y a de grands
Seigneurs qui font bien les honneurs
de leur naissance & de
leur personne, & qui ne peuvent*
attraper cet air& cette politesse
dont nous parlons. On en juge
mal à la Ville & dans la Province,
mais à la Cour on en sçait
faire lediscernement,&l'on n'y
pourroit souffrir cette Comtesse,
qui dans un Bal,voyant
dancer sa Fille de méchante
grace, luy crioit sans cesse Prenez,
donc, ma Fille, cet air de
qualité. Cette 'aff.?él:ation est
ridicule. Il faut que cet air soit
tout dans la Personne, c'est à
dire qu'il soit naturel. Un Berger
bien fait, peut avoir ce grand
air, & un grand Prince l'aura
souvent fort bas & fort médiocre.
On sçait l'Histoire de Philopémen
sur ce sujet, & combien
son peu de mine luy attira
de mépris malgré ses belles qualitez;
& quelque foin qu'il prist,
auraportdePlutarque, d'estre
armé &monté à l'avantage.
Alexandre, pour qui j'ay presque
autant de passion que cette
Femme de la Comédie des Visionnaires;
cet Aléxandre,dis-je
tout grand qu'il estoit du costé
de sonespri,de son courage,&
de sa fortune, n'avoir point ce
grand air; & lors que je le regarde
aupres de César, il faut
quej'avoue que ce n'estoit qu'un
petit Cavalier.Je sçay que Quinte-
Curse dit, qu'on ne pouvoit
l'envisager sans respect & sans
crainte; mais ce n'cft pas là ce
quej'appelle le grand air. Cette
qualité,ou plutost ceje-ne-fçayquoy,
cause feulement de l'admiration
& de l'estime. Il n'a
rien de terrible, son éclat est
doux & moderé, & bien plus
propre à se faire aimer, qu'à se
faire craindre. Ce grand air qui
accompagne par tout la Personne
qui en est revestuë, paroist
avec plusd'éclat en de certaines
occasions, à la Guerre,
dans les Assemblées. C'est là
où il brille avec majesté. C'est là
qu'il est necessaire, & qu'il rehausse
avantageusement la personne
du Prince. Pour estre un
Homme du grand air, il faut
estre un grandHomme, un
grand Génie. Un petit Homme,
unEsprit doux, est incapablede
ce caractere. Quand je dis un
Esprit doux, j'entens un Autheur,
un Blondin de Ruelle.
Maisquand jedis un grand
Homme, je n'entens pas un
Capitan, un Matamore. Tous
les Héros ne sont pas de belle
taiIle.- Si cela estoit, les Allemans
remporteraient en cette
rencontre sur tous- les autres
Peuples. Le grand air est donc,
selon i-nov,,àl'égard du Corps,
une belle & juste disposition de
toutes ses parties, qui consiste
dans le port & le geste de la Personne
; & àl'égard de l'Esprit
c'est une maniere noble & relevée
de penser & de dire les choses,
qui paroist dans les sentimens
& dans le discours; & pour
ce qui est de la politesse qu'on
joint si à propos dans cette Question,
c'est i*adouciuemenc fcc la
perfection de tous les deux; je
veux dire d'un Corps & d'un
Esprit bien fait," car sans elle il
en résulte un éclat difficile à
suporter, & qui blesse la veuë.
On sçait combien font incom.
modes & fatigans ces Gens du
grand air qui n'ont point de poiiceile,
& qui cherchent plutost
à éblouir qu'à plaire.
Les Provinciaux font consister
ce grand air dans la pompe
& la n(h{fe des Habits, dans
la majesté & le grand tourdu
stile, &par là ils se rendent ridicules
dans leurs habilkmens &
dans leurs conversations. Il est
vray que l'art de se bien mettre
& de bien dire les choses, donne
& inspire ce grand air; mais
c'est ce grand air qui fait paroître
les Habits & les paroles. Il donne du relief aux plus petites
choses, &sans luy avec les
plus beaux Habits & les plus
grands mots, on fut une fort
petitefigure, ou tout au plus un
personnage outré & ridicule;
mais peu de Gens s'y connoisfent.
On se laisse ébloüir à l'éclat
& au brillant des objets;
sans en examiner la juste valeur
mais on juge encor plus mal de
la politesse car ce n'est plus pas non ce grand ajustement dans
la Personne, cette grande exa- ctitude dans le discours, qui en sont le veritable caractere. De làvient cette fausse délicatesse
de Province, qui pense si mal de
tout, qui setient toûjours sur ses
gardes, & qui croit qu'il n'y a de que dans,
la propreté des Habits, dans le
stile fleury
,
d'estre bien mis,&
de sçavoir bien dire, d'avoir toujours
le Peigne & la Tabatière
à lamain. Ilyadesnégligences
quisont extrêmement polies, &
on peut dire que le secret d'estre
negligé bien à propos, soit dans;
sa personne, foit dans ses paroles,
est laveritable politesse. Et en
:eff.:t) les Italiens appellent ces
negligences de grands artifices;
.nlais c'est à la Cour, & non pas
dans la Province,qu'il faut chercher
cesecret. S'il y a icy quelque
politesse, &quelque peu de
cet air du monde, c'est là qu'on
en a le veritable usage.
Ce qu'on nomme aujourd'huy
air du monde &politesse, s'appelloit
autrefois avoir bon air,
faire les choses du bel air. Mais
Monsieur de laRoch.'foueaut,
en donne une définition plus
étenduë. Il dit que c'est une symétrie
dont onnesçait point
les regles
; un raport
secret
des
traits ensemble, & des traits
avec les couleurs, & avec l'air
de la Personne, & ce raport bon
ou mauvais, est ce qui fait que
les Personnes plaisent ou déplaisent.
Mademeiselle de Scudery
dit que c'est un Esprit naturel
qui fait que l'on est habile &
agreable. Mais-n'estce pas tomber
dans une autre Question?
car qu'estce que cet Esprit naturel?
Est ce cette heureuse
naissànce dont on parle tant?
ce gaudeant benenati desAnciens
,
Est-ce estre né coëffé? Ce feroic
toutcela, si avec l'art de plaire,
on avoit celuy d'estre heureux.
Mais trop de Gens heureux déplaisent,&
trop de Gens plaisent
qui font miserables.Qu'on en
die ce qu'on voudra, ces choses
ne rendent pas plus heureux; au
contraire je tiens que plus on
estpoly Se qu'on a de cet air du
monde, plus la miserce est dure &
insuportable, ence qu'on pa-
Iroill: moins à plaindre. Quelques-
autres ont dit que c'estla
science de laconversation, & le
dondeplaire dans les Compagnies
; mais je dirois encor de
plaire en quelque lieu qu'on se
rencontre, car un Homme bien
fait doit plaire par tour, & les
grandesAssembléès & les occasions
d'y paroître, sont rares.
L'Autheur des Converations
quejeciteray souvent ( carjene
puis prendre un meilleur Guide
sur cette matiere;) cet illustre - Chevalier dit que le bon air est
une agreable expression de l'action,
qui consiste à bien dire&
à bien faire ce que l'on dit & ce
que l'on fait. Il dlflre de l'agrément.
Celuy-cy est plus flateur
& plus infirmant IL va droit au
coeur, mais par une route secrete.
Celuy-là est plus de montre,
il est plus concerté & plus
dans l'ordre Enfin l'un charme,
l'autre se fait aimer. Mais ne
feroit-ce point encor une certaine
douceur & facilité de
moeurs qui s'accommode à tout
sans esclavage? qui n'aprouve
rien sans choix, & qui ne defaprouve
rien par dégoût? Ne
seroit-ce point enfin une maniere
agreable de se communiquer,
qui se prend de ceux qui l'ont,
&quilapratiquent? Carcetair
& cette politesse sont moins
pour nous que pour les autres,
& l'on ne s'en mettroit guère -
en peine, s'il n'y avoir ny grand
monde,ny Gens polis. Mais
Monsieur de Balzac en donne
une définition trop belle pour
l'oublier icy. Il dit que c'est un
certain éclat, & une certaine
lumiere qu'une heureuse naissance
répand sur le vi(-Q,c des
Hommes, & qui corr ge les de-
'sauts de la Nature avec avantage.
Elle rend beaux les plus
*laidsj & si elle n'attire pas dans
tous le respect & la vénération,
elle-leuracquiert du moins la
bienveillance &l'estimede ceux ,qui les voyent. Ce caractere,
adjoûte-t-il, ne se peut cacher,
& il fait toujours reconroitre
ceux qui le portent, parce que
rien n'est capable de l'effacer ny
de l'obscurcir. Tel parut Enée
lors qu'il aborda Didon.
Enée estoit brillant d'une vive clarté,
D'un Dieu plus que d'un Homme il
Avoit la beauté.
Et cette Reyne voulant exprimer
sa bonne mine, dit à sa
Soeur.
O ma Soeur, cjuEnée a de charmes,
Lorsqu'ilparoist dessousles armes! - Pour moy, je le voy danssesyeux,
Si mafoy ne me trompe, il etfforty des
Dieux. -
Virgile parle encor de la forte
en faveur du beau Sexe,lors qu'il
fait lePortrait d'Iris fous la figure
de Beroé.
L'Epouse de Doricle est modeste &
charmante,
Mais remarquez, biensa beauté
Queses yeux qontbrillans!qui'lsont
-
depureté'
J~OMhaleine est douce, &sa voix
ra'lliJfanter
Etque lors 'luelle'march'eJ elle a de -
malefté!
Quand Didon entre dans le
Temple, le Poëte ne se contentepas
delacomparer à Diane,
il adjoûte qu'elle surpasse
toutes les Déesses.
Proyèz.-,Vous Didon qui s'avancé,
TelleDianeavecsesNymphes danèi,
Mais cette Reyne a bien plus de
beauteiL,
Elle efface enmarchattoutes lesDettes
Etlors que Vénus quitte-Enée.
a qui elle s'estoit apparue fous
uneautre figure, il dit que son
air & sa démarche luy firent
connoistre la Déesse.
Quoyqu'à lefuir Vénuss'empresse,
du marcherseulement il connut la
Déesse.
J'ay emprunté tous ces Portraits
de Virgile, parce qu'on
ne peut tirer que de bonnes Copies
d'un si excellent Original.
Il y a des Gens à qui cetair &
cette politesse font si naturels,
qu'ils semblentestre nez pour la
Cour & le grand monde. Ce
sontdeces belles Ames à qui la
Nature donne de beaux corps
& de nobles inclinations; & lors
que la fortune leur est favorable,
elles font capables de toutes
choies. Cela se remarque
chez de certains Peuples & dans
quelques unes de nos Provinces,
où le vulgaire mesme est naturellement
civil & poly. Les remîmes
font plus susceptibles de
cet air du monde que les Hommes.
Elles seconnoissent mieux
en politesse & en galanterie, elles
rafinent sur ce sujet, & elles
nous en fontleçon. La Nature
leur a donné cetavantage. Elles
s'attachent à plaire dés leur ensance
, comme à la feule chose
qui peut les rendre recommandables,
& leur donne quelque
mérite au dessus des Hommes.
Quoy qu'il en soit, on ne peut
estreny poly, ny galant,sansle
commerce des Femmes. On
peut estre juste, sage & docte
sans elles, avoir du courage, de
l'honneur & de la probité; mais
ce sont elles qui inspirentla dou-
.GCUr, la civilité, la complaisance,
la délicatesse, le bon goût,
& enfin tout ce qui peut faire
un honneste Homme. Et la raiion
de cela, c'est qu'on agit
plus rondement avec les Hommes.
On amoins d'égard les uns
pour les autres; mais cerespect
que la coûtume a introduit pour
le beau Sexe, fait qu'on observe
bien plus de formalitez avec les
Femmes. Les Hommessonttoûjours
rupres d'elles dans une certaine
bienséance, qui est le véri- tablecaracteredela politesse &
de la galanterie. Je çay bon gré
à M Costard,d'avoir fait une
Déesse de cette derniere. Puis
que les Femmes nous rendent
galands,necragnons pas de C'lcrisser
à cette Divinité pour
nous la rendre favorable. Le
culte n'en est pas dangereux,&
on peut la servir sans idolâtrie.
L'Amour que l'on appréhende
tant, en est plus éloigné qu'on
ne pense. Ce qui le trouve le
moins dans la galanterie, c'est
de l'amour, dit l'Autheur des
Refléxions.Maisàtouthazard
un peu d'amour est necessaire
pour faire un galant Homme,
& il n'y a personne qui ne le
veuille bienestreà ce prix.
Vousappellez, à tort le beau Sexe trompeur,
On neperd jamais rien pouraimer une
Belle;
Quellefoitrigoureuse, inconstante,
infidelle,
Consolez, vous de ce malheur,
Sivousavez,apprisa>la're,
Cen'estas unegrande affaire,
Quepour estre bienfait, il en consteson
'oe/l,r.
Ce que dans le monde on appelle
un honneste Homme, dit
Madame deVildieu, fait gloire
d'estre galant,&favorisé desDames.
Ellessçavent l'art de plaire
& de se faire aimer, mais elles
veulent qu'on plaise, & qu'on
se rende aimable.Tout le secret
est de bien chowr, & de
tomberen bonne main. Je plains
unjeune Homme qui s'attache
aupres d'une Femme sansesprit
&. sans mérite;il est toujours
mal recompensé de son temps &
de sa peine. Mais d'autre cofté"
les Femmesspirituelles & sçavantes
font rarement propres à
la belle galanterie. Leur cara-
<£terc est trop romanesque; ce
qui me fait croire que celles qui
n'ontqu'un esprit naturel avec
un grand usage du monde, &
quifont également éloignées de
la coqueterie& de l'air prétieux,
-
font plus capables de faire un
galant Homme.
Quoy que les belles Personnes
ayentplusdedisposition que les
autres pour l'air du monde &
la veritable politesse, il y en a
qui n'ont aucun air
,
& souvent
de médiocres Beautez ont en
cela degrands avantages. C'est
que l'esprity contribuë
,
& je
ne sçay quel agrément naturel
qui ne résulte pas de la beaute,
mais de la symetrie du corps,
& du tempérament de la personne.
J'lty connu une Femme
qui estoit en tout d'un mérite
fort mediocre; neantmoins par
habitude ou autrement, elle
avoit un certain air quila fit regarder
dans le monde, &insensiblement
elle s'acquit la réputation
d'estre une Femme bien
faire ; & tout cela consistoit à
placer ses bras, & a avancer sa
gorge d'une certaine maniere,
& à dire les choses d'un ton mignon
& radoucy. Elle sçavoit
cinq ou ux Complimens avec
autant de petites raisons, qu'-
elle appliquaitàtout, &: qu'elle
ne craignoit point d'uleràforce
de s'en servir. Ceux qui ne la
voyoient qu'en passant, en estoient
charmez
; mais ceux qui
la voyoient souvent, ne pouvoient
comprendre eu estoit le
- charme, car cet air du monde
n'est souvent qu'une certaine
routine où l'on ne trouve aucun
fond
fond d'esprit &. de mérite. Il y
a mesme tant de foiblesse & de
badinerie, que je nem'étonne
pas si les Gens bien sensez se
récrient si fortement là-dessus.
Une faussepolitesse & un air contraint
,
dégoûtent plus qu'un
air simple de des façons grofsiereres.
Icyon pardonne à la
Nature sans art, & là on ne
peut pardonne à l'art sans la
Nature,car il choque du moment
qu'il est visible. Cet air
affecté est le mesme que l'air
prétieux, dont il y a de si bonnes
Copies dans les Prétieuses
Ridicules,Se dans le Misantrope
de Moliere. Ce font des Marquis
dont tout le mérite est dans
leurs Perruques & dans leurs
Canons.
-
Ils sçavent le bel air
des choses, & comme Gens de
qualité ils sçaventtout sans avoir
rien appris, dit Mascarille.
Cette affectation gaste fort
les jeunes Gens qui sont peu
de temps à la Cour. Ils y prennent
de faux airs, & desfaçons
de parler par où on lesconnoist
toute leurvie. Il n'y arienqu'on
doive pluséviter que lesmots
nouveaux,&même quelques uns
quisont en usage, mais quiont
quelque choie de trop fltiolilier.
Cela sent l'Enseigne, & fait rf..
connoistre les Gens. Maisil yen
a qui croyent qu'on ne paroist
dans laconversation que par ce
moyen. Cobiencemot, à l'heure
qu'il est, a-t-il fait de bruit dans la
Province?ONkefouroit
tout, & on en revenoit toujours
à l'heure qu'il est. Il vint il y a
quelque temps en Normandie,
une Dame que son mérite &
toute sa vie qu'ellepasse à la
Cour,rendent fort recommandable.
Un jour on luy proposa
unePartie d'Hombre,& elle répondit
pour s'en défendre, qu'-
elle n'aimoit point ceJeu, parce
qu'elle estoit déjà trop colet
monté, voulant dire qu'elle estoit
trop vieille. Ce mot fut recueillysoigneusement
du petit
nombre choisy qui avoit l'honneur
de l'approcher ; & depuis
ce temps-là,onn'entendit plus
que Colet monté. On l'appliquoit
à tout sans raison, & sans
savoir ce qu'il vouloit dire.
Enfin lors qu'il vient quelque
grand Seigneur en Province.
c'est àqui prendra ses manières,
mais ceux qui ont du bon sens,
&, l'esprit solide, se prennent
garde de pareilles afectations,
& ne s'entestent pas d'un air
quiest dangereux pour les Provinciaux.
On peut estre un honnefte
Homme, un Homme bien
fait, sans estre un Homme de
Cour; & ce seroit grand pitié.
si tous les Provinciaux devenoient
Courtisans. Qu'ils lisent
l'H(Jnnejle Homme deFaret, ou
le Parfait Courtisan du Coulet
Castiliogue,pour y apprendre
à estre civils & honnestes, mais
non pas je-nescay -quelle maniere)
& quelle rauile galanterie
, qui n'est bonne qu'à les
rendre ridicules. Parce qu'on
leur a dit que les Gens de Cour
& du grand monde ne font point
façonniers, ils font libres & familiers
jusques à l'impertinence
& à la malhonnesteté. Leshonnettes
Gens du Siecle passé es,
toient esclaves de leurs cerémonies;
mais ceux d'aujourd'huy
le pourroient bien devenir, par
la familiarité de ceux qui les
imitent. La contrainte d'autrefois
estoit insuportable, mais on
commence à éprouver que la
liberté d'aprésent est bien incommode
; car pour deux ou
trois qui en usent bien, il s'en
trouve vingt qui en usent mal.
De plus, cette liberté que nous
chérissons toujours, n'est-elle
point captive lors que nous nous
soûmettons si volontiers au ca,
price de ces Esprits familiers,
J'appelle ainsi ces jeunes Etourdis,
qui prétextent leur emportement
d'une honnestefamiliarité.
N'en sommes-nous point
esclaves, lors que noussouffrons
avec tant de patience, qu'ils nous
déclarent leurs sentimens &
leurs inclinations; & ne vaudroit-
il pas mieux essuyer cinquante
Complimens de Nervese,
que l'Inpromptu de quelque
fou de Marquis? Mais revenons
de cette petite digression
qui n'estpeut-estre pas hors du
fujer.
Cet air du monde & cette politesse
change comme toutes les
autres choses. On l'étudie plusieurs
années, & on n'a pas le
temps d'en profiter. Les Polis
du Siècle passé fèroient grossiers
lx. à la vieille mode dans celuycy.
Chaque Regne, chaque
Cour, a son air, sa politesse, sa
galanterie. Les vieux Courtisans
ne sont pas moins distinguez
par leurs façons, que par leurs
habits;& les jeunes en changent
tous les jours. Combien demodes
nouvelles, de figures & de
postures dans le geste, dans les
habillemens, dans la démarche,
& dans toute la Personne de
ceux qui se piquent d'avoir ces
qualitez, & qui prennent de
grands airs, comme ils parlent!
Un galant Homme disoitunjour
surcesujet, queles Suivantesde
sa Femme prenoient tous les
ans ses vieilles grâces. Il appel- iioi-cainnrcrsagremensnouveaux
quichangent sans ce de à la
Cour, & qui font la plus grande
occupation des Cavaliers & des
Dames. Mais ce quiest admirable,
cet air est si délicat & si
subtil, qu'il se dissipe & se corrompt
dans la Province, pour
peu qu'on y séjourne. Bien plus,
il y en a qui le perdent en changeant
d'Habit. Il n'en est pas
tout-à-fait ainsi de la politesse.
Comme elle est plus fondée sur
les mcolirs, & qu'elle rende principalement
dans l'esprit, elle
demeure toujours en ceux qui
l'ont naturellelnent, ou qui en
ont fait une habitude. Ce n'est
pas qu'il n'y arrive du changefilent)
car enfin, les Peuples les
plus polis, deviennent dans la
fuite des temps, rudes & barbares.
Il s'en faut bien que les
Grecs d'aujourd'huy & les Italiens
ne possedentl'ancienne
politesse d'Athenes, & l'Urbanité
de Rome. Ainsi un vieux
Courtisan devroit se consoler de
n'estre pluspoly. La qualité de
galant Homme, dit le Maréchal
de Clérambaut, passe comme
une Fleur, ou comme un Songe.
On est quinze ou vingt ans à le
devenir, & tout d'un coup ce
galant Homme est le rebut& le
mépris de ceux-mesme qui l'admiroientauparavant.
Mais c'est
un des entestemens de la Cour
d'estre toujours galanc;Sec'en:
pourquoy l'on y veut paroistre.
toujours jeune.
Les Gens deCour conserventl'air
du monde jusqu'au Tombeau
, ou du moins l'esprit du
monde;car il ne leur en demeure
que l'inclination apres que
l'âge & les affaires les en ont
éloignez. Je connois une Marquise,
à qui une vieillesse de quatre-
vingts ans, & un long féjour
à la Campagne, n'ont pû
faire perdre la curiosité de la
Mode Se dés Nouvelles. Elle
s'habille encor comme uneFille
de quinze ans, & se fait lire la
Gazette regulierement toutes
les semaines. C'estun Original
dans sa Province, &on la regarde
comme un Trésor de la vieille
Cour. Cependant il faut avoüer
qu'on peut conserver l'air du
monde & la véritable politesse
malgré le cours des années, Se
le séjour de la Province, quand
ona uneheureusenaissance, l'es.
prit droit &. juste, qu'on a commencé
de jeune âge à paroistre
dans le monde, qu'on s'est formé
sur de bons modelles, &que
le bon sens & le jugement reglent
nôtre conduite. Lors qu'un
Homme& une Femme de Cour
font faits de la forte, c'est un
grand charme que leur personne
& leur conversation.C'est
là qu'on trouve cette justesse de
pensées & d'expressions, cette
noblessede sentimens, cette penétration
d'esprit, ce juste discernement
, ce tour fin & délicat,
cette maniere aisée de dire
les choses, cette plaisanterie
spirituelle, cette fine raillerie;
enfin dans toute la personne un
air, & un je-ne-sçay-quoy qui
ravit & qui gagne tous les coeurs..
Maisil faut pour cela que la Nature
forme un Homme avec
foin, & que les belles Lettres&
le grand monde lepolissent
; car
ce n'est pas allez de plaire lors
qu'on nous voir, il faut encor
quenouslaissions le desir de nous;
revoir, 6cle regret de ne nous
voir plus,&toutcela ne se peut
sans un grandfond d'esprit &
de mérite. Les vrais agrémens,
dit Mrle Chevalier de Meré, ne
viennent pas d'unesimple super.
ficie, ou d'une legere apparence.„
L'esprit sans-doute est ce qui
touche le plus, & quelque avantage
que l'on ait de la Nature,-
on n'a point cette liberté, ce
brillant & cet enjouëment qui
plaisent tant dans le grand mondé
; car estre libre & enjoué
sans esprit, c'est estre brutal &
ridicule. Si tant debelles Personnes
ne touchent point &
n'ont point d'air, c'estqu'elles
n'ont point d'esprit; mais ceux
qui en ont, ne manquent jamais
de plaire, quelques laids qu'ils
puissent estre. La Nature donne
de la beauté; l'esprit, de l'agrément.
C'est le premier mobile
de toutes choses, & le principal
ressort de toute la machine ; car
dans une Personne bien faite, ce
n'est ny la taille, ny l'éclat du
teint, ny le brillant des yeux
qui nous enchante; c'est l'esprit
qui le fèjrt de tout cela commeil
faut, & qui luy donne le prix qui
nous le fait estimer. Sans luy,
dit un ancien Poëte, les yeux
sont aveugles, les oreilles fourdes,
les bras paralytiques; mais
lors qu'un Homme a de l'esprit,
les moindres mouvemens de son
corps ont quelque vertu qui le
fait aimer, tout ce qu'il fait charnle)
il y a plaisir à le voir & à
l'entendre. Le Maréchal de
Clérambautest si persuadé que
l'air du monde ne dépend pas
tout-à-faitdes avanrages du
corps, qu'il assure qu'un Hommecontrefait
a souvent meilleure
grace, qu'un Homme fait à
peindre; &: il conclud que ce
n'est pas assez que ces beaux dehors
pour estre agréable, mais
que le plusimportant consiste à
donner l'ordre dans sa teste &
dans son coeur, & qu'on n'estjamais
un galant Homme sans avoir
un bon coeur, ou bien de
l'esprit.
II semble donc que ceux qui
en ont beaucoup, doivent avoir
cette politesse & cet air du monde
plutost que les autres. Je ne
dis pas les Sçavans, car l'air d'un
Docteur est bien diférent de
celuy d'un Homme de Cour,
mais je parleicy de ce qu'on appelle
bel esprit ; & en effet, ceux
qui en ont, font toûjours fort
sgreables
,
& les plus beaux
Hommes sont fades & dégoûtans
quand ils en manquent.
Neantmoinsl'esprit seul ne fait
pas cela, & il est aisé de le remarquer
en des Personnes qui en
ont peu, & qui ne laissent pas
d'avoir bon air, & d'estre fort
polis. Lesagrémens du visage
&dela taille, l'em portentsouvent
surl'esprit ; & comme on
en est prévenu,on ne donne qu'à
la superficie &àl'apparence; &
c'est ce que veut direMrle Duc
de la Rochefoucautque la bonne
grace estau corps, ce que le
bon sens est à l'esprit. Mais il
faut avoüer que si ces Gens-là
n'ont pas foncièrement de l'esprit,
ils ontje ne sçay quelle teinture
des belles Lettres, & un
grand usage du monde, en quoy
cosistent presque toutes ceschoses.
Mais de plus, il y a des Gens
qui n'ont de l'esprit& du mérite
que pour déplaire, car bien souvent
ce n'est pas la chose qui
déplaift, mais l'air dont on la
fait, & on est d'autant pluschagrinque
la chose est belle, &
qu'on la gaste en la faisant mal,
La trop grande confiance qu'oJi
aen son mérite, rabaisse les plus
nobles actions. Onestbien aise
de voir un Homme ou une Femme
qui charme
5
mais on est
choqué déslors qu'ils affectent
de nous plaire, & qu'ilsnousforcent
à les admirer. On pourroit
leur- demander avec Mr le
Chevalier deMeré, quel avantage
ilstirent d'avoir de l'esprit,
puis qu'ils ne s'en fervent pas
pour sefaire aimer ;carensin cet
air du monde & cette politesse
ne servent qu'à cela, & ce n'est
que pour cettefin qu'on les étudie,
& qu'ons'y rend habile.
Ce qui me fait parler de la sorte,,
c'est que cen'est pas assez d'avoir
de l'esprit,il faut estre:
encor extrêmement honneste
Homme, &: poursuivre toujours
l'idéeque cet illustre Chevalier
m'a fait concevoir. Quoy qu';.11'
sçache parfaitement toutes ces
choses, & que l'on y soit occupé
toute sa vie, on ne le doitjamais
faire remarquer ny dans son entretien
, ny dans ses manieres.
La politesseàl'égardde l'esprit,
consiste, dit l'Autheur des Refléxions
,
à penser des choses:
honncestes&delicates ;& il y a
une éloquence,ajoûte-t'il, dans
les yeux & dansl'air de la Personn
,qui ne persuade pas moins
que la parole. Les beaux Esprits.
y devroient estre de grands Maîtres,
neantmoinsils en connoisfent
peu l'usage.. Ces fortes de
choses font du grand Monde &
de la Ruelle, &non de l'Ecole
.&. du Cabinet. Qui peut avoir.
cette étenduë d'esprit qui dépaise
les Gens, &; qui leur découvre
en toutes rencontres ce qui
leur est necessaire de faire & de
dire?
Je le dis avec peine; maisil est
certain que la politessedu Cabinet
n'est point la veritable politeflfe
, & qu'on n'a pas l'air du.
monde pour avoir bien de l'esprit..
A la verité, les S çavans&
les beaux Eiprirs, ont en cela de
grands avantages, mais ils ne
suffisent pas seuls. Ces Gens-là
s'attachent trop aux sentimens.
&aux paroles, àpenser juste, à
bien raisonner, à bien écrire
& ilfaut aller aux moeurs, aux
gestes, aux manieres qui dépendent
de l'usage du monde, ôCqui
en font le caractere le plus
essentiel. Lors qu'on veut appliquer
dans le grand Monde ce
que l'on a écrit, il s'en faut bien
qu'on ne foit ce que l'on croyoit
tehsetruer.slJeesparle mesme des Auplus
polis & les plus
galans. Un bon Ecrivain peut
bien faire des Portraits au naturel
de cette politesse, & attraper
dans ses Livres cet sir du monde
dont nous parlons. Il peut me£
ma aller au delà par la force de*
son imagination,& par la beauté
de son génie; mais lors qu'il
veut mettre ces choses en prati- -
que, il demeure court, & ses
Copies valent bien mieux que
l'Original. Ces maniérés aisées
& naturelles, cette douceur &
cet agrément qui procèdent de
la bonte des mceLirs,& des traits
du visage, ne s'apprennent guère
parl'etude&par la méditation.
II faut que la Nature les donne,
ou du moins ilfaut un longtemps
pCooumréledsieancquérir, estre un bony
&. jouer son Rôle
devant des Connoineurs,& non
pas derriere laToille,où l'on n'a
que foy pour Maistre & pour
Spéctateur. Les beaux Esprits
ne font pas Gens à se donner
tant de peines &en effet,si vous
en ostez un petit nombre, qui
par leur naissance ou par leur
éducation ont joint l'ulàge du
monde aux belles Lettres, il ya
peud'Autheurs qui ayenteu,je
ne dis pas feulement dans leurs
personnes,mais encor dans leurs
écrits, le grand air & la veritable
politesse.Avant Mrd'Ursé, nous
n'avons aucun Autheur François
qui ait excelé en ce genre ; mais c'estoit un Homme qui estoit
aussipoly & aussi galant dans
sa personne, que dans sa divine
Astrée. Les Autheurs de Poléxandre,
de Cléopatre, de Clélie,
de Cyrus, & de tantdebeaux
Romans qui ont paru de
nos jours,nous en ont donné de
parfaits modelles
;
mais comme
leurs idées estoient un peu trop
relevées, & audessus de l'usage
ordinaire, ilsne firent pas d'aussi
bons Ecoliers,.qu'ils avaient.
donné de bonnes Leçons. On
blâma ceux qui s'y attacherent.
& les grands Lecteurs de Romans
furent traitez de Prétieuxridicules.
On vouloir un air &
des manières plusaccommodées
à la portée des Hommes, qui.
fissent voir les Gens comme ilsfont,
& non pas comme il seroit
à souhaiter qu'ils fussent ; ce qui
fit douter que ces Autheurs eussent
le vericable air du monde,
puis qu'ils donnoient des Copies
dont onn'avoit jamais vû d'Ori-,
ginaux. Voiture & Sarazin nous
ont confirmez dans cette opinion
,
& furent si bons Maistres
en cela, qu'on se trouve encor
fort bien de les imiter aujourd'huy.
Cependant ce Voiture,,
tout poly & tout galantqu'il
estoit, du consentementmefinede
son plus grand ennemy Mr
de Girac,pour ne rien dire de
Madame de Saintot, qui le promettait
à deux belles Dames
tout-a-la-fois ; ce Voiture,disje,
n'avoit pas bon air, & avoir
quelque chose de niais dans le visage,
comme il le dit luy-même.
Il est doncvray qu'il faut avoir
une forte d'esprit que les Livres
&les Sçavansne donnent guère,.
& qu'on ne peut apprendre dans
leCabinet.. Ilfautavoirlegoût
fin & délicat,, pour remarquer
les vrais& les fauxagrémens.-
Il y en a toujoursquelques-uns
qui fontàla mode, & dont le
monde est prévenu.Ilsdépendent
souvent du caprice de ceux
qui en jugent ;mais dans cette
bizarrerie il ya toujours une certaine
proportion à laquelle on
revient, parce que sans elle on
ne peut plairej & pour plaire &
pourestreagréable,il faut avoir
un esprit plus doux&plus pliable5.
ble, sij'oseme servir dece mot,
que n'ont les Aurheurs & les
beaux Esprits. Adjoûtez à cela
un abord galant, une conversation
brillante, une complaisance
agreable & un peu flateuse,
un procedé hardy &modesse
tout ensemble;ce qui est
rare dans un bel Esprit. Il peut
avoir la connoissnce de ces
choses
; mais un galantHomme
qui les possede, s'en fert tout autrement.
Un bel Esprit a trop
desuffisance, un galantHomme
a trop de vanité. Un galant
Homme cherche trop à plaire,
un bel Esprit croit qu'il plaist
toujours : l'un est incapable du
bon sens & de la raison, parc.
qu'il s'attache trop à ses maximes.
Il n'y a rien de plus ridicule
qu'un bel Esprit hors de ses Livres.
Il n'y a rien de plus décontenancé
qu'un galant Homme
hors de la Cour & du grand
Monde., quand il n'a pas beau,
coup d'esprit & d'habileté; car
alors il ne étonne de rien, il
s'accommode à tout, il profite
de tout, & il est par tout ce qu'-
estoit Alcibiade.Maissans nous
arrester à faire icy un plus long
dérail de leurs défauts, disons
pour leur fairejustice, qu'un bel
Esprit qui est galantHomme,est
un composé du Monde & des
belles Lettres, de l'Ecole&. du
Cercle, du Cabinet & de la
Ruelle, C'est la pensée de Mr
de Vaugelas, quand il a dit que
dans la Galanterie il y entre du
je-ne-sçay-quoy, de la bonne
grâce, de l'air de la Cour, de
l'esprit, du jugement, de la civilité,
del'honnesteté, del'enjouement,
Sele tout sans contrainte,
sans affectation & sans
défaut. Apres cela demeurons
d'accord qu'un bel Esprit qui a
cesqualitez,l'emporte facilemét
sur tous nos Blondins, du moins
il gagne la plus faine & la meilleure
partie du beau Sexe, s'il n'a.
pas la plus jeune & la plus belle;
mais enfin si on aime mieux un
bel Esprit, un galant Homme
plaist davantage. On se gaste
pour vouloir estre un peu de l'un
& de l'autre. On devroit se tenir
dans les bornes que la Nature&
le Génie nous prescrivent. Si un bel Esprit n'a point de disposition
pour le monde, qu'il demeure
dans son Cabinet, qu'il
voye peu de Personnes, que des
Scavans comme luy
,
& qu'il ne
se rende point ridicule avec ion
bel esprit. Mais d'ailleurs qu'un
galant Homme qui eil forme
pour le monde, ne s'érige point
en Autheur, &: qu'il n'envie jamais
à un bel Esprit la gloire
d'un Sonnetou d'une belle Let.
tre. Il n'y arien de plus ridicule
que cette manie. Je voudrois
mesmequ'il se passait d'en juger,
sans semeslerde vouloir mieux
faire, qu'ilrenchérift sur l'honnefteté
& surlacourtoisîe, par
Fagrément desa personne, & par iadélicateiTedesonesprit. C'cii
de la forte qu'un galant Homme
fera de tous les temps,& toujours
à la mode; qu'il plaira par
tout, & que tout le monde &
plaira avec Iuy.
Apres cela je puis conclure que
chacun en Ci maniéré peut avoir
J'air du monde & la veritable
politesse, & qu'iln'y a point aujourd'huy
de caractere qui n'en
foit capable. Il ne faut donc pas
s'étonnerfila France cit la plus
polie de toutes les Nations, & si
cet air du monde & cette politesse
se répandent jusques dansles
Provinces. Avant le Règne
de François I. on ne sçavoit ce
que c'estoit. Les Hommes estoient
fiers & courageux, mais
rudes & grossiers. Les Femmes
estoient sàjes & prudes, mais
farouches & severes.Sous Henry
II.& Henry III. on commença
à estre poly. Les Hommes devinrent
galans, & les Femmes
galantes. Depuis nous avons
veu des Prétieux & des Prétieuses.
Mais la politesse de l'ancicnne
Cour estoit trop contrainte
& trop affectée. Le corps
estoit à la gesne par les Habillemens
& par les grimaces, &
l'esprit par les complimens&les
conventions. Toutes les manieres
estoient étudiées, tous les
ajustemens estoient artificiels.
On n'agissoit que par ressorts,&
par machines ; mais à present on
est propre sans peine, & l'on est
negligé sans estre mal-propre.
On dit peu de choses, mais justes).
on est civil sans embarras
9
enfin on est plus François que
jamais on ait esté, sans pourtant
avoir aucun des défauts qu'on
reproche ànostreNation. Mais
dequoy n'est-on pas capable
quand on est Sujet de Loüis LE
GRAND? C'est à luy qu'on est:
redevable de toutes ces choses.
Ilpossele dans un parfait degré
la veritable politesse; & ce grand
air qui accompagne toutes ses
actions, êcqui releve si avantageusement
sa Personne au deffi1s,
de tous les Roys du monde,luy
donne à luy. seul cette grandeur
& cette majesté, que tous les
autres Princes n'emportent quede
l'éclat de leur Sceptre & de
leur Couronne.
DE LA FEVRERIE.
facile à résoudre, puisque
ceux-mesmes qui se font polis
Par l'étude & par la convention,
& qui ont patte toute leur
vie à la Cour, ne conviennent
pas presscisement en quoy consiste
l'air du monde, &. la véritable
politesse. Il en est comme
duje-ne-sçay quoy. On levoit,
on le remarque, & on ne peut
dire ce que c'est. Mais il y a
cerre diférence, que l'air du
monde se communique & se
peut imiter, & le je-ne-sçayquoy
est inimitable, & ne se
peut prendre. L'un ce l'autre
font singuliers, &; ne se rencontrent
pas en toutes fortes de sujets.
Toutes les Nations en jugent
diféremment sélon leur
gout&leur inclination. Cependant
chacune dans ses maniérés;
est touchée du je-ne-scay-auoy,
& se forme une idée d'honnesteté
& de galanterie, qu'elle
appelle air du monde & véritable
politesse. Il n'y a que du plus:
ou du moins,sélon le Climat
qu'elle habite, son humeur &
ses coûturnes, qui pour estre
grossieres à l'égard des autres,
nelesont pas chez elle. On est
poly jusque dans les Terres Australes,
si nous en croyons l'Histoire
admirable,pour ne pas dire
fabuleuse.
fabuleuse, qu'on a faite des Sevarambes;
ce qui fait voir que
rien n'est plus naturel à l'Homme.
Mais plus on a de commerce
dans la societécivile, & plus on
a cet air & cette politesse. D'où
vient qu'on dit, ilsçait vivre,ila
veIl le monde, pour dire, c'est un
habile Homme,un galant Homme.
Ainsi par tout cù il y a quelquepolice
ou quelque especede
Gouvernement,il ya de l'air du
monde & de la véritable politesse.
Où il ya des Roys & des
1 Souverains, on y trouve des
Courtisans & desMinistres, qui
ne manquent ny d'adresse ny de
galanterie. Maisje doute si dans
lesRépubliques, cet air& cette
politesse se rencontrent au mesme
degré,&siRome& Athènes
ont esté aussi polies & aussi galantes
fous les Consuls & les
Aréopages, que fous les Roys
& lesEmpereurs; fous Solom
& Brutus, que fous César &
Alexandre.
Les Grecs ontestéextrémement
polis. Cependant sinous
en croyons Mde Balzac,les Romains
les surpasserent en politesse,
&laisserentleur Atticisme
bien loin derriere leur Urbanité.
C'estainsi que parle cet Autheur;
& cette politesse passa
du Sénat aux Ordres inférieurs,
& mesme jusqu'au Peuple.
Mais pour ne point faire d'injustice
aux Grecs, il dit dans un
autre endroit, qu'ils furent plus
polis & plus adroits à la Course
litàla Lute; &les Romains plus
propres au Commandement, &
plus entendus dans la Guerre.
Le grand air a plus esté de leur
caractere, soit que l'on examine
leur esprit & leur personnes.
Comme ils estoient grands en
tout, leur civilité n'avoir pas
moins de grandeur que de politesse.
Toutes leurs actions
avoient de la majesté. Tous
leurs sentimens estoient nobles
& relevez. Ils estoient accoutumez
à la veuë des grandes
choses. Ce n'estoient que triomphes
dans Rome, que Peuples
soûmis, que Roys vaincus &
traînez en Esclaves. Tout cela
les rendoit fiers,mais d'une fierté
modeste & polie, qui faisoit voir
leur Íàgelfe aussi grande que leur
courage. Qui doute que nos
François avec cette politessequi
leurest si naturelle, ne sefassent
pas un caractere de grandeur &
d'élévation, fous un Roy si
grand, & qui fait de si grandes
choses; fous un Regne aussi flonflant,
de aussiglorieux que le
sien?
On confond mal-à-propos,
ceme semble, ce grand air avec
l'air de qualité. Il y a de grands
Seigneurs qui font bien les honneurs
de leur naissance & de
leur personne, & qui ne peuvent*
attraper cet air& cette politesse
dont nous parlons. On en juge
mal à la Ville & dans la Province,
mais à la Cour on en sçait
faire lediscernement,&l'on n'y
pourroit souffrir cette Comtesse,
qui dans un Bal,voyant
dancer sa Fille de méchante
grace, luy crioit sans cesse Prenez,
donc, ma Fille, cet air de
qualité. Cette 'aff.?él:ation est
ridicule. Il faut que cet air soit
tout dans la Personne, c'est à
dire qu'il soit naturel. Un Berger
bien fait, peut avoir ce grand
air, & un grand Prince l'aura
souvent fort bas & fort médiocre.
On sçait l'Histoire de Philopémen
sur ce sujet, & combien
son peu de mine luy attira
de mépris malgré ses belles qualitez;
& quelque foin qu'il prist,
auraportdePlutarque, d'estre
armé &monté à l'avantage.
Alexandre, pour qui j'ay presque
autant de passion que cette
Femme de la Comédie des Visionnaires;
cet Aléxandre,dis-je
tout grand qu'il estoit du costé
de sonespri,de son courage,&
de sa fortune, n'avoir point ce
grand air; & lors que je le regarde
aupres de César, il faut
quej'avoue que ce n'estoit qu'un
petit Cavalier.Je sçay que Quinte-
Curse dit, qu'on ne pouvoit
l'envisager sans respect & sans
crainte; mais ce n'cft pas là ce
quej'appelle le grand air. Cette
qualité,ou plutost ceje-ne-fçayquoy,
cause feulement de l'admiration
& de l'estime. Il n'a
rien de terrible, son éclat est
doux & moderé, & bien plus
propre à se faire aimer, qu'à se
faire craindre. Ce grand air qui
accompagne par tout la Personne
qui en est revestuë, paroist
avec plusd'éclat en de certaines
occasions, à la Guerre,
dans les Assemblées. C'est là
où il brille avec majesté. C'est là
qu'il est necessaire, & qu'il rehausse
avantageusement la personne
du Prince. Pour estre un
Homme du grand air, il faut
estre un grandHomme, un
grand Génie. Un petit Homme,
unEsprit doux, est incapablede
ce caractere. Quand je dis un
Esprit doux, j'entens un Autheur,
un Blondin de Ruelle.
Maisquand jedis un grand
Homme, je n'entens pas un
Capitan, un Matamore. Tous
les Héros ne sont pas de belle
taiIle.- Si cela estoit, les Allemans
remporteraient en cette
rencontre sur tous- les autres
Peuples. Le grand air est donc,
selon i-nov,,àl'égard du Corps,
une belle & juste disposition de
toutes ses parties, qui consiste
dans le port & le geste de la Personne
; & àl'égard de l'Esprit
c'est une maniere noble & relevée
de penser & de dire les choses,
qui paroist dans les sentimens
& dans le discours; & pour
ce qui est de la politesse qu'on
joint si à propos dans cette Question,
c'est i*adouciuemenc fcc la
perfection de tous les deux; je
veux dire d'un Corps & d'un
Esprit bien fait," car sans elle il
en résulte un éclat difficile à
suporter, & qui blesse la veuë.
On sçait combien font incom.
modes & fatigans ces Gens du
grand air qui n'ont point de poiiceile,
& qui cherchent plutost
à éblouir qu'à plaire.
Les Provinciaux font consister
ce grand air dans la pompe
& la n(h{fe des Habits, dans
la majesté & le grand tourdu
stile, &par là ils se rendent ridicules
dans leurs habilkmens &
dans leurs conversations. Il est
vray que l'art de se bien mettre
& de bien dire les choses, donne
& inspire ce grand air; mais
c'est ce grand air qui fait paroître
les Habits & les paroles. Il donne du relief aux plus petites
choses, &sans luy avec les
plus beaux Habits & les plus
grands mots, on fut une fort
petitefigure, ou tout au plus un
personnage outré & ridicule;
mais peu de Gens s'y connoisfent.
On se laisse ébloüir à l'éclat
& au brillant des objets;
sans en examiner la juste valeur
mais on juge encor plus mal de
la politesse car ce n'est plus pas non ce grand ajustement dans
la Personne, cette grande exa- ctitude dans le discours, qui en sont le veritable caractere. De làvient cette fausse délicatesse
de Province, qui pense si mal de
tout, qui setient toûjours sur ses
gardes, & qui croit qu'il n'y a de que dans,
la propreté des Habits, dans le
stile fleury
,
d'estre bien mis,&
de sçavoir bien dire, d'avoir toujours
le Peigne & la Tabatière
à lamain. Ilyadesnégligences
quisont extrêmement polies, &
on peut dire que le secret d'estre
negligé bien à propos, soit dans;
sa personne, foit dans ses paroles,
est laveritable politesse. Et en
:eff.:t) les Italiens appellent ces
negligences de grands artifices;
.nlais c'est à la Cour, & non pas
dans la Province,qu'il faut chercher
cesecret. S'il y a icy quelque
politesse, &quelque peu de
cet air du monde, c'est là qu'on
en a le veritable usage.
Ce qu'on nomme aujourd'huy
air du monde &politesse, s'appelloit
autrefois avoir bon air,
faire les choses du bel air. Mais
Monsieur de laRoch.'foueaut,
en donne une définition plus
étenduë. Il dit que c'est une symétrie
dont onnesçait point
les regles
; un raport
secret
des
traits ensemble, & des traits
avec les couleurs, & avec l'air
de la Personne, & ce raport bon
ou mauvais, est ce qui fait que
les Personnes plaisent ou déplaisent.
Mademeiselle de Scudery
dit que c'est un Esprit naturel
qui fait que l'on est habile &
agreable. Mais-n'estce pas tomber
dans une autre Question?
car qu'estce que cet Esprit naturel?
Est ce cette heureuse
naissànce dont on parle tant?
ce gaudeant benenati desAnciens
,
Est-ce estre né coëffé? Ce feroic
toutcela, si avec l'art de plaire,
on avoit celuy d'estre heureux.
Mais trop de Gens heureux déplaisent,&
trop de Gens plaisent
qui font miserables.Qu'on en
die ce qu'on voudra, ces choses
ne rendent pas plus heureux; au
contraire je tiens que plus on
estpoly Se qu'on a de cet air du
monde, plus la miserce est dure &
insuportable, ence qu'on pa-
Iroill: moins à plaindre. Quelques-
autres ont dit que c'estla
science de laconversation, & le
dondeplaire dans les Compagnies
; mais je dirois encor de
plaire en quelque lieu qu'on se
rencontre, car un Homme bien
fait doit plaire par tour, & les
grandesAssembléès & les occasions
d'y paroître, sont rares.
L'Autheur des Converations
quejeciteray souvent ( carjene
puis prendre un meilleur Guide
sur cette matiere;) cet illustre - Chevalier dit que le bon air est
une agreable expression de l'action,
qui consiste à bien dire&
à bien faire ce que l'on dit & ce
que l'on fait. Il dlflre de l'agrément.
Celuy-cy est plus flateur
& plus infirmant IL va droit au
coeur, mais par une route secrete.
Celuy-là est plus de montre,
il est plus concerté & plus
dans l'ordre Enfin l'un charme,
l'autre se fait aimer. Mais ne
feroit-ce point encor une certaine
douceur & facilité de
moeurs qui s'accommode à tout
sans esclavage? qui n'aprouve
rien sans choix, & qui ne defaprouve
rien par dégoût? Ne
seroit-ce point enfin une maniere
agreable de se communiquer,
qui se prend de ceux qui l'ont,
&quilapratiquent? Carcetair
& cette politesse sont moins
pour nous que pour les autres,
& l'on ne s'en mettroit guère -
en peine, s'il n'y avoir ny grand
monde,ny Gens polis. Mais
Monsieur de Balzac en donne
une définition trop belle pour
l'oublier icy. Il dit que c'est un
certain éclat, & une certaine
lumiere qu'une heureuse naissance
répand sur le vi(-Q,c des
Hommes, & qui corr ge les de-
'sauts de la Nature avec avantage.
Elle rend beaux les plus
*laidsj & si elle n'attire pas dans
tous le respect & la vénération,
elle-leuracquiert du moins la
bienveillance &l'estimede ceux ,qui les voyent. Ce caractere,
adjoûte-t-il, ne se peut cacher,
& il fait toujours reconroitre
ceux qui le portent, parce que
rien n'est capable de l'effacer ny
de l'obscurcir. Tel parut Enée
lors qu'il aborda Didon.
Enée estoit brillant d'une vive clarté,
D'un Dieu plus que d'un Homme il
Avoit la beauté.
Et cette Reyne voulant exprimer
sa bonne mine, dit à sa
Soeur.
O ma Soeur, cjuEnée a de charmes,
Lorsqu'ilparoist dessousles armes! - Pour moy, je le voy danssesyeux,
Si mafoy ne me trompe, il etfforty des
Dieux. -
Virgile parle encor de la forte
en faveur du beau Sexe,lors qu'il
fait lePortrait d'Iris fous la figure
de Beroé.
L'Epouse de Doricle est modeste &
charmante,
Mais remarquez, biensa beauté
Queses yeux qontbrillans!qui'lsont
-
depureté'
J~OMhaleine est douce, &sa voix
ra'lliJfanter
Etque lors 'luelle'march'eJ elle a de -
malefté!
Quand Didon entre dans le
Temple, le Poëte ne se contentepas
delacomparer à Diane,
il adjoûte qu'elle surpasse
toutes les Déesses.
Proyèz.-,Vous Didon qui s'avancé,
TelleDianeavecsesNymphes danèi,
Mais cette Reyne a bien plus de
beauteiL,
Elle efface enmarchattoutes lesDettes
Etlors que Vénus quitte-Enée.
a qui elle s'estoit apparue fous
uneautre figure, il dit que son
air & sa démarche luy firent
connoistre la Déesse.
Quoyqu'à lefuir Vénuss'empresse,
du marcherseulement il connut la
Déesse.
J'ay emprunté tous ces Portraits
de Virgile, parce qu'on
ne peut tirer que de bonnes Copies
d'un si excellent Original.
Il y a des Gens à qui cetair &
cette politesse font si naturels,
qu'ils semblentestre nez pour la
Cour & le grand monde. Ce
sontdeces belles Ames à qui la
Nature donne de beaux corps
& de nobles inclinations; & lors
que la fortune leur est favorable,
elles font capables de toutes
choies. Cela se remarque
chez de certains Peuples & dans
quelques unes de nos Provinces,
où le vulgaire mesme est naturellement
civil & poly. Les remîmes
font plus susceptibles de
cet air du monde que les Hommes.
Elles seconnoissent mieux
en politesse & en galanterie, elles
rafinent sur ce sujet, & elles
nous en fontleçon. La Nature
leur a donné cetavantage. Elles
s'attachent à plaire dés leur ensance
, comme à la feule chose
qui peut les rendre recommandables,
& leur donne quelque
mérite au dessus des Hommes.
Quoy qu'il en soit, on ne peut
estreny poly, ny galant,sansle
commerce des Femmes. On
peut estre juste, sage & docte
sans elles, avoir du courage, de
l'honneur & de la probité; mais
ce sont elles qui inspirentla dou-
.GCUr, la civilité, la complaisance,
la délicatesse, le bon goût,
& enfin tout ce qui peut faire
un honneste Homme. Et la raiion
de cela, c'est qu'on agit
plus rondement avec les Hommes.
On amoins d'égard les uns
pour les autres; mais cerespect
que la coûtume a introduit pour
le beau Sexe, fait qu'on observe
bien plus de formalitez avec les
Femmes. Les Hommessonttoûjours
rupres d'elles dans une certaine
bienséance, qui est le véri- tablecaracteredela politesse &
de la galanterie. Je çay bon gré
à M Costard,d'avoir fait une
Déesse de cette derniere. Puis
que les Femmes nous rendent
galands,necragnons pas de C'lcrisser
à cette Divinité pour
nous la rendre favorable. Le
culte n'en est pas dangereux,&
on peut la servir sans idolâtrie.
L'Amour que l'on appréhende
tant, en est plus éloigné qu'on
ne pense. Ce qui le trouve le
moins dans la galanterie, c'est
de l'amour, dit l'Autheur des
Refléxions.Maisàtouthazard
un peu d'amour est necessaire
pour faire un galant Homme,
& il n'y a personne qui ne le
veuille bienestreà ce prix.
Vousappellez, à tort le beau Sexe trompeur,
On neperd jamais rien pouraimer une
Belle;
Quellefoitrigoureuse, inconstante,
infidelle,
Consolez, vous de ce malheur,
Sivousavez,apprisa>la're,
Cen'estas unegrande affaire,
Quepour estre bienfait, il en consteson
'oe/l,r.
Ce que dans le monde on appelle
un honneste Homme, dit
Madame deVildieu, fait gloire
d'estre galant,&favorisé desDames.
Ellessçavent l'art de plaire
& de se faire aimer, mais elles
veulent qu'on plaise, & qu'on
se rende aimable.Tout le secret
est de bien chowr, & de
tomberen bonne main. Je plains
unjeune Homme qui s'attache
aupres d'une Femme sansesprit
&. sans mérite;il est toujours
mal recompensé de son temps &
de sa peine. Mais d'autre cofté"
les Femmesspirituelles & sçavantes
font rarement propres à
la belle galanterie. Leur cara-
<£terc est trop romanesque; ce
qui me fait croire que celles qui
n'ontqu'un esprit naturel avec
un grand usage du monde, &
quifont également éloignées de
la coqueterie& de l'air prétieux,
-
font plus capables de faire un
galant Homme.
Quoy que les belles Personnes
ayentplusdedisposition que les
autres pour l'air du monde &
la veritable politesse, il y en a
qui n'ont aucun air
,
& souvent
de médiocres Beautez ont en
cela degrands avantages. C'est
que l'esprity contribuë
,
& je
ne sçay quel agrément naturel
qui ne résulte pas de la beaute,
mais de la symetrie du corps,
& du tempérament de la personne.
