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1
p. 89-116
Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay, Madame, que ces témoignages de joye & de [...]
Mots clefs :
Amour, Iris, Apollon, Indifférent, Conversion, Aimer, Livres, Lecture, Vers, Ecolière, Coeur, Madame, Aimable, Apprendre, Esprit, Lettre, Pétrarque, Laure, Amant, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Je ſçay , Madame , que ces témoignages de joye & de ref- pect rendus à ce grand Mini- ſtre , n'auront rien de ſurpre
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
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Résumé : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Le texte décrit la transformation amoureuse d'un homme initialement connu pour son indifférence et son détachement philosophique. Cet homme rencontre une jeune femme cultivée et aimable, ce qui marque le début de leur relation. Leur lien se renforce à travers des échanges littéraires et des poèmes. La jeune femme, après avoir écrit des vers, reçoit des lettres d'Apollon et d'Amour, chacun affirmant être l'inspirateur de ses poèmes. Après réflexion, elle reconnaît l'influence d'Apollon sur ses vers tout en admettant l'impact d'Amour. Le texte se conclut par une comparaison avec l'histoire de Pétrarque et Laure, soulignant la beauté poétique de cette intrigue amoureuse.
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2
p. 37-40
« Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Début :
Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...]
Mots clefs :
Lettres, Campagne, Armes, Conversion, Religion prétendue réformée, Honneur, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : « Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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3
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
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4
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
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5
p. 15-31
LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Début :
On ne doit point s'étonner apres tous ces soins, / Grand Roy, qui dans l'Eglise avez le Droit d'Ainesse, [...]
Mots clefs :
Louanges, Monarque, Chevalier de Longueil, Hérésie, Lois, Église, Couronne, Honneur, Grandeur, Monstres, Conversion, Tyrans, Vérité, Auteurs, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
On ne doit point s'étonner
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
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Résumé : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Le poème adressé au roi Louis XIV, écrit par le Chevalier de Longueil, membre d'une famille distinguée par ses contributions aux lettres et aux mathématiques, célèbre les exploits du roi et ses efforts pour extirper l'hérésie en France. Le texte loue le roi pour ses actions en faveur de la foi catholique, comparant ses efforts à ceux des grands rois et héros du passé. Il met en avant les succès militaires du roi ainsi que ses réformes administratives, telles que l'ouverture de nouveaux ports et la construction de palais et de remparts. Le poème souligne la détermination du roi à éradiquer l'hérésie et à réunir les cœurs divisés, soulignant son rôle de défenseur de la foi et de l'unité nationale. Le texte se termine par une exhortation au roi de continuer ses efforts pour maintenir la paix et la justice dans le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 316-319
Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Début :
Les Prétendus Réformez n'ont qu'à aller à Richelieu, pour estre [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Richelieu, Erreur, Cardinal, Génie, Conversion, Hérésie, Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Les Prétendus Réformez
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
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Résumé : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Le texte aborde les conversions religieuses à Richelieu, où les protestants, désignés comme 'Prétendus Réformez,' sont encouragés à abandonner leur foi. Le cardinal de Richelieu, connu pour ses actions contre les protestants, continue d'exercer une influence posthume. La ville de Richelieu, reconnaissante envers Richelieu, est décrite comme hostile à l'hérésie, ce qui déplaît au monarque. Plusieurs conversions sont mentionnées, notamment celle d'un dernier protestant après de longues discussions. Cette conversion est perçue comme une preuve de mérite et d'esprit. Elle suit celle de Monsieur Moret de la Fayolle, dont la conversion avait été rapportée précédemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 320-322
Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours aprés Mrs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres [...]
Mots clefs :
Ministres luthériens, Abjuration, Erreurs, Abbé Ratabon, Église, Peuple, Controverse, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Quelques no
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
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8
p. 121-141
AUTRES NOUVELLES de Juillet.
Début :
De Paris le 3. Juillet. LE 2. JUILLET, le Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Parlement, Évêché, Toulouse, Montmorin, Martyrs, Cardinal, Abbaye, Maréchal, Conversion, Paris, Versailles, Agde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES NOUVELLES de Juillet.
AUTRES NOUVELLES
Ac Juillet.
De Parie le Juillet.
