Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 275-283
Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Paris passa l'année derniere un Contract avec [...]
Mots clefs :
Éloge du roi, Université, Couronne, Recteur, Discours, Panégyrique, Prélats, Gloire, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
La Ville de Paris paffa l'an
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
née derniere un Contract
avec l'Univerfité , par lequel
276 MERCURE
fous de certaines conditions ,
elle fonda à perpetuité un
Eloge public du Roy , qui
doit eftre prononcé le 15. de
May de chaque année , jour
de l'Avenement de Sa Majefté
à la Couronne , parle Re-
&teur qui fe trouvera alors en
Charge. Cela fut executé le
Mardy 15. de ce mois par M³
Berthe , qui avoit efté nommé
Recteur dés celuy d'Octobre
, quoy qu'il fuft alors
Prieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne. Aucun de
cette Maiſon n'avoit poffedé
tout à la fois ces deux quali
GALANT. 277.
tez depuis long temps, quoy
qu'elle foit compofée de
quantité de Perfonnes d'un
profond fçavoir , & d'un merite
extraordinaire . La dignité
de Prieur de Sorbonne l'engageoit
à deux grands Dif
Cours publics qui ſe font à
l'ouverture de la premiere &
derniere Sorbonique , & à
plus de foixante Eloges particuliers
qu'il luy a fallu faire
fuivant le nombre des Sorboniques
qu'il a toutes faites par
luy mefme , ce que perfonne
avant luy n'avoit fait , lors
ces Actes eftoient en fi grand
que
278 MERCURE
7
nombre. Il prononça le Pa
négyrique du Roy le jour
que je viens de vous mar,
quer , dans l'Ecole exterieure
de Sorbonne , en preſence
d'un grand nombre de Pré,
lats , entre lefquels eftoient
M' l'Archevefque de Paris,
& Mrs les Evefques de Meaux,
de Troye , & du Mans. Plu,
fieurs Genéraux d'Ordre s'y
trouverent avec quantité
d'Abbez qualifiez , & de Religieux
. Il y avoit auſſi grand
nombre de Fréfidents , Confeillers
d'Etat , du Parlement,
& Mrs les Procureur Genéral,
>
GALANT. 279
& Avocats Genéraux . M's de
Ville, reveftus de leurs Habits
de Satin, s'y rendirent avec un
cortege de quinze ou feize
Carroffes , précedez de foixante
Archers de Ville , dont
ils avoient envoyé un pareil
nombre pour garder les portes
& les places. Vis à vis la
Chaire de l'Orateur eftoit le
Portrait du Royfous un Dais,
& au colté droit de la Salle,
par rapport au mefme Orateur,
un Buſte de Varin d'une
tres grande beauté, eftoit pofé
furun pied d'eftal de Marbre.
Autour du Recteur , fur une
280 MERCURE
Eftrade élevée de part & d'autre
, eftoient les principaux '
Officiers de l'Univerfité , au
nombre de
quatorze , dans
leursHabits de Cerémonie . Le
refte de l'Univerfité , c'eſt à
dire plus de deux cens Docteurs
en Théologie , les Docteurs
de Medecine & de
Droit , les Bacheliers , les Regents
& autres , fe placerent
comme ils purent . M' Berthe
expofa dans fon Exorde
le deffein & les caufes du Panégyrique
qu'il faifoit. Il loüa
la Ville du moyen ingénieux
qu'elle avoit trouvé d'immorGALANT.
281
talifer le Roy d'une façon finguliere
, en confiant un ſi illuftre
dépoft à un Corps qui
ne périroit jamais , & dont le
zele pour la gloire de fes
Princes , avoit mérité que ce
fuft dans fon fein qu'on élevaft
un Autel au mérite incomparable
de noftre augufte
Monarque. Il entreprit dans :
la fuite de juftifier les deux.
Titres que toute la Terre
donne au Roy , celuy de
Grand , & celuy de Tres-
Chrétien Il s'attacha à établir
d'abord la grandeur du Roy
fur une idée genérale de tous
May 1685.