J'lty connu une Femme
qui estoit en tout d'un mérite
fort mediocre; neantmoins par
habitude ou autrement, elle
avoit un certain air quila fit regarder
dans le monde, &insensiblement
elle s'acquit la réputation
d'estre une Femme bien
faire ; & tout cela consistoit à
placer ses bras, & a avancer sa
gorge d'une certaine maniere,
& à dire les choses d'un ton mignon
& radoucy. Elle sçavoit
cinq ou ux Complimens avec
autant de petites raisons, qu'-
elle appliquaitàtout, &: qu'elle
ne craignoit point d'uleràforce
de s'en servir. Ceux qui ne la
voyoient qu'en passant, en estoient
charmez
; mais ceux qui
la voyoient souvent, ne pouvoient
comprendre eu estoit le
- charme, car cet air du monde
n'est souvent qu'une certaine
routine où l'on ne trouve aucun
fond
fond d'esprit &. de mérite. Il y
a mesme tant de foiblesse & de
badinerie, que je nem'étonne
pas si les Gens bien sensez se
récrient si fortement là-dessus.
Une faussepolitesse & un air contraint
,
dégoûtent plus qu'un
air simple de des façons grofsiereres.
Icyon pardonne à la
Nature sans art, & là on ne
peut pardonne à l'art sans la
Nature,car il choque du moment
qu'il est visible. Cet air
affecté est le mesme que l'air
prétieux, dont il y a de si bonnes
Copies dans les Prétieuses
Ridicules,Se dans le Misantrope
de Moliere. Ce font des Marquis
dont tout le mérite est dans
leurs Perruques & dans leurs
Canons.
-
Ils sçavent le bel air
des choses, & comme Gens de
qualité ils sçaventtout sans avoir
rien appris, dit Mascarille.
Cette affectation gaste fort
les jeunes Gens qui sont peu
de temps à la Cour. Ils y prennent
de faux airs, & desfaçons
de parler par où on lesconnoist
toute leurvie. Il n'y arienqu'on
doive pluséviter que lesmots
nouveaux,&même quelques uns
quisont en usage, mais quiont
quelque choie de trop fltiolilier.
Cela sent l'Enseigne, & fait rf..
connoistre les Gens. Maisil yen
a qui croyent qu'on ne paroist
dans laconversation que par ce
moyen. Cobiencemot, à l'heure
qu'il est, a-t-il fait de bruit dans la
Province?ONkefouroit
tout, & on en revenoit toujours
à l'heure qu'il est. Il vint il y a
quelque temps en Normandie,
une Dame que son mérite &
toute sa vie qu'ellepasse à la
Cour,rendent fort recommandable.
Un jour on luy proposa
unePartie d'Hombre,& elle répondit
pour s'en défendre, qu'-
elle n'aimoit point ceJeu, parce
qu'elle estoit déjà trop colet
monté, voulant dire qu'elle estoit
trop vieille. Ce mot fut recueillysoigneusement
du petit
nombre choisy qui avoit l'honneur
de l'approcher ; & depuis
ce temps-là,onn'entendit plus
que Colet monté. On l'appliquoit
à tout sans raison, & sans
savoir ce qu'il vouloit dire.
Enfin lors qu'il vient quelque
grand Seigneur en Province.
c'est àqui prendra ses manières,
mais ceux qui ont du bon sens,
&, l'esprit solide, se prennent
garde de pareilles afectations,
& ne s'entestent pas d'un air
quiest dangereux pour les Provinciaux.
On peut estre un honnefte
Homme, un Homme bien
fait, sans estre un Homme de
Cour; & ce seroit grand pitié.
si tous les Provinciaux devenoient
Courtisans. Qu'ils lisent
l'H(Jnnejle Homme deFaret, ou
le Parfait Courtisan du Coulet
Castiliogue,pour y apprendre
à estre civils & honnestes, mais
non pas je-nescay -quelle maniere)
& quelle rauile galanterie
, qui n'est bonne qu'à les
rendre ridicules. Parce qu'on
leur a dit que les Gens de Cour
& du grand monde ne font point
façonniers, ils font libres & familiers
jusques à l'impertinence
& à la malhonnesteté. Leshonnettes
Gens du Siecle passé es,
toient esclaves de leurs cerémonies;
mais ceux d'aujourd'huy
le pourroient bien devenir, par
la familiarité de ceux qui les
imitent. La contrainte d'autrefois
estoit insuportable, mais on
commence à éprouver que la
liberté d'aprésent est bien incommode
; car pour deux ou
trois qui en usent bien, il s'en
trouve vingt qui en usent mal.
De plus, cette liberté que nous
chérissons toujours, n'est-elle
point captive lors que nous nous
soûmettons si volontiers au ca,
price de ces Esprits familiers,
J'appelle ainsi ces jeunes Etourdis,
qui prétextent leur emportement
d'une honnestefamiliarité.
N'en sommes-nous point
esclaves, lors que noussouffrons
avec tant de patience, qu'ils nous
déclarent leurs sentimens &
leurs inclinations; & ne vaudroit-
il pas mieux essuyer cinquante
Complimens de Nervese,
que l'Inpromptu de quelque
fou de Marquis? Mais revenons
de cette petite digression
qui n'estpeut-estre pas hors du
fujer.
Cet air du monde & cette politesse
change comme toutes les
autres choses. On l'étudie plusieurs
années, & on n'a pas le
temps d'en profiter. Les Polis
du Siècle passé fèroient grossiers
lx. à la vieille mode dans celuycy.
Chaque Regne, chaque
Cour, a son air, sa politesse, sa
galanterie. Les vieux Courtisans
ne sont pas moins distinguez
par leurs façons, que par leurs
habits;& les jeunes en changent
tous les jours. Combien demodes
nouvelles, de figures & de
postures dans le geste, dans les
habillemens, dans la démarche,
& dans toute la Personne de
ceux qui se piquent d'avoir ces
qualitez, & qui prennent de
grands airs, comme ils parlent!
Un galant Homme disoitunjour
surcesujet, queles Suivantesde
sa Femme prenoient tous les
ans ses vieilles grâces. Il appel- iioi-cainnrcrsagremensnouveaux
quichangent sans ce de à la
Cour, & qui font la plus grande
occupation des Cavaliers & des
Dames. Mais ce quiest admirable,
cet air est si délicat & si
subtil, qu'il se dissipe & se corrompt
dans la Province, pour
peu qu'on y séjourne. Bien plus,
il y en a qui le perdent en changeant
d'Habit. Il n'en est pas
tout-à-fait ainsi de la politesse.
Comme elle est plus fondée sur
les mcolirs, & qu'elle rende principalement
dans l'esprit, elle
demeure toujours en ceux qui
l'ont naturellelnent, ou qui en
ont fait une habitude. Ce n'est
pas qu'il n'y arrive du changefilent)
car enfin, les Peuples les
plus polis, deviennent dans la
fuite des temps, rudes & barbares.
Il s'en faut bien que les
Grecs d'aujourd'huy & les Italiens
ne possedentl'ancienne
politesse d'Athenes, & l'Urbanité
de Rome. Ainsi un vieux
Courtisan devroit se consoler de
n'estre pluspoly. La qualité de
galant Homme, dit le Maréchal
de Clérambaut, passe comme
une Fleur, ou comme un Songe.
On est quinze ou vingt ans à le
devenir, & tout d'un coup ce
galant Homme est le rebut& le
mépris de ceux-mesme qui l'admiroientauparavant.
Mais c'est
un des entestemens de la Cour
d'estre toujours galanc;Sec'en:
pourquoy l'on y veut paroistre.
toujours jeune.
Les Gens deCour conserventl'air
du monde jusqu'au Tombeau
, ou du moins l'esprit du
monde;car il ne leur en demeure
que l'inclination apres que
l'âge & les affaires les en ont
éloignez. Je connois une Marquise,
à qui une vieillesse de quatre-
vingts ans, & un long féjour
à la Campagne, n'ont pû
faire perdre la curiosité de la
Mode Se dés Nouvelles. Elle
s'habille encor comme uneFille
de quinze ans, & se fait lire la
Gazette regulierement toutes
les semaines. C'estun Original
dans sa Province, &on la regarde
comme un Trésor de la vieille
Cour. Cependant il faut avoüer
qu'on peut conserver l'air du
monde & la véritable politesse
malgré le cours des années, Se
le séjour de la Province, quand
ona uneheureusenaissance, l'es.
prit droit &. juste, qu'on a commencé
de jeune âge à paroistre
dans le monde, qu'on s'est formé
sur de bons modelles, &que
le bon sens & le jugement reglent
nôtre conduite. Lors qu'un
Homme& une Femme de Cour
font faits de la forte, c'est un
grand charme que leur personne
& leur conversation.C'est
là qu'on trouve cette justesse de
pensées & d'expressions, cette
noblessede sentimens, cette penétration
d'esprit, ce juste discernement
, ce tour fin & délicat,
cette maniere aisée de dire
les choses, cette plaisanterie
spirituelle, cette fine raillerie;
enfin dans toute la personne un
air, & un je-ne-sçay-quoy qui
ravit & qui gagne tous les coeurs..
Maisil faut pour cela que la Nature
forme un Homme avec
foin, & que les belles Lettres&
le grand monde lepolissent
; car
ce n'est pas allez de plaire lors
qu'on nous voir, il faut encor
quenouslaissions le desir de nous;
revoir, 6cle regret de ne nous
voir plus,&toutcela ne se peut
sans un grandfond d'esprit &
de mérite. Les vrais agrémens,
dit Mrle Chevalier de Meré, ne
viennent pas d'unesimple super.
ficie, ou d'une legere apparence.„
L'esprit sans-doute est ce qui
touche le plus, & quelque avantage
que l'on ait de la Nature,-
on n'a point cette liberté, ce
brillant & cet enjouëment qui
plaisent tant dans le grand mondé
; car estre libre & enjoué
sans esprit, c'est estre brutal &
ridicule. Si tant debelles Personnes
ne touchent point &
n'ont point d'air, c'estqu'elles
n'ont point d'esprit; mais ceux
qui en ont, ne manquent jamais
de plaire, quelques laids qu'ils
puissent estre. La Nature donne
de la beauté; l'esprit, de l'agrément.
C'est le premier mobile
de toutes choses, & le principal
ressort de toute la machine ; car
dans une Personne bien faite, ce
n'est ny la taille, ny l'éclat du
teint, ny le brillant des yeux
qui nous enchante; c'est l'esprit
qui le fèjrt de tout cela commeil
faut, & qui luy donne le prix qui
nous le fait estimer. Sans luy,
dit un ancien Poëte, les yeux
sont aveugles, les oreilles fourdes,
les bras paralytiques; mais
lors qu'un Homme a de l'esprit,
les moindres mouvemens de son
corps ont quelque vertu qui le
fait aimer, tout ce qu'il fait charnle)
il y a plaisir à le voir & à
l'entendre. Le Maréchal de
Clérambautest si persuadé que
l'air du monde ne dépend pas
tout-à-faitdes avanrages du
corps, qu'il assure qu'un Hommecontrefait
a souvent meilleure
grace, qu'un Homme fait à
peindre; &: il conclud que ce
n'est pas assez que ces beaux dehors
pour estre agréable, mais
que le plusimportant consiste à
donner l'ordre dans sa teste &
dans son coeur, & qu'on n'estjamais
un galant Homme sans avoir
un bon coeur, ou bien de
l'esprit.
II semble donc que ceux qui
en ont beaucoup, doivent avoir
cette politesse & cet air du monde
plutost que les autres. Je ne
dis pas les Sçavans, car l'air d'un
Docteur est bien diférent de
celuy d'un Homme de Cour,
mais je parleicy de ce qu'on appelle
bel esprit ; & en effet, ceux
qui en ont, font toûjours fort
sgreables
,
& les plus beaux
Hommes sont fades & dégoûtans
quand ils en manquent.
Neantmoinsl'esprit seul ne fait
pas cela, & il est aisé de le remarquer
en des Personnes qui en
ont peu, & qui ne laissent pas
d'avoir bon air, & d'estre fort
polis. Lesagrémens du visage
&dela taille, l'em portentsouvent
surl'esprit ; & comme on
en est prévenu,on ne donne qu'à
la superficie &àl'apparence; &
c'est ce que veut direMrle Duc
de la Rochefoucautque la bonne
grace estau corps, ce que le
bon sens est à l'esprit. Mais il
faut avoüer que si ces Gens-là
n'ont pas foncièrement de l'esprit,
ils ontje ne sçay quelle teinture
des belles Lettres, & un
grand usage du monde, en quoy
cosistent presque toutes ceschoses.
Mais de plus, il y a des Gens
qui n'ont de l'esprit& du mérite
que pour déplaire, car bien souvent
ce n'est pas la chose qui
déplaift, mais l'air dont on la
fait, & on est d'autant pluschagrinque
la chose est belle, &
qu'on la gaste en la faisant mal,
La trop grande confiance qu'oJi
aen son mérite, rabaisse les plus
nobles actions. Onestbien aise
de voir un Homme ou une Femme
qui charme
5
mais on est
choqué déslors qu'ils affectent
de nous plaire, & qu'ilsnousforcent
à les admirer. On pourroit
leur- demander avec Mr le
Chevalier deMeré, quel avantage
ilstirent d'avoir de l'esprit,
puis qu'ils ne s'en fervent pas
pour sefaire aimer ;carensin cet
air du monde & cette politesse
ne servent qu'à cela, & ce n'est
que pour cettefin qu'on les étudie,
& qu'ons'y rend habile.
Ce qui me fait parler de la sorte,,
c'est que cen'est pas assez d'avoir
de l'esprit,il faut estre:
encor extrêmement honneste
Homme, &: poursuivre toujours
l'idéeque cet illustre Chevalier
m'a fait concevoir. Quoy qu';.11'
sçache parfaitement toutes ces
choses, & que l'on y soit occupé
toute sa vie, on ne le doitjamais
faire remarquer ny dans son entretien
, ny dans ses manieres.
La politesseàl'égardde l'esprit,
consiste, dit l'Autheur des Refléxions
,
à penser des choses:
honncestes&delicates ;& il y a
une éloquence,ajoûte-t'il, dans
les yeux & dansl'air de la Personn
,qui ne persuade pas moins
que la parole. Les beaux Esprits.
y devroient estre de grands Maîtres,
neantmoinsils en connoisfent
peu l'usage.. Ces fortes de
choses font du grand Monde &
de la Ruelle, &non de l'Ecole
.&. du Cabinet. Qui peut avoir.
cette étenduë d'esprit qui dépaise
les Gens, &; qui leur découvre
en toutes rencontres ce qui
leur est necessaire de faire & de
dire?
Je le dis avec peine; maisil est
certain que la politessedu Cabinet
n'est point la veritable politeflfe
, & qu'on n'a pas l'air du.
monde pour avoir bien de l'esprit..
A la verité, les S çavans&
les beaux Eiprirs, ont en cela de
grands avantages, mais ils ne
suffisent pas seuls. Ces Gens-là
s'attachent trop aux sentimens.
&aux paroles, àpenser juste, à
bien raisonner, à bien écrire
& ilfaut aller aux moeurs, aux
gestes, aux manieres qui dépendent
de l'usage du monde, ôCqui
en font le caractere le plus
essentiel. Lors qu'on veut appliquer
dans le grand Monde ce
que l'on a écrit, il s'en faut bien
qu'on ne foit ce que l'on croyoit
tehsetruer.slJeesparle mesme des Auplus
polis & les plus
galans. Un bon Ecrivain peut
bien faire des Portraits au naturel
de cette politesse, & attraper
dans ses Livres cet sir du monde
dont nous parlons. Il peut me£
ma aller au delà par la force de*
son imagination,& par la beauté
de son génie; mais lors qu'il
veut mettre ces choses en prati- -
que, il demeure court, & ses
Copies valent bien mieux que
l'Original. Ces maniérés aisées
& naturelles, cette douceur &
cet agrément qui procèdent de
la bonte des mceLirs,& des traits
du visage, ne s'apprennent guère
parl'etude&par la méditation.
II faut que la Nature les donne,
ou du moins ilfaut un longtemps
pCooumréledsieancquérir, estre un bony
&. jouer son Rôle
devant des Connoineurs,& non
pas derriere laToille,où l'on n'a
que foy pour Maistre & pour
Spéctateur. Les beaux Esprits
ne font pas Gens à se donner
tant de peines &en effet,si vous
en ostez un petit nombre, qui
par leur naissance ou par leur
éducation ont joint l'ulàge du
monde aux belles Lettres, il ya
peud'Autheurs qui ayenteu,je
ne dis pas feulement dans leurs
personnes,mais encor dans leurs
écrits, le grand air & la veritable
politesse.Avant Mrd'Ursé, nous
n'avons aucun Autheur François
qui ait excelé en ce genre ; mais c'estoit un Homme qui estoit
aussipoly & aussi galant dans
sa personne, que dans sa divine
Astrée. Les Autheurs de Poléxandre,
de Cléopatre, de Clélie,
de Cyrus, & de tantdebeaux
Romans qui ont paru de
nos jours,nous en ont donné de
parfaits modelles
;
mais comme
leurs idées estoient un peu trop
relevées, & audessus de l'usage
ordinaire, ilsne firent pas d'aussi
bons Ecoliers,.qu'ils avaient.
donné de bonnes Leçons. On
blâma ceux qui s'y attacherent.
& les grands Lecteurs de Romans
furent traitez de Prétieuxridicules.
On vouloir un air &
des manières plusaccommodées
à la portée des Hommes, qui.
fissent voir les Gens comme ilsfont,
& non pas comme il seroit
à souhaiter qu'ils fussent ; ce qui
fit douter que ces Autheurs eussent
le vericable air du monde,
puis qu'ils donnoient des Copies
dont onn'avoit jamais vû d'Ori-,
ginaux. Voiture & Sarazin nous
ont confirmez dans cette opinion
,
& furent si bons Maistres
en cela, qu'on se trouve encor
fort bien de les imiter aujourd'huy.
Cependant ce Voiture,,
tout poly & tout galantqu'il
estoit, du consentementmefinede
son plus grand ennemy Mr
de Girac,pour ne rien dire de
Madame de Saintot, qui le promettait
à deux belles Dames
tout-a-la-fois ; ce Voiture,disje,
n'avoit pas bon air, & avoir
quelque chose de niais dans le visage,
comme il le dit luy-même.
Il est doncvray qu'il faut avoir
une forte d'esprit que les Livres
&les Sçavansne donnent guère,.
& qu'on ne peut apprendre dans
leCabinet.. Ilfautavoirlegoût
fin & délicat,, pour remarquer
les vrais& les fauxagrémens.-
Il y en a toujoursquelques-uns
qui fontàla mode, & dont le
monde est prévenu.Ilsdépendent
souvent du caprice de ceux
qui en jugent ;mais dans cette
bizarrerie il ya toujours une certaine
proportion à laquelle on
revient, parce que sans elle on
ne peut plairej & pour plaire &
pourestreagréable,il faut avoir
un esprit plus doux&plus pliable5.
ble, sij'oseme servir dece mot,
que n'ont les Aurheurs & les
beaux Esprits. Adjoûtez à cela
un abord galant, une conversation
brillante, une complaisance
agreable & un peu flateuse,
un procedé hardy &modesse
tout ensemble;ce qui est
rare dans un bel Esprit. Il peut
avoir la connoissnce de ces
choses
; mais un galantHomme
qui les possede, s'en fert tout autrement.
Un bel Esprit a trop
desuffisance, un galantHomme
a trop de vanité. Un galant
Homme cherche trop à plaire,
un bel Esprit croit qu'il plaist
toujours : l'un est incapable du
bon sens & de la raison, parc.
qu'il s'attache trop à ses maximes.
Il n'y a rien de plus ridicule
qu'un bel Esprit hors de ses Livres.
Il n'y a rien de plus décontenancé
qu'un galant Homme
hors de la Cour & du grand
Monde., quand il n'a pas beau,
coup d'esprit & d'habileté; car
alors il ne étonne de rien, il
s'accommode à tout, il profite
de tout, & il est par tout ce qu'-
estoit Alcibiade.Maissans nous
arrester à faire icy un plus long
dérail de leurs défauts, disons
pour leur fairejustice, qu'un bel
Esprit qui est galantHomme,est
un composé du Monde & des
belles Lettres, de l'Ecole&. du
Cercle, du Cabinet & de la
Ruelle, C'est la pensée de Mr
de Vaugelas, quand il a dit que
dans la Galanterie il y entre du
je-ne-sçay-quoy, de la bonne
grâce, de l'air de la Cour, de
l'esprit, du jugement, de la civilité,
del'honnesteté, del'enjouement,
Sele tout sans contrainte,
sans affectation & sans
défaut. Apres cela demeurons
d'accord qu'un bel Esprit qui a
cesqualitez,l'emporte facilemét
sur tous nos Blondins, du moins
il gagne la plus faine & la meilleure
partie du beau Sexe, s'il n'a.
pas la plus jeune & la plus belle;
mais enfin si on aime mieux un
bel Esprit, un galant Homme
plaist davantage. On se gaste
pour vouloir estre un peu de l'un
& de l'autre. On devroit se tenir
dans les bornes que la Nature&
le Génie nous prescrivent. Si un bel Esprit n'a point de disposition
pour le monde, qu'il demeure
dans son Cabinet, qu'il
voye peu de Personnes, que des
Scavans comme luy
,
& qu'il ne
se rende point ridicule avec ion
bel esprit. Mais d'ailleurs qu'un
galant Homme qui eil forme
pour le monde, ne s'érige point
en Autheur, &: qu'il n'envie jamais
à un bel Esprit la gloire
d'un Sonnetou d'une belle Let.
tre. Il n'y arien de plus ridicule
que cette manie. Je voudrois
mesmequ'il se passait d'en juger,
sans semeslerde vouloir mieux
faire, qu'ilrenchérift sur l'honnefteté
& surlacourtoisîe, par
Fagrément desa personne, & par iadélicateiTedesonesprit. C'cii
de la forte qu'un galant Homme
fera de tous les temps,& toujours
à la mode; qu'il plaira par
tout, & que tout le monde &
plaira avec Iuy.
Apres cela je puis conclure que
chacun en Ci maniéré peut avoir
J'air du monde & la veritable
politesse, & qu'iln'y a point aujourd'huy
de caractere qui n'en
foit capable. Il ne faut donc pas
s'étonnerfila France cit la plus
polie de toutes les Nations, & si
cet air du monde & cette politesse
se répandent jusques dansles
Provinces. Avant le Règne
de François I. on ne sçavoit ce
que c'estoit. Les Hommes estoient
fiers & courageux, mais
rudes & grossiers. Les Femmes
estoient sàjes & prudes, mais
farouches & severes.Sous Henry
II.& Henry III. on commença
à estre poly. Les Hommes devinrent
galans, & les Femmes
galantes. Depuis nous avons
veu des Prétieux & des Prétieuses.
Mais la politesse de l'ancicnne
Cour estoit trop contrainte
& trop affectée. Le corps
estoit à la gesne par les Habillemens
& par les grimaces, &
l'esprit par les complimens&les
conventions. Toutes les manieres
estoient étudiées, tous les
ajustemens estoient artificiels.
On n'agissoit que par ressorts,&
par machines ; mais à present on
est propre sans peine, & l'on est
negligé sans estre mal-propre.
On dit peu de choses, mais justes).
on est civil sans embarras
9
enfin on est plus François que
jamais on ait esté, sans pourtant
avoir aucun des défauts qu'on
reproche ànostreNation. Mais
dequoy n'est-on pas capable
quand on est Sujet de Loüis LE
GRAND? C'est à luy qu'on est:
redevable de toutes ces choses.
Ilpossele dans un parfait degré
la veritable politesse; & ce grand
air qui accompagne toutes ses
actions, êcqui releve si avantageusement
sa Personne au deffi1s,
de tous les Roys du monde,luy
donne à luy. seul cette grandeur
& cette majesté, que tous les
autres Princes n'emportent quede
l'éclat de leur Sceptre & de
leur Couronne.
DE LA FEVRERIE.
Fermer
4
p. 242-282
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir satisfait vostre curiosité dans une de mes Lettres, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Roi de France, Envoyés, Monarque, Présents, Prince, Vaisseau, Bâtiment, Londres, Royaume, Majesté, Remèdes, Argent, Sujets, Missionnaires, Nations, Europe, Gloire, Banten, Amitié, Angleterre, Voyage, États, Religion, Hommes, Peuples, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Le texte décrit les interactions entre les missionnaires français, appelés Millionnaires, et le roi de Siam. Ces missionnaires, établis au Siam, ont gagné la faveur des habitants en distribuant des remèdes et en soignant les malades sans demander de paiement, ce qui a favorisé l'expansion de la religion catholique dans le royaume. Le roi de Siam, intrigué par ces missionnaires, a découvert qu'ils étaient financés par des missions en France et des donations de particuliers. Impressionné par cette générosité, il a développé une haute estime pour le roi de France. Cependant, la perte d'un vaisseau chargé de présents pour le roi de France a contrarié le roi de Siam. Malgré cet incident, il a décidé d'envoyer de nouveaux envoyés à Paris à bord d'un petit bâtiment anglais. Ces envoyés, choisis parmi les officiers de la maison royale et exempts de certaines taxes, avaient pour missions de s'informer du sort du premier ambassadeur, de solliciter des moyens pour renforcer l'amitié entre les deux couronnes, et de féliciter le roi de France pour la naissance du Duc de Bourgogne. Le roi de Siam a également demandé à un missionnaire, M. Vachet, de les accompagner et de rapporter fidèlement ses observations sur la cour et les États français. Pour éviter que les présents destinés aux ministres français ne soient taxés en Angleterre, le roi de Siam a pris des mesures appropriées et a fourni à M. Vachet un habit de satin pour les audiences. Malgré les tentatives de sabotage par des nations jalouses, les envoyés ont finalement quitté Londres à bord d'un vaisseau anglais pour se rendre à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 1-2
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
On vous a dit vray, Madame. Ce sont tous les jours Divertissemens [...]
Mots clefs :
Divertissement, Versailles, Majesté, Conseils, Gloire, Royaume de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
N vous a dit
vray,
Madame . Ce font
tous les
jours
Divertiffemens
nouveaux
à
Verſailles . Les Apartemens
, le Bal , l'Opéra
&
la
Comédie
, font des
plaifirs
que l'on y fait
fucceder
Fevrier 1685. A
2 MERCURE
les uns aux autres , & tout
y eft digne de la majeſté du
Lieu ; mais ce qui vous furprendra
, c'eft que pendant
que toute la Cour fe divertit,
le
Roy
que les longs
&Confeils
où il eft inceffamment,
devroient avoir rebuté, prend
encore ce temps pour travailler
en particulier , tant il
a foin de répondre aux intentions
du Ciel , qui ne l'a
mis dans le Trône , qu'afin
qu'en veillant au bien 'de fes
Peuples , il portaft la France
dans le haut degré de gloire
où nous la voyons .
vray,
Madame . Ce font
tous les
jours
Divertiffemens
nouveaux
à
Verſailles . Les Apartemens
, le Bal , l'Opéra
&
la
Comédie
, font des
plaifirs
que l'on y fait
fucceder
Fevrier 1685. A
2 MERCURE
les uns aux autres , & tout
y eft digne de la majeſté du
Lieu ; mais ce qui vous furprendra
, c'eft que pendant
que toute la Cour fe divertit,
le
Roy
que les longs
&Confeils
où il eft inceffamment,
devroient avoir rebuté, prend
encore ce temps pour travailler
en particulier , tant il
a foin de répondre aux intentions
du Ciel , qui ne l'a
mis dans le Trône , qu'afin
qu'en veillant au bien 'de fes
Peuples , il portaft la France
dans le haut degré de gloire
où nous la voyons .
Fermer
Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En février 1685, à Versailles, la cour se divertit dans les appartements, au bal, à l'opéra et à la comédie. Louis XIV profite de ces moments pour travailler en privé, motivé par le désir de répondre aux intentions divines et de porter la France à un haut degré de gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 87-92
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous parlay point la derniere fois de la mort de Messire [...]
Mots clefs :
Décès, Président du conseil, Intendant, Charge, Majesté, Église, Veuve, Comte, Mère, Seigneur, Abbé commandataire, Aumônier du roi, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Je ne vous parlay point la
derniere fois de la mort de
Meffire André Scarron , Préfident
du Confeil Souverain
d'Artois , parce que je n'en
avois point encore reçû la
nouvelle . Cette mort eft arrivée
le 25. Decembre dernier
. Son rare mérite & fes
belles qualitez avoient obligé
Sa Majefté de le tirer du Parlement
de Metz en 1660. pour
kuy donner à Arras une Char88
MERCURE
ge plus honorable
, qu'il a
exercée
pendant
vingt- quatre
ans avec beaucoup
d'éclat
& de gloire. Il eft mort
dans fa foixante
& feiziéme
année , laiſſant M' fon Fils,
digne Succeffeur
de fa Charge
, dont le Roy luy avoit
donné la furvivance
. Ila efté
enterré dans l'Eglife des Peres
Récolets
d'Arras , où fix Huiffiers
du Confeil
en Robes
portérent
le Corps . Quarante
Pauvres
, reveſtus
de Noir,
tenant chacun un Flambeau
,
marchoient
à la tefte du Convoy.
Meffieurs
du Confeil y
GALANT. 89
affifterent, ainfi que le Corps
de Ville , & ceux de Juftice .
M' l'Evefque d'Arras eftoit
en l'Eglife à cofté de l'Autel,,
& quelques Abbez & Eccléfiaftiques
de marque . M
Chauvelin , Intendant de Picardie
& d'Artois fe trouva
auffi à cette lugubre Cerémonic
.
J'ay à vous apprendre trois
autres morts , arrivées icy
depuis peu de jours . La premiere
eft celle de Dame
Bonne Royer , Veuve de :
Meffire Jean Louis de Fau--
con , Seigneur de Rys, Mar
Février 1685. Hi
90 MERCURE
quis de Charleval , Comte de
Bacqueville,Confeiller d'Etat
Ordinaire , & Premier Pré
fident au Parlement de Normandie.
C'eftoit une Dame
d'une grande pieté , & que
fa vertu , & fes manieres pleines
de l'honncfteré la plus.
engageante, ont toûjours rendue
tres eftimable . Elle eftoit
Mere de M ' de Rys , Intendant
à Bordeaux , & de Madame
de Bernieres , Femme,
de M' de Bernieres , Confeiller
au Parlement de Paris .
Elle eft morte le s . de ce
mois.
$
1
GALANT. 91
Au-
Y
Meffire Claude du Val,
Seigneur de Mandre
mônier du Roy, ancien Abbé
de S. Pierre de Selincourt,
eft mort environ dans le
mefme temps aufli - bien
que Meffire Pierre Bourdelot
, Abbé Commendataire
.de S. Martin de Maffay , &
Médecin Ordinaire de Monfieur
le Prince . C'eftoit un
Homme qui avoit beaucoup
d'érudition , & des connoiffances
particulieres dans la
Médecine . Il y avoit chez
ly tous les Mardis des Conférences
publiques , où fe
·
Hi
ij
92 MERCURE
trouvoient beaucoup de Sçavans
. On y agitoit toute forte
de matieres.
derniere fois de la mort de
Meffire André Scarron , Préfident
du Confeil Souverain
d'Artois , parce que je n'en
avois point encore reçû la
nouvelle . Cette mort eft arrivée
le 25. Decembre dernier
. Son rare mérite & fes
belles qualitez avoient obligé
Sa Majefté de le tirer du Parlement
de Metz en 1660. pour
kuy donner à Arras une Char88
MERCURE
ge plus honorable
, qu'il a
exercée
pendant
vingt- quatre
ans avec beaucoup
d'éclat
& de gloire. Il eft mort
dans fa foixante
& feiziéme
année , laiſſant M' fon Fils,
digne Succeffeur
de fa Charge
, dont le Roy luy avoit
donné la furvivance
. Ila efté
enterré dans l'Eglife des Peres
Récolets
d'Arras , où fix Huiffiers
du Confeil
en Robes
portérent
le Corps . Quarante
Pauvres
, reveſtus
de Noir,
tenant chacun un Flambeau
,
marchoient
à la tefte du Convoy.
Meffieurs
du Confeil y
GALANT. 89
affifterent, ainfi que le Corps
de Ville , & ceux de Juftice .
M' l'Evefque d'Arras eftoit
en l'Eglife à cofté de l'Autel,,
& quelques Abbez & Eccléfiaftiques
de marque . M
Chauvelin , Intendant de Picardie
& d'Artois fe trouva
auffi à cette lugubre Cerémonic
.
J'ay à vous apprendre trois
autres morts , arrivées icy
depuis peu de jours . La premiere
eft celle de Dame
Bonne Royer , Veuve de :
Meffire Jean Louis de Fau--
con , Seigneur de Rys, Mar
Février 1685. Hi
90 MERCURE
quis de Charleval , Comte de
Bacqueville,Confeiller d'Etat
Ordinaire , & Premier Pré
fident au Parlement de Normandie.
C'eftoit une Dame
d'une grande pieté , & que
fa vertu , & fes manieres pleines
de l'honncfteré la plus.
engageante, ont toûjours rendue
tres eftimable . Elle eftoit
Mere de M ' de Rys , Intendant
à Bordeaux , & de Madame
de Bernieres , Femme,
de M' de Bernieres , Confeiller
au Parlement de Paris .
Elle eft morte le s . de ce
mois.
$
1
GALANT. 91
Au-
Y
Meffire Claude du Val,
Seigneur de Mandre
mônier du Roy, ancien Abbé
de S. Pierre de Selincourt,
eft mort environ dans le
mefme temps aufli - bien
que Meffire Pierre Bourdelot
, Abbé Commendataire
.de S. Martin de Maffay , &
Médecin Ordinaire de Monfieur
le Prince . C'eftoit un
Homme qui avoit beaucoup
d'érudition , & des connoiffances
particulieres dans la
Médecine . Il y avoit chez
ly tous les Mardis des Conférences
publiques , où fe
·
Hi
ij
92 MERCURE
trouvoient beaucoup de Sçavans
. On y agitoit toute forte
de matieres.
Fermer
Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Meffire André Scarron, Président du Conseil Souverain d'Artois, est décédé le 25 décembre précédent. Nommé par le roi en 1660, il avait précédemment servi au Parlement de Metz. Ses funérailles ont eu lieu dans l'église des Pères Récollets d'Arras, en présence de dignitaires et de pauvres portant des flambeaux. Son fils a été désigné comme successeur. Dame Bonne Royer, veuve de Meffire Jean Louis de Faucon, Seigneur de Rys, est décédée au début du mois de février 1685. Connue pour sa piété et sa vertu, elle était la mère de Meffire de Rys, Intendant à Bordeaux, et de Madame de Bernières, épouse d'un conseiller au Parlement de Paris. Deux autres décès sont mentionnés : Meffire Claude du Val, Seigneur de Mandremont, ancien abbé de Saint-Pierre de Selincourt, et Meffire Pierre Bourdelot, abbé commendataire de Saint-Martin de Massay et médecin ordinaire du prince. Ce dernier était reconnu pour son érudition et ses connaissances en médecine, et organisait des conférences publiques chaque mardi, attirant de nombreux savants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 272-279
JACQUES ROY.
Début :
Le mesme jour il se fit une Ordonnance conçuë en ces / Comme il a plû à Dieu d'appeller à soy dans ses Misericordes [...]
Mots clefs :
Ordonnance, Charles II, Mémoire, Magistrature, Royaume, Gouvernement, Procédure, Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JACQUES ROY.
Le mefme jour il ſe fit une
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
Fermer
Résumé : JACQUES ROY.
Le 6 février 1684, selon l'ancien style calendaire anglais, le roi Charles II émet une ordonnance suite à la mort de son frère, le précédent souverain. Cette ordonnance stipule que l'autorité et le pouvoir de nombreuses charges et emplois dans la magistrature et le gouvernement des royaumes d'Angleterre et d'Irlande ont cessé. Charles II décide de maintenir en fonction tous les titulaires légitimes d'emplois publics ou d'offices au moment du décès du précédent roi, jusqu'à ce qu'il leur donne de nouvelles instructions. L'ordonnance exige également que tous les sujets prêtent secours et aide aux officiers et ministres dans l'exercice de leurs fonctions. De plus, tous les ordres du conseil privé du défunt roi doivent être exécutés comme ils l'auraient été de son vivant. Cette ordonnance est donnée à la Cour de Whitehall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 20-22
Devises, [titre d'après la table]
Début :
Mr Magnin, toûjours zélé à faire connoistre l'admiration qu'il / Par ses mouvemens divers, [...]
Mots clefs :
Devises, Majesté, Univers, Espérance, Hommage, Louis le Grand, Image, Soleil, Siam, Éléphants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Devises, [titre d'après la table]
M Magnin , toûjours zélé
à faire connoittre l'admiraGALANT
21
tion qu'il a pour les grandes.
Actions de Sa Majefté , a fair
deux nouvelles Deviles , que
je vous envoye. L'une a le
Soleil pour corps , & ces móts
pour amé, Spes rerum & decus.
Hs font expliquez par ce Ma
drigal.
P
Årfos mouvemens divers,
Parfon beureuſe influence,
N'eft- il pas de l'Univers
L'ornement & l'espérance?
La grandeur de LOVIS, & l'état de
la
France,
Expliqueront par tout ma Devife
mes Vers.
L'autre Devife cft fur l'Am
22 MERCURE
baffade du Roy de Siam , &
fur la deférence que tous les
Potentats du Monde ont pour
le Roy . Ce font plufieurs
Eléfans qui fléchiffent les genoux
devant le Soleil , avee
ces mots. Et Magnos hæc fata:
manent.
E
St il rien de grand icy bas
Qui ne doive te rendre hom4-
mage?
Grand LOVIS , qui ne connoistpass
Que c'est là ta parfaite Image?
Est - ilrien de grand icy- bas
Qui nedoive të rendre hommage?
à faire connoittre l'admiraGALANT
21
tion qu'il a pour les grandes.
Actions de Sa Majefté , a fair
deux nouvelles Deviles , que
je vous envoye. L'une a le
Soleil pour corps , & ces móts
pour amé, Spes rerum & decus.
Hs font expliquez par ce Ma
drigal.
P
Årfos mouvemens divers,
Parfon beureuſe influence,
N'eft- il pas de l'Univers
L'ornement & l'espérance?
La grandeur de LOVIS, & l'état de
la
France,
Expliqueront par tout ma Devife
mes Vers.
L'autre Devife cft fur l'Am
22 MERCURE
baffade du Roy de Siam , &
fur la deférence que tous les
Potentats du Monde ont pour
le Roy . Ce font plufieurs
Eléfans qui fléchiffent les genoux
devant le Soleil , avee
ces mots. Et Magnos hæc fata:
manent.
E
St il rien de grand icy bas
Qui ne doive te rendre hom4-
mage?
Grand LOVIS , qui ne connoistpass
Que c'est là ta parfaite Image?
Est - ilrien de grand icy- bas
Qui nedoive të rendre hommage?
Fermer
Résumé : Devises, [titre d'après la table]
M. Magnin a créé deux devises pour honorer le roi Louis. La première, illustrée par un soleil, porte les mots 'Spes rerum & decus' et vante la grandeur du roi et de la France. La seconde, représentée par des éléphants fléchissant les genoux, célèbre la soumission du roi de Siam et le respect des potentats du monde envers le roi de France, avec les mots 'Et Magnos hæc fata: manent'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 25-26
Théses d'une composition particuliere, présentées au Roy de la part du Provincial des Minimes de Provence. [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du mois passé, le Pere Charles Guilhet, [...]
Mots clefs :
Majesté, Pères, Thèse, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Théses d'une composition particuliere, présentées au Roy de la part du Provincial des Minimes de Provence. [titre d'après la table]
Sur la fin du mois paffé,
le Pere Charles Guilhet, Provincial
des Minimes de Provence
, fit preſenter à Sa Majefté
par les Peres Bertier &
d'Antrechaux fes Collegues,
& Definiteurs de cette même
Province , une Theſe d'une
compofition fort particuliere.
Elle fut tres -bien receuë de
toute la Cour, & il n'y a point
à douter qu'elle ne le foit de
mefme de tous ceux qui la
verront , puis que toutes fes
Pofitions contiennent l'Eloge
de noftre Augufte Monarque
, mais d'une maniere
Mars 1685.
C
26 MERCURE
fi ingenieufe , que cet Eloge
entre dans les Queſtions naturellement
, & fans violence.
le Pere Charles Guilhet, Provincial
des Minimes de Provence
, fit preſenter à Sa Majefté
par les Peres Bertier &
d'Antrechaux fes Collegues,
& Definiteurs de cette même
Province , une Theſe d'une
compofition fort particuliere.
Elle fut tres -bien receuë de
toute la Cour, & il n'y a point
à douter qu'elle ne le foit de
mefme de tous ceux qui la
verront , puis que toutes fes
Pofitions contiennent l'Eloge
de noftre Augufte Monarque
, mais d'une maniere
Mars 1685.
C
26 MERCURE
fi ingenieufe , que cet Eloge
entre dans les Queſtions naturellement
, & fans violence.
Fermer
Résumé : Théses d'une composition particuliere, présentées au Roy de la part du Provincial des Minimes de Provence. [titre d'après la table]
En mars 1685, le Père Charles Guilhet, Provincial des Minimes de Provence, a soumis une thèse au roi via les Pères Bertier et d'Antrechaux. Cette thèse, bien accueillie à la Cour, éloge le monarque de manière ingénieuse et naturelle. Elle a été rédigée avec d'autres collègues et définiteurs de la même province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 230-236
Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés vous avoir mandé dans six de mes Lettres quantité [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Ambassadeurs, Empire, Majesté, Mandarins, Embarquement, Vaisseau, Mr le Chevalier de Chaumont, Équipages, Piété, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Aprés vous avoir mandé
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
En mars 1685, une ambassade française se prépare à partir pour le Royaume de Siam. Le Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, s'embarque à Brest sur le vaisseau de guerre 'l'Oiseau', accompagné de l'Abbé de Choisy, représentant de l'ambassade. Le vaisseau, commandé par M. de Vaudricourt et M. de Coriton comme capitaine en second, est équipé de quarante-six pièces de canon. L'équipage comprend deux lieutenants, les Chevaliers de Fourbin et de Sibois, et un enseigne, M. de Chammoreau. Une frégate de vingt-quatre pièces de canon, commandée par M. Joyeux et M. du Tertre comme enseigne, les suit. Plusieurs officiers, dont M. de Cintré et M. de Francine, participent au voyage. M. de Fretteville, Garde de la Marine, est choisi pour ses mérites et son assiduité. D'autres Gardes Marines, tels que M. Compiegne, Joncous, d'Erbouville, du Fay, de Palu, de la Forêt et de Benneville, font également partie de l'expédition. Le roi de France, en tant que Fils aîné de l'Église, envoie des ambassadeurs à Siam pour promouvoir la religion catholique, qui y progresse grâce au zèle et à la piété du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 197-275
Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Début :
Il y a long-temps qu'on préparoit tout ce qui estoit [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Comte, Armes, Couronne, Édouard, Fils, Marquis, Baron, Archevêques, Autel, Seigneurs, Royaume, Cérémonie, Procession, Noblesse, Majesté, Sceptre, Dignité, Vicomte, Prince, Hérauts, Chapelle, Croix, Ornements, Palais, Héritiers, Velours, Habits, Couronnement, Charge, Prières, Acclamations, Services, Duc, Clercs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
Fermer
Résumé : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation et le déroulement du couronnement du roi d'Angleterre, initialement prévu pour le 23 avril selon l'ancien calendrier, soit le 3 avril selon le calendrier actuel. Environ 170 seigneurs, classés par rang hiérarchique incluant princes du sang, ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, furent convoqués. Le jour du couronnement, le roi et la reine se rendirent au palais de Westminster, où ils prirent place sous un dais. Divers objets royaux furent remis par le duc de Grafton au duc d'Ormond, et les insignes royaux furent apportés en procession par le doyen et les chanoines de Westminster. Le texte mentionne également l'histoire des rois d'Angleterre, soulignant l'unification des sept royaumes de l'île de Bretagne et les conflits avec les Danois. Édouard, fils d'Ethelred, monta sur le trône après avoir trouvé refuge en France et épousa Edgite, fille de Godwin. Édouard mourut le 4 janvier 1066 et fut canonisé par le pape Alexandre III. La cérémonie de couronnement de Jacques II est détaillée : une procession de Westminster Hall à l'église, la demande de l'archevêque de Cantorbéry à l'assemblée, l'onction avec de l'huile sainte, la remise des symboles de pouvoir, et le couronnement avec la couronne de Saint Édouard. Les nobles et les rois d'armes mettent leurs bonnets et couronnes, et le canon annonce la couronne du roi à la ville. Après le serment et l'offrande, les pairs rendent hommage au roi, et des médailles sont distribuées au peuple. La reine Marie est ensuite couronnée, suivie d'un banquet à Westminster Hall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 289-373
Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Début :
Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes, [...]
Mots clefs :
Doge, Sénateurs, Gênes, Majesté, Audience, Carosse, Armes, Marquis, Sérénité, Duc, Gloire, Gentilhommes, Cour, Grandeur, Beauté, Galerie, Appartement, Officiers, Princes, Cérémonies, Versailles, Jardins, Visites, Mérite, Ornements, Couleurs, Discours, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 134-135
Audiance donnée à l'Envoyé extraordinaire d'Angleterre. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Chevalier Trumball Envoyé extraordinaire d'Angleterre, a eu sa [...]
Mots clefs :
Envoyé extraordinaire, Chevalier Trumball, Majesté, Angleterre, Gentilhommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance donnée à l'Envoyé extraordinaire d'Angleterre. [titre d'après la table]
M' le Chevalier Trumball
Envoyé extraordinaire d'Angleterre
, a eu fa premiere
Audience du Roy. Il fit un
Difcours qui charma tous
ceux qu'il l'entendirent . Sa
Majefté en fut extremément
GALANT.
135
fatisfaite , & dit qu'Elle n'avoit
point oüy d'homme
qui parlaſt mieux . Ce Chevalier
eftoit accompagné
d'un tres - grand nombre de
Gentilhommes Anglois.
Envoyé extraordinaire d'Angleterre
, a eu fa premiere
Audience du Roy. Il fit un
Difcours qui charma tous
ceux qu'il l'entendirent . Sa
Majefté en fut extremément
GALANT.
135
fatisfaite , & dit qu'Elle n'avoit
point oüy d'homme
qui parlaſt mieux . Ce Chevalier
eftoit accompagné
d'un tres - grand nombre de
Gentilhommes Anglois.
Fermer
14
p. 55-59
HARANGUE AU ROY DE SIAM.
Début :
SIRE, Le Roy mon Maître si fameux aujourd'huy dans le [...]
Mots clefs :
Majesté, Sire, Dieu, Estime, États, Roi, Sujets, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE AU ROY DE SIAM.
HARANGUE
AU ROΥ
DE SIAM .
IRE ,
Le Roy mon Maître fi fameux
aujourd'huy dans le Monde,
par les grandes Victoires , &
par la paix qu'il a ſouvent donnée
à ſes ennemis à la tête de ſes
Armées , m'a commandé de ve .
nir trouver VOTRE MAJESTE ',
E iiij
36
RELATION
pour l'aſſeurer de l'eſtime particuliere
qu'il a conçeuë pour elle.
Il connoît , SIRE , VOS Auguſtes
qualitez , la ſageſſe de
vôtre Gouvernement , la magnificence
de vôtre Cour , la
grandeur de vos Etats & ce que
vous vouliez particulierement
luy faire connoître par vos Ambaſſadeurs
l'amitié que vous
avez pour ſa perſonne , confirmée
par cette protection continuelle
que vous donnez à ſes ſujets
principalement aux Evêques
qui font les Miniftres du vray
Dieu.
Il reffent tant d'illuſtres effets
de l'eſtime que vous avez
pour luy, & il veut bien y répondre
de tout ſon pouvoir , dans
ce deſſein il eſt preſt de traitter
avec VOTRE MAJESTE ', de
vous envoyer de ſes ſujets pour
entretenir & augmenter le com-
1
-
DU VOYAGE DE SIAM. 57
merce,de vous donner toutes les
marques d'une amitié fincere ,
&de commencer une union entre
les deux Couronnes aurant
célébre dans la poſtêrité , que
vos Etats font éloignés des fiens
par les vaſtes mers qui les ſéparent.
Mais rien ne l'affermira tant
en cette réſolution & ne vous
unira plus étroitement enſemble
que de vivre dans les ſentimens
d'une même créance.
Et c'eſt particulierement ,
SIRE , ce que le Roy mon Mattre
, ce Prince ſi ſage & fi éclairé
qui n'a jamais donné que de
bons conſeils aux Roys ſes alliez
m'a commandé de vous répréfenter
de ſa part.
Ilvous conjure, comme le plus
fincere de vos amis & par l'intéreſt
qu'il prend déja à vôtre
véritable gloire de conſidérer
que cette ſuprême Majesté dont
58 RELATION
vous étes révétu ſur la Terre,
ne peut venir que du vray Dieu,
c'eſt à- dire d'un Dieu tout puif
fant , éternel , infini , tel que les
Chrétiens le reconnoffent , qui
ſeul fait regner les Rois & regle
la fortune de tous les peuples ,
foûmettez vos grandeurs à ce
Dieu qui gouverne le Ciel &la
Terre ; C'eſt une choſe , SIRE ,
beaucoup plus raisonnable que
de les rapporter aux autres divinitez
qu'on adore dans cet
Orient & dont vôtre Majesté
qui a tant de lumiéres & de pénétration
ne peut manquer de
voir l'impuiſſance.
Mais elle le connoitra plus
clairement encore fi elle veut
bien entendre durant quelque
temps les Evêques & les Miffionnaires
qui font icy .
La plus agréable nouvelle ,
SIRE , que je puiſſe porter au
है
DU VOYAGE DE SIAM. و 5
Roi mon Maître eſt celle , que
VOTRE MAJESTE' , perfuadée
de la verité ſe faſſe inſtruire
dans la Religion Chrétienne,
c'eſt ce qui luy donnera plus
d'admiration & d'eſtime pour
VOTRE MAJESTE' , t'eſt ce
qui excitera ſes Sujets à venir
avec plus d'empreſſement & de
confiance dans vos Etats ; & enfin
c'eſt ce quiachevera de combler
de gloire VÔTRE MAJESTE
' puiſque par ce moyen
elle l'affeure d'un bon-heur éternel
dans le Ciel aprés avoir regné
avec autant de proſperité
qu'elle fait ſur la terre.
AU ROΥ
DE SIAM .
IRE ,
Le Roy mon Maître fi fameux
aujourd'huy dans le Monde,
par les grandes Victoires , &
par la paix qu'il a ſouvent donnée
à ſes ennemis à la tête de ſes
Armées , m'a commandé de ve .
nir trouver VOTRE MAJESTE ',
E iiij
36
RELATION
pour l'aſſeurer de l'eſtime particuliere
qu'il a conçeuë pour elle.
Il connoît , SIRE , VOS Auguſtes
qualitez , la ſageſſe de
vôtre Gouvernement , la magnificence
de vôtre Cour , la
grandeur de vos Etats & ce que
vous vouliez particulierement
luy faire connoître par vos Ambaſſadeurs
l'amitié que vous
avez pour ſa perſonne , confirmée
par cette protection continuelle
que vous donnez à ſes ſujets
principalement aux Evêques
qui font les Miniftres du vray
Dieu.
Il reffent tant d'illuſtres effets
de l'eſtime que vous avez
pour luy, & il veut bien y répondre
de tout ſon pouvoir , dans
ce deſſein il eſt preſt de traitter
avec VOTRE MAJESTE ', de
vous envoyer de ſes ſujets pour
entretenir & augmenter le com-
1
-
DU VOYAGE DE SIAM. 57
merce,de vous donner toutes les
marques d'une amitié fincere ,
&de commencer une union entre
les deux Couronnes aurant
célébre dans la poſtêrité , que
vos Etats font éloignés des fiens
par les vaſtes mers qui les ſéparent.
Mais rien ne l'affermira tant
en cette réſolution & ne vous
unira plus étroitement enſemble
que de vivre dans les ſentimens
d'une même créance.
Et c'eſt particulierement ,
SIRE , ce que le Roy mon Mattre
, ce Prince ſi ſage & fi éclairé
qui n'a jamais donné que de
bons conſeils aux Roys ſes alliez
m'a commandé de vous répréfenter
de ſa part.
Ilvous conjure, comme le plus
fincere de vos amis & par l'intéreſt
qu'il prend déja à vôtre
véritable gloire de conſidérer
que cette ſuprême Majesté dont
58 RELATION
vous étes révétu ſur la Terre,
ne peut venir que du vray Dieu,
c'eſt à- dire d'un Dieu tout puif
fant , éternel , infini , tel que les
Chrétiens le reconnoffent , qui
ſeul fait regner les Rois & regle
la fortune de tous les peuples ,
foûmettez vos grandeurs à ce
Dieu qui gouverne le Ciel &la
Terre ; C'eſt une choſe , SIRE ,
beaucoup plus raisonnable que
de les rapporter aux autres divinitez
qu'on adore dans cet
Orient & dont vôtre Majesté
qui a tant de lumiéres & de pénétration
ne peut manquer de
voir l'impuiſſance.
Mais elle le connoitra plus
clairement encore fi elle veut
bien entendre durant quelque
temps les Evêques & les Miffionnaires
qui font icy .
La plus agréable nouvelle ,
SIRE , que je puiſſe porter au
है
DU VOYAGE DE SIAM. و 5
Roi mon Maître eſt celle , que
VOTRE MAJESTE' , perfuadée
de la verité ſe faſſe inſtruire
dans la Religion Chrétienne,
c'eſt ce qui luy donnera plus
d'admiration & d'eſtime pour
VOTRE MAJESTE' , t'eſt ce
qui excitera ſes Sujets à venir
avec plus d'empreſſement & de
confiance dans vos Etats ; & enfin
c'eſt ce quiachevera de combler
de gloire VÔTRE MAJESTE
' puiſque par ce moyen
elle l'affeure d'un bon-heur éternel
dans le Ciel aprés avoir regné
avec autant de proſperité
qu'elle fait ſur la terre.
Fermer
Résumé : HARANGUE AU ROY DE SIAM.
Un représentant du roi de France adresse une harangue au roi de Siam, exprimant l'admiration et l'estime du roi de France pour le roi de Siam, en soulignant ses qualités et la grandeur de son royaume. Le roi de France souhaite renforcer les liens d'amitié entre les deux couronnes et propose d'envoyer des sujets pour développer le commerce. Il insiste sur l'importance de partager une même foi et exhorte le roi de Siam à reconnaître le vrai Dieu selon la conception chrétienne. Le représentant encourage également le roi de Siam à écouter les évêques et missionnaires présents pour s'instruire dans la religion chrétienne. Cette conversion serait perçue comme une grande nouvelle, renforçant l'admiration et l'estime du roi de France, tout en assurant au roi de Siam un bonheur éternel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 89-99
Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Début :
Ainsi on choisit Berny pour leur demeure jusques au jour [...]
Mots clefs :
Berny, Château de Berny, Roi, Majesté, Manières françaises, Mansard, Vers siamois, Monsieur de Seignelay, Madame de Seignelay, Langue siamoise, Habillement des femmes, Demi-nudité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Ainſa on choiſit Berny
( pour leur demeure. jufques
au jour de cette Entrée.
Berny eſt une Mai
fon tres agreable , baſties
↑ par le plus fameux Archi
( recte que la France ait eu
f
H
90 Voyage des Amb.
r
depuis long- temps . C'eſt
M Manfard , Oncle de
M'Manſard, aujourd'huy
premier Architecte du
Roy , & Intendant des
Baftimens de Sa Majefté ,
qui a fait tant de beaux
Ouvrages à Verfailles , &
fur tout la grande & la
petite Ecurie , & l'Eglife
Paroiffiale qu'on vient
d'achever , & que le Roy
a fait faire à ſes dépens. Ce
Chasteau estoit autrefois
à la Maiſon de Puyfieux ,
qui la fait baſtir. Il a dede
Siam:
puis efté à Mª de Lionne ,
Secretaire d'Etat, &il appartient
preſentement à
M² l'Abbé de Sainte Genevieve
. On meubla tou
r
te cette Maiſon des meubles
du Roy , & les portes
du Chaſteau, & celles
des Antichambres desAmbaſſadeurs
y ont toujours
efté gardées par les Suiffes.
de Sa Majefté . Ils ont
reçu beaucoup de Vifires
en ce lieu la , & les Per
fonnes de la premiere
Hij;
92 Voyage des Amb.
د
qualité s'y font renduës
pour les voir. Comme
Berny n'eſt qu'à deux
lieuës de Paris on les
a vûs ſans incommodité ,
parce que la foule du
Peuple y a eſté moins
grande que celle des honneſtes
gens. Le ſéjour
que ces Ambaſſadeurs ont
fait dans ce Chaſteau leur
a donné lieu d'en examiner
toutes les Parties , &
ils en ont meſme compré
tous les Arbres. Non feu
de Siam. 93
lement ils font tous les
foirs des memoires de ce
: qu'ils ont vû pendant la
5 journée , mais il y a mefmeun
Mandarin avec eux
qui écrit leur Voyage en
S Vers Siamois .
M'de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs ,
les alla complimenter à
1 Berny de la part du Roy ,
- &M'de Seignelay leur envoya
dire par un Gentilhomme
, qu'il avoit beaucoup
d'impatience de les
94 Voyage des Amb.
voir , mais que son Employle
retenoit auprés de Sa
Majefté. Il envoya depuis
fçavoir fort ſouvent de
leurs nouvelles , à quoy
ils ont toujours répondu
avec des marques de la
plus forte reconnoiffance.
Ily avoit déja quelque
temps qu'ils eftoient à
Berny lorſque parmy les
diverſes Compagnies qui
y venoient chaque jour ,
ils remarquerent Madame
de Seignelay, comme
deSiam. 95
une Perſonne qui meritoit
de la diſtinction,&le principalAmbaſſadeur
l'ayant
faluée , luy preſenta un
Baffin de Fruits& deCon-
| fitures . Comme elle vouloit
eſtre inconnue, on dit
( à cet Ambaſſadeur que
c'eſtoir une Dame de Bretagne.
Il répondit , Qu'il
avoit traversé toute laBre-
-tagne , & qu'il n'y avoit
point veu de Dame dont la
beauté approchaft de laſienne.
On luy demanda en
96 Voyage des Amb.
fuite s'il la trouvoit bien
mife , & fila maniere dont
les Femmes s'habilloient
en France , luy plaiſoit . Il
répondit , qu'elles ſeroient
encore mieux fi elles estoient
veſtuës comme celles de fon
Pays. On luy demanda
quelle eſtoit la maniere
de leur habillement , & il
répartit qu'elles estoient à
demy nuës. Lors que des
Perſonnes de qualité les
venoient voir à l'heure du
difner , ou du fouper , ils
les
deSiam.
97
1
기
les obligeoient à demeurer
, & les en prioient de
la maniere du monde la
plus engageante
plus honnefte; ils cedoient
& la
meſme leurs Fauteüils,felon
la qualité des Perfonnes
; ils ſervoient à table,
beuvoient à la ſanté de
ceux qu'ils avoient cone
e
viez , & l'on voyoit qu'ils
entroient naturellement
dans les manieres Françoiſes
. Ils ſçavent déja
1 quelques mots François,
I
98 Voyage des Amb.
& ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'ils les prononcent
fans aucun accent
étranger , ce que ne
font pas les Allemans , les
Italiens , & preſque tous
ceux qui veulent parler
la Langue d'une autre
Nation que la leur , ce
qui fait croire que la Langue
Siamoiſe n'a point
d'accent . Rien n'égale l'adreffe
, & la propreté avec
laquelleils pelent du fruit.
Leur maniere eft à re-
4
de Siam. 99
bours de la noftre . Nous
le pelons en dedans , &
eux en dehors ; ils font de
mefme de tout ce qu'ils
coupent. Ils diſent qu'en
coupant ainſi on n'est point
au hazard de ſe bleffer , &
e ils ont raiſon .
( pour leur demeure. jufques
au jour de cette Entrée.
Berny eſt une Mai
fon tres agreable , baſties
↑ par le plus fameux Archi
( recte que la France ait eu
f
H
90 Voyage des Amb.
r
depuis long- temps . C'eſt
M Manfard , Oncle de
M'Manſard, aujourd'huy
premier Architecte du
Roy , & Intendant des
Baftimens de Sa Majefté ,
qui a fait tant de beaux
Ouvrages à Verfailles , &
fur tout la grande & la
petite Ecurie , & l'Eglife
Paroiffiale qu'on vient
d'achever , & que le Roy
a fait faire à ſes dépens. Ce
Chasteau estoit autrefois
à la Maiſon de Puyfieux ,
qui la fait baſtir. Il a dede
Siam:
puis efté à Mª de Lionne ,
Secretaire d'Etat, &il appartient
preſentement à
M² l'Abbé de Sainte Genevieve
. On meubla tou
r
te cette Maiſon des meubles
du Roy , & les portes
du Chaſteau, & celles
des Antichambres desAmbaſſadeurs
y ont toujours
efté gardées par les Suiffes.
de Sa Majefté . Ils ont
reçu beaucoup de Vifires
en ce lieu la , & les Per
fonnes de la premiere
Hij;
92 Voyage des Amb.
د
qualité s'y font renduës
pour les voir. Comme
Berny n'eſt qu'à deux
lieuës de Paris on les
a vûs ſans incommodité ,
parce que la foule du
Peuple y a eſté moins
grande que celle des honneſtes
gens. Le ſéjour
que ces Ambaſſadeurs ont
fait dans ce Chaſteau leur
a donné lieu d'en examiner
toutes les Parties , &
ils en ont meſme compré
tous les Arbres. Non feu
de Siam. 93
lement ils font tous les
foirs des memoires de ce
: qu'ils ont vû pendant la
5 journée , mais il y a mefmeun
Mandarin avec eux
qui écrit leur Voyage en
S Vers Siamois .
M'de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs ,
les alla complimenter à
1 Berny de la part du Roy ,
- &M'de Seignelay leur envoya
dire par un Gentilhomme
, qu'il avoit beaucoup
d'impatience de les
94 Voyage des Amb.
voir , mais que son Employle
retenoit auprés de Sa
Majefté. Il envoya depuis
fçavoir fort ſouvent de
leurs nouvelles , à quoy
ils ont toujours répondu
avec des marques de la
plus forte reconnoiffance.
Ily avoit déja quelque
temps qu'ils eftoient à
Berny lorſque parmy les
diverſes Compagnies qui
y venoient chaque jour ,
ils remarquerent Madame
de Seignelay, comme
deSiam. 95
une Perſonne qui meritoit
de la diſtinction,&le principalAmbaſſadeur
l'ayant
faluée , luy preſenta un
Baffin de Fruits& deCon-
| fitures . Comme elle vouloit
eſtre inconnue, on dit
( à cet Ambaſſadeur que
c'eſtoir une Dame de Bretagne.
Il répondit , Qu'il
avoit traversé toute laBre-
-tagne , & qu'il n'y avoit
point veu de Dame dont la
beauté approchaft de laſienne.
On luy demanda en
96 Voyage des Amb.
fuite s'il la trouvoit bien
mife , & fila maniere dont
les Femmes s'habilloient
en France , luy plaiſoit . Il
répondit , qu'elles ſeroient
encore mieux fi elles estoient
veſtuës comme celles de fon
Pays. On luy demanda
quelle eſtoit la maniere
de leur habillement , & il
répartit qu'elles estoient à
demy nuës. Lors que des
Perſonnes de qualité les
venoient voir à l'heure du
difner , ou du fouper , ils
les
deSiam.
97
1
기
les obligeoient à demeurer
, & les en prioient de
la maniere du monde la
plus engageante
plus honnefte; ils cedoient
& la
meſme leurs Fauteüils,felon
la qualité des Perfonnes
; ils ſervoient à table,
beuvoient à la ſanté de
ceux qu'ils avoient cone
e
viez , & l'on voyoit qu'ils
entroient naturellement
dans les manieres Françoiſes
. Ils ſçavent déja
1 quelques mots François,
I
98 Voyage des Amb.
& ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'ils les prononcent
fans aucun accent
étranger , ce que ne
font pas les Allemans , les
Italiens , & preſque tous
ceux qui veulent parler
la Langue d'une autre
Nation que la leur , ce
qui fait croire que la Langue
Siamoiſe n'a point
d'accent . Rien n'égale l'adreffe
, & la propreté avec
laquelleils pelent du fruit.
Leur maniere eft à re-
4
de Siam. 99
bours de la noftre . Nous
le pelons en dedans , &
eux en dehors ; ils font de
mefme de tout ce qu'ils
coupent. Ils diſent qu'en
coupant ainſi on n'est point
au hazard de ſe bleffer , &
e ils ont raiſon .
Fermer
Résumé : Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Le texte relate l'accueil des ambassadeurs de Siam à Berny, une demeure choisie pour leur séjour. Berny est décrite comme une maison agréable, construite par l'architecte Mansart, oncle de Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi et intendant des bâtiments de Sa Majesté. Mansart a réalisé plusieurs ouvrages à Versailles, notamment les grandes et petites écuries ainsi que l'église paroissiale. Le château appartenait autrefois à la Maison de Puyfieux, puis à Madame de Lionne, secrétaire d'État, et appartient actuellement à l'abbé de Sainte-Geneviève. La maison a été meublée avec les meubles du roi, et les portes du château et des antichambres des ambassadeurs sont gardées par les Suisses du roi. Les ambassadeurs ont reçu de nombreux visiteurs à Berny, situé à deux lieues de Paris, ce qui a permis une visite sans encombre. Ils ont examiné toutes les parties du château et ses jardins. Chaque soir, ils rédigeaient des mémoires de leur journée, et un mandarin les accompagnait pour écrire leur voyage en vers siamois. Monsieur de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs, les a complimentés de la part du roi, et Monsieur de Seignelay envoyait des nouvelles fréquentes, recevant toujours des réponses reconnaissantes. Les ambassadeurs ont remarqué Madame de Seignelay parmi les visiteurs et lui ont offert un bassin de fruits et confitures. Ils ont également adopté les manières françaises, servant à table et buvant à la santé des visiteurs. Ils ont appris quelques mots de français sans accent étranger, ce qui suggère que la langue siamoise n'a pas d'accent. Leur adresse et propreté dans la pelure des fruits et la coupe des aliments ont également été notées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 339-356
Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils allerent au vieux Louvre, ils furent reçeus [...]
Mots clefs :
Galerie, Louvre, Salle, Fenêtres, Roi, Dorure, Ambassadeurs, Tableaux, Sculpture, Voir, Vieux Louvre, Appartement, Cabinet, Colonnes de marbre, Beauté, Majesté, Dessin, Palais, Tuileries, Machines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Lors qu'ils allerent au
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
Fermer
Résumé : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent le vieux Louvre, accueillis par M. Seguin, capitaine. Ils commencèrent par la salle des Cent Suisses et traversèrent l'appartement de la reine-mère, admirant la dorure ancienne. Ils visitèrent ensuite le cabinet des Bains, orné de colonnes de marbre et de portraits de la Maison d'Autriche, avec une cuve de marbre et un plancher de Siam. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par les colonnes de marbre et les fleurs de bois rapportées. Ils passèrent dans un grand salon avec de grands tableaux, puis dans l'appartement de la reine-mère, une enfilade de sept ou huit grandes pièces avec des sculptures dorées et des plafonds peints par Romanelli. Ils virent également des tableaux de M. Bourson représentant des vues de mer. Ils entrèrent ensuite dans un cabinet donnant sur la rivière, admirant la dorure et les peintures de Siam. Les ambassadeurs traversèrent la salle des Antiques, détruite par un incendie, et visitèrent la galerie où le roi loge les artistes. Ils montèrent chez M. Girardon, dont le cabinet était rempli d'ouvrages curieux et antiques. Ils remercièrent M. Girardon pour ses explications et traversèrent à nouveau l'appartement de la reine-mère avant de monter chez le roi par le grand escalier du Louvre. Ils visitèrent la salle des Gardes, une terrasse pour voir l'étendue de la cour, et traversèrent les appartements du roi et de la reine défunte. Ils admirèrent les alcôves dorées et plusieurs tableaux, notamment ceux de l'histoire d'Alexandre peints par M. le Brun. Ils visitèrent ensuite la galerie d'Apollon, encore inachevée, et la grande galerie, longue de trois cents toises, qui commence au vieux Louvre et finit au Palais des Tuileries. Les ambassadeurs traversèrent ensuite les Tuileries, admirant le théâtre et les appartements remplis de peintures et de dorures. Ils visitèrent une galerie avec des cabinets précieux, dont certains faits aux Gobelins, et traversèrent la salle des Machines, considérée comme l'un des plus beaux ouvrages de son temps. Ils descendirent par le grand escalier et furent conduits à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, dont M. de Louvois est le protecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 21-28
Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la suite du Journal. Les Ambassadeurs ayant [...]
Mots clefs :
Charles Colbert de Croissy, Conversation, Croissy, Ambassadeurs, Ministre, Majesté, Ambassadeur, Abbé de Lionne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Je viens à la fuire du Journal.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
Fermer
Résumé : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite diplomatique entre les ambassadeurs de Siam et M. de Croissy, Ministre et Secrétaire d'État, à Paris. Le 24 septembre, M. de Croissy se rendit à l'hôtel des ambassadeurs. À son arrivée, des mandarins descendirent pour l'accueillir, et les ambassadeurs l'attendirent en haut des marches. Ils se dirigèrent ensuite vers la chambre de parade, où quatre fauteuils étaient préparés. M. de Croissy s'assit dans le premier fauteuil, et les ambassadeurs se placèrent dans les autres. M. de Croissy expliqua qu'il n'avait pas encore eu le temps de rendre compte au roi de France de la lettre du roi de Siam, mais que Sa Majesté était disposée à entretenir et renforcer l'alliance entre les deux royaumes. Il exprima également sa satisfaction quant à la conduite des ambassadeurs depuis leur arrivée en France. L'ambassadeur de Siam répondit avec honneur et esprit, remerciant M. de Croissy et exprimant sa joie de voir que leur conduite était appréciée. Il souligna que leurs actions étaient conformes aux ordres du roi de Siam et qu'ils cherchaient à plaire au roi de France et à tous les Français. M. de Croissy mentionna que la plus grande marque d'amitié que le roi de Siam pouvait offrir au roi de France était de protéger les missionnaires français et les Siamois catholiques dans ses États. L'ambassadeur de Siam assura que le roi de Siam avait déjà pris des mesures en ce sens et que l'amitié entre les deux rois se renforcerait par la protection des missionnaires et des catholiques. La conversation, qui fut publique, reçut des applaudissements pour le discours de M. de Croissy en faveur de la religion. Ce dernier conclut en souhaitant aux ambassadeurs de profiter de leur journée de divertissement à l'opéra, mettant ainsi fin à la conversation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 281-287
Ils vont à Versailles, pour y voir le soir tenir Appartement. [titre d'après la table]
Début :
Deux jours avant que les Ambassadeurs eussent leur Audience de [...]
Mots clefs :
Versailles, Appartement, Roi, Majesté, Appartements, Duc de Noailles, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à Versailles, pour y voir le soir tenir Appartement. [titre d'après la table]
Deux jours avant que les
Ambaſſadeurs euſſent leurAudience
de congé , ils allerentà
Verſailles , parce qu'il y avoit
ce foir-làAppartement,&que
Aa
282 IV. P. duVoyage
n'ayant vû le Roy au milieu
de ſes Sujets, qu'environnéde
l'éclat du Trône , il falloit
qu'ils le viſſent au milieu de
ces mêmes Sujets , ne paroître
pas moins grandpar ſa bonté
qu'il l'eſt par ſes vertus , par
fon rang , & par fes grandes
actions. Ce jour-là eſtant deſtiné
entierement pour voir
Sa Majesté , & pour revoir les
Appartements de Verſailles ,
ils furent conduits au dîner
du Roy , qui leur dit , qu'il
estoit fâché que fon indiſpoſition
l'euftfait differerfi long-temps à
les voir ,&que fans cela , il
desAmb. deSiam. 283
les auroit même vûs plusieurs
fois. L'Ambaſſadeur répondit,
que quoy qu'il fuft extrémement
fâché d'avoir esté privé de ce
plaisir & de cet honneur , le
parfait rétabliſſement de la fanté
de Sa Majesté l'en confoloit.
Le Roy ne luy parla pas davantage
pendant le dîner ,
mais Sa Majeſté en ditbeaucoup
de choſes avantageuſes.
Ils allerent l'aprés-dînée en
attendant l'heure des Appartements
, ſe promener dans la
Galerie , qu'ils avoient demandé
à revoir. Ils l'admirerent
de nouveau , &s'attache
Aa ij
284 IV. P. du Voyage
rent fort à confiderer le Roy,
lors qu'à l'ouverture de ſa premiere
Campagne de Hollande
, il donne ſes ordres pour
quatre Sieges à la fois..Ils examinerent
les Salons qui font
aux deux bouts ,& qu'ils n'avoient
pas encore vûs , parce
que la Peinture n'en eſtachevée
que depuis deux mois.
L'un eft appellé le Salon de la
Guerre , & l'autre celuy de la
Paix , & l'on y voit tout ce
que l'un& l'autre peut reprefenter;
ils font de me leBrun,
c'eſt affés en.dire.
Us allerent le ſoir auxAp
des Amb. de Siam. 287
(
partemens , & quoy qu'il les
cuſſent déja vûs deux fois
pendant le jour , les lumieres
les rendit fi brillans , qu'ils
leur parurent encore plus riches
&plus beaux. Le Roy y
eſtoit avec tout ce que la Cour
a de plus diſtingué. Ils virent
joüer Sa Majesté qui cût la
bonté de leur parler pluſieurs
fois. Elle s'expliquoit à M
le Duc de Noüailles , ce Duc
rediſoit à M Torf ce que le
Roy luy avoit dit , & M Torf
à l'interprete , & les réponfes
eſtoient faites de la même
maniere à Sa Majesté. Ils
286 IV. P. du Voyage
parlerent encore au Roy dans
un autre endroit pendant la
Simphonie , & firent connoître
que les effets qu'ils voyoient
de la bontédu Roy au
milieu de ſaCour, meritoient
d'eſtre admirez aussi-bien que
tout ce qu'il a fait de grand.
Quelqu'un ayant voulu engager
l'Ambaſſadeur à regarder
les divers jeux , dont les
Appartements eftoient remplis,
il dit qu'il ne vouloit rien
voir , &qu'où le Roy estoit , il
n'avoitpoint d'yeux pourle reſte.
On les menadans la chambre
ou la colation eſt toûjours
des Amb. de Siam. 287
preparée les jours d'Appartemens
; ils pritent beaucoup
de plaisir à la voir ,&en mangerent.
Ils receurent de fi
grandes honneſterés deM. le
Duc de Nouailles , qu'ils fortirent
charmez de ſes manie
res obligeantes , dont ils parlerent
long-temps en chemin,
étant revenus la meſme nuit
coucher à Paris .
Ambaſſadeurs euſſent leurAudience
de congé , ils allerentà
Verſailles , parce qu'il y avoit
ce foir-làAppartement,&que
Aa
282 IV. P. duVoyage
n'ayant vû le Roy au milieu
de ſes Sujets, qu'environnéde
l'éclat du Trône , il falloit
qu'ils le viſſent au milieu de
ces mêmes Sujets , ne paroître
pas moins grandpar ſa bonté
qu'il l'eſt par ſes vertus , par
fon rang , & par fes grandes
actions. Ce jour-là eſtant deſtiné
entierement pour voir
Sa Majesté , & pour revoir les
Appartements de Verſailles ,
ils furent conduits au dîner
du Roy , qui leur dit , qu'il
estoit fâché que fon indiſpoſition
l'euftfait differerfi long-temps à
les voir ,&que fans cela , il
desAmb. deSiam. 283
les auroit même vûs plusieurs
fois. L'Ambaſſadeur répondit,
que quoy qu'il fuft extrémement
fâché d'avoir esté privé de ce
plaisir & de cet honneur , le
parfait rétabliſſement de la fanté
de Sa Majesté l'en confoloit.
Le Roy ne luy parla pas davantage
pendant le dîner ,
mais Sa Majeſté en ditbeaucoup
de choſes avantageuſes.
Ils allerent l'aprés-dînée en
attendant l'heure des Appartements
, ſe promener dans la
Galerie , qu'ils avoient demandé
à revoir. Ils l'admirerent
de nouveau , &s'attache
Aa ij
284 IV. P. du Voyage
rent fort à confiderer le Roy,
lors qu'à l'ouverture de ſa premiere
Campagne de Hollande
, il donne ſes ordres pour
quatre Sieges à la fois..Ils examinerent
les Salons qui font
aux deux bouts ,& qu'ils n'avoient
pas encore vûs , parce
que la Peinture n'en eſtachevée
que depuis deux mois.
L'un eft appellé le Salon de la
Guerre , & l'autre celuy de la
Paix , & l'on y voit tout ce
que l'un& l'autre peut reprefenter;
ils font de me leBrun,
c'eſt affés en.dire.
Us allerent le ſoir auxAp
des Amb. de Siam. 287
(
partemens , & quoy qu'il les
cuſſent déja vûs deux fois
pendant le jour , les lumieres
les rendit fi brillans , qu'ils
leur parurent encore plus riches
&plus beaux. Le Roy y
eſtoit avec tout ce que la Cour
a de plus diſtingué. Ils virent
joüer Sa Majesté qui cût la
bonté de leur parler pluſieurs
fois. Elle s'expliquoit à M
le Duc de Noüailles , ce Duc
rediſoit à M Torf ce que le
Roy luy avoit dit , & M Torf
à l'interprete , & les réponfes
eſtoient faites de la même
maniere à Sa Majesté. Ils
286 IV. P. du Voyage
parlerent encore au Roy dans
un autre endroit pendant la
Simphonie , & firent connoître
que les effets qu'ils voyoient
de la bontédu Roy au
milieu de ſaCour, meritoient
d'eſtre admirez aussi-bien que
tout ce qu'il a fait de grand.
Quelqu'un ayant voulu engager
l'Ambaſſadeur à regarder
les divers jeux , dont les
Appartements eftoient remplis,
il dit qu'il ne vouloit rien
voir , &qu'où le Roy estoit , il
n'avoitpoint d'yeux pourle reſte.
On les menadans la chambre
ou la colation eſt toûjours
des Amb. de Siam. 287
preparée les jours d'Appartemens
; ils pritent beaucoup
de plaisir à la voir ,&en mangerent.
Ils receurent de fi
grandes honneſterés deM. le
Duc de Nouailles , qu'ils fortirent
charmez de ſes manie
res obligeantes , dont ils parlerent
long-temps en chemin,
étant revenus la meſme nuit
coucher à Paris .
Fermer
Résumé : Ils vont à Versailles, pour y voir le soir tenir Appartement. [titre d'après la table]
Deux jours avant leur audience de congé, les ambassadeurs visitèrent Versailles pour voir le roi et les appartements. Ils souhaitaient observer le roi dans l'éclat de son trône et au milieu de ses sujets pour constater sa grandeur par sa bonté et ses vertus. Ils assistèrent au dîner du roi, qui regretta de ne pas les avoir vus plus tôt en raison de son indisposition. L'ambassadeur exprima son réconfort face au rétablissement du roi. Pendant le dîner, le roi parla favorablement de l'ambassadeur. L'après-midi, les ambassadeurs se promenèrent dans la Galerie, admirèrent le roi donnant des ordres pour une campagne en Hollande, et examinèrent les Salons de la Guerre et de la Paix, récemment achevés. Le soir, ils assistèrent aux appartements, où les lumières rendirent les lieux brillants. Le roi, entouré de la cour, joua et parla aux ambassadeurs, qui admirèrent sa bonté. Ils refusèrent de regarder les jeux, préférant se concentrer sur le roi. Ils prirent plaisir à la collation et reçurent des honneurs de M. le Duc de Noüailles avant de retourner à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 287-316
Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Début :
Ils retournerent à Versailles deux jours aprés pour prendre leur [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Ambassadeurs, Audience de congé, Audiences, Harangues, Prince, Maître, Duc, France, Majesté, Qualités, Duc, Congé, Apprendre, Admiration, Honneur, Audience, Vertus, Amitié, Ordres, Orient, Roi de Siam, Ciel, Retour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Ils retournerent àVerſailles
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
Fermer
Résumé : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam retournèrent à Versailles deux jours après leur première audience pour prendre congé du roi. Lors de cette audience, l'ambassadeur et le duc de la Feuillade discutèrent des figures de bronze en France et des métaux utilisés à Siam. Le duc affirma sa maîtrise en fonte des métaux. La conversation porta ensuite sur les émotions de l'ambassadeur, qui exprima sa joie à l'idée de voir le roi et sa tristesse à l'idée de partir, mais aussi sa détermination à raconter les magnificences et les vertus du roi de France au roi de Siam. L'audience de congé se déroula avec les mêmes cérémonies que la première audience. L'ambassadeur fit un compliment en siamois, traduit par l'abbé de Lionne. Il demanda la permission de retourner auprès de leur roi, exprimant l'impatience de ce dernier d'apprendre le succès de l'ambassade et les merveilles à raconter. Les ambassadeurs soulignèrent les qualités extraordinaires du roi de France, sa majesté, sa douceur et son affabilité, et exprimèrent leur admiration et leur reconnaissance. Après cette harangue, qui reçut de grands applaudissements, les ambassadeurs eurent seize autres audiences le même jour, commençant par celle de Monseigneur. Ils adressèrent des compliments à divers membres de la famille royale, louant leurs qualités et exprimant leur admiration. Ils promirent de rapporter ces compliments et ces admiractions à leur roi et de publier les vertus du roi de France dans l'Orient. Les ambassadeurs rencontrèrent également Mademoiselle d'Orléans, Madame la Princesse, Monsieur le Duc, Madame la Princesse de Conti et Monsieur le Prince de Conti. Les compliments échangés reflétaient l'affection pour le roi de Siam et l'estime pour les ambassadeurs. Le même jour, ils prirent congé de Monsieur de Croissy, qui parla de la religion chrétienne de manière éloquente et persuasive, suscitant l'admiration des présents. Ils se rendirent également chez Monsieur de Seignelay, qui les complimenta sur la réputation qu'ils emportaient de France avant de discuter d'affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 18-47
RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Début :
Vous serez sans doute fort édifiée de ce que vous allez / Le R. P. Marc d'Aviano revint en cette Ville [...]
Mots clefs :
Empereur, Église, Dieu, Mort, Santé, Marc d'Aviano, Majesté, Cour, État de santé, Vie, Dévotion, Capucins, Religieux, Peuples, Vienne, Malade, Médecins, Matin, Corps, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Vous ferez ſans doute fort
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
Fermer
21
p. 2-66
EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Début :
La Maison de Choiseul est si connuë dans l'Europe [...]
Mots clefs :
Maréchal Choiseul, Troupes, Roi, Majesté, Prince, Ennemis, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
EXTRAIT
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
Fermer
Résumé : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Le texte présente les faits marquants concernant la vie et la carrière militaire du Maréchal de Choiseul. La maison de Choiseul, originaire de Champagne, est réputée pour son ancienneté et sa noblesse, confirmée par une généalogie remontant à 17 aïeuls et aïeules. Jean de Choiseul, ancêtre de Choiseul, fit hommage-lige à la princesse Alix de Dreux en 1239. La famille Choiseul est liée à plusieurs branches nobles, dont les marquis de Langres et les ducs de Choiseul. Claude de Choiseul, né le 16 décembre 1632 et mort le 13 mars 1711, commença sa carrière militaire à 16 ans en 1649. Il se distingua lors du combat de Vurysur Seine et reçut le régiment de cavalerie de Sa Majesté en 1653. Il participa à de nombreux sièges et batailles, notamment à Mouzon, Sainte-Menehoult, Arras, et Valenciennes. En 1664, il combattit en Hongrie au secours de l'Empereur. Promu brigadier en 1667, il se distingua lors des sièges de Tournay, Douay, et Lisle. En 1669, il fut nommé maréchal de camp et envoyé en Candie, où il négocia une capitulation honorable avec les Turcs. En 1671, il se distingua lors de la guerre de Hollande et fut promu lieutenant général en 1676. Il commanda diverses troupes en Lorraine et sur le Rhin, et fut nommé maréchal de France en 1693. Sa carrière militaire fut marquée par son courage, sa capacité stratégique, et son dévouement au service du roi. Entre 1694 et 1697, le Maréchal de Choiseul continua à jouer un rôle crucial sur le plan militaire. En 1694, il fut nommé pour commander les côtes maritimes du Ponant, couvrant la Normandie et la Bretagne, avec une autorité étendue de Brest à Dieppe. En 1695, il défendit Dieppe contre les bombardements ennemis et sauva Le Havre grâce à ses précautions. En 1696, il commanda l'armée en Allemagne, traversa le Rhin et occupa le Marquisat de Baden. Il repoussa les forces du Prince de Baden, malgré leur supériorité numérique, en fortifiant un ruisseau. En 1697, il continua de subsister aux dépens des ennemis près de Mayence et traversa le Rhin pour empêcher les projets de l'ennemi. Sa santé déclinante le força à se retirer en 1697. Le roi exprima publiquement son estime pour lui. Le Maréchal de Choiseul mourut le 15 mars, après avoir réglé ses dettes et aidé ses créanciers. Il fut loué pour son honneur, sa générosité et son courage, incarnant les vertus d'un véritable chevalier et chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 53-61
« Sa Majesté donna l'Abbaye de S. Florent lez Saumur, [...] »
Début :
Sa Majesté donna l'Abbaye de S. Florent lez Saumur, [...]
Mots clefs :
Abbaye, Diocèse, Abbé, Majesté, Ordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sa Majesté donna l'Abbaye de S. Florent lez Saumur, [...] »
Sa Majesté donna I)Abbaye
de S. Florent lez Saumur
, vacante par la mort
de Mr l'Abbé de Bourlaimontj
à Françoisde Berton
de Crillon Evesque de Vence.
Cette Abbaye est de
l'Ordre de S. Benoist, &
dans le Diocese d'Angers,
quoy qu'elle ne se dise d'aucun
Diocese. On l'appelle
Saint Florent, lez Saumur,
parce qu'elle est ficuée proche
de la Ville de Saumur,
& pour la distinguer d'une
autre Abbaye du même
nom qui est dans la Ville,
& qu'on nomme Saint Florent
le Vieux.
Saint Florent, natif de
Poitou, estoit Prestre, Disciple
de S. Martin. Aprés
la mort de son Maistre il
se retira dans un caverne de
la montagne de Glonne ou
Glan sur la rive de la Loire,
dans le. Diocese d'Angers
du costédeceluy de Nantes,&
il y finit ses jours. On
fit de son Hermitag-c. vers la
fin du septiéme siecle une
Abbaye qui subsiste encore
aussi fous le nom de Saint
FlorentleVieux. CerteAbbaye
ayant esté pillée & brûlée
par les Normans, Thibault
Comte de Blois en fit
rebastir une autre dans le
Chasteau de Saumur, où
l'on déposa les Reliques de
S. Florent, ce qui donna
encore le nojD à cette Ab,..
baye,qui fut détruite avec
le Chasteau l'an 1025. Quatreou
cinq ans après on en
bastit une nouvelle prés de
la Ville vers le Couchant,
sur la petite riviere de
Thoué qui va se décharger
de là dans la Loire, & c'est
celle que Ion nomme Saint
Florent lez Saumur.
Celle de la Creste - a esté
donnée à Antoine Charpin
de Gennetines, Evêque de
Limoges;elle vacquoit aussi
par la mort de Mr l'Abbé
de Bourlaimont. Cette Abbayeest
de l'Ordre de Cie..
teaux , au Diocese de Langres
,& ficuée dans le Bourg
de la Creste sur lariviere de
Regnon dans le Bassignyen
Champagne à trois lieuës
de Chaumont du costé de
l'Orient. Elle fut fondée le
30. Juin iiii.&clleeflfil.-.
le de Morimond. Saint Bernard
en parle dans la Lettre
346-
Celle de Montiers Ramey
, ou de Montieramey
)
vacante par la mort deMr
de Beaumanoir Evesque de
Rennes, à Pierre de Pardaillan
de Gondrin, Chanoine
del'Eglise de Paris, & fils
de Mr le Duc d'Antin. Elle
estde l'Ordre de S. Benoist,
au Diocese de Troyesen
Champagne, & ficuée à
quatre lieuës de laVille de
cenom,sur leruisseau de
Barse. Cette Abbaye fut
fondéel'an 837.sousLouis
leDebonnaire par le Prestre
Adremar ou ArrerJlàrJdont
rite porta le nom pendant
quelque temps, comme on
le voit par ces mots latins
MenasteriumAmmarense ou
Monasterium Adremari. Le
Corps de Saint Victor
,
dit
SaintVictre d'Aicis
3
sur Aube
en Champagne
,
fut en*
terré dans sa Cellule de Saturniac,
à trois petites lieuës
de cette Ville. Il fut transportédepuis
dans le Monastcre
du Manoir de Carbon
appelle Montier Ramey
,
&
ce fut ce qui donna occasion
de choisir ce Saint pour
Patron du lieu.
Celle de Tulley
, vacante
par la mortd'Estienne de
Rollée de Pallieres
3
à Mr
l'Abbé Trudaine. Elle est
de l'Ordre deCisteaux
,
&
dans le Diocese de Langres.
Celie de Laumosne, ou
du Petit-Cisteaux
, vacance
par lamort de Mr l'Abbé
du Pré, à Mr l Abbé Martineau
de Prince. Elle ert de
l'Ordre de Cisteaux, & dans
le Diocese de Chartres.
Celle de Bonnevaux,
vacante par la démission
d'Henri Augustin lePilleur,
nomméàl'Evêché de Saintes,
àMr l'Abbé Carpinel.
Elleest del'Ordre de Cisteaux
, dans le Diocese de
Vienne; & elle sur fondée
par le Pape Calixte II.
Celle de laVernuce,vacante
par la mort de Mr
l'Abbé Bossard, à Mr
l'Abbé Berjavel. Elle est
de l'Ordre deSaine Augustin
, & dans le Diocese de
Bourges.
Celle de S. Loup, qui est à
la Presentation de Monsieur
le Duc d'Orléans, à Me de
Chastillon. Elleestdel'Ordre
Cisteaux,&dans le Diocese
d'Orleans,àun quart
de lieuë de la Ville de ce
nom. Cette Abbaye estoit
vaccante par la mort de
Louise-Charlotte de Char.
tillon.
de S. Florent lez Saumur
, vacante par la mort
de Mr l'Abbé de Bourlaimontj
à Françoisde Berton
de Crillon Evesque de Vence.
Cette Abbaye est de
l'Ordre de S. Benoist, &
dans le Diocese d'Angers,
quoy qu'elle ne se dise d'aucun
Diocese. On l'appelle
Saint Florent, lez Saumur,
parce qu'elle est ficuée proche
de la Ville de Saumur,
& pour la distinguer d'une
autre Abbaye du même
nom qui est dans la Ville,
& qu'on nomme Saint Florent
le Vieux.
Saint Florent, natif de
Poitou, estoit Prestre, Disciple
de S. Martin. Aprés
la mort de son Maistre il
se retira dans un caverne de
la montagne de Glonne ou
Glan sur la rive de la Loire,
dans le. Diocese d'Angers
du costédeceluy de Nantes,&
il y finit ses jours. On
fit de son Hermitag-c. vers la
fin du septiéme siecle une
Abbaye qui subsiste encore
aussi fous le nom de Saint
FlorentleVieux. CerteAbbaye
ayant esté pillée & brûlée
par les Normans, Thibault
Comte de Blois en fit
rebastir une autre dans le
Chasteau de Saumur, où
l'on déposa les Reliques de
S. Florent, ce qui donna
encore le nojD à cette Ab,..
baye,qui fut détruite avec
le Chasteau l'an 1025. Quatreou
cinq ans après on en
bastit une nouvelle prés de
la Ville vers le Couchant,
sur la petite riviere de
Thoué qui va se décharger
de là dans la Loire, & c'est
celle que Ion nomme Saint
Florent lez Saumur.
Celle de la Creste - a esté
donnée à Antoine Charpin
de Gennetines, Evêque de
Limoges;elle vacquoit aussi
par la mort de Mr l'Abbé
de Bourlaimont. Cette Abbayeest
de l'Ordre de Cie..
teaux , au Diocese de Langres
,& ficuée dans le Bourg
de la Creste sur lariviere de
Regnon dans le Bassignyen
Champagne à trois lieuës
de Chaumont du costé de
l'Orient. Elle fut fondée le
30. Juin iiii.&clleeflfil.-.
le de Morimond. Saint Bernard
en parle dans la Lettre
346-
Celle de Montiers Ramey
, ou de Montieramey
)
vacante par la mort deMr
de Beaumanoir Evesque de
Rennes, à Pierre de Pardaillan
de Gondrin, Chanoine
del'Eglise de Paris, & fils
de Mr le Duc d'Antin. Elle
estde l'Ordre de S. Benoist,
au Diocese de Troyesen
Champagne, & ficuée à
quatre lieuës de laVille de
cenom,sur leruisseau de
Barse. Cette Abbaye fut
fondéel'an 837.sousLouis
leDebonnaire par le Prestre
Adremar ou ArrerJlàrJdont
rite porta le nom pendant
quelque temps, comme on
le voit par ces mots latins
MenasteriumAmmarense ou
Monasterium Adremari. Le
Corps de Saint Victor
,
dit
SaintVictre d'Aicis
3
sur Aube
en Champagne
,
fut en*
terré dans sa Cellule de Saturniac,
à trois petites lieuës
de cette Ville. Il fut transportédepuis
dans le Monastcre
du Manoir de Carbon
appelle Montier Ramey
,
&
ce fut ce qui donna occasion
de choisir ce Saint pour
Patron du lieu.
Celle de Tulley
, vacante
par la mortd'Estienne de
Rollée de Pallieres
3
à Mr
l'Abbé Trudaine. Elle est
de l'Ordre deCisteaux
,
&
dans le Diocese de Langres.
Celie de Laumosne, ou
du Petit-Cisteaux
, vacance
par lamort de Mr l'Abbé
du Pré, à Mr l Abbé Martineau
de Prince. Elle ert de
l'Ordre de Cisteaux, & dans
le Diocese de Chartres.
Celle de Bonnevaux,
vacante par la démission
d'Henri Augustin lePilleur,
nomméàl'Evêché de Saintes,
àMr l'Abbé Carpinel.
Elleest del'Ordre de Cisteaux
, dans le Diocese de
Vienne; & elle sur fondée
par le Pape Calixte II.
Celle de laVernuce,vacante
par la mort de Mr
l'Abbé Bossard, à Mr
l'Abbé Berjavel. Elle est
de l'Ordre deSaine Augustin
, & dans le Diocese de
Bourges.
Celle de S. Loup, qui est à
la Presentation de Monsieur
le Duc d'Orléans, à Me de
Chastillon. Elleestdel'Ordre
Cisteaux,&dans le Diocese
d'Orleans,àun quart
de lieuë de la Ville de ce
nom. Cette Abbaye estoit
vaccante par la mort de
Louise-Charlotte de Char.
tillon.
Fermer
Résumé : « Sa Majesté donna l'Abbaye de S. Florent lez Saumur, [...] »
Le texte mentionne plusieurs nominations et informations concernant des abbayes en France. Sa Majesté a attribué l'Abbaye de Saint-Florent-lez-Saumur, de l'Ordre de Saint-Benoît et située près de Saumur, à François de Berton de Crillon, Évêque de Vence. Cette abbaye est distincte de Saint-Florent-le-Vieux, fondée au septième siècle sur les lieux de retraite de Saint Florent, un disciple de Saint Martin. L'abbaye actuelle a été reconstruite après avoir été pillée par les Normands et détruite en 1025. D'autres abbayes mentionnées incluent celle de la Creste, donnée à Antoine Charpin de Gennetines, Évêque de Limoges, et située dans le Diocèse de Langres. L'Abbaye de Montiers-Ramey, fondée en 837 par le prêtre Adremar, a été attribuée à Pierre de Pardaillan de Gondrin, Chanoine de Paris. L'Abbaye de Tulley, de l'Ordre de Cîteaux, a été confiée à l'Abbé Trudaine. L'Abbaye de Laumosne, également de l'Ordre de Cîteaux, a été donnée à l'Abbé Martineau de Prince. L'Abbaye de Bonnevaux, fondée par le Pape Calixte II, a été attribuée à l'Abbé Carpinel. L'Abbaye de la Vernuce, de l'Ordre de Saint-Augustin, a été confiée à l'Abbé Berjavel. Enfin, l'Abbaye de Saint-Loup, de l'Ordre de Cîteaux, a été présentée à Me de Chastillon par le Duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 217-248
Tres-humble Adresse presentée à la Reine de la Grande Bretagne par le Deputé du Magistrat de Dunkerque auprés de sa Majesté.
Début :
MADAME, Le sieur TUGGHE Deputé du Magistrat de Dunkerque auprés [...]
Mots clefs :
Reine, Grande-Bretagne, Dunkerque, Député, Démolition, Port, Miséricorde, Majesté, Commerce, Travaux, Familles, Subsistance, Pêche, Conserver , Clémence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tres-humble Adresse presentée à la Reine de la Grande Bretagne par le Deputé du Magistrat de Dunkerque auprés de sa Majesté.
Très-humbleAdreffi presentée à
la Reine de la Grande Bretagnepar
le Députédu Milgistrat
de Dunkerqueauprés
deSaMajesté.
MADAME,
Le sieur T U G G H E Deputé
du Magistrat de Dunkerque
auprès de Vôtre Majiltc
, pour implorerVotre
Clemence au fuictd, la Démolition
resoluë de cettc
Ville & de son Port, avoit
cfperé que par les tres soumises
representations qu'il
avoit osé faire,touchant la
misereextrême où cette Demolition
va reduire dix- huit
mille Familles dont cette
Ville cft composée, la misericorde
de Votre Majesté
auroir pû être ébranlée, &
que suivant sa tres re spectucufedemande
il auroit pû
en obtenir Ja conservation
des seulesJetées de ce Porr.
Mais My Lord Vicomte de
Bolingbrockevotre Secrétaire
dEtat vient de le fraper
d'un coup de foudre, en lui
annonçant que Votre Majesté
n'apas trouve à propos
de rienchanger dans la Seno
tence terrible qu'elle a prononcéecontrecetteVille,
ÔC
qu'elle veut que cette Sentence
soit exécutée dans toute
son éccnduë. Etourdi de ce
coup, le sieur Tugghe ne
laisse pas de s'approcher encore
une fois de votre Tiône
redoutable, rassuré en
cela par les bienfaits que vo- treClemenceen ftic découler
sur tous les Peuples de la
Terre. Et de representer en
tremblant à Votre Majesté,
qu'il ne demande point que
les Travaux qui peuvent servir
à Dunkerque soit pour
sonattaque, soit pour sa défence
soient conservez, ni
du côté de la Terre, ni du
côté de la Mer. La magnificence
de ces Travaux, la
terreur qu'ilspouvoient inspirer
à tous ceux qui les
voyoient, ne touchent plus
ses malheureux Habitans. Il
ne demande que la confervarion
des feules jetées qui
forment & qui entretiennent
son Port, pour pouvoir par
là conserver à son Peuple
une subsistance seulement
nécessaire, en le mettant en
état de continuer sa Pêche
du Harang
, & quelqueautres
petits Commerces le
Jong de la Côte.
Votre Majesté pleine d'une
Clemence naturelle
J
&
d'uneCharité Chrétienne
dont toutes les Nations ressentent
les effets, ne veut
point le mal pour le mal,
4c elle ne l'admet dans fcs réfolurions
qu'autant qu'ilest
indispensable & necessaire
selon ses vûës politiques&.
suivant le bien de ses propres
Sujets. Le sieurTuggheosera
sure observer à Votre Ma;
jette, que lacon conservation du
Port de Dunkerque, dans
l'etatnud où il vient d'être
representé, ne fera non seulement
pascontraire, niaux
vûës politiques de l'Angleterre
, ni au bien des Sujets
de la Grande Bretagne, mais
quelle fera même favorable
l, &' 1, aun à l'autre.
Dunkerque à eu le malheur
de devenir l'objetdelà
colere de la Grande Bretagne
,
soit par ses armemens
que le Roi y a faits, &qui
ont pû pendant les dernières
Guerres, traverser la tranquilité
de vos Royaumes, &
retarder l'éxecutiondes projets
de Votre Mjjcitc
,
soit
aussi par la course qu'ont faite
ses Habitans
,
laquelle à
souvent interrompu,& sou.
vant endommagé le commerce
de vos Sujets. Mais
dans l'état où le Suppliant
demande que son Port soit
réduit,c'est à dire, dépouillé
de tous ses Travaux
,
&
confervé dans les feules jetées
, il ne pourra plus, quelque
Guerre qui survienne
( , ce qu'il plaise à Dieu dedetourner)
ni former dobstacleaux
projets deVotre Majesté,
ni interrompre lecommerce
de vos Sujets, puisqu'alors
se sera une Ville toute
ouverte du côté de la Terre
& de la Mer; abandonnée
au premier occupant; sans défense pour celui qui
l'ocupera; & où toute Nation
Ennemie pourra entrer
par Mer & par Terre pour y
brûler, & les Vaissauxqu'on
pourroit y armer,&la Ville
& le Port même. Ainsi
danscet état, Dunkerquene
fera plus contraire
, & ne
pourra plus 1 être,ni aux vuës
politiquesde Votre Majesté
ni au bien de ses Sujets.
La conservation c'u Port
de Dunkerque sans Travaux
& sans défenses
) pourra être
dans les suites) également
utile, & devenir même abfolument
nécessaire & aux
vûës politiquesde Votre Majesté,
& au bien de ses Su jets.
Les vûësPolitiquesdeVotre
Majesté, sur tout en tems
de Paix, se renferment toutes
dans l'augmentation du
commerce de ses Sujets,
comme le bien de ses Sujets
cHtôur réarmedans laug-
- tmncennrtaattiioonn dauu ccoommmmeerrccee..
AJnfi en prouvant que laCol-bi
/crvaiionilu Port de Dunkerque
fera, non seulement
âvantageuse, mais aussi nécessaire
au commerce des
Peuplesrde la Grande Bretagnejle
Suppliant prouvera
tout ce qui est contenu dans
sa seconde proposition
i°. Dunkerque n'est devenu
l'objet de la jalousie des
Hollandais,& les Hollandois
n'ont desiré sa destruction
j que dans la vûë des'atribucr
à eux seuls tous le
commerce du PAYS- Bas AUU
trichien
,
& roue celuide
l'Allemagne;&ils ontcraint
que cesdeux commerces ne
fussent partagez avec eux par
lesautresNations, si le Port
-
de cette Ville étoit confervé
; parce que ce Port là ca
le seul de la Côte depuis OC.
tende en tirant à tOu.st
,
par où les Marchandises des
autres Pays Etrangers puissent
être introduites dans ces
Pays-là
,
qu'ils veulent entourer
comme d'une Mer
d'Airain pour s'enconserver
toute la consommation par
l'Escaut, par la Lys, & par
le Rhin. Er comme il importe
infiniment à l'Angleterre
de nêtre pas exclue de ces
deux commerces, il luiimporte
beaucoup aussi de conserver
le Port de Dunkerque,
quiest la feulevoye par
ou elle puisse s'y maintenir.
2.
°. Supposé que les Sujets
de VotreMajestépussent
malgré , les vûës des Hollandois
,
continuer leur commerce
dans le Pays Bas Autrichien
par les Ports d'Ostende
& de Nieuport, ils ne
pourront pas l'y soûtenir
Jung tems en concurence a..
Vec eux ,
à cause des fdCili",
tez &de la moindre dépense
que les premiers trouveront -
en faisant le leur par l Escaut
& par la Lys, & des grands
détours que les autres seront
obligez de prendre. Au lieu
qu'en conservant le Port de
Dunkerque,les Anglois trouveront
par cette voye des
facilitez presqueégalesàcelles
qu'auront les Hol landais,
liir. tout si Votre Majcfté
vouloît,comme elle le peut
aisement, obtenir du Roi
un Tranfic libre. & exempt
detous droits pour les Mar.
chandises d' Angleterre, depuis
Dunkerque jusques dans
le Pays Bas Autricien, par
Lille & par Drii>y.
3
°. Si l'on comble,ainsi
que Votre Majesté l'aresolu
,
le Port de Dunkerque, vos
Sujets setrouveront par là,
non seulement exclus du
commerce du Pays Bas Austric
hien, maisaussi de celui
de la Flandre Françoise, du
Hinaut, de l'Artois, &
d'une partie de la Picardie,
pucequilsn'auront plusde
Porc sur toute cette Côte
pour introduite leurs Marchandises
dans ces quatre
Provinces, celui de Calais ne
pouvant pas servir à ce commerce.
4° Si la démolition du
Port de Dunkerque ne rebute
pas les SujetsdeVotre
Majesté du commerce de la
Flandre Françoise
,
du Hainaut,
de l'Artois, & d'une
partie de la Picar die, &
qu'ilsentreprennent d'y sup-
.pîérV p ar les Ports d'Octende
& de Nieuport seront ce
commerce avec des incommoditez
infinies, & rendront
par cettevoye kuis Marchandises
incommerçable
par les frais de voiture qa
seront triplez, & par les triplesdroitsqu'elles
auroient
payées, sçavoit à la Maison
d'Autriche en entrant dans
fcs Ports, aux Hollandois
en passant par Furnes, par
Ipres
, par M;.-nin ,& autres
Villes de leur Domination,
& au Roi en entrant
dans son Pays. Aulieu qu'en
passent par Dunkerque dans
ces quatre Provinces, Icurt
frais de voiture seront légers,
à cause de la commodité des
Canaux,&ils ne payeront
que le seul droit d'entrée au
Roi.
ParleTraité de commerce
établi entre Votre Majesté
&famaieflé TresChretienne,
le Tarif de 1671. a été
conservé au Pays conquis. Ce
Tarif est beaucoup plus favorable
que celui de 1664.
qui doit être suivi dans tous
les autres Ports de la Côte de
Ponanr; & par consequent
la conservation du Port de
Dunkerque importe beaucoup
au commerce- de vos
Sujets
J.
puisque ce Port la
les fera jouïr de ce Tarif pour
toutes les Marchandées qui
feront par eux destinéespour
la consommation des Provinces
de Flandre
3
d'Artois.
& du Hainaut, au lieu qu'en
passant par les autres Ports,
ces mêmes Marchandises
payeront les droits suivans
le Tarif de 1664.
6". Pour confirmer à Votre
Majesté l'avantage que
trouve le commerce de ses
Sujets par le Port de Duo.,
kerque, le sieur Tugghca
l'honneur de lui presentes
une Liste de deux cens dix:
huit Vaisseaux Anglois, qui
depuis le 16.ou 17. Août
1712. jusqu'au12.ou ij*
May ïyi font venus dans
cePort-là,&yont déchargé
des Carguaifons montant à
plus de deux millions de livres
tournois ; en lui faisant
en mê/4.'me tems cLbsrerver. ï~
Que comme la France étoit
pendant ces neuf mois làen
Guerre;-avec la Hollande,
fcês Marchandées ne peuvent
point avoir passé dans
les Provinces Auftnchiennes
qu'elles o£cllpoic:)' qtfVlles
n'ont pûêtre consommées
que dans les provinces Françoises
de la Flandre, du
Hainaut & de l'Artois, &
qu'en tems de Paix cette consommation
& par con sequent
le commerce de l'Angleterreseront
bien plus
forts. 2° Quecomme Dunkerque
n'a pû fournir en
retour des Marchandises
qu'il a reçû pendant ces neuf
mois, ni Manufacture, ni
denrées de son crû
J parce
qu'il n'en a pointil a fallu
qu'il les ait entièrement
payées en argent, & qu'il
faudra qu'il les paye toujours
de illême) ce qui eu
un avantage tres-considerable
dans toutes sortes de
commerces.
7° Comme il n'est pas
impossible que dans ses suites
il arrive quelque rupture
cnrre l'Angleterre & la Hollande
, l'Angleterre pendant
ces tems, qu'il plaise à Dieu
de détour ner,se trouvera absolument
privée du commerce
de laFlandreFrançoise,
du Hamaut, de l'Artois, &
d'une partie de la Picardie,
puisqu'alors elle ne pourra
plus le faire par les eor4
oOucnde ni de Nieuport
avecmême toutes les difficultez&
toutes les depenses
ausquelles ces deux Ports les
assujetiroient naturellement
Parce que ces Marchandises
ne pourroient de ces deux
Porc là ècre transportées
dans les Provinces Françoises
qu'en passant dans les
places ocupées par les Hollandois
, qui vrai- semblablement
ne leurouvriroient
pas leurs portes. Ainsi dans
ce tems làaumoins,laconservarion
du Port de Dunkerque
fc trouvera nécessaire
au commerce des Sujets de
Votre Majesté.
.il 8° La franchise du Port
& de la Ville de Dunkerque,
si Votre Majesté veut bien
laisser flechir laresolution fevere
qu'elle a prise contre
ses Jetées, mettra vos Sujets
en état de faire leur commerce
avec plus de commo-
- dité qu'aucuneautreNation
dans les Provinces de ssandre;
du Hainaut, & du Brabanc
Autrichien
,
dans les
Provinces Françoises de la
«
Flandre, du Hunaut
tde
l'Artçns., de la Picardie ôc
dans l'Allemagne même ,
par les Magazins de dépôt
qu'ils pourrontyavoir, &
qui leur donneront la commodité
de faire leurs envois
en tous ces Pays là à point
nommé & dans les lems propres. 2°Suppose que les contradictions
qu'ont trouvées
-
dans la Chambredes Communes
du Parlement de votre
Royaume, le 8. &!J. Articles
du Traité de commerce
conclu par Votre Majesté
avec la France
,
eussent lieu,
& qu'elles détruisissent
-
les
raisons
raisons ci dessus alleguées en
faveur du commerce d'Angleterre
par Dun kerque dans
les Provinces Françoises, cellesalléguées
en faveur de ce
v. o
même commerce par Dunkrque
dans le Pays-Bas Austrichien
, & en Allemagne
au moyen d'un Transirlibre
& exempt de tous droits subsisteroient
tou jours, &fj/flriront
pour faire voir
LVotte
Majesté, que la conservanon
de ce Port dans ses seules
J tées dénuées de toutes désfenses,
fera non seulement
d'une utilitétrès-avantn^euse,
mais même dune necessité
absolue au commerce
de l'A ngleterre,
JOU Tous ceux qui ont
quelque connoissance de la
Navigation, sçavent que les
Vaisseaux qui sont à lajvfer,
De sauroient jamais avoir fous
le Vent assez de lieux de retraire,
soit pour s'y mettre
à l'abri des Tempêtes, lorsqu'ils
en sont accueillis, foie
pour s'y rajuster après les avoir
soutenües sans naufrage.
Le Port de Dunkerque
cft une de ces retraites desirables
pour les Vaisseaux qui
font leur route pour aller
dans le Non, oupour
en revernit. Et quoi que
l'Angleterre ait sur sa Côte
quantité de lieux de relâche,
il pourra néanmoins souvent
arriver aprésladémolition
des Jetéespourlesquelles ont
demande grace à Vostre
Majesté, que le Vaisseaux de
les Sujets se trouvent Affalez
à la cosse de Dunker quc
par de tels vents, que ne
peuvent gagnct la leur, ils
feront réduits à regretir inutilement,
comme routes les
autres Nations commerçant
tes dans le Nort, ce Port de
Salut dont on les aura privez,
& que la seule pitié
due aux périls des Navigateurs,
auroit dû, fuivanr les
sentimens les plus ordinaires
de l humanité, leur faite
confetver.
Pour toutes ces raisons,
c'est à dire, pour le peu de
dommage que pourra faire
aux Sujets de Vostre Majesté,
ni à ceux de sesAlli 2,
le Port de Dunkerque dépouillé
de toutes ses démolitions,
tant du cosse de la
Mer,que du costé de 1*
Terre; pour l'utilité que le
Commerce d'Angleterre
trouvera dans la conservation
de cc même Porc en
l'étatci-dessusexpliqué, &
par la perte inutilement ruïneuse
que souffriront de sa
démolition les malheureux
Habitans decette Ville. Le
Magistrat de Dunkerque, &;
le sieur Tugghe son Deputé,
esperent que Vostre Majesté
voudra bien revoquer une
partie de sa Sentence, en
faisant tomber sa foudre sur
les seulstravaux de guerre
qui ont pu attirer fan indigna
ion, & en lassant subfilJcr
ses seules Jetées, qui
nuës comme elles feront rOC
pourront plus estre qu'un
objet de pitié. Elles feront
même un monumentéternel
de vostre gloire, puis qu'en
rapellanr sans cesse le souvenir
des ornemeus redoutales
dont vostre feule volonté les
aura dépouillées elles rappelleront
en même tems un éternel
souvenit de vostre clemence
qui les aura conserveés
aux larmes & aux gemissemens
des Peuples de cette
Ville, abîmée dans la douleur.
C'tll par ces larmes &
par ces gemissemens,que ce
Magistrat & son Deputé
prosternez aux pieds de
vostreTrône, également
clement & redoutable, vous
demandant la conservationde
leur Port. Et supphant
vostre Majesté de vouloir
bien tourner ses regards piroiables,
sur dix huit mille
Familles qui vont estre errantes
& dispersées, si par
l'execution entiere & severe
de vos Odres, elles sont obligées
d'abandonner leurs
Foyers, pour aller chercher,
ou flûcoc mandier, le pain
que vous leur aurez ossé.
Que vostre main toûjours
bien faisante, ne soit pas
l'instrument de leur misere
& de leur dispertion. Er que
le Peuple de Dunkerque ne
soit pas le seul Peuple du
monde qui puisse Ce plaindre
derigeur d'une REINE,
donc toutela terre adore, &
la sagesse, & la clémence.
la Reine de la Grande Bretagnepar
le Députédu Milgistrat
de Dunkerqueauprés
deSaMajesté.
MADAME,
Le sieur T U G G H E Deputé
du Magistrat de Dunkerque
auprès de Vôtre Majiltc
, pour implorerVotre
Clemence au fuictd, la Démolition
resoluë de cettc
Ville & de son Port, avoit
cfperé que par les tres soumises
representations qu'il
avoit osé faire,touchant la
misereextrême où cette Demolition
va reduire dix- huit
mille Familles dont cette
Ville cft composée, la misericorde
de Votre Majesté
auroir pû être ébranlée, &
que suivant sa tres re spectucufedemande
il auroit pû
en obtenir Ja conservation
des seulesJetées de ce Porr.
Mais My Lord Vicomte de
Bolingbrockevotre Secrétaire
dEtat vient de le fraper
d'un coup de foudre, en lui
annonçant que Votre Majesté
n'apas trouve à propos
de rienchanger dans la Seno
tence terrible qu'elle a prononcéecontrecetteVille,
ÔC
qu'elle veut que cette Sentence
soit exécutée dans toute
son éccnduë. Etourdi de ce
coup, le sieur Tugghe ne
laisse pas de s'approcher encore
une fois de votre Tiône
redoutable, rassuré en
cela par les bienfaits que vo- treClemenceen ftic découler
sur tous les Peuples de la
Terre. Et de representer en
tremblant à Votre Majesté,
qu'il ne demande point que
les Travaux qui peuvent servir
à Dunkerque soit pour
sonattaque, soit pour sa défence
soient conservez, ni
du côté de la Terre, ni du
côté de la Mer. La magnificence
de ces Travaux, la
terreur qu'ilspouvoient inspirer
à tous ceux qui les
voyoient, ne touchent plus
ses malheureux Habitans. Il
ne demande que la confervarion
des feules jetées qui
forment & qui entretiennent
son Port, pour pouvoir par
là conserver à son Peuple
une subsistance seulement
nécessaire, en le mettant en
état de continuer sa Pêche
du Harang
, & quelqueautres
petits Commerces le
Jong de la Côte.
Votre Majesté pleine d'une
Clemence naturelle
J
&
d'uneCharité Chrétienne
dont toutes les Nations ressentent
les effets, ne veut
point le mal pour le mal,
4c elle ne l'admet dans fcs réfolurions
qu'autant qu'ilest
indispensable & necessaire
selon ses vûës politiques&.
suivant le bien de ses propres
Sujets. Le sieurTuggheosera
sure observer à Votre Ma;
jette, que lacon conservation du
Port de Dunkerque, dans
l'etatnud où il vient d'être
representé, ne fera non seulement
pascontraire, niaux
vûës politiques de l'Angleterre
, ni au bien des Sujets
de la Grande Bretagne, mais
quelle fera même favorable
l, &' 1, aun à l'autre.
Dunkerque à eu le malheur
de devenir l'objetdelà
colere de la Grande Bretagne
,
soit par ses armemens
que le Roi y a faits, &qui
ont pû pendant les dernières
Guerres, traverser la tranquilité
de vos Royaumes, &
retarder l'éxecutiondes projets
de Votre Mjjcitc
,
soit
aussi par la course qu'ont faite
ses Habitans
,
laquelle à
souvent interrompu,& sou.
vant endommagé le commerce
de vos Sujets. Mais
dans l'état où le Suppliant
demande que son Port soit
réduit,c'est à dire, dépouillé
de tous ses Travaux
,
&
confervé dans les feules jetées
, il ne pourra plus, quelque
Guerre qui survienne
( , ce qu'il plaise à Dieu dedetourner)
ni former dobstacleaux
projets deVotre Majesté,
ni interrompre lecommerce
de vos Sujets, puisqu'alors
se sera une Ville toute
ouverte du côté de la Terre
& de la Mer; abandonnée
au premier occupant; sans défense pour celui qui
l'ocupera; & où toute Nation
Ennemie pourra entrer
par Mer & par Terre pour y
brûler, & les Vaissauxqu'on
pourroit y armer,&la Ville
& le Port même. Ainsi
danscet état, Dunkerquene
fera plus contraire
, & ne
pourra plus 1 être,ni aux vuës
politiquesde Votre Majesté
ni au bien de ses Sujets.
La conservation c'u Port
de Dunkerque sans Travaux
& sans défenses
) pourra être
dans les suites) également
utile, & devenir même abfolument
nécessaire & aux
vûës politiquesde Votre Majesté,
& au bien de ses Su jets.
Les vûësPolitiquesdeVotre
Majesté, sur tout en tems
de Paix, se renferment toutes
dans l'augmentation du
commerce de ses Sujets,
comme le bien de ses Sujets
cHtôur réarmedans laug-
- tmncennrtaattiioonn dauu ccoommmmeerrccee..
AJnfi en prouvant que laCol-bi
/crvaiionilu Port de Dunkerque
fera, non seulement
âvantageuse, mais aussi nécessaire
au commerce des
Peuplesrde la Grande Bretagnejle
Suppliant prouvera
tout ce qui est contenu dans
sa seconde proposition
i°. Dunkerque n'est devenu
l'objet de la jalousie des
Hollandais,& les Hollandois
n'ont desiré sa destruction
j que dans la vûë des'atribucr
à eux seuls tous le
commerce du PAYS- Bas AUU
trichien
,
& roue celuide
l'Allemagne;&ils ontcraint
que cesdeux commerces ne
fussent partagez avec eux par
lesautresNations, si le Port
-
de cette Ville étoit confervé
; parce que ce Port là ca
le seul de la Côte depuis OC.
tende en tirant à tOu.st
,
par où les Marchandises des
autres Pays Etrangers puissent
être introduites dans ces
Pays-là
,
qu'ils veulent entourer
comme d'une Mer
d'Airain pour s'enconserver
toute la consommation par
l'Escaut, par la Lys, & par
le Rhin. Er comme il importe
infiniment à l'Angleterre
de nêtre pas exclue de ces
deux commerces, il luiimporte
beaucoup aussi de conserver
le Port de Dunkerque,
quiest la feulevoye par
ou elle puisse s'y maintenir.
2.
°. Supposé que les Sujets
de VotreMajestépussent
malgré , les vûës des Hollandois
,
continuer leur commerce
dans le Pays Bas Autrichien
par les Ports d'Ostende
& de Nieuport, ils ne
pourront pas l'y soûtenir
Jung tems en concurence a..
Vec eux ,
à cause des fdCili",
tez &de la moindre dépense
que les premiers trouveront -
en faisant le leur par l Escaut
& par la Lys, & des grands
détours que les autres seront
obligez de prendre. Au lieu
qu'en conservant le Port de
Dunkerque,les Anglois trouveront
par cette voye des
facilitez presqueégalesàcelles
qu'auront les Hol landais,
liir. tout si Votre Majcfté
vouloît,comme elle le peut
aisement, obtenir du Roi
un Tranfic libre. & exempt
detous droits pour les Mar.
chandises d' Angleterre, depuis
Dunkerque jusques dans
le Pays Bas Autricien, par
Lille & par Drii>y.
3
°. Si l'on comble,ainsi
que Votre Majesté l'aresolu
,
le Port de Dunkerque, vos
Sujets setrouveront par là,
non seulement exclus du
commerce du Pays Bas Austric
hien, maisaussi de celui
de la Flandre Françoise, du
Hinaut, de l'Artois, &
d'une partie de la Picardie,
pucequilsn'auront plusde
Porc sur toute cette Côte
pour introduite leurs Marchandises
dans ces quatre
Provinces, celui de Calais ne
pouvant pas servir à ce commerce.
4° Si la démolition du
Port de Dunkerque ne rebute
pas les SujetsdeVotre
Majesté du commerce de la
Flandre Françoise
,
du Hainaut,
de l'Artois, & d'une
partie de la Picar die, &
qu'ilsentreprennent d'y sup-
.pîérV p ar les Ports d'Octende
& de Nieuport seront ce
commerce avec des incommoditez
infinies, & rendront
par cettevoye kuis Marchandises
incommerçable
par les frais de voiture qa
seront triplez, & par les triplesdroitsqu'elles
auroient
payées, sçavoit à la Maison
d'Autriche en entrant dans
fcs Ports, aux Hollandois
en passant par Furnes, par
Ipres
, par M;.-nin ,& autres
Villes de leur Domination,
& au Roi en entrant
dans son Pays. Aulieu qu'en
passent par Dunkerque dans
ces quatre Provinces, Icurt
frais de voiture seront légers,
à cause de la commodité des
Canaux,&ils ne payeront
que le seul droit d'entrée au
Roi.
ParleTraité de commerce
établi entre Votre Majesté
&famaieflé TresChretienne,
le Tarif de 1671. a été
conservé au Pays conquis. Ce
Tarif est beaucoup plus favorable
que celui de 1664.
qui doit être suivi dans tous
les autres Ports de la Côte de
Ponanr; & par consequent
la conservation du Port de
Dunkerque importe beaucoup
au commerce- de vos
Sujets
J.
puisque ce Port la
les fera jouïr de ce Tarif pour
toutes les Marchandées qui
feront par eux destinéespour
la consommation des Provinces
de Flandre
3
d'Artois.
& du Hainaut, au lieu qu'en
passant par les autres Ports,
ces mêmes Marchandises
payeront les droits suivans
le Tarif de 1664.
6". Pour confirmer à Votre
Majesté l'avantage que
trouve le commerce de ses
Sujets par le Port de Duo.,
kerque, le sieur Tugghca
l'honneur de lui presentes
une Liste de deux cens dix:
huit Vaisseaux Anglois, qui
depuis le 16.ou 17. Août
1712. jusqu'au12.ou ij*
May ïyi font venus dans
cePort-là,&yont déchargé
des Carguaifons montant à
plus de deux millions de livres
tournois ; en lui faisant
en mê/4.'me tems cLbsrerver. ï~
Que comme la France étoit
pendant ces neuf mois làen
Guerre;-avec la Hollande,
fcês Marchandées ne peuvent
point avoir passé dans
les Provinces Auftnchiennes
qu'elles o£cllpoic:)' qtfVlles
n'ont pûêtre consommées
que dans les provinces Françoises
de la Flandre, du
Hainaut & de l'Artois, &
qu'en tems de Paix cette consommation
& par con sequent
le commerce de l'Angleterreseront
bien plus
forts. 2° Quecomme Dunkerque
n'a pû fournir en
retour des Marchandises
qu'il a reçû pendant ces neuf
mois, ni Manufacture, ni
denrées de son crû
J parce
qu'il n'en a pointil a fallu
qu'il les ait entièrement
payées en argent, & qu'il
faudra qu'il les paye toujours
de illême) ce qui eu
un avantage tres-considerable
dans toutes sortes de
commerces.
7° Comme il n'est pas
impossible que dans ses suites
il arrive quelque rupture
cnrre l'Angleterre & la Hollande
, l'Angleterre pendant
ces tems, qu'il plaise à Dieu
de détour ner,se trouvera absolument
privée du commerce
de laFlandreFrançoise,
du Hamaut, de l'Artois, &
d'une partie de la Picardie,
puisqu'alors elle ne pourra
plus le faire par les eor4
oOucnde ni de Nieuport
avecmême toutes les difficultez&
toutes les depenses
ausquelles ces deux Ports les
assujetiroient naturellement
Parce que ces Marchandises
ne pourroient de ces deux
Porc là ècre transportées
dans les Provinces Françoises
qu'en passant dans les
places ocupées par les Hollandois
, qui vrai- semblablement
ne leurouvriroient
pas leurs portes. Ainsi dans
ce tems làaumoins,laconservarion
du Port de Dunkerque
fc trouvera nécessaire
au commerce des Sujets de
Votre Majesté.
.il 8° La franchise du Port
& de la Ville de Dunkerque,
si Votre Majesté veut bien
laisser flechir laresolution fevere
qu'elle a prise contre
ses Jetées, mettra vos Sujets
en état de faire leur commerce
avec plus de commo-
- dité qu'aucuneautreNation
dans les Provinces de ssandre;
du Hainaut, & du Brabanc
Autrichien
,
dans les
Provinces Françoises de la
«
Flandre, du Hunaut
tde
l'Artçns., de la Picardie ôc
dans l'Allemagne même ,
par les Magazins de dépôt
qu'ils pourrontyavoir, &
qui leur donneront la commodité
de faire leurs envois
en tous ces Pays là à point
nommé & dans les lems propres. 2°Suppose que les contradictions
qu'ont trouvées
-
dans la Chambredes Communes
du Parlement de votre
Royaume, le 8. &!J. Articles
du Traité de commerce
conclu par Votre Majesté
avec la France
,
eussent lieu,
& qu'elles détruisissent
-
les
raisons
raisons ci dessus alleguées en
faveur du commerce d'Angleterre
par Dun kerque dans
les Provinces Françoises, cellesalléguées
en faveur de ce
v. o
même commerce par Dunkrque
dans le Pays-Bas Austrichien
, & en Allemagne
au moyen d'un Transirlibre
& exempt de tous droits subsisteroient
tou jours, &fj/flriront
pour faire voir
LVotte
Majesté, que la conservanon
de ce Port dans ses seules
J tées dénuées de toutes désfenses,
fera non seulement
d'une utilitétrès-avantn^euse,
mais même dune necessité
absolue au commerce
de l'A ngleterre,
JOU Tous ceux qui ont
quelque connoissance de la
Navigation, sçavent que les
Vaisseaux qui sont à lajvfer,
De sauroient jamais avoir fous
le Vent assez de lieux de retraire,
soit pour s'y mettre
à l'abri des Tempêtes, lorsqu'ils
en sont accueillis, foie
pour s'y rajuster après les avoir
soutenües sans naufrage.
Le Port de Dunkerque
cft une de ces retraites desirables
pour les Vaisseaux qui
font leur route pour aller
dans le Non, oupour
en revernit. Et quoi que
l'Angleterre ait sur sa Côte
quantité de lieux de relâche,
il pourra néanmoins souvent
arriver aprésladémolition
des Jetéespourlesquelles ont
demande grace à Vostre
Majesté, que le Vaisseaux de
les Sujets se trouvent Affalez
à la cosse de Dunker quc
par de tels vents, que ne
peuvent gagnct la leur, ils
feront réduits à regretir inutilement,
comme routes les
autres Nations commerçant
tes dans le Nort, ce Port de
Salut dont on les aura privez,
& que la seule pitié
due aux périls des Navigateurs,
auroit dû, fuivanr les
sentimens les plus ordinaires
de l humanité, leur faite
confetver.
Pour toutes ces raisons,
c'est à dire, pour le peu de
dommage que pourra faire
aux Sujets de Vostre Majesté,
ni à ceux de sesAlli 2,
le Port de Dunkerque dépouillé
de toutes ses démolitions,
tant du cosse de la
Mer,que du costé de 1*
Terre; pour l'utilité que le
Commerce d'Angleterre
trouvera dans la conservation
de cc même Porc en
l'étatci-dessusexpliqué, &
par la perte inutilement ruïneuse
que souffriront de sa
démolition les malheureux
Habitans decette Ville. Le
Magistrat de Dunkerque, &;
le sieur Tugghe son Deputé,
esperent que Vostre Majesté
voudra bien revoquer une
partie de sa Sentence, en
faisant tomber sa foudre sur
les seulstravaux de guerre
qui ont pu attirer fan indigna
ion, & en lassant subfilJcr
ses seules Jetées, qui
nuës comme elles feront rOC
pourront plus estre qu'un
objet de pitié. Elles feront
même un monumentéternel
de vostre gloire, puis qu'en
rapellanr sans cesse le souvenir
des ornemeus redoutales
dont vostre feule volonté les
aura dépouillées elles rappelleront
en même tems un éternel
souvenit de vostre clemence
qui les aura conserveés
aux larmes & aux gemissemens
des Peuples de cette
Ville, abîmée dans la douleur.
C'tll par ces larmes &
par ces gemissemens,que ce
Magistrat & son Deputé
prosternez aux pieds de
vostreTrône, également
clement & redoutable, vous
demandant la conservationde
leur Port. Et supphant
vostre Majesté de vouloir
bien tourner ses regards piroiables,
sur dix huit mille
Familles qui vont estre errantes
& dispersées, si par
l'execution entiere & severe
de vos Odres, elles sont obligées
d'abandonner leurs
Foyers, pour aller chercher,
ou flûcoc mandier, le pain
que vous leur aurez ossé.
Que vostre main toûjours
bien faisante, ne soit pas
l'instrument de leur misere
& de leur dispertion. Er que
le Peuple de Dunkerque ne
soit pas le seul Peuple du
monde qui puisse Ce plaindre
derigeur d'une REINE,
donc toutela terre adore, &
la sagesse, & la clémence.
Fermer
Résumé : Tres-humble Adresse presentée à la Reine de la Grande Bretagne par le Deputé du Magistrat de Dunkerque auprés de sa Majesté.
Le député Tugghe, représentant le Magistrat de Dunkerque, adresse une supplique à la Reine de Grande-Bretagne pour éviter la démolition de Dunkerque et de son port. Il souligne que cette décision plongerait 18 000 familles dans la misère. Malgré les interventions de Tugghe, le vicomte de Bolingbroke, secrétaire d'État, a annoncé que la Reine ne reviendrait pas sur sa décision. Tugghe insiste néanmoins pour la conservation des jetées du port, permettant ainsi aux habitants de poursuivre leurs activités de pêche et de commerce. Tugghe argue que la conservation du port de Dunkerque, dépourvu de ses fortifications, ne serait pas contraire aux intérêts politiques de l'Angleterre. Il explique que Dunkerque est devenu un objet de colère en raison de ses armements et des activités de ses habitants, mais que, privé de ses défenses, il ne représenterait plus une menace. Il met en avant l'utilité du port pour le commerce des sujets de la Reine, facilitant l'accès aux marchés du Pays-Bas autrichien, de la Flandre française, du Hainaut, de l'Artois et de la Picardie. Tugghe présente plusieurs arguments économiques et stratégiques. Il mentionne que les sujets de la Reine pourraient bénéficier d'un tarif favorable de 1671, et que la destruction du port les priverait de cette opportunité. Il cite des exemples concrets de navires anglais ayant utilisé le port de Dunkerque et souligne l'importance du port comme refuge pour les vaisseaux en difficulté. Enfin, Tugghe conclut en rappelant que la conservation des jetées du port de Dunkerque serait bénéfique pour le commerce de l'Angleterre et pour la sécurité des navigateurs. Le Magistrat et son député implorent la Reine de ne pas être l'instrument de la misère et de la dispersion des habitants de Dunkerque, afin que le peuple de Dunkerque ne soit pas le seul à se plaindre d'une reine dont la sagesse et la clémence sont admirées par le monde entier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 207-224
Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
Début :
Muses, prenez vos plus brillans atours, [...]
Mots clefs :
Muses, Dauphin, Prince, Marquis de Brancas, Cour, Rencontre , Majesté, Hommage, Repentir, Réconciliation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
PourM. le Dauphin, ausujet
d'une avanture entre luy
& le petit Marquis de
Brancas.
mures,Prenez
vos plus
brillans atours,
Vos patins neufs, vos habits
des bons jours,
Vos beaux pendants, soyez
proprettes & blanches,
Telle qu'un jour de Feste
ou deDimanche.
Il faut partir dés demain
pour la Cour,
Un jeune Prince aussi beau
que l'amour
Enfant , des Dieux, par ses
graces, exige
De tous les coeurs un juste
hommage-lige;
Chacun s'empresse à luy
rendre le sien,
Portez luy viste &levostre
& le mien.
C'est ce Dauphin,seul
gage
gage ouinousrcite,
D'un pere helas ! que le
courroux celeste
Malgré les cris des peuples
gemissans,
Nous enleva dans la fleur
de ses ans.
Fasse le Ciel, appaifant sa
colere,
Qu'un jour le fils nous remplace
le pere,
Nous ne pouvons souhaitter
aujourd'huy, ;;
Rien de plus doux ny pour
nous , ny pour luy.
Mais arresté
, que vois-je
icy ma Mufe
,
Vous qui d'abord estonnée
& confuse,
Et dans le coeur murmurant
contre moy Vousdeffendiez d'a,cceprer
cet employ
Au tendre nom du Dau..
phin de la France,
Vous reprenez toute vostre
assurance,
Et semblez mesmeà vôtre
air vif& gay,
Ne demander qu'à partir
sans délay.
Je vois le point, & je crois
vous entendre,
Pour un enfant dans l'âge
le plus tendre,
Et qui ne compte encore
que trois moissons,
Me dites-vous, faut-iltant
de façons?
Muse, tout doux,qui vous
laisseroit faire
Vous me feriez à la Cour
quelque affaire;
Je crois vous voir prompte
à vous oublier,
D'un pas leger & d'un air
familier
Vers le Dauphin pour debut
d'ambassade
Les bras , ouverts courir à
l'embrassade.
Autant en fit dans un fern-J
blable cas
Jeune Marquis que vous ne
valez pas.
Autant en fit & compta
sans son hoste,
Retenez-en Muse, & n'y
faites faute,
Toute l'Histoire. AuPrince
certain jour
Ce jeune enfant alloit faire
: sa cour.
Sa cour, que dis- je, helas !
c'est un langage
Dont à trois ans on ignore
l'usage.
Sans tant tourner disons
qu'ill'alloit voir
Plus par instinct mesme
que par devoir.
Le coeur qui fut son guide
&son genie
Ne connoist point tant de
ceremonie.
Depuis long temps flaté
deceplaisir,
- Le pauvre enfant brusloit
d'un vray desir
De voir le Prince, & disoit
à toute heure,
Quand le verrai- je ? il se
tourmente, il pleure,
Il veut le voir; soyez sage
&demain,
Luy disoit on,vous le verrez
soudain.
Il s'appaifoir, une telle promesse
Plus letouchoit que bonbons
ny carresse.
Arriveenfin ce jour tant
souhaitté,
Long-temps promis, te souvent acheté,
D'attendre au moins un
moment qu'on l'instruise :
Point denouvelle,il faut
qu'on l'y conduise.
Sans differer
,
enfin pour
faire court,
On l'y conduit,ou plutôt
il y court.
En le voyant il ne se sent
pas d'aise,
Il vole à luy, iauce à son
col, le baise
Detout soncoeur; quin'en
,
feroit autant?
Si l'on osoit,n'en faites rien
pourtant,
Un tel debut quoyqu'assez
pardonnable ,
Muse,n'eut pas un succez
favorable.
Bientost le Prince estant
debarrassé
Des petits bras qui l'avoient
embrassé,
Sur l'embrasseur jette une
oeillade;
Et reculant quatre pas en
arriere,
Son petit coeur, mais noble
& qui se sent,
Est tout émû de ce trait
indecent.
Que fera-t il? il s'agite, il
secouë
Avec depit ce baiser de sa
Jouë;
Et de sa main il semble
s'efforcer
S'il est possible au moins
de l'effacer.
A tous ces traits d'un courroux
roux respectable,
Que dit, que fit
, que devint
le coupable,
Coupable, oüy qu'il soit
ainsinommé, [
Mais feulement pour avoir
trop aimé.
Le pauvre enfant dans une
allarmeextreme
Se fit d'abord son procez
à luy mesme, -
Ses yeux baissez,immobile,
- - interdit,
Il reconnut sa faute, il en
rougit,
Son repentir repara son
1 1.
audace,
Par son res pect il mérite sa
grâce,
Et s'approchant humblement
du Dauphin
Il fit sa paix en luy baisant
la main:
De tout cecy vous parois-
,
sez surprise,
Et vostreesprit raisonnant
à sa guise,
Se dit tout bas, Prince tant
c
foitil grande
Sijeune encor envieroit-il sonrang»
Dés son berceau touchant
,.
à laCouronne
Diftinguc.-exill!éclat qui
rr
l'environne,
Et de Louis présomptif
successeur
De son destin comme il a
la grandeur;
Muse, il la sent, s'il ne sçait
la connoistre
, Dans les Heros que pour
regner fit naistre
Des grands Bourbons la
Royalle Maison,
Le fang inspire & prévient
la raison,
Le noble instinct qui dans
leur coeur domine,
Rappelle en eux leurceleste
origine,
Et de ce sangreceu de tant deRoys
La majesté reclame tous
fès droits.
Allez donc, Muses, & deformais
infiruite
Sur ces leçons reglez vostreconduite,
De cesoleil [DUS l'enfance
éclipsé,
N'approchez point d'un air
trop empressé,
Sans affecter des airs de
confiance,
Qu'une modeste & naïve
asseurance
Gagne le Prince & puisse
de la part
Vous attirer quelque tendre
regard:
Haranguez peu, mais que
vostre visage,
De vostre coeur exprime
le langage,
Je ne dis pas qu'un petit
compliment
Assaisonné du sel de l'enjoüement,
N'eust qon merite & mesme
ne pust plaire;
Mais l'embarras, Muse, est
de le bien faire,
Le tout defpend des momens
& du tour,
Vous l'apprendrez des
Rhereurs de la Cour;
Point ne connois pour l'art
de la parole
De plus adroite & plus
subtile école.
Le beau par ler vint au
monde en ce lieu,
Et Compliment est leur
Croix de ParDieu.
L'air du pays qui de luymesme
inspire,
Vous dictera ce que vous
devez dire.
Si cependant vous doutez
du succez
Retranchez , - vous à faire
dessouhaits;
C'est un encens qui fut
toujours de mise,
Mais faites-les en Muse
bien apprise,
Vous trouverez de quoy
dans le Dauphin,
Et surson compte on en
feroit sans fin.
Souhaittez - luy les vertus
de son Pere,
Adjoustez y les graces de
sa Mere,
L'ame &le coeur du Dauphin
son ayeul,
De Louis tout, il comprend
tout luy seul.
Luy fouhaitter qu'àLouis
il ressemble,
C'est le doüer de tous les
dons ensemble.
S'il demandoit, comme il
faut toutprévoir,
Pourquoy ne suis-je moymesme
allé le voir?
Vous luy direz àl'oreille,
mon Prince,
Je croi qu'il a quelque affaire
en province,
Mais en tour cas à luy ne
tiendra point.
Que ne soyez obëi sur ce
point.
d'une avanture entre luy
& le petit Marquis de
Brancas.
mures,Prenez
vos plus
brillans atours,
Vos patins neufs, vos habits
des bons jours,
Vos beaux pendants, soyez
proprettes & blanches,
Telle qu'un jour de Feste
ou deDimanche.
Il faut partir dés demain
pour la Cour,
Un jeune Prince aussi beau
que l'amour
Enfant , des Dieux, par ses
graces, exige
De tous les coeurs un juste
hommage-lige;
Chacun s'empresse à luy
rendre le sien,
Portez luy viste &levostre
& le mien.
C'est ce Dauphin,seul
gage
gage ouinousrcite,
D'un pere helas ! que le
courroux celeste
Malgré les cris des peuples
gemissans,
Nous enleva dans la fleur
de ses ans.
Fasse le Ciel, appaifant sa
colere,
Qu'un jour le fils nous remplace
le pere,
Nous ne pouvons souhaitter
aujourd'huy, ;;
Rien de plus doux ny pour
nous , ny pour luy.
Mais arresté
, que vois-je
icy ma Mufe
,
Vous qui d'abord estonnée
& confuse,
Et dans le coeur murmurant
contre moy Vousdeffendiez d'a,cceprer
cet employ
Au tendre nom du Dau..
phin de la France,
Vous reprenez toute vostre
assurance,
Et semblez mesmeà vôtre
air vif& gay,
Ne demander qu'à partir
sans délay.
Je vois le point, & je crois
vous entendre,
Pour un enfant dans l'âge
le plus tendre,
Et qui ne compte encore
que trois moissons,
Me dites-vous, faut-iltant
de façons?
Muse, tout doux,qui vous
laisseroit faire
Vous me feriez à la Cour
quelque affaire;
Je crois vous voir prompte
à vous oublier,
D'un pas leger & d'un air
familier
Vers le Dauphin pour debut
d'ambassade
Les bras , ouverts courir à
l'embrassade.
Autant en fit dans un fern-J
blable cas
Jeune Marquis que vous ne
valez pas.
Autant en fit & compta
sans son hoste,
Retenez-en Muse, & n'y
faites faute,
Toute l'Histoire. AuPrince
certain jour
Ce jeune enfant alloit faire
: sa cour.
Sa cour, que dis- je, helas !
c'est un langage
Dont à trois ans on ignore
l'usage.
Sans tant tourner disons
qu'ill'alloit voir
Plus par instinct mesme
que par devoir.
Le coeur qui fut son guide
&son genie
Ne connoist point tant de
ceremonie.
Depuis long temps flaté
deceplaisir,
- Le pauvre enfant brusloit
d'un vray desir
De voir le Prince, & disoit
à toute heure,
Quand le verrai- je ? il se
tourmente, il pleure,
Il veut le voir; soyez sage
&demain,
Luy disoit on,vous le verrez
soudain.
Il s'appaifoir, une telle promesse
Plus letouchoit que bonbons
ny carresse.
Arriveenfin ce jour tant
souhaitté,
Long-temps promis, te souvent acheté,
D'attendre au moins un
moment qu'on l'instruise :
Point denouvelle,il faut
qu'on l'y conduise.
Sans differer
,
enfin pour
faire court,
On l'y conduit,ou plutôt
il y court.
En le voyant il ne se sent
pas d'aise,
Il vole à luy, iauce à son
col, le baise
Detout soncoeur; quin'en
,
feroit autant?
Si l'on osoit,n'en faites rien
pourtant,
Un tel debut quoyqu'assez
pardonnable ,
Muse,n'eut pas un succez
favorable.
Bientost le Prince estant
debarrassé
Des petits bras qui l'avoient
embrassé,
Sur l'embrasseur jette une
oeillade;
Et reculant quatre pas en
arriere,
Son petit coeur, mais noble
& qui se sent,
Est tout émû de ce trait
indecent.
Que fera-t il? il s'agite, il
secouë
Avec depit ce baiser de sa
Jouë;
Et de sa main il semble
s'efforcer
S'il est possible au moins
de l'effacer.
A tous ces traits d'un courroux
roux respectable,
Que dit, que fit
, que devint
le coupable,
Coupable, oüy qu'il soit
ainsinommé, [
Mais feulement pour avoir
trop aimé.
Le pauvre enfant dans une
allarmeextreme
Se fit d'abord son procez
à luy mesme, -
Ses yeux baissez,immobile,
- - interdit,
Il reconnut sa faute, il en
rougit,
Son repentir repara son
1 1.
audace,
Par son res pect il mérite sa
grâce,
Et s'approchant humblement
du Dauphin
Il fit sa paix en luy baisant
la main:
De tout cecy vous parois-
,
sez surprise,
Et vostreesprit raisonnant
à sa guise,
Se dit tout bas, Prince tant
c
foitil grande
Sijeune encor envieroit-il sonrang»
Dés son berceau touchant
,.
à laCouronne
Diftinguc.-exill!éclat qui
rr
l'environne,
Et de Louis présomptif
successeur
De son destin comme il a
la grandeur;
Muse, il la sent, s'il ne sçait
la connoistre
, Dans les Heros que pour
regner fit naistre
Des grands Bourbons la
Royalle Maison,
Le fang inspire & prévient
la raison,
Le noble instinct qui dans
leur coeur domine,
Rappelle en eux leurceleste
origine,
Et de ce sangreceu de tant deRoys
La majesté reclame tous
fès droits.
Allez donc, Muses, & deformais
infiruite
Sur ces leçons reglez vostreconduite,
De cesoleil [DUS l'enfance
éclipsé,
N'approchez point d'un air
trop empressé,
Sans affecter des airs de
confiance,
Qu'une modeste & naïve
asseurance
Gagne le Prince & puisse
de la part
Vous attirer quelque tendre
regard:
Haranguez peu, mais que
vostre visage,
De vostre coeur exprime
le langage,
Je ne dis pas qu'un petit
compliment
Assaisonné du sel de l'enjoüement,
N'eust qon merite & mesme
ne pust plaire;
Mais l'embarras, Muse, est
de le bien faire,
Le tout defpend des momens
& du tour,
Vous l'apprendrez des
Rhereurs de la Cour;
Point ne connois pour l'art
de la parole
De plus adroite & plus
subtile école.
Le beau par ler vint au
monde en ce lieu,
Et Compliment est leur
Croix de ParDieu.
L'air du pays qui de luymesme
inspire,
Vous dictera ce que vous
devez dire.
Si cependant vous doutez
du succez
Retranchez , - vous à faire
dessouhaits;
C'est un encens qui fut
toujours de mise,
Mais faites-les en Muse
bien apprise,
Vous trouverez de quoy
dans le Dauphin,
Et surson compte on en
feroit sans fin.
Souhaittez - luy les vertus
de son Pere,
Adjoustez y les graces de
sa Mere,
L'ame &le coeur du Dauphin
son ayeul,
De Louis tout, il comprend
tout luy seul.
Luy fouhaitter qu'àLouis
il ressemble,
C'est le doüer de tous les
dons ensemble.
S'il demandoit, comme il
faut toutprévoir,
Pourquoy ne suis-je moymesme
allé le voir?
Vous luy direz àl'oreille,
mon Prince,
Je croi qu'il a quelque affaire
en province,
Mais en tour cas à luy ne
tiendra point.
Que ne soyez obëi sur ce
point.
Fermer
Résumé : Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
La lettre invite la Muse à se préparer pour une visite à la cour du Dauphin. La Muse doit se vêtir de ses plus beaux atours pour rencontrer le Dauphin, un jeune prince décrit comme un enfant des dieux par sa beauté et ses grâces. Le Dauphin est présenté comme le seul héritier d'un père enlevé prématurément, et le texte exprime l'espoir que le fils puisse un jour remplacer le père. La Muse, d'abord hésitante, se montre ensuite enthousiaste à l'idée de partir. Le narrateur la met en garde contre un comportement trop familier, rappelant l'exemple du petit Marquis de Brancas. À trois ans, cet enfant avait couru embrasser le Dauphin de manière inappropriée et avait été réprimandé par une œillade du Dauphin. Le narrateur conseille à la Muse de se comporter avec modestie et assurance, en évitant les compliments excessifs. Il suggère de souhaiter au Dauphin les vertus de son père, les grâces de sa mère, et l'âme de son aïeul. Le texte se termine par une recommandation de prudence et de respect envers le Dauphin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 182-184
Articles de Paix, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur de Contade, Maréchal de Camp, Major General de [...]
Mots clefs :
Traité, Paix, Empereur, Guerre, Majesté, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le fieur de Contade , Maréchal
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
Fermer
Résumé : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le maréchal de Contade, Maréchal de Camp et Major Général de l'Infanterie, a apporté au roi le Traité de Paix entre Sa Majesté et l'Empereur, signé à Rastatt le 6 du mois par le maréchal de Villars et le prince Eugène de Savoie. Les principales conditions du traité incluent le rétablissement du Traité de Ryswick en Allemagne, avec la restitution complète des Électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États, rangs, prérogatives, biens, offices et dignités antérieurs à la guerre. En Pays-Bas, les dispositions du Traité d'Utrecht restent en vigueur. En Italie, la situation reste inchangée, avec la promesse de l'Empereur de rendre justice aux personnes privées de leurs États et biens pendant la guerre, sans reprise des hostilités. Un lieu d'assemblée en Suisse est prévu pour les Plénipotentiaires du roi et ceux de l'Empereur et de l'Empire afin de régler et formaliser le traité. Les conférences doivent commencer au plus tard le 1er mai et se terminer dans un délai de deux à trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 9-25
INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
Début :
Favoris d'Apollon, dont les doctes ouvrages [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Poètes, Majesté, Louis, Éloge, Roi, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
INVITATION
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
Fermer
27
s. p.
AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
Début :
SIRE, Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre [...]
Mots clefs :
Majesté, Épître, Tsar, Souverain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
AU TRÈS SERENISSIME
ET TRÈS PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand
Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor,
de Perme, de Viatka, de Bolgarie, &
des autres Duchez, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord ;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie
& de Gruzinie, des Païs de Cabardin,
des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Orient, de l'Occident &
du Nord ; Heritier & Successeur Empereur
de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre
à ij
EPITRE.
de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His-
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse-
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren-
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes-
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô-
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches-
ses, soit Politiques, soit Mo-
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi-
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au-
tels, l'Histoire & la Tra-
dition feront passer aux sié-
clesles plus reculés, les Mer-
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa-
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta-
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par-
faitement la Douceur & l'Au-
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô-
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su-
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS
ESTE
Le trés-humble & trés-
obéissant Serviteur,
BUCHET.
ET TRÈS PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand
Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor,
de Perme, de Viatka, de Bolgarie, &
des autres Duchez, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord ;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie
& de Gruzinie, des Païs de Cabardin,
des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Orient, de l'Occident &
du Nord ; Heritier & Successeur Empereur
de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre
à ij
EPITRE.
de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His-
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse-
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren-
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes-
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô-
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches-
ses, soit Politiques, soit Mo-
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi-
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au-
tels, l'Histoire & la Tra-
dition feront passer aux sié-
clesles plus reculés, les Mer-
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa-
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta-
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par-
faitement la Douceur & l'Au-
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô-
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su-
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS
ESTE
Le trés-humble & trés-
obéissant Serviteur,
BUCHET.
Fermer
27
AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
28
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
Fermer
29
p. 188-202
ARRESTS, DECLARATIONS,
Début :
LETTRES PATENTES, pour faire jouir du droit de Committimus les Sous-Gouverneurs [...]
Mots clefs :
Arrêts, Déclaration, Amende, Contrebandiers, Prisonniers, Majesté, Commis, Succession, Peine, Droit, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS,
ARRESTS, DECLARATIONS,
LETTRES PATENTES , pour faire jouir
du droit AeComfnittimus les Sous- Gouver
neurs du Roi. Données à Versailles le ir.
Juillet 1729. Registrées à la Cour des Aydes le '
19. par lesquelles il est dit ce qui fuit. Nous dé
clarons & voulons que les personnes honorées
du titre de nos Sous- Gouverneurs, ensemble
leurs veuves pendant leur viduité, jouissent à
Tavenir du droit de Committimus & autres
Privilèges dont jouissent les Officiers Com
mensaux de notre Maison , encore qu'ils ne
soient empioyez dans nosdits Etats , & qu'ils
ayent été obmis dans nosdites Lettres du 8.
Février 1711. ce que ne voulons leur pouvoir
nuire ni prdjudicier > &c.
ARRESTdu 3. Août > qai ordonne que les
Officiers íujets aux Revenus Ca fuels , feront
admis au payement du Prêt & Annuel de leurs
Offices pour Tannée prochaine 1730- aux mê
mes clauses & condirions portées par celui da
3. Août X7i8. pour l'ouverture de TAnnuel de
Tannée 1719.
DECLARATION du Roi, qui établit des
peines contre les Contrebandiers. Donnée ì
Ver
JANVIER. 1730. 1Î9
Versailles le t. Août 17^ Registrée én la
Cour des Aydes le 1 1. Septembre, par laquelle
le Roi ordonne ce qui fuit,
Article p r z m i b r.
Ceux qui seront convaincus d'avoir porté du
Tabac > Toiles peintes & autres Marchandises
prohibées , en contrebande ou en fraude, par
attioupement.au nombre de cinq au moins,
avec port d'armes , seront punis de mort , 8c
leurs biens confisquez , même dans les lieux
où la confiscation n'aura pas lieu i & s'ils font
fans armes & au-deslous dunombie de cinq,
ils feront condamnez aux Galères pour cinq
ans & en mille livres d'amende chacun paya-,
ble solidairement.
IILes
Commis & Employez de nos Fermes qui
feront d'intelligence avec les Fraudeurs &Conirebandiers,
& favoriseront leur passage, fei
ront punis de mote
III.
Les Contrebandiers qui forceront les Postes
& les Corps de- Garde établis dans les Villes,
Villages, ou à la Campagne, gardez par les
Gardes de nos Fermes, leront punis de more,
encore qu'ils n'eussent lors aucunes Marchan
dises de contrebande , & qu'ils fulient moins
de cinq.
IV.
En cas de rébellion de la part des Contre
bandiers contre les Commis de nos Fermes *
ordonnons aufditc Commis d'en dresser leur
Procès-verbal fur le champ, & d'en donner
avis dans 14. heures aux Juges qui en dcivenc
connoître, à peine d'être déclarez incapables
de oús emplois, même depunition corporelle
$ 'iíy échoit,
189 MERCURE DE FRANCE,
v.
Dans le cas de l' Article précédent, ordonnons*
ì nosd. Juges d'informer eidites rebellions dans ►
les 14. heures , après qu'ils en auront eu avis ,
à la requête du Fermier oh de nos Procureurs,
à peine de 300. liv. d'amende & d'interdiction.
VI.
GeUx qui porteront ou débiteront du faux Tav
bac ou autresMarchandises de contrebande dans>
notre bonne Ville de Paris ou autres lieux de no—
tre Royaume. & pareillement tous Receleurs,,
Complices ou Fauteurs deldits 1 raudeurs ou
Contrebandiers, seront condamntz pour U pre
mière fois aux Galères pour j ans&en roc liv..
d'amende ; &■ en cas de récidive , aux Galèresperpétuelles
& en iogo.. livres d'amende. Vou
lons que les femmes ,qui íe trouveront dans<
l'un des cas cy deflus marquez , íoient con-
. damnées au fouet & à la fleur de Lys > au ban
nissement pour trois ans , & en f 00. livres d'à*
mende pour la premicre fois ; & en cas de
iécidive,au banniflement à perpétuité &en>
1000. liv. d'amende ■ ou à être renfermées pen
dant leur vie dans l'Hôpital ou Maison de ferce,
le plus près du lieu où. la condamnation
aura été prononcée.
VII;
De/Tendons aux Cabaretiers, Fermiers & au
tres gens de la Campagne , de donner retraite -
aux Contrebandiers ou à leurs Marchandises ».
à peine dp 1000. uvresefamende pour la pre
mière foi* , & de bannitte nient en cas de réci
dive , m eme d'être p- ursuivis comme com
plices dffdits Contrebandiers , 6V d'être con
damnez , s'il y .;ch -ir , aux pein.s potrées par
TArticle orécedent , si ce n'est que d.msh-s 14.
kemes au plûtard, ils ayenc requis le Juge i
plus.
JANVIER. i7îo. i*i
,tUis prochain 4 ou les Officiers de ia Marécfaaulíee
, de se transporter en leujs maisons ,
à- l'etfet d'y drefler Procès verbal de la violence
que les Contrebandiers auroient faite pour se
procurer ['entrée dans leUrfdites maisons ; 4
laquelle réquisition lesdits Juges ou lesdits Of
ficiers de Maréchaussée seront tenus de satis
faire sur le champ à peine d'interd ction. Vou
lons en outre que lesdits Cabaretiers ou Fer
miers soient tenus díns le même délai , de
faire avertir les Brigades de nos Fermes qui
fiant les plus proches du lieu de leur demeure,
à refret de courre fur les Contrebandiers , &
ce fous les mêmes peines que dessus. ■
VIII.
Ordonnons aux Syndics, Mánans & Ha
bitant des Bourgs & Villages par lesquels il
passera des Particuliers attroupe? avec port"
a armes & des ballots fur leurs chevaux , de
sonner le tocsin, à peine de foô- livres d'amende.
qui fera prononcée solidairement contre le»'
Communautez.
ix. ;
Ceux qui auront été employez dans ries Fer
mes en qualité de Commis ou de Gardes , qui
feront arrètez avec du Tabac ou autres Mar
chandises de contrebande, seront condamne*
aux Galères pour cinq ans & en joo- livres d'a
mende > quoiqu'ils ne fussent attroupez ni ai
mez , &c.
A R RE ST du i«. Août qui fixe les.
Croits de Petit-Scel 3í de Controlle des Ex
ploits fur les Exoeditions 8c Actes qui se--
ront faits à la requête de l' Adjudicataire gcàcc'ral
des Fermes-unies. ,
livj. AR«5-
i9i MERCURE DE FRANCE.
ARREST du 19. Août qui réunit â Ix
Commissio» concernant les Péages , les affai
res des Commissions ponr les Recouvremensr
de la Chambre de Justice , la Capitatiorr
extraordinaire , la Succession d'Edme Bou
dard , celle du Sieur Mohtois & du Sieur
Jean André de Montgeron , pour le touc
«re jugé dorefnavant par M M. les Com
missaires du Conseil , pour les affaires des
Péages.
ARREST du zj. Août qui proroge
jusqu'au dernier Décembre 1719. le délay
accordé par l'Arrêt du 9. Novembre 1718.
Îour le Controlle des Actes de Foy 8c
lommage.
ARREST du même jour qui règle le*
formalités à observer par les Officiers des
Chancelleries près les Cours , pour la per
ception de leur Franc- salé.
E D IT du Roi concernant les Successions
des Mères à leurs Enfans. Donné à Versail
les au mois d'Août 17:9. Registré en Par
lement le io- du même mois , par lequel Sa
Majesté ordonne ce qui fuit :
• Article Premier.
Nous avons révoqué & révoquons I'Edit
donné à Saint- Maur au mois de May de l'anrée
iyé7- pour régler les Successions des mê
les à leurs Enfans. Voulons & entendons
qu'à compter du jour de la publication des
Présentes , ledit Edit soit regardé comme non
fait & avenu , dans tous les pays & lieux
de notre Royaume, dans lesquels il a été exe-
• : curé
JANVIER. i7)©: r>;
w?
«uté ; & en conséquence ordonnons que les
Successions des mères à leurs enfans , ou des
aucres ascendans & parcns les plus proches
desdits enfans du côté maternel , qui feront
ouvertes après le jour de la publication du
présent Edit , soient déférées , partagées &
réglées suivant la disposition des Loix Ro
maines , ainsi qu'elles l'étoient avant l'Edit de
Saint- Maur.
II.
N'entendons néanmoins par l'Artide pré
cédent déroger aux Coûtumes ou Statuts par
ticuliers qui ont lieu dans quelques-uns des
Pays où le Droit écrit est observé , & qui
ne sont pas entièrement conformes aux dis
positions des Loix Romaines fur lesdites suc
cessions : Voulons que lesdites Coutumes ou
lesdits Statuts soient suivis & exécutez , ainsi
qu'ils l'étoient avant notre présent Edit.
III.
Dans tous les Pays de notre Royaume oiî
l'Edit de Saint-Maur a été observé en tout
ou en partie, les Successions ouvertes avant
la publication de notre présent Edit , soit
qu'il y ait des contestations formées pour
raison d'icelles , ou qu'il n'y en ait point »
seront déférées , partagées & réglées > ainsi
qu'elles l'étoient auparavant , & suivant les
dispositions de l'Edit de Saint-Maur , & la
Jurisprudence établie dans nos Cours fur l'execution
de cet Edit.
IV.
Les Arrêts rendus fur des différends nez i
l'occasion des Successions échues avant la
publication du préíent Edic , ensemble les
Sentences qui auroient pafíe en force de
chose jugée , & pareillement les Transactions
ou
1
19 4 MEUCÛR.E Dfi FRANCE.
* 7 y — — >-
OH»'- autres Actes équivalens , par lesquels"
léfdit'es contestations auroient été termine'es ,
subsisteront en leur entier. & seront exécu
tez, selon leur forme & teneur, sans que ceux
même qui préténdroieot être encore dans le '
tems , & en érat de se pourvoir contre lesdits
Arrêts , Jugemens*, Transactions &r au
tres Actes semblables ,. puissent être reçus à
les attaquer , fous prétexte de la révocation -
de. l'Edic de Saint- Maur. Déclarons néan
moins que par la prélente disposition, nous
n'entendons préiudicier aux autres moyens
de droit qu'ils pourroiénc avoir 8c être re-"
cevables à proposer conne lesdits' Arrêts t-
Jugemens , Transactions & autres Aótes de '
pareille nature , fur lesquels moyens , ensem
ble sur les deffenfes des Parties contraires
il fera statué Dar les Juges qui en devront ;
connoître . ainsi qu'il appartiendra , & cornme
ils l'auroient pû fake avant notre pré-r
sent Edit.
. LETTRES PATENTÉS-, qúi 'accordent il
rtjáoital des Ctnr Filles Orphelines de la Mi
séricorde , érabli à Paris , le Droit & Privilège
de Committimus du grand Steau. Données à-
Versailles au mois d'Août 1719. Regiliréeseft
Ferleraient le 30*
A R R ES T du ). Septembre , & T.ettresf
Patentes fur icelui. concernant les Officiers
des Chancelleries piès les Cours , créez avanf
le mois d'Avril \6ji- Registrées ès Registres
de l' Audience de la grande Chancellerie de
France U i< du mois de Septembre 17Ì9 , 8c
au Grand- Conseil le 18, des mêmes mois &
AU•
A N V I E R. 17^0 i^r
A'U T R E , du 11. Septembre , qui erdoslhe '
qu'à commencer au premier Janvier prochain 1
il sera appliqué aux Draps , Serges , & autres •
Etoffes de Draperie ou Sergerie , qui feront'
portées dans les Bureaux de fabrique & de"
Gontrolle , lín plomb happé d'un pouce de
djamectre , .fur l'un des cotez duquel feront !
gravées les Armes de Sá Majesté , & fur l'au
tre Tannée & ie nom du lieu cû les Etoffes*
auront été fabriquées , ou celui de la Ville où >
elles doivent recevoir le plomb de Gontrolle. -
AUTRE du même jour, portant Régir
aient pour les Toiles Baptistes & Linons , qui ';
se fabriquent dans les Provinces de Picardie,
d'Artois , du Hainaulr , de la Flandre Fran- -
foife > & d-u Cambiesis, -
DECLARATION du Roy , concernânt le»
Grâces accordées aux Prisonniers , á l'occuíïo» «
áe la Naillance du Dauphin. Donnée à Ver
sailles , le n Oct'.bre 171 9 Rígistrée en Par
lement le xr Octobre. -
Louis, par la grâce de Dieu , &c. Après'
avoir fait examiner ce qui s'étok pailé íous les
Règnes desRois nos prédécesseurs» pour fi^naler
leur joye; à Toccafi n de leurs Sacres , de '
leurs Mariages, & d'un événement aussi im- ■
portant que celui de la Naiíiance d'un Dau
phin , Nous avons re<onnu qu'ils ont crû que
la meilleure m niere- de témoigner la recon-
»oilTar>ce qu'ils avoient > d'une marqué lî vifible
de la protection du Ciel . éroir de faire
éclater leur cltrrenc: en faveur des Prisonniers^
que la nature rie leurs crimes ne rendoient pas
r«Cfttsion d'un û Heureux événement* & voulant
t 9 6 MERCURE" DE F.R^ANC E. ;
lanr suivre urí exemple que notre inclination
bien faisante nous porteroit à donner , s'ifn'y
èn avoit point eu jusqu'à présent , Nous nous
sommes fait rendre compte,fuivant l'ufageiordinaire
en notre Conseil, par notre Cousin le
Cardinal de Rohan, Grand- Aumônier de Fran
ce, de l'examen qu'il a fait avec les Sieurs
Rouillé , le Fevre de Caumartin , le Pelletier
de Beaupré, le Nain , Pallu. Daguesseau de
Freine , Trudaine , & Chauvelin Maîtres des
Requêtes de notre Hôtel, des Prisonniers qui
/ont actuellement détenus pour crimes dans les
Prisons de notre bonne Ville de Paris , & de
la qualité des cas dont ils font accusez > &
Nous avons fait dresser un état attaché fous lè
Contre- Scel des Présentes , de tous ceux qui
Nous ont paru pouvoir participer aux Grâces
que Nous avons résolu d'accorder en cette
occasion ; & comme Nous désirons , suivant
ce qui s'el pratiqué en pareil cas , qu'ils jouis
sent dès à présent des effets de notre bonté ,
fans les dispenser néanmoins des règles éta
blies par nos Ordonnances à l'égard de ceux
qui obtiennent des Lettres de remission , Nous
avons jugé à propos de faire connoître nos
intentions dans une conjoncture . où les mo
tifs qui Nous portent à la clémence » ne doi
vent pas Nous faire oublier ce que Nous de
vons a la Justice.' A CES C AUSBSj&C.NoUS
ordonnons , voulons & Nous plaît que tous
les Prisonniers contenus dans l'état attaché
fous le Contre- Scel des Présentes , signées de
notre main , & contresignées par un de nos
Secrétaires & de nos Commandemens , soient
incessamment délivrez & mis hors des Pri
sons , à l' effet de quoi nos présentes Lettres
Patentes & le Rollê qui y est attaché , feront
remises
JANVIER. 17*0. í4j
remires entre les maírts de notre Grand- Au
mônier. Enjoignons aux Concierges & Gref
fiers des Prisons, démettre lesdits Prisonniers
en liberté ,&ce conformément aux Présentes >
qutíi faisant , ils en demeureront bien & vala
blement déchargez ; le tout à la charge p?r
lesdits Prisonniers d'ob'tenir nós Lettres de'
rémission ou pardon en la forme accoutumée ,
& ce dans trois mois , à compter du jour
de l'enregistrement des Présentes , pour être ,•
lorsqu'ils se seront remis en état , procédé à
l'enth erihemenr, dcsdites Lettres , suivant les
règles & les formes ordinaires . ainsi qu'il
appartiendra ; & failte par eux d'avoir obtenu
lesdites Lettres dans ledit tems de trois mois
& icelui passé'. Nous les avons déclarez &
les déclarons déchus de l'effet & bénéfice des
présentes ; Voulons qu'à la requête des Par
ties civiles ou de nos Procureurs Généraux
& leurs Substituts , ils puissent être arrêtez 8£
reintégrez dans lesdites Prisons , pour être
leur Procès fait & parfait & jugé suivant la
rigueur de nos Ordonnances.
^ORDONNANCE du Roy , portant Am
nistie generale en faveur des Déserteurs des
Troupes de Sa Majesté. Du 17. Janvier 1750.
dont voici la teneur.
SA M A JE ST E* ayant voulu marquer
pat tous les moyens qui sont en son pouvoir ,
la reconnoiffance qu'Elie a de la nouvelle grâ
ce que Dieu vient de faire 1 ce Royaume par la~
naissance d'un Dauphin : Elle a crû ievoir , ì
l'exemple de ses prédécesseurs, faire des actions
de clémence, & donner ses ordres pour que les
prisons fussent ouvertes â un grand nombre de
ceux qui y étoient détenus. Quoique laDésertiOK
ïjf MEUCUkE DE FRANCE.
t-íon soit de l'espece dès crimes qui doivent être1'
Iè moins pardonnez, puisque l'Htat est intéresséí
la punition de ceux qui manquent aux' erigagerriêns
qu'iìs-avoient pris pour fa dtffense: Sa
Majesté n'a pû néanmoins , dàns ce temps de
bénédiction & d'aUegreste . être insensible aux'
femiíîemens & aux instances d'un nombre conderable
de ses Suiets , qui répandus dans les'
Etats voisins , souffrent depuis plusieurs années
toute la ngueur d'une extrême m sere: Et Elle'
s'est déterminée d'autant pliís volontiers à leur
faire grâce , qu'ayant satisfait aux engagemens
anticipez qu'Elie avoitpris à l'occasion' de son-
Sacre & de fa Majorité , par ses Ordonnances
des io« Juin ïfif- & y. Aòust itfVù de ne leur
accorder aucun pardon, Elle fe trouve libre, par'
rapport à la naifTance d'un Dauphin ;& que'
d'ailleurs Elle a lieu d'efperer que les témoi
gnages qu'ils^ rendront à leur retour , de tout
Ce qu'ils -ont enduré pendant qu'ils ont été éloi
gnez de leur patrie & les nouvelles mesures
"dé pouvoir retourner cnez eux, calmeront i ciprit
d'inquiétude & de légèreté , qui peut seul
exciter l'envie de déserter dans ceux qui n'ont
pas assez d'expérience pour en prévoir le*
fuites,
A ht i ci s Premier.
Par ces considérations , Sa Majesté a quitté ,
remis Se pardonné ; quitte , remet & pardonne
le crime *»e Désertion commis par les Soldats ,
Cavaliers & Dragons de ses Troupes , tant
Françoifes qu'Etrangères , y compris les Mili
ces > avant le jour de la date de la présente Or
donnances soit que lefdits Soldats, Cavaliers
on Dragons ayent passé d'une Compagnie dans
une
T A NT V ERi. Ï73Ò. 19*'
tme autre , qu'ils se soient retirez dans les Pro
vinces du Royaume , ou qu'ils en soient sortis
pour aller dans le Pais Etranger •> dcffendant Sa-
Màjesté à tous Ofîìcieis & autres ses Sujets, de
les inquiéter pour raison dudit crime de Déser-'
tion, ni de les obliger fous quelque prétexte
que ce puisse êrre à rentrer dans les Compafente
Amnistie puisse s'étendre â ciux qui se:
trouveronc avoir déserté depuis ledit jour de
la <lats dé la Présente, qui déserteront cy après,
ou qui se trouveront actuellement condamnez
par jugement du Conseil de guerre » & à con
dition pour ceux deídits Déserteurs qui font en '
Pais Etranger , de revenir dáns l'efpace d;uri
an , à compter dudit jour , dans les Terres de
là domination de Sa Majesté , de se représenter
devant le- Gouverneur ou Commandant de la
première Place des frontières par laquelle iU
passeront à leur retour , & de prendre de lui
un Certificat dans lequel leront énoncez le jour
de leur arrivée dans leldites Places , & le lieu
de la Province où ils voudront se retirer, à
peine d'être déchus de la présente Amnistie 5 -
déclarant Sa Majesté qu'elle íera ta derniere
qu'Elie accordera pour crime de Désertion.
N'entend Sa Majesté que les Soldats , Cava*
líers & Dragons , qui font actuellement absenS'
<Ie leurs Régimens ou Compagnies, fur des
Congez limitez . puissent se dispenser de les re
joindre à l'expiration desdits Congez , fous
prétexte de la présente Amnistie, à peine aux
contrevenans d'être punis , ainsi qu'il fera cy-
, après expliqué, suivant la rigueur de son Or
donnance du 1. Juillet i7i«.qu'EI!e veut êtrer
à^l'avenir ponctuellement exécutée dans tous;
ïoo MER CUR.E DE FRANCE. .
Ks points autquels íl n'est pas dérogé par f»
preíente.
III.
- Quitte & remet pareillement Sa Majesté aux!
Soldats , Cavaliers & Dragons de ses Troupes»,
qui dans la vûë de déserter, ou par quelqu'autre
raison que ce puîsse être j ont donné un faux
signalement lors de leurs engagemens ,1a peine
dés Galères perpétuelles qu'ils ont .encourue
suivant la disposition de ladite Ordonnance du
i.- Juillet 171 fi. à cbnditiot? qiíedans le terme
de quinze jours , à compter dé celui que la pré
sente Ordonnance aura été publiée à la tête de
leurs Regimens 011 Compagnies , le Soldat ,
Cavalier ou Dragon qui fera dans cé cas , ira
déclarer son vrai nom & le lieu de fa naissance
au Capitaine , ou en son absence, au Lieute-*
fiant de la Compagnie en laquelle il sera en'rd?
lé , lequel aura soin de faire corriger le si^nalement
dudit Soldat sur le Registre du Régi-'
ment ou de la Compagnie , sans que ladite gra-
Ce puisse être appliquée à ceux qui donneront
Un faux signalement postérieurement à la date
de la présente.
. . IV.
Ordonne Sa Majesté aux Commissaires ordi
naires de ses Guerres Tde faire à leurs premiè
res revues , Pappel des Soldats , Cavaliers &
Dragons desTroupes dont ils ont la police, &
d'en dresser un état , Compagnie par Compa-i
gnie , contenant leurs noms & surnoms , ainsi
que le lieu de leur naissance, désigné de maniè
re qu'on puisse le connoître ; lesquels Etats ils
enverront au Secrétaire 3'Etat de la Guerre,
pour en être la vérification faite dans les Pro
vinces , lorsque besoin fera, par les Officiers
des Maréchaussées.
V.
JANVIER. I73Q- 201
W"
V.
Lorsqu'un Soldat , Cavalier ou Dragon de
ses Troupes, s'absentera' de sa Compagnie, sans
'Congé de ses Officiers ; veut Sa Majesté que
huit jours après celui de son départ , s'il n'est
point arrêté j son procès lui soit fait par con
tumace, par les Ordres du Commandant du
Corps, si c'est dans'les Villes ou Quartiers de
Tinterieur du Royaume, ou par ceux des Com-
'inandans des Places , si c'est fur les Frontières ,
& qu'il soit condamné par contumace .par Ju
gement du Conseil de Guerre, aux peines de
FOrdonnance du 'z. ' Juillet 1716. fans autre
formalité que la déposition &r lè recollement
de deux témoins, qui déclareront avoir connoissance
de son enrôlement ou de son service
dans les Troupes.
VI.
Les Jugemens ainsi rendus seront adressez au
Secrétaire d'Etat de la Guerre, au lieu des sim«
pies dénonciations qui lui étoient cy-devant
envoyées , &' seront ensuite affichez sur les or
dres qu'il en adressera aux Prévôts des MaréèhaurKes
, dans la place ou lieu principal des
Villes, Bourgs ou Villages d'où seront les condamnez,
lesquels du jour de cette affiche feront
réputez morts civilement.
vu.
A l'égard des Soldats.CavaHers ou Dragon*
actuellement absens par Çóngez limitez on qui
en obtîendiont par la fuite , oú de ceux qui fe
ront enrôlez dans les Provinces avec permiffiond'y
rester pendant un temps limité, s'ils ne
rejoignent pas leurs Compagnies à l' expiration
desdits Congez ou permissions , les Ma'ors ou
autres Officiers chargez du détail des Corps ,
en doipctonc avis au Secrétaire d'Etat de la
'* - Guctiç
2oî MERCURE DE FRANCE.
, Guerre , qui adressera les ordres de Sa Majesté
aux Prévôts des Maréchaux , pour les sommer
, de rejoindre s'ils se trouvent dans les Provin-
.ces , ou pour en faire des perquisitions s'ils en
ont! disparu : Enjoint Sa Majesté ausdits Prévôts
de dresser des Procès verbaux desdites somma
tions ou perquisitions , & de les adresser ponc
tuellement au Secrétaire d'Etat de la Guerre ,
pour être par lui envoyez aux Regimens ou
rCompagnies dans lesquels les Soldats ainsi
avertis feront engagez j l'intencion de Sa Ma
jesté étant que faute par eux de s'y rendre dans
le terme de trois mois , à compter du jour de
la date desdics Procès verbaux , ceux qui après
avoir servi à leurs Compagnies s'en seront ab
sentez sur des Congez , soient condamnez par
contumace comme Déserteurs, par jugement
du Conseil de Guerre , sur le vû desdits Procès
verbaux , & fur les dépositions & recollemens
de deux témoins, conformément à- 1' article Y.de
la présente Ordonnance ; & que ceux qui s'é-
, tant engagez dans les Provinces ne se seront pas
«ncore rendus à leurs Compagnies , soient pa
reillement condamnez sur le vû desdits Procès
.verbaux, & fur lajepresenration de l'engage-,
.ment signé d'eux ou de deux témoins.
VIII.
Lorsque les Déserteurs ainsi condamnez par
.«ontumace viendront à se représenter ou à être
arrêtez , le jugement de contumace demeurera
nul , & leur Procès fera de nouveau instruit &
jugé en dernier ressort par le Conseil de Guér
ie en la forme accoutumée , &ç.
LETTRES PATENTES , pour faire jouir
du droit AeComfnittimus les Sous- Gouver
neurs du Roi. Données à Versailles le ir.
Juillet 1729. Registrées à la Cour des Aydes le '
19. par lesquelles il est dit ce qui fuit. Nous dé
clarons & voulons que les personnes honorées
du titre de nos Sous- Gouverneurs, ensemble
leurs veuves pendant leur viduité, jouissent à
Tavenir du droit de Committimus & autres
Privilèges dont jouissent les Officiers Com
mensaux de notre Maison , encore qu'ils ne
soient empioyez dans nosdits Etats , & qu'ils
ayent été obmis dans nosdites Lettres du 8.
Février 1711. ce que ne voulons leur pouvoir
nuire ni prdjudicier > &c.
ARRESTdu 3. Août > qai ordonne que les
Officiers íujets aux Revenus Ca fuels , feront
admis au payement du Prêt & Annuel de leurs
Offices pour Tannée prochaine 1730- aux mê
mes clauses & condirions portées par celui da
3. Août X7i8. pour l'ouverture de TAnnuel de
Tannée 1719.
DECLARATION du Roi, qui établit des
peines contre les Contrebandiers. Donnée ì
Ver
JANVIER. 1730. 1Î9
Versailles le t. Août 17^ Registrée én la
Cour des Aydes le 1 1. Septembre, par laquelle
le Roi ordonne ce qui fuit,
Article p r z m i b r.
Ceux qui seront convaincus d'avoir porté du
Tabac > Toiles peintes & autres Marchandises
prohibées , en contrebande ou en fraude, par
attioupement.au nombre de cinq au moins,
avec port d'armes , seront punis de mort , 8c
leurs biens confisquez , même dans les lieux
où la confiscation n'aura pas lieu i & s'ils font
fans armes & au-deslous dunombie de cinq,
ils feront condamnez aux Galères pour cinq
ans & en mille livres d'amende chacun paya-,
ble solidairement.
IILes
Commis & Employez de nos Fermes qui
feront d'intelligence avec les Fraudeurs &Conirebandiers,
& favoriseront leur passage, fei
ront punis de mote
III.
Les Contrebandiers qui forceront les Postes
& les Corps de- Garde établis dans les Villes,
Villages, ou à la Campagne, gardez par les
Gardes de nos Fermes, leront punis de more,
encore qu'ils n'eussent lors aucunes Marchan
dises de contrebande , & qu'ils fulient moins
de cinq.
IV.
En cas de rébellion de la part des Contre
bandiers contre les Commis de nos Fermes *
ordonnons aufditc Commis d'en dresser leur
Procès-verbal fur le champ, & d'en donner
avis dans 14. heures aux Juges qui en dcivenc
connoître, à peine d'être déclarez incapables
de oús emplois, même depunition corporelle
$ 'iíy échoit,
189 MERCURE DE FRANCE,
v.
Dans le cas de l' Article précédent, ordonnons*
ì nosd. Juges d'informer eidites rebellions dans ►
les 14. heures , après qu'ils en auront eu avis ,
à la requête du Fermier oh de nos Procureurs,
à peine de 300. liv. d'amende & d'interdiction.
VI.
GeUx qui porteront ou débiteront du faux Tav
bac ou autresMarchandises de contrebande dans>
notre bonne Ville de Paris ou autres lieux de no—
tre Royaume. & pareillement tous Receleurs,,
Complices ou Fauteurs deldits 1 raudeurs ou
Contrebandiers, seront condamntz pour U pre
mière fois aux Galères pour j ans&en roc liv..
d'amende ; &■ en cas de récidive , aux Galèresperpétuelles
& en iogo.. livres d'amende. Vou
lons que les femmes ,qui íe trouveront dans<
l'un des cas cy deflus marquez , íoient con-
. damnées au fouet & à la fleur de Lys > au ban
nissement pour trois ans , & en f 00. livres d'à*
mende pour la premicre fois ; & en cas de
iécidive,au banniflement à perpétuité &en>
1000. liv. d'amende ■ ou à être renfermées pen
dant leur vie dans l'Hôpital ou Maison de ferce,
le plus près du lieu où. la condamnation
aura été prononcée.
VII;
De/Tendons aux Cabaretiers, Fermiers & au
tres gens de la Campagne , de donner retraite -
aux Contrebandiers ou à leurs Marchandises ».
à peine dp 1000. uvresefamende pour la pre
mière foi* , & de bannitte nient en cas de réci
dive , m eme d'être p- ursuivis comme com
plices dffdits Contrebandiers , 6V d'être con
damnez , s'il y .;ch -ir , aux pein.s potrées par
TArticle orécedent , si ce n'est que d.msh-s 14.
kemes au plûtard, ils ayenc requis le Juge i
plus.
JANVIER. i7îo. i*i
,tUis prochain 4 ou les Officiers de ia Marécfaaulíee
, de se transporter en leujs maisons ,
à- l'etfet d'y drefler Procès verbal de la violence
que les Contrebandiers auroient faite pour se
procurer ['entrée dans leUrfdites maisons ; 4
laquelle réquisition lesdits Juges ou lesdits Of
ficiers de Maréchaussée seront tenus de satis
faire sur le champ à peine d'interd ction. Vou
lons en outre que lesdits Cabaretiers ou Fer
miers soient tenus díns le même délai , de
faire avertir les Brigades de nos Fermes qui
fiant les plus proches du lieu de leur demeure,
à refret de courre fur les Contrebandiers , &
ce fous les mêmes peines que dessus. ■
VIII.
Ordonnons aux Syndics, Mánans & Ha
bitant des Bourgs & Villages par lesquels il
passera des Particuliers attroupe? avec port"
a armes & des ballots fur leurs chevaux , de
sonner le tocsin, à peine de foô- livres d'amende.
qui fera prononcée solidairement contre le»'
Communautez.
ix. ;
Ceux qui auront été employez dans ries Fer
mes en qualité de Commis ou de Gardes , qui
feront arrètez avec du Tabac ou autres Mar
chandises de contrebande, seront condamne*
aux Galères pour cinq ans & en joo- livres d'a
mende > quoiqu'ils ne fussent attroupez ni ai
mez , &c.
A R RE ST du i«. Août qui fixe les.
Croits de Petit-Scel 3í de Controlle des Ex
ploits fur les Exoeditions 8c Actes qui se--
ront faits à la requête de l' Adjudicataire gcàcc'ral
des Fermes-unies. ,
livj. AR«5-
i9i MERCURE DE FRANCE.
ARREST du 19. Août qui réunit â Ix
Commissio» concernant les Péages , les affai
res des Commissions ponr les Recouvremensr
de la Chambre de Justice , la Capitatiorr
extraordinaire , la Succession d'Edme Bou
dard , celle du Sieur Mohtois & du Sieur
Jean André de Montgeron , pour le touc
«re jugé dorefnavant par M M. les Com
missaires du Conseil , pour les affaires des
Péages.
ARREST du zj. Août qui proroge
jusqu'au dernier Décembre 1719. le délay
accordé par l'Arrêt du 9. Novembre 1718.
Îour le Controlle des Actes de Foy 8c
lommage.
ARREST du même jour qui règle le*
formalités à observer par les Officiers des
Chancelleries près les Cours , pour la per
ception de leur Franc- salé.
E D IT du Roi concernant les Successions
des Mères à leurs Enfans. Donné à Versail
les au mois d'Août 17:9. Registré en Par
lement le io- du même mois , par lequel Sa
Majesté ordonne ce qui fuit :
• Article Premier.
Nous avons révoqué & révoquons I'Edit
donné à Saint- Maur au mois de May de l'anrée
iyé7- pour régler les Successions des mê
les à leurs Enfans. Voulons & entendons
qu'à compter du jour de la publication des
Présentes , ledit Edit soit regardé comme non
fait & avenu , dans tous les pays & lieux
de notre Royaume, dans lesquels il a été exe-
• : curé
JANVIER. i7)©: r>;
w?
«uté ; & en conséquence ordonnons que les
Successions des mères à leurs enfans , ou des
aucres ascendans & parcns les plus proches
desdits enfans du côté maternel , qui feront
ouvertes après le jour de la publication du
présent Edit , soient déférées , partagées &
réglées suivant la disposition des Loix Ro
maines , ainsi qu'elles l'étoient avant l'Edit de
Saint- Maur.
II.
N'entendons néanmoins par l'Artide pré
cédent déroger aux Coûtumes ou Statuts par
ticuliers qui ont lieu dans quelques-uns des
Pays où le Droit écrit est observé , & qui
ne sont pas entièrement conformes aux dis
positions des Loix Romaines fur lesdites suc
cessions : Voulons que lesdites Coutumes ou
lesdits Statuts soient suivis & exécutez , ainsi
qu'ils l'étoient avant notre présent Edit.
III.
Dans tous les Pays de notre Royaume oiî
l'Edit de Saint-Maur a été observé en tout
ou en partie, les Successions ouvertes avant
la publication de notre présent Edit , soit
qu'il y ait des contestations formées pour
raison d'icelles , ou qu'il n'y en ait point »
seront déférées , partagées & réglées > ainsi
qu'elles l'étoient auparavant , & suivant les
dispositions de l'Edit de Saint-Maur , & la
Jurisprudence établie dans nos Cours fur l'execution
de cet Edit.
IV.
Les Arrêts rendus fur des différends nez i
l'occasion des Successions échues avant la
publication du préíent Edic , ensemble les
Sentences qui auroient pafíe en force de
chose jugée , & pareillement les Transactions
ou
1
19 4 MEUCÛR.E Dfi FRANCE.
* 7 y — — >-
OH»'- autres Actes équivalens , par lesquels"
léfdit'es contestations auroient été termine'es ,
subsisteront en leur entier. & seront exécu
tez, selon leur forme & teneur, sans que ceux
même qui préténdroieot être encore dans le '
tems , & en érat de se pourvoir contre lesdits
Arrêts , Jugemens*, Transactions &r au
tres Actes semblables ,. puissent être reçus à
les attaquer , fous prétexte de la révocation -
de. l'Edic de Saint- Maur. Déclarons néan
moins que par la prélente disposition, nous
n'entendons préiudicier aux autres moyens
de droit qu'ils pourroiénc avoir 8c être re-"
cevables à proposer conne lesdits' Arrêts t-
Jugemens , Transactions & autres Aótes de '
pareille nature , fur lesquels moyens , ensem
ble sur les deffenfes des Parties contraires
il fera statué Dar les Juges qui en devront ;
connoître . ainsi qu'il appartiendra , & cornme
ils l'auroient pû fake avant notre pré-r
sent Edit.
. LETTRES PATENTÉS-, qúi 'accordent il
rtjáoital des Ctnr Filles Orphelines de la Mi
séricorde , érabli à Paris , le Droit & Privilège
de Committimus du grand Steau. Données à-
Versailles au mois d'Août 1719. Regiliréeseft
Ferleraient le 30*
A R R ES T du ). Septembre , & T.ettresf
Patentes fur icelui. concernant les Officiers
des Chancelleries piès les Cours , créez avanf
le mois d'Avril \6ji- Registrées ès Registres
de l' Audience de la grande Chancellerie de
France U i< du mois de Septembre 17Ì9 , 8c
au Grand- Conseil le 18, des mêmes mois &
AU•
A N V I E R. 17^0 i^r
A'U T R E , du 11. Septembre , qui erdoslhe '
qu'à commencer au premier Janvier prochain 1
il sera appliqué aux Draps , Serges , & autres •
Etoffes de Draperie ou Sergerie , qui feront'
portées dans les Bureaux de fabrique & de"
Gontrolle , lín plomb happé d'un pouce de
djamectre , .fur l'un des cotez duquel feront !
gravées les Armes de Sá Majesté , & fur l'au
tre Tannée & ie nom du lieu cû les Etoffes*
auront été fabriquées , ou celui de la Ville où >
elles doivent recevoir le plomb de Gontrolle. -
AUTRE du même jour, portant Régir
aient pour les Toiles Baptistes & Linons , qui ';
se fabriquent dans les Provinces de Picardie,
d'Artois , du Hainaulr , de la Flandre Fran- -
foife > & d-u Cambiesis, -
DECLARATION du Roy , concernânt le»
Grâces accordées aux Prisonniers , á l'occuíïo» «
áe la Naillance du Dauphin. Donnée à Ver
sailles , le n Oct'.bre 171 9 Rígistrée en Par
lement le xr Octobre. -
Louis, par la grâce de Dieu , &c. Après'
avoir fait examiner ce qui s'étok pailé íous les
Règnes desRois nos prédécesseurs» pour fi^naler
leur joye; à Toccafi n de leurs Sacres , de '
leurs Mariages, & d'un événement aussi im- ■
portant que celui de la Naiíiance d'un Dau
phin , Nous avons re<onnu qu'ils ont crû que
la meilleure m niere- de témoigner la recon-
»oilTar>ce qu'ils avoient > d'une marqué lî vifible
de la protection du Ciel . éroir de faire
éclater leur cltrrenc: en faveur des Prisonniers^
que la nature rie leurs crimes ne rendoient pas
r«Cfttsion d'un û Heureux événement* & voulant
t 9 6 MERCURE" DE F.R^ANC E. ;
lanr suivre urí exemple que notre inclination
bien faisante nous porteroit à donner , s'ifn'y
èn avoit point eu jusqu'à présent , Nous nous
sommes fait rendre compte,fuivant l'ufageiordinaire
en notre Conseil, par notre Cousin le
Cardinal de Rohan, Grand- Aumônier de Fran
ce, de l'examen qu'il a fait avec les Sieurs
Rouillé , le Fevre de Caumartin , le Pelletier
de Beaupré, le Nain , Pallu. Daguesseau de
Freine , Trudaine , & Chauvelin Maîtres des
Requêtes de notre Hôtel, des Prisonniers qui
/ont actuellement détenus pour crimes dans les
Prisons de notre bonne Ville de Paris , & de
la qualité des cas dont ils font accusez > &
Nous avons fait dresser un état attaché fous lè
Contre- Scel des Présentes , de tous ceux qui
Nous ont paru pouvoir participer aux Grâces
que Nous avons résolu d'accorder en cette
occasion ; & comme Nous désirons , suivant
ce qui s'el pratiqué en pareil cas , qu'ils jouis
sent dès à présent des effets de notre bonté ,
fans les dispenser néanmoins des règles éta
blies par nos Ordonnances à l'égard de ceux
qui obtiennent des Lettres de remission , Nous
avons jugé à propos de faire connoître nos
intentions dans une conjoncture . où les mo
tifs qui Nous portent à la clémence » ne doi
vent pas Nous faire oublier ce que Nous de
vons a la Justice.' A CES C AUSBSj&C.NoUS
ordonnons , voulons & Nous plaît que tous
les Prisonniers contenus dans l'état attaché
fous le Contre- Scel des Présentes , signées de
notre main , & contresignées par un de nos
Secrétaires & de nos Commandemens , soient
incessamment délivrez & mis hors des Pri
sons , à l' effet de quoi nos présentes Lettres
Patentes & le Rollê qui y est attaché , feront
remises
JANVIER. 17*0. í4j
remires entre les maírts de notre Grand- Au
mônier. Enjoignons aux Concierges & Gref
fiers des Prisons, démettre lesdits Prisonniers
en liberté ,&ce conformément aux Présentes >
qutíi faisant , ils en demeureront bien & vala
blement déchargez ; le tout à la charge p?r
lesdits Prisonniers d'ob'tenir nós Lettres de'
rémission ou pardon en la forme accoutumée ,
& ce dans trois mois , à compter du jour
de l'enregistrement des Présentes , pour être ,•
lorsqu'ils se seront remis en état , procédé à
l'enth erihemenr, dcsdites Lettres , suivant les
règles & les formes ordinaires . ainsi qu'il
appartiendra ; & failte par eux d'avoir obtenu
lesdites Lettres dans ledit tems de trois mois
& icelui passé'. Nous les avons déclarez &
les déclarons déchus de l'effet & bénéfice des
présentes ; Voulons qu'à la requête des Par
ties civiles ou de nos Procureurs Généraux
& leurs Substituts , ils puissent être arrêtez 8£
reintégrez dans lesdites Prisons , pour être
leur Procès fait & parfait & jugé suivant la
rigueur de nos Ordonnances.
^ORDONNANCE du Roy , portant Am
nistie generale en faveur des Déserteurs des
Troupes de Sa Majesté. Du 17. Janvier 1750.
dont voici la teneur.
SA M A JE ST E* ayant voulu marquer
pat tous les moyens qui sont en son pouvoir ,
la reconnoiffance qu'Elie a de la nouvelle grâ
ce que Dieu vient de faire 1 ce Royaume par la~
naissance d'un Dauphin : Elle a crû ievoir , ì
l'exemple de ses prédécesseurs, faire des actions
de clémence, & donner ses ordres pour que les
prisons fussent ouvertes â un grand nombre de
ceux qui y étoient détenus. Quoique laDésertiOK
ïjf MEUCUkE DE FRANCE.
t-íon soit de l'espece dès crimes qui doivent être1'
Iè moins pardonnez, puisque l'Htat est intéresséí
la punition de ceux qui manquent aux' erigagerriêns
qu'iìs-avoient pris pour fa dtffense: Sa
Majesté n'a pû néanmoins , dàns ce temps de
bénédiction & d'aUegreste . être insensible aux'
femiíîemens & aux instances d'un nombre conderable
de ses Suiets , qui répandus dans les'
Etats voisins , souffrent depuis plusieurs années
toute la ngueur d'une extrême m sere: Et Elle'
s'est déterminée d'autant pliís volontiers à leur
faire grâce , qu'ayant satisfait aux engagemens
anticipez qu'Elie avoitpris à l'occasion' de son-
Sacre & de fa Majorité , par ses Ordonnances
des io« Juin ïfif- & y. Aòust itfVù de ne leur
accorder aucun pardon, Elle fe trouve libre, par'
rapport à la naifTance d'un Dauphin ;& que'
d'ailleurs Elle a lieu d'efperer que les témoi
gnages qu'ils^ rendront à leur retour , de tout
Ce qu'ils -ont enduré pendant qu'ils ont été éloi
gnez de leur patrie & les nouvelles mesures
"dé pouvoir retourner cnez eux, calmeront i ciprit
d'inquiétude & de légèreté , qui peut seul
exciter l'envie de déserter dans ceux qui n'ont
pas assez d'expérience pour en prévoir le*
fuites,
A ht i ci s Premier.
Par ces considérations , Sa Majesté a quitté ,
remis Se pardonné ; quitte , remet & pardonne
le crime *»e Désertion commis par les Soldats ,
Cavaliers & Dragons de ses Troupes , tant
Françoifes qu'Etrangères , y compris les Mili
ces > avant le jour de la date de la présente Or
donnances soit que lefdits Soldats, Cavaliers
on Dragons ayent passé d'une Compagnie dans
une
T A NT V ERi. Ï73Ò. 19*'
tme autre , qu'ils se soient retirez dans les Pro
vinces du Royaume , ou qu'ils en soient sortis
pour aller dans le Pais Etranger •> dcffendant Sa-
Màjesté à tous Ofîìcieis & autres ses Sujets, de
les inquiéter pour raison dudit crime de Déser-'
tion, ni de les obliger fous quelque prétexte
que ce puisse êrre à rentrer dans les Compafente
Amnistie puisse s'étendre â ciux qui se:
trouveronc avoir déserté depuis ledit jour de
la <lats dé la Présente, qui déserteront cy après,
ou qui se trouveront actuellement condamnez
par jugement du Conseil de guerre » & à con
dition pour ceux deídits Déserteurs qui font en '
Pais Etranger , de revenir dáns l'efpace d;uri
an , à compter dudit jour , dans les Terres de
là domination de Sa Majesté , de se représenter
devant le- Gouverneur ou Commandant de la
première Place des frontières par laquelle iU
passeront à leur retour , & de prendre de lui
un Certificat dans lequel leront énoncez le jour
de leur arrivée dans leldites Places , & le lieu
de la Province où ils voudront se retirer, à
peine d'être déchus de la présente Amnistie 5 -
déclarant Sa Majesté qu'elle íera ta derniere
qu'Elie accordera pour crime de Désertion.
N'entend Sa Majesté que les Soldats , Cava*
líers & Dragons , qui font actuellement absenS'
<Ie leurs Régimens ou Compagnies, fur des
Congez limitez . puissent se dispenser de les re
joindre à l'expiration desdits Congez , fous
prétexte de la présente Amnistie, à peine aux
contrevenans d'être punis , ainsi qu'il fera cy-
, après expliqué, suivant la rigueur de son Or
donnance du 1. Juillet i7i«.qu'EI!e veut êtrer
à^l'avenir ponctuellement exécutée dans tous;
ïoo MER CUR.E DE FRANCE. .
Ks points autquels íl n'est pas dérogé par f»
preíente.
III.
- Quitte & remet pareillement Sa Majesté aux!
Soldats , Cavaliers & Dragons de ses Troupes»,
qui dans la vûë de déserter, ou par quelqu'autre
raison que ce puîsse être j ont donné un faux
signalement lors de leurs engagemens ,1a peine
dés Galères perpétuelles qu'ils ont .encourue
suivant la disposition de ladite Ordonnance du
i.- Juillet 171 fi. à cbnditiot? qiíedans le terme
de quinze jours , à compter dé celui que la pré
sente Ordonnance aura été publiée à la tête de
leurs Regimens 011 Compagnies , le Soldat ,
Cavalier ou Dragon qui fera dans cé cas , ira
déclarer son vrai nom & le lieu de fa naissance
au Capitaine , ou en son absence, au Lieute-*
fiant de la Compagnie en laquelle il sera en'rd?
lé , lequel aura soin de faire corriger le si^nalement
dudit Soldat sur le Registre du Régi-'
ment ou de la Compagnie , sans que ladite gra-
Ce puisse être appliquée à ceux qui donneront
Un faux signalement postérieurement à la date
de la présente.
. . IV.
Ordonne Sa Majesté aux Commissaires ordi
naires de ses Guerres Tde faire à leurs premiè
res revues , Pappel des Soldats , Cavaliers &
Dragons desTroupes dont ils ont la police, &
d'en dresser un état , Compagnie par Compa-i
gnie , contenant leurs noms & surnoms , ainsi
que le lieu de leur naissance, désigné de maniè
re qu'on puisse le connoître ; lesquels Etats ils
enverront au Secrétaire 3'Etat de la Guerre,
pour en être la vérification faite dans les Pro
vinces , lorsque besoin fera, par les Officiers
des Maréchaussées.
V.
JANVIER. I73Q- 201
W"
V.
Lorsqu'un Soldat , Cavalier ou Dragon de
ses Troupes, s'absentera' de sa Compagnie, sans
'Congé de ses Officiers ; veut Sa Majesté que
huit jours après celui de son départ , s'il n'est
point arrêté j son procès lui soit fait par con
tumace, par les Ordres du Commandant du
Corps, si c'est dans'les Villes ou Quartiers de
Tinterieur du Royaume, ou par ceux des Com-
'inandans des Places , si c'est fur les Frontières ,
& qu'il soit condamné par contumace .par Ju
gement du Conseil de Guerre, aux peines de
FOrdonnance du 'z. ' Juillet 1716. fans autre
formalité que la déposition &r lè recollement
de deux témoins, qui déclareront avoir connoissance
de son enrôlement ou de son service
dans les Troupes.
VI.
Les Jugemens ainsi rendus seront adressez au
Secrétaire d'Etat de la Guerre, au lieu des sim«
pies dénonciations qui lui étoient cy-devant
envoyées , &' seront ensuite affichez sur les or
dres qu'il en adressera aux Prévôts des MaréèhaurKes
, dans la place ou lieu principal des
Villes, Bourgs ou Villages d'où seront les condamnez,
lesquels du jour de cette affiche feront
réputez morts civilement.
vu.
A l'égard des Soldats.CavaHers ou Dragon*
actuellement absens par Çóngez limitez on qui
en obtîendiont par la fuite , oú de ceux qui fe
ront enrôlez dans les Provinces avec permiffiond'y
rester pendant un temps limité, s'ils ne
rejoignent pas leurs Compagnies à l' expiration
desdits Congez ou permissions , les Ma'ors ou
autres Officiers chargez du détail des Corps ,
en doipctonc avis au Secrétaire d'Etat de la
'* - Guctiç
2oî MERCURE DE FRANCE.
, Guerre , qui adressera les ordres de Sa Majesté
aux Prévôts des Maréchaux , pour les sommer
, de rejoindre s'ils se trouvent dans les Provin-
.ces , ou pour en faire des perquisitions s'ils en
ont! disparu : Enjoint Sa Majesté ausdits Prévôts
de dresser des Procès verbaux desdites somma
tions ou perquisitions , & de les adresser ponc
tuellement au Secrétaire d'Etat de la Guerre ,
pour être par lui envoyez aux Regimens ou
rCompagnies dans lesquels les Soldats ainsi
avertis feront engagez j l'intencion de Sa Ma
jesté étant que faute par eux de s'y rendre dans
le terme de trois mois , à compter du jour de
la date desdics Procès verbaux , ceux qui après
avoir servi à leurs Compagnies s'en seront ab
sentez sur des Congez , soient condamnez par
contumace comme Déserteurs, par jugement
du Conseil de Guerre , sur le vû desdits Procès
verbaux , & fur les dépositions & recollemens
de deux témoins, conformément à- 1' article Y.de
la présente Ordonnance ; & que ceux qui s'é-
, tant engagez dans les Provinces ne se seront pas
«ncore rendus à leurs Compagnies , soient pa
reillement condamnez sur le vû desdits Procès
.verbaux, & fur lajepresenration de l'engage-,
.ment signé d'eux ou de deux témoins.
VIII.
Lorsque les Déserteurs ainsi condamnez par
.«ontumace viendront à se représenter ou à être
arrêtez , le jugement de contumace demeurera
nul , & leur Procès fera de nouveau instruit &
jugé en dernier ressort par le Conseil de Guér
ie en la forme accoutumée , &ç.
Fermer
Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS,
Entre 1719 et 1730, plusieurs arrêtés et déclarations royaux ont été émis. En juillet 1729, des lettres patentes ont accordé aux sous-gouverneurs du roi et à leurs veuves le droit de Committimus et d'autres privilèges similaires à ceux des officiers commensaux, même s'ils ne sont pas employés dans les États du roi. Un arrêté du 3 août 1730 a permis aux officiers sujets aux revenus casuels d'être admis au paiement du prêt et de l'annuel pour l'année 1730. Une déclaration de janvier 1730 a établi des peines sévères contre les contrebandiers. Ceux convaincus de transporter des marchandises prohibées en contrebande, armés et en groupe de cinq ou plus, sont punis de mort et leurs biens confisqués. Les contrebandiers non armés ou en groupe de moins de cinq sont condamnés aux galères pour cinq ans et à une amende. Les commis et employés des fermes royales complice des contrebandiers encourent également la peine de mort. Les contrebandiers forçant les postes ou les corps de garde sont punis de mort, même sans marchandises prohibées. En cas de rébellion contre les commis des fermes, des procédures rapides sont ordonnées pour les juges et les commissaires. D'autres arrêtés concernent la fixation des droits de petit-sceau et de contrôle des exploits, la prorogation des délais pour le contrôle des actes de foi et hommage, et la réglementation des formalités pour les officiers des chancelleries. Un édit a révoqué celui de Saint-Maur de 1707 concernant les successions des mères à leurs enfants, rétablissant les lois romaines pour ces successions. Des lettres patentes ont accordé aux Curés des Filles Orphelines de la Miséricorde le droit de Committimus du grand sceau. Des arrêtés ont également régi le marquage des draps et des toiles. Enfin, une déclaration d'octobre 1719 a accordé des grâces aux prisonniers à l'occasion de la naissance du Dauphin, en suivant les examens et les règles établies par les ordonnances royales. En 1750, une ordonnance royale a accordé une amnistie générale aux déserteurs des troupes de Sa Majesté, motivée par la reconnaissance de la grâce divine suite à la naissance d'un Dauphin. Cette amnistie s'applique aux soldats, cavaliers et dragons ayant déserté avant la date de l'ordonnance, qu'ils soient passés dans une autre compagnie, se soient retirés dans les provinces du royaume ou aient quitté le pays. Les déserteurs actuellement en pays étranger doivent revenir dans l'espace d'un an pour bénéficier de l'amnistie. L'ordonnance prévoit également des mesures pour les soldats ayant donné un faux signalement lors de leur engagement et pour les soldats absents sans congé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 1465-1477
TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
Début :
SIRE, La Faculté de Theologie de Paris, qui ne devroit approcher du Trône de VOTRE [...]
Mots clefs :
Faculté de théologie, Majesté, Roi, Parlement, Arrêt, Église, Doctrine, Thèse, Syndic
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
TRE'S-HUMBLES SUPPLICATIONS
preſentées au Roi
par la Faculté de Theo
logie de Paris , au fujet d'un Arrêt rendu
par le Parlement , le 17 Mai 1730. & là
Lettre de M. le Comte de Maurepas , Se
cretaire d'Etat , écrite en réponſe par or
dre de fa Majefté.
SIRE,
La Faculté de Theologie de Paris , qui
ne devroitapprocher du Trône de VOTRE
MAJESTE , que pour lui témoigner avec
le plus profond refpect la jufte reconnoiffance
, dont elle eft penetrée pour les faveurs,
dont vous venez encore recemment
de la combler , fe trouve dans la dure-neceffité
de mêler aujourd'hui à ces fentimens
ceux d'une trifteffe auffi amere qu'-
elle lui paroît bien fondée .
Pourroit - elle s'empêcher d'être vivement
touchée à la vûe de l'Arrêt que lë
Parlement vient de rendre contre une
Thefe foutenue par le Sieur Haffett , Licentié
en Theologie , le & Mai dernier ??
Elle fçait qu'on y a relevé quelques termes
dont on pourroit abuſer des con-
2
par
II. Vol
fequences
1466 MERCURE DE FRANCE
fequences non avoüées , ou plutôt vifiblement
contraires à l'intention de l'Auteur,
qui , bien loin d'avoir avancé , ou même
infinué dans fa Thefe qu'un Confeffeur
doit interroger tous fes Penitens fur leur
foumiffion aux décifions de l'Eglife , * n'a
parlé que de ceux , qui les attaqueroient ,
ou qui y réfifteroient avec opiniâtreté , &
qui en avoüant leurs fautes paffées , ne
donneroient point de marques certaines
& non équivoques de leur repentir.
Mais quand les termes de la Thefe n'en
marqueroient pas auffi clairement le veritable
efprit , la Faculté de Theologie ne
pourroit fe difpenfer de reprefenter à V.
M. qu'il s'agiffoit en cette occafion d'une
matiere purement fpirituelle , dont un
Parlement auffi éclairé que celui de Paris
ne croit pas , fans doute , pouvoir prendre
connoiffance.
C'eft ce qu'il reconnut folemnellement
en l'année 1663. lorfque par la bouche
d'un des plus illuftres Chefs qu'il ait jamais
eû , il déclara aux Députés de la Faculté
de Theologie » qu'il étoit bien éloi-
* Dogmaticas Ecclefia docentis ... definitiomes
pertinaciter impugnando , vel iifdem refiftendo.
Nulla vel dubia refipifcentia dant indicia
Col. S.
Ecclefia judicio privatum fuum anteferunt
fenfum . Col. 6.
II. Vol.
gné
JUIN 1730. 1467
gné de vouloir s'attribuer le pouvoir de
» rendre un Jugement doctrinal fur des
matieres Theologiques , & qu'au con-
" traire , s'il furvenoit quelque doute à cer
égard , le Parlement ordonneroit que
→ l'on confultât la Faculté , dont il defiroit
que les droits fuffent confervés dans
toute leur pureté & leur integrité. A
» quoi il ajouta , que la Compagnie n'em-
» ployoit l'autorité du Roi que pour dé-
» fendre , dans les vues d'un fage Gouver-
» nement , l'ufage des Propofitions , qui
→→ par le fens qu'on pourroit leur donner ,
leroient contraires à l'adminiſtration ou
» à la police exterieure & generale de l'Eglife
, dont le foin fait une partie principale
de ce qui appartient à la Royauté.
La Faculté eft bien perfuadée que le
Parlement fuivra toujours des principes
fi dignes de fa fageffe ; mais c'eft par cette
raifon même qu'elle a été auffi furpriſe
qu'affligée de voir , qu'à l'occafion d'une
matiere toute fpirituelle , comme elle vient
´de le dire , & qui n'a rien de commun ni
avec les droits de la Couronne , ni avec les
Libertez de l'Eglife Gallicane , le Farlement
ait rendu un Arrêt par lequel fans
défigner aucunes des Propofitions qui lui
avoient déplu dans la Theſe , dont il s'agit
, Il a fait défenfes à tous Bacheliers , Licenties
, Docteurs & autres , defoutenirdes
II. Vol.
Propo1468
MERCURE DE FRANCE
Propofitions contraires à l'ancienne Doctrine
de l'Eglife , aux Saints Canons aux Decrets
des Conciles Generaux , aux Libertez
de l'Eglife Gallicane , aux Maximes &
Ordonnances du Royaume , aux clauſes &
conditions portées par l'Arrêt d'enregistrement
des Lettres Patentes de 1714. & notammentfur
lapropofition 91. & aux Déclarations
du 4 Août 1663. & Edit du mois de
Mars 1682. fur l'autorité du Pape , la fuperiorité
des Conciles Generaux , & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à fchifmes & troubler la tran
quillité publique , à peine d'être procedé con
tre les contrevenans , ainfi qu'il appartiendra.
A quoi l'on ajoute des injonctions faites
au Syndic , & la précaution d'ordonner
que l'Arrêt fera fignifié , non-feulement
au Syndic ,, mais au . Doyen même de la
Faculté.
Elle voudroit pouvoir fe diffimuler à
elle-même , que par- là toutes les difpofitions
de cet Arrêt deviennent une espece
de note flétriffante qui tombe fur le Corps
entier de la Faculté , comme fi elle pouvoit
être foupçonnée de relâchement , &
même de prévarication fur des matieres fi
importantes : foupçon qui lui eft d'autant
plus fenfible , qu'il paroîtra autorifé ent
quelque maniere par une Compagnie ref
pectable , qui a toujours honoré la Fa-
II. Vol. culté
JUI N. 1730. 1469
culté d'une confiance particuliere , & qui
a rendu fi fouvent témoignage au zele de
cette Faculté pour la confervation de l'ancienne
doctrine du Royaume.
( a ) Si l'on examine même avec la plus
grande rigueur , la Thefe dont il s'agit
on n'y découvrira rien qui puiffe donner
la moindre atteinte à cette doctrine . Au
contraire on y en trouvera les principes
les plus effentiels fur tous les points , qui
ont quelque rapport avec les matieres de
la Thefe. On y reconnoîtra cette même
doctrine que la Faculté a enfeignée dans
tous les tems , & dont en 1663. elle dreffa
des Articles que Louis XIV.votre augufte
Bilayeul autorifa par une Déclaration où
( a ) Qui Apoftolis fuccefferunt , Ecclefia
Paftores , Epifcopi , fummâ perinde & infallibili
omnes docendi gentes authoritate
Chrifto data firmati Colom. 2 .
In Romano Pontifice , & Corpore Epifcopo
rum collata eft à Chrifto arx authoritatis &
cathedra veritatis . Ibid.
Sicut Concilia Oecumenica convocare , fic &
eorumdem ... neceffitatem determinare . . est
Summi Pontificis , vel Corporis Epifcoporum.
Colomne. 5.
In quibus ( Conciliis Nationalibus & Provincialibus
) Epifcopi comprovincialis vel in
fide vel notoriè in moribus delinquentis caufa
agitur& definitur , falvo jure appellationis ad
S.. Pontificem. Colomne . 6.
II. Vol. il
1470 MERCURE DE FRANCE
il honore la Faculté des plus grands éloges.
*
On voit en plufieurs endroits de cette
Thefe & fur tout dans les textes qui font
ici au bas. #
1°. Une attention continuelle à ne
point féparer le Pape du Corps des Paſteurs
dans ce qui regarde l'infaillibilité.
2º. La neceffité des Conciles generaux
en certains cas reconnue expreffement par
l'auteur.
3. La détermination de ces cas par.
l'autorité de l'Eglife attribuée au Pape ,
ou au Corps des Evêques.
4°. Les maximes de la France fur les
jugemens canoniques des Evêques accufes,
ouvertement foutenues.
Enfin perfonne n'ignore la conformité de
ces fentimens avec la doctrine du Royaume
& leur oppofition aux opinions contraires.
Par quel endroit une Thefe qui porte
ces caracteres a-t - elle pû être reprefentée
comme unobjet de fcandale & de mépris ,
La Faculté de Theologie de notre bonne
Ville de Paris , qui depuis fon établiſſement a
été le plus ferme appui de la Religion & de la
faine doctrine dans notre Royaume , & qui a
toujours fait profeffion de s'oppofer fortement à
ceux qui ont voulu en alterer la pureté , ayant
reconnu , &c. Declaration du Roi du 4. Août
1663.
II. Vol. &
JUIN. 1730. 1471
& paroître mériter la flétriffure & les précautions
humiliantes pour la Faculté , qui
font renfermées dans l'Arrêt duParlement?
Eft- ce par ce que l'Auteur a dit fur la
Propofition 91. condamnée par la Bulle
Unigenitus ? mais a- t'il eu tort de prétendre
que cette Propofition a été bien condamnée
, parce qu'elle eft univerfelle , &
parceque l'Auteur des Refléxions Morales
en a fait une mauvaise application ? Si
cela eft , ce tort lui eft commun avec les
Evêques de France , qui tous ont déclaré
que la Propofition étoit cenfurable par fa
genéralité même , qui ne met aucune difference
entre les devoirs fondés feulement
fur une Loi pofitive , & entre ceux qui
font de droit naturel & divin , foit par
l'abus que fon Auteur en a fait pour fou
tenir les erreurs qui affligent l'Eglife de
France depuis tant d'années.
Loin de penfer d'une autre maniere que
les Evêques de France fur la Propofition
91. la Faculté a toûjours été perfuadée
comme eux qu'on ne pouvoit avoir trop
d'attention pour prévenir les mauvaiſes
conféquences que des efprits mal inten
tionnés auroient peut - être voulu tirer
malicieuſement de la cenfure de cette
Propofition. Elle a applaudi au zele des
Parlemens du Royaume , & adheré de
tout fon coeur aux fages précautions qu'ils
II. Vol. ont
1472 MERCURE DE FRANCE
ont prifes dans cette occafion ; mais con
formément aux principes conftans des
Théologiens & des Canoniftes , elle a toû
jours regardé non feulement comme injuftes
, mais comme notoirement nulles
les Cenfures dont l'Autorité Ecclefiafti
que voudroit fe fervir pour donner atteinte
à l'obéiffance que les Sujets doivent
à leur Souverain. (a) C'eft ainfi qu'elle s'eft
toujours expliquée , comme il paroît par
un grand nombre de Thefes foutenues
fans interruption , & même tout recem
ment dans une du 20. Mai dernier , fignée
par le Syndic , imprimée & diftribuée
plufieurs jours avant l'Arrêt du Parlement
qui fait le fujet des plaintes de la Faculté,
quoiqu'elle n'ait été foûtenuë que depuis
cet Arrêt.
La Faculté n'ayant donc rien fait qui
puiffe préjudicier directement ni indirec
tement aux claufes ou conditions portées
par l'Arrêt d'enregistrement des Lettres
Patentes de 1714. & qui ne tende même
à les fuivre exactement , il eft bien triſte
de voir qu'on tourne en quelque maniere
ces précautions contre elle , comme fi
(a ) Excommunicationis poena homini catho
lico femper eft timenda , nifi fit notoriè nullay
qualis effet profecto ea omnis qua fubditos à debitâ
Regibus obedientiâ removeret.
Vefperie du St Terriffe , Colonne 6.
II.Vol. elle
JUIN. 1730. 1473
elle avoit befoin d'une efpece de moni
tion fur ce fujet.
Donner à l'Eglife par fa doctrine &
par fa conduite des preuves de fa parfaite
& fincere foumiffion , fignaler en même
tems fa fidelité & fon entiere obéiffance à
fon Roi , c'eft en quoi elle a toujours fait
confifter les principaux devoirs , & elle
les a toûjours regardés comme également
inviolables.
Attentive à faire obferver par tous fes
membres les loix faites pour la manu
tention des Libertés de l'Eglife de Fran
ce , elle ne permettra jamais qu'on y donne
la moindre atteinte ; mais elle s'oppofera
toûjours à ce qu'on s'en ferve , comme
on a fait dans ces tems malheureux ,
ou pour foutenir des erreurs condamnées ,
ou pour le maintenir dans une défobéiffance
ouverte aux jugemens de l'Eglife &
aux Déclarations de Votre Majesté.
que
Inftruite & accoûtumée à former fes
avis fur le langage de l'Ecriture & fur
celui de la Tradition , la Faculté enfeigne
& enfeignera toujours que les Rois font
établis de Dieu même dont ils tiennent
leur Sceptre & leur Couronne , & que la
Loi naturelle & divine oblige leurs Sujets
à l'obéiſſance & à la fidelité , fans qu'ils
en puiffent être jamais difpenfes fous
quelque prétexte que ce foit,
II. Vol. Elevée
1474 MERCURE DE FRANCE
&
Elevée dans l'Ecole de J. C. dont le
Royaume n'étoit pas de ce monde
qui s'eft foumis aux Princes de la Terre
pour nous apprendre à refpecter leur au
torité , la Faculté n'oubliera dans aucun
tems les leçons que ce divin Maître lui
a données. Elle enfeignera fans interruption
la doctrine qu'elle a reçûë de lui , &
que fes Apôtres ,fes Difciples & les premiers
Chrétiens lui ont apprife par leurs
écrits & par leurs exemples.
Ayant le bonheur d'être établie dans le
premier Royaume du monde , & fous
l'obéiffance du Fils aîné de l'Eglife , elle
réfiftera de toutes fes forces à ceux qui
oferoient tenter de donner même indirectement
à V. M. dans fon temporel aucun
autre fuperieur que Dieu feul.
( a ) Telle eft l'ancienne doctrine de la
Faculté , qui fe foûtient tous les jours
dans fes Ecoles. Il feroit facile de le juf
tifier par un nombre infini de Thefes qui
forment fur cer Article important une
( a ) C'eft la doctrine de la Facultéque le Roi
ne reconnoît & n'a d'autre fuperieur au temporel
que Dieu feul ; c'eft fon ancienne doctrine de laquelle
elle ne fe départira jamais.
C'eft la doctrine de la même Faculté que les
Sujets du Roi lui doivent tellement la fidélité &
l'obéiffance qu'ils n'en peuvent être difpenfés fous
quelque prétexte que ce foit. Articles
la Déclaration de la Faculté du 5.
2
ن م
3.
de
Mai 1663 .
It. Vol. tradition
JUIN. 1730. 1475
tradition conftante & non interrompuë ,
& qui font voir que fur ce fujet on ne
peut rien reprocher à la Faculté.
Elle fe flattoit d'avoir prévenu par ces
fentimens & par une conduite qui y répondoit
parfaitement des injonctions qui
lui ont paru d'autant plus deshonorantes
pour elle qu'elles étoient plus inutiles
, mais quelque jufte fujet qu'elle puiffe
avoir de s'en plaindre , elle refpecte trop
l'autorité dont elles partent & les principes
genéraux fur lefquels l'Arrêt du 17 ,
du mois dernier paroît fondé , pour vou
loir s'y oppofer , par rapport à l'application
qui en a été faite dans cette occa
fion , & que la Faculté ne croit
meritée.
pas avoir
Elle ne cherche donc ici qu'à fe juftifier
dans l'efprit du Public , & encore
plus dans celui de V. M. en la fuppliant,
Sire , de vouloir bien recevoir la Déclaration
qu'elle vient de faire de fes fentimens
, & de lui permettre de la faire imprimer
, après l'avoir inferée dans fes Regiftres
, afin qu'elle lui ferve de témoignage
dans le fiécle préfent , & de monument
dans la pofterité , pour faire voir
que dans tous les tems & fans aucune
interruption , elle a toujours été inviolablement
attachée aux maximes du Royaume,
aux droits de laCouronne, auxLibertés
>
II. Vol.
de l'Eglife
1476 MERCURE DE FRANCE
Eglife Gallicane , & à l'obfervation de
toutes les Ordonnances , Edits & Declations
publiées pour les maintenir. La Faculté
continuera fes voeux & prieres pour
la fanté & profperité de Votre Majeſté.
Lû en l'Affemblée generale de la Faculté
le premier Juin 1730. & en conféquence de
la déliberation faite à ce sujet , figné l'Af
Jemblée tenant ,
J. LEULLIER , Doyen.
DE ROMIGNY , Syndic.
Et plus bas , HERISSANT , Greffier.
LETTRE de M. le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , écrite par ordre
"du Roi , en réponſe aux très- humbles Supplications
de la Faculté de Théologie de
Paris. A Fontainebleau le 2. Juin 1730 .
L la
E Roi a reçû, Meffieurs , avec bonté,
les très humbles Supplications que
Faculté de Théologie lui a faites au fujet
d'un Arrêt rendu par le Parlement le 17.
Mai dernier , & Sa Majefté y a reconnu
avec plaifir cet atachement inviolable aux
droits de la Couronne , & aux Libertés
de l'Eglife Gallicane , dont votre Faculté
a donné en tant d'occafions l'exemple à
toutes les autres .Vous ne devez pas craindre
que cet Arrêt puiffe jamais porter aucun
préjudice , ni imprimer de flétriffure
II. Vol
JUIN 1730. 1477
à un Corps auffi éloigné que le vôtre , de
la mériter. Au furplus , Sa Majefté trouve
bon que la Faculté conferve 'dans fes
Regiftres les Supplications qu'elle lui a
fait préfenter , & qu'elle les faffe imprimer
, non comme une juftification dont
elle n'avoit pas befoin , mais comme une
nouvelle preuve de fon zele. pour
cienne doctrine de la France , zele qui
devient auffi une nouvelle raifon à Sa
Majefté pour l'honorer toûjours de plus
en plus de fa protection. Je fuis , Meffieurs
, très parfaitement à vous.
l'an-
Signe MAURE pas.
Et au dos eft écrit : A Meffieurs les Doyen
Syndic & Docteurs de la Faculté de Théologic
de Paris.
preſentées au Roi
par la Faculté de Theo
logie de Paris , au fujet d'un Arrêt rendu
par le Parlement , le 17 Mai 1730. & là
Lettre de M. le Comte de Maurepas , Se
cretaire d'Etat , écrite en réponſe par or
dre de fa Majefté.
SIRE,
La Faculté de Theologie de Paris , qui
ne devroitapprocher du Trône de VOTRE
MAJESTE , que pour lui témoigner avec
le plus profond refpect la jufte reconnoiffance
, dont elle eft penetrée pour les faveurs,
dont vous venez encore recemment
de la combler , fe trouve dans la dure-neceffité
de mêler aujourd'hui à ces fentimens
ceux d'une trifteffe auffi amere qu'-
elle lui paroît bien fondée .
Pourroit - elle s'empêcher d'être vivement
touchée à la vûe de l'Arrêt que lë
Parlement vient de rendre contre une
Thefe foutenue par le Sieur Haffett , Licentié
en Theologie , le & Mai dernier ??
Elle fçait qu'on y a relevé quelques termes
dont on pourroit abuſer des con-
2
par
II. Vol
fequences
1466 MERCURE DE FRANCE
fequences non avoüées , ou plutôt vifiblement
contraires à l'intention de l'Auteur,
qui , bien loin d'avoir avancé , ou même
infinué dans fa Thefe qu'un Confeffeur
doit interroger tous fes Penitens fur leur
foumiffion aux décifions de l'Eglife , * n'a
parlé que de ceux , qui les attaqueroient ,
ou qui y réfifteroient avec opiniâtreté , &
qui en avoüant leurs fautes paffées , ne
donneroient point de marques certaines
& non équivoques de leur repentir.
Mais quand les termes de la Thefe n'en
marqueroient pas auffi clairement le veritable
efprit , la Faculté de Theologie ne
pourroit fe difpenfer de reprefenter à V.
M. qu'il s'agiffoit en cette occafion d'une
matiere purement fpirituelle , dont un
Parlement auffi éclairé que celui de Paris
ne croit pas , fans doute , pouvoir prendre
connoiffance.
C'eft ce qu'il reconnut folemnellement
en l'année 1663. lorfque par la bouche
d'un des plus illuftres Chefs qu'il ait jamais
eû , il déclara aux Députés de la Faculté
de Theologie » qu'il étoit bien éloi-
* Dogmaticas Ecclefia docentis ... definitiomes
pertinaciter impugnando , vel iifdem refiftendo.
Nulla vel dubia refipifcentia dant indicia
Col. S.
Ecclefia judicio privatum fuum anteferunt
fenfum . Col. 6.
II. Vol.
gné
JUIN 1730. 1467
gné de vouloir s'attribuer le pouvoir de
» rendre un Jugement doctrinal fur des
matieres Theologiques , & qu'au con-
" traire , s'il furvenoit quelque doute à cer
égard , le Parlement ordonneroit que
→ l'on confultât la Faculté , dont il defiroit
que les droits fuffent confervés dans
toute leur pureté & leur integrité. A
» quoi il ajouta , que la Compagnie n'em-
» ployoit l'autorité du Roi que pour dé-
» fendre , dans les vues d'un fage Gouver-
» nement , l'ufage des Propofitions , qui
→→ par le fens qu'on pourroit leur donner ,
leroient contraires à l'adminiſtration ou
» à la police exterieure & generale de l'Eglife
, dont le foin fait une partie principale
de ce qui appartient à la Royauté.
La Faculté eft bien perfuadée que le
Parlement fuivra toujours des principes
fi dignes de fa fageffe ; mais c'eft par cette
raifon même qu'elle a été auffi furpriſe
qu'affligée de voir , qu'à l'occafion d'une
matiere toute fpirituelle , comme elle vient
´de le dire , & qui n'a rien de commun ni
avec les droits de la Couronne , ni avec les
Libertez de l'Eglife Gallicane , le Farlement
ait rendu un Arrêt par lequel fans
défigner aucunes des Propofitions qui lui
avoient déplu dans la Theſe , dont il s'agit
, Il a fait défenfes à tous Bacheliers , Licenties
, Docteurs & autres , defoutenirdes
II. Vol.
Propo1468
MERCURE DE FRANCE
Propofitions contraires à l'ancienne Doctrine
de l'Eglife , aux Saints Canons aux Decrets
des Conciles Generaux , aux Libertez
de l'Eglife Gallicane , aux Maximes &
Ordonnances du Royaume , aux clauſes &
conditions portées par l'Arrêt d'enregistrement
des Lettres Patentes de 1714. & notammentfur
lapropofition 91. & aux Déclarations
du 4 Août 1663. & Edit du mois de
Mars 1682. fur l'autorité du Pape , la fuperiorité
des Conciles Generaux , & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à fchifmes & troubler la tran
quillité publique , à peine d'être procedé con
tre les contrevenans , ainfi qu'il appartiendra.
A quoi l'on ajoute des injonctions faites
au Syndic , & la précaution d'ordonner
que l'Arrêt fera fignifié , non-feulement
au Syndic ,, mais au . Doyen même de la
Faculté.
Elle voudroit pouvoir fe diffimuler à
elle-même , que par- là toutes les difpofitions
de cet Arrêt deviennent une espece
de note flétriffante qui tombe fur le Corps
entier de la Faculté , comme fi elle pouvoit
être foupçonnée de relâchement , &
même de prévarication fur des matieres fi
importantes : foupçon qui lui eft d'autant
plus fenfible , qu'il paroîtra autorifé ent
quelque maniere par une Compagnie ref
pectable , qui a toujours honoré la Fa-
II. Vol. culté
JUI N. 1730. 1469
culté d'une confiance particuliere , & qui
a rendu fi fouvent témoignage au zele de
cette Faculté pour la confervation de l'ancienne
doctrine du Royaume.
( a ) Si l'on examine même avec la plus
grande rigueur , la Thefe dont il s'agit
on n'y découvrira rien qui puiffe donner
la moindre atteinte à cette doctrine . Au
contraire on y en trouvera les principes
les plus effentiels fur tous les points , qui
ont quelque rapport avec les matieres de
la Thefe. On y reconnoîtra cette même
doctrine que la Faculté a enfeignée dans
tous les tems , & dont en 1663. elle dreffa
des Articles que Louis XIV.votre augufte
Bilayeul autorifa par une Déclaration où
( a ) Qui Apoftolis fuccefferunt , Ecclefia
Paftores , Epifcopi , fummâ perinde & infallibili
omnes docendi gentes authoritate
Chrifto data firmati Colom. 2 .
In Romano Pontifice , & Corpore Epifcopo
rum collata eft à Chrifto arx authoritatis &
cathedra veritatis . Ibid.
Sicut Concilia Oecumenica convocare , fic &
eorumdem ... neceffitatem determinare . . est
Summi Pontificis , vel Corporis Epifcoporum.
Colomne. 5.
In quibus ( Conciliis Nationalibus & Provincialibus
) Epifcopi comprovincialis vel in
fide vel notoriè in moribus delinquentis caufa
agitur& definitur , falvo jure appellationis ad
S.. Pontificem. Colomne . 6.
II. Vol. il
1470 MERCURE DE FRANCE
il honore la Faculté des plus grands éloges.
*
On voit en plufieurs endroits de cette
Thefe & fur tout dans les textes qui font
ici au bas. #
1°. Une attention continuelle à ne
point féparer le Pape du Corps des Paſteurs
dans ce qui regarde l'infaillibilité.
2º. La neceffité des Conciles generaux
en certains cas reconnue expreffement par
l'auteur.
3. La détermination de ces cas par.
l'autorité de l'Eglife attribuée au Pape ,
ou au Corps des Evêques.
4°. Les maximes de la France fur les
jugemens canoniques des Evêques accufes,
ouvertement foutenues.
Enfin perfonne n'ignore la conformité de
ces fentimens avec la doctrine du Royaume
& leur oppofition aux opinions contraires.
Par quel endroit une Thefe qui porte
ces caracteres a-t - elle pû être reprefentée
comme unobjet de fcandale & de mépris ,
La Faculté de Theologie de notre bonne
Ville de Paris , qui depuis fon établiſſement a
été le plus ferme appui de la Religion & de la
faine doctrine dans notre Royaume , & qui a
toujours fait profeffion de s'oppofer fortement à
ceux qui ont voulu en alterer la pureté , ayant
reconnu , &c. Declaration du Roi du 4. Août
1663.
II. Vol. &
JUIN. 1730. 1471
& paroître mériter la flétriffure & les précautions
humiliantes pour la Faculté , qui
font renfermées dans l'Arrêt duParlement?
Eft- ce par ce que l'Auteur a dit fur la
Propofition 91. condamnée par la Bulle
Unigenitus ? mais a- t'il eu tort de prétendre
que cette Propofition a été bien condamnée
, parce qu'elle eft univerfelle , &
parceque l'Auteur des Refléxions Morales
en a fait une mauvaise application ? Si
cela eft , ce tort lui eft commun avec les
Evêques de France , qui tous ont déclaré
que la Propofition étoit cenfurable par fa
genéralité même , qui ne met aucune difference
entre les devoirs fondés feulement
fur une Loi pofitive , & entre ceux qui
font de droit naturel & divin , foit par
l'abus que fon Auteur en a fait pour fou
tenir les erreurs qui affligent l'Eglife de
France depuis tant d'années.
Loin de penfer d'une autre maniere que
les Evêques de France fur la Propofition
91. la Faculté a toûjours été perfuadée
comme eux qu'on ne pouvoit avoir trop
d'attention pour prévenir les mauvaiſes
conféquences que des efprits mal inten
tionnés auroient peut - être voulu tirer
malicieuſement de la cenfure de cette
Propofition. Elle a applaudi au zele des
Parlemens du Royaume , & adheré de
tout fon coeur aux fages précautions qu'ils
II. Vol. ont
1472 MERCURE DE FRANCE
ont prifes dans cette occafion ; mais con
formément aux principes conftans des
Théologiens & des Canoniftes , elle a toû
jours regardé non feulement comme injuftes
, mais comme notoirement nulles
les Cenfures dont l'Autorité Ecclefiafti
que voudroit fe fervir pour donner atteinte
à l'obéiffance que les Sujets doivent
à leur Souverain. (a) C'eft ainfi qu'elle s'eft
toujours expliquée , comme il paroît par
un grand nombre de Thefes foutenues
fans interruption , & même tout recem
ment dans une du 20. Mai dernier , fignée
par le Syndic , imprimée & diftribuée
plufieurs jours avant l'Arrêt du Parlement
qui fait le fujet des plaintes de la Faculté,
quoiqu'elle n'ait été foûtenuë que depuis
cet Arrêt.
La Faculté n'ayant donc rien fait qui
puiffe préjudicier directement ni indirec
tement aux claufes ou conditions portées
par l'Arrêt d'enregistrement des Lettres
Patentes de 1714. & qui ne tende même
à les fuivre exactement , il eft bien triſte
de voir qu'on tourne en quelque maniere
ces précautions contre elle , comme fi
(a ) Excommunicationis poena homini catho
lico femper eft timenda , nifi fit notoriè nullay
qualis effet profecto ea omnis qua fubditos à debitâ
Regibus obedientiâ removeret.
Vefperie du St Terriffe , Colonne 6.
II.Vol. elle
JUIN. 1730. 1473
elle avoit befoin d'une efpece de moni
tion fur ce fujet.
Donner à l'Eglife par fa doctrine &
par fa conduite des preuves de fa parfaite
& fincere foumiffion , fignaler en même
tems fa fidelité & fon entiere obéiffance à
fon Roi , c'eft en quoi elle a toujours fait
confifter les principaux devoirs , & elle
les a toûjours regardés comme également
inviolables.
Attentive à faire obferver par tous fes
membres les loix faites pour la manu
tention des Libertés de l'Eglife de Fran
ce , elle ne permettra jamais qu'on y donne
la moindre atteinte ; mais elle s'oppofera
toûjours à ce qu'on s'en ferve , comme
on a fait dans ces tems malheureux ,
ou pour foutenir des erreurs condamnées ,
ou pour le maintenir dans une défobéiffance
ouverte aux jugemens de l'Eglife &
aux Déclarations de Votre Majesté.
que
Inftruite & accoûtumée à former fes
avis fur le langage de l'Ecriture & fur
celui de la Tradition , la Faculté enfeigne
& enfeignera toujours que les Rois font
établis de Dieu même dont ils tiennent
leur Sceptre & leur Couronne , & que la
Loi naturelle & divine oblige leurs Sujets
à l'obéiſſance & à la fidelité , fans qu'ils
en puiffent être jamais difpenfes fous
quelque prétexte que ce foit,
II. Vol. Elevée
1474 MERCURE DE FRANCE
&
Elevée dans l'Ecole de J. C. dont le
Royaume n'étoit pas de ce monde
qui s'eft foumis aux Princes de la Terre
pour nous apprendre à refpecter leur au
torité , la Faculté n'oubliera dans aucun
tems les leçons que ce divin Maître lui
a données. Elle enfeignera fans interruption
la doctrine qu'elle a reçûë de lui , &
que fes Apôtres ,fes Difciples & les premiers
Chrétiens lui ont apprife par leurs
écrits & par leurs exemples.
Ayant le bonheur d'être établie dans le
premier Royaume du monde , & fous
l'obéiffance du Fils aîné de l'Eglife , elle
réfiftera de toutes fes forces à ceux qui
oferoient tenter de donner même indirectement
à V. M. dans fon temporel aucun
autre fuperieur que Dieu feul.
( a ) Telle eft l'ancienne doctrine de la
Faculté , qui fe foûtient tous les jours
dans fes Ecoles. Il feroit facile de le juf
tifier par un nombre infini de Thefes qui
forment fur cer Article important une
( a ) C'eft la doctrine de la Facultéque le Roi
ne reconnoît & n'a d'autre fuperieur au temporel
que Dieu feul ; c'eft fon ancienne doctrine de laquelle
elle ne fe départira jamais.
C'eft la doctrine de la même Faculté que les
Sujets du Roi lui doivent tellement la fidélité &
l'obéiffance qu'ils n'en peuvent être difpenfés fous
quelque prétexte que ce foit. Articles
la Déclaration de la Faculté du 5.
2
ن م
3.
de
Mai 1663 .
It. Vol. tradition
JUIN. 1730. 1475
tradition conftante & non interrompuë ,
& qui font voir que fur ce fujet on ne
peut rien reprocher à la Faculté.
Elle fe flattoit d'avoir prévenu par ces
fentimens & par une conduite qui y répondoit
parfaitement des injonctions qui
lui ont paru d'autant plus deshonorantes
pour elle qu'elles étoient plus inutiles
, mais quelque jufte fujet qu'elle puiffe
avoir de s'en plaindre , elle refpecte trop
l'autorité dont elles partent & les principes
genéraux fur lefquels l'Arrêt du 17 ,
du mois dernier paroît fondé , pour vou
loir s'y oppofer , par rapport à l'application
qui en a été faite dans cette occa
fion , & que la Faculté ne croit
meritée.
pas avoir
Elle ne cherche donc ici qu'à fe juftifier
dans l'efprit du Public , & encore
plus dans celui de V. M. en la fuppliant,
Sire , de vouloir bien recevoir la Déclaration
qu'elle vient de faire de fes fentimens
, & de lui permettre de la faire imprimer
, après l'avoir inferée dans fes Regiftres
, afin qu'elle lui ferve de témoignage
dans le fiécle préfent , & de monument
dans la pofterité , pour faire voir
que dans tous les tems & fans aucune
interruption , elle a toujours été inviolablement
attachée aux maximes du Royaume,
aux droits de laCouronne, auxLibertés
>
II. Vol.
de l'Eglife
1476 MERCURE DE FRANCE
Eglife Gallicane , & à l'obfervation de
toutes les Ordonnances , Edits & Declations
publiées pour les maintenir. La Faculté
continuera fes voeux & prieres pour
la fanté & profperité de Votre Majeſté.
Lû en l'Affemblée generale de la Faculté
le premier Juin 1730. & en conféquence de
la déliberation faite à ce sujet , figné l'Af
Jemblée tenant ,
J. LEULLIER , Doyen.
DE ROMIGNY , Syndic.
Et plus bas , HERISSANT , Greffier.
LETTRE de M. le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , écrite par ordre
"du Roi , en réponſe aux très- humbles Supplications
de la Faculté de Théologie de
Paris. A Fontainebleau le 2. Juin 1730 .
L la
E Roi a reçû, Meffieurs , avec bonté,
les très humbles Supplications que
Faculté de Théologie lui a faites au fujet
d'un Arrêt rendu par le Parlement le 17.
Mai dernier , & Sa Majefté y a reconnu
avec plaifir cet atachement inviolable aux
droits de la Couronne , & aux Libertés
de l'Eglife Gallicane , dont votre Faculté
a donné en tant d'occafions l'exemple à
toutes les autres .Vous ne devez pas craindre
que cet Arrêt puiffe jamais porter aucun
préjudice , ni imprimer de flétriffure
II. Vol
JUIN 1730. 1477
à un Corps auffi éloigné que le vôtre , de
la mériter. Au furplus , Sa Majefté trouve
bon que la Faculté conferve 'dans fes
Regiftres les Supplications qu'elle lui a
fait préfenter , & qu'elle les faffe imprimer
, non comme une juftification dont
elle n'avoit pas befoin , mais comme une
nouvelle preuve de fon zele. pour
cienne doctrine de la France , zele qui
devient auffi une nouvelle raifon à Sa
Majefté pour l'honorer toûjours de plus
en plus de fa protection. Je fuis , Meffieurs
, très parfaitement à vous.
l'an-
Signe MAURE pas.
Et au dos eft écrit : A Meffieurs les Doyen
Syndic & Docteurs de la Faculté de Théologic
de Paris.
Fermer
Résumé : TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
En juin 1730, la Faculté de Théologie de Paris a adressé une supplique au roi pour contester un arrêt du Parlement du 17 mai 1730 concernant une thèse soutenue par le sieur Haffett. La Faculté exprime son amertume face à cet arrêt et conteste l'interprétation de la thèse. Elle affirme que l'auteur n'a pas soutenu que les confesseurs doivent interroger tous les pénitents sur leur soumission aux décisions de l'Église, mais seulement ceux qui les attaquent ou y résistent avec opiniâtreté. La Faculté rappelle que les matières théologiques relèvent de sa compétence et non du Parlement, citant un précédent de 1663 où le Parlement avait reconnu cette distinction. Elle déplore que l'arrêt du Parlement ait interdit la soutenance de propositions contraires à la doctrine de l'Église et aux libertés de l'Église gallicane, sans désigner les propositions spécifiques en cause. La Faculté affirme que la thèse en question est conforme à la doctrine traditionnelle et aux déclarations royales, notamment celle du 4 août 1663. Elle exprime son respect pour l'autorité royale et son opposition à toute atteinte aux libertés de l'Église de France. La Faculté conclut en réaffirmant sa fidélité au roi et son engagement à enseigner la doctrine conforme à la tradition et aux lois du royaume. En réponse, le roi, par l'intermédiaire du Comte de Maurepas, a reconnu l'attachement de la Faculté aux droits de la Couronne et aux libertés de l'Église gallicane. Il a approuvé la conservation et l'impression des supplications de la Faculté, non comme une justification nécessaire, mais comme une preuve supplémentaire de son zèle pour la doctrine française. Cette démarche est vue comme une raison pour le roi de continuer à protéger et honorer la Faculté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 1974-1977
EPITAPHE de Madame de Brunswic.
Début :
PASSANT, arrêtez- vous ici , et respectez un nom qui ressent la Majesté. Cy git [...]
Mots clefs :
Princesse, Majesté, Race, Couronnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE de Madame de Brunswic.
EPITAPHE de Madame de Brunswic.
PASSANT , arrêtez- vous ici , et respectez
un nom qui ressent la Majesté. Cy git
la Serenissime Princesse BENEDICTINE
fille
A OUS T. 1731
1975
Alle d'Edouard , frere de Charles - Louis,
Electeur , Comte Palatin du Rhin , Duc
de Baviere , Comte de Zell et d : Spanheim
, et d'Anne de Gonzague de Nevers,
Epouse de Jean- Frederic , Duc de Brunswic
et de Lunebourg , et mere de Caroline
- Felicité , mariée à Renaud d'Este ,
Duc de Modene, et de l'Auguste Princesse
AMELIE WILHELMINE veuve de
JOSEPH I. Empereur des Romains .
·
SON ancienne Race a pris naissance
parmi les Couronnes , elle s'est multipliée
avec les Sceptres , elle s'est agrandie sur
les Trônes. Illustrée par l'éclat de sa vertu,
encore plus que par celui qu'elle a reçû
de ses Peres , et répanduë de tous côtez
avec une gloire peu commune , elle fait
douter également à l'Antiquité et à la
Posterité , si elle a plus reçû de ses Ancêtres
, ou plus transmis à ses Descendans.
Passant , respectez donc cette Princesse,
le modele de la Femme Forte , l'exemple
d'une Princesse vrayèment Chrétienne
laquelle ayant reçû du Ciel un naturel
heureux , a fait admirer en sa Personne
un merveilleux assemblage de vertus
d'affection pour les siens , de bonté pour
ses Domestiques , de bienveillance pour
tous ceux qui dépendoient d'elle , et d'affabilité
dans le commerce de la vie.
DI
1976 MERCURE DE FRANCE
DEMANDEZ à Dieu pour cette grande
Princesse , BENITE de nom et d'effet , le
repos éternel et la Compagnie des Saints ,
puisque vous trouvez en elle un Miroir de
Pieté, un Exemple de Probité, l'ornement
et le modele de ce caractere noble et grand
qu'elle avoit reçû de ses Ayeux .
SEMBLABLE à une personne qui dort
paisiblement , elle est morte de la mort
des Justes , le x11. du mois d'Août ,
l'An de la Nativité de J. C. M. DCC. XXX.
âgée de plus de LXXIX. ans.
Nous avons parlé en son tems de la
Mort du celebre M. Newton ; voici l'Epitaphe
qu'on vient de graver sur son
Tombeau dans l'Eglise de Westminster.
H. S. E ..
ISAACUS NEWTON , Eques Auratus ,
Qui animi vi propè divinâ
Planetarum motus , figuras ,
>
Cometarum Semitas , Oceanique æstus
Sua Mathesi facem præferente ,
Primus démonstravit ;
Radiorum lucis dissimilitudines ,
Colorumque inde nascentium proprietates.
Quas nemo ante suspicatus erat ; pervestigavit.
Naturæ , Antiquitatis , S. Scripturæ
Sedulus
A O UST. 1731. 1977
Sedulus , sagax , fidus Interpres.
Dei O.M.Majestatem Philosophiâ aperuit,
Evangelii simplicitatem moribus expressit
Sibi gratulentur Mortales ,
Tale , tantumque extitissé ,
HUMANI GENERIS DECUS.
Nat. XXV. Dec. A. D. M. DC. LII
Obiit MAR. XX . M. DCC . XXV I.
PASSANT , arrêtez- vous ici , et respectez
un nom qui ressent la Majesté. Cy git
la Serenissime Princesse BENEDICTINE
fille
A OUS T. 1731
1975
Alle d'Edouard , frere de Charles - Louis,
Electeur , Comte Palatin du Rhin , Duc
de Baviere , Comte de Zell et d : Spanheim
, et d'Anne de Gonzague de Nevers,
Epouse de Jean- Frederic , Duc de Brunswic
et de Lunebourg , et mere de Caroline
- Felicité , mariée à Renaud d'Este ,
Duc de Modene, et de l'Auguste Princesse
AMELIE WILHELMINE veuve de
JOSEPH I. Empereur des Romains .
·
SON ancienne Race a pris naissance
parmi les Couronnes , elle s'est multipliée
avec les Sceptres , elle s'est agrandie sur
les Trônes. Illustrée par l'éclat de sa vertu,
encore plus que par celui qu'elle a reçû
de ses Peres , et répanduë de tous côtez
avec une gloire peu commune , elle fait
douter également à l'Antiquité et à la
Posterité , si elle a plus reçû de ses Ancêtres
, ou plus transmis à ses Descendans.
Passant , respectez donc cette Princesse,
le modele de la Femme Forte , l'exemple
d'une Princesse vrayèment Chrétienne
laquelle ayant reçû du Ciel un naturel
heureux , a fait admirer en sa Personne
un merveilleux assemblage de vertus
d'affection pour les siens , de bonté pour
ses Domestiques , de bienveillance pour
tous ceux qui dépendoient d'elle , et d'affabilité
dans le commerce de la vie.
DI
1976 MERCURE DE FRANCE
DEMANDEZ à Dieu pour cette grande
Princesse , BENITE de nom et d'effet , le
repos éternel et la Compagnie des Saints ,
puisque vous trouvez en elle un Miroir de
Pieté, un Exemple de Probité, l'ornement
et le modele de ce caractere noble et grand
qu'elle avoit reçû de ses Ayeux .
SEMBLABLE à une personne qui dort
paisiblement , elle est morte de la mort
des Justes , le x11. du mois d'Août ,
l'An de la Nativité de J. C. M. DCC. XXX.
âgée de plus de LXXIX. ans.
Nous avons parlé en son tems de la
Mort du celebre M. Newton ; voici l'Epitaphe
qu'on vient de graver sur son
Tombeau dans l'Eglise de Westminster.
H. S. E ..
ISAACUS NEWTON , Eques Auratus ,
Qui animi vi propè divinâ
Planetarum motus , figuras ,
>
Cometarum Semitas , Oceanique æstus
Sua Mathesi facem præferente ,
Primus démonstravit ;
Radiorum lucis dissimilitudines ,
Colorumque inde nascentium proprietates.
Quas nemo ante suspicatus erat ; pervestigavit.
Naturæ , Antiquitatis , S. Scripturæ
Sedulus
A O UST. 1731. 1977
Sedulus , sagax , fidus Interpres.
Dei O.M.Majestatem Philosophiâ aperuit,
Evangelii simplicitatem moribus expressit
Sibi gratulentur Mortales ,
Tale , tantumque extitissé ,
HUMANI GENERIS DECUS.
Nat. XXV. Dec. A. D. M. DC. LII
Obiit MAR. XX . M. DCC . XXV I.
Fermer
Résumé : EPITAPHE de Madame de Brunswic.
L'épitaphe de Madame de Brunswic honore la Sérénissime Princesse Bénédictine, née en 1731 et décédée en 1775. Elle était la fille d'Édouard, frère de Charles-Louis, Électeur et Comte Palatin du Rhin, Duc de Bavière, et d'Anne de Gonzague de Nevers. Madame de Brunswic était l'épouse de Jean-Frédéric, Duc de Brunswic et de Lunebourg, et la mère de Caroline-Félicité, mariée à Renaud d'Este, Duc de Modène, et de la Princesse Amélie-Wilhelmine, veuve de Joseph Ier, Empereur des Romains. L'épitaphe met en avant son illustre lignée et son éclat dû à sa vertu. Elle est décrite comme une femme forte et une princesse chrétienne, connue pour son affection, sa bonté, sa bienveillance et son affabilité. Elle est morte paisiblement le 11 août 1770 à l'âge de plus de 79 ans. Le texte mentionne également la mort de M. Newton, né le 25 décembre 1642 et décédé le 20 mars 1727. Newton est loué pour ses contributions scientifiques et sa piété, ayant démontré les mouvements des planètes, les trajectoires des comètes, et les propriétés de la lumière. Il est décrit comme un interprète fidèle de la nature, de l'antiquité et des Saintes Écritures, et comme un modèle de simplicité évangélique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 3097-3102
ARRESTS NOTABLES, &c.
Début :
ORDONNANCE de Police du Novembre, qui deffend aux Revendeuses et autres Particuliers [...]
Mots clefs :
Conseil, Archevêque, Majesté, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES, &c.
ARRESTS NOTABLES , &c.
RDONNANCE de Police du
&
Novembre,
qui deffend aux Revendeuses et autres Particuliers
de s'attrouper , vendre ni étaller aucunes
choses , à la Porte des Colleges , à peine de
cent liv d'amende et de Prison .
Et à toutes personnes de quelque Commerce er
Profession qu'elles puissent être , de prendre des
Hardes ou des Livres en payement des Fruits et
autres Marchandises , vendues à des Ecoliers et
Fils de Familles , à peine de 200 liv. d'amende´,
&c.
ORDONNANCE de Police , du 7 Novembre
qui deffend à tous Libraires , Imprimeurs , Refieurs
, Doreurs de Livres, et à toutes autres Personnes
d'acheter aucuns Livres et Papiers des Enfans
, Ecoliers , Serviteurs , ou d'autres Person .
nes inconnuës, sans le consentement par écrit des
Peres , Maîtres ou Personnes capables d'en répondre
; et de vendre ni exposer dans leurs Boutiques
et sur leurs Etalages , ou de louer aux jeu→
nes Gens aucuns Livres , Histoires ou Brochuses
contraires aux Moeurs et à la Religion; à pei
ne de mille livres d'amende , interdiction de la
Librairie et de punition exemplaire.
Et qui leur enjoint de tenir un Registre para
LI. Vol. phé
3008 MERCURE DE FRANCE
phé par le Commissaire du quartier , contenanf
les Nos, Demeures et Qualitez des Vendeurs et
de leurs Répondans ; avec les Titres des Livres ,
et les jours ausquels ces Livres auront été expos
gez en vente.
ARREST du Conseil , du 1 Decembre 1731 ;-
fendu sur le Memoire des Avocats..
Veu par le Roy , étant en son Conseil , le Mé
moire présenté à S. M. par les . Avocats en son
Parlement de Paris , contenant qu'ils n'ont pû ,
sans une peine extrême , voir paroître l'Ordonnance
du sieur Archevêque de Paris , du 16 Janvier
dernier ; que l'Arrest rendu par ledit Parlement
le 5 Mars suivant , au sujet de ladite Ore
donnance , avoit calmé leurs allarmes , que d'ailleurs
S.. M. ayant par l'Arrest de son Conseil dụ
10 du même mois , suspendu toutes disputes sur
la matiere dont il s'agissoit , ils ont gardé le si
lence , comme étant une marque de leur obéissance
et du profond respect qu'ils ont et qu'ils:
auront toujours pour les Ordres de S. M. mais
que l'Arrest du 30 Juillet dernier , par lequel sur
an Mémoire presenté au Roy. par le sieur Archevêque
de Paris , S. M. lui a permis de distribuer
son Ordonnance du 10 Janvier , a renouvellé
leur inquiétude ; qu'ils auroient lieu de craindre
qu'on ne prétendit que ledit Arrest fut contraire
celui du 25 Novembre 1750.qui étoit pour eux
le plus précieux de tous les titres , et qu'on n'en
tirât des conséquences , qui tendissent à leur imputer
ces principes faux et rejettez de tous les
Catholiques , sur lesquels , suivant le Mémoire
dudit sieur Archevêque de Paris , tombe unique
ment sa censure : Principes qu'ils n'ont pas souenus
et qui sont bien éloignez des sentimens qu'ils
IL, Vel. PIODECEMBRE
1731. 3099
professent ; que dans cet état , lesd . Avocats supe
plioient très -humblement S. M. de vouloir bien.
leur permettre de lui présenter un Mémoire , sur
les conséquences qu'on voudroit tirer contr'eux
dudit Arrest du 30 Juillet dernier.SA MAJESTE
ayant fait examiner en son Conseil ledit Mémoi,
re ; ensemble lesd . Arrests , des 25 Nov. 1730. er.
30 Juillet 1731 et considerant que le dernier de
ces Arrests n'a rien de contraire au premier , le
Sieur Archevêque de Paris ayant fait tomber uniquement
sa censure sur de faux principes , qui ne
sont point soutenus par lesd . Avocats , lesd.prin
cipes étans très -éloignez des sentimens qu'ils pro
fessent , S. Ma jugé qu'il seroit inutile de récevoir
de nouveaux Mémoires sur ce sujet ; et;
voulant éloigner de plus en plus tout ce qui peutêtre
une occasion de renouveller les disputes suspendues
par l'Arrest du 10 Mars dernier . Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que le silence imposé par ledit Arrest du 10 Mars.
sera inviolablement observé ! S. M. se réservant
à Elle seule de prendre les mesures convenables
pour faire cesser lesdites disputes ; le tout ainsi
qu'il est porté par ledit Arrest : Voulant au surplus
, S. M. que l'Arrest de 25 Novembre 1730.
ensemble l'Arrest du 30 Juillet dernier , soient
executez selon leur forme et teneur. Fait au Conseil
d'Etat , & c.
AUTRE du 4. Décembre , portant Regle
ment pour la fabrique des Draps qui se font à
Sedan , tant en blanc , en noir , qu'autres couleurs
, par lequel S. M. ordonne qu'à l'avenir les
Fabriquans en Draps de la Manufacture de Sedan,
conformeront dans la fabrique de leurs draps,
tant en blanc , en noir , qu'autres couleurs , aux
11, Vol.
Re
roo MERCURE DE FRANCE
Reglemens generaux des Manufactures de l'année
1669. qui seront executez selon leur forme eti
teneur ; en conséquence , qu'ils ne pourront par
La suite en fabriquer que de la largeur de cinq
quarts entre les lisieres ; permet néanmoins Sa
Majesté , par grace et sans tirer à consequence
ceux de ces Fabriquans , et aux Marchands qui
seront chargez dans leurs Boutiques ou Magasins
de draps de cinq quarts , y compris les li
sieres , de s'en deffaire dans six mois du jour de
la publication du present Reglement , &c .
AUTRE du 9. Decembre , qui ordonne la
suppression d'un Imprimé.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil
une feule imprimée , commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare , miseratione divina,
et Sanita Sedis Apostolica gratiâ,Episcopus
Dux Laudunensis , &c. dans laquelle après
une formule ordinaire de l'Approbation des
Confesseurs , on a adjoâté une explication détaillée
des cas réservez au Pape ou à l'Evêque ,
avec des avis adressez aux Confesseurs : S. M.
auroit reconnu que cette explication et ces avis
ayant été imprimez sans aucune permission particuliere
, la contravention qui a été faite par là à
L'Arrêt du 2. Septembre dernier , portant révo
cation du Privilege general cy- devant accordé au
Sr. Evêque de Laon , peut d'autant moins être
tolerée , qu'il seroit à craindre que l'Imprimé
dont il s'agit n'excitât de nouveaux troubles dans
le Royaume , à quoi étant necessaire de pourvoir,
pour assurer l'execution dudit Arrêt du 2. Septembre
, et prévenir en même -temps tout ce qui
pourroit alterer la tranquillité publique , SA MA
JESTE ESTANT EN SON CONSEIL , a ordonné
I-do Vol Ep
DECEMBRE . 1731. 3ΙΟΥ
et ordonne que ladite feüille imprimée , commençant
par ces mots : Stephanus Josephus de la
Fare , miseratione divinâ et Sancta Sedis Apostolica
gratiâ , Episcopus Dux Laudunensis , & c.
sera et demeurera supprimée : Enjoint à tous
ceux qui en ont des Exemplaires , de les remet
tre incessamment au Greffe du sieur Herault ,
Conseiller d'Etat , Lieutenant General de Poli
ce de la Ville de Paris , pour y être suppri
mez , &c .
>
AUTRE du même jour , qui ordonne la
suppression de deux Lettres imprimées.
Le Roy ayant fait examiner en son Conseil,
deux Imprimez qui ont pour titre , l'un : Lettre
de M. l'Archevêque d'Embrun à M. le Cardinal
de Rohan , datée d'Embrun le 9 : Juillet
1731. et l'autre : Lettre de M. l'Archevêque
d'Embrun à M. le Cardinal de Rohan , au sujet
de la Lettre circulaire du mois d'Août 1731,
adressée de la part de Sa Majesté aux Evêques
de France , sans aucune date ; S. M. auroit reconnu
que ces deux Ecrits n'ont pu être imprimez
,ni répandus dans le Public , que dans la vûe
d'entretenir les disputes et les troubles que des
esprits mal intentionnez voudroient perpetuer
dans le Royaume , contre les intentions de S. M.
à quoi étant necessaire de pourvoir , SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , 2
ordonné et ordonne que lesdits deux Imprimez
ayant pour titre , l'un ; Lettre de M. l'Archevêque
d'Embrun à M. le Cardinal de Rohan
datée d'Embrun le 9. Juillet 1731 et l'autre :
Lettre de M. l'Archevêque d'Embrun à M. le
Cardinal de Roban , au sujet de la Lettre circu-
Laire du mois d'Août 1731. adressée par ordre
IL Vol.
102 MERCURE
DE FRANCE
de Sa Majesté aux Evêques de France , seront
et demeureront supprimez , &c.
AUTRE du 11. Décembre , par lequel
6. M. a prorogé et proroge l'execution de l'Arrêt
du 12. Juin 1731. jusques et compris le dernier
Decembre 1732. passé lequel , et à commencer
du premier Janvier 1733. le prix des
anciennes Especes et Matieres d'or et d'argent ,
sera réduit ainsi qu'il l'auroit dû être le premier
Janvier prochain , en consequence dudit Arrêt.
du 12. Juin 1731. &c.
RDONNANCE de Police du
&
Novembre,
qui deffend aux Revendeuses et autres Particuliers
de s'attrouper , vendre ni étaller aucunes
choses , à la Porte des Colleges , à peine de
cent liv d'amende et de Prison .
Et à toutes personnes de quelque Commerce er
Profession qu'elles puissent être , de prendre des
Hardes ou des Livres en payement des Fruits et
autres Marchandises , vendues à des Ecoliers et
Fils de Familles , à peine de 200 liv. d'amende´,
&c.
ORDONNANCE de Police , du 7 Novembre
qui deffend à tous Libraires , Imprimeurs , Refieurs
, Doreurs de Livres, et à toutes autres Personnes
d'acheter aucuns Livres et Papiers des Enfans
, Ecoliers , Serviteurs , ou d'autres Person .
nes inconnuës, sans le consentement par écrit des
Peres , Maîtres ou Personnes capables d'en répondre
; et de vendre ni exposer dans leurs Boutiques
et sur leurs Etalages , ou de louer aux jeu→
nes Gens aucuns Livres , Histoires ou Brochuses
contraires aux Moeurs et à la Religion; à pei
ne de mille livres d'amende , interdiction de la
Librairie et de punition exemplaire.
Et qui leur enjoint de tenir un Registre para
LI. Vol. phé
3008 MERCURE DE FRANCE
phé par le Commissaire du quartier , contenanf
les Nos, Demeures et Qualitez des Vendeurs et
de leurs Répondans ; avec les Titres des Livres ,
et les jours ausquels ces Livres auront été expos
gez en vente.
ARREST du Conseil , du 1 Decembre 1731 ;-
fendu sur le Memoire des Avocats..
Veu par le Roy , étant en son Conseil , le Mé
moire présenté à S. M. par les . Avocats en son
Parlement de Paris , contenant qu'ils n'ont pû ,
sans une peine extrême , voir paroître l'Ordonnance
du sieur Archevêque de Paris , du 16 Janvier
dernier ; que l'Arrest rendu par ledit Parlement
le 5 Mars suivant , au sujet de ladite Ore
donnance , avoit calmé leurs allarmes , que d'ailleurs
S.. M. ayant par l'Arrest de son Conseil dụ
10 du même mois , suspendu toutes disputes sur
la matiere dont il s'agissoit , ils ont gardé le si
lence , comme étant une marque de leur obéissance
et du profond respect qu'ils ont et qu'ils:
auront toujours pour les Ordres de S. M. mais
que l'Arrest du 30 Juillet dernier , par lequel sur
an Mémoire presenté au Roy. par le sieur Archevêque
de Paris , S. M. lui a permis de distribuer
son Ordonnance du 10 Janvier , a renouvellé
leur inquiétude ; qu'ils auroient lieu de craindre
qu'on ne prétendit que ledit Arrest fut contraire
celui du 25 Novembre 1750.qui étoit pour eux
le plus précieux de tous les titres , et qu'on n'en
tirât des conséquences , qui tendissent à leur imputer
ces principes faux et rejettez de tous les
Catholiques , sur lesquels , suivant le Mémoire
dudit sieur Archevêque de Paris , tombe unique
ment sa censure : Principes qu'ils n'ont pas souenus
et qui sont bien éloignez des sentimens qu'ils
IL, Vel. PIODECEMBRE
1731. 3099
professent ; que dans cet état , lesd . Avocats supe
plioient très -humblement S. M. de vouloir bien.
leur permettre de lui présenter un Mémoire , sur
les conséquences qu'on voudroit tirer contr'eux
dudit Arrest du 30 Juillet dernier.SA MAJESTE
ayant fait examiner en son Conseil ledit Mémoi,
re ; ensemble lesd . Arrests , des 25 Nov. 1730. er.
30 Juillet 1731 et considerant que le dernier de
ces Arrests n'a rien de contraire au premier , le
Sieur Archevêque de Paris ayant fait tomber uniquement
sa censure sur de faux principes , qui ne
sont point soutenus par lesd . Avocats , lesd.prin
cipes étans très -éloignez des sentimens qu'ils pro
fessent , S. Ma jugé qu'il seroit inutile de récevoir
de nouveaux Mémoires sur ce sujet ; et;
voulant éloigner de plus en plus tout ce qui peutêtre
une occasion de renouveller les disputes suspendues
par l'Arrest du 10 Mars dernier . Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que le silence imposé par ledit Arrest du 10 Mars.
sera inviolablement observé ! S. M. se réservant
à Elle seule de prendre les mesures convenables
pour faire cesser lesdites disputes ; le tout ainsi
qu'il est porté par ledit Arrest : Voulant au surplus
, S. M. que l'Arrest de 25 Novembre 1730.
ensemble l'Arrest du 30 Juillet dernier , soient
executez selon leur forme et teneur. Fait au Conseil
d'Etat , & c.
AUTRE du 4. Décembre , portant Regle
ment pour la fabrique des Draps qui se font à
Sedan , tant en blanc , en noir , qu'autres couleurs
, par lequel S. M. ordonne qu'à l'avenir les
Fabriquans en Draps de la Manufacture de Sedan,
conformeront dans la fabrique de leurs draps,
tant en blanc , en noir , qu'autres couleurs , aux
11, Vol.
Re
roo MERCURE DE FRANCE
Reglemens generaux des Manufactures de l'année
1669. qui seront executez selon leur forme eti
teneur ; en conséquence , qu'ils ne pourront par
La suite en fabriquer que de la largeur de cinq
quarts entre les lisieres ; permet néanmoins Sa
Majesté , par grace et sans tirer à consequence
ceux de ces Fabriquans , et aux Marchands qui
seront chargez dans leurs Boutiques ou Magasins
de draps de cinq quarts , y compris les li
sieres , de s'en deffaire dans six mois du jour de
la publication du present Reglement , &c .
AUTRE du 9. Decembre , qui ordonne la
suppression d'un Imprimé.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil
une feule imprimée , commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare , miseratione divina,
et Sanita Sedis Apostolica gratiâ,Episcopus
Dux Laudunensis , &c. dans laquelle après
une formule ordinaire de l'Approbation des
Confesseurs , on a adjoâté une explication détaillée
des cas réservez au Pape ou à l'Evêque ,
avec des avis adressez aux Confesseurs : S. M.
auroit reconnu que cette explication et ces avis
ayant été imprimez sans aucune permission particuliere
, la contravention qui a été faite par là à
L'Arrêt du 2. Septembre dernier , portant révo
cation du Privilege general cy- devant accordé au
Sr. Evêque de Laon , peut d'autant moins être
tolerée , qu'il seroit à craindre que l'Imprimé
dont il s'agit n'excitât de nouveaux troubles dans
le Royaume , à quoi étant necessaire de pourvoir,
pour assurer l'execution dudit Arrêt du 2. Septembre
, et prévenir en même -temps tout ce qui
pourroit alterer la tranquillité publique , SA MA
JESTE ESTANT EN SON CONSEIL , a ordonné
I-do Vol Ep
DECEMBRE . 1731. 3ΙΟΥ
et ordonne que ladite feüille imprimée , commençant
par ces mots : Stephanus Josephus de la
Fare , miseratione divinâ et Sancta Sedis Apostolica
gratiâ , Episcopus Dux Laudunensis , & c.
sera et demeurera supprimée : Enjoint à tous
ceux qui en ont des Exemplaires , de les remet
tre incessamment au Greffe du sieur Herault ,
Conseiller d'Etat , Lieutenant General de Poli
ce de la Ville de Paris , pour y être suppri
mez , &c .
>
AUTRE du même jour , qui ordonne la
suppression de deux Lettres imprimées.
Le Roy ayant fait examiner en son Conseil,
deux Imprimez qui ont pour titre , l'un : Lettre
de M. l'Archevêque d'Embrun à M. le Cardinal
de Rohan , datée d'Embrun le 9 : Juillet
1731. et l'autre : Lettre de M. l'Archevêque
d'Embrun à M. le Cardinal de Rohan , au sujet
de la Lettre circulaire du mois d'Août 1731,
adressée de la part de Sa Majesté aux Evêques
de France , sans aucune date ; S. M. auroit reconnu
que ces deux Ecrits n'ont pu être imprimez
,ni répandus dans le Public , que dans la vûe
d'entretenir les disputes et les troubles que des
esprits mal intentionnez voudroient perpetuer
dans le Royaume , contre les intentions de S. M.
à quoi étant necessaire de pourvoir , SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , 2
ordonné et ordonne que lesdits deux Imprimez
ayant pour titre , l'un ; Lettre de M. l'Archevêque
d'Embrun à M. le Cardinal de Rohan
datée d'Embrun le 9. Juillet 1731 et l'autre :
Lettre de M. l'Archevêque d'Embrun à M. le
Cardinal de Roban , au sujet de la Lettre circu-
Laire du mois d'Août 1731. adressée par ordre
IL Vol.
102 MERCURE
DE FRANCE
de Sa Majesté aux Evêques de France , seront
et demeureront supprimez , &c.
AUTRE du 11. Décembre , par lequel
6. M. a prorogé et proroge l'execution de l'Arrêt
du 12. Juin 1731. jusques et compris le dernier
Decembre 1732. passé lequel , et à commencer
du premier Janvier 1733. le prix des
anciennes Especes et Matieres d'or et d'argent ,
sera réduit ainsi qu'il l'auroit dû être le premier
Janvier prochain , en consequence dudit Arrêt.
du 12. Juin 1731. &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES, &c.
En novembre et décembre 1731, le Conseil royal a émis plusieurs ordonnances et arrêts concernant divers aspects de la vie publique et économique. Deux ordonnances de police, datées du 6 et 7 novembre, visent à réguler la vente de livres et de marchandises. La première interdit aux revendeuses de vendre à la porte des collèges, tandis que la seconde impose aux libraires d'obtenir un consentement écrit des parents ou tuteurs pour acheter des livres aux enfants. Les infractions à ces règles sont passibles d'amendes allant de 100 à 1000 livres, avec des peines supplémentaires possibles. Le 1er décembre 1731, un arrêt du Conseil résout une dispute entre les avocats du Parlement de Paris et l'archevêque de Paris. Les avocats avaient exprimé des inquiétudes concernant une ordonnance de l'archevêque et un arrêt royal du 30 juillet 1731. Le roi confirme que l'arrêt du 30 juillet n'est pas contraire à celui du 25 novembre 1730 et ordonne le maintien du silence imposé par un arrêt du 10 mars précédent. Un arrêt du 4 décembre 1731 impose aux fabricants de draps de Sedan de se conformer aux règlements généraux des manufactures de 1669, limitant la largeur des draps à cinq quarts entre les lisères. Les fabricants et marchands disposent de six mois pour écouler leurs stocks existants. Deux arrêts du 9 décembre 1731 ordonnent la suppression de plusieurs imprimés. Le premier concerne une feuille imprimée par l'évêque de Laon sans autorisation, et le second concerne deux lettres de l'archevêque d'Embrun au cardinal de Rohan, jugées perturbatrices pour l'ordre public. Enfin, un arrêt du 11 décembre 1731 proroge l'exécution d'un arrêt du 12 juin 1731 jusqu'au 31 décembre 1732. Cet arrêt concerne la réduction du prix des anciennes espèces et matières d'or et d'argent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 1460-1466
ARRESTS NOTABLES.
Début :
EDIT DU ROY, portant suppression des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de [...]
Mots clefs :
Majesté, Cavalerie, Régiments, Cavaliers, Chevaux, Habillement, Consuls, Général, Ordonnance, Capitaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
E
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROY , portant suppression
des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de
Paris et de Lyon , et création de pareils Offices.
Donnée à Versailles , au mois de May 17 3 3 .
Registré en la Cour des Monnoyes , les Juin
suivant.
ORDONNANCE DU ROY , du 27 May
concernant les droits des Consuls et Vice- Consuls
des Eschelles de Négrépont , la Cavalle
Rhodes , Mételin , Scio , Mile , Tine et Miconi,
par laquelle S. M. ordonne que les Consuls er
Vice Consuls des susdites Eschelles , qui n'ont
point d'appointemens payez par la Chambre du
Commerce de Marseille , percevront à l'avenir
deux pour cent seulement , sur le prix des Nolisemens
que les Capitaines et Patrons des Bâtimens
François feront dans leurs Eschelles ; def
fendant ausdits Consuls et Vice- Consuls , d'exiger
ledit droit sur un plus haut pied , et ausdits
Capitaines et Patrons d'en frustrer lesdits Consuls
et Vice -Consu's , sous les peines portées par
le Réglement du 28 Février 1732. que S.M veut
au surplus être exécuté selon sa forme et teneur.
4
VI. Vol OR
JUIN. 1733 . 1461
ORDONNANCE DU ROY , portant Regles
ment pour l'Habillement , Equippement et Ar
mement de la Cavalerie , du 28 May 1733.
Sa Majesté étant informée des différens usages
qui se sont introduits dans l'Habillement, Equippement
et Armement de la Cavalerie : Et vou
lant non seulement régler ledit Habillement
Equipement et Armement , de maniere qu'il soit
uniforme dans tous les Régimens , mais aussi la
taille des Chevaux , et faire reprendre aux Officiers
la Cuirasse , et aux Cavaliers le Plastron
qui ont été abandonnez depuis la paix : Sa Majesté
a ordonné et ordonne ce qui suit :
ART. I L'Habillement des Brigadiers & Cavaliers
demeurera composé d'un Juste- au-Corps
de Drap de Lodéve ou de Berry , blanc , bleu ou
rouge , selon la couleur affectée au Régiment ,
doublé de Serge d'Aumale ou autre étoffe de même
qualité , avec un Buffle , ou une Veste de
tricot , couleur de Chamois , suivant qu'il sera
convenu dans le Régiment ; d'un Chapeau , dont
la forme aura quatre pouces deux lignes au
moins de profondeur , en sorte qu'il puisse être
aisément garni d'une Calotte de fer ou de méche
; le bordé en or ou en argent sera d'une
once : Deffend , Sa Majesté, d'employer les cour
leurs fines aux Habits des Brigadiers ou Cavafiers
; et permet seulement un bordé d'or ou
d'argent , du poids d'une once , à la Manche des
Brigadiers ; deffend pareillement Sa Majesté, les
Cartouches sur les Housses , Bourses ou Chaperons
, ausquelles il sera mis un simple bordé
en laine ou galon de livrée .
II. Les Habits uniformes des Officiers seront
en tout semblables à ceux des Cavaliers , à l'exception
qu'ils seront de Drap d'Elbeuf ou autre
1
11. Vol.
Ma
1462 MERCURE DE FRANCE
Manufacture semblable ; il n'y sera employé d
Doublures d'aucune autre étoffe que de laine ,
ni aucun galon ou fil d'or ou d'argent sur les
Juste-au-Corps ni sur les Vestes , mais seule
ment des Boutons de cuivre doré ou d'argent
sur bois.
III. Il ne sera fait à l'avenir aucun Habillement
par les Régimens de Cavalerie ,
que sur des
marchez , contenant les qualitez , les quantitez
& les prix des différentes especes de fournitures.
Lesquels marchez seront présentez par les Offciers
, chargez du détail aux Inspecteurs , pour
être par eux examinez et envoyez, avec leur avis,
au Secretaire d'Etat, ayant le département de la
Guerre , pour en rendre compte à Sa Majesté ;
faisant deffense de mettre à exécution lesdits
marchez , qu'après qu'Elle les aura approuvez .
IV. N'entend , Sa Majesté , comprendre dans
les articles cy - dessus , le Régiment Royal des
Carabiniers , celui de Royal Allemand , et les
Régimens de Hussards , à l'Habillement des
quels il ne sera fait aucun changement.
V. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie, y compris les Carabiniers et Royal
Allemand , seront tous en Bottes molles , sans
qu'à l'avenir les Capitaines puissent en donner
de fortes , sous quelque prétexte que ce soit.
VI. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie continueront d'être armez d'un
Mousqueton , deux Pistolets et un Sabre ; et attendu
que Sa Majesté a été informée qu'il n'y
a point d'uniformité entre les Régimens , soit
pour les longueurs ou pour le calibre desdites
Armes , Sa Majesté veut qu'à l'avenir la longueur
des Mousquetons demeure fixée à trois
pieds six pouces six lignes ; la longueur du Ca-
II. Vela non
JUIN. 1733. 1463
non à deux pieds , quatre ponces , ayant chacun
une Grenadiere , et la longueur des Pistolets à
seize pouces , tous montez ; que lesdits Mousquetons
et Pistolets soient mis auCalibre de l'Infanterie
,, pour recevoir la Balle de 18 à la livre
et que les Lames des Sabres soient de deux pieds
neuf pouces de longueur , sans la Poignée , qui
sera faite de façon que la main et le pouce
soient couverts ; et auront lesdits Cavaliers des
Bandoulieres de Buffle à anneau roulant , de la
largeur de deux pouces , une ou deux lignes , le
Ceinturon de même qualité et moins large ; le
tout simplement picqué dans les bords , suivant
les modeles qui seront envoyez aux Régimens.
Veut néanmoins Sa Majesté , que le Regiment
Royal des Carabiniers , le Régiment Royal Allemand
et les Hussards , demeurent armez comme
ils le sont à
present,
>
VII. Sa Majesté ayant reconnu qu'il est im
portant que toutes ses Troupes , tant de Gendarmerie
que de Cavalerie soient cuirassées et
plastronnées , même en temps de paix , pour
être accoûtumées à l'usage des Armes deffensives
en temps de guerre Sa Majesté a ordonné
et ordonne que conformément à l'Ordonnance ,
du 1 Février 1703. tous les Officiers , tant de
Gendarmerie , que de Cavalerie , se pourvoiront
incessamment de Cuirasses à l'épreuve, au moins
du Pistolet ; en sorte qu'ils en ayent tous à la
Revûë que les Directeurs et Inspecteurs feront
l'année prochaine 1734. et que les Brigadiers ,
Gendarmes , Chevaux - legers et Cavaliers , 2
l'exception des Hussards , auront des Plastrons ,
et les porteront dans tous les Exercices , aux Revûës
et dans les Marches , à commencer du jour
que Sa Majesté leur en aura fait distribuer de ses
II. Vol. Ma1464
MERCURE DE FRANCE
Magazins ; ce qui sera fait pour une premiere
fois , après quoi les Capitaines demeureront
chargez de l'entretien .
VIII. Sa Majesté pareillement informée que,
quoique la Talie des Chevaux ait été réglée par
differentes Ordonnances , notamment celles des
2 Septembre 1680. et 25 Octobre 1689. neanmoins
les Capitaines acheptent des Chevaux
beaucoup plus elevez que ce qui est prescrit par
lesdites Ordonnances : Sa Majesté veut qu'il ne
soit doresnavant point reçû de Chevaux pour la
remonte de la Cavalerie legere , de la Taille audessus
, de quatre pieds huit à dix pouces an
plus , mesurez depuis le dessous du fer . jusqu'à
la naissance des Crins sur le garost ; qu'ils soient
tous à longue Queue , et que les Directeurs et
Inspecteurs Généraux et Commissaires des guerres
qui feront les Revûës , réforment tous les
nouveaux Chevaux qui seront donnez aux Cavaliers
, d'une Taille autre que celle marquée cydessus.
IX. Les changemens cy-dessus pour les Bottes,
armement et la Taille des Chevaux , auront lieu,
à mesure qu'il sera besoin de les renouveller :
Voulant , Sa Majesté , qué les Directeurs et Inspecteurs
, à la premiere Revue qu'ils feront ,
prescrivent à chaque Régiment , un temps fixe
pour s'y conformer , et qu'ils en donnent avis à
Sa Majesté: Mandant , Sa Majesté, à M.le Comte
d'Evreux , Colonel Général de sa Cavalerie , et
au Sieur de Châtillon , Mestre de Camp Général
de ladite Cavalerie , de tenir la main chacun ,
ainsi qu'il lui appartiendra , à l'exécution de la
Présente.
Mande et ordonne , Sa Majesté , aux Gouver
meurs , et à ses Lieutenaus Généraux en ses Pro-
II. Vol. vinces
JUIN. 1733. 1468
es , aux Officiers Généraux , ayant comidement
sur ses Troupes , aux Camps où
its Régimens seront assemblez , aux Gouneurs
de ses Villes et Places , aux Intendans
ites Provinces , et sur ses Frontieres , aux Di
teurs et Inspecteurs Généraux sur ses Troupes
aux Commissaires de ses Guerres , de tenir la
in à l'exécution de la Présente ; laquelle sera
et publiée à la tête desdites Troupes , à ce
aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à
rsailles , le 28 May 1733. Signé, LOUIS. E
Es bas , BAUYN .
OUIS DE LA TOUR D'AUVERGNE ,
Comte d'Evreux , Colonel Général de la Cavalerie
légere , Françoise et Etrangere, Lieutenanı
Général des Armées du Roy , Gouverneur et
Lieutenant Général pour Sa Majesté au Gouvernement
de l'Isle de France.
Vû l'Ordonnance cy - dessus , en date du 28 du
ois dernier , par laquelle Sa Majesté a reglé
Habillement , Equipement et Armement de la
avalerie , la Taille des Chevaux , comme aussi
our faire reprendre aux Officiers la Cuirasse
aux Cavaliers le Plastron , qui ont été aban
onnez depuis la paix , ainsi qu'il est plus an
-ng contenu dans ladite Ordonnance , pour
exécution de laquelle Sa Majesté nous mande
e tenir la main.
Nous , en vertu du pouvoir à Nous donné par
a Majesté , à cause de notre Charge de Colo
el Général de la Cavalerie , mandons à Monieur
le Comte de Châtillon , Mestre de Camp
Général de ladite Cavalerie , de tenir exactement
la main à l'exécution de ladite Ordonnan
e , suivant l'intention de Sa Majesté : Ordon-
II. Vol. nons
1465 MERCURE DE FRAN
nons à tous Mestres de Camp des Régimer
Cavalerie , et des Brigades du Régiment R
des Carabiniers ; Lieutenans Colonels , Majet
Capitaines desdits Régimens et Brigades , d
server et exécuter ponctuellement la volont
Sa Majesté , mentionnée en ladite Ordonna
sans y contrevenir : Laquelledite Ordonnanc
la Présente seront lûës et publiées à la tête
Régimens de Cavalerie , et des Brigades de C
rabiniers , par les Commissaires des Guerres
en ont la Police ; afin que personne n'en igno
Fait à Paris , le 3 Juin 1733. Signé , LOUIS E
LA TOUR D'AUVERGNE , Comte d'Ev
Et plus bas : Par Monseigneur MITOUFLET
I ORDONNANCE DU ROY , du 1 Juin, por
regler le traitement des Troupes qui dows
camper sur la Meuse et au Comté de Bourg
gne , près de Gray.
>
ORDONNANCE DU ROY, du 10 Juin, d
permet de faire faucher les Prez avant la S.Je
par laquelle S. M. permet à tous Fermiers , L
boureurs et autres dans la Généralité de Pars ,
même dans l'étendue des Capitaineries , de fat
faucher pendant la présente année seulement t
sans tirer à consequence , tous les Prez, de que
que nature et qualité qu'ils soient , dans le tems,
qu'ils le jugeront à propos , sans en demand )
permission aux Seigneurs , aux Capitaines da
Chasses , à leurs Officiers et autres.
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROY , portant suppression
des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de
Paris et de Lyon , et création de pareils Offices.
Donnée à Versailles , au mois de May 17 3 3 .
Registré en la Cour des Monnoyes , les Juin
suivant.
ORDONNANCE DU ROY , du 27 May
concernant les droits des Consuls et Vice- Consuls
des Eschelles de Négrépont , la Cavalle
Rhodes , Mételin , Scio , Mile , Tine et Miconi,
par laquelle S. M. ordonne que les Consuls er
Vice Consuls des susdites Eschelles , qui n'ont
point d'appointemens payez par la Chambre du
Commerce de Marseille , percevront à l'avenir
deux pour cent seulement , sur le prix des Nolisemens
que les Capitaines et Patrons des Bâtimens
François feront dans leurs Eschelles ; def
fendant ausdits Consuls et Vice- Consuls , d'exiger
ledit droit sur un plus haut pied , et ausdits
Capitaines et Patrons d'en frustrer lesdits Consuls
et Vice -Consu's , sous les peines portées par
le Réglement du 28 Février 1732. que S.M veut
au surplus être exécuté selon sa forme et teneur.
4
VI. Vol OR
JUIN. 1733 . 1461
ORDONNANCE DU ROY , portant Regles
ment pour l'Habillement , Equippement et Ar
mement de la Cavalerie , du 28 May 1733.
Sa Majesté étant informée des différens usages
qui se sont introduits dans l'Habillement, Equippement
et Armement de la Cavalerie : Et vou
lant non seulement régler ledit Habillement
Equipement et Armement , de maniere qu'il soit
uniforme dans tous les Régimens , mais aussi la
taille des Chevaux , et faire reprendre aux Officiers
la Cuirasse , et aux Cavaliers le Plastron
qui ont été abandonnez depuis la paix : Sa Majesté
a ordonné et ordonne ce qui suit :
ART. I L'Habillement des Brigadiers & Cavaliers
demeurera composé d'un Juste- au-Corps
de Drap de Lodéve ou de Berry , blanc , bleu ou
rouge , selon la couleur affectée au Régiment ,
doublé de Serge d'Aumale ou autre étoffe de même
qualité , avec un Buffle , ou une Veste de
tricot , couleur de Chamois , suivant qu'il sera
convenu dans le Régiment ; d'un Chapeau , dont
la forme aura quatre pouces deux lignes au
moins de profondeur , en sorte qu'il puisse être
aisément garni d'une Calotte de fer ou de méche
; le bordé en or ou en argent sera d'une
once : Deffend , Sa Majesté, d'employer les cour
leurs fines aux Habits des Brigadiers ou Cavafiers
; et permet seulement un bordé d'or ou
d'argent , du poids d'une once , à la Manche des
Brigadiers ; deffend pareillement Sa Majesté, les
Cartouches sur les Housses , Bourses ou Chaperons
, ausquelles il sera mis un simple bordé
en laine ou galon de livrée .
II. Les Habits uniformes des Officiers seront
en tout semblables à ceux des Cavaliers , à l'exception
qu'ils seront de Drap d'Elbeuf ou autre
1
11. Vol.
Ma
1462 MERCURE DE FRANCE
Manufacture semblable ; il n'y sera employé d
Doublures d'aucune autre étoffe que de laine ,
ni aucun galon ou fil d'or ou d'argent sur les
Juste-au-Corps ni sur les Vestes , mais seule
ment des Boutons de cuivre doré ou d'argent
sur bois.
III. Il ne sera fait à l'avenir aucun Habillement
par les Régimens de Cavalerie ,
que sur des
marchez , contenant les qualitez , les quantitez
& les prix des différentes especes de fournitures.
Lesquels marchez seront présentez par les Offciers
, chargez du détail aux Inspecteurs , pour
être par eux examinez et envoyez, avec leur avis,
au Secretaire d'Etat, ayant le département de la
Guerre , pour en rendre compte à Sa Majesté ;
faisant deffense de mettre à exécution lesdits
marchez , qu'après qu'Elle les aura approuvez .
IV. N'entend , Sa Majesté , comprendre dans
les articles cy - dessus , le Régiment Royal des
Carabiniers , celui de Royal Allemand , et les
Régimens de Hussards , à l'Habillement des
quels il ne sera fait aucun changement.
V. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie, y compris les Carabiniers et Royal
Allemand , seront tous en Bottes molles , sans
qu'à l'avenir les Capitaines puissent en donner
de fortes , sous quelque prétexte que ce soit.
VI. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie continueront d'être armez d'un
Mousqueton , deux Pistolets et un Sabre ; et attendu
que Sa Majesté a été informée qu'il n'y
a point d'uniformité entre les Régimens , soit
pour les longueurs ou pour le calibre desdites
Armes , Sa Majesté veut qu'à l'avenir la longueur
des Mousquetons demeure fixée à trois
pieds six pouces six lignes ; la longueur du Ca-
II. Vela non
JUIN. 1733. 1463
non à deux pieds , quatre ponces , ayant chacun
une Grenadiere , et la longueur des Pistolets à
seize pouces , tous montez ; que lesdits Mousquetons
et Pistolets soient mis auCalibre de l'Infanterie
,, pour recevoir la Balle de 18 à la livre
et que les Lames des Sabres soient de deux pieds
neuf pouces de longueur , sans la Poignée , qui
sera faite de façon que la main et le pouce
soient couverts ; et auront lesdits Cavaliers des
Bandoulieres de Buffle à anneau roulant , de la
largeur de deux pouces , une ou deux lignes , le
Ceinturon de même qualité et moins large ; le
tout simplement picqué dans les bords , suivant
les modeles qui seront envoyez aux Régimens.
Veut néanmoins Sa Majesté , que le Regiment
Royal des Carabiniers , le Régiment Royal Allemand
et les Hussards , demeurent armez comme
ils le sont à
present,
>
VII. Sa Majesté ayant reconnu qu'il est im
portant que toutes ses Troupes , tant de Gendarmerie
que de Cavalerie soient cuirassées et
plastronnées , même en temps de paix , pour
être accoûtumées à l'usage des Armes deffensives
en temps de guerre Sa Majesté a ordonné
et ordonne que conformément à l'Ordonnance ,
du 1 Février 1703. tous les Officiers , tant de
Gendarmerie , que de Cavalerie , se pourvoiront
incessamment de Cuirasses à l'épreuve, au moins
du Pistolet ; en sorte qu'ils en ayent tous à la
Revûë que les Directeurs et Inspecteurs feront
l'année prochaine 1734. et que les Brigadiers ,
Gendarmes , Chevaux - legers et Cavaliers , 2
l'exception des Hussards , auront des Plastrons ,
et les porteront dans tous les Exercices , aux Revûës
et dans les Marches , à commencer du jour
que Sa Majesté leur en aura fait distribuer de ses
II. Vol. Ma1464
MERCURE DE FRANCE
Magazins ; ce qui sera fait pour une premiere
fois , après quoi les Capitaines demeureront
chargez de l'entretien .
VIII. Sa Majesté pareillement informée que,
quoique la Talie des Chevaux ait été réglée par
differentes Ordonnances , notamment celles des
2 Septembre 1680. et 25 Octobre 1689. neanmoins
les Capitaines acheptent des Chevaux
beaucoup plus elevez que ce qui est prescrit par
lesdites Ordonnances : Sa Majesté veut qu'il ne
soit doresnavant point reçû de Chevaux pour la
remonte de la Cavalerie legere , de la Taille audessus
, de quatre pieds huit à dix pouces an
plus , mesurez depuis le dessous du fer . jusqu'à
la naissance des Crins sur le garost ; qu'ils soient
tous à longue Queue , et que les Directeurs et
Inspecteurs Généraux et Commissaires des guerres
qui feront les Revûës , réforment tous les
nouveaux Chevaux qui seront donnez aux Cavaliers
, d'une Taille autre que celle marquée cydessus.
IX. Les changemens cy-dessus pour les Bottes,
armement et la Taille des Chevaux , auront lieu,
à mesure qu'il sera besoin de les renouveller :
Voulant , Sa Majesté , qué les Directeurs et Inspecteurs
, à la premiere Revue qu'ils feront ,
prescrivent à chaque Régiment , un temps fixe
pour s'y conformer , et qu'ils en donnent avis à
Sa Majesté: Mandant , Sa Majesté, à M.le Comte
d'Evreux , Colonel Général de sa Cavalerie , et
au Sieur de Châtillon , Mestre de Camp Général
de ladite Cavalerie , de tenir la main chacun ,
ainsi qu'il lui appartiendra , à l'exécution de la
Présente.
Mande et ordonne , Sa Majesté , aux Gouver
meurs , et à ses Lieutenaus Généraux en ses Pro-
II. Vol. vinces
JUIN. 1733. 1468
es , aux Officiers Généraux , ayant comidement
sur ses Troupes , aux Camps où
its Régimens seront assemblez , aux Gouneurs
de ses Villes et Places , aux Intendans
ites Provinces , et sur ses Frontieres , aux Di
teurs et Inspecteurs Généraux sur ses Troupes
aux Commissaires de ses Guerres , de tenir la
in à l'exécution de la Présente ; laquelle sera
et publiée à la tête desdites Troupes , à ce
aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à
rsailles , le 28 May 1733. Signé, LOUIS. E
Es bas , BAUYN .
OUIS DE LA TOUR D'AUVERGNE ,
Comte d'Evreux , Colonel Général de la Cavalerie
légere , Françoise et Etrangere, Lieutenanı
Général des Armées du Roy , Gouverneur et
Lieutenant Général pour Sa Majesté au Gouvernement
de l'Isle de France.
Vû l'Ordonnance cy - dessus , en date du 28 du
ois dernier , par laquelle Sa Majesté a reglé
Habillement , Equipement et Armement de la
avalerie , la Taille des Chevaux , comme aussi
our faire reprendre aux Officiers la Cuirasse
aux Cavaliers le Plastron , qui ont été aban
onnez depuis la paix , ainsi qu'il est plus an
-ng contenu dans ladite Ordonnance , pour
exécution de laquelle Sa Majesté nous mande
e tenir la main.
Nous , en vertu du pouvoir à Nous donné par
a Majesté , à cause de notre Charge de Colo
el Général de la Cavalerie , mandons à Monieur
le Comte de Châtillon , Mestre de Camp
Général de ladite Cavalerie , de tenir exactement
la main à l'exécution de ladite Ordonnan
e , suivant l'intention de Sa Majesté : Ordon-
II. Vol. nons
1465 MERCURE DE FRAN
nons à tous Mestres de Camp des Régimer
Cavalerie , et des Brigades du Régiment R
des Carabiniers ; Lieutenans Colonels , Majet
Capitaines desdits Régimens et Brigades , d
server et exécuter ponctuellement la volont
Sa Majesté , mentionnée en ladite Ordonna
sans y contrevenir : Laquelledite Ordonnanc
la Présente seront lûës et publiées à la tête
Régimens de Cavalerie , et des Brigades de C
rabiniers , par les Commissaires des Guerres
en ont la Police ; afin que personne n'en igno
Fait à Paris , le 3 Juin 1733. Signé , LOUIS E
LA TOUR D'AUVERGNE , Comte d'Ev
Et plus bas : Par Monseigneur MITOUFLET
I ORDONNANCE DU ROY , du 1 Juin, por
regler le traitement des Troupes qui dows
camper sur la Meuse et au Comté de Bourg
gne , près de Gray.
>
ORDONNANCE DU ROY, du 10 Juin, d
permet de faire faucher les Prez avant la S.Je
par laquelle S. M. permet à tous Fermiers , L
boureurs et autres dans la Généralité de Pars ,
même dans l'étendue des Capitaineries , de fat
faucher pendant la présente année seulement t
sans tirer à consequence , tous les Prez, de que
que nature et qualité qu'ils soient , dans le tems,
qu'ils le jugeront à propos , sans en demand )
permission aux Seigneurs , aux Capitaines da
Chasses , à leurs Officiers et autres.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En mai et juin 1733, plusieurs ordonnances royales ont été émises. Le 17 mai, une ordonnance a supprimé les six offices d'affineurs des monnaies de Paris et de Lyon, et en a créé de nouveaux. Le 27 mai, une autre ordonnance a réglé les droits des consuls et vice-consuls des échelles de Négrépont, Rhodes, Mételin, Scio, Mile, Tine et Miconi, fixant leurs perceptions à deux pour cent sur le prix des nolisements des bâtiments français. Le 28 mai, une ordonnance a établi des règles pour l'habillement, l'équipement et l'armement de la cavalerie. Elle a imposé un uniforme standardisé et la réintroduction de la cuirasse pour les officiers et du plastron pour les cavaliers. Elle a également fixé la taille des chevaux et les spécifications des armes. Le 1er juin, une ordonnance a réglé le traitement des troupes devant camper sur la Meuse et au Comté de Bourgogne, près de Gray. Enfin, le 10 juin, une ordonnance a permis de faucher les prés avant la Saint-Jean dans la généralité de Paris et les capitaineries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 596-601
POLOGNE.
Début :
Les Troupes du Roy, destinées à composer la Garnison de Dantzick, y sont entrées quelques [...]
Mots clefs :
Roi, Troupes, Gdańsk, Électeur de Saxe, Couronne, République, Couronnement, Général, Majesté, Primat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLO G N E.
Es Troupes du Roy , destinées à composer
Lla Garnison de Danizicky sont entrées quelques
jours plustard qu'il n'avoit été résolu , à
cause de quelques difficultez faues par les Magistrats
; quelques - uns d'eux vouloient que dès
qu'elles y seroient , elles ne reçussent plus l'ordre
que d'un General qui eût prêté serment à la
Ville ; ils désiroient aussi qu'on ne permit point
l'en-
J
MARS 1734. 597
Pentrée au Regiment des Gardes de la Couronne
, parce que c'est un Corps attaché plus immédiatement
au Roy qu'à la République ; mais
toutes ces difficultez ont été levées à la satisfaction
de Sa Majesté , et ses Troupes ont été reçues
dans cette Ville , et dans tous les lieux de sa
dépendance , où elles gardent une exacte dis
cipline.
Le 11 Février , ces Troupes prêterent serment
entre les mains des Magistrats , suivant ce qui
été convenu , et plusieurs des Officiers de l'etat
Major et des Capitaines dés Gardes de la Couronne
ayant refusé de le faire , sous prétexte
que cela étoit contraire à leurs prérogatives ,
le Roy a ordonné qu'ils n'auroient aucun commandement
tant que le Régiment seroit à Dantzick
, et Sa Majesté a nommé d'autres Officiers
pour commander à leur place .
Le Roy a fait fignifier aux Agens , qui résident
à Dantzick , de la part de la Czarine , et de
l'Electeur de Saxe , d'en sortir. Ils seront gardez
à vue jusqu'à leur départ. On vient d'apprendre
qu'ils ont obéi aux Ordres du Roy , et qu'ils ont
été accompagnez par une Escorte, jusqu'au Camp
du Général Lesci .
L'Avant-garde des Troupes Moscovites que ce
Général commande , s'étoit avancée jusqu'aux
environs de Prest , Village qui n'est éloigné de
Dantzick que de quelques lieuës ; mais le Général
Lesci n'ayant point une Armée assez nombreuse
pour former le Blocus de la Ville , a pris
le parti de se retirer du côté de Langfuhr. On
croit qu'il a dessein d'y former quelques retranehemens
pour empêcher les débarquemens que
l'on pourroit tenter de faire à la Rade de cet
endroit.
Qwel598
MERCURE DE FRANCE
Quelques Prisonniers de l'Armée ennemie ont
rapporté qu'il avoit été résolu d'attaquer Wechselmunde
, afin de pouvoir , en s'en emparant ,
ôter à Dantzick la communication avec la Mer ,
mais que les Moscovites avoient renoncé à cette
entreprise , en apprenant que ce Fort étoit abondamment
pourvû de toutes sortes de Munitions,
et qu'il étoit en état , non seulement par la maniere
dont il est fortifié, mais encore pat le nombre
des Troupes qui y sont en garnison , de soû
tenir un long Siége .
Les Fortifications de cette Ville sont entiere
ment réparées , et l'on y a ajouté divers Ouvra
ges exterieurs qui en rendent les approches extrémement
difficiles . On a inondé , au moyen
des Ecluses, toutes les Prairies qui sont à l'Ouest,
et il est impossible aux Ennemis d'y arriver de
ce côté -là.
Outre les Troupes que le Roy a fait entrer
Dantzick , du consentement des Magistrats , la
Ville entretient pour sa deffense une Garnison
considérable , laquelle sera encore augmentée.
On apprend de Cracovie que les opposants
ont demandé au Comte de Hewolde , Ambassadeur
de la Czarine près l'Electeur de Saxe , que
les Troupes Moscovites payassent à l'avenir les
Vivres et les Fourages qu'elles consommeroient,
mais qu'ils n'ont point reçû de ce Ministre une
réponse telle qu'ils la désiroient.
Les dernieres Lettres de Dantzick , portent
que le Roy y tint le 20. du mois dernier un
grand Conseil , auquel assisterent le Primat , les
Sénateurs et tous les Députez que les Palatinats
ont nommez pour demeurer auprès de la personne
de Sa Majesté ; on y lût le Projet du Manifeste
contre le Couronnement de l'Electeur de
Saxe,
MARS. 1734
599
Baxe, et Sa Majesté , après qu'il eut été approuvé
, ordonna qu'il seroit rendu public , et qu'on
en déposeroit dans le Trésor des Archives une
copic qui seroit signée par le Primat et par le
sieur Radzieuscki, Maréchal de la Diette d'Election.
Ce Manifeste contient une Protestation du
Sénat et de la Noblesse , contre tous les Actes de
Souveraineté que l'Electeur de Saxe pourroit
exercer en vertu de son Couronnement ,et l'on y
fait un long dédail des violences que les Troupes
Moscovites et Saxones commettent dans le
Royaume pour procurer à ce Prince une Couronne
que le consentement unanime de la Nation
a donnée au Roy.
Sur la fin du mois dernier le General Lesci
tenta de surprendre le Fort de Wechselmunde
mais il fut repoussé avec perte , et depuis il n'a
formé aucune autre entreprise.
>
Le Manifeste dont on vient de parler porte en
substance , qu'une poignée d'Enfans dénaturez de
La Patrie , ayant fait à Praage une Election toutà-
fait illegitime , et craignant que la République
ne leur demande raison de leur procedé criminel
ils aiment mieux poursuivre leurs Entreprises dont
ils connoissent déja eux mêmes l'injustice , que de
se soumettre au Jugement de la République qu'ils
ont outragée ; qu'il ne faut pas s'étonner , après
leurs démarches desesperées de la résolution que
l'Electeur de Saxe a prise de se faire couronner
après une Election qu'il ne peut pas ignorer être
tout à -fait invalide ; que le Roy Stanislas étant le
seul légitimement et unanimement élû , il n'y avoit
que lui qui ait pu être couronné Roy de Pologne ;
qu'il étoit le maître de se faire d'abord couronner à
Varsovie par le Primat , en présence d'environ
60000.
Gentilshommes qui l'avoient élú ; qu'il
pourroit
foo MERCURE DE FRANCE
>
pourroit bien aller à Cracovie pour y reprendre la
Couronne avec plus de solemnité , que même il
pourroit se faire couronner avec les Diademes ordinaires
et usite dans la Province où il se trouve
accompagné d'un si grand nombre d'illustres Citoyens
, dont plusieurs y seroient encore survenus en
foule mais que Sa Majesté n'ayant rien voulu
précipiter , a mieux aimé observer tous les degrez
es toutes les formalitez requises ; qu'au contraire
la Proclamation de l'Electeur de Saxe étant
tout à fait nulle son Couronnement ne peut
étre qu'illégitime , et de xulle valeur : que cependant
pour le faire par force on a fait entrer
les Troupes Saxones dans le Royaume déja opprimé
par celles de Russie ; que le Prince VVeissen➡
feld's, Commandant des Troupes Saxones , a commis
d'abord à son Entrée un attentat contre les
Loix les plus fondamentales de la République , en
donnant un Edit par lequel il deffend aux Officiers
des Finances de la République de remettre les de-,
niers publics aux Grands Trésoriers du Royaume ;
et de Lithuanie : Que la prétenduë Diette du Couronnement
, et les prétendues Diestines qui l'ont précédé
, n'ont été convoquées quepar les Universaux
du Sieur Poninski , qui n'avoit aucun droit de le
faire , n'ayant pas même été du nombre des Nonces
à la Diette d'Election : Que le prétendu Couronnement
ne s'est pas fait avec les Diadémes anciens
et usitez , mais avec d'autres qu'on afabriquez &
set effet en Saxe : Que cet acte s'est fait sous les
armes et au préjudice du Primat , à qui seul il
appartient de couronner les Rois de Pologne ; que
Evêque de Cracovie ayant préfumé de le faire
sans aucun droit , a méprisé par- là la constitution
de Sixte V, et le Jugement du S. Siége , qui avoit
déja reconnu Stanislas I. pour légitime Roy. Qu'il
a agi
MARS 1734
agi en cela contre les sentimens de toute la République
qui se confédere et prend les Armes pour sousenir
sa liberté , et la Couronne de son Roy contre
ceux qui la lui veulent ravir. Et que pour toutes
ces raisons le Sénat , et l'Ordre Equestre , conformément
au serment prêté à la Diette de Convocation
sur l'exclusion de l'Etranger , proteste trèsfolemnellement
contre le Couronnement illégitime
de l'Electeur de Saxe : et contre tous les Acres qui
en dépendent , &c. fait à Dantzick le 10 Février
1734. Signé Theodore Potocski , Archevêque et
Primat, François de Brien Radzevvski , Chambelan
de Posnanie , Maréchal de l'Ordre Equestre à
la Diette d'Election .
On a appris d'Elbing , que les Polonois y
avoient fait créver les Canons et les Mortiers qui
y sont , pour empêcher que les Russiens et les
Saxons ne pussent s'en servir contre la Ville de
Dantzick.
Es Troupes du Roy , destinées à composer
Lla Garnison de Danizicky sont entrées quelques
jours plustard qu'il n'avoit été résolu , à
cause de quelques difficultez faues par les Magistrats
; quelques - uns d'eux vouloient que dès
qu'elles y seroient , elles ne reçussent plus l'ordre
que d'un General qui eût prêté serment à la
Ville ; ils désiroient aussi qu'on ne permit point
l'en-
J
MARS 1734. 597
Pentrée au Regiment des Gardes de la Couronne
, parce que c'est un Corps attaché plus immédiatement
au Roy qu'à la République ; mais
toutes ces difficultez ont été levées à la satisfaction
de Sa Majesté , et ses Troupes ont été reçues
dans cette Ville , et dans tous les lieux de sa
dépendance , où elles gardent une exacte dis
cipline.
Le 11 Février , ces Troupes prêterent serment
entre les mains des Magistrats , suivant ce qui
été convenu , et plusieurs des Officiers de l'etat
Major et des Capitaines dés Gardes de la Couronne
ayant refusé de le faire , sous prétexte
que cela étoit contraire à leurs prérogatives ,
le Roy a ordonné qu'ils n'auroient aucun commandement
tant que le Régiment seroit à Dantzick
, et Sa Majesté a nommé d'autres Officiers
pour commander à leur place .
Le Roy a fait fignifier aux Agens , qui résident
à Dantzick , de la part de la Czarine , et de
l'Electeur de Saxe , d'en sortir. Ils seront gardez
à vue jusqu'à leur départ. On vient d'apprendre
qu'ils ont obéi aux Ordres du Roy , et qu'ils ont
été accompagnez par une Escorte, jusqu'au Camp
du Général Lesci .
L'Avant-garde des Troupes Moscovites que ce
Général commande , s'étoit avancée jusqu'aux
environs de Prest , Village qui n'est éloigné de
Dantzick que de quelques lieuës ; mais le Général
Lesci n'ayant point une Armée assez nombreuse
pour former le Blocus de la Ville , a pris
le parti de se retirer du côté de Langfuhr. On
croit qu'il a dessein d'y former quelques retranehemens
pour empêcher les débarquemens que
l'on pourroit tenter de faire à la Rade de cet
endroit.
Qwel598
MERCURE DE FRANCE
Quelques Prisonniers de l'Armée ennemie ont
rapporté qu'il avoit été résolu d'attaquer Wechselmunde
, afin de pouvoir , en s'en emparant ,
ôter à Dantzick la communication avec la Mer ,
mais que les Moscovites avoient renoncé à cette
entreprise , en apprenant que ce Fort étoit abondamment
pourvû de toutes sortes de Munitions,
et qu'il étoit en état , non seulement par la maniere
dont il est fortifié, mais encore pat le nombre
des Troupes qui y sont en garnison , de soû
tenir un long Siége .
Les Fortifications de cette Ville sont entiere
ment réparées , et l'on y a ajouté divers Ouvra
ges exterieurs qui en rendent les approches extrémement
difficiles . On a inondé , au moyen
des Ecluses, toutes les Prairies qui sont à l'Ouest,
et il est impossible aux Ennemis d'y arriver de
ce côté -là.
Outre les Troupes que le Roy a fait entrer
Dantzick , du consentement des Magistrats , la
Ville entretient pour sa deffense une Garnison
considérable , laquelle sera encore augmentée.
On apprend de Cracovie que les opposants
ont demandé au Comte de Hewolde , Ambassadeur
de la Czarine près l'Electeur de Saxe , que
les Troupes Moscovites payassent à l'avenir les
Vivres et les Fourages qu'elles consommeroient,
mais qu'ils n'ont point reçû de ce Ministre une
réponse telle qu'ils la désiroient.
Les dernieres Lettres de Dantzick , portent
que le Roy y tint le 20. du mois dernier un
grand Conseil , auquel assisterent le Primat , les
Sénateurs et tous les Députez que les Palatinats
ont nommez pour demeurer auprès de la personne
de Sa Majesté ; on y lût le Projet du Manifeste
contre le Couronnement de l'Electeur de
Saxe,
MARS. 1734
599
Baxe, et Sa Majesté , après qu'il eut été approuvé
, ordonna qu'il seroit rendu public , et qu'on
en déposeroit dans le Trésor des Archives une
copic qui seroit signée par le Primat et par le
sieur Radzieuscki, Maréchal de la Diette d'Election.
Ce Manifeste contient une Protestation du
Sénat et de la Noblesse , contre tous les Actes de
Souveraineté que l'Electeur de Saxe pourroit
exercer en vertu de son Couronnement ,et l'on y
fait un long dédail des violences que les Troupes
Moscovites et Saxones commettent dans le
Royaume pour procurer à ce Prince une Couronne
que le consentement unanime de la Nation
a donnée au Roy.
Sur la fin du mois dernier le General Lesci
tenta de surprendre le Fort de Wechselmunde
mais il fut repoussé avec perte , et depuis il n'a
formé aucune autre entreprise.
>
Le Manifeste dont on vient de parler porte en
substance , qu'une poignée d'Enfans dénaturez de
La Patrie , ayant fait à Praage une Election toutà-
fait illegitime , et craignant que la République
ne leur demande raison de leur procedé criminel
ils aiment mieux poursuivre leurs Entreprises dont
ils connoissent déja eux mêmes l'injustice , que de
se soumettre au Jugement de la République qu'ils
ont outragée ; qu'il ne faut pas s'étonner , après
leurs démarches desesperées de la résolution que
l'Electeur de Saxe a prise de se faire couronner
après une Election qu'il ne peut pas ignorer être
tout à -fait invalide ; que le Roy Stanislas étant le
seul légitimement et unanimement élû , il n'y avoit
que lui qui ait pu être couronné Roy de Pologne ;
qu'il étoit le maître de se faire d'abord couronner à
Varsovie par le Primat , en présence d'environ
60000.
Gentilshommes qui l'avoient élú ; qu'il
pourroit
foo MERCURE DE FRANCE
>
pourroit bien aller à Cracovie pour y reprendre la
Couronne avec plus de solemnité , que même il
pourroit se faire couronner avec les Diademes ordinaires
et usite dans la Province où il se trouve
accompagné d'un si grand nombre d'illustres Citoyens
, dont plusieurs y seroient encore survenus en
foule mais que Sa Majesté n'ayant rien voulu
précipiter , a mieux aimé observer tous les degrez
es toutes les formalitez requises ; qu'au contraire
la Proclamation de l'Electeur de Saxe étant
tout à fait nulle son Couronnement ne peut
étre qu'illégitime , et de xulle valeur : que cependant
pour le faire par force on a fait entrer
les Troupes Saxones dans le Royaume déja opprimé
par celles de Russie ; que le Prince VVeissen➡
feld's, Commandant des Troupes Saxones , a commis
d'abord à son Entrée un attentat contre les
Loix les plus fondamentales de la République , en
donnant un Edit par lequel il deffend aux Officiers
des Finances de la République de remettre les de-,
niers publics aux Grands Trésoriers du Royaume ;
et de Lithuanie : Que la prétenduë Diette du Couronnement
, et les prétendues Diestines qui l'ont précédé
, n'ont été convoquées quepar les Universaux
du Sieur Poninski , qui n'avoit aucun droit de le
faire , n'ayant pas même été du nombre des Nonces
à la Diette d'Election : Que le prétendu Couronnement
ne s'est pas fait avec les Diadémes anciens
et usitez , mais avec d'autres qu'on afabriquez &
set effet en Saxe : Que cet acte s'est fait sous les
armes et au préjudice du Primat , à qui seul il
appartient de couronner les Rois de Pologne ; que
Evêque de Cracovie ayant préfumé de le faire
sans aucun droit , a méprisé par- là la constitution
de Sixte V, et le Jugement du S. Siége , qui avoit
déja reconnu Stanislas I. pour légitime Roy. Qu'il
a agi
MARS 1734
agi en cela contre les sentimens de toute la République
qui se confédere et prend les Armes pour sousenir
sa liberté , et la Couronne de son Roy contre
ceux qui la lui veulent ravir. Et que pour toutes
ces raisons le Sénat , et l'Ordre Equestre , conformément
au serment prêté à la Diette de Convocation
sur l'exclusion de l'Etranger , proteste trèsfolemnellement
contre le Couronnement illégitime
de l'Electeur de Saxe : et contre tous les Acres qui
en dépendent , &c. fait à Dantzick le 10 Février
1734. Signé Theodore Potocski , Archevêque et
Primat, François de Brien Radzevvski , Chambelan
de Posnanie , Maréchal de l'Ordre Equestre à
la Diette d'Election .
On a appris d'Elbing , que les Polonois y
avoient fait créver les Canons et les Mortiers qui
y sont , pour empêcher que les Russiens et les
Saxons ne pussent s'en servir contre la Ville de
Dantzick.
Fermer
Résumé : POLOGNE.
En mars 1734, les troupes du roi destinées à la garnison de Dantzick entrèrent dans la ville avec retard en raison des difficultés soulevées par les magistrats. Ces derniers exigeaient que les troupes ne reçoivent d'ordres que d'un général ayant prêté serment à la ville et refusaient l'entrée des Gardes de la Couronne. Ces problèmes furent résolus à la satisfaction du roi, et les troupes furent accueillies dans la ville et ses dépendances, où elles maintinrent une discipline stricte. Le 11 février, les troupes prêtèrent serment entre les mains des magistrats. Plusieurs officiers refusèrent de prêter serment, invoquant leurs prérogatives. Le roi ordonna alors qu'ils n'aient aucun commandement tant que le régiment resterait à Dantzick et nomma d'autres officiers pour les remplacer. Le roi fit également expulser les agents résidant à Dantzick au nom de la czarine et de l'électeur de Saxe, qui furent gardés à vue jusqu'à leur départ. Les troupes moscovites, commandées par le général Lesci, s'étaient avancées jusqu'aux environs de Prest, mais se retirèrent vers Langfuhr pour former des retranchements et empêcher les débarquements. Les fortifications de Dantzick furent entièrement réparées et renforcées par divers ouvrages extérieurs. Les prairies à l'ouest furent inondées pour empêcher l'accès des ennemis. Outre les troupes du roi, la ville entretenait une garnison considérable pour sa défense. À Cracovie, les opposants demandèrent aux troupes moscovites de payer les vivres et les fourrages qu'elles consommaient, mais n'obtinrent pas la réponse souhaitée. Le roi tint un grand conseil à Dantzick le 20 février, où fut approuvé un manifeste contre le couronnement de l'électeur de Saxe. Ce manifeste protestait contre les actes de souveraineté de l'électeur et détaillait les violences commises par les troupes moscovites et saxonnes. Le manifeste affirmait que Stanislas était le seul roi légitimement élu et que son couronnement à Varsovie avait été validé par environ 60 000 gentilshommes. Il dénonçait le couronnement illégitime de l'électeur de Saxe, soutenu par les troupes saxonnes et russes, et les violations des lois fondamentales de la République. Le Sénat et la noblesse protestèrent solennellement contre ce couronnement et les actes qui en découlaient. À Elbing, les Polonais firent crever les canons et mortiers pour empêcher les Russiens et les Saxons de s'en servir contre Dantzick.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
Fermer
Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 94-101
COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
Début :
AU ROI. SIRE, les voeux de la France sont exaucés, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Espérances, Majesté, Félicité, Peuples, Délices, Allégresse, Voeux, Sujets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
COMPLIMENTS
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
95
devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
99
AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
ed by Goo
JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
95
devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
99
AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
ed by Goo
JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
Fermer
37
p. 174-177
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
Début :
La naissance de Monseigneur le DUC DE BOURG[O]GNE, est un événement qui [...]
Mots clefs :
Félicité publique, Feu de joie, Reims, Temple, Figure, Ville, Majesté, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
LE TEMPLE de la felicité publique
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
Fermer
37
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
38
p. 71-72
DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
Début :
SIRE, Ce jour destiné à la réception de M. le [...]
Mots clefs :
Prince de Condé, Réception, Majesté, Ordres, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
DISCOURS
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
Fermer
38
39
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
Fermer
40
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
41
p. 193-201
DE MONTPELLIER.
Début :
On a trouvé il y a deux mois dans le tems que la neige étoit sur terre, un oiseau plus gros qu'un [...]
Mots clefs :
Famille royale, Majesté, Roi, Reine, Musique, Évêque de Gap, Chapelle, Compagnie, Dauphin, Grand-messe, Père Griffet, Madame Adélaïde, Sophie Victoire, Louise Victoire, Monument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MONTPELLIER.
DE MONTPELLIER .
On atrouvé il y a deux mois dans le tems que
la neige étoit fur terre , un oifeau plus gros qu'un
Coq d'Inde , reffemblant affez à un Héron , ayant
une espece de couronne fur la tête avec deux grandes
plumes qui lui tomboient fur le dos. Il étoit
fi maigre que ne pouvant plus voler , des chiens
le prirent à Caftries, terre appartenant à M. le Marquis
de Caftres , à deux lieues de Montpellier. Il
avoit un anneau au pied, fur lequel étoient gravées
que voici : les lettres
C. W. F. M. Z. B. O.
NO. 74. A. 1752. U. G.
On nous a prié d'inférer dans l'article des nouvelles
cet événement , qui peut intéreffer la perfonne
à qui appartenoit cet oifeau. On pourroit
fçavoir par ce moyen d'où il eft venu , quelle étoit
fon efpece , & le tems où il s'eft fauvé de chez fon
maître.
Le 18 Mars, pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Gap prêta ferment entre les mains de Sa Majeſté.
Le huitieme tirage de la premiere lotterie royale
fe fit le 19 & les jours fuivans , dans la grande
Salle de l'Hôtel de Ville , en préfence des Prévôt
des Marchands & Echevins. Le principal Lot
cft échu au numéro 6804 , & le fecond au numéro
16894. Le numéro 1628 a eu la premiere
Prime.
On fit le 22 de ce mois la proceffion folemnelle
, qu'on a coutume de faire tous les ans ,
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obéiffance de Henri IV. Le Corps de Ville
y affifta fuivant l'ufage.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour l'Académie Françoife élut le
fieur de Châteaubrun , pour remplir la place vacante
dans cette Compagnie , par la mort du
Préſident de Montefquieu .
Le 23 , l'Evêque de Vence fut facré dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice , par
l'Evêque de Beauvais , affifté des Evêques de
Soiffons & de Bazas , & le 24 , pendant la Meffe
du Roi , il prêta ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majesté.
La Marquife de Sailly fut préfentée le 23 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 23 , Dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Madame Adelaïde , & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louiſe , aſſiſta dans
la Chapelle à la Bénédiction des Palmes. Cette
cérémonie fut faite par l'Abbé Gergoy , Chapelain
Ordinaire de la Chapelle - Mufique , lequel
préfenta une Palme à Sa Majefté. Après
la Proceffion , & après avoir adoré la Croix ,
le Roi entendit la grande Meffe , célébrée par
le même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après-midi , le Roi entendit le Sermon du
Pere Griffet , de la Compagnie de Jeſus . Sa Majeſté
aſſiſta enfuite aux Vêpres , chantées par la
Mufique , & au ' Salut célébré par les Millionnaires.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine , affifterent dans la Tribune à
l'Office du matin & à celui de l'après -midi.
Le 27 , Jeudi Saint , l'Evêque de Gap ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de l'Abbé de Trémouilhe , Chanoine &
Théologal de l'Eglife Métropolitaine de Tours ;
Sa Majefté a lave les pieds à douze pauvres ,
a
MAI. 1755. 195
& les a ſervis à table . Le Prince de Condé ,
Grand Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Prince de Conti , le Comte de la Marche , le
Comte d'Eu , & par les principaux Officiers de
Sa Majesté. Après cette cérémonie , le Roi &
la Reine , accompagnés de la Famille Royale,
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grande Meffe , célébrée
par l'Abbé Gergoy , & ont affifté à la Proceffion
.
Leurs Majeftés ont affifté le 26 & le 27 à l'Office
des Ténebres , chanté par la Mufique.
L'Académie des Belles • Lettres de Marſeille
ayant réſervé le prix qu'elle devoit adjuger en
1754 , en aura cette année deux à diftribuer.
Elle donnera l'un de ces prix à un Poëme en
rimes plates , de cent cinquante vers au plus ,
& de cent au moins , dont le fujet fera : La
Réunion de la Provence à la Couronne. L'autre
prix eft deftiné à un Difcours d'un quart
d'heure , ou tout au plus d'une demi - heure
de lecture , lequel aura pour fujet : L'homme
eft plus grand par l'ufage defes talens , que par les
talens mêmes.
La Fregate la Gloire , qui a fait voile de Pondichery
le 10 Septembre 1754 , eft arrivée le
26 Mars au Port de l'Orient. On a appris par
ce bâtiment que le fieur Godeheu étoit dé
barqué le 2 Août à Pondichery , & que le fieur
Dupleix , qui lui a remis le Gouvernement des
étab iffemens de la Compagnie dans l'Inde , devoit
être parti au mois d'Octobre , pour revenir en
Europe.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 27 de Mars , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Tremouilhe ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife Métropoli- ,
taine de Tours. L'Evêque de Gap fit enfuite.
Abfoute , après laquelle la Reine lava les pieds
à douze pauvres Filles , que Sa Majesté fervit
à table. Le Marquis de Chalmazel , premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précéda le Service
, & les plats furent portés par Madame Adelaïde
, par Mefdames Victoire , Sophie & Louife,
par la Ducheffe d'Orleans , par les Dames du
Palais de la Reine , & les Dames de Compagnie
de Mefdames de France.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fe rendirent
le même jour fur les dix heures du foir
à la Chapelle du Château , & firent leurs prieres
devant l'Autel , où le Saint Sacrement étoit '
en dépôt.
Le 28 , jour du Vendredi Saint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Madame Adelaïde , &
de Mefdames Victoire & Sophie , entendirent
le Sermon de la Paffion du Pere Griffet , de la
Compagnie de Jefus. Après la Prédication , leurs
Majeftés affifterent à l'Office , & allerent à l'Adoration
de la Croix. L'après- midi , le Roi & la
Reine entendirent les Tenebres.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
phine , & Madame Louife , affifterent à l'Offi
ce du matin & du foir dans la Tribune .
Le 29 , Samedi Saint , leurs Majeftés entendirent
la grande Meffe , célébrée par les Miffionnaires.
-
Elles affifterent l'après midi aux Complies ,
après lefquelles la Mufique chanta le Regina Cali
& PO Filii , de la compofition du fieur Mondonville
, Maître de Mufique de la Chapelle , en
quartier.
MAI 1755 197- 甲
enten-
Le 30 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Mefdames de France ,
dirept dans la Chapelle du Château la grande
Meffe , à laquelle l'Evêque de Gap officia pontificalement
, & qui fut chantée par la Mu-.
fique.
L'après-midi , leurs Majeftés affifterent à la
Prédication du Pere Griffet , enfuite aux Vêpres
, chantées par la Mufique , auxquelles l'Evêque
de Gap officia ; & au Salut célébré par
les Miffionnaires , pendant lequel la Mufique
chanta l'O Filii.
Le 30 Monfeigneur le Duc de Bourgogne &
Madame dînerent avec la Reine .
Le même jour , la Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , conduifit Monfeigneur
le Duc de Berry chez la Reine , pour
la premiere fois depuis la naiffance de ce
Prince.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , en long
manteau de deuil , a fait fes révérences à leurs
Majeftés & à la Famille Royale , à occafion
de la mort de la Maréchale de Belle - Ifle .
Le 6 , l'Evêque de Rennes , le Duc de Rohan
& le Sr Baillon , Préfidens des trois Ordres des
Etats de Bretagne , & nommés pour présenter au
Roi la médaille & l'eftampe du monument que
les Etats ont fait élever à Rennes , en mémoire de
la convalescence & des victoires de Sa Majesté ,
s'acquitterent de ce devoir. Sa Majefté voulant
leur témoigner fa fatisfaction par une marque dif
tinguée , les reçut dans fon cabinet . L'Evêque de
Rennes porta la parole. Le Duc d'Aiguillon, Commandant
en Bretagne , accompagnoit la députation
; & le Comte de Saint - Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de cette
-
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
province , préfenta les Députés au Roi , à la Reine
, & à la Famille royale.
L'Académie royale de Chirurgie tint le 10
Avril fon affemblée publique. A l'ouverture de la
féance, le Sr Morand , Secrétaire perpétuel , annonça
que l'Académie avoit ajugé le prix , Sur laquefsiondufeu
, ou cautere actuel , comme remede de chirurgie
, au Mémoire No. 20 , portant à la premiere
page l'emblême de la Salamandre , avec la devife ,
Nimium extinguit , defideratum renovat ; & à la
derniere page l'enblême du phénix avec la devife
Crematus ipfe refurgit . Le Sr Pipelet lut une obfervation
, Sur la cure d'une Hernie d'inteftins gangrenée
, accompagnée de quelques circonfiances fingulieres.
Cette lecture fut fuivie de celle d'un mémoire
du Sr Houftet , Sur une espece particuliere
d'exoftofe . Le troifieme mémoire qui fut lû , eft
du Sr Ruffel , & contient des obfervations , Sur
les bons effets des cauteres multipliés dans le cas de
l'épilepfie. Le Sr Louis lut un mémoire , Sur les
pierres urinaires , formées hors des voies urinaires.
La féance fut terminée par la lecture de l'histoire
d'une plaie au foie au diaphragme , guérie par
les foins du Sr du Bertrand.
Le Comte de Gifors , nouvellement arrivé des
voyages qu'il a faits dans différentes Cours de
l'Europe , rendit le 12 fes refpects à leurs Majeftés
, étant préfenté par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , fon pere.
Le 13 , la Comteffe d'Ayen fut préfentée à leurs
Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
d'Ayen, fa belle - mere. En vertu du brevet d'honneurs
que le Roi a accordé au Comte d'Ayen , elle
prit le tabouret.
Mademoiſelle de Sens préſenta le même jour la
Marquise de Prulé.
MA I. 1755 . 199
Le même jour leurs Majeftés fignerent les
contrats de mariage du Comte de Coigny , Meſtre
de Camp général des Dragons , avec la Vicomteffe
douairiere de Chabot ; du Marquis de Bethu
ne , Meftre de Camp général de la Cavalerie ,
avec Demoiſelle Crozat de Thiers ; du Comte de
Ligny , avec Demoiſelle de Rambures ; du fieur
de Blair de Boifmont , Intendant de Valenciennes ,
avec Demoiſelle de Fleffelle ; & du fieur Dufort
Introdacteur des Ambaffadeurs , avec Demoiſelle
le Gendre.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Vicomte de Merinville , Brigadier de Cavalerie ,
& Capitaine fous- Lieutenant des Gendarines de lá.
Garde ordinaire du Roi , avec la feconde fille da
Marquis de Lhôpital .
Le Marquis de Marigny , Directeur & Ordonnateur
général des Bâtimens & Jardins du Roi ,
ainfi que des Arts & Manufactures , préfenta le
13 à Sa Majefté les ouvrages de peinture & de
fculptute faits pendant l'année derniere par les
éleves protégés. Voici la lifte de ces ouvrages.
1º. Le Šauveur lavant les pieds à fes Apôtres , par
le fieur Fragonard , âgé de 22 ans , & depuis deux
ans dans l'école. 2°. Armide prête à poignarder
Renaud , & arrêtée par l'Amour. Ce tableau eft
du fieur Monet depuis dix-huit mois dans l'école ,
& âgé de 23 ans. 3. Mercure qui endort Argus ,
pour enlever lo métamorphofée en Géniffe , par le
fieur Brenet l'aîné , âgé de 16 ans dans l'école
depuis quinze mois. Saint Jerome en méditation
par le même. 4º, Un modele , dont le ſujet repréfente
le Tems , qui enchaîne l'Amour , par le fieur
Brenet le jeune , âgé de 20 ans , depuis fix mois
dans l'école. 5. Une figure allégorique , repréfentant
la Nobleffe , par le fieur d'Huez , âgé de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
24 ans , & entré dans l'école en même tems que
le fieur Brenet le jeune. 6°. Alexandre s'endormant
avec une boule d'or dans fa main , afin de
s'éveiller au bruit qu'elle fera en tombant . Mathathias
tuant un juif qui avoit facrifié aux Idoles
, & le Miniftre d'Antiochus qui l'y avoit förcé.
L'Auteur de ces deux derniers morceaux eft le
fieur Chardin , âgé de 22 ans , & qui n'eft que
depuis cinq mois dans l'école. Tous ces différens
ouvrages ont été expofés dans les grands appartemens.
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre dans
P'Eglife de la Paroiffe du Château , les Pains bénits
qui furent préfentés par l'Abbé de Laſcaris , Aumônier
de Sa Majesté.
Le même jour , les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi , ils furent préfentés
par le Prince de Condé , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint - Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Grand- Maître & le
Maître des Cérémonies.
La députation étoit compofée pour le Clergé,
de l'Abbé de Cîteaux , qui porta la parole ; du
Marquis d'Efcorailles , pour la Nobleffe ; de M.
Jouard , Maire de Châtillon - fur- Seine , pour le
Tiers -Etat ; de M. Bernard de Blancey , Secrétaire
des Etats ; de M. Rigoley d'Ogny , Tréforier de la
Province ; de M. Perchet , Procureur - Syndic
des Etats ; de M. Berault , Syndic du pays de
Breffe , & de M. Grumet , Syndic du pays de
Bugey.
Le Roi foupa le foir au grand couvert chez la
Reine , avec la Famille royale.
Le 14 , le Roi partit pour Choify , d'où l'on
attend demain Sa Majefté. Monſeigneur le Dau
MA I. 201 1755.
.
phin y alla le 16 , & Mefdames de France y font
allées le 17.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
fe promenerent le 14 à Marly, & le 19.à Trianon .
Leurs Majeftés entendirent le 14 de ce mois une
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la mufique , pour l'anniverfaire
de feu Monfeigneur le Dauphin , ayeul
du Roi.
Le fieur Folard , ci- devant Miniftre du Roi à la
Diette de l'Empire , a été nommé par Sa Majesté
pour aller réfider à Munich en qualité de fon Envoyé
extraordinaire auprès de l'Electeur de Baviere.
Selon les lettres d'Avignon , le Margrave & la
Margrave de Bareith , après y avoir féjourné quatre
mois , en font partis pour Marſeille , d'où ils fe
rendront en Italie.
Le 17 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- fept cens dix livres : les billets de la
premiere Lotterie royale à huit cens vingt- cinq
livres ; & ceux de la feconde Lotterie , à fept cens
dix-fept.
On atrouvé il y a deux mois dans le tems que
la neige étoit fur terre , un oifeau plus gros qu'un
Coq d'Inde , reffemblant affez à un Héron , ayant
une espece de couronne fur la tête avec deux grandes
plumes qui lui tomboient fur le dos. Il étoit
fi maigre que ne pouvant plus voler , des chiens
le prirent à Caftries, terre appartenant à M. le Marquis
de Caftres , à deux lieues de Montpellier. Il
avoit un anneau au pied, fur lequel étoient gravées
que voici : les lettres
C. W. F. M. Z. B. O.
NO. 74. A. 1752. U. G.
On nous a prié d'inférer dans l'article des nouvelles
cet événement , qui peut intéreffer la perfonne
à qui appartenoit cet oifeau. On pourroit
fçavoir par ce moyen d'où il eft venu , quelle étoit
fon efpece , & le tems où il s'eft fauvé de chez fon
maître.
Le 18 Mars, pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Gap prêta ferment entre les mains de Sa Majeſté.
Le huitieme tirage de la premiere lotterie royale
fe fit le 19 & les jours fuivans , dans la grande
Salle de l'Hôtel de Ville , en préfence des Prévôt
des Marchands & Echevins. Le principal Lot
cft échu au numéro 6804 , & le fecond au numéro
16894. Le numéro 1628 a eu la premiere
Prime.
On fit le 22 de ce mois la proceffion folemnelle
, qu'on a coutume de faire tous les ans ,
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obéiffance de Henri IV. Le Corps de Ville
y affifta fuivant l'ufage.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour l'Académie Françoife élut le
fieur de Châteaubrun , pour remplir la place vacante
dans cette Compagnie , par la mort du
Préſident de Montefquieu .
Le 23 , l'Evêque de Vence fut facré dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice , par
l'Evêque de Beauvais , affifté des Evêques de
Soiffons & de Bazas , & le 24 , pendant la Meffe
du Roi , il prêta ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majesté.
La Marquife de Sailly fut préfentée le 23 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 23 , Dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Madame Adelaïde , & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louiſe , aſſiſta dans
la Chapelle à la Bénédiction des Palmes. Cette
cérémonie fut faite par l'Abbé Gergoy , Chapelain
Ordinaire de la Chapelle - Mufique , lequel
préfenta une Palme à Sa Majefté. Après
la Proceffion , & après avoir adoré la Croix ,
le Roi entendit la grande Meffe , célébrée par
le même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après-midi , le Roi entendit le Sermon du
Pere Griffet , de la Compagnie de Jeſus . Sa Majeſté
aſſiſta enfuite aux Vêpres , chantées par la
Mufique , & au ' Salut célébré par les Millionnaires.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine , affifterent dans la Tribune à
l'Office du matin & à celui de l'après -midi.
Le 27 , Jeudi Saint , l'Evêque de Gap ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de l'Abbé de Trémouilhe , Chanoine &
Théologal de l'Eglife Métropolitaine de Tours ;
Sa Majefté a lave les pieds à douze pauvres ,
a
MAI. 1755. 195
& les a ſervis à table . Le Prince de Condé ,
Grand Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Prince de Conti , le Comte de la Marche , le
Comte d'Eu , & par les principaux Officiers de
Sa Majesté. Après cette cérémonie , le Roi &
la Reine , accompagnés de la Famille Royale,
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grande Meffe , célébrée
par l'Abbé Gergoy , & ont affifté à la Proceffion
.
Leurs Majeftés ont affifté le 26 & le 27 à l'Office
des Ténebres , chanté par la Mufique.
L'Académie des Belles • Lettres de Marſeille
ayant réſervé le prix qu'elle devoit adjuger en
1754 , en aura cette année deux à diftribuer.
Elle donnera l'un de ces prix à un Poëme en
rimes plates , de cent cinquante vers au plus ,
& de cent au moins , dont le fujet fera : La
Réunion de la Provence à la Couronne. L'autre
prix eft deftiné à un Difcours d'un quart
d'heure , ou tout au plus d'une demi - heure
de lecture , lequel aura pour fujet : L'homme
eft plus grand par l'ufage defes talens , que par les
talens mêmes.
La Fregate la Gloire , qui a fait voile de Pondichery
le 10 Septembre 1754 , eft arrivée le
26 Mars au Port de l'Orient. On a appris par
ce bâtiment que le fieur Godeheu étoit dé
barqué le 2 Août à Pondichery , & que le fieur
Dupleix , qui lui a remis le Gouvernement des
étab iffemens de la Compagnie dans l'Inde , devoit
être parti au mois d'Octobre , pour revenir en
Europe.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 27 de Mars , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Tremouilhe ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife Métropoli- ,
taine de Tours. L'Evêque de Gap fit enfuite.
Abfoute , après laquelle la Reine lava les pieds
à douze pauvres Filles , que Sa Majesté fervit
à table. Le Marquis de Chalmazel , premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précéda le Service
, & les plats furent portés par Madame Adelaïde
, par Mefdames Victoire , Sophie & Louife,
par la Ducheffe d'Orleans , par les Dames du
Palais de la Reine , & les Dames de Compagnie
de Mefdames de France.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fe rendirent
le même jour fur les dix heures du foir
à la Chapelle du Château , & firent leurs prieres
devant l'Autel , où le Saint Sacrement étoit '
en dépôt.
Le 28 , jour du Vendredi Saint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Madame Adelaïde , &
de Mefdames Victoire & Sophie , entendirent
le Sermon de la Paffion du Pere Griffet , de la
Compagnie de Jefus. Après la Prédication , leurs
Majeftés affifterent à l'Office , & allerent à l'Adoration
de la Croix. L'après- midi , le Roi & la
Reine entendirent les Tenebres.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
phine , & Madame Louife , affifterent à l'Offi
ce du matin & du foir dans la Tribune .
Le 29 , Samedi Saint , leurs Majeftés entendirent
la grande Meffe , célébrée par les Miffionnaires.
-
Elles affifterent l'après midi aux Complies ,
après lefquelles la Mufique chanta le Regina Cali
& PO Filii , de la compofition du fieur Mondonville
, Maître de Mufique de la Chapelle , en
quartier.
MAI 1755 197- 甲
enten-
Le 30 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Mefdames de France ,
dirept dans la Chapelle du Château la grande
Meffe , à laquelle l'Evêque de Gap officia pontificalement
, & qui fut chantée par la Mu-.
fique.
L'après-midi , leurs Majeftés affifterent à la
Prédication du Pere Griffet , enfuite aux Vêpres
, chantées par la Mufique , auxquelles l'Evêque
de Gap officia ; & au Salut célébré par
les Miffionnaires , pendant lequel la Mufique
chanta l'O Filii.
Le 30 Monfeigneur le Duc de Bourgogne &
Madame dînerent avec la Reine .
Le même jour , la Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , conduifit Monfeigneur
le Duc de Berry chez la Reine , pour
la premiere fois depuis la naiffance de ce
Prince.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , en long
manteau de deuil , a fait fes révérences à leurs
Majeftés & à la Famille Royale , à occafion
de la mort de la Maréchale de Belle - Ifle .
Le 6 , l'Evêque de Rennes , le Duc de Rohan
& le Sr Baillon , Préfidens des trois Ordres des
Etats de Bretagne , & nommés pour présenter au
Roi la médaille & l'eftampe du monument que
les Etats ont fait élever à Rennes , en mémoire de
la convalescence & des victoires de Sa Majesté ,
s'acquitterent de ce devoir. Sa Majefté voulant
leur témoigner fa fatisfaction par une marque dif
tinguée , les reçut dans fon cabinet . L'Evêque de
Rennes porta la parole. Le Duc d'Aiguillon, Commandant
en Bretagne , accompagnoit la députation
; & le Comte de Saint - Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de cette
-
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
province , préfenta les Députés au Roi , à la Reine
, & à la Famille royale.
L'Académie royale de Chirurgie tint le 10
Avril fon affemblée publique. A l'ouverture de la
féance, le Sr Morand , Secrétaire perpétuel , annonça
que l'Académie avoit ajugé le prix , Sur laquefsiondufeu
, ou cautere actuel , comme remede de chirurgie
, au Mémoire No. 20 , portant à la premiere
page l'emblême de la Salamandre , avec la devife ,
Nimium extinguit , defideratum renovat ; & à la
derniere page l'enblême du phénix avec la devife
Crematus ipfe refurgit . Le Sr Pipelet lut une obfervation
, Sur la cure d'une Hernie d'inteftins gangrenée
, accompagnée de quelques circonfiances fingulieres.
Cette lecture fut fuivie de celle d'un mémoire
du Sr Houftet , Sur une espece particuliere
d'exoftofe . Le troifieme mémoire qui fut lû , eft
du Sr Ruffel , & contient des obfervations , Sur
les bons effets des cauteres multipliés dans le cas de
l'épilepfie. Le Sr Louis lut un mémoire , Sur les
pierres urinaires , formées hors des voies urinaires.
La féance fut terminée par la lecture de l'histoire
d'une plaie au foie au diaphragme , guérie par
les foins du Sr du Bertrand.
Le Comte de Gifors , nouvellement arrivé des
voyages qu'il a faits dans différentes Cours de
l'Europe , rendit le 12 fes refpects à leurs Majeftés
, étant préfenté par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , fon pere.
Le 13 , la Comteffe d'Ayen fut préfentée à leurs
Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
d'Ayen, fa belle - mere. En vertu du brevet d'honneurs
que le Roi a accordé au Comte d'Ayen , elle
prit le tabouret.
Mademoiſelle de Sens préſenta le même jour la
Marquise de Prulé.
MA I. 1755 . 199
Le même jour leurs Majeftés fignerent les
contrats de mariage du Comte de Coigny , Meſtre
de Camp général des Dragons , avec la Vicomteffe
douairiere de Chabot ; du Marquis de Bethu
ne , Meftre de Camp général de la Cavalerie ,
avec Demoiſelle Crozat de Thiers ; du Comte de
Ligny , avec Demoiſelle de Rambures ; du fieur
de Blair de Boifmont , Intendant de Valenciennes ,
avec Demoiſelle de Fleffelle ; & du fieur Dufort
Introdacteur des Ambaffadeurs , avec Demoiſelle
le Gendre.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Vicomte de Merinville , Brigadier de Cavalerie ,
& Capitaine fous- Lieutenant des Gendarines de lá.
Garde ordinaire du Roi , avec la feconde fille da
Marquis de Lhôpital .
Le Marquis de Marigny , Directeur & Ordonnateur
général des Bâtimens & Jardins du Roi ,
ainfi que des Arts & Manufactures , préfenta le
13 à Sa Majefté les ouvrages de peinture & de
fculptute faits pendant l'année derniere par les
éleves protégés. Voici la lifte de ces ouvrages.
1º. Le Šauveur lavant les pieds à fes Apôtres , par
le fieur Fragonard , âgé de 22 ans , & depuis deux
ans dans l'école. 2°. Armide prête à poignarder
Renaud , & arrêtée par l'Amour. Ce tableau eft
du fieur Monet depuis dix-huit mois dans l'école ,
& âgé de 23 ans. 3. Mercure qui endort Argus ,
pour enlever lo métamorphofée en Géniffe , par le
fieur Brenet l'aîné , âgé de 16 ans dans l'école
depuis quinze mois. Saint Jerome en méditation
par le même. 4º, Un modele , dont le ſujet repréfente
le Tems , qui enchaîne l'Amour , par le fieur
Brenet le jeune , âgé de 20 ans , depuis fix mois
dans l'école. 5. Une figure allégorique , repréfentant
la Nobleffe , par le fieur d'Huez , âgé de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
24 ans , & entré dans l'école en même tems que
le fieur Brenet le jeune. 6°. Alexandre s'endormant
avec une boule d'or dans fa main , afin de
s'éveiller au bruit qu'elle fera en tombant . Mathathias
tuant un juif qui avoit facrifié aux Idoles
, & le Miniftre d'Antiochus qui l'y avoit förcé.
L'Auteur de ces deux derniers morceaux eft le
fieur Chardin , âgé de 22 ans , & qui n'eft que
depuis cinq mois dans l'école. Tous ces différens
ouvrages ont été expofés dans les grands appartemens.
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre dans
P'Eglife de la Paroiffe du Château , les Pains bénits
qui furent préfentés par l'Abbé de Laſcaris , Aumônier
de Sa Majesté.
Le même jour , les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi , ils furent préfentés
par le Prince de Condé , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint - Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Grand- Maître & le
Maître des Cérémonies.
La députation étoit compofée pour le Clergé,
de l'Abbé de Cîteaux , qui porta la parole ; du
Marquis d'Efcorailles , pour la Nobleffe ; de M.
Jouard , Maire de Châtillon - fur- Seine , pour le
Tiers -Etat ; de M. Bernard de Blancey , Secrétaire
des Etats ; de M. Rigoley d'Ogny , Tréforier de la
Province ; de M. Perchet , Procureur - Syndic
des Etats ; de M. Berault , Syndic du pays de
Breffe , & de M. Grumet , Syndic du pays de
Bugey.
Le Roi foupa le foir au grand couvert chez la
Reine , avec la Famille royale.
Le 14 , le Roi partit pour Choify , d'où l'on
attend demain Sa Majefté. Monſeigneur le Dau
MA I. 201 1755.
.
phin y alla le 16 , & Mefdames de France y font
allées le 17.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
fe promenerent le 14 à Marly, & le 19.à Trianon .
Leurs Majeftés entendirent le 14 de ce mois une
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la mufique , pour l'anniverfaire
de feu Monfeigneur le Dauphin , ayeul
du Roi.
Le fieur Folard , ci- devant Miniftre du Roi à la
Diette de l'Empire , a été nommé par Sa Majesté
pour aller réfider à Munich en qualité de fon Envoyé
extraordinaire auprès de l'Electeur de Baviere.
Selon les lettres d'Avignon , le Margrave & la
Margrave de Bareith , après y avoir féjourné quatre
mois , en font partis pour Marſeille , d'où ils fe
rendront en Italie.
Le 17 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- fept cens dix livres : les billets de la
premiere Lotterie royale à huit cens vingt- cinq
livres ; & ceux de la feconde Lotterie , à fept cens
dix-fept.
Fermer
Résumé : DE MONTPELLIER.
En mars 1755, près de Montpellier, un oiseau ressemblant à un héron et portant une couronne avec deux grandes plumes fut capturé. Cet oiseau, incapable de voler en raison de sa maigreur, portait un anneau au pied avec les lettres 'C. W. F. M. Z. B. O. NO. 74. A. 1752. U. G.' L'événement fut rapporté pour identifier son propriétaire. Le 18 mars, l'évêque de Gap prêta serment au roi. Les tirages de la première lotterie royale eurent lieu les 19 et jours suivants à l'Hôtel de Ville. Le principal lot échut au numéro 6804, et le second au numéro 16894. Le numéro 1628 remporta la première prime. Le 23 mars, l'évêque de Vence fut sacré dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice. La marquise de Sailly fut présentée au roi et à la famille royale. Le roi assista à la bénédiction des palmes et écouta un sermon. Le 27 mars, l'évêque de Gap administra l'absoute, et le roi lava les pieds de douze pauvres. L'Académie des Belles-Lettres de Marseille offrit deux prix : un pour un poème sur la réunion de la Provence à la couronne, et un autre pour un discours sur l'usage des talents. La frégate La Gloire, partie de Pondichéry le 10 septembre 1754, arriva au port de l'Orient le 26 mars. Elle apporta des nouvelles sur les gouverneurs des établissements de la Compagnie dans l'Inde. Le 30 mars, jour de Pâques, le roi et la reine assistèrent à la messe, à la prédication, aux vêpres et au salut. Le duc de Bourgogne et Madame dînèrent avec la reine. La comtesse de Marfan présenta le duc de Berry à la reine. Le 6 avril, l'évêque de Rennes, le duc de Rohan et M. Baillon présentèrent au roi une médaille et une estampe en mémoire des victoires du roi. L'Académie royale de Chirurgie tint une assemblée publique le 10 avril, où plusieurs mémoires médicaux furent lus. Le comte de Gifors rendit visite au roi après ses voyages en Europe. La comtesse d'Ayen fut présentée au roi et à la famille royale. Le roi signa des contrats de mariage pour plusieurs nobles. Le marquis de Marigny présenta au roi des œuvres de peinture et de sculpture réalisées par des élèves protégés. Le dauphin fit bénir des pains dans l'église du Château. Les députés des États de Bourgogne eurent audience avec le roi. Le roi soupa au grand couvert chez la reine avec la famille royale. Le 14 avril, le roi partit pour Choisy, suivi par le dauphin et Mesdames de France. Le duc de Bourgogne et Madame se promenèrent à Marly et à Trianon. Une messe de requiem fut célébrée en mémoire du dauphin, aïeul du roi. Le sieur Folard fut nommé ministre du roi à la Diète de l'Empire. Par ailleurs, le Margrave et la Margrave de Bareith, après avoir séjourné quatre mois à Avignon, se dirigent vers Marseille, d'où ils prévoient de se rendre en Italie. Le 17 mars, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à 1 710 livres. Les billets de la première Lotterie royale étaient à 825 livres, tandis que ceux de la seconde Lotterie étaient à 717 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 185-186
De LONDRES, le 6 Janvier 1763.
Début :
Sa Majesté, suivant les représentations qui lui ont été faites par la Sérénissime République de [...]
Mots clefs :
Majesté, Sérénissime République, Pettie vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 6 Janvier 1763.
De LONDRES , le 6 Janvier 1763.
Sa Majefté , fuivant les repréſentations qui lui
ont été faites par la Séréniffime République de
Gènes , par une déclaration arrêtée le 29 du
mois dernier , enjoint & ordonne exprellément
à tous les Sujets de ne donner ni fournir aide ,
affiftance , appui ni fecours , de quelque manière
que ce puiffe être , à aucun des habitans de l'Ile
de Corſe , actuellement révoltés contre ladite
Séréniffime République , fous peine d'encourir
non-feulement l'indignation de Sa Majeſté , mais
encore telle punition que la Loi inflige contre
ceux qui violent volontairement les traités de Sa
Majefté , & portent atteinte à la paix & amitié
qui fubfiftent entre elle & tout Prince ou Etat
étrangers.
Le Prince de Solre , fils du Prince de Croy, a
186 MERCURE DE FRANCE.
été attaqué ici de la petite vérole. Les deux Méđeeins
célébres auxquels il a été confié ſe ſont ſurtour
attachés , dans ce traitement , à obéir à la
nature , en la ſuivant pas à pas fans vouloir l'afflujettir
aux régles arbitraires de l'art. Il n'y a perfonne
ici qui ne fe foir vivement intéreſſé au danger
de ce jeune Prince qui a fçu le mériter une
eftime univerſelle : le courage qu'il a montré
l'habileté de fes Médecins , & les foins du Dac
de Nivernois , qui lui a tenu lieu de pere , ont
raffuré tout le monde fur fon état. Ce Prince eft
entierement hors de danger.
Sa Majefté , fuivant les repréſentations qui lui
ont été faites par la Séréniffime République de
Gènes , par une déclaration arrêtée le 29 du
mois dernier , enjoint & ordonne exprellément
à tous les Sujets de ne donner ni fournir aide ,
affiftance , appui ni fecours , de quelque manière
que ce puiffe être , à aucun des habitans de l'Ile
de Corſe , actuellement révoltés contre ladite
Séréniffime République , fous peine d'encourir
non-feulement l'indignation de Sa Majeſté , mais
encore telle punition que la Loi inflige contre
ceux qui violent volontairement les traités de Sa
Majefté , & portent atteinte à la paix & amitié
qui fubfiftent entre elle & tout Prince ou Etat
étrangers.
Le Prince de Solre , fils du Prince de Croy, a
186 MERCURE DE FRANCE.
été attaqué ici de la petite vérole. Les deux Méđeeins
célébres auxquels il a été confié ſe ſont ſurtour
attachés , dans ce traitement , à obéir à la
nature , en la ſuivant pas à pas fans vouloir l'afflujettir
aux régles arbitraires de l'art. Il n'y a perfonne
ici qui ne fe foir vivement intéreſſé au danger
de ce jeune Prince qui a fçu le mériter une
eftime univerſelle : le courage qu'il a montré
l'habileté de fes Médecins , & les foins du Dac
de Nivernois , qui lui a tenu lieu de pere , ont
raffuré tout le monde fur fon état. Ce Prince eft
entierement hors de danger.
Fermer
Résumé : De LONDRES, le 6 Janvier 1763.
Le 6 janvier 1763, le roi de Grande-Bretagne a publié une déclaration interdisant à ses sujets d'aider les habitants de l'île de Corse, alors en rébellion contre la République de Gênes. Cette mesure vise à éviter les violations des traités et à maintenir la paix avec les États étrangers. Toute violation de cet ordre sera sévèrement punie. Par ailleurs, le Prince de Solre, fils du Prince de Croy, a contracté la petite vérole à Londres. Deux médecins renommés l'ont soigné en suivant les indications naturelles plutôt que des règles arbitraires. La population locale était très inquiète pour sa santé. Le courage du prince, l'habileté des médecins et les soins du Duc de Nivernois, qui agissait comme un père, ont rassuré tout le monde. Le prince est désormais hors de danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
p. 191
De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
Début :
Mercredi, vers les sept heures du soir, la cérémonie du Baptême du [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Baptême, Majesté, Fils, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
De LONDRES , le 16 Septembre 1763 .
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
Fermer
44
p. 181-186
De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
Début :
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la place de Capitaine [...]
Mots clefs :
Comte, Général, Majesté, Famille royale, Gouvernement, Marquis, Audience, Famille royale, Province, Serment, Honneur, Aumônier, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
De VERSAILLES , le 9 Juin 1764 .
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la
place de Capitaine de les Gardes , vacante par la
mort du Maréchal Duc de Luxembourg. Sa Majefté
a diſpoſé en même temps du Gouvernement
de Normandie en faveur du Duc d'Harcourt ,
qui en étoit Lieutenant-Général. Le Gouvernement
de Sedan , vacant par la nomination du
Duc d'Harcourt au Gouvernement de la Province
de Normandie , a été donné au Duc de Laval ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , qui a
remis à Sa Majefté le Gouvernement de Mont-
Dauphin, dont elle a diſpoſé en faveur du Comte
de la Suze , Grand Maréchal des Logis de fa
Cour.
Sa Majeſté a donné le Gouvernement de Port-
Louis , vacant par la mort du Comte de Rothelin' ,
au Chevalier du Châtelet , Lieutenant-Général de
fes Armées , & celui de Saint- Malo , vacant par
la mort du Maréchal de Maubourg , au Comte
de Montazet , Lieutenant-Général de les Armées,
qui a remis à Sa Majesté le Gouvernement du
Fort de Scarpe dont il étoit pourvu , & que
Majeſté donné au Chevalier de Saint- Point ,
Maréchal de fes Camps & Armées , & Lieutenant
de fes Gardes-du - Corps dans la Compagnie de
Beauvau .
Sa
L'Inſpection de Cavalerie dont étoit pourvu le
182 MERCURE DE FRANCE.
"
Comte de Montazet a été fupprimée par le Roi,
qui a donné l'Inspection qu'éxerçoit le Marquis
du Mefnil au Comte de Choifeul-la-Baume , &
celle d'Infanterie , qu'avoit le Marquis de Bréhant
, au Comte de Montbarey.
Sa Majefté a difpofé de l'Archevêché d'Alby en
faveur du Cardinal de Bernis ; & de l'Evêché de
Siſteron en faveur de l'Abbé de Saint-Tropès.
Elle a donné l'Abbaye de Corneville , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Rouen , à l'Abbé d'Allemans-
Dulau , ancien Curé de la Paroifle de S.
Sulpice à Paris.
Le Roi vient de difpofer de la place de Dame
d'Atours de Madame , qu'avoit la Comteffe de
Civerac , en faveur de la Comteffe de Narbonne ,
Dame pour accompagner Madame.
Le fieur Tiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , fut conduit ici le 22 du mois dernier
, dans les caroffes de Leurs Majeftés , & eur
une Audience publique de Congé du Roi , qui le
fit enfuite Chevalier. Il fut conduit à cette Audience
, ainfi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 27 , le Prince de Tingry prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Capitaine des
Gardes de Sa Majesté.
Le fieur Langlois , Confeiller au Parlement de
Paris , ayant été pourvu d'une Charge d'Intendant
des Finances , fut préfenté au Roi en cette
qualité le même jour par le fieur de l'Averdy.
La Dame de l'Averdy , époufe du Contrôleur
Général des Finances , & la Comteffe de Langeron
, furent préfentées le même jour à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Comteffe de Noailles , & la feconde par la Marquile
de Langeron.
JUILLET. 1764. 183
Le même jour la Marquife de Tourzel & la
Marquife de Gantès furent préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première ,
par la Marquife de Sourches , la feconde , par la
Vicomteffe de Caftellane .
Les Députés des Etats d'Artois eurent auffi ce
même jour une Audience du Roi : ils furent préfentés
à Sa Majesté par le Duc de Chaulnes ,
Gouverneur de la Province , & par le Duc de
Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département de la Guerre & de la Marine , 82
conduit à cette Audience par le Marquis de
Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , & par le
Heur Desgranges , Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée , pour le Clergé , de
l'Evêque de Saint-Omer , qui porta la parole ;
du Comte de Marle , pour la Nobleffe , & du
fieur de Canchy , pour le Tiers- Etat..
la
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
3 de ce mois le Contrat de mariage du fieur
de Boullongne , Maître des Requêtes , & de Demoiſelle
Langlois , fille du fieur Langlois , Intendant
des Finances. Le même jour la Comteffe
de Mory & la Comteffe de Sabran furent
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de la Marche , l'une en qualité
de Dame d'Honneur de cette Princeffe , l'autre en
qualité de fa Dame de compagnie. La Marquife
de la Roche- du - Maine fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Ducheffe
de Sully.
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui s'eft paffé dans l'affaire du Canada , & en
particulier par rapport aux Officiers & Employés
qui ont été déchargés des accufations intentées
contre eux , & voulant leur donner des marques
184 MERCURE DE FRANCE.
2
de fa fatisfaction , a accordé au Marquis de Vau-.
dreuil , ancien Gouverneur- Lieutenant -Général
de la Nouvelle-France , 6 , 000 livrés de penfion
annuelle , indépendamment de celle dont il jouiffoit
précédemment. Sa Majesté a pareillement
accordé d'autres penfions , fuivant le grade & la
qualité des perfonnes , au Chevalier le Mercier ,
ci-devant Commandant de l'Artillerie ; au fieur
de Boishebert , Capitaine , ci -devant Commandant
à l'Acadie ; au fieur de Meloïfe , Capitaine ,
Aide-Major de Quebec ; aux fieurs de Villers ,
Contrôleur ; Barbel , Ecrivain ; & Fayolle , Ecrivain
& Garde-Magafin .
Le 19 du mois dernier , les PP. Récollets de
la Province de France ont tenu ici un Chapitre
auquel a préfidé , en qualité de Commiſſaire- Général
, le Pere Pie Allard , Ex- Provincial de la
Province de Lyon . Ce même Père a préſenté le
21 au Roi les nouveaux Supérieurs qui ont été
nommés dans ce Chapitre.
Le 20 ,
:
le fieur de l'Etang a eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté un Ouvrage de fa compofition
, intitulé Manuel d'Agriculture pour le
Laboureur, pour le Propriétaire & pour le Gou
vernement , contenant les vrais & feuls moyens de
faire profpérer l'Agriculture tant en France que
dans tous les autres Etats où l'on cultive.
Le fieur Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences , & Infpecteur de la Marine , a eu l'honneur
de préfenter , le ; de ce mois , au Roi deux
livres de fa compofition , intitulés : Exploitation
du bois , ou Moyen de tirer un parti avantageux
des taillis , demi-futayes & hautes-futayes , &
d'en faire une jufte eſtimation , avec une defcription
des Arts qui fe pratiquent dans les forêts ,
faifant les deux dernières parties du Traité com
pler des Bois & Forêts.
JUILLET. 1764. 184
Les PP. Capucins ont eu l'honneur de préfenter
le à Monfeigneur le Dauphin les XIII , XIV.
& XV Volumes des Principes difcutés , qui font
les derniers de cet Ouvrage , ainfi que la Juſtification
de leur Verfion Françoiſe des Pleaumes.
Du 13.
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés le 10
de ce mois , vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
appartement pour aller à la Chapelle. Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Duc de Chartres , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre & du Prince de Lamballe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers dé
l'Ordre. Sa Majefté , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
manteau , ayant le Collier de l'Ordre pardeffus ,
ainfi que celui de la Toifon d'Or. L'Evêque de
Langres , Commandeur de l'Ordre , Officia , &
après la Meffe qui fut chantée par la Muſique
du Roi , Sa Majefté monta fur fon Trône pour
recevoir Chevalier de l'Ordre le Comte du Châtalet
- Lomont , ci- devant Ambafladeur du Roi
à la Cour de Vienne & l'un des Menins de Monfeigneur
le Dauphin ; après quoi Sa Majesté
fut reconduite à fon appartement en la manière
accoutumée .
Le Roi vient de difpofer en faveur du Maréchal
de Clermont-Tonnerre de la Lieutenance- Générale
& du Commandement du Dauphiné vacans
par la mort du Marquis du Mefnil .
Sa Majefté a nommé à l'Evêché d'Avranches
186 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Durfort ſon Aumônier. Elle a donné en
même temps l'Abbaye de Lieu Dieu , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Amiens , à l'Abbé de Béon ,
Aumônier de Madame cele de Selincourt , Ordre
de Piémontré , même Diocèle à l'Abbé Tafcher
, Vicaire Général du Diocèle de Mâcon , &
Chanoine de l'Eglife Noble & Cathédrale de
Coire , & l'Abbaye Réguliere de Prieres , Ordre
de Cireaux , Diocèle de Vannes , à Dom de Baule
, Religieux du même Ordre , & Prieur de l'Abbaye
de Royaumont. L'Abbe de Soulanges ayant
donné la démiffion de la place d'Aumônier de
Madame , Sa Majefté a nommé à cette place
l'Abbé de Saint- Marceau , Vicaire Général de
Meaux.
Le Vicomte de Choifeul , Menin de Monfeigneur
le Dauphin , eft revenu de la Cour de Vienne
& a fait le 10 la révérence au Roi à qui il a
été présenté par le Duc de Praflin fon père , qui
a aufli préfenté , ces jours derniers , à Sa Majefté
le fieur de la Houze , ci - devant chargé des
affaires du Roi à la Cour de Naples & auprès du
Saint Siége.
La Comteffe de Narbonne prêta ferment le
11 entre les mains du Roi en qualité de Dame
d'Atours de Madame. Le même jour , la Princeffe
de Mafferan prit congé de Leurs Majeftés ,
ainsi que la de Famille Royale , à qui elle fur préfentée
par la Princeffe de Rohan . Elle va joindre
à Londres le Prince de Mafferan fon époux , Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique à la Cour
d'Angleterre.
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la
place de Capitaine de les Gardes , vacante par la
mort du Maréchal Duc de Luxembourg. Sa Majefté
a diſpoſé en même temps du Gouvernement
de Normandie en faveur du Duc d'Harcourt ,
qui en étoit Lieutenant-Général. Le Gouvernement
de Sedan , vacant par la nomination du
Duc d'Harcourt au Gouvernement de la Province
de Normandie , a été donné au Duc de Laval ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , qui a
remis à Sa Majefté le Gouvernement de Mont-
Dauphin, dont elle a diſpoſé en faveur du Comte
de la Suze , Grand Maréchal des Logis de fa
Cour.
Sa Majeſté a donné le Gouvernement de Port-
Louis , vacant par la mort du Comte de Rothelin' ,
au Chevalier du Châtelet , Lieutenant-Général de
fes Armées , & celui de Saint- Malo , vacant par
la mort du Maréchal de Maubourg , au Comte
de Montazet , Lieutenant-Général de les Armées,
qui a remis à Sa Majesté le Gouvernement du
Fort de Scarpe dont il étoit pourvu , & que
Majeſté donné au Chevalier de Saint- Point ,
Maréchal de fes Camps & Armées , & Lieutenant
de fes Gardes-du - Corps dans la Compagnie de
Beauvau .
Sa
L'Inſpection de Cavalerie dont étoit pourvu le
182 MERCURE DE FRANCE.
"
Comte de Montazet a été fupprimée par le Roi,
qui a donné l'Inspection qu'éxerçoit le Marquis
du Mefnil au Comte de Choifeul-la-Baume , &
celle d'Infanterie , qu'avoit le Marquis de Bréhant
, au Comte de Montbarey.
Sa Majefté a difpofé de l'Archevêché d'Alby en
faveur du Cardinal de Bernis ; & de l'Evêché de
Siſteron en faveur de l'Abbé de Saint-Tropès.
Elle a donné l'Abbaye de Corneville , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Rouen , à l'Abbé d'Allemans-
Dulau , ancien Curé de la Paroifle de S.
Sulpice à Paris.
Le Roi vient de difpofer de la place de Dame
d'Atours de Madame , qu'avoit la Comteffe de
Civerac , en faveur de la Comteffe de Narbonne ,
Dame pour accompagner Madame.
Le fieur Tiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , fut conduit ici le 22 du mois dernier
, dans les caroffes de Leurs Majeftés , & eur
une Audience publique de Congé du Roi , qui le
fit enfuite Chevalier. Il fut conduit à cette Audience
, ainfi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 27 , le Prince de Tingry prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Capitaine des
Gardes de Sa Majesté.
Le fieur Langlois , Confeiller au Parlement de
Paris , ayant été pourvu d'une Charge d'Intendant
des Finances , fut préfenté au Roi en cette
qualité le même jour par le fieur de l'Averdy.
La Dame de l'Averdy , époufe du Contrôleur
Général des Finances , & la Comteffe de Langeron
, furent préfentées le même jour à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Comteffe de Noailles , & la feconde par la Marquile
de Langeron.
JUILLET. 1764. 183
Le même jour la Marquife de Tourzel & la
Marquife de Gantès furent préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première ,
par la Marquife de Sourches , la feconde , par la
Vicomteffe de Caftellane .
Les Députés des Etats d'Artois eurent auffi ce
même jour une Audience du Roi : ils furent préfentés
à Sa Majesté par le Duc de Chaulnes ,
Gouverneur de la Province , & par le Duc de
Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département de la Guerre & de la Marine , 82
conduit à cette Audience par le Marquis de
Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , & par le
Heur Desgranges , Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée , pour le Clergé , de
l'Evêque de Saint-Omer , qui porta la parole ;
du Comte de Marle , pour la Nobleffe , & du
fieur de Canchy , pour le Tiers- Etat..
la
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
3 de ce mois le Contrat de mariage du fieur
de Boullongne , Maître des Requêtes , & de Demoiſelle
Langlois , fille du fieur Langlois , Intendant
des Finances. Le même jour la Comteffe
de Mory & la Comteffe de Sabran furent
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de la Marche , l'une en qualité
de Dame d'Honneur de cette Princeffe , l'autre en
qualité de fa Dame de compagnie. La Marquife
de la Roche- du - Maine fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Ducheffe
de Sully.
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui s'eft paffé dans l'affaire du Canada , & en
particulier par rapport aux Officiers & Employés
qui ont été déchargés des accufations intentées
contre eux , & voulant leur donner des marques
184 MERCURE DE FRANCE.
2
de fa fatisfaction , a accordé au Marquis de Vau-.
dreuil , ancien Gouverneur- Lieutenant -Général
de la Nouvelle-France , 6 , 000 livrés de penfion
annuelle , indépendamment de celle dont il jouiffoit
précédemment. Sa Majesté a pareillement
accordé d'autres penfions , fuivant le grade & la
qualité des perfonnes , au Chevalier le Mercier ,
ci-devant Commandant de l'Artillerie ; au fieur
de Boishebert , Capitaine , ci -devant Commandant
à l'Acadie ; au fieur de Meloïfe , Capitaine ,
Aide-Major de Quebec ; aux fieurs de Villers ,
Contrôleur ; Barbel , Ecrivain ; & Fayolle , Ecrivain
& Garde-Magafin .
Le 19 du mois dernier , les PP. Récollets de
la Province de France ont tenu ici un Chapitre
auquel a préfidé , en qualité de Commiſſaire- Général
, le Pere Pie Allard , Ex- Provincial de la
Province de Lyon . Ce même Père a préſenté le
21 au Roi les nouveaux Supérieurs qui ont été
nommés dans ce Chapitre.
Le 20 ,
:
le fieur de l'Etang a eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté un Ouvrage de fa compofition
, intitulé Manuel d'Agriculture pour le
Laboureur, pour le Propriétaire & pour le Gou
vernement , contenant les vrais & feuls moyens de
faire profpérer l'Agriculture tant en France que
dans tous les autres Etats où l'on cultive.
Le fieur Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences , & Infpecteur de la Marine , a eu l'honneur
de préfenter , le ; de ce mois , au Roi deux
livres de fa compofition , intitulés : Exploitation
du bois , ou Moyen de tirer un parti avantageux
des taillis , demi-futayes & hautes-futayes , &
d'en faire une jufte eſtimation , avec une defcription
des Arts qui fe pratiquent dans les forêts ,
faifant les deux dernières parties du Traité com
pler des Bois & Forêts.
JUILLET. 1764. 184
Les PP. Capucins ont eu l'honneur de préfenter
le à Monfeigneur le Dauphin les XIII , XIV.
& XV Volumes des Principes difcutés , qui font
les derniers de cet Ouvrage , ainfi que la Juſtification
de leur Verfion Françoiſe des Pleaumes.
Du 13.
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés le 10
de ce mois , vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
appartement pour aller à la Chapelle. Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Duc de Chartres , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre & du Prince de Lamballe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers dé
l'Ordre. Sa Majefté , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
manteau , ayant le Collier de l'Ordre pardeffus ,
ainfi que celui de la Toifon d'Or. L'Evêque de
Langres , Commandeur de l'Ordre , Officia , &
après la Meffe qui fut chantée par la Muſique
du Roi , Sa Majefté monta fur fon Trône pour
recevoir Chevalier de l'Ordre le Comte du Châtalet
- Lomont , ci- devant Ambafladeur du Roi
à la Cour de Vienne & l'un des Menins de Monfeigneur
le Dauphin ; après quoi Sa Majesté
fut reconduite à fon appartement en la manière
accoutumée .
Le Roi vient de difpofer en faveur du Maréchal
de Clermont-Tonnerre de la Lieutenance- Générale
& du Commandement du Dauphiné vacans
par la mort du Marquis du Mefnil .
Sa Majefté a nommé à l'Evêché d'Avranches
186 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Durfort ſon Aumônier. Elle a donné en
même temps l'Abbaye de Lieu Dieu , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Amiens , à l'Abbé de Béon ,
Aumônier de Madame cele de Selincourt , Ordre
de Piémontré , même Diocèle à l'Abbé Tafcher
, Vicaire Général du Diocèle de Mâcon , &
Chanoine de l'Eglife Noble & Cathédrale de
Coire , & l'Abbaye Réguliere de Prieres , Ordre
de Cireaux , Diocèle de Vannes , à Dom de Baule
, Religieux du même Ordre , & Prieur de l'Abbaye
de Royaumont. L'Abbe de Soulanges ayant
donné la démiffion de la place d'Aumônier de
Madame , Sa Majefté a nommé à cette place
l'Abbé de Saint- Marceau , Vicaire Général de
Meaux.
Le Vicomte de Choifeul , Menin de Monfeigneur
le Dauphin , eft revenu de la Cour de Vienne
& a fait le 10 la révérence au Roi à qui il a
été présenté par le Duc de Praflin fon père , qui
a aufli préfenté , ces jours derniers , à Sa Majefté
le fieur de la Houze , ci - devant chargé des
affaires du Roi à la Cour de Naples & auprès du
Saint Siége.
La Comteffe de Narbonne prêta ferment le
11 entre les mains du Roi en qualité de Dame
d'Atours de Madame. Le même jour , la Princeffe
de Mafferan prit congé de Leurs Majeftés ,
ainsi que la de Famille Royale , à qui elle fur préfentée
par la Princeffe de Rohan . Elle va joindre
à Londres le Prince de Mafferan fon époux , Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique à la Cour
d'Angleterre.
Fermer
Résumé : De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
Le 9 juin 1764, plusieurs nominations et attributions de postes ont été effectuées par le Roi. Le Prince de Tingri a été nommé Capitaine des Gardes, succédant au Maréchal Duc de Luxembourg. Le Duc d'Harcourt a reçu le Gouvernement de Normandie, le Duc de Laval celui de Sedan, le Comte de la Suze celui de Mont-Dauphin, le Chevalier du Châtelet celui de Port-Louis, et le Comte de Montazet celui de Saint-Malo. L'Inspection de Cavalerie, précédemment tenue par le Marquis du Mésnil, a été supprimée et remplacée par le Comte de Choiseul-la-Baume, tandis que l'Inspection d'Infanterie, tenue par le Marquis de Bréhant, a été confiée au Comte de Montbarrey. Le Roi a également nommé le Cardinal de Bernis à l'Archevêché d'Alby et l'Abbé de Saint-Tropès à l'Évêché de Sisteron. L'Abbaye de Corneville a été attribuée à l'Abbé d'Allemans-Dulau. La Comtesse de Narbonne a été nommée Dame d'Atours de Madame, succédant à la Comtesse de Civerac. L'Ambassadeur de la République de Venise, le sieur Tiepolo, a reçu une audience publique de congé du Roi, qui l'a fait Chevalier. Le Prince de Tingri a prêté serment en tant que Capitaine des Gardes du Roi, et le sieur Langlois, Conseiller au Parlement de Paris, a été présenté au Roi en tant qu'Intendant des Finances. Plusieurs présentations à Leurs Majestés et à la Famille Royale ont eu lieu, notamment celles de la Dame de l'Averdy, de la Comtesse de Langeron, de la Marquise de Tourzel, de la Marquise de Gantès, de la Comtesse de Mory, de la Comtesse de Sabran et de la Marquise de la Roche-du-Maine. Le Roi a accordé des pensions à plusieurs officiers et employés ayant servi au Canada, dont le Marquis de Vaudreuil, le Chevalier Le Mercier, et le sieur de Boishebert. Les Pères Récollets ont tenu un Chapitre à Versailles, présidé par le Père Pie Allard. Le sieur de l'Etang a présenté au Roi un ouvrage sur l'agriculture, et le sieur Duhamel a présenté deux livres sur l'exploitation des bois. Les Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit se sont assemblés en présence du Roi, qui a reçu le Comte du Châtelet-Lomont comme nouveau Chevalier. Le Maréchal de Clermont-Tonnerre a été nommé Lieutenant-Général et Commandant du Dauphiné. Plusieurs nominations ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Abbé de Durfort à l'Évêché d'Avranches et l'Abbé de Soulanges comme Aumônier de Madame. Le Vicomte de Choiseul est revenu de la Cour de Vienne et a été présenté au Roi. La Comtesse de Narbonne a prêté serment en tant que Dame d'Atours de Madame, et la Princesse de Masseran a pris congé pour rejoindre son époux à Londres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
45
p. 117-122
Oraison funèbre de Louis XV, par M. Sabatier, [titre d'après la table]
Début :
Oraison funèbre de très-haut, très puissant Monarque Louis XV, Roi de France [...]
Mots clefs :
Louis XV, Roi, Mort, Père, Majesté, Bonté, Arts, Orateur, André-Hyacinthe Sabatier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oraison funèbre de Louis XV, par M. Sabatier, [titre d'après la table]
Oraiſon funèbre de très-haut , très puiſſant
Monarque Louis XV, Roi de France
& de Navarre , prononcée le premier
Juin , par M. Sabatier , profeſſeur d'éloquence
au collège de Tournon. A
Avignon , chez Bonnet frères , imprimeurs-
libraires.
Il paroît que M. Sabatier de Cavaillon
eſt le premier qui ait prononcé l'Oraiſon
funèbre de Louis XV , & nous devons
18 MERCURE DE FRANCE.
applaudir à fon zèle ainſi qu'à ſon éloquence.
Son plan eſt ſimple & noble ;
tous les traits de la vie de ſon Héros s'y
rapportent; le difcours eſt divifé en deux
parties ; la majeſté tempérée par la bonté,
&labonté foutenue par la majeſté. Quand
le conquérant qui a ravagé la terre , dit
M. Sabatier, vient lui rendre ſa pouffière,
le bruit de la gloire s'étouffe , ſes exploits
s'évanouiſſent; on n'entend plus que les
cris des victimes de ſon ambition qui dépoſent
contre lui ; on ne voit plus que le
ſang qui fume ſur les autels qu'il s'eſt
dreffé.
Mais quand la mort précipite du trône
dans le cercueil , un Roi bon & pacifique;
la douleur s'empare de tous les eſprits ; le
malheur d'un ſeul devient un malheur
public; les fondemens de l'empire ſomblent
s'ébranler ; les ſujets conſternés
courbentleur front vers la terre , & bientôt
fixant le Ciel , qu'ils ofent accuſer
d'injustice , ils s'écrient d'une voix lamentable
: Nous l'avons donc perdu ce Roi ,
qui , placé au-deſſus de nous par ſa puiffance
, devint notre égal par ſa bonté; ce
Roi , dont les faveurs encourageoient les
arts , dont les édits défendoient la Religion
; ce Roi , qui ne prit les armes que
OCTOBRE. 1774. 119
pour nous protéger , qui ne chercha dans
la victoire que notre bonheur , qui , le
front couronné de lauriers , les jeta aux
pieds des vaincus,pour en obtenir la paix .
Nous citerons quelques morceaux de la
première partie. L'orateur dit , en parlant
de la bonté &de la majeſté de Louis XV,
"ſes regards qui commandoient la véné-
>>ration , empruntoient d'un doux ſourire
>>qui ſe traçoit dans ſes yeux , ces charmes
qui appellent les coeurs , & les li-
>>vrent au plaifir d'aimer ce qu'ils reſpec-
>>tent. Ainſi ces palais magnifiques , où
>>l'art a déployé ſes riches tréſors , étonnent
d'abord par la grandeur de l'en-
>>ſemble & la régularité des proportions;
>>mais ſi quelques grâces , répandues dans
les détails , en tempèrent la noble fierté,
l'oeil , qui ſe repoſe avec complaiſance
>>ſur ces agrémens , fait entrer dans le
coeur une émotion plus douce que celle
>>de l'admiration . , M. Sabatier, à l'occafion
de Stanillas , fait le portrait de la
Pologne: Il eſt abandonné par cette Na-
>>tion qui l'a proclamé , par cette Nation
>>qui a un état& point de conſiſtance , des
tréſors & pont de finances, des loix &
>>point de frein , un Sénat & point de
conſeil , des diétes & point de délibó
ود
120 MERCURE DE FRANCE.
>>tations , une liberté & point d'énergie ,
>>une nobleſſe nombreuſe & guerrière qui
>>ne combat que contre elle - même. Sta-
>>niſlas vaincu couvre ſes revers de la ſu-
>>périorité de ſon génie , a l'air de monter
>>ſur le trône en le quittant , & paroît plus
>>grand que la victoire , en maîtriſant la
>>fortune qui la donne. Nous pourrions
nous arrêter ſur pluſieurs autres traits, fur
le portrait du Cardinal de Fleuri & fur la
bataille de Fontenoi , qui nous a paru décrite
avec feu .
L'orateur , en parlant de la néceſſité où
étoit Louis de faire la guerre , dit : « S'il
>>tonne , c'eſt malgré lui . Ainſi , ſous un
>>ciel ſerein , des vents paiſibles ne ſouf-
>>flent que pour exercer leur empire bien-
>>faiſant ; mais ſi les Aquilons , enfans
>>impétueux du Nord , viennent les exci-
>>ter au combat , ces vents autrefois tranquilles
, ſe déchaînent , ſe mutinent ,
>>fifflent & agitent pour un temps cette
>>terre chérie qu'ils rafraichiſſoient auparavant
de leurs douces haleines . »
Deſcription de la maladie du Roi &
des tranſports d'alegreſſe que ſa convaleſcence
excita. Dans la ſeconde partie
tout ſe rapporte à la propofition qui
l'annonce ; on y voit ce que Louis XV
2
OCTOBRE. 1774. 121
a fait pour les arts , les ſciences , la religion
& l'humanité. A l'occaſion de la
dernière guerre , l'orateur trace les portraits
de l'Impératrice Reine , d'Elifabeth
Impératrice de Ruffie , & du Roi
de Prufle , & foutient toujours l'idée qu'il
adonnée du caractère de fon héros . « Sen-
"fible , il regarde , pour ainſi dire, com-
>me ſes ſemblables,ces hommes que l'o-
>>pulence altière met au rang des ani-
>>maux condamnés à traîner ſon fafter ...
Il aimoit ſes enfans en bon père , & ſe
confoloit dans leurs embraſſemens de l'efclavage
de la royauté. Nous finirons par
les morceaux ſuivans. Après avoir peint
les fêtes données pour les mariages des
Princes , l'auteur ajoute. " Quel changement
lugubre ! la Mort va éten-
>> dre ſon crêpe fur cette Cour fi brillante.
>>> Louis , atteint d'un mal meurtrier , eft
>renversé ſur un lit de douleur. Mais il
>>retient ſes ſoupirs; les larmes ne coulent
>>que des yeux de ceux qui l'environnent;
>>ſes maux ne paroiſſent que ſur le viſage
de ſes auguſtes filles. Vous qui avez oſé
>>publier ces maximes affreuſes que les
>>enfans ne doivent rien aux auteurs de
>>leurs jours , venez admirer ces Princef-
>>ſes reſpectables , reſpirant la mott pour
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
»l'arracher du ſein de leur père ! » Après
Ja peinture de la mort de Louis XV , M.
Sabatier s'adreſſe à ſon ſucceſſeur ; & lui
dit : « Autrefois je t'ai chanté dans ton
>>enfance * , & j'ai prédit l'avenir brillant
>>qu'elle promettoit. Aujourd'hui la Fran-
>>ce interrompt les accens de ſa triſteſſe
>>pour applaudir aux heureux préſages que
>>tu lui fais concevoir ; la voilà qui t'offre
>>les portraits de tes ancêtres. Henri IV ,
>>Louis XIII , Louis XIV ſont expoſés à
>>ſes yeux. >> On lui dit , en parlant de fon
père : « Vois - tu ce jeune Prince qui te
>>regarde avec tendreſſe , il rejette la coupe
>>de la flatterie ; il ouvre ſes tréſors aux
>>malheureux , & prête l'oreille aux con-
»ſeils de quelques amis vertueux : ah !
>>tu le reconnois , c'eſt ton auguſte père.
>>Hélas ! une mort trop prompte.... Tu
rempliras les voeux qu'il faisoit pour
>>nous . » L'auteur finit en diſant que les
vertus du Roi feront briller dans la France
l'abondance ſans le luxe , les arts ſans la
frivolité , &c .
* L'auteur eut l'honneur, en 1766, de préſenter
au Roi , alors Dauphin , une ode intitulée , le
BonheurdesPeuples.
Monarque Louis XV, Roi de France
& de Navarre , prononcée le premier
Juin , par M. Sabatier , profeſſeur d'éloquence
au collège de Tournon. A
Avignon , chez Bonnet frères , imprimeurs-
libraires.
Il paroît que M. Sabatier de Cavaillon
eſt le premier qui ait prononcé l'Oraiſon
funèbre de Louis XV , & nous devons
18 MERCURE DE FRANCE.
applaudir à fon zèle ainſi qu'à ſon éloquence.
Son plan eſt ſimple & noble ;
tous les traits de la vie de ſon Héros s'y
rapportent; le difcours eſt divifé en deux
parties ; la majeſté tempérée par la bonté,
&labonté foutenue par la majeſté. Quand
le conquérant qui a ravagé la terre , dit
M. Sabatier, vient lui rendre ſa pouffière,
le bruit de la gloire s'étouffe , ſes exploits
s'évanouiſſent; on n'entend plus que les
cris des victimes de ſon ambition qui dépoſent
contre lui ; on ne voit plus que le
ſang qui fume ſur les autels qu'il s'eſt
dreffé.
Mais quand la mort précipite du trône
dans le cercueil , un Roi bon & pacifique;
la douleur s'empare de tous les eſprits ; le
malheur d'un ſeul devient un malheur
public; les fondemens de l'empire ſomblent
s'ébranler ; les ſujets conſternés
courbentleur front vers la terre , & bientôt
fixant le Ciel , qu'ils ofent accuſer
d'injustice , ils s'écrient d'une voix lamentable
: Nous l'avons donc perdu ce Roi ,
qui , placé au-deſſus de nous par ſa puiffance
, devint notre égal par ſa bonté; ce
Roi , dont les faveurs encourageoient les
arts , dont les édits défendoient la Religion
; ce Roi , qui ne prit les armes que
OCTOBRE. 1774. 119
pour nous protéger , qui ne chercha dans
la victoire que notre bonheur , qui , le
front couronné de lauriers , les jeta aux
pieds des vaincus,pour en obtenir la paix .
Nous citerons quelques morceaux de la
première partie. L'orateur dit , en parlant
de la bonté &de la majeſté de Louis XV,
"ſes regards qui commandoient la véné-
>>ration , empruntoient d'un doux ſourire
>>qui ſe traçoit dans ſes yeux , ces charmes
qui appellent les coeurs , & les li-
>>vrent au plaifir d'aimer ce qu'ils reſpec-
>>tent. Ainſi ces palais magnifiques , où
>>l'art a déployé ſes riches tréſors , étonnent
d'abord par la grandeur de l'en-
>>ſemble & la régularité des proportions;
>>mais ſi quelques grâces , répandues dans
les détails , en tempèrent la noble fierté,
l'oeil , qui ſe repoſe avec complaiſance
>>ſur ces agrémens , fait entrer dans le
coeur une émotion plus douce que celle
>>de l'admiration . , M. Sabatier, à l'occafion
de Stanillas , fait le portrait de la
Pologne: Il eſt abandonné par cette Na-
>>tion qui l'a proclamé , par cette Nation
>>qui a un état& point de conſiſtance , des
tréſors & pont de finances, des loix &
>>point de frein , un Sénat & point de
conſeil , des diétes & point de délibó
ود
120 MERCURE DE FRANCE.
>>tations , une liberté & point d'énergie ,
>>une nobleſſe nombreuſe & guerrière qui
>>ne combat que contre elle - même. Sta-
>>niſlas vaincu couvre ſes revers de la ſu-
>>périorité de ſon génie , a l'air de monter
>>ſur le trône en le quittant , & paroît plus
>>grand que la victoire , en maîtriſant la
>>fortune qui la donne. Nous pourrions
nous arrêter ſur pluſieurs autres traits, fur
le portrait du Cardinal de Fleuri & fur la
bataille de Fontenoi , qui nous a paru décrite
avec feu .
L'orateur , en parlant de la néceſſité où
étoit Louis de faire la guerre , dit : « S'il
>>tonne , c'eſt malgré lui . Ainſi , ſous un
>>ciel ſerein , des vents paiſibles ne ſouf-
>>flent que pour exercer leur empire bien-
>>faiſant ; mais ſi les Aquilons , enfans
>>impétueux du Nord , viennent les exci-
>>ter au combat , ces vents autrefois tranquilles
, ſe déchaînent , ſe mutinent ,
>>fifflent & agitent pour un temps cette
>>terre chérie qu'ils rafraichiſſoient auparavant
de leurs douces haleines . »
Deſcription de la maladie du Roi &
des tranſports d'alegreſſe que ſa convaleſcence
excita. Dans la ſeconde partie
tout ſe rapporte à la propofition qui
l'annonce ; on y voit ce que Louis XV
2
OCTOBRE. 1774. 121
a fait pour les arts , les ſciences , la religion
& l'humanité. A l'occaſion de la
dernière guerre , l'orateur trace les portraits
de l'Impératrice Reine , d'Elifabeth
Impératrice de Ruffie , & du Roi
de Prufle , & foutient toujours l'idée qu'il
adonnée du caractère de fon héros . « Sen-
"fible , il regarde , pour ainſi dire, com-
>me ſes ſemblables,ces hommes que l'o-
>>pulence altière met au rang des ani-
>>maux condamnés à traîner ſon fafter ...
Il aimoit ſes enfans en bon père , & ſe
confoloit dans leurs embraſſemens de l'efclavage
de la royauté. Nous finirons par
les morceaux ſuivans. Après avoir peint
les fêtes données pour les mariages des
Princes , l'auteur ajoute. " Quel changement
lugubre ! la Mort va éten-
>> dre ſon crêpe fur cette Cour fi brillante.
>>> Louis , atteint d'un mal meurtrier , eft
>renversé ſur un lit de douleur. Mais il
>>retient ſes ſoupirs; les larmes ne coulent
>>que des yeux de ceux qui l'environnent;
>>ſes maux ne paroiſſent que ſur le viſage
de ſes auguſtes filles. Vous qui avez oſé
>>publier ces maximes affreuſes que les
>>enfans ne doivent rien aux auteurs de
>>leurs jours , venez admirer ces Princef-
>>ſes reſpectables , reſpirant la mott pour
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
»l'arracher du ſein de leur père ! » Après
Ja peinture de la mort de Louis XV , M.
Sabatier s'adreſſe à ſon ſucceſſeur ; & lui
dit : « Autrefois je t'ai chanté dans ton
>>enfance * , & j'ai prédit l'avenir brillant
>>qu'elle promettoit. Aujourd'hui la Fran-
>>ce interrompt les accens de ſa triſteſſe
>>pour applaudir aux heureux préſages que
>>tu lui fais concevoir ; la voilà qui t'offre
>>les portraits de tes ancêtres. Henri IV ,
>>Louis XIII , Louis XIV ſont expoſés à
>>ſes yeux. >> On lui dit , en parlant de fon
père : « Vois - tu ce jeune Prince qui te
>>regarde avec tendreſſe , il rejette la coupe
>>de la flatterie ; il ouvre ſes tréſors aux
>>malheureux , & prête l'oreille aux con-
»ſeils de quelques amis vertueux : ah !
>>tu le reconnois , c'eſt ton auguſte père.
>>Hélas ! une mort trop prompte.... Tu
rempliras les voeux qu'il faisoit pour
>>nous . » L'auteur finit en diſant que les
vertus du Roi feront briller dans la France
l'abondance ſans le luxe , les arts ſans la
frivolité , &c .
* L'auteur eut l'honneur, en 1766, de préſenter
au Roi , alors Dauphin , une ode intitulée , le
BonheurdesPeuples.
Fermer