Lei. JUILLET, leRoy
a donné à Mr le Maréchal
de Villars, les Gouvernements
desVilles,Pays3 &,
Evêchez de Metz, ôc-de
Verdun, & de la Citadelle
de la première deces Villes.
Ces Gouvernementsvacquoient
par la mort deMr
dejoyeuse.
DeParùlej.juillet.
LE 3. JUILLET, Monsieur
le Cardinal de Jansonn,
Grand-Aumônier de
France, administra les ceremoniesdu
Baptême a
Monsieur le Duc de Chartres.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut le Parrain,
& Madame, la Marraine;
ils le nommèrent LOUIS.
Mademoisellede Valois
reçut aum les cérémonies
du Baptême.
Elle fut tenuë par Monseigneur
le Duc de Berry,
&: par Mademoiselle qui
la nommerent Charlotte-
Aglaé.
A l'occauon du nom
,d'Aglaé:l je diray deux mots
de la conversion de cette
Sainte,parce que cette conversionest
fort singuliere,
& peu connue Mr l'Abbé
Fleury en parle dans son
Histoire de l'Eglise.
- Je vous donne cette Di.
gression historique, seulement
comme un essay des
soins queje prendray pour
varier mes nouvelles. Je
saisiray la moindre occasion
: le nom d'une Ville
ou d'une Famille suffira
pour me faire citer quel
-
questraitscurieux ou d'histoireoud'érudition.
Enun
mot avec le temps je vous
donneray millechoses que
je ne vous promets point;
mais pour me dédommager
jemanquerayquelquefois
à vous donnerce queje
vous auray promis.
CONVERSIOND'AGLAE
AGlaé, Dame Romaine
,
fille d'Alsace
,
qui avoitesléProconsul,
& si riche quelleavoit
un grand nombre d'Intendarits,
trouva tant de
méritéa Fund'eux, quelle
l'aima passionément,
f5 réfiolut de l'époufer.
rUnefeule difficultél'arressoit.
Cet Intendtlnt qui
avoit nom BonavenrureMépriroitfortles
Chre-
Jïiens que l'onperfecutoit
alors en Oriént. Àglaé au
contraire
> ne parloit au
jeune Pajen que de laferveur
des Chrestiens pour
le Dieu qu'ils adoroient.
Elle luy ordonnad'aller
luy-même en Orient, f5
de Imy apporter des Reli
ques de ces Saints Martyrs
dontonparIcittant a
Rome) & IUJI déclara
quellene repoujeroitpoine
qu'il ne lujen eutappor-
,
té. luy en eut appor-
Bonaventurefut forcé
d'obeir.AglaéluYdonna
des équipagesr/Jagnijiques,
ê5 des parfumspour
embaumer un de ces corps
Saints quelle vouloitvoiy
ahfolur/Jellt. Bonaventure
part;Aglaé¡¡ttendJon
retour avec impatience;
elle ne doute point qu'il
ne revienne Chretlien dés
quil aura vu ce nombre'
infini de Martyrs.Bonaventure
arrive dans la
* ville de Tharfi
,
e5 voit
en effet tant de Martyrs
& tant de miracles, quetouché
de ces grands cxemples
3
il voulut les
suivre.IlfutJepresenter
au Tyran j il se déclara
Cbreftien, eS ilfutlivré
aux tourments,ou avant
que d'expirer il ordonna
à Ces gens de porter fort
corps a Aglaepouracheverde
la convertir.
Cela fut executé; le
Cc(o)rrtetgeegearrivaaRRoommee'
avec la mêmepompe qu -
jigléavoit ordonnée pour
apporter le corps d'un
Martyr. Dti, plus- loinquelle
le vit, trarjortée
dejoyeelle courut au devant
des Reliques qu'elle
attendott ; mais trouvant
à leur place celuy quelle
dévottépoufer3quellefÙrj
j' -'
prijt! elle enJut frappee
>
comme d'un coup de foudre
iînats ce fut un coup
heureux de la grâce, qui
d'Aglaé Payenne encore
jusqua ce jour, sa une
grande Sainte que noas
honorons.
De Versailles le n.-Juillet,
LE II. JUILLET, le
Roy a nommé à l'Archevesché
de Reims,Mr l'Archevesque
d'Arles.
Il est de la Maison de lit Mailly, frere de Mr l'Evesque
de Lavaur;de Me de
Mailly, Prieure perpétuelle
à la nomination duRoy,
du Monastere Royal de
S. Louis dePoissy ,&de
Me de Mailly Religieuse à
Longchamps
LEIF.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evescl é de
Seez
,
Mr l'Abbé Turgot,
Aumosnier de Sa Majessé.
IlaestéAgent duClergé
«LE II.JUILLET;leRoy,
a nomme a l'Evéché de
Vabres
,
Mr l'Abbé de la
Chapelle
,
Grand-Vicaire
deMende.
Il étoit Député à laderniere
Assemblée du Cler-
•
gé"
LEII.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Comminges
,
Mr l'Abbé
du Boucher.
Ilest de S.Pourçainen
Auvergne, & il se nomme
Gabriel Olivier de Nubieres
du Boucher.
LEII. JUI LLET,Roy
a nomméàl'Evêché d'Aire
y
Mr l'Abbé de Montmorin,,
Grand-Vicaire de
Vienne.
Il est de la Maison de
S. Heran de Montmorin.
La Terre de Montmorin
est l'une des quatre premières
& plus anciennes
Baronies d'Auvergne.
LEII.JUI LLET,leRoy
a nommé à l'Evesché d'Autun
,
Mr l'Abbé de Dromesnil
,
Aumosnier de Sa
Majesté.
Mr l'Abbé de Maulévrier
aussi Aumosuier de
Sa Majesté, qui avoit cydevant
elle nomme a cet
Evesché, s'en étoit démis
volontairement.
Mr l'Abbé de Dromefnil
est proche parent de
Mr le Maréchal de Bout
fiers.
LEII. JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Nismes, Mr l'Abbé de la
Parifiere.
Il est parentde Mr l'Archevefque
de Rouen.
Le Roya donné sur cet
Evesché, une pension à Mr
l'Abbé du Doucet, fils de
Mrepierre du Doucet, Chepalier
Seigneur de Cussac,
d'uneancienne noblesse de
Poitou.
LElLiE.J1U1JuIiLLLLEETT.J, IeeRRooyy
a nomméà l'Evesché d'Evreux,
Mr l'Abbé le Normand
,Chanoine de Saine
Honoréa & Officiai de
Paris.
Il est parent de Mr le
Normand Fermier General.
LE 11. JuiLLETJeRoy
a donné l'Abbaye de Saint
Remy de Reims, à Mrle
Cardinal Gualteri'o.
Il a esté Vice-Legat
d'Avignon ,&ensuite
Nonce du Pape en France.
LF-II.JUILLET,leRoy
a donnél'Abbaye de Saint
Etienne de Caen à Mrle
Cardinal delaTrimoille.
Cette Abbaye est dans
le Diocese de Bayeux, de
l'Ordre de S. Benoist,&
de la Congregation de
S. Maur;elleavoit été fondée
par Guillaume le Conquérant
Roy d'Angleterre.
i
DeParisle 13.Juillet.
LE 12. JUI LLET, Mre
François Berthier, ChevalierSeigneur
de S. Géniés,
cy -devant Avocat
General au Parlement de
Toulouse,innommépremier
President au Parlement de
Pau en 17°. a été fait Premier
President du Parlement
de Toulouse par la
démission volontaire de
Mre Alexandre Morant
que Ces incommoditez ont
obligé de se retirer.
On trouve le nom de
Berthier dans les Fastes de
la ville de Toulouse du18e
siecle
-$
& dans les Registres
du Parlement du icc
siecle.
Les Annales Ecclesiastiques
font mention de cinq
Prelats que cette Maison a
donnez à l'Eglise, dont il
y a eu aussi-
Un Chancelier de la
Reine Marguerite, qui
estoit en mesme temps
Conseiller d'Etat.
Un premier President:
du Parlement deToulouse,
outre celuy qui donne lieu
à cet Article.
Deux Presidents a Mortier
,
& plusieurs autres
Magistrats.
c? 4
D'Agde en Languedoc
le 14. Jurllet.
LE 13. JUILLET
,
Mr
( l'Abbé Maboul Evesque
dAlet fut sacré dans FEglise
Cathedrale de cette
Vilie, par les mains de Mr
l'Evesqued'Agde,a{ïifté
de Mrs les Evesques de
Beziers & de Castres.
De Paris le 15
,
Juillet. -
LE 15. JUI llet ,
Mr - l'Abbé Anselme a esté reçu
à l'Académie des Médailles
&Inscriptions.
De Paris le 16.Juillet,
Le.Juillet,le
Roya nomme Me la Duchesse
de S. Simon
,
fille
de feu Mr le Maréchal de
Lorge, Dame d'Honneur
de Madame la Duchesse
deBerry. : 1
MedelaVieuville,Da
med'Atour. \1.
Et Mled'Aveze premiere
Femme de Chambre.
Autre interruption
de Nouvelles. Je les interromps
icy par pure
envie de les interrompre,
c'est- d ire, pour
varier.
Ac Juillet.
De Parie le Juillet.
Lei. JUILLET, leRoy
a donné à Mr le Maréchal
de Villars, les Gouvernements
desVilles,Pays3 &,
Evêchez de Metz, ôc-de
Verdun, & de la Citadelle
de la première deces Villes.
Ces Gouvernementsvacquoient
par la mort deMr
dejoyeuse.
DeParùlej.juillet.
LE 3. JUILLET, Monsieur
le Cardinal de Jansonn,
Grand-Aumônier de
France, administra les ceremoniesdu
Baptême a
Monsieur le Duc de Chartres.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut le Parrain,
& Madame, la Marraine;
ils le nommèrent LOUIS.
Mademoisellede Valois
reçut aum les cérémonies
du Baptême.
Elle fut tenuë par Monseigneur
le Duc de Berry,
&: par Mademoiselle qui
la nommerent Charlotte-
Aglaé.
A l'occauon du nom
,d'Aglaé:l je diray deux mots
de la conversion de cette
Sainte,parce que cette conversionest
fort singuliere,
& peu connue Mr l'Abbé
Fleury en parle dans son
Histoire de l'Eglise.
- Je vous donne cette Di.
gression historique, seulement
comme un essay des
soins queje prendray pour
varier mes nouvelles. Je
saisiray la moindre occasion
: le nom d'une Ville
ou d'une Famille suffira
pour me faire citer quel
-
questraitscurieux ou d'histoireoud'érudition.
Enun
mot avec le temps je vous
donneray millechoses que
je ne vous promets point;
mais pour me dédommager
jemanquerayquelquefois
à vous donnerce queje
vous auray promis.
CONVERSIOND'AGLAE
AGlaé, Dame Romaine
,
fille d'Alsace
,
qui avoitesléProconsul,
& si riche quelleavoit
un grand nombre d'Intendarits,
trouva tant de
méritéa Fund'eux, quelle
l'aima passionément,
f5 réfiolut de l'époufer.
rUnefeule difficultél'arressoit.
Cet Intendtlnt qui
avoit nom BonavenrureMépriroitfortles
Chre-
Jïiens que l'onperfecutoit
alors en Oriént. Àglaé au
contraire
> ne parloit au
jeune Pajen que de laferveur
des Chrestiens pour
le Dieu qu'ils adoroient.
Elle luy ordonnad'aller
luy-même en Orient, f5
de Imy apporter des Reli
ques de ces Saints Martyrs
dontonparIcittant a
Rome) & IUJI déclara
quellene repoujeroitpoine
qu'il ne lujen eutappor-
,
té. luy en eut appor-
Bonaventurefut forcé
d'obeir.AglaéluYdonna
des équipagesr/Jagnijiques,
ê5 des parfumspour
embaumer un de ces corps
Saints quelle vouloitvoiy
ahfolur/Jellt. Bonaventure
part;Aglaé¡¡ttendJon
retour avec impatience;
elle ne doute point qu'il
ne revienne Chretlien dés
quil aura vu ce nombre'
infini de Martyrs.Bonaventure
arrive dans la
* ville de Tharfi
,
e5 voit
en effet tant de Martyrs
& tant de miracles, quetouché
de ces grands cxemples
3
il voulut les
suivre.IlfutJepresenter
au Tyran j il se déclara
Cbreftien, eS ilfutlivré
aux tourments,ou avant
que d'expirer il ordonna
à Ces gens de porter fort
corps a Aglaepouracheverde
la convertir.
Cela fut executé; le
Cc(o)rrtetgeegearrivaaRRoommee'
avec la mêmepompe qu -
jigléavoit ordonnée pour
apporter le corps d'un
Martyr. Dti, plus- loinquelle
le vit, trarjortée
dejoyeelle courut au devant
des Reliques qu'elle
attendott ; mais trouvant
à leur place celuy quelle
dévottépoufer3quellefÙrj
j' -'
prijt! elle enJut frappee
>
comme d'un coup de foudre
iînats ce fut un coup
heureux de la grâce, qui
d'Aglaé Payenne encore
jusqua ce jour, sa une
grande Sainte que noas
honorons.
De Versailles le n.-Juillet,
LE II. JUILLET, le
Roy a nommé à l'Archevesché
de Reims,Mr l'Archevesque
d'Arles.
Il est de la Maison de lit Mailly, frere de Mr l'Evesque
de Lavaur;de Me de
Mailly, Prieure perpétuelle
à la nomination duRoy,
du Monastere Royal de
S. Louis dePoissy ,&de
Me de Mailly Religieuse à
Longchamps
LEIF.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evescl é de
Seez
,
Mr l'Abbé Turgot,
Aumosnier de Sa Majessé.
IlaestéAgent duClergé
«LE II.JUILLET;leRoy,
a nomme a l'Evéché de
Vabres
,
Mr l'Abbé de la
Chapelle
,
Grand-Vicaire
deMende.
Il étoit Député à laderniere
Assemblée du Cler-
•
gé"
LEII.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Comminges
,
Mr l'Abbé
du Boucher.
Ilest de S.Pourçainen
Auvergne, & il se nomme
Gabriel Olivier de Nubieres
du Boucher.
LEII. JUI LLET,Roy
a nomméàl'Evêché d'Aire
y
Mr l'Abbé de Montmorin,,
Grand-Vicaire de
Vienne.
Il est de la Maison de
S. Heran de Montmorin.
La Terre de Montmorin
est l'une des quatre premières
& plus anciennes
Baronies d'Auvergne.
LEII.JUI LLET,leRoy
a nommé à l'Evesché d'Autun
,
Mr l'Abbé de Dromesnil
,
Aumosnier de Sa
Majesté.
Mr l'Abbé de Maulévrier
aussi Aumosuier de
Sa Majesté, qui avoit cydevant
elle nomme a cet
Evesché, s'en étoit démis
volontairement.
Mr l'Abbé de Dromefnil
est proche parent de
Mr le Maréchal de Bout
fiers.
LEII. JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Nismes, Mr l'Abbé de la
Parifiere.
Il est parentde Mr l'Archevefque
de Rouen.
Le Roya donné sur cet
Evesché, une pension à Mr
l'Abbé du Doucet, fils de
Mrepierre du Doucet, Chepalier
Seigneur de Cussac,
d'uneancienne noblesse de
Poitou.
LElLiE.J1U1JuIiLLLLEETT.J, IeeRRooyy
a nomméà l'Evesché d'Evreux,
Mr l'Abbé le Normand
,Chanoine de Saine
Honoréa & Officiai de
Paris.
Il est parent de Mr le
Normand Fermier General.
LE 11. JuiLLETJeRoy
a donné l'Abbaye de Saint
Remy de Reims, à Mrle
Cardinal Gualteri'o.
Il a esté Vice-Legat
d'Avignon ,&ensuite
Nonce du Pape en France.
LF-II.JUILLET,leRoy
a donnél'Abbaye de Saint
Etienne de Caen à Mrle
Cardinal delaTrimoille.
Cette Abbaye est dans
le Diocese de Bayeux, de
l'Ordre de S. Benoist,&
de la Congregation de
S. Maur;elleavoit été fondée
par Guillaume le Conquérant
Roy d'Angleterre.
i
DeParisle 13.Juillet.
LE 12. JUI LLET, Mre
François Berthier, ChevalierSeigneur
de S. Géniés,
cy -devant Avocat
General au Parlement de
Toulouse,innommépremier
President au Parlement de
Pau en 17°. a été fait Premier
President du Parlement
de Toulouse par la
démission volontaire de
Mre Alexandre Morant
que Ces incommoditez ont
obligé de se retirer.
On trouve le nom de
Berthier dans les Fastes de
la ville de Toulouse du18e
siecle
-$
& dans les Registres
du Parlement du icc
siecle.
Les Annales Ecclesiastiques
font mention de cinq
Prelats que cette Maison a
donnez à l'Eglise, dont il
y a eu aussi-
Un Chancelier de la
Reine Marguerite, qui
estoit en mesme temps
Conseiller d'Etat.
Un premier President:
du Parlement deToulouse,
outre celuy qui donne lieu
à cet Article.
Deux Presidents a Mortier
,
& plusieurs autres
Magistrats.
c? 4
D'Agde en Languedoc
le 14. Jurllet.
LE 13. JUILLET
,
Mr
( l'Abbé Maboul Evesque
dAlet fut sacré dans FEglise
Cathedrale de cette
Vilie, par les mains de Mr
l'Evesqued'Agde,a{ïifté
de Mrs les Evesques de
Beziers & de Castres.
De Paris le 15
,
Juillet. -
LE 15. JUI llet ,
Mr - l'Abbé Anselme a esté reçu
à l'Académie des Médailles
&Inscriptions.
De Paris le 16.Juillet,
Le.Juillet,le
Roya nomme Me la Duchesse
de S. Simon
,
fille
de feu Mr le Maréchal de
Lorge, Dame d'Honneur
de Madame la Duchesse
deBerry. : 1
MedelaVieuville,Da
med'Atour. \1.
Et Mled'Aveze premiere
Femme de Chambre.
Autre interruption
de Nouvelles. Je les interromps
icy par pure
envie de les interrompre,
c'est- d ire, pour
varier.
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Résumé : AUTRES NOUVELLES de Juillet.
En juillet, plusieurs événements et nominations ont eu lieu. Le roi a attribué au Maréchal de Villars les gouvernements des villes, pays et évêchés de Metz, Verdun, et la citadelle de Metz, suite au décès de Monsieur de Joyeuse. Le Cardinal de Janson a administré le baptême au Duc de Chartres, nommé Louis, avec le Duc de Bourgogne comme parrain et Madame comme marraine. Mademoiselle de Valois a été baptisée Charlotte-Aglaé par le Duc de Berry et Mademoiselle. Le texte mentionne également la conversion de Sainte Aglaé, une dame romaine qui a converti son fiancé Bonaventure au christianisme. Le roi a nommé plusieurs prélats à divers évêchés : Monsieur l'Archevêque d'Arles à Reims, l'Abbé Turgot à Seez, l'Abbé de la Chapelle à Vabres, l'Abbé du Boucher à Comminges, l'Abbé de Montmorin à Aire, l'Abbé de Dromesnil à Autun, l'Abbé de la Parisière à Nîmes, et l'Abbé le Normand à Évreux. Le Cardinal Gualterio a reçu l'Abbaye de Saint-Rémy de Reims, et le Cardinal de la Trémoille celle de Saint-Étienne de Caen. François Berthier, ancien Avocat Général au Parlement de Toulouse, a été nommé Premier Président du Parlement de Toulouse. L'Abbé Maboul a été sacré évêque d'Alet. Enfin, la Duchesse de Saint-Simon a été nommée Dame d'Honneur de Madame la Duchesse de Berry, et Mademoiselle de Vieuville et Mademoiselle d'Avezé ont été nommées premières femmes de chambre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 792-794
BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Début :
Vous ne serez sans doute pas fâché, Monsieur, d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversion, Religion mahométane, Esclave, Tyrannie, Les lumières de l'Évangile, Turquie, Évêque, Baptême
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texteReconnaissance textuelle : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
BAPTESME solemnellement adminiftré à
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
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Résumé : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Le texte décrit le baptême solennel d'une famille mahométane à Toulon, relaté dans une lettre du 14 mars 1731. François Brailli, originaire d'Abbeville en Picardie, avait été capturé en 1719 et emmené à Constantinople. En 1722, il avait renié sa foi chrétienne et épousé une femme tartare mahométane. Touché par des remords et la grâce divine, Brailli décida de revenir au christianisme et s'enfuit en France avec sa famille. À Toulon, après une période de quarantaine, Brailli et sa famille furent conduits à l'Hôpital Général pour instruction religieuse. La femme et les deux enfants furent baptisés en présence des autorités locales et religieuses, dont l'évêque et les consuls. La cérémonie, marquée par une procession et un repas à l'Hôtel de Ville, suscita une grande joie et charité parmi les habitants de Toulon.
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