A a
282 MERCURE
ce qui avoit jamais manqué
aux Princes qui ont eu le
nom de Grand , & fit voir
que rien de tout cela n'avoit
manqué à Sa Majeſté , qui
réüniffoit en fa Perfonne tout
ce qui avoit mérité ce mefme
Titre de Grand , & qui poffedoit
fans aucun defaut, tout ce
qu'il y a , & tout ce qu'il peut
avoir d'extraordinaire dans
la vraye Grandeur. Il montra
enfuite que le Roy eftoit
en effet Tres Chrétien , qu'il
avoit fait , & qu'il faifoit encore
tous les jours pour l'Eglife
, plus qu'aucun des
GALANT. 283
Princes qui l'ont précédé. Il
entra dans ce détail non pas .
en Hiſtorien , mais en habile
Orateur , & finit par des
voeux au Ciel pour la confervation
de la Perfonne facrée :
de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Panégyrique du Roy, prononcé par M. le Recteur, [titre d'après la table]
En 1684, la Ville de Paris a signé un accord avec l'Université pour organiser un éloge public annuel du roi, le 15 mai, jour de son avènement au trône. La première édition a eu lieu le 15 mai 1685, prononcée par Monsieur Berthe, recteur et prieur de la Maison et Société de Sorbonne. La cérémonie s'est déroulée à l'École extérieure de Sorbonne, en présence de prélats, religieux, personnalités judiciaires et politiques, dont l'archevêque de Paris et plusieurs évêques. Les échevins de la ville ont assisté avec un cortège impressionnant. La cérémonie incluait un portrait du roi et un buste de Varin. Plus de deux cents docteurs et régents étaient présents. Berthe a loué l'initiative de la Ville de Paris et a justifié les titres de 'Grand' et 'Très-Chrétien' du roi, concluant par des vœux pour sa conservation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 146-164
Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article bien digne de la curiosité publique, [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Cardinal de Noailles, Doyens, Faculté, Recteur, Église, Maison, Université, Docteurs, Société
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Je paffe à un Article bien
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent , parce qu'il ſe paſſe preſque toûjours un grand nom-
GALANT 147
bre d'années d'un de ces Articles à l'autre. Vous y trouverez quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe d'efprit. Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent l'attention , qui inſtruifent les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial , & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris pour leur Provifeur , à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement confirmée dans la grande Salle des Actes de la même Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatreProcureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité & de fes autres Offciers. L'Archidiacre &le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes. Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front.
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre, le Chancelier de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine , & les Procureurs des Nations de Picardie & d'Allema→
gne. Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité. Le
Greffer avoit unBureau fepa-
GALANT 151
ré vis - à- vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné, Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole au Recteur , fur quoy l'Archidiacre fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha point l'Orateur de continuër. Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal. La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté de la compofition fut foûteN iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle & diftincte. Les loüanges de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées. Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , defuivre & de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur propofa le fujet de l'Af
femblée. L'Archidiacre l'interrompit pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquementcontre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage. Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre & le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe. Il commença par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs de cette Societé fe confacroient tous felon leurs talens differens , au fervice de
l'Eglife & du Public. Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres à diriger les confciences ,
ceux-là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine. Il dit qu'il eftoit
important dedonner à de fidi-
GALANT 155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur. Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques, &l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs. Il
parla de tous fes beaux Reglemens pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat. Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit àfe faire d'un nouveau Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes de Lettres , bien plus fortement que la confideration de fa
haute naiffance &defes éminentes dignitez. Quefon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT 157
affiduë de toutes les vertus convenables àfonétat; & quefes mœurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoientélevéfurle Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mrle Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque de cette Ville. La maladie fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement qu'on le crut mort. Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nommatous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques, &il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque, &Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux. Il raporta fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne , & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence a l'honneur d'avoir au-
160 MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques proteftations contre le
premier falut fait au Recteur,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez & les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal.
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S, E. à cauſe de la protection dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours pour le gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe. Celuy
des Droits à caufe que Monfieur le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit les fecrets de fon Art, afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée , où s'eftoient trouvez
Avril 1710.
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques , & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit fon attention. Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois ; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , &que le Public eftoit d'autant plus con-
GALANT 103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalementMonfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance de fa Nation pour les feCours que Monfieur le Cardinal accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent. Ces fept diſcours furent les uns plus longs les autres plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit. Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de proOij
164 MERCURE
teftation & d'interruption
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent , parce qu'il ſe paſſe preſque toûjours un grand nom-
GALANT 147
bre d'années d'un de ces Articles à l'autre. Vous y trouverez quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe d'efprit. Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent l'attention , qui inſtruifent les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial , & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris pour leur Provifeur , à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement confirmée dans la grande Salle des Actes de la même Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatreProcureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité & de fes autres Offciers. L'Archidiacre &le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes. Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front.
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre, le Chancelier de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine , & les Procureurs des Nations de Picardie & d'Allema→
gne. Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité. Le
Greffer avoit unBureau fepa-
GALANT 151
ré vis - à- vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné, Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole au Recteur , fur quoy l'Archidiacre fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha point l'Orateur de continuër. Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal. La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté de la compofition fut foûteN iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle & diftincte. Les loüanges de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées. Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , defuivre & de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur propofa le fujet de l'Af
femblée. L'Archidiacre l'interrompit pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquementcontre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage. Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre & le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe. Il commença par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs de cette Societé fe confacroient tous felon leurs talens differens , au fervice de
l'Eglife & du Public. Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres à diriger les confciences ,
ceux-là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine. Il dit qu'il eftoit
important dedonner à de fidi-
GALANT 155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur. Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques, &l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs. Il
parla de tous fes beaux Reglemens pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat. Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit àfe faire d'un nouveau Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes de Lettres , bien plus fortement que la confideration de fa
haute naiffance &defes éminentes dignitez. Quefon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT 157
affiduë de toutes les vertus convenables àfonétat; & quefes mœurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoientélevéfurle Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mrle Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque de cette Ville. La maladie fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement qu'on le crut mort. Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nommatous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques, &il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque, &Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux. Il raporta fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne , & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence a l'honneur d'avoir au-
160 MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques proteftations contre le
premier falut fait au Recteur,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez & les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal.
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S, E. à cauſe de la protection dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours pour le gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe. Celuy
des Droits à caufe que Monfieur le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit les fecrets de fon Art, afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée , où s'eftoient trouvez
Avril 1710.
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques , & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit fon attention. Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois ; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , &que le Public eftoit d'autant plus con-
GALANT 103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalementMonfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance de fa Nation pour les feCours que Monfieur le Cardinal accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent. Ces fept diſcours furent les uns plus longs les autres plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit. Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de proOij
164 MERCURE
teftation & d'interruption
Fermer
Résumé : Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination du Cardinal de Noailles au poste de Proviseur de la Maison et Société de Sorbonne. En mars 1710, les Docteurs de la Sorbonne ont unanimement choisi le Cardinal de Noailles pour succéder à l'Archevêque de Reims. Cette nomination a été confirmée solennellement le 9 avril 1710 dans la grande Salle des Actes de la Sorbonne. L'assemblée, présidée par le Recteur de l'Université, a réuni de nombreux Docteurs, ainsi que des représentants de Notre-Dame et de l'Université. L'Archidiacre et le Chancelier de l'Église de Paris étaient présents, conformément à l'ancien usage. Monsieur Vivant l'aîné, Chanoine de Notre-Dame, a ouvert la séance en élogeant le Cardinal de Noailles, mettant en avant sa piété, sa vigilance, sa science et sa supériorité d'esprit. Le Recteur a ensuite pris la parole pour louer la Sorbonne pour son esprit de simplicité et de désintéressement, et pour souligner l'importance de la nomination d'un Proviseur pour protéger les travaux des Docteurs. Le Chancelier Pirot a ensuite parlé, mentionnant les précédents Proviseurs de la Sorbonne et soulignant l'unicité du Cardinal de Noailles, qui cumule les titres de Cardinal, Archevêque et Proviseur. Les Doyens des Facultés et les Procureurs des Nations ont également exprimé leur soutien et leur reconnaissance envers le Cardinal, promettant leur dévouement et leur protection. Les discours, tous prononcés en latin, ont été marqués par une grande finesse d'esprit et une élégance rhétorique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer